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LES LUNDIS DU RONDEAU 2011-2012

Les parents, premiers éducateurs

7 novembre 2011 Père Bertrand CARDINNE

Pour bien commencer cette réflexion, il convient de définir les termes que nous utilisons. En particulier, qu’est-ce que l’« éducation » ? Consiste-t-elle uniquement à transmettre des savoirs ou des savoir-faire ? En quoi se différencie-t-elle de l’« instruction » ? L’Église, dans un document peu connu et sur lequel nous reviendrons, se penche avec attention sur la question de l’éducation. Il s’agit de la Déclaration (ce terme désigne un document de faible importance) du Concile Vatican II sur l’éducation chrétienne ; on y fait habituellement référence par ses deux premiers mots latins, Gravissimum Educationis (28 octobre 1965). Le terme d’éducation chrétienne ne doit pas être compris comme une simple catéchèse – aussi nécessaire soit-elle ! –, mais comme un facteur de croissance intégrale de la personne humaine. « Le but que poursuit la véritable éducation est de former la personne humaine dans la perspective de sa fin la plus haute et du bien des groupes dont l’homme est membre et au service desquels s’exercera son activité d’adulte » (GE 1). De plus, ajoute le paragraphe suivant, il existe une éducation spécifiquement chrétienne, qui « ne vise pas seulement à assurer la maturité ci-dessus décrite de la personne humaine, mais principalement à ce que les baptisés, introduits pas à pas dans la connaissance du mystère du salut, deviennent chaque jour plus conscients de ce don de la foi qu’ils ont reçu, apprennent à adorer Dieu le Père », etc.

L’histoire de la terminologie employée reflète ces enjeux. En 1828 fut créé le premier Ministère de l’Instruction publique, à partir du Conseil Royal de l’Instruction publique dont le Grand Maître de l’époque était Mgr Denis Frayssinous. Le premier Ministre de l’Instruction publique en France fut donc un évêque ! C’est en 1932 que le gouvernement radical d’Édouard Herriot change le nom du Ministère en « Éducation nationale ». L’expression est plus ancienne : elle date de l’époque révolutionnaire, où elle était utilisée par les partisans de la prise en main par l’État de l’enseignement. Le terme d’Instruction publique fait une brève réapparition sous le régime de Vichy ; enfin, en 1974 le Président Giscard d’Estaing ôte l’épithète « nationale » – en même temps qu’il sépare le Ministère de l’Éducation d’avec sa branche de l’Enseignement supérieur.

Il est clair que le terme dont on fait usage détermine le rôle que l’on veut donner aux institutions. S’agit-il d’éduquer ou d’instruire ? Un parent est-il en droit de demander à un enseignant d’« éduquer » son enfant ? Ou bien peut-il au contraire lui reprocher d’empiéter sur ses prérogatives éducatives, et exiger qu’il se contente de lui inculquer des connaissances ? Est-il possible à un enfant qui n’est pas éduqué de recevoir une instruction ?

I Notions nécessaires

1. Subsidiarité

Le principe de subsidiarité est un principe qui apparaît dès la première Encyclique « sociale », celle du Pape Léon XIII connue sous le titre de Rerum Novarum (1891). Ce principe exprime la socialité naturelle de la personne humaine, qui dépend d’abord de petites communautés, telle la famille, puis de communautés « intermédiaires », et enfin de l’État. Le principe de subsidiarité permet donc de ne pas subir des intrusions abusives de l’État lorsque cela est inutile.

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C’est dans l’Encyclique Quadragesimo Anno (Pie XI, 1931) que ce principe est le mieux défini :

De même qu’on ne peut enlever aux particuliers pour les transférer à la communauté, les attributions dont ils sont capables de s’acquitter de leur seule initiative et par leurs propres moyens, ainsi ce serait commettre une injustice, en même temps que troubler d’une manière très dommageable l’ordre social, que de retirer aux groupements d’ordre inférieur, pour les confier à une collectivité plus vaste et d’un rang plus élevé, les fonctions qu’ils sont en mesure de remplir eux-mêmes.

Jean-Paul II reprend le même thème dans Centesimus Annus (1991) :

Une société d’ordre supérieur ne doit pas intervenir dans la vie interne d’une société d’un ordre inférieur, en lui enlevant ses compétences, mais elle doit plutôt la soutenir en cas de nécessité et l’aider à coordonner son action avec celle des autres éléments qui composent la société, en vue du bien commun (n. 48).

Appliqué à la famille, ce principe est clair : la famille est la plus petite cellule sociale, elle trouve son origine dans la nature humaine, et l’État ne doit pas se substituer à elle dans les tâches qu’elle peut accomplir par elle-même. Bien au contraire, il doit « la soutenir en cas de nécessité et l’aider ».

La société et l’État, dans leurs relations avec la famille, ont l’obligation de s’en tenir au principe de subsidiarité. En vertu de ce principe, les autorités publiques ne doivent pas soustraire à la famille les tâches qu’elle peut bien remplir toute seule ou librement associée à d’autres familles ; par ailleurs, ces mêmes autorités ont le devoir de soutenir la famille en lui assurant toutes les aides dont elle a besoin pour assumer l’ensemble de ses responsabilités de façon adéquate (Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église, 214). Le point de départ pour un rapport correct et constructif entre la famille et la société est la reconnaissance de la subjectivité et de la priorité sociale de la famille. La société et l’État ne peuvent donc ni absorber, ni substituer, ni réduire la dimension sociale de la famille ; ils doivent plutôt l’honorer, la reconnaître, la respecter et l’encourager selon le principe de subsidiarité (id., 252).

2. Droit naturel et famille

L’Église, se fondant sur l’Évangile, enseigne que la famille est une institution naturelle et divine. Elle est fondée sur l’amour naturel entre l’homme et la femme, et sur la vocation du couple à transmettre la vie. Cette réalité relève du droit naturel ; c’est-à-dire que l’institution familiale préexiste à tout ordonnancement juridique humain. La famille n’est pas une institution de l’État, dont les modalités pourraient changer d’un pays à l’autre, et qui pourrait être modelée selon les courants idéologiques. Nul législateur, par exemple, n’a le droit de déclarer qu’un couple formé par deux hommes ou par deux femmes forme une « famille » ; ou alors, il s’agit d’une redéfinition de cette institution naturelle, qui sera lourde de conséquences.

La priorité de la famille par rapport à la société et à l’État doit être affirmée. Elle précède, en importance et en valeur, les fonctions que la société et l’État doivent remplir. La famille, sujet titulaire de droits inviolables, trouve sa légitimation dans la nature humaine et non pas dans sa reconnaissance par l’État. Elle n’existe donc pas pour la société et l’État, mais ce sont la société et l’État qui existent pour la famille (Compendium de la DSE, 214).

La famille, de par sa nature, échappe donc à l’autorité arbitraire des États. C’est le fondement des relations entre parents et enfants, que l’on peut qualifier de « droits/devoirs » : les parents ont le devoir d’éduquer leurs enfants, et ils en ont le droit (qui doit leur être garanti par l’État). Comme nous le verrons, ce droit/devoir est intimement lié à la responsabilité des parents quant au don de la vie. Les parents ont le droit et le devoir de transmettre la vie et d’en être les éducateurs :

« Le mariage et l’amour conjugal sont ordonnés par leur nature à la procréation et à l’éducation des enfants » (Vatican II, Gaudium et Spes, 50). L’État ne peut donc s’immiscer dans aucun des deux domaines, soit pour limiter le don de la vie (comme il le fait en Chine avec la politique de l’enfant unique), soit pour intervenir arbitrairement dans l’éducation.

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Il faut faire ici une parenthèse pour constater, ces notions étant posées, que toutes les dictatures de l’Histoire récente ont eu pour point commun la contradiction de ce droit naturel. Nous venons de

mentionner la Chine, mais pensons à l’Allemagne nazie, l’Italie mussolinienne, l’URSS

formation de groupements de jeunesse, visant à soustraire les enfants à l’influence « naturelle » de

leurs parents, fait partie intégrante de l’arsenal des tyrannies. Les Hitlerjugend (créés dès 1922 !), l’Opera Nazionale Balilla (1926), en Chine les sinistres Gardes Rouges, en URSS les Komsomols, furent autant de mouvements d’endoctrinement de la jeunesse dont les fruits idéologiques ont été

nombreux

et redoutables. Du reste, dès 1891 dans Rerum Novarum, le pape Léon XIII critique le

La

socialisme comme partisan du monopole étatique de l’éducation, débouchant sur l’ingérence dans les familles.

II La famille dans la société ; l’éducation par les parents

Les brèves citations de Gravissimum Educationis rapportées ci-dessus ont montré le but de l’éducation. Il s’agit de permettre à un enfant de devenir adulte en développant toutes les dimensions de sa personne ; lui donner d’atteindre la maturité et la responsabilité aptes à lui faire prendre toute sa place dans la société humaine. L’Exhortation Apostolique Familiaris Consortio du Pape Jean-Paul II (22 nov. 1981) enseigne que ce long processus de maturation passe par

l’acquisition de « valeurs essentielles de la vie humaine » (n. 37) : liberté, justice, sens de la dignité

de chacun, renoncement à soi-même, amour des plus pauvres

un lieu essentiel pour acquérir toutes ces « vertus », et ce lieu est la famille.

Or, affirme le même texte, il existe

La famille est la première école, l’école fondamentale de la vie sociale ; comme communauté d’amour, elle trouve dans le don de soi la loi qui la guide et la fait croître. Le don de soi qui anime les époux entre eux se présente comme le modèle et la norme de celui qui doit se réaliser dans les rapports entre frères et sœurs, et entre les diverses générations qui partagent la vie familiale. La communion et la participation vécues chaque jour au foyer représentent la pédagogie la plus concrète et la plus efficace en vue de l’insertion active, responsable et féconde des enfants dans le cadre plus large de la société (Familiaris Consortio 37).

L’État, s’il veut que les futurs citoyens qui le constitueront soient « éduqués » – et il a tout intérêt à ce qu’ils le soient ! –, doit donc reconnaître qu’il ne se suffit pas à lui-même. Avec un minimum d’honnêteté, le législateur verra qu’il doit tout à la famille ; il devra donc faire en sorte de favoriser la famille, pour qu’en son sein se déroule une vraie éducation conduisant à une société future imprégnée de ces vertus.

Pour autant, l’Église reconnaît aussi la nécessité d’autres institutions complémentaires, accordées à la famille, car la famille elle-même ne peut pas accomplir toutes les tâches éducatives. Les parents sont les premiers éducateurs, mais ils ne sont pas les seuls ; l’enfant peut recevoir d’autres vertus sociales hors de la famille. « La dimension même de l’homme, communautaire, civile et ecclésiale, exige et suscite une œuvre plus vaste et plus complexe qui est le fruit de la collaboration bien ordonnée des diverses instances éducatives » (Familiaris Consortio 40). Pour que les futurs citoyens se préparent fructueusement à leur rôle social, la collaboration est donc indispensable entre parents et institutions éducatives. C’est toujours le principe de subsidiarité qui doit guider cette collaboration, c’est-à-dire que l’orientation voulue par les parents doit être respectée par les autres instances. On doit toujours rechercher l’harmonie entre ces deux niveaux, sans quoi la croissance humaine de l’enfant sera profondément perturbée.

Le droit des parents au choix d’une éducation conforme à leur foi doit être absolument assuré. L’Église et l’État ont le devoir d’apporter aux familles l’assistance nécessaire afin qu’elles puissent exercer comme il convient leurs tâches éducatives. Dans ce but, aussi bien l’Église que l’État doivent créer et promouvoir les institutions et les activités que les familles attendent à juste titre ; l’assistance devra être telle qu’elle supplée aux insuffisances des familles. Et donc, tous ceux qui dans la société

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sont à la tête des écoles ne doivent jamais oublier que les parents ont été institués par Dieu lui-même premiers et principaux éducateurs de leurs enfants, et que c’est là un droit absolument inaliénable. Mais, corrélativement à leur droit, les parents ont la grave obligation de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour entretenir des relations cordiales et constructives avec les enseignants et les responsables des écoles (Familiaris Consortio 40).

L’affirmation de ce droit des parents passe aussi par une véritable liberté quant au choix de l’école, et cette liberté ne devrait être entravée par aucun empêchement financier.

Ils doivent donc jouir d’une liberté véritable dans le choix de l’école. Les pouvoirs publics, dont le rôle est de protéger et de défendre les libertés des citoyens, doivent veiller à la justice distributive en répartissant l’aide des fonds publics de telle sorte que les parents puissent jouir d’une authentique liberté dans le choix de l’école de leurs enfants selon leur conscience. L’État doit donc d’une façon générale développer l’ensemble du système scolaire sans perdre de vue le principe de subsidiarité, donc, en excluant n’importe quel monopole scolaire. Tout monopole de ce genre est, en effet, opposé aux droits innés de la personne humaine (Gravissimum Educationis 6).

Dans la réflexion sur l’harmonie entre parents et enseignants, le domaine particulier (et si sensible !) de l’éducation sexuelle et affective fait l’objet d’une attention toute particulière du document pontifical. C’est en effet le domaine où il y a le plus d’abus et d’empiètements sur les droits/devoirs des parents ; et c’est aussi l’un des critères de construction d’une société respectueuse de la dignité de chacun.

L’éducation de l’amour comme don de soi constitue encore les prémisses indispensables pour les parents appelés à donner à leurs enfants une éducation sexuelle claire et délicate. Devant une culture qui « banalise » en grande partie la sexualité humaine, en la reliant uniquement au corps et au plaisir égoïste, le service éducatif des parents visera fermement une culture sexuelle vraiment et pleinement axée sur la personne : la sexualité, en effet, est une richesse de la personne tout entière – corps, sentiments et âme. L’éducation sexuelle, droit et devoir fondamentaux des parents, doit toujours se réaliser sous leur conduite attentive. L’Église rappelle ainsi la loi de subsidiarité, que l’école est tenue d’observer lorsqu’elle coopère à l’éducation sexuelle, en se plaçant dans l’esprit qui anime les parents. C’est pour cela que l’Église s’oppose fermement à une certaine forme d’information sexuelle ne tenant aucun compte des principes moraux et si souvent diffusée aujourd’hui, qui ne serait rien d’autre

qu’une introduction à l’expérience du plaisir

(Familiaris Consortio 37).

Se fondant sur l’enseignement rapporté ci-dessus à propos du droit naturel et de la famille, l’Église affirme le lien entre la transmission de la vie et l’éducation. Les parents, qui ont eu la grave tâche de transmettre la vie par le don mutuel de l’amour, reçoivent donc simultanément le droit et le devoir de faire croître l’enfant qu’ils ont engendré, dans ses dimensions spirituelle et corporelle. Pas plus qu’ils ne peuvent se dispenser de le nourrir et de l’habiller, les parents n’ont le droit de déléguer entièrement l’éducation de leur enfant à d’autres. Ils n’ont pas à accomplir eux-mêmes toute l’éducation, mais comme le dit la Déclaration conciliaire, ils doivent « créer une atmosphère » permettant une éducation intégrale.

Les parents, parce qu’ils ont donné la vie à leurs enfants, ont la très grave obligation de les élever et, à ce titre, doivent être reconnus comme leurs premiers et principaux éducateurs. Le rôle éducatif des parents est d’une telle importance que, en cas de défaillance de leur part, il peut difficilement être suppléé. C’est aux parents, en effet, de créer une atmosphère familiale, animée par l’amour et le respect envers Dieu et les hommes, telle qu’elle favorise l’éducation totale, personnelle et sociale, de leurs enfants (Gravissimum Educationis 3).

Le rôle de l’État doit être de faciliter cette tâche irremplaçable des parents. Selon le principe de subsidiarité, l’État a cependant le droit de s’imposer lorsqu’il y a insuffisance manifeste : c’est le rôle des organismes sociaux (DDASS).

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La tâche de dispenser l’éducation qui revient en premier lieu à la famille requiert l’aide de toute la société. Selon le principe de subsidiarité, en cas de défaillance des parents ou à défaut d’initiatives d’autres groupements, c’est à la société civile, compte tenu cependant des désirs des parents, d’assurer l’éducation. En outre, dans la mesure où le bien commun le demande, elle fonde ses écoles et institutions éducatives propres (Gravissimum Educationis 3).

Comme nous l’avons mentionné ci-dessus, la responsabilité du milieu familial est essentielle en ce qui concerne l’éducation sexuelle et affective. La raison en est justement le rôle des parents comme « ceux qui ont donné la vie », et qui sont donc le mieux à même de transmettre l’émerveillement devant la vie nécessaire à la croissance humaine et chrétienne. C’est donc dans la famille, de manière irremplaçable, que se construit la culture de vie chère au Pape Jean-Paul II. Et inversement, hors du milieu familial – ou dans un milieu déséquilibré –, les jeunes seront beaucoup plus sensibles aux sirènes du plaisir, de l’hédonisme, qui débouchent sur une culture de mort omniprésente :

l’avortement si l’on ne voit pas la vie comme un don, l’euthanasie si la personne malade ou âgée est jugée inutile et indigne de vivre

Ce point a été développé de manière détaillée tout au long du magistère de ce grand Pape. Il écrit notamment dans l’Encyclique Evangelium Vitæ (25 mars 1995) :

A l’intérieur du « peuple de la vie et pour la vie », la responsabilité de la famille est déterminante :

c’est une responsabilité qui résulte de sa nature même – qui consiste à être une communauté de vie et d’amour, fondée sur le mariage – et de sa mission de garder, de révéler et de communiquer l’amour. Il s’agit précisément de l’amour même de Dieu, dont les parents sont faits les coopérateurs et comme les interprètes dans la transmission de la vie et dans l’éducation, suivant le projet du Père. Dans la famille, chacun est reconnu, respecté et honoré parce qu’il est une personne, et, si quelqu’un a davantage de besoins, l’attention et les soins qui lui sont portés se font plus intenses. La famille a un rôle a jouer tout au long de l’existence de ses membres, de la naissance à la mort. Elle est véritablement le sanctuaire de la vie, le lieu où la vie, don de Dieu, peut être convenablement accueillie et protégée contre les nombreuses attaques auxquelles elle est exposée. C’est pourquoi le rôle de la famille est déterminant et irremplaçable pour bâtir la culture de la vie. C’est surtout par l’éducation des enfants que la famille remplit sa mission d’annoncer l’Évangile de la

vie. Par la parole et par l’exemple, les parents initient leurs enfants à la liberté authentique qui s’exerce

dans le don total de soi, et ils cultivent en eux le respect d’autrui, l’accueil bienveillant

et toutes les

autres valeurs qui aident à vivre la vie comme un don. Il entre aussi dans la mission éducative des parents d’enseigner à leurs enfants le vrai sens de la souffrance et de la mort : ils le pourront s’ils savent être attentifs à toutes les souffrances qu’ils rencontrent autour d’eux et, avant tout, s’ils savent, dans leur milieu familial, se montrer concrètement proches des malades et des personnes âgées (Evangelium Vitæ 92).

Le milieu familial, dont la direction est donnée par les parents, est indispensable à une croissance harmonieuse des enfants. Ce que l’Église enseigne en se faisant interprète de la Loi naturelle – et cela lui est largement reproché au nom du pluralisme – est largement démontré par les faits sociaux et historiques. Partout où la place des parents est respectée, la société se développe dans le sens de la dignité de l’homme ; mais si une autorité supérieure prétend prendre en charge la tâche infiniment délicate de l’éducation, il y a alors abus et conflits. Malgré notre habitude bien ancrée de l’« Éducation nationale », nous devons être convaincus que le quasi-monopole de l’État en ce domaine n’est pas un fonctionnement normal. Les parents qui souhaitent reprendre le contrôle de l’éducation de leurs enfants ne sont pas (sauf exception) des sectaires inconscients : ils ne font qu’affirmer leurs droits inaliénables.

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