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Journal local - Grenoble & sa cuvette Parution à l’improviste DEs vILLEs sous survEILLAncE Au
Journal local - Grenoble & sa cuvette Parution à l’improviste DEs vILLEs sous survEILLAncE Au
Journal local - Grenoble & sa cuvette Parution à l’improviste DEs vILLEs sous survEILLAncE Au
Journal local - Grenoble & sa cuvette Parution à l’improviste DEs vILLEs sous survEILLAncE Au
Journal local - Grenoble & sa cuvette Parution à l’improviste

Journal local - Grenoble & sa cuvette Parution à l’improviste

DEs vILLEs sous survEILLAncE
DEs vILLEs sous survEILLAncE

Au « verre de l’amitié durable »

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Grenoble : la mairie ment carrément sur les caméras

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à Echirolles, des caméras pour les quartiers populaires

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Lyon-Turin, des Italiens sortent du train-train quotidien

n° 5 - avril 2010

n° 5 - avril 2010

1 euro

1 euro

Amour, glaires et beauté

c onnaissez-vous Mister Brown ? C’est le meilleur vendeur à la criée de toute la cuvette grenobloise. inlassablement motivé, il vend Le

Postillon et d’autres journaux sans pub par monts et caniveaux. en manif comme sur le marché, la voix toujours claironnante même face à l’hostilité. il a poussé le défi jusqu’à tenter de vendre des Postillon

devant l’entrée du meeting du P.s. aux régionales, le 11 mars à a lpexpo. « Va te faire foutre », « C’est

un torchon », « C’est ça, dégage

» : le mépris et l’in-

différence rencontrés ont parfois dérapé en insultes, résonnant comme autant de compliments pour tou- tes les petites mains du Postillon. un peu plus loin,

d’autres militants socialistes réagissent à cette « pro- vocation » : « Ils font vraiment n’importe quoi, qu’est- ce qu’ils croient ? Qu’on va acheter leur merde ? » «Ils font partie des anti-tout, critiquent tout ce que fait

Michel, n’ont pas de respect

L’ouverture d’esprit et la capacité à entendre des cri- tiques des socialistes font toujours plaisir à entendre. Mais le plus frappant, c’est cette volonté de faire comme si tout ce qui les dérange n’existait pas. Le dernier numéro du Postillon a révélé l’installation en

douce de nouvelles caméras par la mairie de Greno- ble. Depuis, plus de 1000 exemplaires du journal ont été achetés et l’article a été largement diffusé sur inter- net. Mais aucune réaction de la part de la munici- palité. Michel Destot est allé jusqu’à nier en public l’existence de ces caméras, alors que nous l’avons dé- montrée, photos et contrats à l’appui. Pour répondre à ce silence, on enfonce encore le clou dans ce numé- ro avec un nouveau dossier sur la vidéosurveillance. Pour les élus, comme pour le reste des élites locales, nous n’existons pas. notre manque de « respect », c’est à dire de servilité, signifie qu’on ne fait pas partie de leur monde, celui des petits fours et des copinages entre amis indus- triels, politiques et médiatiques. on ne s’en plaint pas, on s’en réjouit plutôt. Pour ces gens-là, peu im- porte la pertinence de vos écrits ou le sérieux de votre travail. non, la seule chose qui compte, c’est l’apti- tude à faire preuve d’empathie, de gentillesse et de « respect » envers eux. Des comportements que nous laissons bien volontiers à la plupart des journalistes locaux. Les dirigeants grenoblois veulent se couvrir de gloire, Le Postillon continuera à les couvrir de glaires

»

locaux. Les dirigeants grenoblois veulent se couvrir de gloire, Le Postillon continuera à les couvrir de
locaux. Les dirigeants grenoblois veulent se couvrir de gloire, Le Postillon continuera à les couvrir de

à la Métro, un taux d’abstention de 100 %

N’avez-vous pas trouvé ça bizarre ? Didier Migaud a été nom- mé président de la Cour des Comptes, les médias se sont demandés qui allait lui succéder à la Métro, mais personne n’a été appelé aux urnes. Pourtant cet « établissement public de coopération intercommunale » a beaucoup de pouvoir sur l’évolution de la vie dans la cuvette. La Métro ? C’est l’une des 181 communautés d’aggloméra- tion de France. Elles ont été créées en 1999 par la loi Chevè- nement pour, dixit, « simplifier la coopération intercommuna- le ». Bon, et alors? Et bien la Métro rassemble 27 communes sur un territoire qui s’étend de Veurey au nord, la commune du Gua au sud, Domène à l’est, et jusqu’au pied du Vercors à l’ouest. Tout cet espace, où vivent un demi-million d’habi- tants, est géré par cette administration « La Métro fédère les énergies de ses communes membres pour concevoir des grands projets, animer des actions politiques, amé- nager le territoire, réaliser des équipements et exploiter des ser- vices publics » signale leur site internet. Cette communauté d’agglomération gère donc, entre autres, les déchets ména-

gère donc, entre autres, les déchets ména- gers, les transports en commun de l’agglomération ou

gers, les transports en commun de l’agglomération ou encore les équipements funéraires. C’est elle qui a dépensé des di- zaines de millions d’euros pour construire le stade des Alpes et la patinoire de Grenoble. La Métro a aussi investi dans le golf international de Grenoble situé à Bresson, et dans celui de Seyssins Qui dirige tout ça ? Tout simplement des conseillers munici- paux des communes membres. Leur nombre est proportion- nel au nombre d’habitants de leur ville. Comment sont-ils élus ? Au « suffrage universel indirect » qu’ils disent. Ce sont donc les conseillers municipaux de chaque commune qui décident d’envoyer leurs collègues (ou de s’envoyer eux-mê- mes) siéger au conseil communautaire de la Métro. On reste entre amis et on décide entre amis. Mais rassurons-nous, le maître mot de la Métro est bel est bien de « renforcer la démo- cratie locale, améliorer l’information des habitants, parfaire le processus décisionnel… »

Brèves salivaires

Les dettes de Monsieur Migaud

Après le décès de l’ancien président de la Cour des Comptes, les chèvres médiatiques de monsieur Séguin avaient bêlé à l’unisson pour ce-grand-homme-aux-qualités-extraordinai- res-que-la-République-regrettera. Le même concert de louan- ges médiatiques a accompagné la nomination d’ouverture de l’ex-cumulard socialiste Didier Migaud pour remplacer le gros homme aux grandes cernes. Un concert gâché par quel- ques fausses notes, comme cet article publié sur Rue89 le 23 février nous apprenant que « la chambre régionale des comptes (CRC) de Rhône-Alpes a rendu il y a quelques semaines un rap- port sur la gestion parfois hasardeuse, le recours à des emprunts toxiques et les finances dégradées de la communauté d’aggloméra- tion de Grenoble, qu’il [Didier Migaud] préside ». Forcément, ça la fout mal pour quelqu’un qui va être chargé de veiller à la bonne tenue des comptes de l’Etat. On laisse la conclusion à « Archange », qui a posté un commentaire à l’article pu- blié sur Rue89 : « J’ai personnellement travaillé pour «la Métro» (Grenoble Alpes Métropole) et je ne suis pas étonné d’apprendre que les comptes sont dans le rouge ! Il faut voir l’argent public

gaspillé ! (…) Et je ne vous parle pas des buffets, réceptions, repas,

faits à la Métro. Migaud à la Cour des comptes ! Une bonne

etc

blague ! »

A quand le cumul des mandales ?

Migaud, parti pour Paris, laissa trois fauteuils dorés locaux vacants. Le premier, la mairie de Seyssins, revint à son pre- mier adjoint Michel Baffert. Le second, son poste de député, se disputera lors d’une élection à venir. Mais le plus convoité était le troisième, la présidence de la Métro, notre tendre et chère communauté d’agglomération. Ce poste de pouvoir suscita l’appétit de plusieurs requins socialistes, parmi les- quels notre bien-aimé maire de Grenoble Michel Destot. Il faut dire que le jeune homme ne sait guère comment occuper ses journées, n’étant que maire, député, président de l’Asso- ciation des maires de grandes villes de France (AMGVF) et président du Conseil national du PS. Il aurait donc assuré- ment pu consacrer tout le temps nécessaire à ce poste, mais – malheureusement - après des jours de réflexions et consul- tations, il laissa la place à Marc Baïetto. Ce dernier, ayant autant de casquettes qu’André Vallini a de lunettes différentes (voir Le Postillon n°4), en abandonna finalement une, la pré- sidence du SMTC (le syndicat des transports). On voit que le Parti Socialiste a décidé de stopper le cumul des mandats :

pas plus de 5 par baron.

Élections régionales : nouveau triomphe de la liste nvP

Encore une fois, la liste Ne Votons Pas a réalisé un très beau score au niveau national, et notamment à Grenoble. Pour le premier tour des régionales, les médias parlent d’un taux d’abstention de 57 % dans la capitale des Alpes. En réalité

il est bien plus élevé. Prenons les chiffres : selon le site de l’Insee, Grenoble compte 156 793 habitants, dont 129 796 en âge de voter. Seulement 83 069 grenoblois sont inscrits sur les listes électorales. Le 14 mars, 35 149 d’entre eux ont mis un bulletin dans l’urne, soit en réalité 27% des grenoblois de plus de 18 ans. Admirons donc la représentativité des partis politiques au pre- mier tour : le PS avec 9539 voix, recueille 7,3% des suffrages potentiels. Europe Ecologie, 9164 bulletins et donc 7,1%. L’UMP, 6699 voix, 5,1%. Le Front National, 3069 voix,

2,3%. Le Front de Gauche, 2784 voix, 2,1%

Les scores en

Rhône-Alpes sont un peu plus élevés, mais aussi dérisoires. Tous sont donc bien loin de la liste Ne Votons Pas et ses 73% qui, une fois de plus, ridiculise la prétention des élus – ré- gionaux comme départementaux ou communaux - à se dire représentants du peuple.

ou communaux - à se dire représentants du peuple. Cour des Comptes : Didier Migaud se

Cour des Comptes : Didier Migaud se glisse dans la peau de Philippe Séguin

: Didier Migaud se glisse dans la peau de Philippe Séguin  I Le Postillon I

I

Le Postillon I numéro 5 I avril 010

Philippe Séguin  I Le Postillon I numéro 5 I avril 010 c/o Les Bas Côtés,

c/o Les Bas Côtés, 59, rue Nicolas Chorrier - 38000 Grenoble lepostillon@yahoo.fr

La rédaction au complet, réunie en 1968 sur les grands boulevards (encore mieux que l’équipe de foot de Fakir). De gauche à droite :

Hank Chinaski, Eve Epinard, Vulgum Pecus, Joséphine Sel, Simon Duteil, Erika Blair, Pietro Gorus, Hortense Grancampo, Jean Ferrat, Didier Morveux, Nardo, Sylvain, Benoît Récens, Renaud Séchiant, Larbin F, Martin Delapierre, Pedro Navaja, Mr Brown, Vander Fa- rouk, Lemeyer Dentrenou et leurs ami-e-s.

Les textes ne sont pas signés mais n’engagent que la responsabilité de leurs auteurs. Nos dessinateurs sont les meilleurs.

Directeur de la publication : Basile Pévin Tirage : 1500 exemplaires Prochain numéro : à l’improviste

Photo de couverture : Place Dubedout

NoN, Le PostiLLoN N’est Pas aNti-tout !

Plaidoyer pour l’affichage sauvage

L A rumeur court depuis un moment et est

revenue à nos oreilles dernièrement. La

un moment et est revenue à nos oreilles dernièrement. La municipalité grenobloise voudrait en finir avec

municipalité grenobloise voudrait en finir

avec l’affichage sauvage et envisage de mettre des contraventions aux contrevenants. Une ru- meur confirmée par une discussion avec deux employés municipaux en train de décoller des affiches sous le pont de l’Estacade : « La mairie en a marre, ça lui coûte trop cher. Dans pas long- temps, elle va mettre des amendes. »

D’autres municipalités – notamment socialistes

– en sont arrivées là. A Lyon par exemple, plu-

sieurs procès ont eu lieu l’année dernière contre des associations, avec à la clé des amendes al- lant jusqu’à 1700 euros. Les « brigades vertes »

créées par la mairie multiplient les enquêtes et vont même jusqu’à traquer les poseurs d’affi- ches scotchées.

A Grenoble, l’affichage sauvage est resté jus-

qu’à maintenant relativement toléré. De temps

à autre, la mairie contacte des associations

dont les affiches sont collées hors des pan- neaux autorisés pour leur demander d’arrêter. Régulièrement, des flics s’arrêtent devant des colleurs, les réprimandent oralement et les me- nacent d’amendes. Plus rarement, cela finit au poste par un contrôle d’identité. Mais jamais - à notre connaissance - il n’y a eu de poursuites judiciaires ou d’amendes.

Dernièrement, quelques faits ont attiré notre attention. Sur certains « spots » très prisés des

colleurs (le marché de l’Estacade ou très récemment

le passage sous le train près de la gare), la mairie

a payé des graffeurs-peintres pour réaliser des fres-

ques. Des poteaux systématiquement tapissés d’af- fiches (au croisement Alsace-Lorraine/Jean Jaurès ou vers l’arrêt de tram Saint-Bruno) ont été recou- verts d’une peinture anti-tag et anti-affichage, « un

revêtement assez coûteux qui pourrait être généra- lisé », selon Pascal Garcia, conseiller municipal en charge de la gestion urbaine de proximité (Grenews, 30/08/2009). Simultanément, quelques nouveaux panneaux d’expression libre sont apparus. Autant de signes qui montrent que la municipalité

tente de limiter les possibilités des colleurs sauvages

et de les remettre dans le droit chemin des panneaux

d’expression libre. Sur ces panneaux, rares donc très prisés, la durée de vie d’une affiche est de quelques heures tout au plus, avant d’être recouverte par une

nos regards, capte tant qu’elle peut la disponibilité de nos cerveaux, sans que cela ne heurte la sensi- bilité de ceux qui jugent qu’une affiche collée en sauvage, « ça fait sale ». Car, pour ces gens-là, on a le droit de salir la ville avec des images hideuses tant qu’on a les moyens et l’entregent de monsieur J.C. Decaux, le parrain du milieu publicitaire.

C’est aussi sous le prétexte de la propreté que la mairie de Grenoble se bat contre l’affichage sauva- ge. « Le problème, c’est que les lieux stratégiques pour les colleurs sont tout aussi stratégiques pour la ville, déplore Pascal Garcia. L’avenue Alsace-Lorraine par exemple, est une des premières que l’on découvre en arrivant de la gare. Il est important de comprendre l’importance de la notion de netteté, qui recouvre la propreté horizontale mais aussi la propreté verticale des rues. » (Grenews, 30/08/2009) Sous-titrage : on ne veut pas que les investisseurs et cadres qui arri-

On a le droit de salir la ville avec des images hideuses tant qu’on a les moyens et l’entregent de monsieur J.C. Decaux.

autre. Les grosses structures, pouvant se payer d’im- menses affiches en couleur, sont largement avan- tagées par rapport aux plus petites, limitées à des affiches A3 en noir et blanc.

Mais le but de ces panneaux n’est pas de favoriser

la libre expression, seulement de faire croire à son

existence. Une liberté d’expression réellement effec- tive pour les plus forts, les plus riches, et en tous cas limitée à quelques mètres carrés. Car le reste de l’espace urbain, c’est-à-dire sa quasi-totalité, est ré- servé à des notions bien plus rentables que la liberté d’expression : la consommation, la circulation, ou l’aseptisation. Arrêts de tram, de bus, sucettes, pan- neaux 4 par 3 : la publicité envahit la ville, s’étale sur des milliers de mètres carrés, s’impose partout à

vent dans notre ville soient choqués par – ô horreur – la présence d’affiches culturelles ou politiques. On préfère que les murs soient comme ceux de leurs bureaux de standing : propres horizontalement et verticalement (sic), blancs, lisses, nets, sans mar- ques de vies ou d’envies. Tentons de cerner « l’importance de la notion de net- teté » chère à Pascal Gracia. Que signifie-t-elle ? La ville sans tout ce qui ressort, qui fait vieux, qui fait tâche, qui fait pas bien ? Sans les désaccords, les di- vergences, les oppositions ? La netteté, c’est l’asepti- sation et l’uniformité, tant au point de vue urbanis- tique qu’idéologique : sur les murs de la technopôle, ne doivent s’exprimer que les avis autorisés, sous verre et avec le logo de la ville s’il vous plaît. Le combat est inégal entre ceux qui sont du bon

côté de la « netteté » et ceux qui n’en font pas partie. Entre les grosses marques qui multiplient les publi- cités sexistes et les féministes qui, pendant la nuit du 8 mars, collent mille affiches sauvages sur les murs de l’agglomération. Entre Le Daubé qui assure sa promotion dans les sucettes Decaux et Le Pos- tillon qui informe de la sortie d’un nouveau numéro en barbouillant poteaux et murs gris. Entre la MC2 ou le Summum et leurs centaines de milliers d’euros de subventions, et les petites associations culturelles qui se débattent avec trois sous. Le combat est inégal mais, jusqu’à maintenant, il est resté aux perdants annoncés une chance d’exister. Si la municipalité commence à mettre des amendes aux colleurs sauvages, elle sifflerait la fin du match et infligerait une double peine à David, pour le plus grand bonheur de J.C. Goliath.

On pourrait s’étaler sur les multiples bienfaits de l’affichage sauvage : mettre un peu de vie sur des murs ternes, créer des surprises dans un environne-

ment routinier, permettre à des gens de décoller dix

secondes les yeux de leur Ipod

On pourrait répli-

quer à ceux qui jugent que « ça coûte cher en nettoya-

ge » qu’il est inutile d’ordonner aux employés mu-

nicipaux de s’exciter autant sur les affiches, quand

il est certain que deux jours plus tard une autre ap-

paraîtra au même endroit. Ou alors qu’après tout ça

crée de l’emploi, et comme la mairie n’a que ce mot

a la bouche, elle devrait s’en réjouir.

Mais on se contentera d’appeler ceux qui ont tou- jours préféré Vendredi à Robinson, la diversité à la

«

netteté », la créativité à la servilité, à ne pas tomber dans les panneaux « libre expression » - proposant une liberté biaisée et limitée. Et à partir plutôt à la conquête des murs où peut réellement s’exprimer la liberté. Car c’est par là que se trouve la vraie vie. Sauvage

la liberté. Car c’est par là que se trouve la vraie vie. Sauvage Le Postillon I

Le Postillon

I

numéro 5

I

avril 010 I

Des Petits-fours même Pas bio

Au « verre de l’amitié durable »

aPRÈs avoiR FaiLLi s’enDoRMiR PenDanT L’inauGuRaTion De La BiennaLe De L’HaBiTaT DuRaBLe,

un envoyé spécial du Postillon nous raconte l’ennui durablement rencontré ce jour-ci et se permet quelques digressions autour des acteurs de cette Biennale.

18 mars à Alpexpo, c’est la soirée d’inauguration la troisième biennale de l’habitat durable de Gre-

noble. Elle durera 10 jours, pendant lesquels nos dé-

cideurs locaux, élus et entrepreneurs, vont déverser leur propagande en faveur du développement durable afin de faire oublier les véritables conséquences de leurs choix et actions tout le reste de l’année.

L E

de

Michel Destot se lève. La petite centaine de personnes qui est venue écouter son discours n’a pas pu s’asseoir, et il tient à exprimer ainsi sa solidarité : « C’est aussi ça le développement durable ». Ça fait chaud au coeur.

Le discours de Destot est un peu long, d’autant plus que c’est toujours le même : Grenoble est une ville pionnière du développement durable et au cas où vous ne l’auriez pas compris, on en est très fier. Le maire nous refait le cours sur les trois piliers du développement durable : la protection de l’environnement, le pilier social, et le pilier économique. à ceux-là, il se devait d’ajouter le « pilier citoyen ». C’est que Grenoble se veut La ville de la démo- cratie locale. Il ne faut pas louper une occasion de faire croire que les Grenoblois ont leur mot à dire dans les décisions de leurs élites.

Autour de nous, costard cravate de rigueur pour les hom- mes, talons, tailleur et fond de teint pour les femmes. Sur ses plaquettes, la biennale se veut une manifestation grand public. C’est visiblement raté. A part quelques ba- dauds, le « grand public » n’est composé que de journa- listes, dirigeants, et responsables d’entreprises. Leur man- que d’écoute au bla bla ronronnant de Destot transparaît clairement.

F.H. Jourda, une conception particulière du développement durable

A côté du maire, on reconnaît, entre autres, Françoise

Hélène Jourda. Elle est la commissaire générale, ou « marraine » de la biennale 2010. Un portrait s’impose.

Bourgeoise en tailleur rouge, cheveux blancs platine cou- pés au carré, Françoise-Hélène Jourda est une architecte

de

renom. Elle se targue d’avoir intégré très tôt la notion

de

développement durable dans son travail, et a produit

un rapport sur l’habitat durable dans le cadre du Grenelle

de l’environnement.

à croire que le développement durable est un concept

fourre-tout, qui s’accommode de beaucoup de choses,

tant qu’il y a de l’argent à gagner. Françoise Hélène Jour-

da est en effet la responsable (devrait-on dire la coupable

?) de la construction « d’ouvrages d’art » (ponts et tun- nels) de l’autoroute A 51 entre Grenoble et Monestier de Clermont.

Permettre aux Trièvois d’aller travailler en voiture tous les jours à Grenoble : on saisit tout de suite la pertinence en termes de protection de l’environnement. Et que dire des milliers de mètres cubes de béton, et de goudron utilisés ?

Sa plaquette sur l’A 51 semble indiquer qu’elle n’a jamais

mis les pieds sur l’asphalte de l’autoroute qu’elle a elle même conçue. [1] Il y est question de « mise en valeur du paysage », et d’une « intégration forte dans le paysage de tous les éléments annexes qui accompagnent la bande de rou- lement sans la constituer (équipements et raccords à l’auto-

I Le Postillon

I

numéro 5 I avril 010

à l’auto-  I Le Postillon I numéro 5 I avril 010 route). » Pont en

route). » Pont en béton de 350 mètres de long et plusieurs dizaines de mètres de hauteur, panneaux d’autoroutes, barrières métallisées, entrées de tunnel comme autant de

comment pouvait-on espérer

bouches d’égout géantes

les intégrer dans un paysage fait de montagnes et de fo- rêts sans le saccager ?

Une prison pour sans-papiers alimentée en panneaux solaires, c’est tellement plus humain.

Selon le concept futuriste de Françoise Hélène Jourda, cette autoroute est « traitée comme un “tube virtuel”, es- pace de circulation rapide irrigant la montagne ». Virtuel- les, les nuisances qu’elle charrie dans la montagne ne le sont pas. Mais qu’importe. Pour que le développement durable soit sauf, on construira des logements HQE [2] à Monestier de Clermont afin d’héberger les gens qui iront travailler en voiture chaque matin à Grenoble.

Des partenaires sans scrupules

Destot cesse enfin de s’écouter parler, mais ce n’est que pour laisser la parole à Bernard Soulage, douzième vice- président au conseil régional, puis à Marc Baïetto, le multi-récidiviste : président de la Métro, maire d’Eybens,

Après ces prises de paroles pour dire

conseiller général

grosso modo la même chose, Destot convie l’assistance à prendre « le verre de l’amitié durable ».

Applaudissement de convenance, puis tout le monde se

dirige vers le buffet pour se rassasier. Avant cela, un petit tour de la salle s’impose, entre maquettes de bâtiments du futur et immenses panneaux en bois (développement durable exige) où s’affichent les entreprises partenaires de la biennale. Pas moins de 72 partenaires ont apposé leur logo sur la plaquette de présentation de la biennale. Parmi eux, une dizaine de médias, parmi lesquels on re-

trouve le Daubé et Ushuaïa Tv

Le développement durable a cela de pratique qu’il permet de se faire de la pub indépendamment de tout ce qu’on développe par ailleurs. On est par exemple ravi de décou- vrir que Bouygues, constructeur de prisons et de centres de rétention, s’intéresse au développement durable. Une prison pour sans-papiers alimentée en panneaux solaires, c’est tellement plus humain.

[3]

De l’habitat durable à l’habitat intelligent

Parmi les partenaires, on retrouve Schneider Electric et GEG, deux boîtes pour qui « habitat durable » signifie « habitat intelligent ». L’habitat intelligent, (de intelligence, qui signifie ren- seignement en anglais ) c’est le fait d’insérer des puces électroniques, des micro-capteurs, dans tous les objets du quotidien afin de récolter des informations comme

la température, la luminosité, l’humidité, la présence de personnes, les sons, la fréquence de telle ou telle ac- tion…. Toutes ces données sont ensuite centralisées et traitées par informatique afin que tout dans votre maison soit géré automatiquement.

Les lumières s’allument et s’éteignent toutes seules, le chauffage se règle sans avoir à intervenir. Les panneaux solaires sur votre toit, ou votre maison tout entière, s’orientent pour capter le soleil idéalement. Vos plantes sont arrosées automatiquement quand le capteur d’hu- midité signale qu’elles ont soif. La chatière s’ouvre quand

passéistes voire réactionnaires. L’écologie, même si elle relève souvent du simple bon sens, peut être aussi technologique. » [5] Au moins un point sur lequel nous sommes d’accord. L’écologie est, avec la médecine, le principal argument du progrès technologique à tout prix. C’est sous prétexte d’écologie qu’ils essaient de nous faire gober leurs na- notechnologies. C’est au nom des réductions d’énergie, que nous devrons nous résoudre à confier la gestion de nos vies à des systèmes informatiques. L’impératif écolo- gique ne nous laisse plus le choix. « C’est pourquoi nous devons inaugurer une nouvelle ère : celle de l’efficacité. Si nous échouons, nous tomberons l’ère [sic] de l’angoisse éner-

« Schneider Electric cherche aujourd’hui à saisir ce qui est peut-être la plus grande opportunité de business qui ne lui a jamais été offerte :

l’Energie Intelligente »

votre animal se présente devant la porte. Mais attention, cela fonctionne uniquement si c’est votre chat, identifié par une puce RFID sous cutanée, qui essaye de rentrer [4].

Imaginez une maison parfaite. Si parfaite, qu’elle n’a plus besoin de vous. Schneider Electric tente aujourd’hui de réaliser une telle maison. La vitrine de ce projet nous est présentée dans son dernier rapport sur le développement durable [5]. Il s’agit du « Hive (Hall de l’Innovation et Vitrine de l’Energie), le siège de Schneider Electric, situé en France. Dans ce bâtiment HQE*, nous maximisons la per- formance énergétique à l’aide de nos propres solutions. Nous avons opté pour l’intégration des produits et technologies les plus avancés dans une architecture unique et simple gérée par un logiciel global.» Et il est clairement spécifié dans la suite du rapport : « En l’absence de contrôles [électroni- ques] adéquats, ces mesures perdent leur efficacité dans le temps, souvent du fait des comportements humains. » Tout est dit : l’humain est de trop dans ce monde machi- ne, puisque c’est de lui que proviennent toutes les erreurs et dysfonctionnements.

Comme nous l’enseigne Françoise Hélène Jourda, « Les convictions écologistes n’ont rien à voir avec les réflexions

gétique, marqué par des troubles politiques et des investisse- ments qui ne feront qu’atténuer le réchauffement climatique plutôt que de l’éviter » assène le paragraphe sur l’énergie intelligente du rapport Schneider [6]. En d’autres termes : l’énergie intelligente ou le chaos

Derrière cette propagande, on sait que l’argent est le seul des fameux piliers du développement durable qui inté- resse les partenaires de la biennale. Schneider l’assume ouvertement : « Le développement durable est une oppor- tunité réelle et essentielle pour la mobilisation, la croissance et la différentiation » [7], ou encore : « Schneider Electric cherche aujourd’hui à saisir ce qui est peut-être la plus gran- de opportunité de business qui ne lui a jamais été offerte :

l’Energie Intelligente » [8]. Exit les considérations écologi- ques. On remarquera notamment qu’il n’est jamais ques- tion de s’intéresser au coût pour l’environnement de la fabrication des millions de puces électroniques que l’on veut implanter partout.

Que le lecteur se rassure quand même quant à l’état de la robotisation chez Schneider. Vu le nombre de fautes de langue et d’orthographe (plus de sept erreurs sur certai- nes pages) dans son rapport officiel, on est sûrs que chez

Le chantier de la caserne de Bonne, ou l’écologie qui fait rêver les foules

eux, il y au moins un être humain derrière l’ordinateur.

Même pas faim

Côté buffet, nous découvrons ce qui fait la spécificité d’un verre de l’amitié durable : à côté des petits-fours in- dustriels, on sert du sirop issu de l’agriculture biologique. Les bouteilles sont placées bien en évidence sur la table. Comme nous le rappellent les spot TV du ministère du développement durable, « il n’y a pas de petits gestes quand

Niveau ambiance, c’est

très mondain ; tout le gratin politicien grenoblois est là. Tout le monde se connaît. Les poignées de main s’échan- gent, ça fait semblant de rire, et passe d’un convive à un autre. On imagine que la plupart des personnes présentes ici n’en sont pas à leur premier gueuleton de petits fours de la semaine.

on est 60 millions à les faire »

Des gens commencent à s’éclipser, alors même que doit suivre un discours de Françoise Hélène Jourda. On ne s’attarde pas non plus, on a eu notre dose de baratin po- liticien durable. Un homme d’une soixantaine d’années croisé à la sortie, résume la soirée ainsi : « Et ben, on a bien mangé et bien bu, voilà tout ! »

: « Et ben, on a bien mangé et bien bu, voilà tout ! » [1-]

[1-] http://www.jourda-architectes.com/urba/ouvrages_art/A51/projet.pdf [2-] Haute Qualité Environnementale [3-] Frédéric Taddeï, journaliste de renom animera un débat pendant la bien- nale. C’est qu’il faut du beau monde, de préférence connu, pour attirer le chaland. On ne sait pas s’il a été rémunéré pour descendre de Paris mais dans le milieu journalistique, ce genre de travail s’appelle « un ménage ». La charte des devoirs professionnels des journalistes stipule pourtant : « un journaliste digne de ce nom ne touche pas d’argent dans un service public ou une entreprise privée où sa qualité de journaliste, ses influences, ses relations seraient susceptibles d’être exploitées ». [4-] Ce n’est pas une blague, la société Sureflap en commercialise déjà. Bientôt le même système pour vos enfants ? [5-] Schneider Electric, Make the most of your energyTM, rapport d’activité et de développement durable 2008-2009, p15 [6-] F.H. Jourda, « architecture écologique et respect des autres », disponible sur son site internet. [7-] Site internet, page « notre stratégie de développement durable » [8-] Schneider Electric, op. cit. p11.

Le Postillon

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numéro 5 I

avril 010 I

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Camée aux Caméras

La mairie ment carrément sur les caméras

Le TiTRe De L’aRTiCLe PaRu Dans Le PRéCéDenT nuMéRo Du PosTiLLon « Un oeil sur les manifs »

(février 2010) suggérait fortement que la municipalité grenobloise installait des caméras sur le

parcours des manifestations. nous nous étions trompés. Les autorités intègrent à la ville des caméras

un peu partout en ville

et pas uniquement sur le parcours des manifestations. Plus elles pous-

sent, plus la municipalité esquive le sujet.

Rappel de l’article précédent

L A ville de Grenoble et l’entreprise Inéo (filiale de

Suez) installent aux mois de janvier et février 2010

des caméras « 360° » dans les rues grenobloises. Pas

un communiqué de presse, pas un mot dans Les Nouvel- les de Grenoble, organe de propagande de la municipalité, pas une ligne dans Le Daubé pourtant toujours prompt à relayer les « initiatives porteuses » de la ville, pas un seul papier glacé dans les boîtes aux lettres et - comble du ri- dicule - aucune réunion « participative » chère à la muni- cipalité Destoniene. Des caméras installées sans en avertir la population et sans soumettre cette proposition au conseil municipal. Et pour cause c’est un « sujet sensible » comme le souligne lui même l’instigateur de ce projet : Jérôme Safar, l’adjoint à la sécurité.

Depuis la parution du dernier numéro, le Postillon et ses ami-e-s ont recensé 8 caméras supplémentaires, soit 13 au total, installées depuis le début de l’année 2010. Mais le microcosme politico-journalistique grenoblois n’a tou- jours pas moufté. Le Postillon poursuit l’enquête.

Des médias bêtes ou dociles ?

Après la parution du Postillon, France 3 se penche sur le sujet dans son édition locale de Grenoble du 9 février. Le journaliste, micro à la main, sous une nouvelle caméra à Grenoble : « La vidéosurveillance s’incruste de plus en plus dans le mobilier urbain, exemple : à Grenoble et Echirolles ». Suit un reportage dans le quartier de la Butte à Echirolles (lire l’article « à Echirolles, des caméras pour les quartiers po- pulaires », page 8). Le journaliste poursuit : « Aujourd’hui, la ville [de Grenoble] affiche sa volonté d’étendre la vidéo- surveillance sur différents secteurs. Cette année trois quartiers sont visés ». On croit rentrer dans le vif du sujet, apprendre

GArE Aux cAMÉrAs

Conseillère municipale et conseillère régionale verte qui a choisi de faire alliance avec le PS aux second tour des régionales, Gwendoline Delbos- Corfield confie à France 3 : « Je suis en désaccord avec Jérôme Safar (PS) à Grenoble sur la vidéo- surveillance. Mais que je sache, ce problème ne se pose pas à la région ». La SNCF compte doubler le nombre de caméras dans les gares et les trains d’ici 2014. Une porte parole précise que : « les conseils régionaux participent le plus souvent au fi- nancement ». Déjà un sujet de désaccord en pers- pective au sein de la « gauche » ou un « problème qui ne se pose pas à la région » ?

I

Le Postillon I numéro 5 I avril 010

pourquoi et comment ces caméras ont pu être installées en douce. Que nenni ! C’est la bouille de Jérôme Safar, adjoint à la sécurité, qui apparaît à l’écran : « L’hyper cen- tre-ville autour du jardin de ville pour traiter des probléma- tiques de rassemblement. Le Village Olympique pour traiter la question de la protection des bâtiments publics. Vous savez que certains ont fait l’objet de dégradation par incendie l’an

Quant aux journalistes du Daubé, ils ferment leurs yeux à l’approche des caméras situées à quelques centaines de mètres de leur rédaction (place de la gare et avenue Alsace Lorraine). Leurs voisins de palier de Grenews n’ont, eux, pas même pondu une brève. Mauvaise pioche, la presse locale ne nous apprendra rien, on se tourne vers les élus.

« Mais pour l’instant, elles ne sont pas installées ! Et elles ne seront pas installées sans l’accord d’un comité d’éthique »

Michel Destot, maire de Grenoble

dernier et des parkings parce que là aussi il y a des problèmes de véhicules incendiés et enfin le secteur de la Capuche, du square de la Fleur en particulier, parce que là nous avons une problématique de regroupements et de trafics ». Des caméras qui n’ont pas encore vu le jour. Mais rien sur les caméras en place. Safar botte en touche, à moins qu’on ne lui ait

Et le reporter de France

3 termine son commentaire sous une caméra « 360° » à

pas posé la bonne question

Grenoble.

Le 1er mars, France Bleu daigne s’intéresser au « sujet sen- sible ». Où l’on apprend que « les caméras de surveillance poursuivent leur progression à Grenoble ». Suit une inter- view de l’inébranlable Jérôme Safar, impeccable dans son discours : « Nous, nous souhaitons développer [le système de vidéosurveillance] de façon maîtrisée. On va pas mettre des caméras partout, je le dis très franchement. En revan- che on va en mettre dans tous les secteurs de la ville ». « Pas partout » mais dans « tous les secteurs » ? Aucun zoologue n’a encore réussi à déchiffrer le langage de l’animal poli- tique L’adjoint poursuit : « Chronologiquement, l’hyper centre- ville et autour du jardin de ville parce qu’il y a eu beaucoup de soucis depuis ces deux dernières années. Le deuxième en- droit, ça va être le Village Olympique, avec deux objectifs :

préserver la sécurité des bâtiments publics, puis sécuriser des zones de parking, donc là il y a une demande des habitants. Puis le troisième secteur, c’est autour du square « La Fleur », dans le quartier de la Capuche ». Pour lui économiser de la salive, Le Postillon lui aurait bien suggéré de donner une interview simultanée à France 3 et France Bleu Isère plutôt que de devoir se répéter. Safar enfonce le clou : « Donc à chaque fois, on implante, on le fait en lien avec les unions de quartiers ou les CCS (Conseils Consultatifs de Secteur), donc il y aura des réunions de travail pour les implantations exactes et on évalue au bout de deux ans pour voir quels effets ça a eu réellement ». Pas l’ombre d’une « réunion de travail » pour les 13 camé- ras installées en début d’année dans les rues de Grenoble. Le journaliste, rassurant, finit par « Et en avril, la mai- rie de Grenoble a prévu de mettre en place une commission d’éthique concernant l’utilisation de ces caméras de vidéo- surveillance ». Encore beaucoup de bla bla mais toujours pas l’once d’une explication sur celles déjà installées en centre ville.

Des élus silencieux

Espérant éclairer nos lanternes sur l’opacité de ce projet, nous contactons dix élus par mail (les présidents des grou- pes politiques du conseil municipal ainsi que Jérôme Sa- far). Deux courriels nous sont revenus : « messagerie plei- ne » et sept autres sont restés sans réponse. Seul le groupe Ecologie et Solidarité nous a répondu [1]. Conclusion :

1 - certains élus n’utilisent même plus leur messagerie of- ficielle offerte par la mairie pour répondre à leurs conci- toyens. 2 - Le Postillon n’a aucune légitimité aux yeux des élus de la cuvette. Tant mieux et qu’à cela ne tienne ! Il existe d’autres moyens pour les faire parler.

tienne ! Il existe d’autres moyens pour les faire parler. 10 000 manifestants défilent sous les

10 000 manifestants défilent sous les yeux de 6 nouvelles caméras le 23 mars

L’adjoint : « pour les supporters de foot »

Questionné sur un marché, Pascal Garcia, adjoint à la

mairie de Grenoble, tracte pour les régionales. Il bafouille :

« Oui c’est vrai que ça fait débat au sein de la municipalité

mais ces caméras sont installées sur le parcours des supporters de football ». Ah bon ? Les supporters, à supposer qu’ils ar- rivent de la gare, pour se rendre au stade des Alpes, (situé entre les boulevards Jean Pain et Clémenceau) remonte-

raient le cours Jean Jaurès pour se perdre sur

le chemin

du stade Lesdiguières (!) où le GF38 ne joue plus depuis deux saisons ! Ou bien encore, ils se baladeraient aux qua-

tre coins de la ville avant de se rendre au stade : un petit tour dans le quartier Saint-Bruno, puis sur la voie Corato

en passant par le musée de Grenoble

autant retapisser

tout de suite la ville de caméras si c’est pour suivre ces in- lassables marathoniens que sont les supporters de foot

Le cabinet du maire : « pour des travaux »

« Comment est-il possible que nous n’ayons pas été informés de

l’installation de ces caméras ? » s’enquiert un lecteur auprès de la mairie. Du standard au service presse, le curieux se fait trimbaler d’un service à l’autre jusqu’au cabinet du maire où on lui enjoint d’envoyer un mail. Il obtempère. Quelques jours plus tard, Cecile Colomby-Manhes, du cabinet du maire, lui répond succinctement par écrit :

« En réponse à votre courriel et votre appel téléphonique du jeudi 11 février 2010, je tenais à vous préciser que la ca- méra sis au croisement des cours Jean-Jaurès et Berriat est une caméra de surveillance du trafic routier, qu’elle bénéfi- cie d’une autorisation préfectorale et qu’elle n’est pas encore opérationnelle ». Ouf ! Une des caméras bénéficie d’une autorisation préfectorale. Quoi de plus normal, c’est la loi. Non satisfait de cette réponse, notre lecteur décro- che de nouveau le combiné. Cécile Colomby-Manhes lui soutient que les caméras disposées le long du cours Jean Jaurès (4 au total) serviraient à observer les flux de trafic en vue de la construction de la ligne de tramway E ! « Et celle de la place de la gare ? » Idem : la place va être rénovée. Rien à voir donc avec ces hordes de hooligans déferlant les soirs de match de foot comme l’expliquait l’adjoint. Ils posent simplement des caméras pour de futurs travaux. C’est noté.

Le maire : « elles ne sont pas installées ! »

Quant au principal concerné, Michel Destot, il est in- terpellé le 11 mars lors d’un meeting du Parti Socialiste à Sciences Politique. Reconnaissons-lui de savoir mentir effrontément : « Effectivement, avec de nombreux partenai- res, associations, collectivités territoriales, préfecture et la ville de Grenoble, nous sommes en train d’étudier l’implantation de nouvelles caméras. Mais pour l’instant, elles ne sont pas installées ! Et elles ne seront pas installées sans l’accord d’un comité d’éthique » [2]. Le premier magistrat de la commune confond-il « instal- ler » et « mettre en service » ou se fout-il éperdument des grenoblois ? A vous de juger. Rappelons au maire que des photos datées des installations de ces caméras ont été pu- bliées, et que s’il le souhaite Le Postillon peut lui fournir les contrats qu’il a signé avec l’entreprise Inéo, l’installa- trice de caméras (voir « rendus actes », Le Postillon N°4). La langue de bois de Destot lui sied si bien qu’on pourrait s’imaginer l’élaguer à coups de tronçonneuse.

L’ouvrier : « pour la police »

Toujours à l’affût, des postillonneurs finissent par rencon- trer un ouvrier d’Inéo en train d’installer une caméra sur

La municipalité tapisse vos rues de plans des parcs à crottes canins, on vous offre le plan des caméras de vidéosurveillance de la ville (voir carte jointe)

la place de la gare : « Oui, on va en poser d’autres un peu partout dans la ville mais pas partout parce que ça coûte cher une caméra. Y en a c’est pour la voirie, mais celle-là c’est pour la police, pour surveiller le début des manifestations. Elle va peut-être aussi servir si y a un problème sur le tram, mais c’est d’abord pour la police ». Menteur va !

Joli patchwork de contradictions, d’incohérences et de mensonges sur un sujet qui concerne pourtant tous les grenoblois circulant dans les rues de la ville. Pourquoi ne nous demande-t-on pas si l’on souhaite vivre quotidien- nement sous l’oeil des caméras ? Comment les autorités peuvent-elles rester aussi imprécises et confuses (et parfois complètement muettes) sur un projet qui coûte des cen- taines de milliers d’euros ?

un projet qui coûte des cen- taines de milliers d’euros ? [1] Voilà leur réponse :

[1] Voilà leur réponse : « Notre groupe Ecologie & Solidarité - EluEs Verts, Ades, Alternatifs a saisi le Maire de plusieurs demandes de communication de documents, que nous n’avons toujours pas reçues. Nous avons fait savoir, à de plusieurs reprises, en Conseil Municipal, dans le journal Les Nouvelles de Grenoble, combien il nous semblait que ce sujet méritait un véritable débat public que la majorité ne cesse de vouloir repousser et éviter. Nous prendrons des initiatives pour que ce débat soit ouvert et associe les citoyens ».

[2] Récit à lire sur www.grenoble.indymedia.org

». [2] Récit à lire sur www.grenoble.indymedia.org QuI AccEPTErA D’EnTrEr DAns LE coMITÉ D’ÉThIQuE ?

QuI AccEPTErA D’EnTrEr DAns LE coMITÉ D’ÉThIQuE ?

Mise en place d’un « comité éthique » beugle Destot. « Commission éthique » renchérit Safar. Ne chipotons pas sur les termes car tant qu’ils placent « éthique », c’est pour faire passer la pilule de la vidéosurveillance. Utiliser

« éthique » comme un adjectif signifie « qui concerne la morale » dixit le Petit Robert. Lyon, la ville socialiste dirigée par Gérad Collomb, regorge déjà de caméras de vidéosurveillance. La munici- palité a mis en place une « charte éthique de la vidéosurveillance » composée d’un « collège » chargé notamment

« d’informer les citoyens sur le fonctionnement du système de vidéosurveillance et reçoit leurs doléances », il peut aussi

« formuler des recommandations au maire ». Bien. Et qui trouve t-on dans ce « collège » ? Des adjoints et conseillers municipaux à gogo, un directeur de centre commercial (!), des présidents d’associa- tions de commerçants (!) et un avocat. Mais pour donner une certaine caution à cette mascarade, la ville a aussi fait appel aux présidents de la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), du MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples )et de la LDH (Ligue des droits de l’homme) [1]. La municipalité grenobloise s’inspirera t-elle de sa grande soeur lyonnaise pour composer son « comité d’éthi-

que » ? Anticipant, Le Postillon sollicite par téléphone Pierre Gaillard, président de la fédération de l’Isère de la Ligue des droits de l’homme. Il précise qu’il n’a pas lu Le Postillon. Il ne sait donc pas que des caméras sont déjà installées, nous lui signalons. On lui demande s’il serait prêt à participer à un « comité d’éthique » si la municipalité lui proposait. Voilà ce qu’il répond : « Un comité d’éthique ? Vous savez c’est comme les nanotechnologies, ça dépend à quelle sauce on va être mangé. Si le comité d’éthique est fait pour faire une réflexion avant la mise en place, oui. On pourrait effecti- vement dire à monsieur le maire, écoutez, réfléchissons à deux fois et regardons quelle est l’efficacité de ce genre de moyens. Mais s’il s’agit d’entériner quelque chose qui a déjà été décidé, je ne vois pas pourquoi on va aller se déplacer ». Puis il insiste : « Si c’est pour savoir que de toute façon les caméras ont été achetées et que c’est comme ça et qu’on va faire plaisir à une certaine partie de la population peureuse, je ne vois pas ce qu’on irait faire là-bas ». La réponse a le mérite d’être claire : il n’y aura pas de LDH dans le « comité d’éthique » puisque des caméras trônent déjà dans le centre ville. Pierre Gaillard émet même des réserves quant à l’efficacité de la vidéosurveillance : « C’est uniquement pour les rassurer mais sans aucune efficacité je pense. Ça servira à rien. Une société où on dit sans cesse qu’il faut se protéger,

« ayez peur des autres », « ayez peur des autres ». Bon trop c’est trop à un moment. Les gens se calfeutrent, mettent des digicodes, restent devant leur télévision ». Si le président de LDH de l’Isère refuse de collaborer à leur « comité d’éthique », on pourrait suggérer à Michel

puisqu’il est aussi membre de la Ligue des droits de l’homme [2]. Une

appartenance en franche contradiction avec la volonté du maire de placer Grenoble sous l’oeil des caméras. Rappelons-lui donc la position de la LDH sur le sujet : « Inefficace et coûteuse, l’inflation de la vidéosurveillance est surtout liberticide. Non seulement l’enregistrement de l’image d’une personne sans son consentement est une attein- te à la vie privée, protégée par la Convention européenne des droits de l’Homme et par l’article 9 du Code civil, mais le projet de suivre en permanence les allées et venues de chacun n’est pas compatible avec une société de libertés » [3]

Destot de se porter lui même candidat

[1] -Dans le document officiel publié par la municipalité lyonnaise, la LDH est encore mentionnée, alors qu’au siège national de la LDH on nous affirme que l’association s’en est retirée. [2]- Le responsable national « liberté et technologies » de LDH, eu au téléphone, s’étonne que le maire installe des caméras sans en informer les greno- blois tout en étant adhérent de l’association. « Je vais devoir en référer plus haut » glisse t-il. [3] – Communiqué de la LDH « Citoyens sous (vidéo)surveillance », 25 mars 2009.

Le Postillon

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numéro 5

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avril 010 I

Des yeux rouGes

à Echirolles, des caméras pour les quartiers populaires

Le PaRTi CoMMunisTe CHanGe. à echirolles, deuxième ville du département, les communistes au pouvoir ont troqué la faucille et le marteau contre la matraque et la caméra. Renzo sulli, le maire, réclame à corps et à cri un commissariat au ministère de l’intérieur [1] et a installé des caméras de vidéosurveillance dans les quartiers populaires. un an et demi plus tard, la municipalité s’apprête à payer plus de 100 000 euros pour remplacer les caméras endommagées. Reportage dans la banlieue rouge.

L E langage est une arme que les élus savent manier. Renzo Sulli, maire communiste d’Echirolles, a em- boîté le pas des caciques de l’UMP et utilise le terme

de « vidéoprotection » au lieu de « vidéosurveillance » pour désigner les caméras qu’il installe dans les quartiers popu- laires de sa ville. Un changement sémantique d’importan- ce qui vise à faire croire que les caméras ont pour seul but de « protéger » les honnêtes citoyens et non pas d’épier leurs habitudes. Renzo Sulli articule d’ailleurs tout son argumentaire pour développer la vidéosurveillance autour de cette idée : selon lui, les premières victimes de l’insé- curité sont les pauvres vivant dans les quartiers difficiles ; la vidéosurveillance est donc un outil pour les protéger des délinquants. Dans cette optique, la ville d’Echirolles « expérimente la vidéoprotection » depuis un an et demi sur la place Beau- marchais, sur la place de la Convention et autour de la Butte, « lieu de vie culturel et sportif ».

Pour en savoir plus, nous sommes allés nous renseigner à la mairie, qui nous a redirigés vers la police municipale, en charge de la gestion des caméras. Un des responsables nous reçoit et défend l’expérimentation, qu’il veut raison- née, limitée et contrôlée. « Nous faisons très attention aux

éventuelles dérives, les images ne sont utilisées que lorsqu’il

y a des délits, il y a un comité d’éthique qui contrôle tout

C’est

sûr que c’est malheureux d’en arriver là, que ça révèle des problèmes sociaux graves mais voilà on considère les camé- ras juste comme un outil. Mais c’est un outil qui ne doit pas remplacer l’humain. » Est-ce que les caméras ont eu une utilité depuis qu’elles sont installées ? « Oui ça nous

a permis d’identifier quelques personnes. (…) C’est certain

qu’un des effets c’est de déplacer la délinquance vers d’autres endroits sans caméras. (…) Mais ça permet aux habitants de

la place Beaumarchais de se sentir plus en sécurité sur leur

place. Et ça c’est important. » Le discours de la police municipale d’Echirolles rejoint parfaitement celui du maire, et se base principalement sur la volonté d’augmenter le « sentiment de sécurité » chez les habitants des quartiers populaires. Nous partons donc de- mander aux principaux intéressés ce qu’il en est.

ça, nous ne voulons pas du tout être Big Brother. (

)

Place Beaumarchais, entre midi et deux. On repère les quatre « dômes 360 » posés sur des façades d’immeubles, protégées par des sortes de hottes en ferraille. Parmi les passants, les avis sont partagés. Une femme avec pous- sette et marmots nous explique que « les caméras n’ont rien changé. Il y a toujours les mêmes problèmes ici. » Un retraité juge « que ça permet d’avoir moins peur d’être agressé. » Une femme le rejoint et estime que « c’est rassurant ». Mais une autre prend le contre-pied et note « que depuis qu’il y a les caméras, la boulangerie en plein milieu de la place s’est fait braquer plus de fois qu’avant. En plein jour, par des personnes qui avaient des cagoules. Et ils n’ont pas été retrou- vés. » Un groupe de jeunes est du même avis et l’un deux assure que « personne ne s’est fait serrer à cause de ça. Le plus étonnant, c’est qu’elles aient tenu autant de temps sans être

I Le Postillon

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numéro 5 I avril 010

attaquées. Parce qu’à la Butte et à la Convention, elles mar-

» Ah bon ? « Oui, celles de la Butte

ont été brûlées, celles de la place de la Convention détruites. » Comment ? « Sûrement avec des boules de pétanque »

chent plus les caméras

Direction donc la Butte, bâtiment carré sur lequel sont installées pas moins de 13 caméras. La plupart, caméras classiques unidirectionnelles, ne font « que » surveiller les entrées. Sur le boulevard d’à côté, des dômes 360° placés sur des poteaux filment les alentours. Ils suppléent les dô- mes installés sur le bâtiment, visiblement non opération- nels, la moitié de leur globe ayant brûlé. Trois cents mètres plus loin, c’est la place de la Conven- tion. Ici aussi, il reste les supports de caméras, mais les globes en verre des dômes ont disparu. La boulangère nous confirme que les caméras ont été mises hors d’état de nuire avant même d’avoir fonctionné. « De toute façon, c’est pas possible dans ce quartier. Même quand des barrières

Labelle, contacté par téléphone : « On en est à repayer plus de 100 000 euros pour remettre cette installation qui n’a rien apporté pour l’instant [ndlr : l’installation avait déjà coûté 500 000 euros, selon le site internet du Modem échirollois]. Le maire a voulu faire passer ça en douce mais on l’a interpellé parce qu’il y avait une décision municipale, même pas une délibération, ou on nous refaisait passer un devis signé pour « installation de caméras ». Alors on a posé la question : « ça correspond à quoi ? » parce que pour nous elles sont déjà installées ces caméras. Et on nous a répondu que c’est pour remplacer celles qui ont été cassées. »

Le Modem échirollois est le seul parti de la ville à s’op- poser à la vidéosurveillance. Les Verts, qui appartiennent à la majorité, ne disent rien publiquement sur ce sujet « sensible ». L’inverse, donc, de

Greno- ble,
Greno-
ble,

sont installées le matin, elles sont enlevées l’après-midi même. Alors des caméras pour surveiller, c’était sûr que ça allait pas

tenir

»

Les « boîtes à images », quelles qu’elles soient – appareils photos ou caméras –, ne semblent en effet pas être appréciées dans le quartier, comme on le constate peu après. Alors qu’on s’apprête à prendre en photo les vestiges des caméras, deux jeunes nous apostrophent depuis le hall d’à côté : « Eh qu’est-ce-que vous faites là ? Vous êtes en train de nous pren- dre en photo ? Faut pas nous pren- dre en photo ! Pas moyen. Vous bossez pour les flics ou quoi ? » S’en suit une discussion un peu musclée, où l’on finit par réussir à expliquer les raisons de notre présence ici : on n’a pris aucune photo de personnes, on ne travaille pas avec la police et on est contre les caméras. Discus- sion conclue par une affirmation de l’un d’entre eux : « Des caméras, ils vont en remettre, mais ça fera com- me pour les premières, elles seront tout de suite niquées. »

Effectivement, des caméras ils vont tenter d’en remettre. Et ça va coûter cher à la ville. Selon l’élu Modem Thierry

où le Modem, appartenant à la majorité, ne dit rien sur les caméras, et où les Verts, relégués dans l’opposition depuis 2008, émettent quelques réserves sur la vidéo- surveillance – sans pour autant se déclarer franchement contre. Rajoutons à ceci que les caméras sont mises en place à Echirolles par le Parti Communiste, alors qu’au niveau national, ce parti s’oppose au développement de la vidéosurveillance. Et on obtient l’illustration parfaite d’une vérité régulièrement niée, surtout en période de campagne électorale : les prises de positions des partis politiques ne sont qu’opportunistes et ne résistent sou- vent pas au jeu des alliances et à l’exercice du pouvoir.

Revenons à nos mouchards échirollois. « Le Modem n’est pas opposé à la vidéosurveillance par principe », nous indi- que Thierry Labelle. Qui fustige avant tout « un rapport coût/rendu absolument prohibitif : il y a 4 caméras sur la place Beaumarchais et vous avez 4 agents contractuels, payés par la ville, qui sont derrière les écrans pour surveiller. » Et les Verts ? Anne-Sophie Mérot, adjointe Verte à l’éco-

du rendu. C’est soi-disant une expérimentation mais la ville ne peut pas nous donner quels sont les indicateurs qui ont été mis en place pour savoir si c’est efficace ou pas. » En cherchant sur internet ou dans la propagande muni- cipale, on n’a trouvé aucune information ni sur le comité d’éthique et son fonctionnement, ni sur une quelcon- que charte de bonne utilisation. Les élus communiquent beaucoup sur les prétendus « contrôles » accompagnant le développement de la vidéosurveillance, mais cette com- munication porte sur du vent. Ce que nous confirme Anne-Sophie Mérot : « Je fais partie du comité d’éthique qui s’est très peu réuni : il s’est réuni une fois mais j’étais en vacances, c’était en juillet. »

Au retour de ces quelques pérégrinations pédestres et téléphoniques, on pourrait conclure qu’à Echirolles, la vidéosurveillance se révèle être avant tout une gabegie financière entourée d’une communication creuse. Mais s’arrêter à ce constat serait omettre l’essentiel. Car même si les caméras n’ont pas pour l’instant de résultats tangi-

«Je fais partie du comité d’éthique qui s’est très peu réuni : il s’est réuni une fois mais j’étais en vacances, c’était en juillet »

Anne-Sophie Mérot, adjointe verte

nomie, nous explique que « la vidéosurveillance a été actée avant les élections. Nous quand on est arrivé pour discuter du programme c’était déjà décidé. Ce qu’on a négocié dans le programme, c’est que ce soit que de l’expérimentation et qu’on puisse participer au bilan et voir si on l’étendait mais qu’en tous cas ce soit pas de fait une politique de traitement de la délinquance. Donc on est pas totalement en accord avec le maire sur ce sujet là. On s’est abstenu sur quelques délibé- rations parce qu’on considère qu’on n’avait pas fait partie du débat pour instaurer la vidéosurveillance. »

Mais comment se fera ce fameux bilan ? Comment va-t-il être décidé que l’expérimentation est concluante - ou non ? Thierry Labelle est là-dessus très dubitatif : « Il y a un comité d’éthique mais il n’y a aucun système d’évaluation

bles, leur simple présence – dans un quartier populaire – habitue peu à peu la population à être surveillée en permanence, jusque dans les lieux de vie. Si la munici- palité communiste d’Echirolles se défend de vouloir être « Big Brother » et dit ne pas vouloir surveiller la vie privée des habitants, cet « outil » déjà installé pourrait avoir des conséquences autres aux mains de pouvoirs moins bien intentionnés. Et même un comité d’éthique actif et solide ne pourrait rien faire contre ces « mauvaises utilisations », si ce n’est les légitimer par sa simple existence.

Enfin, le choix de cet « outil » par une mairie communiste - comme son souhait insistant de disposer d’un commis- sariat [1] - est symptomatique de l’évolution d’une cer- taine gauche, qui se convertit aux méthodes policières

BIG BrIsèrE

Les caméras installées à Grenoble font partie d’un plan de l’Etat de développement de la vidéosur- veillance. Le ministère de l’Intérieur finance donc 40% des nouvelles installations, qui totalisent 3500 nouvelles caméras dans 280 communes (Le Figaro, 22/03/2010). Dans l’Isère, ce ne sont pas moins de 25 communes qui rentrent dans ce plan ! Isérois, ne souriez plus ! Vous pourrez doré- navant être filmés dans les communes d’Allevard les Bains, Beaurepaire, Bouge Chambalud, Cha- ravines, Chasse sur Rhône, Chavanoz, Cheys- sieu, Cremieu, Echirolles, Grenay, Grenoble, Heyrieux, La Côte St André, La Mure, Moirans, Mont Lans, Pont Cheruy, Ruy Montceau, Saint Savin, Seysinnet Pariset, La Verpillère, Vienne, Villefontaine, Voiron.

et sécuritaires pour lutter contre des problèmes sociaux. Comment peut-on se satisfaire d’en arriver à installer des caméras pour « rassurer» ou « augmenter le sentiment de sécurité » de personnes n’osant plus parler à leurs voisins ? Comment peut-on considérer ceci comme une solution ? Et si les caméras étaient efficaces, qu’est-ce qu’elles provo- queraient ? L’arrestation de dealers et autres « teneurs de murs » ? Et puis ? Plus de colère pour leurs frères, leurs cousines et leurs voisins. Un fossé qui se creuse un peu plus entre les supposés « délinquants » et les prétendus « honnêtes citoyens ». Et un malaise social qui grandit encore et encore, sans qu’aucun « outil » technologique ne soit en mesure de le résoudre

« outil » technologique ne soit en mesure de le résoudre [1] Brice Hortefeux, le ministre

[1] Brice Hortefeux, le ministre de l’Intérieur, vient une nouvelle fois de répon- dre par la négative à la demande faite depuis plusieurs années par Renzo Sulli d’avoir un commissariat « de plein exercice » à Echirolles (car pour l’instant la ville dépend du commissariat de Grenoble). Selon le maire, « Echirolles mérite des forces de police à la hauteur du pôle de centralité urbaine économique et social qu’elle est devenue » (sur www.ville-echirolles.fr)

Quizz : qui est le plus mégalo ?

Notre succursale chinoise a décortiqué trois journaux locaux de propagande (1) que nous leur avons fait parvenir par avi- on. Elle vous propose une devinette. Sauriez-vous placer dans le bon ordre les chiffres suivants :

6, 34 et 8 ?

Les Nouvelles de Grenoble, magazine municipal de la ville.

Le maire Michel Destot est cité

fois.

Isère Magazine, magazine du conseil général.

Son président André Vallini est cité

fois.

Le Metroscope, magazine de la communauté de communes.

Son ancien président Didier Migaud est

fois.

1 - Étude réalisée sur les derniers numéros disponibles (N°134 des Nouvelles de Grenoble, N°103 d’Isère Magazine et N° 82 du Metroscope)

6et348,:Réponses

Isère Magazine et N° 82 du Metroscope) 6et348,:Réponses Quizz mathématiques Sachant que ces trois journaux à

Quizz mathématiques

Sachant que ces trois journaux à la gloire du PS sont distribués « gracieusement » (à l’aide de vos impôts) dans vos boîtes aux lettres à 96 000 exemplaires pour Les Nouvelles de Grenoble, à 192 000 exemplaires pour Le Metroscope et à 490 000 pour Isère Magazine, com- bien de fois ont été imprimés les mots « Destot », « Migaud » et « Vallini » ?

Le Postillon

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numéro 5

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QuaND Le VaL De susa DéraiLLe

Lyon-Turin : des Italiens sortent du train-train quotidien

Mais que FaiT La RéGion ? Les élections sont passées mais les grands projets restent. Parmi ceux- là, le Lyon-Turin, un des plus gros chantiers d’europe, que la région Rhône-alpes arrose de quel- ques 400 millions d’euros. au retour d’un périple au côté des opposants « notav », la branche franco-italienne du Postillon nous dresse un topo de ce pharaonique projet et de la résistance qu’il rencontre.

D EUx cents kms de voies ferrées, 120 kms de tun- nels, 15 ans de travaux, coût total : 25 milliards d’euros. C’est le projet démesuré de la liaison ferro-

viaire Lyon-Turin combinant transport de marchandises et voyageurs. Un des plus grands chantiers européens ac- tuels né dans les années 80, et décidé par un accord fran- co-italien en 2001 pour une mise en service en 2023.

Mais à quoi bon ? Pour faire gagner 2 heures aux voya- geurs entre Lyon et Turin ? Le projet « grande vitesse » de départ, difficilement défendable, a été repeint en vert :

le principal argument aujourd’hui est donc de mettre les camions sur les wagons (jusqu’à 40 millions de tonnes de marchandises par an) pour désengorger les vallées sa- voyardes. Plus sûr, plus vite, plus écologique : circulez, y’a rien à redire.

Vraiment ? Pourtant, d’après la CIPRA [1], des aménage- ments sur la ligne historique (tunnel ferroviaire du Fréjus, aujourd’hui sous-utilisé) permettraient de transférer au rail les 20 millions de tonnes qui empruntent aujourd’hui les tunnels du Mt-Blanc et du Fréjus, pour 1 milliard

reste. Quant à la partie française du projet (tunnels sous

la Chartreuse nord et Belledonne, infrastructures

est copieusement soutenue par la région Rhône-Alpes (400 millions euros) et les autres collectivités (175 mil- lions euros) [4].

), elle

Premier bénéficiaire de cette pluie d’euros, le BTP fran- çais. Les excavatrices ont déjà commencé à grignoter la montagne : trois « descenderies » de reconnaissance reliant la Maurienne au futur tunnel ont été creusées, engloutis- sant plus de 500 millions d’euros et recrachant 1 million de mètres cubes de déblais. C’est que le temps presse, il faut commencer à creuser ce fameux tunnel transfronta- lier début 2011 au plus tard, pour respecter le calendrier imposé par l’Union Européenne

Rassemblé.e.s sous le slogan « No Tav ! » (tav= tgv), les habitant.e.s du Val de Susa, où débouche le tunnel trans- frontalier, s’opposent depuis 20 ans au projet. En novem- bre et décembre 2005, ce mouvement massif et populaire, tous âges et catégories sociales confondus, s’est physique-

« Notre plus grande force, c’est d’être désorganisés »

Alberto

d’euros. Le trafic de camions à travers les Alpes savoyar- des stagne depuis 10 ans, et emprunte plutôt les nouvelles « autoroutes ferroviaires » suisses (Lötschberg et futur St- Gothard), voire les futures « autoroutes maritimes » pour contourner les Alpes par la Méditerranée. Enfin, rien n’a été fait en France jusqu’ici pour encourager concrètement le report des camions sur les trains.

Ce qui n’empêche pas tou.te.s les élu.e.s rhônalpins, Verts compris, de clamer que le Lyon-Turin est « incontournable »[2], « le chaînon manquant de l’axe stratégique Lisbonne- Kiev »[3]. Pour offrir cette autoroute ferroviaire au capita- lisme, tous les politiques se cotisent : l’Union Européen- ne payera 27% des 8 milliards du tunnel international, l’Etat français une somme quasi-identique et l’Italie le

ment opposé aux premiers sondages : manifs géantes (80 000 personnes), occupation de sites de chantier, blocages de

les foreuses ont dû faire demi-tour, ainsi que les

routes

centaines de policiers et gendarmes qui leur ouvraient violemment le passage.

Les NoTav refusent que leur vallée, déjà parcourue par une ligne de chemin de fer et une autoroute, encaisse un bétonnage de plus qui la transformerait définitivement en

« couloir de service industriel ». Avant que les camions ne

ils défile-

ront pendant 15 ans jour et nuit sous leurs fenêtres, char- gés des roches du massif de l’Ambin riches en amiante et en uranium (15 millions de tonnes de déblais prévus) Sont aussi dénoncés les énormes intérêts du BTP et de

défilent sur les trains (300 par jour prévus

),

la mafia dans ce projet à la fois inutile, coûteux et nuisi- ble. Qui vont aussi sacrifier leurs transports ferroviaires de proximité.

à la grande vitesse et à l’occupation policière de leur ter- ritoire, ces opposant.e.s répondent « slow food » et convi- vialité ! Suite aux affrontements de 2005, cinq cabanes (les « presidios ») ont été construites sur différents sites de sondage. Les militant.e.s s’y relaient nuit et jour, at- tendant de pied ferme les machines de sondage sous très haute « protection » policière. Dans une même soirée, on peut y croiser une maire, un instit et ses enfants, quelques mamies pétillantes, de jeunes anarchistes, un menuisier, un vieux chasseur. Ici, chaque jour on festoie, on chante, on s’organise, on s’informe, et chacun.e peut venir dor- mir. Ni l’incendie de deux « presidios » cet hiver, ni le tabassage de deux manifestant.e.s par la police en février 2010, n’entament la joyeuse détermination des résistant. e.s du Val de Susa. Pas plus la prise de distance récente des maires de nombreux villages avec le mouvement ; « De toute façon nous ne croyons plus en aucun parti politique, ils sont tous pro-Tav » nous confie Mariano, avant de conclu- re fièrement : « Le mouvement No Tav n’a pas de chefs ! ». Ce qui résonne avec cette phrase d’Alberto : « Notre plus grande force, c’est d’être désorganisés ». « Sarà dura ! » : « ce sera dur » au TGV Lyon-Turin de passer par notre belle vallée, clament drapeaux et pancar- tes. Espérant bien que le projet tombe en panne sèche de financements, et qu’une réelle opposition naisse aussi de l’autre côté de la frontière

opposition naisse aussi de l’autre côté de la frontière [1] Commission Internationale pour la Protection des

[1] Commission Internationale pour la Protection des Alpes, ensemble d’asso- ciations européennes de défense de l’environnement [2] Gérard Leras, président du groupe Verts au conseil régional Rhône-Alpes, déc 2005 [3] Bernard Soulage, premier vice-président du conseil régional en charge du dossier, 2005 [4] protocole de financement Etat-collectivités signé en mars 2002

http://www.123savoie.com/article-45625-1-liaison-ferroviaire-lyon-turin.html

Photos : cabane, « presidio » de Venaus un village à 5 kms de Susa et manifes- tation du 6 mars 2010 à Turin.

à 5 kms de Susa et manifes- tation du 6 mars 2010 à Turin. 10 I
à 5 kms de Susa et manifes- tation du 6 mars 2010 à Turin. 10 I
à 5 kms de Susa et manifes- tation du 6 mars 2010 à Turin. 10 I

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Le Postillon I numéro 5 I avril 010

Ploufs dans la cuvette

De Longevialle sous les verrous ?

Un article de la loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (LOPPSI 2) stipule que « le fait de faire usage, sur un réseau de communications électroniques, de l’identité d’un tiers ou de données de toute nature permettant de l’identifier, en vue de troubler la tranquillité de cette personne ou d’autrui, est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende ». L’article s’appliquera t-il à Philippe De Longevialle (ex-président de la fédération du Modem de l’Isère) qui, dans un courrier électronique avait usurpé l’identité de Thomas Ru- digoz, un élu Modem de Lyon ?

La rumeur

Après avoir révélé être l’auteur du faux mail ayant enflammé le Modem rhônalpin en février, Philippe de Longevialle, adjoint à l’urbanisme à la ville de Grenoble, aurait avoué entre deux pe- tits fours qu’il est aussi l’auteur du faux Métroscope (en octobre 2004), des pastiches Libertys (juin 2005) et Tunnelis (mai 2006), ainsi que des faux mails envoyés aux médias pendant la campa- gne pour la candidature de Grenoble aux J.O. de 2018. Selon nos sources, les Yesmen l’auraient contacté pour le débaucher.

La Fnac, une entreprise de déshumanisation ?

Ce samedi 20 février, place Félix Poulat, une curieuse banderole posée devant la Fnac (Fédération Nationale d’Achat des Cadres) attire l’attention des passants. Il est écrit « Non à la suspicion, non à la déshumanisation de l’entreprise, salariés en grève. » Quoi ? Une des entreprises symbole de la société moderne, vendant tous les gadgets technologiques censés améliorer la vie, fonctionnerait sur le mode de la « déshumanisation » ? Notre curiosité aguichée, nous rencontrons quelques jours plus tard une employée de l’en- treprise. Alors, la Fnac déshumanise ? « En fait, on a surtout fait grève à cause du nouveau chef de la Fnac-Grenoble. Il impose un management par la terreur, veut licencier un cadre pour des raisons non valables, instaure un climat de suspicion et de défiance. Des ca-

méras ont été installées dans les couloirs où seul le personnel accède,

(…) On a mis « déshuma-

nisation » sur la banderole parce que ça sonnait juste pour tout le monde. Mais ça n’a pas à voir avec ce que fait la Fnac en général, c’est avant tout pour l’attitude de la direction actuelle.» Reste à savoir si les produits vendus à la Fnac ne « déshumani- sent » pas le reste de la société

des rondes de surveillance sont faites

L’oPAc se trouble, des femmes occupent un appart

Le salon de la Destruction Durable

Grand prince, Le Daubé tente de trouver une utilité au stade des Alpes, désespéremment vide 330 jours par an. Il organise donc là-bas, en partenariat avec la Métro, le Salon du Développement Durable, les 4,5 et 6 Juin prochain. Quel sera le sujet princi- pal ? Le développement durable des caméras de vidéosurveillance autour du stade ? Ou le développement durable de la dette de la Métro suite à la construction du stade ?

de la dette de la Métro suite à la construction du stade ? DePuis Le 9

DePuis Le 9 MaRs, un appartement vide est occupé dans le quartier de Renaudie à saint-Martin-d’Hères. Petite visite chez des femmes qui tentent de sortir de la fatalité de la galère de logement.

tentent de sortir de la fatalité de la galère de logement. v OILà le printemps et
tentent de sortir de la fatalité de la galère de logement. v OILà le printemps et
tentent de sortir de la fatalité de la galère de logement. v OILà le printemps et

v OILà le printemps et pour la première fois, on monte dans le tram D. Direction le terminus. On traverse le nouveau quartier du centre de Saint-

Martin-d’Hères, en plein chantier. Comme d’habitude, nos urbanistes ont du génie : c’est grand, propre, et fonc- tionnel. La ligne s’arrête à l’entrée du quartier populaire Renaudie.

On erre un peu avant de trouver l’adresse recherchée : 43, rue du 8 mai 1945. C’est là que depuis le 9 mars, un groupe de femmes occupe un logement vide de l’OPAC 38. L’objectif est de faire pression sur le bailleur social. Des femmes attendent des logements adaptés à leur vies depuis des années, sans succès. Elles sont seules ou avec enfants, en couple ou pas, des vieilles et des jeunes, soute- nues notamment par le collectif Défends-toit, qui agit en faveur des mal-logés. Une lutte payante, puisque certaines d’entre elles ont déjà obtenu un logement adéquat. Ces femmes continuent d’agir, même si leur situation person- nelle s’est débloquée.

On monte au premier étage de l’immeuble. L’accueil est chaleureux : sourires, thé à la menthe, gâteaux. Dans le deux-pièces occupé, des enfants dessinent sur de grandes affiches. Sur la porte, une affichette rappelle qu’il faut vé- rifier qu’il ne s’agit pas d’un huissier ou de la police qui frappe à la porte. Même si l’on nous explique qu’il n’y a pas de menace d’expulsion malgré la fin de la trêve d’hi- ver. L’OPAC 38 se ferait une mauvaise pub en mettant à la porte ces femmes. Sur les murs, des affiches reprennent le tract qu’elles font circuler, et des feuilles sur lesquelles sont indiquées les tâches à accomplir, par roulement : les réunions, les courses, les contacts.

Des femmes de l’union de quartier passent. Des meubles ont été apportés pour aménager l’endroit, et de la nourri- ture achetée ou glanée pour faciliter la vie.

Le quartier Renaudie, du nom de l’architecte, date des années 70-80. Il paraît plutôt agréable à vivre, même si les façades sont austères. Il y a des décrochements d’un étage à l’autre, pour bénéficier de grands balcons. Derrière les immeubles, des cours, invisibles depuis la rue, où le soleil chauffe en ce début de printemps. Mais les appartements ont été mal conçus, et beaucoup d’habitants doivent faire face à des problèmes d’infiltration. « Mon apparte- ment boit l’eau » nous explique Mimount : « Il y a de l’eau partout sur le sol, les prises électriques ne marchent pas, j’ai perdu deux aspirateurs et une télévision à cause de courts- circuits. J’ai peur de rentrer chez moi », continue-t-elle. Elle s’est adressée à la mairie, qui l’a baladée d’un service à l’autre, espérant noyer le poisson. « On m’a dit : allez voir au service Hygiène. Mais c’est pas un problème d’hygiène ! Mon appartement est propre, il est bien tenu. C’est que l’eau rentre de partout, je te jure monsieur ! J’ai même demandé aux pompiers, mais ils peuvent rien faire : c’est à la mairie et au bailleur social de faire quelque chose ».

Le bailleur social a bien une idée : faire des travaux. Pour cela, il faut de l’argent. Mais où le prendre ? Chez les pau- vres, tout simplement. L’OPAC envisage, pour financer ce projet, d’augmenter de 13% les loyers et charges. Les loyers sont déjà énormes : pour le deux-pièces occupé, le bailleur social soutire plus de 500€ par mois, alors que la chambre est si bien conçue qu’une fois le lit installé, on ne peut plus ouvrir la fenêtre. Et comment payer le loyer

quand on touche le minimum vieillesse ? Pas sûr que même un urbaniste chevronné ait la réponse à ce genre de question.

Forcément, au bout d’un moment, ça énerve. Alors ces femmes, aidées par le collectif Défends-toit, s’organisent pour demander un truc tout bête : des logements décents, et adaptés à la vie des habitant.e.s. M. Gaillard, directeur général de l’OPAC 38 s’est engagé à organiser une réu- nion avec tous les autres bailleurs sociaux et publics pour mettre à plat la situation de l’offre et de la vacance des logements sur toute l’agglomération, et de trouver des solutions pour ces femmes. La promesse tient toujours, mais sera-t-elle réalisée ? Cela fait plus d’un an que ce groupe de femmes s’est constitué. Il diffuse des tracts sur les marchés, rencontre les habitant.e.s du quartier, colle des affiches. Les femmes sont impressionnées par l’importance du soutien, et de l’ampleur que prennent leurs revendications. Elles ne se pensaient pas aussi puissantes. C’est qu’ici vivent celles et ceux à qui on ne pense pas quand on a de grands projets pour l’agglomération. Et qui en viennent à douter de leur propre existence. Alors que ce sont elles et eux qui font vivre cette ville.

Quand on reprend place dans le tram D, on repense à ce que nous a dit Mimount, alors qu’on finissait notre thé : « Le plus important de l’histoire, c’est qu’on a pu par- ler de tous nos problèmes. Et puis on y a gagné des visages. Maintenant, je vous connais, et vous me connaissez. Si on se croise, on se dira bonjour, on pourra se parler. Ça, c’est le plus important pour moi. »

dira bonjour, on pourra se parler. Ça, c’est le plus important pour moi. » Le Postillon

Le Postillon

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numéro 5

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Le petit village de Grenoble recule

A la surprise générale, la commission d’enquête sur la rocade

nord a rendu un avis franchement négatif sur l’utilité de cet ouvrage, donnant raison à tous les arguments des anti-Roca- de. Cet avis met un bon gros coup de plomb dans les ailes du projet, au grand dam de ses plus ardents promoteurs, les pa- trons. Le lendemain (Le Daubé, 25/03/2010), ils se sont donc

livrés à un festival de déclarations catastrophées plus drôles les unes que les autres. Pierre Streiff, le patron du BTP 38, s’est déclaré « abasourdi » et a assuré que « cette ville recule, c’est hallucinant ». Sa justesse d’analyse n’a pas l’air d’avancer non plus. Jean Vaylet, le patron du Modem isérois, est « horrifié » alors que le président de la CPGME Isère Robert Sorrel est « à la stupéfaction ». Ont-ils perdu tous leurs derniers cheveux ? Yvan Moryussef, président de la Fnaim de l’Isère, estime avec un réalisme sarkozien qu’ « il ne faut pas que la problématique environnementale soit un frein au développement économique. » Doit-elle donc être juste un vernis dans la communication ? « Pour que nos enfants, après nous, puissent aussi trouver un emploi.» Et un gros trou dans la Bastille ? Quant à Gilles Du- molard, patron de la Chambre de Commerce et d’Industrie,

il parle de « catastrophe » et déplore que « Grenoble restera un

petit village. » Un petit village de 160 000 habitants avec une bande d’irréductibles bétonneurs à sa tête.

J.o. ou développement durable, c’est tout com’

Stéphane Siebert, adjoint aux J.O. et au développement du- rable, justifie après coup la candidature grenobloise ratée aux J.O. de 2018 par « l’impact sur la notoriété nationale de Gre- noble, grâce à sa médiatisation. Certaines communes dépensent

chaque année des fortunes en publicité pour vanter leurs mérites. Et nous, on va reprocher les 2 millions d’euros dépensés en une seule année ? » (Le Daubé, 08/02/2010) Une semaine aupara- vant, le magazine Capital (février 2010) révèle que Grenoble remporte la palme des « grandes villes qui dépensent le plus en communication ». Avec 5,27 millions dépensés pour vendre

la ville aux investisseurs, soit 33 712€ de budget com’ pour

1000 habitants. Une première place méritée, couplée à une très jolie seconde place dans le classement des «grandes villes qui dépensent le plus en réception». C’est en effet Strasbourg qui monte sur la plus haute marche du podium, profitant de l’accueil de l’OTAN en 2009. Grenoble dépense tout de même 780 000€ en petits fours, soit 4962€ pour 1000 ha- bitants. Et dire, comme le remarque Siebert, que « certaines

communes dépensent chaque année des fortunes en publicité pour vanter leurs mérites »

Grenoble champion !

« Grenoble, Champion de France 2010 des énergies renouvela-

bles, Ruban du Développement durable 2009/2011. Grenoble, éco-cité exemplaire distinguée en novembre dernier par le Grand Prix national éco-quartier pour le projet de Bonne » clame le maire de Grenoble [1]. On a envie de dire « bien joué ! », mais comment avez-vous fait ? Eh bien la réponse est dans Capital (février 2010) qui décerne à Grenoble la palme d’or des « grandes villes qui dépensent le plus en communication » en France. Étonnamment, Destot n’a pas rappelé une seule fois cette distinction. Et pourtant, cet excellent classement

explique tous les autres car la plupart des « prix », « rubans »

et autres distinctions se basent bien plus sur les plaquettes de communication que sur la réalité.

[1]- Edito du fascicule de la biennale de l’habitat durable (03-2010)

Glaviots

dauphinois

Appel à dons pour carignon

Pour de vieilles histoires lui ayant déjà valu de la prison, l’an- cien maire de Grenoble Alain Carignon et son ex-directeur de cabinet xavier Péneau doivent encore rembourser 253 126 euros au conseil général de l’Isère. Le Canard Enchaîné (24/02/2010) révèle que quelques bonnes âmes (Eric Woerth, Brice Hortefeux et Jack Lang) s’activent pour convaincre An- dré Vallini, président du conseil général de l’Isère, de passer l’éponge sur la dette. Ce dernier y réfléchirait avec un « souci d’humanité » pour Carignon. Il est vrai que le pauvre doit nourrir une famille et payer ses aller-retours à Marrakech (où se trouve sa résidence secondaire) avec un maigre salaire de « cadre commercial dans une boîte de machines-outils ». Ému par cette situation, Le Postillon lance un appel à dons afin d’aider ce petit homme dans le besoin. Envoyez vos billets au journal qui transmettra. Argent sale accepté.

billets au journal qui transmettra. Argent sale accepté. naissances merdiatiques La PPDM (Presse Payante De Merde)

naissances merdiatiques

La PPDM (Presse Payante De Merde) grenobloise compte un membre de plus après la naissance de Beaux quartiers, un trimestriel sur « l’art de vivre à Grenoble » vendu au modeste prix de 5 euros. A sa tête, Jacques Bailleux, vieux routard de la presse grenobloise connu pour avoir donné naissance à l’heb- domadaire L’Essentiel de Grenoble et de l’Isère et au mensuel de la chambre de commerce et d’industrie Présences. Cette fois- ci, le magazine entend faire « la part belle au beau, au luxe, à

l’inattendu, aux objets cultes, à l’accessoire si essentiel, à l’inutile

». « Beaux Quartiers : son titre dit son ambi-

tion et ses lecteurs ». Ses pubs également, entre une page pour la nouvelle BMW xdrive et une pour des montres de luxe. Le contenu, réalisé par « une équipe de journalistes aguerri(e)s » varie entre des brèves de promotion de produits présents dans des boutiques grenobloises, des articles élogieux sur des commerçants et des reportages dans les quartiers tendance, les Antiquaires pour le premier numéro et Championnet-La- kanal pour le second. On ne l’a pas encore vu en kiosques, par contre des habitants du Grésivaudan nous ont dit l’avoir

si indispensable

reçu dans leur boîte aux lettres. Rive droite, bien entendu, pas chez les pouilleux de la rive gauche.

- La PGDM (Presse Gratuite De Merde) grenobloise a elle

aussi un nouveau membre après la parution du premier nu- méro de site e-mag, un bi-mensuel gratuit ayant pour ambi- tion d’être un « facilitateur de quotidien ». Le concept de ce

gratuit est d’être un « incitateur de clics » et de pousser les lec- teurs à se rendre sur site-e.fr. Sur ce site tout comme dans le magazine, on trouve les mêmes informations générales qu’un peu partout, et des articles-publicités sur la mode, la culture ou la gastronomie. Rien de spécifiquement grenoblois, sauf les nombreuses pubs qui parsèment le magazine tels des pis- senlits dans un champ au mois d’avril.

- Le groupe 20 minutes serait en gestation d’une édition gre-

nobloise. La mise bas du quotidien gratuit local devrait se faire en septembre 2010. Un concurrent direct pour Grenews, à qui nous adressons tous nos voeux de combatitvité dans cette épreuve. Le Postillon souhaite à ces nouveaux médias de trouver le plus vite possible le chemin vers leur destination naturelle : la pou- belle.

En perte d’inspiration, Le Postillon est tombé si bas qu’il copie Charlie Hebdo. Les couvertures auxquelles vous n’échapperez pas les prochaines fois.

auxquelles vous n’échapperez pas les prochaines fois. Le Postillon est vendu à la criée mais aussi
auxquelles vous n’échapperez pas les prochaines fois. Le Postillon est vendu à la criée mais aussi
auxquelles vous n’échapperez pas les prochaines fois. Le Postillon est vendu à la criée mais aussi
Le Postillon est vendu à la criée mais aussi : - Presse Le point Virgule
Le Postillon est vendu à la criée mais aussi :
- Presse Le point Virgule : 25, rue Nicolas Chorier
- Tabac-presse Le Barillec et Cie : 5, rue Thiers
à Grenoble :
- Café-librairie Antigone : 22, rue des Violettes
- Le Local Autogéré : 7, rue Pierre Dupont
- L’encre Sympathique, 92 rue Saint Laurent
- Bar Aux Zélées : 31, rue André Rivoire
- Tabac-presse La Bruyère : 36, avenue de la Bruyère
- Librairie-cantine Les Bas Côtés : 59, rue Nicolas Chorier
(anciens numéros dispos également ici)
- Presse Le Saint-Bruno : 67, cours Berriat
- Tabac-presse Le Malherbe : 1, avenue Malherbe
sur le campus :
- Bar-tabac Yaz Café : 101, Galerie de l’Arlequin
-
Tabac du Campus : 442, avenue de la Bibliothèque
- Press’Bastille : 8, cours Jean-Jaurès
à
Fontaine :
- Bar-tabac-presse La Cymaise : 6, quai Mounier
-
Tabac-presse E. Vincenot : 28, rue d’Alpignano
- Restaurant La Bonne Heure : 65, avenue Alsace-Lorraine
à
echirolles :
- Tabac-presse Le Berthelot : 5, avenue Marcellin Berthelot
-
Tabac-presse Molina&co : 36, cours Jean-Jaurès
- Tabac-presse Le Cigarillo : 54, avenue Félix Viallet
à
saint-ismier :
- Tabac-presse Le Reinitas : 27, boulevard Clémenceau
Tabac-presse de la Place, place de l’église
- Tabac-presse Les Eaux Claires : 22, rue des eaux Claires
- Tabac-presse Le Berriat : 97, cours Berriat
Les précédents numéros sont téléchargeables sur le site :
- Tabac-presse Sandraz : 50, cours Jean-Jaurès
www.les-renseignements-genereux.org/postillon