Vous êtes sur la page 1sur 5

Elargissement de l’espace Schengen le 21 décembre 2007.

(dépêches AFP)

Attirés par le prix des logements, des Polonais s'installent dans l'ex-RDA

Marek Fiuk, un Polonais de 30 ans,le 13 décembre 2007 devant la maison qu'il a achetée à
Loecknitz

"A Löcknitz, tout est déjà vendu". Avant même d'entrer dans la zone Schengen le 21
décembre, les Polonais ont déjà acheté toutes les maisons disponibles dans cette petite cité
allemande en passe de devenir une banlieue de la ville polonaise de Szczecin.
"Après l'entrée dans l'Union européenne en 2004, les Polonais ont commencé à chercher des
appartements et des maisons du côté allemand de la frontière", explique Jan Rybski, un
promoteur immobilier polonais.
"Aujourd'hui, il n'y a plus rien à acheter", ajoute-t-il, "Löcknitz est en train de redevenir ce
qu'elle a été avant la guerre, un quartier résidentiel et de loisir de Szczecin".
La différence est qu'avant-guerre Szczecin était Stettin, un important port allemand et
Löcknitz sa banlieue aisée. La frontière polonaise était à environ 150 km plus à l'est.
Löcknitz a beaucoup à offrir. La cité est située à peine 20 minutes en voiture du centre de
Szczecin. Elle offre une infrastructure complète: des écoles, un hôpital, un gymnase et des
installations de loisirs, le tout plongé dans la nature intacte de la Poméranie.
Attirés par la localisation, les Polonais le sont également par les prix bas de
l'immobilier.Alors qu'en Pologne, en plein boum économique, les prix ont explosé en trois
ans, ceux de l'autre côté de la frontière sont restés inchangés.
Après la réunification allemande en 1990, cette région de l'ex-RDA, a été touchée de plein
fouet par une l'émigration des jeunes vers l'Allemagne de l'Ouest. Victime d'une crise
économique, elle a été désertée par les investisseurs et aujourd'hui, près d'un quart de sa
population est sans emploi.
Marek Fiuk, 30 ans, est depuis quelques semaines propriétaire d'une magnifique ferme en
brique rouge dans les environs de Löcknitz, qu'il a achetée avec son frère, moins de 50.000
euros. "Pour le même prix, j'aurais un studio à Szczecin, de 32 à 35 mètres carrés, c'est-à-
dire un grand rien", explique-t-il souriant. "Ici, j'ai une maison, ce dont j'ai toujours rêvé."
Il pense y installer le siège de sa société multimédia. "Je voyage souvent pour mon travail
en Allemagne, maintenant je vais y habiter", ajoute-t-il, "et à partir du 21 décembre, il n'y
aura plus de contrôles à la frontière, il ne faudra plus montrer sa carte d'identité ce qui est
parfois fatiguant". Avec la ferme, il a également hérité de locataires, trois familles
allemandes qui y habitent depuis des décennies.
"Toutes les maisons achetées par des Polonais étaient à vendre depuis des années",
explique Maria Theresia Odentall, responsable de la société des logements sociaux de
Löcknitz. "Les Polonais les rénovent, les réhabilitent", se réjouit-t-elle.
Les Polonais moins aisés cherchent à louer. "Il y a trois ans, nous avions 15%
d'appartements municipaux libres à Löcknitz, aujourd'hui ce taux est au dessous de 1%",
explique Mme Odentall. "Dans certaines localités, nous avons des listes d'attentes". Selon
elle, l'arrivée des Polonais ne pose pas de problèmes pour l'instant aux habitants allemands
de Löcknitz. "Au début nous devions nous y habituer. Aujourd'hui, cela ne nous dérange
plus", confie une habitante, Anne Marie Hedwig, 83 ans.
Il n'en reste pas moins que le parti d'extrême-droite allemand NPD, hostile aux Polonais, a
obtenu 20,7% à Löcknitz lors des dernières élections régionales de 2006.
Pourtant, l'arrivée des Polonais, qui constituent déjà 10% de la population à Löcknitz, ne fait
que commencer. M. Rybski est en train de construire un quartier de 36 maisons et 30
appartements pratiquement dans le centre de la ville. "La moitié est déjà réservée par des
Polonais", souligne-t-il.

L’espace Schengen de libre circulation s’élargit de 15 à 24 pays.


L'espace Schengen de libre circulation a été élargi à 24 pays européens dans la liesse, jeudi
à minuit, permettant désormais à quelque 400 millions de personnes de voyager librement
de l'Est à l'Ouest de l'Europe et du cercle polaire, en Norvège, au Portugal.
De somptueux feux d'artifices ont enluminé le ciel à différents postes frontières, à Berg-
Petrzalka, entre l'Autriche et la Slovaquie, ou Zittau-Hradek nad Nisou, entre l'Allemagne et
la République tchèque, où des foules de curieux s'étaient assemblées malgré le froid glacial,
comme l'ont constaté des correspondants de l'AFP sur place. Un peu partout en Europe
centrale, des officiels ont scié des barrières avant de sabler le champagne, pour marquer cet
événement perçu à l'Est comme l'ultime étape du démantèlement du Rideau de Fer.

A Cesky Tesin-Cieszyn, à la frontière entre la République tchèque et la Pologne, on a


distribué des saucisses et de la soupe de pois.
A Berg-Petrzalka, tandis que des confettis pleuvaient et que résonnait l'hymne à la joie de
Beethoven, les feux de circulation sont symboliquement passés du rouge au vert.
"Plus personne ne sera contrôlé, désormais, le voyage sera libre à l'intérieur de l'Europe", a
lancé le ministre de l'Intérieur slovaque Robert Kalinak sous les vivats de la foule.
"Bienvenue à Schengenland!", lui a répondu Roger Weber, le maire du village
luxembourgeois de Schengen où fut signé le traité éponyme en 1985.
Huit anciens pays communistes devenus européens en 2004 -Estonie, Lettonie, Lituanie,
Hongrie, Pologne, Slovaquie, Slovénie, République tchèque-- ont levé les contrôles
frontaliers avec leurs voisins de l'UE, tandis que l'île de Malte supprimait les formalités pour
les ferries à destination des ports européens. En raison du décalage horaire, les trois Baltes
avaient déjà ouvert jeudi à 22H00 GMT leurs frontières communes.

En visite jeudi à Tallinn, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a


qualifié l'élargissement de la zone Schengen de "meilleure journée" de sa vie. "La libre
circulation des personnes constitue l'un des principaux droits de l'homme", a-t-il souligné.
La Slovaquie et l'Autriche avaient donné jeudi matin le coup d'envoi des festivités prévues
sur trois jours. "C'est un événement historique après les destructions des deux guerres
mondiales et la division du continent par le Rideau de fer", a estimé le chancelier autrichien
Alfred Gusenbauer.
Quelques heures plus tard, à la frontière tchéco-slovaque les ministres de l'Intérieur des
deux pays, Ivan Langer et Robert Kalinak présentaient leurs passeport pour le dernier
tampon au poste de Stary Hrozenkov-Drietoma. "Aujourd'hui, nous supprimons la plus jeune
frontière de l'Union européenne", érigée en 1993 après la partition amiable de la
Tchécoslovaquie, a souligné le ministre slovaque.
Au même moment, Hongrois et Autrichiens évoquaient eux aussi le passé entre Sankt
Margarethen im Burgenland et Fertorákos, là où le Rideau de fer de la guerre froide fut
symboliquement découpé pour la première fois le 27 juin 1989.
Une caravane de dignitaires européens effectuera à partir de vendredi matin une tournée
des postes-frontières abolis. En Méditerranée, une délégation gouvernementale maltaise
embarquera en catamaran à La Valette, pour marquer la levée des contrôles maritimes vers
les ports européens.
Le 30 mars prochain, les aéroports des neuf pays entrants se mettront au diapason des
accords de libre circulation. Il a fallu des mois de préparatifs intenses pour coordonner le
système de visa unique, mettre en commun le fichier informatique SIS de données
criminelles, créer des patrouilles conjointes et sécuriser les 9.000 km de nouvelles frontières
contre les trafiquants et les migrants clandestins. Face aux craintes exprimées par ses
concitoyens, le chancelier Gusenbauer a tenu à souligner jeudi que l'élargissement de
Schengen signifiait avant tout "une zone plus large de paix, de sécurité et de stabilité".

L’Europe abat les derniers vestiges du rideau de fer.

Démontage d'une clôture le 18 décembre 2007 à la frontière allemande à Swinemuende

L'Union européenne parachève le démantèlement du rideau de fer en élargissant le 21


décembre l'espace Schengen aux pays d'Europe centrale, permettant ainsi aux voyageurs de
se déplacer sans subir de contrôles aux frontières dans une zone de 24 pays. Dès les
vacances de Noël, particuliers et routiers devraient pouvoir rouler de l'Estonie au Portugal
sans montrer leur passeport et faire la queue pendant parfois des heures aux points de
passage frontaliers. Pour les Etats membres issus de l'ex-bloc communiste, c'est une
décision très symbolique, le "dernier morceau du rideau de fer qui tombe", selon le ministre
tchèque de l'Intérieur Ivan Langer. Pour son homologue allemand Wolfgang Schäuble, c'est
tout simplement "la fin d'un processus qui a commencé avec la chute du mur de
Berlin en 1989".

Au total neuf pays entrés dans l'UE en 2004 (les trois Etats baltes, la Pologne, la
République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie, la Slovénie et Malte) vont intégrer l'espace
Schengen, jusqu'ici composé de 13 pays de l'UE, de la Norvège et de l'Islande. Ils devraient
être rejoints d'ici un an par Chypre et la Suisse. Le Royaume-Uni et l'Irlande n'en font eux
pas partie. Après deux ans d'effort, ces neuf Etats ont en effet rempli les deux conditions
requises à la suppression des contrôles aux frontières intérieures. La première est une
évaluation positive de la sécurité à leurs frontières extérieures terrestres, maritimes et
aéroportuaires, qui deviennent celles de l'espace Schengen. Avec l'aide financière et
technique de l'UE, ils ont dû renforcer considérablement la surveillance, les contrôles
effectués aux points de passage et les conditions de délivrance des visas pour se mettre aux
normes communes. La Slovénie a par exemple procédé à la fermeture de dizaines de points
de passage avec la Croatie et recruté 1.885 policiers pour surveiller les 670 km de frontière
commune. La seconde condition est la connexion de leurs forces de sécurité au Système
d'information Schengen (SIS), la base informatique qui recense les données sur les
personnes recherchées, disparues ou interdites de séjour, ainsi que sur les objets volés
(véhicules, armes, documents d'identité, billets de banque).

En prévision de l'élargissement à l'Est, l'UE avait lancé le SIS II, un projet techniquement
ambitieux incluant notamment le stockage de données biométriques, comme les
empreintes digitales. Mais il a pris beaucoup de retard et ne sera opérationnel au mieux
qu'à la mi-2009. Aussi a-t-il été décidé en attendant d'élargir le SIS actuel aux nouveaux
venus.
Pour fêter cette suppression des contrôles aux frontières maritimes et terrestres, plusieurs
responsables européens se rendront les 21-22 décembre aux frontières germano-polono-
tchèque, dans le port de Tallin, puis aux frontières austro-slovaque, austro-hongroise et
enfin slovéno-italienne.
Dans les aéroports, la séparation entre les vols Schengen et les autres ne se fera que le 30
mars 2008, en même temps que les changements d'horaires hiver-été des compagnies
aériennes. La liberté de circulation des personnes était un objectif du traité de Rome dès
1957, aux côtés de celle des marchandises, des services et des capitaux. Mais elle n'a été
décidée qu'en 1985 à Schengen, un village luxembourgeois, par un groupe pionnier de cinq
Etats (Allemagne, France et Benelux) qui la mettront en oeuvre dix ans plus tard.
Cette libre circulation profite également aux visiteurs de pays tiers qui peuvent se déplacer
dans toute la zone Schengen avec un seul visa lorsque celui-ci est exigé. Des contrôles
peuvent être cependant rétablis temporairement pour des motifs de sécurité publique,
comme c'est souvent le cas lors d'un grand événement sportif par exemple.

AFP.