Vous êtes sur la page 1sur 7

Idées Nouvelles

Businesspresso
Concentré de connaissances pour cadres pressés

The Black Swan


La puissance de l’imprévisible
De Nassim Nicholas Taleb
Éditeur : Random House
400 pages
Copyright © 2007 Nassim Nicholas Taleb

Cet ouvrage est paru en français aux éditions Belles Lettres sous le titre Le cygne noir.

Le pitch Notre monde est dominé par des phénomènes extrêmes qui échappent à toute prévision. Nassim
Nicholas Taleb les appelle des « Cygnes Noirs ». Ceux-ci sont à l’origine des changements majeurs dans
les domaines des affaires, des technologies, de la culture et de la science. Ne pas en tenir compte peut
coûter cher… ou faire passer à côté d’occasions uniques. En passant au crible les mauvaises habitudes de
pensée, l’auteur invite à changer son regard sur le hasard. Après tout, les événements les plus improbables
finissent toujours par arriver.

Au programme Dans ce résumé, vous apprendrez :


✓✓ quels sont les dangers de confondre « improbable » et « impossible »
✓✓ pourquoi les prévisions des experts relèvent souvent de l’arnaque
✓✓ comment tirer parti de l’incertitude
✓✓ pourquoi il faut se méfier de ses propres connaissances
✓✓ quel est l’intérêt d’adopter la stratégie de l’asymétrie.

Lectorat conseillé Businesspresso recommande ce livre à ceux qui doivent prendre des décisions sur base de chiffres
prévisionnels et qui ne laissent rien au hasard. Si les risques financiers et les outils statistiques font partie
de votre quotidien, ce résumé vous évitera bien des écueils.

Les grandes lignes 1. Les Cygnes Noirs sont des événements aléatoires, hautement improbables, qui jalonnent notre vie.
Leurs conséquences peuvent être considérables.
2. Dans la mesure où les Cygnes Noirs sont imprévisibles, il faut nous adapter à leur existence, plutôt
que de naïvement tenter de les prévoir.
3. Nous avons tellement confiance en l’état de nos connaissances que nous perdons de vue qu’il suffit
d’un seul contre-exemple pour réfuter toute théorie.
4. Notre vision du monde est déformée par une série de filtres : piège de l’induction, biais de confirmation,
trahison narrative et erreur ludique.
5. Les caractéristiques physiques peuvent être modélisées à l’aide d’une courbe de Gauss, ce qui n’est pas
le cas des concepts définis socialement.
6. Nos erreurs de prévisions sont vertigineuses. Pourtant, nous nous comportons comme si nous
connaissions le cours des événements à venir.
7. La prise de risques dans les entreprises est plus souvent liée à une ignorance qu’à une stratégie réfléchie.

Chaque semaine, Businesspresso publie le résumé d’un livre d’affaires essentiel, choisi parmi les best-sellers sélectionnés par le New York Times et le Wall Street Journal.
Pour plus d’informations, surfez sur www.businesspresso.com.
Chapitre 1 L’anatomie d’un Cygne Noir
Avant 1697, les gens de l’Ancien Monde étaient convaincus que tous les cygnes étaient blancs. Ils
n’avaient aucune raison de penser autrement, puisque tous les cygnes observés jusqu’alors arboraient le
même plumage laiteux. Jusqu’au jour où un explorateur hollandais découvrit en Australie des oiseaux
aux plumes sombres… Des cygnes noirs.
Cette découverte, qui força les Européens à revoir leur concept de « cygne », illustre un sérieux défaut
de tout apprentissage basé sur l’expérience. Un simple contre-exemple suffit à réfuter une théorie
élaborée à partir de millions d’observations concordantes.

À tout moment, un « Cygne Noir » peut chambouler notre vision du monde. Ce type de phénomène
possède trois caractéristiques :
1. Le caractère aberrant
Rien ne permettait d’envisager cet événement totalement inattendu.
2. L’impact considérable
Parce que nous n’y sommes pas préparés, le Cygne Noir nous prend au dépourvu. Dès lors, ses
répercutions (positives ou négatives) peuvent se révéler phénoménales.
3. La prévisibilité rétrospective
Après coup, nous élaborons toujours des explications qui font paraître le phénomène plus prévisible
et moins aléatoire. Même les impondérables nous apparaissent a posteriori évitables.

Les Cygnes Noirs sont à l’origine des principaux bouleversements : du déclenchement des guerres à
l’émergence des courants artistiques, des krachs boursiers aux effets de mode, de l’invention du moteur
à combustion interne aux épisodes marquants de notre vie personnelle, en passant par l’avènement de
l’ordinateur personnel, les séismes, Harry Potter, Internet et les attentats terroristes.

La combinaison « rareté, impact considérable et prévisibilité rétrospective » rendent les Cygnes Noirs
fascinants. Pourtant, nous avons tendance à agir comme si de tels phénomènes n’existaient pas, comme
si nous confondions « improbable » et « impossible ».

Chapitre 2 La triple opacité de l’histoire


« Si l’entreprise d’un certain CEO est prospère, c’est que ce CEO fait bien son boulot. » Cette phrase
reflète notre façon de penser. Nous procédons en permanence à des raccourcis dans les liens de causalité
et occultons dès lors la part de hasard susceptible d’intervenir dans le succès d’une affaire.

Afin d’éviter de se laisser surprendre par un Cygne Noir, il est nécessaire de remettre en question sa
façon de raisonner. En fait, dès qu’il s’intéresse à un événement historique, l’esprit humain souffre de
trois maux :
1. L’illusion de comprendre
Le monde qui nous entoure est nettement plus compliqué (et aléatoire) qu’on ne le pense. Nous
tirons des conclusions (souvent fausses) sur la causalité des faits, ce qui nous donne l’impression
d’en comprendre le fonctionnement.
2. La déformation rétrospective
Nous évaluons les événements après qu’ils aient eu lieu et à travers un prisme déformant qui filtre
d’importantes informations. Nous avons besoin de donner de la cohérence au monde qui nous
entoure et négligeons les éléments qui ne collent pas à nos théories. (Les faits sont beaucoup plus
© 2008. Tous droits réservés.

clairs et organisés dans les manuels d’Histoire que dans la « réalité historique ».)
3. La surévaluation des données factuelles
Nous accordons plus de valeur aux détails qu’aux schémas généraux. L’histoire de la ligne Maginot
illustre à merveille les dangers d’une trop grande attention portée aux détails, au détriment de la
vision d’ensemble.

Businesspresso Octobre 2008  –  Businesspresso n°003  –  The Black Swan  –  page 2


Chapitre 3 Le Médiocristan et l’Extrêmistan
La plupart des gens ne peuvent réfléchir qu’avec les outils dont on leur a appris à se servir. S’ils ont un
marteau, ils verront des clous partout. Bon nombre d’« experts » n’envisagent le monde qu’à l’aune
de la courbe de Gauss. Pour eux, la majorité des phénomènes se distribuent selon une loi normale :
les valeurs sont essentiellement concentrées autour de la moyenne.
Le problème, c’est que les Cygnes Noirs échappent totalement aux courbes en cloche. En effet, la
distribution statistique des événements majeurs (tremblements de terre, crises financières et guerres)
obéit à des règles totalement différentes.
L’erreur fatale est de confondre Médiocristan et Extrêmistan. Ces deux pays métaphoriques permettent
de mieux cerner deux catégories de phénomènes radicalement différents. Les concepts définis
socialement (comme la richesse) existent en Extrêmistan, tandis que les caractéristiques physiques
(comme la taille) existent au Médiocristan.

Prenons un échantillon de 99 personnes de taille moyenne. Si la plus petite personne au monde se


joignait à eux, la moyenne des tailles de l’échantillon ne changerait pas beaucoup. En effet, la nature
humaine limite les tailles possibles : vous ne trouverez jamais personne mesurant plus d’un kilomètre
ou moins d’un centimètre.
Imaginons maintenant que Bill Gates rejoigne l’échantillon. Certes, la taille moyenne demeurerait
inchangée. En revanche, le salaire moyen atteindrait aussitôt des sommets.
S’il est vrai que la taille se distribue selon une loi de Gauss, ce n’est pas le cas de la richesse.

Le Médiocristan est le pays où :


• l’on doit subir la tyrannie de la collectivité, de la routine, de l’évident et du prévisible.
• les phénomènes peuvent être modélisés à l’aide d’une distribution normale.
• les valeurs extrêmes sont négligeables.
• les Cygnes Noirs ne sont pas du tout prévus : aussi grands soient vos efforts, vous ne perdrez jamais
énormément de poids en une seule journée.
Domaines propres au Médiocristan : taille, poids, consommation de calories, accidents de la route, taux de
mortalité, quotient intellectuel, ainsi que le salaire de professions « linéaires » (pour lesquelles il faut obligatoirement
travailler plus pour gagner plus) telles que boulanger ou médecin.

L’Extrêmistan est le pays où :


• l’on doit subir la tyrannie du singulier, du fortuit, de l’invisible et de l’imprévu.
• les phénomènes peuvent être modélisés à l’aide d’une distribution de Pareto (le principe des 80-20).
• les inégalités sont très grandes et fortement aléatoires.
• les Cygnes Noirs surviennent régulièrement : si vous vous lancez dans une spéculation, vous pouvez
gagner une fortune en une minute… ou la perdre.
Domaines propres à l’Extrêmistan : richesse, spéculations boursières, ventes de livres par auteur, cote de popularité,
population dans les villes, nombre de locuteurs selon la langue, dégâts causés par un séisme, victimes de guerre, taille
des sociétés, prix des marchandises, taux d’inflation, etc. La liste pour l’Extrêmistan est beaucoup plus longue.

Chapitre 4 Le piège de l’induction


Imaginez une dinde que l’on nourrit tous les matins. Chaque ration alimente la croyance du volatile en
la bienveillance de l’humain à son égard. Cependant, dans l’après-midi précédant le réveillon de Noël,
un événement inattendu va réduire cette croyance à néant…
Le système de croyances de la dinde l’empêchait de conclure qu’on l’engraissait en vue de l’abattage.
© 2008. Tous droits réservés.

Voilà ce que l’on risque à tirer des conclusions sur base d’indices particuliers.

Ce piège ne se limite pas au monde de la ferme. Demandez à celui qui gère votre portefeuille quelle est
sa définition du risque. Il y a fort à parier qu’il vous présentera un outil mathématique complexe… qui
exclut toute possibilité de Cygne Noir. Tous les domaines socio-économiques sont concernés.

Businesspresso Octobre 2008  –  Businesspresso n°003  –  The Black Swan  –  page 3


Les modèles de gestion des risques les plus répandus parmi les gestionnaires de fonds et les experts financiers
reposent sur des techniques sophistiquées qui mélangent théories financières modernes et technologies de
l’information. Dès lors, ne vous laissez pas gagner par un « sentiment illusoire de sécurité ».

Nos ignorances sont notre talon d’Achille. Un danger connu ne peut vous atteindre. Si le tsunami de
décembre 2004 avait pu être anticipé, les populations auraient été évacuées et les dommages humains
auraient été limités.

Chapitre 5 Le biais de confirmation


Absence de preuve ne signifie pas preuve d’absence. Une série de faits à l’appui d’une hypothèse n’est
pas un gage de vérité. Pourtant, dès que les gens se sont forgés leur propre théorie, ils se mettent
automatiquement en quête de confirmation.

C’est ce qu’on appelle le « biais de confirmation » : nous avons naturellement tendance à rechercher
la validation de notre savoir, en ne sélectionnant que les exemples qui appuient notre vision du monde
et en négligeant l’importance de ceux qui la contredisent.

Chapitre 6 La trahison narrative


Les récits permettent de donner du sens aux événements passés tout en facilitant leur mémorisation.
Pensez au portrait de l’homme d’affaires qui a réussit tel qu’on le brosse régulièrement dans les
magazines. L’article commence par détailler sa fortune actuelle, avant d’opérer un flash-back sur ses
humbles débuts. Animé d’une volonté d’acier, il est parti de presque rien et a dû surmonter bien des
obstacles. En dépit des mauvais augures, il a su prendre les décisions qui ont conduit à la prospérité de
son entreprise et qui en font un cas d’école pour les étudiants en MBA. Aujourd’hui jeune retraité, il a
épousé un mannequin et est l’heureux père d’un enfant prodige qui peut jouer Chopin les yeux bandés.
Et bien sûr, il a écrit un livre qui est aussitôt devenu un best-seller…

Nous simplifions en permanence


Les choses sont ainsi plus faciles à mémoriser et à transmettre aux autres. Ce faisant, nous éprouvons le
sentiment de maîtriser les mécanismes du monde qui nous entoure.

Toutes les histoires sont trompeuses


Il est important de prendre conscience que le monde n’est pas aussi simple que ce que l’on raconte.
Il vaut toujours mieux privilégier l’expérimentation plutôt que le storytelling, les expériences plutôt que
les histoires et les connaissances de terrain plutôt que les théories.

Chapitre 7 La surprise ou l’anticipation


Soit vous partez du principe que les Cygnes Noirs ne se produisent jamais ; soit, au contraire, vous
misez sur leur apparition.
Ces deux visions du monde impliquent deux stratégies totalement différentes :
• D’un côté, vous pariez ponctuellement des euros pour gagner une succession régulière de
centimes, ce qui vous donne l’impression de gagner de façon continue.
• De l’autre, vous pariez une succession de centimes pour gagner d’un coup plusieurs euros.
En réalité, rares sont ceux qui parviennent à adopter cette deuxième stratégie, parce qu’il est
© 2008. Tous droits réservés.

psychologiquement difficile d’accepter de perdre un peu d’argent chaque jour en attendant


de décrocher le jackpot. La plupart des investisseurs ont besoin de renforcements positifs
constants.

Businesspresso Octobre 2008  –  Businesspresso n°003  –  The Black Swan  –  page 4


Chapitre 8 Le problème des preuves silencieuses
Évasion fiscale, corruption politique, espionnage industriel… Comment être certain que le crime ne
paie pas ? Après tout, les journaux ne peuvent parler que des criminels que l’on a déjà repérés. On
imagine mal une rubrique qui dresserait le profil des hors-la-loi qui ne se sont pas encore fait prendre…
C’est ce qu’on appelle le problème des preuves silencieuses.
L’héritage littéraire est une illustration parfaite de ce phénomène. Balzac est un auteur aujourd’hui hautement
réputé. Mais peut-être existait-il à son époque d’autres auteurs, aussi talentueux, qui ont également produit
des chefs-d’œuvre. Pour n’avoir jamais été publiés, leurs écrits seraient tombés dans l’oubli.

Nous aurons beau lire des success stories, celles-ci ne nous permettront jamais d’appréhender l’ensemble des
facteurs d’une réussite. Le cimetière des hommes d’affaires qui ont échoué est rempli de gens qui partageaient
pourtant les mêmes qualités que les gagnants (courage, volonté, optimisme, etc.). Même s’il y a sans doute
des différences de savoir-faire, ce qui distingue ceux qui ont réussi des autres tient essentiellement en
un seul facteur : la chance. Ils étaient tout simplement au bon endroit, au bon moment.
Par définition, les preuves silencieuses sont extrêmement difficiles à trouver. La raison en est simple :
les récits d’échec n’intéressent personne. C’est pourquoi il est si délicat d’opposer des contre-arguments
aux affirmations du type « Si j’y suis arrivé, n’importe qui peut le faire ! ».

Le phénomène des preuves silencieuses s’accompagnent d’un important corollaire : l’illusion de


stabilité. Parce que nous sommes passés au travers, nous avons une perception hyper réduite des risques
encourus. En effet, des études ont montré que la prise de risques dans les entreprises est plus souvent
liée à une ignorance qu’à une stratégie réfléchie. Prenez garde aux risques inconsidérés.

Chapitre 9 L’erreur ludique


Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi il arrive que les meilleurs étudiants de leur promotion
échouent là où d’anciens cancres finissent par faire fortune ? Certes, la chance a un rôle à jouer. Mais
il ne faut pas perdre de vue que les règles d’un examen « aseptisé » ne sont pas les mêmes que dans la
vie réelle. L’erreur ludique survient lorsque nous prenons la réalité complexe pour un jeu dont
les règles sont clairement connues.
Cette erreur est à l’origine de l’écroulement du fonds d’investissements LTCM de 1998 : les experts
ont cru que leurs modèles simulaient fidèlement les risques associés à leurs transactions.

Les outils statistiques ne fonctionnent que pour les jeux dont les règles sont clairement définies (comme
dans les casinos). Dans la pratique, nous ne pouvons connaître précisément les probabilités de tous les
éléments. Or, une infime variation du moindre paramètre peut avoir l’impact… d’un Cygne Noir.

Chapitre 10 Le scandale des prévisions


En pratique, personne ne peut prévoir quoi que ce soit sans risquer de se tromper lourdement. Qui
aurait pu dire qu’un livre dont le héros est un garçon magicien allait rendre son auteur milliardaire ?
Il en va de même pour les T.I.C. ou le cours de la bourse. Quiconque prétend pouvoir établir un
pronostic sur le cours d’une action pour les années à venir est un charlatan. Il n’empêche que les
magazines pullulent de « conseils d’initiés » supposés nous éclairer sur les indices boursiers…

En matière de prévision, trois facteurs cruciaux sont couramment négligés :


1. L’importance de la variabilité
© 2008. Tous droits réservés.

Les projections chiffrées sont prises trop au sérieux, sans ternir compte du risque d’erreur. Pourtant,
cette précision a plus d’importance que la prévision en elle-même. Un sondage qui annonce un
candidat gagnant à 53%, contre 47% pour son concurrent n’a pas le même sens si l’on sait que la
marge d’erreur est de 4%. Au lieu de se concentrer sur les résultats prévisionnels, les décisionnaires
devraient accorder plus d’attention à l’étendue des résultats possibles.
Businesspresso Octobre 2008  –  Businesspresso n°003  –  The Black Swan  –  page 5
2. La dégradation exponentielle
Nous perdons de vue la perte de précision qui s’opère à mesure que les prévisions passent du futur
proche au futur plus lointain. Des projections à long terme sont nettement moins fiables que des
projections à court terme.
3. Le caractère aléatoire des variables
Parce qu’elles obéissent à la loi du Cygne Noir, les variables prévisionnelles peuvent se comporter de
façon beaucoup plus optimiste (ou pessimiste) que les scénarios envisagés.

La rationalisation des prévisions erronées


Même lorsque nos prévisions s’avèrent totalement fausses, nous nous trouvons des circonstances
atténuantes. Pire : nous parvenons à montrer que nous avions « presque raison ». Cela nous évite de
devoir remettre en question nos méthodes de travail.
Nous réalisons des projections sur 30 ans pour les dettes de la sécurité sociale ou le prix du pétrole, en
perdant de vue que l’on est incapable de prédire les bons chiffres pour le semestre suivant. Nos erreurs
de prévision sur les plans politique et économique sont vertigineuses. Ce qui est inquiétant, ce n’est pas
l’étendue de nos erreurs, mais l’absence de conscience de celles-ci.

L’illusion de la droite de régression


Avant l’introduction des tableurs, réaliser des prévisions était un exercice laborieux. Les projections
étaient vagues et qualitatives. Mais depuis l’utilisation généralisée du programme Excel, il est devenu
extrêmement simple de tracer une droite de régression, ce qui ne fait qu’augmenter l’illusion de pouvoir
réaliser des projections de ventes « solides ».

Chapitre 11 Le principe de sérendipité


Contrairement aux idées reçues, aucune innovation technologique n’a émergé à la suite d’un programme
minutieusement planifié. La plupart des découvertes qui ont bouleversé le monde ont été faites par
sérendipité : c’est en cherchant une certaine chose (une nouvelle route pour atteindre les Indes) que
l’on a fait une découverte totalement inattendue et d’une importance capitale (l’Amérique).
Le laser est l’exemple même d’une « solution en attente d’un problème », puisque son inventeur
ne cherchait qu’à satisfaire son désir de fragmenter les rayons lumineux. CD, correction oculaire,
microchirurgie, stockage et récupération de données : l’impact de ce « jouet » fut considérable.
La stratégie gagnante des entrepreneurs consiste à surveiller les « bricolages » en tout genre et à
reconnaître les occasions lorsqu’elles se présentent.

Le paradoxe des prévisions technologiques


Quand une technologie émerge, soit nous sous-estimons largement son importance, soit nous
l’exagérons franchement.

L’impossibilité de prévoir ses prévisions


Pour que nos prévisions soient justes, il faudrait pouvoir connaître les technologies qui révolutionneront
le monde de demain. Or, si nous étions capables d’imaginer les inventions futures, cela impliquerait
que nous pourrions développer sans attendre ces technologies. Autrement dit, il nous est impossible
de savoir ce que nous saurons.

Chapitre 12 L’idéal d’humilité épistémique


© 2008. Tous droits réservés.

La confiance aveugle que nous avons dans nos connaissances nous empêche d’envisager le rôle du
hasard. Pour y remédier, et ainsi augmenter nos chances de « domestiquer » les Cygnes Noirs, il est
nécessaire de cultiver quelques « vertus épistémiques » :
Prenez garde aux croyances limitantes. Classez vos croyances en fonction du tort qu’elles peuvent
vous causer, et non selon leur vraisemblance. Révisez vos opinions dès qu’une preuve les contredit.
Businesspresso Octobre 2008  –  Businesspresso n°003  –  The Black Swan  –  page 6
Méfiez-vous de vos propres connaissances. Plutôt que de cumuler les confirmations, demandez-vous
quels sont les éléments qui pourraient réfuter vos théories de prédilection. Osez reconnaître vos
erreurs, ainsi que votre ignorance.
Évitez de suivre les masses que guident de soi-disant experts éclairés. Par exemple, en tant qu’investisseur,
les indicateurs les plus couramment cités (tels que la consommation des ménages) ne vous sont en
fait d’aucune utilité, dans la mesure où tout le monde en tient déjà compte.

Chapitre 13 La stratégie de la grande asymétrie


À partir du moment où l’on sait que nous vivons en Extrêmistan et qu’un simple événement peut entraîner
de lourdes conséquences, la meilleure stratégie est celle de l’asymétrie : se mettre dans des situations où
les conséquences favorables sont nettement plus importantes que les conséquences défavorables.
Par exemple, en matière de placements boursiers, l’auteur propose la « Barbell strategy ». Au lieu
d’investir 100% de son portefeuille dans des placements à soi-disant moyen risque (qui définit un
risque « moyen », si ce n’est une poignée d’experts patentés), investissez 90% dans des placements
extrêmement sûrs (obligations zéro-coupon), et injectez les 10% restants dans des opérations
hautement spéculatives (options d’achat). Ce faisant, vous vous protégez des Cygnes Noirs négatifs,
tout en vous exposant aux Cygnes Noirs positifs.

L’incapacité à prévoir ne signifie pas qu’il est impossible de tirer profit de l’imprévisibilité. Voici
quelques recommandations :
Distinguez les différents Cygnes Noirs. Apprenez à faire la distinction entre les opérations où le
manque de prévisibilité peut s’avérer extrêmement bénéfique et celles où les erreurs de prévisions
peuvent porter préjudice. Maximisez les domaines favorables aux Cygnes Noirs positifs (industrie
du cinéma, recherche scientifique, capital-risque) et minimisez les secteurs propices aux Cygnes
Noirs négatifs (prêts bancaires, assurances catastrophes, sécurité intérieure).
Ne recherchez rien de précis. Gardez l’esprit ouvert. La chance sourit aux esprits préparés. Ne tentez
pas d’anticiper de Cygnes Noirs précis : cela ne vous rendrait que plus vulnérable à ceux que vous
n’envisagez pas. Investissez dans la préparation, pas dans la prédiction. Répartissez les risques.
Saisissez toutes les occasions (ou tout ce qui ressemble à une occasion). Elles sont beaucoup plus
rares que vous ne le pensez. Pour pouvoir bénéficier des Cygnes Noirs positifs, il vous faut franchir
une première étape : vous exposer à eux. Beaucoup de gens ne savent pas reconnaître une bonne
occasion lorsqu’elle se présente à eux. Ne fermez aucune porte. Favorisez la sérendipité, par exemple
en élargissant votre cercle d’amis et votre réseau professionnel.
Méfiez-vous des chiffres des gouvernements. Laissez les officiels faire des prévisions méticuleuses,
mais n’accordez pas trop de crédit à ce qu’ils annoncent.
N’essayez pas de raisonner les experts en conjecture. Quoi que vous fassiez, il y aura toujours des
analystes boursiers et des économistes qui joueront à Nostradamus. Comme l’a dit le philosophe
Yogi Berra : « Il y a des gens à qui, s’ils ne le savent pas déjà, vous ne pouvez rien dire ».

L’apparition de l’univers, du système solaire et de la vie sur Terre était hautement improbable. Et
pourtant, ils sont apparus. Nous sommes tous des Cygnes Noirs.

Biographie Nassim Nicholas Taleb est professeur à l’université du Massachusetts où il dirige la chaire des sciences
© 2008. Tous droits réservés.

de l’incertitude. Surnommé « le dissident de Wall Street » sur les marchés financiers internationaux,
il a été trader durant vingt ans, avant de fonder Empirica LLC, société de trading et laboratoire de
recherche sur le risque. Philosophe et mathématicien réputé, il donne régulièrement des conférences au
Pentagone. Il est également l’auteur de Fooled by Randomnes (Le Hasard sauvage).

Businesspresso Octobre 2008  –  Businesspresso n°003  –  The Black Swan  –  page 7