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Pierre Dumolard Croissance et réorganisation de l'ensemble urbain lyonnais In: Revue de géographie de Lyon.

Croissance et réorganisation de l'ensemble urbain lyonnais

In: Revue de géographie de Lyon. Vol. 56 n°1, 1981. pp. 5-27.

Résumé Dans la première partie de ce texte, on tente de suivre au cours de ces 20 dernières années la croissance démographique et spatiale de l'ensemble urbain lyonnais. Celle-ci, spatialement continue et démographiquement importante, s'est, depuis, diluée dans de vastes espaces périurbains déruralisés par le métamorphisme du contact urbain. L'objectif de la seconde partie est caractériser cet espace périurbain, essentiellement d'un point de vue démographique, et de montrer que le changement de dimension de l'ensemble est allé de pair avec une réorganisation interne homothétique.

Abstract In the first part of this text, it is tried to follow, along these last 20 years, the demographic and spatial growth of the Lyons urban zone. This growth, spatially continuous and demographically important, has, since, vanished in large periurban areas. The goal of the second part is to characterize this periurban space, over all from a demographic point of view, and to show that the changing dimension of the urban zone has been simultaneous to its internal reorganization.

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Dumolard Pierre. Croissance et réorganisation de l'ensemble urbain lyonnais. In: Revue de géographie de Lyon. Vol. 56 n°1, 1981. pp. 5-27.

doi : 10.3406/geoca.1981.6152 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geoca_0035-113X_1981_num_56_1_6152

Revue de Géographie de Lyon, 1981/1

CROISSANCE ET RÉORGANISATION

DE L'ENSEMBLE URBAIN LYONNAIS

par Pierre Dumolard

Au cours des vingt dernières années, l'ensemble urbain lyonnais a continué à concentrer des hommes, des richesses matérielles, des pouvoirs, dans le temps même où il se déconcentrait. Au cours des dix dernières années, cette déconcentration a pris des formes nouvelles et révélé une nouvelle image et un nouvel usage de l'espace urbain, espace de travail et d'approvision

nementpour certains. Il nous a paru utile de faire le point sur cette croissance

de

voir quelle réorganisation interne impliquait le changement de dimension de

urbaine, sur ses caractéristiques, sur ses formes, sur ses mécanismes

et

l'ensemble.

UN PARADOXE APPARENT :

CONCENTRATION ET DECONCENTRATION LYONNAISES

L'examen de la croissance, démographique, économique, spatiale de Lyon met en évidence un « paradoxe d'échelle » : alors qu'on observe une forte

concentration à l'échelle de la région Rhône-Alpes, on constate une impor tante déconcentration à l'échelle de la région urbaine elle-même. Concent

ration et desserrement caractérisent,

de toutes les métropoles françaises et traduisent la succession de modes

d'urbanisation assez ubiquistes, malgré des décalages et des différences d'intensité.

il est vrai , l'évolution depuis

la guerre

A) A l'échelle de la région, une forte concentration

Cette concentration se manifeste, par exemple, par le fait que 23,8

des rhône-alpins vivaient en 1962 dans ce qui est aujourd'hui l'agglomération

lyonnaise alors qu'ils en représentaient 24,5 %

années d'immédiat après-guerre s'est donc poursuivie et a aggravé les iné

galités antérieures sur plusieurs plans.

%

des

en

1975. La tendance

О

Р. DUMOLARD

Sur le plan démographique

Les mouvements séculaires de population, à

l'intérieur de: Rhône-Alpes,

ont abouti à de fortes disparités de densités. Jadis assez uniformément répart

ies,elles sont devenues l'apanage de grands axes qui se sont progresssivement peuplés au détriment des espaces intercalaires : la région urbaine de Lyon

qui ne présentait pas, en. 1871, de très forts gradients de densité par rapport

le centre d'une toile d'araignée, un

ganglion au croisement des axes de densité majeurs l. La période 1968-75 a

à

son umland est,

un siècle plus

tard,

encore accentué cette concentration démographique comme en témoigne l'atlas

« Rhône- Alpes en 13

— La planche « une région inégalement occupée» montre les inégalités

spatiales de répartition de la population: les fortes densités y étant détaillées, les zones urbaines s'y détachent nettement, notamment Lyon.

cartes » -.

lutions

La planche « dépeuplement rural et urbanisation », qui traite des évo démographiques communales entre 1968 et 1975, montre que les plus

fortes croissances se sont localisées dans la zone urbaine de Lyon, qui était

Au-delà de cette

zone urbaine de 20 à 30 km de rayon, une auréole rurale aux soldes négatifs.

— D'autres planches encore montrent la concentration, dans la partie est de la zone urbaine, des populations jeunes,, immigrées, etc.

déjà

l'amas

de population le plus vaste

et

le

plus

dense.

A échelle moyenne, il y a donc indubitablement concentration du stock et du potentiel démographiques dans la zone urbaine de Lyon, concentration accrue par la période récente. Mais la simple observation, à un instant donné

( 1 975 ) , d'indices juxtaposés ampute la signification de faits qui n'ont quel que clarté que si on les articule en un mécanisme d'évolution (un processus, pour parler pédant). Une étude antérieure"'' nous a montré que l'essentiel du dynamisme démographique depuis la guerre était, dans Rhône-Alpes, lié aux

migrations.

sont

uniformisés, dont la fécondité s'est amenuisée et égalisée (socialement comme

spatialement), ce sont les migrations qui créent les différences de dynamique géographique. Directement d'abord, puisque les migrations ont depuis la

de migrants, indirectement

y ont procréé: et

guerre - apporté à Lyon d'importantes

ensuite- puisque ces- migrants, étant jeunes pour la ; plupart,

ont contribué à améliorer les soldes naturels. Le tableau 1 ci-après montre cependant que si le mécanisme a été correctement décrit, il faut aussi l'env

isager dans la durée.

Dans

une région où

les

taux

de mortalité

ont baissé

et

se

cohortes

Au cours de la dernière période, la croissance démographique de l'aggl

omération

naturel. Cela marque la conjonction de deux faits: la relative jeunesse de la

structure par âge (liée aux migrations antérieures), la forte diminution du solde migratoire, phénomène assez général dans Rhône-Alpes mais plus accusé à Lyon. Ces observations n'infirment pas le modèle de la croissance

démographique: différentielle

lyonnaise s'est tassée et a été, presqu'exclusivement, due au solde:

mais

en

représentent

une

phase ultérieure.

1. Cf. S. Faure, Comprendre l'économie de Rhône-Alpes (cartes pp. 24-25), E.P.R

2. INSEE-IGN. Rhône-Alpes en 13 cartes (Lyon. 1978).

 

1978.

3. P. Dumolard, Migrations et évolutions démographiques, R.G.L

Lyon. 1979.

2.

CROISSANCE DE L ENSEMBLE URBAIN LYONNAIS .

7

L'agglomération lyonnaise « intra muros » connaît des soldes migratoires moins bénéficiaires, portant cependant sur des populations plus mobiles:

plus d'entrées, surtout dans les tranches d'âge 15-25 ans mais aussi beau coup plus de sorties, principalement dans les tranches d'âge 25-35 ans, ce qui provoquera, à terme, la diminution du solde naturel de l'agglomération,

1 Rhône-Alpes Agglomération Lyon i Croissance naturelle migratoire naturelle migratoire Total! Total ; 1
1
Rhône-Alpes
Agglomération Lyon
i
Croissance
naturelle
migratoire
naturelle
migratoire
Total!
Total
;
1
o//o
o//o
/o
o//o
1.32
'
1954-62
0.58
44
0.74
56
0.66
28
1.71
72
2,37
1962-68
;
0.73
45
0.90
55
1.63
j,;
0,93
42
1.29
58
2.22
1968-75
0.66
59
0.46
41
1.12
,
0.90
85
0,16
15
1.06
Source: INSEE.

Tableau

1

.

Taux annuels

de croissance démographique :

part des mouvements naturels et migratoires

par vieillissement de sa population. L'importance des sorties de jeunes adultes, économiquement et démographiquement productifs, ne représente pas, en fait;, une perte du substance mais accompagne simplement une forte mobilité rési

dentielle

diluée dans un vaste espace périurbain et la définition INSEE de l'agglomér ationne pouvait prendre en compte cette urbanisation diffuse des années 70 4.

Pour ce qui concerne la zone urbaine de Lyon (et, possiblement, celle de Paris), il faut lire le dernier recensement non comme la manifestation d'un plafonnement urbain mais comme la marque d'une nouvelle phase d'urbani sation,affectant des modalités nouvelles et dont ne pouvaient rendre compte les définitions antérieures de l'urbain; La concentration démographique sur la zone : urbaine de Lyon est le signe d'une concentration économique : et sociale.

:

la

croissance urbaine, correspondant à

un nouvel habiter, s'est

Sur le plan économique et social:

Le « grand Lyon » a continué, entre 1968 et 1975, de s'arroger une partie des richesses, des équipements, des emplois nouveaux.

— La concentration industrielle lyonnaise est clairement lisible sur une carte r> surtout dans les secteurs de la construction mécanique et électrique, de la chimie et même encore du textile. Mais si l'agglomération est: bien, au

l'urbain étant la

rendre compte de la croissance urbaine

l'espace rural proche. 5. Par ex. S. Faure, op. cit., et INSEE-IGN,

4. Un

des deux critères

de

continuité du bâti,

la définition ne peut

la dilution de l'urbain dans

«" par

projections » ni de

op. cit.

8

P. DUMOLARD

vu

rhône-alpin (et de . loin ) , elle connaît actuellement une notable désindustria-

lisation H. De 1968 à 1975, le nombre d'emplois industriels est resté à peu près stable (alors qu'il augmentait: de presque 1 %/an dans l'ensemble de Rhône-

Alpes). De

dans Rhône- Alpes). La désindustrialisation est donc non seulement absolue

(liée à la crise économique)

desserrement industriel s'est, en effet, souvent porté en dehors des limites de l'agglomération, en Bas-Dauphiné ou i dans l'Ain. Il est vrai aussi que la

désindustrialisation relative fut une marque des métropoles françaises, dès avant 1975: l'emploi industriel est, en proportion de l'emploi total, plus pré

pondérant

des services

de

tous les

critères (emplois,

valeur, etc.),

le premier centre industriel

%/an

région) :

le

1975 à 1977, il a diminué d'environ 3 %/an (au lieu de — 2

mais aussi relative

(par

rapport à la

dans les petites villes ouvrières, sous-développées du point de vue

(par exemple,

dans la région,

61

Ç'r

des

emplois salariés sont

Est-ce

à Romans et 82 ^c à Bourgoin).

dédiés à la production à Lyon, 74 .Çb

à dire que Lyon a accru son rôle tertiaire?

— On sait que le nombre des emplois tertiaires a beaucoup augmenté, en

France (et dans Rhône- Alpes) de 1968 à 1975. Aujourd'hui encore (i.e. entre

c'est le seul secteur de l'économie à embaucher plus qu'il ne

débauche, même si le solde s'est amenuisé. La désindustrialisation lyonnaise prenait place dans un contexte de diminution de. l'emploi' industriel; de même, l'essor de l'emploi tertiaire s'accomplit dans un contexte d'augment ationde la part de ce secteur. La désindustrialisation. comme l'essor du tertiaire, ont été à Lyon plus accusés que dans l'ensemble de Rhône-Alpes. Dans l'Atlas en 13 cartes déjà signalé, la planche «présence du tertiaire» met particulièrement en évidence la concentration lyonnaise où, selon les parties de l'agglomération, le tertiaire représente de 45 à 60 % de l'emploi (et même davantage dans le centre). Sa part, qui est de 47 %■ dans l'ensemble de Rhône-Alpes, est de 56 % dans la région urbaine de Lyon.

1975 et 1979),

1975, plus forte que

dans Rhône- Alpes mais du même ordre de vitesse que dans la France entière :

La progression du secteur tertiaire a été, de

1968 à

au sens dynamique du terme, il y a eu concentration vis-à-vis de Rhône- Alpes

mais non vis-à-vis de. l'ensemble national. En outre,

tertiaire de niveau inférieur et moyen. Lyon a beoucoup moins attiré le tertiaire « supérieur », « structurant », « entraînant », etc. que ne l'ont, rêvé les chantres, du technocratisme. Deux faits le montrent.

il s'agit surtout

d'un

vaillant

La part des cadres supérieurs résidant dans l'agglomération (et. y tra pour la plupart dans le tertiaire) est passée de 9,7 %■ de la population

résidant dans l'agglomération (et. y tra pour la plupart dans le tertiaire) est passée de 9,7

active en

1968

à

8,9

%

en

1975 (leur

nombre même, a diminué). Si l'on

adjoint à

l'agglomération une vaste couronne périurbaine,

la constatation'

demeure identique.

— La moitié des bureaux du nouveau centre «directionnel» de la. Part-

Dieu sont demeurés vides ", ce qui témoigne de la difficulté à faire Paris le tertiaire privé «directionnel».

sortir de

vation

6. Voir M. Bonneville, Villeurbanne, P.U.L

1979. — Id., Désindustrialisation et réno

immobilière, CREGS.

.Université Lyon II. 1975.

7. M. Bonneville; Construction de bureaux dans l'agglomération lyonnaise, R.G.L

1979.

n"

4.

CROISSANCE DE L ENSEMBLE URBAIN LYONNAIS

9

La fameuse concentration tertiaire lyonnaise porte bien sur des emplois d'exécution, de niveau moyen et inférieur. Rapide, elle ne s'est ralentie qu'au cours des toutes dernières années.

Conséquences spatiales

Concentration des fonctions signifie aussi concentration de richesse

et/ ou de hauts revenus: elle est d'autant plus apparente que la zone urbaine est entourée d'espaces restés longtemps ruraux et devenus très ouvriers (Bas- Dauphiné, Loire, Rhône moyen). L'agglomération spatiale de richesses et de

hauts revenus a des effets

ration culturelle, une accumulation de commerces rares et de grands équi

pements

ont, à leur tour comme corollaire l'augmentation des liens de nodalité et de dépendance géographique. Le réseau urbain rhône-alpin est, plus qu'il y a quelques décennies, directement ou indirectement centré sur Lyon qui, en renforçant son influence, en est devenue l'unique métropole. Ceci est aussi l'effet volontariste des schémas d'aménagement. Concentration fonctionnelle, culturelle, des équipements, de la nodalité ne sont clairement perceptibles que si l'on considère l'agglomération comme une entité, c'est-à-dire si l'on raisonne à l'échelle de la région Rhône-Alpes.

de seuil et provoque, en corollaire, une concent

publics. Concentration fonctionnelle, culturelle et des équipements

B) A l'échelle de la région urbaine, déconcentration et différenciation

Alors qu'à l'échelle de Rhône-Alpes, on constate la concentration et la « massification » de Lyon, à l'échelle de l'unité urbaine l'impression prévaut d'un desserrement et d'un étalement urbains.

Desserrement et étalement de l'agglomération

La croissance démographique et spatiale de Lyon est un fait séculaire,

si

le

rythme en

fut très discontinu.

Jusqu'au xixe siècle, le dévelop

même

pement spatial fut lent *, ne débordant vraiment sur la rive dauphinoise du Rhône qu'à ce moment. Mais au cours de ce xix' siècle, le développement de

la partie est de Lyon fut rapide (135 000 habitants en 1875. 320 000 ! en 1911.

soit plus que

l'industrialisation,

de plus en plus récente vers l'Est. Mais, ces auréoles, loin d'être des couronnes homogènes, traduisaient uniquement un dendritisme de croissance: les quart iers de l'Est lyonnais frappaient par leur hétérogénéité, mêlant industrie, artisanat, commerce banal, résidence d'ouvriers et d'employés, etc. Au total, la croissance démographique et spatiale de la ville fut fort rapide avant la Première Guerre (1913 : agglomération = 6 communes et 500 000 habitants), ralentie entre les deux guerres (1939: agglomération = 10 communes et 630 000 habitants), explosive après la Seconde Guerre (1975 : l'agglomé ration= une cinquantaine de communes et 1,2 million d'habitants). On peut suivre la consommation . d'espace après la Seconde Guerre en cartographiant

la partie ancienne de la ville). Le développement: spatial, lié à

dessina

au

sol une

série

de

demi-auréoles, d'occupation

8. Cf. R. Lebeau et alii. Athu, et géographie de la région lyonnaise. Flammarion. 1976.

10

P. DUMOLARD

les délimitations successives de l'agglomération en 1954, 1962, 1968 et 1975, ce qui permet de distinguer (carte 1) une partie centrale (antérieure à 1954)

et

(celles de 1954-62, de 1962-68 et de 1968-75). La carte 1 surestime le développement spatial de l'agglomération dans les années 60 et sous-estime celui du début des années 70. Le développement spatial, apparemment ralenti dans la période récente, est en fait extrêmement

de suivre

sur 20

ans

la constitution des auréoles de croissance continue

limites administratives ™ — DEPARTEMENTS ARRONDISSEMENTS CANTONS COMMUNES A О Gl OMLRA TiOrib
limites administratives
™ — DEPARTEMENTS
ARRONDISSEMENTS
CANTONS
COMMUNES
A О Gl OMLRA TiOrib

Carte de repérage

mal rendu par la définition INSEE de l'agglomération qui, essentiellement fondée sur la~ continuité du bâti, ne peut traduire l'expansion urbaine par projection1' ou par dilution dans un vaste espace périphérique. Or, ne s'agit-il pas des formes d'urbanisation les plus récentes et les plus « explosives » ?

9. Cf. R. Bowden, Downtown through time. Economie Geography, 1971. p. 121-135. On peut, parler de projection lyonnaise pour 1 Isle d'Abeau. ville nouvelle.

Fig. 1. — Les auréoles de croissance de l'agglomération INSEE de Lyon

As LYONl 19541 19621 19681 19751 URBAIN 1954 milliers d'habitants;
As
LYONl
19541
19621
19681
19751 URBAIN
1954
milliers d'habitants;

Fiçj. 2. - - Croit démographique de l'agglomération de Lyon

à

« géométrie variable » et à « géométrie constante >

12

P. DUMOLARD

II faut également tempérer l'impression d'explosion urbaine des années 60 car raisonner à définition constante et taille croissante de l'agglomération est un artifice, qui, en mêlant croissance démographique et croissance spatiale, surestime les rythmes du développement passé et sous-estime le rythme du développement récent. L'agglomération est bien passée de 630 000 à 1 200 000 habitants mais en s'agrégeant progressivement quarante communes qui n'étaient pas vides auparavant. Comme le font les fascicules « oranges » de l'INSEE, il faut raisonner à taille d'agglomération constante (égale à celle de 1975). La figure 1 montre l'écart provoqué par la différence de définitions.

L'agglomération lyonnaise s'est fortement dédensifiée au cours des trente dernières années : dans le temps où sa population doublait, sa surface sextup lait, passant de 117 km1* (un cercle de 12 km de diamètre) à 710 km- (un cercle de 30 km de diamètre). Changeant de dimension, d'échelle, elle a peut- être changé de nature et d'âme. Cet étalement n'a cependant pas inversé l'état de fait: même si elle perd des habitants, la commune de Lyon reste la

plus

rythmes

banlieue. Les cartes 3 A

croissances sur les auréoles les plus externes, suggèrent l'image de la pro gression des ronds . dans l'eau lorsqu'on y jette une pierre et invitent à faire l'hypothèse d'une tendance à l'égalisation des densités. Cette hypothèse paraît cependant bien hasardeuse : vu les gradients de densité, la tendance devrait se maintenir longtemps pour les faire disparaître. Or. tout se passe, malgré la forte mobilité résidentielle, comme si la ville était composé d'enve loppes dont le contenu démographique, ainsi que le bâti, vieillissait progres sivement. On ne peut donc prolonger, ni dans le temps ni dans l'espace, un taux d'évolution instantanée, d'autant que la portée du rayonnement spatial a probablement des limites et que les facteurs du desserrement * spatial des métropoles peuvent s'inverser.

densément peuplée (cartes 2 A

de

croissance

rapides,

les

et 3 B, où

se

et

2 B),

même

si

elles

ont connu des

densités de

des fortes

banlieues

conservent

des

lit le décalage

chronologique

Ces facteurs sont bien connus : décohabitation des générations, diminution de la taille des ménages et augmentation de: leur nombre, dissociation des lieux de résidence et d'emploi, généralisation de la voiture individuelle, aug mentation du niveau de vie moyen. Ces facteurs se combinent pour former des trajectoires résidentielles majoritaires : des logements anciens des vieux quartiers denses, où l'on vivait à l'étroit et sans confort, aux HLM de la banlieue proche où, à l'impression de place et de confort, a progressivement succédé, les HLM vieillissant «mal» (physiquement, socialement, ethnique- mentale rêve et bientôt la réalité du pavillon-lotissement de grande banlieue, modèle de l'habitat du cadre, dévalorisé dès lors qu'il se généralisait.

Les conséquences spatiales de l'étalement urbain sont, outre la stéril isation d'une agriculture souvent progressive par la spéculation d'attente, la surconsommation, voire le gaspillage d'espace (bien collectif rare, ni produc- tible, ni reproductible), l'essor démesuré des migrations alternantes avec leur

cortège de pertes d'énergie (humaine, mécanique), la fragmentation et l'i ncohérence d'espaces vécus éclatés (dont le centre-ville n'est plus même le lieu:

commun), la banalisation de l'espace, cause et conséquence de la mobilité

forcenée, signe parmi d'autres d'un certain mal-être bien-être.

de

la

civilisation du

CROISSANCE DE L'ENSEMBLE URBAIN LYONNAIS

13

La différenciation interne, combinaison de deux trames

Au cours des 30 dernières années, la différenciation s'est accrue: les quartiers sont devenus plus homogènes par leur paysage, par leur fonction,

par leurs résidents, d'âges et de statuts sociaux plus uniformes, mais, malgré ces changements « moléculaires », l'organisation spatiale d'ensemble est restée homothétique. Jadis comme aujourd'hui, elle peut, s'analyser comme

la conjonction de deux oppositions, du centre à la périphérie, de l'Est, oppositions tempérées par des facteurs locaux.

l'Ouest à

L'opposition centre-périphérie

Elle se marque dans le paysage: le centre-ville brille de. ses commerces,

le reste de la ville ancienne est

de son 'luxe, de ses loisirs,

structuré,

ses quartiers

de ses lumières vivent, diversifiés;

en banlieue,

les usines,

plutôt

laides, les grands ensembles, les pavillons

forment un puzzle plus

terne.

L'opposition se marque surtout dans les fonctions: aux bureaux, aux com

merces,

monolithique, plus massif, les industries/les supermarchés, les autoroutes de la périphérie. L'opposition seimarque aussi dans la démographie: le centre 'de l'agglomération demeure plus densément occupé, utilisé et habité, ses habi

tants

périphérie se densifie par ondes, son espace est plus desserré, ses habitants jeunes sont plus nombreux et. en plus grande proportion, ouvriers.

à l'habitat diversifié de la ville ancienne s'opposent l'habitat plus

sont en moyenne plus âgés, plutôt employés et cadres qu'ouvriers. La

A la différence des organisations auréolaires produites par les modèles de Burgess ou d'Alonso, l'opposition ici est tendancielle et dynamique: il

subsiste donc des ouvriers dans le centre, des cadres à la périphérie, le centre de l'agglomération est relativement excédentaire en personnes âgées mais

etc. En outre,

cette opposition centre-périphérie est déformée par. une dissymétrie est-ouest,

aussi en 15-24 ans (alors que la périphérie l'est en 25-34 ans),

particulièrement accusée à Lyon.

La dissymétrie est-ouest

L'agglomération

est

aujourd'hui

beaucoup

plus

étalée

à

l'Est

qu'à

l'Ouest, si bien que le centre-ville est devenu excentré. Cette dissymétrie est le produit complexe du. relief et. de l'histoire sociale de Lyon. Le relief n'a. en l'occurrence, joué qu'un rôle de modalité : les premiers contreforts du Massif Central constituaient une barrière moins aisément urbanisable avec les techniques de jadis, or c'est précisément quand les techniques d'urbani sation sont devenues plus efficaces que la dissymétrie est-ouest s'est le plus accusée. En fait, plus que de reliefs, la barrière à. l'urbani sationétait constituée, jusque très récemment, d'un ensemble assez continu de grandes propriétés bourgeoises et ecclésiastiques (alors que la propriété, morcelée, était majoritairement paysanne et donc plus friable, à l'Est). La dissymétrie se marque aussi dans les densités (cf. cartes 2 A et 2B). dans la structure par âge des populations (plus âgées à l'Ouest), dans leur structure sociale (plus de cadres et de professions libérales à l'Ouest (cf. carte 4), dans les rythmes de croissance naturelle et migratoire. Alors qu'à l'Est le? banlieues sont des fouillis assez denses d'industries et de résidences médiocres ou moyennes, la banlieue ouest est plus aisée, plus verte, plus calme, plus

desserrée, plus douce à vivre.

H

P. DUMOLARD

Des facteurs ■locaux viennent compliquer cette ordonnance. Ils tiennent aux traditions et politiques communales et expliquent/par exemple, les fortes disparités d'urbanisation du Nord-Ouest lyonnais où les communes sont pourtant en situation comparable vis-à-vis du centre-ville et de l'ensemble de l'agglomération. Les poches vides sont «sautées» par l'urbanisation, ce qui renforce la tendance à une croissance urbaine par projection et dilution dans le périurbain.

IL — PERIURBANISATION DIFFUSE

ET REORGANISATION DE L'ENSEMBLE LYONNAIS

L'apparent tassement de la croissance démographique lyonnaise au début des années 70 est, dans une certaine mesure, un artefact lié à l'apparition de nouveaux modes d'urbanisation, mal préhensibles à l'aide des. définitions antérieures. Dans un contexte national et régional de croissance démogra phiqueralentie, la région urbaine de Lyon a accru son poids tandis qu'une partie de ses habitants colonisaient par leurs résidences de vastes périphéries. Bauer et Roux 10 ont proposé d'appeler « rurbains » ces espaces périphériques où la ville s'éparpille.

A) La rurbanisation périlyonnaise

rural et

l'urbain, dont les dynamiques et les évolutions sont fort différentes (au moins dans les situations archétypiques), ce qui sous-entend des rapports.de force et la coexistence dans l'espace de deux champs socio-économiques.

Le

néologisme signifie mise en contact de deux

mondes, le

Mais, qu'entend-on exactement par rurbanisation ?

Quels en sont les symptômes majeurs ? Le symptôme le plus concret, le plus apparent, est le mitage de l'espace par des constructions individuelles, éparses, en ruban le long des routes ou en lotissements. Le mitage se lit clairement sur. cartes ou photos aériennes,

piétons et automobilistes le perçoivent dans le paysage. S'il existe au pourtour

des

aigu qu'à la périphérie des métropoles. «Spontané», organisé ou planifié, il correspond à la diffusion d'un modèle d'habitat pavillonnaire (« chalandon-

nettes », villas de cadres, etc.)

normal et même modal dans le périurbain. La mode du pavillon est en effet

liée à celle des localisations «quasi-campagnardes» (comme cela avait déjà

été

montre, pour l'espace compris entre l'enveloppe externe du S.D.A.U.de Lvon et celle de sa région urbaine (R.U.L.). le tassement après 1976 du rythme de construction des logements neufs et la part grandissante des logements indi-

villes de toute taille, et même des bourgs

ruraux, il n'a

rang de problème

qui est devenu, au fil des années 70. un habitat

entre les deux guerres). La

figure 2

le cas

dans la zone urbaine de Paris

10. G. Bauer et J.-M. Roux. La rurbanisation ou la

ville éparpillée, Le

Seuil, 1976.

CROISSANCE DE L'ENSEMBLE URBAIN LYONNAIS

1 5

viduels (passés de 51 c,'o du total en 1969-74 à 60 r'r en 1975-79). Le ralenti ssement récent de la construction dans le périurbain lyonnais (surtout' depuis 1977) porte donc uniquement sur l'habitat collectif, comme s'il en existait

une sorte de refus parmi les rurbains.

Urbaine n montre que la diffusion rurbaine a été plus tardive autour de Lyon qu'autour des autres métropoles françaises. Les énormes constructions

de collectif, à l'intérieur des limites 1968 de l'agglomération, avaient permis d'absorber la croissance urbaine jusqu'aux années 70. Celle-ci avait été faite de vagues migratoires successives, de la décohabitation des jeunes ménages,

des conséquences

50, du: relogement

Groupe de Sociologie

Une étude du

du relatif

« baby

boom »

des

années

massif des ménages modestes qui avaient connu la crise du logement ou l'expulsion pour cause de « rénovation urbaine ». L'étude met en évidence

l'existence de filières résidentielles: à-côté d'immigrés ruraux jamais vraiment habitués au HLM (et au poulet aux hormones), à côté d'urbains mutés d'autres régions, d'authentiques lyonnais dont toute la carrière résidentielle s'était déroulée dans l'agglomération. Les raisons évoquées sont la fuite de la ville

du pavillon

(la ville étant en l'occurence l'habitat collectif)

et l'attraction

au

large». Socialement, la majeure partie des zones rurbaines lyonnaises sont peuplées d'une petite bourgeoisie assez homogène par ses revenus et ses

HLM à problèmes

(nombre d'immigrés, difficultés scolaires, petite délinquance, etc.) pour accéder à la propriété d'un pavillon: de modernes « Babbitts» à la française, en

modes de vie ; elle a maintenant

individuel « à la campagne,, pas trop

loin »

qui

permet de

fuir les

vivre « plus

les moyens de

somme, dont le modèle

d'habitat

est

la

villa

de cadre

avec ses

symboles

«ruraux»

stéréotypés,

lus

comme

la. marque

de

la

réussite

sociale12.

Bien sûr. Babbitt n'habitera pas les mêmes banlieues que le cadre supérieur ou la profession libérale mais il aura au moins l'impression de vivre tout

comme eux. Irait-on alors vers une organisation spatiale à l'américaine . de

à. fait

apparemment: alors que cadres et bourgeoisie aisée s'y situent fort loin; du Centre 1:i, comme si, dans le modèle mental anglo-saxon de la ville, régnait

insidieusement la méfiance

spatiale de la résidence obéit autant à un schéma sectoriel (opposition Est- Ouest) qu'auréolaire (d'ailleurs inversé puisque les terrains les plus chers sont les plus accessibles ou les plus près du centre). Hors des sentiers battus cependant, le paysage reste agricole.

\J évolution du marché foncier est un autre symptôme de la rurbanisation, plus abstrait mais tout aussi discriminant. La rurbanisation implique en effet la progression d'usages urbains du sol au détriment d'usages agricoles et un transfert de propriété des détenteurs traditionnels de la majeure partie de la

terre (les agriculteurs) vers des non agriculteurs. Le rythme et l'intensité de

ce transfert varient dans

environ 1 *Jc de la S.A. U; pour ces 5 dernières années (1975-79). Ce transfert de sol des agriculteurs vers les non-agriculteurs est une originalité des espaces périurbains. Au niveau France entière en effet, les transferts béné-

métropoles dotées de banlieues- noires, grises ou vertes ? Pas

tout

du centre pervertisseur, autour de Lyon; la division

l'espace ; il

a

été

estimé, pour le périlyonnais, à

11.

G.S.U., Le phénomène pavillonnaire dans la région urbaine de Lyon, 1979. rapport

d'étude ronéoté. 168 p.

12. Voir,

à ce sujet,

J. David,

L.

Freschi,

J.-P. Guérin* et H. Gumuchian, Problémat

iqueet méthodes d'analyse de. la rurbanisation, le plateau de CMampagnier, U.S.M.G 1979.

16

P. DUMO LARD

ficient aux agriculteurs (mais les non-agriculteurs sont souvent' d'anciens agriculteurs, retraités ou reconvertis). Le mouvement général de concentration des exploitations est donc rendu particulièrement difficile et onéreux dans le périurbain, d'autant plus que la pression urbaine est plus forte Les méca nismes de transfert semblent être les suivants11: les chefs d'exploitation âgés ou double-actifs refusent de se dessaisir de la terre et/ou de sa disponibilité immédiate (rareté des remembrements, peu d'I.V.D., peu d'agriculteurs à temps plein, beaucoup de double-actifs), attendant sa plus-value. Cette anticipation d'une rente de position facilite l'urbanisation. La proximité de la

ville, c'est non seulement une certaine forme de spéculation, c'est aussi la possibilité d'emplois urbains plus rémunérateurs : les enfants des propriétaires fonciers en bénéficient donc doublement : en tant que salariés urbains, en tant que propriétaires «en attente». L'agriculture et les «vrais» agriculteurs perdent plus à la rurbanisation que les faux ou les «demis» (mais la classe

paysanne n'est-elle pas, majoritairement, un des droit de propriété?).

Le redressement démographique soudain de communes périurbaines est aussi un indice de leur rurbanisation. Sur une courbe de l'évolution du nombre d'habitants, la forme archétypique est en V (déclin puis reprise démographiq ue).Ce processus est à la jonction de plusieurs mouvements. Le déclic est l'installation, en nombre relatif plus ou moins grand, de nouveaux résidents, rarement actifs sur place, auquel s'ajoute le maintien d'enfants du pays qui seraient jadis partis à la ville proche. Ce double phénomène de desserrement résidentiel depuis l'agglomération et de rétention rurale a des conséquences sur les migrations « définitives ». Les soldes migratoires assez soudainement

positifs sont la clé du renversement de tendance et l'indice

rurbanisation et de son degré. S'ils deviennent si positifs, c'est que les entrées

sent plus nombreuses (nouveaux venus de la. ville), et les sorties moins nom

breuses

qu'avant espace résidentiel, elle est plus qu'avant espace de travail : les

migrations, alternantes se sont donc beaucoup accru. Pour les locaux, elles ont souvent relayé la migration définitive, pour les « néo-ruraux » la vie se gagne encore en ville. Le rajeunissement de la population accroît les soldes naturels et entretiendra encore un certain temps la croissance démographique

même si

piliers de

la

défense du

le plus

la

net de

la

(jeunes locaux pas partis ou revenus). Mais

si

ville est. moins

le solde migratoire devient à peu près nul : la vague urbaine aura

laissé quelques traces durables, à moins que ne- se produisent un reflux et/ou

des accidents démographiques.

Quels résultats ont eu. ces mécanismes sur le périlyonnais ?

Le premier souci doit, être, bien sûr, de délimiter le phénomène et d'en

montrer les différences d'intensité spatiale. Une équipe du groupe Dupont

vient,

chronologique des changements d'usage du sol et pour la délimitation du périurbain15. Nos moyens n'étant pas de la dimension de ceux qu'a déployés

mesure, le suivi

à

ce

sujet,

de publier un travail pionnier

pour la

1975

15. Groupe Dupont, Montpellier 1954-1978, ATP Informatique et Sciences humaines du CNRS. 1980. ronéoté.

et I. Granelle, Espace urbain et prix du sol, Sirey,

14. Voir,

par

ex

J.-M. Cusset, Urbanisation et activités agricoles. Economica,

1970.

Fiq.

3. — Nombre de logements par immeuble en et densités de population en 1975

1975

et plus eooo 3 LOGEMENTS/IMMEUBLE HABITANTS/km2-1975 3000 2 1975 1000 1,3 et moins
et plus
eooo
3
LOGEMENTS/IMMEUBLE
HABITANTS/km2-1975
3000
2
1975
1000
1,3
et moins
1962-68 CROISSANCE 1968-75 10% 5 ;!L. № Г —
1962-68
CROISSANCE
1968-75
10%
5
;!L.
Г —

Fig. 4. — Croissance démographique des auréoles de l'agglomération de Lyon (moyenne annuelle 1962-68 et 1968-75)

18

P. DUMOLARD

cette équipe, nous avons dû , rechercher le critère concret le plus révélateur du phénomène multidimensionnel qu'est la rurbanisation. Le solde migratoire

nous est apparu tel: il ne représente pas ici une sous-estimation de la mobilité de la population mais traduit surtout la massivité des flux d'entrée, trop

récents et trop liés au logement

carte 5 représente donc un essai de délimitation simple du périurbain lyonnais.

On y a considéré comme devenus rurbains les cantons dont au moins la moitié des communes avaient connu, entre 1968 et 75, un solde migratoire supérieur

à 2 %/an. Cette délimitation fournit un cadre commode pour la production

d'information. La carte 5 montre que la plupart des fortes croissances démogra

phiques (plus de +

périurbain

caractérisait déjà l'agglomération. La carte montre aussi que ce n'est pas

seulement le paysage rurbain qui est mité mais

l'espace périurbain: Les fortes croissances sont en effet spatialement discon

tinues, généralement proches de l'agglomération (mais pas toujours), localisées le long d'axes préférentiels (Lyon-Bourgoin, Lyon-Crémieu, Lyon- Vienne, vallées de la Saône et de l'Azergues). Cette croissance démographique tend

à souder à l'agglomération de Lyon des petites villes d'une première couronne

(Vienne, Villefranche à 30 km) et ferait de même, si elle devait se prolonger, avec celles situées à une quarantaine de km (Bourgoin surtout. Tarare peut- être et même Saint-Chamond). La croissance démographique a, dores et déjà, modifié le poids des : différentes auréoles spatiales d'un ensemble urbain,

passé de 1,35 million d'habitants en 1968 à

ationde 125 000 habitants (+ 9,4 %). Autant que la croissance d'ensemble, ce qui frappe c'est la redistribution interne de la population (fig. 3 et tabl. 2).

neuf pour qu'il

y

ait

eu

grand reflux. La

4 %/an soit plus

de +

32

%

en 7 ans)

se situent dans le

est-ouest

qui

est,

accroissant, la

dissymétrie

démographique

aussi,

à

une autre échelle.

1,47

en 1975

soit une

augment

% de la population en Croissance 1968 j 1975 1968-75 Commune de Lyon 39 30.9
%
de
la
population en
Croissance
1968
j
1975
1968-75
Commune de
Lyon
39
30.9
— 14.4 %
Agglomération; 1975
-
Lyon
41.4
48.3
+ 27.5 %
Périurbain (carte 5)
19.6
20.8
+ 16.5 %
Ensemble
100
|
100
+
9,4 %
.Source; RP 68 et 75.

Tableau 2. — Dynamique des trois auréoles de l'ensemble urbain lyonnais

Le centre de l'agglomération se dépeuple (dépeuplement réel mais peut-être surestimé par les difficultés des recensements lyonnais. en 1968 et/ou 1975) ; la croissance la plus marquée est celle de la banlieue tandis que le périurbain se densifie moins vite que la; banlieue mais plus que l'ensemble urbain. Au- delà du périurbain. l'auréole rurale présente des soldes migratoires fréquem mentdéficitaires. Il semble que la croissance de l'ensemble urbain se soit fortement tassée depuis 1977, ce qui daterait à peu près le moment où la crise économique y est devenue très sensible. Mais ce tassement vaut plus pour l'agglomération elle-même que pour le périurbain, incomplètement urbanisé. La construction de

CROISSANCE DE L ENSEMBLE URBAIN LYONNAIS

19

Fiq. 5. — Caractères sociaux de Гagglomération- lyonnaise en 196H (d'après Lebeau et autres, op. cit.) (proportion d'ouvriers, de cadres supérieurs et professions libérales)

CADRES SUP. OUVRIERS PROF. LIB;
CADRES SUP.
OUVRIERS
PROF. LIB;
LOGEMENTS COLLECTIFS 1970 71 •72 -73 ■îb
LOGEMENTS
COLLECTIFS
1970
71
•72
-73
■îb

Fiq. 6. — Evolution du nombre de louements (RUL-SDAU de Lyon) (données livrées par moyennes mobiles de 3 ans) Source : D.R. Equipement de Lyon

20

P. DUMO LARD

logements neufs a ainsi fortement diminué dans le S.D.A.U. de Lyon (d'environ 15 000/an en 1971-72 à 5 500 en 1978-79) alors qu'elle se maintenait au même niveau dans le périurbain compris entre la limite du S.D.A.U. et celle de la R.U.L. (autour de.5 000 logments/an). Dans ce contexte de croissance ralentie, le poids relatif du périurbain progresse : il représente maintenant presque la moitié des logements neufs. Les données sur l'évolution du marché foncier le confirment, avec des rythmes de transfert plus rapides en zone périurbaine que dans le S.D.A.U.

B) UN PÉRIURBAIN LYONNAIS ARCHÉTYPIQUE ?

Par la mobilité de sa population

, Agglomération Périurbain Entrées + sorties avec reste France/population 75 | 29,5 % 39.5 %
,
Agglomération
Périurbain
Entrées + sorties avec reste France/population 75 |
29,5
%
39.5
%
Immigrants/population 75
19.5
%
28,9
%
Immigrants de l'extérieur/population 75
23.8
%
13.8
%
Source : RP 68 et 75.

Tableau 3. — Quelques taux de mobilité spatiale pour l'agglomération et le périurbain

Une des caractéristiques du périurbain est la forte mobilité résidentielle

Le renversement, en milieu périurbain, des

de

soldes migratoires correspond à un gonflement des entrées (76 000 immigrants intérieurs entre 1968 et 1975, en. nette augmentation) joint à une diminution ou un maintien des sorties (45 000 emigrants intérieurs pour la même période, en baisse). La proportion des immigrants extérieurs à la France, pour la

plupart étrangers, est plus faible que dans l'agglomération. Cette forte mobilité résidentielle, et le genre de vie périurbain majoritaire, impliquent la général

et l'allongement des migrations alternantes qui, pour les locaux en

situation d'exode; rural, ont fréquemment remplacé une migration définitive. L'arrangement spatial des : « bassins de main-d'œuvre » et leur degré de dépendance aux emplois de Lyon = sont décrits dans une étude récente de l'I.N.S.E.E. 16. Cette forte mobilité spatiale de la population a contribué à modifier le profil démographique du périurbain. Le fait le plus net est son rajeunissement (fig. 4), les surplus les plus importants concernant les jeunes adultes (25-40 ans) et leur progéniture, tandis que la seule tranche à -solde déficitaire est celle des 15-20 ans (résidence en ville, près. du premier emploi ou du lieu des études). Le profil socio-professionnel du périurbain lyonnais a deux originalités, par rapport à celui de Grenoble, par exemple :

sa

population (cf. tabl. 3).

isation

— la part encore forte des agriculteurs (environ 12 % des actifs) ;

n° 10.16. J.-L. Deschamps, Les bassins d'emploi de Rhône-Alpes, Dossiers de TINSEE. 1980,

CROISSANCE DE L ENSEMBLE URBAIN LYONNAIS

21

— la part prépondérante de la résidence «populaire» (employés et ouvriers représentent plus de 60 % des résidants actifs).

Le caractère populaire des habitants du périlyonnais a été renforcé entre

1975: les ouvriers et les-employés ont bien été les immigrants les

plus nombreux mais, en outre, la . proportion des nouveaux résidents dans

toutes

chacune de. ces deux catégories

1968

et

est

plus

forte

que

la

proportion

C.S.P. Agr. Patrons C. sup. С. moy. Empl. Ouvr. Ensemble Population active en 75 Immigrants
C.S.P.
Agr.
Patrons
C.
sup.
С.
moy.
Empl.
Ouvr.
Ensemble
Population active en 75
Immigrants 68-75
12.1
8.8
4.2
11.3
15.2
48.3
100
o/
4.6
21.7
53.1
42.4
30.4
29.7
28.4
Population active 75
Source ; RP
75

Tableau 4. — Profil socio-professionnel du périurbain lyonnais . en 1975 et proportion des immigrants dans les six principales C.S.P.

catégories réunies : cela marque bien qu'il s'agit principalement d'un desser

rement résidentiel puisque ces deux C.S.P. sont plutôt plus stables dans leur résidence que les autres actifs et surtout que les cadres1 17. Fort normalement, ceux-ci (cadres supérieurs et moyens), très mobiles quelle que soit l'échelle

plus de quatre

retenue, le sont ici aussi : plus d'un cadre supérieur sur deux, cadres moyens sur dix sont des nouveaux venus.

Juxtaposition sans osmose de deux sociétés

Le périlyonnais, ayant connu un renversement récent et un gonflement subit de ses soldes migratoires a, par l'origine géographique de ses habitants, une société plus dualiste que l'agglomération- elle-même : dans le périurbain, presque trois habitants sur 10 de 1975 n'habitaient pas sur place en 1968

(contre 2

sur

10 dans l'agglomération). Il est vrai

que ces nouveaux rési

dents,

en nombre relatif si important, sont essentiellement, d'origine régionale

(2

sur

3

au

lieu d'1

sur 3 dans l'agglomération)

et comprennent peu d'im

migrants

du

reste de

la; France

ou

de

l'étranger. L'immigration est, dans

l'agglomération, beaucoup plus « cosmopolite » (1 immigrant sur 4 y vient de l'étranger, plus de quatre sur dix viennent de la France sans Rhône-Alpes). Lyon et sa périphérie, complémentaires sur le plan démographique et écono mique, appartiennent à deux réseaux migratoires d'échelle et de nature dif férentes : en périurbain, l'immigration est surtout résidentielle et porte surtout sur des régionaux, dans le cas de la ville; l'immigration est changement de résidence, de travail et de région de vie.

Paradoxalement (en apparence), les immigrants du' périurbain sont davan tagedes urbains et ceux de l'agglomération davantage des ruraux : l'exode

17. Cf. P. Dumolard, D'où viens-tu migrant? Point d'Appui pour l'économie Rhône-

1979. n°

7.

Alpes.

22

P. DUMOLARD

rural n'est donc pas ici complètement tari et il superpose ses effets à ceux du desserrement résidentiel lyonnais. La « distance » entre nouveaux venus et population stable apparaît cependant plus grande en périurbain (où l'ancienne société est encore numé riquement dominante) qu'en ville où existe un certain phénomène de « melting pot » avec des populations depuis plus longtemps « délocalisées ». Le contact des deux sociétés aux logiques et aux dynamiques différentes est sans grande

Agglomération Périurbain Zone Population (en %) (en %) stable 80.5 71,1 venue de Rhône-Alpes 6,4
Agglomération
Périurbain
Zone
Population
(en %)
(en
%)
stable
80.5
71,1
venue de Rhône-Alpes
6,4
18,9
venue de France-Rhône-Alpes
8,5
6
venue de l'étranger
4,6
4
Total
100
100
5A
Source :
RP 68 et 75.
Agglomération
Périurbain
Zone
Immigrants intérieurs
(en
%)
(en
%)
ruraux
(rural-rural in ZPIU)
13,1
9.3
rurbains (ZPIU-urbain)
11,6
6.5
urbains
75,3
84,2
Total
100
100
5B
Source; RP 68 et 75.

Tableau 5. — Origine géographique des immigrants

osmose.

moyenne plus âgés que les nouveaux. Elle est aussi de métiers : agriculteurs,

côté,

commerçants

cadres, professions libérales, employés-ouvriers urbains de l'autre.

fférence

différence est

en

La différence est d'âge,

traditionnels,

d'abord :

les

anciens

habitants

rurale

sont

employés-ouvriers

d'origine

d'un

La

di

est donc de revenus, de qualification ou d'instruction (à l'avantage

de partimoine (à

l'avantage des ruraux).

La

des urbains),

surtout de mœurs, et de l'espace

ce

qui

se

marque

par des

pratiques opposées du temps

CROISSANCE DE L ENSEMBLE URBAIN LYONNAIS

23

Pour la population stable (l'ancienne société rurale), la vie, comme dans

notre théâtre classique, avait continuité de

loisir, vie familiale se déroulent encore, pour la plupart d'entre eux, dans un périmètre restreint ; l'espace « communal » est un espace total et cohérent. Pour le nouvel habitant, le temps est partagé entre le travail, à Lyon ou dans une quelconque Z.I. anonyme, le voyage, le lieu du dormir et les loisirs, fréquemment hors de la commune: le temps est discontinu, l'espace est éclaté en espaces sans cohérence et sans autre lieu commun que la route

temps

et unité

de

lieu : travail,

i ' J ==i L ^/J^JSE^ AGGLOMERATION ^ LYONNAISE '.' (défa/'l ■ Fk "w CROISSANCE
i
'
J
==i
L
^/J^JSE^
AGGLOMERATION ^
LYONNAISE
'.'
(défa/'l ■ Fk
"w
CROISSANCE
MIGRATOIRE ANNUELLE

iq. 7. — Croissance migratoire dans le périurbain de Lyon

embouteillée. La résidence est un dortoir, le travail

trajet est une corvée

et

la vie est. absente.

un

L'épouse et les enfants vivent,

est

« boulot »,

le

provisoirement,

un

peu

plus

la

commune,

mais

les

enfants

« feront

des

études»

et prendront

le ramassage

scolaire, l'épouse,

elle,

ira

« faire

des

heures»

ou des journées

pour payer

les traites

de

la

maison, une seconde

voiture et

des impôts. Non seulement l'espace et le temps sont éclatés mais

24

P. DUMOLARD

fest aussi la famille restreinte, dernière division de la

l'individu isolé. La massivité de l'immigration urbaine, le mitage de l'espace rural, la disparité des revenus provoquent chez les anciens habitants amertume, repli («Lyon nous envahit») et lutte d'intérêts pour le pouvoir local (contrôle des impôts locaux, des plans d'occupation du sol, de l'équipement, de l'orien tation « culturelle »

famille large avant

Causes, conditions et conséquences de la rurbanisation

La rurbanisation autour des villes françaises est trop générale pour qu'à

Lyon les causes en soient particulières. Tout au plus, le poids des différents

le retard dans

cette évolution. Un premier facteur, en relation complexe avec

ciation

du prix des sols. La forme prise à Lyon est la concentration du tertiaire en

périphériques. Un second

ville et le desserrement

croissante des lieux de travail et de résidence en fonction de l'évolution

facteurs peut y être original, comme

le degré

et

l'avance ou

les autres,

est

la

disso

industriel sur des

Z.I.

facteur tient à la croissance de la population jusqu'aux années 77-78, accom

pagnée

d'une: décohabitation généralisée des générations. Les filières rés

identielles

des familles traduisent un troisième facteur : le rejet de l'habitat

collectif en HLM pour un modèle « rousseauiste » de vie dans la « nature ».

Un dernier facteur, et non des moindres peut-être:

états-major et/ou politiques et/ou économiques de disperser et marginaliser

l'habitat populaire. Mais ces facteurs, et d'autres sans doute, n'auraient pu jouer hors d'un contexte d'amélioration moyenne du niveau de vie jusque dans les années

77'78. de généralisation de l'auto individuelle, d'amélioration de l'infrastructure

routière

et en dehors de la mythologie de la vie « en ville eř à la campagne ».

le désir chez certains

,

Les conséquences ont été maintes fois décrites :

— mitage du paysage et surconsommation d'espace (bien limité, non produc- tible) ;

— corrélativement, déclin et difficultés pour l'agriculture périurbaine (or, la plaine de Lyon, par exemple, comptait parmi les moins mauvaises terres agricoles de Rhône-Alpes) ;

— encombrement et obsolescence rapide de l'infrastructure de transports ;

gaspillage d'énergie, mécanique comme humaine;

— contribution à la crise du bâtiment, du moins à celle des entreprises dont le mode de production était industriel (et qui faisaient les grands ensembles);

— difficultés pour les communes à assurer l'équipement des nouveaux habi

tants

(du moins quand la taxe professionnelle n'est pas importante).

La satisfaction affichée par la plupart des rurbains peut-être un leurre:

les premiers HLM aussi ont représenté un: grand progrès, les relations de « bon voisinage » ne sont généralement que de superficiels modus vivendi qui laissent isolés . les : individus et les ménages. Le renversement de certaines causes et conditions, comme le renchérissement constant de l'énergie, ren draient absurde la généralisation de ces franges ni urbaines ni rurales.

CROISSANCE DE L ENSEMBLE URBAIN LYONNAIS

Fiq.

8.

- - Structure par âges des migrants du périurbain (1968-75. cf.

fig.

7)

25

SOLDE MIGRATOIRE 1968 75 AGES IMMIGRANTS du reste de la FRANCE EMIGRANTS vers ie reste
SOLDE MIGRATOIRE 1968 75
AGES
IMMIGRANTS du reste de la FRANCE
EMIGRANTS vers ie reste
delaFRANCE
9
8
7
6
5
12
3
4
5
>ers de migrants
NON-migrants immigrants du |3 ro . 4 'ETRANGER DOMINANTES TOTAL 5 10 15 5 %
NON-migrants
immigrants
du
|3 ro
.
4 'ETRANGER
DOMINANTES
TOTAL
5
10
15
5 %
au-dessus de la moyenne I^H

Fig. 9.

— Part dans chaque C.S.P.

des nouveaux résidents

par rapport aux non-migrants (1975)

26

P. DUMOLARD

С)

RÉORGANISATION TENDANCIELLE DE L* ENSEMBLE URBAIN

Les tendances géographiques

Le début de constitution d'un hypercentre est la, plus nette. Le centre

historique, dans la presqu'île, a été « affiné »: il a perdu de ses habitants

le

loisir urbain. Son accessibilité a été améliorée par la construction d'un métro ;

sa fréquentation, surtout aux jours et heures de pointe, a quelque chose de japonais. Seul le centre historique a l'ensemble des éléments de la symbolique d'un centre-ville et l'animation correspondante. La Part-Dieu, le nouveau

centre « directionnel », à

Business

et a été spécialisé dans les services, le commerce de luxe ou de demi-luxe,

1

km du précédent à l'Est,

est un Central

District fabriqué de toutes pièces et surimposé à un bâti de médiocre appa

rence.

le paysage urbain

fonctions (financière, bancaire de sociétés multinationales, grandes surfaces de bon standing, commerce de relative rareté, hôtel international, etc.) ; Гас- cessibilité a été soignée (autoroutes urbaines,, métro, bus, projet de nouvelle gare): les fonctions et l'accessibilité sont bien celles du centre d'une ville américaine de taille moyenne mais, manquent la symbolique d'un centre-ville européen et la vie, faite de fréquentation gratuite, de spectacle urbain autant que de rapports commerciaux. L'hypercentre en voie de constitution a perdu de ses anciens habitants, surtout jeunes, mais s'y sont installés par places des espaces d'habitat étranger ou marginal. Sa spécialisation de zone de travail s'est renforcée au détriment de sa vocation résidentielle.

Tous les éléments d'un CBD y sont présents, jusqu'à la caricature:

d'abord mais aussi et surtout l'association de certaines

Désindustrialisation- et affinage de la première couronne

Le mécanisme en a été décrit par M. Bonneville pour Villeurbanne (op.

qu'en- dit cet auteur peut être étendu, à; toute la partie orientale de

aï.). Ce

cette première couronne. Les usines n'en sont pas toutes parties en banlieue

se sont

édifiés, à cause des prix fonciers, des immeubles de bon standing, même dans la partie orientale. La. troisième couronne (banlieue) faite de grands ensembles, d'immeubles de taille plus modeste et de maisons individuelles a reçu un assez grand nombre d'implantations industrielles sur ses Z.I. (Saint-Priest, Meyzieu, etc.) tandis qu'une partie de ses habitants, parmi les moins « captifs », colonisaient par leurs pavillons des espaces périurbains d'une quatrième couronne; ils ont été partiellement remplacés par des étrangers. Ces troisième et quatrième cou ronnes ont tendanciellement une organisation spatiale en pavés plus homogènes; (fonctionnellement, socialement, démographiquement ) , plus différents les uns , des autres. Cette évolution vers une structure moins atomique et plus molé culaire est la marque d'un: changement d'échelle de l'ensemble urbain.

mais aucune n'est venue s'y installer;

sur les terrains ainsi libérés,

Homothétie et changement d'échelle L'organisation en auréoles plus grandes et décalées vers - la périphérie

n'est bien lisible qu'à l'Est. Elle est gommée à l'Ouest par. la quasi-absence

de la troisième auréole, industrielle et d'habitat

populaire, voire1 étranger.

La double opposition centre-pourtour et est-ouest demeure la trame de lecture de l'espace lyonnais, malgré son évident changement de dimension. Le chan-

CROISSANCE DE L'ENSEMBLE URBAIN LYONNAIS

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gement d'échelle implique une réorganisation interne en fonction d'une cen-

tralité à plus grande portée. Pour l'essentiel, le modèle d'Alonso, décrivant

la décroissance des

pour son

changement d'échelle a été créateur de plus-values de localisation) mais il se trouve inversé pour la troisième couronne (banlieue industrielle et d'habitat populaire) et la quatrième (périurbain résidentiel moyen ou supérieur). L'his toire du mouvement l'explique: au moment où l'industrie se desserrait le plus, le périurbain n'était qu'en début de mitage. L'ensemble lyonnais a donc, ces dix dernières années, changé de dimension (mais non au point de remplir la ville nouvelle de l'Isle d'Abeau) ; son organisation interne est cependant restée homothétique, dans ses grandes lignes. Cette homothétie de forme dans le changement («structure?») est-elle la marque que l'ensemble lyon nais se comporte comme un système urbain ?

prix du

sol

du

centre à

la

périphérie

et la compétition

laquelle

le

usage, rend compte

de l'organisation actuelle (dans

L'homothétie

pourrait

être

considérée comme

une

forme

tendancielle

fréquente, où le nouveau est influencé par l'existant, où le changement maint ient l'essentiel de la structure antérieure. La croissance urbaine lyonnaise a des causes complexes, enchevêtrées, les formes qu'elle a prises ont été sen

sibles

ouvert et contingent. Chaque partie de l'ensemble urbain est influencée par les changements ailleurs : les interactions sont donc essentielles et aucune partie n'évolue indépendamment de l'ensemble. Mais si système urbain lyonnais il y a, il est en voie de stabilisation par la crise économique et de « calcification » spatiale.

est

à

l'environnement et à

son

histoire même : si système

il

y

a.

il

RESUME

Dans la première partie de ce texte, on tente de suivre au cours de ces 20 dernières années la croissance démographique et spatiale de l'ensemble urbain lyonnais. Celle-ci, spatialement continue et démographiquement import

ante, s'est, depuis, diluée dans de vastes espaces périurbains déruralisés par le métamorphisme du contact urbain. L'objectif de la seconde partie est de caractériser cet espace périurbain, essentiellement d'un point de vue démog

raphique,

et de montrer que le changement de dimension de l'ensemble est

allé de pair avec une réorganisation interne homothétique.

SUMMARY

In the first part of this text, it is tried to follow, along these last 20 years, the demographic and spatial growth of the Lyons urban zone. This growth, spatially continuous and demo graphically important, has, since, vanished in large periurban areas. The goal of the second part is to characterize this peri- urban space, over all from a demographic point of view, and to show that the changing dimension of the urban zone has been simultaneous . to its internal reorganization.

MOTS-CLÉS : CROISSANCE

DÉMOGRAPHIQUE,

CROISSANCE URBAINE.

ESPACE PÉRI-

URBAIN. KEY-WORDS : DEMOGRAPHIC GROWTH, SPATIAL GROWTH, PERI-URBAN SPACE.