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PRAGUE

en l5l0

CENTRE DE MAGIE

Lorsqu'en 1510, Johannès Faust,

bachelier en

théologie, Theophrastus

Bombastus, dit Paracelse, et Henri

Cornélis Agrippa, vinrent

étudier la magie, ils arrivaient dans une

à Prague pour

ville en plein développement. Son Univer-

sité jouissait d'une

grande renommée, son

libéralisme lui avait attiré de nombreux

maîtres proscrits pour

leurs idées avancées,

réfu-giés de I'esprit ou de la politique,

professeurs parfois exaltés et souvent

suspects. Erasme écrivait : C'est dans ce

pays;que Ia philosophie possède d'excel-

Ia mogie est fondée sur I'harmonie de

I'Univers, elle agit au moyen de forces

qui sont liëes les unes aux autres par Ia

sympathie.

Prorru

Comment se

fait-il que Ia mogie puisse pareillement

Puissance des démons

!

nous donner ces miracles?

SruNr AucusnN

Ients discîples. Juste-Lipse s'incline devant

la qualité de ses maîtres : Aujourd'hui,

note-t-il, c'est nous qui sommes des bar-

bares, à côtë d'eux. C'est la Pologne qui

a ouvert ses bras hospitaliers à Ia Grèce et au

Latium méconnus et aux Muses méprisées.

Les meilleurs chefs de file de Byzance opprimée, anéantie, s'y retrouvaient et

y reprenaient leur

enseignement. Toutes

les thèses s'y rencontraient. Toutes les

discussions et toutes les professions de'foi y étaient permises.

La Foire de Prague attirait aussi les

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étudiants. Les auberges avaient table

mise nuit et jour. La vieille ville se

complétait d'un quartier juif oir toute la

nuit

brillait la lumière chez

les copistes.

On allait alors visiter la Cathédrale de

Saint-Veit, qui contenait le tombeau de

saint Jean Népomucene;

des Prémontrés, ornée

du tombeau de

son fondateur; ensuite,

l'église

puis I'Abbaye

saint Norbert,

vité, qui

Brahé.

Saint-Nicolas et celle de la Nati-

abritait Ia tombe de Tycho

On continuait par le magnifique

pont enjambant

la Vlatava. que I'on avait

garni de hautes statues de saints. Le

Palais du Prince et le Palais de I'Arche-

vêque étaient gardés par des hommes en

arlnes.

Les trois étudiants en philosophie s'at- tardaient à travers la ville. Prague la libé-

rale, I'intellectuelle hardie, offrait maints attraits à la jeunesse internationale qui trouvait là des maîtres de grande érudition et des souvenirs émouvants du monde

intellectuel.

Depuis le xnte siecle, la Bohême, de

à

la Baltique, s'était

la mer Adriatique

révélée d'esprit

avancé et propice aux

centres culturels. On appela rapidement

Prague la ville aux cent toufs, pour ses

palais, ses forteresses, ses clochers. Les coupoles romanes du xn" siecle étaient

celles de Sainte-Croix.

de Saint-Martin,

de Saint-Longin;

la basilique romane

Saint-Georges aux deux tours blanches et aux trois nefs, près du château. était une ancienne chapelle du monastère des

bénédictins qui

servait de demeure au

Prince. On dit que sainte Ludmila y

séjourna. Les Johannistes de I'ordre des

Chevaliers de Malte avaient leur chapelle

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Saint-Jean au quartier de la Mala Strava, elle venait d'être adaptée au style gothique.

On la disait (

sous la chaîne >. en souvenir

des fermetures à chaînes du couvent.

On loyait aussi la curieuse petite église

Saint-Martin-des-Remparts,

sur la vieille

ville. Au Palais Royal, la cathédrale

Saint-Guy avait été édifiée en 1344 sur

l'édifice roman du orince Vinceslas et

sur les fondations de

Spitihnev Il et Vratislav lt.

l'église des princes

C'est surtout vers le monument élevé

au souvenir cruel de Jean Huss, que les

jeunes gens dirigeaient leurs pas. Sur la

se voyait l'église de

place de Bethléem

Bethléem le chef du mouvement révo-

lutionnaire hussite, Jean Huss, prêcha

pendant plusieurs années, dès 1402. Ses

harangues enflammées lui donnèrent pour

toute la postérité le rang

grands réformateurs

d'un des plus

de I'Eglise. Les

hussites se réunissaient fréquemment dans

la

cathédrale Sainte-Marie-des-Neiges,

place Jungmannovo. Le quartier juif. son

ghetto, sa synagogue, datant de 1269, se

trouvaient non loin.

Jean Huss est né à Husinets, en Bohême,

en 1369, et, bien que fils de paysans, fit

d'excellentes études

Prague, où il

à I'Université de

fut nommé magister ès

Arts de Lettres, en 1396, et où il professa. Prêtre, doyen de la faculté de théologie, ensuite nommé recteur, il tenait une place

de tout premier rang et jouissait de la

plus haute autorité. Mais son admiration

pour l'æuvre de Wiclef devait le per- dre. John V/iclef, docteur en théologie

d'Oxford, montra le plus grand goût

pour les

sciences naturelles. il attaqua le

clergé dont il proposait à la Couronne Ia

sécularisation des biens. Deux fois, les

tribunaux ecclésiastiques le condamnèrent.

Il se jeta dès lors, de 1378 à 1384, dans un

mouvement d'opposition précurseur de

prit

position contre le pape, appuyant inté-

ce que devait être

la Réforme. Il

gralement sa foi sur la Bible. Il fonda les

prédicateurs pauvres, soutint sur I'Eucha-

ristie les thèses hardies que devait affirmer plus tard le moine Luther. Le Concile de

1382 le condamna. Wiclef mourut d'apo-

plexie, alors qu'il disait sa messe, en 1365. On y vit la main de Dieu.

En 1401, Jérôme de

Prague prônait ses

prit son parti. En

fit brûler en place

théories. Jean Huss 1410, I'archevêque

publique à Prague les ouvrages de Wiclef, condamna Jean Huss et lança un interdit

sur la ville. Trois jeunes disciples de Jean

Huss furent envoyés au bourreau, qui

leur trancha la tête. Huss les enterra en

martyrs. Il s'éloigna de Prague et publia

un volume violent, De Ecclesia, nettement

des thèses de Wiclef. Le Conoile

inspiré

de Constance le convoqua, le jeta en

prison, et, en 1415, ayant comparu, il lui

fut ordonné de brûler publiquement ses

ouvrages. Lui-même fut voué aux flammes.

Il mourut avec héroïsme. Ses restes furent

éparpillés dans le Rhin. Ses partisans

prirent

alors les armes. La Bohême en

fit un héros national, le fondateur de la

langue tchèque. On raconte qu'en montant au bûcher, il annonça : De mes cendres naî-

tra w cygne que vous ne sauriez brûler.

Luther devait être salué comme le cygne

de Jean Huss.

Or, malgré I'archevêque, on ensei-

gnait ouvertement à Prague les doctrines

interdites et les sciences occultes. Les chro-

niqueurs de l'époque assurent que I'on

venait

de fort loin entendre les maîtres

en magie.

On les trouvait au vieux

quartier juif.

C'est là, dit-on, qu'ils fabriquaient

leurs Golem.

Le Golem était une création magique

bien connue et pratiquée dans les ghettos de Prague. C'était une statue d'homme

que le Rabbi envoûtait par des passes et

des paroles, puis qu'il animait en écrivant

sur son front une inscription magique :

Eunr. La statue alors se mettait en marche

et accomplissait les actes que lui comman-

dait le magicien opérateur. Quand celui-ci

effaçait l'inscription,

en poussière.

la statue tombait

Théophraste Paracelse nourrissait une

grande admiration pour son aîné, Johan-

nès Faust. Tous deux avaient la même

devise : Rien de caché qui ne doive être

découvert.

Aussi travaillaient-ils avec acharne-

ment, en compagnie de Cornélis Agrippa, les textes chaldéens, les manuscrits per- sans, les grimoires arabes et grecs, que

I'on ne trouvait que dans cette ville. Les

maîtres professaient, dans les bas quar-

tiers, ce que Jean Spies nommait en

1587 : < les arts dardai,riens >> (Dardaniae

Artes) qui comprenaient : la nécromancie

(necromantia), les paroles magiques (car-

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mina), la sorcellerie (venefcam), la pro- phétie et voyance (vaticinia), les charmes (incantatio), et autres branches du savoir

en magie. Tout

cela plut fort au Dr Faust,

y

spéculait et ëtudiait

écrit Jean Wier. //

nuit et jour. Esprit brillant, érudit, théolo-

gien consommé dans la connaissance des É,critures, Johannès Faust. diplômé d'Hei-

delberg,

titres

était surnommé parmi les étu-

diants : Ie spéculateur. Parlant de ses

universitaires, Jean Spies précise :

Il jeta tout cela au vent et rtt bientôt

franchir toutes les barrières à son ôme.

Le chroniqueur réformé le condamne mais

I'admire : II

aimait trop, ajoute-t-il, ce

qui ne doit pas être aimé et le poursuivait

nuit et jour. II donnait à son esprit l'essor de l'aigle.

Nous dirions aujourd'hui, dans les

milieux universitaires, que nous avons

I'exemple de trois aigles : Faust, Paracelse

Trois amis philosophes pas-

et Agrippa.

sionnés des choses de I'esprit et qui

s'étaient connus chez le maître en

magie

le

le plus célèbre d'Allemagne, dont

pouvoir et les évocations infernales lui

conféraient grande célébrité et nombre

de visiteurs et d'élèves : I'abbé Jean

Tritheim.

LES LEçONS DE TRITHEIM, L'ABBÉ MAGICIEN

DE WURTZBOURG

Johannès Faust avait connu Tritheim

à Heidelberg. Il le rencontra à Gelnausen

et le visita dans son ermitage de Wurtz-

bourg. Le moine célèbre était benédictin.

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Il naquit près de Trèves, à Tritheim, dont

le nom. Il se nommait en réalité

A vingt-deux ans

il avait choisi la robe de bure de Saint-

il prit

Johannès Heidenberg.

Benoît et, en 1483, pris la tête du couvent

goût

de Sponheim comme abbé. Son

délibéré pour les sciences inconnues

enseignées par Pic de la Mirandole,

Albert le Grand, Bernard Trévisan,

Arnold de Villeneuve, par les maîtres qui se réclamaient des dogmes d'Hermès Tris-

mégiste qu'il possédait souverainement,

puis ses expériences d'alchimie selon les

préceptes de

Basile Valentin, suscitaient

enseigna même à ses

Il constitua une

l'étonnement. Il moines les arts, il

les incita à écrire, à

copier sur parchemin.

bibliothèque de deux mille manuscrits.

On venait de loin voir cette collection.

Les voyageurs visiteurs accouraient de toute I'Allemagne, de France et d'Italie; le moine abbé recevait quotidiennement

scellées, acceptait des mes-

des lettres

sages où on I'interrogeait. En effet,

ses dons merveilleux dans I'astrologie et

la magie lui attiraient d'innombrables

requêtes.

On rapporte qu'il évoqua le spectre de Marie de Bourgogne devant I'empe-

reur Maximilien qui I'en supplia. On dit

que I'ombre auguste

reur une nouvelle conduite, lui révéla

conseilla à l'empe-

des faits, lui ordonna de se remarier avec

Bianca Sforza. Ces évocations firent grand

bruit. On I'accusa de magie. Par sa lettre

du l0 mai 1503, Tritheim demanda à son

ami Johann de li/esterburg de le défendre

calornnie. Dans ce texte

daté et signé, il

compris beaucoup de livres de magie,

contre pareille

reconnaît avoir lu et

noté des conjurations.

prudemment que

mais il

ajoute

ces études n'ont fait

qu'affermir en lui la foi chrétienne.

L'abbé Tritheim se disait disciple

d'Albert le Grand; il ne cachait pas que

le plus saint des scrnts connaissait et prati-

quait Ia magie, ajoutant que toute science

doit

être expérimentée pour pouvoir

être jugée et qu'en magie, c'est la pratique

qui est dangereuse.

et non ia connais-

sance.

Tous les érudits du Moyen Age se pas- sionnaient de plus en plus pour ia magie.

La science interdite n'offrait-elle pas

maints attraits?

Albert le Grand laissa de nombreuses

recettes qu'on lui attribua. Il détailla les

vertus magiques des pierres, des herbes;

il précisa que ce pouvoir venait des étoiles,

car, selon Aristote. les corps célestes

commandent le moindre détail sur la terre,

ils permettent les arts. ils inspirent Ies

divinations. Albert le Grand. comme saint Thomas,

affirma la réalité de I'alchimie. Son traité d'alchimie ne quittait jamais I'abbé Trit-

heim : on y trouvait maint conseil pour

la fabrication de I'or. Mais Albert ne

s'il fit luimême de I'or. La tra-

dit pas

dition

affirme qu'il posséda la Pierre

Philosophale et qu'il accomplit de vrais

miracles.

Tritheim racontait

que lorsque Guil-

laume ll. comte de Hollande. dîna avec

le Grand Albert à Cologne, celui-ci fit

dresser une table dans

le couvent. au

jardin, bien que I'on fût en plein hiver

et que la neige tombât. Dès que les invités

furent assis,

la neige disparut, le jardin

apparut rempli de fleurs épanouies. Des

oiseaux volaient d'arbre en arbre. comme

en été. Les jeunes élèves de l'étrange abbé

rêvaient d'accomplir pareils prodiges.

Et Tritheim s'empressait de préciser que

Maître Albert parvenait à ces tours de

naturelle, et qu'il n'y

avait rien de démoniaque ni de condam-

nable par conséquence.

Or Tritheim racontait des histoires qui

captivaient la jeunesse, notammentr comme

il I'a écrit dans sa < Chronique du Cloître > de Hirschau, celle du trop joli ménestrel

force, par magie

de 1284 du pays de Brunswick, nommé :

Tout couleur, qui jouait si bien de la

vingt et dix enfants

flûte que plus de six

le suivirent charmés. Il les entraîna hors

de la ville, au lieu même l'on enfouit

les ossements des morts, nommé Sous-

Koppen, sur le chemin

du Septentrion,

fut impos-

et là, les enfants moururent. Il

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sible d'en retrouver un seul. Jean Wier

lui aussi. raconte cette désolante histoire, dans son livre : Prodiges des Démons, oir il cite fréquemment Johannès Faust.

Tritheim racontait encore qu'un esprit

follet nommé Hudekin sévissait au diocèse

de Hildisheim, dans la Saxe. On lui attri- buait des faits merveilleux : tantôt on le

voyait

dans

vêtu en paysan

le

bavardage

et se plaisant

avec les hommes,

tantôt il se faisait entendre sans se mon-

trer. Il annonçait

allait leur

arriver,

intervenait. Il

aux seigneurs

ce

qui

il leur rendait service,

se cachait dans la cuisine

de l'évêque oir il aidait la cuisinière. Un garçon de cuisine I'ayant injurié, Hudekin

étouffa son ennemi alors

le coupa en morceaux

feu. Depuis,

le lutin

qu'il

dormait,

et le fit cuire au

il tourmentait les officiers

de cuisine

garçon. L'évêque lança des exorcismes, obligea

sortir du diocèse, non sans

qui avaient refusé de punir le

à

peine et le calme revint enfin.

Tritheim racontait également I'histoire

du nez d'or de I'empereur Charlemagne.

alla

visiter le tombeau de Charlemagne, son

illustre ancêtre à la barbe fleurie, enterré

dans un somptueux caveau d'Aix-la-

Chapelle. Accompagné de deux évêques,

Un jour, I'empereur

Othon III

Othon pénétra dans le souterrain funèbre.

ll trouva le corps

assis sur un siège,

comme vivant. Sur la tête reposait la

couronne d'or, dans la main

impérial. Le corps n'était

sauf le nez,

le sceptre

pas décomposé,

qu'Othon fit remplacer par

un nez d'or. A titre de souvenir et de

relique. il prit une dent et se retira. Il

fit

murer après, solidement, le caveau.

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La nuit qui suivit, I'empereur Charle-

magne lui

apparut avec son nez d'or,

réclama sa dent. et lui annonça la venue

de sa mort prochaine.

Tritheim prétendait savoir pertinem-

ment que de mauvais esprits se réunis-

saient

la

nuit. dans un étrange sabbat,

au mont Venusberg

Mais les jeunes qui l'écoutaient n'étaient

pas prêts pour pareilles histotes de

sorciers, et le singulier moine les congé-

plus

diait, remettant à

ments. Il parlait beaucoup des magiciens

tard ses enseigne-

de Prague.

En 1505, Tritheim se rendit à la cour prince Philippe, comte palatin, qui

grands

honneurs, puis il

du

lui rendit de

vint

tomba grave-

ment malade. C'est pendant ce temps que

les moines de Sponheim se révoltèrent

contre leur extravagant abbé et contre

ses prodiges;

ils le rejetèrent à jamais, l'accusant de

sorcellerie.

Tritheim, guéri, s'en montra fort mécon- tent. Il refusa de retourner au couvent de

sa grande biblio- Wurtzbourg, où

à Heidelberg, il

ils lui

brûlèrent ses livres,

Sponheim et abandonna thèque. Il alla se fixer à

lui fut offerte la direction de

I'abbaye

de Saint-Jacques. Il s'y installa défini-

tivement, reprit ses enseignements, pour-

ne certi-

fiait-on pas qu'il effectuait des transmuta-

écrivit de très nombreux

tions de I'or? -

ouvrages, inventa des signes, des écritures

suivit ses travaux mystérieux -

secrètes, donnant sa science à ceux qui

venaient le visiter, leur inculquant sa

passion de I'occultisme.

On le disait modeste. très timide.

portant longue barbe blanche sous le

cap

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ii.

capuce. Dans une de ses lettres à Cornélis

Agrippa. i[ écrit :

Au vulgaire, ne parlez que de choses

vulgaires. Gardez pour vos amis tout secret

d'un ordre plus haut. Donnez du foin aux

bads et du sucre aux perroquels. Compre-

ne: ce que .ie veux dire. sinon vous serez

foulé aux pieds des bæufs comme il arrive

souvent !

On accusa Tritheim d'enseigner les

sciences maudites, de commenter Platon, Plotin et Jamblique et Porphyre, plus que saint Thomas et les Pères de I'Eglise.

Toute sa science était dirigée vers les phé-

nomènes mystérieux, vers les possibilités

cosmiques

de

I'astrologie, arguant de la

la

Kabbale, découverte, I'Arabe Ma'imonidès

révélation de

selon lui. grâce à

d'Espagne.

Tritheim ne se cachait pas d'être Kab-

baliste, d'interpréter les mystères de I'An-

cien Testament. de connaître les lumières

des Esséniens et du

pyt-hagorisme. Mais

Ecritures. il affir-

il demeurait fidèle aux

mait véhémentement la régularité de ses

thèses et son obédience chrétienne. Un

de ses ouvrages les plus consultés, Poly-

Cabbalistica. détaille la merveil-

leuse harmonie du cosmos et de I'univers

graphia

intérieur humain. unissant

le monde créé et la créature. Il affirme

par l'amour,

que tout est uN dans son essence, que

I'harmonie voulue par Dieu règne entre

les astres et les hommes.

conformiste abbé s'indignait

Le non

lui aussi. du

supplice de Savonarole,

brûlé en 1498; il attaquait comme lui les

erreurs de l'Eglise. les crimes contre la

liberté des sciences et le libre épanouisse-

ment des opinions.

/

De I'autre côté, de nombreux prélats

de l'Église accusaient Tritheim de lire dans la pensée d'autrui à distance, d'influencer

les cerveaux et de commettre des sorti-

lèges diaboliques. L'abbé Tritheim ne visait que le bonheur

de I'humanité. Sa Stéganogrophie révèle

le moyen d'évoquer les esprits et de se

les rendre favorables en invoquant Orifiel, génie de Saturne, grâce auquel on peut

communiquer avec des amis éloignés.

Dans ses Annales, où il donne les recettes

à mots couverts -

de ses opérations

d'alchimie, il nomme souvent Kuno de Falkenstein. archevêque de Trèves en

1386, et son neveu, le cardinal Werner,

qui, au bourg de Lahnestein, pratiquait

-

en secret le Grand (Euvre des alchi-

mistes.

Roger Bacon, Basile Valentin,

moines comme lui. sont abondamment

cités. Le moine Tritheim amrme rester

néanmoins dans la stricte règle béné-

dictine et ne rien renier de la Foi. On se doute de I'influence extraordi-

naire qu'il eut sur Johannès Faust, sur Paracelse et sur Cornélis Agrippa. On

peut assurer qu'il leur suggéra de se rendre

à Prague, toute I'histoire de la magie,

ses règles, sa pratique,

se trouvaient

brillamment enseignées et savamment

exercées.

L'histoire de la magie a donc pour

culminant le temps de Faust,

point

Paracelse et Agrippa. Voici les trois

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mages les pius illustres du Moyen Age, les héritiers de longs siècles de dévelop-

pement des sciences occultes.

C'est à Prague, par la tradition dans

l'Histoire, que se transmet de bouche à

oreiile le savoir.

L'abbé Tritheim divisait, en l'année

1500. les sciences occultes en trois cha-

pitres : Io Magie Naturelle venue des

Anciens, citée par saint Thomas d'Aquin, connue et pratiquée tant dans la Bible que

par les ascètes et conforme aux lois de

Dieu; /a Magie Kobbalistique, avec ses

révélations. ses secrets, ses lettres magi-

ques. ses forces mystérieuses, ses textes.

récemment retrouvés chez les savants d'Espagne qui les tenaient des sages

hébraïques, en marge des livres sacrés.

ne relevant que de la Tradition. Malgré

qu'elle eût Raymond Lulle pour fidèle.

I'Eglise usait à son égard de la plus vive

suspicion. Enfin, la Magie Satanique,

nettement démoniaque. basée sur des pactes lucifériens, demeurait absolument

interdite.

N'était-ce pas vers cette troisième

branche de la science occulte que Johan- nès Faust et ses amis se sentaient obscu-

rément attirés?

Le mystérieux dominicain allemand

portait

à deux pans. pouvant servir d'écharpe,

un bonnet de laine noire. pointu,

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comme en portait Dante. Sa voix était

claire, douce :

- Le monde est un organisme sage-

ment ordonné. Au centre. la terre entourée

de sept sphères concentriques, sept ciels planétaires. et une huitième sphère, celle du ciel et des astres fixes. Sa révolution cause les mouvements célestes. Ceux-ci

engendrant les événements de la terre. Le

ciel conditionne donc la terre, ses phéno-

mènes naturels et tous ceux de la vie. La chaleur du soleil anime la vie sur la terre. comme la lune mène le flux et le reflux.

Les métaux suivent I'action de chaque

planète, de même les planètes influencent

le

développement de I'enfant dans le

sein de sa mère.

Ces leçons plaisaient aux étudiants.

L'explication

de la course des étoiles, le

balancement des astres nouant et dénouant

la médecine, influençant

la santé des

hommes et traçant leur destinée. Cette

large démonstration, passaient comme

autant d'images, les forêts, les océans,

les déserts. Cette réunion enfin de I'homme

et du Tout. le grand univers du Macro-

cosme lié au petit monde humain du

Microcosme. ouvraient tout esprit à de

vastes horizons.

Les étudiants s'amusaient de ces aper-

çus

originaux, les différentes parties

du corps humain portaient les signes du

Zodiaque : le Bélier sur la tête, le Lion

poitrine, la Balance au ventre, le

à la

Scorpion au bas-ventre, les Gémeaux aux deux épaules. les Poissons sous les pieds

L'adolescent rêvait. Sa pensée courait

dans les signes célestes.

Récitez-moi les quatre éléments de

-

l'U n ivers.

;i:'

LE MOINE TRITHEIM' ABBÉ DE SPONHEIM

La terre, I'eau. I'air' le feu'

Oui. reprenait

le maître :

-

-

.la

terre

et

l'eau, les plus

lourds' sont attlres vers

feu,

plus légers'sont vers

avait raison de lonore te

qui

devient Pluie'

.qui

àevient eau' qui devient

le bas; l'air et le

le haut. Platon

i;"'

J;;;

'i;àit,

à."i.*-.ttee, qui

'-'nOÀitJf.s

terre

en

se solidifiant'

joies de I'esprit au seuil

de l'infini ! Parlez-moi

-

-

Chiffre

du chiffre 4'

essentiel' celui des quatre

des tempéraments' (rouge' jaune' blanc'

éléments, des natures,

alt'"àuié"tt de base

noir). des saveurs' des odeurs"'

-Etle7?

-

L'antique chiffre sacré : les sePt

les sept notes de la

uov.tl.t-gt.àques,

eamme,

;;;il",

ies

planètes,

les

jours. oe ta

les pierres

precieuses' les sept

vertus. les sept péchés capitaux' ennn les

"-:_-i;

sept

Tritheim.

trumaln.

outtuË.

i;;é;;."t.

àî"i"i

I'argent;

cuivle;

avec ses

-

âges de

-legende rapporte'

que,

selon les

mi-homtn

un aspect

i.

-Pt

la

vie'

enchaînait

Persans' l'ancetre

mi-femme' tomba

tut iu t.tt. après

ciets ptanetair'es.

avoir traversé les sept

ll en cueillit à chaque

de sa nature et de son

Quand il mourut' sa tête

le sang' l'étain;

sa moelle'

ses os' le

pr"muj

ses

pieds,. I'airain;

avec sa graisse. on

muscles,

de son

fit le verre;

le fer' âme? demandait l'élève'

-

-

On fit l'or Pur'

Mais attention'

continuait le maître'

téeenàe occidentale veut aussi que les

-

la

otunlt.t portent

Ë;;;;;i

elles

de mauvais feux' et que

insuffièrent au dieu'

le penchant au vlce'

qui

descendu sur te.rre,

28

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La terre, I'eau. I'air. ie feu.

et

- Oui, reprenait le maître : la terre

- I'eau, les plus lourds. sont attirés vers

le bas; I'air et le feu, plus légers. sont vers

Ie haut. Platon avait raison de fondre le

feu dans i'air, qui devient piuie, qui

devient rosée, qui devient eau, qui devient terre en se solidifiant.

Admirables joies de I'esprit au seuil

de I'infini !

Parlez-moi du chiffre 4.

-

Chiffre essentiel, celui des quatre

-

éléments. des natures, des tempéramentr,

des couleurs de base (rouge. jaune, blanc,

noir), des saveurs. des odeurs

-Etle7?

-

L'antique chiffre sacré : les sept

sept notes de la

jours de la

voyelles grecques. les

gamme, les planètes, les

semaine, les pierres précieuses. les sept

vertus. les sept péchés capitaux, enûn les

sept âges