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Afrique CFA : 2 600 FCFA - Algérie : 450 DA Allemagne : 4,00 € - Autriche : 4,00 € - Canada : 5,95 $CAN DOM : 4,20 € - Espagne : 4,00 € - E-U : 5,95 $US - G-B : 3,50 £ Grèce : 4,00 € - Irlande : 4,00 € - Italie : 4,00 € - Japon : 700 ¥ Maroc : 30 DH - Norvège : 50 NOK - Portugal cont. : 4,00 € Suisse : 6,40 CHF - Tunisie : 4,50 DTU - TOM : 700 CFP

www.courrierinternational.com N° 1090 du 22 au 28 septembre 2011
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N° 1090 du 22 au 28 septembre 2011

Argentine

Une série télé très politique

Ukraine

Ioulia Timochenko en prison

Petitesfilles

Contre la dictature du rose

France

3,50 €

3:HIKNLI=XUXZUV:?l@k@j@a@a;

M 03183 - 1090 - F: 3,50 E

Palestine

Le pari de l’indépendance

Les journaux arabes et israéliens analysent le bras de fer à l’ONU

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La nouvelle série de¢

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PIERRE-EMMANUEL RASTOIN

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n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011
n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011

n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011

Editorial

A nos amis d’Aquitaine et d’ailleurs

Du vendredi 30 septembre au dimanche 2 octobre, à Arca- chon, Courrier international organise, avec le soutien de la Région Aquitaine, trois jours de débats autour de la presse, du métier de journaliste et de l’avenir des médias. Vous allez penser tout de suite qu’il s’agit d’un événement nombriliste du genre “les journalistes parlent aux journalistes”… Eh bien, pas du tout. L’idée directrice, c’est de prendre des cas concrets – par exemple, les révoltes arabes ou Fukushima – et de voir comment travaille la presse et quelles sont les difficultés de l’exercice. Autre exemple : comment les journalistes américains suivent une campagne électorale et déjouent les pièges médiatiques qui leur sont tendus par les diffé- rents candidats… Ainsi, chers lecteurs d’Aquitaine (et d’ailleurs), vous êtes chaleureusement conviés à cette première édition des “Tribunes de la presse” : l’entrée est libre et gratuite (le programme est à consulter sur tribunesdelapresse.org). En venant à Arcachon, vous pourrez peut-être mieux décrypter les codes de l’actua- lité et du tout info qui nous environne. Comme grands témoins, nous avons invité à la tribune quelques-uns des journalistes que nous aimons reprendre dans nos colonnes. J’en cite quelques-uns, presque au hasard : Helene Cooper, du New York Times, Oleg Kachine, du journal russe Kommersant, l’Algérien Akram Belkaïd, la Tunisienne Olfa Belhassine, John R. MacArthur, le directeur de Harper’s Magazine, sans oublier Moulay Hicham El-Alaoui, un intellectuel qui se trouve être le cousin du roi du Maroc ! Philippe Labarde, qui a bien voulu présider ces ren- contres, note à juste titre qu’entre les journalistes et l’opinion “la rupture est en passe d’être consommée”. Pré- cisément, ce que nous voulons avec ces trois jours de débats, c’est renouer un fil. Car il en va non seulement de la survie de la presse, ce qui est déjà important, mais aussi de la vie démocratique. Difficile, en effet, d’ima- giner un monde où les médias – numériques ou autres – n’auraient plus les moyens d’enquêter. La route alors serait libre pour tous les faiseurs de nou- velles : gouvernements, grandes entreprises, etc. Et elle serait libre aussi pour les populistes de tous bords. Philippe Thureau-Dangin

pour les populistes de tous bords. Philippe Thureau-Dangin En couverture : Au cours d’une manifestation contre

En couverture : Au cours d’une manifestation contre le mur de séparation,

un soldat israélien et un Palestinien face à face.

Photo de Sebastian Scheiner, AP-Sipa

face. P h o t o d e Sebastian Scheiner, AP-Sipa Sommaire 5 Planète presse 6

Sommaire

5

Planète presse

6

A suivre

8

Les gens

En couverture

10 Palestine,

le pari de l’indépendance Le 23 septembre, Mahmoud Abbas dépose à l’ONU une demande officielle de reconnaissance de l’Etat de Palestine. Cette initiative déchaîne les passions. Les Israéliens sont furieux, les Européens inquiets, pour la plupart. Washington soutient les Israéliens, et les Palestiniens, tout en saluant le courage de leur président, sont sceptiques.

Les opinions

18 Brésil Nous n’avons pas lemonopole

de l’incurie Belgique Fureur et malaise

aux extrêmes Myanmar Et si l’on était à l’aube du changement ? Turquie L’antisémitisme ronge la démocratie

? Turquie L’antisémitisme ronge la démocratie Science La grande foire de la médecine du sport 38
? Turquie L’antisémitisme ronge la démocratie Science La grande foire de la médecine du sport 38

Science La grande foire de la médecine du sport

38 Moyen-Orient

Turquie Les militaires dans leurs casernes

Egypte Erdogan a déçu les islamistes du Caire

Syrie “Ah, vous voulez encore la liberté ?” Egypte Les laïcs, la révolution et le bikini Jordanie “Crime d’honneur“, crime sans honneur Israël Un apartheid religieux imposé aux femmes

42 Afrique

Zambie Les Chinois au cœur de la campagne présidentielle

Somalie Touche pas à ma kalachnikov !

45 Economie

Finance Ne payons plus pour les banques casinos !

46 Sciences

Santé La grande foire de la médecine du sport

48 Ecologie

Initiative Sur la mine pousse la forêt Ecosystèmes Les éoliennes offshore, ces paradis marins

Long courrier

50 Psychologie Contre la dictature

du rose

54 Communication Quelques idées

pour redorer le blason du Royaume-Uni

56

Musique La bataille du raï

58

Prix Courrier international

Notre sélection 2011

59 Insolites Les corbillards

passent au vert

2011 59 Insolites Les corbillards passent au vert Somalie Touche pas à ma kalachnikov ! D’un
2011 59 Insolites Les corbillards passent au vert Somalie Touche pas à ma kalachnikov ! D’un

Somalie Touche pas à ma kalachnikov !

D’un continent à l’autre

23 France

Libye Sarkozy à la pêche aux barils Politique Nos députés mitonnent leur image Télévision Strauss-Kahn n’a rien compris

26 Europe

République tchèque Contre les Roms,

“vous avez pris vos machettes ?“ Roumanie Une deuxième école après l’école Royaume-Uni Dans les bidonvilles secrets de Londres

Ukraine Ioulia Timochenko en prison, un enjeu pour l’Europe

32 Amériques

Etats-Unis Rick Perry ou le mirage

économique texan Argentine Carton plein pour une série de politique-fiction

36 Asie

Inde Dure scolarité pour les intouchables Chine La cote de confiance des élites pique du nez

Sur le web www.courrier international.com
Sur le web
www.courrier
international.com
pique du nez Sur le web www.courrier international.com Toujours en vente sur notre site Argentine Carton

Toujours

en vente sur notre site

Argentine Carton plein pour une série de politique-fiction

25 pages d’enquêtes sur le retour du politique

Courrier international n° 1089

ET L’APÉRITIF PREND TOUT SON GOÛT. Leffe 9°, intense et pleine de caractère Découvrez l’actualité

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Découvrez l’actualité Leffe en vous abonnant

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L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.

Courrier international | n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011 5

Courrier international n° 1090

Edité par Courrier international SA, société anonyme avec directoire et conseil de surveillance au capital de 106 400 €. Actionnaire Le Monde Publications internationales SA. Directoire Philippe Thureau-Dangin, président et directeur de la publication. Conseil de surveillance Louis Dreyfus, président. Dépôt légal septembre 2011 Commission paritaire n° 0712C82101. ISSN n° 1 154-516 X - Imprimé en France / Printed in France

Rédaction 6-8, rue Jean-Antoine-de-Baïf, 75212 Paris Cedex 13 Accueil 33 (0)1 46 46 16 00 Fax général 33 (0)1 46 46 16 01 Fax rédaction 33 (0)1 46 46 16 02 Site web www.courrierinternational.com Courriel lecteurs@courrierinternational.com Directeur de la rédaction Philippe Thureau-Dangin Assistante Dalila Bounekta (16 16) Rédacteurs en chef Eric Chol (16 43), Odile Conseil (web, 16 27) Rédacteurs en chef adjoints Isabelle Lauze (16 54), Catherine André (16 78), Raymond Clarinard (16 77), Jean-Hébert Armengaud (édition, 16 57). Rédactrice en chef technique Nathalie Pingaud (16 25) Direction artistique Sophie-Anne Delhomme (16 31) Conception graphique Mark Porter Associates Europe Jean-Hébert Armengaud (coordination générale, 16 57), Danièle

Renon (chef de service adjointe Europe, Allemagne, Autriche, Suisse alémanique, 16 22), Chloé Baker (Royaume-Uni, 19 75), Gerry Feehily (Irlande, 19 70),

Marie Béloeil (France, 17 32), Lucie Geffroy (Italie, 16 86), Daniel Matias

(Portugal, 16 34), Iwona Ostapkowicz (Pologne, 16 74), Iulia Badea- Guéritée (Roumanie, Moldavie, 19 76), Wineke de Boer (Pays-Bas), Solveig Gram Jensen (Danemark, Norvège), Alexia Kefalas (Grèce, Chypre),

Mehmet Koksal (Belgique), Kristina Rönnqvist (Suède), Alexandre Lévy

(Bulgarie, coordination Balkans), Agnès Jarfas (Hongrie), Mandi Gueguen (Albanie, Kosovo), Miro Miceski (Macédoine), Martina Bulakova (Rép. tchèque, Slovaquie), Kika Curovic (Serbie, Monténégro, Croatie, Bosnie- Herzégovine), Marielle Vitureau (Lituanie), Katerina Kesa (Estonie)

Russie, Est de l’Europe Laurence Habay (chef de service, 16 36), Alda

Engoian (Caucase, Asie centrale), Larissa Kotelevets (Ukraine) Amériques Bérangère Cagnat (chef de service, Amérique du Nord, 16 14), Marc-Olivier Bherer (Canada, Etats-Unis, 16 95), Anne Proenza (Amérique

latine, 16 76), Paul Jurgens (Brésil) Asie Agnès Gaudu et Franck Renaud

(chefs de service, Chine, Singapour, Taïwan, 16 39), Naïké Desquesnes (Asie du Sud, 16 51), François Gerles (Asie du Sud-Est), Ysana Takino (Japon, 16 38), Zhang Zhulin (Chine, 17 47), Marion Girault-Rime (Australie, Pacifique),

Elisabeth D. Inandiak (Indonésie), Jeong Eun-jin (Corées), Kazuhiko Yatabe (Japon) Moyen-Orient Marc Saghié (chef de service, 16 69), Hamdam Mostafavi (Iran, 17 33), Hoda Saliby (16 35), Pascal Fenaux

(Israël), Philippe Mischkowsky (pays du Golfe), Pierre Vanrie (Turquie)

Afrique Ousmane Ndiaye (chef de rubrique, 16 68), Hoda Saliby

(Maghreb, 16 35), Chawki Amari (Algérie), Liesl Louw (Afrique du Sud)

Economie Pascale Boyen (chef de service, 16 47) Sciences Anh Hoà Truong (16 40) Médias Mouna El-Mokhtari (17 36) Long courrier Isabelle Lauze (16 54), Roman Schmidt (17 48) Insolites Claire Maupas (chef de rubrique, 16 60) Ils et elles ont dit Iwona Ostapkowicz (chef

de rubrique, 16 74)

Site Internet Hamdam Mostafavi (chef des informations, 17 33),

Marie Béloeil (rédactrice, 17 32), Mouna El-Mokhtari (rédactrice, 17 36), Pierrick Van-Thé (webmestre, 16 82), Mathilde Melot (marketing, 16 87), Paul Blondé (rédacteur, 16 65)

Agence Courrier Sabine Grandadam (chef de service, 16 97)

Traduction Raymond Clarinard (rédacteur en chef adjoint, 1677),

Nathalie Amargier (russe), Catherine Baron (anglais, espagnol), Isabelle

Boudon (anglais, allemand), Françoise Escande-Boggino (japonais, anglais),

Caroline Lee (anglais, allemand, coréen), Françoise Lemoine-Minaudier

(chinois), Julie Marcot (anglais, espagnol, portugais), Marie-Françoise

Monthiers (japonais), Mikage Nagahama (japonais), Ngoc-Dung Phan

(anglais, italien, vietnamien), Olivier Ragasol (anglais, espagnol), Danièle Renon (allemand), Mélanie Sinou (anglais, espagnol)

Révision Marianne Bonneau, Philippe Czerepak, Fabienne Gérard, Françoise Picon, Philippe Planche, Emmanuel Tronquart (site Internet) Photographies, illustrations Pascal Philippe (chef de service, 16 41), Lidwine Kervella (16 10), Stéphanie Saindon (16 53) Maquette Catherine Doutey, Nathalie Le Dréau, Gilles de Obaldia, Josiane Petricca, Denis Scudeller, Jonnathan Renaud-Badet, Alexandre Errichiello Cartographie Thierry Gauthé (16 70) Infographie Catherine Doutey (16 66) Calligraphie Hélène Ho (Chine), Abdollah Kiaie (Inde), Kyoko Mori

(Japon)

Informatique Denis Scudeller (16 84) Fabrication Patrice Rochas (directeur), Nathalie Communeau (direc- trice adjointe) et Sarah Tréhin. Impression, brochage Maury, 45191 Malesherbes. Routage France-Routage, 77183 Croissy-Beaubourg Ont participé à ce numéro Jean-Baptiste Bor, Isabelle Bryskier, Darya Clarinard, Geneviève Deschamps, Bernadette Dremière, Ekaterina Dvinina, Nicolas Gallet, Marion Gronier, Catherine Guichard, Gabriel Hassan, Laurent Kahane, Mira Kamdar, Simon Leplâtre, Jean-Luc Majouret, Céline Merrien, Amal Neffati, Lola Parra Craviotto, Albane Salzberg, Chen Yan, Zaplangues Secrétaire général Paul Chaine (17 46). Assistantes : Natacha Scheubel (16 52), Sophie Nézet (16 99), Sophie Jan. Gestion Julie Delpech de Frayssinet (responsable, 16 13), Nicolas Guillement. Comptabilité : 01 48 88 45 02. Responsable des droits Dalila Bounekta (16 16). Partenariats Sophie Jan (16 99) Ventes au numéro Responsable publications : Brigitte Billiard. Direction des ventes au numéro : Hervé Bonnaud. Chef de produit : Jérôme Pons (0 805 05 01 47, fax : 01 57 28 21 40). Diffusion internationale : Franck-Olivier Torro (01 57 28 32 22). Promotion : Christiane Montillet Marketing Sophie Gerbaud (directrice, 16 18), Véronique Lallemand (16 91), Sweeta Subbamah (16 89), Elodie Prost Publicité M Publicité-Publicat, 80 boulevard Blanqui, 75013 Paris, tél. : 01 40 39 13 13. Directrice déléguée : Brune Le Gall. Directeur de la publicité : Alexandre Scher <ascher@publicat.fr> (13 97). Directrice de clientèle : Kenza Merzoug (13 46). Régions : Eric Langevin (14 09). Littérature : Béatrice Truskolaski (13 80). Annonces classées : Cyril Gardère (13 03). Exécution : Géraldine Doyotte (01 41 34 83 97) Publicité site Internet i-Régie, Alexandre de Montmarin tél. : 01 53 38 46 58. Modifications de services ventes au numéro, réassorts Paris 0805 05 01 47, province, banlieue 0 805 05 0146 Service clients abonnements : Courrier international, Service abonnements, A2100 - 62066 Arras Cedex 9. Tél. : 03 21 13 04 31 Fax : 01 57 67 44 96 (du lundi au vendredi de 9 heures à 18 heures) Courriel : abo@courrierinternational.com Commande d’anciens numéros Boutique du Monde, 80, bd Auguste-Blanqui, 75013 Paris. Tél. : 01 57 28 27 78

80, bd Auguste-Blanqui, 75013 Paris. Tél. : 01 57 28 27 78 Courrier international, USPS number

Courrier international, USPS number 013-465, is published weekly 49 times per year (triple issue in Aug, double issue in Dec), by Courrier International SA c/o USACAN Media Dist. Srv. Corp. at 26 Power Dam Way Suite S1-S3, Plattsburgh, NY 12901. Periodicals Postage paid at Plattsburgh, NY and at additional mailing Offices. POSTMASTER : Send address changes to Courrier International c/o Express Mag, P.O. box 2769, Plattsburgh, NY 12901-0239.

Ce numéro comporte un encart Abonnement broché sur les exemplaires kiosque France métropolitaine, un encart Fnac broché sur les exemplaires kiosque France métropolitaine et les abonnés, un encart “Rue des Etudiants” posé sur les abonnés France métropolitaine et un encart Unipresse posé sur les abonnés étrangers hors DOM-TOM.

Planète presse

courrierinternational.com

Sur le web www.courrier international.com
Sur le web
www.courrier
international.com

Parmi nos

sources

cette

semaine

Amin (amin.org) Territoires palestiniens. Site palestinien, fondé en 1993 grâce à la fondation Soros et à Internews Moyen- Orient, une ONG américaine qui aide des centaines de médias indépendants dans les pays qui s’ouvrent sur la démocratie, Amin propose une sélection d’articles en arabe et en anglais sur Israël,

la Palestine et la Jordanie.

Ha’Aretz 80 000 ex., Israël,

quotidien. Premier journal publié en hébreu sous le

mandat britannique, en 1919, “Le Pays” est le journal de référence chez les politiques et les intellectuels israéliens. Bitter Lemons (bitterlemons.org) Israël. Le site web israélo- palestinien “Citrons amers”

a

été fondé en 2001, après

le

déclenchement

de la deuxième Intifada et l’implosion du processus diplomatique entre Israël

et l’OLP. Bitter Lemons ouvre un remarquable et large espace de dialogue entre intellectuels et politiques, toutes tendances confondues. Al-Chourouk 200 000 ex., Algérie, quotidien. Créé en 2005 à la suite de son équivalent hebdomadaire, “Le Lever du soleil” s’est rapidement imposé dans

le paysage médiatique par

ses éditoriaux agressifs, ses analyses politiques et ses reportages. Le titre est le plus lu des quotidiens arabophones. Dzerkalo Tyjnia 48 000 ex., Ukraine, hebdomadaire. “Le Miroir de la semaine”, fondé en 1993, paraît le samedi.

Ce titre se veut généraliste, avec une prédilection pour

la politique sociale et les

affaires internationales. Elaph (elaph.com), Royaume-Uni. Créé en 2001,

à Londres, ce site arabe

publie quotidiennement en

langues arabe et anglaise des articles politiques,

dégradant” de Silvio

Kyi, le mensuel de la dissidence birmane fondé

à paraître dans sa version

imprimée. L’équipe

par le Guardian de Londres et appartient depuis 2002

zimbabwéen Trevor Ncube.

de la Charte 77, le titre est considéré comme le

sociaux, culturels et économiques sur le monde arabe, ainsi qu’une revue de

en 1993 a dû renoncer

au patron de presse

Résolument à gauche,

meilleur, si ce n’est l’unique, hebdomadaire indépendant du pays.

presse et des articles publiés

rédactionnelle, basée

le

Mail & Guardian milite

România Libera

dans les médias arabes

à Chiang Mai, en Thaïlande,

pour une Afrique du Sud

54 000 ex, Roumanie,

ou occidentaux.

a alors annoncé qu’elle

plus tolérante.

quotidien. Journal des

Il Fatto Quotidiano 150 000 ex., Italie, quotidien. Lancé le 23 septembre 2009 par l’ex-directeur du quotidien de gauche L’Unità,

se concentrerait sur son site Internet. Néanmoins, fin mars, est réapparue une version papier qui aura une périodicité trimestrielle.

Miftah (miftah.org) Territoires palestiniens. “La Clé” est l’acronyme du mouvement Initiative palestinienne pour la

intellectuels et de la classe moyenne, “La Roumanie libre” adopte une ligne libérale et indépendante. Créé en 1877, favorable

Antonio Padellaro, le journal

promotion du dialogue

à l’opposition toutes

rassemble des plumes venues de plusieurs horizons du journalisme italien autour d’une idée simple : la dénonciation résolue du “sultanat

Berlusconi. Huanqiu Shibao (Global Times), 2 000 000 ex., Chine, quotidien. Publication du groupe Renmin Ribao,

Kompas 450 000 ex., Indonésie, quotidien. Fondé en 1965 pour s’opposer à

Kompas 450 000 ex., Indonésie, quotidien. Fondé en 1965 pour s’opposer à

mondial et de la démocratie, créé par la figure emblématique de la société civile palestinienne Hanan Ashrawi. Le webzine est bilingue (anglais et arabe). Milliyet 360 000 ex., Turquie, quotidien. “Nationalité”, fondé en 1950, se veut un journal sérieux, mais publie parfois des photos alléchantes, comme son petit frère Radikal.

tendances confondues et par conséquent critique envers le gouvernement, le titre est l’un des trois quotidiens les plus lus du pays. De Standaard 95 000 ex., Belgique, quotidien. Lancé en 1918, le journal de référence de l’establishment flamand a pris ses distances, ces dernières années, avec le monde catholique tout

de référence de l’establishment flamand a pris ses distances, ces dernières années, avec le monde catholique

le Global Times (son sous-

la

presse communiste, écrit

Appartenant au puissant

et revient de loin : en 1979,

en conservant sa foi dans

titre) a, depuis 1993, un lectorat friand de reportages et d’analyses sur l’actualité internationale. Diffusé

en indonésien, “Boussole” est le plus grand quotidien national, la référence, avec des enquêtes de fond

groupe de presse Dogan Medya, il se situe au centre

son rédacteur en chef

le combat linguistique.

nationalement, il utilise son

réseau de correspondants à l’étranger pour produire une information de qualité, même si elle n’est pas toujours indépendante.

sur des faits de société et des reportages sur les îles “extérieures”, indonésiennes mais souvent oubliées par le centre, Java. Mail & Guardian

été assassiné par Ali Agca, l’homme qui a tiré sur le pape. Al-Mustaqbal 10 000 ex., Liban, quotidien. Fondé en 1999 et spécialisé dans

a

The Irrawaddy Myanmar,

41 000 ex., Afrique du Sud,

la

politique, “L’Avenir”

Tablet (tabletmag.com),

trimestriel. En décembre 2010, peu de temps après la libération de l’opposante

hebdomadaire. Fondé en 1985, sous le nom de Weekly Mail, le titre a été remis

appartient à l’empire médiatique de l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri

Etats-Unis. Lancé en 2009, ce quotidien en ligne, propriété de l’association

historique Aung San Suu

à

flot dans les années 1990

(assassiné le 14 février

Nextbook, s’intéresse

 

2005).

à l’actualité, aux idées

Al-Adab

Liban, bimensuel. Revue culturelle et artistique créée en 1953, “La littérature” propose des dossiers sur

Liban, bimensuel. Revue culturelle et artistique créée en 1953, “La littérature” propose des dossiers sur le monde des arts, de l’édition et de la pensée politique couvrant l’ensemble du monde arabe.

De gauche, laïque et antisioniste, elle s’attire de nombreuses critiques de la part des régimes arabes. Le dernier fait sa

une sur la révolution syrienne.

La Nación 185 000 ex., Argentine, quotidien. Fondé en 1870 par l’ex-président Bartolomé Mitre (1862- 1868), le titre est une

institution de la presse argentine destiné aux élites.

Il

internationale de qualité qui contribue à sa réputation. Ogoniok 67 000 ex., Russie, hebdomadaire. Après plus

d’un siècle d’une histoire mouvementée, “La Petite Flamme” se présente aujourd’hui comme un magazine d’informations générales et de reportages richement illustrés. Respekt 25 000 ex., République tchèque, hebdomadaire. Fondé en 1990 par les journalistes regroupés autour

présente une rubrique

et à la culture juives. Tehelka 100 000 ex., Inde, hebdomadaire. Créé en

2000, Tehelka était à l’origine un journal en ligne connu pour son indépendance. Devenu magazine en 2004,

il a bâti sa réputation grâce

à ses enquêtes sur la

corruption et est devenu une référence en révélant les scandales liés au trucage des matchs de cricket. De Volkskrant 310 000 ex. Pays-Bas, quotidien. Né en 1919, catholique militant pendant cinquante ans, “Le Journal du peuple” s’est laïcisé en 1965 et est aujourd’hui la lecture favorite des progressistes d’Amsterdam, bien qu’ils se plaignent beaucoup de sa dérive populiste.

la lecture favorite des progressistes d’Amsterdam, bien qu’ils se plaignent beaucoup de sa dérive populiste.

6 Courrier international | n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011

A suivre

| n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011 A suivre Italie Japon La zone
| n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011 A suivre Italie Japon La zone
| n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011 A suivre Italie Japon La zone
Italie Japon La zone euro en émoi Dans la nuit de lundi (19 septembre) à
Italie
Japon
La zone euro en émoi
Dans la nuit de lundi (19 septembre)
à mardi, l’agence de notation financière
américaine Standard & Poor’s a abaissé
d’un cran la note de la dette italienne
à long terme de A+ à A. Affaiblie par
de sombres perspectives de croissance,
la fragilité de la coalition au pouvoir et
les ennuis judiciaires de son président
du Conseil, “l’Italie paie le prix de la
grave crise de crédibilité qu’elle traverse”,
a commenté Il Sole-24 Ore. Cette
décision nourrit à nouveau les craintes
de contagion de la crise de la dette dans
la zone euro et pourrait amener Rome
la direction du parti Pravoïé delo (Cause
de droite), après une scission interne.
Son départ a provoqué un coup de
théâtre dans une campagne électorale
plutôt morne, à moins de trois mois du
scrutin du 4 décembre. “La fin du projet
politique de Mikhaïl Prokhorov fut aussi
brusque que son démarrage”, estime
le quotidien Nezavissimaïa Gazeta.
Le milliardaire avait été élu à la tête
de Pravoïé delo le 25 juin, avec l’aval
du Kremlin. L’industriel a mis son
éviction sur le compte de Vladislav
Sourkov, le chef adjoint de
l’administration présidentielle.
Allemagne
à prendre de nouvelles mesures
de rigueur. Le Parlement italien avait
adopté le 14 septembre un plan
d’austérité de 54,2 milliards d’euros
devant permettre d’atteindre
l’équilibre budgétaire en 2013 et
de réduire la dette colossale du pays,
équivalente à 120 % de son produit
intérieur brut.
Berlin : La Gauche
sur une voie de garage
Manifestation Soixante mille personnes se sont
rassemblées à Tokyo pour réclamer l’abandon de l’énergie
nucléaire, sous le mot d’ordre “Sayonara Genpatsu”
(Adieu à l’énergie atomique).
Colombie
Des services
pas si secrets
de prison de l’ancien directeur Jorge
Noguera, l’hebdomadaire Semana
soulève un nouveau lièvre : la base
de données de l’agence – listes d’agents,
documents classés “sécurité nationale” –
serait en vente depuis quelques années
“au marché noir”. Documents
à l’appui, l’hebdomadaire affirme
que des informations clés “ont été
vendues à des groupes de narcotrafiquants,
de guérilla et même à un gouvernement
étranger”. Le gouvernement a annoncé
la création d’une nouvelle agence de
renseignements à partir du 31 octobre.
Les scandales concernant
Malaisie
le Département administratif
de sécurité (DAS), le principal service
de renseignements colombien,
et ses agissements illégaux pendant la
présidence d’Alvaro Uribe (2002-2010)
n’en finissent plus d’éclater.
Après l’affaire des écoutes illégales,
puis celle des liens de l’organisme
avec les groupes paramilitaires,
qui ont abouti le 17 septembre
Sorti vainqueur des urnes
le 18 septembre avec plus de 28 %
des suffrages exprimés, devant la CDU
(23,4), les Verts (17,6), Die Linke [La
Gauche] (11,7) – et le Parti des pirates
(8,9), qui se propulse pour la première
fois dans un Parlement régional –,
le maire social-démocrate de la capitale,
Klaus Wowereit, n’a que l’embarras du
choix pour former sa nouvelle coalition.
“L’alternative, résume la Frankfurter
Allgemeine, est de s’allier soit aux Verts,
soit à la CDU [parti d’Angela Merkel].
La préférence des Berlinois va aux
premiers.” En attendant l’issue
de difficiles négociations, La Gauche –
qui passe dans l’opposition après dix ans
de coalition avec Klaus Wowereit –
et son organe, Neues
Deutschland, voient
poindre un congrès
houleux les 21-23
octobre à Erfurt :
La meilleure démocratie
du monde ?
de renouveler chaque année leur
licence. En vertu de l’ISA, hérité
de la colonisation britannique, tout
suspect peut être détenu indéfiniment
sans procès. Une arme souvent utilisée
par le pouvoir à l’encontre de
ses opposants. Son abrogation
est destinée à faire de la Malaisie
“la meilleure démocratie du monde”,
selon les termes du chef
de gouvernement. Reste qu’à l’image
du webzine Free Malaysia Today,
beaucoup doutent de sa sincérité
puisque deux autres textes – “semble-t-il
tout aussi draconiens” – remplaceront
l’ISA. Au bout du compte, Najib
chercherait à gagner des voix avant
d’appeler à des élections anticipées.
Russie
Le Premier ministre, Najib Abdul
Razak, a annoncé le 15 septembre,
jour de la fête nationale, l’abrogation
prochaine de la loi de sécurité
intérieure (Internal Security Act, ISA),
de trois autres mesures d’urgence, ainsi
que de l’obligation faite aux journaux
Un milliardaire évincé de
la course aux législatives
à la condamnation à vingt-cinq ans
Mikhaïl Prokhorov, patron du groupe
Oneksim et troisième fortune de Russie,
a annoncé le 15 septembre qu’il quittait
“Die Linke est sur
une voie de
garage.”
Les
Pirates,
eux, se
félicitent
de leur
percée au
grand jour.
Agenda
28 septembre-2 octobre.
Festival de musique
Waves Vienna
(www.wavesvienna.com),
à Vienne. En plus du
classique, qui fait sa
réputation, la capitale
autrichienne s’engage
dans la pop, l’électro et
le rock, notamment du centre
et de l’est de l’Europe.
80 concerts sont programmés.
22-25 septembre
Le pape Benoît XVI effectue
sa première visite officielle
en Allemagne. La contestation
s’organise pour l’accueillir,
relate Die Tageszeitung.
22 septembre
27 septembre
Autriche
Il n’y a pas
que la valse…
Réunion des BRICS – Brésil,
Russie, Inde, Chine et Afrique
du Sud – à Washington.
Le Brésil proposera d’apporter
des fonds au FMI pour aider
la zone euro.
22 septembre. Les ministres
européens de l’Intérieur
se réuniront pour trancher
sur l’entrée de la Bulgarie
et de la Roumanie dans
l’espace Schengen. Le 16,
les Pays-Bas ont annoncé
qu’ils y opposeraient
leur veto.
Le mouvement d’opposition
géorgien Forum national
appelle à manifester dans la
capitale, Tbilissi, dans le cadre
d’une “Marche des Géorgiens”
devant rassembler tous
les mécontents du régime
24
septembre
du président Saakachvili.
Rencontre au sommet
du président russe Dmitri
Medvedev et de l’ukrainien
Viktor Ianoukovitch, autour
du dossier brûlant
des accords gaziers entre
les deux pays.
27 septembre.
Le gouvernement espagnol
de Zapatero dissoudra
le Parlement ce jour-là, en vue
des élections anticipées
du 20 novembre.
KAMOSHIDA/ZUMA/CORBIS - BARRETO/AFP - SCHREIBER/AP/SIPA - JACOBSON/CORBIS

mgen.fr

Photos : © Jean-Pierre Salle - 15425

A la MGEN, nous protégeons chaque jour 3,5 millions de personnes. Pour nous, la solidarité est essentielle. Ainsi, quand les dépenses de santé des uns sont peu élevées, tous ceux qui en ont le plus besoin peuvent bénéficier d’une meilleure prise en charge. C’est cela, être la référence solidaire !

en charge. C’est cela, être la référence solidaire ! MUTUELLE SANTÉ • PRÉVOYANCE • DÉPENDANCE •
en charge. C’est cela, être la référence solidaire ! MUTUELLE SANTÉ • PRÉVOYANCE • DÉPENDANCE •
en charge. C’est cela, être la référence solidaire ! MUTUELLE SANTÉ • PRÉVOYANCE • DÉPENDANCE •

MUTUELLE SANTÉ PRÉVOYANCE DÉPENDANCE RETRAITE

MGEN, Mutuelle Générale de l’Education nationale, n°775 685 399, MGEN Vie, n°441 922 002, MGEN Filia, n°440 363 588, mutuelles soumises aux dispositions du livre II du code de la Mutualité - MGEN Action sanitaire et sociale, n°441 921 913, MGEN Centres de santé, n°477 901 714, mutuelles soumises aux dispositions du livre III du code de la Mutualité.

8 Courrier international | n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011

Les gens

Bernard Hogan-Howe

Un dur à Scotland Yard

L a désignation du nouveau chef de

Scotland Yard était très attendue,

après la démission en juillet de Paul

Stephenson, embourbé dans le

scandale des écoutes téléphoniques

de News International. Dans ce

contexte, l’arrivée, le 12 septembre, de Bernard Hogan-Howe, 53 ans, constitue un “retour aux fondamentaux”, selon l’expression de The Times. “M. Hogan-Howe, affirme le quotidien

conservateur, est partisan d’une police recentrée sur ses missions fondamentales et il a immédiatement marqué son territoire comme un adversaire du crime. ‘Je compte m’appuyer sur la confiance du public envers la police et je veux être à la tête d’un corps redouté des criminels, pour lequel on sera fier de travailler’, a-t-il déclaré.” Comme le rappelle The Times, “No nonsense policing” [police droit au but, sans fioritures]

a été sa marque de fabrique et la formule a été

appliquée avec des résultats probants lorsqu’il était chef de la police de Merseyside [comté

de Liverpool], son poste le plus en vue à ce jour.

Il a pris le commandement d’une police mal

en point en 2004 et mené une “guerre totale contre le crime” dont le succès fut immédiat et tangible. The Guardian, quotidien de centre gauche, indique qu’en cinq ans Bernard Hogan- Howe est parvenu à réduire la criminalité de 29 % et la délinquance de 25 %. Il a diminué les effectifs administratifs et augmenté le nombre d’officiers sur le terrain. Pour The Times, “ce n’était pas seulement des slogans : M. Hogan-Howe a mis en place la première unité criminelle, Matrix, affectée à la lutte contre la détention illégale d’armes à feu, qui s’est attaquée directement aux bandes du crime organisé de Liverpool”. D’après The Guardian, Hogan-Howe “lorgne depuis longtemps le poste suprême à Scotland

Bernard Hogan- Howe. Dessin de Schrank (Londres) pour Courrier international.
Bernard Hogan-
Howe. Dessin
de Schrank
(Londres) pour
Courrier
international.

Yard”. Ses bons rapports avec le parti au pouvoir ne sont pas étrangers à sa désignation. “Après avoir échoué à devenir chef de Scotland Yard en 2008, écrit The Times, M. Hogan-Howe a été nommé inspecteur général de la police, chargé notamment de suivre les performances de Scotland Yard. Alors que d’autres partaient en croisade contre les coupes budgétaires, il a cultivé de bonnes relations de travail avec les têtes pensantes et les politiciens conservateurs.” Mais son approche ne plaît pas à tout le monde. “M. Hogan-Howe est connu pour son style direct, parfois sans pitié, rapporte The Times. S’il a gagné des applaudissements, il s’est aussi fait des ennemis. Un

Sa légitimité est faible dans les rangs de la police

officier de police a déclaré : ‘Je suppose que soit on l’aime, soit on le déteste. Quant à moi, ce n’est décidément pas ma tasse de thé.’Le défi pour le “troisième chef de Scotland Yard en trois ans” est de “rebâtir une police où morale et crédibilité ont été en chute libre ces derniers mois, entre les écoutes téléphoniques et les critiques politiques sur la réponse précipitée aux émeutes du mois dernier”, écrit le quotidien conservateur. Mais sa tâche s’annonce difficile. Sa légitimité auprès des forces de police est faible ; celles-ci préféraient son concurrent Hugh Orde, président de l’association des officiers de police, écarté pour n’avoir pas été assez docile envers les politiques. Hogan-Howe apparaîtrait donc comme un pion des conservateurs. Juste après sa désignation, un des plus hauts officiers de police, Ian McPherson,

a annoncé sa démission.

Pour couronner le tout, il devra mener

à

des effectifs amputés, dans un contexte de réduction des déficits. “Nous adressons nos meilleurs vœux à M. Hogan-Howe, mais cette nomination est un cadeau empoisonné”, conclut The Guardian.

bien sa mission avec des budgets et

conclut The Guardian. bien sa mission avec des budgets et Ils et elles ont dit Rick

Ils et elles ont dit

Rick Perry, candidat à l’investiture républicaine Transformé “Je continue à croire que le gouvernement Obama
Rick Perry, candidat à
l’investiture républicaine
Transformé
“Je continue à croire que
le gouvernement Obama
est socialiste”, explique
le politicien – qui était
démocrate dans
sa jeunesse.
(Time, New York)
[voir article p. 32]
politique, médiatique,
judiciaire, patrimoniale
comme moi”, se plaint-il
dans une lettre ouverte
alors que la presse publie
de nouvelles informations
embarrassantes sur
ses frasques sexuelles.
(Il Foglio, Milan)
femme pour ce qu’il est :
une tentative désespérée
de gagner la sympathie
de l’opinion française.”
A propos de l’interview de
Strauss- Kahn sur TF1.
(The New York Times, Etats-
Unis)
semaines plus tôt par
les forces anti-Kadhafi.
(Elaph, Londres)
Silvio Berlusconi,
président du
Conseil italien
Martyrisé
“Aucun homme
d’Etat n’a été
l’objet d’une
agression
Douglas Wigdor,
avocat de
Nafissatou Diallo
Dénonciateur
“Nous sommes
convaincus que
les gens auront
pris cet entretien
réalisé par une
amie de sa
Leila Terhouni,
institutrice libyenne
Enchantée
“Allah, Révolution,
Sarkozy !” a-t-elle scandé
sur l’ancienne place Verte,
rebaptisée place de
Libération, à Tripoli, lors
de la visite du président
français dans la capitale
libyenne, reprise quelques
Hans Küng, théologien
allemand
Exaspéré
“Je me demande si nous
ne sommes pas entrés
dans une phase de
poutinisation de l’Eglise
catholique.” A la veille de
la visite officielle du pape
en Allemagne, du 22 au
25 septembre, cet adepte
du concile Vatican II
critique la “politique
de restauration” prônée
par Benoît XVI.
(Der Spiegel, Hambourg)
Brian T. Moynihan, PDG
de Bank of America
Cynique
“On ne doit pas être
le plus grand, mais
le meilleur.” Son projet
de réduire les coûts
de 5 milliards de dollars
(environ 3,6 milliards
d’euros) par an d’ici à 2014
pourrait provoquer
30 000 licenciements.
(International Herald
Tribune, Paris)
Jan Tomaszewski,
ex-footballeur polonais
Sympathique
“Et dire qu’il enfile le
maillot avec l’aigle blanc,
celui pour
lequel
nous,
les vrais
Polonais,
avons
gagné des
médailles. Une
ordure française qui n’a
pas réussi chez elle…”
Candidat aux législatives
du 9 octobre sur la liste
de Droit et justice, le parti
des frères Kaczynski, il
s’attaque à Damien Perquis,
fraîchement naturalisé
et devenu membre de
l’équipe nationale polonaise.
(Gazeta Wyborcza,
Varsovie)
J. BRINON /AP/ SIPA - DR

10 Courrier international | n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011

En couverture

Palestine Le pari de l’indépendance Le 23 septembre, Mahmoud Abbas dépose à l’ONU une demande
Palestine
Le pari de l’indépendance
Le 23 septembre, Mahmoud Abbas dépose à l’ONU
une demande officielle de reconnaissance de
l’Etat de Palestine. Une initiative qui déchaîne
les passions. Les Israéliens sont furieux,
les Européens inquiets pour la plupart.
Washington soutient les Israéliens.
Les Palestiniens, tout en saluant le
courage de leur président, sont
sceptiques.
A Hébron, en
Cisjordanie, des
soldats israéliens
contrôlent un
enfant palestinien.
HASHLAMOUN/REUTERS

Courrier international | n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011 11

Aller à l’ONU ou non ? Ce n’est plus la question

La décision palestinienne de s’adresser aux Nations unies suscite bien des débats, s’attire des critiques et récolte des encouragements. Mais l’heure n’est plus aux hésitations.

Miftah, Ramallah

L e célèbre monologue de Hamlet m’a inspiré ces quelques lignes qui résument la requête palesti- nienne auprès des Nations unies. “Y aller ou ne pas y aller, telle est la question./Faut-il donc souffrir patiem-

ment cette triste occupation/L’injure des check-points et le mur de séparation ?/Faut-il encore souffrir d’in- utiles négociations ?/Ou porter notre cas devant toutes les nations ?/Y aller ou ne pas y aller, telle n’est plus la question.” Alors que le “printemps arabe” occupe encore une place de choix dans l’actualité avec le procès de Moubarak et les incertitudes sur le sort de Kad- hafi, les Palestiniens ont été accaparés par leur requête auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU). Déclarations, débats, sondages, analyses et articles ont largement couvert le sujet sous tous les angles ; le pour et le contre, les dilemmes et les perspectives, l’espoir et le décou- ragement, les déceptions et les futilités, tout a été

passé au crible. La question d’y aller ou de ne pas

y aller n’est pourtant plus d’actualité puisque l’Au-

torité palestinienne, acculée par l’échec du pro- cessus de paix et l’inutilité des négociations, qui durent depuis plus de dix-huit ans, a pris la déci- sion d’y aller. Pourtant, une chose est sûre, cette initiative

est loin de faire l’unanimité chez les Palestiniens. Comment l’ONU, qui a créé le problème en pro- cédant à une partition injuste de la Palestine en 1948 et qui s’est jusqu’à présent montrée inca- pable de contraindre Israël à appliquer la moindre résolution – émanant de ses propres instances

– concernant les Palestiniens, pourrait-elle être

crédible ? Comment les Palestiniens pourraient- ils lui faire confiance pour réaliser leur rêve de libération et d’indépendance ? Comment ne pas comprendre que de nombreux Palestiniens, notamment ceux de la diaspora et des camps de réfugiés, redoutent que leurs droits inaliénables et surtout leur droit au retour ne deviennent jamais une réalité ? Mais pourquoi Israël est-il si hostile à cette initiative ? Rappelons qu’Israël n’a jamais voulu reconnaître qu’il occupait la Cisjordanie, Jérusa- lem-Est et la bande de Gaza, pourtant reconnus par la communauté internationale comme “ter- ritoires occupés” dès 1967. Au départ, Israël les considérait comme des “territoires administrés” et, plus tard, quand les négociations ont com-

Portraits Trois hommes clés Javier Solana Le socialiste espagnol Javier Solana, ancien haut représentant pour
Portraits
Trois hommes clés
Javier Solana
Le socialiste
espagnol Javier
Solana, ancien haut
représentant pour la
politique étrangère
et de sécurité
commune (PESC) de
l’Union européenne,
défend depuis
des années la
reconnaissance
de l’Etat palestinien.
En octobre 2009,
il avait affirmé que le
futur Etat palestinien
devrait être établi
en respectant
les frontières de 1967
(année de
l’occupation
israélienne), rappelle
le quotidien La
Vanguardia. Dans
une tribune publiée
le 19 septembre dans
le journal El País
et signée avec Martti
Ahtisaari, ancien
président de la
Finlande et Prix Nobel
de la paix, Javier
Solana incite les
Européens à voter oui
à la reconnaissance
de l’Etat palestinien
et souligne les risques
qu’il y aurait à “ne pas
soutenir les droits
des Palestiniens alors
qu’ils les défendent
dans d’autres pays”.
Affaires étrangères
dans le cabinet
de Benyamin
Nétanyahou. Né en
1958 en Moldavie
soviétique, où il aurait
été videur de boîte de
nuit, Lieberman arrive
en Israël à l’âge
de 20 ans. Il rejoint le
Likoud, le grand parti
de droite, avant de
fonder en 1999 son
propre parti, Israël
Beiteinou (Israël
notre maison,
russophone droite
ultra). Son hébreu
hésitant ne l’a pas
empêché lors
des législatives de
février 2009 d’obtenir
15 sièges sur 120,
hissant sa formation
au rang de troisième
parti d’Israël, après
le Likoud et Kadima.
Ultranationaliste,
connu pour ses
sorties scandaleuses
contre les Arabes,
il est dénoncé comme
fasciste par la gauche
israélienne.
Salam Fayyad
Premier ministre
de l’Autorité
palestinienne depuis
juin 2007, Salam
Fayyad, né en 1952
à
Naplouse (nord de
la Cisjordanie), est
un économiste formé
aux Etats-Unis. En
août 2009, Fayyad
dévoile un plan qui
prévoit de mettre fin
à
la dépendance
Avigdor Lieberman
En mai 2009, fort de
son succès électoral
qui le place en
position de faiseur
de roi, Avigdor
Lieberman obtient
le portefeuille des
de l’économie
palestinienne
vis-à-vis d’Israël.
Son objectif est
d’engager les
Palestiniens sur la
voie de l’édification
d’un Etat plutôt que
de s’essouffler dans
un combat contre
l’occupation. Le plan
de Fayyad prévoyait
la création d’un Etat
indépendant
en 2011.
CAJAS, PISMESTROVIC, BLEIBEL

Procédures et enjeux du vote aux Nations unies

Le 23 septembre, le

président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, déposera à l’Assemblée générale des Nations unies une demande d’adhésion de

la Palestine en tant

qu’Etat membre. Une demande de reconnaissance au Conseil de sécurité n’a aucune chance d’aboutir, les Etats-Unis

ayant déjà déclaré qu’ils

y opposeraient leur

veto. A défaut d’une décision positive au Conseil de sécurité, les Palestiniens peuvent s’adresser à l’Assemblée générale (AG) pour changer leur statut actuel d’“entité avec statut d’observateur” en celui d’“Etat observateur”. Ils peuvent compter sur une confortable majorité en faveur de leur cause, entre 120 et 150 Etats sur les 193 que comptent les Nations unies. Le statut d’Etat observateur permet

l’adhésion à part entière

à toutes les instances

des Nations unies, comme l’Unesco et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), où les Palestiniens ne siègent aujourd’hui qu’en tant qu’observateurs, et ouvrirait la possibilité de se pourvoir devant

la Cour pénale internationale (CPI). En revanche, le statut d’Etat observateur n’a pas d’incidence sur les frontières, lesquelles ne pourront être arrêtées que

par un accord entre Israéliens et Palestiniens.

mencé après les accords d’Oslo, en 1993, Israël y faisait référence comme des “territoires dispu- tés”, puisqu’ils n’avaient jamais été indépendants. Evidemment, Jérusalem-Est a été unilatérale- ment annexé et exclu des négociations. Israël se targue d’avoir acquis ces territoires à la loyale lors d’une guerre lancée par les pays arabes en 1967. Sans parler de ce droit divin qu’Israël a toujours invoqué pour revendiquer la totalité d’”Eretz Israël” [la Terre d’Israël]. Selon cette croyance, ces territoires sont des territoires libérés et c’est

donc Israël qui fait les concessions les plus dou- loureuses en donnant aux Palestiniens une partie de ses terres. Avec ce genre de logique, et toutes les nouvelles réalités qu’Israël a créées sur le ter- rain par le biais de l’administration et des colo- nies de peuplement militarisées, il est devenu flagrant qu’il n’y a pas de place pour un Etat pales- tinien à côté de l’Etat d’Israël, contrairement à

ce qu’on a voulu faire croire aux Palestiniens au moment des accords d’Oslo. Ce qui est vraiment déroutant et décevant, c’est la réaction de l’administration américaine. Si elle était intéressée par la paix et la stabilité dans la région autant que par la sécurité d’Is- raël, ce que le président Obama, comme ses pré- décesseurs, ne cesse de clamer, les Etats-Unis devraient être les premiers à approuver le prin- cipe d’un Etat palestinien. Il est d’ailleurs à ce titre fort intéressant de se souvenir des propos tenus par Obama lors de son discours devant les Nations unies en septembre 2010 : “Le monde est prêt à un accord qui conduira à la création d’un nouvel Etat palestinien l’année prochaine.” Le pré- sident des Etats-Unis a apparemment la mémoire courte parce que, sans même avoir vu les détails de la demande palestinienne ou essayé de parvenir à cet accord dont il avait

parlé, il a envoyé deux de ses émissaires, Dennis Ross et David Hale, pour convaincre le prési- dent de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, de changer d’avis. Pourquoi tant d’acharnement ? Abbas a déjà été suffisamment humilié au moment des négo- ciations. Chaque fois il menaçait de ne pas retour- ner à la table des négociations et chaque fois l’administration américaine intervenait. Pour ne pas saboter les négociations, les Palestiniens ont fait plus de concessions que quiconque dans le conflit. Obama lui-même a goûté aux fruits amers de l’humiliation quand le Premier ministre israé- lien, Benyamin Nétanyahou, a catégoriquement refusé de cesser l’installation de colonies de peu- plement [en mars 2010, alors que le vice-prési- dent américain Joe Biden était en visite officielle en Israël]. Non seulement Obama s’est incliné, mais il a en outre réagi en promettant des aides supplémentaires et une offre militaire très atti- rante pour Israël. Mais si l’Autorité palestinienne envisage simplement d’aller aux Nations unies, l’organisme le plus à même de résoudre les pro- blèmes internationaux – mais aussi d’en créer –, l’administration américaine menace de lui couper les vivres. C’est une honte. Est-ce pour ce genre de démocratie que les Etats-Unis sont prêts à faire la guerre ? J’espère que ce grand pays continuera à être une terre d’asile pour les personnes oppri- mées qui y ont trouvé refuge ainsi qu’une chance de pouvoir mener une vie plus paisible. Mais peut- on encore y croire ? Samia Khoury

12 Courrier international | n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011

En couverture Palestine

En cas d’échec, pas de plan B

Les dirigeants palestiniens ont tout misé sur les négociations sans se ménager de solutions de repli. Pour un résultat décevant, note un écrivain palestinien, ancien membre de l’OLP.

Amin Ramallah

L e compte à rebours a commencé pour ce que les dirigeants palesti- niens appellent “l’accomplissement de septembre”, c’est-à-dire la recon- naissance d’un Etat palestinien membre à part entière de l’ONU,

qu’ils comptent arracher lors d’un vote à l’As- semblée générale [le 23 septembre]. Une partie des Palestiniens considèrent que cela constitue- rait une victoire politique et diplomatique face à Israël et rééquilibrerait le conflit israélo- palestinien puisqu’il le transformerait en conflit entre deux Etats. De plus, font-ils valoir, ce serait un pied de nez aux interminables et stériles négo- ciations par lesquelles Israël épuise les Palestiniens.

Toutefois, ce recours à l’ONU ne fait pas l’unanimité. Beaucoup pensent que c’était la seule issue pour la direction palestinienne, qui s’est retrouvée dans l’impasse après avoir misé vingt ans durant sur les seules négociations sans se ménager d’autres options politiques. Ces mêmes voix critiques pensent par ailleurs qu’un succès à l’ONU risque de réduire le dia- mètre de la question palestinienne aux seuls Ter- ritoires de Cisjordanie et de Gaza, c’est-à-dire aux Territoires palestiniens de 1967, à l’exclusion de ceux de 1948 et du problème des réfugiés, autre- ment dit de sonner la fin de l’OLP [Organisation de libération de la Palestine] en tant que repré- sentant de l’ensemble du peuple palestinien. D’autre part, cette initiative se heurte à une opposition obstinée de la part d’Israël et des Etats-Unis. Les Américains menacent d’inter- rompre leurs aides financières à l’Autorité pales- tinienne, et les Israéliens de ne plus travailler dans le cadre des accords d’Oslo [accords de paix signés en 1993] (comme si cela ne faisait pas longtemps qu’ils s’en affranchissaient) ou de ne plus rever- ser les droits de douane à l’Autorité. [Israël col- lecte les droits de douane pour le compte de

Les Territoires palestiniens CISJORDANIE Ligne de cessez-le-feu du 4 juin 1967 Zone sous contrôle total
Les Territoires palestiniens
CISJORDANIE
Ligne de cessez-le-feu
du 4 juin 1967
Zone sous contrôle total
ou partiel de l’Autorité
palestinienne
Zone sous contrôle israélien
Jénine
Jérusalem-Est
Tulkarem
No man’s land
Mur de séparation (juillet 2010)
Naplouse
Construit ou en construction
En projet
KalkiliyaKalkiliya Kalkiliya
Colonies (juillet 2010)
Colonie
Principaux postes avancés
BANDE DE GAZA
CISJORDANIE
Ligne d’armistice de 1949
Zone tampon
ou d’accès limité
Ramallah
Mer
Jéricho
Méditerranée
ISRAËL
EstEst Est
OuestOuest Ouest
Jérusalem
Bethléem
Gaza
Mer
BANDE
Morte
DE GAZA
Hébron
Khan
Younès
ISRAËL
Rafah
20 km
ÉG.
Jo
urdai
n
JORDANIE
Source : United Nations for the Coordination of Humanitarian Affairs (UNOCHA)

Un processus de paix moribond

2000 Echec, en juillet, du sommet de Camp David et déclenchement, en septembre, de la deuxième Intifada

(2000-2005).

Janvier 2001 Pourparlers à Taba (Egypte) mais l’année s’achève par des raids israéliens dans les Territoires palestiniens. Mars 2002 l’Arabie saoudite propose un plan de paix prévoyant une normalisation entre le monde arabe et Israël en échange d’un retrait d’Israël des territoires occupés en 1967. Décembre 2003 l’Israélien Beilin et le Palestinien Abed Rabbo lancent l’Initiative de Genève, un plan de règlement global. Août 2005 les colons israéliens sont évacués de la bande de Gaza en application d’une décision unilatérale

israélienne. Novembre 2007 Le Premier ministre israélien Ehoud Olmert et Mahmoud Abbas s’engagent à conclure un traité de paix avant la fin 2008.

14 juin 2009

Benyamin Nétanyahou – revenu au pouvoir le 31 mars 2009 – accepte l’idée d’un Etat palestinien, mais pose des conditions, rejetées par l’OLP. En septembre, un moratoire de dix mois sur la construction de nouveaux logements dans les colonies de Cisjordanie est accepté par le gouvernement israélien. 3 septembre 2010

Sommet israélo-

palestinien à Washington dans un climat de scepticisme général. Mai 2011 Rapprochement entre le Fatah et le Hamas, sous l’égide de l’Egypte de l’après-Moubarak. En juin, Mahmoud Abbas affirme que les Palestiniens sont déterminés à réclamer le statut de membre à part entière pour leur Etat aux Nations unies.

23 septembre

Dépot de la demande d’adhésion de la Palestine auprès de l’ONU.

l’Autorité et doit normalement les lui reverser. Plusieurs fois déjà, ces versements ont été sus- pendus ou assortis de conditions.] Car Israël considère que tout succès des Palestiniens sur la scène internationale, si minime soit-il, ira néces- sairement à l’encontre de ses propres intérêts. Mais revenons aux Palestiniens. Pour eux, l’essentiel est de comprendre qu’un succès à l’ONU entraînera de nouveaux défis. La recon- naissance onusienne se fera au profit de l’Auto- rité et non de l’OLP. Cela signifiera d’une part la fin politique de l’OLP, d’autre part la limitation de la compétence de l’Autorité aux seuls terri- toires sur lesquels sa souveraineté aura été inter- nationalement reconnue. Que cela signifie-t-il pour les réfugiés [pales- tiniens dans les pays arabes] ? Auront-ils la natio- nalité de ce nouvel Etat ? En seront-ils des ressortissants à l’étranger ? Seront-ils toujours considérés comme des Palestiniens ? Seront-ils exclus de l’équation politique, à l’instar des Pales- tiniens de 1948 [les “Arabes israéliens”, qui sont restés sur place lors de la création d’Israël, en 1948] ? Qu’adviendra-t-il de leur revendication du droit au retour ? La reconnaissance d’un Etat palestinien ne

signifiera pas la fin de l’histoire, ni la fin de la lutte pour la libération nationale. Elle exigera en revanche qu’on réfléchisse à la manière d’éviter qu’elle ne se solde par une énième catastrophe.

A ce propos, il faut rappeler quelques précédents

peu concluants : en 1993, la reconnaissance de l’Autorité palestinienne dans le cadre des accords d’Oslo a été insatisfaisante, humiliante et préju- diciable aux Palestiniens, puisqu’elle a réduit le vaste mouvement national en Autorité étriquée, aux compétences limitées et vivant sous occupa- tion. Et cela sans qu’on désigne Israël comme force occupante, ce dont les Palestiniens paient encore le prix vingt ans plus tard. Envisageons ce qui se passerait en cas d’échec du vote à l’ONU, ce qui ne ferait plaisir à aucun patriote palestinien puisque ce serait un succès pour Israël. La direction palestinienne ne semble pas avoir prévu de plan B pour parer à cette éven- tualité. Le président de l’Autorité, Mahmoud Abbas, continue de répéter que “la première, la deuxième et la troisième option sont de négocier”. Bref, que l’initiative réussisse ou échoue, cela ne changera rien au manque de perspicacité poli- tique des dirigeants palestiniens, au fait qu’ils ont tout misé sur la seule stratégie des négociations sans se ménager de solutions de repli, ni au fossé qui s’est creusé entre eux et la société, ce qui les empêche de s’appuyer sur une légitimité popu- laire pour faire valoir leur point de vue. Ne nous laissons pas emporter par l’opti- misme, ni abattre par le pessimisme. Rappelons- nous qu’on n’en est pas à la première initiative qui ne tienne pas ses promesses. Les accords d’Oslo avaient prévu une “période transitoire” qui devait s’achever en 1999. L’année est passée sans que quelque chose se passe. Ensuite, en 2000 et en 2001, les négociations de Camp David et de Taba n’ont rien donné. En 2002, Bush nous a sorti la

“feuille de route”, qui n’a mené nulle part. Puis il y eut les accords d’Annapolis, en 2007 et 2008, qui furent emportés par le vent. Quoi qu’il advienne

le 23 septembre, le peuple palestinien continuera

de lutter pour ses droits. Majed Kayali

Courrier international | n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011 13

Le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclame l’indépendance d’Israël, qui a aussi suscité beaucoup
Le 14 mai
1948, David
Ben Gourion
proclame
l’indépendance
d’Israël, qui
a aussi suscité
beaucoup
d’inquiétudes.
ROBERT CAPA/MAGNUM

Un Etat qui inquiète déjà

Les Israéliens sont horrifiés par la démarche palestinienne, et la tension monte sur le terrain.

extrémistes ont vandalisé des mosquées [et arra- ché des pieds de vigne plantés par les Palesti- niens] et une base militaire israélienne. Des diplomates américains étaient à Ramal- lah début septembre pour mettre en garde Mahmoud Abbas contre les conséquences imprévues de cette demande à l’ONU. Si l’Au- torité palestinienne vacille, c’est le Hamas qui viendra combler le vide, et le seul moyen d’avancer était, selon eux, de reprendre des négociations directes. “Les Américains tiennent à préserver le cadre existant”, fait remarquer un diplomate d’un autre pays. “Mais beaucoup leur disent : ‘Ce cadre exis- tant n’a donné aucun résultat. Il est temps d’avan- cer.’” Parmi ceux-là figurent en première ligne les Français, y compris le président Nicolas Sarkozy, qui affirment en privé que le processus d’Oslo [accord de paix israélo-palestinien], qui encadre depuis 1993 les rapports israélo-palestiniens, est arrivé à son terme. L’heure est aux négociations bilatérales entre deux Etats, entre Israël et une future Palestine, insistent-ils. Des diplomates français assistent ainsi les Palestiniens dans l’éla- boration d’une résolution onusienne qui définit l’Etat palestinien dans les frontières de 1967, avec en plus des échanges de territoires fondés sur des accords avec Israël, mais qui ralentit aussi le processus de reconnaissance bilatérale entre un Etat palestinien et d’autres Etats. Ce dernier point a pour objet de convaincre les Alle- mands, jusque-là peu enthousiastes. Les Euro- péens se disent persuadés qu’il est important qu’ils soient unanimes sur cette question. De leur côté, les Israéliens sont horrifiés. Abandonner Oslo, estiment-ils, c’est détruire

tout espoir de négociation, car cela revient à jeter aux orties la base juridique du dialogue. Si une résolution des Nations unies vient effectivement définir la Palestine dans les frontières de 1967, elle définira du même coup 500 000 Israéliens [établis dans les colonies juives en Cisjordanie] comme des occupants. “Si les Palestiniens vont à l’ONU, cela marquera le début du long enterrement du processus de paix et des négociations”, a averti Yuli Edelstein, le ministre israélien de l’Infor- mation et de la Diaspora. “Le statut d’‘Etat’nous ouvrira bien des portes”, souligne pour sa part Ammar Hijazi, un respon- sable palestinien. En effet, si les Palestiniens présentent leur demande le 23 septembre pour un vote dans les deux semaines qui suivent, une fois admise (car elle le sera à coup sûr), la Pales- tine entrera aussi dans toutes les juridictions internationales. Cela fait près de deux ans que les Palestiniens cherchent à accéder à la Cour pénale internationale de La Haye, et son procu- reur, Luis Moreno Ocampo, a fait savoir qu’une reconnaissance par l’Assemblée générale pour- rait faire la différence. Les Palestiniens seraient alors en droit de saisir la justice contre des res- ponsables israéliens, notamment à propos de la construction de colonies en Cisjordanie, jugée illégale. Et c’est probablement ce qui inquiète le plus les Israéliens. Mais certains estiment que les Palestiniens devraient eux aussi s’inquiéter. Le statut d’Etat et de membre de juridictions internationales s’accompagne également d’obli- gations qu’ils seront bien en peine de respecter. On pourrait, par exemple, leur demander des comptes dès lors qu’une roquette a été envoyée de Gaza [sur Israël]. Ethan Bronner

The New York Times New York De Ramallah (Cisjordanie)

A lors que les Palestiniens s’ap- prêtent à défier le gouverne- ment Obama en demandant la reconnaissance de leur Etat et leur adhésion aux Nations unies, beaucoup redoutent de

plus en plus que le conflit israélo-arabe n’entre dans une nouvelle phase explosive. “Israël doit déjà faire face à l’hostilité de l’Egypte, de la Turquie et de Gaza”, constate un diplomate occidental expérimenté. “Le pays réagira certainement à une offensive pour un Etat palestinien par des mesures punitives en Cisjordanie. Le Congrès américain cou- pera certainement ses aides aux Palestiniens. L’Au- torité palestinienne pourrait s’effondrer. Il se peut que nous allions droit à la catastrophe.” Ce à quoi les Palestiniens répondent que leur vie est depuis longtemps une catastrophe – à cause des Israé- liens, de la colonisation et de l’occupation – et que le temps est venu de changer radicalement de méthode. Leur demande aux Nations unies, assurent- ils, et leur adhésion, du même coup, aux grandes instances du droit international, s’accompa- gneront d’une relance des négociations dans un cadre mieux défini. En réalité, personne ne sait ce qu’il en sortira. Les détails de la demande d’adhésion aux Nations unies sont encore à pré- ciser et la suite des événements tient de la partie de poker. Sur le terrain, toutefois, certains pré- sages n’annoncent rien de bon. L’armée israé- lienne procède à des exercices de simulation en tenue pour faire face à d’éventuelles émeutes palestiniennes. La semaine dernière, des colons

Point de vue

 

La reconnaissance, et après ?

 

Le brouhaha général prend de

du temps pour continuer de créer des faits accomplis sur le terrain. C’est ce qu’a expliqué le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman,

d’observateur à l’ONU. Une telle solution médiane aurait surtout l’avantage pour Israël d’avoir toute latitude pour poursuivre ses crimes tout en étant “libéré” de la crainte que les Palestiniens puissent saisir la Cour pénale internationale. En réalité, [la possibilité d’une telle saisine] serait peut-être le seul acquis des Palestiniens s’ils devaient devenir membres à part entière de l’ONU, en plus de l’acquis moral et symbolique. Car, de toute façon, leur Etat sera toujours sous occupation. On ne voit vraiment pas pourquoi l’Autorité a choisi cette option en réponse à l’échec des négociations. Elle comptait faire pression sur les Israéliens et les Occidentaux, afin d’éviter que les négociations ne tournent à la capitulation pure et simple. Or, ce faisant, elle a commis l’erreur de mal évaluer le peu de poids qui est le sien depuis qu’elle a donné sa bénédiction aux accords d’Oslo et qu’elle s’est mise à se préoccuper surtout de satisfaire Israël et les Occidentaux. En conséquence, le fait de s’adresser à l’ONU n’a été qu’une tactique de chantage. Or, sans grande surprise, les Palestiniens se retrouvent dans le rôle de l’arroseur arrosé. Nahla Chahhal Al-Hayat (extraits)

l’ampleur . L’Union européenne s’agite fébrilement pour faire valoir ses idées, des idées qui semblent condamnées

à

l’échec, tandis que les Etats-Unis

quand il a nié la nécessité de parvenir à une solution, ajoutant qu’on s’accommodait bien de beaucoup d’autres problèmes dans le monde qui restaient dans une “zone grise”. Quant aux Européens, ils sont en pleine crise de schizophrénie. Ils sont concernés de près par ce dossier, mais au fond la démarche onusienne les embête. Ils voudraient bien trouver une “solution médiane”. Pour y parvenir, ils exercent des pressions sur les plus faibles, c’est-à-dire sur les Palestiniens, pour les “ramener à la raison”, en faisant valoir qu’ils sont leur principal bailleur de fonds, que leur initiative pourrait avoir des répercussions graves et qu’ils risquent de “se donner du mal pour rien”. Alain Juppé a même dit qu’un vote en séance plénière risquait d’aboutir à un “échec pour tout le monde”, voir à une “catastrophe”.

affichent leur calme, ayant depuis longtemps décidé qu’ils sortiraient le carton rouge. On dit que cette attitude se justifie par le souci de Barack Obama de couper court aux surenchères sionistes de la majorité républicaine du Congrès. Autrement dit, il espère éviter que les républicains lui infligent une défaite lors d’un éventuel vote au Congrès… en s’alignant sur leurs positions. Ce renoncement ne ternira son image qu’auprès de ceux qui

croyaient encore qu’il était différent, en se fiant à ses discours du Caire et d’Ankara. D’un autre côté, Obama appelle les Palestiniens à retourner à la table des négociations. Implicitement, il leur impute donc la responsabilité de l’interruption de ces mêmes négociations, alors qu’en réalité elles ont buté sur le refus opposé par Israël

à

la demande de gel des constructions

Dans le passé déjà, il avait appelé les Palestiniens à reconnaître le caractère juif d’Israël en contrepartie de la reconnaissance de l’Etat palestinien. La “solution médiane” dont se fendent ainsi les grands esprits européens consiste à proposer aux Palestiniens de se contenter d’un statut renforcé

dans les colonies, un geste de défi contre Obama puisque c’est lui-même qui avait exigé ce gel de la part des Israéliens. Plus grave, les Américains feignent d’ignorer que ces négociations sont un exercice de pure forme

destiné à permettre à Israël de gagner

14 Courrier international | n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011

En couverture Palestine

Apocalypse (arabe) now

La combinaison des révoltes arabes et de l’initiative palestinienne peut déclencher un tsunami, avertit le chroniqueur Ari Shavit.

Ha’Aretz (extraits) Tel-Aviv

L ’image se précise. Le printemps arabe est un désastre arabe. Dans les années qui viennent, il n’y aura pas de démocratie en Egypte. Ce pays n’aura le choix qu’entre le chaos et une dictature islamique ou militaire.

Dans les années qui viennent, il n’y aura pas de démocratie en Syrie. Ce pays n’aura le choix qu’entre un bain de sang et une dictature alaouite ou sunnite. Dans les années qui viennent, il n’y aura pas de démocratie en Jordanie. Ce pays n’aura le choix qu’entre un roi affaibli, les Frères musulmans ou les Palestiniens. Dans les années qui viennent, il n’y aura pas de démocratie en Libye. Là, on aura le choix entre la désintégra- tion, le désordre et le retour du despotisme. En Tunisie, peut-être, les choses changeront effec- tivement en mieux. Mais le résultat du “printemps arabe”, c’est que les vies de centaines de millions d’Arabes vont empirer. Davantage de pauvreté, de délin- quance, de peur dans les rues. Davantage d’op- pression des femmes, de persécutions des minorités, de haine de l’Occident. Les monarchies comme l’Arabie Saoudite, qui a étouffé le “prin-

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Retrouvez • l’analyse du quotidien beyrouthin An-Nahar “La risible ligne médiane de l’Europe”, sur l’ambiguïté de la position des pays de l’Union européenne ; • la critique virulente du quotidien palestinien Al-Hayat Al-Jadida de la politique d’Obama ; • l’ensemble de notre dossier quotidiennement actualisé : “La Palestine, 194 e Etat des Nations unies ?”

temps arabe”, en sortent désormais considérées comme des Etats responsables. Tandis que les républiques abattues par le soulèvement som- brent l’une après l’autre dans la déshérence poli- tique. Elles sont souillées par le fanatisme et la misère rampante, et accouchent d’une instabilité sans précédent. L’image se précise. Le “septembre palestinien” [le vote onusien sur l’Etat de Palestine] est un désastre israélo-palestinien. Il a été conçu par deux hommes d’Etat européens, Bernard Kouchner et le diplomate espagnol Javier Solana. Dans leur naïveté, ils s’imaginaient qu’en accordant leur soutien au projet d’Etat palestinien de Salam Fayyad, Premier ministre palestinien, ils contraindraient Israël à accepter un accord défi- nitif. Mais les Israéliens n’ont pas cédé face aux pressions. Les Palestiniens, eux, sont tombés amoureux du projet. Le train a quitté le quai. Maintenant, alors que tout le monde s’aperçoit qu’il fonce vers le pré- cipice, personne ne peut plus l’arrêter. Le 23 sep- tembre, les débats vont commencer à l’Assemblée générale des Nations unies. Au début du mois d’octobre, cette assemblée devrait adopter une résolution destructrice. Il est probable que les Israéliens prendront des mesures unilatérales, et que les Palestiniens porteront l’affaire devant la Cour pénale internationale de La Haye. Dans le même temps, on assistera vraisembla- blement au lancement de grandes manifestations pacifiques en Cisjordanie. Ni Benyamin Nétanya- hou ni Mahmoud Abbas ne veulent de violence.

Mais ils ne pourront y échapper, du fait de leur inca- pacité à gérer le conflit. Il suffira qu’un manifestant soit tué. Il suffira qu’une cellule terroriste juive com- mette un meurtre. L’air automnal s’emplira de gaz toxiques, et une étincelle suffira à y mettre le feu. L’image se précise. La combinaison du “prin- temps arabe” et de ce mois de septembre pales- tinien pourrait déclencher la tempête du siècle. Puisque la grande révolution arabe n’apporte pas de véritable espoir, elle suscite haine et colère. La première vague de haine et de colère visait Hosni Moubarak, Muammar Kadhafi et Bachar El-Assad. La seconde visera Israël. Par consé- quent, si des Palestiniens sont tués aux portes de Jérusalem, Le Caire, Amman et Istanbul entre- ront en éruption. Si une unité de garde dans une colonie ouvre le feu sur des Palestiniens, le Moyen-Orient tremblera. Dans cette nouvelle situation historique, rien n’atténuera les chocs. Il n’y a pas de forces stabilisatrices. La paix ne tient plus qu’à un fil. Plus l’image se précise, plus elle s’assombrit. Et l’attitude inexplicable du gouvernement israé- lien ne fait que l’assombrir un peu plus. Il ne lance pas une initiative politique susceptible de tem- pérer l’hostilité arabe, palestinienne et turque. Il ne tend pas la main aux nations et aux masses arabes. Il compromet l’alliance avec l’Occident. Il fait tout pour placer Israël dans une position qui ne peut que fortement accroître le risque d’être frappé par l’orage. Ce n’est pas le gouvernement Nétanyahou qui a engendré le “printemps arabe”. Ce n’est pas lui qui déclenché ce “septembre palestinien”. Mais il n’a rien fait pour éviter ce qui pourrait se pro- duire quand les deux phénomènes se rencontre- ront. Au lieu de renforcer la maison nationale juive à l’approche de l’ouragan, le gouvernement Nétanyahou en sape les fondations. Ari Shavit

Analyse

 

Un affront diplomatique, sans plus

 

L’ONU est une institution moralement en faillite, qui donne des voix égales aux pires agresseurs et violateurs des droits de l’homme de la planète. Que pourrait-elle faire pour mettre en œuvre les recommandations de l’Assemblée générale ? La seule conséquence de ce vote sera négative : le renforcement de l’intransigeance palestinienne. Aucune résolution de l’Assemblée générale ne pourra jamais pallier le fractionnement d’un mouvement national palestinien marqué par les dysfonctionnements. L’ONU ne pourra jamais transformer le factionnalisme palestinien en une entité politique unique. Comment l’ONU pourra-t-elle rassembler Gaza et la Cisjordanie, et en faire des interlocuteurs raisonnables face aux négociateurs israéliens ? En quoi l’ONU pourra-t-elle adoucir le désir du Hamas de tuer des Juifs et d’éradiquer Israël ? En quoi l’ONU pourra-t-elle effacer cette “culture morbide du martyr” ? En quoi l’ONU pourra-t-elle insuffler du pragmatisme dans la culture politique palestinienne ? Les Palestiniens restent “de mauvais perdants” en ne voulant pas d’un accord pragmatique qui leur permettrait pourtant d’accéder au rang d’Etat. L’ONU ne peut pas livrer

d’Etat clés en main. Elle ne peut changer les faits sur le terrain, ni le comportement palestinien. Les Palestiniens ont eu deux fois l’occasion historique d’édifier un Etat, en 1948 et en 1993, mais cette opportunité a été par deux fois gaspillée par des dirigeants épouvantables. L’Autorité palestinienne pourra-t-elle survivre sans mendier une aide internationale ? Pourra-t-elle survivre en restructurant d’une manière draconienne sa bureaucratie pléthorique et corrompue, et en encourageant le développement d’une économie saine ? Les tant applaudies forces de sécurité palestiniennes formées par les Etats-Unis n’ont encore jamais dû affronter le véritable test de toute construction étatique : le monopole de l’usage de la force. Les armes illégales abondent et posent un défi majeur à un Etat naissant. Ces forces de sécurité seront-elles fiables lorsqu’il faudra relever le défi que représente le Hamas ou s’effondreront- elles, comme ce fut déjà le cas [en juin 2007] avec les forces formées par des instructeurs américains à Gaza ? Dans les faits, ce sont les fréquentes incursions militaires israéliennes contre l’infrastructure du Hamas en Cisjordanie qui ont jusqu’à présent préservé l’AP. Si

Israël devait décider de refuser l’accès à son marché du travail et cesser les transferts de fonds et de nombreux services, le coup serait fatal. Les dirigeants de l’AP savent que leurs options contre Israël sont limitées et qu’une nouvelle campagne terroriste sera extrêmement destructrice pour les Palestiniens. Le différentiel de puissance entre la société démocratique, prospère et forte militairement qu’est Israël et les entités palestiniennes corrompues, autocratiques et fragmentées ne fait que se creuser. Aujourd’hui, l’Etat hébreu peut donc s’attendre à des actions palestiniennes non violentes destinées à affecter son image à l’étranger et en Israël même. Une préparation et une formation adéquates sont dès lors nécessaires pour minimiser l’impact médiatique d’affrontements entre soldats et civils. Cependant, le principal défi que rencontre Israël n’est pas le front diplomatique. Le monde arabe, aux prises avec une crise sociopolitique sans précédent, est incapable d’agir autrement qu’en appuyant du bout des lèvres la création de l’Etat palestinien. La diplomatie israélienne a réussi à empêcher une flottille internationale de briser le blocus maritime de Gaza. Israël a

également bénéficié de la compréhension internationale en ce qui concerne son exigence que les Palestiniens reconnaissent le caractère juif d’Israël. Enfin, Washington reste solidement derrière Jérusalem sur la plupart des dossiers, tandis que le partenariat stratégique n’a guère été affecté par les différends sur les négociations de paix. Ce qui est réellement en jeu, c’est la cohésion d’Israël. Un Israël uni derrière un gouvernement perçu comme s’investissant assez dans la sécurité et la paix peut soutenir un conflit prolongé. Par sa stabilité, le gouvernement Nétanyahou répond à ces exigences. Et une écrasante majorité d’Israéliens reste convaincue que les Palestiniens ne sont toujours pas prêts aux concessions nécessaires à la paix. Une résolution de l’ONU influera d’autant moins sur l’opinion israélienne que cet organisme y est perçu comme incompétent et hostile. A moins que l’on n’assiste à l’émergence de dirigeants palestiniens plus pragmatiques, le conflit se poursuivra. Selon toute probabilité, après septembre 2011 viendront octobre et de nombreux autres longs mois sans Etat palestinien à l’horizon. Efraïm Inbar Bitter Lemons (extraits) Tel-Aviv.

Courrier international | n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011 15

Une maison vandalisée par les colons israéliens après une embuscade palestinienne. PANOS-RÉA
Une maison
vandalisée
par les colons
israéliens après
une embuscade
palestinienne.
PANOS-RÉA

L’acharnement israélien contre la Palestine

Un point de vue d’un chroniqueur israélien de gauche sur l’impasse de son pays.

Ha’Aretz (extraits) Tel-Aviv

Q ue dirons-nous aux Nations unies ? Que pourrions-nous dire ? Nous serons exposés dans toute notre nudité : Israël ne veut pas d’un Etat palestinien, un point c’est tout. Et il n’a pas le moindre

argument convaincant contre l’établissement et la reconnaissance internationale d’un tel Etat. Quatre Premiers ministres, dont Benyamin Nétanyahou, ont déclaré qu’ils étaient pour et que cela devait se faire par la négociation, alors pourquoi ne l’avons-nous pas encore fait ? Sommes-nous contre parce que c’est une mesure unilatérale ? Mais qu’est-ce qui est plus unilatéral que les colonies [ juives en Cisjordanie] que nous persistons à construire ? Avancerons-nous, comme la secrétaire d’Etat américaine, que la route vers un Etat palestinien passe par Ramallah et Jérusa- lem et non par New York ? Mais l’Etat d’Israël lui- même a été en partie créé par les Nations unies. Cette semaine sera le moment de vérité pour Israël, ou plus exactement le moment où la tromperie sera révélée. Que ce soit le Premier ministre israélien ou l’ambassadeur aux Nations unies, même les plus grands intervenants seront incapables d’expliquer la logique israélienne aux représentants des pays du monde. Il y a dix-huit ans, le Premier ministre israé- lien avait signé les accords d’Oslo [en 1993] par lesquels Israël entamait des pourparlers dans le but de parvenir à un accord final avec les Pales- tiniens dans les cinq ans, y compris sur les ques- tions fondamentales. Cela n’a pas été le cas. La plupart des dispositions se sont effondrées – dans

la plupart des cas à cause d’Israël. Israël a pro- clamé pendant des années que le seul obstacle à la paix avec les Palestiniens était Yasser Arafat. Arafat est mort [en 2004] – et il ne s’est rien passé. Israël a proclamé qu’une solution se dégagerait si le terrorisme cessait. Le terrorisme a cessé – et, une fois encore, rien. Les prétextes d’Israël sont devenus de plus en plus vides et la vérité brute est apparue de plus en plus clairement :

Israël ne veut pas d’un accord de paix compre- nant la création d’un Etat palestinien. Il ne pourra plus le dissimuler à l’ONU. Et qu’est-ce que l’Is- raël de Nétanyahou pense que les Palestiniens vont faire dans ce cas, une autre série de photos comme celles avec les différents dirigeants israé- liens, qui n’avaient mené nulle part ? La vérité, c’est que les Palestiniens n’ont que trois possibilités, pas quatre : capituler sans condi- tions et vivre sous occupation israélienne, lancer une troisième Intifada ou mobiliser le monde en leur faveur. Ils ont choisi la troisième option, qui est un moindre mal, même du point de vue israé- lien. Que peut dire Israël : que c’est une démarche unilatérale, comme il l’a déjà dit ? Mais il n’a pas accepté de mettre un terme à l’expansion des colonies, pourtant une démarche unilatérale s’il en est. Que reste-t-il aux Palestiniens ? L’arène internationale, et, si ça ne marche pas, un autre soulèvement populaire dans les Territoires. Les Palestiniens de Cisjordanie, qui sont aujourd’hui 3,5 millions, ne vivront pas sans droits civils pendant encore des décennies. Le monde ne le tolérera pas. Shimon Pérès et Benyamin Nétanyahou peuvent-ils expliquer pourquoi les Palestiniens ne méritent pas d’avoir leur propre Etat ? Ont-ils le moindre argument ? Non. Et pourquoi ne le ferait-on pas maintenant ? Nous avons déjà vu, et encore récemment, que le nombre des solutions possibles dans la région s’épuise avec le temps, donc ce prétexte ne tient pas non plus. Gideon Levy

Le veto US

Ce n’est pas la première fois cette année que le gouvernement américain se trouve dans une impasse sur la question israélo- palestinienne au Conseil de sécurité des Nations unies, souligne le magazine The Atlantic. “En février dernier déjà, les Etats-Unis ont été le seul pays à opposer

leur veto à la résolution demandant l’arrêt de l’implantation de colonies israéliennes dans les Territoires palestiniens”, rappelle le journal. Et ce, même si Obama lui-même avait préalablement demandé le gel des colonies israéliennes. Aujourd’hui, cependant, “les enjeux sont bien plus importants”, souligne le magazine. Si les Etats-Unis décidaient d’opposer leur veto

à la demande

de Mahmoud Abbas de reconnaissance de l’Etat palestinien, “ils pourraient faire face à un sévère retour de bâton à un moment où le monde arabe est en pleine ébullition et les manifestations antiaméricaines pourraient se multiplier.” Pour le Los Angeles Times, en revanche, ce veto pourrait tout de même avoir un bon côté : celui de rabibocher Obama avec la communauté juive américaine. Il donnerait au locataire

de la Maison-Blanche “la possibilité de souligner sa solidarité avec Israël à un moment de désaffection des électeurs juifs”, comme l’a notamment montré l’élection partielle dans la 9 e circonscription de New York, le 13 septembre dernier :

un républicain l’a emporté dans un bastion démocrate où vit une forte communauté juive. De plus, cela permettrait

à Obama de mettre

un terme aux attaques des candidats républicains qui l’accusent de ne pas soutenir Israël.

Vieux Continent

 

Les Européens une fois de plus divisés

Les Vingt-Sept tentent de faire entendre la voix de l’Europe à New York. Mais ils risquent la cacophonie, faute d’une position commune sur la question palestinienne. Triple défi pour Catherine Ashton : à New York, la haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères doit cette semaine arracher une position commune aux Vingt-Sept, convaincre les Palestiniens de l’accepter, et obtenir une relance du processus de paix sur la base d’une feuille de route bien plus contraignante pour Israël. L’équation diplomatique doit d’abord être résolue au sein de l’UE. Trois groupes de pays défendent jusqu’ici des positions différentes quant à l’adhésion pleine et entière à l’ONU d’un Etat palestinien. Le premier, emmené par l’Espagne, le Portugal, la Belgique, la Suède et l’Irlande, y est favorable. Le deuxième, conduit par l’Allemagne, les Pays-Bas, la Pologne, l’Italie et la République tchèque, refuse cette perspective, au motif

qu’elle entraînerait une confrontation avec l’Etat hébreu et qu’elle sera de toute façon bloquée par un veto américain. Le troisième groupe, autour de la France et du Royaume- Uni, n’a pas encore pris position. Paris et Londres estiment que les négociations onusiennes sont une occasion de rebattre les cartes : aux Palestiniens tous les attributs d’un Etat, aux Israéliens la garantie que la reconnaissance de la Palestine sera graduelle, négociée, et pas dirigée contre eux. “Actuellement au point d’équilibre” selon un diplomate européen de haut rang, l’UE devrait tout faire pour obtenir que les Palestiniens saisissent l’Assemblée générale plutôt que le Conseil de sécurité, et optent pour la solution d’un Etat non membre doté du statut d’observateur, assorti de garanties. La question de la Cour pénale internationale, qu’Israël ne reconnaît pas mais dont les Palestiniens ont accepté la juridiction fin 2009, sera au cœur des discussions. “L’Europe a une chance historique de faire la différence”, poursuit notre interlocuteur. L’unité européenne est d’autant plus cruciale qu’aux côtés de la France et du Royaume-Uni, membres permanents du Conseil de sécurité, deux autres pays de l’UE, l’Allemagne et le Portugal, occupent jusqu’à fin 2012 un siège non permanent. Or Berlin et Lisbonne ont des positions opposées. Pour défendre ce plan B européen, Catherine Ashton n’a cessé de rappeler à Ramallah que les Européens sont les premiers bailleurs de fonds de l’Autorité palestinienne,

et de mettre en garde ses interlocuteurs contre le risque d’escalade violente en cas d’impasse. Son prédécesseur Javier Solana et l’ancien président finlandais Martti Ahtisaari ont, dans une tribune, ajouté une autre mise en demeure : en finir avec les exemples nombreux “d’incapacité européenne” sur la scène internationale. Richard Werly Le Temps Genève

Courrier international | n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011 11

Aller à l’ONU ou non ? Ce n’est plus la question

La décision palestinienne de s’adresser aux Nations unies suscite bien des débats, s’attire des critiques et récolte des encouragements. Mais l’heure n’est plus aux hésitations.

Miftah, Ramallah

L e célèbre monologue de Hamlet m’a inspiré ces quelques lignes qui résument la requête palesti- nienne auprès des Nations unies. “Y aller ou ne pas y aller, telle est la question./Faut-il donc souffrir patiem-

ment cette triste occupation/L’injure des check-points et le mur de séparation ?/Faut-il encore souffrir d’in- utiles négociations ?/Ou porter notre cas devant toutes les nations ?/Y aller ou ne pas y aller, telle n’est plus la question.” Alors que le “printemps arabe” occupe encore une place de choix dans l’actualité avec le procès de Moubarak et les incertitudes sur le sort de Kad- hafi, les Palestiniens ont été accaparés par leur requête auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU). Déclarations, débats, sondages, analyses et articles ont largement couvert le sujet sous tous les angles ; le pour et le contre, les dilemmes et les perspectives, l’espoir et le décou- ragement, les déceptions et les futilités, tout a été

passé au crible. La question d’y aller ou de ne pas

y aller n’est pourtant plus d’actualité puisque l’Au-

torité palestinienne, acculée par l’échec du pro- cessus de paix et l’inutilité des négociations, qui durent depuis plus de dix-huit ans, a pris la déci- sion d’y aller. Pourtant, une chose est sûre, cette initiative

est loin de faire l’unanimité chez les Palestiniens. Comment l’ONU, qui a créé le problème en pro- cédant à une partition injuste de la Palestine en 1948 et qui s’est jusqu’à présent montrée inca- pable de contraindre Israël à appliquer la moindre résolution – émanant de ses propres instances

– concernant les Palestiniens, pourrait-elle être

crédible ? Comment les Palestiniens pourraient- ils lui faire confiance pour réaliser leur rêve de libération et d’indépendance ? Comment ne pas comprendre que de nombreux Palestiniens, notamment ceux de la diaspora et des camps de réfugiés, redoutent que leurs droits inaliénables et surtout leur droit au retour ne deviennent jamais une réalité ? Mais pourquoi Israël est-il si hostile à cette initiative ? Rappelons qu’Israël n’a jamais voulu reconnaître qu’il occupait la Cisjordanie, Jérusa- lem-Est et la bande de Gaza, pourtant reconnus par la communauté internationale comme “ter- ritoires occupés” dès 1967. Au départ, Israël les considérait comme des “territoires administrés” et, plus tard, quand les négociations ont com-

Portraits Trois hommes clés Javier Solana Le socialiste espagnol Javier Solana, ancien haut représentant pour
Portraits
Trois hommes clés
Javier Solana
Le socialiste
espagnol Javier
Solana, ancien haut
représentant pour la
politique étrangère
et de sécurité
commune (PESC) de
l’Union européenne,
défend depuis
des années la
reconnaissance
de l’Etat palestinien.
En octobre 2009,
il avait affirmé que le
futur Etat palestinien
devrait être établi
en respectant
les frontières de 1967
(année de
l’occupation
israélienne), rappelle
le quotidien La
Vanguardia. Dans
une tribune publiée
le 19 septembre dans
le journal El País
et signée avec Martti
Ahtisaari, ancien
président de la
Finlande et Prix Nobel
de la paix, Javier
Solana incite les
Européens à voter oui
à la reconnaissance
de l’Etat palestinien
et souligne les risques
qu’il y aurait à “ne pas
soutenir les droits
des Palestiniens alors
qu’ils les défendent
dans d’autres pays”.
Affaires étrangères
dans le cabinet
de Benyamin
Nétanyahou. Né en
1958 en Moldavie
soviétique, où il aurait
été videur de boîte de
nuit, Lieberman arrive
en Israël à l’âge
de 20 ans. Il rejoint le
Likoud, le grand parti
de droite, avant de
fonder en 1999 son
propre parti, Israël
Beiteinou (Israël
notre maison,
russophone droite
ultra). Son hébreu
hésitant ne l’a pas
empêché lors
des législatives de
février 2009 d’obtenir
15 sièges sur 120,
hissant sa formation
au rang de troisième
parti d’Israël, après
le Likoud et Kadima.
Ultranationaliste,
connu pour ses
sorties scandaleuses
contre les Arabes,
il est dénoncé comme
fasciste par la gauche
israélienne.
Salam Fayyad
Premier ministre
de l’Autorité
palestinienne depuis
juin 2007, Salam
Fayyad, né en 1952
à
Naplouse (nord de
la Cisjordanie), est
un économiste formé
aux Etats-Unis. En
août 2009, Fayyad
dévoile un plan qui
prévoit de mettre fin
à
la dépendance
Avigdor Lieberman
En mai 2009, fort de
son succès électoral
qui le place en
position de faiseur
de roi, Avigdor
Lieberman obtient
le portefeuille des
de l’économie
palestinienne
vis-à-vis d’Israël.
Son objectif est
d’engager les
Palestiniens sur la
voie de l’édification
d’un Etat plutôt que
de s’essouffler dans
un combat contre
l’occupation. Le plan
de Fayyad prévoyait
la création d’un Etat
indépendant
en 2011.
CAJAS, PISMESTROVIC, BLEIBEL

Procédures et enjeux du vote aux Nations unies

Le 23 septembre, le

président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, déposera à l’Assemblée générale des Nations unies une demande d’adhésion de

la Palestine en tant

qu’Etat membre. Une demande de reconnaissance au Conseil de sécurité n’a aucune chance d’aboutir, les Etats-Unis

ayant déjà déclaré qu’ils

y opposeraient leur

veto. A défaut d’une décision positive au Conseil de sécurité, les Palestiniens peuvent s’adresser à l’Assemblée générale (AG) pour changer leur statut actuel d’“entité avec statut d’observateur” en celui d’“Etat observateur”. Ils peuvent compter sur une confortable majorité en faveur de leur cause, entre 120 et 150 Etats sur les 193 que comptent les Nations unies. Le statut d’Etat observateur permet

l’adhésion à part entière

à toutes les instances

des Nations unies, comme l’Unesco et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), où les Palestiniens ne siègent aujourd’hui qu’en tant qu’observateurs, et ouvrirait la possibilité de se pourvoir devant

la Cour pénale internationale (CPI). En revanche, le statut d’Etat observateur n’a pas d’incidence sur les frontières, lesquelles ne pourront être arrêtées que

par un accord entre Israéliens et Palestiniens.

mencé après les accords d’Oslo, en 1993, Israël y faisait référence comme des “territoires dispu- tés”, puisqu’ils n’avaient jamais été indépendants. Evidemment, Jérusalem-Est a été unilatérale- ment annexé et exclu des négociations. Israël se targue d’avoir acquis ces territoires à la loyale lors d’une guerre lancée par les pays arabes en 1967. Sans parler de ce droit divin qu’Israël a toujours invoqué pour revendiquer la totalité d’”Eretz Israël” [la Terre d’Israël]. Selon cette croyance, ces territoires sont des territoires libérés et c’est

donc Israël qui fait les concessions les plus dou- loureuses en donnant aux Palestiniens une partie de ses terres. Avec ce genre de logique, et toutes les nouvelles réalités qu’Israël a créées sur le ter- rain par le biais de l’administration et des colo- nies de peuplement militarisées, il est devenu flagrant qu’il n’y a pas de place pour un Etat pales- tinien à côté de l’Etat d’Israël, contrairement à

ce qu’on a voulu faire croire aux Palestiniens au moment des accords d’Oslo. Ce qui est vraiment déroutant et décevant, c’est la réaction de l’administration américaine. Si elle était intéressée par la paix et la stabilité dans la région autant que par la sécurité d’Is- raël, ce que le président Obama, comme ses pré- décesseurs, ne cesse de clamer, les Etats-Unis devraient être les premiers à approuver le prin- cipe d’un Etat palestinien. Il est d’ailleurs à ce titre fort intéressant de se souvenir des propos tenus par Obama lors de son discours devant les Nations unies en septembre 2010 : “Le monde est prêt à un accord qui conduira à la création d’un nouvel Etat palestinien l’année prochaine.” Le pré- sident des Etats-Unis a apparemment la mémoire courte parce que, sans même avoir vu les détails de la demande palestinienne ou essayé de parvenir à cet accord dont il avait

parlé, il a envoyé deux de ses émissaires, Dennis Ross et David Hale, pour convaincre le prési- dent de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, de changer d’avis. Pourquoi tant d’acharnement ? Abbas a déjà été suffisamment humilié au moment des négo- ciations. Chaque fois il menaçait de ne pas retour- ner à la table des négociations et chaque fois l’administration américaine intervenait. Pour ne pas saboter les négociations, les Palestiniens ont fait plus de concessions que quiconque dans le conflit. Obama lui-même a goûté aux fruits amers de l’humiliation quand le Premier ministre israé- lien, Benyamin Nétanyahou, a catégoriquement refusé de cesser l’installation de colonies de peu- plement [en mars 2010, alors que le vice-prési- dent américain Joe Biden était en visite officielle en Israël]. Non seulement Obama s’est incliné, mais il a en outre réagi en promettant des aides supplémentaires et une offre militaire très atti- rante pour Israël. Mais si l’Autorité palestinienne envisage simplement d’aller aux Nations unies, l’organisme le plus à même de résoudre les pro- blèmes internationaux – mais aussi d’en créer –, l’administration américaine menace de lui couper les vivres. C’est une honte. Est-ce pour ce genre de démocratie que les Etats-Unis sont prêts à faire la guerre ? J’espère que ce grand pays continuera à être une terre d’asile pour les personnes oppri- mées qui y ont trouvé refuge ainsi qu’une chance de pouvoir mener une vie plus paisible. Mais peut- on encore y croire ? Samia Khoury

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18 Courrier international | n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011

Les opinions

Brésil
Brésil

Nous n’avons pas le monopole de l’incurie

Vu du Brésil, le “premier monde” – les pays occidentaux – est un drôle de monde, avec ses Républiques bananières, où les plus riches ne sont pas ceux qui gagnent le plus mais ceux qui sont le plus endettés.

O Estado de São Paulo São Paulo

maginez un pays où le policier qui reçoit plusieurs appels téléphoniques d’un tueur qui souhaite se rendre met une heure à arriver sur les lieux

massacre parce que le pilote de l’hélicoptère est en vacances. Ou bien

une monarchie dont le souverain regarde sa capitale s’embraser à la télé-

I vision pendant trois jours avant de se décider à interrompre ses vacances pour reprendre du service. Mieux encore, imaginez que l’opposition et le gouvernement projettent de faire de l’Etat un mauvais payeur dans le seul but d’en tirer quelque bénéfice politique lors d’un vote au Congrès.

Si vous avez suivi les titres de la presse ces dernières semaines, vous

aurez compris que ces exemples nous viennent de Norvège, du Royaume-

Uni et des Etats-Unis – le pays le mieux classé en termes de développement humain, un empire sur lequel pendant longtemps le soleil ne s’est jamais couché et l’actuelle première puissance mondiale. Et d’autres exemples ne manquent pas : comment oublier la négligence et l’ineptie des autorités japonaises dans la crise nucléaire de Fukushima ?

A en croire les chiffres du ratio dette publique/produit intérieur brut,

les pays du “premier monde” [pays industrialisés et démocratiques ; clas- sification héritée de la guerre froide, par opposition au “deuxième monde”, le bloc communiste, et au tiers-monde] affichent des records d’endette- ment par rapport à ce que produit leur économie – deux fois plus que le Brésil. Ils dépensent bien plus qu’ils ne pourraient le faire sans la bonne volonté du reste du monde, qui leur accorde des prêts. Ce comportement prodigue est si chronique qu’il menace aujourd’hui de jeter l’économie mon- diale dans une deuxième récession en moins de quatre ans. Faut-il y voir les symptômes d’une décadence ou seulement une incita- tion à souscrire des emprunts sans avoir les moyens de les rembourser ? Finalement est riche non pas celui qui possède, mais celui qui s’endette. Quelles que soient les réponses à ces questions, force est de constater que la Norvège, le Royaume-Uni et les Etats-Unis sont parvenus à offrir de meilleures conditions de vie à la majorité de leur population tout en ayant à leur tête des dirigeants et des autorités d’une incompétence digne de Répu- bliques bananières. Voilà qui ne fait que confirmer ce qui saute aux yeux : le tiers-monde n’a pas le monopole de l’incurie. Les peuples du sud de l’équateur ne sont pas par nature dans l’erreur. Certes, ici, au Brésil, des juges se font abattre dans la rue et le chantage est un instrument politique répandu. Mais rien

du

chantage est un instrument politique répandu. Mais rien du Contexte Le Brésil a lancé un pavé

Contexte Le Brésil a lancé un pavé dans la mare la semaine dernière en proposant que les pays émergents – dits les BRICS, sigle pour Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud – aident la zone euro à sortir de la crise de la dette. Un plan d’aide devait être discuté le 22 septembre par les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales des BRICS, lors d’une réunion à Washington.

n’empêche les Sud-Américains, les Africains et les Asiatiques d’accélérer la progression de leurs revenus, de la scolarisation et de l’espérance de vie, quels que soient ceux qui les gouvernent.centrales des BRICS, lors d’une réunion à Washington. Il suffit d’aller voir sur Internet deux infographies

Il suffit d’aller voir sur Internet deux infographies animées réalisées par

Hans Rosling [http://www.gapminder.org/world/] pour comprendre à quel point le fossé entre “pays développés” et “pays en développement” s’est comblé ces cinquante dernières années, tant en termes de fécondité que de

mortalité infantile ou de revenu par habitant. Dans leur grande majorité, les pays à la traîne ont progressé plus vite que les meneurs.

A l’image de ce qui se passe au Brésil, on assiste dans le monde à une

transformation rapide des miséreux en pauvres et des pauvres en classes moyennes plus ou moins aisées. Avec ce nouveau statut économique appa- raissent chez ces populations de nouvelles exigences, davantage de confiance en soi et même, au bout du compte, la volonté de s’exprimer. Ce sont des “néoconsommateurs” et, par conséquent, des cibles pour les marchés. Par- tout où domine le credo “Je consomme, donc je suis”, être consommateur est un gage de respectabilité. L’économie semble aux avant-postes des processus de changement. Les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ont d’abord dû leur acronyme et leur reconnaissance internationale aux marchés financiers. C’est ensuite que sont arrivées les chaînes de magasins et les tournées d’ar- tistes internationaux. Pourtant, ceux que l’on appelle les “émergents” atten- dent encore qu’on leur accorde une place dans les forums internationaux et les institutions politiques multilatérales. Quelque chose est en train de changer, pas forcément en bien ni en mal – de changer, simplement. Rio de Janeiro vient de faire la une du New York Times, non pas comme capitale de la samba, du football et de la violence, mais parce qu’elle est la ville du continent américain où les bureaux sont le plus chers – et où un Martini coûte 35 dollars. Parmi les raisons de cette inflation des prix en dollars, nous dit le repor- tage du quotidien le plus influent de la planète, il y a notamment (outre la solidité du real) l’afflux de travailleurs étrangers, en majorité nord-améri- cains, en quête de postes mieux payés dans les banques d’affaires. Logique :

les salaires sont plus élevés là où l’économie est dynamique, là où vont les investissements. L’axe du pouvoir économique mondial est en train de s’orienter vers le Sud et l’Est. Le phénomène peut trouver sa cause dans la démographie (des populations plus jeunes, une main-d’œuvre plus dyna- mique), le marketing (des hordes de nouveaux consommateurs) ou bien les deux. Les différences d’une région à l’autre restent grandes, mais moins que les perspectives qui s’ouvrent aujourd’hui pour les pays émergents. Le Brésil n’a peut-être pas encore fait son entrée dans le premier monde, mais le premier monde est bel et bien arrivé au Brésil. José Roberto de Toledo

Belgique
Belgique

Fureur et malaise aux extrêmes

Après 459 jours de négociation dans le “pays sans gouvernement”, Flamands et francophones belges ont finalement abouti à un accord. L’écrivain flamand Geert Van Istendael s’en félicite.

De Standaard (extraits) Bruxelles

C ’est quoi, un bon compromis ? Il y a généralement deux pos- sibilités. La première, c’est quand tous les négociateurs affi- chent un large sourire après un accord. La seconde, c’est lorsque la majorité semble satisfaite, tandis que les extrêmes des deux bords de l’échiquier politique manifestent claire- ment leur colère. La solution que nos jeunes politiciens [la

moyenne d’âge des présidents de parti a fortement baissé après les élec- tions internes] ont trouvée à propos de BHV [l’arrondissement de Bruxelles-

Hal-Vilvorde] appartient à la seconde catégorie. J’ai rarement vu des gens appartient à la seconde catégorie. J’ai rarement vu des gens

Courrier international | n° 1090 | du 22 au 26 septembre 2011 19

Courrier international | n° 1090 | du 22 au 26 septembre 2011 19
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sourire autant que Charles Michel [président du Mouvement réformateur (MR), libéraux francophones], Wouter Beke [président du CD & V, chré- tiens-démocrates flamands] et leurs acolytes. Pendant ce temps, le bourg- mestre FDF [Fédéralistes démocrates francophones, un parti régionaliste francophone bruxellois] de Linkebeek a de nouveau exprimé son malaise à propos de cet accord, tandis qu’Olivier Maingain [président du FDF] était tout simplement furieux. Le Vlaams Belang [extrême droite flamande] a vomi son message habituel. Et les nationalistes flamands de la N-VA ? Ils n’ont pas brûlé l’accord sur BHV, bien qu’ils se soient retirés des négociations. Entre parenthèses, je trouve cela surprenant que les nationalistes flamands soient systématiquement passés à côté des principales avancées du Mouvement flamand, quand ils ne les ont pas carrément combattues. Des exemples ? La Nouvelle Encyclopédie du Mouvement flamand nous rap- pelle qu’en 1930, lors de la flamandisation de la ville de Gand, “tant à la Chambre qu’au Sénat, ce sont surtout les socialistes francophones et les nationa- listes flamands qui ont voté contre cette mesure ou se sont abstenus”. En 1932, lors du passage à l’unilinguisme de la Flandre, les nationalistes flamands ont voté contre le projet. En 1962, lors de la fixation de la frontière linguistique, le parti Volksunie [ancêtre de la N-VA] s’est abstenu. Et, cette semaine, lors de la scission de BHV, les nationalistes flamands de la N-VA, qui représen- tent pourtant le plus grand parti du pays, n’étaient donc pas associés à cet accord. En tout cas, ce nouvel accord témoigne d’une certaine sagesse pra- tique. D’une part, les Flamands reconnaissent la réalité sociologique des six communes à facilités de la périphérie, où la grande majorité de la popula- tion parle le français [et dispose de certains droits linguistiques dans ses rapports avec l’administration]. Nous connaissons l’origine de cette réa- lité, c’est une triste histoire qu’on ne souhaite plus raconter : l’arrogance francophone et le mépris pour les Flamands et leur langue, combinée à la spéculation foncière et à l’exode hors des villes. Quoi qu’il en soit, la situa- tion est ce qu’elle est et ce n’est pas aujourd’hui que les francophones vont disparaître de ces municipalités, bien au contraire. Mais, à travers cet accord, les Flamands disent aussi à leurs partenaires francophones qu’ils ne comptent pas généraliser ces mesures. Dans de nom- breuses localités, comme Merchtem, Alsemberg, Dilbeek, un grand nombre de gens parlent le français à la maison et ils ne doivent pas penser pouvoir parler cette langue lorsqu’ils s’adresseront à l’administration communale. Les gens du FDF ont trop bien compris cela et ils accusent déjà les libéraux du MR d’avoir trahi les 80 000 francophones qui vivent en dehors des six com- munes à facilités. Geert Van Istendael

Myanmar
Myanmar

Et si l’on était à l’aube du changement ?

Face à la multiplication des signes d’ouverture émanant du pouvoir birman, même le site de la dissidence The Irrawaddy, habituellement d’un scepticisme à toute épreuve, veut commencer à y croire.

The Irrawaddy (extraits) Chiang Mai (Thaïlande)

L 14 septembre, Aung San Suu Kyi a assisté à un match de foot-

ball entre la Birmanie [ancien nom du Myanmar, que la dissidence

privilégie] et le Laos. En tant que tel, c’était du jamais-vu. Mais

plus frappant était que la chef de file du combat démocratique

avait pris place entre un colonel en uniforme de l’armée birmane

e

le

et Zaw Zaw, l’une des plus grandes fortunes du pays et dont le

groupe, Max Myanmar, figure sur la liste des entreprises visées par les sanc- tions des Etats-Unis et de l’Union européenne. La scène, pour le moins inhabituelle, s’est déroulée dans le sillage de la rencontre entre l’opposante et le président Thein Sein, le 19 août, dans la capitale, Naypyidaw (la cou- verture de l’événement par la presse constituait un autre changement de poids). Aung San Suu Kyi s’y est rendue pour assister à un forum sur la pau- vreté et a été accueillie comme une personnalité de marque par plusieurs

Contexte Ces dernières semaines, les signaux d’ouverture se sont multipliés. Après le premier déplacement “politique” d’Aung San Suu Kyi en province et son entrevue avec le président Thein Sein, on a pu noter l’allégement de la censure, le retour des premiers exilés, la création d’une commission des droits de l’homme. Ceux qui n’avaient vu dans les élections de novembre dernier, puis dans la formation d’un gouvernement civil qu’une mascarade pourraient être amenés à revoir leur position. Reste que le pouvoir, écartelé entre progressistes et conservateurs, devra encore fournir de nombreux gages avant que l’on puisse parler de réelle “perestroïka”.

hauts dirigeants du gouvernement. Au baromètre de l’optimisme, une nou- velle embellie a été enregistrée début septembre avec la mise sur pied de la Commission nationale des droits de l’homme du Myanmar. Une initiative sans précédent, même si tous les membres de cette instance ont par le passé servi le régime militaire. Autre changement : les diplomates étrangers jouis- sent désormais d’une liberté pour aller et venir dans Rangoon, une liberté bien plus grande que sous l’ancien régime. Le 15 septembre, un autre fait historique s’est produit : le nouveau gouvernement a non seulement autorisé que la Journée internationale de la démocratie soit célébrée, mais a lui-même organisé une cérémonieque l’on puisse parler de réelle “perestroïka”. à cette occasion. Il a, bien sûr, omis de

à cette occasion. Il a, bien sûr, omis de signaler que, la veille, Sithu Zeya, un journaliste de 21 ans condamné à huit ans réclusion pour avoir secrè- tement travaillé pour Democratic Voice of Burma, un média en exil, avait écopé de dix années supplémentaires de réclusion. Interpellé après avoir photographié les dégâts causés par les attentats à la grenade commis à Rangoon lors de la fête de l’Eau de 2010, le jeune reporter a été accusé d’avoir enfreint le très sévère Electronics Act. Il est donc encore prématuré de décrire les événements de ces der- nières semaines comme les signe d’un changement important. Conti- nuons plutôt d’y voir une manœuvre du nouveau gouvernement pour convaincre l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean) de lui confier sa présidence en 2014, l’Occident de lever ses sanctions et l’ONU d’abandonner sa commission d’enquête sur les violations des droits de l’homme. Mais, même si les récentes initiatives risquent de n’être que de la poudre aux yeux et malgré l’hypocrisie flagrante d’une poignée d’an- ciens généraux, on ne peut nier que, depuis près d’une décennie, aucune rencontre digne de ce nom n’avait eu lieu entre le pouvoir et la “dame de Rangoon” – sans parler des reportages relatant le rendez-vous dans les journaux birmans – et que, depuis deux décennies, il n’y avait eu ni évé- nements susceptibles de promouvoir la démocratie, ni discussions pu-

20

bliques sur les droits de l’homme.deux décennies, il n’y avait eu ni évé- nements susceptibles de promouvoir la démocratie, ni discussions

eu ni évé- nements susceptibles de promouvoir la démocratie, ni discussions pu- 20 bliques sur les

20 Courrier international | n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011

DR

Les opinions

| n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011 DR Les opinions “Je pense que

“Je pense que nous avons atteint un point où se présente une chance de

changement. Mais je ne veux pas [encore] dire qu’il y en ait eu un”, a déclaré Aung San Suu Kyi au siège de la Ligue nationale pour la démocratie, à l’occasion de la Journée internationale de la démocratie. Son ton était conciliant mais plus positif que jamais, selon ses partisans. Toutefois, compte tenu de son expérience, elle n’oubliera certainement pas qu’elle a affaire aux mêmes hommes qui, par le passé, ont trahi leurs promesses et l’ont assignée à résidence pendant plus de quinze ans. Cela dit, la volonté politique est suffisante pour apporter des changements dans les domaines politiquement moins sensibles que sont l’économie et l’édu- cation, même s’il ne s’agit pas encore de liberté politique. C’est peut-être un premier pas et, si ces progrès se greffent à la nouvelle liberté de dis- cuter de la démocratie et des droits de l’homme, peut-être pourrons-nous enfin sortir de ce cercle vicieux. Si cela se matérialise, un dialogue sur la réconciliation nationale, la réforme constitutionnelle et les droits de l’homme deviendra possible. Ce jour-là, la Birmanie sera au seuil d’un véritable changement. Kyaw Zwa Moe

19

Turquie
Turquie

L’antisémitisme ronge la démocratie

Ne voir qu’Israël et le lobby juif derrière les attaques kurdes contre la Turquie, c’est escamoter les problèmes de fond et museler toute opposition au pouvoir.

Milliyet Istanbul

C ertains observateurs, en Turquie, font aujourd’hui systéma- tiquement le lien entre Israël et la question kurde de la pire des façons. L’affirmation selon laquelle le PKK [Parti des travailleurs du Kurdistan, mouvement armé violent] serait “le sous-traitant d’Israël” n’est pas sans rappeler la logique qui, dans les années 1980, faisait automatiquement le lien

entre le PKK et l’Asala [Armée secrète arménienne de libération de l’Ar- ménie]. Les nationalistes turcs prétendaient alors que les militants du PKK étaient arméniens [et non pas kurdes]. A cette époque, le partage des informations avec les services de renseignement israéliens pour lutter contre le PKK ne posait aucun problème. C’est d’ailleurs dans ce contexte que le Mossad, en 1999, a aidé les Turcs à capturer Abdullah Öcalan [le chef du PKK, aujourd’hui emprisonné en Turquie]. En finir avec la ques- tion du PKK en recourant à une répression dans le cadre d’une collabo-

recourant à une répression dans le cadre d’une collabo- L’auteure Editorialiste du quotidien turc Milliyet,
recourant à une répression dans le cadre d’une collabo- L’auteure Editorialiste du quotidien turc Milliyet,
recourant à une répression dans le cadre d’une collabo- L’auteure Editorialiste du quotidien turc Milliyet,

L’auteure Editorialiste du quotidien turc Milliyet, Nuray Mert s’est illustrée par ses positions libérales, critiquant le courant kémaliste, par exemple sur la question du port du voile. Elle a ensuite dénoncé la dérive autoritariste du gouvernement AKP actuel, notamment en matière de liberté d’expression, désapprouvant au passage ses reculades sur la question kurde, ce qui lui a valu d’être attaquée publiquement par le Premier ministre

Erdogan.

ration sécuritaire avec les Etats-Unis et Israël – plutôt que trouver une solution politique au problème kurde en choisissant la voie démocratique – ne choquait alors pratiquement personne. La question du PKK conti- nue ainsi d’être perçue comme une problématique externe dans laquelleattaquée publiquement par le Premier ministre Erdogan. le PKK est considéré comme l’agent d’Israël, de la

le PKK est considéré comme l’agent d’Israël, de la Syrie ou de l’Iran et où la dimension interne, propre à la Turquie, de l’existence de cette organi- sation est occultée. Certes, dans un contexte régional de plus en plus explosif, on peut bien imaginer que le PKK cherche à créer de nouvelles alliances. Cela dit, je ne pense vraiment pas qu’il s’engage inconsidéré- ment et si vite dans un rapprochement avec l’axe Damas-Téhéran ou avec Israël. L’Etat hébreu ne va pas devenir le nouveau tuteur du PKK juste parce qu’il voudrait se venger de l’attitude turque actuelle à son égard. Les équilibres et les accords régionaux se font et se défont dans un contexte infiniment plus complexe. Affirmer l’existence de ces nouvelles alliances de façon péremptoire s’apparente donc davantage à de la propagande qu’à de l’analyse. Et cette propagande est dangereuse à plus d’un titre. Tout d’abord parce que face

à une problématique interne aussi énorme que la question kurde, réduire

le problème du PKK à une affaire d’équilibre régional risque de renvoyer

à plus tard la perspective d’une solution forcément politique. L’autre

risque consiste, comme cela s’est fait jusqu’à maintenant dans la plupart des pays du Moyen-Orient, à ce que l’opposition à Israël influence la façon dont le moindre problème va être abordé. Il ne s’agit plus seulement de

critiquer la politique d’Israël. La tendance à voir partout le lobby juif et

à chercher systématiquement à démasquer un complot juif est particu-

lièrement répandue dans l’ensemble du monde musulman. Je n’ai jamais cessé de dénoncer les dangers de la progression de l’an- tisémitisme, y compris dans notre pays. En Turquie, l’idéologie antisé- mite est depuis longtemps l’apanage de la droite conservatrice [islamique]. Mais ces derniers temps les courants nationalistes kémalistes ultras [laïques se considérant comme des souverainistes de gauche] se sont également approprié le discours antisémite. Il n’y a donc malheureuse- ment que très peu de gens, que ce soit à droite ou à gauche de l’échiquier politique turc, pour dénoncer ces dérives. Or l’antisémitisme n’est pas un sujet anodin qui se résumerait à aimer ou à ne pas aimer les Juifs. L’an- tisémitisme, c’est surtout le dénominateur commun d’une lecture auto- ritaire de la politique et de l’histoire moderne qui influence donc directement notre conception de la démocratie. Critiquer Israël sans concessions est une chose, faire par principe le lien avec Israël et la judéité au moindre problème en est une autre. Par- tout où cette conception domine, l’accusation de “collusion avec Israël”, censée tout expliquer, permet au pouvoir de faire approuver par son opi- nion la dénonciation de la moindre opposition. Il n’est plus possible de parler de démocratie dans de telles conditions. Les tentatives actuelles de placer la question kurde, telle qu’elle se pose en Turquie, dans le cadre de l’hostilité vis-à-vis d’Israël et des Juifs au moment précis où le pro- cessus de résolution de cette question connaît une phase très difficile, sont donc extrêmement hasardeuses. A vrai dire, ce qui m’inquiète sur- tout ce n’est pas tant la détérioration des relations entre la Turquie et Israël que les effets très néfastes d’une telle évolution sur la politique

intérieure de notre pays. Nuray Mert Nuray Mert

Elysée 2012 vu d’ailleurs avec Christophe Moulin Vendredi 14 h 10, samedi 21 h 10

Elysée 2012 vu d’ailleurs

Elysée 2012 vu d’ailleurs avec Christophe Moulin Vendredi 14 h 10, samedi 21 h 10 et

avec Christophe Moulin

Vendredi 14 h 10, samedi 21 h 10 et dimanche 17 h 10

La campagne présidentielle vue de l’étranger chaque semaine avec

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D.DAY Créateurs d'événements Un événement LES TRIBUNES DE LA PRESSE PROPOSÉES PAR : La Région Aquitaine
LES TRIBUNES DE LA PRESSE PROPOSÉES PAR :
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DE LA PRESSE PROPOSÉES PAR : La Région Aquitaine & JOURNALISME D’AUJOURD’HUI : DONNER DU SENS
JOURNALISME D’AUJOURD’HUI : DONNER DU SENS OU FAIRE SENSATION ? DÉBATS ET RENCONTRES AVEC LES
JOURNALISME D’AUJOURD’HUI :
DONNER DU SENS
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DÉBATS ET RENCONTRES AVEC LES ACTEURS
DE LA PRESSE AUTOUR DES GRANDS
ÉVÉNEMENTS DE L'ACTUALITÉ.
ARCACHON 30 SEPT. - 2 OCT. 2011
Théâtre Olympia - Palais des Congrès
SEPT. - 2 OCT. 2011 Théâtre Olympia - Palais des Congrès Entrée libre Programme et inscriptions
SEPT. - 2 OCT. 2011 Théâtre Olympia - Palais des Congrès Entrée libre Programme et inscriptions
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Courrier international | n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011 23

France A la une d’Al-Hayat, Nicolas Sarkozy et David Cameron encadrent Mahmoud Jibril, le Premier
France
A la une d’Al-Hayat, Nicolas
Sarkozy et David Cameron
encadrent Mahmoud Jibril,
le Premier ministre par intérim
du CNT. “Sarkozy et Cameron ont
promis d’apporter leur aide pour
arrêter Kadhafi et de débloquer
les avoirs libyens gelés. Le CNT
affirme que les alliés de la Libye
seraient prioritaires dans les accords
économiques”, titre le quotidien
panarabe le 16 septembre,
au lendemain de la visite à Tripoli
des deux hommes.
Libye

Sarkozy à la pêche aux barils

La visite à Tripoli du président français a révélé les appétits de Paris pour le juteux marché de la reconstruction. Les investisseurs italiens risquent d’en faire les frais.

Il Fatto quotidiano Rome

O n ne peut pas dire que le prési- dent Nicolas Sarkozy n’a pas de pain sur la planche. A peine

annoncé par François Fillon, le plan d’austérité [de 1 milliard d’euros pour 2011 et 11 milliards pour 2012] doit rapi- dement être mis en œuvre, les valeurs bancaires s’écroulent en Bourse, d’in- tenses négociations sont en cours avec la chancelière Angela Merkel et José Manuel Barroso [président de la Com- mission européenne] pour éviter un défaut de paiement de la Grèce, etc. Pourtant, le 15 septembre, Nicolas Sar- kozy a trouvé le temps de faire une visite éclair en Libye en compagnie du Premier ministre britannique David Cameron. Car le président français est bien décidé à récolter les fruits de son engagement contre Tripoli (le temps semble loin où “l’ami” Kadhafi pouvait planter ses tentes au beau milieu de Paris). Maintenant que l’heure de la reconstruction a sonné, il entend défendre les intérêts de ses entre- prises. D’un point de vue commercial, la France n’a jamais joué un grand rôle dans ce pays d’Afrique du Nord. Pourquoi ne pas profiter du “capital de sympathie” (selon l’expression en vogue à Paris) récemment engrangé pour détrôner les vieux rivaux ? Sans être jamais citée, c’est bien l’Italie, traditionnellement le pre-

citée, c’est bien l’Italie, traditionnellement le pre- Dessin de Horsch, Allemagne. mier partenaire commercial

Dessin de Horsch, Allemagne.

mier partenaire commercial des Libyens, qui est ici visée. Jeudi matin, le président français s’est donc envolé pour Tripoli où il devait retrouver David Cameron. Au pro- gramme, une visite d’hôpital, une ren- contre avec les représentants du Conseil national de transition (CNT), puis un déplacement à Benghazi clos par un dis- cours place de la Liberté, juste à temps pour les journaux télévisés du soir.

Bonjour Total et Vinci !

Il s’agit d’une initiative politique (Nico- las Sarkozy, officiellement du moins, n’était accompagné d’aucun industriel) dont le but est on ne peut plus clair. Arri- ver avant les autres (et surtout avant un certain Silvio Berlusconi, trop occupé sur d’autres fronts), tenter d’accaparer

une partie du marché de la reconstruc- tion, évalué à 200 milliards de dollars par le CNT. Les autres, bien entendu, ne restent pas les bras croisés. A commen- cer par les Italiens, si l’on en juge par la visite, fin août, de Paolo Scaroni, admi- nistrateur délégué du groupe ENI [la société nationale des hydrocarbures, cin- quième groupe pétrolier mondial], des- tinée à “blinder” les contrats de son groupe. Et à éviter de se faire doubler par les concurrents. Les Français, pourtant, sont redou- tables. Ils avancent à leur manière, sys- tématique, organisée. Une véritable machine de guerre. Total, le géant du pétrole, concurrent direct de l’italien ENI, a envoyé ses représentants sur place pour rencontrer les rebelles dès le mois de juin. Imité, semble-t-il, par le groupe

de BTP français Vinci, concurrent d’Im- pregilo [le principal groupe italien de BTP]. La semaine dernière à Paris [le

6 septembre], le Medef a organisé en

grande pompe une réunion d’information

sur les opportunités offertes par la Libye,

à laquelle ont participé plus de 400 entre- preneurs influents et le secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, Pierre Lellouche. Une première mission composée des représentants de sociétés françaises est attendue ces jours-ci à Tripoli et Ben- ghazi. Mais une mission officielle d’une tout autre ampleur, menée par Pierre Lel- louche en personne, est en préparation pour le mois prochain. Vincent Bolloré, grand ami de Nicolas Sarkozy qui avait déjà signé à la fin de l’année 2010 un contrat pour la gestion du port de Mis- rata, en piaffe d’impatience.

Prendre de vitesse l’Italie

Avant le début du conflit, l’Italie était le premier pays fournisseur de la Libye, avec un volume d’exportations égal à 3,4 milliards d’euros. La France se contentait de la sixième place, avec à

peine 1 milliard. Sur le front du pétrole, Total produisait sur place 55 000 barils par jour contre 210 000 pour l’ENI, dans un pays qui produit quotidiennement 1,8 million de barils au total (un chiffre qui pourrait, selon les experts, atteindre

4 millions une fois les investissements

nécessaires effectués). Les Français se sont lancés tous azimuts dans la bataille pour inverser la tendance. “Le président

de la République a pris des risques politiques et militaires, a déclaré Pierre Lellouche il

y a quelques jours. Tout ça crée un climat

où les responsables et le peuple libyens savent ce qu’ils doivent à la France.”

Leonardo Martinelli

Vu d’Algérie

 

D’autres vautours guettent les richesses libyennes

 

Paris et Londres auraient tort de prendre le pays pour un territoire conquis. La visite commune précipitée de Sarkozy et Cameron en Libye [le 15 septembre], alors que la situation dans ce pays est loin de s’être décantée, a des relents de marquage de territoire. Les deux hommes d’Etat occidentaux ont été à Tripoli pour s’assurer auprès des nouvelles autorités libyennes que le deal contracté entre eux contre le régime déchu sera respecté dans ses clauses dont il n’a pas été fait état publiquement. [Le 1 er septembre, Libération avait divulgué le contenu d’une lettre attribuée au Conseil national de transition qui promettait aux Français 35 % du pétrole libyen. Paris a par la suite démenti tout

accord secret.] Subsidiairement, leur visite consistait à adouber le plus spectaculairement possible la frange du nouveau pouvoir libyen avec laquelle ce deal a été passé. Cette frange a bien besoin du sponsoring des deux puissances qui ont été à la pointe de l’intervention internationale en Libye face à d’autres qui n’ont pas les mêmes parrains internationaux. Il apparaît en effet que, avant même qu’ait cessé la confrontation entre le nouveau régime et les partisans de l’ancien, une lutte de pouvoir s’est engagée dans les rangs du premier. Une bataille que les favoris de la France et de la Grande-Bretagne ne sont pas assurés de remporter sans leur appui. Paris et Londres ont donc décidé de le leur manifester sous la forme

de la visite précipitée, empressée et commune de leurs deux chefs d’Etat. D’autres puissances ayant peu ou prou soutenu la rébellion anti-Kadhafi ne sont pas disposées à laisser la France et la Grande-Bretagne capitaliser à leur profit exclusif les perspectives économiques qu’ouvre la Libye postkadhafienne. Elles aussi vont s’ingérer dans la recomposition qui s’opère dans le nouveau pouvoir libyen. Ce n’est pas pur hasard qu’un haut fonctionnaire du secrétariat d’Etat américain ait effectué une discrète visite à Tripoli la veille même de l’arrivée en Libye de Nicolas Sarkozy et du Premier ministre britannique. De même que la venue en Libye, peu après leur départ, du Premier ministre turc Recep Tayyep

Erdogan. D’autres émissaires étrangers vont se bousculer à Tripoli. En ce temps de crise financière et économique, les ressources énergétiques de la Libye et la manne financière dont elle dispose ont des attraits irrésistibles qui justifient pour ceux qui les lorgnent un pacte avec le diable en Libye, si besoin est, pour en capter le maximum. Alors, si la France et la Grande-Bretagne escomptent avoir les mains libres pour instaurer en Libye un pouvoir acquis à leur condominium sur le pays, ils vont déchanter devant la voracité de ceux pour qui cette prétention est inacceptable pour leurs intérêts nationaux. Les vautours sont déjà à l’œuvre en Libye. Habib Kharroubi Le Quotidien d’Oran (extraits) Oran

24 Courrier international | n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011

France En librairie Habitués à passer sur le gril des électeurs, ils passent aux fourneaux
France
En librairie Habitués à passer
sur le gril des électeurs,
ils passent aux fourneaux :
177 députés sur les 577 qui siègent
au Palais-Bourbon ont
répondu à l’invitation de l’élue
Françoise Branget et livré leur
recette favorite. Les bénéfices
de la vente du livre, publié
en avril 2011, doivent être
reversés à la Fondation de France.
(éd. Le Cherche-Midi, 29 euros).
Politique

Nos députés mitonnent leur image

Près d’un tiers des élus français ont collaboré à la rédaction d’un livre de cuisine. Un bon moyen de se faire mousser.

The New York Times (extraits) New York

e sol de la forêt était constellé de morilles. Pour régaler sa famille et quelques amis, Françoise

Branget, députée [UMP] du Doubs, a fait sauter ces champignons noirs au goût de terre avec du poulet de Bresse, le roi de la volaille française, et accompagné ce plat généreux d’un vin jaune âcre du Jura, la région voisine. Pour M me Branget, ce repas est plus qu’un festin. Il doit célébrer sa campagne pour réunir les députés de gauche et de droite dans une cause natio- nale : promouvoir la gastronomie française. En début d’année, elle a demandé à ses collègues de l’Assemblée nationale de lui donner la recette d’un plat de leur région qu’ils affectionnent. Le résultat s’appelle La Cuisine de la République. Cuisinez avec vos députés, un tour de France culinaire en 295 pages mêlant recettes, anecdotes, bons mots, fanfaronnades et nostalgie. “Il est de notre responsabilité nationale de cuisiner et de bien manger”, affirme M me Branget tout en lavant les grosses morilles spongieuses dans l’évier de sa cuisine. “En faisant ce livre, députés et députées ont défendu leur région et rempli leur mandat politique”, assure-t-elle. On imagine mal un député américain faire ce genre de déclaration. Mais la nour- riture fait tellement partie de l’identité française que le gouvernement a réussi, en 2010, à convaincre l’Unesco d’inscrire le repas gastronomique français sur sa Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. La conviction avec laquelle les députés élus défendent les terres de leurs viticulteurs, les subventions de leurs producteurs laitiers, la propreté

L

subventions de leurs producteurs laitiers, la propreté L Dessin de Krahn paru dans La Vanguardia, Barcelone.

Dessin de Krahn paru dans La Vanguardia, Barcelone.

laisser le gibier mort “vieillir” à l’air libre pendant plusieurs jours. Il y a ensuite un processus de cinq jours qui inclut de mettre soigneusement de côté le sang, les organes et la tête au moment de découper la viande, de préparer un pot-au-feu classique avec une marinade à base de vin, pour enfin lais- ser ce plat mitonner durant trois jours. M. Blanc raconte avoir trouvé cette recette dans un vieux livre datant d’avant la Révo- lution. Mais il ne précise pas s’il a jamais essayé de l’exécuter lui-même. Les aristocrates élus de la République savent manger. Les députés, qui disposent d’un restaurant privé avec vue sur la tour Eiffel, se répartissent dans des clubs [mul- tipartites] tels que le Club parlementaire

de la table française et le plus prosaïque Club des amis du cochon. Ils parrainent aussi plusieurs fois par an des dégustations mettant leur région à l’honneur. Sur les 111 députées que compte l’As- semblée nationale (où siègent environ 18 % de femmes), 72 ont choisi de ne pas parti- ciper au projet. Deux anciennes élues qui espèrent représenter le Parti socialiste à la présidentielle de 2012 ont également décliné l’invitation : Martine Aubry, pre- mière secrétaire du parti [une fonction assurée par Harlem Désir durant la pri- maire], et Ségolène Royal, candidate mal- heureuse en 2007. Un autre candidat à la primaire, François Hollande, député de Corrèze, a en revanche livré avec beaucoup

de verve et en l’assortissant d’une longue explication la recette de sa “farcidure grillée du pays d’Egletons”. Il s’agit d’un plat à base de pommes de terre qui res- semble à un croisement entre les latkès [galettes de pommes de terre, plat tradi- tionnel juif] et l’omelette espagnole. Il la définit comme un plat féminin, ce qui ne devrait pas l’aider à rallier le vote des femmes. “Voilà comment les femmes ont nourri, durant tant et tant d’années, leur famille avec presque rien”, écrit-il. M me Branget, qui passe pour un vrai cordon-bleu, dit avoir passé peu de temps en cuisine depuis son élection, en 2004. Lorsqu’elle se met aux fourneaux, elle se déplace comme une danseuse devant sa

cuisinière à six feux et ses deux fours. Elle

a lavé les morilles plus d’une dizaine de

fois. Elle a pelé des asperges blanches, net-

toyé des petites pommes de terre rondes

à la brosse, rincé des fraises et mis du

beurre, de l’huile et le jus des morilles dans une cocotte en fonte, avant d’y ajouter le poulet de Bresse. Une heure plus tard, le dîner était servi. Oh la la* ! s’est-elle excla- mée. Il y a tout le parfum du pays dans ces morilles. C’est tellement sympathique* !” Les morilles occupent une place ro- mantique dans sa vie. La première fois qu’elle en a goûté, c’était un dimanche de juin, dans une petite auberge, en compa- gnie de l’homme qui allait devenir son mari. “Nous sommes des cuisiniers dans l’âme, mais dans la vie politique la politique prend toute la place et il n’y a jamais assez de temps, jamais, insiste-t-elle. Ces recettes sont des témoi- gnages de nos petits plaisirs, nos contributions à l’Histoire.” Elaine Sciolino

* En français dans le texte.

 

Télévision

 

Strauss-Kahn n’a rien compris

 

Le 18 septembre, DSK était sur TFI. Pour la première fois, il s’est exprimé sur l’affaire du Sofitel. Sans parvenir à dissiper un profond malaise. “Il faut être capable de dire qu’on va reconnaître l’ampleur du problème. […] On peut toujours repartir de l’avant, mais il faut pour cela faire ce qu’il faut. […] Il faut prendre sa perte.” C’est Dominique Strauss-Kahn qui s’exprime ainsi sur TF1 [invité sur le plateau de Claire Chazal]. Mais hélas, mille fois hélas, il ne parle pas de lui. Il vise les pays occidentaux et plus particulièrement leur attitude envers la Grèce, leur incapacité à agir en responsables pour sauver l’euro. Cet homme est décidément plus lucide sur la finance que sur sa personne. Alors qu’il fait durement la leçon aux dirigeants occidentaux, Sarkozy compris (!), pour leur manque de courage

et leur peur électoraliste, l’homme qui a ajouté le “rapport précipité” au Kama-sutra pour les glauques ne confesse pour lui-même qu’une légèreté, soulignant à l’envi sa peur et sa souffrance. Il reconnaît certes “une faute morale”. Mais autant il est convaincant lorsqu’il évoque la crise de l’euro et la déliquescence de l’Europe, nous faisant regretter son absence de la scène publique économique, autant il n’arrive pas à toucher, à persuader, à créer l’empathie lorsqu’il donne sa version des épisodes new-yorkais. L’homme se voit, se décrit et se proclame innocent. C’est son droit. Mais lorsqu’il invoque le rapport du procureur pour en conclure à un non-lieu à la française, il trahit la vérité judiciaire américaine. Et cela ajoute à notre malaise. En s’auto-absolvant, en manquant de sincérité et d’émotion, en étant

incapable au fond – mais c’est son travers quasi endémique – d’humilité, en se présentant comme une victime sans prendre vraiment le temps de demander pardon aux femmes pour le mal qu’il leur a causé, réel ou imaginaire, il rate sa réhabilitation humaine. Guéri, Strauss-Kahn ? On a du mal à le croire tant son orgueil domine, tant il peine à se mettre au diapason de ses failles, à “prendre sa perte”. Hier soir [18 septembre], le rendez-vous était aussi raté pour la presse, déconsidérée par cette interview qui jamais ne pose les questions de façon clinique, jamais ne va au fond des choses. Que s’est-il passé dans cette chambre du Sofitel ? On ne le sait toujours pas. La presse n’a pas non plus tiré les leçons de cette affaire. Béatrice Delvaux Le Soir Bruxelles

Tous droits réservés

Martine et Ségolène ont refusé de livrer leurs secrets de cuisine

de l’eau de leurs ostréiculteurs et les droits de leurs chasseurs du dimanche peut scel- ler leur ascension ou leur déchéance. La plupart des recettes du livre ont des années, voire des générations d’ancienneté. Le roboratif l’emporte sur le light :

cagouilles charentaises* du Sud-Ouest (escar- gots petits-gris, ail, persil et vin), gratin dau- phinois* à la crème fraîche et à l’ail, fromage de tête exigeant le découpage minutieux d’une gorge de porc. La recette qui ouvre le livre, un lièvre cuisiné par Etienne Blanc, député [UMP] de l’Ain, est celle qui en impose le plus. Pour commencer, il faut

88 % des sociétaires sont prêts à recommander la mutuelle santé

du groupe Macif *

RDV SAN / Affiche – 09/11.
RDV SAN / Affiche – 09/11.

* Taux issu d’une enquête interne réalisée en 2010 auprès d’adhérents au contrat Pleine santé Macif assuré par Macif-Mutualité.

au contrat Pleine santé Macif assuré par Macif-Mutualité. Le contrat Pleine santé Macif est assuré par

Le contrat Pleine santé Macif est assuré par Macif-Mutualité ou SMIP, mutuelles régies par le Livre II du Code de la mutualité et adhérentes à la Mutualité Française.

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26 Courrier international | n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011

Europe En chiffres Les Roms représentent la plus importante minorité ethnique transnationale d’Europe. Leur nombre
Europe
En chiffres Les Roms représentent
la plus importante minorité
ethnique transnationale d’Europe.
Leur nombre est estimé
à quelque 8 millions de personnes,
soit 2 % de la population
européenne. En Roumanie,
selon le recensement de 2002,
ils seraient plus de 500 000,
soit 2 % de la population du pays
(22 millions), mais le chiffre réel
atteindrait près de 1,5 million.
République tchèque

Contre les Roms, “vous avez pris vos machettes ?”

Les manifestations racistes des néonazis se multiplient dans le nord du pays, malgré les actions engagées par les gouvernements successifs.

Respekt (extraits) Prague

ur la place principale de Varns- dorf [dans le nord de la Bohême], un jeune homme aux cheveux

ainsi que des adolescents. Il ne s’agit que d’une manifestation parmi beaucoup d’autres annoncées. Le climat de haine raciste qui règne dans les villes du nord de la République tchèque confrontées à la présence de ghettos roms s’est profon- dément aggravé cet été, après les deux attaques menées par des Roms contre la population. La rapidité avec laquelle la

société tchèque a fait des actes criminels de quelques voyous un conflit racial et la force de cet esprit de corps qui appelle aujourd’hui à la vengeance contre tous les Roms montrent que nous sommes devant un problème auquel nous ne parvenons pas à faire face. C’est en 1997 que la société a entendu parler de ce sujet de préoccupation gran-

s’y développent. A la suite de cette enquête, le gouvernement de Mirek Topolanek a ren- forcé les fonctions du poste de chargé des droits de l’homme et des minorités et créé une agence indépendante pour la réinté- gration des Roms en situation de pauvreté et d’exclusion sociale. L’actuel Premier ministre, Petr Necas, n’est pas satisfait du travail de son ministre de l’Education, Josef Dobes. Il a promis de

S dissant pour le gouvernement, lorsque Pavel Bratinka, ministre sans portefeuille, a remis un rapport
S
dissant pour le gouvernement, lorsque
Pavel Bratinka, ministre sans portefeuille,
a remis un rapport mettant en garde
gominés hurle dans son mégaphone : “Qui
parmi vous est satisfait de la situation dans
notre ville ?” Nous sommes le premier ven-
dredi de septembre et l’organisateur de
cette manifestation, Lukas Kohout, un
escroc bien connu qui faisait partie de la
section des jeunes socialistes encore récem-
ment, profite d’une nouvelle minute de
gloire. Une foule comptant près de 500 per-
sonnes répond à l’unisson : “Personne !” A
la question suivante du tribun, “Qu’allons-
nous faire ?”, aucune réponse en chœur,
seulement quelques cris qui percent ici
et là. “Augmentez-leur les allocations
sociales”, ironise un homme moustachu.
“Vous avez pris vos machettes ?” lance un
autre. Quelques cris de manifestants
encore, puis Kohout invite la foule à
se mettre en route vers le quartier des
HLM où se trouve le centre d’héber-
gement Sport occupé par des Roms.
Même si, contrairement au rassemblement
sur la place, la marche à travers Varnsdorf
n’a pas été annoncée, la plupart des gens
s’engagent dans les rues de la ville. On y dis-
tingue notamment des retraités, des pères
de famille avec leur enfant sur les épaules
contre l’aggravation significative de la
situation sociale et économique des
Roms, la marginalisation d’une partie de
la communauté et les problèmes qui
pourraient en résulter, notamment une
escalade du racisme. Une action officielle
a été engagée en 2006. L’agence du socio-
logue Ivan Gabal a mené une analyse sur
les localités frappées par l’exclusion
sociale. Elle en a dénombré plus de 300
sur tout le territoire de la République
tchèque. C’est une description alarmante
de la situation de personnes prises au
piège : parmi des communautés de Roms
endettés qui n’ont trouvé aucun travail
dans l’économie de marché prospè-
rent les usuriers, qui les tirent tou-
jours plus au fond du trou ; y
grandissent des enfants qui n’ont
jamais vu leurs parents tra-
vailler et n’ont même pas
reçu une éducation sco-
laire élémentaire, et
la prostitution, les
addictions aux
drogues et la
criminalité
Le climat de haine
raciste qui règne dans
les villes du nord de
la République tchèque
s’est profondément
aggravé cet été
s’entretenir rapidement avec lui sur le sujet.
Le groupe d’experts créé par le dernier gou-
vernement est toujours en place. Il peut
aider à résoudre le problème de l’exclusion
sociale dans sa complexité dans les localités
mêmes où défilent aujourd’hui les néonazis.
Nous saurons dans quelques semaines
si le gouvernement entend vraiment enga-
ger une action en faveur d’un rééquilibrage
social. En effet, un texte contenant des dis-
positions susceptibles d’améliorer la situa-
tion des personnes socialement exclues et
d’apaiser le climat social en République
tchèque doit être prochainement examiné
par le gouvernement.
Adam Sura et Ivana Svobodova
Dessin de Kopelnitsky, Etats-Unis.
Roumanie

Une deuxième école après l’école

Face au ressentiment des populations, les projets d’insertion sociale pour les Roms sont d’autant plus précieux en Roumanie.

România Libera Bucarest

15 kilomètres de Cluj, en Tran- sylvanie [centre de la Roumanie], les enfants roms apprennent à

aller à l’école. Le système de l’“après-école” s’est implanté dans la communauté rom

du village de Mera, où les habitants livrent un combat quotidien pour démontrer aux Roms l’importance de la scolarisation. Un an après sa mise en place grâce à des fonds européens, le programme “l’école après l’école” a séduit les Roms. Ils sont si nombreux à vouloir que leurs enfants

A

y participent que les enseignants ont dû se montrer sélectifs. Ce programme a été ébauché il y a neuf ans, lorsque la direction de [la fondation de l’Eglise protestante] Diakonia a décidé de fonder à Mera un centre où les enfants roms pourraient se restaurer à midi et lire des livres. Depuis, le programme, intitulé “Pas à pas”, a évolué et obtenu un finan- cement européen en 2010. “Au début, les parents disaient : pourquoi nos enfants iraient-ils à l’école ? nous ne savons ni lire ni écrire et nous n’en sommes pas morts. Après un temps, ils se sont aperçus que les petits étaient plus soignés, mieux dans leur peau et plus heureux, et maintenant nous avons tel- lement de demandes que nous ne pouvons y faire face”, raconte Levi, un assistant social qui travaille à ce projet. Au total, 50 enfants roms de la mater- nelle bénéficient de ce programme : après

la classe, ils vont manger à la cantine Dia-

konia, ensuite ils bénéficient d’un soutien scolaire. Les organisateurs ont aménagé une vieille grange en bois, sur des fonda- tions en pierre de rivière, en deux petites salles de classe. Les enfants y font leurs devoirs et jouent, et les éducatrices les récompensent avec de petits cadeaux. Certains aiment tellement cette deuxième école qu’ils ne veulent pas ren- trer à la maison. “Quelques-uns de nos bam- bins disent qu’ils ne se sentent pas aussi bien chez eux et qu’ils aimeraient rester dans la salle de classe jusqu’au lendemain”, explique Monica, une assistante sociale. Malheureusement, bien que les enfants fassent de sérieux progrès, tout cela risque d’être compromis après l’école primaire. Leurs conditions matérielles sont si pré- caires qu’il leur est difficile d’envisager ne serait-ce que de quitter leur village pour

aller à Baciu, à quelques kilomètres, pour poursuivre leur scolarité. “Ils n’ont pas de vêtements, pas d’argent, pas de moyen de transport. En hiver, certains ont même du mal à se rendre à l’école du village à cause des glissements de terrain. Ici, tant qu’ils sont petits, nous arrivons à nous procurer des vête- ments, des jouets, des livres. Une fois qu’ils sont grands, ils restent chez eux. Et comme ils ne peuvent pas partir, ils ne trouvent pas grand-chose comme travail”, déplore une puéricultrice. Elle raconte comment les élèves pren- nent conscience, avec l’âge, qu’ils ont peu de chances de devenir autre chose que des assistés sociaux. Lorsqu’on leur demande ce qu’ils aimeraient faire par la suite, les enfants répondent en nommant des métiers simples. Seuls les plus petits osent dire qu’ils veulent être médecins. Florina Dobos et Larisa Neagoe

Nespresso invente l’Édition Limitée durable…

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28 Courrier international | n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011

Europe Royaume-Uni
Europe
Royaume-Uni

Dans les bidonvilles secrets de Londres

Au Royaume-Uni, le nombre de logements est insuffisant et les prix n’en finissent pas de monter. De quoi faire proliférer de nouvelles formes de taudis.

Dessin de Jay Taylor paru dans The Guardian, Londres.

Dessin de Jay Taylor paru dans The Guardian, Londres.

Logement

 

Un bilan catastrophique

The Independent Londres

La situation du logement en Grande- Bretagne compte parmi les pires en Europe occidentale. La pression qu’elle fait peser sur le NHS [le service de santé public] et sur les autres services publics coûte au pays 7 milliards de livres [un peu plus de 8 milliards d’euros] par an, selon une étude publiée le 8 septembre. D’après les auteurs, le manque de logements décents et abordables, les réductions du budget du logement dont disposent les autorités locales et le projet de réforme de l’aide sociale du gouvernement de coalition “entraînent de grandes difficultés, de la misère et des problèmes de santé”. Le nombre de sans-abri est en augmentation. Près de 4 000 personnes dorment dans les rues de Londres, soit 8 % de plus que l’année dernière. La moitié d’entre elles sont originaires du Royaume-Uni, les autres venant de divers pays, en particulier de Pologne. Rien n’indique que Boris Johnson, le

maire de Londres, parviendra à mettre un terme à cette situation d’ici à l’année prochaine, comme il se l’était promis. L’Alliance Pro-Logement presse

V ue de l’extérieur, cette maison mitoyenne située dans une rue arborée de l’est de Londres n’a

rien qui la différencie des autres. Mais, dès qu’on passe la porte d’entrée, on entend des corps remuer à tous les étages. Dans la première pièce à droite – là où se trouve habituellement la salle à manger ou la cuisine –, plusieurs silhouettes se redressent sur des matelas. A l’étage, sept hommes jeunes, en sous-vêtements, se déplacent en traînant des pieds dans des pièces minuscules. Au fond du jardin, une sorte de cabane en ciment est adossée à la clôture. Quatre hommes jeunes en sortent en se frottant les yeux. L’odeur caractéristique de ce genre de promiscuité s’exhale ; des vête- ments pendent çà et là sur les rebords des fenêtres et les cadres des portes, des usten- siles de cuisine et des produits alimentaires sont empilés au milieu d’objets personnels. Ce “cabanon”, un abri mal bâti à peine plus grand qu’une cabane de jardin ordi- naire, fait partie des milliers de logements du même genre que l’on trouve dans la capitale britannique. Les militants pour le droit au logement les appellent les “bidon- villes secrets” de Londres. Nous avons accompagné une équipe du conseil d’arrondissement de Newham – le secteur de Londres le plus touché par ce phénomène – dans sa tournée à la recherche des cabanes cachées. Ces explo- rations sont une réponse à l’explosion du nombre de cabanons construits pour loger les personnes, de plus en plus nombreuses, qui ne peuvent plus suivre la hausse constante des loyers. Les abris sont sou- vent dangereux, exigus et insalubres. Cer- tains n’ont qu’un trou dans le sol en guise de toilettes, d’autres sont faits en bois avec un simple toit en toile goudronnée. Les gens qui y habitent sont parmi les plus démunis de la société et n’ont guère de choix pour se loger. “Ce sont générale- ment des personnes à faibles revenus, qui gagnent moins que le salaire minimum”, explique James Bolt, responsable des permis de construire au conseil de Newham et membre de l’équipe chargée de repérer et de détruire ces construc- tions. “Il y a souvent des immigrés clandes- tins, parce que ces logements sont discrets et que vous n’allez pas vous plaindre du confort si vous êtes ici illégalement.” Les conditions de vie dans les cabanons rappellent souvent celles qui prévalaient dans les célèbres taudis de l’East End à l’époque

la

coalition de renoncer à baisser

les aides sociales : selon elle, ce projet augmentera les problèmes mentaux et physiques associés à l’endettement,

victorienne. “Quand on entre dans ces endroits, on a parfois vraiment l’impression de retourner au Moyen Age”, poursuit Bolt. Selon l’organisation caritative Shelter, qui lutte pour le droit au logement, vivre dans ces logements délabrés n’expose pas seulement les locataires à des risques sani- taires, mais les laisse sans défense face à l’exploitation. “Ils peuvent se retrouver dans la rue d’un instant à l’autre parce que, lorsque le conseil met la main sur le propriétaire, ils sont virés”, précise Bill Rashleigh, un cher- cheur qui travaille pour Shelter. “Ils ne peu- vent pas non plus recourir à la loi. Si le propriétaire augmente le loyer, ils ne peuvent pas protester. Ils n’ont pas de lois pour proté- ger leurs droits, ils sont en proie à l’exploita- tion, leur santé est mise en danger et il ne leur reste aucune forme de sécurité.” Le conseil de Newham est au cœur de la bataille contre cette nouvelle forme de logements de fortune. Le maire de l’ar- rondissement, Robin Wales, a été l’un des premiers à appeler à l’action. Newham a récemment créé un département spécial pour s’occuper du problème et compte lui octroyer un financement de 1 million de livres. “La création de ce département envoie

un message très clair concernant notre poli- tique de ‘tolérance zéro’ pour la construction illégale, qui est un délit”, déclare le maire. Le conseil envisage d’utiliser la photo- graphie aérienne et l’imagerie infrarouge pour repérer les cabanons, et il aura le pou- voir de démolir toutes les constructions qui ne respectent pas la réglementation en matière d’urbanisme. Mais le problème est loin d’être spécifique à Newham : selon les estimations de son département spécial, il y a des milliers de constructions insalubres dans Londres. La cupidité de certains propriétaires n’est pas seule responsable de ce phéno- mène : Shelter impute également la forte augmentation du nombre de cabanons au manque d’action du gouvernement en matière de logement. “Ces cabanons mon- trent à quel point le nombre de personnes qui ne peuvent pas accéder à un logement décent et abordable est important. Beaucoup n’ont pas d’autre choix que de se tourner vers ce type d’abri, explique Rashleigh. Les prix sont si élevés que les gens ont du mal à trouver un logement qui réponde à leurs besoins. C’est un exemple extrême d’un fait qui touche une énorme quantité de personnes.” Richard Hall

la pauvreté et aux relogements forcés, et accroîtra les risques sanitaires liés à la promiscuité.

à

Pour elle, il faudrait, pour régler la crise, fournir 500 000 maisons et appartements verts et abordables par an pendant les sept années à venir

en remettant en usage des logements

vides, par exemple. David Cameron

a

déclaré aux députés le 7 septembre :

“On ne construit pas assez de logements dans ce pays. D’après les statistiques, les gens achètent en général leur premier logement quand ils ont le milieu de la trentaine.

Il faut que ça change. Il faut construire davantage de logements.” Le nombre de familles en attente d’un logement social à Londres a doublé entre 1997 et 2010 pour passer à 362 000 et représente aujourd’hui plus de 20 % de la liste d’attente nationale. On compte pourtant plus de 6 000 logements sociaux vides

Londres ; près du tiers d’entre eux sont en attente de réparation et plus de

à

2300sontinoccupésdepuisplusd’unan.

Andrew Grice The Independent (extraits) Londres

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30 Courrier international | n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011

Europe

Chronologie 1960 Naissance de

Ioulia Griguian à Dniepropetrovsk.

1979 Elle épouse Oleksandr

Timochenko.

1984 Elle obtient un diplôme

d’ingénieur en économie.

1991 Elle fonde de la Corporation

pétrolière ukrainienne.

1999 Nommée vice-premier

ministre pour le secteur énergétique, elle entreprend de lutter contre la corruption.

Ukraine Ioulia Timochenko en prison, un enjeu pour l’Europe Accusée de corruption, l’ex-Premier ministre est
Ukraine
Ioulia Timochenko en prison,
un enjeu pour l’Europe
Accusée de corruption,
l’ex-Premier ministre
est en attente de jugement.
L’audience a été reportée
au 27 septembre, mais l’UE
entend bien peser de tout
son poids pour la faire libérer.
En usant, si besoin,
de l’arme économique.
Dzerkalo Tyjnia Kiev
epuis quelques semaines, Kiev
est littéralement submergée de
déclarations et de mises en
D

garde de la part de nos partenaires euro- péens. Le président polonais Komo- rovski a expliqué à son homologue ukrainien Viktor Ianoukovitch que l’incarcération de Ioulia Timochenko risquait de constituer un obstacle sérieux sur la voie d’un rapprochement de l’Ukraine avec le monde occidental. Du côté européen, on ne mâche pas ses mots : si la situation ne change pas, le processus de ratification d’un accord de libre-échange approfondi entre l’Ukraine et l’UE sera suspendu. Catherine Ashton, haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, n’a pas caché sa grande préoc- cupation. La France, par le biais de son ministre des Affaires étrangères Alain

L’affaire suscite une perplexité croissante à Bruxelles

Juppé, a réclamé que l’ex-Premier ministre ukrainien bénéficie d’un procès équi- table, rappelant que l’accord de libre- échange ne pourrait entrer en vigueur tant que la justice ne serait pas respec- tée dans l’affaire Timochenko. Le ministre des Affaires étrangères de Slovaquie Mikulas Dzurinda, en visite à Kiev au début du mois, a fait part de l’inquiétude de l’Union européenne au sujet de la situation de l’opposition ukrainienne. Il y a un mois, le ministère ukrainien des Affaires étrangères, Konstantin Grichtchenko, affirmait pourtant, sûr de lui, qu’il n’y aurait aucune complication au sujet de l’accord de libre-échange avec les Européens. Or, n’en déplaise au gou- vernement, c’est bien là que le bât blesse :

en attendant le sommet Ukraine-UE de décembre, au cours duquel la finalisation de ce traité devrait être annoncée, tout peut encore changer (à la grande joie de Moscou).

Ioulia Timochenko. Dessin de Vadot paru dans Le Vif L’Express, Bruxelles.

L’accord de libre-échange sera-t-il ou non ratifié ? La question est déjà évoquée à divers niveaux par les Européens, avec autant de passion que de sérieux. L’Union européenne est perplexe : ce n’est pas la première fois qu’il lui faut décider préci- pitamment “quoi faire de l’Ukraine”. Pour l’heure, l’UE préfère maintenir le projet de traité. Mais cette position pourrait-elle évoluer si Ioulia Timo- chenko était condamnée ? Et quelles rai- sons poussent l’Union européenne à poursuivre les négociations sur le libre- échange en dépit du rétrécissement du cadre démocratique et de la limitation des libertés des citoyens dans l’Ukraine de Ianoukovitch ? C’est tout d’abord, bien entendu, au nom de son propre confort et de sa sécu- rité. L’UE s’efforce en effet de garantir la stabilité sur ses frontières. D’un point de vue cynique, les Européens sont motivés par la peur d’une éventuelle instabilité dans un pays de 46 millions d’habitants, aux marches de l’Union. Nos gazoducs sont eux aussi un fac- teur important de la sécurité européenne. Le volet énergétique des négociations sur la zone de libre-échange est un des plus complexes : après avoir été frôlés par le spectre glaçant de la pénurie durant l’hi- ver 2008-2009, les Européens préfére- raient éviter de se retrouver dans une telle situation. Aussi suivent-ils très attentivement le développement du

conflit russo-ukrainien portant sur la révision possible des contrats gaziers de 2009. Günther Öttinger, commissaire euro- péen à l’Energie, s’est dit prêt à jouer les médiateurs entre l’Ukraine et la Russie. Bien que le ministère russe des Affaires étrangères ait refusé cette intervention européenne, l’UE reste un partenaire que l’on ne peut se permettre d’ignorer. Les détails de cette aide européenne seront rediscutés pendant la visite d’Öttinger à Kiev, le 30 septembre. Outre les intérêts communs de l’Union européenne, certains Etats ont leurs propres raisons pour souhaiter nouer des relations étroites et solides avec l’Ukraine. C’est le cas de la France

La France et l’Allemagne ont intérêt à nouer des relations avec Kiev

et de l’Allemagne, qui sont très intéres- sées par le développement des échanges commerciaux et économiques avec Kiev. L’aspect géopolitique est peut-être plus important encore pour ces deux pays, considérés comme extrêmement russo- philes. A en croire les Français et les Allemands, la Russie ne nourrirait pas de grandes ambitions impériales. Pour eux, le rapprochement avec l’Ukraine est

crucial, non parce qu’ils ont peur d’un renforcement de la Russie dans le cas où l’Ukraine se retrouverait de nouveau dans son orbite, mais parce qu’ils espè- rent toucher indirectement la Russie en pesant plus lourdement sur le jeu poli- tique à Kiev. Une intégration de l’Ukraine dans l’UE est bien entendu moins préoccu- pante pour l’Europe du Sud, l’Espagne et l’Italie. Ce qui est compréhensible puis- qu’ils ont toujours eu d’autres priorités, comme, en ce moment, l’Afrique du Nord et l’afflux des immigrants. En revanche, pour les pays nor- diques, la question principale est le res- pect des normes démocratiques en Ukraine. D’ailleurs, cette question a des chances de devenir essentielle pour le reste de l’UE. Comment agira-t-elle si Timochenko, symbole de l’opposition ukrainienne harcelée, est sommaire- ment condamnée ? L’Union européenne se satisfera-t-elle d’une condamnation suivie d’une remise en liberté, Ioulia Timo- chenko se retrouvant dès lors inéligible ? L’UE ne peut donc que réagir. D’au- tant plus que les Européens estiment avoir une dette envers Timochenko. Pendant l’hiver 2008-2009, justement, c’est à elle, en tant que Premier ministre, que l’UE en avait appelé afin que Kiev ratifie au plus vite avec Moscou un accord sur le gaz. Tatiana Silyna

Courrier international | n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011 31

SERGEI SUPINSKY/AFP

2001 En conflit avec les oligarques, elle entre dans l’opposition au président Léonide Koutchma, fonde
2001 En conflit avec les oligarques,
elle entre dans l’opposition au
président Léonide Koutchma, fonde
le Bloc Ioulia Timochenko (Biout).
Novembre 2004 Début de
la “révolution orange”, qui réclame le
départ de Koutchma et de son poulain
Viktor Ianoukovitch. Timochenko
devient l’égérie du mouvement.
2005 Nommée Premier ministre du
président Viktor Iouchtchenko, mais son
gouvernement est limogé en septembre.
2007 Timochenko redevient
Premier ministre, le Biout est la
deuxième force politique du pays.
2010 Battue à la présidentielle
par Ianoukovitch, elle prend la tête
de l’opposition.
2011 Accusée depuis le mois
de mai d’abus de pouvoir
dans le cadre d’un contrat gazier
signé avec la Russie en 2009,
elle est arrêtée le 5 août
pour outrage à la cour.
Portrait

De Barbie à Jeanne d’Arc

Au fil de son ascension, Ioulia Timochenko a su faire évoluer son image, au point que son arrestation même semble faire partie de son plan de carrière. Analyse d’une métamorphose.

Frankfurter Allgemeine Zeitung (extraits)Francfort

C

’est pendant la “révolution orange” que Ioulia Timochenko a créé le personnagequ’elleincarne,depuis,

avec un succès éclatant. Un personnage que la sociologue ukrainienne Oksana Kis décrit comme une hybridation géniale entre la poupée Barbie, idole érotique du consumérisme, et Berehynia [la protec- trice] déesse-mère de la mythologie slave. La Barbie parée d’accessoires de luxe occi- dentaux, telles les prostituées de l’URSS tardive, avait, dans la puritaine Union sovié- tique où l’on préférait imaginer la femme aux commandes d’un tracteur, les mêmes connotations déviantes que le trafiquant et l’agent de change clandestin, devenus plus tard les archétypes de l’oligarque. Chez les Komsomols [Jeunesses commu- nistes], il était cool de consommer, et sexy de s’opposer au pouvoir. C’est à cet uni- vers qu’appartenait Timochenko au moment du changement. Avec une incroyable énergie, et un res- pect semble-t-il fort limité pour des lois qui n’étaient, de toute façon, plus appli- quées depuis longtemps, cette fille d’une standardiste divorcée passa, après la chute du communisme, du statut de gérante de vidéoclub dans sa ville natale de Dniepro- petrovsk, à celui de richissime “princesse du gaz”. Lors de négociations avec le patron de Gazprom de l’époque, elle se pré- senta en minijupe et talons aiguilles et, dans une interview, elle déclara que toutes les femmes rêvaient de poser au moins une fois dans Playboy.

La “princesse du gaz”

Puis, en 2001, Ioulia Timochenko ajouta à son stéréotype iconoclaste de “girl de luxe” une nouvelle facette, elle aussi considérée comme une forme d’opposition au pouvoir soviétique : celle de Berehynia, déesse- mère des anciens Slaves que le mouvement national ukrainien s’était appropriée dans sa résistance au soviétisme. L’adaptation fut rapide. L’ascension de Timochenko au sein du monopole gazier connaissait alors de sérieux ratés. Déjà inquiétée pour mal- versation, elle s’était retrouvée incarcérée pendant quarante-deux jours au début de 2001. Dans les journaux qui faisaient cam- pagne pour sa libération, les photos la mon- trent encore brune, coiffée avec une frange. L’automne de la même année, dans les bro- chures de son programme, elle porte la couronne de tresse blonde qui va devenir son emblème dans le monde entier.

La Barbie séduisante et consumériste se retrouve dès lors plus ou moins sur la touche, remplacée par Berehynia, divinité matriarcale couronnée, chastement vêtue d’une blouse paysanne brodée. C’est avec ce langage visuel doublement inscrit dans l’opposition – en tant qu’incarnation de la fibre patriotique ukrainienne traditionnelle qui associait son énergie à la promesse d’une “liberté” économique à l’Occiden- tale – qu’elle prend la tête de la révolution de 2004, jusqu’à la victoire contre le clan de son adversaire Ianoukovitch [finale- ment élu président en 2010]. Depuis, l’icône a perdu de son éclat. Pendant la présidentielle de 2010, l’ennemi est revenu aux commandes avec une courte majorité. Au début, Ioulia Timochenko est apparue impuissante face au retour de la clique des oligarques postsoviétiques. C’était la fin de la Barbie-Berehynia. Jus- qu’à ce que les magistrats de Ianoukovitch la traînent en justice. La Barbie, person- nage moralement contestable des années

Vu de Russie

1990, s’est effacée. Plus de robes extrava- gantes, mais des tenues plus sobres, en noir, beige ou blanc. Après avoir fièrement affiché sa jeunesse, la voilà qui, depuis peu, arbore des lunettes. Un nouveau person- nage fait son entrée sur la scène iconogra- phique, un personnage dont la couleur de campagne est le blanc virginal, et le sym- bole un cœur rouge : Ioulia Timochenko joue avec les attributs de la sainteté.

Beauté martyre

Il y a déjà longtemps qu’elle met en avant l’image de la femme combattante, Jeanne d’Arc, dont une statuette en bronze trône d’ailleurs dans son bureau. On peut égale- ment voir une photo d’elle à côté de Mar- garet Thatcher, autre Dame de fer. Une affiche électorale datée de 2006 la montre armée d’un sabre de samouraï, mi-Uma Thurman dans Kill Bill de Tarantino, mi- héroïne de Night Watch, film fantastique postsoviétique de Timur Bekmanbetov. De plus, l’identification à Jeanne d’Arc trans-

met un autre message : celui de la beauté emprisonnée, la martyre qui monte à l’échafaud pour la patrie. Ioulia Timo- chenko a fait ce qu’il fallait pour jouer sur ce thème, et son incarcération n’est que la dernière pierre d’un édifice depuis long- temps en chantier. Reste à savoir si ses partisans vont se laisser séduire par cette nouvelle incarna- tion. Après le naufrage lamentable du grand soulèvement de 2004, le pays a sombré dans la désillusion et le cynisme. On a vu les héros de la démocratie se battre comme des chiffonniers, on les a vus s’as- perger mutuellement de boue, et les Ukrai- niens en ont assez. D’après un récent sondage, tant le président Ianoukovitch et son retour à l’autoritarisme que Ioulia Timochenko et sa nouvelle image ont échoué. En février 2010, pour la présiden- tielle, ils avaient rassemblé respectivement 49 % et 45 % des suffrages. Aujourd’hui, ils ne convainquent plus que 17 et 14 % de l’électorat. Konrad Schuller

Un casse-tête pour le Kremlin

L’Ukraine est généralement considérée comme un champ de bataille géopolitique où s’affrontent la Russie et l’Occident, un Etat-tampon déchiré par des luttes intestines. Les forces politiques locales y sont dépeintes en noir ou blanc :

d’un côté celles qui veulent un rapprochement avec la Russie, de l’autre celles qui sont favorables à l’intégration à

l’espace euro- atlantique. Dès lors, le procès de Ioulia Timochenko laisse perplexes les adeptes des schémas simplistes. Symbole de la “révolution orange” tant honnie à Moscou, elle a été traînée devant les tribunaux par ceux que le Kremlin appuyait ardemment à l’époque. Pourtant, l’arrière- plan de ce procès est nettement antirusse, et il risque d’engendrer un conflit majeur, en remettant en cause la validité des accords dans le domaine gazier. Kiev compte aller dénoncer les contrats que Timochenko a signés en 2009 avec Moscou devant les instances internationales. Or, si les pays

occidentaux critiquent avec vigueur la détention de Ioulia Timochenko, ils ne tiennent pas à voir ces contrats menacés. En effet, la dernière chose dont l’Europe a besoin, en pleine crise économique, c’est bien d’une nouvelle

guerre de l’énergie sur son flanc oriental. La Russie, pour unefois,jointses protestations à celles de Washington et de Bruxelles, non pour défendre Timochenko, mais

pour s’opposer à toute tentative de révision des accords signés. En vingt ans d’indépendance, l’Ukraine a sans arrêt manœuvré entre l’Est et l’Ouest. Kiev veut marquer des points par rapport à la Russie, mais aussi par rapport à l’Europe. Ianoukovitch ( ci-dessus) semblait avoir repris à son compte la tactique de Léonide Kravtchouk et de Léonide Koutchma [les deux premiers présidents de l’Ukraine indépendante], qui consistait à ne pas irriter inutilement la Russie tout en posant des jalons en direction de l’Europe, et à profiter d’un maximum d’avantages de la part des deux camps. Mais peu à peu, les relations entre

la part des deux camps. Mais peu à peu, les relations entre l’Ukraine et la Russie

l’Ukraine et la Russie se sont dégradées. Les élites ukrainiennes perçoivent les voisins de l’est et de l’ouest comme les pions d’un jeu, complexe et confus, dont elles dictent les règles. Il en a toujours été ainsi, seule la forme a varié. Manœuvres du temps des deux premiers présidents, magouilles teintées de chantage à l’égard de la Russie comme de l’Occident du temps des “oranges”. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à la volonté de l’Ukraine d’imposer son ordre du jour, qui mêle étroitement politique intérieure et extérieure. Mais Ianoukovitch joue un jeu dangereux et il manque d’atouts. Pour Moscou, c’est l’occasion de modifier enfin sa politique à l’égard de l’Ukraine, en se défaisant de ses penchants sentimentaux et idéologiques. Que cela nous plaise ou non, la Russie et l’Ukraine sont deux pays distincts qui, bien qu’incroyablement proches sur les plans culturel et historique, reposent sur des bases tout à fait différentes, pour ne pas dire opposées. En cette année 2011, la Russie commémore le vingtième anniversaire de l’éclatement

de l’URSS et continue à éprouver des sentiments mitigés à ce propos. L’Ukraine, elle, fête les vingt ans de son indépendance, et plus précisément de son indépendance vis-à-vis de la Russie. Si les politiciens ukrainiens se traitent de tous les noms à la moindre occasion, il ne s’en trouvera aucun pour mettre en doute la souveraineté du pays, car c’est grâce à elle qu’ils sont là où ils sont. La sympathie que certains peuvent ressentir en privé pour la Russie n’a aucun effet sur leurs décisions d’hommes d’Etat. C’est désormais Ianoukovitch, “notre homme”, qui adopte ce type de comportement. Ce pays est sans doute le plus difficile pour la Russie en termes de politique étrangère. Kiev va longtemps encore se déterminer par opposition au Kremlin, ne serait-ce que pour marquer sa différence. Moscou devra abandonner ses illusions et cesser de croire qu’être des “peuples frères” permet d’arrondir les angles : cela ne fait que les rendre plus aigus. Fiodor Loukianov** Ogoniok (extraits) Moscou

** rédacteur en chef du périodique Rossia v globalnoï politikié

32 Courrier international | n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011

CAGLE CARTOONS

500 k Amérique Dallas ÉTATS-UNIS TEXAS Austin Dove Springs Housto MEXIQUE Etats-Unis Rick Perry ou
500 k
Amérique
Dallas
ÉTATS-UNIS
TEXAS
Austin
Dove Springs
Housto
MEXIQUE
Etats-Unis
Rick Perry ou le mirage économique texan

Favori dans la course à l’investiture républicaine, le gouverneur du Texas fonde toute sa campagne sur ses bons résultats en matière d’économie et d’emploi. Mais, sur le terrain, la réalité est loin d’être rose.

The Observer (extraits) Londres

ls sont arrivés avant l’aube pour attendre le camion de l’aide alimentaire. Des hommes d’âge

moyen, de jeunes femmes avec enfants, des personnes âgées se mélangeant à des sala- riés pauvres en route pour le travail. Alors que le soleil pointe à l’horizon, plusieurs centaines de personnes se pressent dans les rares coins d’ombre. Certaines ont même apporté une chaise de jardin pour s’asseoir. Nous sommes à Dove Springs, une banlieue d’Austin, la capitale du Texas. Le camion de la banque alimentaire arrive et chacun attend patiemment son tour pour retirer un colis contenant des boîtes de sauce pour spaghettis, du jus de fruits, quelques kilos de pommes de terre et des poires. Connie Gonzales, qui travaille pour la municipalité d’Austin, souligne que la foule augmente chaque semaine. “C’est l’économie. Ça va mal. Ces gens ont vraiment besoin de toute l’aide qu’ils peuvent obtenir”, explique-t-elle. Les choses ne sont pourtant pas cen- sées être comme ça. Pas au Texas. Après tout, nous sommes dans l’Etat du gouver- neur Rick Perry, candidat à l’investiture républicaine en vue de l’élection prési- dentielle de 2012, dont le principal argu- ment de campagne est son bilan en matière de création d’emplois. Nous sommes dans l’Etat dont le “miracle” économique est considéré par les conservateurs comme un modèle pour l’avenir des Etats-Unis. Nous sommes dans l’Etat de la fiscalité faible et de la déréglementation, un Etat tellement favorable aux entreprises que les grands groupes y prospèrent. Nous sommes, enfin, dans l’Etat qui a su éviter le pire de la réces- sion et qui s’est lancé à fond dans la reprise. Une oasis d’emplois dans une économie américaine ravagée.

I

oasis d’emplois dans une économie américaine ravagée. I Rick Perry. Sur le sac : Poudre aux

Rick Perry. Sur le sac : Poudre aux yeux. Dessin de Bill Day, Etats-Unis.

Ce beau tableau a pourtant une face sombre, celle que l’on voit à Dove Springs. C’est la première fois que Sharonda Buckley, 27 ans, vient à la distribution d’aide alimentaire. Arrivée à 8 heures du matin, elle occupe la 194 e place dans la queue. Elle travaille dans une société locale qui fabrique des bouteilles d’oxygène, tout en préparant un diplôme d’ingénieur. Son salaire est si bas et ses frais universitaires si élevés qu’elle ne peut pas joindre les deux bouts. “J’ai un travail, mais je n’arrive pas à m’en sortir, confie-t-elle. J’ai dû mettre ma fierté de côté.” Elle désigne sa fille de 3 ans qui se tient à ses côtés. “C’est pour elle que je fais ça.” Le “miracle” économique du Texas repose sur la faiblesse des salaires, c’est un vilain petit secret que l’on oublie facile- ment dans certaines parties de l’Etat. La triste scène de Dove Springs ne se déroule qu’à quelques kilomètres du dôme majes- tueux du siège du gouvernement, dans le centre d’Austin, une métropole célèbre pour ses salles de concert et ses restaurants de classe internationale. Le secteur des nouvelles technologies y est en pleine expansion et la ville est en train de devenir

“Une oasis d’emplois dans une économie américaine ravagée”

la Silicon Valley du Texas. Elle compte plu- sieurs quartiers aisés, aux pelouses par- faites et aux somptueuses demeures. C’est tout aussi vrai des autres villes texanes, Dallas et Houston par exemple, dont le sec- teur énergétique a été porté par la flambée des prix du pétrole. Le Texas a en outre évité le pire de la bulle immobilière. Depuis le début de sa campagne, le gouverneur Rick Perry met tout cela en avant. Il rap- pelle fièrement qu’une légion de sociétés classées dans les 500 premières par le magazine Fortune ont afflué pour installer leur siège dans l’Etat et que près de 40 % des emplois créés aux Etats-Unis depuis juin 2009 l’ont été au Texas, où le taux de croissance est le double du taux national. Le problème, ce sont les détails. Le taux de chômage de l’Etat reste obsti- nément à 8 %, certes au-dessous de la moyenne nationale, mais il n’en reste pas

Record

234, c’est le nombre record de détenus exécutés au Texas depuis que Rick Perry

a accédé au poste de gouverneur de l’Etat,

en décembre 2000. Si les gouverneurs peuvent gracier les condamnés à mort, Rick Perry n’a que très peu fait usage de cette prérogative. Le fait de détenir le record du nombre d’exécutions ne fait pas sourciller le candidat à l’investiture républicaine. Lors du débat télévisé entre candidats républicains du 7 septembre dernier, Rick Perry a assuré que “la peine de mort au Texas était administrée de façon réfléchie et claire” et qu’il n’avait “jamais

perdu le sommeil à l’idée d’avoir exécuté un innocent”, rapporte The New York

Times, qui souligne que cette intervention

a été chaudement applaudie par le public.

moins que 1 million de Texans sont sans emploi. En 2010, l’Etat comptait 500 000 personnes gagnant le salaire minimum, soit 7,25 dollars [environ 5,20 euros] l’heure. Malgré ses métropoles étincelantes, le Texas est, avec le Mississippi, l’Etat qui compte le plus fort taux de salariés payés au salaire minimum, parfois moins. Jim Hightower, un animateur radio de gauche, n’y va pas par quatre chemins pour quali- fier le miracle économique du Texas de Perry : “C’est du bidon ! Il raconte des bobards. On ne peut pas vivre avec ces emplois.” Le Texas, si riche de tout, déborde de pauvreté : 1 personne sur 7 y reçoit des bons alimentaires ; 1 Texan sur 6 vit au- dessous du seuil de pauvreté. L’Etat occupe le 6 e rang pour ce qui est de la pauvreté infantile, qui touche près de 1 enfant sur 4. Les chiffres sont tout aussi choquants en matière de santé. Plus de 1 habitant sur 4 n’a pas d’assurance-maladie, en partie parce que la plupart des employeurs n’ont pas l’obligation d’offrir de couverture médicale à leurs salariés. Pour ses détracteurs, Rick Perry a pré- sidé la mise en place d’une économie dont les inégalités croissantes font davantage penser aux pays en développement qu’à l’Amérique du XXI e siècle. Jim Hightower est consterné que le gouverneur souhaite étendre ce modèle au reste du pays. “Quand Perry déclare pouvoir faire pour les Etats-Unis ce qu’il a fait pour le Texas, ce n’est pas une menace en l’air.” Et il risque bien d’y parvenir. L’écono- mie américaine est toujours au point mort et pourrait replonger dans la récession. La cote de popularité d’Obama ne cesse de chuter dans les sondages. S’il remporte l’in- vestiture républicaine, Rick Perry pourrait très bien conquérir la Maison-Blanche. Le bilan dont il se vante en matière de créa- tion d’emplois et son charme facile pour- raient former une combinaison gagnante. “Si les choses continuent comme ça”, souligne Roger Meiner, professeur d’économie à l’université du Texas, “n’importe qui pourra battre Obama.” Paul Harris

Statistiques

 

De plus en plus d’Américains pauvres

 

46,2 millions d’Américains vivaient sous le seuil de pauvreté en 2010, soit 15,1 % de la population des Etats- Unis : c’est la statistique choc du dernier rapport du Bureau du recensement américain, publié le 13 septembre. Il s’agit du chiffre absolu le plus élevé

depuis 1959, année où le Bureau du recensement a commencé son étude annuelle sur le niveau de vie des Américains. Autre statistique frappante :

le revenu médian américain est retombé à son niveau de 1996, soit plus

d’une décennie perdue en termes de revenu moyen, “du jamais-vu depuis la Grande Dépression des années 1930”, s’alarme The New York Times. Les Africains- Américains et les Hispaniques sont particulièrement touchés par la paupérisation,

souligne pour sa part l’hebdomadaire Us News . Toujours selon les chiffres du Bureau du recensement, 27,4 % des Africains- Américains et 26,6 % des Latinos vivaient au-dessous du seuil de pauvreté en 2010, contre 9,9 % des Blancs.

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34 Courrier international | n° 1090 | du 22 au 28 septembre 2011

Amérique

Argentine

Argentine Carton plein pour une série de politique-fiction
Carton plein pour une série de politique-fiction

Carton plein pour une série de politique-fiction

Carton plein pour une série de politique-fiction Vue de Villa 31, l’un des bidonvilles du quartier

Vue de Villa 31, l’un des bidonvilles du quartier El Retiro, dans le Grand Buenos Aires, où se déroule la série.

A quelques semaines de l’élection présidentielle, la série télévisée El Puntero bat tous les records d’audience. A travers un “leader communautaire” d’une banlieue précaire de Buenos Aires, elle décrit les pratiques douteuses d’un monde politique qui semble bien réel.

La Nación Buenos Aires

A

ucun personnage de la télévision ne suscite actuellement autant d’intérêt que celui incarné par

Julio Chávez dans El Puntero. Non seule- ment chez les 2 millions de fans de cette série diffusée sur Canal 13, mais aussi chez tous ceux qui suivent de près les avatars de la vie politique argentine. Véracité brutale

ou realpolitik, El Puntero captive les télé- spectateurs. L’univers et les personnages dépeints par la série accaparent les conver- sations entre voisins [depuis six mois] et sont même devenus un objet d’étude pour les chercheurs en sciences politiques : le pouvoir politique se construit-il vraiment ainsi à Buenos Aires ? El Puntero raconte l’histoire de Pablo Aldo Perotti, alias El Gitano, chef d’un quartier baptisé “27 de Abril” [quartier du 27 avril] qui évoque certains endroits de l’agglomération de Buenos Aires et qui, avec ses habitations précaires, l’absence d’égouts, ses rues sans bitume et son carac- tère informel ressemble fort à ce que l’on appelle aujourd’hui des “établissements urbains” [ou établissements humains dans le langage onusien], un euphémisme pour “bidonvilles”. La série décrit un monde où coexistent, entre autres ingrédients, le

dénuement le plus extrême, les sacrifices faits pour subvenir aux besoins de la fa- mille, les emplois fictifs de la municipalité, les plans sociaux, la corruption de la police, les faveurs politiques et la drogue. El Gitano, à la fois saint et démon, règne sur ce chaos. Référent du quartier, il en- freint la loi quand c’est nécessaire tout en restant honnête, selon ses critères per- sonnels de solidarité, de loyauté, dans sa quête confuse de justice sociale.

Toute ressemblance avec…

Mais si la série fait parler d’elle – abstrac- tion faite de ses indiscutables qualités artistiques –, ce n’est pas seulement en raison de ce personnage dont on peut ima- giner qu’il est réel, mais à cause du lien qu’elle établit entre le puntero, un leader qui opère à la base de la pyramide sociale, et les échelons supérieurs de la politique :

les conseillers municipaux, le maire et même les députés nationaux, qui ont be- soin de mobiliser les gens pour une action à plus grande échelle. Les auteurs ont ainsi décidé de scruter à la loupe le lieu où la politique met les pieds dans la boue.