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Est-ce que l'enfer est éternel dans les religions monothéistes

(Islam, Christianisme, Judaïsme) ? Est-ce vrai qu'Ibn 'Arabî dit


que l'enfer n'est pas éternel et qu'il sert plutôt à purifier, et qu'une
fois purifiés on va au paradis ? Si tel est l'avis d'Ibn 'Arabî, quel
est son point de vue sur les Associateurs, les idolâtres ? Dieu ne
dit il pas qu'il pardonne tous les péchés sauf l'idolâtrie, le
polythéisme ?

Dans l'Islam et selon la plupart des dénominations chrétiennes, les


châtiments infligés aux damnés sont effectivement considérés comme
éternels, en ce sens qu'il n'est pas prévu de "moment" ou de modalité de
leur fin [quant au judaïsme, il n'impose pas de dogme sur les conditions
de la vie dans l'au-delà]. Dans le cas précis de l'Islam, il est dit des
hommes qui meurent dans l'incroyance qu'ils resteront dans l'enfer
"khâlidin", ce qui signifie au sens strict "un temps d'une longueur
indéfinissable", et est traduit en général par "éternellement". Des hadiths
(enseignements oraux du prophète Muhammad) confirment le caractère
éternel de cet état, puisqu'ils rapportent qu'après la Résurrection, la mort
sera abolie sous forme d'un mouton sacrifié.

Quant aux interprétations d'Ibn 'Arabi, elles relèvent de plusieurs


considérations :

- Chaque homme retrouve dans l'au-delà la configuration morale et


psychique qu'il a forgée durant sa vie. Un homme pieux et aimant
retrouvera un au-delà paradisiaque où se reflèteront ses actions et
aspirations vers le Bien, de façon démultipliée. De même, celui qui aura
manifesté sur terre des qualités et des actions de violence retrouvera dans
l'au-delà cette même brutalité elle aussi amplifiée à l'extrême. Il s'y
trouvera dans un cadre qui lui est naturel, qui prolonge son propre Etre
violent, qui est conforme à sa personnalité profonde "comme un poisson
préfère l'eau et fuit l'air qui fait vivre les êtres sur la terre" selon
l'expression d'Ibn 'Arabî. De même l'idolâtre, l'"associateur" se voile ici-
bas dans l'ignorance de l'origine divine de toute chose : dans l'au-delà, il
ne peut échapper aux ténèbres de l'ignorance qu'il a développées en lui-
même. Les conditions infernales décrites dans le Coran (feu, supplices)
sont d'abominables tourments pour un croyant, mais ne représentent pas
pour le damné de véritables souffrances, en un sens il prend même plaisir
dans cet environnement qui lui correspond.

- Par ailleurs, il convient de replacer toutes ces considérations dans le


système global d'Ibn 'Arabî, pour qui le cosmos entier reflète les Attributs
divins de Miséricorde et de Rigueur. Le déploiement de cette double série
d'Attributs conduit à l'existence nécessaire d'un Paradis comme d'un Enfer.
Mais ces deux Attributs ne sont pas symétriques : la Miséricorde précède
et domine la Rigueur et la Vengeance, c'est elle qui "existe" au sens vrai.
La Miséricorde finira par avoir la préséance sur toute Rigueur. Les
pécheurs resteront effectivement en Enfer, mais le côté douloureux du
châtiment, lui, n'est pas éternel. Au fond, la seule vraie démarcation sera
entre une demeure où la vision de Dieu sera offerte - le Paradis - et une
autre où les humains resteront voilés dans l'ignorance - l'Enfer.

M. Pierre Lory

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