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Totalitarisme

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Le totalitarisme est le système politique des régimes à parti unique, n'admettant aucune opposition organisée, dans lequel l'État tend à confisquer la totalité des activités de la société. Concept forgé au XX siècle, durant l'entre-deux-guerres, le totalitarisme signifie

étymologiquement « système tendant à la totalité, à l'unité

e

1

».

L'expression totalitaire vient du fait qu'il ne s'agit pas seulement de contrôler l'activité des hommes, comme le ferait une dictature classique :

un régime totalitaire tente de s'immiscer jusque dans la sphère intime de la pensée, en imposant à tous les citoyens l'adhésion à une idéologie obligatoire, hors de laquelle ils sont considérés comme ennemis de la communauté.

Les caractéristiques habituellement retenues pour caractériser le totalitarisme sont : une idéologie imposée à tous, un parti unique contrôlant l'appareil d'État, dirigé idéalement par un chef charismatique, un appareil policier recourant à la terreur, une direction centrale de l'économie, un monopole des moyens de communication de masse et un monopole de la force armée .

2

Sommaire

n

1 Les origines méconnues de l'entre-deux-guerres

n

2 Des définitions diverses

 

n

2.1 Définition selon Hannah Arendt

n

2.2 D'autres contributions à la réflexion philosophique sur le totalitarisme

n

2.3 Le modèle totalitaire

n

3 Un enjeu de débat

 

n

3.1 Un concept très politisé

n

3.2 Les critiques précoces adressées à la théorie du totalitarisme

n

3.3 Les critiques contemporaines

n

3.4 Un concept indispensable malgré tout ?

n

4 L'extension récente du concept

n

5 Annexes

n

5.1 Notes et références

n

5.2 Le totalitarisme dans la fiction et les contres-utopies

n

5.3 Bibliographie

n

5.3.1 Ouvrages classiques (dans l'ordre chronologique)

n

5.3.2 Ouvrages récents

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n 5.3.3 Synthèses

n

5.4 Articles connexes

n

5.5 Liens externes

Les origines méconnues de l'entre-deux-guerres

Bien souvent, la genèse du concept de totalitarisme est attribuée à la philosophe Hannah Arendt, alors qu'elle a lieu dans l'entre-deux-guerres. L'adjectif « totalitaire » (totalitario) apparut en Italie dès le mois de mai 1923 (on prête parfois son invention à Giovanni Amendola , opposant et victime du fascisme). Ce concept fut d'emblée un instrument de lutte politique. Son emploi se répandit de manière péjorative dans les milieux antifascistes italiens. En 1925, les théoriciens du fascisme reprirent de manière opportuniste le terme à leur compte, en lui

attribuant une connotation positive. Benito Mussolini exaltait sa « farouche volonté totalitaire », appelée à délivrer la société des oppositions et des conflits d'intérêts . Giovanni Gentile, théoricien du fascisme mentionna le totalitarisme dans l'article « doctrine du fascisme » qu'il

écrivit pour l'encyclopédie italienne et dans lequel il affirma que «

n'existe et il a encore moins de valeur hors de l'État. En ce sens le fascisme est totalitaire

l'ancien président du Conseil des ministres italien Francesco Saverio Nitti « aurait le premier établi des rapprochements entre la structure du

fascisme italien et le bolchevisme

3

4

pour le fasciste tout est dans l'État et rien d'humain et de spirituel

5

». Dans la seconde moitié des années 1920,

6

».

7

L'écrivain allemand Ernst Jünger, par son exaltation de la « mobilisation totale », décrit les contours du totalitarisme . Il célèbre la guerre et la technique moderne comme annonciatrices d'un nouvel ordre, incarné par la figure de l'ouvrier-soldat, œuvrant au sein d'une société encadrée et disciplinée comme une armée. Selon lui, la Première Guerre mondiale avait marqué un tournant historique vers cette forme nouvelle de civilisation : pour la première fois dans l'histoire de l'Europe, les forces humaines et matérielles du monde industriel moderne avaient été mobilisées dans leur « totalité » pour accomplir l'effort de guerre.

leur « totalité » pour accomplir l'effort de guerre. La première utilisation du terme de totalitarisme

La première utilisation du terme de totalitarisme pour désigner dans le même temps les États fasciste et communiste semble avoir été faite en Grande-Bretagne en 1929 . Dans les années 1930, le concept fut utilisé sous la plume d'écrivains pro-nazis. Carl Schmitt employait le terme de totalitarisme pour mettre en lumière la crise du libéralisme et du parlementarisme et exprimer la nécessité d'une politique plus autoritaire . Le régime ultra-autoritaire issu du coup d'État militaire de 1936 en Espagne s’est défini comme totalitaire dans ses premières années, affirmant ainsi sa parenté avec le fascisme, avant d'effacer ce terme de la constitution.

8

9

Dans le monde anglo-saxon, William Henry Chamberlin et Michael Florinsky ont été parmi les premiers à faire usage du concept de

totalitarisme

ce qui leur paraît nouveau et spécifique dans le fascisme (ou le nazisme), en dehors de toute comparaison avec le communisme soviétique Le concept de totalitarisme cristallisait également la réflexion sur les formes modernes de tyrannie et, plus particulièrement, sur la violence

10

. Divers théoriciens de gauche, comme Franz Borkenau ou Richard Löwenthal, ont employé le concept « pour caractériser tout

11

».

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exercée sur autrui, qui semblait inséparable du fonctionnement des régimes nazi et communiste. Finalement, les traits fondamentaux qui ont dominé la discussion de l'après-guerre sur le totalitarisme étaient déjà présents dans les années 1930. Pierre Hassner affirme : « On peut dire qu'en un sens

Hannah Arendt n'a fait que nouer en une synthèse géniale [

logique qui les sous-tendait.

]

les différents éléments en dégageant la

12

»

L'apparition d'un nouveau type de régime (l'antithèse du libéralisme) semblait entièrement confirmée par la signature du pacte germano-soviétique en août 1939. De nombreux observateurs ont établi un

lien entre les idéologies fasciste et soviétique, accusées de porter toutes deux atteinte à la paix et à la liberté. Dans The Totalitarian Enemy, paru à Londres en 1940, l'ancien communiste autrichien Franz Borkenau voulait éclairer l'opinion publique sur les vrais enjeux de la guerre : il s'agissait de détruire le totalitarisme incarné dans le nazisme et le bolchevisme. Les différences entre ces deux courants étaient minimes pour l'auteur : le bolchevisme se limitait à un « fascisme rouge » et le nazisme à un « bolchevisme brun ». D'après Borkenau, la dynamique inhérente au marché capitaliste conduisait inévitablement sur une centralisation et une planification de l'économie : la révolution totalitaire n'était rien d'autre que la révolution socialiste prophétisée par Karl Marx. Mais cette sous-estimation des différences entre le bolchevisme et le nazisme « ne diminue pas, selon Krzysztof Pomian, l'importance historique de Totalitarian Enemy. Y sont évoqués, en effet, presque tous les thèmes

repris plus tard par l'abondante littérature consacrée au totalitarisme.

Des définitions diverses

13

»

Définition selon Hannah Arendt

Mussolini et Hitler
Mussolini et Hitler

La philosophe Hannah Arendt a apporté une définition du concept de totalitarisme dans son célèbre livre Les Origines du totalitarisme (1951). Selon elle, deux pays seulement avaient alors connu un véritable totalitarisme : l'Allemagne sous le nazisme et l'URSS sous Staline. Elle distingue toutefois des tendances ou des épisodes totalitaires en dehors de ces deux cas. Elle cite notamment le maccarthisme au début des années 1950 aux États-Unis ou encore les camps de concentration français où furent enfermés les réfugiés de la guerre d'Espagne.

Ces régimes n'admettent qu'un parti unique qui contrôle l'État, qui lui-même s'efforce de contrôler la société et plus généralement tous les individus dans tous les aspects de leur vie (domination totale). D'un point de vue totalitaire, cette vision est erronée : il n'y a qu'un parti parce qu'il n'y a qu'un tout, qu'un seul pays, vouloir un autre parti c'est déjà de la trahison ou de la maladie mentale (schizophrénie : se croire plusieurs alors qu'on est un).

Le totalitarisme tel qu'il est ainsi décrit par Hannah Arendt n'est pas tant un « régime » politique qu'une « dynamique » autodestructive

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reposant sur une dissolution des structures sociales.

Dans cette optique, les fondements des structures sociales ont été volontairement sabotés ou détruits : les camps pour la jeunesse ont par exemple contribué à saboter l'institution familiale en instillant la peur de la délation à l'intérieur même des foyers, la religion est interdite et remplacée par de nouveaux mythes inventés de toute pièce ou recomposés à partir de mythes plus anciens, la culture est également une cible privilégiée. Hans Johst avait ainsi écrit dans une pièce de théâtre : « Quand j'entends le mot culture, j'enlève le cran de sureté de mon Browning. » (phrase également prononcée en public par Baldur von Schirach, chef des Jeunesses hitlériennes).

L'identité sociale des individus laisse place au sentiment d'appartenance à une masse informe, sans valeur aux yeux du pouvoir, ni même à ses propres yeux. La dévotion au chef et à la nation devient la seule raison d'être d'une existence qui déborde au-delà de la forme individuelle pour un résultat allant du fanatisme psychotique à la neurasthénie. La domination totale est réalisée : les « ennemis objectifs » font leur autocritique pendant leurs procès et admettent la sentence. Les agents du NKVD russe arrêtés avaient ainsi un raisonnement du type « si le Parti m'a arrêté et désire de moi une confession, c'est qu'il a de bonnes raisons de le faire ». Arendt remarque en outre qu'aucun agent arrêté n'a jamais tenté de dévoiler un quelconque secret d'État, et est toujours resté fidèle au pouvoir en place, même lorsque sa mort était assurée.

Les sociétés totalitaires se distinguent par la promesse d'un « paradis », la fin de l'histoire ou la pureté de la race par exemple, et fédèrent la masse contre un ennemi objectif. Celui-ci est autant extérieur qu'intérieur et sera susceptible de changer, suivant l'interprétation des lois de l'Histoire (lutte des classes) ou de la Nature (lutte des races) à l'instant « t ». Les sociétés totalitaires créent un mouvement perpétuel et paranoïaque de surveillance, de délation et de retournement. Les polices et les unités spéciales se multiplient et se concurrencent dans la plus grande confusion.

Contrairement aux dictatures traditionnelles (militaires ou autres), le totalitarisme n'utilise pas la terreur dans le but d'écraser l'opposition. La terreur totalitaire ne commence réellement que lorsque toute opposition est écrasée. Même si le groupe considéré comme un ennemi a été anéanti (par exemple les trotskistes en URSS), le pouvoir en désignera continuellement un autre. Hitler et les nazis avaient ainsi prévu l'extermination des peuples ukrainiens, polonais et russes une fois les juifs éliminés.

Des purges régulières ordonnées par le chef de l'État, seul point fixe, donnent le tempo d'une société qui élimine par millions sa propre population, se nourrissant en quelque sorte de sa propre chair. Ce programme est appliqué jusqu'à l'absurde, les trains de déportés vers les camps de l'Allemagne nazie restèrent toujours prioritaires sur les trains de ravitaillement du front alors même que l'armée allemande perdait la guerre. Les régimes totalitaires se distinguent des régimes autoritaires et dictatoriaux par leur usage permanent de la terreur, contre l'ensemble de la population (y-compris les « innocents » aux yeux même de l'idéologie en vigueur) et non contre les opposants réels. L'usage permanent de la terreur a pour corollaire celui de la propagande, omniprésente dans un État totalitaire.

Par ailleurs, le totalitarisme n'obéit à aucun principe d'utilité : les structures administratives sont démultipliées sans se superposer, les divisions du territoire sont multiples et ne se recoupent pas. La bureaucratie est consubstantielle du totalitarisme. Tout cela a pour but de supprimer toute hiérarchie entre le chef et les masses, et garantir la domination totale, sans aucun obstacle la relativisant. Le chef commande

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directement et sans médiation tout fonctionnaire du régime, en tout point du territoire. Le totalitarisme est à différencier de l'absolutisme (le chef tient sa légitimité des masses et non d'un concept extérieur comme Dieu) et de l'autoritarisme (aucune hiérarchie intermédiaire ne vient théoriquement « relativiser » l'autorité du chef totalitaire).

Dans son introduction d’une nouvelle édition de The Origins of Totalitarianism, en 1966, Hannah Arendt s’est opposée à l’usage idéologique du terme de totalitarisme concernant tous les régimes communistes à parti unique. Elle considérait que son interprétation ne s’appliquait pas plus aux successeurs de Staline qu’à son prédécesseur.

Michelle-Irène Brudny considère que la pensée de Hannah Arendt comporte des exagérations, dans sa prétention de tout englober : « le

philosophe, parfois intrépide ou, plus sûrement, devenu téméraire par sa volonté obsessive de comprendre, se sent tenu, au risque du

paradoxe, de produire une interprétation "générale". de nombreux éloges.

14

» L’ouvrage de Hannah Arendt a néanmoins convaincu la majorité de l’opinion et reçu

D'autres contributions à la réflexion philosophique sur le totalitarisme

e

De nombreux philosophes, cherchant à trouver une explication aux tragédies du XX siècle, ont traité de la question du totalitarisme. Le courant philosophique recherchant « l’essence » du totalitarisme a mis l’accent sur son contenu idéologique et ses méthodes.

Le fascisme, le nazisme et le communisme ont été interprétés en tant que « religions séculières ». Le philosophe allemand Eric Voegelin a

e

construit une analyse du XX siècle sur la base de cette notion leurs adeptes de croire à la promesse d’un salut sur terre.

15

. Les idéologies totalitaires remplaçaient la religion, car elles demandaient à

remplaçaient la religion, car elles demandaient à Dans une perspective similaire, Waldemar Gurian, historien

Dans une perspective similaire, Waldemar Gurian, historien et essayiste d’origine russe émigré aux États-Unis en 1937, a introduit la notion

d’« idéocratie »

nazi, en tant que régimes engendrés et structurés par une idée, étaient « idéocratiques ». L’idéocratie désignait toute forme d’organisation politique où il y avait fusion entre le pouvoir et une idéologie donnée. Le terme s’appliquait fréquemment aux régimes où un parti unique avait la main mise sur l’appareil étatique.

16

. Selon Waldemar Gurian, les totalitarismes bolchevique et

L’historien israélien Jacob L. Talmon a également perçu le totalitarisme comme

le produit d’une idée

philosophie des Lumières. L’intelligentsia russe a été influencée par le messianisme politique du XVIII siècle, c’est-à-dire par l’annonce d’un avenir radieux et par l’affirmation qu’il existe en politique une vérité, une seule. Jacob

17

. D’après lui, le totalitarisme avait sa matrice dans la

e

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Art officiel. Affiche de propagande soviétique.
Art officiel. Affiche de propagande soviétique.

Talmon considérait Jean-Jacques Rousseau (auteur de la théorie de la volonté générale), Maximilien de Robespierre (le premier praticien de la Terreur) et Gracchus Babeuf (le premier conspirateur communiste) comme des précurseurs du totalitarisme.

Alain Besançon a repris l'analyse du totalitarisme comme idéocratie : « L'idéologie n'est pas un moyen du totalitarisme mais au contraire le

totalitarisme est la conséquence politique, l'incarnation dans la vie sociale de l'idéologie

la Révolution française la matrice du totalitarisme et porte un regard très critique sur l'héritage rationaliste des Lumières.

18

». Comme Jacob Talmon, Alain Besançon voit dans

Le modèle totalitaire

Dans les années 1950, le concept de totalitarisme a été perfectionné en un « modèle » par des politologues soucieux d’aboutir à une catégorisation des régimes politiques. Le modèle du totalitarisme a été formé par opposition à d’autres modèles, comme les modèles des régimes « démocratiques-constitutionnels » et « autoritaires-conservateurs ».

Sous le titre de Permanent Revolution, Sigmund Neumann a publié une étude sur le totalitarisme en 1940

totalitaire menait une « révolution permanente », tandis que les autoritarismes traditionnels avaient généralement été conservateurs. Selon Neumann, le caractère principal des régimes totalitaires était d'institutionnaliser la révolution, ce qui leur permettait d'assurer leur propre perpétuation.

19 . Il insistait sur le fait que l'État

Mais lorsque les historiens s'emparent du concept, c'est beaucoup plus selon la définition fixée, à l'origine, par Carl Friedrich, qui a permis au concept de totalitarisme d'acquérir sa pleine légitimité dans le domaine des sciences sociales. L'ouvrage écrit par le politologue Carl Friedrich

et son jeune collaborateur de l'université de Harvard Zbigniew Brzezinski

pendant les années cinquante et soixante

plus autorité. Les deux auteurs présentaient un « syndrome » du totalitarisme comportant cinq caractéristiques fondamentales : un parti unique contrôlant l'appareil d'État et dirigé par un chef charismatique ; une idéologie d'État promettant l'accomplissement de l'humanité ; un appareil policier recourant à la terreur ; une direction centrale de l'économie ; un monopole des moyens de communication de masse. Dans cette vision, les dictatures totalitaires, en tant que forme nouvelle et extrêmement moderne d'autoritarisme, étaient la forme achevée du despotisme. De plus, les sociétés totalitaires étaient présentées comme fondamentalement semblables entre elles.

20

est, selon Enzo Traverso, « le livre qui a le plus polarisé le débat

21

». Leur analyse du totalitarisme a représenté pendant longtemps le traitement théorique qui a fait le

On peut y ajouter comme autres aspects pratiques, la prise en main totale de l'éducation pour la baser sur l'idéologie, et la mise en place d'un

réseau omniprésent de surveillance de l'individu

rendait le pouvoir politique capable d’avoir une emprise totale sur les populations. L’État totalitaire consistait en une énorme bureaucratie, laquelle faisait preuve d’une efficacité sans failles. Une des caractéristiques du totalitarisme était qu’il enrégimentait physiquement et

mentalement la population. L’idéologie constituait un instrument de gouvernement sans pareil, par l'endoctrinement des populations. La

22

. Une prépondérance était accordée au facteur technique : c’est la technologie moderne qui

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propagande avait l’effet d’un lavage de cerveau, permettant d’obtenir l’assentiment du peuple. Selon Claude Polin, les idéologies totalitaires

permettaient « de mettre les esprits même en esclavage, et de tarir toute révolte à sa source vive, en ôtant jusqu’à son intention même

23

».

Les politologues de cette période tiraient des conclusions très pessimistes à propos du futur. Selon eux, il était improbable que la dictature totalitaire, compte tenu de sa dynamique interne, s’effondre d’elle-même ou soit renversée par une révolution. Il y avait aussi d’énormes obstacles à la libéralisation du régime, étant donné la loi arbitraire et l’absence d’initiative démocratique. Les structures du totalitarisme le rendaient incapable d’évoluer, mais pas incapable de se reproduire. Cet État tout-puissant tâchait même d’étendre son emprise sur l’ensemble du monde. Les projets totalitaires de révolution mondiale pouvaient seulement être contrecarrés par une intervention militaire extérieure, comme cela s’était passé face au nazisme.

Dans son propre premier livre traitant du totalitarisme soviétique, Zbigniew Brzezinski mettait l’accent sur la mobilisation totale des ressources par l’État, sur l’anéantissement de toute opposition et sur la terreur générale. La purge, perçue comme le noyau du totalitarisme,

« satisfait les besoins du système en dynamisme et en énergie continuels

aggravation du totalitarisme. Les mouvements totalitaires étaient particulièrement redoutables car « leur dessein est d’institutionnaliser une

révolution qui progresse en étendue, et souvent en intensité, à mesure que le régime se stabilise au pouvoir. L’objectif de cette révolution est

de pulvériser toutes les unités sociales existantes afin de remplacer l’ancien pluralisme par une unanimité homogène

24

». Dans cet ouvrage, Zbigniew Brzezinski prévoyait la constante

25

».

La destruction de la société ancienne, par l’application croissante de mesures de coercition, était menée afin de reconstruire cette société et l’homme lui-même en fonction de certaines conceptions « idéales » définies par l’idéologie. « La terreur devient donc une conséquence

inévitable, ainsi qu’un instrument, du programme révolutionnaire.

accordait un grand poids à l’idéologie révolutionnaire qui, une fois prise en main par un parti unique bureaucratisé, engendrait un impact

social total.

26

» Dans son analyse du totalitarisme soviétique, Zbigniew Brzezinski

Le politologue reconnaît que « le système politique de Khrouchtchev n’est pas le même que celui de Staline, bien que les deux puissent être

généralement décrits comme totalitaires.

principale caractéristique du système. Mais quand le dynamisme et le zèle révolutionnaires décroissent, « le système est renforcé par des

réseaux de contrôle complexe qui imprègnent toute la société et mobilisent ses énergies à travers une pénétration très fine.

27

» Sous Khrouchtchev, la terreur a laissé place à une politique d’endoctrinement qui est devenue la

28

»

Betty Brand Burch a résumé ainsi la définition classique du totalitarisme : « le totalitarisme est une forme extrême de dictature qui est caractérisée par le pouvoir illimité et démesuré des dirigeants, la suppression de toutes formes d’opposition autonome, et l’atomisation de la

société d’une façon telle que quasiment chaque phase de la vie devient publique et donc sujette au contrôle de l’État.

29

»

D'après la définition de Raymond Aron, le totalitarisme qualifie les systèmes politiques dans lesquels s'accomplit « l'absorption de la société

civile dans l'État » et « la transfiguration de l'idéologie de l'État en dogme imposé aux intellectuels et aux universités »

parti unique, exercerait en ce sens un contrôle total sur la société, la culture, les sciences, la morale jusqu'aux individus mêmes auxquels il n'est reconnu aucune liberté propre d'expression ou de conscience.

30

. L'État, relayé par le

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Un enjeu de débat

Un concept très politisé

L'emploi du concept de totalitarisme a été refoulé durant la période de la Seconde Guerre mondiale, du fait de l'alliance des démocraties

occidentales avec l'Union soviétique dans la lutte contre l'Allemagne nazie. Le concept a connu son âge d'or à partir de la proclamation de la doctrine Truman, en 1947. L'analogie entre l'Allemagne de Hitler et la Russie de Staline laissait à penser que la guerre froide était simplement une répétition des années 1930, car la Russie soviétique pouvait se comporter de la même manière que l'Allemagne dans l'entre-deux-guerres.

Selon Les Adler et Thomas Paterson, le « cauchemar d'un "fascisme rouge" a terrorisé une génération d'Américains

totalitarisme, qui a fait l'objet d'un nombre considérable de travaux et dont l'usage était très répandu, se formulait alors dans une connotation

strictement négative.

31

». La notion de

L'économiste Friedrich Hayek, dans La Route de la servitude, percevait le totalitarisme comme une

conséquence inéluctable de l’application des mesures socialistes à l’économie

socialisation de l’économie ne pouvait que déboucher sur la suppression totale des libertés, y compris des libertés politiques, donc que le socialisme était structurellement incompatible avec la démocratie.

Friedrich Hayek pensait que des liens systémiques unissaient l’économie, le droit et les institutions politiques. S’opposer au libre fonctionnement des mécanismes du marché, dans lequel il voyait la

source ultime de toute civilisation, reviendrait à installer un régime tyrannique

la planification économique serait le principe du totalitarisme a connu un important succès aux États- Unis. Dans The Fatal Conceit, Friedrich Hayek a repris une dernière fois sa critique du socialisme,

qu’il considérait comme une erreur fatale et le produit de la vanité intellectuelle

32

. Il montrait que la

33

. L’idée selon laquelle

34

.

Pour Bertrand de Jouvenel, c'est la démocratie qui est totalitaire : il a ainsi intitulé l'un des chapitres

de son ouvrage principal Du pouvoir « La démocratie totalitaire »

laissant l'espoir à chacun d'accéder au pouvoir incite à la prise du pouvoir et non à la réduction de l'« arbitraire étatique », phénomène entraînant un renforcement toujours plus grand des États.

35

. Il considère que la démocratie en

Staline, Roosevelt et Churchill à la conférence de Téhéran en 1943.
Staline, Roosevelt et Churchill à la
conférence de Téhéran en 1943.

Dans les années 1970, la notion de totalitarisme a été adoptée par des intellectuels d’Europe de l’Est émigrés en Occident, tels Leszek

Kolakowski, Michel Heller ou Alexandre Zinoviev. Bien des dissidents de l’Est reproduisaient au travers de leurs travaux les descriptions les

plus classiques du totalitarisme

système stalinien était un « système politique où tous les rapports sociaux ont été étatisés et où l’État omnipotent se retrouve seul face à des

individus réduits à l’état d’atomes ». Le stalinisme était « un marxisme-léninisme en action », c’est-à-dire le résultat inévitable de la mise en

pratique de la vision du monde marxiste

36

. Ils ont insisté de manière unanime sur le succès des politiques totalitaires. D’après Leszek Kolakowski, le

37

.

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Les critiques précoces adressées à la théorie du totalitarisme

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Les recherches sur la notion de totalitarisme se sont effectuées dans le contexte politique de la guerre froide, où le modèle libéral s'opposait au modèle communiste. Après avoir été instrumentalisé par le MacCarthysme aux États-Unis dans les années 1950, le concept de totalitarisme a commencé à être désavoué au cours des années 1960 par la recherche empirique des sciences sociales, dans le cadre d'un mouvement général de remise en question du libéralisme, favorisée par la détente. De nouvelles interprétations sont alors apparues : d'une part l’hostilité générale envers l’URSS faiblissait, d’autre part, les nouvelles relations entre les États-Unis et l’URSS ont entraîné des échanges intellectuels entre les deux pays (les chercheurs occidentaux étaient autorisés, bien plus que dans le courant des années 1950, à travailler dans les archives et les bibliothèques soviétiques). Il apparaissait évident que, dans les faits, l’État soviétique n’était pas parvenu à « atomiser » la société ou à éliminer la vie privée : les théoriciens du totalitarisme avaient surestimé les capacités du pouvoir soviétique à contrôler la société, et sous- estimé les capacités de résistance des individus.

Le concept de totalitarisme excluait la possibilité de tout changement important du système, autrement que par une défaite militaire. Or, après la mort de Staline, à partir de Khrouchtchev, la Russie soviétique avait commencé à changer, ce qui infirmait l’immobilisme prêté au système par le « modèle totalitaire ». La terreur s’était apaisée (pourtant considérée comme une caractéristique fondamentale du totalitarisme), le pouvoir personnel de Staline avait laissé place à une direction collective, des groupes de la nomenklatura bénéficiaient d’un rôle accru, la « purge permanente » avait laissé place au souci de sécurité de l’oligarchie. L’idéologie servait à la justification du pouvoir en place

Richard Nixon et Nikita Khrouchtchev
Richard Nixon et Nikita Khrouchtchev

plutôt que de moteur dynamique de transformation de la société. Enfin, la consommation et l’économie parallèle progressaient et le pays s’ouvrait économiquement vers l’extérieur. Les théoriciens du totalitarisme comme Hannah Arendt et Zbigniew Brzezinski avaient mis au premier plan de leur analyse les formes extrêmes des dictatures dites totalitaires, qui se sont révélées, en URSS comme plus tard en Chine

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populaire, liées dans une très large mesure à la personne du tyran. La théorie du totalitarisme n’avait pas envisagé la possibilité que ces régimes s’engagent dans un processus d’apaisement de la dictature.

La pertinence du concept de totalitarisme et son utilité pour l’analyse historique et comparative ont alors été remises en question par une nouvelle génération de politologues américains. Ce concept, perçu comme une survivance de la guerre froide, était accusé de sous-estimer la complexité des régimes auxquels il s’appliquait. Alexander J. Groth émettait des doutes sur la capacité du concept de totalitarisme à

comprendre correctement l’Italie fasciste, l’Allemagne nazie et l’Union soviétique. Ce concept se concentrait sur les traits que ces régimes

avaient en commun, alors que leurs différences méritaient une plus grande attention

opinion : « les différences réelles entre les systèmes fasciste et communiste ont été obscurcies

idéologies, les buts et les pratiques de ces systèmes étaient largement différents. La recherche historique a peu à peu mis en cause la légitimité du parallèle entre national-socialisme et communisme, en soulignant notamment la spécificité du génocide nazi, et plus généralement la

singularité de régimes qui n’ont pas les mêmes origines.

38

. Les Adler et Thomas Paterson partageaient cette

39

». Pourtant, poursuivaient-ils, les origines, les

Selon Robert C. Tucker, la comparaison entre l’Allemagne nazie et la Russie communiste était trop étroite. De plus, de nombreux auteurs convaincus que le régime soviétique découle de déviations historiques qui trahissent l'idéologie communiste, reprochent au « modèle

totalitaire » d’établir une filiation entre le communisme, le bolchevisme et le stalinisme. Cette filiation considère le monde communiste

comme un tout, et n’est que peu sensible aux différences existant entre les pays communistes

fait que le terme de totalitarisme ait été un slogan anticommuniste durant la guerre froide : l’usage propagandiste du terme « a eu tendance à

obscurcir l’utilité qu’il pouvait avoir pour l’analyse systématique et la comparaison des entités politiques

ancien défenseur de la théorie du totalitarisme, appelait au dépassement d’un concept condamné « sinon par l’oubli, du moins par une

désuétude croissante

la fin des années 1960, arguant qu’il n’était pas capable de rendre compte de l’évolution de plusieurs régimes communistes.

40

. Dans un article, Herbert J. Spiro regrettait le

41

». Benjamin Barber, pourtant

42

». John Alexander Armstrong, intellectuel conservateur, a lui aussi critiqué explicitement le concept de totalitarisme à

L’expérience de démocratisation menée en Tchécoslovaquie lors du « printemps de Prague » de 1968 a rouvert le débat sur le changement dans les pays communistes et sur les différences entre ceux-ci. Le paradigme du totalitarisme est ainsi entré en conflit avec les nouveaux domaines de recherche qui intéressaient les spécialistes en sciences sociales et les historiens qui s’ouvraient aux méthodes des sciences

sociales. Le « modèle totalitaire », par exemple, n’encourageait pas les études portant sur les rapports et les différences entre le centre et la périphérie. Georges Mink par exemple, dans Vie et Mort du bloc soviétique, préfère parler de soviétisation/désoviétisation lorsqu'il s'agit

d'aborder les pays du bloc de l'Est (URSS et pays satellites)

43

.

Néanmoins, l’idée de totalitarisme n’était pas complètement écartée : elle désignait une phase caractéristique des débuts de la domination communiste qui exigeait la mobilisation de la société, le plus souvent pour cause d’industrialisation. Suite à cette phase d’industrialisation, l’élite révolutionnaire s’est bureaucratisée et la société communiste est devenue bien plus complexe et différenciée. C'est pourquoi, en comparaison avec l'Allemagne nazie de Hitler, certains chercheurs limitent la période totalitaire au régime de Staline, particulièrement dans

ses dernières années (1950-1953), où la paranoïa de Staline atteignit son paroxysme

44

. À partir de 1970, le constat que les régimes

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communistes n’étaient pas statiques, mais qu’ils traversaient au contraire différentes phases, faisait quasi-unanimité parmi les universitaires. Ils étaient nombreux à estimer que de nouveaux modèles théoriques étaient nécessaires pour étudier les États et les sociétés communistes dans la période post-stalinienne.

Dans la soviétologie, le débat autour de la notion de totalitarisme a opposé deux écoles historiographiques. L'« école du totalitarisme », après avoir été dominante aux États-Unis dans les années 1950-1960, a été contestée par une école « révisionniste », qui a remis en question les fondements de la soviétologie par le biais de l'histoire sociale.

Les critiques contemporaines

Portrait officiel de Mao Zedong.
Portrait officiel de Mao
Zedong.

Dans les sciences humaines, le terme a donné lieu à un débat qui n'est toujours pas clos. Le terme a donné lieu à de nombreuses définitions, différentes et parfois antagonistes selon les convictions des auteurs. Certains auteurs qualifient de totalitaires des régimes comme l'URSS sous Staline, le Turkménistan sous Saparmyrat Nyýazow, la Corée du Nord sous Kim Il-sung puis Kim Jong-il, le Cambodge sous Pol Pot,

Cuba sous Fidel Castro ou la Chine à l'époque de Mao Zedong

45

.

Les politologues des débuts de la guerre froide ont beaucoup cité Hannah Arendt pour sa comparaison entre Allemagne nazie et Russie soviétique, mais contrairement à elle, ils n’ont pas creusé le problème du point de vue social et historique. Carl Friedrich et son école se sont bornés à l’analyse des régimes

totalitaires une fois constitués, quitte à négliger la question de leurs origines. Comme le dit Enzo Traverso, « l’affinité essentielle entre l’Allemagne nazie et l’URSS était postulée sur la base d’une simple comparaison phénoménologique, statique, descriptive, jamais étudiée à partir de la genèse et de la

dynamique de ces régimes.

qu’elles sont, nous ne le savons pas

l’application des concepts d’idéocratie et de religion séculière a été « de déshistoriser le fait totalitaire, qui ne sera pas étudié comme résultat d’un processus social et politique mais réduit à l’incarnation d’une idée. »

46

» Carl Friedrich semble s’excuser : « pourquoi les sociétés totalitaires sont ce

47

». D’après l'historien Enzo Traverso, la principale conséquence de

48

Dans un article au titre éloquent, Ian Kershaw marque ses fortes réticences à l'égard de la théorie du totalitarisme

Reich, l'historien anglais conteste l'atomisation de la société civile, premier des traits du totalitarisme selon Hannah Arendt. Son étude sur la

Bavière lui permet d'affirmer qu'une opinion populaire demeure, indépendamment de l'idéologie nazie

traditions pour exprimer ses doléances ou pour opposer une résistance ponctuelle, elle ne s'est donc pas réduite à « l'homme unique » dont Arendt parlait. Selon Ian Kershaw, le concept de totalitarisme « aide, contre la propre volonté de la plupart de ses utilisateurs, à marquer les

différences radicales qui existent » entre les deux régimes stalinien et nazi. Il conclut en considérant que « le concept de totalitarisme a un

pouvoir essentiellement descriptif, très faiblement explicatif - ce en quoi il n'est peut-être d'ailleurs pas un concept

49 . Concernant le Troisième

50

. La société a su s'appuyer sur ses

51

».

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Dans leur ouvrage commun, paru en 2003, Alain Blum et Martine Mespoulet regrettent que l'« approche totalitaire postulant la nature

essentiellement politique de l'histoire soviétique, la société n'a guère de place dans cette analyse

autour du totalitarisme a souvent occulté la complexité de l'organisation du commandement, et plus généralement des formes du

gouvernement stalinien

« profondément obsolète », basé sur « une conception largement a-historique », qui « n'a continué à vivre et même à prospérer que grâce à

l'affrontement idéologique

52

». Concernant l'Union soviétique, « le débat

53

». De manière plus directe, Roland Lew, historien spécialiste de la Chine maoïste, parle d'un paradigme

54

».

Un concept indispensable malgré tout ?

Malgré les critiques, l’analyse au travers du prisme du totalitarisme n’a pas été abandonnée. De nombreux auteurs en ont défendu la valeur

heuristique. Leszek Kolakowski reconnaissait qu’« un modèle parfait d’une société totalitaire est introuvable

polonais, cela ne constituait pas un obstacle sérieux à l’utilisation du concept, étant donné que les concepts employés pour décrire les phénomènes sociaux de grande échelle n’avaient jamais d’équivalents empiriques parfaits. Il pouvait y avoir des changements significatifs en URSS, mais sans transformation fondamentale du communisme, le contrôle total ayant toujours été l’objectif d’un Parti qui se voulait omnipotent.

55

». Mais d’après le philosophe

Martin Malia s’est lui aussi inspiré de la pensée weberienne

domaine empirique

l’intelligibilité du phénomène sur le plan conceptuel, sa compréhension. Selon l'historien américain, le mot « totalitaire » ne veut pas dire que

« des régimes de ce genre exerçaient de fait un total contrôle de la population (puisque c'est impossible), mais qu'un tel contrôle était leur

aspiration fondamentale

résistance active ou passive des populations, les en empêchent, et parviennent à préserver des espaces non-contrôlés.

56 : le totalitarisme est un idéal-type, « toujours imparfaitement réalisé dans le

57

». Un idéal-type est une abstraction qui ne se retrouvera jamais telle quelle dans la réalité, mais qui permet néanmoins

58

». Les régimes tentent d'être totalitaires, mais la résistance des faits, de la réalité sociale ou économique, et la

La théorie du totalitarisme a connu un nouvel essor dans les années 1990. L'effondrement de l'URSS, en 1991, a partiellement donné raison à

ses partisans. Les historiens de l'école révisionniste soutenaient majoritairement que le régime soviétique était un État moderne, puisqu'il était réformable. Or, les tentatives de restructuration menées par Mikhaïl Gorbatchev ont conduit à la ruine complète du système. Martin Malia

annonça dès 1990 l'échec de la perestroïka dans un article publié anonymement qui connut un certain retentissement

notamment que Gorbatchev échouerait parce qu'il restait trop « communiste » et que le système soviétique n'était pas réformable. Il présentait le régime « totalitaire » soviétique comme reposant sur quatre piliers intangibles : « le rôle dirigeant du parti […], la planification économique autoritaire, la police politique, et l'idéologie obligatoire ». Selon Malia, toucher à l'un de ces piliers, tous indispensables au maintien du

système, revenait à provoquer son « écroulement total

59

. Il y expliquait

60

».

e

Pour de nombreux historiens, le totalitarisme reste un concept-clé dans l'étude et la compréhension du XX siècle. Pour Enzo Traverso, il est

e

« un garde-fou de la pensée » : il « condense une image du XX siècle dont l'oubli empêcherait de fonder une attitude responsable, tant sur le

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plan éthique que sur le plan politique, dans le présent

insuffisant : « incontournable pour la théorie politique, soucieuse de dresser une typologie des formes de pouvoir, et pour la philosophie

politique, confrontée à la nouveauté radicale des régimes visant l'anéantissement du politique ; insuffisant pour l'historiographie, confrontée à

la concrétude des événements.

». En conclusion, l'historien italien juge le concept à la fois incontournable et

62

»

L'extension récente du concept

Le mot « totalitarisme », entré dans le langage courant, est bien souvent utilisé sans les précautions méthodologiques nécessaires. Ayant une connotation forte, faisant penser aux régimes hitlérien et stalinien, il jette le discrédit facilement et marque les esprits. Il peut donc servir d'arme de propagande contre l'ennemi. L'usage du concept requiert une analyse approfondie de la société ou de la structure du groupe étudié, il faut en faire ressortir les catégories essentielles et les processus de dé-différenciation propres au totalitarisme.

Le terme de totalitarisme est employé, par divers auteurs

à une législation religieuse (la charia) qui s'applique à tous les domaines de l'existence, ignorant toute distinction entre vie publique et vie

privée. Le terme sert aussi parfois à qualifier plus généralement le terrorisme islamiste

pouvant être considéré comme un « totalitarisme » au sens originel du terme. Il devient toutefois pertinent lorsque les actions terroristes aboutissent à imposer un régime qui en remplit les critères.

63 , pour désigner des régimes théocratiques tels que celui des talibans et leur recours

64

. Cet usage peut sembler impropre, le terrorisme ne

Le terme est également employé pour désigner le mode d'organisation de certaines sectes (telles que la scientologie ou les Témoins de Jéhovah) qui ne laisseraient à leurs adeptes aucune sphère d'autonomie propre, en raison du contrôle total qu'elles s'efforcent d'exercer sur tous leurs actes, paroles et pensées.

Selon l'auteur libéral Guy Sorman, dans Le Progrès et ses ennemis, les préoccupations écologistes créent les contours d'un « totalitarisme

vert »

65

.

Annexes

Notes et références

2. Cf. pour la plupart des critères : Claude Polin, Le Totalitarisme, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1982, p. 13.

3. Giovanni Amendola, Maggiornanza e minoranza, Il Mondo, 12 mai 1923.

4. Pour plus de précisions, voir le chapitre « Fascist Origins » dans Abbott Gleason, Totalitarianism. The Inner History of the Cold War, New York, Oxford UP, 1995, p. 13-31.

5. Giovanni Gentile, Enciclopedia Italiana, « Fascismo (dottrina del) », Istituto dell'Enciclopedia Italiana, Roma, 1932, vol. XIV, pp. 835-840.

6. Michel Dreyfus et Roland Lew, « Communisme et violence », dans Le Siècle des communismes, Points Seuil, 2004, p. 716.

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Dans Droit, législation et liberté : une nouvelle formulation des principes libéraux de justice et d’économie politique, 3 vol., Paris, PUF, 1980, son œuvre majeure, Friedrich Hayek développait notamment la thèse de la triple supériorité anthropologique, morale et intellectuelle de la société libérale moderne sur toutes les autres formes connues de société.

Friedrich Hayek, The Fatal Conceit : The Errors of Socialism, Londres, Routledge, 1988. Un autre chef de file de l’école de Vienne, l’économiste Ludwig von Mises, a développé pendant la guerre une interprétation du totalitarisme proche de celle de Friedrich Hayek. Voir Omnipotent Government. The Rise of Total State and Total War, Yale University Press, 1944.

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Voir par exemple l’ouvrage de l’auteur roumain Constantin Dumitresco, La Cité totale, Paris, Éditions du Seuil, 1980.

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37. Leszek Kolakowski, « Marxist Roots of Stalinism », dans Robert C. Tucker (éd.), Stalinism. Essays in Historical Interpretation, New York, W. W. Norton, 1977, p. 283-298. Les passages cités sont repris de Nicolas Werth, « Stalinisme », dans Jean-Pierre Azéma et François Bédarida (dir.), 1938-1948 : Les années de tourmente, de Munich à Prague. Dictionnaire critique, ouvrage cité, p. 1063.

38. Alexander Groth, « The ‘Isms in Totalitarianism », American Political Science Review, vol. 58, n° 4, décembre 1964, p. 888-901.

39. Les Adler et Thomas Paterson, « Red Fascism : The Merger of Nazi Germany and Soviet Russia in the American Image of Totalitarianism, 1930's-1950's », article cité, p. 1048.

40. Robert C. Tucker (éd.), Stalinism : Essays in Historical Interpretation, New York, Norton, 1977.

41. Herbert Spiro, « Totalitarianism », in David L. Sills (éd.), International Encyclopaedia of the Social Sciences, New York, Crowell, Collier and Macmillan, 1968, vol. 16, p. 112.

42. Cité par Bernard Bruneteau dans Les Totalitarismes, Paris, Armand Colin, 1999, p. 22. Voir dans la même idée l'article de Herbert Spiro et Benjamin Barber, « Counter-Ideological Uses of "Totalitarianism" », Politics and Society, vol. 1, n° 3, 1971, p. 3-21. Cet article, traduit en français, est paru dans l’anthologie de Enzo Traverso (éd.), Le Totalitarisme. Le XX siècle en débat, ouvrage cité, p. 563-589.

43. Georges Mink, Vie et Mort du bloc soviétique, Paris, Casterman, 1997.

44. Moshe Lewin et Ian Kershaw (eds), Stalinism and Nazism : Dictatorships in Comparison, Cambridge University Press, 1997.

45. Voir en particulier Stéphane Courtois (dir.), Le Livre noir du communisme. Crimes, terreur, répression, Robert Laffont, Paris, 1997, 923 p.

e

46. Enzo Traverso (éd.), Le Totalitarisme. Le XX siècle en débat, ouvrage cité, p. 66.

47. Carl Friedrich, « The Unique Character of Totalitarian Society », dans Carl Friedrich (éd.), Totalitarianism : Proceedings of a Conference Held at the American Academy of Arts and Sciences, ouvrage cité, p. 60.

e

48. Enzo Traverso (éd.), Le Totalitarisme. Le XX siècle en débat, ouvrage cité, p. 70.

49. Ian Kershaw, « L'introuvable totalitarisme », Magazine littéraire, n° 337, novembre 1995, p. 61-63.

50. Ian Kershaw, L’Opinion allemande sous le nazisme. Bavière 1933-1945, Paris, CNRS Éditions, 1995.

51. Ian Kershaw, « L'introuvable totalitarisme », Magazine littéraire, n° 337, novembre 1995, p. 63.

52. Alain Blum et Martine Mespoulet, L’Anarchie bureaucratique. Statistique et pouvoir sous Staline, Paris, La Découverte, 2003, p. 5.

53. Ibid., p. 349-350.

54. Roland Lew, « Moshe Lewin, historien de la Russie soviétique », Revue des études slaves, vol. 66, n° 1, 1994, p. 63.

55. Leszek Kolakowski, « Totalitarianism and the Virtue of the Lie », dans Irving Howe (éd.), 1984 Revisited: Totalitarianism in Our Century, Harper & Row, 1983, p. 122.

56. Cécile Vigour explique : « Pour Max Weber les idéaux-types sont des constructions réalisées par le chercheur, présentant de manière stylisée les caractéristiques principales du phénomène étudié, en vue de comprendre et d'expliquer la réalité observée », dans La Comparaison dans les sciences sociales :

e

pratiques et méthodes, La Découverte, Paris, 2005, p. 198.

57. Martin Malia, « L'écroulement du totalitarisme en Russie » (entretien), Esprit, n° 218, janvier-février 1996, p. 52.

58. Martin Malia, La Tragédie soviétique. Histoire du socialisme en Russie, 1917-1991, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Histoire », 1995, p. 27.

59. Martin Malia, « To the Stalin Mausoleum », Daedalus, n° 119, hiver 1990, p. 295-344.

60. « L'écroulement du totalitarisme en Russie », article cité.

61. Enzo Traverso, Le Totalitarisme, ouvrage cité, p. 105 et 109.

62. Le Totalitarisme, ouvrage cité, p. 107-108.

63. Cédric Housez, « Choc des civilisations : la vieille histoire du "nouveau totalitarisme" » (http://www.voltairenet.org/article143295.html), Réseau Voltaire, 19 septembre 2006. Cet article dénonce l'usage actuel du mot totalitarisme dans la « guerre au terrorisme ».

64. Jack Straw traite le terrorisme islamiste de « nouveau totalitarisme », BBC News (http://news.bbc.co.uk/2/hi/uk_news/politics/3507730.stm)

65. Voir aussi, Edgar Gätner « Vers un totalitarisme écologique ? » (http://www.lefigaro.fr/debats/20061226.FIG000000005_vers_un_totalitarisme_ecologique.html), Le Figaro.

Le totalitarisme dans la fiction et les contres-utopies

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Oeuvres littéraires anti-totalitaires :

 

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Arthur Koestler, Le Zéro et l'Infini, 1945.

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George Orwell, La Ferme des animaux, 1945.

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Ray Bradbury, Fahrenheit 451, 1953.

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Films :

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THX 1138 de George Lucas, 1971.

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Soleil vert de Richard Fleischer, 1973.

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Bienvenue à Gattaca de Andrew Niccol, 1997.

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Ouvrages récents

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Ian Kershaw, Qu'est-ce que le nazisme ? Problèmes et perspectives, 1989. Édition française Gallimard, coll. « Folio Histoire », 1992.

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Jean-François Soulet, Histoire comparée des États communistes de 1945 à nos jours, Armand Colin, coll. « U », 1996, 404 p.

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(en) Moshe Lewin et Ian Kershaw (eds), Stalinism and Nazism : Dictatorships in Comparison, Cambridge University Press, 1997.

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Henry Rousso (dir.), Stalinisme et nazisme. Histoire et mémoire comparées, Complexe, coll. « Histoire du temps présent », 1999, 388

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Marc Ferro (dir.), Nazisme et Communisme. Deux régimes dans le siècle, Hachette, coll. « Pluriel Histoire », 1999, 278 p.

Ernst Nolte, La Guerre civile européenne (1917-1945) : national-socialisme et bolchevisme, Paris, Édition des Syrtes, 2000 (préface de Stéphane Courtois).

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Radu Clit, Cadre totalitaire et fonctionnement narcissique, Paris, L'Harmattan, coll. Études psychanalytiques, 2001, 311 p.

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Pierre Milza, Les Fascismes, Imprimerie nationale, 1985. Réédition Le Seuil, coll. « Points Histoire », 2001, 616 p.

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Jean-Pierre Le Goff, La Démocratie post-totalitaire, 2002, 204 p. (ISBN 2-7071-4252-2)

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Juan J. Linz, Régimes totalitaires et autoritaires, Armand Colin, 2006, 407 p. (ISBN 978-2-200-35138-0)

Synthèses

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Enzo Traverso, Le Totalitarisme. Le XX siècle en débat, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Essais », 2001, 923 p.

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Articles connexes

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Stalinisme

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Nazisme

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Fascisme

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Autoritarisme

n

Dictature

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Dictature militaire

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Autocratie

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Théocratie

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Despotisme

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Tyrannie

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Bureaucratie

n

Œuvres littéraires anti-totalitaires

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Liens externes

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Laurent Wirth, « Enseigner le totalitarisme » (http://aphgcaen.free.fr/totalit.htm), Association des professeurs d'histoire et de géographie, 1999.

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Bernard Bruneteau, « Le totalitarisme : un concept en débats » (http://hist-geo.ac-rouen.fr/doc/cfr/tot/tot.htm), conférence du 17 novembre 1999.

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Le manifeste des douze : « Ensemble contre le nouveau totalitarisme » (http://www.prochoix.org/cgi/blog/2006/03/01/412-manifeste- des-douze-ensemble-contre-le-nouveau-totalitarisme), à propos de l'islamisme.

« Albert Gore dénonce le totalitarisme qui s’abat sur les États-Unis » (http://www.choix-realite.org/?94-al-gore-denonce-le- totalitarisme-qui-sabat-sur-les-etats-unis), discours prononcé à Washington le 16 janvier 2006.

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20/11/2007