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www.lemonde.fr Supplément 8 pages T o n y Blair Dix ans à Downing Street 6 3

Supplément

8 pages

Tony

Blair

Dix ans à Downing Street

8 pages T o n y Blair Dix ans à Downing Street 6 3 e A

63 e Année - N˚19415 - 1,30 ¤ - France métropolitaine ---

Mercredi 27 juin 2007

Fondateur : Hubert Beuve-Méry - Directeur : Jean-Marie Colombani

: Hubert Beuve-Méry - Directeur : Jean-Marie Colombani Universités : Sarkozy temporise Réforme Nouvelles

Universités : Sarkozy temporise

Réforme Nouvelles concertations pour tenter de surmonter les réticences des syndicats

U ne des principales promesses de

campagne du candidat Sarkozy, la

réforme des universités, attendra

une semaine. Au moins. Alors qu’il réu- nissait lundi 25 juin à l’Elysée, en compa- gnie du premier ministre et de la minis- tre des universités, Valérie Pécresse, la Conférence des présidents d’université (CPU), Nicolas Sarkozy a décidé de don- ner aux acteurs de cette réforme un délai

à propos de ce texte qui suscite l’hostilité des syndicats d’étudiants et de profes- seurs. Officiellement, il s’agit pour le chef de l’Etat, qui devait rencontrer mardi l’UNEF et son président, Bruno Julliard, de ne pas donner le sentiment que la réforme est bouclée d’avance. Le projet de M me Pécresse prévoit notamment l’autonomie des universités sur le mode du volontariat, une réforme

de leur conseil d’administration et une sélection à l’entrée du master (bac +4). Selon David Martinon, porte-parole de l’Elysée, ce report devrait permettre au chef de l’Etat d’« arbitrer au besoin, s’il y a des réticences ou des points à approfon- dir » avec les organisations syndicales, qui dénoncent « une réforme au pas de charge ». L’objectif, a-t-il précisé, est d’« avoir bien en tête tous les tenants et

aboutissants de la réforme ». Dans ces conditions, précise-t-il encore, il n’était « techniquement pas possible de présenter ce texte mercredi. Il sera présenté dès qu’il sera totalement arbitré, et après présenta- tion au Conseil d'Etat » .

Philippe Ridet et Catherine Rollot

Lire la suite page 9 et Débats, ainsi que l’entretien avec Valérie Pécresse, pages 18-19

Versailles La galerie des Glaces retrouve sa splendeur louis-quatorzienne

galerie des Glaces retrouve sa splendeur louis-quatorzienne La galerie des Glaces du château de Versailles, fermée

La galerie des Glaces du château de Versailles, fermée depuis trois ans, rouvre au public mercredi 27 juin, après de lourds travaux de rénovation (12 mil- lions d’euros) financés par le groupe Vinci. Mais ce chantier qui s’achève n’est pas le dernier. L’ancien

palais royal bénéficie d’un plan de rénovation de vingt ans qui devrait se terminer en 2022. Déjà, la grille royale, disparue depuis 1789, est en cours de pose. Le Grand Commun, où l’administration de l’Etablisse- ment public devrait se reloger, est également en

THOMAS COEX/AFP

cours de transformation. En mars, l’Assemblée natio- nale et le Sénat ont définitivement abandonné les quelque 25 000 m 2 qu’ils occupaient dans le château. Le vaste musée d’histoire, méconnu du public, pour- rait bénéficier de ce départ. Focus pages 20-21

Nouveaux records pour les fusions d’entreprises

L e marché mondial des fusions et acquisitions continue à battre des records. La valeur des transactions

réalisées ou annoncées depuis janvier a encore augmenté de 53 % par rapport à 2006, à 2 510 milliards de dollars (1 864,6 milliards d’euros), selon les calculs du cabinet d’études Thomson Financial. Longtemps distancée par les Etats-Unis, l’Europe réduit l’écart. La multiplication de ces rapproche- ments d’entreprises témoigne de leur san- té financière, de la nécessité pour elles de s’adapter à la mondialisation et aussi du poids grandissant des fonds d’investisse- ment. Certains économistes s’inquiètent de la logique purement financière de nom- breuses opérations. Thomson Financial divise la planète en deux camps : d’un côté les pays « cibles », dont les entreprises sont convoitées, com- me les Etats-Unis, et de l’autre les acqué- reurs, emmenés par la Grande-Bretagne et, dans une moindre mesure, la France. a

Lire page 12

La frontière syro-libanaise reste poreuse

S elon un rapport des Nations unies qui devait être remis mardi 26 juin au Conseil de sécurité et dont LeMonde a

obtenuunecopie,ledispositifdesurveillan-

ce mis en place par les autorités libanaises pour contrôler la frontière avec la Syrie est « insuffisant pour prévenir la contrebande, en particulier celle d’armes ».Aprèsune mis- sion d’inspection de positions stratégiques libanaises, les experts mandatés par l’ONU remettent notamment en question « l’inté- grité des agences et personnels attachés à la sécurité des frontières » et critiquent le « manque d’organisation ». Un trafiquant pourrait facilement « dissimuler des armes légères ou des munitions, mais aussi des armes lourdes », estiment-ils. a

Lire page 4

PAGE TROIS

Trois jeunes païens en prison

Les dégradations de calvaires bretons, l’incendie de la chapelle de Loqueffret (Finistère), au cœur des monts d’Arrée, ce serait eux :

trois jeunes décidés à faire tomber « les icônes symbolisant la faiblesse d’esprit ». Ils viennent d’être arrêtés. Les faits ont eu lieu du 8 mai au 16 juin. Enquête.

Varsovie

Renouveau de l’identité juive

La construction du musée de l’histoire des juifs polonais, soixante ans après la fin de la Shoah, commence alors que la communauté tente de revivre grâce au retour de ceux qui avaient quitté le pays après la vague d’antisémitisme de 1968.

Page 8

Alain Bernard brille en sprint dans la piscine de Saint-Raphaël

Bernard brille en sprint dans la piscine de Saint-Raphaël T out le monde attendait Laure Manaudou.

T out le monde attendait Laure Manaudou. Mais elle se trou- ve éclipsée, aux champion-

nats de France de natation, à Saint- Raphaël (Var), par Alain Bernard. L’Antibois, âgé de 24 ans, a réalisé, lundi 25 juin, la deuxième perfor- mance mondiale de l’histoire de la natation sur 100 m (48 sec 12), à 28 centièmes du record du monde du Néerlandais Pieter Van den

VINCENT CURUTCHET/DPPI

Hoogenband, établi en 2000 aux JO de Sydney. La veille, il avait réus- si le troisième meilleur chrono de tous les temps sur 50 m. Alain Ber- nard, qui a connu une maturation lente, « explose » maintenant. Il a battu, sur 100 m, son propre record de France de 44 centièmes, après en avoir déjà amélioré la marque deux fois cette saison. a

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Santé

Les dangers du soleil

Alors que le nombre des cancers de la peau augmente, une campagne incite les vacanciers à se protéger véritablement des rayons du soleil. Les adolescents doivent être mis en garde contre les expositions trop longues. Page 28

Cinéma

BD à l’écran

L’adaptation des albums de la dessinatrice Marjane Satrapi, Persepolis , arrive sur les écrans après son triomphe à Cannes. D’autres auteurs de bandes dessinées, tel Joann Sfar, qui a publié la série Le Chat du rabbin , se sont laissé tenter par le cinéma d’animation. Loin des superproductions autour de personnages cultes comme Tintin et Astérix, ils privilégient le récit. Page 25

Astérix, ils privilégient le récit. P a g e 2 5 PRINCE, UNE MONTRE À LA
PRINCE, UNE MONTRE À LA HAUTEUR DE SON TITRE. CELLINI PRINCE EN OR JAUNE 18
PRINCE, UNE MONTRE À LA
HAUTEUR DE SON TITRE.
CELLINI PRINCE
EN OR JAUNE 18 CT
ROLEX.COM

Algérie 60 DA, Allemagne 1,80 ¤, Antilles-Guyane 1,90 ¤, Autriche 1,90 ¤, Belgique 1,30 ¤, Cameroun 1 300 F CFA, Canada 3,25 $, Côte d’Ivoire 1 300 F CFA, Danemark 18 KRD, Espagne 1,90 ¤, Finlande 2,50 ¤, Gabon 1 300 F CFA, Grande-Bretagne 1,20 £, Grèce 1,90 ¤, Hongrie 575 HUF, Irlande 1,90 ¤, Italie 1,90 ¤, Luxembourg 1,30 ¤, Maroc 10 DH, Norvège 22 KRN, Pays-Bas 1,90 ¤, Portugal cont. 1,90 ¤, Réunion 1,90 ¤, Sénégal 1 300 F CFA, Slovénie 490 SIT/2,04 ¤, Suède 22 KRS, Suisse 2,80 FS, Tunisie 1,7 DT, USA 3,00 $, Afrique CFA autres 1 400 F CFA,

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Mercredi 27 juin 2007

Editorial

Le PS en trompe-l’œil

O n aurait pu croire qu’après sa troisième défaite consécutive à une élection présiden- tielle – suivie d’un échec législatif attendu, quoique moins cruel que prévu –, le Parti socialiste aurait l’unique souci de se réar-

mer et de se rénover. Tous les bons esprits l’y invi- taient. Et bon nombre de militants. A l’évidence, le risque était grand que ce chantier s’ouvre dans un climat délétère, avec une citadelle socialiste transformée en camps retranchés à tous les étages. Après le 6 mai, les éléphants ont fait feu sur le quartier général, et d’abord sur François Hollande. Après la défaite enchantée du 17 juin, les mêmes se sont ligués contre une Ségolène Royal décidée à conquérir la direction du PS mais avec une curieuse méthode consistant à battre sa coulpe sur le dos du voi- sin et à multiplier les provocations à l’égard du parti qu’elle veut mener. Toute précipitation aurait donc conduit le PS à enga- ger sa rénovation dans un climat mortifère de guerre civile interne. Une fois encore, François Hollande a fait preuve d’une grande habileté tactique. Soumis à la tri- ple pression des éléphants, qui veulent en faire un bar- rage contre Ségolène Royal, des « jeunes lions » comme Arnaud Montebourg ou Manuel Valls, qui veulent le pousser vers la sortie, et de son ex-compagne, qui gui- gne sa place, il a dégagé en touche. Comme en 2002, quand il avait trouvé la parade en faisant de Laurent Fabius son numéro deux, M. Hollande a repris la main et imposé son calendrier, avançant le congrès dès le len- demain des municipales de mars 2008. De même, M. Hollande a passé l’échéance – appa- remment épineuse – de l’élection du président du grou- pe socialiste à l’Assemblée nationale. Lundi 25 juin, Jean-Marc Ayrault, que M. Montebourg décrivait com- me « le candidat de l’immobilisme » , a été tranquille- ment réélu pour un troisième mandat. Le maire de Nan- tes a toutefois donné des gages. Il a rompu avec l’oppo- sition « frontale » chère à M. Fabius et prôné une oppo- sition « intelligible » et non « pavlovienne », avec une première initiative louable, celle de la formation d’un cabinet fantôme de quinze membres, à la manière du contre-gouvernement de François Mitterrand en 1966. Cette unité de façade n’est toutefois qu’un trompe- l’œil. En 2002, déjà, les apparences avaient été mainte- nues grâce à de semblables astuces tactiques ; toute réflexion en profondeur sur le projet et la stratégie du PS avait été différée, ce qui n’a pas été pour rien dans la crise du parti. M. Hollande commettrait une erreur similaire s’il imaginait que la bonne surprise électorale du 17 juin et la victoire espérée aux municipales ren- dent moins urgente la rénovation. Si l’université d’été de La Rochelle, fin août, n’en donne pas le coup d’en- voi, il y aura plus qu’une occasion manquée. a

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PRINTED IN FRANCE

: 01-57-28-39-00 - Fax: 01-57-28-39-26 PRINTED IN FRANCE Récidive, un débat en régression D ans le

Récidive, un débat en régression

D ans le débat pénal le récidiviste est un sujet phare. A travers lui, la société mesure avec exaspération ou horreur son impuissance à combattre ses maux. Pour ces raisons, depuis deux siècles, le

sujet a donné lieu à d’intenses réflexions et a débou- ché sur d’innombrables réformes. Depuis 2003, Nicolas Sarkozy a fait des « délinquants d’habitu- de » l’objet d’un combat ritualisé : un fait divers tragique survient, les victimes reçoivent la compas- sion des plus hautes autorités de l’Etat, une nouvel- le loi est annoncée pour « éradiquer » le phénomè- ne. Ainsi, à peine entrées en vigueur, les lois adoptées en décembre 2005 et mars 2007 vont se combiner à un nouveau texte annoncé, pour juillet, comme faisant partie des « priorités » du nouveau président de la République. Concentrant toutes les attentions, le récidiviste fournit paradoxalement une autre mesure : celle de la régression du débat politique quand il aborde la matière criminelle et pénale. Le très sommaire exposé des motifs du projet de loi présenté par la garde des sceaux, Rachida Dati, au conseil des ministres du 13 juin, en témoigne : « La récidive, notamment celle qui concerne les infractions violen- tes, constitue une atteinte intolérable à la sécurité des personnes et des biens qui doit être combattue aussi efficacement que possible, qu’elle soit le fait de majeurs ou de mineurs. » C’est tout. La justice française est l’héritière du « rêve péda- gogique des hommes de 1789 » , rappelle le magis- trat et chercheur Denis Salas. Ce rêve était ainsi for- mulé : « L’éducation et le travail sont le pivot de la renaissance de l’homme coupable. » Le récidiviste, souvent doublé d’un vagabond, est devenu une

obsession dans la seconde moitié du XIX e siècle, quand le projet humaniste des révolutionnaires n’a pas résisté à l’explosion du prolétariat et à l’exclu- sion d’une partie de la société des bienfaits de l’in- dustrialisation. Une question – toujours prégnante – s’est alors imposée aux responsables politiques :

comment réussir, en même temps, la rédemption des délinquants et la mise à l’écart des inamenda- bles, indécrottables voleurs ou dangereux meur- triers ?

Analyse

Nathalie Guibert

Une exceptionnelle période de réflexion a suivi. Après les voyages de Tocqueville et de Beaumont dans les prisons américaines, l’analyse était faite :

l’accroissement de la criminalité tenait aux vices du système pénitentiaire. L’enfermement collectif, l’oisiveté des détenus, le manque d’hygiène ont alors été identifiés comme des facteurs de récidive. Ils ne sont plus évoqués en 2007. « Un système de prisons, quelque économique en apparence, devient très cher lorsqu’il ne corrige pas les détenus », rappe- lait, en 1838, au conseil général de la Seine, le conseiller Demetz. « Car mettre en liberté un voleur qui n’a pas été réformé, c’est frapper sur la société tout entière une contribution dont le montant n’est pas déterminé. » Les débats de l’époque avaient un cap : trouver tout moyen d’amender le délinquant pour le réinté- grer dans la société au meilleur coût, tant moral

Commission par Pessin

au meilleur coût, tant moral Commission par Pessin qu’économique. Reconquérir sa liberté, reconsti- tuer

qu’économique. Reconquérir sa liberté, reconsti- tuer un foyer, gagner sa vie par le travail, tels étaient les trois objectifs complémentaires assi- gnés au système pénal. Aucune indulgence dans ces idées. C’est au nom de l’efficacité de la répression qu’elles ont été for- mulées. Ainsi ont été créées, presque simultané- ment dans le siècle, les circonstances atténuantes et la déportation, puis la transportation aux colo- nies, mesures censées éradiquer la mendicité et le vagabondage. Les récidivistes, « délinquants incor- rigibles », « malfaiteurs d’habitude » étaient oppo- sés aux « criminels d’accident ». Ils sont souvent confondus aujourd’hui. Eprouvant le besoin de « fortifier par une loi la répression des récidivistes », le Conseil supérieur des prisons proposait, en 1878, que les tribunaux puissent remettre au gouvernement les condam- nés pour rupture de ban une fois leur peine purgée, afin que l’administration les place dans des établis- sements spéciaux, « au régime moralisateur et astreint au travail ». C’est moins cette proposition de loi que sa motivation qui est éclairante : « Le principal avantage de ce système résiderait dans sa flexibilité, qui permettrait de tenir compte à toute heure des modifications produites dans la situation des condamnés, d’user d’une indulgence plus ou moins grande, selon le degré de leur amendement, envers ceux qui pourraient revenir au bien », écrivaient alors les rapporteurs pour éclairer le gouvernement.

Discréditer le système Pour les mineurs, alors jugés et traités comme des adultes, la préoccupation était la même. Les conditions effroyables de leur détention, l’enferme- ment de très jeunes enfants (7 ans), avaient fini par discréditer le système carcéral ; celui des colonies agricoles avait raté son but. La récidive comparée des mineurs libérés de la prison de la Roquette (7 % en 1847) et des colonies agricoles (27 % à Met- tray en 1840) a été scrutée à la loupe. Les résultats étrangers, hollandais et suisses notamment, ont été source d’inspiration. « Qu’on interroge les directeurs des établissements pénitentiaires ; ils diront que ce caractère indélébile d’une condamnation est une des causes qui s’opposent le plus à la rédemption morale des jeunes détenus et à leur carrière professionnelle », concluaient deux ins- pecteurs généraux dans une étude remise au gou- vernement en 1851. « Nous avons vu des jeunes déte- nus résister à trois mois de cachot (…). Seule leur volonté inébranlable ne cédait point. (…) Ces natures indomptables se seraient rendues devant la plus légè- re correction qui eût blessé leur vanité et humilié leur orgueil. » Quoi qu’on pense de leur pertinence, les solu- tions contemporaines étaient déjà pensées. En 1866, le médecin de l’asile de Vincennes, Olivier du Mesnil, avait demandé que la France s’inspire du régime en vigueur au Piémont, où une loi sur la res- ponsabilité parentale avait prévu un système d’amende des familles défaillantes. Dans les pro- jets actuels, les expériences étrangères sont tues. Aux Etats-Unis, au Canada, elles démontrent pour- tant l’échec des peines planchers obligatoires. Le texte sur la récidive fait le choix de la prison ferme comme sanction de référence, au mépris des conditions actuelles de détention, productrices de délinquance. Le gouvernement laisse entendre que la France dispose d’une marge de manœuvre :

ne compte-t-elle pas 100 détenus pour 100 000 habitants, alors que les Etats-Unis sont à 700 pour 100 000 ? En cela, il tourne aussi le dos à l’expérien- ce des parlementaires du XIX e siècle. La pauvreté de la réflexion signe en elle-même une rupture. L’efficacité de la loi pénale n’est plus le sujet. a

La diplomatie Sarkozy

L ’autoportrait que Nicolas Sarkozy a tracé lors de son récent entretien sur TF1 vaut pour la diplomatie : « Je ne suis pas un théoricien, moi, je ne suis pas un idéologue. Oh, je ne suis pas un intellectuel ! » Le seul

critère, c’est ce qui marche. Bien sûr, le président de la République a, sur la politique étrangère, des idées qui peuvent passer pour des convictions. Il les avait développées avant même le début de la campagne électorale en répondant dans la revue Le Meilleur des mondes à des questions posées justement par des « intellec- tuels », dont certains, comme André Glucks- mann, ont rejoint son équipe. Peut-être influen- cés par cette terre d’accueil, certains avaient cru y déceler des accents néoconservateurs. C’était au lendemain de la poignée de main échangée avec George W. Bush à Washington. Il n’en fallait pas plus pour que celui qui n’était pas encore le candi- dat officiel de l’UMP soit rangé dans la catégorie peu fournie en France des hommes politiques pro- américains. Le choix de ses collaborateurs en matière inter- nationale avait de quoi dérouter : un diplomate chevronné à l’Elysée – Jean-David Levitte – et un trublion au Quai d’Orsay – Bernard Kouchner. Le réalisme et le droit d’ingérence. Les dossiers et les médias. D’autant plus que la gauche devenait majoritaire dans les hautes sphères du ministère

des affaires étrangères. Le président s’en est amu- sé au Conseil européen de Bruxelles : « Je suis le seul ici parmi les représentants de la France qui ne soit pas socialiste. » Comme en politique intérieure, il n’a qu’un cre- do : le volontarisme. Les problèmes sont faits pour être réglés, pas pour être ajournés. Le calen- drier électoral français est tel que tout nouveau président est immédiatement pris dans le maels- tröm des sommets du G8 ou de l’Union européen- ne. Toutefois, aucun des prédécesseurs de M. Sarkozy n’avait déployé une telle activité au

Chronique

International Daniel Vernet

cours des premières semaines de son mandat. La liste des visiteurs étrangers qu’il a reçus, des voya- ges qu’il a effectués, des entretiens téléphoniques qu’il a eus est interminable. A Bruxelles, il a mani- festé une énergie redoutable pour aboutir sur les réformes institutionnelles. Avec succès, même si le traité n’est ni simple ni mini. Rien ne lui est plus étranger que la formule mit- terrandienne « il faut laisser du temps au temps ». Une seule entorse peut-être à cette règle : sa pro-

position de surseoir pour six mois à l’indépendan- ce du Kosovo, à condition que Moscou profite du délai pour accepter l’« inéluctable ». Les Russes restant inflexibles, la condition a été abandonnée, le délai est resté. C’est le pragmatisme. Au nom duquel le président a aussi adouci son apprécia- tion de Vladimir Poutine, « un homme intelligent, ouvert au dialogue ». Sur d’autres sujets, il n’attend pas. Il met à pro- fit les engagements passés de son ministre des affaires étrangères pour s’attaquer à la catastro- phe du Darfour ou pour encourager le « dialogue national » au Liban. Il peut poursuivre le rappro- chement avec les Etats-Unis commencé avant son arrivée au pouvoir, débarrassé du handicap repré- senté par les philippiques du tandem Chirac-Ville- pin. Comme elle reste un sujet de désaccord, la guerre en Irak est passée sous silence, avec d’autant plus de facilité que ceux qui s’en tirent le mieux sont les Kurdes chers à Bernard Kouchner. Sauf en Turquie, mais c’est une autre histoire. M. Sarkozy bénéficie d’un état de grâce diplo- matique reposant sur la traditionnelle prime au nouveau venu et sur son activisme légendaire. Il a raison de vouloir, tout de suite, en tirer le meilleur parti. Car les dures réalités d’un système interna- tional chaotique ne se laisseront pas longtemps bousculer aussi facilement que le vieux rapport hexagonal entre la droite et la gauche. a

0123 Page trois Vandalisme 3 Mercredi 27 juin 2007 Trois suspects ont été arrêtés à
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Page trois Vandalisme
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Mercredi 27 juin 2007
Trois suspects ont été arrêtés à la suite des dégradations commises, en mai et juin, sur
des chapelles en Bretagne. Il s’agissait, selon un communiqué, de « laver la terre d’Armorique »

Au nom du paganisme celte

QUIMPER (Finistère)

ENVOYÉ SPÉCIAL

A Quimper et alentour, la fin

d’un cauchemar coïncide avec

un coup de théâtre. La série de

profanations et de dégrada-

tions de calvaires opérées

entre le 8 et le 20 mai, et qui avait culmi- né à la mi-juin avec l’incendie criminel d’une chapelle, semble close. Mais les trois hommes arrêtés le 21 juin par la gen- darmerie, mis en examen et écroués, n’ont pas le profil attendu. Agés de 21 et 22 ans, les trois suspects, dont l’identité n’a pas été révélée – on sait juste qu’ils sont originaires du Finistère sud, sans emploi pour deux d’entre eux, le troisiè- me travaillant dans une collectivité locale – ne sont pas les « satanistes » que de nombreux indices laissaient imaginer. Selon Anne Kayanakis, procureur de Quimper, les suspects, en reconnaissant les faits, se sont présentés comme des défenseurs des « cultes païens anciens » , sans faire la moindre référence à Satan. En s’attaquant à des monuments reli- gieux – souvent édifiés sur d’anciens sites celtiques –, ils voulaient dénoncer « la toute-puissance de la religion chrétien- ne qui a fait disparaître les traces des cultes païens ». Ils jugent « anormal » d’entrete- nir avec des fonds publics des chapelles et des calvaires alors que les mégalithes druidiques et certains sites mythiques ne font pas l’objet des mêmes soins. La singularité de leur motivation s’ins- crit dans un contexte culturel particulier. Très attachée à ses racines et travaillée par un imaginaire peuplé de fées, d’elfes et autres figures légendaires, la Bretagne constitue un terreau favorable pour l’éso- térisme et l’occultisme. Cela n’enlève rien à la gravité des faits passibles de vingt ans de réclusion. Suivre à la trace la che- vauchée, si peu héroïque, de ces « cava- liers de l’apocalypse » relève du chemin de croix. Ce sont en effet ces monuments, balisant presque chaque carrefour de la Bretagne, qui ont été leurs cibles, dans un périmètre de quelques dizaines de kilomè- tres du Finistère sud. La première profanation a été commi- se à Gouesnac’h, dans la nuit du 7 au 8 mai à la chapelle de Saint-Cadou. Dans la nuit du 11 au 12, c’est à Langolen qu’un

calvaire du XIV e siècle a été mis à bas. Cinq nuits plus tard, la même rage des- tructrice frappait les calvaires de la cha- pelle du Drennec, à Clohars-Fouesnant, de la chapelle Saint-Thomas, à Pleuven, et de la chapelle du Perguet, à Bénodet. Dans la nuit du 17 au 18, les profana- teurs ont franchi l’Odet, qui marque la « frontière » du pays bigouden et du pays fouesnantais, pour barbouiller la fontaine de la chapelle Notre-Dame de la Clarté, à Combrit, puis la fontaine de la chapelle Sainte-Côme, à Plomeur. Enfin, le 20 mai, c’est à Ergué-Gabéric, près de Quimper, que la chapelle Ker Devot a été l’objet de dégradations. Chaque fois, l’inscription « TABM » était tracée à la peinture noire, souvent

« TABM » était tracée à la peinture noire, souvent Chapelle de la Croix, à Loqueffret

Chapelle de la Croix, à Loqueffret (Finistère), au lendemain de l’incendie criminel qui a ravagé dans la nuit du 15 au 16 juin ce monument historique du XVI e siècle. FRED TANNEAU/AFP

accompagnée d’une croix renversée, signature attribuée aux adorateurs de Satan. Et le mode opératoire, celui d’un commando. Des cordes, tirées par un véhi- cule, ont dû être utilisées. Pierre Floc’h, sculpteur sur pierre, qui restaure réguliè- rement des calvaires après des dégrada- tions, est formel : « Sur les cinq lieux où l’on m’a demandé de faire des expertises, une tension a été exercée à partir du haut pour faire basculer les fûts qui parfois ont été cassés en dizaines de morceaux. Mises à part les croix de mission du XIX e siècle, la plupart des monuments datent du XVI e siè- cle. On a recensé plus de 3 000 calvaires et 350 chapelles, rien que dans le Finistère. » Jean Loaec, maire de Pleuven, précise :

« Les calvaires, toujours tournés vers l’Occi- dent, commémorent la crucifixion et compor- tent au moins trois personnages tandis que les croix ne représentent que le Christ cruci- fié. Elles marquent parfois les anciennes limites d’une communauté monastique. » Après le 20 mai, les raids nocturnes ont

cessé. A la veille de la saison estivale, tou- te la région respirait mieux. Scandalisés par ces atteintes à un patrimoine histori- que autant que religieux, certains esprits s’étaient échauffés. Ici ou là, des tours de garde étaient envisagés. « Au-delà du coût pour les contribuables, nous sommes choqués de voir que ces

actes odieux ne provoquent aucu- ne réaction médiatique comme quand des lieux de culte ou des cimetières juifs ou musulmans sont vandalisés », s’indigne un

commerçant de Bénodet, en dénonçant « une tolérance à l’égard de la christianophobie ». Dans la nuit du 15 au 16 juin, les hostili- tés ont repris, un cran au-dessus : la cha- pelle de Loqueffret, au cœur des monts d’Arrée, soit à plus de 60 km des premiers lieux vandalisés, a été incendiée, toujours avec la même signature, tracée sur un pilier du porche, « TABM ». A l’écart du bourg de Loqueffret, il faut

parcourir plus d’un kilomètre à travers bois pour découvrir la chapelle de la Croix aux dimensions d’une église et la douce harmonie des édifices du XVI e siècle. Cer- née de chênes et de châtaigniers, la chapel-

le est peu fréquentée mais les villageois s’y rendent en foule, en septembre, pour le pardon. De ce monu-

ment historique, datant de 1522, il ne reste que des murs noircis, des moignons de pou- tres calcinées et des amas d’ar- doises brisées. « La charpente et

des statues polychromes du XV e siècle ont été détruites. Alors qu’un chantier de rénovation de 300 000 euros devait commencer deux jours plus tard, tout est à refaire, se lamente le maire, Jean-Claude Albert, soulagé que les incen- diaires soient « hors d’état de nuire ». Le mercredi 20 mai, une lettre de revendication adressée à la rédaction du quotidien Le Télégramme aurait pu lever une partie du mystère. « True Armorik

De ce monument datant de 1522, il ne reste que des murs noircis, des moignons de poutres calcinées

Black Metal » s’y présentait comme un groupuscule extrémiste anti-ecclésiasti- que qui prétendait « laver la terre d’Armo- rique des intrus qui y ont pris place sans le moindre respect pour nos racines celti- ques ». Jusque-là, les enquêteurs qui s’étaient orientés vers les milieux satani- ques attribuaient le sigle « TABM » à True Aryan Black Metal, une frange extré- miste de la mouvance musicale Black Metal qui revendique une filiation avec le diable. Figure emblématique de cette ten- dance dure, le chanteur américain Marilyn Manson, dont les fans se comp- tent par millions, devrait donner un concert, cet été, dans les Côtes-d’Armor… En annonçant qu’ils feraient « tomber les icônes symbolisant la faiblesse d’es- prit », les signataires menaçaient :

« Nous allons frapper encore et encore. » Amateurs de Black Metal, ils ne se réfé- raient pourtant pas plus aux Aryens qu’au maître des ténèbres. a

Robert Belleret

Le diable en toile de fond

SI LA POUSSÉE de rage antireli- gieuse qui a sévi ces dernières semaines en Bretagne a pu être attribuée à un mouvement satani- que, c’est qu’elle ressemblait étrangement à celle qui a eu lieu, début 2006, à la lisière ouest du Morbihan. Cinq monuments reli- gieux avaient été profanés à Ros- porden, Saint-Thurien, Melgven, Lanvénégen et Guiscriff. Déjà, dans la nuit du 29 au 30 janvier 2006, c’est l’incendie d’une cha- pelle, Saint-Guen, dans la com- mune de Saint-Tugdual, qui avait été le point d’orgue de cette flambée. Sur une ligne de crête, la cha- pelle Saint-Guen, pur joyau datant de 1540, venait d’être réno- vée et attendait ses vitraux. Depuis l’incendie, elle a pu être une nouvelle fois restaurée… Dans son presbytère spartiate, le recteur Henry Goyallon n’a pas pour autant retrouvé sa sérénité. Ce prêtre atypique, vieux béret et barbe rousse broussailleuse, rumi- ne une sainte colère. « Croyant ou

non, quand on s’attaque à l’art sacré, ça fait mal !, s’insurge-t-il. C’est un affront à nos ancêtres, pres- que un déni d’humanité. » Les auteurs de cette vague sata- nique avaient été arrêtés. Il s’agis- sait d’un couple – Ronan 21 ans, plombier, et Amandine, 20 ans, chômeuse – qui vivait à Saint- Thurien, claquemuré. Remis en liberté après six mois de prison, en attendant leur procès, ils ont écrit une lettre pour demander pardon à Mgr Raymond Centène, évêque de Vannes.

« Culture de mort » « L’évêque leur a proposé de les rencontrer et j’ai pu assister à cet- te entrevue, très bouleversante, raconte le recteur Goyallon. J’avais en face de moi deux êtres paumés, embarqués dans le sata- nisme parce qu’ils étaient très mal dans leurs baskets, avec une haine de la société et de l’église inimagi- nables. Ils crachaient le feu ! Sor- tis de cette culture de mort, ils m’ont proposé de participer à la

réparation de la chapelle… » Le satanisme, qui compterait en France 3 000 à 4 000 adeptes, ne doit pas être confondu avec la mode gothique et sa panoplie de vêtements noirs, de piercings, de tatouages et d’emblèmes diaboli- ques. Cette dernière se développe au travers de boutiques, où jeux vidéo, fanzines, BD et films repré- sentent un commerce florissant. Elle peut cependant constituer une porte d’entrée vers des déri- ves parfois tragiques. C’est sur le Net aujourd’hui que le Malin tis- se sa toile. « Au niveau de l’Eglise, on est à côté de la plaque, estime Henry Goyallon. On n’a pas réalisé à quel point le satanisme proliférait sur Internet où l’on compte une qua- rantaine de sites. Il y a des degrés dans l’égarement et, heureuse- ment, c’est une infime minorité qui passe à l’acte… Quelle réponse face à ça ? Je crois qu’il faut d’abord être vigilant quand un ado com- mence à déconner. » a

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Mercredi 27 juin 2007

Proche-Orient Ehoud Olmert annonce la libération de 250 prisonniers palestiniens du Fatah

Israël apporte un soutien limité à Mahmoud Abbas

JÉRUSALEM

CORRESPONDANT

E n présence du président de l’Autori- té palestinienne Mahmoud Abbas, du roi Abdallah de Jordanie et du

président égyptien Hosni Moubarak, le premier ministre israélien, Ehoud

Olmert, a prononcé un long discours, lun-

di 25 juin, à Charm el-Cheikh pour expli-

quer que « ce sommet pouvait faire avan- cer la région vers un avenir meilleur ». « Je crois, a-t-il indiqué, que les conditions sont mûres pour cela. J’ai l’intention d’explorer toutes les possibilités avec vous de façon à ce que ces espoirs ne soient pas déçus et afin de les transformer en réalités. Je suis naturelle- ment optimiste et c’est précisément en rai- son de ces derniers jours tumultueux que je vois une chance. Une occasion a été créée pour faire avancer le processus politique dans la région et je n’ai pas l’intention de laisser passer cette opportunité. » Pour le moment, le seul résultat concret du sommet est la décision annon- cée par M. Olmert de relâcher environ 250 prisonniers palestiniens du Fatah

« en signe de bonne volonté » . Les noms seront désignés dimanche, au cours du

prochain conseil des ministres. Ces hom- mes ne devront pas « avoir de sang sur les mains et devront s’engager à abandonner la violence » . Il y a environ 11 000 déte- nus palestiniens dans les prisons israé- liennes, dont près de 800 sont des prison- niers administratifs, incarcérés sans inculpation et sans jugement. Pour le reste, le premier

ministre israélien a expliqué qu’il allait « transférer sur une base régulière » tout ou partie des 600 millions de dollars (près de 460 millions d’euros) de droits de douane et de taxes collectés par Israël et retenus illégalement depuis avril 2006.

Les modalités et les conditions de cette rétrocession d’argent n’ont pas encore été détermi- nées. M. Olmert a également annoncé que « la liberté de mouvements des Palestiniens de Cisjordanie allait être améliorée de

façon significative » , sans qu’aucune pré- cision ne soit donnée sur le nombre des quelque 500 barrages qui pourraient être levés et si le désenclavement des prin- cipales villes allait être effectué. « Nous allons travailler avec le nouveau gouvernement et nous allons maintenir des liens constants avec lui » , a également déclaré Ehoud Olmert, ajoutant : « Les habitants de Cisjordanie vont comprendre que le choix d’une

conduite qui n’est pas celle de la terreur et de la violence, mais plutôt celle du dialogue et de la paix, ouvre la voie à de nouvelles possibilités politiques et conduit à une meilleure vie. » Concernant la bande de Gaza qui, depuis le 15 juin, est

passée sous le contrôle du Mou- vement de la résistance islami- que (Hamas), M. Olmert a assuré que « l’eau, l’électricité, les soins médicaux, la nourriture et les médicaments continueront à être fournis de manière à évi- ter une crise humanitaire. Nous n’avons

« Nous n’avons pas l’intention de punir la population [de Gaza] simplement parce qu’elle est dirigée par une organisation terroriste », a affirmé M. Olmert

pas l’intention de punir la population sim- plement parce qu’elle est dirigée par une organisation terroriste » . Rien n’a été dit sur l’arrêt de la colonisa- tion, sur la construction de la « barrière de sécurité » et sur les perspectives de la création d’un Etat palestinien réclamé par Mahmoud Abbas. « J’attends du pre- mier ministre israélien, a déclaré le prési- dent de l’Autorité palestinienne, qu’il enta- me des négociations politiques sérieuses, conformément au calendrier accepté avec pour objectif la création d’un Etat palesti- nien indépendant. » « Ma main est tendue vers le peuple israélien », a-t-il conclu. « Nous sommes d’accord pour nous ren- contrer au moins une fois toutes les deux semaines, a répondu M. Olmert, de maniè- re à établir un horizon politique nécessaire ainsi que les conditions appropriées qui conduiront, le plus tôt possible, aux pour- parlers visant à créer un Etat palestinien qui vivra à nos côtés en paix et en sécuri- té. » Et d’ajouter : « Je n’ai pas l’intention de retarder cela. Au contraire, je vais faire tous les efforts nécessaires pour activer le

processus qui va conduire à des négocia- tions. » Alors que Mahmoud Abbas a exprimé le souhait que les résultats de ce sommet de Charm el-Cheikh soient rapidement visibles sur le terrain et ne restent pas que de louables intentions, le président égyptien, Hosni Moubarak, a appelé à « briser l’immobilisme du processus de paix » et a demandé « la réunification des rangs palestiniens par le dialogue ». Ismaïl Haniyeh, le premier ministre, issu du Hamas, du gouvernement palesti- nien d’union nationale révoqué le 14 juin par Mahmoud Abbas, a immédiatement répondu favorablement à cet appel. Mais ni le président palestinien, ni les autori- tés israéliennes n’ont l’intention d’ouvrir un quelconque dialogue avec les islamis- tes. Qualifié de « vrai partenaire » par M. Olmert, Mahmoud Abbas a été accusé par un député du Hamas, Mouchir Al- Masri, de « courir devant M. Olmert pour implorer une rencontre » plutôt que de parler à « ses frères palestiniens ». a

Michel Bôle-Richard

En Cisjordanie, des mairies Hamas défendent leur « légitimité »

QALQILIYA, JAYYOUS (Cisjordanie) ENVOYÉ SPÉCIAL

Dans les vitrines, les médaillons en hom- mage aux fondateurs du Hamas, Ahmed

Yassine et Abdel Aziz Al-Rantissi, tués par Israël en 2004, sont toujours en pla-

ce dans le bureau du maire. Tout comme

les élus islamistes qui ont remporté en 2005 la ville de Qalqiliya, même si, désor-

mais, ils rasent les murs. Au lendemain du coup de force du Hamas à Gaza, les miliciens du Fatah sont venus manifes-

ter leur colère devant la mairie. Des vitres ont été cassées, des militants isla- mistes ont été arrêtés, certains battus. Peu bavard sur le sujet, le maire par intérim, Ouajih Qaouas, consent tout juste à indiquer qu’« une dizaine de per- sonnes » ont été emprisonnées, alors que d’autres membres du Hamas donnent le chiffre plus précis de cinquante-deux. « Nous nous sommes réunis avec les nota- bles de la ville, tous courants politiques confondus, et le gouverneur pour calmer la situation », explique-t-il. Le maire par intérim affirme avoir reçu tout récem- ment un courrier du nouveau ministre des collectivités locales, Ziyad Al-Bandak,

le confirmant dans ses fonctions. « Il

n’est pas question de nous démettre, nous sommes légitimes à ses yeux », affirme-t-il. Sans renier ses convictions islamistes, il reconnaît par nécessité le gouvernement d’urgence mis en place par Mahmoud Abbas à Ramallah et dont le pouvoir se limite dans les faits à la Cisjordanie. Dans sa mairie de Jayyous, au nord de Qalqiliya, Chaoukat Soumah est plus loquace. « Ce qui s’est passé est bien triste, mais il n’y avait sans doute pas d’autre solution, puisque certains, au Fatah, cher- chaient l’affrontement » , assure cet isla- miste, dont la liste a triomphé de celle du Fatah en 2005. « Maintenant, Abou Mazen [surnom de Mahmoud Abbas]

refuse le dialogue. Est-ce que cela va régler les problèmes ? J’en doute fort. Hier, je suis allé payer des dettes avec un adjoint du Fatah, et cela va continuer, je l’espère » , soupire-t-il. Sur les flancs de la mairie, une main anonyme a inscrit une phrase vengeres- se : « Cela est désormais la maison du martyr Sami Al-Mahdoun » , un officier du Fatah tué par le Hamas à Gaza. « Ce sont des gosses qui ont fait ça , assure le maire, j’ai toujours de bons contacts avec les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa [la milice du Fatah] ».

Profiter de la levée du blocus A Jayyous comme à Qalqiliya, on espè- re que la levée du blocus financier impo- sé depuis plus d’un an par les Etats- Unis, l’Europe et Israël profitera à tout le monde, quelles que soient les étiquet- tes politiques. « Le contraire serait très mal vu par la population. Le Hamas existe en Cisjordanie, et tout ce qui sera fait contre lui ne pourra que créer de la haine, avertit Chaoukat Soumah. Ici, nous som- mes au service de tous. » Le décret pris le 23 juin par M. Abbas de revoir toutes les autorisations attri- buées jusqu’à présent aux associations et aux organisations non gouvernemen- tales (ONG) de Cisjordanie laisse pour- tant entrevoir une tentative de reprise en main qui suscite déjà la grogne. Le Cen- tre palestinien pour les droits de l’hom- me, installé à Gaza mais indépendant du Hamas, s’est interrogé sur la légitimité de cette décision, alors qu’en Cisjordanie l’ONG Pengon, très active dans la mobili- sation contre la « barrière de sécurité » israélienne édifiée en territoire palesti- nien, s’est interrogée sur sa pertinence compte tenu de l’efficacité du réseau cari- tatif géré par les islamistes. a

Gilles Paris

cari- tatif géré par les islamistes. a Gilles Paris Arrêtés après le coup de force du

Arrêtés après le coup de force du Hamas dans la bande de Gaza, le 15 juin, des membres du mouvement islamiste sont détenus dans une prison de l’Autorité palestinienne à Jénine, en Cisjordanie. SAIF DAHLAH/AFP

Un message audio du caporal Shalit, détenu à Gaza

JÉRUSALEM

CORRESPONDANT

Un an après l’enlèvement, le 25 juin 2006, du caporal israélien Gilad Shalit, ses ravisseurs ont rendu public un court message audio dans lequel il affirme que « sa santé s’est détériorée » et qu’il a besoin d’une « hospitalisation » . « Je regrette le manque d’intérêt du gouverne- ment israélien (…) à mon égard et son refus de répondre aux exigences des Briga- des Al-Qassam. Il faut répondre à ces exi- gences pour que je puisse être libéré, d’autant que j’effectuais une opération militaire [lors de ma capture] , obéissant à des ordres » . Gilad Shalit, âgé de 20 ans, avait été enlevé lors d’une atta- que palestinienne à Kerem Shalom, au sud de la bande Gaza, au cours de laquel- le deux autres soldats avaient été tués. C’est la première fois qu’un tel messa- ge est diffusé. En septembre 2006, une lettre était parvenue à ses parents. Les négociations entreprises pour sa libéra- tion ont échoué, le gouvernement israé- lien estimant exagérées les exigences des ravisseurs, notamment le nombre et la qualité des prisonniers palestiniens devant être relâchés en échange. « De la même façon que j’ai un père et mère, des milliers de prisonniers palestiniens ont des parents à qui il faut restituer leurs enfants », conclut Gilad Shalit. Le vice-premier ministre israélien Eli Yishaï a appelé à des négociations avec le Hamas. Le premier ministre Ehoud Olmert, évoquant le cas d’Ehoud Goldwas- ser et d’Eldad Regev, deux soldats enlevés le 12 juillet 2006 par le Hezbollah libanais, a accusé « les organisations terroristes de fai- re pression sur les familles des soldats et le public israélien à travers la manipulation médiatique et le chantage émotionnel ». a

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LIBAN-SYRIE CONTREBANDE D’ARMES ET INFILTRATION DE TERRORISTES

L’ONU critique l’absence de surveillance à la frontière libanaise

NEW YORK (Nations unies)

CORRESPONDANT

Dans un rapport qui devait être remis, mardi 26 juin, au Conseil de sécurité des Nations unies, et dont Le Monde a obtenu une copie, cinq experts internatio- naux mandatés par l’ONU esti- ment que le dispositif de sur- veillance mis en place par les auto- rités libanaises à la frontière avec la Syrie est « insuffisant pour pré- venir la contrebande, en particulier celle d’armes ». Le groupe, dirigé par le Danois Lasse Christensen, estime que seul « le déploiement d’experts internationaux de la sécu- rité aux frontières » permettrait de remédier aux nombreuses lacu- nes observées au cours d’une mis- sion d’évaluation qui s’est dérou- lée au Liban du 27 mai au 15 juin. Les experts jugent « trou- blant » qu’« aucune saisie d’armes

de contrebande à la frontière ou près de la frontière » ne leur ait été rap- portée. Cette absence totale de résultat, « ne serait-ce que par chan- ce », soulève selon eux « des ques- tions sur l’intégrité des agences et des personnels attachés à la sécurité de lafrontière ». « Des décisions illé- gales sur la gestion de la frontière sont prises, motivées par des sympa- thies politiques, des connexionsfami- liales ou de clan ou la corruption tra- ditionnelle », affirme le document.

Manque d’organisation Dans un rapport remis en mars, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, s’inquiétait d’informa- tions israéliennes « détaillées » et « substantielles » faisant état de « centaines de livraisons » d’armes, « y compris des roquettes de longue et de courte portée et de systèmes de défense antiaériens et antitanks, qui

ont traversé la frontière libano- syrienne ». M. Ban suggérait l’en- voi d’une mission d’évaluation de la frontière, qui a été approuvé le 17 avril par le Conseil de sécurité. Larésolution 1701,qui avait mis fin aux combats entre le Hezbollah et Israël, le 14 août 2006, appelait le Liban à « sécuriser ses frontières ». Les experts ont visité les cinq postes-frontière principaux, l’aé- roport international et le port maritime de Beyrouth. Ils ont ins- pecté plusieurs points de passage le long de la frontière de 320 km entre le Liban et la Syrie, notam- ment lors d’un survol en hélicop- tère au cours duquel ils ont obser- « un certain nombre de véhicu- les suspects » . Selon le rapport de 46 pages, de « multiples chemins et passages » rendent « possible pour des trafiquants et des terroris- tes ou agents infiltrés étrangers de

traverser la frontière » . Même aux postes-frontière, le manque d’orga- nisation « a pour résultat un flux de cargaisons de véhicules et de passa- gers incontrôlable ». Les techniques decontrôle sonttelles qu’« un trafi- quant ingénieux pourrait trouver relativement facile de dissimuler non seulement des explosifs, des armes légères ou des munitions, mais aussi

des armes lourdes assemblées ou désassemblées, telles que des missiles ou des roquettes ». Selon les experts de l’ONU, « les

bastionsmilitairespalestinienslourde-

ment armés qui couvrent les deux côtés de la frontière » posent aussi « un problème majeur en termes de sécurité ».L’arméelibanaisenepeut pas entrer dans les camps palesti- niens – à l’exception, actuellement, de celui de Nahr Al-Bared – et se borneà en contrôlerles alentours. a

Philippe Bolopion

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Mercredi 27 juin 2007

IRAK VIOLENCES

Des chefs sunnites opposés à Al-Qaida tués dans un attentat à Bagdad

opposés à Al-Qaida tués dans un attentat à Bagdad Des Irakiens errent dans les décombres du

Des Irakiens errent dans les décombres du hall de l’hôtel Al-Mansour, lundi 25 juin, après l’attentat-suicide qui a visé cet établissement en plein cœur de Bagdad. HADI MIZBAN/AP

UN ATTENTAT-SUICIDE a frappé, lun-

di 25 juin, l’hôtel Al-Mansour, situé sur la

rive ouest du Tigre, en plein centre de Bagdad, faisant au moins douze morts et une vingtaine de blessés, selon les servi- ces de sécurité irakiens. L’attaque visait apparemment une réu- nion de chefs de tribus sunnites engagés depuis plusieurs mois déjà dans la lutte contre Al-Qaida aux côté du gouverne- ment irakien et des forces américaines dans la grande province d’Al-Anbar, considérée comme le foyer de l’insurrec- tion antiaméricaine. Selon un employé de l’hôtel, les respon- sables tribaux s’apprêtaient à quitter l’établissement pour aller rencontrer un responsable politique irakien, afin de par- ler de la réconciliation nationale. Ils étaient arrivés dans le hall et avaient com- mandé du thé quand un kamikaze a déclenché sa ceinture d’explosifs. L’an-

cien gouverneur de la province d’Al- Anbar, Fassal Ghououd, et deux autres responsables tribaux sunnites ont été tués. « Cette attaque a visé les tribus qui combattent le terrorisme » , mais « l’Irak restera debout quoi que vous fassiez. Nous n’avons pas peur de vous et nous allons continuer à lutter contre vous » , a déclaré Mahmoud Daham, un autre chef tribal sunnite rescapé de l’attaque. Parmi les victimes se trouvent également Hussein Chaalan, un responsable tribal chiite du sud de l’Irak et Rahim Al-Maliki, un poè- te irakien travaillant pour la chaîne de télévision publique Al- Iraqia. Le premier ministre irakien, Nouri Al-Maliki, a estimé que cet attentat était l’œuvre de « terroristes » qui cherchent ainsi à « dissimuler leurs défaites dans les provinces d’Al-Anbar et de Diyala, aux mains de nos forces armées et des tri- bus » . – (AFP.) a

Darfour : la communauté internationale à la recherche d’une solution politique

Manifestation du nouveau volontarisme diplomatique français, la réunion de Paris n’a toutefois dégagé ni calendrier ni financement pour la future force de paix ONU-UA

H ormis l’affirmation d’une volonté commune d’agir et l’affichage du nouveau volontarisme diplomati-

que français, bien peu d’éléments concrets ont filtré de la réunion interna- tionale sur le Darfour (ouest du Soudan), tenue lundi 25 juin à Paris. La performan- ce aura surtout consisté pour le président français, Nicolas Sarkozy, et son ministre des affaires étrangères, Bernard Kouch- ner, à réunir en un temps record autour d’eux le secrétaire général de l’ONU ainsi que les représentants de 17 pays, dont les Etats-Unis, la Russie et surtout la Chine, qui rechigne à faire pression sur le régime de Khartoum pour préserver ses intérêts stratégiques et pétroliers. « L’idée était de faire le point sur où nous en sommes et de nous assurer que nous fai- sons tout ce que nous pouvons », a résumé, a minima, la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice. « La France, s’est

réjouie M me Rice, après avoir été reçue par M. Sarkozy , adopte un nouveau rôle que je trouve énergisant. » En guise de « feuille de route », le président français avait lui- même lancé, devant l’ensemble des délé- gués réunis à l’Elysée : « Le silence tue. (…) L’absence de décision et de réaction est inacceptable. »

Au terme de trois heures de débats, aucun engagement concernant le finance- ment de la future « force hybride » ONU-

Union africaine (UA), chargée à ramener la paix au Darfour, n’a été enregistré. Le calendrier de son déploiement, désor- mais accepté du bout des lèvres par Khar- toum, n’a pas non plus été précisé. « Dès que possible » aura sans doute été la for- mule la plus employée à ce sujet. Seule la France a annoncé une contribution de

10 millions d’euros destinée à l’actuelle

force de l’Union africaine, dont l’impuis- sance est déplorée mais dont les soldats, a affirmé Bernard Kouchner, ne sont pas payés depuis le début de l’année. Pas plus que l’assurance de finance- ments, les signes d’un assou-

plissement chinois n’ont été donnés. Si M. Kouchner a pu se féliciter de la « participation extrêmement satisfaisante » des diplomates chinois à la réu- nion, l’envoyé spécial de Pékin au Darfour, Liu Guijin, a affir-

mé qu’il serait « contre-produc- tif » de « menacer et faire pression sur le

gouvernement du Soudan pour un oui ou pour un non ». « Ce n’était pas une conférence de paix » , a expliqué M me Rice, en réponse aux accusations d’immobilisme. « Ce n’était pas une réunion de donateurs », a répété Jan Eliasson, envoyé spécial de l’ONU au Darfour, satisfait de la claire priorité donnée aux aspects politiques sur les considérations humanitaires ou militaires au cours de la conférence. « Nous avons besoin d’une force de main-

tien de la paix, mais pour cela, nous devons d’abord avoir une paix à maintenir » , considère M. Eliasson, qui s’emploie à préparer, avec l’Union africaine, une négociation entre Khartoum et les rebel- les, et s’inquiète de l’extrême « fragmenta- tion » en cours parmi ces derniers. De ce point de vue, la réunion de Paris marque une certaine rupture par rapport à la conviction largement affichée selon laquelle le déploiement d’une force mili- taire crédible permettrait en soi de rame- ner la paix au Darfour. La conférence tran- che aussi avec la tentation purement humanitaire qu’avait manifestée M. Kou- chner en proposant l’établissement d’un corridor humanitaire. Dans l’entourage du ministre français, la « mobi-

lisation de la communauté inter- nationale sur une solution politi- que » est désormais le mot d’or- dre. Face à des initiatives multi- ples, l’idée domine de faire exer- cer par l’ONU et l’UA une pres-

sion conjointe sur Khartoum et sur les rebelles pour reprendre la négocia- tion politique. Alors que M me Rice a réité-

ré, à Paris, la menace américaine de sanc- tions contre Khartoum, le commissaire européen, Louis Michel, lui, a insisté sur les « incitations » à proposer aux parties. « Le Soudan doit savoir que, s’il coopère, nous l’aiderons puissamment et que, s’il refuse, il faudra être ferme » , a expliqué M. Sarkozy. Il fallait tout l’optimisme de Bernard Kouchner pour résumer ainsi la journée : « L’avenir s’est éclairci. » a

Philippe Bernard

« L’avenir

s’est

éclairci »

Bernard Kouchner

Le PNUE souligne le lien entre la crise écologique au Soudan et le conflit armé du Darfour

UN CAS D’ÉCOLE du lien entre crise éco- logique et conflit armé : telle apparaît la situation du Darfour dans le rapport que vient de publier le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) sur le Soudan. Menée en 2006 par l’unité d’évaluation post-conflit de l’organisme international, basé à Nairobi, l’étude scrute l’état environnemental du Soudan, plus grand pays d’Afrique, qui n’a cessé d’être agité par des conflits. Dans son histoire récente, il n’a connu que dix ans de paix, entre 1972 et 1983. Démographie, mauvaises pratiques agricoles et changement climatique se sont combinés pour conduire à une situa- tion explosive. Avec un taux d’accroisse- ment de 2,6 %, le Soudan a vu sa popula- tion atteindre près de 40 millions d’habi- tants. Le cheptel a cru encore plus rapi- dement, passant de 29 millions de têtes en 1961 à 135 en 2004. Cela a entraîné une dégradation des pâturages, tandis

que le besoin de bois de feu pour les humains provoquait une déforestation importante. Le Darfour, par exemple, a perdu un tiers de son couvert forestier entre 1973 et 2006. Ces phénomènes ont été aggravés par le changement climatique régional. Le Soudan a vu la limite entre désert et zone semi-désertique se déplacer vers le sud de 50 km à 200 km depuis les années 1930. Les précipitations ont régu- lièrement décliné, en particulier dans le nord du Darfour, où « l’échelle du change- ment climatique est presque sans précé- dent » , avec une baisse observée, depuis les années 1940, de 34 %. Ainsi, écrivent les experts, « il y a un lien très fort entre la dégradation des sols, la désertification et le conflit du Darfour. Au Darfour nord, la croissance démographique exponentielle et le stress environnemental qui lui est lié ont créé les conditions des conflits qui ont été lancés puis entretenus par des différen-

ces politiques, tribales et ethniques : il peut être considéré comme un exemple tragique de la rupture sociale qui peut résulter d’un effondrement écologique » . Les perspecti- ves ne sont guère encourageantes, puis- que l’on s’attend à ce que la désertifica- tion continue avec la poursuite de la bais- se des précipitations. Le conflit, avec la constitution des camps de déplacés (au Darfour, 2,2 mil- lions depuis 2003), a lui-même un impact écologique notable. Les sols aban- donnés par les agriculteurs ne sont plus entretenus, et les camps suscitent la défo- restation aux alentours, pour le bois de cuisson, mais aussi pour le bois servant à chauffer les briques de construction. Au total, la politique n’est pas seule en jeu. Pour le PNUE, la politique d’environ- nement « devrait être considérée comme un outil vital pour la prévention des conflits et pour la pacification » . a

Hervé Kempf

JUSTICE INTERNATIONALE TRIBUNAL SPÉCIAL POUR LA SIERRA LEONE

A La Haye, l’ex-président du Liberia, Charles Taylor, se dit sans ressources et boycotte son procès

LA HAYE

Dans l’attente, la juge ougandaise Julia

crédibles, il aurait fait des investissements

lions de dollars dans plusieurs sociétés

4,5 millions de dollars. Une faible partie

Stéphanie Maupas

CORRESPONDANCE

Sebutinde a ordonné la désignation d’un

au Liberia qui ne sont toujours pas gelés, et

immobilières, dont un projet de zone fran-

de l’iceberg, selon les Nations unies.

L’ancien président du Liberia, Charles

avocat par intérim et la reprise des audien-

aurait eu sur lui une importante somme

che et de station touristique.

Les rapporteurs évoquent aussi du

Taylor, a boycotté, lundi 25 juin, la secon-

ces le 3 juillet, date à laquelle le procureur

d’argent lors de son arrestation », le

« Taylor prétend être sans ressources et

matériel de guerre venant de la société ser-

de

audience de son procès, ouvert le 4 juin

devrait présenter son premier témoin.

29 mars 2006. Au Liberia, les alliés de

demande que le Tribunal couvre ses frais de

be Zastava, la création de sociétés-écrans,

à La Haye devant le Tribunal spécial pour

« Trop court », estimaient certaines orga-

Charles Taylor, notamment au Parle-

justice, qui sont considérables » , notent les

des participations dans des sociétés de

la

Sierra Leone (TSSL). Accusé de crimes

nisations de défense des droits de l’hom-

ment, empêcheraient l’adoption de lois

rapporteurs. Ces frais s’élèvent à

communication. Le transfèrement de

contre l’humanité et de crimes de guerre

me au terme de l’audience. Pourtant, l’ac-

permettant le gel de ses avoirs.

45

000 dollars par mois, selon le greffe du

Charles Taylor à La Haye, en juin 2006,

en Sierra Leone entre 1997 et 2002, où il avait exporté sa guerre pour « s’emparer de larges portions de territoires » et « piller les ressources du pays », selon le procu- reur, l’accusé estime ne pas disposer des ressources financières suffisantes pour préparer sa défense. D’ici fin juillet, le greffe devra mettre sur pied une nouvelle équipe composée de trois avocats.

cusé dispose déjà d’une partie de son dos- sier, a bénéficié des conseils d’un avocat pendant un an, et est accusé depuis qua- tre ans. Selon plusieurs rapports des Nations unies, dont le plus récent daté du 24 mai 2007, bien que « Charles Taylor se préten- de indigent et ait demandé au TSSL de cou- vrir ses frais de justice, selon des allégations

Virements bancaires Quant au Nigeria, où Charles Taylor s’était exilé en juin 2003 avec l’aval de la communauté internationale et de Lagos, les rapporteurs n’ont pour l’instant pas pu y enquêter. Or, depuis son exil de Cala- bar, dans le sud-est du pays, M. Taylor aurait investi à hauteur de près de 8 mil-

Tribunal spécial. L’un de ses anciens asso- ciés, l’homme d’affaires néerlandais Augustine Kouwenhoven, qui dirigeait la société Oriental Timber Corporation (OTC), avait été condamné en 2006 par un tribunal des Pays-Bas pour violation de l’embargo sur les armes. Il aurait effec- tué des virements bancaires pour le comp- te de Charles Taylor d’un montant de

aurait « porté un coup à la structure finan- cière » de son parti, le Parti patriotique national. Parmi ses revendications devant le Tribunal spécial, Charles Taylor avait demandé la levée des sanctions de l’ONU contre ses ex-associés, dont l’interdiction de voyager, pour leur permettre de venir témoigner à décharge lors du procès. a

MEXIQUE

Vaste purge au sommet de la police mexicaine

MEXICO. Soupçonnés de liens avec les mafias de la drogue,

284 officiers supérieurs de la poli-

ce fédérale ont été limogés, lundi

25 juin, pour « empêcher la péné- tration du crime » , a annoncé le ministre de la sécurité publique. C’est la première fois que le gou- vernement mexicain procède à une destitution d’une telle ampleur de hauts fonctionnaires

de la police fédérale. – (AFP.)

BRÉSIL

Une troisième centrale nucléaire va être achevée

BRASILIA. Le Conseil brésilien de politique énergétique a décidé, lundi 25 juin, de relancer le pro-

gramme nucléaire avec l’achève- ment de la construction d’une troisième centrale, Angra III, interrompue en 1986, dans l’Etat de Rio de Janeiro. Malgré l’avis défavorable de la ministre de l’en- vironnement, Marina Silva, Angra III devrait entrer en activi-

té en 2013. – (AFP.)

ÉTATS-UNIS

Les lobbys autorisés à faire des campagnes politiques

WASHINGTON. Au nom de la liber- té d’expression, la Cour suprême américaine a annulé, lundi 25 juin, les limites fixées aux spots publicitaires que des grou- pes de pression peuvent diffuser avant une élection. Cette loi de 2002 leur interdisait de diffuser des spots citant le nom d’un can- didat un mois avant une élection primaire et deux mois avant une élection générale. – (AFP.)

VATICAN

Le cardinal Tauran, nouveau président du Conseil pour le dialogue avec l’islam

ROME. Benoît XVI a nommé, lun- di 25 juin, le cardinal français Jean-Louis Tauran comme prési- dent du conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, spéciale- ment chargé de la relation avec l’islam. Le cardinal Tauran, 64 ans, est un diplomate qui a exercé au Liban avant de devenir secrétaire pour les rapports avec les Etats (1990-2003).

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International

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Mercredi 27 juin 2007

L’ancien président du Monténégro soupçonné d’« association mafieuse »

Le parquet italien de Bari demande le renvoi en justice de Milo Djukanovic et d’une quinzaine d’autres personnes pour trafic de cigarettes

ROME

CORRESPONDANT

A lternativement président et premier

ministre du Monténégro sans dis-

continuer de 1991 à 2006, Milo Dju-

kanovic (45 ans) est sur le point d’être rat-

trapé par la justice italienne, qui le soup- çonne d’« association mafieuse » dans le cadre d’un trafic international de cigaret- tes. Au terme d’une enquête préliminaire ouverte en 1999, le parquet de Bari (Pouilles) a demandé, vendredi 22 juin, le renvoi en justice de l’ancien homme fort du Monténégro, et d’une quinzaine d’autres personnes, dont l’un de ses ex-ministres, Miroslav Ivasinevic. Dans les conclusions déposées par les magistrats italiens, Eugenia Pontassu- glia et Giuseppe Scelsi, M. Djukanovic apparaît comme l’homme clé de l’organi- sation de contrebande de cigarettes qui, entre 1994 et 2000, arrosait de nom- breux pays d’Europe à partir du Monténé- gro. Président de la petite République des Balkans au moment des faits, il est notamment accusé d’avoir concédé à un trafiquant notoire, le Suisse Franco Della Torre, une licence d’importation de

1 000 tonnes de cigarettes par mois. L’en- quête a montré une forte et constante coo- pération entre la mafia monténégrine et celle des Pouilles, la Sacra Corona Unita. Milo Djukanovic et ses coaccusés dis- posent d’un délai de vingt jours pour demander à être entendus par les magis- trats, ou pour leur adresser un mémoire. Après quoi, un juge décidera, au vu du dossier de l’enquête préliminaire, s’il y a lieu de juger les prévenus. Mis en cause à partir de 2002 par plu- sieurs repentis, l’ex-premier ministre monténégrin a déjà échappé à des pour- suites engagées par le parquet de Naples en 2003. Le mandat d’arrêt international émis à l’époque s’était heurté à son immu- nité. Ce n’est plus le cas depuis qu’il a renoncé, le 3 octobre 2006, à un nouveau mandat de premier ministre, en dépit de sa victoire aux élections législatives. La carrière de cet architecte de l’indé- pendance du Monténégro, conclue par un référendum en mai 2006, est jalonnée de rumeurs d’affairisme. Il a reconnu en 2003 que le commerce de cigarettes avait assuré une bonne partie du budget monté- négrin au temps des sanctions internatio- nales contre l’ex-Yougoslavie (1992-1999) et de son opposition à Slobodan Milosevic, à partir de 1996. Pour les juges de Bari, il ne se serait pas contenté d’utiliser son pou- voir pour protéger les agissements des mafias : il aurait rapidement joué un rôle moteur à la tête de l’organisation. a

Jean-Jacques Bozonnet

ÉTATS-UNIS UN SKINHEAD TUE UN POLICIER À SALT LAKE CITY

ÉTATS-UNIS UN SKINHEAD TUE UN POLICIER À SALT LAKE CITY Curtis Allgier, 27 ans, assis à

Curtis Allgier, 27 ans, assis à l’arrière d’une voiture de police, vient d’être arrêté par les autorités américaines, lundi 25 juin, à Salt Lake City, dans l’Etat d’Utah. Condamné à huit ans de pri- son pour possession illégale d’armes à feu, le jeune homme avait été convoqué, dans la matinée, pour un examen médical à l’uni- versité d’Utah. C’est là qu’il a volé une arme à un agent de sur- veillance avant de lui tirer dessus. L’officier n’a pas survécu. Curtis Laggier a ensuite pris la fuite. Sous la menace de son arme, il a volé une voiture de sport. Quelques kilomètres plus

DOUGLAS C. PIZAC/AP

loin, dans un restaurant « drive in », il a ouvert le feu sans faire de victimes. Un client de 59 ans a finalement réussi à lui arra- cher son arme, a expliqué Rich Brede, lieutenant de police de Salt Lake City. Arrêté en dehors du restaurant par les autorités, Curtis Allgier a été emprisonné, en attendant d’être jugé. Sur sa tête, l’homme avait notamment fait tatouer le mot « skin- head » ainsi que des croix gammées. L’avocat qui avait été char- gé de le défendre pour port d’armes à feu n’a pas souhaité faire de commentaires. – (AP.)

RUSSIE SIX MOIS AVANT LES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES

Les thèmes nationalistes alimentent les débats politiques russes et la violence dans les rues

MOSCOU

orchestrées par les néonazis de

te quiétude « le Troisième Reich »

CORRESPONDANTE

« marches du désaccord » . Cette

et « la grande terreur russe » ,

La police russe a relâché, lundi 25 juin, 42 personnes interpellées lors de bagarres de rue entre extré- mistes de droite et Caucasiens, sur- venues dans la nuit de vendredi 23 à samedi 24 juin en trois endroits de Moscou. Un jeune Arménien avait été blessé à l’arme blanche. Attribuant ces irruptions de vio- lence à « l’intolérance » , Anatoli Lastovetski, porte-parole de la police de Moscou, a prié les diri- geants de tous les partis politi- ques « de ne pas provoquer leurs partisans, de ne pas inciter les jeu- nes et les adolescents aux actes illé- gaux fondés sur la haine raciale » . Sur la chaîne de télévision Ves- ti 24, il a qualifié les bagarres

expression désigne habituelle- ment les manifestations organi- sées par l’Autre Russie, le mouve- ment d’opposition au Kremlin. Or les batailles rangées du week- end n’avaient rien de manifesta- tions politiques. Les sites Internet liés au Mouve- ment contre l’immigration illéga- le (DPNI) montrent une vidéo où l’on voit des jeunes qui se battent à coups de bouteille et de tige métallique, aux cris de « la Russie aux Russes ! » sur la place Slave, située en face de l’administration présidentielle russe, à deux pas du Kremlin. Une centaine de néo- nazis avaient manifesté sur cette place le 23 avril, célébrant en tou-

alors que, dans le même temps, les « marches du désaccord » étaient brutalement réprimées. Pourquoi les bagarres ont-elles éclaté ? La rumeur veut que des Caucasiens se soient mis à danser la « lezguinka », une de leurs dan- ses folkloriques, face au monu- ment des héros de Plevna (ville bulgare prise par les Russes pen- dant la guerre russo-turque de 1877-1878), ce qui a été perçu com- me une provocation. Cette version des faits, accréditant l’idée d’une réaction spontanée, est la seule donnée. Rien n’a été dit sur la mobilisation des militants du DPNI, pourtant très organisés.

des militants du DPNI, pourtant très organisés. publications judiciaires 47, rue Louis Blanc – 92984 La

publications judiciaires

du DPNI, pourtant très organisés. publications judiciaires 47, rue Louis Blanc – 92984 La Défense Cedex

47, rue Louis Blanc – 92984 La Défense Cedex

Tél. 01 49 04 01 85 – Fax. 01 43 33 51 36 www.osp.fr – publicationsjudiciaires@osp.fr

PUBLICATION JUDICIAIRE

Par arrêt en date du 27 septembre 2006, la 13 ème Chambre de la Cour d’Appel de PARIS a condamné pour contrefaçon d’œuvres musicales les époux SOLDATENKOV à la peine de quatre mois d’emprisonnement avec sursis et la société NORA à une amende de 20 000 Euros, pour avoir mis à disposition du public sur un site Internet des paroles de chanson, des partitions et des fichiers musicaux sans autorisation des titulaires de droits. En outre, la Cour a condamné les époux SOLDATENKOV et la société NORA à verser à la Chambre Syndicale de l’Edition Musicale, aux sociétés d’édition musicale Paul Beuscher, Jean Davoust Editeur, SEMI, Universal Music Publishing France, BMG Music Publishing France, Salabert, Sony ATV Music Publishing France, Allo Music, Warner Chappell Music France et à la SACEM/SDRM, constituées parties civile, des dommages et intérêts et a ordonné, aux frais des prévenus, la publication par extrait de sa décision.

Demande de nationalisme

A six mois des élections législa-

tives, le thème du nationalisme apparaît comme la ressource cen- trale de la campagne électorale à venir. Selon Sova, une ONG spé- cialisé dans les problèmes de racisme, le nationalisme a conta- miné tout le spectre politique rus- se. « La demande de nationalisme

arrive d’en bas en Russie, et l’élite politique a fini par y répondre par l’idée d’un nationalisme contrôlé, renvoyant au grand empire rus- se » , explique Alexandre Verkho- vski, expert de Sova. En mars, le chef des communis- tes, Guennadi Ziouganov, avait déclaré qu’il ne laisserait person- ne « s’emparer de la question rus- se » . En mai, le parti pro Kremlin Russie unie a lancé son « Projet russe » , soit la promotion du concept de « nation russe » . Plus largement, le terme « Fédé- ration de Russie » – en référence aux multiples nationalités qui peuplent le pays (Tatares, Bachki- res, Ingouches, Tchétchènes, Kal- mouks, etc.) – a disparu du dis- cours politique au profit de celui de « Russie » , omniprésent.

A l’automne 2006, réagissant à

une vague de pogroms anticauca- sienssurvenus à Kondopoga (Caré- lie), le président Vladimir Poutine avait qualifié le peuple russe de

« population de souche » dont les droits devaient être préservés. a

Marie Jégo

La solitude d’Emmanuel, enfant otage des FARC

L e slogan « Libérez Emma- nuel ! » commence à enva- hir l’espace médiatique. A

78 ans, Clara Gonzalez a pris la tête de la campagne : elle vou- drait tellement serrer dans ses bras ce petit-fils né dans le maquis… Emmanuel a « environ 3 ans » . Clara Rojas, sa mère, est otage des Forces armées révolu- tionnaires de Colombie (FARC) depuis le 23 février 2002. « C’est un bel enfant, le policier Pinchao l’a dit » , soupire la vieille dame. Jhon Pinchao est le seul à avoir vu Emmanuel. Prisonnier des FARC pendant plus de huit ans, il a réussi à s’évader en avril et a confirmé que Clara Rojas avait bien eu un enfant en captivi- té. En avril 2006, le journaliste Jorge Enrique Botero avait rap- porté le « scoop », sur la base de témoignages de guérilleros. D’un geste hésitant, M me Gon-

zalez allume son ordinateur, avec

lequel elle dit « avoir encore bien

du mal » , pour consulter la boîte aux lettres de la campagne. Trois cent cinquante nouveaux messa- ges l’attendent. La lutte pour la libération de son petit-fils a redonné des forces à M me Gonza- lez, qui marche avec difficulté. En apprenant l’enlèvement de

sa fille, il y a cinq ans, elle avait

été frappée d’une étrange paraly- sie. « Je sais que c’est psychosoma- tique » , dit-elle de sa voix brisée. Elle envie l’aisance face aux caméras de Yolanda Pulecio, la mère d’Ingrid Betancourt. L’épreuve a uni les deux femmes. Clara Rojas, chef de campagne d’Ingrid Betancourt, avait été enlevée avec elle. « Je n’ai jamais douté de l’exis- tence d’Emmanuel. Elle me rem-

plit de joie et de tristesse » , confie

M me Gonzalez. L’enfant serait né

de l’amour improbable entre Cla-

ra et un guérillero. « Ce gamin est

à moitié à nous, à moitié à eux » ,

aurait déclaré le chef des FARC,

Manuel Marulanda. Selon Jhon Pinchao, les guérilleros ne laisse- raient pas Emmanuel grandir aux côtés de sa mère. « L’enfant de Clara mérite une vie meilleure, comme la méritent les enfants des guérilleros nés dans les prisons de l’Etat, ainsi que les millions d’en-

fants affamés, malades et sans abri qui déambulent dans les rues colombiennes » , a déclaré le porte- parole des FARC, Raul Reyes. Malgré tout, M me Rodriguez veut croire les FARC capables d’un geste humanitaire. « Tous les hommes naissent libres » , rap- pelle l’association Pais Libre, qui lutte contre les enlèvements et s’est jointe à la campagne pour Emmanuel. Tous les soirs, un journal télévisé appelle à se mobi- liser pour l’enfant otage. Dans le

quotidien El Tiempo, le chroni- queur Saul Hernandez regrette

l’indifférence des Colombiens. a

Marie Delcas (Bogota, correspondante)

PÉROU MODIFICATION DU CODE PÉNAL

La dépénalisation des relations sexuelles dès 14 ans suscite une polémique à Lima

LIMA

CORRESPONDANCE

Uneloivisant à dépénaliserlesrela- tions sexuelles consenties dès l’âge de 14 ans, votée le 21 juin, soulève des protestations au Pérou. Jus- qu’alors, toutadulte ayant des rela- tions sexuelles avec un mineur encouraitjusqu’à trente ans de pri- son en cas de plainte dudit mineur ou d’un membre de sa famille. « Le règlement actuel ne marque pas de différence entre le fait que cet acte sexuel soit le résultat d’un viol ou d’une décision entre deux amou- reux » ; dans tous les cas, la per- sonne de moins de 18 ans est « sexuellement intouchable » , sou- ligne Alejandro Rebaza. C’est donc afin « d’adapter le code pénal à la réalité péruvienne » que ce par-

lementaire du parti présidentiel, l’Alliance populaire révolution- naire américaine (APRA, social- démocrate), a déposé le projet de loi qui dépénalise les relations avec un jeune de plus de 14 ans. « Il y a des jeunes de 19 ou 20 ans emprisonnés parce qu’ils

ont couché avec un partenaire de 16-17 ans et que cela n’a pas plu aux parents , plaide M. Rebaza. Nous sommes face à des attitudes qui ne doivent pas être sanctionnées par la loi. » Cet argument n’est pas valable pour la Conférence épiscopale. « Dans ce cas, légali- sons la corruption, le vol et la prosti- tutioninfantile. Ilfaut être catégori- que et dire qu’il y a des réalités qui ne devraient pas exister car elles sont mauvaises » , affirme l’évêque Juan José Larrañeta.

« En faveur des violeurs » Virginia Borra, ministre de la femme,adénoncé « une porte ouver- te » quipermettraità desabuscom- missurdes mineursderesterimpu- nis. L’ONG Action pour les enfants craint que cette loi devienne « une arme en faveur des violeurs lors des procès ». « L’âge de l’adolescence est compliqué etil estfacile defaire dire à un jeune qu’il y avait consente- ment », s’inquiète Maria Teresa Mosquera, sa directrice. Les abus sur mineurs étant un

problème majeur au Pérou, Mer- cedes Cabanillas, présidente du Congrès, a rappelé que « la nou- velle loi n’annulait pas les peines drastiques contre ces délits ». « On ne va pas arrêter de condamner les coupables » , ajoute-t-elle. Le chef de l’Etat pourra promul- guer la loi ou la renvoyer devant le Congrès. « Personnellement, je ne suis pas d’accord , a avancé le président Alan Garcia, dimanche 23 juin. Je suis père de quatre filles et il ne me semble pas qu’à 14 ans, on soit en condition de donner un consentement qui signifie une acceptation rationnelle, responsa- ble, mesurant les conséquences face à la proposition d’un adulte. » « Alan [Garcia] a réagi en tant que père, mais en tant qu’homme d’Etat il saura comprendre l’esprit du texte » , assure M. Rebaza, qui a remis au Congrès un autre pro- jet de loi visant à condamner jus- qu’à vingt-cinq ans de prison tout adulte qui « séduirait » un mineur non consentant. a

Chrystelle Barbier

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Environnement & Sciences

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Mercredi 27 juin 2007

Une mystérieuse pollution souille le Rhône

Les chercheurs n’ont pas encore déterminé pourquoi des poissons du fleuve sont contaminés aux PCB, des produits chimiques interdits en France depuis vingt ans

LYON CORRESPONDANTE RÉGIONALE

L e Rhône est-il totalement pollué par les polychlorobiphényles ? Les der- nières analyses effectuées en Ardè-

che et dans la Drôme montrent que la contamination à ces PCB – souvent connus sous le nom commercial de pyra- lène –, interdits en France depuis 1987, car potentiellement cancérigènes, s’étend bien au-delà de Lyon, où la pollu- tion avait été découverte en 2005. Les pré- fectures de l’Ardèche et de la Drôme, après celles du Rhône, de l’Isère et de l’Ain, viennent de prendre un arrêté d’in- terdiction de consommer du poisson du fleuve et de ses canaux de dérivation. Le périmètre s’étend désormais sur 200 kilomètres et pourrait encore être élargi : le Vaucluse, le Gard et les Bou- ches-du-Rhône attendent les conclusions d’analyses avant de prendre d’éventuelles mesures de protection similaires. Dans la Drôme, les résultats des prélèvements réa- lisés sur six espèces de poissons ont mon-

tré une contamination allant jusqu’à 59 picogrammes/gramme (pg/g), alors

que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a fixé à 8 pg/g la concentration admissible en dioxine et PCB dans les poissons destinés à la consommation humaine. Le poisson le plus contaminé présentait une dose 40 fois supérieure à

la dose acceptable quotidiennement.

L’origine de cette pollution n’a pas encore été formellement éclaircie. Mais, d’après les premiers éléments d’enquête du Cemagref (Insti-

tut de recherche pour l’ingénie-

rie de l’agriculture et de l’envi- ronnement), à qui la préfectu-

re du Rhône a confié une étu-

de, elle serait ancienne – anté-

rieure à 1987 – et due à plu- sieurs sources. Parmi les sour- ces statiques, le Cemagref a localisé avec certitude l’usine Tredi, située près de Saint-Vulbas, dans l’Ain. Spécialisée dans le traitement des déchets spéciaux,

notamment des transformateurs conte- nant des PCB, elle rejetait dans les années 1980 une partie des résidus de son activité dans le Rhône. Mais cette entreprise fait désormais l’objet d’un sui-

vi régulier et d’autorisation préfectorale.

« Tredi rejette désormais des PCB à des niveaux inférieurs aux seuils tolérés par l’OMS », assure Alain Espinasse, le direc- teur adjoint du secrétariat général aux

affaires régionales de la préfecture de Rhô- ne-Alpes. Les enquêteurs n’ont pas identi- fiéd’autres sourcesindustrielles, mais évo- quent l’existence d’une pollution plus « sauvage », le fleuve ayant servi de dépo- toir, pendant des années, aux habitants peu soucieux de l’environnement, qui y

jetaient par exemple leurs batteries usa- gées. Parmi les autres facteurs de pollution possibles sont mentionnés les remblais ayant servi de comblement des lônes, les bras morts du Rhône. Pour le Cemagref, la persis-

tance de la pollution s’explique-

rait par le fait que les PCB, très

peu solubles, se seraient accu- mulés dans les sédiments du fleuve, contaminant durable-

ment les poissons. Les cher- cheurs ne parviennent cepen- dant pas à comprendre le pic actuel de contamination, vingt ans après l’interdic- tion des PCB, alors qu’ils avaient enregis- tréune stabilisationdes niveaux deces pro- duits chez les poissons il y a quelques années. « Une des explications pourrait être la modification des débits du fleuve, qui aurait fait remonter en surface des couches sédimentaires polluées aux PCB », explique Alain Espinasse. Face à cette pollution majeure du Rhô- ne, la préfecture de Rhône-Alpes a décidé de lancer à l’automne une étude appro- fondie, associant différents partenaires,

Pendant des

années, le fleuve

a servi

de dépotoir

à des riverains

peu scrupuleux

les services sanitaires, vétérinaires, indus- triels, environnementaux de l’Etat, mais aussi les associations comme la Frapna (fédération Rhône-Alpes de protection de la nature) et les collectivités territoria- les, qui dans ce dossier de pollution ont porté plainte contre X. La préfecture de Rhône-Alpes veut se montrer rassurante à l’égard des popula- tions et précise que les différents arrêtés pris n’interdisent pas la baignade, le sim- ple contact avec l’eau polluée par les PCB n’étant pas considéré comme dangereux pour l’homme. La contamination se fait par ingestion d’animaux ou de produits d’origine ani- male contaminés. Les autorités préfecto- rales font valoir que la « toxicité aiguë des PCB estfaible pour l’homme et qu’une expo- sition accidentelle de courte durée n’a pas de conséquence grave ». Les mêmes sour- ces précisent toutefois qu’une exposition aiguë à forte dose est associée à des irrita- tions de la peau et plus rarement des infections hépatiques, neurologiques, des bronchites chroniques, des maux de tête et vertiges et parfois de l’impuissan- ce. Des troubles qui peuvent être irréver- sibles et entraîner des cancers. Des analyses devraient être prochaine- ment étendues à de nouvelles espèces, comme les anguilles, et à de nouveaux polluants, comme le mercure. a

Sophie Landrin

ATOME

Une nomination à l’Autorité de sûreté nucléaire est contestée

LA COMMISSION de recherche et d’in- formation indépendantes sur la radioacti- vité (Criirad) conteste la légalité de la nomination en novembre 2006 d’un des commissaires de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) par Jacques Chirac, alors président de la République. L’asso- ciation écologiste, déboutée en référé, conduit sur le fond un recours auprès du Conseil d’Etat, au motif que Marc San- son ne remplirait pas les critères requis par la loi sur la transparence nucléaire. Selon celle-ci, l’ASN est constituée « de cinq membres nommés par décret en raison de leur compétence dans les domai- nes de la sûreté nucléaire et de la radiopro- tection » . Pour le gouvernement, le choix de M. Sanson, par ses fonctions passées au ministère de l’environnement et au Conseil d’Etat, répond à l’ « exigence indis- cutable » de « compétences juridiques affir- mées » au sein de l’ASN. Si sa nomination était invalidée, les décisions prises collé- gialement par l’ASN – dont l’avis favora- ble donné au réacteur EPR – seraient mises en cause, estime la Criirad. a

H. M.

CLIMATOLOGIE ABSORPTION DU CO 2

Les chercheurs réévaluent le rôle des puits de carbone

APRÈS les mers, les terres. Après l’Atlantique nord et l’océan Aus- tral, les scientifiques s’aperçoi- vent que les continents de l’hémis- phère Nord n’absorbent pas non plus le dioxyde de carbone (le principal gaz à effet de serre) dans les proportions prévues. D’après une équipe internationa- le conduite par Scott Denning (université du Colorado), ces régions formeraient un plus petit puits de carbone que ce que les modélisations informatiques lais- saient supposer. Les puits de carbone jouent un rôle important dans la machine cli- matique, car ils absorbent une par- tie du CO 2 atmosphérique. Sur les 8 milliards de tonnes émises cha- que année, 40 % stagnent dans l’atmosphère, 30 % sont absorbés par les océans. Le reste serait consommé par les écosystèmes ter- restres, en particulier les arbres. L’étude, publiée vendredi

22 juin dans Science , s’appuie sur

des mesures annuelles effectuées sur plusieurs strates de l’at- mosphère, puis comparées à

12 modèles de transport atmo-

sphérique. Avec, pour résultat, une redistribution des cartes :

« Avec les informations obtenues grâce à nos échantillons d’air, nous voyons que les modèles suresti- maient la quantité d’absorption au Nord et sous-estimaient celle des tropiques » , explique Kevin Gur- ney, coauteur de l’étude. Les échantillons ont montré que les forêts du Nord n’absor- baient que 1,5 million de tonnes de carbone, et non pas 2,4 mil- lions, et que les forêts tropicales intactes constituaient des puits de carbone plus importants que ce qui était admis jusqu’alors.

« Notre étude offre une meilleure compréhension de la façon dont les arbres et autres plantes répondent aux émissions de CO 2 liées à l’indus- trie. Cela va nous permettre de mieux prévoir le changement clima- tique et d’identifier les stratégies possibles pour en amoindrir les effets » , affirme Britton Stephens, un des auteurs de l’article.

Le cas de l’océan Austral Ces résultats ont de quoi rassé- réner la communauté scientifi- que, après l’annonce, il y a quel- ques semaines, de la réduction des capacités d’absorption du principal puits de carbone natu- rel qu’est l’océan Austral. L’équi- pe conduite par Corinne Le Quéré (université d’East Anglia-Max Planck Institute) avait conclu qu’à cause du réchauffement cli- matique, cet océan absorbait de moins en moins de CO 2 atmosphé- rique et qu’en vingt-cinq ans 8 millions de tonnes de carbone n’avaient pas pu y être stockés (Le Monde du 19 mai). « L’étude de Science montre que c’est la réparti-

tion des puits qui change, donc cela n’a pas forcément de conséquences sur le bilan global de carbone et ce n’est donc pas forcément une mau- vaise nouvelle pour le climat » , explique Nicolas Metzl (Locean/IPSL). Il faut tout de même prendre avec prudence les résultats de cet- te étude, de l’aveu même d’un de ses auteurs, Philippe Bousquet, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environ- nement : « On ne donne pas une tendance, c’est une observation à un moment donné. On assiste peut- être à un épiphénomène. » a

Clotilde Cadu

BIOTECHNOLOGIE

La France s’abstient sur l’autorisation du maïs OGM Herculex RW

Plusieurs associations écologis- tes se sont félicitées de l’absten- tion de la France, lundi 25 juin, lors d’une réunion à Bruxelles d’un comité qui examinait l’auto- risation d’importer et transfor- mer un maïs génétiquement modifié, l’Herculex RW. Ces asso- ciations, qui ont jugée « encoura- geante » une réunion le même jour avec le ministre de l’écologie Jean-Louis Borloo et la secrétaire d’Etat Nathalie Kosciuzco-Mori- zet, avaient menacé de boycotter le « Grenelle de l’environne- ment » de la rentrée si la France donnait son accord à cet OGM.

ÉCOLOGIE

Arnold Schwarzenegger vient parler d’environnement à Nicolas Sarkozy

Pour sa première visite en France en tant que gouverneur républi- cain de Californie, l’ancien acteur Arnold Schwarzenegger s’est entretenu une demi-heure avec Nicolas Sarkozy, lundi 25 juin, essentiellement autour des sujets écologiques. « La Fran- ce et la Californie peuvent tra- vailler ensemble pour lutter contre le réchauffement climatique et en faveur de l’environnement » , a déclaré Arnold Schwarzenegger qui, avec l’ancien vice-président Al Gore, s’est fait champion de la lutte pour l’environnement aux Etats-Unis. – (AFP.)

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Europe

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Mercredi 27 juin 2007

A Varsovie, la communauté juive renaît soixante ans après la Shoah

la communauté juive renaît soixante ans après la Shoah Reconstitution par ordinateur d’une rue typique du

Reconstitution par ordinateur d’une rue typique du XIX e siècle d’un quartier juif en Pologne. Cette image sera montrée dans le musée d’histoire des juifs polonais qui devrait ouvrir en 2009. AP/HO/MUSÉE D’HISTOIRE DES JUIFS POLONAIS

La première pierre du musée de l’histoire des juifs polonais, exterminés par les nazis, poussés à l’exil sous le communisme, est posée mardi à Varsovie par les présidents polonais et israélien

VARSOVIE

CORRESPONDANTE

P lus de soixante ans après la Shoah,

la Pologne posera, mardi 26 juin, la

première pierre du musée d’histoire

des juifs polonais. Lancés en grande pom- pe, en présence du président polonais Lech Kaczynskiet de sonhomologue israé- lien Shimon Perès, les travaux devraient s’achever en 2009. Voulu comme un cen- tre culturel interactif, retraçant l’histoire et la culture millénaires des juifs de Pologne, depuis leur arrivée d’Espagne et de France jusqu’aux avatars du régime communiste, le musée s’érigera au cœur de l’ancien ghetto juif délimité en 1940 par les nazis. Première ville juive d’Europe avant l’Holocauste, Varsovie comptait alors 350 000 juifs. Ils ne seraient plus que 3 000 aujourd’hui. Ténue, disparate, dis- crète voire invisible, la communauté juive de la capitale polonaise se hisse progressi- vement hors de son carcan historique. En mouvement, elle multiplie les signes d’un renouveau. Quartier de Wilanow, au sud de la capi- tale. Un agent de sécurité monte la garde à l’entrée d’un pavillon. Inutile de chercher un symbole distinctif ou une étoile de David : depuis son ouverture en juillet, l’unique synagogue libérale de Varsovie joue la discrétion. Il s’agit plus d’une salle de prière, installée au premier étage de la maison du Polonais Seweryn Aszkenazy,

aujourd’hui émigré aux Etats-Unis et ini- tiateur en 1999 de l’association juive pro- gressiste Beit Warszawa, en contre-pied du judaïsme orthodoxe jusqu’alors prédo- minant dans la capitale polonaise. La nou-

velle synagogue, l’une des trois que comp- te Varsovie, attire surtout des jeunes actifs. « 30 ans en moyenne », s’enorgueillit le New-Yorkais Burt Schuman, « premier rabbin libéral à plein temps en Pologne depuis la Shoah ». Venuece vendredi soir au shabbat,Joze- fina Jezowska, 25 ans, est l’un des visages de la jeunesse juive varsovienne. Mariée en novembre selon le rite juif, elle « remer- cie dieu » d’avoir créé Internetqui lui a per- mis de commander son contrat de mariage juif, le ketubah, et

les 80 kippas pour ses invités :

« c’était introuvable à Varso- vie ». Pour Janek Spiewak, 20 ans, l’identité juive passe plus par la culture quele culte. Visage d’an- ge et boucles châtain, il pianote

sur son Macintosh dans un café branché de la capitale. Fils d’un député libéral, l’un des rares politiques à revendiquer ouvertement ses origines jui- ves en Pologne, il vient d’inaugurer le local de son union de jeunesse étudiante juive polonaise, ZOOM, créée en mai avec une bande de copains. Sur les 130 adhérents, la plupart sont des laïcs, « seuls trois sont orthodoxes », mais tous ont un dénomina- teur commun : la conscience que « l’avenir de notre communauté dépend de ce que nous faisons aujourd’hui ». Dans son bureau de la rue Galczynskie- go, Konstanty Gebert, intellectuel juif incontournable de Varsovie, directeur de la revue Midrasz, ne tergiverse pas : « Oui, nous pouvons parler de renouveau. Même si

ce qui se passe à Varsovie est objectivement très limité, cela reste immensément plus grand que rien. » Il a lui-même grandi

« avec le sentiment que nous étions les der-

niers juifs de Pologne ». Sa fierté ? L’école primaire et le collège juifs du quartier Wola qui comptent 300 élèves : « Il y a vingt ans, c’étaitimpensable. » Lamaternel-

le

a ouvert ses portes en 1988, un an avant

la

chute du communisme, l’école en 1993.

A

l’automne, un lycée juif devrait même

ouvrir ses portes à Varsovie rive droite, dansle quartierPraga.Mais la communau-

té juive, celle qui connaît et assume son

identité juive, reste numériquement faible.

Notre problème principal aujourd’hui, ce n’est pas l’antisémitisme, tance M. Gebert, mais la démogra- phie. »

Engagée dans l’association des juifs orthodoxes de Varso- vie, Miriam Gonczarska anime depuis avril le nouveau pro- gramme en hébreu mis sur pied par la station publique Radio

Polska et bientôt diffusé en Israël. Lucide, elle sait les défis de sa communauté. « La plupart des juifs qui avaient survécu à la Shoah et conservé leur identité ont quitté la Pologne après les événements antisémites de 1968. Aujour- d’hui, certains reviennent au pays parce

qu’ils ont échoué dans leur carrière à l’étran- ger, d’autres pour obtenirla citoyenneté polo- naise et décrocher un passeport européen, une poignée enfin pour assumer leurs origi- nes. » Sans oublier les « juifs invisibles »,

« ceux qui ignorent leur identité juive parce

que leurs parents ou grands-parents ont sou- vent changé d’identité après 1945 et ne sont jamais revenus à leur judaïté ». Ceux-là seraient des dizaines de milliers. a

Célia Chauffour

«

« Notre

problème principal ce n’est pas l’antisémitisme, mais la démographie »

Konstanty Gebert

BELGIQUE 43 MOSQUÉES PRISES EN CHARGE PAR LA WALLONIE

Le système belge de financement des cultes est étendu aux musulmans

BRUXELLES

CORRESPONDANT

La Région wallonne a décidé de reconnaî- tre officiellement 43 mosquées, ce qui leur donne accès aux subventions que la Belgique accorde à cinq autres religions, ainsi qu’à la laïcité organisée. Suite à la signature d’un décret, mardi 19 juin, par Philippe Courard, ministre (PS) régional desaffairesintérieures,le salaireetlaretrai- tedes imamsseront payéset l’entretiendes mosquéespris en charge. En échange, elles serontobligéesdese doterdela personnali- té juridique et d’un comité de gestion, et leurs comptes seront contrôlés. Ladépenseannuellepour la Région wal- lonnedevraitavoisiner700 000euros,esti-

me Mireille Francotte, conseillère juridi- que de M. Courard. Et c’est le ministère fédéral de la justice qui prendra en charge le salaire et la retraite des imams – d’un à trois par mosquée. Bruxelles et la Flandre, les deux autres régionsbelges,elles aussi encharge del’or- ganisation matérielle et du fonctionne- mentdes cultes, devraientreconnaître pro- chainement d’autres lieux de culte musul- man. Cinq à Bruxelles et une petite dizaine en Flandre, semble-t-il. Au total, une soixantaine de mosquées devraient donc bénéficier d’une reconnais- sance officielle. C’est bien moins que les 120annoncées par le ministère de la justice en 2004, lors d’une révision de la loi. Les procédures de reconnaissance ont été plus longues que prévu en raison, notamment, d’un contrôle renforcé de la Sûreté de l’Etat, les services de renseignement inté- rieur. S’ajoutant à l’obligation, pour les mosquées, de satisfaire à diverses normes

(espace,sécurité,salubrité,etc.),cescontrô-

les ont entraîné le rejet de nombreux dos- siers introduits par l’Exécutif des musul- mans, le « gouvernement » reconnu des 400 000 adeptes belges de l’islam. Cinq mosquées wallonnes, une vingtaine de bruxelloises et une autre vingtaine de fla- mandesn’obtiendront paslareconnaissan- ce qu’elles souhaitaient. Les mosquées ara-

bes recalées devraient être plus nombreu- ses que les turques. Certains refus d’agrément résultent des conclusions de la Sûreté de l’Etat. « Des mosquées pratiquent un islam trop “dur”, d’autres bénéficient d’un financement direct dela part d’Etats étrangersquel’on peut qua- lifier d’intégristes », explique une source proche de ce service.

« Evolution de la société » L’islam a été officiellement reconnu en 1974. Il aura dû attendre plus de 30 années pour obtenir une reconnaissance qui devrait permettre de clarifier, en partie, non seulement son financement mais ses structures et ses pratiques. La Constitution belge avait reconnu, dès 1830, le catholicisme, le judaïsme et le protestantisme. Affirmant la séparation de l’Etat et des Eglises, elle admettait toute- fois le principe du financement des minis- tres du culte. La religion orthodoxe, le culte anglican et la laïcité ont été reconnus au XX e siècle, le bouddhisme devrait l’être prochainement. « Malgré le caractère étri- qué des textes de départ, l’Etat belge a tou- jours su faire preuve de pragmatisme pour prendre en compte l’évolution de la société, souligne Jean-François Husson, responsa- ble d’Oracle, une unité de recherche sur les cultes. Aujourd’hui, le système atteint toute- fois ses limites. » Les représentants de la laïcité et d’autres cultes dénoncent, en effet, les pri- vilèges dont bénéficie, à leurs yeux, le catholicisme. Celui-ci récolte, au total, 75 % des 103 millions d’euros que l’Etat accorde annuellement aux différents cultes. Ils plaident pour une révision des critères de financement, soulignant que 10 % des catholiques belges seulement seraient pratiquants. D’autres personnes réclament l’instauration d’un impôt « phi- losophiquement dédicacé » : le contribuable choisirait lui-même d’affecter une partie de ses impôts à l’un ou l’autre culte, ou au mouvement laïque. a

Jean-Pierre Stroobants

L’édification de deux mosquées retardée à Marseille et à Montreuil

LA CONSTRUCTION de la mosquée de Montreuil (Seine-Saint-Denis) sera finalement retardée. Le tribunal adminis- tratif de Cergy-Pontoise a annulé le bail emphytéotique signé entre la municipali- té et l’association musulmane porteuse du projet. Le jugement a été rendu public lundi 25 juin par Patricia Vayssière, élue du Mouvement national républicain (MNR) de la ville, qui avait saisi la jus- tice. Dans son avis, le commissaire du gouvernement avait jugé que ce bail concédé pour un euro symbolique consti- tuait une subvention déguisée. L’élue mégrétiste s’est déclarée « plei- nement satisfaite » de cette décision qui « freinera l’islamisation de notre pays ». La mairie a annoncé son intention de fai- re appel, selon l’AFP. Cette affaire pour- rait fournir l’occasion de clarifier un cadre juridique qui apparaît parfois en contradiction avec les usages en cours. Et ce, même si le code des propriétés publi-

ques rappelle que les collectivités locales peuvent mettre des terrains communaux à la disposition des cultes par bail emphy- téotique pour la construction d’édifices religieux. « Sur les 1 800 lieux de culte construits en Ile-de-France après 1905, 450 l’ont été grâce à ce type de bail », indique Didier Leschi, chef du bureau des cultes au ministère de l’intérieur. « L’égalité des cultes suppose que ce que l’on a permis aux uns soit autorisé aux autres ». Confrontée à une offensive similaire de l’extrême-droite locale contre la construction de la grande mosquée de la ville, la mairie de Marseille a adopté une autre stratégie. Elle a élaboré un nouveau projet de bail emphytéotique qui prévoit un loyer annuel de 24 000 euros au lieu des 300 euros prévus et une durée rame- née à 50 ans. Le conseil municipal de Marseille devrait se prononcer le 16 juillet sur ce nouveau projet. a

Stéphanie Le Bars

le 16 juillet sur ce nouveau projet. a Stéphanie Le Bars © Casterman 2007 Tardi dans

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UE FONDS D’AJUSTEMENT À LA MONDIALISATION

Aides de Bruxelles à la France pour la reconversion de chômeurs

BRUXELLES

BUREAU EUROPÉEN

Quatre millions d’euros pour sou- tenir la reconversion de person- nes licenciées par des sous-trai- tants en faillite de Renault et de Peugeot en France: la Commis- sion européenne a donné un avis favorable, lundi 25 juin, au pre- mier dossier déposé auprès du nouveau Fonds européen d’ajus- tement à la mondialisation (FEM). « Nous avons répondu à un réel besoin ressenti par un sec- teur de l’industrie automobile confronté au côté négatif de la mon- dialisation avec, pour conséquence, la perte d’emploi d’un nombre élevé de personnes » , a commenté le commissaire à l’emploi et aux affaires sociales, Vladimir Spidla. Les aides – 2,5 millions pour

des sous-traitants de Peugeot, et 1,2 pour ceux de Renault – servi- ront à financer les formations, ou le déménagement de personnes en recherche d’emplois, en raison des difficultés rencontrées par les deux groupes français face à leurs concurrents japonais et coréens. Elles vont concerner près d’un millier de chômeurs, soit le seuil nécessaire pour qu’une candida- ture au FEM soit éligible. La dotation de ce nouvel instru- ment, créé en décembre 2006, pourra s’élever à 500 millions d’euros chaque année. Les som- mes allouées seront abondées à 100 % par les Etats membres. La décision doit encore être validée par le Conseil et le Parlement euro- péens d’ici trois à quatre mois. a

Philippe Ricard

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Mercredi 27 juin 2007

Enseignement supérieur La présentation du texte sur l’autonomie est reportée d’au moins une semaine

Nicolas Sarkozy tente d’éviter un conflit à propos des universités

Suite de la première page

Un recul ? Bien sûr, l’Elysée réfute le ter- me qui, si souvent, a été associé à de défuntes réformes de l’Université. M. Sarkozy qui se souvient du conflit du contrat première embauche (CPE) en 2006, dans lequel il avait pris position contre le premier ministre d’alors, Domi- nique de Villepin, ne tient manifeste- ment pas à dilapider son capital de confiance auprès des Français (63 % d’opinions positives selon un sondage LH2 paru mardi dans Libération). Après un second tour des élections législatives moins triomphant que prévu en raison d’une communication cafouilleuse autour de la question de la TVA sociale, M. Sarkozy fait le pari de l’apaisement. « Il prend son temps, mais il veut toujours aller vite », précise toutefois l’Elysée. Une gageure.

aller vite », précise toutefois l’Elysée. Une gageure. Palais de l’Elysée, mardi 26 juin. Les membres

Palais de l’Elysée, mardi 26 juin. Les membres du bureau de la Conférence des présidents d’université (ici, au premier plan, Michel Lussault de Tours, et Thierry Coulon, de Cergy) ont eu « le sentiment que le gouvernement était prêt à bouger ». O. LABAN-MATTEI/AFP

report de la présentation de la réforme. Résolu à faire passer la loi fin juillet, M. Sarkozy a pris le temps, pendant la peti- te heure d’entretien, d’écouter les points d’amendement demandés par la CPU. S’ils

approuvent le principe d’autonomie, les présidents souhaitent que, dans un délai decinqans, touteslesuniversités enbénéfi- cient, ce qui n’est pas le cas dans le texte actuel.

Ils plaident également pour que la composition des conseils d’administra- tion ne soit pas limitée à vingt membres mais puisse être comprise dans une four- chette de vingt à trente personnes. Concernant la sélection à l’entrée du mas- ter, ils ont défendu l’idée selon laquelle l’inscription dans la loi de cette disposi- tion n’était pas nécessaire. « Nous avons eu le sentiment que le gouvernement était prêt à bouger », a déclaré Michel Lus- sault, président de l’université de Tours et porte-parole de la CPU. Le syndicat d’étudiants UNEF s’est félicité de « ce premier desserrement de calendrier » , dans lequel il voit signe que le gouvernement a « pris la mesure de l’im- passe dans laquelle il s’engageait ». « Le report de l’examen de ce texte doit immédia- tement se traduire par la réouverture de réelles discussions permettant de revenir sur un texte bâclé dans ses grandes orienta- tions et profondément dogmatique », a commenté le syndicat. Lundi soir, interrogé par France- Inter, i-télé et Le Monde, la ministre de l’enseignement supérieur, Valérie Pécres- se, s’est dit « raisonnablement optimiste sur le succès de cette réforme » , n’excluant pas que le texte puisse être « un petit peu » amendé. a

Philippe Ridet et Catherine Rollot

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pages 18 et 19. Débats : la réforme

universitaire et Valérie Pécresse au « Franc-Parler ».

Cen’est pas la première fois que le prési- dent de la République semble freiner des ardeurs réformatrices qu’il a lui même sus- citées pendant sa campagne. En témoi- gne, outre son intervention pour recadrer le débat sur la TVA sociale, sa proposition d’une loi-cadre, moins contraignante que prévue initialement, pour imposer le servi- ce minimum. Au risque d’impatienter ses électeurs, cette tactique lui permet d’appa- raître sous les atours d’un négociateur prêt à lâcher du lest, comme il l’a montré en décidant la suppression du décret Robien sur les décharges horaires en préa- lable d’une réunion avec les syndicats d’enseignants à l’Elysée.

« Premier desserrement » C’est dans le taxi qui les menait à l’Ely- sée, lundi, que les membres du bureau de la Conférence des présidents d’université (CPU) ont appris par un SMS de l’Elysée le

Plusieurs points de l’avant-projet de loi heurtent les syndicats d’étudiants

Le calendrier. La détermination du gouvernement à « aller vite » sur ce dos- sier était connue, mais les organisations d’étudiants, rassurées par l’engagement qu’il n’y aurait ni sélection à l’entrée des études supérieures ni augmentation des frais d’inscription, semblaient ne pas vouloir bloquer le processus. Tout s’est envenimé avec l’annonce par Valérie Pécresse, ministre de l’ensei- gnement supérieur et de la recherche, de la présentation du projet de loi au Conseil national de l’enseignement supé- rieur et de la recherche (Cneser), un organisme consultatif, le 22 juin, soit le même jour que le bilan des groupes de travail réunis depuis fin mai au ministè- re. L’objectif affiché par la ministre était une présentation au conseil des minis- tres, mercredi 27 juin. L’argument du « passage en force » s’est alors installé, comme la perspective d’un « affrontement » à la rentrée, selon le président de l’UNEF, Bruno Julliard. L’autonomie à la carte. Le projet de loi présenté au Cneser prévoit que les universités n’avancent pas toutes du

même pas vers l’acquisition de nouvelles compétences dans la gestion de leur bud- get, de leurs personnels et de leur patri- moine immobilier. « Chaque université , a expliqué Nicolas Sarkozy, le 20 juin, pourra choisir de rester dans l’ancien systè- me, qui est paralysé, ou d’adopter un nou- veau statut fondé sur le principe de liberté. Ceux qui choisiront le nouveau statut rece- vront des moyens supplémentaires . » Pour les principales organisations d’étudiants, attachées à un fort cadrage national, cela équivaut à instaurer une inégalité de traitement entre étudiants dans des universités « aux compétences à géométrie variable » . « Seules les universi- tés les mieux dotées en personnels et en moyens financiers pourront se payer le luxe d’une autonomie accrue » , estime la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE). L’UNEF exprime son « refus de l’autonomie optionnelle, source d’inégalités amplifiées entre univer- sités et de précarisation des personnels » . La représentation des étudiants. Les conseils d’administration seraient composés de vingt membres, contre une

soixantaine aujourd’hui, et le nombre d’étudiants en leur sein devrait se rédui- re à trois, contre douze à quinze aujour- d’hui. Les organisations d’étudiants condamnent cette « atteinte à la démo- cratie universitaire » . Différents aspects de la future gouvernance sont égale- ment mis en cause, notamment la possi- bilité que le président ne soit pas un enseignant-chercheur. Une soixantaine de juristes ont désapprouvé la possibili- té laissée aux présidents d’universités de détenir un droit de veto sur les recru- tements et les mutations, ainsi que l’ins- tauration d’un comité de sélection com- prenant des non-spécialistes. Les présidents deviendraient « les nouveaux propriétaires de l’université » , a jugé l’UNEF. « Nous aurons des prési- dents avec un pouvoir sans partage » , a estimé Thiébaut Weber, président de la FAGE, ajoutant que « les étudiants étaient acteurs de l’université, ils devien- nent figurants » . La sélection en master. C’est un des points qui a fait basculer l’UNEF dans

une opposition résolue au projet de loi :

la latitude donnée aux universités de pra- tiquer une sélection dès l’entrée en pre- mière année de master (master 1, soit bac + 4), au lieu de l’entrée en deuxième année actuellement. Certains masters professionnels sont déjà sélectifs dès la première année, mais une extension, écartée par le précé- dent gouvernement, serait un casus bel- li. « En laissant les établissements détermi- ner librement leurs conditions d’accès en master, le gouvernement fait ouvertement le choix d’une sélection après la licence » , estime l’UNEF. Le refus de la sélection à l’entrée en master se fonde sur le fait que « cer- tains concours, comme l’agrégation, nécessitent un master 1 » , explique la FAGE. Selon Thiébaut Weber, « des disposi- tions spécifiques sont possibles mais il faudrait des années pour les généraliser et le débat n’est pas terminé. Pour ne pas mettre la charrue avant les bœufs, il faut d’abord réformer les premiers cycles » . a

Luc Cédelle

SALAIRE XAVIER BERTRAND ANNONCE UNE REVALORISATION DU SALAIRE MINIMUM DE 2,1 % AU 1 er JUILLET

Les syndicats déçus par la faible augmentation du smic

L’AUGMENTATION du salaire minimum au 1 er juillet sera de 2,1 % ( Le Monde du 15 juin) et le smic horaire brut passera de 8,27 à 8,44 euros. A la sortie de la réu- nion de la Commission nationale de la négociation collective (CNNC), lundi 25 juin, au cours de laquelle le ministre du travail, des relations sociales et de la soli- darité, Xavier Bertrand, a annon- cé la nouvelle, les syndicats ont exprimé leur mécontentement. Pour M. Bertrand, « cette haus- se garantit le pouvoir d’achat » . Le gouvernement n’a, par ailleurs, jamais caché que l’augmentation

du pouvoir d’achat pour les sala- riés, au smic ou non, passerait par un recours plus important aux heures supplémentaires, facilité par la détaxation, ainsi que le pré- voit le projet de loi sur le travail qui arrive en débat au Parlement.

Commission indépendante Le chef de l’Etat avait aussi expliqué, le 20 juin sur TF 1, qu’ « à force d’augmenter le smic plus rapidement que les autres salaires, on a provoqué la smicardi- sation de la société française » . Pour le camp syndical, l’argu- ment ne tient pas, et la tenue

le camp syndical, l’argu- ment ne tient pas, et la tenue annoncée par le gouvernement pour
le camp syndical, l’argu- ment ne tient pas, et la tenue annoncée par le gouvernement pour

annoncée par le gouvernement pour le mois de septembre d’une conférence sur le pouvoir d’achat ne règle pas l’urgence de la situa- tion pour les salariés, font-ils valoir. Cette conférence sociale devrait aussi être l’occasion d’aborder les modalités de mise en œuvre de l’une des dernières propositions de M. Sarkozy, la création d’une commission indé- pendante pour fixer le niveau de revalorisation annuelle du smic, ainsi que le réclame le Medef, qui souhaite « dépolitiser » l’augmen- tation du smic. En attendant le rendez-vous de la rentrée, les syndicats ont expri- mé leur déception. « Le gouverne- ment, dont les décisions ne satisfont

que le patronat, a tort de sous-esti- mer les urgences sociales » , a décla- ré Maryse Dumas (CGT). Pour Laurence Laigo (CFDT), « les salariés ne comprennent pas qu’il n’y ait pas de coup de pouce au smic alors qu’on développe encore les allé- gements de charges pour les employeurs » . Ce conditionnement des exoné- rations de charges à des négocia- tions salariales, réclamé par les syndicats et évoqué par M. Sarko- zy, a, lui, fortement déplu au patronat. « On ne peut en aucun cas lier les allégements aux politi- ques salariales réelles, a argumen- té Denis Gautier-Sauvagnac (Medef), cela conduirait à une aug- mentation du coût du travail. » a

Rémi Barroux

La hausse du smic compensée par la baisse des charges

Les hausses du smic ces derniè- res années n’ont quasiment pas affecté le coût du travail. C’est ce que révèle une étude du Centre d’études de l’emploi (CEE) de juin 2007. Le smic horaire brut a augmenté de 36,1 % depuis le début des années 2000, passant de 6,20 euros en 1999 à 8,44 en 2007. L’introduction par la gau- che des 35 heures avait créé diffé- rents niveaux de smics. Pour les harmoniser, la droite a alors choi-

si de sortir « par le haut » dans la phase de convergence des diffé- rents smics, pour « valoriser le travail ». Différents dispositifs d’allége- ments ont alors été conçus pour « neutraliser les augmentations du smic ». Alors qu’il a augmenté depuis 1999 de quelque 2,5 % en moyenne annuelle, « le coût du travail, compte tenu des allége- ments de cotisations sociales, ne s’est accru que de 1,5 % ».

UMP

Le parti présidentiel se dote d’une direction collégiale

Le bureau politique de l’UMP a approuvé, lundi 25 juin, le prin- cipe d’une direction collégiale qui devrait être menée par Patrick Devedjian et Jean-Pierre Raffarin. La nouvelle direction sera composée de deux équipes de trois personnes, l’une compo-

sée de trois vice-présidents ani- mant le conseil national (le par- lement du parti), l’autre chargée de l’exécutif autour d’un secrétai- re général, avec deux adjoints. Jérôme Peyrat, le conseiller du président de la République, Nicolas Sarkozy, chargé des rela- tions avec les parlementaires, restera le directeur général du parti. – (AFP.)

Nicolas Sarkozy, chargé des rela- tions avec les parlementaires, restera le directeur général du parti. –
Nicolas Sarkozy, chargé des rela- tions avec les parlementaires, restera le directeur général du parti. –
Nicolas Sarkozy, chargé des rela- tions avec les parlementaires, restera le directeur général du parti. –
Nicolas Sarkozy, chargé des rela- tions avec les parlementaires, restera le directeur général du parti. –

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France

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Mercredi 27 juin 2007

Jean-Marc Ayrault (PS) : « Quinze vice-présidents vont suivre chacun un domaine ministériel »

« Nous ne serons pas une opposition pavlovienne », affirme le président du groupe PS de l’Assemblée, réélu lundi 25 juin en annonçant la création d’un « cabinet fantôme »

Après le conseil national du PS du same- di 23 juin, avez-vous été tenté de retirer votre candidature à la présidence du groupe ?

J’ai beaucoup hésité mais j’ai senti que, dans la période qui va précéder le congrès, à l’automne 2008, il y avait des risques de tension inutiles. J’ai eu peur, un moment, que la tentation de la division l’emporte mais je me suis dit que l’on pouvait préser- ver le groupe de cette tension. Le résultat du premier tour de scrutin exprime cette attente des députés. J’ai été largement élu avec le mandat suivant : la cohésion, l’op- position et, en même temps, la proposition et la rénovation.

Vous avez exercé ce mandat depuis dix ans. Comment entendez-vous mettre en œuvre cette rénovation ?

J’entendslamettreen pratiqueconcrète- ment en constituant une équipe de quinze vice-présidents. J’ai proposé à Arnaud Montebourgdedevenirpremier vice-prési- dent, chargé de la prospective. Ce sera pour lui l’occasion de faire ses preuves danslecadred’un travailcollectif.Lefinan- cement de l’assurance-maladie, le contrat de travail, on va se mettre au travail tout de suite.Il faut que l’on soit prêts en termes de contre-propositions, que l’on redevienne une opposition intelligible. Ces vice-prési- dentset vice-présidentes,puisquele princi- pe de la parité sera respecté, seront respon- sables des textes qui vont venir dans les commissions et, en même temps, vont sui- vre chacun un domaine ministériel. Ils seront amenés, non seulement, à réagir sur les projets de loi mais à suivre l’actualité gouvernementale dans son ensemble.

C’est le groupe des députés qui, en quel- que sorte, va devenir le laboratoire de l’opposition ?

Effectivement,c’est une façon des’orga- niser totalement différente. On va sur- veiller l’exécutif. On va exercer notre rôle de contrôle parlementaire. Quand des cho- sesserontutiles, onledira.Cen’estpas par- ce que cela vient du gouvernement que tout sera forcément mauvais. Nous ne serons pas une opposition pavlovienne. Si le revenu de solidarité active, par exemple, correspond à ce que nous avions proposé, je ne vois pas pourquoi on irait contre. C’est dans cet esprit que nous avons accepté de présider la commission des finances et que le choix de Didier Migaud s’est imposé. Il a une grande expérience, il est le coauteur de la LOLF, c’est un moder- nisateur, il a toujours été plus que réglo, très loyal et constructif. C’est quelqu’un à qui on peut faire confiance.

Le premier texte auquel vous allez être confrontés à l’Assemblée est celui sur le « paquet fiscal ». Quelle va être votre attitude ?

Là, nous sommes en total désaccord avec le gouvernement. Notre opposition au bouclier fiscal, qui n’est rien d’autre qu’un allégement déguisé de l’ISF, est sim- ple et claire. Sur le pouvoir d’achat, nous

souhaiterionsquelegouvernements’enga-

ge à soutenir une négociation salariale glo- bale. Sur la déduction des intérêts d’em- prunt, nous sommes également en désac- cord. Notre projet est prêt, il est crédible, comme sur beaucoup d’autres sujets, par- ce que nous avons travaillé avant. Il faut que cela se voie plus.

Le Parlement peut-il être le lieu d’une opposition efficace et visible ?

Lacrainte quej’ai,avec la nouvelle prati- que institutionnelle du pouvoir, c’est que tout ce qui relève, effectivement, du Parle- ment se décide dans le cabinet du prési- dent de la République. On entre sans le dire dans une autre logique institutionnel- le.Jecroisquedansle rééquilibrageinterve-

nu au second tour des législatives, il y avait

à la fois la peur de l’écrasement politique et social et aussi la peur de la concentration des pouvoirs.

Qu’en est-il des rapports, à l’Assem- blée, avec les autres formations de gau- che ?

J’ai proposé que notre groupe s’ouvre et devienne le groupe « socialiste, radical, Verts », avec des responsabilités pour cha- cun et des moyens de travail correspon- dants. Ce serait un signe politique fort. Maintenant, la réponse leur appartient. Les communistes souhaitaient avoir leur groupe autonome, qu’on puisse identifier. J’ai aussi évoqué la possibilité d’un inter- groupe de l’opposition. S’il y a une discus- sionsurlestatut del’opposition, jeréclame- rai qu’il puisse y avoir un intergroupe.

Vous êtes favorable à l’abaissement du seuil de constitution d’un groupe ?

Ilfautfairetrèsattention. C’estune solu- tion qui peut apparaître séduisante à cour terme. Moi, je me situe dans une perspecti- ve politique de rassemblement de la gau- che. Donc, régler le problème d’une façon, ce n’est pas forcément préparer l’avenir. Il y a quand même une chose qui me gêne sur cette question de l’abaissement du

seuil. C’est que la décision ne se prenne pas

à l’Assemblée mais à l’Elysée. Est-ce que

c’est vraiment le rôle de l’exécutif et, qui plus est, du président de la République de décider de ça ? a

Propos recueillis par Patrick Roger

de décider de ça ? a Propos recueillis par Patrick Roger Jean-Marc Ayrault, dans son bureau

Jean-Marc Ayrault, dans son bureau du Palais-Bourbon.

BRUNO FERT POUR « LE MONDE »

Bernard Accoyer succède à Jean-Louis Debré au perchoir

LA XIII e LÉGISLATURE devait s’ouvrir, mardi 26 juin, avec l’élection du nouveau président de l’Assemblée nationale. Ce sera d’abord au doyen d’âge, Loïc Bou-

vard (UMP, Morbihan), 78 ans, de pro- noncer le discours d’ouverture. Puis aura lieu le scrutin secret à la tribune. Bernard Accoyer, qui a obtenu l’investiture du groupe UMP, succédera au « perchoir »

à Jean-Louis Debré, nommé président du

Conseil constitutionnel par Jacques Chirac, après l’intermède Patrick Ollier. Les groupes constitués vont devoir pro- céder à la désignation de leurs candidats aux postes de vice-présidents de l’Assem-

blée, de questeurs ainsi qu’aux commis- sions permanentes. La présidence de la commission des finances, confiée à l’op- position, doit revenir à Didier Migaud (PS, Isère). La majorité détiendra les autres prési- dences de commission. Pour chacune d’entre elles, les postulants au sein du

groupe UMP sont nombreux. Après la défaite de son ancien président, Jean- Michel Dubernard (Rhône) aux législati- ves, la commission des affaires sociales et culturelles devrait revenir à Pierre Méhai- gnerie (Ille-et-Vilaine), qui présidait auparavant la commission des finances. Le chef de file des ex-UDF ayant partici- pé à la création de l’UMP en 2002, a menacé de reconstituer un groupe auto- nome si la sensibilité centriste n’était pas suffisamment prise en compte. Pour la commission des affaires écono- miques, que présidait Patrick Ollier (Hauts-de-Seine), éliminé pour la prési- dence de l’Assemblée, les principaux concurrents sont les anciens ministres Christian Jacob (Seine-et-Marne) et Catherine Vautrin (Marne). A la commission des affaires étrangè- res, l’ex-président Edouard Balladur (Paris) ne s’étant pas représenté, Hervé de Charette (Maine-et-Loire), Pierre Lel-

louche (Paris), Renaud Muselier (Bou- ches-du-Rhône) et Axel Poniatowski (Val- d’Oise) se disputent la succession. A la commission des lois, Philippe Houillon (Val-d’Oise), président sortant, devra compter avec Claude Goasguen (Paris) et Jean-Luc Warsmann (Arden- nes). La commission de la défense devrait revenir à Guy Tessier (Bouches- du-Rhône), à moins que M. Lellouche ne soit également candidat. Pierre Lequiller (Yvelines) et Michel Herbillon (Val-de- Marne) convoitent la présidence de la délégation pour l’Union européenne. Enfin, les deux postes de questeurs réservés à l’UMP font de nombreux envieux. Candidats déclarés : Philippe Briand (Indre-et-Loire), Alain Gest (Som- me), Jean-Michel Fourgous (Yvelines, Jean Ueberschlag (Haut-Rhin), mais aus- si Patrick Balkany (Hauts-de-Seine) et Jean-François Mancel (Oise).a

P. Rr

CENTRE

Débauchages à la carte au Conseil de Paris, en vue des municipales

« BONJOUR Madame MoDem ! » : ses ballerines bleues, sa veste à rayuressur son éternel jean ont fait leur retour à l’Hôtel de Ville de Paris, lundi 25 juin. Pour le pre- mier Conseil de Paris post-législatives, Marielle de Sarnez – souvent absente en séance ces dernières années – a réintégré sa place au milieu des neuf autres élus de songroupe qui siégeaient pour la première fois sous l’étiquette MoDem. La constitution de ce nouveau groupe, qui découle du bon score de François Bay- rou à Paris (20,73 %) à la présidentielle, a donné lieu au transfert de trois élus Verts, Olivier Pagès, Violette Baranda et Fran- çois Florès. Elus aux municipales de 2001 sur les listes Verts, ils ont quitté leur grou- pe pour venir siéger aux côtés de Didier Bariani, confirmé dans sa fonction de pré- sident du MoDem. « Voir Florès, l’un des plusgauchistes d’entre nous assis entreBalla- dur (UMP) et Bariani, ancien adjoint de Chirac, c’est drôle ! », s’efforçait de sourire un élu écologiste parisien. « Les Verts ont du souci à se faire, répliquait François Flo- rès, nommé vice-président du groupe MoDem. Delanoë les maintient sous perfu- sion comme les communistes parce qu’il a besoin deforces d’appoint.Maisl’espace poli- tique pour l’écologie est au centre gauche, aujourd’hui. » Cinq élus UDF ont refusé de siéger au MoDem et se sont regroupés, sous la présidence d’Yves Pozzo di Borgo, avec l’étiquette « Nouveau Centre et indé- pendants », aussitôt qualifiés « d’UMPoti- che » par Michel Bulté, transfuge de l’UDF passé au MoDem. Prônant la liberté de vote au sein de son groupe,M me de Sarnez a réaffirmésastraté- gie d’autonomie par rapport à l’UMP et au PS, une ligne qualifiée « d’attrape-tout » par le groupe des Verts qui « attendent le moment où elle devra choisir son camp ». Rivale de M me de Sarnez dans la course à la Mairie de Paris, Françoise de Panafieu, chefdefile del’UMP, devracompter avecle MoDem si elle veut contrer la majorité de gauche à Paris. Quittant les travées UMP où les élus de son groupe affichaient grise

mineaprèslespiètresrésultatsdeleurscan-

didats aux législatives, M me de Panafieu est allée ostensiblement saluer M me de Sarnez. « See you », a lancé la députée du17 e arron- dissement à l’élue du 14 e arrondissement, en quittant l’hémicycle. « Paris doit être gouverné par des élus de gauche, de droite et du centre réunis d’abord au-delà des clivages partisans. Seulefaçon de réduirelesmultiples “fractures” entre l’est et l’ouest, les classes moyennes et populaires, les jeunes et les plus âgés », a répété M me de Sarnez.

Pour contrer la nouvelle force d’attrac- tion centriste, M. Delanoë a annoncé, lun- di, qu’il entendait composer une équipe « novatrice » après 2008. Je veux « un dis- positif humain tonique rassemblé, et renouve- lé » a-t-il, indiqué. Il a confirmé son inten- tion d’ouvrir les listes aux municipales à des « acteurs de la cité ». M. Delanoë dira « àlafin del’été » s’il sera candidat.Ila rap- pelé qu’il ne briguerait pas un troisième mandat. « Je devrai donc préparer l’ave- nir », a-t-il ajouté, laissant ainsi planer le doute sur sa volonté d’aller jusqu’au bout de son second mandat s’il était réélu. a

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ASSEMBLÉE NATIONALE PROPOSITION DE L’ÉCOLOGISTE NOËL MAMÈRE

Les députés PCF devraient constituer un groupe avec les Verts

LES DÉPUTÉS PCF, Verts et PRG sont sur la voie d’un accord à l’Assemblée nationale pour constituer un groupe commun. La peur de la disparition a donc poussé les dix-sept communistes et apparentés, emmenés par Alain Bocquet, député du Nord, à accepter ce qu’ils avaient refusé au lendemain du second tour des élections législatives. Ne pouvant atteindre le seuil de vingt élus pour constituer un grou- pe autonome, ils ont rouvert, lundi 25 juin, leur porte aux demandes répétées de Noël Mamère, député Vert de la Gironde, qui leur avait proposé la constitution d’un « groupe radical, communiste et Vert (RCV) ». « Nous devrions nous mettre d’accord pour garantir l’ave- nir », a estimé M. Bocquet. Le président du groupe commu- niste sortant a continué à réclamer

l’abaissement du seuil de constitu- tion d’un groupe à quinze, change- ment de règlement qui nécessite un vote majoritaire de l’Assem- blée,et donc l’assentimentdugrou- peUMP. N’ayant eu aucune garan- tie d’une telle issue, les communis- tes ont préféré agir avec « pragma- tisme », selon les termes de M. Boc- quet. Les députés du PCF devaient donner leur aval lors d’une réu- nion, mardi matin, pour un groupe qui, selon le projet de déclaration politique, veut « en faire un vérita- ble contre-pouvoir au service des citoyens » face aux projets du gou- vernement et « rassembler la gau- che ». « Quels que soient nos points de désaccord, nous avons entre nous beaucoup de convergences, tant sur les questions sociales, de droit du tra- vail ou de droits de l’homme », assu-

re-t-il. Même sur le nucléaire, le PCF serait ouvert à un débat. « Les Verts sont pour la diversité politique.On ne peut accepter qu’une famille politique comme le PC dispa- raisse », insiste M. Mamère. De quoi mettre du baume au cœur de

députés PCF qui enrageaient de ne pouvoir, pour la première fois de leur histoire, exister de manière autonome à l’Assemblée, et conti- nuer ainsi à disposer de moyens matériels et financiers. a

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Mercredi 27 juin 2007

JUSTICE

M. Chirac sera entendu comme témoin assisté sur les emplois fictifs du RPR

INTERROGÉ sur Europe 1, mardi

26 juin, le défenseur de Jacques Chirac,

l’avocat Jean Veil, a annoncé que l’ancien chef de l’Etat serait « entendu avant le 15 septembre » dans l’affaire des emplois contestés du RPR, vraisemblablement sous le statut de témoin assisté. « Il a dit oui, parce qu’il est responsable, il est un citoyen comme les autres pour la période qui va jusqu’en 1995. Il répondra à toutes

les questions, dans tous les dossiers qui éven- tuellement le concernent » , a conclu l’avo-

cat précisant que « le calendrier est entre

les mains des juges ». Jacques Chirac est susceptible d’être mis en cause pour « pri-

se illégale d’intérêt » et « recel d’abus de biens sociaux » dans ce dossier. Par ailleurs, la Cour de cassation devait rendre, mardi 26 juin, sa décision concernant la validité de l’enquête sur les chargés de mission de la ville de Paris, contestée par plusieurs mis en examen, dont Michel Roussin, l’ancien bras droit de Jacques Chirac à la mairie de Paris. Le 12 juin, l’avocat général avait demandé le rejet des pourvois. La décision de la Cour

de

cassation, si elle suit les conclusions

de

l’avocat général, pourrait permettre à

la juge Xavière Simeoni, chargée du dos- sier, de convoquer à son tour l’ancien

chef de l’Etat. M e Veil a indiqué : « A la fin du dossier, je pourrais vous dire qu’il me semble qu’il pourrait faire l’objet d’un non- lieu » dans cette affaire. Concernant la volonté des juges d’ins- truction Jean-Marie d’Huy et Henri Pons, qui enquêtent sur l’affaire Clearstream, d’entendre comme témoin l’ancien chef

de l’Etat, l’avocat a estimé que « les juges

sortent de leur rôle » . « Jacques Chirac a répondu non [pour les faits portant] sur la période pendant laquelle il a été président de la République : il n’a pas à s’expliquer , a

estimé M e Veil. Son non est absolument définitif. » Jacques Chirac avait annoncé, vendre-

di 22 juin, qu’il ne témoignerait pas

devant la justice « sur des faits accomplis ou connus durant son mandat » , comme dans l’affaire Clearstream, mais qu’il était prêt en revanche à s’expliquer sur

les dossiers « antérieurs à sa prise de fonc-

tion en 1995 » . Il invoquait l’article 67 de

la Constitution qui dispose que le prési- dent n’est pas responsable des actes accomplis en cette qualité. Le général Rondot, lors de sa dernière audition dans le cabinet des juges, avait expliqué qu’il s’était senti « investi d’une mission présidentielle » . Mais M e Veil a affirmé sur Europe 1 que « Rondot n’a pas rencontré le président de la Républi- que » . « Le pouvoir exécutif doit pouvoir gérer le gouvernement sans une introspection permanente des juges » , a indiqué M e Veil. « Ce n’est pas pour fuir une responsa-

bilité (…) . Il bénéficie d’une immunité défi- nitive » , a-t-il estimé, s’appuyant sur « une vieille tradition républicaine ». L’avocat, qui assurera la défense de M. Chirac avec ses collègues Georges Jourde et Emmanuel Rosenfeld, avait tenu une réunion de travail, lundi

25 juin, avec son client. a

Gérard Davet

Carte judiciaire : la chancellerie veut calmer la grogne des avocats

Mercredi 27 juin, la ministre de la justice Rachida Dati va créer un comité consultatif de la carte judiciaire qui devra présenter des propositions à la rentrée

L e gouvernement essaie de calmer le jeu sur la réforme de la carte judiciai- re qui embrase plusieurs tribunaux

de

province depuis une semaine. Mercre-

di

27 juin, Rachida Dati va créer un comi-

consultatif de la carte judiciaire, qui

sera chargé de présenter des proposi- tions, à la rentrée. Elle a demandé, lundi 25 juin, aux premiers présidents de cour d’appel et aux procureurs généraux de présenter pour le 30 septembre leurs « suggestions sur les schémas de redéploie- ment » . « Cette réforme ne saurait être ni mécanique, ni géométrique, ni technocrati- que » , a expliqué la garde des sceaux. « Aucune décision de suppression de juri- dictions n’a été prise , explique le directeur de cabinet de la ministre de la justice, Michel Dobkine. Nous proposons une méthode de concertation totale pour que l’ensemble des acteurs judiciaires s’appro- prie la réforme de la carte judiciaire. » L’ob- jectif de la chancellerie est d’inscrire la réforme dans un processus de modernisa- tion des tribunaux, mêlant informatisa- tion, sécurisation et gestion des ressour- ces humaines. Le président de la conférence des pre- miers présidents, Alain Nuée, apporte

son soutien à la réforme : « Il s’agit d’amé- liorer l’efficacité de la justice en spécialisant certaines juridictions. » Le président de la conférence des bâtonniers, Frank Natali se montre rassuré, après la réunion de plusieurs avocats à la Chancellerie, same-

di 23 juin : « Aucun schéma ne sera mis en

place avant lafin d’une concertation appro-

fondie. Mais tout le monde sera vigilant. » Il y aura bel et bien des juridictions supprimées. « Un tribunal qui, dans tel ou tel domaine, rend peu de décisions, ne peut pas assurer une jurisprudence de qualité »

a expliqué Rachida Dati. L’inquiétude

demeure, surtout dans les régions où la possibilité de suppression de la cour d’ap-

pel s’est répandue comme une traînée de poudre : Agen, Bourges, Grenoble, Metz, Nîmes, Pau. Les mouvements de grève se poursuivaient dans plusieurs barreaux, en attendant la réunion de mercredi,

CHIFFRES

CHIFFRES Juridictions. 35 cours d’appel, 181 tri- bunaux de grande instance, 155 tribu- naux pour enfants,

Juridictions. 35 cours d’appel, 181 tri- bunaux de grande instance, 155 tribu- naux pour enfants, 116 tribunaux des affaires de Sécurité sociale, 476 tribu- naux d’instance et de police, 271 conseils de prud’hommes et 185 tri- bunaux de commerce. Implantations immobilières . Celles du ministère de la justice totalisent 5,5 millions de mètres carrés. Activité des juridictions. Pour l’année 2004, le plus petit tribunal d’instance, à Vouziers (Ardennes), a compté 39 affai- res nouvelles pour un ressort de 22 500 habitants. Le plus gros, à Bor- deaux, 9 883 affaires nouvelles pour 869 000 habitants.

Six cours d’appel sont menacées RESSORT DES COURS D’APPEL Douai Paris Amiens Rouen Versailles Metz
Six cours d’appel sont menacées
RESSORT DES COURS D’APPEL
Douai
Paris
Amiens
Rouen
Versailles
Metz
Caen
Reims
Paris
Versailles
Nancy
Rennes
Colmar
Angers
Orléans
Bourges
Besançon
Dijon
Poitiers
Limoges Riom
Lyon
Chambéry
Grenoble
Bordeaux
Agen
Nîmes
Toulouse
Montpellier
Pau
Aix-en-
Provence
Bastia
Siège de cour d’appel
Limite de ressort de la cour d’appel
Cour d’appel dont la suppression est évoquée

notamment, dans l’Indre, le Cher, à Péronne (Somme), Belley (Ain), Agen et Marmande (Lot-et-Garonne). Les barreaux de Moselle, premiers à se

mobiliser, poursuivent leur « grève totale et illimitée » , mais le blocus des palais de justice a été levé « provisoirement » à Metz et Sarreguemines. À Thionville, les avocats ont maintenu le bloca-

ge du tribunal, malgré l’inter- vention de son président, Alphonse Thiry, qui a fait cisailler lundi à la scie sauteuse le cadenas que les grévistes avaient installé sur les grilles d’entrée du palais. À Metz, le bâtonnier Patrice Thiébaut a convaincu ses confrères de la

qu’elle engage une concertation. Une déloca- lisation de la cour d’appel de Nîmes aurait un impact direct sur notre profession. Nous défendons nos intérêts mais aussi ceux de l’économie nîmoise. Le départ de la cour d’appel correspondrait à la fermeture d’une grosse PME : 400 emplois disparus ! La cour d’appel de Nîmes, la dixième de Fran- ce, a son utilité. On sait bien que

plus les cours d’appel sont gran- des, moins elles sont efficaces. » Le bâtonnier d’Alès, Nordi- ne Tria, faisait partie de la délé- gation reçue samedi matin à Paris : « Nous sommes assurés d’une concertation. Aucun texte ne sera pris dans l’immédiat. »

M e Tria plaide en faveur d’Alès qui est notamment site pilote pour la communication électro- nique des dossiers. A Saint-Omer (Pas-de- Calais), les avocats ont bouclé le palais de justice et envoyé la clé au ministère de la justice. A Nevers, ils font la grève des audiences pour ne pas être rattaché à Dijon. « Si la cour d’appel de Bourges devait être supprimée, ce serait une catastro- phe pour les avocats de Nevers », explique le bâtonnier Antoine Macquart-Moulin. Les protestations prennent parfois un tour funèbre. A Metz, vendredi 20 juin, près de 500 avocats étaient descendus dans la rue au son des cornes de brume et vêtus de leur « noir de travail » . Un enter- rement symbolique du tribunal a été mis en scène par les avocats de Millau, lundi, pour commencer une grève totale et illi- mitée des 17 avocats de la ville. Mardi et mercredi, Pau et Bayonne affichaient des journées « Palais de justice morts. » a

Alain Salles avec nos correspondants

« Un tribunal

qui, dans tel ou tel domaine, rend peu de décisions, ne peut pas assurer une jurisprudence de qualité »

Rachida Dati

nécessité de faire « un pas en avant, dès lors que la chancelle- rie a fait un pas en arrière en annonçant qu’aucune décision ne serait prise sans concertation. Les technocrates du ministère ne pourront plus passer en force. Le petit meurtre entre amis envisagé dans le silence des cabinets ministériels n’est plus possi- ble », a-t-il déclaré à l’assemblée généra- le. À Sarreguemines, le bâtonnier Ber- trand Hoffmann a défendu la même posi- tion que son confrère messin : « S’il faut durcir à nouveau le mouvement, nous le ferons mais nous n’avons aucun intérêt à nous épuiser durant la phase préalable à la négociation », a-t-il expliqué. Mardi, les dix députés de Moselle devaient être reçus place Vendôme. A Nîmes, le bâtonnier joue l’apaise- ment : « Nous avions la crainte que le prési- dent élu fasse appliquer de façon mécani- que ces propositions, explique M e Olivier

Goujon. Mais je suis optimiste. Rachida Dati, la ministre de la Justice, annonce

PROCÈS

Six mois ferme pour le propriétaire d’une grue responsable de la mort d’une enfant

LA RÉCRÉ venait de sonner et Léa,

précipitée pour s’amuser

dans la cour de l’école. La flèche de la grue installée sur le chantier d’une mai- son voisine est tombée d’un coup et elle a tué Léa. C’était le 8 octobre 2004 à Bellen- tre (Savoie). Lundi 25 juin, le tribunal correction- nel d’Albertville a condamné Jean- Michel Broche, le propriétaire de la grue, à deux ans de prison dont six mois ferme et 25 000 euros d’amende, ainsi que son fils Benoît, qui manœuvrait l’engin, à un an avec sursis et 3 000 euros d’amende. Au cours des débats, lundi 7 mai, le pro- cureur de la République, Gilbert Lafaille, s’était montré particulièrement sévère en dénonçant l’utilisation par le chef d’entre- prise, d’une « grue de vingt-huit ans, ache- tée d’occasion à bas prix et pas révisée depuis huit ans, [qui] avait été calée n’im- porte comment ». « Vous faites partie des gens qui tra- vaillent trop, qui sont habitués à prendre des risques pour eux et qui prennent des ris- ques pour les autres », avait-il dit à Jean- Michel Broche, moniteur de ski, guide, commerçant et entrepreneur avec son fils Benoît. « Faire intervenir une société spécialisée dans le contrôle des grues aurait coûté 269 euros, la vie de Léa vaut 269 euros ! », avait ajouté le procureur. « Ma fille est morte parce que vous vouliez faire de petites économies, c’est une maladie de Savoyard », avait observé à l’audience le père de Léa, Jean-Marc Montez. Dans son réquisitoire, M. Lafaille avait également appelé le tribunal à prononcer la culpabilité du maire de la commune, Michel Girod. Rappelant que celui-ci avait été alerté par le directeur de l’école primaire, qui s’inquiétait de voir la grue survoler la cour de récréation avec des charges, le procureur a estimé que le mai- re « ne pouvait pas ignorer le risque que couraient les enfants ». Il avait requis contre lui une peine de six mois avec sur- sis et 1 000 euros d’amende pour man- quement à une obligation de prudence. Modifié par la loi du 10 juillet 2000 sur les délits non intentionnels, l’arti- cle 121-3 du code pénal dispose que la res- ponsabilité pénale des personnes « qui n’ont pas causé directement le dommage » ne peut être engagée que lorsqu’il est éta- bli qu’elles ont « soit violé de façon mani- festement délibérée une obligation particu- lière de prudence ou de sécurité prévue par la loi ou le règlement, soit commis une faute caractérisée, et qui exposait autrui à un ris- que d’une particulière gravité qu’elles ne pouvaient ignorer » . Dans ses conclusions, l’avocat de

M. Girod, M e Maurice Bodecher, avait au contraire rappelé que le maire de Bellen- tre s’était rendu sur le chantier en septem- bre, pour faire suspendre l’exécution des travaux qui étaient apparus non confor- mes. M e Bodecher estimait que la « faute qualifiée » ne pouvait être retenue contre son client. Le tribunal l’a suivi et a relaxé le maire. Les parents de l’enfant ont, depuis, quitté la commune de Bellentre pour s’établir à La Réunion. a

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ÉLECTIONS LÉGISLATIVES

306 requêtes déposées au Conseil constitutionnel

Le Conseil constitutionnel com- mencera à examiner dès jeudi 28 juin les contestations sur les législatives. Sur les 110 circons- criptions pourvues au premier tour, 106 requêtes ont été dépo- sées, dont 80 par le Front natio- nal. A l’issue du second tour, 200 requêtes nouvelles avaient été enregistrées, dont 110 prove- nant du FN, qui fonde la plupart de ses contestations sur le décou- page des circonscriptions, qui n’a pas été remodelé depuis la loi électorale de 1986 et ne tient pas compte des évolutions démogra- phiques intervenues depuis.

FAIT DIVERS

Marseille : le policier conducteur mis en examen

Le policier stagiaire de 22 ans qui conduisait la voiture de police ayant fauché, samedi 23 juin, un adolescent à Marseille a été mis en examen, lundi soir, pour

« homicide involontaire aggravé »

et remis en liberté sous contrôle

judiciaire. Les trois circonstances aggravantes retenues sont :

« vitesse excessive, omission de

céder le passage à un piéton sur un passage protégé et omission de mar- quer l’arrêt à un feu rouge » , bien qu’en raison de témoignages contradictoires, ce dernier fait n’ait pas été établi avec certitude. La peine encourue est de sept ans d’emprisonnement. – (AFP.)

JUSTICE

Les avocats dénoncent le projet de peines planchers

Le Conseil national des barreaux (CNB) a publié, lundi 25 juin, une motion dénonçant le projet de loi sur les peines planchers. Rappelant que le nouveau texte intervient dix-huit mois après la loi sur la récidive et trois mois après celle sur la prévention de la délinquance, le CNB estime « cet- te succession de textes est faite au détriment d’une véritable réflexion de fond et de la cohérence des dispo-

sitifs répressifs en cette matière » et appelle les parlementaires à « ne pas renoncer aux principes fonda- mentaux » lors de l’examen du

projet de loi. Le 19 juin, le conseil de l’Ordre des avocats de Paris avait pris une position identique.

RELIGION

Un débat sur le créationnisme annulé au Conseil de l’Europe

Un rapport sur les dangers du créationnisme dans l’éducation, qui devait être discuté et voté, mardi 26 juin (Le Monde du 26 juin), devant le Conseil de l’Europe, a été renvoyé en com- mission, lundi 25, à la demande du président du groupe du Parti populaire européen (PPE), le Bel- ge Luc Van den Brande, qui jugeait le texte « déséquilibré ». « Ce renvoi constitue un enterre- ment de première classe et démon- tre la puissance du lobby des inté- gristes religieux dans l’Europe des 47 », a estimé Guy Lengagne, ex-député français (PS) chargé de présenter le rapport.

ex-député français (PS) chargé de présenter le rapport. SOLDES DU MERCREDI 27 JUIN AU SAMEDI 30
SOLDES DU MERCREDI 27 JUIN AU SAMEDI 30 JUIN 2007 DE 10 H À 19

SOLDES

DU MERCREDI 27 JUIN AU SAMEDI 30 JUIN 2007 DE 10 H À 19 H

DU MERCREDI 27 JUIN AU SAMEDI 30 JUIN 2007 DE 10 H À 19 H 30,

30, AVENUE MONTAIGNE PARIS 8 e 25, RUE ROYALE PARIS 8 e 16, RUE DE L’ABBAYE PARIS 6 e 87, RUE DU PRESIDENT EDOUARD HERRIOT. LYON

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Economie & Entreprises

0123

Mercredi 27 juin 2007

Finance L’appétit des fonds d’investissement tire les prix à la hausse dans tous les secteurs d’activité

Nouvelle accélération en 2007 de la vague de fusions

E n hausse continue depuis cinq ans, le marché mondial des fusions et des acquisitions devrait encore bat-

tre de nouveaux records. La valeur des transactions réalisées ou annoncées depuis janvier a augmenté de 53 % par rapport à la même période de 2006, à 2 510 milliards de dollars (1 866,5 mil- liards d’euros), selon les calculs du cabi- net d’études Thomson Financial. Tous les secteurs d’activité sont concernés, l’industrie comme les servi- ces, avec un pic dans la finance (+ 96 %). Fait nouveau, derrière la vague de rappro- chements entre multinationales, on assis- te à une multitude de regroupements de sociétés de petite et moyenne taille. Longtemps distancée par les Etats- Unis, champions de la consolidation, l’Eu- rope réduit l’écart. Pour la première fois, la valeur des transactions annoncées au cours du 1 er semestre sur le Vieux Conti- nent (1,019 milliard de dollars, + 73 %) est presque égale à celle du marché améri- cain (1,025 milliard de dollars, + 45 %). Thomson Financial divise le monde en deux camps. D’un côté, les pays « cibles », c’est-à-dire ceux dont les entreprises sont les plus convoitées et font l’objet d’offres de rachat (OPA) de groupes étrangers – les Etats-Unis en tête – et de l’autre, les acquéreurs, emme- nés par la Grande-Bretagne. Les groupes britanniques sont ainsi les plus gros acheteurs du moment à l’étranger, avec notamment, dans la ban- que, le projet de rachat d’ABN Amro, la première banque des Pays-Bas, par Bar- clays. Cinq pays affichent un solde positif en matière de fusions et d’acquisitions :

les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et l’Espagne.

Pour les économistes, ce record d’activi- té témoigne de la bonne santé des écono- mies et des entreprises qui n’ont jamais eu autant d’argent à investir et profitent de conditions favorables pour le faire, notam- ment des taux d’intérêt encore relative- ment bas. Cela vaut à la fois pour les socié- tés, qui, désendettées, ont reconstitué leur capacité d’investissement et pour les fonds d’investissements, ces nouveaux acteurs de l’économie, à l’affût d’opérations leur assurant un enrichissement rapide. Gorgés de capitaux, les fonds sont en mesure de s’attaquer à des géants de l’in- dustrie cotés en Bourse, comme le fabri- cant de cigarettes Altadis sur le point d’être racheté par le britannique CVC, pour 12,8 milliards d’euros. « Il faut souligner que, déjà en 2006, les plus grandes opérations ont été conduites

CHIFFRES

Voici la liste des plus grosses opérations annoncées ou réalisées depuis 2003, selon Mergermarket.

74

milliards d’euros. AT & T – Bell-

South en mars 2006 (télécommunica- tions).

71

milliards. ABN Amro – Royal Bank

of Scotland, Fortis et Santander en avril 2007 (banques).

66

milliards. ABN Amro – Barclays en

avril 2007 (banques).

58

milliards. Aventis – Sanofi Synthéla-

bo en janvier 2004 (pharmacie).

53

milliards. Suez – Gaz de France en

février 2006 (énergie).

47

milliards. Kraft – Altria en jan-

vier 2007 (agroalimentaire).

45

milliards. Bank One – JP Morgan

Chase en janvier 2004 (banques).

par Blackstone, Bain et Apollo, tous des fonds d’investissement » , remarque Jac- ques Buhart, avocat spécialisé chez Her- bert Smith. Selon les chiffres du cabinet de conseil Boston Consulting Group (BCG), les fonds représentaient en 2001 6 % du montant des transactions, contre 25 % en 2006. En concurrence avec les entre- prises, ils sont à l’origine de l’inflation des prix pour acquérir les cibles et de la multiplication des opérations.

« Il n’y a pas de bulle » Cette vague de fusions crée un climat d’euphorie sur les marchés financiers mais suscite des commentaires contras- tés de la part des économistes et des ban- quiers. Ils entendent garder la tête froide après la désillusion des années 2000, marquées par l’échec des premières fusions géantes. Souvent hostiles, mal préparées et mal financées, elles se sont traduites par de la destruction de valeur boursière – des centaines de milliards de dollars partis en fumée – et la disparition de dizaines milliers d’emplois. Les opérations actuelles semblent

plus rationnelles. « Il ne s’agit plus de diversifications tous azimuts » , constate Jérôme Hervé, associé au BCG. Selon le cabinet, 71 % des opérations menées consistent pour les entreprises à se ren- forcer dans leur cœur de métier, contre 48,7 % entre 1999 et 2000. En outre, « les prix ont augmenté en valeur absolue mais reflètent l’amélioration de la performance des entreprises » , dit M. Hervé. « Il n’y a pas de bulle : les opérations qui se font ont un sens industriel, s’effectuent à des prix raisonnables et avec un recours modéré à l’endettement » , renchérit Char-

recours modéré à l’endettement » , renchérit Char- les-Henri Le Bret, patron de la banque d’investissement

les-Henri Le Bret, patron de la banque d’investissement d’UBS. L’arrivée des fonds suscite néanmoins des inquiétudes. L’économiste Elie Cohen parle d’une « période nouvelle, por- teuse de risques ». Il s’alarme de voir de plus en plus de fonds, qu’il qualifie « d’hy- brides et d’opaques », partir à l’assaut de

grandes entreprises « sans projet indus- triel mais dans le seul but de les rentabiliser. Quitte à les vendre par appartements. » Citant les exemples d’Atos et d’ABN Amro, M. Cohen voit dans ces raids « une forme de déstabilisation d’entreprise totale- ment stérile » . a

Anne Michel et Claire Gatinois

ment stérile » . a Anne Michel et Claire Gatinois La domination des banques d’investissement américaines
ment stérile » . a Anne Michel et Claire Gatinois La domination des banques d’investissement américaines
ment stérile » . a Anne Michel et Claire Gatinois La domination des banques d’investissement américaines

La domination des banques d’investissement américaines ne faiblit pas

LES BANQUES d’affaires améri- caines dominent le marché mon- dial du conseil en fusions et en acquisitions. Qu’elle soit améri- caine, européenne ou asiatique, une grande entreprise qui enga- ge une opération d’envergure choisit toujours Goldman Sachs, JP Morgan, Morgan Stanley ou un autre grand nom américain parmi ses conseillers. C’est égale- ment le cas des Etats. En témoi- gne, la vente lundi 25 juin par l’Etat français de 5 % du capital de France Télécom qui s’est entouré de conseils étrangers. La suprématie des banques américaines se vérifie dans le clas- sement du cabinet Thom- son Financial pour le premier semestre de cette année : sept des dix banques les plus actives dans le monde en matière de

conseil en rachats d’entreprises sont américaines. Il s’agit, dans l’ordre, de Goldman Sachs, Mor- gan Stanley, Citigroup, JP Mor- gan, Lehman Brothers, Merrill Lynch et Lazard. Trois établisse- ments européens se glissent cependant dans ce classement :

les suisses UBS et Crédit Suisse, respectivement à la sixième et à la septième place, et l’allemand Deutsche Bank, neuvième. Les banques américaines ont assis leur domination au cours des vingt dernières années, por- tées par la puissance de la Bourse de Wall Street. « Etre présent sur le marché américain, le plus pro- fond du monde [avec un nombre record d’investisseurs et d’échanges], constitue un atout, explique Matthieu Pigasse, asso- cié-gérant de Lazard, toutes les

opérations ont une dimension financière. Il est important de faire valoir une connaissance du marché ou une capacité de placement d’ac- tions auprès d’investisseurs. » La capitalisation boursière américaine atteint 12 000 mil- liards d’euros, à comparer aux 2 750 milliards d’euros de la Bourse paneuropéenne Euro- next. Les banques américaines profi- tent aussi d’une palette complète d’activités qui leur permet de financer les opérations qu’elles conseillent. Sur ce point, certains banquiers français soulignent qu’à tout faire – conseil, finance- ment et placement d’actions – ces établissements peuvent se trouver parfois en situation de conflits d’intérêts. a

A. Mi

ÉNERGIE UNE OPÉRATION DE 350 MILLIONS D’EUROS

Alstom entre sur le marché des fabricants d’éoliennes en rachetant l’espagnol Ecotècnia

LE GROUPE de transport et d’énergieAlstom a annoncé, mardi 26 juin, son entrée sur le marché desfabricantsd’éoliennes avecl’ac- quisition d’un constructeur espa- gnol, Ecotècnia, pour 350 millions d’euros. Il complète ainsi sa gam- me d’équipements pour la produc- tion d’électricité, qui va des îlots conventionnelsde centralenucléai- re (turbines…) au solaire en pas- sant par les gros équipements des- tinés aux centrales fonctionnant au charbon ou au gaz et aux barra- ges hydroélectriques. La société de Barcelone emploie 765 salariés dans cinq usines en Espagne et fabrique des éoliennes d’une puissance de 0,64 à 2 mégawatts (MW) tout en déve- loppant une machine de 3 MW. Bien implantée sur le marché espa- gnol – le deuxième en Europe der- rière l’Allemagne –, elle réalise prèsde la moitié de sonchiffre d’af-

faires (environ 350 millions d’euros en 2007) à l’exportation. L’entreprise dirigée par Patrick Kron se renforce ainsi dans les énergies renouvelables, l’un des secteurs où elle n’a cessé de se développer ces dernières années, alors que le « sans C0 2 » est deve- nu un axe stratégique des fabri- cants d’équipements et des pro- ducteurs d’électricité. Outre l’éo- lien et l’amélioration de l’efficaci- té de ses turbines (moins de com- bustible pour plus d’énergie), Als- tom investit dans des projets de capture-séquestration du CO 2 .

Signature de deux contrats Le groupe a annoncé, le 21 juin, la signature de deux contrats por- tant sur sa technologie de capture du gaz carbonique à l’ammonia- que réfrigéré : le premier avec le pétrolier norvégien Statoil pour l’expérimenter sur les gaz des raffi-

neries, le second avec l’allemand E. ON pour une unité de démonstra- tionsur unecentraleélectriquesué- doise. Ils suivent la signature, en mars,d’unaccordde venteà Ameri- can Electric Power d’un procédé de capture de CO 2 pour les centrales à charbon en service ou en projet. Avec Ecotècnia, Alstom réussit là où Areva vient d’échouer, faute notamment d’un soutien de l’Etat actionnaire : le groupe nucléaire n’est pas parvenu à racheter l’alle- mand REpower. Il n’a pas renoncé pour autant et passe au crible les cibles potentielles, indique un por- te-parole. L’appétit des investis- seurs, financiers ou industriels, s’est récemment réveillé quand la banque d’affaires Goldman Sachs et CMP, qui contrôlent 44,1 % de Nordex,ontannoncé leurdésenga- gementdu fabricantallemandd’éo- liennes. a

Jean-Michel Bezat

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Economie & Entreprises

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Mercredi 27 juin 2007

Talonnée par la Chine, la Corée du Sud maintient sa suprématie dans la construction navale

Selon le « Clarkson World Shipyard Monitor », la Corée a fourni un tiers des livraisons en 2006, devant le Japon et la Chine, qui effectue une percée spectaculaire

W on Kang Ki a beau être le direc- teur général du chantier naval Daewoo, situé dans l’île de Geo-

je (Corée du Sud), il ne porte ni le costu-

me ni la cravate. Il se déplace vêtu d’une combinaison grise identique à celle que portent les dizaines de milliers d’ouvriers

qui œuvrent, jour et nuit, sur le troisième chantier naval au monde par la taille.

« Daewoo Shipbuildings coupe un mil-

lion de tonnes d’acier par an, dispose de 14 docks, de 23 restaurants sur le site et va réaliser 7,5 milliards de dollars [5,6 mil- liards d’euros] de chiffre d’affaires en 2007. » Le ton de Won Kang Ki est cour- tois, mais son uniforme est le signe de l’esprit militaire qui règne sur les grands chantiers navals coréens engagés dans une compétition économique sans merci. Concurrence entre eux tout d’abord. Les carnets de Daewoo – « 11 milliards de dollars », dit Won Kang Ki – sont pleins jusqu’en 2009. Ceux de Samsung, le rival honni, aussi. A Geoje, les docks de l’un voi- sinent avec ceux de l’autre de quelques kilomètres seulement. Cette lutte entre les deux conglomérats contribue au maintien du leadership de la Corée face au Japon et à la Chine. Le boom actuel des commandes conforte cet-

te position de numéro un mondial. « On

nous dépassera peut-être un jour, mais pas avant une bonne quinzaine d’années », affirme Won Kang Ki. « Nos ingénieurs sont les plus compétents, nos designers sont les meilleurs et notre productivité est trois fois supérieure à celle de la Chine. »

est trois fois supérieure à celle de la Chine. » Chantier naval à Shanghaï, à la

Chantier naval à Shanghaï, à la veille du lancement d’un pétrolier géant. GETTY IMAGES/AFP

Malgré les qualités de la construction navale coréenne, l’écart avec ses dauphi- nes – japonaise et surtout chinoise – se modifie. Selon le Clarkson World Shipyard Monitor, laCorée a fourni un tiers (34,6 %) des livraisons en 2006 (29,7 % pour le Japon et 14,7 % pour la Chine). Selon l’édi- tion 2007 du Barry Rogliano Salles (BRS), la revue du transport maritime et de la construction navale, la Chine connaît une croissance régulière depuis 1999 – sa part n’était que de 5 % en 1998. Le Japon, qui avait rebondi entre 2000 (25,5 %) et 2003 (34,2 %), a sensiblement fléchi fin 2006.

Sur les contrats en cours de réalisation, la Corée a accru ses parts de marché à 38,3 %, tandis que la Chine effectue une percée spectaculaire à 29,6 %, ce qui la positionne au second rang devant le trio japonais « Mimika » (Mitsui, Mitsubishi, Kawasaki) qui passe au troisième rang avec 13,9 % des contrats en cours. Concernant les commandes nouvelles, la Corée maintient son avance avec 36,3 % de part de marché. La Chine confir- me sa position de numéro 2 (22,6 % du marché) devant le Japon (20 %). Mais les chantiers navals coréens affrontent des

difficultés nées de leur suprématie : entra- ves dans le recrutement sur un marché de l’emploi tendu, revendications salariales qui gonflent les coûts et saturation des capacités de production. Pour faire face à ce dilemme, la Corée abandonne sur son sol des chantiers com- me celui de Koryo, prend le contrôle de constructions navales en Roumanie et délocalise en Chine. Dans ce pays, Daewoo (DSME) et Samsung ont ainsi choisi de créer des unités de fabrication à Yantai et à Ningbo. a

Dominique Buffier et Yves Mamou

SOCIAL

France Télécom bloque l’accès de ses salariés à un site mesurant leur stress

LES SYNDICATS crient à la « censure » :

la direction de France Télécom a bloqué l’accès, pour ses salariés, à une partie du site www.observatoiredustress.org, lancé mercredi 20 juin par SUD-PTT et la CFE- CGC. Depuis vendredi 22 juin au soir, ces derniers ne peuvent plus remplir, depuis leur poste de travail, le questionnaire mis enligne par cesite sur les conditions de tra- vail chez l’opérateur de télécommunica- tions. Pour y répondre, ils doivent se connecter hors de l’entreprise. « Cela ne nous surprend pas : la direction fait tout pour masquer le malaise de son per- sonnel », prétend Daniel Bertho, secrétai- re national à SUD-PTT. Avec leur site, les élus SUD-PTT et CFE- CGC comptaient recueillir rapidement au moins 10 000 témoignages de salariés. Le but était de dresser un état des lieux précis et chiffré du « stress » chez l’opérateur. Avec les autres syndicats du groupe (CGT, CFDT, FO et CFTC), ils dénoncent depuis des mois les « pressions » au départ qu’exerceraient les dirigeants de France Télécom pour remplir l’objectif, énoncé début 2006, de 22 000 suppressions de postes en trois ans. Ladirection de France Télécom a confir- mé, lundi 25 juin, la mise en place d’un fil- tre empêchant l’accès au questionnaire de ses salariés depuis leur lieu de travail, « pour des raisons de sécurité ». Mais elle récuse le terme de censure. « Nous avons constaté que les syndicats procédaient à des envois massifs de “spams” [messages non sollicités qui encombrent les messageries électroniques] pour encourager les salariés à remplir le questionnaire. Or, ces procédés ne sont pas conformes aux accords signés avec eux », explique-t-on à la direction de France Télécom. a

Cécile Ducourtieux

INFORMATIQUE ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE LA SSII, LE 29 JUIN

Bull viendrait au secours de GFI pour contrer l’offre de rachat du groupe japonais Fujitsu

LA SOCIÉTÉ française de servi- ces informatiques GFI Informati- que a-t-elle trouvé son « cheva- lier blanc » pour échapper à son rachat par le groupe japonais Fujitsu Services ? Selon Le Figaro du 26 juin, Bull et GFI discute- raient activement d’un rapproche- ment. Chez le premier comme

chez le second, on se refusait mar-

di matin à tout commentaire.

Depuis fin mai, GFI Informati- que fait l’objet d’une offre (OPA) non sollicitée de la part de Fujit- su. Celui-ci a proposé 8,5 euros

par action, valorisant la SSII à 419 millions d’euros. Une offre que son PDG, Jacques Tordjman,

– il détient 8 % du capital – a reje- tée, dénonçant à la fois l’absence de plan stratégique et un prix insuffisant.

« Le projet du japonais ne valori-

se pas le potentiel de GFI qui vise un chiffre d’affaires d’un milliard d’euros en 2010 », expliquait, il y a peu, M. Tordjman. Par ailleurs, celui-ci clame « n’avoir besoin de personne pour atteindre [nos] objectifs » . Il s’est dit cependant

« ouvert à toutes les possibilités » .

« Si Fujitsu revoit ses positions,

on est prêt à analyser à nouveau

l’offre », a-t-il ajouté. L’action dépasse actuellement les 9 euros.

A priori, toutefois, les diri-

geants de Fujitsu n’ont aucune intention de relever leur prix et

continuent à marteler que l’offre est amicale. Selon eux, elle est « de loin la meilleure » .

Le groupe japonais a l’inten-

tion de commencer son OPA

début juillet. Si elle réussissait, ce serait une première : aucune opé- ration non sollicitée dans ce sec- teur n’a jamais été menée.

Repositionnement Les actionnaires de GFI, réunis en assemblée générale vendredi 29 juin, demanderont sans aucun doute à M. Tordjman de clarifier ses propos et ses projets. Et notamment celui d’un éventuel

rapprochement avec Bull. Les deux entreprises se connaissent bien. En mai, Bull a vendu sa filia- le portugaise, présente sur le mar- ché de la monétique, à la SSII. Pour cette entreprise, un rappro- chement avec GFI s’intégrerait parfaitement à la stratégie mise en place par Didier Lamouche, nom-

mé PDG du groupe en février 2005. Soucieux de rompre

nom- mé PDG du groupe en février 2005. Soucieux de rompre Questions d’info   Le Monde

Questions d’info

 

Le Monde - LCP -Assemblée nationale - France Info

Frédéric Haziza, LCP -Assemblée nationale, Patrick Roger, Le Monde, et Marie-Eve Malouines, France Info,

reçoivent Bernard Accoyer,

député UMP de Haute-Savoie,

sur LCP-Assemblée nationale

Mercredi 27 juin à 20 h 30

Rediffusions : mercredi 27 juin à minuit, jeudi 28 juin à 8 h 30, vendredi 29 juin à 15 h 30 et samedi 30 juin à 12 h 15.

: mercredi 27 juin à minuit, jeudi 28 juin à 8 h 30, vendredi 29 juin
: mercredi 27 juin à minuit, jeudi 28 juin à 8 h 30, vendredi 29 juin
: mercredi 27 juin à minuit, jeudi 28 juin à 8 h 30, vendredi 29 juin

avec l’image d’une société réguliè- rement au bord du dépôt de bilan

et dont la survie n’a tenu qu’aux nombreuses recapitalisations de l’Etat, il a décidé de repositionner

son entreprise sur les services, une activité jugée selon lui plus stable. M. Lamouche s’est donc fixé pour objectif de réaliser, en 2011, 50 % de son chiffre d’affaires dans les services contre 31 % en 2006 (355 millions d’euros). La part des produits (matériels, sys- tème de sécurité) – actuellement 47 % du chiffre d’affaires – est donc vouée à diminuer. Pour mener à bien cette straté- gie, il n’a pas caché son intention de procéder à des acquisitions.

Au cours des dix-huit derniers

mois, son groupe en a ainsi réali- sé six de taille modeste, essentiel- lement en France. Dernièrement, Bull s’est aussi renforcé en Espa- gne avec le rachat de la SSII Sico- net qui emploie 400 personnes. Parallèlement, l’entreprise a également décidé d’augmenter ses effectifs dans les services :

1 000 personnes seront recrutées, dont 400 en France. Une premiè- re depuis 2002. a

Nathalie Brafman

TÉLÉCOMMUNICATIONS

La vente par l’Etat de 5 % du capital de France Télécom a rapporté 2,65 milliards d’euros

La cession par le gouvernement d’un bloc de 5 % du capital de France Télécom a rapporté 2,65 milliards d’euros qui servi- ront au désendettement de l’Etat, a annoncé, lundi 26 juin, la minis- tre de l’économie, des finances et de l’emploi, Christine Lagarde. Cette opération ramène de 32,41 % à 27,4 % la part de l’Etat dans le capital. La dernière cession par ce dernier de ses actions France Télécom remon- tait à juin 2005. Elle portait sur 6,2 % du capital et avait rapporté 3,4 milliards d’euros.

France Télécom remon- tait à juin 2005. Elle portait sur 6,2 % du capital et avait
France Télécom remon- tait à juin 2005. Elle portait sur 6,2 % du capital et avait

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Economie & Finances

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Mercredi 27 juin 2007

JUSTICE

Le gouvernement américain ouvre une enquête sur BAE Systems

Le département américain de la justice a lancé une enquête sur BAE Systems pour savoir s’il a violé la législation anticorrup- tion lors du contrat al-Yamamah de

63 milliards d’euros avec l’Arabie saoudi-

te, a indiqué, mardi 26 juin, le groupe bri- tannique d’aéronautique et de défense. En Grande-Bretagne, le Serious Fraud

Office, l’agence chargée de ce type d’affai- res, a abandonné ses investigations sur ce dossier en décembre 2006. Le premier ministre Tony Blair les a stoppées, arguant du fait qu’elles mettaient en péril les relations diplomatiques avec Riad. L’action BAE était en forte baisse, mardi, à l’ouverture de la Bourse de Londres.

DISTRIBUTION

KarstadtQuelle va vendre ses magasins

Le groupe de grands magasins allemand KarstadtQuelle, en pleine restructura-

tion, a décidé de vendre ses 122 maga- sins, dont la valeur s’élèverait à 5,5 mil- liards d’euros. Il a confirmé, lundi

25 juin, avoir engagé les banques d’affai-

res Rothschild et Goldman Sachs. L’opé- ration doit être bouclée d’ici la fin du troisième trimestre. Une vingtaine de candidats se seraient déjà manifestés.

MATIÈRES PREMIÈRES

Le juge des référés débloque la privatisation de Dagris

Le tribunal de grande instance de Paris, statuant en référé, a débouté, le 21 juin, le comité d’entreprise de Dagris, la hol- ding publique de sociétés de coton qui lui demandait de suspendre la privatisa- tion de l’entreprise en l’absence d’infor- mations suffisantes. Le tribunal a estimé que la direction de Dagris avait « satis- fait à se obligations dans le cadre de la pro- cédure d’information et de consultation ».

Wahaha réclame en justice plusieurs milliards d’euros à Danone

Dans un communiqué publié mardi 26 juin, le fabricant chinois de boissons accuse son partenaire français d’activités illégales et exige des dommages et intérêts

SHANGHAÏ

CORRESPONDANT

L a perspective d’un accord à l’amiable entre Danone et son partenaire chinois Wahaha, souhaité officielle-

ment par Franck Riboud il y a moins de deux mois en assemblée générale, semble s’éloigner. L’ambiance est plus au règle- ment de comptes qu’à la négociation. Dans un communiqué publié mardi 26 juin, le premier fabricant chinois de boissons a affirmé vouloir réclamer en jus- tice entre 2 et 5 milliards d’euros de dom- mages et intérêts à Danone, qu’il accuse d’activités illégales. « Nous détenons des preuves fiables de leurs violations de la loi et nous entamerons des poursuites contre leurs activités illégales, conformément à la loi », écrit la société chinoise, sans préciser quand et où elle attaquera en justice. Interrogé, Danone indiquait, mardi matin, « se refuser à commenterles rebondis- sementsquotidiens » de l’affaire, et quel’ac- cord à l’amiable, « encore envisageable », restait « la voie privilégiée ». Danone accuse Zong Qinghou, fonda- teur de Wahaha, d’avoir créé des sociétés parallèles de fabrication et de distribu- tion de produits Wahaha sans l’accord du joint-venture (dont le français détient

51 %), comme le stipulait le contrat ini- tial de 1996, et de siphonner les profits de celui-ci. L’enjeu est de taille pour le grou- pe agroalimentaire français : en 2006, et malgré les dérives observées, son parte- nariat avec Wahaha affichait 1 milliard d’euros de ventes et contribuait à hau- teur de 3 % aux bénéfices nets consolidés du groupe. Dansl’attente d’unedécision sur les pro- cédures engagées pour trancher ce conflit, Danonerencontre une résistancecroissan- te en Chine. Elle vadu harcèlement média- tique à la contre-attaque juridique en pas- sant par le lancement de marques concur- r