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LA LIBERTÉ

MARDI 1 ER SEPTEMBRE 2009

 

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Quand MadameZaha Hadid déconstruit

PUBLICATION• Un gros livre-valise publié par les Editions Taschen rassemble les œuvres complètes de celle qui a révolutionné l’architecture depuis 30 ans. En refusant la forme pure et la géométrie euclidienne.

JACQUES STERCHI

Née à Bagdad en 1950, installée à Londres, Zaha Hadid est «la» figure féminine de l’achitecture contemporaine. Si en 2004, lorsqu’elle est la première fem- me à recevoir le prestigieux Prix Pritsker, Zaha Hadid a peu construit, elle a déjà révolu- tionné l’architecture par sa théorie, son enseignement et ses projets. Délaissant l’hérita- ge du Bauhaus, elle puise dans le suprématisme pour dévelop- per l’idée de la fluidité des plans et la déconstruction pro- grammatique. Telle est l’idée que développe Philip Jodidio en introduction à son livre «va- lise», au format XL, présentant les œuvres complètes de Zaha Hadid depuis 1979. Avec Gehry, Libeskind, Koolhaas – auprès de qui elle a travaillé –, Eisenman, Coop Himmelb(l)au et Bernard Tschumi, Zaha Hadid est conviée en 1988 à l’exposition «Deconstructivist Architectu- re» au MoMA de New York. Géométrie euclidienne et for- me pure y sont répudiées. Commissaire de l’exposition, Mark Wigley précisait que: «Un architecte déconstructiviste n’est pas celui qui démantèle des bâtiments, mais celui qui repère les dilemmes inhérents à ces bâtiments. L’architecte déconstructiviste place les formes pures de la tradition ar- chitecturale sur le divan et identifie les symptômes d’une impureté refoulée.»

Faire exploser l’espace

Contrairement à l’esthé- tique chahutée d’un Gehry, re- couvrant parfois un plan relati- vement classique, la démarche de Zaha Hadid s’alimente de- puis trente ans d’une puissante inversion des paramètres.

«Faire exploser l’espace pour

le remettre en forme. Diagonale,

hybridisation, compositions organiques, utilisation con-

jointe du sous-sol et de suspen- sion aérienne: Zaha Hadid n’en finit plus de varier le vocabulai- re de sa patiente recherche.

A la tête d’un bureau londonien

de 300 collaborateurs, elle construit désormais en Europe, Chine, pays du Golfe, partout où elle peut envisager de concevoir ses paysages archi- tecturaux s’inspirant des mo- dèles complexes de la nature (paysages, végétation, réseaux de rivières, etc.). Dans son essentielle préfa- ce aux «Œuvres complètes 1979 – 2009», Philip Jodidio désa- voue pourtant le cliché tenace qui fait de Zaha Hadid une froi- de adepte du high-tech assisté par ordinateur. Le dessin et la compréhension de l’architec- ture sont essentiels dans son œuvre. Tout comme son travail conjoint avec les ingénieurs, dès la conception, est resté indéfectible d’une réelle ré- flexion sur les rapports entre le bâti et la terre qui le reçoit – intéressante conception «chtonienne».

A voir près de Bâle

A signaler deux œuvres de

Zaha Hadid facilement visibles:

le «Vitra Fire Station» du Musée

Vitra à Weil am Rhein, en Alle- magne tout près de Bâle, où l’on peut également visiter le complexe «Landscape Forma-

tion One». Tout comme le ter- minus routier nord de Stras- bourg. Ailleurs, parmi les nombreux projets réalisés ou en cours, à signaler l’hôtel Puerta America de Madrid – mise en œuvre d’un mobilier totalement organique et inté- gré –, le fameux Musée de Cin-

organique et inté- gré –, le fameux Musée de Cin- Pavillon mobile réalisé par Zaha Hadid,

Pavillon mobile réalisé par Zaha Hadid, sur demande de Karl Lagerfeld, pour Chanel. JOHN LINDEN

cinnati, le pavillon mobile de Chanel, l’opéra de Guanghzou, le musée des arts du XXI e siècle à Rome, ou encore l’immense Sheikh Zayed Bridge d’Abu Dhabi.

Un gros livre format XL très bien présenté, enrichi de plans, coupes et de quelques super- positions de dessins sur papier «velum». Une seule question demeure: Zaha Hadid vit-elle

dans le mobilier et les espaces sans angle droit qu’elle crée de- puis 30 ans? I

> Philip Jodidio, «Hadid, Complete Works 1979 - 2009», Ed. Taschen, valise au format XL, 600 pp.

LE DERNIER WRIGHT

Si, bien évidemment, on ne comparera pas les dessins de Zaha Hadid avec ceux des der- nières années de Frank Lloyd Wright, on ne peut s’empêcher de trouver une lointaine parenté: non seulement le goût, précisément, pour le dessin où s’inscrit la philosophie du projet, mais aussi un rapport certain – bien que diamétrale- ment opposé – à la terre, à l’im- plantation. Une autre grosse «valise» publiée par Taschen documente les années 1943 – 1959 du grand architecte améri- cain. Un florilège de dessins inimitables de Wright – forme, implantation, végétation, rap- ports organiques, matériaux, palettes de couleurs –, com- plété par des photographies des villas et bâtiments conçus par la légende vivante qu’était devenu Wright.

De la difficile récession durant la Deuxième Guerre mondiale au triomphe posthume du Musée Guggenheim à New York, ce troisième et dernier volume des œuvres complètes permet de visualiser une fois de plus l’impact durable qu’aura eu Frank Lloyd Wright sur le modernisme, de par sa richesse formelle tout à fait étonnante. Ronde autant que diagonale et anguleuse, confrontant les matériaux, sa vision de l’habiter ne cesse d’interroger l’architec- ture contemporaine, y compris sa dimension que l’on nomme aujourd’hui, à tout va, «écolo- gique». JS

> Bruce Brooks Pfeiffer, «Frank Lloyd Wright 1943 - 1959, L’œuvre complète»,

Ed. Taschen, valise XL, 583 pp.

EXERGUE

EXERGUE

«Lors d’une rénovation, il faut mener une réflexion globale»

«L’amélioration énergétique et technique d’un EMS»: c’est le thème d’une conférence privée que donne demain l’architecte Conrad Lutz.

privée que donne demain l’architecte Conrad Lutz. STÉPHANE GOBBO Lorsqu’un bâtiment prend de l’âge et

STÉPHANE GOBBO

Lorsqu’un bâtiment prend de l’âge et qu’il devient nécessaire de le rafraîchir, de ma-

nière plus ou moins importante, il est un facteur sur lequel à peu près tout le monde s’entend: l’utilisation ration- nelle de l’énergie. Mais entre la théo- rie et la pratique, il existe encore par- fois un écart lui aussi plus ou moins important Demain, l’architecte fribourgeois

Conrad Lutz est l’invité d’un Forum énergie coorganisé par l’AFIPA (Asso- ciation fribourgeoise des institutions pour personnes âgées) et Groupe E. Un événement professionnel dans le cadre duquel il donnera une confé- rence sur «l’amélioration énergétique et technique d’un EMS». Un thème sensible au moment où de nombreux homes du canton envisagent, comme le note le secrétaire général de l’AFIPA Emmanuel Michielan, un agrandisse- ment, une rénovation ou un simple renouvellement de leurs installations de chauffage.

Si Conrad Lutz a été invité par l’AFIPA, c’est évidemment parce qu’il compte parmi les pionniers en matiè- re de réflexions écologiques (ses bu- reaux 100% verts de Givisiez, les Green Offices, sont les premières sur- faces administratives du pays à avoir reçu le label Minergie-P-Eco), mais aussi parce qu’il travaille sur la réno- vation du foyer St-Joseph de La Roche. «Actuellement, nous sommes dans la phase préliminaire, explique- t-il. Nous essayons de mener une ré- flexion globale qui prenne en compte tous les aspects. Car lors d’une réno- vation, il ne faut surtout pas prendre les choses les unes après les autres, par exemple se dire que l’on va chan- ger les fenêtres, puis plus tard refaire l’enveloppe. Il faut mener une ré- flexion sur l’ensemble du bâtiment.»

Qualité de vie des pensionnaires,

amélioration de la ventilation, renou- vellement des fenêtres dont les cais- sons de stores sont «de véritables pas- soires», autant d’éléments sur lesquels s’est penché Conrad Lutz dès qu’il a été contacté par le foyer St-Jo-

seph, un bâtiment vieux de 25 ans qui a de «très mauvaises valeurs ther- miques». Ce qui est le cas de nom- breuses constructions du même âge, d’où l’avertissement de l’architecte:

«Il ne faut pas jouer la fuite en avant, comme le font certains élus. A partir de l’attente des clients et des budgets des communes, il faut faire le maxi- mum, ne pas se contenter comme souvent du minimum légal. Si on l’avait régulièrement fait à l’époque, on n’en serait pas là; si les bâtiments construits à la fin des années 80 l’avaient été avec le maximum , on n’aurait pas besoin de les assainir. Mais comme beaucoup d’objets ont été construits avec le minimum légal, ils sont aujourd’hui obsolètes. Ne re- faisons donc pas la même erreur. »Prenons un bâtiment comme le foyer St-Joseph: lors de sa construc- tion, une plus-value de seulement 4- 5% aurait permis de mener une vraie réflexion énergétique alors que main- tenant les travaux vont se chiffrer en centaines de mille. Il y a 20 ans, on avait déjà le savoir-faire technique permettant de construire des bâti-

ments proches de ceux qui aujour- d’hui ont le label Minergie. Les limites doivent donc être techniques et pas matérielles, les calculs doivent se faire sur le long terme. Un surcoût de 5%, dans le cadre d’une rénovation éner- gétiquement rationnelle, est amorti en 5 ans. A moyen terme, les économies réalisées peuvent atteindre 30%.»

Pour l’heure, le foyer St-Joseph a

déjà pris la décision d’acquérir deux nouvelles chaudières fonctionnant à l’aide de copeaux secs ou verts issus exclusivement de la région, voire de pellets d'autres régions de Suisse en cas de problème d’approvisionne- ment. Grâce à l’utilisation d’une éner- gie non seulement renouvelable mais également de proximité, donc très peu gourmande en énergie grise, l’économie énergétique est évidente – et d’autant plus nécessaire lorsque l’on sait, comme le rappelle Conrad Lutz, que plus de 40% de l’énergie consommée en Suisse provient des bâtiments. Et le Fribourgeois d’expli- quer que pour produire 1 kWh de ma- zout, il faut au préalable en consom-

mer 1,6, tandis que dans le cas de co- peaux de bois, 1 kWh est produit avec quasiment dix fois moins d’énergie!

Autre cheval de bataille de l’architec-

te: les polluants. Dans un bâtiment, on peut en dénombrer environ 4000 (pigments de peinture, colle, revête- ments de sols, etc.) Ce qui fait quand même beaucoup en plus des pol- luants se trouvant dans l’air ou dans notre assiette (colorants, agents conservateurs, émulsifiants, etc.). Un problème que les homes doivent prendre en compte s’ils veulent amé- liorer la qualité de vie de leurs rési- dents, âgés donc sensibles aux agres- sions extérieures. Dans un lieu comme les Green Offices, les pol- luants majeurs sont totalement ab- sents. Une évidente source de satis- faction pour Conrad Lutz, dont la croisade écologique est loin d’être fi- nie: «Il ne faut pas cesser d’informer les gens et les collectivités. Trop sou- vent, j’entends par exemple dire que si l’on construit Minergie, on ne peut plus ouvrir les fenêtres à cause de la ventilation contrôlée. C’est faux!» I