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Session plénière à Strasbourg, du 24 au 27 octobre 2011 N°88 Conseil européen et crise

Session plénière à Strasbourg, du 24 au 27 octobre 2011

N°88

Conseil européen et crise de la dette

Après les conclusions du Conseil européen du 26 octobre 2011, la délégation socialiste française a considéré que les Européens avaient pris les mesures qui s’imposaient. Même insuffisant et partiel, cet accord a le mérite d’exister, l’effort européen en faveur de la Grèce est accru, la recapitalisation des banques est initiée et le fonds de sauvetage est renforcé. Mais, la droite européenne en a profité pour promouvoir « le pacte euro plus » qui vise à repousser l’âge de départ à la retraite à 67 ans et à modifier le droit du travail pour flexibiliser le marché de l’emploi, mais n’a rien fait pour un renforcement institutionnel de la gouvernance économique et sociale de l’Union. Enfin, le choix de faire appel à l’aide internationale pour secourir les Etats de l’eurozone, alors qu’une solution européenne était envisageable, affaiblit l’Union dans les négociations internationales : elle ne pourra pas demander la réévaluation du Yuan et plaider un juste échange qui tienne compte de normes sociales et environnementales. Je pense, hélas que ce Conseil n’a ni vision, ni volonté politique ; il ne travaille que sur le court terme et sous la pression des banques et des marchés financiers. Or, il devrait avoir la volonté de conduire de grandes réformes structurelles pour investir et relancer la croissance. C’est dans cet équilibre là, et seulement grâce à cela, que l’Europe retrouvera son sens et sa place dans le système mondial.

Le Parlement pose ses conditions sur le budget 2012

Les députés européens socialistes ont formulé leurs amendements au sujet de la proposition budgétaire de la Commission dont ils soulignent qu’elle permet tout juste de mettre en œuvre les programmes engagés. Le Conseil, co-législateur du budget avec le Parlement, reste arc- bouté sur le dogme de l’austérité : il souhaite des coupes arbitraires, sur des programmes de première importance (Galiléo, les financements de coopération et de développement), dans le contexte économique et social que nous connaissons. Dans la discussion parlementaire, le groupe socialiste et démocrate se bat pour que soient renforcés les budgets de la recherche, de l’emploi, de l’insertion professionnelle des jeunes (programme EURES pour le premier emploi des jeunes) ainsi que toutes les mesures susceptibles de soutenir la croissance. Il s’est fermement opposé à la proposition du Conseil de réduire l’enveloppe financière du plan européen d’aide alimentaire (PEAD).

Les marchés publics doivent promouvoir la croissance verte et des emplois de qualité

Le Parlement européen a adopté un rapport d’initiative en réponse à la publication par la Commission européenne d’un livre vert sur les marchés publics. Une proposition de révision législative sera faite avant la fin de cette année, en décembre 2011. Les marchés publics sont un levier formidable pour relancer l'économie européenne (19% du PIB européen), créer des emplois de qualité et faire le choix d'offres plus durables. Avec le Parlement, j’ai appelé à sortir de la logique du seul critère de l'offre la moins chère, qui favorise trop souvent la médiocrité du service. Nous avons obtenu que les entreprises de l’économie sociale et les petites entreprises puissent avoir accès aux marchés publics dans de bonnes conditions. Trop souvent les sous-traitants sont les variables d’ajustement des opérateurs qui bénéficient des marchés publics. Il est inadmissible que les grands opérateurs se défaussent sur les petites entreprises, au mépris des droits des travailleurs. Nous proposons une réglementation pour éviter ce genre de dérive avec une chaîne de responsabilité clairement identifiée. Je regrette que la droite, aveuglée par son idéologie libérale, ait rejeté les amendements demandant d'assurer la réciprocité d'accès aux marchés publics entre l'Europe et les grands pays industrialisés et émergents. L'Europe ne peut plus être la seule à respecter les règles du commerce international au détriment de nos emplois, sans pouvoir imposer de sanctions !

Grâce à ce rapport d’initiative, le Parlement européen a donné un signal clair à la Commission sur l'orientation qu'il souhaite pour la future réforme de la législation sur les Marchés publics.

J’étais contre-rapporteure du groupe socialiste et démocrate sur ce texte. Vous trouverez ci- dessous mon intervention en séance plénière.

« Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, chers collègues,

Les marchés publics sont un levier formidable pour relancer l’économie européenne, créer des emplois de qualité et faire le choix d’offres plus durables sur le plan social et environnemental.

Pour cela, il faut sortir de la logique du seul critère de l’offre la moins chère, qui se fait l’allié de la médiocrité, en obligeant les autorités publiques à des montages alambiqués pour choisir la qualité.

Le rapport que nous votons demain introduit le critère de l’offre la plus avantageuse économiquement, qui permet aux autorités d’exiger des contractants le respect de normes élevées. Je remercie Mme Rühle d’avoir si bien défendu ce principe qui va apporter plus de souplesse et plus de sécurité juridique pour les opérateurs.

Autre point essentiel: l’accès aux marchés publics dans de bonnes conditions des opérateurs de l’économie sociale et des petites entreprises. Les règles européennes sont très contraignantes pour ces structures. Il convient de les améliorer pour leur permettre de répondre à des appels d’offre importants sans avoir à agir comme sous-traitant.

A ce sujet, le recours très fréquent à ce système pose de réels problèmes, pour les PME

victimes de dumping tarifaire, et pour leurs employés qui ne bénéficient pas des mêmes conditions salariales et sociales que leurs homologues employés par des grands groupes.

Une chaîne de responsabilité doit être envisagée: il est inadmissible que le prestataire principal puisse se défausser de ses responsabilités sur un petit sous-traitant. Je vous appelle donc à voter pour le maintien du paragraphe 22 afin de faire respecter le droit des employés et

de protéger les petites entreprises créatrices d’emploi dans tous les territoires.

Enfin, je me réjouis qu’il soit demandé aux Etats membres de signer la convention 94 de l’OIT sur les marchés publics: cette convention date de 1949, et seuls 11 Etats membres en sont signataires !

En revanche, je regrette qu’il n’ait pas été possible d’aller plus loin en ce qui concerne la réciprocité de l’accès aux marchés publics dans les pays tiers industrialisés et émergents. L’Europe ne peut plus être la seule à respecter les règles, et en conséquence, je vous appelle à refuser la suppression du § 39.

Ce rapport est un texte équilibré, et je vous demande de ne pas le dénaturer demain, ce qui irait contre les intérêts de notre industrie, de nos entreprises et des travailleurs.

Merci de votre attention. »

Un premier pas vers un droit d’asile commun en Europe

Le Parlement a adopté la révision d’une directive sur les conditions que doivent remplir les personnes menacées pour pouvoir prétendre au statut de réfugié ou bénéficier d’une protection internationale. Les avancées portent sur une nouvelle définition de la famille qui tient compte des mineurs mariés, un meilleur encadrement de la notion d’acteur de protection avec la reconnaissance du rôle des ONG, l’introduction des notions d’identité de genre et d’orientation sexuelle comme motif de persécution. A l’horizon 2012, l’objectif est d’établir un régime commun d’asile pour l’Union européenne afin d’en finir avec les effets néfastes de la juxtaposition des différents régimes nationaux. L’adoption de ce texte est un premier jalon vers l’harmonisation juridique du droit d’asile européen. Les autres directives relatives à ce sujet sont toujours en débat.

Le Conseil refuse toujours de mettre le congé maternité à son ordre du jour

Au cours de cette session, les députés ont interpellé le Conseil par la procédure de question orale avec débat sur l’état d’avancement de la directive sur le congé maternité. En octobre 2010, le Parlement européen a légiféré en faveur d’un congé maternité de 20 semaines intégralement rémunéré et un congé paternité obligatoire de 2 semaines. Immobile sur cette question, le Conseil refuse toujours de mettre ce texte à son ordre du jour. Cette avancée pour les familles reste donc actuellement bloquée par la majorité de droite au Conseil.