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La politique européenne en matière   pénitentiaire 

  Jean Pradel  Professeur émérite  de l’Université de   Poitiers (France)      Si  l’on en juge par la  multiplicité des normes, par  le grand nombre d’arrêts  de la Cour européenne des droits de l’homme (ci‐après CEDH) et par le ton  parfois enflammé des articles de la grande presse, voire par les descriptions  de grands romanciers – et l’on songe par exemple au chef d’oeuvre de Dos‐ toïevski, Souvenirs de la maison des morts, sur le bagne de Sibérie – on ad‐ mettra aisément que le sujet est d’une importance évidente. Cette importance  tient non seulement à l’actualité du sujet, mais aussi à la nature des questions  en jeu: ce sont les droits de l’homme qui sont interpellés, et aussi plus bana‐ lement  des  problèmes  d’ordre  économique  et  matériel,  même  si  ces  aspects  concrets peuvent souvent être reliés aux droits humains.  Encore  faut‐il  bien  réellement  savoir  de  quoi  l’on  parle.  L’intitulé  même  de  notre sujet comporte trois idées.  Celle d’abord de la matière pénitentiaire. Au sens large le droit pénitentiaire,  c’est  le  droit  de  la  peine  et  plus  précisément  le  droit  de  l’exécution  de  la  peine,  et  de  toutes  les  peines  (privative  de  liberté  ou  non).  Au  sens  étroit,  c’est le droit de l’exécution de la peine privative de liberté, ce à quoi on peut  tout de même adjoindre l’exécution de mesures de sûreté privatives de liber‐ té  et  celle  de  la  détention  avant  jugement.  Les  Règles  pénitentiaires  euro‐ péennes (Recommandation du Conseil de l’Europe du 11 janvier 2006) déci‐ dent:  “Les  Règles  pénitentiaires  européennes  s’appliquent  aux  personnes  placées en détention provisoire par une autorité judiciaire ou privée de liber‐ té à la suite d’une condamnation” (règle 10‐1).  L’expression  politique  européenne  doit  être  également  précisée  puisque,  faut‐il le redire, il existe deux Europe. A vrai dire celle de l’Union européen‐ ne  ne  nous  intéresse  pas  car  la  matière  pénitentiaire  n’entre  pas  dans  ses  compétences.  On  sait  que  l’Union  européenne  connaît  pour  l’essentiel  des  questions de coopération, notamment sous l’angle du principe emblématique  de la reconnaissance mutuelle des décisions nationales de justice. En revan‐ che, l’autre Europe, celle du Conseil de l’Europe, est compétente pour la ma‐ tière pénitentiaire, qui est même l’un de ses centres d’activités essentiel. Doit‐ on en effet rappeler les textes élaborés par lui en la matière: 

 

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 ou pénitentiaire. c’est l’art d’opé‐ rer les choix essentiels.  –  la  Convention  européenne  pour  la  prévention  de  la  torture  et  des  peines  ou  traitements  inhumains  ou  dégradants  de  1987.  –  diverses  Recommandations. suivi d’une annexe  comportant 108 règles. ces choix étant porteurs de conséquences multiples et  précises.   Cette  politique  est  clairement  exprimée  dans  les  Règles  pénitentiaires  euro‐ péennes. de sûreté et de discipline et doit en même temps  64    . R (98) 7 sur  les soins de santé en prison.–  la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des li‐ bertés fondamentales (ci‐après Conv. par exemple.  Ensuite  et  surtout  le  §  4  du  préambule  de  cette  Recommandation  indique:  “L’exécution des peines privative de liberté (…) nécessite la prise en compte  des impératifs de sécurité. R (93) 6 sur le sida et la santé en prison. R (2003) 22  sur  les  condamnés  à  perpétuité  ou  à  une  peine  de  longue  durée. Le préambule de la Recom‐ mandation du 11 janvier 2006 y voit une “mesure de dernier recours”.  à  savoir  les  recommandations  R  (89)  12  sur  l’éducation en prison.    On doit définir enfin ce qu’il faut entendre par politique. règle  par règle. EDH). D’abord. La politique. R (99) 22 sur l’inflation carcérale.  avec  son  comité  (ci‐ après CPT) qui en assure l’application. pour notre étude les dispositions les plus intéressantes  sont  l’article  3  (qui  prohibe  la  torture  et  les  peines  ou  traitements  inhu‐ mains ou dégradants).  comme ailleurs on parle  de politique économique. avec un préambule truffé de principes directeurs. de 1950 et dont la CEDH est  l’interprète officiel. le projet de loi  pénitentiaire rappelle “qu’en matière correctionnelle. Et bien  des droits nationaux font de même. et  –  la  Résolution  (99)  50  sur  le  commissaire  aux  droits  de  l’homme  qui  peut  visiter tous lieux privatifs de liberté dans les 47 Etats membres du Conseil  de l’Europe. On parle volontiers  de  politique criminelle ou pénale.  déjà  évo‐ quée.  aux  principes  fonda‐ mentaux. une peine d’emprison‐ nement  ferme  ne  peut  être  prononcée  que  si  la  gravité  de  l’infraction  et  la  personnalité de son auteur rendent cette peine nécessaire et que toute autre  sanction serait manifestement inadéquate…” (art. celle à la‐ quelle il est recouru quand aucune autre mesure. elles‐mêmes suivies d’un long commentaire. En France. fiscale ou culturelle.  La  politique  est  donc  liée  aux  grandes  idées. 132‐24 du Code pénal).  on  doit  enfin porter une attention particulière à la Recommandation du 11 janvier  2006  sur  les  Règles  pénitentiaires  européennes  (ci‐après  RPE). la privation de liberté est la mesure ultima ratio. l’article 6 (sur le procès équitable) et l’article 8 (sur  le respect de la vie privée). est impuissante  à produire le même résultat que cette privation. plus légère.

  de l’autre.   Second principe: dans l’intérêt de la personne détenue (et aussi dans celui de  la  société  dont  il  reste  membre).  La  remarque  est  importante  car  ces  droits  –  accordés  à tous  citoyens. il est titulaire de certaines prérogatives. Seulement le concept d’humani‐ sation n’est pas unique.  à quelque catégorie juridique ou sociologique qu’ils appartiennent. des mêmes droits. De là l’examen des droits  accordés au détenu et des contraintes qui sont lui imposées. Le statut du détenu est donc im‐ prégné  des  droits  de  l’homme.garantir  des conditions  de détention  qui  ne  portent pas atteinte à  la  dignité  humaine  et  offrir  des  occupations  constructives  et  une  prise  en  charge  per‐ mettant la préparation des détenus à leur réinsertion dans la société”.      Les droits accordés au détenu    Selon la règle 1 des RPE: “les personnes privées de liberté doivent être trai‐ tées dans le respect des droits de l’homme”.  Ce  texte  précis est comme  le principe directeur de  la  politique  pénitentiaire  du  Conseil  de  l’Europe.    Réglementation applicable à tous les détenus    Il existe d’abord un corps de normes qui sont applicables à tous les détenus. il doit aussi être tenu compte de certaines  catégories particulières de détenus. la  peine  est  placée  sous  le  double  signe  de  l’humanisation et de la réadaptation: humanisation de la vie en prison et ré‐ adaptation à la vie en société doivent donc tour à tour être envisagées. Ces nor‐   65 .  Il  fait  apparaître  deux  aspects  complémentaires  de  cette politique: le détenu doit purger sa peine sans s’y opposer d’un côté et.  détenus  ou  pas  – ne  lui  sont  pas  octroyés:  tout  ci‐ toyen possède ces droits de façon automatique. Si tous les détenus bénéficient de  certains droits. Il s’agit donc bien pour le dé‐ tenu de droits et pas de faveurs octroyées. Dès lors quels sont ces droits?   Premier  principe:  ces  droits  sont  aussi  étendus  que  possible  car  les  peines  privatives de liberté “concernent tous les droits qui ne leur ont pas été retirés  par la décision les condamnant” (règle 2) et car “les restrictions imposées aux  personnes privées de liberté doivent être réduites au strict nécessaire et doi‐ vent être proportionnelles aux objectifs légitimes pour lesquelles elles ont été  imposées” (règle 3). le même pour tous.    Humanisation de la vie en prison    Il faut rendre la vie en détention acceptable tant pour des raisons matérielles  que par respect pour les droits de l’homme.

 Mais une telle disposition est loin  d’être toujours respectée. Il est  assez malaisé de les classer.  66    . les détenus se relayant  pour dormir!  Des efforts sont pourtant faits partout pour déployer les alternatives et c’est à  encourager. Herzog‐Evans). 20 janvier 2005.  –  interrogé en 2007.    D’abord  sont  énoncées  des  règles  concernant  la  sphère  de  vie  personnelle. Selon la règle 18‐4 “le droit interne doit pré‐ voir  des  mécanismes  garantissant  que  le  respect  des  conditions  minimales  (lumière.  16  juin 2008). considérant  que  la  surpopulation  carcérale  s’apparente  à  un  “traitement  inhumain  et  dégradant” (rapport sur la visite du CPT effectuée en France en juin 2003. même inconsciemment. On se souvient.  –  la CEDH a condamné par exemple la Russie: “les conditions de détention  et particulièrement la surpopulation subie pendant neuf mois. Il ne veut  pas  de  familiarité  ou  de  bonhomie  de  la  part  de  ses  gardiens. Si avili qu’il soit.  § 12). système d’alarme…) ne soit pas atteint à la suite du surpeuplement  carcéral”.   De façon voisine au surpeuplement.  Il  est  donc  d’autant plus nécessaire d’affirmer par des normes la nécessité de sauvegar‐ der une certaine intimité. dans le même sens de  l’affaire Kalasnikof c/ Russie (15 juillet 2002) où 24 détenus étaient confinés  dans une cellule d’environ 10 m² prévue pour huit. Voici les règles:  Pas du surpeuplement carcéral. Certains détenus en ef‐ fet préfèrent la vie en commun. au respect de sa dignité d’homme. sauf lorsqu’il est considéré comme pré‐ férable pour lui qu’il cohabite avec d’autres détenus”. le président de la CEDH a reconnu que le principal pro‐ blème en  France en termes  de  droits de l’homme est  la  situation  des  pri‐ sons  et  généralement  l’inflation  carcérale  (Les  Annonces  de  la  Seine. Mayzit c/ Russie. 165. constituent  en soi une atteinte à la dignité humaine et un traitement dégradant au sens  de l’article 3 Conv.  Ces  normes  sont déclinées dans l’Annexe à la recommandation RPE (règles 14 à 33). tout individu  aspire. On s’y essayera cependant. Ainsi donc le surpeuplement est dans  beaucoup de pays endémi‐ que et les autorités européennes ont dû réagir:  –  le CPT a souligné dans plusieurs de ses rapports ce problème. obs. se pose la question de la cellule indivi‐ duelle.mes tournent tout autour de l’idée de dignité. EDH” (CEDH. AJ pé‐ nal 2005.  Le  maintien d’une certaine intimité est difficile à assurer car il va à l’encontre de  la  vie  en  détention  qui  est  par  nature  une  vie  en  collectivité. Selon la règle 18‐5 “chaque détenu doit en principe être logé pendant  la nuit dans une cellule individuelle. Plusieurs droits nationaux prévoient le droit  de tout détenu à une cellule individuelle.

  la  Recommandation  RPE  traite  les  contacts  avec  le  monde  extérieur  (règles  24‐1  et  suivantes)  et  du  droit  à  demander  des  conseils  juridiques  (règles  23‐1  et  suivantes). ce qui dépasse le cadre du corps  du détenu  pour toucher  celui  de la réputation et donc de ses relations  avec  les tiers. de manière à permettre  aux détenus de participer à des services ou réunions menées par des repré‐ sentants agréés desdites religions ou philosophies.  Ainsi  la  règle  29‐2  rappelle  que  “le  ré‐ gime carcéral doit être organisé autant que possible.  Ainsi  de  même  “quand  un  détenu  obtient  une  permission  de  sortir de prison.    C’est également le corps du détenu qui fait l’objet de dispositions protectrices.  Les  contacts  avec  l’extérieur  impliquent  aussi  que  les  autorités  avertissent  aussitôt la famille en cas de maladie grave ou de décès du détenu (règle 24‐ 9).  par  lettre.  Très  nombreuses  sont  les  dispositions  sur  l’hygiène.  Quelques  règles  méritent  d’être  ici rappelées.  Et  même  si  la  recommandation  accepte  qu’il  y  ait  des  restrictions  à  cette  li‐ berté (notamment pour la poursuite des enquêtes).  La  re‐ commandation  développe  notamment  les  dispositions  sur  le  courrier  et  les  visites.  on  évoquera  encore  la  règle  sur  la  liberté  de  pensée. l’administration pénitentiaire retint ce courrier comme “gênant” et elle  le  restitua  au  détenu. Selon la règle 24‐1 “les détenus doivent être autorisés à communiquer  aussi  fréquemment  que  possible.    Enfin  au  titre  des  règles  communes  à  tous  les  détenus.  les  vêtements  et  le  ré‐ gime  alimentaire  (règles  19‐1  et  suivantes). EDH. il ne doit pas être contraint de porter des vêtements faisant  état de sa condition de détenu” (règle 20‐4).  De  même.  condamnation  de  la  Turquie  par  la  CEDH  qui  consi‐ dère que l’ingérence litigieuse n’était pas prévue par la loi au sens de l’article  8 § 2 Conv. de leurs vêtements et de leur logement” (règle 19‐5): ce de‐ voir imposé  à tout détenu  est  en  fait un droit  pour les autres  à un environ‐ nement  sain.  par  téléphone  ou  par  d’autres  moyens  de  communication  avec  leur  famille.  le  détenu  doit  pouvoir  s’abonner  à  des  journaux. Ainsi “les détenus doivent veiller à la propreté et à l’entretien  de leur personne. doit subsister “un niveau  minimum acceptable de contacts” (règle 24‐2). A cet égard. et d’avoir en  leur possession des livres ou publications à caractère religieux ou spirituel”.  suivre  des  émissions de radio ou de télévision (règle 24‐10) et même participer aux élec‐   67 .  de  conscience  et  de  religion. de recevoir en prison des  visites de tels représentants de leur religion ou leur philosophie.  des  tiers  et  des  représentants  d’organismes  extérieurs  ainsi  qu’à  recevoir  des  visites  desdites  personnes”.Au  titre  de  la  vie  personnelle. on évoquera l’af‐ faire  Tan  c/  Turquie  (CEDH  3  juillet  2007):  le  requérant  avait  adressé  à  un  journaliste une lettre où il décrivait les conditions désastreuses de sa déten‐ tion.

 La règle 34‐1  rappelle bien que les autorités “doivent (…) respecter les besoins de femmes.  Quant  aux  enfants  en  bas  âge.    Réglementation applicable à certains détenus    A  côté  de  ces  règles  communes  à  tous  les  détenus.  et cetera.  La  règle  37‐5  prévoit  qu’ils  doivent  être  informés  de  la  possibilité  de  solliciter  leur  transfert  vers  un  autre  pays. très nom‐ breux dans les prisons de tous les pays. Cette question donne lieu à des rè‐ gles dans l’annexe du RPE avec une partie entière (règles 39 et suivantes).  Pour les ressortissants étrangers (très nombreux dans les prisons européennes)  la règle 37‐1 décide qu’ils doivent recevoir les informations sur leur droit de  prendre  contact  avec  leurs  représentants  diplomatiques  ou  consulaires.  Toutes  ces  exigences  se  retrouvent. au  moment de prendre des décisions affectant l’un ou l’autre aspect de leur dé‐ tention”. professionnel. Les  premiers doivent pouvoir accéder non seulement aux services offerts à tous  les détenus. les autorités doi‐ vent fournir toute l’assistance nécessaire. à un enseignement religieux et à des programmes récréatifs” (règle 35‐1). sur les devoirs du médecin.  la  recommandation  en  donne d’autres qui sont particulières à certains détenus.  105).  cette  disposition  doit  être  reliée  à  la  Convention européenne sur le transfèrement des personnes  condamnées  de  1983.  ils  peuvent  rester  en  prison  “avec  un  parent  incarcéré.  Sur les femmes les règles sont peu nombreuses et peu précises.tions (règle 24‐11) voire communiquer avec les médias “sauf raisons impéra‐ tives” (règle 24‐12).  entre autres aux niveaux physique.  dans  le  projet  de  règles  européennes  pour  les  délinquants  mineurs  faisant  l’objet de sanctions et mesures appliquées dans la communauté ou privés de  liberté (Strasbourg.  très  détaillées. 21 décembre 2007).  uniquement  si  tel  est  l’intérêt  de  l’enfant  concerné”  (règle  36‐1). psychologiques et éduca‐ tifs. Et le commentaire de la Recommandation met en garde les autorités  contre tous risques de discriminations.  68    .  Quelques dispositions sont prévues pour les mineurs et enfants en bas âge.  Bien sûr. social et psychologique.  C’est bien vague et aucun chiffre n’est avancé. mais également “aux services sociaux. les mineurs doivent encore avoir accès à l’enseignement (règle 35‐ 2).  Reste le grave problème des détenus malades physiques ou mentaux. sur l’administration des soins.  La  règle  34‐3  rappelle  que  les  détenues  doivent  être  autorisées  à  accoucher  hors prison encore que si l’accouchement a lieu en prison. Le rapport Roblès recommande un suivi systématique des mineurs après  leur  libération  (p. sur  le droit aux soins.

  sans  pouvoir  se  promener  à  l’air  libre.  violation  de  l’article 3. notamment de malades mentaux est  nettement  plus  important  dans  les  prisons  que  dans  le  milieu  libre.  Hénaf  c/  France  (D  2004. suite à un accident de voiture.    Il faut bien admettre que toutes ces mesures relatives à la vie en détention vi‐ sent  non  seulement  à  humaniser  la  détention.  également  surpeuplée. 267) et 12 juillet 2007. Papon c/ France. Moldavie condamnée à l’unanimité. note Céré): le grand âge  du détenu ne suffit pas à caractériser un traitement inhumain et dégradant  car il faut prendre en compte les conditions de l’accès aux soins médicaux  en prison.  1196. Cependant il reste en prison. Testa c/  Croatie:  deux  détenus  malades  et  pas  soignés.  en  octobre  2006.  ce  qui  génère  le  stress.  Par  exemple. mais par des procédés très  inhumains: on lui ouvre la bouche de force en lui tirant les cheveux et on  introduit une sonde alimentaire.  Ciorap  c/  Moldavie:  un  détenu  proteste  contre  ses  conditions de détention (surpopulation.  –  CEDH  27  novembre  2003.Nul n’ignore que le nombre de malades.  –  CEDH 10 juillet 2007.  note  Roetz):  le  fait d’attacher un détenu à son lit d’hôpital la veille de son opération alors  que cette mesure était disproportionnée au regard des nécessités de la sé‐ curité. Trepachkine c/ Russie (RIDP 2007.  mais  aussi  à  permettre  la  ré‐ adaptation à la vie sociale.    69 . entraîne la violation  de l’article 3. Il est alimenté de façon contrainte. Turquie condamnée sur la base  de l’article 3. éclairée pendant  25  jours. Les instances médicales  du plus haut niveau déclarent que son état de santé est incompatible avec  la détention. (D 2001. 266): le détenu est  atteint d’asthme.  il  est  transféré  dans  une  autre  prison.  pas  d’examen  médical. rats.  –  CEDH 19 juillet 2007.  la  Comité  français  d’éthique  s’est  alarmé  d’un  “taux de pathologies psychiatriques (…) vingt fois plus élevé en prison que  dans la population générale”.  Voici quelques décisions célèbres.  et  dépasse le niveau inévitable de souffrance inhérent à la détention. Le CPT de son côté a souligné que la psychia‐ trie pénitentiaire se trouve “dans un état dramatique”.  –  CEDH  19  juin  2007.  –  CEDH 7 juin 2001. Paladi c/ Maldova (id. pas d’air) en faisant la grève  de la faim.  –  CEDH 3 mai 2007 Husseyim Yildirim c/ Turquie: un détenu est atteint de  plusieurs maladies. 2335.    Il faut aussi évoquer la jurisprudence de la CEDH assez fournie et nuancée. et que deux policiers étaient placés en faction. il est enfermé dans une cellule de 6 m². article 3  violé.

 avec même l’établissement d’un plan person‐ nalisé.  C’est d’abord le travail qui est visé. 21  décembre  2007)  précité  indique  clairement  que  l’enseignement  scolaire  et  la  formation professionnelle “doivent en principe avoir priorité sur le travail et  d’autres activités” (règle 83‐1). compte tenu de leur aptitude physique et mentale telle qu’elle a été  déterminée  par le médecin”. s’agissant des condamnés. trois séries de disposi‐ tions sont prévues. les accidents de travail doivent être indemnisés. avec une prio‐ rité à ceux qui ne savent pas lire ou compter et aussi aux jeunes.  “ils  peuvent  être  soumis  à  l’obligation  de  travailler.   C’est d’abord la préparation à la sortie.  le projet de règles européennes pour les délinquants mineurs (Strasbourg. A cet égard. Les RPE invitent les autorités à  prévoir que la peine se fera près du domicile des proches. soit sous forme condition‐ nelle. organisée si possible avec le concours des bibliothèques publi‐ ques. “le travail en prison doit être consi‐ déré comme un élément positif du régime carcéral et en aucun cas être impo‐ sé  comme  une  punition”  (règle  26‐1). A cet égard. notamment dans les RPE.  Cette  question  a  déjà  été  évoquée avec les visites et le courrier des détenus.  Dans  l’esprit  des  rédacteurs  des  RPE. De plus et ici il n’y  a  rien  dans  les  RPE. Alors  ce sont  les  normes  applicables en milieu  libre qui s’appliquent. il faut ajouter la réinsertion.  sur les 13  activités  énumérées à la règle 82.  Le  rapport  Roblès  recommande  de telles prescriptions (p. le repos heb‐ domadaire doit être prévu. 103). c’est l’enseignement sco‐ laire qui est placé en première position. la règle 105‐2 dispose que s’ils n’ont pas at‐ teint  l’âge  normal  de  la  retraite. il existe au profit des détenus un droit à l’enseignement. Et pour‐ tant.  certains  pays  européens  prévoient  au  sein  des  prisons  des locaux spécifiques permettant aux familles de se retrouver avec le détenu  pour  des  périodes  d’un  ou  plusieurs  jours.  Du  travail  doit  être  proposé  et  il  doit  être rémunéré.  Le  plus  important  reste  l’ouverture  au  monde  libre.Réadaptation à la vie sociale    Certes  la  vie  en  détention  prépare  mal  à  la  vie  ultérieure  en  société  et  elle  peut être source de récidive.  Le  travail  peut‐il être imposé? En principe la réponse est négative.  A la rééducation. C’est pourquoi la prison doit servir impérative‐ ment à permettre la réadaptation sociale. Chaque établissement doit avoir une  bibliothèque.  La réadaptation s’effectue ensuite par la rééducation. Deux notions doivent ici  être évoquées. soit totale. Un long développement  lui  est  consacré  (règles  28‐1  et  suivantes).  Dans  les  deux  cas  un  “programme  de  préparation  à  la  libération  doit  70    . De nombreuses dispositions lui sont con‐ sacrées. Règle psychologique essentielle.

  l’admis  (CEDH  4  décembre  2007. Or il est advenu que des détenus condamnés à perpétuité saisissent la  CEDH pour faire juger que leur condamnation constitue un traitement cruel  ou inhumain au sens de l’article 3 Conv. De cet ensemble conceptuel. Dès son admission. il apparaît que les  contraintes  imposées  au  détenu  sont  préventives  et. contenues dans la Partie IV inti‐ tulée  “Bon  ordre”. sûreté et discipline (règles 49 et s. Dans l’affaire Léger c/ France.  Dans  cet  univers  artificiel. Et les services de la prison doivent travail‐ ler en étroite collaboration avec les services sociaux.  On peut rattacher à la préparation à la sortie la question de la reconnaissance  d’un  droit  de devenir parent pour les détenus  (par  le biais  d’une  insémina‐ tion  artificielle). répressives. générateurs de dégâts humains  et  matériels.  Demarchi).  419.être mis en oeuvre” (règle 107‐3).  une  fois  que  des  man‐ quements ont été réalisés.    Les mesures préventives    Les mesures préventives sont assez nombreuses. en fait.  la  CEDH  répond  que  l’article  3  n’est  pas  violé  car  il  existe  une  perspective de libération en raison du droit de grâce du Chef de l’Etat. La discipline est un corps de règles destinées à faire régner la sécurité  et la sûreté dans les prisons. à des contraintes.  rendu  en  grande  chambre.).  trois  mots  reviennent  dans  les  RPE:  sécurité.  RPDP  2008. La plu‐ part des droits européens le permettent (sauf Espagne et Portugal) et souvent  les Cours constitutionnelles ont validé ce système. en y mettant certes parfois  des conditions comme la possibilité d’obtenir un jour la libération condition‐ nelle. ce  qui correspond pour ces derniers à des obligations. du moins dans la mesure  où  une  possibilité  de  libération  existe  cependant.  obs.  La  sécurité  et  la  sûreté  sont  mal  distinguées  encore  qu’elles évoquent l’une et l’autre le risque que peut fait courir un détenu aux  autres.      Les contraintes imposées au détenu    La prison est un univers fermé et explosif: des incidents graves peuvent sur‐ venir à tout moment et surviennent.  Dickson  c/  Royaume‐Uni. EDH.  Un  arrêt  de  la  CEDH.  Dans  l’affaire  Kafkaris  c/  Chypre  (12  février  2008)  où  un  requérant  prétendait  à  une  violation  de  l’article  3.  Mais ils ont encore le droit de ne pas être importunés par leurs codétenus.  Les  détenus  bénéficient  donc  d’un  faisceau  de  droits  en  leur  faveur  propre. chaque  détenu doit être évalué afin de déterminer s’il pose un risque pour la sécurité    71 .  la CEDH a considéré qu’une telle peine est justifiée.  Le second problème est celui de la privation de liberté à perpétuité.

 note Céré). Pour les premiers. 82‐83).  de  prendre  des  mesures  pour  le  garder  sous  étroite  surveillance  jusqu’à  l’ex‐ pulsion de l’objet avalé: il ajoute que pourrait être utilisée la technologie mo‐ derne afin de scanner le corps du détenu (p.    Quant  à  la  fouille  des  effets  personnels  du  détenu. Une  règle  cependant  est  prévue:  l’examen  des  cavités  corporelles  ne  saurait  être  effectué  par  le  personnel  pénitentiaire.  Enfin  dans  l’affaire  Frérot  c/  France.des  autres  détenus  et  du  personnel  (règle  52‐1).  le commentaire des RPE conseille. mais  seulement “dans des circonstances exceptionnelles” (règle 53‐1): rien cepen‐ dant de plus n’est dit car la règle 53‐3 renvoie au droit interne. les  RPE se bornent à dire que les personnes fouillées ne doivent pas être humi‐ liées  (règle  54‐4). ce qui paraît excellent. EDH le fait d’amener un dé‐ tenu à se dénuder en présence de femmes. la lutte contre le trafic de drogue au sein de l’établissement.  la  CEDH  a  condamné  la  France  en  cas  de  fouille  corporelle  d’un  détenu  totalement  nu.  une  condamnation  au  titre  de  l’article 3 Conv.  Cependant. Ces mesu‐ res sont rendues nécessaires à cause de la drogue qu’un détenu peut cacher  dans sa cellule ou dans son corps ou des objets dangereux qu’il peut porter  sur lui. D 2007. les fouilles  étaient disproportionnées et n’étaient donc pas nécessaires dans une société  démocratique” (arrêt du 29 septembre 2006. Des mesures de haute sécurité sont même possibles.  Des  mesures  doivent  être  prévues à cet effet.  avec  inspec‐ tion visuelle et systématique après chaque visite au parloir. qui veut que la perquisition du domicile ou des ef‐ fets d’une personne poursuivie soit faite en principe en sa présence. Cette règle est en réalité la reprise de celle qui concer‐ nait la procédure pénale.  1234.  La  CEDH  a  eu  à  statuer  dans  une  affaire  où  une  fouille  à  corps avait été effectuée sur la mère d’un détenu et sur son demi‐frère atteint  de  paralysie  cérébrale  et  de  retard  mental. EDH a été prononcée car “bien que poursuivant un but légi‐ time.  72    .  elle  doit  être  faite  en  sa  présence (règle 54‐8).  Ces articles s’étendent aux visiteurs ou professionnels. la CEDH a jugé  que constitue une violation de l’article 3 Conv. ce qui paraît évident. au cas où il y a lieu de penser qu’un déte‐ nu  a  dissimulé  de  la  drogue  ou  tout  autre  objet  interdit  dans  son  corps. RU. Les RPE sont peu précises. Les juges de  Strasbourg  décident  pareillement  pour  des  fouilles  corporelles  compte  tenu  de leur fréquence et de la méthode utilisée (arrêt Van der Ven c/ Pays‐Bas.  mais  par  un  médecin. D’un autre côté.   Dans l’affaire Valastimas c/ Lituanie (arrêt du 24 juillet 2001).  la  jurisprudence  de  la  CEDH  et  le  rapport  consacré  aux  RPE  apportent  quel‐ ques lumières supplémentaires.    De longs développements sont consacrés aux fouilles et contrôles. Waimwright c. renvoyant là encore au droit interne. Pan. 4  février  2003).

  Ensuite la règle 59 indique les droits procéduraux du détenu. Les mesures doivent en  outre  être  prévues  dans  leur  déroulement.  les  RPE  prévoient  trois stades. ce qui est logique car le  droit  pénitentiaire  disciplinaire  fait  partie  de  la  matière  pénale  puisque  des  sanctions  privatives  de  liberté  peuvent  être  prononcées  comme  la  mise  en  confinement ou en cellule disciplinaire. de manière à trouver son équilibre entre la sécurité et la sû‐ reté  d’une  part  et  le  droit  à  la  confidentialité  des  communications  entre  ces  praticiens et leurs clients ou patients d’autre part”. le droit disciplinaire apparaît  ainsi comme un mini‐droit pénal.  travailleurs  sociaux. un droit pénal bis. Des mesures répressives doivent alors  être mises en oeuvre. Là encore on peut noter un  parallèle  avec  la  procédure  pénale  où  le  ministère  public  utilise  volontiers  une “troisième voie” (médiation.  Avant tout. Quant à leur domaine tout d’abord: les droits nationaux  doivent incriminer les faits pouvant fonder des mesures répressives discipli‐ naires  un  peu  à  la  manière  des  législateurs  qui  incriminent  des  comporte‐ ments pouvant donner lieu à répression pénale. des mécanismes de restauration et de médiation doivent être mis  en  oeuvre  pour  résoudre  les  différends  entre  administration  et  détenus  ou  entre codétenus (règle 56‐2): en effet les mesures disciplinaires “doivent être  des mécanismes de dernier ressort” (règle 56‐1). admonestation. excuses…) entre poursuite  et classement avant d’en venir à la poursuite. faite de règles assez  précises. EDH. les fouilles les concernant ne sont pas exclues.    Hélas ces précautions ne suffisent pas toujours.  aumô‐ niers). De plus les RPE rappellent quelques  principes que doivent respecter les droits internes et les personnels péniten‐   73 .   D’abord  il  faut  pour  qu’une  sanction  soit  applicable  que  le  comportement  soit qualifié par le droit interne: à lui de décrire les faits constituant une in‐ fraction  disciplinaire. Si ces mesures douces ne suffi‐ sent pas. alors une procédure véritable peut s’appliquer. Mais la règle 54‐10 qui  est un chef d’oeuvre d’équilibre juridique décide: “les procédures de contrô‐ les (…) doivent être établies en accord avec les organisations professionnelles  représentatives. Des actes contraires à l’ordre  peuvent être commis par les détenus. qui sont exac‐ tement ceux énoncés par l’article 6 § 3 Conv.Quant  aux  professionnels  (avocats.    Les mesures répressives    Les mesures répressives doivent être prévues quant à leur domaine et quant  à leur déroulement.  A  cet  égard.  Le  droit  interne  doit  en  décrire  les  procédures  et  les  sanctions applicables ainsi que l’instance de recours.  médecins.

  Dans  les  cas  extrêmes.  Enfin. on fera trois brèves remarques. Un détenu atteint de tu‐ berculose pulmonaire fut placé dans une cellule prévue pour 6 personnes qui  en détenait 24.  pas  de  double poursuite disciplinaire pour le même fait. mais ils ne statuent que sur  des espèces particulières encore que ces arrêts peuvent inspirer les pratiques.  les  peines  collectives et corporelles sont exclues.  Les  arrêts  de  la  CEDH de leur côté.  Elle  s’explique  largement par des considérations financières et politiques: le monde péniten‐ tiaire a mauvaise presse et les gouvernements répugnent en partie par néces‐ sité budgétaire à investir beaucoup dans les prisons. Il fut transféré en cellule d’isolement disciplinaire où il passa  25 jours.  les  personnels  peuvent  user  de  menottes  et  camisoles  de  force  pour  éviter  une  évasion  pendant  un  transfèrement  ou  si  d’autres méthodes ont échoué (règle 68‐2).  degré  ultime  de  la  force.    Au terme de ce panorama. en cas de tentative d’évasion ou de résistance d’un déte‐ nu.  mais  selon  certaines  condi‐ tions (CEDH 24 mai 2007.  Deux  problèmes  doivent  plus particulièrement  retenir  l’attention. que voudrions clore  cette contribution. impossible en principe devient possible dans le cadre de  la légitime défense.  Un  système  de  cellule  disciplinaire  est  possible. d’autant plus que l’opi‐ nion  publique  n’a  jamais  été  favorable  au  monde  carcéral. D’abord. les RPE  ne constituent qu’un texte cadre.   C’est donc sur une note d’espoir. une sorte de texte de principes.  des  services  de  police  étrangers  au  service  péni‐ tentiaire. notamment sous l’impulsion du Con‐ seil de l’Europe. Cette distance entre le texte européen et la réalité  apparaît  bien  dans  les  arrêts  strasbourgeois  cités  plus  haut.  L’usage de la force.  peuvent  intervenir  (règle  67‐1)  à  la  condition  d’un  accord  formel  préalable (règles 67‐2 et 3). Gorodnitchev c/ Russie).  74    . celui du  surencombrement  des prisons et celui des mineurs. ont certes beaucoup d’intérêt.   Enfin dernière observation. d’un exposé raisonné. des progrès sensibles ont déjà été faits ces derniè‐ res décennies comme le montrent les rapports et ouvrages des années 1900 et  il ne paraît pas irréaliste de penser que. la réalité est encore éloignée de l’esprit des RPE qui appa‐ raissaient comme un idéal. les peines ne peuvent pas consister en  une  interdiction  telle  que  l’interdiction  des  contacts  avec  la  famille. ne pouvant ni recevoir sa famille ni cantiner. De même les armes sont exclues  (notamment les armes létales) sauf nécessité pour la sécurité et la sûreté (rè‐ gle 69‐2).tiaires:  la  sanction  doit  être  proportionnelle  à  la  gravité  des  faits. La Russie fut condam‐ née au titre de l’article 3. déjà évoqués. un peu à la  manière  de  la  loi  pénitentiaire  belge  du  12  janvier  2005.   Seconde remarque. les choses pourraient encore s’améliorer.