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Conférence d’Emmanuel Barbier

Inrap Grand Sud Ouest, ( Poitiers)

Docteur en histoire médiévale.


samedi 15 avril 2006, à 15h00
salle Saint Blaise de Nieul sur mer

Les apports liés aux recherches archéologiques réalisées


au sein de l’abbaye Saint-Pierre de Maillezais (85) »

Résumé :
De nombreuses interventions archéologiques ont eu lieu au sein de l’abbaye saint-Pierre de
Maillezais depuis le début des années 90. Cette activité s’est accrue à partir de 1996 et le rachat
par le Conseil Général de la Vendée souhaitant développer tant une restauration du site qu’une
mise en valeur touristique. Ces nombreuses interventions ont précédé la mise en place d’une
campagne archéologique programmée (2000-2002) dirigée par Jocelyn Martineau (Inrap). Cette
recherche actuellement reprise par Emmanuel Barbier1 (Inrap) en abordant le développement
des espaces périphériques au monastère.
Ainsi, la conférence avait pour principal objet d’établir un bilan de l’activité archéologique,
principalement issue de l’activité de recherche programmée, réalisée au sein de l’abbaye Saint-
Pierre de Maillezais et de ses apports sur la connaissance du site.

L’occupation du Haut Moyen-Age.


Le récit de fondation du moine Pierre est la seule source littéraire qui mentionne à Maillezais la
présence d’une forteresse élevée par le comte de Poitou Guillaume Fier-A-Bras, entre 970-977,
à l’emplacement d’une résidence de chasse comtale associée à une église dédiée à Saint-Hilaire.
La fortification aurait été entièrement détruite au début du XIème afin d’accueillir l’actuel
établissement monastique alors que l’église Saint-Hilaire qui lui faisait face semble avoir été
primitivement épargnée.

La campagne de fouilles programmées 2000-2002 a permis de reconnaître une phase


d’occupation attribuée au Haut Moyen-Age et observée essentiellement sur les rives
occidentales du plateau.
Celle-ci se manifeste tant par la présence d’une carrière ouverte que par le développement d’un
habitat sur poteaux. Deux fronts de taille assurant l’extraction de plaquettes calcaire ont
notamment pu être observés.
La fouille menée sur la partie occidentale du plateau fait état d’un comblement rapide des fronts
de taille par l’apport massif de remblais composés essentiellement de rejets domestiques. Ces
sédiments ont livré un abondant vaisselier ainsi que quelques charbons. Les datations C14
livrées à partir de deux échantillons permettraient de caler cette occupation entre 978 et 985, ce
qui semble confirmé par l’étude du mobilier céramique.
1
Mémoire de maîtrise soutenue en 2000, Du palais ducal au réduit bastionné, étude des fortifications de
l’île de Maillezais du Xème au XVIIème siècle, FLASH LA Rochelle (dir. M. Faucherre Nicolas, maître
de conférences)
Mémoire de DEA soutenu en 2002, Modalités de mise en défense des monastères d’observances
bénédictine du IXème au XVème siècle, perspectives de recherche, CESCM Poitiers (dir. M. Matrin
Aurell, professeur des universités assisté de Cécile Treffort, maître de conférences)
Doctorat en cours sur « Les modalités de mise en défense des monastères poitevins, Xème-XVème
siècles »
La fondation de l’abbaye bénédictine Saint-Pierre de Maillezais au début du XIème siècle
s’accompagne de la bienveillance de sa lignée fondatrice, les comtes de Poitou et ducs
d’Aquitaine. Ceux-ci octroient de nombreux biens à l’abbaye ainsi que des pouvoirs très
étendus à l’abbé tant sur l’île de Maillezais que sur les possessions alentour. A l’instar de
puissantes abbayes tel Cluny, Maillezais devient une véritable seigneurie ecclésiastique. De ce
statut un ensemble de fonctions liées aux activités juridique, économique et artisanale lui
échoue.
La fouille de la partie méridionale des marges occidentales a permis de mettre au jour plusieurs
phases d’occupation liées à l’occupation monastique (XI-XVème siècle) : bâtiments, voirie,
parvis. Cet espace précédant l’entrée dans le "sanctuaire" est traditionnellement ouvert et voué
aux activités domestiques. La forme des édifices découverts à l’occasion de la fouille n’entre
dans aucune typologie clairement établie, contrairement à l’abbatiale et aux bâtiments
conventuels. Ceux-ci s’appuient sur les parois rocheuses et seuls les niveaux de cave ont pu être
observés ainsi que des latrines.

Les fortifications du bas Moyen-Age et de la période moderne.


La puissante seigneurie ecclésiastique de Maillezais n’a cessé de susciter les convoitises des
seigneurs alentours depuis sa fondation. Le récit de l’attaque de Geoffroy de Lusignan dans le
deuxième quart du XIIIème siècle révèle cette insécurité constante. La guerre de Cent Ans
accentue davantage cette angoisse des communautés religieuses. Un acte évoque précisément la
réalisation de travaux de fortification dont certains menés sur l’église. D’ailleurs, la plupart de
ces travaux apparaissent encore très nettement sur le front occidental en se distinguant des
réalisations modernes. Un précieux support iconographique effectué au début du XVIIIème siècle
par l’ingénieur Claude Masse complète cette lecture des vestiges de l’abbaye de Maillezais. De
l’abbatiale et de l’œuvre Renaissance, ne demeurait qu’un amas de ruines alors que certains
bâtiments conventuels épargnés par les guerres de religion se maintenaient. De même, de
nombreux ouvrages défensifs, témoins de l’intégration de Maillezais au réseau des places de
sûreté protestante, se maintenaient. Agrippa d’Aubigné, en tant que capitaine de la place, de
1598 à 1610, fortifia entièrement le site en concentrant notamment sa défense sur le front est où
il édifia un réduit bastionné à l’emplacement du palais épiscopal.
Les fouilles ont démontré l’impact considérable de la campagne de fortification liée à la guerre
de Cent Ans sur le front occidental de l’abbaye. Deux grandes périodes de fortification
apparaissent très distinctement. La première amorce un programme défensif basé sur un premier
repli au sein de l’espace religieux concentré autour du cloître et de l’abbatiale. Toutefois, ce
programme ne condamne pas les bâtiments périphériques. A cet égard, la découverte d’un
important dépotoir cendreux rejeté sur le parvis de l’abbatiale met en évidence le maintien
d’activités au sein de ces espaces. L’abbatiale est réaménagée par Jean de Marconnay, la
présence de mâchicoulis sur arcs étant très probable sur le mur gouttereau nord.
La seconde phase de fortification intervient à la fin du XIVème siècle. Elle se concentre autour
du creusement d’un fossé taillé en "V" épousant le front occidental jusqu’aux bâtiments
méridionaux alors complètement remblayés, formant ainsi le talus de contrescarpe. La jonction
de ce fossé avec celui repéré sur le front nord (CORNEC T., 1998) est fort probable ceinturant
ainsi une grande partie du site. Elle achève le programme d’abandon du front ouest. Celui-ci se
manifeste par la destruction des bâtiments périphériques et par l’édification d’une courtine
doublant le mur d’enceinte et condamnant le portail de l’abbatiale, alors surmonté d’une galerie
de mâchicoulis. Une tour quadrangulaire de 12m2, dont la chambre de tir était accessible par
l’aile ouest du cloître au moyen d’un couloir coudé, complétait l’ensemble. Le fossé récuré
permet de surhausser la contrescarpe tout en maintenant une voie pavée longeant la levée de
terre.
Si l’impact des aménagements défensifs demeure lisible sur le front ouest, cette perception est
moins nette sur le front oriental, front d’attaque de l’abbaye, entièrement remanié durant la
période moderne.