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LOIS DE MANOU,

EXPOSÉES

PAR BHRIGOU.

OUVRAGE PUBLIÉ SOUS LES AUSPICES DE LA SOCIETE ASIATIQUE DE PARIS.

MANAVA-DHARMA SASTRA.

LOIS DE MANOU,

COMPRENANT

LES INSTITUTIONS RELIGIEUSES

ET CIVILES DES INDIENS;

TRADUITES DU SANSCRIT

ET ACCOMPAGNÉES HE NOTKS EXPT, IC ATI VES ,

PAR A. LOISELEUR DESLOXGGHAMPS.

A PARIS,

DE L'IMPRIMERIE DE CRAPELET,

RUE DE VAHGIRARD, N' Q.

M DCCC XXXIII.

k

, ,

PREFACE.

L'ouvrage dont je publie aujourd'hui la traduction

n'est connu en France que des Orientalistes , et du petit nombre de personnes qui se livrent à l'étude

comparative de la législation ; on n'a pu jusqu'à

présent lire les Lois de Manou que dans la traduc-

tion anglaise donnée par William Jones, il y a en-

viron quarante ans , sous le titre de : Instituies of Hindu Law ; or the ordinances of Menu , according to the gloss of Cullûca y comprising the Indian system

of duties religious and civil. Je crois donc nécessaire

de faire précéder ma traduction de quelques dé-

tails sur le Livre de Manou, et sur le législateur

auquel est attribué ce code, qui forme encore au-

jourd'hui la base du droit indien.

Les mots Mânava-Dharma-Sâstra signifient lit-

téralement le Livre de la Loi de Manou ; ce n'est

donc pas un code dans le sens ordinaire de ce mot lequel s'applique communément à un recueil ren-

fermant uniquement des règles pour déterminer les

relations des hommes entre eux, et les peines que

méritent \gs divers délits. C'est véritablement

comme l'entendaient les anciens peuples , le Livre

de la Loi, comprenant tout ce qui regarde la con- duite civile et religieuse de l'homme. En effet, outre

les matières dont traite ordinairement un code, on trouve réunis, dans les Lois de Manou , un système

de cosmogonie ; des idées de métaphysique ; des

préceptes qui déterminent la conduite de l'homme

a

ij

PRÉFACE.

, ,

dans les diverses périodes de son existence ; des

règles nombreuses relatives aux devoirs religieux,

aux cérémonies du culte , aux observances pieuses

et aux expiations ; des règles de purification et d'absti-

nence ; des maximes de morale ; des notions de

politique, d'art militaire et de commerce; un ex-

posé des peines et des récompenses après la mort ainsi que des diverses transmigrations de l'àme, et

des moyens de parvenir à la béatitude.

On verra , dans le premier Livre du Manava-

Dharma-Sastra , que le nom de Manou , rappro-

ché par William Jones de ceux de Menés et de

Minos, appartient à chacun des sept personnages di-

vins qui , suivant les idées des Indiens , ont suc-

cessivement gouverné le inonde. C'est au premier

Manou , surnommé Swâyambhouva , c'est-à-dire

issu de l'Être existant par lui-même, que le Livre

de la Loi est censé avoir été révélé par Brahmà lui-

même, et le Richi Bhrigou est supposé l'avoir fait

connaître. Ce code, en admettant qu'on doive l'at-

tribuer à un antique législateur nommé Manou, que

les Indiens ont ensuite divinisé et confondu avec

l'un des saints personnages qui , dans leur croyance

régissent le monde, ce code se sera conservé d'âge

en âge par la tradition jusqu'au moment où il aura

été rédigé en vers dans la forme qu'il a mainte-

nant ; car il est bon de dire , pour les personnes qui

ne savent pas le sanscrit , que les lois de Manou sont

écrites en slocas ou stances de deux vers, dans wa. mètre dont les Indiens attribuent l'invention à un

saint ermite nommé Vâlmiki, que l'on croit avoir

vécu quinze cents ans avant notre ère. William Jones cite, dans la préface de sa traduc-

PRÉFACE.

iij

tion , un passage eiiiprunlé à la préface d'un Iraité

de Lois de Nârada , il est dit : « Manou ayant

écrit les Lois de Brahmâ en cent raille slocas ou di-

stiques , arrangés sous vingt- quatre chefs en mille chapitres, donna l'ouvrage à Nârada, le sage parmi les

Dieux , qui l'abrégea, pour l'usage du genre humain,

en douze mille vers , qu'il donna à un fils de Bhri-

gou, noniiiié Soumali, lequel, pour la plus grande

réduisit à quatre

facilité de la race humaine ,

les

mille ; les mortels ne lisent que le second abrégé fait

par Soumati , tandis que les Dieux du ciel inférieur

et les musiciens célestes étudient le code primitif commençant avec le cinquième vers un peu modifié de l'ouvrage qui existe actuellement sur la terre ;

il ne reste rien de l'abrégé de Nârada, qu'un élé-

gant épitome d'un neuvième titre original sur l'ad-

ministration de la justice. » Maintenant, ajoute Wil-

liam Jones , puisque les Lois de Manou , comme

nous les avons, ne comprennent que deux mille six

cent quatre-vingt-cinq slocas, elles ne peuvent pas

être l'ouvrage entier attribué à Soumati , qui est

probablement celui qu'on désigne sous le nom de

Vriddha-Mânava^ ou ancien code de Manou, et

qu'on ne trouve plus entier, quoique plusieurs pas-

sages de ce code , qui ont été conservés par tradi-

tion , soient cités dans le nouveau Digeste.

L'époque le Mânava-Dharma-Sâstra a été ré- digé ne nous est guère mieux connue que le nom

du véritable rédacteur , et l'on est forcé à cet égard

de s'en tenir à des conjectures. Les calculs sur les-

quels William Jones s'était fondé pour placer la

rédaction du texte actuel vers l'an 1280, ou vers

l'année 880 avant notre ère, ont paru généralement

iv

PRÉFACE.

, , , ,

reposer sur des bases si faibles , qu'il serait inutile

d'en reproduire ici le détail. Les meilleures conjec- tures , dans l'état de nos connaissances , sont pro-

bablement celles que l'on peut tirer du code lui-

même. Les dogmes religieux y présentent toute

la simplicité antique : un Dieu unique , éternel

infini, principe et essence du monde, Brahme ou

Paramâtmâ ( la grande Ame ) , sous le nom de

Brahmâ, régit l'univers , dont il est tour à tour le

créateur et le destructeur. On ne voit aucune trace

dans le code de Manou, de cette triade ou trinité

(Trimoûrti) si fameuse dans des systèmes mytho-

logiques sans doute postérieurs. Yichnou et Siva

que les recueils de légendes appelés Pourânas pré-

sentent comme deux Divinités égales , et même

supérieures à Brahmâ, ne sont nommés qu'une seule

fois en passant, et ne jouent aucun rôle, même se-

condaire, dans le système de créations et de destruc-

tions du monde exposé par le législateur. Les neuf

Incarnations de Vichnou n'y sont pas mentionnées,

et tous les Dieux nommés dans les Lois de Manou

ne sont que des personnifications du ciel , des astres

des élémens , et d'autres objets pris dans la nature.

Ce système mythologique paraît avoir les plus

grands rapports avec celui des Védas, dont la haute

antiquité est incontestable ; c'est d'ailleurs un ou-

vrage éminemment orthodoxe, l'autorité des Védas

y est sans cesse invoquée , et le législateur Vrihas- pati a dit : et Manou tient le premier rang panni les législateurs , parce qu'il a exprimé dans son code

le sens entier du Véda : aucun code n'est approuvé

lorsqu'il contredit le sens d'une loi promulguée par Manou. » Cette simplicité des dogmes religieux est

 

,

PREFACE.

V

peut-être une des preuves à alléguer en faveur

de l'antiquité du code de Manou ; ajoutons que ,

parmi les personnages historiques que l'on y trouve

cités , aucun ne paraît appartenir à une époque

postérieure au douzième siècle avant notre ère, et

que le célèbre réformateur de la religion Brahma-

nique , Bouddha, qui, suivant l'opinion générale-

ment adoptée, vivait environ mille ans avant Jésus-

Christ , n'est pas mentionné une seule fois , ce dont

on peut conclure que cette réforme n'avait pas en-

core eu lieu. Ce n'est donc pas établir une hypo-

thèse dénuée de fondement que de faire remonter

la rédaction du code de Manou au treizième siècle

avant notre ère, comme l'a fait M. Chézy dans un

article très intéressant inséré dans le Journal des

Savans, en i83i.

La partie métaphysique de la cosmogonie , qui

ouvre le premier Livre du code de Manou , a été

expliquée par le célèbre commentateur CouUoûca-

Bhatta, suivant des idées empruntées au système

philosophique Sânkhya , et le savant Colebrooke

dans les préliminaires de son Mémoire sur ce sys-

tème , sans entrer dans aucun détail , parait adopter

l'opinion du scholiaste Indien. Il faut convenir toute-

fois que CouUoûca-Bhatta , pour ramener le texte

de Manou à son interprétation , est forcé de le tor- turer singulièrement, et il serait sans doute possible

d'expliquer la cosmogonie métaphysique de Manou

d'une manière toute différente. Telle est l'opinion que

M. Lassen a énoncée dans la préface de son édition

de la Sânkhya - Câricâ j

et qu'il se réserve

de dé-

velopper plus tard. La connaissance parfaite que M. Lassen possède de la langue sanscrite, les re-

y]

PRÉFACE.

,

cherches profondes auxquelles il s'est livré sur la

philosophie indienne, le mettent à même, sans aucun

doute , d'aborder cette question difficile , et de la

résoudre à la grande satisfaction des Indianistes :

pour moi , j'ai adopter simplement l'interpréta-

tion de CouUoûca-Bhatta sans la discuter j c'était le

seul parti que j'eusse à prendre.

L'extrême concision du Texte de Manou était,

pour les scholiastes Indiens , une belle occasion d'exer- cer leur sagacité ; aussi ce code ne manque-t-il pas

de commentateurs. Parmi eux, on cite, comme les

plus habiles, Médhâtithi , fils de Birasw^àmî-Bhatta Govindarâdja , Dharanidhara et Goulloûca-Bhatta.

Ce dernier est le plus estimé. « Son commentaire,

dit William Jones , est peut-être le plus précis , le

plus lumineux , le moins fastueux , le plus savant , le

plus profond, et encore le plus agréable qui ait été

composé sur aucun auteur ancien ou moderne, eu-

ropéen ou asiatique. » On ignore à quelle époque

vivait Coulloûca ; il nous apprend lui-même qu'il

appartenait à une famille honorable du district de

Gaur dans le Bengale , mais qu'il avait fixé sa rési- dence parmi les savans sur les bords du Gange à

Càsi (Bénarès). J'ai presque toujours pris pour guide

son commentaire , qui se trouve joint au Texte de

Manou dans les deux éditions du Mânava-Dharma-

Sàstra , publiées à Calcutta ; mais je me suis aussi aidé d'un autre commentaire fort clair et fort précis

en général , qui accompagne le Texte de Manou

dans un des deux manuscrits de la Bibliothèque du

Roi , et dont l'auteur est appelé Ràghavânanda. A

l'exemple du traducteur anglais, j'ai fait imprimer

en italique la partie du commentaire que j'ai intro-

PRÉFACE.

,

vij

duite dans le texte, de sorte que l'on peut du premier coup d'œil distinguer le texte des explications et des

développemens donnés par le scholiaste.

Quant à la prononciation des mots indiens, je dois,

pour les personnes étrangères à la langue sanscrite expliquer ce qui pourrait fournir matière à quelque erreur. Les lettres ch doivent toujours être pronon-

cées d'une manière douce, comme dans char, cheval.

Ainsi, pour le mot Vasichiha, prononcez Vasichetha,

et non vasiktha. Le g doit toujours avoir un son dur, comme s'il était suivi d'un u. Ainsi , pour An-

giras, prononcez Anguiras, et non Anjiras. Us même

entre deux voyelles, ne doit jamais avoir le son du z.

Ainsi , pour Vaisya , prononcez Vaicya , et non

Kaizya.

L'excellente traduction de Jones a réuni les suf-

frages des Indianistes, entre autres celui du savant

Colebrooke, qui a presque toujours adopté cette

traduction pour les passages de Manou cités dans le

Digeste des lois indiennes relatives aux contrats et

aux successions. Dernièrement encore le mérite de

ce précieux travail a été dignement apprécié par l'illustre Sclilegel, dans son intéressant et curieux ouvrage sur l'étude des langues asiatiques. « La tra-

duction de Jones, dit M. de Schlegel, est en général

d'une grande fidélité ; elle tombe quelquefois dans la

paraphrase , mais c'était presque inévitable , vu la

brièveté des stances mesurées de l'original. Le coloris

du style est surtout admirable; il respire en même

temps la majesté législative et je ne sais quelle sim-

plicité sainte et patriarchale. Nous sommes transpor-

tés comme par enchantement dans les siècles, les

mœurs et la sphère d'idées qui ont concouru à mettre

viij

PRÉFACE.

en vigueur ces lois religieuses et sociales, lesquelles

à leur tour ont dominé une grande nation pendant

des milliers d'années. » Le travail de Jones mérite en-

tièrement les éloges que lui a donnés M. de Schlegel,

et il m'a été d'un très grand secours; cependant mon

admiration pour le talent de mon devancier ne m'a

pas empêché de discuter avec soin les passages de sa

traduction qui me paraissaient douteux , ce qui m'a

conduit quelquefois à adopter un sens différent. Enfin , j'ai fait tous mes efforts pour rendre le texte

sanscrit avec le plus de fidélité et de précision pos-

sible.

Je me proposais de soumettre ma traduction à l'il-

lustre maître dont j'ai suivi les leçons, mais le cruel

fléau qui a enlevé aux sciences plusieurs personnes

distinguées a compris M. Chézy au nombre de ses

victirnes. Qu'il me soit permis d'exprimer les regrets que m'a causés une perte aussi douloureuse , et

d'adresser à la mémoire de l'homme excellent qui

m'aidait de ses conseils et m'honorait de son amitié,

le tribut de gratitude que je lui dois.

LOIS DE MANOU,

EXPOSÉES

PAR BHRIGOU.

LIVRE PREMIER.

CRÉATIO]>r.

I. J\1a.]YOU était assis, ayant sa pensée dirigée vers un

seul objet; les Maharchis ' l'abordèrent, et, après l'avoir salué avec respect , lui adressèrent ces paroles :

2. » Seigneur, daigne nous déclarer, avec exactitude

et en suivant l'ordre, les lois qui concernent toutes les

classes primitives ' , et les classes nées du mélange des premières. ^

3. » Toi seul, ô maître, connais les actes, le principe

et le véritable sens de cette règle universelle, existant par

' Les Maharchis ou grands Ri- chis , sont de saints personnages

d'un ordre supérieur. On distin-

gue plusieurs classes de Richis. ' Les classes primitives sont au

nombre de quatre, savoir : la classe sacerdotale ou celle des Brâhma- nés, la classe militaire et royale

ou celle des Kchatriyas, la classe

commerçante et agricole ou celle

des Vaisyas, et la classe servile ou

celle des Soûdras. Voyez plus loin, dans le même Livre, stance 3i et

st. 87 et suivantes,

' Ces classes sont énumérées

dans le dixième Livre.

2

LOIS DE MANOU.

elle-même, inconcevable, dont la raison Immaine ne peut pas apprécier l'étendue, et qui est le Féda. »

'

4. Ainsi interrogé par ces êtres magnanimes, celui dont le pouvoir était immense, après les avoir tous salués, leur fît cette sage réponse : «Écoutez », leur dit-il.

5. » Ce monde éi^àt plongé dans l'obscurité •; imper-

ceptible, dépourvu de tout attribut distinctif, ne pouvant

ni être découvert par le raisonnement, ni être révélé, il semblait entièrement livré au sommeil.

' Le Yéda est la Sainte Écriture des Indiens. Les principaux Yédas sont au nombre de trois : le Ritch,

le Yadjous et le Sâma; les Lois

de Manoules citent fréquemment,

tandis que le quatrième Véda, l'A-

tliarva, n'y est mentionné qu'une

fois ( Liv. XI, st. 55). Quelques

savans ont pensé que ce dernier

Yéda était plus moderne ; mais

cette opinion n'est point celle de

l'illustre Colebrooke, qui a donné,

dans le huitième volume dos Re-

cherches Asiatiques , un mémoire

très important sur les Livres sa-

crés des Indiens , et qui pense que l'Atharva est au moins en partie

aussi ancien que les autres Yédas. Chaque Yéda renferme des prières (Mantras) et des préceptes (Brâh- manas). ' Suivant le commentateur, par

l'obscurité (Tamas) il faut enten-

dre la nature (Praci-iti). Le monde,

dans le temps de la dissolution

(Pralaya), à cause de son imper-

ceptibilité, était dissous dans la

nature, et la natuFC elle-même

n'avait pas été développée par

l'Ame divine (Brahmâtmâ). La

Pracriti, le premier des vingt- cinq principes admis par le sys-

tème philosophique appelé Sân- khya, est la matière première, la

cause matérielle universelle. Le

système Sânkhya, avec lequel la partie métaphysique de la cosmo-

gonie qu'on va lire paraît avoir

de grands rapports , a été exposé par M. Colebrooke, dans un de

ses mémoires sur la Philosophie

Indienne , insérés dans les Trans-

actions de la Société Asiatique

de Londres. Ces admirables mé-

moires seront bientôt à la portée de tout le monde , grâce à la tra-

duction française que M. Pauthier

en a composée , et qu'il imjirime

dans ce moment. Cette utile pu-

blication est un vrai service rendu à la science. Les indianistes trou-

veront aussi un exposé du système

Sânkhya dans l'excellente édition

de la Sânkhja-Câricà que M. Las-

sen vient de publier.

LIVRE PREMIER.

3

6. » Quand la durée de la dissolution (^Pralaya) ^

fut h son terme, alors le Seigneur existant par lui-même,

et qui n'est pas à la portée des sens externes, rendant perceptible ce monde avec les cinq élémens et les autres principes, resplendissant de, l'éclat le plus pur, parut et

dissipa l'obscurité , c'est-à-dire développa la nature

(^Pracriti).

7. » Celui que l'esprit seul peut percevoir, qui échappe

aux organes des sens, qui est sans parties visibles, éter-

nel, l'âme de tous les êtres, que nul ne peut comprendre,

déploya sa propre splendeur.

8. » Ayant résolu, dans sa pensée, de faire émaner de

sa substance les diverses créatures, il produisit d'abord

les eaux, dans lesquelles il déposa un germe.

9. » Ce germe devint un œuf brillant comme l'or, aussi

éclatant que l'astre aux mille rayons, et dans lequel

l'Etre suprême naquit lui-même sous la forme de

Brahmâ " , l'aïeul de tous les êtres.

10. » Les eaux ont été appelées nârâs, parce qu'elles

étaient la production de Nara (l'Esprit divin); ces eaux ayant été le premier lieu de mouvement ( ayana ) de

Nara, il a , en conséquence , été nommé Nârâyana ' (celui

qui se meut sur les eaux).

' Le Pralaja est la dissolution ou destruction du monde qui a

lieu à la fin du jour de Brahmâ.

» Brahmâ est ici le Dieu unique,

créateur du monde. Dans la my-

tholôgie indienne , Yichnou et

Siva lui sont adjoints, et forment

avec lui la triade ( Trimoûrti ). Brahmâ est aussi nommé Hiranya- garbha (sorti de la matrice dorée),

par allusion à l'œuf d'or, ' C'est Brahmâ qui est ici dési-

4 LOIS DE MANOU.

II.» Par ce qui est , par la cause imperceptible ,

éternelle, qui existe réellemeîit et n'existe ipas pour les

organes j a été produit ce divin mâle (Pourouclia), cé-

lèbre dans le monde sous le nom de Brahmâ.

12. » Après avoir demeuré dans cet œuf une année de

Brahtnd \ le Seigneur, par sa seule pensée, sépara cet

œuf en deux parts ;

i3. » Et, de ces deux parts, il forma le ciel et la terre;

au milieu il plaça l'atmosphère*, les huit régions cé-

lestes ^, et le réservoir permanent des eaux.

i4- » 11 exprima de l'Ame suprême "î, le sentiment

(Manas) qui existe par sa nature, et n'existe pas pour les

sens; et avant la production du sentiment, l'Ahancâra ^ (le moi), moniteur et souverain maître;

i5. » Et , avant le sentiment et la conscience , il pro-

duisith grand principe intellectuel (Mahat) ^ , et tout ce

gné sous le nom de Nârâyana ;

dans les Pourânas (antiques légen-

des), Nârâyana est ordinairement

un des noms du dieu Yichnou.

' Lejourde Brahmâ, ainsi qu'on

le verra plus loin ( st. 72 du même Livre), équivaut à 4,52o,ooo,ooo

" Par atmosphère , il faut en-

tendre ici l'espace entre la terre

et le soleil.

' Ces huit régions sont les qua-

tre points cardinaux et les quatre

points intermédiaires; huit dieux y président.

d'années humaines de 56o jours; ''C'est l'âme de l'univers, le

la nuit a une durée pareille. Le

jour de Brahmâ est appelé calpa.

Trente de ces calpas forment un mois de Bralimâ; douze de ces mois une année ; l'année de Brahmâ

équivaut donc à 3, II 0,400, 000, 000

d'années humaines.

Paramâtmâ.

' L'Ahancâra est la conscience,

ou, plus exactement, ce qui pro- duit le moi, ou le sentiment du

moi. ** Le Mahat est aussi appelé

Bouddhi (V'mteiligence).

,

,

LIVRE PREMIER.

,

,

5

qui reçoit les tix)ls qualités ' , et les cinq organes de l'in-

telligence destinés à percevoir les objets extérieurs, et

les cinq organes de Vaction ' , et les rudiinens ( Tanmâ- tras^ ^ des cinq élémens.

16. » Ayant uni des molécules imperceptibles de ces six principes doués d'une grande énergie, savoir, les

rudiinens subtils des cinq élémens et la conscience , à

des particules de ces mêmes principes , transformés et

devenus les élémens et les sens ^ , alors il forma tous les

êtres.

17- » Et parce que les six molécules imperceptibles

émanées de la substance de cet Être suprême, savoir

les rudimens subtils des cinq élémens et la conscience

pour prendre une forme, se joignent à ces élémens et a

ces organes des sens ; à cause de cela, les sages ont dé-

signé la forme visible de ce