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Les représentations sociales : Boîte à outil Revue de la littérature Juin 2007 Caroline Maury
Les représentations sociales : Boîte à outil Revue de la littérature Juin 2007 Caroline Maury
Les représentations sociales : Boîte à outil Revue de la littérature Juin 2007 Caroline Maury

Les représentations sociales :

Boîte à outil

Revue de la littérature

Juin 2007

Caroline Maury

Revue de la littérature (partie 11)

Table des matières

1. La théorie des représentations sociales

1

1.1

Représentations sociales et psychologie sociale

1

1.2

Eléments de définition des représentations sociales :

3

1.3

Représentations sociales et connaissance

5

1.4

Niveaux d’analyse d’une RS

6

2. Le courant des RS : une théorie du changement

7

2.1

La théorie du noyau central

8

2.2

Noyau central et changement des RS

9

2.3

L’analyse dynamique des RS :

9

2.4

Penser le changement de RS en lien avec les pratiques sociales

10

3. Eléments de méthodologie

11

3.1

Recueil des

contenus :

12

3.2

Analyse des données :

13

3.3

Application empirique :

14

Bibliographie

 

16

Les representations sociales : boîte à outils

Caroline Maury

Cette partie de la revue de littérature est plutôt conçue comme une boîte à outils éventuelle à destination des chercheurs des différentes équipes. Après avoir présenté la théorie des représentations sociales, son rapport avec l’objet du programme et la définition d’une représentation sociale (1), nous verrons que celle-ci est une théorie du changement dans la mesure où les changements de représentations sociales sont au centre des investigations des chercheurs (2). Enfin, nous envisagerons des questions plus méthodologiques afin de donner une idée du type de méthodes employées par ce courant de la psychologie sociale.(3) Nous nous permettrons au cours du texte quelques réflexions sur l’éventuelle pertinence de ce type de méthode quant aux différentes phases de terrain de Know and Pol.

1. La théorie des représentations sociales

L’étude des représentations sociales est une « théorie de la connaissance socialement

élaborée et partagée » (D. Jodelet, « Les représentations sociales : un domaine en expansion », in D. Jodelet (dir), Les représentations sociales, Paris, PUF, 1989, p. 31-61.)

1.1 Représentations sociales et psychologie sociale

L’étude des représentations sociales est une partie importante de la discipline psychologie sociale. On peut sommairement résumer les objets de cette discipline : la psychologie sociale est une branche de la psychologie qui s'intéresse à l'influence des processus cognitifs et

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sociaux sur les relations entre les individus (relations interpersonnelles) et ainsi qu’aux fondements de ces relations. Elle étudie tant les interactions des individus en groupe et société que les comportements des groupes et sociétés eux-mêmes.

Cette discipline part de quelques principes fondamentaux et de certains questionnements dont nous donnons une liste non exhaustive 1 . L’examen de cette liste permet ainsi de repérer des questions qui ont des résonances avec celles du programme.

Principes fondamentaux-hypothèses :

La construction de la réalité. Chaque individu a une vision, une conception personnelle de la réalité dont il fait partie. Cette conception est construite à partir des processus cognitifs et sociaux.

L'étendue de l'influence sociale. Un individu, ses émotions, ses pensées et soncomportement sont grandement influencés par les personnes qui l'entourent.

Questionnements :

Par quels procédés et biais les individus jugent et évaluent ?

Quelles sont les attributions qu'une personne fait spontanément d'un événement ?

Comment l'individu réagit-il à la réalisation d'un acte problématique ?

Quel est l'impact de la dynamique d'un groupe sur la cognition et les états émotionnels ?

Comment est-ce que les groupes sociaux contrôlent ou contribuent au comportement, à l'émotion, ou aux attitudes des différents membres ?

Quel est l'impact du groupe sur l'individu ?

Comment l'individu agit-il dans un groupe social ?

Peut-on distinguer groupe et catégorie sociale ?

L’objet « représentations sociales » dans la discipline

La notion de représentation sociale, l'une des notions fondatrices de la psychologie sociale, mais aussi de la sociologie de la connaissance, désigne une forme de connaissance sociale, la

1 Les questions en gras sont celles qui nous semblent les plus proches de la thématique de Know and POl

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pensée du sens commun, socialement élaborée et partagée par les membres d'un même ensemble social ou culturel. C'est une manière de penser, de s'approprier, d'interpréter notre réalité quotidienne et notre rapport au monde.

En France, c’est Serge Moscovici qui a délimité ce vaste champ de recherche articulé autour des représentations sociales. Dans ses différents ouvrages ( Moscovici 1961, 1984), il s’attache dans à démontrer le rôle des représentations sociales dans l'institution d'une réalité consensuelle, leur fonction socio-cognitive dans l'intégration de la nouveauté, l'orientation des communications et des conduites. Il montre également que les représentations sociales peuvent être étudiées globalement comme des contenus dont les dimensions(informations,

valeurs, opinions

ou, de

manière focalisée, comme structures de savoir organisant l'ensemble des significations relatives à l'objet concerné. Après lui d’autres chercheurs ont affiné non seulement la définition, mais aussi les méthodes de recherche quant à cet objet, devenu central, de la psychologie sociale. Nous présentons ci-dessous quelques éléments de définition des représentations sociales.

)

sont coordonnées par un principe organisateur (attitude, normes

)

1.2 Eléments de définition des représentations sociales :

« Forme de connaissance socialement élaborée, ayant une visée pratique et concourant à la construction d’une réalité commune à un ensemble social »

D. JODELET (1989), p. 36

« Une représentation sociale se présente concrètement comme un ensemble d’éléments cognitifs (opinions, informations, croyances) relatifs à un objet social »

P. MOLINER, P. RATEAU, V. COHEN-SCALI (2002), p. 12-13.

« Organisation d’opinions socialement construites, relativement à un objet donné, résultant d’un ensemble de communications sociales, permettant de maîtriser l’environnement et de se l’approprier en fonction d’éléments symboliques propres à son ou ses groupes d’appartenance »

N. ROUSSIAU et C. BONARDI (2001), p. 19.

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Ces quelques définitions ont été sélectionnées au sein d’une littérature assez importante et elles semblent faire consensus (notamment dans les manuels à destination des étudiants de premier cycle universitaire). Pour définir une représentation sociale, on peut ainsi retenir quatre éléments :

4 caractéristiques principales pour une représentation sociale :

1. Une représentation sociale est un ensemble organisé : la structure et les éléments composant les relations sociales entretiennent entre eux des relations.

2. Une représentation sociale est partagée par les individus d’un même groupe social. En général son caractère consensuel partiel dépend de l’homogénéité du groupe et de la position des individus dans le groupe.

3. Une représentation sociale est collectivement produite à l’occasion d’un processus global de communication. Des échanges interindividuels, l’exposition aux communications de masse, permettent aux membres d’un groupe de mettre en commun les éléments qui vont constituer une représentation sociale.

4. Une représentation sociale est socialement utile pour appréhender l’objet auquel elle se rapporte. Une représentation sociale est un système d’interprétation et de compréhension de l’environnement social. Les représentations sociales interviennent aussi dans les interactions entre groupes, notamment lorsque ces interactions sont nouées autour d’objets sociaux. Elles fournissent des critères d’évaluation de l’environnement qui permettent à l’occasion de justifier ou de légitimer certaines conduites.

Que ce soit dans les travaux pionniers de S. Moscovici ou dans des travaux plus récents, la dimension cognitive des représentations sociales doit être soulignée. Nous approfondirons ainsi le lien effectué les auteurs entre représentations sociales et connaissance.

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1.3 Représentations sociales et connaissance

Les auteurs de ce courant de la psychologie sociale expriment explicitement le lien entre RS

et connaissance (cf. définitions sus citées : « connaissance socialement élaborée et partagée »,

ensemble d’éléments cognitifs »). Ceci est parfois détaillé : par exemple pour P. MOLINER, P. RATEAU, V. COHEN-SCALI (2002), une RS est composée d’éléments cognitifs, mais pas seulement. Ils indiquent ainsi (p. 12-13) qu’une RS est composée comme suit :

- Les opinions qui sont du domaine de la prise de position

- Les informations qui sont du domaine de la connaissance

- Les croyances qui sont du domaine de la conviction

Pour D. JODELET (1989), les RS sont des savoirs socialement élaborés « A l’intérieur d’un groupe social plus ou moins homogène, les RS se définissent comme des savoirs socialement élaborés et partagés » p. 36. Ce type d’approche a le mérite de mettre clairement l’accent sur la dimension sociale du savoir. Dans le cadre du programme Know and Pol la théorie des représentations sociales peut, à notre sens être utilisée de deux façons non exclusives l’une de l’autre :

- Pour montrer que les connaissances sont socialement construites, on peut alors travailler les connaissances comme des représentations sociales et montrer comment celles-ci sont partagées (ou non), par qui, comment elles varient dans le temps…

- On peut aussi travailler sur les représentations sociales des policy makers quant à la connaissance qu’ils mobilisent (ou pas) dans leur activité : Quelles RS ont-ils de ces connaissances, de ces savoirs ? On peut alors comparer celles-ci avec celles qui sont propres aux experts, aux instances internationales sur les mêmes objets. Dans une perspective dynamique cela permet aussi de s’intéresser au changement éventuel de ces RS (cf. ci-dessous pour l’aspect méthodologique)

A ce stade de notre développement, il convient de faire le point sur le niveau d’analyse d’une

représentation sociale. En effet, les différents travaux consultés n’analysent pas tous les RS à

la même « échelle », nous en avons distingué trois.

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1.4 Niveaux d’analyse d’une RS

1. L’étude d’une RS dans la société qui se focalisera plutôt sur l’examen des similitudes et des différences entre groupes sociaux porteurs de cette représentation. En fait il est impossible ici de prétendre à l’exhaustivité, bien souvent les travaux se focalisent sur l’étude d’une RS auprès de plusieurs groupes en interaction. Les RS concernant des objets investis par les individus d’une utilité ou d’une valeur sociale, la maîtrise pratique ou notionnelle de tels objets est alors un enjeu au cœur de l’interaction sociale. Les différents groupes interagissent autour de cet objet en souhaitant se l’approprier ou en imposer une certaine image. Chaque groupe a une expérience spécifique de l’objet de RS, il se le représente selon une logique et des intérêts spécifiques (GUIMELLI 1998). Il est ici question de l’ancrage sociologique des RS, la RS à propos d’un objet dépend à la fois de la position du groupe par rapport à l’objet mais aussi du type de relation existant entre les différents groupes en interaction : coopération, opposition, domination, compétition…(BELLELI, 1987).

2. Les RS dans les groupes

A l’intérieur d’un groupe social composé d’individus interagissant, existe une position

commune par rapport à un objet social et un objectif commun par rapport à celui-ci. D. JODELET (1989), « A l’intérieur d’un groupe social plus ou moins homogène, les RS

se définissent comme des savoirs socialement élaborés et partagés » p. 36. Plus le groupe

est homogène, moins les savoirs sont diversifiés. La question à laquelle tente de répondre

la théorie des RS est alors la suivante : Pourquoi le groupe peut avoir une vision commune

de l’objet alors que chaque individu a sa propre expérience ? La recherche va alors s’orienter vers le repérage d’éléments fortement consensuels (cf. ci dessous théorie du « noyau central ») et d’éléments dits « périphériques » variables d’un individu à l’autre.

3. Les RS dans l’expression individuelle

C’est dans le discours individuel que les RS sont les plus accessibles, le discours individuel est souvent le premier niveau de recueil de données. On examine alors les variabilités et les convergences entre différents discours individuels. Lorsque l’individu

mobilise une RS pour évoquer un objet, il met en œuvre un savoir « naïf » c'est-à-dire un

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savoir non produit selon les règles logico-déductives de type scientifique. L’individu qui

exprime une RS a le sentiment de décrire l’environnement tel qu’il est vraiment et tel qu’il

est perçu par les autres. (MOSCOVICI 1961).

L’analyse des représentations sociales a posé la question du changement de RS, en ce

sens, on peut dire que ce courant de recherche se présente comme une théorie du

changement.

Parmi les auteurs s’intéressant aux représentations sociales, certains chercheurs, à la suite

de J-Cl. Abric se sont intéressés au changement en élaborant une « théorie du noyau

central », celle-ci est caractéristique de l’école aixoise de psychologie sociale, bien que

parfois remise en question, elle est aujourd’hui reconnue par les psychologues sociaux et

enseignée aux étudiants plus largement qu’à Aix.

2. Le courant des RS : une théorie du changement

Comme mentionné ci-dessus, le courant des RS s’attache à comprendre comment une vision

commune d’un objet peut être partagée par les individus d’un groupe. Dans ce travail le

courant des RS a été amené à repérer des éléments fortement consensuels et un ensemble plus

large où le consensus entre les membres du groupe est moins net.

Ensemble plus large où le consensus est moins net

Opinions divisant le groupe. Zone de fort consensus
Opinions
divisant
le
groupe.
Zone de fort
consensus

Petit

d’éléments

fortement

consensuels :

central

nombre

Théorie

du

noyau

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2.1 La théorie du noyau central

La théorie du noyau central est essentiellement fondée sur le découpage des RS en des zones distinctes (cf. schéma) : une zone de consensus et une zone d’opinions divisant le groupe. En fonction de la zone, les changements vont être plus ou moins faciles et affecter de façon plus ou moins importante la RS elle-même.

1. Caractéristiques du consensus

- Le consensus ne résulte pas seulement de convergences individuelles aléatoires mais il est déterminé par un facteur commun à tous les individus.

- Les opinions les plus consensuelles sont les moins dotées de qualités particulières et permettent notamment de définir l’objet de la RS

- Les opinions les plus consensuelles ne peuvent entrer en contradiction avec les autres opinions et croyances de la RS.

Une RS est donc décomposée comme suit :

-

Eléments périphériques : croyances variables d’un individu à l’autre.

-

Eléments centraux (noyau central) qui font consensus et qui résultent des conditions historiques, sociales et idéologiques de la formation de la RS. Les informations, opinions, croyances du noyau sont ainsi fonction du contexte social global dans lequel se situe le groupe. Ces éléments font consensus car ils renvoient aux normes, valeurs et intérêts du groupe.

2.

Fonction du noyau central

-

Une fonction signifiante : le noyau est ce qui produit la signification globale que les individus accordent à l’objet. Le sens global attribué à l’objet va se répercuter sur toutes les connaissances qui lui sont relatives y compris sur des gestes très techniques (Cf. GUIMELLI 2001 avec l’exemple des injections chez les infirmières). Tous les éléments périphériques sont affectés par le noyau, ils ne peuvent entrer en contradiction avec lui.

-

Le noyau permet d’établir des relations logiques entre chacun des éléments de la représentation.

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« En résumé, selon la théorie du noyau, les éléments centraux expriment les significations que les individus assignent collectivement à l’objet de RS. Ils sont fortement consensuels car déterminés par les valeurs et histoire du groupe. Ils affectent le sens des éléments périphériques et déterminent les relations logiques que les individus établissent entre ces derniers. Les éléments périphériques correspondent à des connaissances que les individus ont accumulées dans des contextes divers. Ils expriment donc la variété des expériences individuelles, mais ils respectent une logique commune à tout le groupe car ces expériences sont interprétées à partir des éléments communs du noyau. Finalement selon cette conception, l’étude d’une RS va consister à identifier, dans l’ensemble des opinions et croyances relatives à l’objet, les éléments appartenant au noyau. Ainsi au-delà des discours on pourra comprendre les significations que le groupe attribue à l’objet de RS »

P. MOLINER, P. RATEAU, V. COHEN-SCALI (2002), p. 24.

2.2 Noyau central et changement des RS

Le noyau étant le facteur de stabilité d’une RS, il est caractérisé par une certaine inertie face

au changement (ABRIC, 2001).

La société connaît des évolutions : techniques, scientifiques, environnement…Les RS doivent

ainsi évoluer pour garder leur pertinence et leur utilité. Ici se pose la question de la nécessaire

évolution d’une RS confrontée au principe d’inertie caractérisant le noyau. Sauf cas

exceptionnel l’évolution des RS agit par ajustements successifs.

Si le facteur de changement est en contradiction avec les éléments périphériques d’une RS : il

y aura réaménagement rapide de la zone . Au contraire si la contradiction porte sur le noyau

central, qui relie les uns aux autres les différents éléments de la RS, la transformation sera

plus coûteuse et plus lente car elle a des répercussions sur l’ensemble de la structure.

En dehors de la théorie du noyau central, certains auteurs s’intéressent au changement à

travers « l’histoire » d’une RS.

2.3 L’analyse dynamique des RS :

Dans ces travaux, l’intérêt est focalisé sur le processus de changement des RS, dans une

perspective diachronique. Ainsi, P. Moliner (2001) distingue trois phases dans l’ « histoire »

d’une représentation sociale :

1. Emergence : Précède l’apparition de savoirs stables et consensuels directement

rattachés à l’objet, cette phase est caractérisée par une grande variabilité des

opinions et une faible structuration de ces dernières.

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2. Stabilité : présence d’éléments consensuels et fortement reliés les uns aux autres 3. Transformation : Des consensus anciens cohabitent avec des éléments nouveaux parfois contradictoires. Les périodes d’émergence et de transformation s’accompagnent, selon cet auteur, d’une intense communication collective.

NB : Ceci est particulièrement intéressant dans cette approche qui s’est dotée d’outils pour mesurer ce processus. C’est bien ce qui fait défaut à l’analyse du référentiel de Jobert et Muller : on ne voit pas très bien comment « mesurer » l’apparition d’un nouveau référentiel d’action publique. Une combinaison de ces approches (le référentiel est une vision du monde orientée vers l’action soit quelque chose d’assez proche de la définition d’une RS) pourrait être envisagée. Dans la même optique certains travaux concernant le changement de RS mettent plutôt l’accent sur le lien entre changement de pratiques et changement de RS

2.4 Penser le changement de RS en lien avec les pratiques sociales

Selon Cl. Flament (FLAMANT 2001), la modification des pratiques sociales permet d’expliquer en partie le changement des RS. Il présente le schéma suivant (FLAMANT 2001, p. 50) :

Modification des circonstances externes

Modification des pratiques sociales

Modification des prescripteurs conditionnels (du type si…alors je…) et modification des éléments périphériques de la RS

Modification des prescripteurs absolus et modification du noyau central

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Il y a ainsi modification des RS quand les individus s’engagent dans des pratiques qui contredisent savoirs et/ou croyances anciens. Outre le fait que les pratiques sociales déterminent les RS, il faut également considérer que la nécessité de maintenir un univers mental cohérent amène les individus à ajuster leurs représentations aux pratiques nouvelles auxquelles ils ont accès. Ce que Flamant nomme « processus de rationalisation » a ainsi un effet sur les changements de RS.

Certains auteurs du courant des RS émettent l’hypothèse que le changement des RS obéit aussi aux règles de l’homologie structurale : les individus élaboreraient des RS conformes à leur position dans le champ social, il y aurait ainsi une dynamique identitaire des RS qui tendraient à préserver des identités sociales.

Le dernier point abordé concernera ma méthodologie propre à ce type d’approche susceptible d’intéresser les équipes de Know and Pol. S’agissant d’un survey de littérature, il est impossible de détailler chaque « outil » présenté, nous donnons quelques grandes lignes et renvoyons à la lecture de textes et d’ouvrages illustrant l’emploi (et l’utilité) de ces méthodes.

3. Eléments de méthodologie

Nous procédons ici à une énumération rapide des outils méthodologique de recueil et de traitement des données utilisés par le courant des RS. Puis nous présenterons la démarche suivie par Ch. Guimelli dans son étude sur les représentations de la chasse (Guimelli, 1998). Bien que l’objet soit assez éloigné des préoccupations de Know and Pol nous avons choisi cet exemple car l’auteur présente les étapes et la méthodologie de son travail de manière assez synthétique.

Pour

des

détails

plus

complets

sur

l’ensemble

des

« outils »

utilisés

par

les

psychosociologues s’intéressant à aux RS nous recommandons l’ouvrage suivant :

Pascal MOLINER, Patrick RATEAU, Valérie COHEN-SCALI, Les représentations sociales. Pratique des études de terrain, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2002.

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3.1 Recueil des contenus :

Il s’agit de lister les croyances, opinions, informations (i.e une RS) que les membres d’un groupe donné partagent à propos d’un objet.

1. Collecte d’informations méthodes qualitatives :

- Corpus textuels :

•Analyse de textes (sur l’objet dont on veut étudier la RS) : comptes-rendus de réunions, articles de presse, documents d’archives, textes littéraires, lettres, documents

institutionnels… •Témoignages et notamment de personnes situées à la périphérie de la communauté étudiée (cf. D. JODELET (1995), dans son étude sur la folie) pour complément d’information et comparaison. •Récits autobiographiques pour capter l’enchaînement des faits et le contexte décrit. •Littérature

- Les discours :

•Entretiens (non directifs, semi directifs et directifs). Quelques techniques et types d’interventions particuliers sont développés par ce courant. Les démarches associatives et réflexives à partir de stimuli variés :

Association libre : méthode où le stimulus est un mot et où l’on propose à l’acteur d’établir des associations (méthode de la carte associative ou du réseau associatif). Méthode des cas : L’acteur interrogé est mis en situation de résolution de problèmes, le stimilus est un ensemble d’informations, une description de la situation. Méthode de la planche inductrice ou du dessin : Le stimulus est une image ou un dessin à partir duquel s’exprime l’acteur.

2. Collecte d’informations méthodes plus quantitatives :

- Analyse de contenu :

Plusieurs méthodes sont utilisées. •L’Analyse Propositionnelle de Discours (APD) et notamment pour l’analyse des entretiens non ou semi directifs.

•L’analyse stylistique est également un outil pour cette approche.

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- Questionnaires :

Ils sont mis en place dans les cas où existe un objectif de quantification pour le chercheur. La procédure pour la mise en place des questionnaires consiste dans un premier temps à dégager les indicateurs pertinents par une démarche qualitative (cf. supra), puis à élaborer et à mettre en œuvre le questionnaire. Cette approche utilise des outils classiques :

•Questionnaire modèle échelles d’attitudes (type Likert) où le sujet s’exprime par rapport à une proposition sur une échelle (pas du tout d’accord à tout à fait d’accord par exemple) • ou emploi de techniques de caractérisation où le sujet effectue lui-même le classement. Des outils plus spécifiques au courant des RS, et notamment pour repérer le noyau central, sont mis en place :

•méthode d’induction par scénario ambigu •ou modèles des schèmes cognitifs de base.

3.2 Analyse des données :

Pour analyser les données recueillies on peut distinguer deux types de méthodes, des techniques descriptives et des techniques inférentielles.

1. Techniques descriptives

Parmi ces outils destinés à résumer et à organiser des données certains ont été créés spécialement pour l’analyse des RS : analyse prototypiques et analyse de similitude.

- L’analyse prototypique et catégorielle est surtout utilisée lorsqu’il s’agit de travailler ou de repérer le noyau central d’une RS. Cet outil permet d’étudier la façon dont se structurent les associations libres et de repérer les éléments du noyau central et les éléments périphériques.

- Les analyses de similitude servent plutôt pour étudier l’organisation des RS et leur transformation.

D’autres outils statistiques plus classiques sont réutilisés pour l’analyse des RS :

techniques de classification et analyses factorielles.

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2. Techniques inférentielles :

Elles permettent d’extrapoler les résultats obtenus et de comparer les données entre elles. Les

modèles utilisés ne sont pas spécifiques au courant des RS mais font partie de l’outillage

statistique « classique ».

3.3 Application empirique :

On peut trouver dans le dernier chapitre de P. MOLINER, P. RATEAU, V. COHEN-SCALI

(2002), une application empirique illustrant la phase d’enquête et l’utilisation des outils de

recueil et de traitement des données.

Afin d’illustrer de façon un peu plus concrète la démarche méthodologique nous résumerons

rapidement la démarche suivie par Ch. Guimelli (Guimelli 1998) pour l’analyse de la

représentation sociale de la chasse.

L’auteur a choisi d’étudier des sujets appartenant à des sociétés cynégétiques, il a interrogé

128 personnes par questionnaire.

Elaboration du questionnaire :

Le questionnaire comporte trois parties :

- Un ensemble de 20 items qui donnera lieu à un traitement par analyse de similitude. Pour

établir la liste des items, l’auteur a effectué des entretiens non directifs auprès de 15 chasseurs

autour de 2 questions « Qu’est-ce que la chasse selon vous ? et Pourquoi allez vous à la

chasse ?. L’analyse des comptes rendus d’entretiens a permis dégager 20 définitions de la

chasse qui ont été résumées sous formes de phrases courtes. Ce sont ces phrases qui

constituent les items proposés. NB : L’auteur souligne que pour constituer cette liste, il s’est

efforcé d’utiliser les termes spécifiques choisis par les acteurs au cours d’un entretien. Ainsi la

phrase « Etre avec son chien » qui pour un observateur extérieur semble insignifiante, est

selon Gh. Guimelli riche de sens pour la population qu’il observe.

- Un ensemble de 18 propositions sur lesquelles les sujets devront préciser leur degré d’accord

ou de désaccord. Ces propositions ont été formulées à partir d’observations régulières des

conversations des chasseurs sur le terrain. L’auteur a ainsi pu repérer les thèmes qui

revenaient souvent dans les conversations mais pour lesquels était observée une divergence de

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point de vue. Deux critères de sélection donc : fréquence d’apparition et thèmes ne faisant pas l’objet d’un consensus dans le groupe. Les propositions sont ainsi formulées à partir de ces thèmes.

- Des questions fermées permettant de situer la personne interrogée dans la population s’orientant autour de différentes variables (statut dans la société de chasse, acceptation ou non des pratiques nouvelles, plus ou moins grande perméabilité aux idéologies véhiculées par le groupe…). Enfin quelques données signalétiques (âge, profession, commune, date d’obtention du permis de chasse.

Traitement des données recueillies Après avoir élaboré le questionnaire et interrogé sa population cible, l’auteur en vient au traitement des données. Il est impossible ici de résumer l’intégralité de la démarche de l’auteur et les différents outils statistiques utilisés. Le résultat de son analyse montre une représentation de la chasse qui évolue lorsque les sujets participent à des pratiques nouvelles il émet également l’hypothèse que cette transformation de la RS semble opérer à partir de schèmes écologiques, il va tenter de vérifier cela.

- Pour ce faire, il entreprend une analyse de contenu sur des revues cynégétiques anciennes (afin de déterminer les anciennes RS de la chasse). Après une analyse qualitative de repérage des thèmes écologiques régulièrement abordés, l’auteur met en place une méthode plus quantitative pour repérer leur fréquence d’apparition dans les revues par rapport à l’ensemble du contenu de la revue. L’unité d’analyse choisie est le paragraphe et l’auteur découpe en plusieurs catégories (ex thème 1 Armes et technique de tir, 2 cynophilie) l’ensemble du contenu, parmi ces catégories se trouve le thème protection et dégradation de la nature. Chaque thème se voit attribué un % et il analyse à 20 ans d’intervale un corpus de revues cynégétiques.

- L’auteur émet deux hypothèses : « L’organisation de la représentation de la chasse sera modifiée lorsque les sujets seront convaincus de l’intensité et de l’importance de l’agression idéologique du groupe » et « les attitudes à l’égard de la chasse seront modifiées lorsque les sujets seront convaincus de l’intensité et de l’importance de

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l’agression idéologique, et par conséquent, conscients des dangers qui menacent leur groupe » Après avoir distingué deux groupes dans sa population d’étude : un avec une conscience élevée de l’agression idéologique, l’autre avec une conscience de cette dernière faible, l’auteur procède de la sorte :

•Liste des items •Pondérations des items •Elaboration des arbres maximum établis par analyse de similitudes •Fréquence concernant le degré d’accord sur les propositions Nous ne pouvons donner de plus amples détails ici notamment sur la manière dont sont construits les arbres, nous renvoyons à l’ouvrage, notamment pour une illustration graphique.

Concernant la méthodologie, on peut également faire référence à un article du même auteur, moins précis sur la méthodologie cependant, qui étudie les représentations du métier d’infirmière (Guimelli 2001).

Si l’appareil méthodologique mis en place par ce courant de la psychologie sociale est extrêmement précis et complexe à mettre en place, nous pensons que certaines méthodes peuvent être réinvesties utilement sans exiger un degré de complexité comparable aux études citées. Dans le cadre de Know and Pol, l’élaboration de questionnaires sur les représentations de la connaissance véhiculées par les policy makers peut être envisageable. L’élaboration d’un tel questionnaire pourrait résulter de l’analyse d’un corpus d’entretiens (cf. supra ce qu’a fait ch. Guimelli pour les chasseurs) menés dans les différents pays. Cet outil permettrait non seulement d’étudier des RS mais aussi, dans une perspective comparatiste, de situer les différentes situations nationales.

Bibliographie

Pascal MOLINER, Patrick RATEAU, Valérie COHEN-SCALI, Les représentations sociales. Pratique des études de terrain, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2002

Christian GUIMELLI (dir), Structures et transformations des représentations sociales, Lausane, Delachaux et Niestlé, 1994.

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Pierre MANNONI, Les représentations sociales, Paris, PUF, Coll. Que Sais-Je, 3 ème ed.,

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Jean-Claude ABRIC (dir.), Pratiques sociales et représentations, Paris, PUF, 3ème ed.,

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ETUDES DE CAS

J-Cl ABRIC, « L’artisan et l’artisanat : analyse du contenu et de la structure d’une représentation sociale », Bulletin de psychologie, 366, p. 861-876. (noyau central)

D. JODELET, Folie et représentations sociales, Paris, PUF, 1995.

Les representations sociales…

Maury

CH. GUIMELLI, Chasse et nature en Languedoc : étude de la dynamique d'une représentation sociale chez des chasseurs languedociens, Paris, L’Harmattan, 1998.

G. BELLELI, La représentation sociale de la maladie mentale, Naples, Liguori, 1987.

Ch. GUIMELLI, « La fonction d’infirmière. Pratiques et représentations sociales », in Jean- Claude ABRIC (dir.), Pratiques sociales et représentations, Paris, PUF, 3ème ed., 2001, p. 83-107. (noyau central dépend normes valeurs communs au groupe)

A.S DE ROSA, “The social Representations of Mental illness in children and adults” in W. DOISE, S. MOSCOVICI (eds), Current Issues in Social Psychology, Cambridge University Press, 1987, 47-138.