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Fiche de Lecture pour “Adieu, vive clarté” de Jorge Semprún
Fiche de Lecture pour “Adieu, vive clarté” de Jorge Semprún
de Lecture pour “Adieu, vive clarté” de Jorge Semprún JORGE SEMPRÚN Madrid 10 décembre 1923 París

JORGE SEMPRÚN

Madrid 10 décembre 1923 París 7 juin 2011) Ministre de Culture d’ Espagne : 19881991 (Entre deux périodes importantes et deux ministres bien connus : Javier Solana/Jordi Solé Tura) Photo : Jorge Semprún en Montpellier, 23 de mayo 2009

Permettezmoi de vous dire que nous sommes face à un des livres les plus déchirants de tous ceux que nous ayons lus… dans l’atelier, tout d’abord parce que nous avons lu un auteur très peu reconnu dans notre pays qui écrivait en français.

Notre personnage est pour cette fois le protagoniste et l’auteur du livre : Le rouge espagnol en France, « le franchute » en Espagne…

Si ce livre nous a fait penser, remémorer, découvrir, éprouver de grandes émotions, ressentir de la douleur littéraire, réconforter notre âme , réveiller notre esprit de combat, cela aurait déjà été une bonne cause pour la littérature, pour la vie et pour nousmêmes

POUR FAIRE NOTRE DÉBAT. Fiche à suivre :

Vous apporterez des idées bien profondes mais en

attendant,…cette fois, je me suis inspirée de ce très bon entretien fait avec l’auteur chez Gallimard

Rencontre avec Jorge Semprun , à l'occasion de la parution d' Adieu, vive clarté… (1998)

Adieu, vive clarté Baudelaire ?

Pour quelles raisons avez vous choisi pour titre cette citation de

Jorge Semprun C'est la lecture des Fleurs du Mal qui m'a fait découvrir les beautés de la langue française. C'est aussi avec Baudelaire que j'ai découvert et exploré Paris lorsque j'y suis arrivé en 1939, à l'âge de 15 ans. Donner au récit de cette expérience un titre baudelairien m'a semblé indispensable.

Peuton dire que ce livre est avant tout le récit d'une initiation littéraire ?

Jorge Semprun C'est le récit d'une initiation, sans doute. Pas seulement littéraire

Audelà de son contenu, vous semblez éprouver une égale passion pour le livre en tant qu'objet palpable

Jorge Semprun — Un livre même si ce n'est pas un beau livre sur grand papier est un objet délicieux. L'ouvrir, le humer, le feuilleter, en explorer la matérialité : le palper, en somme, est un plaisir physique. D'ailleurs, librairies et bibliothèques comptent parmi les lieux, rares, où l'on se

sent bien, partout, au delà des frontières et des patries.

DÉBAT :

Nous pourrions commencer notre grand débat à partir de ces propos de l’auteur et commenter nos impressions sur ces trois axes fondamentaux et qui sont le fil conducteur de « ses mémoires » :

- La littérature et l’auteur . Rappelons ici quelquesuns des auteurs cités, espagnols(latino américains) et français :Machado/Lorca /Neruda… // Baudelaire, son poète fétiche. Malraux , Gide

- Son caractère intellectuel, à travers les grandes figures de ce dernier siècle : Giraudoux, Buñuel,…

- PARIS et ses impressions . Le Paris mythique , le plus cher à l’auteur .La découverte de la ville, (pag.168) Ses parcours en métro.(p.181)

- Les amitiés de Semprún à son arrivée à Paris. Un très bon ami : Jean Marie Soutou

Votre volonté farouche de parler en quelques semaines un français impeccable n'étaitelle pas une façon de nier l'exil ? Et votre exploration minutieuse de Paris une manière de vous recréer des racines ?

Jorge Semprun — Plutôt une volonté farouche d'assumer l'exil, de l'intérioriser. Pour en préserver les richesses, parfois douloureuses ou nostalgiques, en les rendant invisibles, intimes :

vertus intérieures, non décelables (repérables) par la xénophobie habituelle de nos sociétés de tout ensemble social. Ruse de guerre, donc, qu'un français « impeccable ». Quant à l'exploration de Paris, elle m'a fait comprendre à jamais que mes racines sont urbaines. Je suis un homme des villes, toute ville m'enracine

- La mémoire de l’exil de Jorge Semprún . Les traces indélebiles de cette mémoire douloureuse . « J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans » (Baudelaire)

- La guerre d’Espagne :J’avais quinze ans et la guerre d’Espagne était perdue . Comment pouvait on être encore republicain

- Sa solitude , sa mélancolie, les pays parcourus : La Suisse, les villes : La Haye

- La nostalgie de Madrid, de son quartier (bourgeois), sa vie en famille, sa mère tant aimée, ses frères, famille nombreuse de la haute société.(avec sa marâtre, la Suissesse)

- Madrid et l’armée en déroute. Madrid (…) assiégée bombardée, affamée,

- Son adolescence à Paris, au lycée Henri IV, sa relation avec son père. Son arrivée dans ce lycée, les tous premiers sentiments . (un endroit qu’il ne voulait pas quitter pour partir dans un autre lycée, prestigieux aussi)

- Sa relation avec la langue française. Sa beauté, son admiration sa douleur pour la saisir , pour l’acquérir, pour la maîtriser. Les anécdotes surgies à ce propos. Il dit avoir écrit en français ce qu’il avait vécu en français . Son amour pour le français sans jamais oublier et défendre ses origines espagnoles . Il écrit : « mon exécrable prononciation française »

- Les vestiges de notre histoire la plus récente, celle de la guerre civile et la défaite de la Republique.

Votre vie semble avoir oscillé entre les extrêmes : vous êtes issu d'une famille aristocratique, mais très ancrée à gauche, vous avez été un proscrit, puis vous avez occupé de hautes fonctions officielles, vous avez vécu autant, si ce n'est plus, en France qu'en Espagne Cela a til fait de vous un homme écartelé ou, au contraire, réunifié ?

Jorge Semprun C'est l'histoire du monde qui a oscillé entre des extrêmes, au cours de ce siècle. C'est l'histoire réelle une guerre civile, l'exil, la Résistance, la déportation, le va etvient langagier et spirituel entre la France et l'Espagne qui m'ont écartelé. J'en suis d'ailleurs fort aise, malgré le malaise que cela suscite à l'occasion. Peut on vivre vraiment sans une dose de malaise ou de mal être ? J'attendrai d'être mort pour qu'on me voit réunifié.

- Les idées européistes de Semprún.

- Ses tendances et idées politiques

- Son militantisme

- Sa décision de quitter le parti comunistes

Vous citez ce mot de Napoléon : « On s'engage, et puis on voit » Estce pour vous une règle de vie et d'action ? Un conseil que vous donneriez aujourd'hui aux jeunes générations ?

Jorge Semprun — Je n'oserai jamais donner des conseils aux jeunes générations ! Mais il est vrai que l'engagement et la lucidité ne sont pas forcément compatibles. Si on veut « voir » clairement avant de s'engager dans les affaires du monde, on risque de rester à contempler le spectacle : dilemme que chacun doit résoudre dans le contexte de son époque et dans la solitude de sa propre responsabilité.

- Comment l’auteur se rebelle contre cette destinée, son sort

L’auteur, luimême, nous laisse écrit le résumé de ce livre (pag. 101) « Ce livre est le récit de la découverte de l’adolescence et de l’exil, des mystères de Paris, du monde, de la féminité. Aussi, surtout sans doute, de l’appropriation de la langue française…

Pour faire une conclusion du débat :

Quel(s) passage(s) voudriez vous commenter en spécial de ce livre ? Des anécdotes racontées par l’auteur et que vous avez aimées.

Quel(s) souvenir(s) vous inspire ce livre ?

Soulignez une des phrases pour résumer la pensée de l’auteur , pour exprimer tout ce qu’il a pu éprouver .

Et avant de finir, voici cette phrase de Semprún en espagnol, qui sera objet aussi de débat :

« yo creo que el sentido de la vida es vivirla , y añado : para arriesgarla. Es decir, el sentido de la vida es que la vida no es el bien supremo, hay cosas que tienen más valor. La Libertad, por ejemplo, la justicia, tienen más valor que la vida. Hay que saber vivir la vida para saber, también arriesgarla.” (Semprún, 2001)

Et voici, ce poème qui avait tant plu à Semprún mentionné dans son livre

Baudelaire : A une passante

La rue assourdissante autour de moi hurlait. Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse, Une femme passa, d'une main fastueuse Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue. Moi, je buvais, crispé comme un extravagant, Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan, La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair

puis la nuit ! - Fugitive beauté

Dont le regard m'a fait soudainement renaître,

Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être ! Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais, Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal