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Le sens de La Liberté

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ColleCTion MerCure du nord
La collection « Mercure du Nord » se veut le point de rencontre des chemins multiples arpentés par la philosophie de concert avec les sciences humaines et sociales, l’économie politique ou les théories de la communication. La collection est ouverte et se propose de diffuser largement des écrits qui apporteront une nouvelle texture aux défis majeurs d ’aujourd ’ hui, passés au crible d’une nouvelle réflexivité : rouvrir en profondeur le débat sur le mégacapitalisme, sur la marchandisation et la médiatisation mondiales et tenter d’esquisser les contours d’une mondialisation alternative. La collection ne saurait atteindre son but qu’en accueillant des textes qui se penchent sur l’histoire sans laquelle les concepts véhiculés par notre temps seraient inintelligibles, montrant dans les pensées nouvelles les infléchissements d’un long héritage. Rousseau Anticipateur-retardataire Les grandes figures du monde moderne L’autre de la technique Comment l’esprit vint à l’homme ou l’aventure de la liberté L’éclatement de la Yougoslavie de Tito. Désintégration d’une fédération et guerres interethniques Kosovo : les Mémoires qui tuent La guerre vue sur Internet Charles Taylor, penseur de la pluralité Mondialisation : perspectives philosophiques La Renaissance, hier et aujourd’hui La philosophie morale et politique de Charles Taylor Analyse et dynamique. Études sur l’œuvre de d’Alembert Le discours antireligieux au XVIIIe siècle Du curé Meslier au Marquis de Sade Enjeux philosophiques de la guerre, de la paix et du terrorisme Souverainetés en crise Une éthique sans point de vue moral. La pensée éthique de Bernard Williams L’antimilitarisme : idéologie et utopie La démocratie, c’est le mal Michel Foucault et le contrôle social Tableaux de Kyoto. Images du Japon 1994-2004 La révolution cartésienne Aux fondements théoriques de la représentation politique John Rawls. Droits de l’homme et justice politique Les signes de la justice et de la loi dans les arts Matérialismes des Modernes. Nature et mœurs. Philosophies de la connaissance

Titres parus

Voir: http://www.pulaval.com/collection/mercure-nord-42.html

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Sous la direction de Josiane Boulad-Ayoub et Peter leuprecht

Le sens de La Liberté
Actes du colloque tenu dans le cadre des Vingt et unièmes Entretiens du Centre Jacques Cartier louise Arbour Salah Basalamah Alain Bauer Gregory Baum Pierre Bosset dorval Brunelle Marie-Françoise labouz Georges leroux Peter leuprecht Giorgio Malinverni Christian Philip Michel robert Paule-Monique Vernes
avec des textes de

pul
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blogspot.pulaval.com http://fribok. bureau 3103 2305. Maquette de couverture : Mariette Montambault Mise en pages : Josiane Boulad-Ayoub © Les Presses de l’Université Laval 2009 Tous droits réservés.Les Presses de l’Université Laval reçoivent chaque année du Conseil des Arts du Canada et de la Société d’aide au développement des entreprises culturelles du Québec une aide financière pour l’ensemble de leur programme de publication. Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise de son Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition (PADIÉ) pour nos activités d’édition. Imprimé au Canada Dépôt légal 4e trimestre 2009 ISBN PUL 978-2-7637-8782-4 Les Presses de l’Université Laval Pavillon Maurice-Pollack. rue de l’Université Québec (Québec) G1V 0A6 Canada www.com/ .

et qui ait frappé les esprits de tant de Montesquieu entre le riche et le pauvre entre le maître et le serviteur c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit. C’était un homme exceptionnel.com/ J’ ai l’honneur et le plaisir d’ouvrir le colloque sur « Le sens de la liberté ». j’ai le triste devoir de rendre un hommage appuyé et ému à un grand absent. 7 http://fribok. Bronislav Geremek. courageux combattant de la liberté au sens le plus noble du terme. Il avait accepté de prononcer la conférence d’ouverture pour laquelle il avait choisi comme titre : « L’Europe et l’idée de la liberté ».inTroduCTion Le SenS de La Liberté  Il n’y a point de mot qui ait reçu plus de différentes manières. Lacordaire En ouvrant ce colloque. victime d’un tragique accident de la route. Hommage à Bronislav Geremek . Entre le fort et le faible significations. Il séduisait par son extraordinaire érudition et son intégrité morale. un historien réputé qui est devenu par son engagement politique un acteur inf luent de l’histoire. qui nous a quittés en juillet dernier. Il incarnait les bouleversements et déchirements du 20ème siècle.blogspot. Bronislav Geremek était un grand intellectuel. que celui de liberté.

blogspot. mais aussi celle de Lacordaire : Entre le fort et le faible entre le riche et le pauvre entre le maître et le serviteur c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit. Il semble donc essentiel de le clarifier. nous aide à repenser le concept de la liberté et ses rapports avec la loi. une multitude de différentes significations. Dans le discours d’inauguration de son second mandat présidentiel. le Président George W. usés et abusés est celui de la liberté.le sens de la liberté Sa disparition laisse un grand vide. incontestablement d’une brûlante actualité. Les apôtres de l’idéologie panéconomique qui est à la base de la mondialisation s’y réfèrent constamment. Une grande voix de modération. il fait l’objet d’un abus orwellien du langage. Pourquoi un tel colloque ? Parce que dans le monde d’aujourd’hui l’un des concepts les plus galvaudés. George W. Représente-t-il 8 http://fribok. étant à la tête de la seule superpuissance qui reste dans le monde. Le présent colloque vise à contribuer à cette indispensable clarification. Bush a employé les mots « freedom » et « liberty » une quarantaine de fois et il prétend répandre la (sa ?) liberté à travers le monde. Cette phrase. Non seulement il reçoit. de sagesse et d’humanité s’est tue. de même qu’un homme qui se croit fort.com/ . « Enduring freedom » a été l’une des devises accompagnant le déclenchement de la mal nommée « guerre contre le terrorisme ». comme l’écrivait déjà Montesquieu en son temps. Quelle liberté ? L’invocation de la liberté est en vogue aujourd’hui. le droit. Nous avons mis en exergue à ce colloque non seulement la phrase de Montesquieu. de tolérance. Bush.

Pour le pauvre. 9 http://fribok. sont caractérisés par la recherche d’un équilibre entre liberté(s). pour lui la liberté du fort peut être source d’oppression. la liberté du fort. la liberté ne risque non seulement d’être théorique . comme Friedrich Hayek. le faible. affranchir ne veut dire rien d’autre que : donner la liberté. va de pair avec égalité et responsabilité. Quelle loi ? Évidemment. « Que fait au pauvre une liberté qui exclut de tout précisément parce qu’il est pauvre ? » écrivait-il. ni la « loi du marché » dont certains tenants de l’idéologie panéconomique.peter leuprecht – introduction le « renard libre dans le poulailler libre » qu’évoque Karl Marx ? Ou le renard prêchant de la fable alsacienne qui prêche la liberté et la fraternité aux oies pour mieux les avaler par la suite ? Lacordaire était conscient du fait que pour le pauvre. Il est intéressant de noter que le droit. la loi qui affranchit ne saurait être la loi du plus fort. Or. dans le sens de John Locke. mais à une liberté limitée. louent la moralité. la liberté peut être plutôt théorique. peut engendrer l’oppression. C’est à la loi qu’il appartient de fixer les limites de la liberté. Ce droit et la jurisprudence pertinente. La liberté de chacune et de chacun s’arrête là où commencent la liberté et les droits d’autrui. le faible. Pour être libératrice. ni la loi de la jungle. Se pose ainsi le problème des limites de la liberté. et les exigences de la vie en société – dans une « société démocratique » – d’autre part. la loi doit fixer les limites de la liberté. Lacordaire se tourne vers la loi : « la loi qui affranchit ». Il n’y pas – il ne doit pas y avoir – de liberté sans limites. notamment celle de la Cour européenne des Droits de l’Homme. d’une part. prévoit des restrictions à la liberté et aux libertés qui sont « nécessaires dans une société démocratique ». y compris le droit international des droits de l’homme.blogspot. apprivoisée.com/ . Réalisant qu’une liberté débridée. Lacordaire revient ainsi à la liberté. qui.

blogspot. C’est la raison pour laquelle elle peut ou doit prévoir des inégalités compensatrices en faveur des faibles. Cette vision idéale de la loi juste est loin d’être partagée par tous. elles sont non seulement compatibles avec le principe d’égalité et de non-discrimination. souvent bien plus puissantes que des États. Lui et ses disciples considèrent la loi telle que Lacordaire la concevait comme ennemie de la liberté. Des interventions redistributrices de l’État. mais nécessaires pour réduire les inégalités entre le fort et le faible et pour réaliser une égalité de fait et la justice sociale. mais aussi et surtout une égalité de fait. Elle doit être un objectif prioritaire de ce que Lacordaire appelle la « loi de justice ». Le président d’un important groupe helvético-suédois a. Pour Hayek. Thomas d’Aquin a défini la justice comme la volonté constante et perpétuelle de rendre à chacun ce qui lui est dû. en s’approvisionnant là où il veut et en ayant à supporter le moins de contraintes possible en matière de droit du travail et de conventions sociales ». Pour ce qui est des entreprises et surtout des sociétés multinationales. le concept de justice sociale est « totalement vide de sens et de contenu ». Proudhon a écrit que « la justice est le respect de la dignité humaine ». violemment récusées par Hayek et ses disciples. Elles aussi ont tendance à user et à abuser de leur liberté. La loi juste vise à réaliser non seulement une égalité de droit. de manière fort significative. défini la mondialisation comme « la liberté pour mon groupe d’investir où il veut. Ils rejettent toute intervention dans la sphère du marché et des « libres » interactions entre individus et entreprises. pour produire ce qu’il veut. le temps qu’il veut.le sens de la liberté L’une de ces exigences est celle de l’égalité.com/ . par exemple au moyen des impôts. il est évident qu’elles ne sauraient être au-dessus de la loi. s’inscrivent dans la même logique . Il est indispensable que la loi. des mesures de « discrimination positive » ou « affirmative action ». en l’occurrence le droit 10 http://fribok.

» Le paragraphe 2 du préambule promet aux êtres humains une double libération : libération de la terreur et libération de la misère. économiques. fixe des limites à la « liberté » des multinationales pour l’empêcher d’être source d’oppression.peter leuprecht – introduction international. droits humains. mondialisation et idéologie panéconomique Les droits humains sont un élément essentiel de la loi juste qui affranchit. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. la soif du pouvoir. Le paragraphe 1er du préambule de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme affirme que « la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté. sociaux ou culturels. Selon l’article 1er de la Déclaration. La solidarité (ou fraternité) sans laquelle les droits humains ne sauraient être une réalité 11 http://fribok. de la justice et de la paix dans le monde ». Pour l’idéologie panéconomique.com/ . Ce qui le caractérise est la recherche du profit. qu’ils soient civils.blogspot. Ce n’est qu’ainsi que l’homme peut vivre dans la dignité. l’égoïsme. Elles réduisent l’être humain à un facteur économique ou. à un participant au marché. politiques. Au cœur de l’idéologie panéconomique il y a l’homo œconomicus. à savoir que l’homme ne doit jamais être un moyen. à un consommateur. mais une fin. La mondialisation et l’idéologie panéconomique qui la soustend et qui invoque constamment la liberté font peser de graves menaces sur les droits humains. sont garantis. Leur fondement est le principe de l’égale dignité de tous les êtres humains. Celle-ci ne peut être réalisée que si tous les droits humains. l’être humain est un moyen. « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. à un acteur économique. la volonté de domination. si l’on veut être un peu plus optimiste. On a oublié ce que Immanuel Kant a enseigné.

Pour le réaliser. un ordre tel que les droits et libertés énoncés dans la Déclaration puissent y trouver plein effet ». sur le plan social et sur le plan international. Peter Leuprecht. Hélas. nous en sommes terriblement loin. sociaux et culturels.com/ . qui doivent inclure les droits économiques. et de chacun d’entre nous. dont les sociétés multinationales. Nous assistons ainsi à une érosion de la dimension sociale et culturelle des droits humains. est de plus en plus perdue de vue. L’article 28 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme stipule que « toute personne a droit à ce que règne. Ce qui règne est un grand désordre dont un des traits saillants est le fossé qui se creuse inexorablement entre riches et pauvres. à l’intérieur des pays et dans le monde. Le monde de demain devrait être éclairé par une éthique de la responsabilité et de la solidarité. il est absolument nécessaire. des institutions internationales. des acteurs non étatiques. La liberté des riches et des forts opprime les pauvres et les faibles de ce monde qui a un besoin urgent de la loi qui affranchit. entre forts et faibles. Ce n’est qu’ainsi que nous progresserons vers la double libération de la terreur et de la misère afin d’assurer à tous les êtres humains une vie dans la dignité. y compris les institutions économiques et financières. un droit juste.le sens de la liberté vivante ne fait pas partie de son système de valeurs. un monde plus juste. il faut construire. Un autre monde. un droit de la solidarité. est non seulement possible.blogspot. ancien directeur institut d’études internationales de Montréal Faculté de droit et de science politique Université du Québec à Montréal  12 http://fribok. Celle-ci devrait guider l’action des États. La vision globale des droits humains indivisibles. et faire appliquer ce droit.

J’ai moimême regagné ma liberté d’expression il y a quelques mois à peine. ma carrière dans la magistrature et au sein de l’Organisation des Nations Unies m’a obligé justement à de grandes réserves et à devoir modifier dans une certaine mesure ce que je pense être un devoir d’exercer sa liberté d’expression. Je ne vous étonnerai guère en vous disant que le sens de la liberté est une préoccupation qui m’est particulièrement chère. après avoir choisi une carrière qui a été entièrement dévouée à sa défense mais au cours de laquelle des contraintes institutionnelles m’obligeaient à un devoir de réserve. À l’exception de ma courte période de carrière académique du début de ma vie professionnelle. Je tenterai donc de partager avec vous une approche qui reflète les préoccupations que j’ai eues au cours de ma carrière.blogspot.MoT d’ouVerTure  L’ ampleur du sujet sur lequel on vous propose de réfléchir pendant les deux prochains jours dans le cadre du colloque « Le sens de la liberté » m’a quelque peu surprise et estomaquée. C’est cependant sans beaucoup d’éclat que je retrouve et que je regagne cette liberté puisque nous vivons dans une société qui non seulement tolère mais encourage 13 http://fribok.com/ . Je n’ai aucune ambition de vous éclairer sur tous les volets qui sont au programme et mes quelques mots d’introduction seront modestes.

Hebert Packer. Je suis par ailleurs convaincue qu’une réflexion de nature juridique basée sur des normes déjà bien établies en matière de droit et de liberté fondamentale est une démarche essentielle.com/ . Nous nous devons de réfléchir sérieusement sur le concept même d’une liberté au nom de laquelle de nombreux abus ont été et continuent d’être perpétrés.le sens de la liberté le plein exercice de la liberté d’expression encadré par la règle de droit. dans son important ouvrage des années soixante intitulée The Limits of the Criminal Sanction (1968). avait repris de façon très éloquente la thèse de Lacordaire en préconisant que le but ultime du droit dans une société démocratique n’est pas de 14 http://fribok.blogspot. En fait. Il faut d’ailleurs souligner les abus et l’ambiguïté avec laquelle on approche ce concept de liberté. depuis le lancement de la soit disant guerre contre le terrorisme. cette question fondamentale a été largement pervertie de sorte que ce que nous entendons maintenant est plutôt la question suivante : « Dans quelle mesure suis-je prête à sacrifier la liberté des autres pour accroître ma propre sécurité ? » La réponse devient donc assez facile et assez perverse lorsque la question est faussée de cette façon. Ceci peut paraître paradoxale puisque les droits de la personne sont définis essentiellement comme des droits individuels mais les paradoxes sont souvent source d’inspiration. la question qui nous est posée ou la question qu’on entend beaucoup particulièrement en période électorale dans les États démocratiques est. Les droits humains nous amènent inévitablement vers un combat pour les droits des autres. la suivante : « Dans quelle mesure suis-je prête à sacrifier une partie de ma liberté pour accroître ma sécurité ? » Malheureusement. à mon avis. Surtout depuis l’intense crise sécuritaire provoquée par les évènements du 11 septembre 2001 et par la réaction qui les a suivis. Je considère que l’une des obligations principales de l’État est de maintenir en tout temps un équilibre précaire entre notre désir de liberté et notre désir de sécurité. Et c’est particulièrement ce lien entre la liberté et le droit qui m’intéresse.

il est évident que l’insécurité n’est pas liée uniquement ni même principalement au crime et au terrorisme mais que les insécurités les plus profondes sont ancrées dans la pauvreté. et ces paradoxes qui seront enrichis par votre réflexion au cours de ce colloque. Ces deux concepts de sécurité et liberté que l’on dit souvent opposés se rejoignent pour inviter une réflexion élargie du droit et du bien être individuel et collectif. Je suis très honorée d’avoir été invitée à vous présenter mes salutations et mes amitiés et je vous souhaite à tous une réflexion des plus fructueuses. entre autres. Louise arbour ancien Haut-commissaire des droits de l’Homme aux nations Unies  15 http://fribok. Le manque de pouvoir. le manque de contrôle sur son propre destin est un manque à la fois de liberté et de sécurité.louise arbour – mot d’ouverture réprimer mais plutôt d’affranchir et de libérer. Ce sont ces thèmes.blogspot. Contrairement aux bruyants discours véhiculés par ceux qui préconisent la sécurité par la répression. la discrimination et la marginalisation. la maladie.com/ .

en Tchécoslovaquie. mort dans un accident d’auto. bouleversements qui culmineront avec l’exécution du couple Ceaucescu en Roumanie.blogspot. 17 http://fribok. Dans son homélie. L’honneur qui m’échoit est d’autant plus lourd à porter que je prends ici la place d’un invité de marque. c’est-à-dire à la suite des bouleversements intervenus en cascade en Hongrie. et tout particulièrement mes collègues Josiane Ayoub et Peter Leuprecht. publiée dans la livraison du 25 septembre du New York Review of Books.com/ J Préliminaires . conduire à l’événement majeur des 70 dernières années. en décembre de cette année-là. une perte d’autant plus cruelle qu’il avait été aux premières loges de l’histoire le jour où Solidarnosc et Lech Walesa avaient remporté un triomphe électoral parfaitement imprévisible qui devait. de proche en proche. de la confiance qu’ils m’ont témoignée en m’invitant à prononcer la conférence d’ouverture du colloque « Le sens de la liberté ».ConFérenCe d’ouVerTure LeS LibertéS en contexte  e tiens à remercier les organisateurs. le 28 juillet dernier. en Allemagne de l’Est. Bronislaw Geremek. l’éditeur en chef du quotidien Gazeta Wyborcza de Varsovie (fondé en mai 89 dans la foulée des Accords de la Table ronde qui devaient paver la voie à la tenue d’élections libres en Pologne pour la première fois en 40 ans). Adam Michnik. a écrit : « Miraculeusement épargné par la Shoah. l’implosion de l’URSS et du bloc socialiste.

en 1926) était entouré de colonels. Granta Books.le sens de la liberté Geremek aura passé sa vie à rêver d’une Pologne sans exclusion ni assujettissement. 25 septembre 2008. un homme qui savait exactement ce qu’il fallait à une Pologne moderne. Berlin & Prague. la Pologne portait maintenant le regard en direction des démocraties libérales d’Europe occidentale. Adam Michnik. Budapest. Cambridge.blogspot. 18 http://fribok. comment la récente conjoncture politique en Pologne avait mis ce credo à rude épreuve2. Walesa pouvait compter sur le sage professeur Bronislaw Geremek. 2. en particulier. qui a reçu le mandat de rechercher et de documenter les crimes commis par les nazis et les communistes contre la nation polonaise. 3. 1990. Michnik se réfère. Le texte anglais dit ceci : « a delightful mixture of Macaulay and Machiavelli.com/ . The Revolution of ’89 Witnessed in Warsaw. p. and a man who knew exactly what was needed for a modern. European Poland ». p. à la création de l’Institut national du Souvenir. LV. Western. en 1998. Timothy Garton Ash. au passage. à la suite de sa tournée historique effectuée l’année précédente dans quatre des six capitales d’Europe de l’Est marquées par ce qu’il appelle des « réfolutions » (une contraction des mots « réforme » et « révolution »). un heureux mélange de Macaulay et de Machiavel. À main droite. Il ajoute : 1. We the People. Alors que la Pologne d’avant guerre était entourée de dictatures. Timothy Garton Ash avait écrit ceci au sujet de Geremek : Alors que Pilsudski (héros de l’indépendance de la Pologne et premier président de la république. Walesa était entouré de professeurs. dans un livre-reportage publié en 1990. « On the Side of Geremek ». no 14. Pour sa part. vol. NYRB. occidentale et européenne 3. 52. d’une Pologne de gens vivant dans la dignité et respectant la dignité des autres »1 et Michnik relève. 35.

On connaît la suite.blogspot. Son expérience pratique et sa hauteur de vue en faisaient un invité incontournable pour un colloque consacré à la liberté. et afin de préciser l’orientation que j’entends donner à ma présentation. candidats de Solidarnosc aux deux chambres du Parlement.dorval brunelle – les libertés en contexte Lors de la première rencontre de la ‘première brigade’ convoquée derrière des portes closes dans l’auditorium principal de l’Université de Varsovie. le 4 juin. je déplore amèrement les circonstances qui nous ont privées de la collaboration d’un grand témoin et d’un grand acteur de l’histoire actuelle. Dans cet esprit. Geremek a été élu président de l’assemblée conjointe des de ce moment. les libertés en contexte Le sujet que je vais aborder est dicté par la conjoncture. Idem. j’aborderai la question suivante : quelle place avait-on dévolu à la Déclaration de 1948 dans le complexe des institutions et autres organisations mises en place dans l’immédiat après-guerre et quel sort a-t-on réservé à la question des droits humains aujourd’hui ? Je voudrais ainsi mettre en relief les rôle et fonction impartis à la Déclaration universelle de 1948 dans la panoplie des institutions mises sur pied à l’époque. Solidarnosc remporte 90% des sièges au Sénat. aux 1. Dans deux mois nous célèbrerons les 60 ans de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. la disparition de Geremek nous prive d’un témoin et d’un témoignage précieux. C’est dire à quel point. À compter Garton Ash évoque ici la réunion historique au cours de laquelle. Son décès a porté un dur coup aux organisateurs et comme vous tous. Solidarnosc se transforme en Club parlementaire des citoyens. la réunion a été menée avec ordre et célérité1. en prévision des élections à venir et afin de rejoindre le plus grand nombre de ses compatriotes. ainsi que 160 des 161 sièges qu’on lui a permis de briguer à la Diète.com/ . 19 http://fribok. et je veux me servir de cette mise en contexte pour chercher à comprendre le sort qui a été réservé au droit.

dans le renforcement de tout ce qui touche aux droits de propriété et à leurs dérivés. d’un côté.com/ . avec le résultat que nous sommes actuellement confrontés à deux évolutions parallèles. etc. Pour transcrire ces remarques préliminaires dans d’autres termes. 20 http://fribok. sociaux. l’autre par la liberté positive. de l’autre. là où l’ordre d’après-guerre avait institué. l’ordre actuel assurerait la prééminence de la première aux dépends de la seconde aux deux niveaux international et national. droits des investisseurs. En somme. mais surtout l’étonnante complémentarité entre les différentes missions dont le système de l’ONU avait été investi à l’époque. on pourrait dire que.le sens de la liberté chartes des Droits et à la liberté depuis la fin de la guerre froide. voire à la désarticulation institutionnelle qui prévalent aujourd’hui. aussi bien au niveau international qu’au niveau national. quand on les compare au déséquilibre. par voie de conséquence. équilibre qui s’est petit à petit disjoint et qui a été rompu à la fin de la guerre froide. au déclin des droits économiques. déséquilibres et désarticulations qui comptent sans doute pour beaucoup dans la cassure qui affecte l’ensemble des Droits de l’Homme et. un certain équilibre politique entre deux visions ou entre deux approches occupant chacune un pôle théorique et programmatique donné. je voudrais montrer en quoi et comment l’encastrement de la Déclaration de 48 dans l’ensemble des organisations internationales mis sur pied entre 1944 et 1948 visait à assurer une certain équilibre entre les droits individuels et les droits sociaux. brevets. – . Cette comparaison permettra de mettre en relief. et culturels. mais de sens inverse : à la montée en force des droits de propriété et de leurs diverses déclinaisons – droits intellectuels. au détriment des droits sociaux et autres droits apparentés. non seulement toute la distance qui sépare la hauteur de vue exprimée la première fois. l’un constitué par la liberté négative.blogspot.

dorval brunelle – les libertés en contexte

Cette distinction entre liberté négative et liberté positive a été reprise et développée, entre autres, par Isaiah Berlin, pour qui la liberté négative est absence de coercition, et par Hayek, pour qui la liberté négative est l’interdiction de prescrire aux autres ce dont ils ne veulent pas. Il s’agit de reconnaître à l’autre la possibilité de trouver par lui-même le chemin de son propre progrès et de lui laisser toute latitude pour établir des relations harmonieuses avec autrui. La liberté positive, quant à elle, est la possibilité de faire ce que l’on veut. Mais cette liberté, comme John Stuart Mill, et ceux qu’on a appelé les sociaux-libéraux à sa suite, l’ont montré, ne peut bénéficier au plus grand nombre qu’à la condition qu’une autorité y pourvoie. La liberté positive désigne alors la panoplie des moyens – qu’il s’agisse de politique d’éducation, de santé, de développement régional, etc. – mis à la disposition des citoyens par l’État, ou par une autorité publique quelconque, pour favoriser la pleine utilisation de leurs capacités par le plus grand nombre. Cette opposition place face à face deux interprétations à la fois symétriques et complémentaires de la liberté : la première, qui privilégie la liberté entendue comme liberté de choix, la seconde, qui, située en amont de la première en quelque sorte, privilégie plutôt un renforcement des capacités qui égaliserait les conditions de l’exercice de la liberté de choix. Or, la question qui se pose est de savoir si on ne pourrait pas aussi envisager la liberté en tant que possibilité de dépasser cette alternative, en tant que pouvoir, ou mieux, en tant que puissance créatrice (collective ou collectivement sanctionnée) susceptible ou capable de surmonter l’opposition en question. Car il y a une autre liberté à invoquer et à convoquer, celle précisément qui nous permettrait de sortir de cette impasse. Cette liberté-là porte une autre qualification, il s’agit de la liberté de créer du nouveau, d’innover ; c’est à cette liberté que notre compatriote, le peintre Paul Borduas avait accolé l’expression « projections libérantes », une voie aujourd’hui accaparée par l’initiative
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le sens de la liberté

individuelle et l’accroissement des droits de propriété, alors que la capacité collective de créer du nouveau est, au mieux, marginalisée, voire trivialisée, au pire, ignorée. On pourra mieux cerner ce dont il est question ici en introduisant une distinction fondamentale entre la liberté entendue au sens de liberté instituée ou de liberté constituée en vertu d’une charte, d’une autorité politique, ou d’une décision d’un tribunal, d’un côté, et la liberté en tant que pouvoir ou en tant que pensée constituante d’où découlent la ou les libertés de choix, de l’autre. La liberté constituante renvoie à l’idée de liberté en tant que création. Elle renvoie à la liberté telle qu’entendue chez Bergson ou chez Sartre, en particulier. Pour Bergson, la liberté pleinement exercée doit être créatrice, c’est celle qui permet de sortir des contingences, de surmonter le fatum inscrit dans l’évolutionnisme spencérien qui nous condamne à suivre la trajectoire d’une évolution inscrite dans des lois naturelles, et notamment celle de la survie des plus aptes (the survival of the fittest). Contrer la pente apparemment naturelle définie par l’évolutionnisme implique, pour Bergson, de recourir à l’acte créateur qui prend source dans une autre morale, la morale du dépassement. Pour Sartre, en revanche, la liberté est d’abord et avant tout capacité de surmonter ce qu’il appelle les « synthèses réifiées du pratico-inerte », par quoi il entend cette inertie dans laquelle s’enfonce immanquablement la praxis humaine. Dans sa Critique de la raison dialectique, Sartre développe l’idée que « le pratico-inerte (renvoie à) la domination de la matérialité sur la praxis et la fin de l’expérience de la liberté, (une fin) qui ne pourra être retrouvée que dans la praxis du groupe »1, c’est-àdire dans l’acte émancipateur par excellence qui est un véritable pouvoir constituant, le pouvoir de surmonter et de dépasser les contingences inscrites dans la logique de l’institué. Cependant, au-delà de leur parenté apparente, qui viendrait du fait que les deux
1. Voir Arnaud Thomès, Petit lexique sartrien. En ligne : http://www. cairn.info/article.php ? id_article=cite_022_0185 22 http://fribok.blogspot.com/

dorval brunelle – les libertés en contexte

invoquent une morale du dépassement, la liberté revêt chez Sartre un sens radicalement différent de celui que lui accorde Bergson. En effet, chez Bergson, on est encore situé dans l’univers du libre arbitre, voire des opportunités, et le sujet peut ou non choisir d’échapper au poids des contingences et opter pour la liberté de créer, tandis que chez Sartre, la liberté n’est pas un choix, elle est notre lot. Dans son Petit lexique sartrien, Arnaud Thomès écrit à sujet :
La liberté n’est pas, comme dans la philosophie classique, une indépendamment de ce que lui présente l’entendement, autrement faculté de l’âme : elle n’est pas la capacité pour la volonté de choisir dit le libre arbitre. Mais la liberté est à comprendre chez Sartre en que cette existence se définit par sa contingence, il ne saurait alléguer quelque nécessité que ce soit pour justifier ses choix et pour se délivrer de sa responsabilité : il est condamné à être libre1. termes ontologiques : l’homme est liberté. Puisque l’homme existe, et

Pourtant, et ceci est essentiel pour mon propos, cette condamnation n’équivaut pas à sommation, ou à une mise en demeure qui condamnerait l’homme sartrien à être libre ou à périr, car c’est bien l’homme collectif, c’est-à-dire le groupe au sens de Sartre qui porte et subit cette « condamnation ». En somme, si je transcris ces deux approches dans mes propres termes et si je veux, par la même occasion, préparer le terrain pour ce qui va suivre, je dirais que la démarche individualiste et individualisante d’un Bergson nous permet d’entrevoir et de concevoir la liberté comme faculté de dépasser les contingences, comme un acte créateur et, en ce sens, comme un pouvoir de création appartenant en propre à l’individu ou à une collectivité, tandis que la démarche de Sartre attire notre attention sur le fait que la praxis du groupe est sa liberté, en ce sens qu’il n’y a pas deux voies qui s’offrent à lui, celle d’être et celle d’être libre, car les deux états n’en forment au fond qu’un seul. Si le juge, quand il choisit d’exercer un pouvoir constituant,
1. Idem. 23 http://fribok.blogspot.com/

le sens de la liberté

assume la prérogative d’étendre, ou pas, l’espace de la liberté des individus ou celui d’une collectivité, le groupe quant à lui n’a pas ce choix. Car sa propre existence en tant que groupe, qu’il s’agisse d’un groupe de salarié, d’employé, de femmes, d’autochtones, le met en permanence au défi d’exercer ce pouvoir qui le constitue et le maintient en tant que groupe distinct avec ses caractéristiques et ses défis propres, et faute par lui d’être libre au sens sartrien du terme, il cède devant les forces de l’inertie et le pratico-inerte reprend le dessus, il cesse alors d’exister comme groupe vécu, il est un groupe sclérosé en passe de se décomposer. En ce sens, et toujours en lien avec les développements qui vont suivre, la mise sur pied de l’ordre d’après guerre représenterait bel et bien l’expression d’une liberté entendue au sens d’un dépassement des contingences et au sens d’une fondation institutionnelle et normative nouvelle et originale1, tandis que, a contrario, l’incapacité
1. L’acte constituant l’ordre d’après guerre peut alors être envisagé comme l’expression d’une volonté collective qui est parvenue à dépasser les contingences et à proposer un cadre original, une situation qui sera contrastée avec celle qui a prévalu au lendemain de la guerre froide où c’est l’incapacité de surmonter les contingences qui s’imposera. La liberté dont il est alors question a peu à voir avec l’opposition entre un négatif et un positif, elle renvoie à la liberté telle qu’entendue chez Bergson ou chez Sartre. « Qu’on invoque en effet un déterminisme physique ou psychologique, ou qu’on en appelle à une libre volonté se prononçant devant des choix multiples, c’est toujours une référence à une causalité, à un mode de détermination linéaire qui n’a d’application que ds le temps homogène des sciences de la nature (…), au lieu que la durée concrète est progrès continu, création, nouveauté, interpénétration, différence ; en bref spontanéité et non détermination ». Voir Florence Caeymaex, Sartre, Merleau-Ponty, Bergson : les phénoménologies existentialistes et leur héritage bergsonien, Hildesheim, Georg Olms Verlag, 2005, 333 pages, à la page 46. En ligne : http://books.google.ca/books ?id=a3wqmbhnrwwc&pg=p a43&lpg=pa43&dq=bergson+sartre+liberte&source=web&ots=kvhc mttr7o&sig=8o4bs8tv3s-rxuleiewvulrc_f0&hl=fr&sa=x&oi=book_ 24 http://fribok.blogspot.com/

Dans un deuxième temps.dorval brunelle – les libertés en contexte de jeter les bases d’un nouvel ordre mondial dans la foulée de l’après-guerre froide sanctionnerait.blogspot. En premier lieu. 25 http://fribok.m1 1. des spoliés et autres laissés pour compte de l’évolutionnisme libéral qui sont. Ce qui est une autre façon de synthétiser la thèse développée par Francis Fukuyama. à la marginalisation ou à l’exclusion pure et simple. un enlisement qui servirait de révélateur de notre soumission aux exigences des marchés et de leurs lois1. celle du capital. brevets. au détriment des pratiques émancipatrices issues des groupes dominés. une double évolution. afin de mettre en lumière l’importance accordée à la complémentarité entre les grandes composantes du système international instauré à l’époque et le rôle imparti à la Déclaration de 1948 dans ce contexte. cette incapacité confirmerait l’enlisement de la pensée dans une insurmontable opposition entre la liberté négative et la liberté positive. droits des investisseurs. dans La Fin de l’histoire. d’un côté. je veux me servir de la conjoncture actuelle pour cerner plus avant la contradiction et l’affrontement en cours entre deux façons de concevoir la liberté constituante. –. de l’autre. condamnés à concentrer leur énergie dans la résistance à la désaffiliation. etc.com/ . je veux montrer comment la question des libertés est abordée dans l’après-guerre froide et. je reviendrai sur la constitution de l’ordre d’après-guerre. pour leur part. Je profiterai alors de l’occasion pour montrer en quoi et comment on assiste à des result&resnum=8&ct=result#ppa45. par défaut en quelque sorte. enfin. En deuxième lieu. Dans un premier temps. et celle des exclus. Ces questionnements dicteront la démarche que je vais suivre qui opèrera en trois temps. cette incapacité conforterait l’ascendant exercé par cette liberté créatrice issue directement de l’exercice des prérogatives et autres opportunités ou opportunismes appartenant en propre aux détenteurs de ces droits absolus que sont les droits de propriété et leurs dérivés – droits du capital. dans un troisième temps.

Shotwell a fait partie de la délégation des États-Unis à Versailles et. il a joué un rôle tout aussi important dans la conception de l’ordre d’après guerre et 26 http://fribok. à New York. permettez-moi d’ajouter quelques mots au sujet de cet auteur. Je crois qu’il n’y a pas de meilleure manière d’illustrer la comparaison dont il est ici question sans revenir sur l’ouvrage The Great Decision (1944).blogspot. Mais Shotwell est également et surtout connu pour son implication dans les affaires politiques et sociales de son temps. de tracer un intéressant parallèle avec Geremek. 1. Plus tard. Shotwell est né en Ontario en 1874 et il est mort aux États-Unis. il sera essentiellement question de l’insertion de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948 dans le système international. ce qui permet. à l’heure actuelle. de la liberté entendue comme pouvoir constituant alternatif à ceux du capital et de l’État.com/ . il a été un des principaux architectes de la création de l’Organisation internationale du travail (OIT). Je ne traiterai donc pas de ses déclinaisons et des modalités de son insertion dans l’ensemble des institutions au niveau national. il a étudié et enseigné à l’université Columbia tout au long de sa carrière. en 1919.le sens de la liberté expressions diverses et originales. Mais avant d’aller plus loin. en 1965. Il a édité deux sommes importantes : une histoire économique et sociale de la Grande Guerre en 152 volumes et une série de 25 volumes sur les relations canadoaméricaines. Historien de formation. publié par notre compatriote Shotwell. l’ordre d’après-guerre Dans la section qui suit. Il a joué un rôle très important dans la mobilisation des historiens durant la Première Guerre. au passage. James T. anti-communiste convaincu. lui aussi historien et médiéviste de renom. traduit en français sous le titre La Grande décision et publié l’année suivante chez Brentano’s.

ainsi que ses collaborations avec. entre autres.com/ . 27 http://fribok. The Great Decision (1944) et The Long Way to Freedom (1960). il fallait cette fois le faire reposer sur trois piliers. Shotwell se trouvait ainsi dans l’enviable position d’avoir été à la fois un des architectes de la Société des nations et de suivre pas à pas la construction de l’ordre de l’après Deuxième Guerre.blogspot. pour instaurer un ordre international stable et viable. Shotwell fonda la Commission pour l’étude de l’organisation de la paix (Commission to study the organization of peace) qui a publié plusieurs rapports où l’on cherchait à définir et à préciser les fondements de l’ordre d’après-guerre. le sous secrétaire Sumner Welles. en mars 1945. Shotwell a avancé plusieurs idées fondamentales. Rédigé par un observateur et un acteur qui avait mis beaucoup d’espoir dans la création d’un nouvel ordre mondial au sortir de la Première Guerre. Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages.dorval brunelle – les libertés en contexte il a été un des ardents promoteurs de l’inclusion d’une Déclaration universelle des Droits dans la Charte de l’ONU1. que. La première. On the Rim of the Abyss (1936) . l’ont amené à faire partie de la délégation officielle des États-Unis à San Francisco. Ces travaux. et non plus sur les deux seuls piliers qui avaient servi à consolider la 1. En 1939. avec Eichelberger et d’autres. On retrouve d’ailleurs plusieurs de ces éléments dans les propositions issues de la conférence de Dumbarton Oaks. La Grande décision cherche à tirer toutes les leçons de cet échec afin de jeter les bases d’un nouveau nouvel ordre mondial. et dans les recommandations du Comité aviseur sur la politique étrangère de l’après guerre. parmi lesquels on peut citer: The Origins of the International Labor Organization (1934) . de novembre 1944. c’est-à-dire d’un ordre mondial qui échapperait cette fois aux pièges dans lesquels la précédente initiative avait sombré. À cette fin.

Il faut insister sur cette double originalité car. La deuxième idée a été de concilier les deux principes fondateurs du système international : le principe d’universalité et le principe de différentiation. les pays doivent agir en pleine coopération comme ils l’avaient fait au BIT et. Si. 3. dans sa Préface écrit ceci : l’organisation internationale à construire doit agir simultanément dans trois sphères (…) dans la sécurité. p. op. la référence à un discours du premier-ministre du Canada. il faut amener toutes les nations à renoncer à la guerre . Tenger. Robert Tenger. par opposition au régime exclusif instauré par la SDN. 2. 14-5. cit. en vertu du premier. 279. in Shotwell. petits assumeraient le rôle de « renforcer les procédures de sécurité 1. p. 4.. Il s’agit du régime inclusif sanctionné dans la Charte de San Francisco. (…) dans la troisième sphère. seraient obligées de s’entendre entre elles pour renforcer leur intérêt propre et celui des grandes puissances dans la préparation des procédures de sécurité collective». mais celles-ci. statut des nations mais du statut des individus au sein de ces nations. l’organisation devra s’occuper non plus du pour protéger leurs droits et leur liberté 2 . tandis que les collective4 ». les grands assumeraient la charge ou la responsabilité. le système de l’ONU devait désormais être ouvert à tous3. Voir également. enfin. Mackenzie King. tout comme le bien être n’avaient pas fait partie des plans et des objectifs au niveau international pour la simple et bonne raison qu’il s’agissait. à propos de l’épineux problème de l’égalité des voix. comme il se doit. En somme. en retour. Reprenant cette idée. à la page 280-1.le sens de la liberté paix par le passé1. jusque-là le rapport de l’État à ses citoyens. en vertu du second. par excellence.blogspot. les grandes puissances assumeraient une part de responsabilité plus grande dans le maintien de la paix que les « petites puissances ». (…) en matière de prospérité. de matières qui relevaient en propre des affaires internes. « Préface ».com/ . 28 http://fribok. Voir R. Shotwell.

d’une part. ajouterions-nous. comme ceux qui s’occupaient du commerce. de la science et de la culture soient construits sur le modèle de l’OIT. c’est-à-dire qu’elle ne s’inscrit pas quelque part à côté des autres initiatives. Shotwell écrit à ce propos : Il est donc temps de penser à l’édifice de la paix mondiale comme un tout et non pas seulement se borner à penser aux éléments séparés qui secours et du relèvement. mais aussi dans les organisations qui travaillaient dans le domaine de l’hygiène publique et des « maux sociaux ». de l’autre. 29 http://fribok. une exigence qu’il appliquait au mécanisme de protection des Droits de l’Homme. sans doute la plus audacieuse. de la sécurité et du travail. la Cour internationale de justice (CIJ). La quatrième idée a été de proposer d’appliquer le modèle de l’OIT et de faire place à ce qu’il a appelé les « institutions privées » dans les différents organismes. Idem. non seulement économiques. Et c’est là que l’idée de Déclaration prend tout son sens. aux organisations patronales et aux organisations syndicales. 1. l’a amené à établir un lien serré entre la mise hors-la-loi de la guerre. de l’agriculture.dorval brunelle – les libertés en contexte La troisième idée était qu’il fallait avoir recours à une approche globale. Shotwell suggère ainsi que les organismes qui viendront compléter le système de l’ONU dans les domaines de la finance. La cinquième idée. par exemple (…) Le problème du bien-être ne peut être résolu en faisant abstraction de celui de la sécurité1. et la protection des garanties ou des libertés individuelles des citoyens face aux empiètements de l’État. du commerce. grâce à l’instauration d’un mécanisme efficace de règlement des différends entre États. comme le FMI-BM.com/ . de celui de la justice. du transport. en ont été créés pour faire face aux problèmes urgents comme ceux des ni non plus. 275.blogspot. c’est-à-dire sur la base d’une représentation tripartite. c’est-à-dire sur la base d’une représentation accordée simultanément aux États. p. On sait que l’OIT avait été la première organisation internationale à opérer sur la base du tripartisme.

la FAO.blogspot. ils sont parfaitement contradictoires. p..com/ . un palliatif ou un adjuvant face à quelques États autoritaires. D’ailleurs. pays puissent souscrire. un peu plus loin : Également difficile. le versant citoyen. Idem. mais qu’elle représente et constitue l’autre versant. C’est ainsi que.le sens de la liberté le BIT-OIT. par les pays intéressés. 2. Partout où de telles mesures seront imposées Mais il faut se souvenir que : le mépris des Droits de l’Homme à l’intérieur des pays de l’Axe était une préparation psychologique et même physique à la guerre elle-même. Shotwell est amené à lier étroitement le rôle de l’UNESCO et celui de la Déclaration. et qui sauvegarde les droits des citoyens dans Et il ajoute. l’UNESCO. C’est pourquoi il tombe sous le sens que l’organisation d’une paix durable doit aussi comporter quelque précaution pour 1. au sens le plus large et profond de l’expression. 30 http://fribok. Shotwell écrit : La première mesure à prendre pour sauvegarder la liberté dans le monde d’après-guerre (…) c’est la proposition qu’il y ait une Déclaration internationale des Droits de l’Homme. et qu’elle n’est pas non plus une voie de dernier recours. tellement il est vrai que la guerre et le respect des Droits de l’Homme ne sont pas seulement incompatibles. à propos du rôle et de l’importance de prévoir une Déclaration universelle des Droits de l’Homme. à cette occasion. il y aura des difficultés à les faire respecter2. peut contrebalancer la propagande des États portés à recourir à la guerre. etc. Idem. le problème qui consiste à renforcer les dispositions sauvegardant les Droits de l’Homme après qu’ils auront été acceptés du dehors. 269. à laquelle tous les l’État contre tous les empiètements de leurs gouvernements 1. tant il est vrai à ses yeux que seule la diffusion d’une culture. du mode de règlement des différends auquel les États auraient convenu de souscrire.

de l’autre. et que le moment est venu de se mettre anglais et américain de gouvernement. Il devrait.blogspot. Or. Mais un instant de réflexion une constitution ne suffit pas. diffère pas des autres organisations décrites ci-dessus.dorval brunelle – les libertés en contexte le maintien de la justice à l’intérieur des États aussi bien que dans d’accord sur les principes fondamentaux du droit des gens. loin que l’après-guerre froide ait permis de renouer avec la vision d’ensemble d’un Shotwell. Idem. (…) Il a été suggéré que le point de départ soit une Déclaration universelle des Droits de l’Homme comme celle qui est à la base des systèmes suffira pour nous rappeler que la simple insertion d’une formule dans la constitution est la chose la plus importante1. être composé comme un service civil international… En résumé. De plus. d’une part. sans situer les pactes issus de la Déclaration de 1948 au centre même de l’ensemble des organisations à vocations multiples et complémentaires mises sur pied à l’époque. le projet ainsi suggéré ne ont eu pour modèle initial la constitution de l’OIT2. bien au contraire. à une plus 1. leurs rapports entre eux. auquel serait rattaché un office ou un bureau permanent qui préparerait les projets à discuter à l’Institut et qui assurerait la continuité d’action et la réalisation du programme. 31 http://fribok. c’est. si l’après-guerre froide a semblé un temps nous promettre des lendemains pacifiés. il a fallu tôt déchanter lorsque le recours à la guerre a encore une fois repris le devant de la scène. lui aussi. 2.com/ . 271-2. Idem. pp. et qui toutes Ce retour en arrière nous montre bien à quel point il peut s’avérer vain de mener le combat en faveur des Droits de l’Homme sans s’attaquer en même temps au problème posé par le recours à la guerre. parce que le moyen de faire respecter Shotwell propose alors la création d’un Institut de jurisprudence composé d’experts du droit et de la science gouvernementale.

cette curieuse expression qui nous a valu une militarisation à outrance de part et d’autre du rideau de fer et qui nous a légué une suite quasi ininterrompue de conflits armés dans ou entre les pays du Sud. Je me contenterai d’invoquer rapidement la guerre froide.blogspot. la FAO ou l’UNESCO. pour ne nommer que ces trois-là. de même que tous et chacun des gouvernements nationaux et des sociétés durant près d’un demi siècle. 2. le tandem BM-FMI s’est rapproché de plus en plus des objectifs de la Maison blanche et du Congrès des EUA autour de ce que John Williamson a appelé un « Consensus de Washington » face à l’enjeu de la libéralisation des marchés. au Sud1. Comment penser le système des droits dans l’après-guerre froide ? Je passerai rapidement sur les raisons susceptibles d’expliquer les nombreux glissements. des institutions économiques qui avaient été mises sur pied pour réduire l’écart entre les pays produiront exactement l’inverse : elles instaureront une profonde fracture dans l’ordre international entre pays développés au Nord et pays euphémistiquement désignés comme étant « en développement ». revirements et autres tractations qui ont fait dévier la mise en oeuvre de l’ordre d’après-guerre et qui nous ont conduits là où nous nous trouvons aujourd’hui.com/ . 1. Avec le résultat que.le sens de la liberté grande désarticulation entre les différentes missions confiées au système de l’ONU que nous assistons à l’heure actuelle. En somme. au bord de la désarticulation institutionnelle et en plein dans la superposition et la hiérarchisation des ordres normatifs. Cet ensemble de pays avait été désigné comme le « tiers monde » par 32 http://fribok. guerre froide oblige et à compter des années quatre-vingt surtout. ce que Fritz Sternberg avait appelé le « conflit du siècle » – pour reprendre le titre d’un ouvrage célèbre en son temps – a traversé de part en part toutes et chacune des grandes institutions internationales comme l’OIT. mais aussi plusieurs guerres majeures. C’est ainsi que.

semble au contraire nous en éloigner ? J’apporterai deux réponses à la question : la première fait appel à un ensemble de causes opérant par excès. en tout cas. celle concernant la mise au rancart du recours à la guerre comme moyen de résolution des conflits en tant que préalable à la sanction des droits humains. autant la pertinence de certaines de ses plus sombres prédictions tombait à plat à l’époque. C’est celui qui nous renvoie à l’une des conditions posées par Shotwell. bien au contraire. écrit-il. Shotwell lui-même avait déjà mis ses lecteurs en garde contre une telle éventualité et. au lieu de nous rapprocher des idéaux d’universalité et de justice sociale sanctionnés alors. non seulement. comme le recours à la guerre n’a jamais fait relâche. avec le résultat que leur application. les négociations politiques politique de force et les relations internationales ressembleront de Or. 1. la menace de guerre n’a-t-elle jamais été éliminée. tandis que la seconde invoque un argument par défaut. ce qui relève de l’international et ce qui relève du national. l’efficacité croissante des opérations de paix. en dehors d’aires bien délimitées en Occident surtout. tels que ces domaines Alfred Sauvy qui avait forgé l’expression dans un article publié dans l’Observateur. pp. 33 http://fribok. voire palliative. demeurés en déshérence. Car. L’argument par excès vient d’être évoqué.blogspot. n’a été que ponctuelle.dorval brunelle – les libertés en contexte Comment expliquer que l’après-guerre froide. autant elle ressurgirait avec force dans le contexte actuel. à mesure que la menace de guerre sera éliminée par et les accords entre nations tendront à prendre leur aspect sinistre de plus en plus à de la politique intérieure1. Idem. mais la conjoncture actuelle nous offre plusieurs exemples de dérives où l’on peine à démêler dans les conflits extérieurs tout autant que dans les conflits internes.com/ . D’ailleurs. le 14 août 1952. Or. 287-8. les modes pacifiques de règlement des conflits n’ont pas prévalu et les droits humains sont. en définitive.

Dans ces conditions. le cinquantième anniversaire de l’organisation. Oxford. C’est le sens et la portée du mandat confié par Boutros Boutros-Ghali à la Commission sur la gouvernance globale.com/ . il suffirait d’effectuer quelques ajustements au système mondial pour le remettre sur ses rails. 1995. l’encastrement indispensable des droits humains dans un ensemble d’organisations voué à la défense du travail. évolution oblige.le sens de la liberté avaient été définis au sortir de la Deuxième Guerre et tels qu’ils sont encore théorisés de nos jours. en 19951. le processus centrifuge en cours qui éloigne progressivement les organisations les unes des autres et qui désarticule la poursuite de leurs missions ne peut que s’accroître et nous éloigner toujours davantage des espoirs qu’avaient fait naître les grands idéaux portés par les architectes du cadre défini au cours des années quarante. Or. Our Global Neighborhood. ainsi que les droits économiques.blogspot. En somme. sociaux et culturels dans un système international rénové. le plus intéressant et le plus révélateur à mes yeux concernant les recommandations de la commission. Oxford University Press. co-présidée par Ingvar Carlsson et Shridath Ramphal. D’ailleurs. L’idée d’une telle commission avait été avancée par Willy Brandt qui avait proposé qu’on se penche sur les rôle et fonction des Nations Unies et de son système dans le nouveau contexte créé par la fin de la guerre froide et pour souligner. et qui a remis son rapport intitulé Our Global Neighborhood. par la même occasion. Report of the Commission on Global Governance. de la culture ou à la lutte contre la faim n’a jamais pu être réalisé et il ne le sera pas tant que le recours à la guerre ne sera pas remplacé par d’autres mode de règlement des conflits. comme en témoigne avec la 1. c’est qu’il n’y a rien concernant la place que devraient occuper les droits des individus. 34 http://fribok. nous sommes aux antipodes de la démarche holiste avancée par un Shotwell. L’argument par défaut consiste à soutenir que les idéaux auxquels on avait souscrit à l’époque sont tout aussi valables aujourd’hui et que.

des investisseurs. Ce faisant. en opérant de la sorte. le remplacement de l’actuel ECOSOC par un Conseil de sécurité économique. tout juste avant l’ouverture de la session de l’Assemblée générale. il est intéressant et révélateur à la fois de souligner que les commissaires proposaient de reconnaître l’existence d’une société civile internationale et de lui accorder un rôle à travers la création d’un Forum de la société civile qui se réunirait une fois l’an. mais bien l’appui enthousiaste accordé à la mise sur pied de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui verra le jour la même année. les commissaires proposent une vision décidément et résolument économiciste – on dit parfois marchéiste pour désigner ce courant libéral qui accorde toutes ses faveurs à la régulation par le marché – du nouvel ordre mondial en gestation. Que peut-on tirer de ces deux interprétations ? Une première réf lex ion touche à l ’ impor tance des repositionnements intervenus entre organisations internationales dans leurs relations les unes avec les autres et. 1. ce ne sont pas les recommandations concernant l’élargissement du Conseil de sécurité. 35 http://fribok. ou la création d’un Forum global. Parallèlement. La commission elle-même définit ses propres recommandations comme étant « radicales ». à l’évolution du contenu des paramètres appliqués et sanctionnés par les organisations qui occupent désormais une place éminente dans la gouvernance au niveau mondial.dorval brunelle – les libertés en contexte dernière éloquence la liste des recommandations de la commission par ailleurs qualifiées de « radicales »1 par les commissaires eux-mêmes.blogspot.com/ . au détriment des libertés positives et des droits sociaux. les commissaires accordaient leur appui le plus entier à la création de l’OMC et souscrivaient avec enthousiasme au rôle central occupé par le marché et à la libéralisation à l’échelle mondiale. la commission se ralliait à une démarche qui visait explicitement à promouvoir les libertés négatives et les droits des détenteurs de capitaux. la deuxième. Mais ce qu’il importe de souligner avant tout. Par ailleurs. Mais ce qui m’apparaît le plus important et le plus révélateur à la fois. c’est bien le fait que.

depuis le blocage des négociations à l’OMC. le premier ministre Jean Chrétien en négociera les termes avec les provinces . relayées. mais surtout de prendre acte de la montée en puissance des organisations internationales à vocation économique comme la Banque mondiale.le sens de la liberté Quant aux repositionnements. qu’il s’agisse de l’Organisation de coopération et développement économique (OCDE. au départ. En troisième lieu. à peine l’accord établi entre les chefs d’État et de gouvernement concernant l’objectif du déficit zéro. l’OMC. il convient de prendre acte de l’instauration d’une nouvelle hiérarchie des droits en vertu de laquelle les droits de propriété et leurs dérivés (droits 1. il convient de prendre acte du déclin du rôle et de l’ascendant qu’avait exercé cette tribune universelle que sont les Nations Unies. comme des agences de l’ONU et comme les rouages d’un ensemble qui avait nom « système de l’ONU ». 36 http://fribok. En deuxième lieu. en 2001. des relais où l’on tient en bien piètre estime les objectifs de justice sociale et de bien-être qui avaient été tellement présents au moment de la définition des paramètres de l’ordre d’après-guerre1. d’autre part. sur le front des droits. il faut également prendre acte de ces organisations d’un autre type créées par les pays nantis. le FMI et surtout l’OMC. Un exemple emblématique à ce propos est celui du G-8 tenu à Halifax en 1995 où. du Forum économique mondial (FEM. En premier lieu. qui assument la relève là où l’ONU a – ou aurait – failli à la tâche. d’une part. 1971) ou du G-8 (1975).com/ . en particulier. par la prolifération des accords de libre-échange. toutes toutes tendances politiques confondues.blogspot. celles-ci. se comporte comme un électron parfaitement libre dans le système international actuel. la question se présente sous plusieurs angles à la fois. Alors que ces organismes avaient été envisagés et conçus. Ces tribunes et initiatives agissent à la fois comme des définisseurs de la nouvelle économie politique internationale et comme des relais dans leur application au niveau des politiques économiques nationales. 1948 et 1961). en feront la pièce centrale de leur propre économie politique.

. L’expression est de Stephen Clarkson. dans ce document fondateur 2 qui encadre désormais l’exercice des libertés au Canada. Deblock. En définitive. à cautionner. en ce sens. le recours aux droits économiques et sociaux vise. 3. Voir : « La dure réalité de la gouvernance continentale en Amérique du Nord ». L’ALENA : le libre-échange en défaut. voire à approfondir la libéralisation des marchés et le renforcement de ces mêmes droits de propriété1. je rendrai compte d’une poursuite intentée tout récemment en vertu du chapitre 11 de l’accord. Dans ce contexte. 107-132. et notamment les droits économiques. Montréal. l’Accord de libre-échange nordaméricain (ALENA).blogspot. retour sur la conjoncture Nous avons une illustration passablement éclairante de ces évolutions et des paradoxes. au mieux. Dans un premier temps. national et local actuel. in D. je voudrais désormais faire deux choses. Cela étant.com/ . pour étayer l’argumentation soutenue précédemment. régional. les instruments juridiques les plus efficaces et les plus utilisés servent essentiellement à la promotion des quatre soi-disant libertés – c’est-à-dire la libre mobilité des biens. des investissements et de la main d’œuvre – et. des services. d’accélérer et d’approfondir la libéralisation des marchés. Je renvoie ici aux débats entourant la négociation d’Accords cadre internationaux (ACI) entre groupes patronaux et syndicats promus par l’OIT et à ceux entourant l’inclusion de clauses dites « sociales » dans les accords de libre-échange. global. 2. à atténuer le libre exercice des droits de propriété. au pire. 2004. brevet. 37 http://fribok. Brunelle et C.dorval brunelle – les libertés en contexte des investisseurs. Éditions Fides. Dans un deuxième 1. dir. leur objectif premier est de faciliter. après avoir rapidement souligné le déficit démocratique induit par le type de libre-échangisme sanctionné par l’ALENA. sinon des contradictions qu’elles portent. pp. etc.) dominent désormais tous les autres droits. sociaux et culturels. dans le contexte mondial.

normatives et institutionnelles entre les pays. d’un côté.com/ . C’est sans doute un des paradoxes de la globalisation que d’être un processus qui. enclenche une concentration sans cesse croissante des pouvoirs au sein des États et des entreprises. collectif ou communautaire. tout comme le font. cette reconfiguration est la double conséquence du discrédit dans lequel sont tombées la promotion de l’intérêt général et la poursuite du bien commun. Au niveau institutionnel. L’ensemble des mécanismes d’intégration à grande échelle impulsés par l’essor technologique. des organismes comme le Forum économique mondial ou le Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité. au nom de la défense des quatre soi-disant libertés. en contrepoint. des investissements et de la main d’œuvre –. de l’autre. La cause première de ces transformations est imputable aux différents mécanismes institutionnels et normatifs de libéralisation des marchés mis en place depuis deux décennies. En procédant. À son tour. je voudrais faire état des promesses émancipatrices portées par quelques pratiques collectives. l’OMC et les accords de libre-échange ont joué et continuent de jouer un rôle de premier plan. ainsi que sur l’établissement d’une nouvelle hiérarchie à l’intérieur de laquelle les Cabinets règnent en maître sur les deux autres pouvoirs. judiciaire et législatif.blogspot. des services. Parmi ceux-ci. au nom de la défense des intérêts particuliers et de la promotion de la liberté individuelle. au démantèlement des initiatives institutionnelles et normatives 38 http://fribok.le sens de la liberté temps. l’ouverture des marchés et le démantèlement des frontières géographiques. a induit une permutation programmatique en faveur des intérêts économiques aux dépens de l’intérêt général. – la liberté de circulation des produits. de l’ascendant concomitant qu’exerce désormais la promotion des intérêts économiques. mais en marge des pouvoirs institués cette fois. ce renversement des perspectives de la part des gouvernements se répercute sur les rôles et fonctions assumés respectivement par les pouvoirs exécutif.

par suite des échecs que les demandeurs ont rencontrés dans leurs efforts pour ouvrir des cliniques privées de chirurgie en Colombie-britannique.blogspot. y compris celui des projets et des programmes politiques ou celui des droits. On se souvient que le chapitre 11 autorise un investisseur d’une Partie à poursuivre un gouvernement d’une autre Partie dans les cas où cette autorité a adopté une mesure susceptible de causer une perte actuelle ou éventuelle de profits pour l’investisseur. On aura une illustration intéressante de cette réalité avec la plus récente poursuite de 150 millions de dollars intentée en vertu du chapitre 11 de l’ALENA1. Bien sûr. économiques et environnementaux. Il s’agit cette fois d’une requête déposée par Melvin J. la poursuite est fondée sur le fait que le gouvernement de la province a déjà ouvert le marché de la santé à des investisseurs privés nationaux. loin de conduire à la multiplication des choix ou des libertés. de tous les marchés. abandonner l’agriculture et l’exploitation d’espèces végétales ou animales particulières. pour leur substituer des produits standardisés et des services normés. Les groupes qui dénoncent cette poursuite mettent en lumière le rôle 39 http://fribok. à la standardisation et à la réduction des options. et pour sauvegarder un patrimoine écologique commun. y compris des options politiques et des libertés individuelles. en son nom propre mais aussi au nom d’un groupe de quelque 200 investisseurs. conduit. les pays devraient renoncer à soutenir les productions nationales les moins rentables.com/ . au contraire. de sorte que si des investisseurs étrangers n’y ont pas accès. délaisser des métiers et des expertises soi-disant obsolètes. En somme. Howard. par un étonnant effet de rétroaction. Au nom de la concurrence et de la loi de l’offre et de la demande. 1. tous ces engagements commerciaux conduisent à un implacable lissage des options dans tous les domaines de la vie. ces derniers soutiennent qu’il y a présomption de discrimination à leur endroit 2. la libéralisation des marchés.dorval brunelle – les libertés en contexte adoptées pour minimiser les risques sociaux. un hommes d’affaires de l’Arizona. 2.

Et ils citent à ce sujet les propos tenus par Stephen Harper.com/ articles/2007-06-29-santos-en.” 1. ces distinctions structurent une part seulement de la réalité sociale et elles ignorent complètement ce qui se passe de l’autre côté de la ligne de que les politiques de privatisation des services publics menées par les gouvernements provinciaux ont joué et continuent de jouer à cet égard. C’est ainsi que le juriste et sociologue Boaventura de Sousa Santos a cherché à montrer que les pratiques et innovations sociales. d’un côté et de manière réactive en quelque sorte. à contrer les effets délétères et destructeurs des privatisations.com/ . des distinctions qui reposeraient toutes sur des lignes de démarcation ou des frontières qui seraient en définitive « invisibles ». elle visent.le sens de la liberté On voit clairement ici comment le recours à la libéralisation et la promotion des libertés négatives – c’est-à-dire l’avantage accordé à des investisseurs privés et le recours au libre choix – portent atteinte à la promotion du bien commun et de la défense des libertés positives de l’ensemble des citoyens.eurozine. le civil et le pénal. La pensée moderne userait et abuserait de distinctions en apparence claires et insurmontables entre le national et l’international. tout comme elles visent. En ligne : http://www. that experimentation should occur at the provincial level. alors qu’il était président de la National Citizens Coalition : “(W)hat we clearly need is experimentation – with market reforms and private delivery options within the public system. in a federal state where the provinces operate the public health care systems and regulate private services. d’un autre côté et de manière pro-active. En d’autres termes.html 40 http://fribok. par la suite premier ministre du Canada. des plus modestes aux plus ambitieuses. And it is only logical that. Voir Beyond abyssal thinking. Quant aux initiatives issues de l’exercice de la praxis des groupes. le public et le privé. à avancer et à proposer de nouvelles voies vers l’émancipation sociale ou collective.blogspot. des plus triviales aux plus corrosives reflètent et expriment la vision d’une émancipation hors des oppressions et des contingences1.

elle est normative au sens le plus étendu du terme.dorval brunelle – les libertés en contexte démarcation sur laquelle elles reposent. la ligne de démarcation en question n’est pas seulement géographique ou spatiale. Bien sûr. La connaissance moderne et le droit moderne représentent sans doute les deux manifestations les plus accomplies de la pensée abyssale1. devait permettre de placer face à face deux « projections libérantes » ou. 41 http://fribok. 1. c’est Guantanamo. sont désormais placés en relation de subordination sinon de confrontation l’un vis-à-vis de l’autre. une précision qui revêt une importance déterminante pour qui veut comprendre les appropriations et les violences dont sont victimes tous ceux et toutes celles qui vivent et travaillent au-delà d’une frontière politique. En ce sens. mais aussi au sein de l’ECOSOC. Deuxièmement. Quelques pistes de réflexion en guise de conclusion Je voudrais passer en revue les principaux points qui ont été développés jusqu’à maintenant et répondre à la question : qu’avonsnous établi ? Premièrement.blogspot. au Sud comme au Nord. sociale ou juridique quelconque. que l’insertion des groupes et de leurs intérêts propres au cœur même du système international au sein de l’OIT. aujourd’hui. En somme. de mettre face à face la liberté créatrice et la praxis de groupe. celui des libertés négatives et celui des libertés positives qui avaient. cette démarche fonde une épistémologie originale et elle soulève plusieurs questions concernant le statut de la modernité occidentale et son rapport aux pratiques alternatives des opprimés et des opprimées. pour la première – et la dernière fois à ce jour en tout cas – été placés dans un équilibre relatif par suite de l’institutionnalisation à volets multiples instaurée au lendemain de la Deuxième Guerre.com/ . que ces deux espaces de liberté. l’au-delà du droit ce n’est pas le règne du non-droit. pour reprendre les termes appartenant respectivement à Bergson et à Sartre.

d’un patrimoine commun. etc. 42 http://fribok. comme la démocratie participative. nouvelles découvertes. que la liberté entendue comme création. une remise en cause fondée sur une repolitisation de l’espace privé et de l’intimité. la praxis. nouveaux brevets. la liberté d’être des groupes. J’ai déjà énuméré quelques-unes de ces initiatives. un net avantage aux libertés négatives au détriment des libertés dites positives. au détriment de la sauvegarde et de la protection des biens collectifs. etc.le sens de la liberté Troisièmement. d’une part. privé et l’intimité. mais aussi et surtout à travers la prolifération d’accords de libre-échange du type ALENA. nouvelles prérogatives. demeure le seul rempart contre les prédations menées de conserve par les grandes entreprises et les États. les occupations menées par les sans-papier. les premières concernant la remise en cause de l’étanchéité entre les espaces public. bien sûr. que ce soit comme nouvelles initiatives individuelles. l’appropriation des terres privées menées à l’instigation du Mouvement des sans-terre au Brésil. À quoi il faudrait ajouter les propositions beaucoup plus révélatrices. que cette autre liberté.com/ . à travers l’OMC. Cinquièmement. nouveaux investissements. de l’autre. nouveaux titres. apparaît désormais comme la forme privilégiée d’exercice de la Liberté – au singulier et avec la majuscule – au sens soi-disant philosophique du terme. Quatrièmement. significatives et radicales issues des mouvements des femmes et des groupes autochtones. le creuset par excellence dans lequel on assiste à la création des innovations normatives qui comptent parmi les plus originales et porteuses d’espoir de ces dernières décennies.blogspot. Il en va de même pour les revendications issues des mouvements autochtones en Amérique latine dans leur contestation des prérogatives régaliennes de l’État wesphalien. que le cadre instauré au lendemain de la guerre froide – si tant est qu’on puisse parler de cadre et non pas d’une institutionnalisation par défaut – accorde.

Je vous remercie de l’attention que vous m’avez accordée.dorval brunelle – les libertés en contexte En attendant. dorval brunelle. en création destructrice. n’aurait pas atteint le point limite à partir duquel il se serait mué en son contraire. à tel point qu’on peut se poser la question de savoir si le capitalisme.com/ . directeur institut d’études internationales de Montréal Faculté de droit et de science politique Université du Québec à Montréal  43 http://fribok. par delà la résistance aux schèmes dominants.blogspot. leurs organisations et leurs entreprises. qui avait instauré à ses débuts un processus de destruction créatrice – pour reprendre l’expression forgée par l’économiste autrichien Joseph Schumpeter –. mais bien. Ce qui tendrait à montrer que l’espace de la liberté ne se mesure pas à l’aulne des choix offerts par le marché ni à l’ombre portée des chartes des Droits. la liberté négative s’impose partout au détriment de la liberté positive. comme nous le montre avec la dernière éloquence l’interminable crise financière qui a sévi tout au long de l’année et la crise environnementale qui nous menace. à la capacité de mettre en mouvement des pratiques émancipatrices alternatives issues de ceux-là et de celles-là mêmes qui sont exclus des politiques et des pratiques imposées par les États. au sein des démocraties libérales en tout cas.

liBerTéS eT VAleurS http://fribok.com/ .blogspot.

Ce n’est pas de cette liberté théologique que veux parler. s’est opposé de façon vigoureuse à la modernité. Dans des pays européens.liBerTéS eT reliGionS La Liberté et LeS reLigionS  L a liberté a une importante signification religieuse dans le Nouveau Testament : Jésus nous y annonce la vérité. lui aussi.blogspot. Pour les grandes religions du monde. se sont elles aussi opposées à la liberté religieuse. la liberté d’expression.com/ . Le catholicisme. marginalisés dans leur pays et organisés dans des Églises libres. Ce furent les protestants minoritaires. En tant que droit humain fondamental. ils voulaient plutôt que l’État protège l’Église catholique et réprime les hérétiques et les athées. Les religions étaient profondément incarnées dans des sociétés féodales ou aristocratiques où obéissance et fidélité aux seigneurs étaient une exigence fondamentale. Mon allocution a plutôt comme sujet la liberté civile et ses quatre dimensions la liberté religieuse. qui ont défendu la liberté religieuse et accueilli la séparation de l’Église et de l’État comme une libération. Les papes ont condamné la liberté religieuse et les autres droits civils . et cette vérité nous apporte la liberté (Jean 8 : 31). Exposées 47 http://fribok. la modernité a représenté un grand défi. la liberté de réunion et la liberté d’association. la liberté est un élément constitutif de la démocratie et donc un produit de la modernité. les Églises protestantes qui étaient religions d’État.

marginalisés et méprisés dans la chrétienté. Heureusement. On se souvient que. elles aussi.com/ . Les autres grandes religions du monde se voyaient. dans toutes les religions. au XVIe siècle.le sens de la liberté aux restrictions légales et aux préjugés populaires. Ces religions défendaient les sociétés dans lesquelles elles étaient installées. au début des années soixante. Ces trois thèmes (œcuménisme. J’ai eu le privilège d’être nommé théologien officiel au Concile Vatican II. bien avant l’arrivée de l’État moderne. continuant d’opposer catholicisme et modernité. après la convocation du concile. également. De nombreux évêques. avait publié l’encyclique Pacem in terris (1963). le catholicisme Je fais partie de ce mouvement dans le catholicisme. les religions minoritaires ont toujours eu un désir de liberté. dialogue interreligieux. menacées par les droits civils promus par la modernité. dans laquelle il exprimait son respect pour la Déclaration universelle des droits humains promulguée par l’ONU 48 http://fribok. Les juifs. même avant l’Âge des Lumières. persécutés par les catholiques et les protestants. c’est qu’il existe aujourd’hui.blogspot. à la liberté religieuse. le Pape Jean XXIII. la thèse Ce que je propose dans cette allocution. en leur assurant la stabilité et une aura sacrée. aspiraient déjà. liberté religieuses) ont provoqué de grands débats au concile. J’ai œuvré au Secrétariat de l’Unité chrétienne dont la tâche était de promouvoir l’œcuménisme et le dialogue interreligieux et d’élaborer une déclaration sur la liberté religieuse. rêvaient de liberté religieuse. les anabaptistes. croyaient que leur tâche était de protéger l’identité et les frontières de l’Église catholique. des mouvements qui appuient la liberté religieuse et les autres droits civils et qui voient dans la démocratie un régime respectueux de la dignité humaine de tous ses membres.

au bien commun de l’humanité. au seuil d’un nouveau millénaire. dans le respect de la dignité de tous et en faveur de la réconciliation de tous dans la justice et la paix. qui a vécu sous l’oppression imposée par le gouvernement communiste de son pays. Permettez-moi de citer deux paragraphes du discours que le Pape Jean Paul II prononçait le 5 octobre 1995.com/ . politique et économique à la mesure de leur dignité de personnes libres.html 49 http://fribok. au nom de Jésus. la plupart des évêques du concile ont favorisé une ouverture critique à la modernité : d’un côté. Au contraire. un service offert. de l’autre. Ce pape d’origine polonaise. cette notre époque (# 2). La déclaration conciliaire sur la liberté religieuse et le document conciliaire Gaudium et spes ont vu. dans toutes et des femmes ont pris le risque de la liberté. des hommes soit reconnue une place dans la vie sociale. http ://www. accueil de la liberté religieuse. recherche universelle de la liberté est l’une des caractéristiques de 1. il n’est pas les régions de la terre.vatican. nous sommes témoins d’une accélération globale extraordinaire de la recherche de la liberté qui est l’un des grands dynamismes dans l’histoire de l’homme. à l’Assemblée générale de l’ONU1. présentant par la suite des arguments théologiques tirés de l’Écriture sur lesquels l’Église pouvait se fonder pour changer son enseignement et donner son appui aux droits humains. Grâce à cette encyclique.gregory baum – la liberté et les religions en 1948. En vérité. des droits humains et de la société démocratique. malgré les menaces de violence. Mesdames. dans la mission divine de l’Église. Messieurs. y livre une véritable hymne à la liberté humaine.blogspot. non plus l’expression d’une seule culture. dénonciation des défauts du capitalisme libéral et du néo-impérialisme contemporain.va/holy father/john paul ii/speeches/1995/ october/documents/hf jp-ii spe 05101995 address-to-uno fr. demandant que leur Ce phénomène ne se limite pas à une partie du monde .

juifs. musulmans et hindous. ayant recours à des argument bibliques et philosophiques. tant dans sa dimension personnelle que dans sa dimension sociale.le sens de la liberté La liberté est la mesure de la dignité et de la grandeur de l’homme. ed. ont défendu la liberté civile dans leurs écrits. La liberté n’est pas seulement l’absence de tyrannie ou d’oppression.blogspot. que notre réflexion se porte sur la question de la structure morale de interne qui la qualifie et l’ennoblit : elle est ordonnée à la vérité et elle Déjà. Dans les années soixante. tous agissant au nom de leur foi1. ont participé à la lutte pour les droits civils des Noirs aux États-Unis. Pour les individus et les peuples. 1996). En Afrique du Sud. toutes les Églises occidentales se sont engagées en faveur de la liberté civile et des droits humains – y compris les droits socio-économiques mentionnés aux articles 23 à 28 de la Déclaration. beaucoup de chrétiennes et de chrétiens. ni la licence de faire tout ce que l’on veut. La question fondamentale à laquelle nous devons tous faire face aujourd’hui est celle de l’usage responsable de la liberté. des théologiens importants. catholiques et surtout protestants. The Spirit of Freedom : South African Leaders on Religion and Politics (Berkeley : University of California Press. qui est l’armature intérieure d’une culture de la liberté. Charles Villa-Vicencio. la lutte contre l’Apartheid a reçu l’appui de nombreux chrétiens. avant la Déclaration universelle des Nations Unies. vivre libre est un grand défi pour le progrès spirituel de l’homme et pour la vigueur morale des nations. après l’adoption de cette Déclaration. Les minorités religieuses opprimées 1. à la suite du pasteur Martin Luther King. les autres religions Cette lutte en Afrique du Sud a démontré au monde qu’il existe des mouvements favorisant la liberté civile dans toutes les grandes religions du monde. La liberté possède une «logique» se réalise dans la recherche et la mise en œuvre de la vérité (# 12). 50 http://fribok. Mais. Il convient donc la liberté.com/ ..

dans le passé. incarcérés dans des conditions humiliantes. les représentants des grandes religions ont admis que.blogspot.religionspourlapaix. les droits humains sont-ils occidentaux ? Selon une idée qu’on entend souvent. mais que. ils entendent un message que leurs ancêtres n’avaient pas perçu. croient que la liberté civile. www. en effet. eux aussi.org/ 51 http://fribok. Certains intellectuels occidentaux prétendent. correspond parfaitement aux valeurs de leur culture.gregory baum – la liberté et les religions sont disposées. Relisant leurs écritures sacrées dans un nouveau contexte historique. les prisonniers politiques de ces mêmes pays. leur religion avait parfois appuyé des chefs d’État injustes et légitimé la violence et la guerre. fondée en 1970. ils avaient découvert que les valeurs les plus authentiques de leur religion favorisaient la justice et la paix. Dans la déclaration faite lors du premier congrès de la Conférence. et donc leur libération.com/ . Ce sont là des propos tenus par des chefs d’État de certains pays pour défendre leur régime autoritaire et leur refus d’écouter la société civile. Les membres de cette Conférence continuent d’appuyer le mouvement pour la justice et la paix dans leur propre tradition. en relisant leurs écritures. les adeptes de ces religions. à trouver dans leurs écritures sacrées des motifs de combattre pour la liberté civile. On trouve un exemple de la relecture créatrice des écritures dans l’œuvre spirituelle de la Conférence mondiale des religions pour la paix1. alors que le monde craignait la possibilité d’un échange nucléaire entre les États-Unis et l’Union soviétique. souvent. que la liberté civile est une valeur occidentale sans équivalent dans d’autres 1. devenus citoyens d’une société pluraliste. sont prêts à appuyer la liberté civile au nom de leur foi. Par contre. On observe aussi que. la liberté civile et les droits humains en général sont issus de la culture occidentale et ne correspondent pas aux valeurs culturelles des peuples d’Asie et d’Afrique.

mine la solidarité sociale. Selon la thèse notoire de Samuel Huntington.le sens de la liberté civilisations. provoquant ainsi l’opposition des grandes Églises européennes. Deuxièmement. les valeurs chrétiennes favorisant la liberté sont tellement différentes des valeurs propres aux autres religions. à l’utilitarisme et à la culture capitaliste et qui constatent que l’arrivée de cette culture par la mondialisation néolibérale détruit chez eux l’économie de subsistance. The Clash of Civilisations and the New World Order (New York : Simon & Schuster. la liberté civile n’est pas d’origine chrétienne . elle a été inventée par des penseurs du siècle des Lumières. Plus tard. Premièrement. il est vrai. la liberté civile a été embrassée par les Églises qui y ont décelé un écho au message de Jésus. non pas aux valeurs chrétiennes. Ces réflexions défensives sont même parfois proposées par des évêques et des pasteurs chrétiens dans les pays du Sud. Plus sérieuse est la constatation faite par certains penseurs religieux d’Asie et d’Afrique qui associent la liberté civile à l’individualisme. Huntington a une conception statique de la religion : il ignore que les adeptes des différentes religions forment des communautés herméneutiques qui lisent et relisent leurs textes sacrés dans des contextes changeants afin de se renouveler et ainsi rester fidèles à leur tradition dans de nouvelles situations historiques. affaiblit la tradition religieuse et déstabilise l’identité. qu’un choc des cultures et un conflit politique entre l’occident et les autres civilisations sont presque inévitables1. 52 http://fribok. Samuel Huntington. les penseurs religieux plus audacieux soulignent que le monde a changé de façon irréversible. surtout celles de l’islam.com/ . mais plutôt aux valeurs modernes. Mais cette thèse ne convainc point. source de la dignité des personnes. Ils se méfient souvent de la démocratie ellemême. S’opposant à ces voix conservatrices. 1996. Ces penseurs s’opposent. étant donné que les grandes démocraties européennes ne l’ont jamais pratiquée dans leurs colonies. qui prônaient la séparation de l’Église et l’État. 1.blogspot. appauvrit le peuple.

Protection des droits de l’homme en Afrique (Yaoundé.gregory baum – la liberté et les religions que la mondialisation économique et culturelle exerce un effet sur tous les pays.. En 2006. « Approche philosophique et anthropologique des droits de l’homme » in Jean Didier Boukongou. 53 http://fribok. auquel ont participé des savants et des leaders religieux et spirituels de tous les 1.blogspot. Dans Hinduism and Human Rights 2 Sharma vérifie ce constat dans sa propre tradition religieuse. Are Human Rights Western ? (New Delhi : Oxford University Press. Cameroun : Université Catholique d’Afrique centrale. Mais il montre aussi que les droits humains ne sont pas étrangers aux traditions religieuses orientales car leur héritage spirituel le plus authentique reconnaît la haute dignité de la personne humaine et exige que cette dignité soit respectée par tous.com/ . et que. La recherche du philosophe africain Roger Koussetogue Koude a montré que le dignité humaine universelle était pleinement reconnue dans les religions africaines traditionnelles3. « Religions du monde après le 11 septembre ». Roger Koussetogue Koude. Les religions doivent se demander comment rester fidèles à la vérité divine dans les conditions créées par la modernité. en conséquence. professeur à la faculté de sciences religieuses de l’Université McGill à Montréal. que le pluralisme religieux est devenu un phénomène universel. les religions doivent répondre à cette nouvelle situation de façon créatrice. Arvind Sharma. 3. une dimension universelle Un pionnier de ce mouvement. montre. 2006). 2004). dans son livre Are Human Rights Western ?1 que certains aspects de ces droits sont d’origine occidentale. Hinduism and Human Rights (New Delhi : Oxford University Press. Arvind Sharma a organisé à Montréal un grand congrès. en particulier leur force juridique imposant une sanction à ceux qui les violent. 2007) 41-62. dir. 2. le savant hindou Arvind Sharma. Arvind Sharma.

le sens de la liberté

continents. Le thème principal de ce congrès était le rapport des religions au pluralisme religieux et aux droits humains. Plusieurs penseurs religieux, hommes et femmes, vivant dans des pays qui ne respectent pas les droits civils, ont démontré que le mépris de ces droits n’est pas conforme à la tradition religieuse interprétée de façon rationnelle en tenant compte de la réalité historique. Ce congrès a clairement démontré qu’il existe dans toutes les grandes religions des mouvements qui, en fidélité à leur héritage spirituel, défendent et favorisent la liberté civile et les droits humains. Voici la suggestion audacieuse qu’a faite Arvind Sharma aux participants du congrès. Puisque les crimes contre l’humanité pendant la deuxième guerre mondiale ont motivé les Nations Unies à formuler et à adopter la Déclaration universelle des droits humains, pourquoi ne pas espérer que l’attentat du 11 septembre 2001 motive les religions à coopérer à la formulation d’une charte religieuse des droits humains. En fait, depuis quelques années, Sharma travaille déjà à la préparation d’une telle charte avec un groupe de savants religieux venant de tous les continents. Le congrès de Montréal a été l’occasion de présenter la première ébauche de cette charte et de la discuter publiquement1. Si j’ai bien compris le texte distribué au congrès, cette embauche appuie clairement la liberté d’expression, la liberté de réunion et la liberté d’association. Mais, pour bien des représentants des grandes religions, la liberté relieuse interprétée par l’Occident pose des problèmes.

repenser la liberté religieuse
Une première difficulté a été soulevée par Dayananda Sarawati, un sage indien bien connu dans son pays2. Ce penseur a un grand respect pour la liberté de chaque personne à suivre sa vocation
1. Arvind Sharma, ed., Part of the Problem, Part of the Solution (Westport, Ct : Praeger, 2008) 24-29. 2. Op. cit., 80-84. 54 http://fribok.blogspot.com/

gregory baum – la liberté et les religions

spirituelle là où elle l`emmène mais s’oppose passionnément à l’effort organisé par des Églises pour convertir le peuple indien au christianisme. En Occident, disait-il, il y a une nette différence entre religion et culture, et il est donc possible de changer de religion sans provoquer une rupture avec sa culture. Pourtant, en Inde, continuait-il, la tradition religieuse est partie intégrante de la culture, ce qui implique que l’effort de convertir le peule à une autre religion constitue une attaque à l’identité indienne. Selon Sarawati, les occidentaux comprennent la liberté relieuse suivant le modèle de la liberté du marché : la religion y est vue comme une marchandise que l’on vante par la publicité et que l’on cherche à exporter le plus loin possible. En Inde, les Églises répondent à cette accusation que leur activité est conforme à la constitution du pays qui protège les minorités religieuses et leur assure le droit de prêcher leur message dans la société. Est-il possible, se demande alors Sarawati, de définir la liberté religieuse autrement − comme le droit de pratiquer sa religion sans être embêté et agressé par quelqu’un qui la comprend mal, qui la méprise, et qui pratique le prosélytisme ? C’est une suggestion qui mérite attention. Il est bien connu que la constitution de l’Indonésie reconnaît les cinq religions pratiquées dans le pays : l’islam, l’hindouisme, le bouddhisme, le protestantisme et le catholicisme. Pourtant, la constitution interdit tout effort de convertir des gens et de les inciter à passer d’une religion à une autre. Après un long débat théologique, les Églises indonésiennes, réconciliées avec ce règlement, appuient fièrement la constitution de leur pays. Il vaut la peine de rappeler que la politique multiculturelle du Canada a persuadé les Églises de s’abstenir de tout effort de convertir au christianisme les immigrants appartenant à une autre religion. L’estime pour leur identité culturelle, conforme à la loi canadienne, suppose le respect pour leur religion. Les grandes Églises européennes et américaines suivent une politique similaire. Ce sont les sectes chrétiennes qui font du prosélytisme.
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le sens de la liberté

Une autre difficulté soulevée par la liberté religieuse est discutée dans un article récent du journal Le Monde1. Christian Delorme, prêtre du diocèse de Lyon, engagé de longue date dans le dialogue islamo-chrétien. rapporte que la poursuite récente en Algérie de certains personnes d’origine musulmane ayant embrassé le christianisme de tendance évangélique a produit une mauvaise image de l’Algérie en France. Pourtant, l’expérience de l’Église catholique dans ce pays et le témoignage de Mgr Henri Tessier, archevêque d’Alger, montrent que l’Algérie n’est pas une terre antichrétienne. Alors, comment Delorme explique-t-il ce qui s’est passé ? Sachant que la puissance américaine utilise à son profit le christianisme évangélique, certains Algériens craignent une stratégie missionnaire visant à créer une minorité chrétienne dans leur pays, éventuel prétexte à une intervention militaire. Delorme présente une explication plus profonde. Selon lui, le gouvernement algérien et une partie notable de la population croient fermement que l’unité du pays et son identité profonde sont créées par son islamité. La présence des chrétiens établis dans le pays depuis des générations ne représente pas une menace à cette unité et à cette identité. Mais, quand des Algériens issues de familles musulmanes se convertissent au christianisme, alors reviennent à la mémoire du peuple les atteintes à la culture et aux institutions musulmanes qu’ont perpétrées les conquérants impériaux. Dans de tels cas, le christianisme devient symbole de la colonisation du passé. Quelle conclusion tire Delorme de cette analyse ?
Dans cette situation, écrit-il, l’urgence se fait sentir d’une réflexion sereine sur la légitimité, ou non, du prosélytisme chrétien en terre d’islam. Car si l’on ne peut que défendre le droit de chaque individu à aller librement vers la foi de son choix, en revanche il peut paraître des techniques diverses, des hommes et des femmes appartenant à moins sûr que soient permises les tentatives de ramener à soi, par

1. Le Monde, Dialogues, mercredi, 4 juin 2008, 23. 56 http://fribok.blogspot.com/

gregory baum – la liberté et les religions
la tradition musulmane. Certes, l’Évangile demande aux chrétiens d’annoncer le Christ, mais pas au prix du déchirement d’un peuple, pas au prix de l’engendrement de situations de violence.

La question théologique qui se pose aux Églises est la suivante : Les chrétiens peuvent-ils se réjouir du pluralisme religieux et l’interpréter comme signe de la bonté infinie de Dieu ? Ou doivent-ils regarder le pluralisme religieux comme une faille de l’histoire, destinée à être corrigée par la victoire du christianisme sur les autres religions ? Un débat mouvementé sévit dans l’Église catholique1. Certains textes officiels du Vatican reconnaissent que la mission de l’Église inclut la proclamation de l’Évangile et le dialogue interreligieux et que, dans certaines situations historiques, cette mission est remplie par le seul dialogue interreligieux. Certains énoncés de Jean Paul II font état de son admiration devant le pluralisme religieux et de son appui pour la réconciliation des religions dans le respect mutuel. Pourtant selon les propos de son successeur, Benoît XVI, le pluralisme religieux n’existe que de facto, étant donné que la seule religion de jure est la catholicisme. Dans l’Église catholique le débat continue. Ces remarques d’ordre historique et théologique confirment la thèse de mon allocution : dans toutes les religions il y a des mouvements qui favorisent la reconnaissance universelle de la liberté civile. Mais pour que les religions comprennent la liberté religieuse de la même façon, il faut qu’elles apprennent à se respecter mutuellement, à se réconcilier entre elles et à coopérer au service du bien commun de l’humanité.

gregory baum, professeur émérite Faculté des sciences religieuses, Université Mcgill


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1. Gregory Baum. Étonnante Église (Montréal : Fides/Berllarmin, 2006)171-187.

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vues dans une perspective musulmane. qui devrait dépasser cette dernière et rejoindre les intelligences humaines. • L’être humain est déterminé et ne possède pas de librearbitre (le fameux fatalisme dont affuble traditionnellement l’Islam…) • Les injonctions de la charia sont telles qu’on ne peut en déroger sous peine de sanctions corporelles… • La liberté d’expression n’existe pas en Islam. une réflexion qui se veut plutôt générale. b) la conscience de sa limite. nous avons la prétention de proposer à travers ces trois dimensions.com/ L .Le SenS de La Liberté vU d’Une PerSPective MUSULMane  es caractéristiques de la liberté. quelles qu’en soient les affiliations. tiennent en trois éléments : a) l’universalité de sa valeur. 59 http://fribok. à partir d’une perspective religieuse et musulmane.blogspot. par exemple : • Les femmes sont soumises et subalternes. Mais commençons tout d’abord par faire état des perceptions qu’on a de l’Islam et de l’absence de liberté dont on l’accuse. etc. Dans ce qui suit. La preuve en est les fatwas lancées à tort et travers depuis celle. illustre. et c) son fondement spirituel.

dans un tel système. on sait les nombreuses attaques lancées au prophète Muhammad qu’on décrit tantôt comme un dictateur et tantôt comme un gourou qui invalidait la rationalité et l’esprit critique de ses fidèles. est reconnu comme n’étant pas le fait de quelque groupe ou individu que ce soit. Or.com/ . et par conséquent de la violence. aveugles par définition. culturelles et géographiques avec l’exigence de communauté qu’impose une bonne compréhension de l’universel ? 60 http://fribok.blogspot. En ce sens. Malgré les nombreuses occasions (sans parler de l’envie) de répondre à toutes ces accusations. toute tentative d’entrer dans ce genre de logique polémique nous fait perdre la perspective d’ensemble que je souhaite développer ici en trois étapes. • La délibération. à mon sens. 1. la critique et la contestation n’ont pas cours dans un régime islamique . Qu’est-ce que l’universel ? C’est ce qui.le sens de la liberté qui avait été lancée contre Salman Rushdie par l’Ayatollah Khomeini en 1989. Etc. la raison est oblitérée au profit de l’instinct. On ne peut parler d’universel en supposant en même temps qu’elle a été conçue par une culture ou une civilisation particulière. comment concilier les relativités historiques. il n’est pas dans notre propos de faire dans le présent article un plaidoyer en faveur de l’Islam à coups de contre-arguments pour montrer l’ampleur du tort. universalité L a c omp r é he n s ion d u me s s a g e d e l ’ I s l a m t ie nt fondamentalement dans la capacité de l’individu à en saisir la dimension universelle. C’est ce à quoi s’attendraient probablement mes coreligionnaires. en plus d’appartenir à tout le monde de fait. Or.

par suite. Il y a deux problèmes qu’il faut traiter de front et en même temps : • Le premier est l’ignorance. est une valeur commune qui ne peut être l’apanage de personne au désavantage de quiconque.salah basalamah – liberté et perspective musulmane La liberté en est un bel exemple. Oui. comme tous les autres principes universels et fondamentaux du même genre.com/ . du moins ceux qu’on n’a pas encore domestiqué… Il nous semble qu’il faut aller au-delà et signifier que la liberté. plus particulière. Même les animaux possède cet instinct. par les musulmanes et les musulmans eux-mêmes. quelle que soit la variété des formes. Une telle compréhension de la liberté. de ce qui tient de la liberté et de qui n’en est pas ? Dans quelle mesure peut-on ou doit-on appliquer notre esprit critique à ce qui bien souvent souffre d’un manque cruel de connaissances et de contextualisation pour le saisir d’abord et. Et le besoin par conséquent de combler le défaut de connaissance et de créativité dans les adaptations contextuelles et historiques en la matière. où qu’elle soit. et par là des autres principes fondamentaux universels. de la culture ou de la vision du monde qui la colore et la relativise. mais jusqu’à quel point ? Comment peut-on définir la limite. Être libre au fond. le battre en brèche ? Exemple : la question de l’émancipation de la femme en Islam. s’il en est. Il ne suffit pas de dire que tous les êtres humains possèdent cet instinct naturel pour la liberté. de l’étendue du champ d’action et des droits dont devrait jouir la femme musulmane. suppose donc l’acceptation du fait que ce qui paraît ne pas ressembler à notre expression culturelle de la liberté renvoie bel et bien à cette valeur.blogspot. • 61 http://fribok. mais qu’elle est cependant relativisée par des vêtements culturels infiniment nombreux. c’est reconnaître son appartenance générale au plus grand ensemble de l’humanité tout en ajoutant celle.

un principe a priori . reconnaître au-delà des limites du soi. J’agis de mon propre chef. la liberté est non seulement la condition même de la validité de mon action. 62 http://fribok. dans le quotidien des concernés. de droit. mais elle est également le sens même de la responsabilité de celui qui l’accomplit : mon action morale n’a de valeur que si elle est sous-tendue par la liberté qui l’engage. signifie fondamentalement. La liberté de la femme est donc un principe incontestable.le sens de la liberté Le second problème est celui de la cohérence nécessaire entre le dire et le faire.blogspot. L’universalité de la liberté est un postulat. Le résultat revient au même : je suis libre. autrement dit dans l’application de ces principes et de ces connaissances. il n’y a absolument aucune contradiction ou incompatibilité avec une conception musulmane de la chose. s’inscrit dans la même veine universaliste. comme d’autres systèmes et modes de vie par ailleurs. Par ailleurs. il me semble qu’on ne peut éviter de prendre en compte l’approche pragmatique ou empirique et lire l’ensemble de l’histoire de l’humanité comme une quête interminable de la même valeur. donc je suis responsable.com/ • . ce qu’on vient de voir. et peut-être bien avant. lorsqu’elles sont acquises. j’agis. donc j’agis . le sens de la liberté selon une perspective musulmane relève de la définition même de ce qu’être humain. homme ou femme. c’était ce qu’on peut décrire comme étant l’approche rationaliste et principielle. Cette règle a d’autant plus de prétention universaliste qu’elle a été depuis Kant. le porte-drapeau de l’universalisme rationaliste des Lumières. puisqu’il revient en fait à établir celui de l’humanité dans son ensemble d’être libre. Ainsi. Pour celuici en effet. L’appel de la liberté et pour l’avènement de celle-ci traverse ainsi toutes les actions humaines ou presque. donc je suis libre. À ce point de la réflexion. mais un postulat qu’il faut. puisque délibérée. Cela étant dit. voire de son application dans la réalité. C’est là que l’Islam.

Au fond. sollicité par un demandeur. dans quasi-majorité des cas. la limite de la liberté constitue la condition même de la pratique de la liberté. Je suis libre si je peux dire à un moment donné que je ne peux plus l’être en raison du sens moral que je dois m’efforcer de posséder en même temps. mon sentiment de liberté provient de ma capacité de faire des choix. sont interdépendantes.com/ . mais la personne concernée par la fatwa n’est 63 http://fribok. toujours considérée à partir d’une conception musulmane. limite L’autre dimension d’une bonne compréhension de la liberté. cela veut dire que la liberté elle-même trouve sa propre valeur dans sa limite ou de sa bonne gestion. insiste beaucoup sur la dimension de responsabilité individuelle dans sa manière d’affirmer la liberté. On peut donc supposer que si la responsabilité morale a besoin de liberté pour exister. responsabilité et liberté. En effet. prenons l’exemple de l’émission de ce qu’on appelle en arabe une fatwa. L’Iislam. c’est-à-dire un avis juridique qui est. Qu’est-ce qu’une limite ? Tout d’abord.salah basalamah – liberté et perspective musulmane 2. En fait. ce n’est pas le contraire de la liberté. Les avis juridiques peuvent être émis pour trancher une décision personnelle dans l’application d’un élément de la pratique religieuse en fonction de circonstances particulières ou encore pour décider de la validité juridique ou de la conformité d’une transaction sociale ou commerciale pour laquelle on n’a pas de précédent codifié. Lorsqu’un juriste musulman émet ce genre de discours juridique. voire consubstantielles. En fait. mais en même temps désireuse de s’inscrire dans le champ plus large de l’universel. il est non seulement adressé de manière circonscrite et individuelle.blogspot. est celle de la limite. de ce point de vue-là. puisque nous avons vu plus haut que toute action ne peut être considérée morale que dans la seule mesure où elle est libre. conçues de cette manière. mais sa relativisation. cet instant de décision où je suis en mesure de dire tantôt « oui » et tantôt « non ».

le sens de la liberté pas tenue de l’appliquer ou d’en tenir compte à moins d’en être parfaitement satisfaite. d’assurer un minimum d’indépendance intellectuelle pour être en mesure d’évaluer pour soi-même et par soimême l’avis en question. l’individu possède la prérogative de décider pour lui-même ce qui relève de sa propre volonté de se conformer au corps de principes que constitue la chari’a islamique. Ce qui nous ramène à l’éternelle question de la représentation des musulmans en Occident. c’est le fait de ne pas pouvoir parler à une instance qui puisse les chapeauter tous et rendre la vie plus aisée à la fois aux autorités politiques. pour la plupart. sans avoir à tenir compte d’aucune hiérarchie de type ecclésiastique qui déciderait pour eux. mais également les différents partenaires de dialogue 64 http://fribok. En effet. Ce qui nous ramène encore à… la liberté. donc permettant la diversité idéologique. Ce n’est pas un jugement de tribunal.com/ . donc être libre . ce qui fait la difficulté de la relation avec l’Islam. on peut en déduire que la situation est la même. Sur le plan politique. Si on admet qu’une configuration politique idéale en Islam consiste à posséder un régime de représentation politique de type démocratique. il faut pouvoir énumérer au moins deux conditions : • Ce n’est sûrement pas par la coercition qu’on peut se conformer à un corps de principes auxquels on a volontairement adhéré. La raison générale étant qu’au bout du compte. Évidemment.blogspot. par là. • On ne peut échapper à la nécessité vitale d’être éduqué et. lorsque la responsabilité de l’individu est tellement importante pour se conformer aux principes de la loi islamique qu’il lui incombe. alors la responsabilité individuelle devrait être telle dans la société musulmane en question qu’il revient aux individus de choisir leurs représentants politiques. c’est-à-dire en dehors des sociétés dites traditionnellement ou en majorité musulmanes.

et pour faire court. que l’islam englobe tout et qu’il n’y a pas lieu de faire des distinctions entre religieux et politique. on peut se demander au terme de cette seconde étape en quoi est-ce que ce principe de liberté est au fond très « religieux » puisque à terme. En fait. comme on le fait trop souvent. En fait. plutôt que l’objet d’une rivalité séculaire comme on peut la connaître à travers le développement de l’histoire occidentale. mais ne sont pas divorcées l’une de l’autre. qui ne serait pas religieuse ou spirituelle. son application est foncièrement sociale ou politique. Je dois dire tout de suite que je ne souscris pas à cette vision des choses. individuelle et totalement contrôlée par la personne concernée (surtout là où on peut assurer les droits de la personne). c’est-àdire fondée sur des principes communs très largement partagés et partageables. Or. C’est une appartenance volontaire. la distinction entre ces ordres est nécessaire et inévitable.blogspot. Cela ne veut pas dire que l’histoire de l’islam est exemplaire de ce point de vue-là.com/ . C’est-à-dire que pour s’adresser aux musulmans de tel ou tel espace sociopolitique. Ainsi. il n’y a pas de représentation possible des musulmans en Occident à moins qu’ils ne mettent le principe de liberté au centre de leur réflexion et de leur action politique. on ne peut éviter de souligner la centralité du principe de liberté. ce qui fait cette difficulté. ces catégories sont distinctes. Et qui dit délibération ou adhésion volontaire à ce genre de projet. c’est justement le caractère littéralement structurel de l’appartenance de l’individu à la oumma ou la communauté musulmane au sens large. On pourrait hâtivement répondre. Elles sont complémentaires et compatibles. Il en est de même pour la raison et la foi en islam que pour le religieux et le politique : historiquement ainsi que dans la pensée musulmane.salah basalamah – liberté et perspective musulmane et de coopération dans la société civile. 65 http://fribok. on ne peut faire l’économie du processus de délibération démocratique interne qui consiste d’abord à œuvrer pour choisir une représentation communautaire. mais uniquement politique.

la pensée spirituelle a toujours été pionnière dans la pérennisation des enseignements spirituels des prophètes. de toutes les traditions monothéistes. Or. c’est d’abord d’opérer la démarche préalable et fondamentale de la libération spirituelle de tout ce qui enchaîne la volonté de l’être humain à agir en conformité avec les principes universels que promeuvent la plupart des religions et des États démocratiques – mais qui ne les appliquent que très mal. En effet. que le seul dogme de l’islam et le seul qu’il a tenté de restaurer est celui du tawhid.blogspot.com/ .le sens de la liberté mais elle révèle cependant que l’idée même de la participation du religieux dans le partage de la responsabilité de la gestion de la cité n’est pas totalement incongrue. autrement dit de la reconnaissance de l’unicité divine. si l’on peut résumer l’islam à une courte définition : c’est – dans la racine du mot Islam lui-même – la reconnaissance de Dieu comme notre unique origine et l’abandon volontaire et délibéré de soi à Ses injonctions. selon la foi musulmane qui reconnaît toute la chaîne des prophètes qui remonte jusqu’à Adam et ainsi. on peut dire. qu’est-ce que la libération spirituelle ? On le sait. Spiritualité L’idée centrale de notre hypothèse pour tenter de répondre à cette question est que pour parler de liberté sociale et politique pour le croyant musulman. Mais pour en revenir à la question précédente : en quoi est-ce que ce principe de liberté peut être traité de manière pertinente au travers du prisme du « religieux » ? 3. 66 http://fribok. comme c’est le cas dans les États laïcs occidentaux en l’occurrence. En ce sens. On pourrait rétorquer : mais comment en faisant un tel pacte on peut s’assurer la liberté sociale et politique ? Nous pensons que c’est fondamentalement par un processus de libération de soi de toute attache qui ne mettrait pas au centre de la vie Celui qui a été reconnu comme « notre unique origine ».

car si les lois de ce pays sont de celles qui protègent la justice. c’est que les ordres spirituel et sociopolitique. la liberté et la solidarité de ses membres et de tout autre.blogspot. tout en soulignant qu’on ne peut contraindre quiconque à croire ou à porter la foi. le croyant agit librement du moment qu’il a profondément compris son devoir de libération spirituelle préalable.salah basalamah – liberté et perspective musulmane C’est en reconnaissant cet Être-là que je me défends de reconnaître. Au fond. Autrement dit. ne peuvent être totalement divorcés. et cela signifie que c’est par une compréhension profonde du sens du tawhid ou de la libération spirituelle que je suis en mesure de comprendre mes responsabilités sociales et politiques qui consistent à refuser toute allégeance qui pourrait me contraindre à m’aliéner de ma liberté de d’agir moralement. Selon cette conception. je ne peux que m’y conformer. 67 http://fribok. consciemment ou inconsciemment. un citoyen doit être fondamentalement libre. En tenant compte de ce que nous avons tenté d’exposer plus haut. tout autre être qui puisse jouer le rôle de centre dans ma vie.com/ . mais pour cela il doit se libérer par un effort individuel intérieur. On nous demandera également : est-ce que cet état d’esprit m’empêche de respecter les lois des pays dont je suis citoyen ? –Bien sûr que non. Mais ce qu’il faut peut-être préciser encore une fois. le sens de la liberté et la manière avec laquelle il s’articule à la religion est inséparable d’une bonne compréhension de ce qu’est la citoyenneté. tout en étant distincts. ce que nous entendons par citoyen rejoint parfaitement la conception musulmane du croyant au niveau de son action sociale. je me libère de tout ce qui m’éloigne du respect des principes universels que représente l’islam pour moi en décidant de choisir pour ultime repère moral Celui qui m’a créé. Conclusion En fin de compte.

Quelle liberté que celle du « monothéisme du marché » ? Salah basalamah Université d’ottawa  68 http://fribok. Au-delà et en complément de la libération spirituelle. il faut intégrer dans la pensée même du religieux la libération des rapports de force qu’impose aujourd’hui la grande marchandisation mondiale qui nous met dans la situation paradoxale et incohérente de promouvoir les grands principes humains (dont la liberté) et de les bafouer presque dans le même élan. spirituelle.le sens de la liberté En ce sens. nous sommes en parfait accord avec Gregory Baum puisque la libération citoyenne dans nos sociétés de consommation aujourd’hui est quasiment du même ordre que celle.com/ .blogspot. que nous venons de voir.

complément de cette dernière. de diversité linguistique.blogspot.liBerTé eT MulTiCulTurAliSMe SanS MULticULtUraLiSMe PeUt-iL y avoir Liberté ?  A voir choisi cette problématique pour ce colloque peut surprendre. de diversité culturelle et.com/ . au nom de la liberté. de respecter et d’exprimer la culture de la communauté qui est la nôtre ? Et au plan international la mondialisation qui caractérise ce début du XXIème siècle peut-elle être compatible avec la liberté si mondialisation signifie uniformité ? L’histoire le montre : la domination et le refus de la diversité conduisent toujours à des conflits tant au plan interne qu’international. un pays ». Le défi est ainsi de savoir comment concilier. la reconnaissance du droit au multiculturalisme et les limites à établir pour que s’institue une coexistence de cette 69 http://fribok. Qu’entendre par multiculturalisme ? Le dictionnaire Larousse indique que c’est « la coexistence de plusieurs cultures dans une société. Et « multiculturel » signifie « qui relève de plusieurs cultures différentes ». même minoritaires dans une société donnée. Multiculturalisme implique donc l’idée de diversité. Elle m’apparaît cependant naturelle car sans multiculturalisme peut-il y avoir liberté ? Même si la vie collective rend nécessaire d’accepter certaines contraintes. cela doit-il signifier partager les valeurs de la société au sein de laquelle nous vivons ? Peut-on être libres si nous n’avons pas la possibilité.

tels qu’ils résultent des multiples instruments nationaux et internationaux ayant force juridique dans un État. mais on doit connaître 70 http://fribok. de la convention conclue par l’UNESCO sur la diversité culturelle (article précisé par les articles 5 à 8) le stipule clairement « Les États ont le droit (le devoir ?) souverain d’adopter des mesures et des politiques pour protéger et promouvoir la diversité des expressions culturelles sur leur territoire ». Ce défi doit être analysé successivement dans le cadre de chacun de nos États puis au plan international. L’article 2. la diversité culturelle est une condition nécessaire pour que ces droits et libertés puissent être réellement exercés par chaque individu. Comment assurer ceux-ci. Ou. il doit par exemple se doter des moyens nécessaires pour que chaque individu parle et s’exprime dans la – ou les – langues(s) nationale(s) de cet État. sans la reconnaissance et l’effectivité de la diversité culturelle ? L’État doit ainsi par son droit interne être le garant de cette dernière. plus exactement. Il n’y a pas là une atteinte à la liberté. Sans ce minimum il n’y a pas possibilité de vivre ensemble. alinéa 2. L’action de l’État est nécessaire à deux niveaux qui peuvent paraître contradictoires mais sont en réalité complémentaires. i. Pas de liberté sans respect du multiculturalisme dans chacun de nos états La diversité culturelle s’inscrit parmi les droits et libertés fondamentaux que chaque État doit garantir à ses nationaux et aux personnes vivant sur son territoire. L’on peut parler une autre langue. Parce que l’État est responsable de la coexistence des cultures et garant d’une cohésion nationale indispensable à une vie collective harmonieuse.le sens de la liberté pluralité de cultures et de langues (et non leur affrontement ou la progressive domination de l’une d’entre elles).com/ . Il lui appartient au sein de son propre ordre juridique d’établir le cadre permettant la coexistence des cultures.blogspot.

blogspot. Si un pays ne défend pas sa propre langue nationale. c’est-à-dire que des personnes établies dans un même État s’organisent pour vivre 71 http://fribok. Reste (mais rien n’est certain) à l’Assemblée Nationale de délibérer. La pratique montre que cette loi n’a pas su couvrir tout le champ des domaines où le français doit être protégé et que les dispositifs de contrôle et de sanctions prévus par la loi ne garantissent pas sa pleine application. est évidemment le texte législatif considéré comme la référence type. Il s’agit d’une condition permettant de l’aider à se développer sans risquer la destruction du cadre collectif qui menacerait l’existence même de l’État. comment la diversité culturelle pourra-t-elle survivre ? Et la loi doit régulièrement être complétée pour éviter les dérives constatées.christian philip – multiculturalisme et liberté la langue officielle du pays où l’on vit et accepter de l’utiliser dans la vie collective. La loi doit venir poser un cadre juridique minimum. officiels français s’expriment en anglais …). Le multiculturalisme ce n’est pas le communautarisme. a engagé ce processus. réunions et notes dans plusieurs grandes entreprises françaises en anglais. en votant à l’unanimité une proposition de loi déposée par M. adoptée sous le premier gouvernement de René Levesque. Le Sénat.com/ . Marini. Aussi la proposition de loi Marini obligerait-elle par exemple les chefs d’entreprise à présenter un rapport annuel au comité d’entreprise sur l’usage du français au sein de l’entreprise. L’exemple du Québec et de sa loi 101. Défendre sa langue nationale n’est pas contraire à l’objectif de permettre la diversité culturelle. nous avons la loi Toubon du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française mais ses dispositions ne sont ni aussi générales ni aussi contraignantes. C’est pourquoi nombreux sont en France ceux qui souhaiteraient que la loi de 1994 fasse l’objet d’un nouveau débat et soit précisée. On peut le souhaiter quand on observe les manquements croissants à l’usage de notre langue nationale (messages publicitaires entièrement ou partiellement en anglais – cela fait mode ! –. En France.

même s’appuyant sur le multiculturalisme. Le multiculturalisme c’est le respect de l’identité de chacun mais dans un cadre global accepté par tous. clé pour s’ouvrir aux cultures des autres. Mais ces contraintes établies.le sens de la liberté côte à côte et non ensemble.com/ . lieux de cultes avons-nous dit …) et pour les faire connaître à l’ensemble de la population (émissions de radio. Comment admettre qu’on n’oblige pas un immigrant à connaître la langue de son pays d’accueil. télévision. centres culturels mis à disposition. à ce que ses enfants ne soient pas élevés dans un système scolaire ou cette langue ne serait pas la langue d’enseignement. La diversité culturelle ce sera pour l’État favoriser le multilinguisme. Le multiculturalisme ce n’est pas s’enfermer dans sa communauté d’origine.blogspot. c’est le plus souvent loin d’être le cas faute 72 http://fribok. ne saurait le remettre en cause. où l’immigrant refuserait d’accepter les valeurs de ce pays d’accueil ? J’avoue par exemple ne pas comprendre en France les critiques émises suite à une décision du Président de la République posant comme condition pour le regroupement familial (un immigré fait venir sa famille) la connaissance du français ! Un État peut aussi estimer que tel ou tel principe est un élément fondateur de la communauté nationale et à ce titre qu’aucune exception. pour que la coexistence des cultures soit possible. Notre conception de la laïcité est pour nous une philosophie totalement au service de la coexistence des cultures. L’État doit. et pas seulement celles présentes sur son territoire. Ce n’est pas le refus de l’intégration. doit avoir une politique volontariste pour permettre à des cultures minoritaires de subsister (enseignement des langues de ces minorités en sus de la langue nationale. C’est le cas en France du principe de la laïcité. programmes scolaires. le multiculturalisme va signifier aussi que l’État. diverses manifestations aidées …). Chacun peut pratiquer sa religion mais nous n’acceptons aucune forme de prosélytisme (cela a été la question du port du voile dans nos écoles). pour donner corps à cette liberté.

ce qui n’inclut ni les dialectes. La France n’a pas ratifié cette charte car le Conseil constitutionnel l’a considérée comme contraire à la Constitution (et à l’article 2 stipulant que la langue de la République est le français).christian philip – multiculturalisme et liberté d’une volonté politique suffisante et en raison des contraintes budgétaires. ni les langues des migrants.com/ . comme au Québec où le débat sur ce que vous avez intelligemment appelé « les accommodements raisonnables » montre bien la réflexion et l’action à avoir pour vivre ensemble tout en respectant les cultures de nos minorités. C’est pourquoi cette problématique a pris une dimension nouvelle et aussi importante. Mais la récente révision de notre Constitution reconnaissant les langues régionales doit permettre une évolution. Le Conseil de l’Europe a adopté en ce sens la charte européenne des langues régionales ou minoritaires à Budapest le 7 mai 1999. Cette convention leur reconnaît leur place comme expression de la diversité culturelle et précise que leur promotion nécessite des actions particulières (enseignement. Nos États sont pour la plupart de plus en plus multiculturels du fait de l’immigration. Défendre sa langue nationale n’est pas antinomique avec accepter de permettre à des langues régionales ou minoritaires de vivre à partir du moment où elles s’ajoutent à la langue officielle et ne s’y substituent pas.blogspot. permettre à chaque jeune de sortir du système scolaire avec les bases de deux langues étrangères. médias. Nous le vivons en France. équipements culturels par exemple). L’État doit garantir aussi le respect des langues régionales encore pratiquées sur son territoire. Elle les définit comme « pratiquées traditionnellement sur le territoire d’un État par des ressortissants de cet État qui constituent un groupe numériquement inférieur au reste de la population de l’État ». 73 http://fribok.

il est nécessaire pour se faire entendre. la Francophonie serait. c’est la manière de l’organiser. La liberté exige donc que les États agissent ensemble pour promouvoir le multiculturalisme et le plurilinguisme. le tout libéral ou la primauté des seules valeurs chrétiennes. Comment un État peut-il être incité à reconnaître chez lui la diversité culturelle et le multiculturalisme si ces principes ne sont pas une règle de la société internationale ? La mondialisation. Laboratoire d’une telle mondialisation. Il a voulu et su créer la Francophonie qui est l’un de ces pôles.com/ . comme l’on dit aujourd’hui. des règles qui sont imposées par un système dominant. Le dialogue mondial ne suffit pas à garantir la paix s’il ne s’accompagne pas d’un dialogue des cultures. une mondialisation non synonyme d’uniformité et donc de domination. une mondialisation ne signifiant pas le tout anglais. celui ayant le français en partage. Léopold Senghor l’affirmait.blogspot. quel qu’il soit d’ailleurs (aujourd’hui 74 http://fribok. un exemple pour une mondialisation humaniste. la diversité culturelle une valeur respectée. est la caractéristique première de ce début du XXIe siècle. les modalités de sa mise en œuvre. défendre ses intérêts. la mondialisation n’est ni un bien ni un mal. espérons le tout au moins. Ce qui reste ouvert. Elle est irréversible. d’où son appel pour l’instauration de grandes aires linguistiques géoculturelles composantes de la mondialisation multipolaire. Pas de liberté sans multiculturalisme au plan international Un État quel qu’il soit ne peut plus aujourd’hui vivre seul. réussir. dans un monde ouvert. des valeurs. le dialogue étant le garant de l’unité dans la diversité. de devoir adopter une culture. Malgré les querelles dont elle est l’objet. La Francophonie c’est le défi pour une mondialisation maîtrisée et équilibrée où la solidarité serait le compagnon obligatoire de la liberté. Peut-on être vraiment libre si. pensait Senghor.le sens de la liberté ii.

Le succès n’était pas certain. 75 http://fribok. laquelle lie des pays qui n’ont pas ratifié pas le texte de l’Unesco. Il s’agit réellement d’une première historique et son adoption n’a pas été facile. Finalement force est de constater qu’on est allé vite. conçue non pas contre eux. En quatre ans passer de la Déclaration à la Convention est la marque d’une prise de conscience dont certains pouvaient douter.com/ . La convention de l’UNESCO permet de consolider et d’élargir le concept dit jusqu’alors d’exception culturelle pour justifier la non application de règles du commerce international aux biens et services culturels. Mais elle permet. ce qui ne permet pas de garantir l’effectivité de la diversité culturelle reconnue. Les États-Unis se sont fait imposer cette convention. la convention adoptée par l’UNESCO le 20 octobre 2005. mais une Déclaration n’est pas un acte juridique produisant des effets de droit obligatoires et il fallait aller plus loin. mais le problème serait le même avec une autre culture dominante). Un instrument spécifique a fait de la diversité culturelle une règle de droit international. d’où les craintes de certains de légitimer et de renforcer la position des États qui veulent faire réellement reconnaître dans les négociations internationales commerciales que les biens et services culturels ne peuvent s’adosser à une démarche seulement marchande. mais pour affirmer une prise de conscience de la société internationale que la mondialisation. L’Unesco avait amorcé le mouvement en adoptant dès novembre 2001 une Déclaration universelle sur la diversité culturelle. La Conférence générale d’octobre 2003 a invité à l’unanimité le directeur général de l’Unesco à préparer un projet de convention. La convention de l’UNESCO ne modifie pas les droits et les obligations des États découlant de leurs autres engagements internationaux. Certes cette convention n’a pas de supériorité juridique sur la convention établissant l’OMC. ce n’est pas se fondre dans une culture dominante mais doit au contraire signifier promouvoir la diversité culturelle.christian philip – multiculturalisme et liberté le modèle anglo-saxon.blogspot.

médiation. bons offices ou conciliation). La partie est loin d’être gagnée ! Mais enfin un traité existe et il ne faut pas sous-estimer ce premier résultat. Pour réduire le coût des brevets. Le système de règlement des différends repose sur la recherche d’une solution négociée et non pas sur la possibilité de contraindre les parties (négociations.le sens de la liberté La convention de l’UNESCO présente malgré tout de réelles limites. Il faut bien constater le très faible niveau de consultation des brevets 76 http://fribok.blogspot. Elle dépendra du nombre de ratifications. et limiter le système à trois langues peut permettre plus facilement une diversification. Un autre traité interroge quant à sa compatibilité avec la diversité culturelle. ce ne serait pas exact. L’autorité de la Convention dépendra en fait de la capacité de mobilisation de la communauté internationale. Le dispositif prévu à l’article 25 est d’abord incitatif. Il s’agit du Protocole de Londres signé en 2001 et relatif à la traduction des brevets en Europe. donc ne liant pas les États. de la mobilisation de la société civile pour qu’il y soit effectivement donné suite. Pour d’autres. je crois la controverse exagérée. Dans la pratique. Elle peut seulement aboutir à des recommandations. Il n’y a pas de sanctions possibles. d’où l’obligation de traduction. Il repose sur le nécessaire consentement des parties. l’anglais domine déjà pour éviter les coûts de traduction. On peut s’interroger sur l’absence d’un mécanisme juridique véritablement contraignant pour le contrôle de son respect par les États parties. de la mobilisation des organisations internationales (et là l’Organisation internationale de la Francophonie a une place à prendre) pour accepter de s’y référer et d’en tenir compte dans leurs activités. Pour beaucoup. Pour ma part. français et allemand). La traduction en langue nationale reste obligatoire en cas de litige. mais donne le choix de déposer en trois langues (anglais. de la mobilisation des États pour faire vivre les organes de la Convention. il y aurait là une atteinte grave à la diversité culturelle.com/ . le traité prévoit non plus son dépôt dans la langue du pays où il a été déposé.

77 http://fribok. celui de l’Union européenne qui devrait être. visibles pour les citoyens au plan culturel. trop technocratique.blogspot. montre que nous avons su construire des politiques communes sans remettre en cause l’identité des États membres. Côté négatif : nos concitoyens considèrent que l’Europe ne respecte pas assez la diversité.com/ . La crise sur la ratification du projet de traité constitutionnel montre qu’ils trouvent l’Union trop centralisée. quelque conclusion que l’on tire des dispositions du Protocole de Londres. en rendant compatibles compétences communes et diversité nationale (et même régionale). Où en est-on ? Côté positif : l’article 151 du traité européen depuis Maastricht place la politique culturelle dans les compétences de l’Union européenne. par la diversité même des États la constituant. donner corps à la diversité culturelle ? En droit.christian philip – multiculturalisme et liberté en français. Quoi qu’il en soit (et c’est pour moi le plus important et le côté positif de la querelle) ce débat a au moins le mérite de montrer que la diversité culturelle est devenue un élément auquel se réfère le droit international. un cadre exemplaire pour donner corps au multiculturalisme. Il est sain. Concrètement aussi. il n’y a pas de critique à apporter. l’article 151 n’a pas permis des actions importantes. Puissions-nous désormais avoir un tel débat sur tous les grands traités internationaux à venir ! Par ailleurs. L’Union reconnaît la langue de chacun comme langue officielle. Surtout l’Union a un problème quant à la pratique des langues et comment. Mais dans la pratique. Et quoi de plus positif que la devise proposée pour l’Union par le projet de traité constitutionnel « Unie dans la diversité » ? L’Europe. sans le multilinguisme. nous retiendrons un dernier exemple. par ses acquis depuis plus de cinquante ans. pas assez transparente. de s’interroger pour savoir si ce traité est ou non conforme au principe de diversité culturelle. la culture en étant un élément évident. La reconnaissance par le traité de Maastricht de la citoyenneté européenne a entraîné cette extension.

En 1998. des raisons pratiques de rapidité et de coût ne le permettent pas dans la vie quotidienne des institutions européennes. 78 http://fribok. Les infractions au régime linguistique sont de plus en plus nombreuses. comment pour un Parlement national s’exprimer sur le respect ou non de la subsidiarité par un projet d’acte communautaire s’il ne dispose pas dès l’origine d’une version de cet acte dans sa langue nationale ? Comment faire connaître l’Europe par les Européens si les informations publiées sur les sites Internet des institutions et organismes de l’Union ne sont pas disponibles dans l’ensemble des langues officielles ? Voilà deux exemples qui montrent combien la diversité culturelle a besoin de moyens juridiques pour être vécue. L’exemple de l’Espagne est clair. Certes l’élargissement est un facteur rendant plus difficile l’utilisation de langues toujours plus nombreuses. Si les réunions officielles donnent lieu à traduction dans toutes les langues. près de 60 % des documents initiaux de la Commission étaient rédigés en français.le sens de la liberté chacun sait que nous allons vers un usage de plus en plus dominant de l’anglais. la situation est encore plus défavorable. L’Europe n’a pas su non plus aller assez loin pour développer l’apprentissage de plusieurs langues européennes par tous les jeunes Européens.com/ . On peut faire des progrès rapidement si on le veut. Au Conseil. 250 000 élèves apprenaient le français. Mais nous sommes encore loin d’avoir pu généraliser cette mobilité. Par exemple. L’Europe a su par contre inciter nos étudiants à aller de plus en plus nombreux vivre une période d’études dans un autre pays membre.blogspot. mais en même temps il rend encore plus nécessaire le respect du multilinguisme pour permettre à tous les citoyens européens de s’approprier l’Europe. à peine plus d’un quart aujourd’hui. Il y a 20 ans. Elle a rendu obligatoire une deuxième langue étrangère. près d’un million et demi aujourd’hui. Cela entraîne une vraie révolution culturelle et c’est le meilleur vecteur pour que la diversité culturelle soit réalité.

Tous les États n’ont pas encore conscience de la nécessité d’organiser la diversité culturelle et le multiculturalisme. soit parce qu’ils bénéficient d’une langue dominante soit. la diversité culturelle et linguistique reste à inscrire dans les fondements de notre société internationale pour que la liberté associée au respect du multiculturalisme devienne un concept réel et universel. Des moyens juridiques sont indispensables pour que vive la diversité culturelle.blogspot.christian philip – multiculturalisme et liberté Je souhaite que l’Europe s’attache à faire plus et mieux. Au plan international c’est plus l’uniformité qui l’emporte que la diversité. Le Droit apporte des solutions. Mais le Droit est au service d’une volonté politique. parce qu’ils ont renoncé à se battre sur ce plan. Au-delà de ces exemples. il faut bien le dire.com/ . Et nous avons des progrès à faire. Le cadre juridique n’est donc pas suffisant tant au plan international qu’au plan interne. Le plus important est aujourd’hui d’agir pour que s’affirme vraiment une volonté politique de donner corps à la diversité culturelle. Encore faut-il que les États. Il permet de la traduire dans la pratique. Le Droit est un instrument. christian Philip Professeur à l’Université de Lyon représentant personnel du Président de la république pour la Francophonie  79 http://fribok. La liberté est aussi à ce prix. tant au plan interne qu’international. veuillent des moyens juridiques.

2. d’en déterminer le sens. 1452. Il est vrai que leur perspective n’est pas celle des philosophes. apparemment plus modestes. 945 et 946. P. comme aux philosophes.F. En effet. car il leur est demandé. Mais est-il vrai que les juristes ne jouent qu’un rôle sèchement descriptif ? Dans nos sociétés rationalisées. Le Petit Robert (édition 2010). les juristes « recherchent plutôt comment la liberté est reconnue dans l’organisation politique et sociale »1. qui s’interrogent directement sur la nature ou sur les fondements de la liberté . soumises au contrôle judiciaire de la constitutionnalité des lois.. 81 http://fribok. pour ensuite en fixer la portée et en aménager l’exercice ? Le sens ordinaire du mot – la possibilité d’agir sans contrainte2 – se révèle alors peu utile. inévitablement.blogspot. ne demande-t-on pas souvent aux juristes et particulièrement aux juges de construire (d’autorité) le sens de la liberté.U. « désenchantées ». 2003). ce qui est recherché alors. mais son sens axiologique : à quoi sert la liberté ? La réponse que donne le juge à cette question influence la conception de la liberté qu’il mettra de l’avant et.concevoir jUridiQUeMent La Liberté danS Une Société MULticULtUreLLe  crire le nom de la liberté n’est pas l’apanage du poète. Morange) dans Dictionnaire de la culture juridique (Paris. aux pp. p. la manière dont 1.com/ É . Les juristes aussi écrivent le nom de la liberté sur leurs pages blanches. ce n’est pas le sens générique du mot liberté. Article « Liberté » (J.

savoirs. les mots pour le faire : le nouveau vocabulaire du social ». c’est aussi tenter de concilier l’exercice de la liberté des uns avec la liberté des autres. modes de vie – on constate aisément l’ampleur du défi que pose le sens axiologique de la liberté dans une société où coexistent plusieurs cultures2. dans la mesure ou. n° 41 (printemps 1999). le respect des droits fondamentaux étant habituellement vu comme un facteur de cohésion sociale. le maintien d’une certaine « cohésion sociale » apparaîtra à certains comme un défi1. Lien social et politique – RIAC. pour reprendre les termes évoqués plus haut. 48). 1.blogspot. Concevoir juridiquement la liberté dans une telle société. croyances. « Les mots pour le dire. Si on admet que la culture recouvre des choses diverses et intangibles – valeurs. L’irruption de la cohésion sociale comme considération permettant de limiter l’exercice de la liberté semble liée à la critique de l’individualisme contemporain . par exemple. Elle considère tous les éléments mentionnés ici comme relevant de la culture. ils permettent à une personne ou à un groupe d’exprimer « son humanité et les significations qu’il donne à son existence et à son développement ». il s’agit d’un renversement de perspective. À certains égards. mais assez indéterminé pour permettre de « suivre les méandres et les nécessités de l’action politique au jour le jour » : Paul Bernard. Voir la définition de la culture proposée par l’article 2a) de la Déclaration de Fribourg sur les droits culturels. Encore faut-il noter le caractère hybride du concept. la cohésion sociale s’est également imposée comme repère permettant de se prémunir contre « la tyrannie des minorités ». convictions. La Déclaration 82 http://fribok. au même titre que la langue ou les arts. « La cohésion sociale : critique dialectique d’un quasi-concept ». Face à l’exercice des multiples libertés individuelles ou collectives. Ce sens axiologique de la liberté revêt une importance particulière dans une société où coexistent plusieurs cultures. institutions. 47-59 (à la p. 2. en sachant que les conceptions de la liberté des uns et des autres sont bien souvent influencées par la culture.com/ .le sens de la liberté « la liberté est reconnue dans l’organisation politique et sociale ». p. traditions. assez fondé objectivement pour prétendre à une certaine légitimité scientifique.

L’usage de ce terme ne comporte donc de notre part aucun jugement de valeur sur les politiques. celui des décisions rendues par la Cour suprême du Canada depuis la constitutionnalisation des droits fondamentaux. il faut d’abord retracer le ou les sens axiologiques qui peuvent être donnés à la liberté par les juges. 1982. nous formulerons quelques réflexions sur le concept de droits culturels. Nous le ferons de manière inductive. c.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle Comment donc appréhender juridiquement la « liberté » dans un contexte multiculturel1 ? Pour esquisser une réponse à cette question. II.blogspot. Voir : Les droits culturels – Déclaration de Fribourg [en ligne : http ://www. Elle rassemble et explicite des droits qui sont déjà reconnus.ch/iiedh/ assets/files/declarations/fr-declaration. mais de manière dispersée. multiculturalistes ou autres. 1.C. au début des années quatre-vingt 2. annexe B de la Loi sur le Canada. Est-il pour autant nécessaire de préciser que nous saluons la fluidité des cultures.unifr. 11 (R. n° 44. pour le droit. dans plusieurs instruments juridiques internationaux. Ce corpus jurisprudentiel illustre comment des choix axiologiques quant au sens de la liberté sont inévitablement faits.) . 83 http://fribok. l’exercice de la liberté en contexte multiculturel. en prenant pour objet un corpus juridique historiquement et géographiquement situé. dans L. App. nous nous interrogerons sur ce qui nous paraît être l’absence d’une véritable réflexion juridique sur la culture comme source potentielle de droits et d’obligations.-U. Dans un deuxième temps. leur faculté d’évoluer et leur capacité de dialoguer entre elles ? 2. Charte canadienne des droits et libertés. permettant de « gérer » cette coexistence. Ce qualificatif est employé ici dans le sens le plus neutre possible : celui d’un contexte social marqué par la coexistence de plusieurs cultures. (1985). concept qui pourrait constituer une façon prometteuse d’appréhender le sens est le fruit d’un travail de réflexion mené par un groupe international d’experts et qui s’est étendu sur une vingtaine d’années.pdf]. Nous faisons l’hypothèse que ce déficit de réflexion permet d’expliquer une partie des difficultés que pose. En conclusion. défaits et refaits par le droit au fil des décisions de justice.R.com/ .

Depuis 1982. à la liberté et à la sécurité de sa personne . « 2. le juge Rand s’exprime ainsi (à la p. entre individu et société : les sens axiologiques de la liberté Il y a un demi-siècle. À l’article 2. been recognized as a principle of fundamental character. Dans Saumur. b) liberté de pensée. » 2. 834.blogspot. Toutefois. les arrêts Saumur c. il ne peut être porté atteinte à ce droit qu’en conformité avec les principes de justice fondamentale. V. Romain. notion qui permet d’apprécier la validité 1. 299 et Chaput c. Ville de Québec. À l’article 7. auquel il ne peut être porté atteinte « qu’en conformité avec les principes de justice fondamentale »3. la constitutionnalisation des droits fondamentaux. Chacun a les libertés fondamentales suivantes : a) liberté de conscience et de religion . [1955] R. dans une section intitulée « garanties juridiques ». est garanti le droit à la liberté.S. 327) : « From 1760 […] to the present moment religious freedom has. au début des années quatre-vingt. Chacun a droit à la vie. d) liberté d’association.le sens de la liberté de la liberté dans le contexte multiculturel des sociétés qui sont les nôtres. » 84 http://fribok. in our legal system. y compris la liberté de la presse et des autres moyens de communication . notamment les libertés d’expression et de religion 2.com/ . [1953] 2 R. la liberté est un élément constitutif de la notion de « société libre et démocratique ». la liberté fait l’objet d’énoncés explicites dans la Charte canadienne des droits et libertés.C. » 3. d’opinion et d’expression. « 7. a indéniablement eu pour effet de forcer les tribunaux à expliciter davantage le sens qu’ils entendent donner au concept.S.C. Enfin. figure ainsi l’énoncé des grandes libertés fondamentales. la Cour suprême du Canada a dit de la liberté qu’elle était un principe fondamental de l’ordre constitutionnel1. relatifs à la liberté de religion. de croyance. c) liberté de réunion pacifique . 1.

dans des limites qui soient raisonnables et dont la justification puisse se démontrer dans le cadre d’une société libre et démocratique. » 2. Dans l’arrêt Big M Drug Mart (1985). dans des limites raisonnables. R.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle d’une limite apportée aux droits fondamentaux. nul ne peut être forcé d’agir contrairement à ses croyances ou à sa conscience2. par exemple. l’ordre. La liberté signifie que. « 1. mais également de restreindre les possibilités d’action d’autrui.C. Big M Drug Mart.blogspot. cette personne n’agit pas de son propre gré et on ne par la volonté d’autrui à une conduite que. qui n’est pas sans évoquer le sens générique du terme. sous réserve des restrictions qui sont nécessaires pour préserver la sécurité. elle n’aurait pas peut pas dire qu’elle est vraiment libre. c. souvent citée. sans cela. La liberté au sens large comporte l’absence de coercition et de contrainte et le droit de manifester ses croyances et pratiques. la Cour précise sur quels fondements politiques et philosophiques se base cette conception de la liberté : 1. la Cour suprême donne une longue définition conceptuelle de la liberté. La coercition comprend non seulement la contrainte flagrante exercée.com/ . sous forme d’ordres directs les formes indirectes de contrôle qui permettent de déterminer ou d’agir ou de s’abstenir d’agir sous peine de sanction. L’un des objectifs importants de la Charte est de protéger. la santé ou les mœurs publics ou les libertés et droits fondamentaux d’autrui. 95). Plus loin. La Charte canadienne des droits et libertés garantit les droits et libertés qui y sont énoncés. mentionné en introduction.S. Ils ne peuvent être restreints que par une règle de droit. 295 (par. 85 http://fribok. contre la coercition et la contrainte. qui traite de l’interdiction d’avoir une activité commerciale le dimanche comme pouvant entraver la liberté de religion protégée par l’article 2. celui d’une absence de contrainte : La liberté peut se caractériser essentiellement par l’absence de coercition ou de contrainte. selon l’article premier de la Charte1. Si une personne est astreinte par l’État ou choisi d’adopter. [1985] 1 R.

voire de solitude3 ». De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes. Folio/Gallimard. dans Écrits politiques (Paris. 86 http://fribok. pour la référence à ce texte). p. professeur au Département des sciences juridique de l’UQAM. Benjamin Constant distinguait de cette façon la liberté des Anciens et celle des Modernes : « Le but des Anciens était le partage du pouvoir social entre tous les citoyens d’une même patrie : c’était là ce qu’ils nommaient liberté. Ibid.com/ . E. pour l’instant. Nathalie Des Rosiers. The Canadian Charter of Rights and Freedoms After Twenty-Five Years (Toronto. 2009). Fraternité. lui dicte sa conscience. Dans l’affaire Morgentaler. et ils nomment liberté les garanties accordées par les institutions à ces jouissances ». de l’acceptabilité et de l’efficacité chacun soit libre d’avoir et de manifester les croyances et les opinions que ne lèsent pas ses semblables ou leur propre droit d’avoir et de manifester leurs croyances et opinions personnelles1 . Adell (dir. 123 (à la p.blogspot. à la condition notamment que ces manifestations La perspective est ici résolument individualiste. 122-123). à lui ménager ce qu’on a pu appeler « une sphère d’autonomie. moderne pourrait-on dire2 : la liberté protégée par la Charte canadienne vise à garantir l’autodétermination de l’individu. 2. de temps en temps. 3. LexisNexis. l’objet de la liberté de conscience et de religion devient évident. 1997). la juge Wilson ne dira pas autrement. 591-619. Magnet et B.le sens de la liberté [L]’insistance sur la conscience et le jugement individuels est […] au cœur de notre tradition politique démocratique. Les valeurs qui sous-tendent nos traditions politiques et philosophiques exigent que condition sine qua non de la légitimité. Le but des Modernes est la sécurité dans les jouissances privées . (Merci à Hugo Cyr. La possibilité qu’a chaque citoyen de prendre des décisions libres et éclairées constitue la de notre système d’autodétermination. en soulignant qu’un « aspect crucial » du droit à la liberté protégé par l’article 7 était le droit « de prendre 1. discours à l’Athénée royal de Paris (1819). …pas encore : les 25 ans de la Charte canadienne des droits et libertés ». de responsabilité. […] Vu sous cet angle. « Liberté.). dans J. 132). Égalité. p. (par.

la Cour donnera cependant à la liberté un sens axiologique davantage incarné socialement. 835.blogspot. c. Gallimard.C. Le critère formel est prévu à l’article premier : les restrictions en question doivent être prévues « par une règle de droit ». l’examen des autres façons de rechercher ledit objectif (critère de l’atteinte minimale) . Wilson). Dagenais c. disposition qui permet à l’État d’encadrer. j. Oakes. tenait pour illégitime toute contrainte exercée par la société sur les actions individuelles qui n’affectent pas l’intérêt d’autrui 2.C. ainsi qu’entre ces effets et l’objectif luimême : R. au moyen de restrictions législatives répondant à certains critères formels et matériels3. Est ici en cause le droit à l’interruption volontaire de grossesse. trad. La perspective de l’arrêt Big M Drug Mart est par ailleurs résolument libérale : avec les passages consacrés par la Cour aux limites sociales de la liberté. Lenglet (coll. l’examen de la proportionnalité proprement dite entre les effets positifs et négatifs de la restriction. l’exercice des libertés et droits fondamentaux. 74. qui comporte. l’examen du lien rationnel censé exister entre ladite restriction et l’objectif poursuivi . La liberté. cinq valeurs viennent guider l’application de cette disposition limitative. 228. Dans l’arrêt Oakes (1986). c.C.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle des décisions personnelles fondamentales sans intervention de l’État1 ». « La seule raison légitime que puisse avoir une communauté pour user de la force contre un de ses membres est de l’empêcher de nuire aux autres » : John Stuart Mill (1859). on n’est pas très loin de John Stuart Mill.S. [1986] 1 R.S. qui. L’année suivante. 1990). paraît ici orientée vers des finalités bien précises : 1. ensuite. 103 [Oakes] . et enfin. R. ils ont été élaborés par la jurisprudence. 2. 3. dans le cadre de la « disposition limitative » de l’article premier de la Charte canadienne. [1994] 3 R.S. L. que le texte de l’article premier lie explicitement à la démocratie. Elle doit ensuite répondre à un critère général de proportionnalité. La restriction doit d’abord viser un objectif suffisamment important. p. rappelons-le. Quant aux critères matériels. 87 http://fribok.com/ . 30 (par. en premier lieu. Société Radio-Canada. De la liberté. Folio Essais . Morgentaler. [1988] 1 R. Paris.

C. autres piliers de la psyché canadienne comme le laissent entendre non seulement le passage précité de l’arrêt Oakes mais bien d’autres arrêts de la Cour 3. l’intervention des pouvoirs publics. 80. j. 64).le sens de la liberté Les tribunaux doivent être guidés par des valeurs et des principes essentiels à une société libre et démocratique. l’importance que le discours judiciaire accorde aux droits constitutionnels des minorités ainsi qu’aux politiques multiculturalistes. 79 à 82). 1997). 1. P.U. Comme l’a souligné Andrée Lajoie. Jugements de valeurs – Le discours judiciaire et le droit (Paris. l’acceptation d’une grande selon moi. mais une conception de la liberté qui n’exclut pas. le respect de la dignité inhérente de l’ être humain. la diversité de croyances. en chef Dickson. Ici la perspective n’est plus vraiment celle de l’individualisme exacerbé et presque romantique qui sous-tendait les énoncés de Big M Drug Mart.com/ . dans le discours des juges de la Cour. à cette façon de décrire la représentation que la société canadienne se fait de son identité sociopolitique. promotion de la justice et de l’égalité sociales.F. [1998] 2 R. celle de l’État-providence tel qu’il existait au Canada (quoique déjà affaibli) dans les années quatre-vingt 2. comme nous pourrons bientôt le vérifier. 2. à la p. Andrée Lajoie. une volonté de se rapporter à une conception historique particulière de l’État. 88 http://fribok. Il conviendrait sans doute d’ajouter. par. particulièrement lorsqu’il s’agit de favoriser l’exercice de la liberté des faibles. le respect de chaque culture et de chaque groupe et la foi dans les institutions sociales et politiques qui favorisent la participation des particuliers et des groupes dans la société 1. 3.. Les italiques sont de nous. Oakes. lesquels comprennent. La protection des droits des minorités est considérée par la Cour suprême comme un principe constitutionnel fondamental au même titre que le fédéralisme. ou encore de protéger les faibles contre la liberté des forts. 217 (par.S.blogspot. la description d’une société libre et démocratique qu’on peut lire dans l’arrêt Oakes laisse voir. la démocratie et la primauté du droit : voir le Renvoi relatif à la sécession du Québec.

Pour une illustration récente : Alberta c. Lajoie et Coutu s’accordent à dire que lesdits paradigmes renvoient à des formes spécifiques d’État. l’État libéral non interventionniste dans le cas du paradigme libéral. Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Dans ces arrêts. entre individu et société ». ainsi : A.S. du moins si l’on est à la recherche d’une unité transversale de pensée qui inspirerait et ce. La Charte québécoise des droits et libertés après 25 ans. 1. 87).C. Amselem.S. V. 2003). vol. une majorité de juges note la « nature Quant aux politiques multiculturalistes. 57-65. 163-199. la Cour évoque un Canada « multiethnique et multiculturel » qui « constitue de bien des manières un exemple pour d’autres sociétés » (par.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle La Cour suprême continue de se référer comme à un fil d’Ariane à la matrice normative que constituent les arrêts Big M Drug Mart et Oakes1. Hutterian Brethren of Wilson Colony.. le « sens de la liberté » est ainsi construit par la Cour suprême au fil de décisions qui. elles font l’objet d’énoncés de principe qui sont loin d’être dénués d’une portée normative. sont difficilement conciliables. le sens donné à la liberté par la Cour à travers ses arrêts est loin de toujours paraître cohérent.C. de manière constante et prévisible. Les arrêts qui constituent la célèbre trilogie de 1987 sur l’action syndicale et la liberté d’association constituent peut-être l’incarnation la plus achevée d’une perspective libérale. Bosset (dir. Renvoi relatif à la Public Service Employees Relations Act. l’ensemble des décisions de la Cour portant sur la liberté. Depuis Big M Drug Mart et Oakes.com/ . Lajoie. arrêt qui porte sur l’interprétation de la Charte québécoise (et non de la Charte canadienne). 2009 CSC 37 (24 juillet 2009). et qu’il est utile de rattacher à des tendances ou paradigmes2. op. 551. pp. 2 (Montréal. 76). 256 (par. [1987] 1 89 http://fribok. en apparence. Dans Syndicat Northcrest c. [2006] 2 R. cit. En revanche. Également : Michel Coutu. aux pp. dans P. sous-tendue par une conception avant tout individualiste de la liberté3.). [2004] 2 R. 2. l’État social interventionniste dans le cas du paradigme social. « Les libertés et droits fondamentaux. Commission scolaire MargueriteBourgeoys. 3. La tolérance religieuse est ainsi une valeur qui est « à la base même de notre démocratie » selon l’arrêt Multani c.blogspot.

Saskatchewan. est peu sensible aux inégalités de pouvoir socio-économique qui. garantie par la Constitution. Emerson.com/ . Renvoi relatif à la Public Service Employees Relations Act (par. 460.S. 2.blogspot. Renvoi relatif à la Public Service Employees Relations Act. [1987] 1 R. 4. Procureur général du Manitoba. telles que jouer au golf4. une liberté qui. cette conception de la liberté d’association a des conséquences concrètes. 176). conditionnent la mise en œuvre de la liberté d’association dans R. les aspirations et les libertés de l’individu. profondeur et de portée2 . Alliance de la Fonction publique du Canada c.C. Dans ces arrêts. si la liberté d’association protège le droit de former des syndicats et celui d’exercer en groupe des activités licites. l’association n’acquiert aucune liberté. Ainsi. McIntyre. Ses intérêts et ses droits [U]ne théorie de l’association doit commencer par l’individu. par. 3. ni celui de négocier collectivement ses conditions de travail : une conclusion qui. (par. en revanche elle ne protège ni le droit de grève. 90 http://fribok. 4) cité par le juge McIntyre dans le Renvoi relatif à la Public Service Employees Relations Act (par.S. 1 (p. C’est une façon de rendre plus efficaces les besoins. L’association est un prolongement de la liberté individuelle. [1987] 1 R. les juges de la majorité concluront que. de faire ce qui est illicite pour l’individu de faire3 ». Syndicat des détaillants. 175). Ibid. 1. c’est l’individu qui constitue l’intérêt ultime de l’ordre social. puisque « le fait d’être associés ne confère en soi aucun droit supplémentaire aux individus. “Freedom of Association and Freedom of Expression”. précité (j. et de leur donner plus de Évidemment. (1964) 74 Yale L.C. 424 . grossistes et magasins à rayons c. on l’admettra. La traduction est de la Cour. Dans sont prépondérants.le sens de la liberté individuelle de la liberté d’association1 ». pour ainsi dire. 156).C. dans les faits. 313 . 171). n’existerait que pour permettre l’exercice collectif de droits que la loi reconnaît déjà aux individus : une société régie par des principes démocratiques.J. Thomas I.S.

dans G. Renvoi relatif à la Public Service Employees Relations Act. c. La doctrine n’a pas été tendre non plus. Historiquement mais aussi sur le plan du discours. (1988) 13 Queen’s L. entre autres : Hunter c.S. comme on le voit.com/ .C. 3. Dans 1. 2. 17. 2002 CSC 1 . Par exemple : Ken Norman. Swain. Carswell.-B. 933 . cit.C. 169. Renvoi relatif à la Motor Vehicle Act (C. cette trilogie de 1987 marque probablement le point culminant du paradigme libéral d’interprétation de la Charte. 177 . Voir. [1984] 2 R. à la p. par.I. les juges Dickson et Wilson dénonceront d’ailleurs la portée « légaliste. 754 . one is left with a narrow American gloss on the status quo ante of the Charter”. Southam. Beaudoin et E. mais fondé également.. Suresh c. 486 . R. [1985] 1 R. sur une conception individualiste des rapports sociaux. c. Coutu. op. Charkaoui c. 4. The Canadian Charter of Rights and Freedoms.C. Dissidents. parcimonieuse et voire même insipide » donnée à la liberté d’association par la majorité2. R. c. Stinchcombe.S.C.E.S. paradigme reposant sur la valorisation des libertés individuelles face à l’autorité d’un État souvent vu comme liberticide. Therens.S. 91 http://fribok.S 613 . à la p. 248 : “As for the reading given to section 2(d) by McIntyre J.).J. [1991] 1 R. 2007 CSC 9. M.. L’ironie de la situation n’a pas échappé à un commentateur aussi caustique qu’Harry Arthurs. Canada (Citoyenneté et Immigration). c. 1989). en chef Dickson).S.C. [1995] 1 R.).C. Ratushny (dir. [1985] 1 R. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration).blogspot. R. Singh et al. Voir : “The Right to Golf : Reflections on the Future of Workers Unions and the Rest of Us under the Charter”. 145 . “Freedom of Peaceful Assembly and Freedom of Association (Section 2(c) and (d))”. M.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle les rapports collectifs de travail1. 2ème éd. 81 (j.-A. particulièrement en droit pénal et en droit administratif4. [1985] 2 R. (Toronto. notamment en ce qui concerne le poids donné par les juges de la majorité aux interprétations américaines – nettement individualistes – de la liberté d’association3.

elle rappellera même que la liberté d’expression est garantie pour assurer « que chacun puisse manifester ses pensées. cette fois en tenant compte également des valeurs collectives qui la soustendent. Irwin Toy c. Lajoie. [1989] 1 R. Série A. Ce paradigme libéral entrera bientôt en concurrence avec une autre façon de concevoir le rôle de l’État. 968. 2. Dans cet arrêt. 49). la recherche de la vérité (considérée comme « une activité bonne en soi ») et la « participation à la prise de décisions d’intérêt social et politique » s’ajouteront à la poursuite de l’épanouissement personnel des individus comme valeurs sous-jacentes à la liberté d’expression 2. la protection de la Charte à des contenus ou formes d’expression aussi divers et parfois controversés 1. l’État se situe en surplomb des rapports sociaux . d’un régime légiféré de négociation collective des conditions de travail – pour établir d’autorité tel ou tel équilibre au sein de ces rapports. en principe.le sens de la liberté ce paradigme libéral « classique1 ». mais aussi pour celles qui heurtent.blogspot. choquent ou inquiètent l’État ou une fraction quelconque de la population. ses croyances. en fait toutes les expressions du cœur et de l’esprit. Irwin Toy à la p. déplaisantes ou contestataires soient-elles3 ». ses opinions. » : arrêt Handyside du 7 décembre 1976. ainsi.C.com/ . 3. à la p. Dans l’arrêt Irwin Toy. 92 http://fribok. op. La Cour continuera donc d’accorder. 927 [Irwin Toy]. il n’a pas à intervenir – au moyen. la Cour n’ira pas jusqu’à remettre en cause le principe d’une interprétation libérale des droits garantis par la Charte . aussi impopulaires. Québec (Procureur général).S. par exemple. C’est la problématique de la liberté d’expression qui fournira à la Cour suprême l’occasion de définir le sens de la liberté d’une manière moins individualiste. n° 24 (par. A. cit. 57. Ce passage rappelle ce que disait la Cour européenne des droits de l’homme de la liberté d’expression : « Elle vaut non seulement pour les ‘informations’ ou ‘idées’ accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes.

R.S. [1992] 2 R. 7. c. Dans ce dernier arrêt. dans la promotion de l’épanouissement personnel ou dans la protection et le développement d’une démocratie dynamique qui accepte et encourage la participation de tous. Keegstra.S. Sharpe. Rocket c. [2001] 1 R. [1990] 3 R.blogspot. 8.C. jugeant par exemple que la publicité professionnelle ou la propagande haineuse ne présentent qu’un lien ténu avec les valeurs individuelles et collectives sous-tendant la liberté d’expression. Dans certains cas.com/ . 731. Peu à peu. Renvoi relatif à l’art. [1988] 2 R. la Cour s’exprime ainsi (à la p. Collège royal des chirurgiens dentistes d’Ontario. 4.C. 45. Dans d’autres affaires – et nous rejoignons ici plus 1.C.S.C. 1123.C.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle que l’affichage commercial1. [1990] 2 R. 6. Canada (Commission des droits de la personne) c.1(1)(c) du Code criminel (Man. Irwin Toy (précitée). la publicité professionnelle2 ou encore destinée aux enfants3. 193 et à l’art.S. l’obscénité4.S. 232. 195. 892. Québec (Procureur général).S. R. Taylor. c.C. Butler. c. la sollicitation à des fins de prostitution5. [1992] 1 R. 766) : « La propagande haineuse apporte peu aux aspirations des Canadiens ou du Canada. R. 697 . 452. précités. [1990] 1 R. toutefois. Arrêts Rocket et Keegstra. elle posera un jugement de valeur explicite sur certaines formes d’expression.S. 712. [1990] 3 R. R. Zundel.). la diffusion de fausses nouvelles7 ou encore la propagande haineuse8. » 93 http://fribok.C. c. 2. la possession de pornographie juvénile6. 9.C. que ce soit dans la recherche de la vérité. 3. la Cour abandonnera la posture de l’observatrice détachée qu’elle s’était implicitement auto-attribuée dans sa trilogie de 1987 et validera certaines restrictions apportées par l’État à la liberté d’expression. on leur accorde un poids moindre qu’à d’autres formes d’expression9. ce qui justifiera qu’au stade de l’examen du critère de proportionnalité de l’article premier.S. 5. Ford c.

1084 [Ramsden]. C’est également la prise en compte des déséquilibres sociaux qui inspirera les décisions où la Cour reconnaîtra comme constitutionnellement protégé un droit de s’exprimer dans certains lieux publics2.blogspot.C. dans KMart. Dans l’affaire Ramsden. ou encore les femmes victimes de violence sexuelle.A. 1102. Arrêts Irwin Toy et Butler. KMart Canada. [1991] 1 R.S.C. T.U. la Cour accordera la protection de la Constitution à la distribution paisible de tracts par des salariés en grève. ils doivent garder à l’esprit la fonction représentative du pouvoir législatif ».S. 94 http://fribok. Comité pour la République du Canada c. section locale 1518 c.le sens de la liberté spécifiquement le thème du rôle de l’État dans le rééquilibrage des rapports sociaux – la Cour reconnaîtra à l’État une latitude appréciable s’il s’agit pour lui d’intervenir afin de protéger des groupes vulnérables. particulièrement ceux du commerce de détail. contre les abus de la liberté d’expression : la rigueur apparente des critères de l’article premier fera alors place à une déférence explicite envers le pouvoir législatif 1. précités. ainsi que l’inégalité de leurs rapports avec la direction de 1. Ramsden c. Peterborough (Ville). qui concerne la possibilité d’afficher sur les poteaux de téléphone ou d’électricité. la Cour évoquant métaphoriquement à ce propos la « bibliothèque des démunis »3. la Cour soulignera « la vulnérabilité individuelle des employés.com/ . Canada. 2.C. Ici. [1993] 2 R. Toujours dans le même esprit. 1083. 139 . 4. la Cour rappelle qu’historiquement.. Ramsden à la p.C. surtout en matière de protection de groupes vulnérables. Cette déférence est exprimée en termes pudiques mais clairs dans Irwin Toy : « lorsque les tribunaux sont appelés à contrôler les résultats des délibérations du législateur. à l’entrée de magasins appartenant au même employeur mais non impliqués dans le conflit4. ce type d’affichage a toujours été un moyen peu coûteux de s’exprimer pour les groupes minoritaires et pour les personnes appartenant à des catégories socio-économiques défavorisées. [1999] 2 R. tels que les enfants visés par la publicité.S. 3.

en réaction à la décision du législateur d’exclure les travailleurs agricoles ontariens du régime d’accréditation syndicale en vigueur dans cette province. 95 http://fribok. ajoutant que « c’est grâce à la liberté d’expression que les travailleurs vulnérables sont en mesure de se gagner l’appui du public dans la quête de meilleures conditions de travail1 ». il est difficile de subsumer pareilles décisions sous un paradigme libéral . 2. 25). ouverte à une conception sociale de l’État et de la démocratie2. dans la jurisprudence de la Cour.C. M. Dunmore c. Ontario (Procureur général). 180. c’est dans le champ de la liberté syndicale que cette conception du rôle de l’État dans la défense des libertés finira par trouver. l’approche mise de l’avant dans ces arrêts renvoie à une dynamique très différente. op. peut-être. le droit à un régime juridique de protection comprenant au moins le droit de se syndiquer. 3. à la p. la nécessité d’interpréter la liberté d’association d’une manière qui tienne davantage compte de l’inégalité des rapports de forces dans les relations du travail et de la spécificité de l’action syndicale. ainsi 1. Comme l’a fait remarquer Michel Coutu. 20) [Dunmore]. graduellement. la Cour suprême reconnaîtra en effet. Coutu.S. Par un ironique retour des choses. Ibid. sans aller jusqu’à constitutionnaliser un droit automatique à l’accréditation syndicale pour toutes les catégories de salariés.blogspot. n’hésitant plus à imposer à l’État certaines obligations positives en cette matière.com/ .pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle leur entreprise ». (au par. comme ici les travailleurs agricoles. une légitimation explicite. 1016 (au par. Après sa trilogie de 1987. [2001] 3 R. la Cour reconnaît dans cette affaire aux catégories de travailleurs qui sont particulièrement vulnérables aux pratiques déloyales. la Cour rappellera que l’histoire des relations du travail au Canada démontre « qu’une attitude de retenue de la part du gouvernement dans les relations de travail expose la plupart des travailleurs […] à diverses pratiques déloyales de travail3 » . cit. En 2001. via la prise en compte judiciaire des rapports de pouvoir dans la société.

de présenter collectivement des demandes à leurs employeurs du secteur de la santé et de participer à des négociations de bonne foi en vue d’atteindre des objectifs liés au milieu de travail . La Cour retracera l’histoire de la négociation collective au Canada. enfin. [2007] 2 R. soit la liberté de se réunir. Aucune des raisons exposées par les juges majoritaires dans ces arrêts ne résistent (sic) à l’examen » : Health Services au par.C. reconnaîtra l’importance fondamentale de celle-ci dans la vie sociale et. ce droit signifie que les travailleurs ont le droit de s’unir. 4. de même que la protection de l’exercice de ces libertés contre l’ingérence ou les menaces de l’employeur1.blogspot.S. 2. « [L]’examen de la jurisprudence mène à la conclusion que les décisions rendues dans [la trilogie de 1987] qui excluaient la négociation collective du champ d’application de l’al. la liberté d’association impose également aux employeurs du secteur public des obligations correspondantes de négocier de bonne foi avec les salariés . Ibid. finira par consacrer l’existence d’un « droit procédural de négocier collectivement4 » protégé constitutionnellement au titre de la liberté d’association. Cette approche nouvelle de la Cour sera confirmée en 2007 dans l’arrêt Health Services. Health Services (par. qui porte sur la validité d’une loi qui outrepassait les conditions de travail prévues par les conventions collectives préexistantes et qui empêchait pratiquement toute négociation collective sur certaines questions2. c. 3. Health Services and Support . 68). 391 [Health Services]. elle restreint le pouvoir de légiférer en matière 1.le sens de la liberté que les libertés accessoires à ce droit. 2d) ne sauraient être acceptées plus longtemps.com/ . 96 http://fribok. reniant sans détours sa propre jurisprudence refusant toute protection constitutionnelle à la négociation collective 3. Colombie-Britannique. 67). Selon la Cour. de participer aux activités légitimes de l’association et de présenter des revendications. 36.Facilities Subsector Bargaining Assn. (par.

” CCPA Monitor (septembre 2007) [en ligne : http ://www. l’attitude de 1. autant pour ce qui concerne la liberté syndicale proprement dite que la liberté en général. (2008) 13 Lex Electronica [en ligne : http ://www. “The Supreme Court of Canada and the Right to Bargain Collectively : The Implications of the Health Services and Support Case in Canada and Beyond”. La Cour a pris la peine de préciser que le droit procédural de négocier collectivement qui est reconnu dans l’affaire Health Services ne comprend pas nécessairement tous les aspects de la « négociation collective » au sens où ce terme est employé dans les divers régimes législatifs de relations du travail. Et. 89 et 113-114). fédéral et provinciaux .com/ . Adams.cfm ?pa=DDC3F905].pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle de négociation collective. surtout. “Is Collective Bargaining Now Really Free ?.R. voir. 2. ni l’accès à un régime législatif précis . (par.ca/MonitorIssues/2007/09/MonitorIssue1727/ index. et notamment de soustraire certaines matières du champ de la négociation1. Ibid. 97 http://fribok. entre autres : Judy Fudge.lexelectronica. les avancées bien réelles qui furent enregistrées en matière de liberté syndicale dans ces affaires récentes ne doivent pas faire oublier qu’en matière de libertés fondamentales en général. la question de savoir si la liberté d’association inclut le droit de grève a été explicitement exclue par la Cour du champ de l’analyse2. Il convient probablement de ne pas exagérer la portée de ces arrêts récents de la Cour. pour une perspective spécifiquement québécoise : Michel Coutu.org/docs/articles_3. il ne garantit pas non plus l’atteinte d’un résultat particulier lors d’un différend entre employeur et salariés.pdf].blogspot. Laurence-Léa Fontaine et Georges Marceau. 685 . de sorte que l’examen de cette question devra sans doute attendre des litiges ultérieurs3. policyalternatives. Ibid. 19). et : Roy J. Par ailleurs. 3. (2008) Ottawa L. « L’arrêt Health Services and Support de la Cour suprême du Canada : la constitutionnalisation du régime québécois de relations industrielles ? ». (par. Pour des analyses contrastées de la portée de l’arrêt Health Services.

S. 1035).C. 4. de sous-tendre les décisions de la Cour touchant les libertés fondamentales3. parfois. fidèle à une position qu’elle exprimait déjà. [2007] 2 R. l’émergence de préoccupations sociales explicites dans plusieurs jugements de la Cour témoigne d’une approche plus contextuelle de la liberté 4. par l’action du législateur. de façon imagée. 3. Le paradigme libéral continue ainsi d’inspirer et. également : Association des femmes autochtones du Canada c.blogspot. [1993] 2 R. 98 http://fribok. Pour un exemple récent : Baier c.le sens de la liberté la Cour suprême reste fondamentalement non-interventionniste.S. lorsqu’elle disait que celle-ci « interdit les bâillons mais n’oblige pas à la distribution de porte-voix 2 ». à propos de la liberté d’expression. La Cour se fonde sur la distinction entre un « droit négatif » (de ne pas voir l’État intervenir) et un « droit positif » (à une intervention de l’État) pour rejeter une demande visant à reconnaître. à une conception sociale (ou égalitaire) de la liberté. précité (au par. Dans cette dernière affaire. Canada. Canada. et qu’on est alors tenté de rattacher.C. 673. attentive aux déséquilibres économiques et sociaux qui conditionnent l’exercice des libertés fondamentales.com/ . la Cour jugeait que l’État n’a pas à financer la participation d’un groupe des femmes autochtones à des négociations constitutionnelles. La règle demeure que « la Charte n’oblige pas l’État à prendre des mesures positives pour préserver ou faciliter l’exercice de libertés fondamentales ». Alberta. a rappelé la Cour dans sa décision de 2001 sur la liberté d’association1. de façon à faciliter l’expression de leur point de vue. [1994] 3 R. 1.com/meta/p255248_index. par opposition à la précédente. la possibilité pour certains fonctionnaires de se porter candidats à des postes électifs. V. Haig c.html]. Néanmoins.allacademic. Arrêt Dunmore. 995 (à la p. 2.S. 19).C.”The Health Services and Support Ruling : Ending the Supreme Court’s Methodological Individualism ? A View from Québec”. 627. communication présentée au congrès de la Law and Society Association à Montréal le 30 mai 2008 [en ligne : http ://www. Michel Coutu et Laurence-Léa Fontaine.

[2003] 3 R.blogspot. [1997] 3 R. c. [2002] 1 R. plus récemment la Cour. Malmo-Levine. dans la filiation des thèses de J. 844 au par. susceptible de conduire à une surutilisation du droit pénal 2. dans ce 1. a eu pour effet d’exclure la consommation récréative de marijuana du champ de la protection offerte par l’article 7 de la Charte. 3 .S. La Cour a alors qualifié de « trop simples » les thèses de Mill et retenu le critère du consensus social aux fins de déterminer l’existence ou non d’un principe de justice fondamentale au nom duquel il est possible de porter atteinte au droit à la liberté. Ahani c.C. S’agissant de l’article 7 de la Charte et du droit à la liberté. Mill sur la souveraineté de l’individu sur sa personne. R. 2. 85. 571 (au par. aux pp. En particulier : Suresh c. op.S. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration). en l’espèce. que par des garanties d’ordre procédural3. ce qui. semblait prête à reconnaître à l’individu dans les années quatre-vingt. dans l’affaire MalmoLevine. Des Rosiers. Longueuil (Ville). des choix fondamentaux participant de l’essence même de ce que signifie la jouissance de la dignité et de l’indépendance individuelles1 ». Avec Nathalie Des Rosiers. de responsabilité. cit. citant : Godbout c. Canada (Ministre de la 99 http://fribok. dans lesquelles la liberté n’est protégée.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle Cette conception doit par contre coexister avec d’autres paradigmes émergents.C. Peut-être n’est-il donc pas exagéré d’évoquer. voire de solitude » que la Cour.C. N. en définitive. le poids des considérations de sécurité est manifeste dans ces décisions.S. 3. 138-139. a voulu ramener ce sanctuaire privé à un espace d’intérêts déjà constitutionnellement protégés « impliquant. Or. Le contexte induit par la « guerre au terrorisme » s’inscrit peut-être dans une problématique analogue : en dépit de la réaffirmation solennelle de l’importance de la liberté qu’on peut lire dans certaines décisions post-2001 de la Cour suprême. on peut voir ici le début d’un glissement possible vers une détermination de plus en plus vague des principes de justice fondamentale.com/ . par leur nature même.S. nous avons mentionné plus haut la zone « d’autonomie. 66).

1978). même en s’en tenant à une analyse positiviste du droit. la problématique multiculturelle met en question l’adéquation des paradigmes juridiques existants. A. les fluctuations de paradigmes. 237-270. il n’est pas aisé d’identifier le sens axiologique donné à la liberté par le haut tribunal : l’évolution de la Charte canadienne nous amène plutôt à constater l’existence de paradigmes concurrents et difficilement conciliables dans l’absolu. peuvent s’expliquer par la conjoncture politique et économique. comme nous le verrons maintenant. ce qui montre bien la difficulté de donner à la liberté un sens unique. et Citoyenneté et de l’Immigration). 2. l’émergence graduelle d’une autre conception.com/ . La motivation des décisions de justice (Bruxelles. En ce sens : Michel Coutu et Marie-Hélène Giroux. Lajoie. Au total. 72 .S. pp.C. Voir : Chaïm Perelman (en collaboration avec P. Comme nous l’avons vu. Charkaoui c.C. telle que « médiée » par les conceptions antérieures des juges et par les facteurs « pérelmaniens2 ». les paradigmes qui président à l’identification du sens de la liberté par les tribunaux renvoient par ailleurs à des conceptions de l’État lui-même : libéral. Bruylant. « sécuritaire » celle-là. 100 http://fribok. 65-82. 1. numéro spécial sur les 20 ans de la Charte canadienne des droits et libertés. de la liberté1. 350. à savoir le contexte normatif et factuel ainsi que les attentes variées des auditoires auxquels s’adresse la Cour3. 3. « L’Après-11 septembre devant la Cour suprême du Canada : situation exceptionnelle et légitimité ». [2007] 1 R. que d’une liberté à une autre. op. comme le suggère l’évolution de la jurisprudence de la Cour suprême. Ces fluctuations de paradigmes peuvent aussi bien s’observer dans une perspective diachronique.blogspot. Canada (Citoyenneté et Immigration). social ou sécuritaire (sinon répressif). p.le sens de la liberté contexte d’ensemble.. Pour Andrée Lajoie. [2002] 1 R. cit. Foriers). en particulier dans le discours de la Cour suprême. La difficulté de donner un sens à la liberté dans une société multiculturelle n’en apparaît alors que plus aigüe : en effet.S. (2003) Revue du Barreau.

l’entrée en vigueur de l’article 15 de la Charte canadienne. pour ce qui est de préciser les contours de la liberté religieuse . brouillant les repères universalistes traditionnels (libéraux ou sociaux). [mais] évoluant ensuite vers la réparation d’injustices séculaires subies par certains groupes1 ». En 1985. véhiculées par un courant de pensée distinct et assez éloigné du libéralisme. Il n’est pas certain que les paradigmes libéral et social que nous venons de décrire épuisent toutes les façons par lesquelles il peut appréhender cette question. ce sont les particularismes religieux. bien entendu. mais aussi les appartenances collectives qui font irruption dans le champ du droit. vu l’absence d’une perspective d’ensemble intégrant. elle s’est traduite par la priorité 1. jusqu’à maintenant. la liberté dans une société multiculturelle : une problématique encore mal appréhendée par le droit Avec la problématique multiculturelle. cit.. p. op. les dimensions aussi bien individuelles que collectives de la liberté.com/ . à notre avis. dans la réflexion juridique. si individu et société restent les protagonistes essentiels de ce débat sur le sens de la liberté. Une perspective nettement « libérale » a prévalu. A. 2. notamment par sa valorisation d’une certaine solidarité sociale d’abord à caractère universaliste. les appartenances collectives d’ordre religieux. garantissant l’égalité.blogspot. sollicitant de manière inédite sa capacité de donner un sens à la liberté. la difficulté de gérer ces divers paradigmes d’une manière cohérente. ethnique ou linguistique compliquent l’équation. 61-62. à une réalité encore plus complexe. « [d]’autres valeurs vont entrer en scène. 101 http://fribok. introduira dans cette équation une nouvelle variable. Dès lors. L’analyse de la jurisprudence de la Cour suprême révèle. Le droit puise simultanément à plus d’un paradigme pour aborder ces questions.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle des formes d’État qui leur sont sous-jacentes. ethniques ou linguistiques individuels. Car. la discrimination. Lajoie.

L’italique est de nous.S. contrevenant ainsi à certaines clauses de leur déclaration 102 http://fribok. Le ton fut donné dès 1986.C.C. R. le critère de la sincérité des croyances individuelles . en revanche ils ne sont « pas en mesure de mettre en question la validité d’une croyance religieuse.com/ . 2. même lorsque l’exercice de cette subjectivité paraît aller à l’encontre d’une pratique religieuse majoritaire ou encore contredire les enseignements officiels d’une église.S. 20 (j. en chef Dickson). la Cour s’engagera cependant plus loin sur le terrain des principes .S. LaForest). même si peu de gens partagent cette croyance1 ». [1986] 2 R. Ce cap sera fermement gardé dans l’affaire Amselem.le sens de la liberté donnée à la conscience subjective de l’individu qui invoque cette liberté. C’est donc l’accent mis sur le caractère intime des croyances religieuses qui paraît expliquer la réticence de la Cour à se prononcer sur la validité objective de celles-ci. Cette façon de dire les choses laisse l’impression que c’est avant tout la difficulté qu’aurait un tribunal civil à trancher une question de doctrine religieuse qui serait à la source de cette attitude empreinte de retenue.blogspot. 759 (j. d’un être supérieur »2. Dans une affaire subséquente. pour déterminer l’existence d’une atteinte à la liberté religieuse. [1986] 2 R. le juge souligne alors que. de l’humanité.C. de la nature et. R. dans l’affaire Jones. jugée la même année. juifs orthodoxes. Jones. 3. 284 au par. Elle y répondra. dans certains cas. si les tribunaux ont le devoir de s’assurer de la sincérité des personnes. où la question de la conformité des croyances individuelles par rapport aux interprétations majoritaires ou officielles était directement posée à la Cour3. 713 à la p. [2004] 2 R. elle décrira alors le but de la liberté de religion comme étant d’assurer « que la société ne s’ingérera pas dans les croyances intimes profondes qui régissent la perception qu’on a de soi. 551 [Amselem]. dans le droit fil de l’arrêt Big 1. Syndicat Northcrest c. Edwards Books and Arts. Les italiques sont de nous. où le juge LaForest mit de l’avant. Quatre copropriétaires. Amselem. avaient érigé des souccah sur leurs balcons. v. c.

venu témoigner devant le tribunal. Ibid. Si un paradigme très nettement libéral semble donc présider à la délimitation du champ de la liberté religieuse6. 2. que la Cour pourra justifier certaines limites apportées. rappelleront à ce propos l’engagement envers de copropriété. d’autonomie et de liberté de l’individu1 ». 489 U. en affirmant que la liberté de religion repose sur « les notions de choix personnel. À leurs yeux. Ibid. Ibid. et notamment à l’impératif de respect des cultures et des groupes qui composent la société. 4. à la liberté d’expression. 55). prononcés au début des années quatre-vingt-dix. 42). Le juge de première instance retiendra le témoignage du rabbin. c’est en faisant appel aux finalités sociales de la liberté. elle ne sera qu’une façon parmi d’autres de démontrer sa sincérité5. Les arrêts sur la propagande haineuse. elle refusera d’exiger qu’un expert démontre l’existence d’une pratique religieuse obligatoire4 .blogspot. 54) : « Un expert ou une autorité en droit religieux ne saurait remplacer l’affirmation par l’intéressé de ses croyances religieuses ». voir Frazee c. ce qui exclut donc tout examen du caractère obligatoire d’une pratique religieuse (une entreprise que la Cour qualifiera d’inappropriée et de semée d’embûches2). 3. (au par. Illinois Department of Employment Security.S. Ibid. 47). 5. (au par. 829 (1989). en définitive.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle M Drug Mart. 103 http://fribok. 6. 1. 53).com/ . (au par. décrites dans l’arrêt Oakes. La Cour insistera sur le danger de voir l’État s’ingérer dans les affaires internes des religions3 . en particulier. (au par. L’approche du droit américain est la même sur ce point . Un rabbin. quant à la pratique religieuse antérieure du demandeur. affirmera que l’aménagement d’une souccah collective suffisait à satisfaire aux obligations religieuses du judaïsme. Amselem (au par. l’aménagement de souccah individuelles constituait une obligation religieuse.

Q. Dans l’affaire Simpsons-Sears. 104 http://fribok. 757 (j. en l’occurrence. [1996] 1 R. Loi canadienne sur les droits de la personne. c. précité .S.C. Précisons que la Charte québécoise est bien davantage qu’une loi antidiscriminatoire puisqu’elle garantit également les libertés fondamentales. j’adopte expressément le principe de la non-discrimination et la nécessité de prévenir les attaques contre les liens qu’un individu entretient avec sa culture » :« R. « [L]’art. une vendeuse de magasin alléguait être victime de 1. C-12 .com/ . L. « 27. dont les faits remontaient à la fin des années soixante-dix.blogspot.le sens de la liberté le multiculturalisme qui figure dans le principe d’interprétation énoncé à l’article 27 de la Charte canadienne 1. soit bien avant l’entrée en vigueur de la Charte canadienne. H-6. C’est également au paradigme égalitaire ou social que la Cour puisera lorsqu’il s’agit d’aménager les rapports entre les normes et institutions sociales et les personnes. et Ross c. c. en chef Dickson). des droits politiques. Taylor. C’est dans le cadre des lois antidiscriminatoires. notamment. 27 et l’engagement envers une vision multiculturelle de notre nation doivent être pris en considération car ils soulignent l’importance capitale de l’objectif d’éliminer la propagande haineuse de notre société. Keegstra. » 2.C. L. 825.R. que les premières traces de ce paradigme apparaîtront dans la jurisprudence de la Cour. Charte des droits et libertés de la personne du Québec. Conseil scolaire du District n° 15 du Nouveau-Brunswick. lois qui visent tant le secteur privé que les activités de l’État3. Elle tiendra alors compte de la situation de désavantage social dans laquelle se trouvent certaines personnes du fait. Voir également : Canada (Commission des droits de la personne c. (1985). précité à la p.. des droits judiciaires et certains droits économiques et sociaux. de leurs contraintes religieuses. de démontrer l’existence d’un objectif social suffisamment important pour justifier une limitation à la liberté d’expression 2.R. 3. ce qui permettra à la Cour. Des lois équivalentes existent dans toutes les provinces canadiennes. […] Parmi [les facteurs précisant le sens de l’art 27]. c. Toute interprétation de la présente Charte doit concorder avec l’objectif de promouvoir le maintien et la valorisation du patrimoine multiculturel des Canadiens.

pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle discrimination du fait que son employeur n’avait pas voulu lui aménager un horaire de travail lui permettant de se conformer à sa pratique religieuse1. compte tenu des obligations religieuses de l’employée2 . elle juge que les lois antidiscrimination imposent l’obligation de prendre. 1989). La thèse selon laquelle chaque personne devrait être libre d’adopter la religion de son choix et d’en observer les préceptes ne pose aucun problème. 536 [Simpsons-Sears].blogspot. [1985] 2 R. Yvon Blais. pp.com/ . outrepasse-t-elle le simple exercice de ses droits et cherche-t-elle à imposer à autrui le respect de ses croyances ?3 La Cour aborde donc la question de l’accommodement raisonnable comme indissociablement liée à celle de la liberté. elle se penchera spécifiquement sur l’adaptation de l’horaire de travail : La question [de l’accommodement] n’est pas exempte de difficultés. II). 2. puis. Simpsons-Sears. coll. Ibid. en faveur des personnes affectées par des normes discriminatoires. ce qui lui permettra de considérer ce refus comme indirectement discriminatoire. 551). 3. Sur l’émergence de la notion de discrimination indirecte en droit canadien : Pierre Bosset. Simpsons-Sears (à la p. dans la profession de sa foi et l’observance de ses règles. La discrimination indirecte dans le domaine de l’emploi – Aspects juridiques. 553). 105 http://fribok.S. (à la p. des mesures d’accommodement 1. […] Le problème se pose lorsqu’on se demande jusqu’où peut aller une personne dans l’exercice de sa liberté religieuse ? À quel moment.C. 19-55 (ch. En l’occurrence. La Cour abordera ce litige en ayant recours à une conception matérielle de la notion d’égalité. Commission ontarienne des droits de la personne c. Études et Documents de recherche sur les droits et libertés (Cowansville.

C. 2.A. pp. 269. Morel c. [1994] 2 R.D. 391 (C.Q. 5. 624 [services médicaux devant être accompagnés d’une traduction en langue des signes à l’intention des personnes sourdes].J.R. Bergevin. mise de l’avant par la Cour dans Simpsons-Sears. Voir : Commission des droits de la personne du Québec c. la Cour suprême dira que l’obligation d’accommodement fait « partie intégrante du droit à l’égalité ». Sur la raisonnabilité telle qu’elle s’incarne dans la notion de contrainte excessive.S. Commission scolaire MargueriteBourgeoys. [2007] 2 C.) 7.J. 256.). L’octroi de congés religieux 2 et la modification des tâches d’une personne handicapée3 sont des exemples type d’accommodements. 3.A. “Listening to Deaf Culture : A Reconceptualization of Difference Analysis under Title VII”.Q. [2006] 2 R. certains courants considèrent cependant le refus d’assurer des services d’un interprète en langue des signes comme une forme de discrimination fondée sur la langue.R. Centre de la communauté sourde du Montréal métropolitain c. Association des sourds du Canada c. (1997) 28 C.C. 525 [Bergevin]. Eldridge c.com/ . 6. d’où l’inutilité de lui chercher un fondement explicite dans les textes législatifs. voir : Christian Brunelle.L. [1996] R.C. les municipalités7 et d’autres services publics8 seront donc tenus 1.Q. (1996) 13 Hofstra Labor L. précité. Régie du logement.P. Les employeurs. 1776 (T. Canada. 248-252. 8. D/76 (T. Collège Notre-Dame du SacréCœur. [1987] D. 5 (C.S. les établissements de santé5. Emballages Polystar. 323 [accès 106 http://fribok. les tribunaux6.) .).D.le sens de la liberté « raisonnables1 ».P.J. L’accommodement des personnes sourdes est généralement conceptualisé comme fondé sur le handicap. 4. 2001).F. Par exemple : arrêt Bergevin. [2002] R. Colombie-Britannique (Procureur général).S. Discrimination et obligation d’accommodement raisonnable en milieu de travail syndiqué (Cowansville. les établissements scolaires publics et privés4. Dans Commission scolaire régionale de Chambly c. Multani c. [1997] 3 R. Au sein de la « communauté sourde ». Corporation de Saint-Sylvestre. Cette façon de voir les choses nous ramène peut-être alors sur le terrain de la différence culturelle.H. Voir : Mary Ellen Maatman.blogspot. Commission des droits de la personne c. Yvon Blais.

Voir : Jean-Yves Brière et Jean-Pierre Villaggi. l’accommodement tend à prendre une dimension moins réactive ou. 69). 868. au milieu des années quatre-vingt3.com/ . 19 [Grismer] .pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle d’accommoder les citoyens qui font appel à leurs services et. dans l’affaire Alberta c. ColombieBritannique (Council of Human Rights).C. dans les faits.S. Yvon Blais. 3. dans les affaires Meiorin et Grismer. en statuant que cette obligation ne s’applique pas à l’action du législateur : « [d]e par leur nature. dans la formulation même de leurs normes 1. Noter toutefois que. En influençant la conception même des normes institutionnelles. [1999] 3 R. 2000). Colombie-Britannique (Superintendent of Motor Vehicles) c. Sous peine de devenir l’objet de plaintes de discrimination. le cas échéant. 3 [Meiorin]. le 24 juillet 2009. [1999] 3 R. « L’obligation d’accommodement de l’employeur : un nouveau paradigme ». p. les institutions doivent ainsi adapter d’avance leurs normes et leurs pratiques.blogspot. Colombie-Britannique (Public Service Employee Relations Commission) c. une portée collective qui révèle l’ampleur prise par cette obligation en droit canadien depuis son émergence. Sur l’évolution de l’obligation d’accommodement raisonnable en droit canadien : Pierre Bosset. Hutterian Brethren of Wilson Colony. et non plus seulement correctrice.C. Bien que cet accommodement consiste généralement à déroger à une règle ou norme générale sur une base ad hoc. 2. les membres de leur personnel. par. « Les fondements juridiques et l’évolution de 107 http://fribok. BCGSEU. la Cour suprême imposera aux institutions l’obligation de tenir compte de la situation des groupes touchés et ce. si l’on préfère. dans Développements récents en droit du travail (2000) (Cowansville. plus structurante2 : désormais préventive et même proactive. aux services gouvernementaux]. 2009 CSC 37. l’obligation d’accommodement acquiert ici. les mesures législatives d’application générale ne sont pas adaptées aux besoins particuliers de chacun » (au par. 219.S. de manière à en éliminer l’impact discriminatoire. la Cour suprême a sensiblement réduit le champ d’application de l’obligation d’accommodement raisonnable. 1. jugées en 2001.

blogspot. 1995). puis comme élément d’une solution dont la raison d’être demeure. Le Conseil.).le sens de la liberté L’accommodement raisonnable est souvent critiqué pour cette dimension collective des solutions qu’il induit. 319-373. compromettant ainsi leur droit à l’instruction publique. pp. Jézéquel (dir.com/ . Les accommodements raisonnables – Quoi. comme une manière de comprendre le phénomène de la discrimination (via la notion de discrimination indirecte). empruntant plutôt le vocabulaire juridique de l’égalité et de la discrimination. Le pluralisme religieux au Québec (Montréal. dont celle d’offrir à l’ensemble des 108 http://fribok. dans M. Dans ce dernier texte. jusqu’où ? (Cowansville. La Commission. D. la pleine participation des personnes à la vie sociale. en raison de son mandat éducatif. la logique de l’accommodement est que des normes peu sensibles aux particularismes culturels peuvent avoir un effet d’exclusion sur les membres de certains groupes. il a été tenu compte du risque que son interdiction se traduise par le refoulement des principales intéressées hors du réseau public d’enseignement. par exemple. 2007). Pour une comparaison entre le concept d’accommodement en droit canadien et en droit américain (où la portée de l’accommodement est plus limitée) : Emmanuelle Bribosia. L’accommodement raisonnable est compatible avec l’obligation d’accommodement raisonnable ». trim. 1. la prise en compte des particularismes intervient d’abord. des responsabilités sociales majeures. comment. la Commission s’exprime ainsi : « l’école porte. 3-21. en effet. droit reconnu par la Charte québécoise des droits et libertés : Conseil du statut de la femme. S’agissant du port du hidjab à l’école publique. compromettant ainsi leurs chances d’intégration à la société1. Yvon Blais. en principe. Dans la logique de l’accommodement raisonnable. 1995) . mais la perspective qui le sous-tend se veut résolument universaliste. Bien que les décisions de justice se réfèrent rarement de manière explicite à de telles considérations. Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Réflexion sur la question du port du voile à l’école (Québec.H. Julie Ringelheim et Isabelle Rorive. « Aménager la diversité : le droit de l’égalité face à la pluralité religieuse ». (2009) 78 Rev.

109 http://fribok. Le droit en partage : le monde juridique face à la diversité ethnoculturelle (Montréal. 2003).com/ . 2. 1996). 228. Noreau. 13). Thémis. Gagnon. dans la mesure où il fournit un forum où la citoyenneté de chacun peut être exercée démocratiquement. M. limitée. José Woehrling. particulièrement aux pp. Thémis. notamment par Pierre Noreau. L’auteur était président de la Commission des droits de la personne du Québec. citoyenneté et éducation (Paris. « Égalité et pluralisme dans les institutions publiques : le rôle de la Commission des droits de la personne ». ce qui continue de s’inscrire dans un paradigme universaliste. illusoire ? (Montréal. par le même auteur. 3. À l’encontre de cette perspective axée sur la « participation des particuliers et des groupes dans la société » (pour reprendre les jeunes qui lui sont confiés des chances égales de réalisation de soi et de réussite » (à la p. rationalistes et séculières de la société libérale3 ». Pour une analyse plus élaborée. Soulignons que le fait de recourir à la notion d’accommodement raisonnable peut être. « L’obligation d’accommodement raisonnable et l’adaptation de la société à la diversité religieuse ».). McAndrew et M. pp.). p. susceptible de remplir une fonction intégratrice . suivant des règles reconnues de tous2. 323-359. l’hypothèse a été émise. à l’obligation d’accommodement raisonnable. Pluralisme. Pierre Noreau. 1. en soi.Une citoyenneté fragmentée.D. 27-113. Coutu et al. « Le droit comme vecteur politique de la citoyenneté ». En recourant aux chartes des droits et. (dir. Yves Lafontaine. L’Harmattan. 2000). Pagé (dir. du rapport des groupes minoritaires au droit : P. les membres de groupes minoritaires seraient peut-être ainsi amenés à « intérioriser progressivement les valeurs individualistes. que le recours aux concepts juridiques et à l’appareil judiciaire était de nature à favoriser l’intégration et la participation politiques des membres de groupes minoritaires. à la p. Droits fondamentaux et citoyenneté .blogspot. en particulier. McGill 325. 401. dans M.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle une « éthique de responsabilité1 » qui tient compte de ce rôle intégratif joué par les institutions. dans F. (1998) 43 R.

à ne pas avoir de pratiques condamnées 1. une telle tendance commençait à se faire jour dans l’arrêt Caldwell. 2. 603. La Cour avait alors invoqué la nature du projet éducatif de cette école confessionnelle. où les identités culturelles particulières semblent devenir des fins en elles-mêmes.S.le sens de la liberté termes de l’arrêt Big M Drug Mart). (à la p. 608). 279. contrevenant ainsi aux règles de l’Église catholique1. 110 http://fribok. ce qui entraîne parfois la nécessité d’exclure sur une base discriminatoire : Brossard (Ville) c. Stuart. où l’on demandait aux enseignants de donner « l’exemple le plus parfait de conduite chrétienne2 ». témoignant ainsi du message chrétien non seulement dans leur travail. programme qui comportait un engagement. on note toutefois l’existence d’une autre jurisprudence. En autorisant ce type d’institution à se poser en juges du comportement privé de leurs employés. mais jusque dans leur vie personnelle.C. la Cour confirmera que l’objet de ces dispositions législatives. de la part de l’étudiant. qui autorisent certaines institutions sans but lucratif à avoir des pratiques a priori discriminatoires. jugé sous l’empire d’une loi antidiscriminatoire provinciale. est de favoriser la liberté des individus de s’associer afin de poursuivre des fins communes. Caldwell c.C. Ibid. [1988] 2 R. contredisant ainsi les paradigmes universalistes. Québec (Commission des droits de la personne). peu compatible avec la sphère d’autonomie personnelle qu’un paradigme libéral reconnaîtrait en principe aux individus3. ce jugement imposait aux individus un standard de comportement personnel fort exigeant. La Cour forcera alors l’État à accréditer un programme d’enseignement supérieur pour futurs enseignants mis sur pied par une université affiliée à une église chrétienne. 3.com/ . la Cour continuera de s’inscrire dans la même mouvance. Plus tard. Dans l’affaire Université Trinity Western (2001). où la Cour suprême avait avalisé le non-renouvellement du contrat d’une enseignante catholique qui venait d’épouser civilement un divorcé. [1984] 2 R. À la fin des années quatre-vingt.blogspot.S.

dans l’affaire Trinity Western. si ce n’est pour dire que. la question posée à la Cour était de savoir si l’État. 111 http://fribok. Ibid. subjectives. préoccupations qui peuvent être partagées par la société en général1 ».S. de concilier une telle approche avec les arrêts portant sur la délimitation du champ de la liberté religieuse. 35). Elle donnera la priorité à la volonté de l’établissement d’assurer que son programme d’enseignement reflète une vision chrétienne du monde. L’arrêt n’aborde pas de manière véritablement satisfaisante les droits et libertés des étudiants inscrits à ce programme. En droit administratif. 3. et notamment des activités homosexuelles. La Cour décrira le problème de fond comme étant de « concilier les libertés religieuses d’individus qui souhaitent fréquenter l’UTW avec les préoccupations d’égalité des élèves du système scolaire public […]. British Columbia College of Teachers.com/ . Cette dernière jurisprudence laisse entrevoir un paradigme communautaire qui n’ose pas dire son nom. Il paraît difficile.blogspot. 36-37). « [q]uoique les homosexuels puissent être dissuadés de fréquenter l’UTW […]. la possibilité d’une dissidence interne au sein des religions n’est pas reconnue. Ibid. en appliquant le critère de l’intérêt public prévu par la loi pour l’accréditation d’un programme d’enseignement supérieur. Dans les arrêts dont nous venons de faire état.C. Par exemple. (aux par. arrêts où prévaut une approche individualiste et libérale. peu de cas est fait de la possibilité qu’un étudiant 1. 28). 2. en effet. très ouverte aux interprétations personnelles. de la religion.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle par la Bible. (au par. ce qui tend à réifier les doctrines religieuses officielles. 772 (au par. pouvait tenir compte des pratiques discriminatoires de l’établissement. l’essentiel étant selon elle que les comportements ultérieurs des enseignants formés dans ce programme demeurent respectueux des droits de leurs élèves2. Université Trinity Western c. [2001] 1 R. cela ne les empêchera pas de devenir enseignants3 ».

Sébastien Lebel-Grenier. 6) comme le fait de donner aux individus la liberté de choisir leurs identités et de mener les vies qu’ils tiennent à avoir. appartenance citoyenne : un équilibre en tension (Sainte-Foy. Economica. La liberté culturelle y est définie (à la p.blogspot. Au delà de la surreprésentation du facteur religieux dans toute cette jurisprudence. 112 http://fribok. l’interprétation subjective de la religion elle-même n’est pas sans risques – au premier chef. Presses de l’Université Laval. 2009). 2. dans P. 123-139. p. Eid et al. Certes.le sens de la liberté adhère aux enseignements du christianisme sans nécessairement partager les éléments qui ont trait à la morale sexuelle . d’éducation ou de santé. cette relation entre l’individu et sa ou ses communautés d’appartenance : nous y voyons le reflet d’une incapacité plus large à penser la liberté telle qu’elle se déploie au sein d’une société multiculturelle. la détermination du sens de la liberté dans une société multiculturelle reste ainsi. « La religion comme véhicule d’affirmation identitaire : un défi à la logique des droits fondamentaux ». dans ses dimensions aussi bien individuelles que collectives. autrement qu’en termes de subordination. il faut bien constater ici la difficulté qu’éprouve le droit à penser. intitulé La liberté culturelle dans un monde diversifié (Paris. 2004). ou du moins en retrait. celui de voir la religion instrumentalisée à des fins politiques1 – mais la possibilité pour l’individu de s’autodéterminer au sein de ses groupes d’appartenance. la doctrine religieuse est prise comme un donné devant lequel il faut. sans être exclus d’autres choix qui sont importants à leurs yeux. 2006). Voir en ce sens les thèses sur la liberté culturelle. reste l’un des enjeux essentiels du débat sur la liberté dans une société multiculturelle2.com/ . une œuvre inachevée. à nos yeux. 1. notamment en matière d’emploi. de se définir si nécessaire en opposition à eux. Norton. Ces thèses sont reprises dans le Rapport mondial 2004 sur le développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). développées par Amartya Sen : Identity and Violence : The Illusion of Destiny (New York.. soit se soumettre. Appartenances religieuses. En dépit d’une abondante jurisprudence et d’une variété de paradigmes au moyen desquels le droit tente d’appréhender cette question. soit se démettre.

notamment dans le rééquilibrage des rapports sociaux. au sein desquelles l’État occupe évidemment une place centrale.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle Conclusion La concurrence des paradigmes qui président à la détermination du sens de la liberté illustre bien la difficulté d’une entreprise qui. Les paradigmes auxquels le droit a recours témoignent de cette difficile recherche. N. tenant compte de l’indivisibilité et de l’interdépendance des droits1. de la société et des institutions. que dans le cadre d’une conception donnée de l’être humain. dans l’absolu. se trouve l’idée suivant laquelle « non seulement universalité et diversité ne s’opposent pas. 113 http://fribok. équivaut probablement à vouloir résoudre le problème de la quadrature du cercle : la liberté n’a de « sens ». 1993). mais se nourrissent 1. dans une vision globale des droits fondamentaux. Le droit doit nécessairement se situer par rapport à ces enjeux. Indivisibilité et interdépendance des droits sont des principes cardinaux de la théorie moderne des droits : Conférence mondiale sur les droits de l’homme (Vienne. une notion qui permettrait peutêtre d’intégrer ces divers paradigmes dans une relation moins conflictuelle .. car il n’est autre qu’une construction humaine et politique.com/ .157/323 (au par. en fait. Nous souhaiterions esquisser ici les contours de que serait une réflexion juridique sur le « sens de la liberté » qui serait informée par la notion de droits culturels. si l’on préfère. Les droits culturels pourraient bien. Doc.blogspot.U. Déclaration finale. tend alors à se superposer un paradigme communautaire dont les conséquences concrètes peuvent se révéler difficilement conciliable avec les idéaux universalistes. 5). que le caractère multiculturel de nos sociétés rend d’autant plus ardue qu’aux paradigmes universalistes traditionnels (libéral et social). servir de concept intégrateur dans une réflexion sur le sens de la liberté dans une société multiculturelle. A/CONF. Au centre des droits culturels. en effet. ou.

Pour saisir la nature de ces droits. Les droits culturels.U. Dans cette catégorie-carrefour. 1.-U. Merci à l’auteur pour la permission de reproduire ce court extrait du manuscrit. 10) .U. 13 à 15) . une relation à la fois harmonieuse et dynamique entre les droits de l’individu et les droits des communautés2. A/RES/44/25 (1989) (art. proprement culturels. Les droits culturels comportent diverses exigences.com/ . sociaux et culturels : la Charte québécoise des droits et libertés en chantier [en préparation].N. dans P. Par « droits culturels ». art. permettant alors de construire. Donner droits de cité aux droits économiques. Jean-Bernard Marie. Doc. la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale. p.). VIIIe Colloque interdisciplinaire sur les droits de l’homme (Presses de l’Université de Fribourg. 5 . Patrice Meyer-Bisch. 1-3 . [1991]).T. 28-30) . « Les droits culturels : interface entre les droits de l’individu et les droits des communautés ». dans P. N. le Pacte international relatif aux droits économiques. Les droits culturels ont pour point de départ la complémentarité entre les valeurs de liberté. 660 (art. 199. politiques. 3. (1976) 993 R.N. 1249 (art. sociaux et.-U.-U. 13 (art.T. Doc. A/RES/45/158 (1990) 114 http://fribok. N. Bosset et L. il faut se référer à un ensemble de textes graduellement élaborés au sein de la communauté internationale3.U. la Convention relative aux droits de l’enfant.N. « Les droits culturels ou le renforcement des capacités personnelles ». en particulier : la Déclaration universelle des droits de l’homme.le sens de la liberté l’une. d’égalité et de diversité. l’autre1 ». 17 . on entend un faisceau de droits ayant la culture pour objet. Lamarche (dir. 1-2 . pour reprendre les termes de Jean-Bernard Marie. rassemblant les dimensions individuelles et collectives des droits. 5) . la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille. ils tiennent compte de l’indivision de la condition humaine.T. (1979) R. Ils sont à certains égards la clé de voûte du système des droits de la personne car. convergent droits civils. 27 . Meyer-Bisch (dir. une catégorie sous-développée des droits de l’homme. (1970) R. N.blogspot. la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.). A/810 (1948). sociaux et culturels. bien entendu. Doc. Voir. 2.

droitsfondamentaux. 2002).org]. la Convention relative aux droits des personnes handicapées. p. 115 http://fribok. ou d’employer leur propre langue. religieuses ou être privées du droit d’avoir. Chapman et S. Intersentia. Pour nous en tenir à la problématique de la liberté dans une société multiculturelle. lesquelles doivent ici être vues comme complémentaires2. 17. Hansen. Core Obligations : Building a Framework for Economic.). Pour un survol de la plupart de ces textes : Jean Dhommeaux. L’article 27 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques illustre la dimension identitaire des droits culturels : Dans les États où il existe des minorités ethniques. Voir : Stephen A. bien qu’elles soient fondamentales1. Agence intergouvernementale de la Francophonie. Diversité et droits culturels (Paris. (2008-2009) 7 Droits fondamentaux [en ligne : www. 112. 24.com/ . mais (art. N. Par exemple. dans (Coll. 31) . « Culture et droits culturels dans les instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme ».U. A/61/611 (2006) (art. insistons par contre sur le fait que les droits culturels comprennent également des exigences de liberté et d’identité. N. dans A. linguistiques.). en commun avec les autres membres de leur propre religion.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle notamment des exigences d’accès et de participation à la vie culturelle auxquelles il n’est pas nécessaire de nous attarder ici. Doc. Social and Cultural Rights (Anvers. leur propre vie culturelle.blogspot. les personnes appartenant à ces minorités ne peuvent leur groupe. “The Right to Take Part in Cultural Life : Toward Defining Minimum Core Obligations”.U. 3. L’exigence identitaire fait appel à la relation entre l’individu et sa ou ses communautés d’appartenance. Canada. voir : Lovelace c. « Ce que déclarer des droits culturels veut dire ». 2002). 30). 1. constatations du Comité des droits de l’homme des Nations Unies en vertu de l’article 5(4) du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (Doc. de professer et de pratiquer Les droits consacrés à l’article 27 sont consacrés à titre de droits individuels et peuvent être revendiqués à ce titre3. 2. Mylène Bidault. Russell (dir.

Ce concept renvoie à l’idée selon laquelle un droit fondamental possède nécessairement une dimension culturelle à respecter. Doc. À titre d’exemple. auquel se réfèrent de plus en plus fréquemment les instances de l’ONU compétentes dans le domaine des droits de la personne1. CCPR/C/CAN/CO/5. ce qui est compatible avec une vision sociale de la liberté. sociaux et culturels des Nations Unies s’exprime ainsi : « Respect du milieu culturel. l’exigence identitaire vise donc à situer les droits culturels dans la perspective de l’être humain vivant « ici et maintenant ». il faut veiller à ce que les dimensions culturelles du logement ne soient pas sacrifiées.U. N.le sens de la liberté leur respect dépend également de la mesure dans laquelle le groupe minoritaire parvient à maintenir sa culture. nous semble-t-il. cette exigence n’est pas exempte de dangers : le moindre n’est pas celui de voir CCPR/C/13/D/24/1977 (1981). sa langue ou sa religion. parfois. dans une observation générale consacrée au droit au logement (Doc. Il pourra en découler l’obligation de tenir compte des particularismes collectifs. les États doivent ainsi. L’architecture. 10 [mesures à prendre par le Canada pour assurer la préservation des langues autochtones]. Dans les activités de construction ou de modernisation de logements.12/1992/23) le Comité des droits économiques. notamment dans l’élaboration des politiques publiques . 28 octobre 2005. prendre des mesures positives pour protéger l’identité des minorités2. N.blogspot.com/ . À titre d’illustration : Examen des rapports présentés par les États parties en vertu de l’article 40 du Pacte – Observations finales du Comité des droits de l’homme (Canada). En revanche.U. 116 http://fribok. malgré la formulation apparemment peu contraignante de l’article 27 pour les pouvoirs publics. Il n’est pas douteux que. les matériaux de construction utilisés et les politiques en la matière doivent permettre d’exprimer convenablement l’identité culturelle et la diversité dans le logement. le concept d’adéquation ou d’acceptabilité culturelle. E/C. Nourrie des apports des sciences sociales. » 2. 1. c’est en ce sens qu’il faut comprendre. par.

117 http://fribok. Sur cette fluidité : Elsa Stamopoulou. Cette faculté de choix individuel apporte un contrepoids qui nous paraît nécessaire à la dimension identitaire des droits culturels. Juridiquement parlant. en quelque sorte. Tel est le sens qu’ont retenu les auteurs de la Déclaration de Fribourg sur les droits culturels. conflict and change are part of culture”).blogspot. une catégorie « sous-développée4 » de droits de 1. La partition des cultures : droits culturels et droits de l’homme (Presses universitaires de Strasbourg. tout en respectant le caractère fluide de la culture elle-même3. précitée (art. 107-112 (“Culture is about human relations and thus constant cross-influencing. 4). Vincent (dir. les droits culturels restent. selon nous. « Les libertés culturelles. il faut donc rappeler que si l’exigence de liberté culturelle a un sens. op. Cultural Rights in International Law : Article 27 of the Universal Declaration of Human Rights and Beyond (Boston. Elle fournit. il est vrai. 2. 2008). pp. sociale et identitaire de la liberté. Pour un argument en ce sens : Patrice Meyer-Bisch. 3. Au final. indélébile. elle doit comprendre également celle pour l’individu de se réclamer d’une ou plusieurs communautés culturelles et de modifier ce choix. moins comme un dépassement du libéralisme que comme un accomplissement. une catégorie sous-développée des droits de l’homme. Pour une présentation globale de la thématique du « sousdéveloppement » des droits culturels.). peut-être2.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle l’individu en faire les frais. dépassement ou accomplissement du libéralisme ? ». dans laquelle ce droit a été explicitement consacré1. Les droits culturels. cross-fertilization. 349-370. Face à la tentation de réduire l’individu à une appartenance première et. la notion de droits culturels nous paraît intégrer de manière harmonieuse et globale les dimensions personnelle. un outil conceptuel fort utile et précieux pour donner un sens à la liberté dans une société multiculturelle. comme nous avons pu le pressentir en abordant le paradigme communautaire qui semble percer à travers certaines décisions de la Cour suprême du Canada. dans G. Déclaration de Fribourg. voir : Patrice Meyer-Bisch (dir.com/ . 2007). pp. Martinus Nijhoff. Ceux-ci peuvent alors apparaître. 4.).

cit. texte par ailleurs progressiste. 1995). coll. 85 (n. n’accorderont souvent qu’une attention limitée aux droits culturels 3. alors considérés comme un simple appendice des droits économiques et sociaux. 3]. “To date. Martinus Nijhoff. “Cultural Rights as Individual Human Rights“.com/ . 29). Pauvreté doctrinale qui. Eide. p. Krause et A. Hennebel (dir. 229. se répercutera sur les institutions publiques qui sont chargées de promouvoir et protéger les droits et libertés : dans l’exercice de leurs responsabilités. Social and Cultural Rights : A Textbook (Dordrecht. Economic. par exemple.. soit ils y consacrent une portion très faible. ou ils les considèrent comme des droits essentiellement collectifs2 ». inévitablement. à la p. Bruylant. entre autres.org/ IMG/pdf/Declaration_de_Montreal. la Synthèse des travaux du 1er Congrès de l’Association francophone des commissions nationales pour les droits de l’homme.). soit ils traitent de l’interculturalité en général. dans A. p. Dans le même sens : Asbjørn Eide. 118 http://fribok. tenu à Montréal du 29 septembre au 1er octobre 2005 : « [N]ous avons constaté [dans l’action de nos institutions] le statut de parents pauvres qu’occupent les droits culturels au sein de la catégorie plus large des droits économiques.pdf.le sens de la liberté la personne. Il arrivera même que la facture des textes juridiques protégeant les droits et libertés reflète le sous-développement des droits culturels. cultural rights seem to be among the least understood and developed of all human rights both conceptually and legally” : Stephen A. Bribosia et L. « Méthodologie pour une présentation systémique des droits humains ». 1.francophonie. sociaux et culturels » [en ligne : http ://democratie. Meyer-Bisch. « Penser le droit » (Bruxelles. C. les commissions des droits de la personne. op.blogspot. 3. 2004). 2. Rosas (dir. P. dans : E. 281.). Les travaux de Meyer-Bisch sont largement consacrés aux droits culturels comme « pierre angulaire » du système des droits humains. mais non des droits culturels spécifiques. C’est. le cas de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. L’indigence de la réflexion juridique sur ce point a souvent été déplorée1 : « soit les manuels oublient cette catégorie. Hansen. cit. Classer les droits de l’homme. à la p. V.

comme si la culture était une simple sous-catégorie du social1. seul droit ayant la culture pour objet.com/ . tout en figurant dans un chapitre intitulé de manière générique « Droits économiques et sociaux ». ayant à écrire le nom de la liberté sur le tableau noir du droit.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle où le droit au maintien et au développement de la vie culturelle. 81-107. Yvon Blais.-R.). Pierre bosset département des sciences juridiques Université du Québec à Montréal  1. 119 http://fribok. p. 2007). n’a été reconnu qu’aux seules minorités ethniques. Le champ est donc libre pour les juristes qui. voudront le faire en ayant à l’esprit la notion de droits culturels. dans A. « Être nulle part et partout à la fois : réflexion sur la place des droits culturels dans la Charte des droits et libertés de la personne ». Nadeau (dir. La Charte québécoise : origine.blogspot. Voir : Pierre Bosset. enjeux et perspectives (Cowansville.

com/ .liBerTé eT inSTiTuTionS déMoCrATiQueS http://fribok.blogspot.

Le lien entre libertés fondamentales et régime démocratique se traduit dans la Convention européenne des droits de l’homme de plusieurs manières. d’autre part. Faute de temps. Pour ma part. l’indépendance des tribunaux et la clause « dans une société démocratique » qui figure notamment au § 2 des articles 8 à 11. de manière délibérée. d’une part.Le Point de vUe dU jUge  es liens qu’entretiennent les institutions démocratiques et la liberté sont nombreux et variés. j’ai choisi de mettre l’accent sur trois points : le principe de la légalité . Dans le bref laps de temps qui m’est imparti. j’aimerais d’abord relever que l’article 3 du Statut du Conseil de l’Europe fixe comme but de cette organisation le respect de l’État de droit. Une référence expresse à la démocratie figure ensuite dans le Préambule de la Convention européenne des droits de l’homme. son considérant quatre réaffirme-t-il le profond attachement des États-membres « aux libertés fondamentales qui constituent les assises-mêmes de la justice et de la paix dans le monde et dont le maintien repose essentiellement sur un régime véritablement démocratique.com/ L . Ainsi. omis de traiter 123 http://fribok.blogspot. j’ai. des droits de l’homme et de la démocratie. en ma qualité de juge à la Cour européenne des droits de l’homme. sur une conception commune et un commun respect des droits de l’homme dont ils se réclament ». et.

b) Le lien entre la notion de loi et le principe démocratique est évident. par un tribunal indépendant et impartial. 1. à l’ article 5 (« nul ne peut être privé de sa liberté. de la santé ou de la morale publiques. et sont nécessaires dans une société démocratique à la sécurité publique. l’exigence de la légalité contribue efficacement au renforcement de la légitimité des actes étatiques. Comme on peut le constater. publiquement et dans un délai raisonnable.le sens de la liberté de la jurisprudence relative à l’article 3 du Protocole additionnel n° 1. On les retrouve à l’article 2 § 1 (« le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi ») et § 2 c (« la mort n’est pas considérée comme infligée en violation de cet article dans les cas où elle résulterait d’un recours à la force rendu absolument nécessaire pour réprimer. Toute l’activité étatique. conformément à la loi. la liberté d’expression. Le principe de la légalité s’adresse principalement 124 http://fribok. votée par les représentants du peuple. doit pouvoir être ramenée à la loi. à la protection de l’ordre. à l’article 6 § 1 (« toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement.com/ . ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ou la liberté de réunion et d’association. établi par la loi ») et § 2 (« toute personne accusée d’une infraction est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie »). dans ses diverses formes et manifestations. Grâce à cette finalité. Les articles 8 à 11 prévoient de leur côté que les libertés qui y sont consacrées peuvent subir des restrictions lorsque celles-ci sont prévues par la loi.blogspot. une émeute ou une insurrection ») . le rôle de la loi et du principe de la légalité dans le système de la Convention européenne des droits de l’homme a) Dans la Convention elle-même les références à la notion de loi sont multiples. la loi vient donc encadrer l’exercice des libertés idéales que sont la liberté de religion. sauf dans les cas suivants et selon les lois légales ») .

Cette première condition exige normalement que la loi soit publiée. elle doit remplir un certain nombre de conditions. Il vise également à éviter des inégalités de traitement. lorsque les destinataires de la loi sont peu nombreux (par exemple les personnes détenues dans une prison).blogspot. en prévoyant que la loi doit être claire et précise. dans ce sens qu’elle est définie par la Cour. dès lors que la loi doit s’appliquer de la même manière à toutes les personnes se trouvant dans la même situation. La première est l’accessibilité. d) Face à la multiplicité des notions de loi existant dans les différents États membres du Conseil de l’Europe. le principe de la légalité favorise la sécurité juridique. toutefois. Mais il s’adresse aussi au législateur. qui veut que les citoyens puissent prendre connaissance de la loi. la Cour a très tôt dû donner sa propre définition de la notion de loi.com/ . Enfin. la publication peut se faire 125 http://fribok. et ne correspond pas nécessairement aux définitions qui sont données de cette notion dans les différents États parties à la Convention. Comme on peut le constater. c) La principale finalité du principe de la légalité consiste en ceci que le pouvoir exécutif et son administration ne peuvent prendre des décisions en dehors du cadre que leur prescrit le législateur. Le principe de la légalité tend également à protéger les justiciables contre l’arbitraire. Si elle n’était pas liée par la loi. il existe ainsi un lien étroit entre le principe de légalité et le principe de la séparation des pouvoirs.giorgio malinverni – le point de vue du juge aux pouvoirs qui menacent le plus les libertés. avant tout le pouvoir exécutif et l’administration. auxquels il incombe de respecter ces exigences. dans ce sens qu’il rend l’activité étatique prévisible et permet aux particuliers d’adapter leur comportement en conséquence. Pour qu’une loi corresponde aux exigences formulées par la Cour. Dans certains cas. Celle-ci est donc une notion autonome. l’administration échapperait en effet à tout contrôle. Le principe de la légalité s’adresse aussi aux juges.

Lorsque ces deux conditions sont remplies. Elle englobe à la fois les lois du parlement. Ainsi. C’est celle-ci qui doit par exemple prévoir les causes et la durée des peines privatives de liberté (articles 5 et 7 CEDH).com/ . s’accommoder d’exigences moins strictes. de prévoir les conséquences d’un acte déterminé. telles que les mesures privatives de liberté. elle doit définir 126 http://fribok. d’une qualité suffisante. selon la terminologie utilisée par la Cour. Comme on peut le constater.le sens de la liberté par voie d’affichage et pas nécessairement par voie de publication dans un document officiel. la Cour a affirmé que « lorsqu’il s’agit de questions touchant aux droits fondamentaux. La deuxième condition est la prévisibilité. l’un des principes fondamentaux d’une société démocratique consacrée par la Convention. la loi irait à l’encontre de la prééminence du droit. Les simples restrictions aux libertés peuvent. précise et transparente. sans toutefois laisser un pouvoir d’appréciation trop large à l’Exécutif. les ordonnances et les règlements du gouvernement. la notion de loi au sens de la Convention ne repose pas sur la distinction traditionnelle entre loi au sens formel et loi au sens matériel. en revanche. e) Ceci dit. le cas échéant avec l’aide d’un homme de loi. en d’autres termes qu’elle soit suffisamment claire. mais également les décrets. Le droit interne applicable doit être formulé avec suffisamment de précision pour permettre aux personnes concernées.blogspot. Les atteintes graves aux droits fondamentaux. si le pouvoir d’appréciation accordé à l’Exécutif ne connaissait pas de limites. la loi est revêtue. voire la jurisprudence et le droit non écrit. En conséquence. Cela signifie que la loi doit avoir une densité normative suffisante. la jurisprudence révèle qu’il existe différents degrés dans les exigences du principe de la légalité. devront normalement reposer sur une loi au sens formel. dans l’arrêt Hassan et Tchaouch du 26 octobre 2000.

giorgio malinverni – le point de vue du juge l’étendue et les modalités d’exercice d’un tel pouvoir avec une netteté suffisante. 36256/97. ne se limite pas à assurer certaines garanties dans une instance déjà pendante. consacré par l’article 6. b) La Cour a défini la notion de tribunal comme étant une autorité dont l’indépendance. du 7 mai 2002). 59498/00. Royaume-Uni. Les tribunaux ne doivent pas être institués ad hoc ou ad personam. L’exigence d’être jugé par un tribunal établi 127 http://fribok. mais il reconnaît d’abord le droit d’accéder aux tribunaux à toute personne désireuse d’introduire une action. notamment à l’égard de l’Exécutif. le rôle des tribunaux indépendants et impartiaux Le rôle des tribunaux dans une société démocratique ressort principalement de la lecture des articles 5 et 6 de la Convention. L’indépendance et l’impartialité des tribunaux sont donc le corollaire du principe de la séparation des pouvoirs. a) Le droit à un procès équitable. Cette garantie implique donc que les tribunaux soient indépendants à l’égard des parties et des autres pouvoirs de l’État. en particulier de l’Exécutif. ainsi que l’impartialité. 2.blogspot. c) L’indépendance vise à assurer la liberté d’esprit des juges. § 46). Il exige également qu’un jugement rendu par un tribunal indépendant et impartial soit exécuté dans un délai raisonnable (arrêt Bourdov c. » (§ 84). ainsi que leur composition.com/ . du 15 juin 2004. soient déterminées par des normes générales et abstraites. sont favorisées par des règles relatives au statut personnel de ses membres et à la procédure qu’elle doit suivre pour rendre ses décisions (arrêt Thompson c. d) Le droit à un procès équitable exige que l’organisation judiciaire soit fondée sur la loi et que la compétence des tribunaux. Le droit à un procès équitable proscrit donc d’abord le déni de justice (arrêt Golder du 21 février 1975). Russie.

le sens de la liberté

par la loi exclut donc les tribunaux d’exception, qui doivent être distingués des tribunaux spéciaux, qui sont normalement prévus par la loi. Souvent controversés, les tribunaux militaires ne sont fondamentalement pas remis en question. Chaque justiciable a le droit d’être jugé par le tribunal compétent rationae personae, loci, temporis et materiœ.

e) Le principe de la publicité des débats a pour but de permettre à l’opinion publique de vérifier que le procès se déroule de manière correcte, en ouvrant la salle d’audience au public et à la presse. L’importance de ce principe dans un État démocratique est telle qu’il est interdit d’y déroger, sauf pour des raisons impérieuses.

3. le rôle de la clause « nécessaire dans une société démocratique » dans la technique des restrictions aux libertés
a) Dans le système de la Convention, il convient d’abord de distinguer entre les droits qui ne sont susceptibles d’aucune restriction, et ceux qui peuvent être limités. Au nombre des droits qui ne peuvent d’aucune manière être restreints figurent par exemple les articles 3 (interdiction de la torture), 6 § 2 (principe de la présomption d’innocence) et 7 (pas de peine sans loi). Il s’agit de droits pour lesquels aucun intérêt public ne saurait justifier que l’on y apporte des restrictions. Ces droits sont parfois appelés droits absolus. Les autres droits (parfois appelés droits relatifs) peuvent être restreints selon deux techniques différentes : la première consiste en une liste énumérative et exhaustive des motifs de restriction. On retrouve ces techniques par exemple aux articles 4 et 5. La deuxième technique, que l’on retrouve au § 2 des articles 8 à 11, est celle d’une clause générale. Aux termes de cette clause, les libertés qui y sont consacrées ne peuvent être limitées que si elles reposent sur une base légale, poursuivent un but légitime, et sont nécessaires dans une société démocratique.
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giorgio malinverni – le point de vue du juge

b) La jurisprudence a précisé que dans l ’expression « nécessaire dans une société démocratique » l’adjectif nécessaire n’est pas synonyme d’indispensable, mais n’a pas non plus la souplesse de termes tels que « admissible », « normal », « utile », « raisonnable » ou « opportun ». La nécessité suppose en général l’existence d’un besoin social impérieux pour la restriction en cause (arrêt Handyside c. Royaume-Uni, 5493/72, du 7 décembre 1976, § 48). La question décisive qui se pose à la Cour lorsqu’elle examine si la condition de la nécessité est remplie est donc celle de savoir si l’ingérence étatique est proportionnée au but légitime poursuivi et si les motifs invoqués par l’autorité nationale pour la justifier apparaissent pertinents et suffisants. Le juge doit donc mettre en balance l’intérêt de l’État à protéger la sécurité nationale avec la gravité de l’atteinte à une liberté. c) La tâche du juge consiste donc à ménager un juste équilibre entre les exigences de l’intérêt général de la communauté et les impératifs de la sauvegarde des droits fondamentaux de l’individu. Ceci dit, la règle de la nécessité est interprétée plus ou moins strictement en fonction de plusieurs critères. Parmi ceux-ci figurent en particulier la gravité de l’atteinte à un droit fondamental, d’une part, et l’importance du droit garanti, d’autre part. Le juge doit se livrer à un examen de la question de savoir si une mesure portant moins gravement atteinte à la liberté en cause ne permettrait pas d’atteindre le même but. C’est ici qu’intervient la notion de la société démocratique, notion sur laquelle repose la Convention toute entière. Lors de l’examen du respect du principe de la nécessité, le juge doit donc avoir constamment à l’esprit les valeurs qui prévalent dans une société démocratique. La liberté d’expression, la liberté religieuse et la protection de la vie privée comptent par exemple au nombre des principes essentiels d’une société démocratique. La société démocratique constitue ainsi le
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le sens de la liberté

paramètre ultime permettant à la Cour de dire si une liberté a été violée ou non.

d) Dans cette démarche l’approche de la Cour se fonde sur deux grands principes: la marge d’appréciation des États, d’une part, et le contrôle européen qu’elle exerce elle-même, d’autre part. La théorie de la marge d’appréciation repose sur le principe de la subsidiarité du contrôle effectué par la Cour. Elle part de l’idée que, grâce à leur contact direct et constant avec les forces vives de leur pays, les autorités nationales sont mieux placées que le juge international pour se prononcer sur la nécessité d’une restriction. La marge d’appréciation des États varie cependant en fonction de plusieurs critères. D’abord, le droit en cause. La marge d’appréciation sera plus étroite pour les droits qui sont considérés par la jurisprudence comme des droits indispensables au bon fonctionnement des institutions démocratiques, comme par exemple la liberté d’expression. Elle sera en revanche plus large pour les droits de nature économique, comme la garantie de la propriété. Ensuite, la gravité de l’ingérence. Plus l’ingérence est importante, plus la marge d’appréciation des États s’amenuise. Le dernier critère est constitué par le consensus européen. Lorsque, dans un domaine donné, la majorité des États ne tolère pas certaines restrictions, ceux d’entre eux qui font exception seront plus facilement sanctionnés par la Cour que lorsqu’un tel consensus n’existe pas. La marge d’appréciation des États va toutefois de pair avec un contrôle européen exercé par la Cour. Celui-ci concerne la finalité de la mesure restrictive litigieuse et sa nécessité. Si l’État a dépassé sa marge d’appréciation, la Cour dira que l’ingérence ne correspond pas à un besoin social impérieux dans une société démocratique et elle conclura à une violation.
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giorgio malinverni – le point de vue du juge

Un arrêt récent de la Cour (arrêt Sergey Kuznetzov c. Russie, 10877/04, du 3 octobre 2008) résume bien cette problématique :
As regards the necessity test, the Court reiterates that the right of peaceful assembly enshrined in Article 11 is a fundamental right in a democratic society and, like the right to freedom of expression, of the second paragraph of Article 11, the only necessity capable of

one of the foundations of such a society. By virtue of the wording justifying an interference with the rights enshrined in that Article is Democratic People’s Party v. Moldova, no. 28793/02, §§ 62-63, ECHR

one that may claim to spring from “democratic society” (see Christian 2006-, and Djavit An, cited above, § 56). Accordingly, States must not

only safeguard the right to assemble peacefully but also refrain from the essential nature of freedom of assembly and its close relationship with democracy there must be convincing and compelling reasons to justify an interference with this right ... (§ 39).

applying unreasonable indirect restrictions upon that right. In view of

La Cour a poursuivi son raisonnement dans les termes suivants :
1. … In this connection the Court reiterates that any measures interfering with the freedom of assembly and expression other than in cases of incitement to violence or rejection of democratic principles

– however shocking and unacceptable certain views or words used may appear to the authorities – do a disservice to democracy and often even endanger it. In a democratic society based on the rule of proper opportunity of expression through the exercise of the right of assembly as well as by other lawful means … (§ 45).

law, the ideas which challenge the existing order must be afforded a

giorgio Malinverni juge à la cour européenne des droits de l’homme


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com/ .blogspot.liMiTeS de lA liBerTé http://fribok.

echr. 3ème édition. qu’il s’agisse des commentaires d’arrêts. la doctrine foisonnante. cités ici GACEDH 135 http://fribok. avec leur numéro de requête : http://www.blogspot. J. C’est assez dire qu’une délimitation de cette communication s’impose. Elle pourrait être dictée par l’intitulé retenu par les 1. J. se demande-t-on. Sudre. P. M. Les arrêts cités sont accessibles sur le site en ligne du Conseil de l’Europe et de la Cour. œuvres des spécialistes du droit de la Convention ou des contributions théoriques. A. de la doctrine et des juges. Levinet. Marguénaud.coe.com/ L . Gouttenoire.int/echr et dans Les Grands arrêts de la Cour européenne des droits de l’ homme.P. Mais qui sont vraiment aujourd’hui les gardiens du Temple. bien qu’à visée presque pédagogique. la jurisprudence plus qu’abondante . sous la direction de F. complexe et contreversé . au cœur d’une société européenne en mutation ? Le sujet est vaste. Adriantzimbazovina.reSTriCTionS PerMiSeS deS liBerTéS dAnS lA JuriSPrudenCe de lA Cour euroPéenne deS droiTS de l’HoMMe1  a question de l’ingérence des États contractants dans l’exercice des libertés garanties par la Convention européenne des droits de l ’homme et des libertés fondamentales (ici la Convention) et celle du contrôle juridictionnel de la Cour européenne des droits de l’homme (ici Cour européenne ou la Cour) sur les mesures nationales de restriction des libertés sont de tout temps au cœur des interrogations des politiques et des juristes. est pourtant largement redevable.U. 2005.F. à l’égard desquelles ce propos.

qu’un organe composé de dix sept juges et de trois suppléants. même si des incursions plus anciennes sont nécessaires2. Concurremment à cette extension potentielle du sujet. Caflish « il n’est pas sûr. Sudre. Qui plus est. enfin sous la mention des « libertés de l’action sociale et politique ». le professeur Frédéric Sudre étudie les libertés de la pensée1. du « droit à la liberté de réunion et d’association ». ou encore les droits de procédure. 2006. du « droit à la liberté de circulation » ou encore sous la rubrique « les libertés de la pensée » du « droit à l’instruction ». c’est sous la mention droits garantis tels le droit à la vie. Droit européen et international des droits de l’homme. F. Dès lors en doctrine. l’on s’autorisera à l’inverse un focus sur la jurisprudence récente de la Cour européenne des droits de l’homme. qu’un des meilleurs spécialistes du droit de la Convention. dispose de plus de savoir et de sagesse que les sept 136 http://fribok. devant la montagne de requêtes individuelles. PUF. notamment celle des arrêts de Grande Chambre. du reste. ensuite restrictions des libertés et non a priori celles des droits garantis. elles aussi permises par la Convention. 8ème édition. mais droits et libertés peuvent faire l’objet de l’ingérence autorisée de l’État. aujourd’hui assez nombreux. L’on est même d’autant plus fondé à inclure droits et libertés dans le sujet des restrictions permises.Il peut s’agir d’un désaississement de la Chambre face à une question délicate d’interprétation mais à condition qu’aucune des parties ne s’y oppose. du « droit à des élections libres ». 786p. dans la mesure où le même auteur sous la rubrique « les libertés de la personne physique » traite « du droit à la liberté et à la sûreté ». 1. la plupart désignés par le sort. selon L. La compétence contentieuse de la Grande Chambre est fondée sur les articles 30 et 43 de la Convention. « le mécanisme du renvoi est un luxe que la Cour ne peut se permettre ». Restrictions nationales d’abord et non dérogations pour des circonstances exceptionnelles.blogspot. le droit au respect de la vie privée et familiale.com/ .le sens de la liberté organisateurs du colloque. 2. Comme le note l’ancien juge Lucius Caflish. Il peut s’agir d’un renvoi par une partie dans les trois mois du prononcé de l’arrêt de chambre mais pour des « cas exceptionnels ».

2008. 35-46. et de suspicions de la part des politiques comme des juristes juges d’une chambre habitués à travailler ensemble ». de nommer l’autonomie nationale. il a paru utile de recenser d’abord les principaux aspects de cette problématique des restrictions nationales aux libertés. in L’État souverain dans le monde d’aujourd’hui. propos sur la Grande Chambre de la Cour de Strasbourg ». « Voyage autour de la Grande Chambre. Puissochet. à savoir la marge nationale d’appréciation en liaison avec la technique de proportionnalité (4). qu’elle interprète.-P. Mélanges en l’honneur de J. 137 http://fribok. p. de dénombrer ensuite les paramètres variables de cette autonomie de l’État (5). permises par la Convention et la Cour (I) avant de l’illustrer par quelques arrêts récents (II). Caflish. mais qu’ils dévoilent dans leurs opinions séparées et particulièrement dans les opinions dissidentes. pour tenter d’approcher la ratio decidendi de la Cour.blogspot.com/ . qui vont s’inscrire dans le cadre d’une combinaison dont les magistrats européens détiennent certainement l’alchimie. L. eux-mêmes évolutifs. l’étendue de cette autonomie de l’État contractant. Pedone. au moyen de plusieurs paramètres. autant d’interrogations épistémologiques sur la logique de gradation de son raisonnement (1). suscite depuis une dizaine d’années.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés La complexité du sujet se comprend dans la mesure où le regard se porte sur l’autonomie des États dans l’application qu’ils font de la Convention et sur le contrôle du juge européen. Or la Cour apprécie l’autonomie de l’État en principe in concreto et par définition a posteriori. voire même dans leurs travaux académiques pour certains. la problématique des restrictions permises Avant de rappeler les exigences conventionnelles auxquelles l’ingérence de l’État est soumise(3). il faut se demander pourquoi et comment la jurisprudence de la Cour européenne qui a certes toujours retenu l’attention en Europe et hors d’Europe. i. C’est pourquoi. La Cour en effet détermine par rapport aux exigences de la Convention – figurant au § 2 des articles –.

prolongée par un débat théorique dans la revue de science criminelle en 2006. Revue Trimestrielle des droits de l’homme. 2000. p. enjeu de savoir et de pouvoir. 138 http://fribok. Bruxelles. « Marge nationale d’appréciation et internationalisation : réflexions sur la validité formelle d’un droit commun pluraliste ». 2001/4. L’interprétation de la Convention européenne des droits de l’homme ? Bruxelles. vol 46. F. Ost. Delmas-Marty (dir.com/ . Lambert.D. ces deux auteures2 écrivaient-elles : 1. Ainsi dans leur étude de 2001.blogspot. Raisonner la raison d’État. voire parfois d’attaques virulentes dirigées contre les juges européens eux-mêmes. « La marge nationale d’appréciation. « La théorie de la marge d’appréciation dans la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme ». E. P. Bruylant. P. Une certaine marge d’appréciation. p. Wachsmann. 1989. 2. « Originalité des méthodes d’interprétation de la Cour européenne des droits de l’homme » in M. Bruylant. 405 .). 1) De la logique binaire à la logique de gradation ? La Cour européenne a-t-elle abandonné la logique binaire et opter pour une logique floue dite aussi de gradation.L. Picheral et A.le sens de la liberté (2). publiée notamment dans la revue de droit de McGill en 2001.Lavoisier. PUF. M. Éd. Delmas-Marty et M. McGill Law Journal. C. mais l’on doit aux professeures Mireille Delmas Marty et MarieLaure Izorge d’avoir initié une réflexion sur le rapport de la marge nationale avec l’internationalisation du droit et sur la validité formelle d’un droit commun pluraliste. préface de G. Sudre (dir). p. 1996 . Mélanges Pierre Lambert. encore que plus vraisemblablement. ou jeu de construction ? » Revue de science criminelle.L. p. « Marge nationale d’appréciation et contrôle de proportionnalité » in F. Malinverni. p. 923-954 ainsi que M. 1998. Unité et diversité : notions autonomes et marge d’appréciation des États dans la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme. Izorge. Olinga. 1995. 567 . 63 . elle combinerait les deux ? La notion de marge nationale d’appréciation a fait l’objet de nombreuses études dont certaines sont déjà anciennes1. Izorge. 1027. Kastanas.

Bruylant. 25-34. van de Kerchove.blogspot. M. Berger-Levrault. . La décision de compatibilité impose donc de situer la pratique en cause sur une échelle graduée et de fixer un seuil. Alors que la conformité va de pair avec l’exigence d’identité (c’est-à-dire l’exigence de pratiques nationales strictement conformes à la conduite prescrite par la norme internationale). Bruylant. 374p. 2002. p. théorie et pratique. F. Ce changement aurait du entraîner un surcroît de transparence dans la motivation des décisions et un surcroît de rigueur dans le raisonnement de la Cour. préface de J.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés Entre les deux termes de l’alternative obligation de conformité/ appréciation souveraine des États.com/ . 305 p. Bruxelles. la relativité. 1986. en somme le lot des ensembles complexes que sont les systèmes dans les sciences fondamentales comme dans les sciences humaines1. Dans l’ordre du droit communautaire européen et du droit de l’Union européenne. l’interaction. L’on retrouve là dans l’ordre de la réflexion juridique des thèmes à vocation interdisciplinaire comme l’incertitude. 587p. C’est la logique binaire classique à une logique de gradation évoquant les sous-ensembles flous. Bruxelles. La systématique des voies de droit 139 http://fribok.P Jacqué. Le système institutionnel et politique des Communautés européennes dans un monde en mutation. le pluralisme. . (p 183 et s). Paris. Labouz. P. janvier-mars 2006. la compatibilité repose sur une exigence de proximité (c’est-à-dire l’exigence de pratiques suffisamment proches de la norme internationale pour être compatibles). 350 p. Berrod. 2ème édition 1988. l’obligation de compatibilité. 1. Voir F.F. 506 p. De la pyramide au réseau ?. Or s’il est vrai que dans pourquoi la marge implique un changement de logique juridique. Soldatos. 2003. au sens le plus précis du terme. 1989 .. pour une théorie dialectique du droit. de son principe la marge d’appréciation « n’est plus guère contestée ». la marge nationale introduit une troisième formule. et Droit communautaire européen général. Ost et M. il semble bien que « la manière dont le juge européen en tient compte… ( ) demeure en revanche problématique. Le système communautaire européen. la rétroaction. Bruxelles. Publications des Facultés universitaires Saint-Louis.

de dessiner une 2) La Cour européenne. l’entretien accordé à la presse de Renate Jaeger. in GACEDH. http://www. Laudative. Royaume-Uni du 7/12/1976 relève précisément de la préservation des souverainetés et de la reconnaissance de l’aptitude des États à user au mieux des moyens qui leur sont propres pour appliquer la Convention 2. Kovar. E. L’arrêt de principe est rendu par la Cour dans l’affaire Handyside c. Paris. Le Seuil. est très contrastée. Paris. p. la doctrine s’attarde sur les vertus d’équilibriste de la Cour européenne pour préserver et enrichir le fonds de valeurs communes. Irlande du 9/10/1979. GACEDH p 70 2. 1990. Pour une critique négative de la jurisprudence de la Cour européenne par l’Allemagne. L’expression est de F. tantôt négative.are-org.. mais au risque alors par son « dynamisme interprétatif »4. en écho à l’affirmation répétée de la Cour selon laquelle les droits garantis sont vivants. p.de/are/?q=fr/node/ 390.le sens de la liberté À côté de cette critique de théorie du droit apaisée sinon apaisante.com/ . Dans l’ordre sociologique. juge à la Cour Constitutionnelle avant son entrée le 1/11/2004 à la Cour de Strasbourg. Arrêt Airey c. collection Points. 3. 1136 p.blogspot. Royaume-Uni du 7/12/1976.cit. La critique juridique plus technicienne. Sudre. Dalloz. 1-26. préface de R. objet de suspicion des politiques et des juristes communautaire. 158 p. tantôt laudative. Introduction à la pensée complexe. 230 et s 140 http://fribok. Morin. Pourtant la notion de marge nationale d’appréciation reconnue d’abord par la Commission européenne des droits de l’homme puis par la Cour dans l’arrêt Handyside c. « non pas théoriques ou illusoires mais concrets et effectifs »3. op. la critique acerbe des États s’élève contre des atteintes à la souveraineté nationale ou encore à certaines caractéristiques inhérentes à l’identité nationale ou plus simplement au principe de subsidiarité1. 2003. 1. 2005. p 18 4.

com/ . in L’intérêt général et le juge. La question fondamentale est alors de savoir si. dit-on. Paris. « refuse de dire expressément si le droit à la vie est applicable à l’enfant à naître ». l’analyse de P. France du 8/7/2004 ( G. p.C. Dalloz. Mais à l’inverse. 1. voire désavoue l’abdication de la Cour. J. Hilt. Comme l’écrit un ancien avocat général à la Cour de Cassation française. 698.. Pour une « totale approbation » de l’arrêt de Grande Chambre dans l’affaire Evans relative à la fécondation in vitro. Pour F. s’exposerait à un déni de justice. GACEDH p. op. à tout le moins de s’ériger en législateur2 bien que la Cour s’en défende. en contrôlant le caractère impérieux des motifs d’intérêt général d’une loi. bref qui risquerait. 2007. http://leuropedeslibertes. retranchée derrière la marge d’appréciation de l’État. J. 223. s’agissant du refus de la Cour de reconnaître un droit à l’enfant. Royaume-Uni du 7/3/2006. qui conteste cependant la 141 http://fribok. 95) et Evans c. cf.. Pologne du 22/6/2004. Marguénaud.fr/bilan/annexes/20061016/sainterose. il s’agit d’une « dérive de l’interprétation consensuelle » qui s’illustre dans les arrêts Vo c. 2.fr/article.P. s’illustre surtout dans les « arrêts pilote » de la Cour depuis l’arrêt de Grande Chambre Broniowski c. Cette constitutionnalisation rampante pour certains. refuserait de trancher. http://www.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés figure constitutionnelle contreversée1. sept-déc.Sudre. en l’absence de consensus européen.cit. avec l’indication à l’adresse de l’État partie de mesures de redressement de portée générale mais l’hypothèse est limitée aux affaires répétitives. la critique juridique dénonce de plus en plus la faiblesse du contrôle juridictionnel de ces restrictions aux droits et libertés. la Cour franchit le Rubicon qui sépare jugement in concreto et jugement in abstracto ».conseilconstitutionnel. qui. L’Europe des libertés.php?id_article=424. GA CEDH p.pdf 3. de devenir une chambre d’enregistrement des volontés étatiques. ne dénonce-t-on pas aussi l’arbitraire dont elle ferait preuve en s’engageant par trop dans certains de ses jugements3. La Cour européenne des droits de l’homme./…Le refus de juger in abstracto a une signification politique : le juge européen n’est pas un juge de la constitutionnalité des lois.ustrasbourg. 2005 p 52 . Négative.blogspot. affaires dans lesquelles la Cour. Sainte Rose « La Cour européenne des droits de l’homme peut-elle se substituer en dernier ressort au législateur national dans la détermination de l’intérêt général ?.

blogspot. à souhaiter pour quelque uns de voir dénoncée la Convention3 ! 3) L’ingérence de l’État permise sous conditions Comme on le sait la summa divisio de la Convention distingue les droits intangibles parce qu’absolus mais en nombre limité (les articles 2. devant la variabilité des solutions retenues par la Cour1.F Flauss.3 et 4 CEDH) exclus du champ de l’étude. retirant son consentement à l’implantation des embryons dans l’utérus de la requérante. notamment pour une même question de société lorsque l’identité de l’individu se trouve en jeu. la privant ainsi d’une maternité biologique. La critique des juristes s’exprime aussi au nom de la sécurité juridique défaillante. chronique précitée. J. s’interrogeant sur les jugements politiques et l’exercice d’un contrôle abstrait. 1. Flauss dans sa chronique de l’Actualité juridique de droit administratif de mai 2008 p 978 et comme il l’écrit « le constat statistique des divergences interpelle ». 3.. un gouvernement des juges européens2. au nom pour la Cour européenne de la très large marge d’appréciation du législateur britannique. traite des « ultra vires de la Cour ». La Cour européenne des droits de l’homme : une juridiction tyrannique ?. ou même pire encore. allant même pour beaucoup d’observateurs. Edelman. des rupture de l’équilibre entre l’intérêt de la requérante devenue stérile et celui de son ex compagnon. relayant alors la critique des politiques.F. De septembre 2007 à février 2008. en conformité avec l’article 8 qui incluse aussi bien le droit de devenir parent que celui de ne pas le devenir. 1946-1953 142 http://fribok. la Grande chambre a déjugé totalement la Chambre comme l’explique J. mai 2008 p 978 et s. Dalloz. 2008. dans 80% des cas (quatre espèces sur cinq).com/ . 2. B.le sens de la liberté nonobstant par ailleurs la présence classique dans la Convention d’une disposition sur « la limitation de l’usage des restrictions aux droits » qui induit logiquement la rigueur du contrôle (article 18). à travers « l’instrumentation des sources extérieures au service de l’arbitraire du juge européen ». privilégiant l’autonomie de la volonté. p. sur la base des divergences et/ou des incohérences de jurisprudence jusqu’à stigmatiser.

Il récuse vigoureusement dans son opinion dissidente le choix de la majorité de sanctionner le manquement à l’obligation positive de la Pologne. n’est pas partagé pour le moins par le juge Borrego Borrego.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés droits et libertés. la défense de l’ordre et la prévention du crime. Cependant le constat de violation de l’article 8 relatif à la protection de la vie privée.blogspot. celle de prévoir dans sa législation des recours effectifs en cas de désaccord entre le médecin et la patiente sur l’avortement thérapeutique. La nécessité s’apprécie selon la liberté en cause au regard des buts légitimes. l’intégrité territoriale (art 10 liberté d’expression) ou la sûreté publique. cit. Le défaut ou l’insuffisance d’une condition rend donc a priori l’ingérence de l’État non conforme à la Convention. La Cour a interprété largement l’exigence d’une ingérence législative. 209 qui note que le Comité international des droits de l’homme applique ce critère matériel à la différence de la Cour Interaméricaine des droits de l’homme 143 http://fribok. prévisibilité et accessibilité. Sudre. eux conditionnels. la protection de la réputation ou des droits d’autrui. clarté. au lieu d’une mise en balance « complexe et sensible de droits à la vie 1. F. Pologne (requête 5410/03) à propos d’un avortement thérapeutique refusé.com/ . selon le cas. pour lesquels le texte de la Convention use d’une formulation itérative que l’on retrouve d’ailleurs dans la Charte québécoise: les mesures nationales de restriction des libertés ne sont permises qu’à condition de poursuivre un but légitime. op. en retenant le critère matériel et non organique ou formel1. La loi doit présenter des qualités de précision. p. une question particulièrement sensible en Pologne et qui ne donne pas lieu à un dénominateur commun en Europe. d’êtres prévues par la loi et nécessaires dans une société démocratique. la sécurité nationale. la protection de la santé ou de la morale.. par une Chambre le 20/3/2007 dans l’affaire Tysiak c. ou la protection des droits et libertés d’autrui (art 11 liberté de réunion et d’association).

se substitue même à la Diète polonaise. Duffy.la patiente ayant perdu la vue-. n° 24. 1-18 (http://leuropedeslibertes-ustrasbg. voir A. 907-940. La notion de marge se retrouve dans la jurisprudence de la Cour de Justice des Communautés européennes et dans le contrôle juridictionnel britannique du Human Right Act de 1998. Shany. European Journal of International Law. dans le cadre d’un rapport de compatibilité1. p. voir Y. Dès lors pour le juge de la minorité. La proportionnalité de la mesure nationale de restriction aux buts légitimes poursuivis est quant à elle une affaire d’intensité 1.php?id_article=399 ) 144 http://fribok. comme elle le dit en fonction « des circonstances. 2005/5. et surtout last but not least de la proximité de deux notions d’origine prétorienne.le sens de la liberté placés sur le même pied d’égalité … de la mère et de l’enfant » et finalement de se démarquer d’un arrêt D c. mai-aout 2007.com/ 4) La marge nationale d’appréciation et l’exigence de proportionnalité . La notion est aussi étudiée en droit international. p. Irlande. évidemment tributaire du nombre élevé d’États membres du Conseil de l’Europe et donc de parties contractantes à la Convention ( 47).fr/article. n’est pas selon la Cour illimitée car elle en détermine dans le cas d’espèce son étendue au regard.blogspot. La marge nationale d’appréciation. in L’Europe des Libertés. « Toward a general margin of appreciation doctrine in Internationl law ? ». La condition de nécessité dans une société démocratique est pour sa part l’objet d’appréciations souvent négatives en raison de l’indétermination qui s’y attache. fait oeuvre de charité. compte tenu de l’imprécision de formules jurisprudentielles telle celle du « besoin social impérieux ». en somme affaire de distance plus ou moins grande entre l’État et la Convention. la Cour tient un raisonnement subjectif. la marge nationale d’appréciation et la technique de la proportionnalité que la Cour utilise concurremment sans toujours les distinguer clairement. des domaines et du contexte ».

P Marguénaud 2 sous l’arrêt de 1. note sous l’arrêt Hamer 145 http://fribok. le raisonnement du juge européen sur la proportionnalité fait appel à une mise en relation de variables à l’aide d’un terme de référence. Muzny. comparé à la marge d’appréciation très commentée avec qui la proportionnalité partage tout de même la référence complexe à des variables. permet de formuler une conclusion. La technique de proportionnalité et le juge de la Convention européenne des droits de l’homme. essai sur un instrument nécessaire dans une société démocratique.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés plus ou moins forte de la restriction du droit garanti. outre qu’elle est souvent présentée comme un élément modérateur du comportement étatique qui en effet n’est pas sans bornes. La petite maison dans la forêt. pour mesurer l’intensité de la mesure litigieuse et prononcer un jugement en termes de « juste équilibre ». Elle est selon la formule de F. prenant égard à la marge Complexe.blogspot.com/ . préface de Frédéric Sudre. la technique de proportionnalité l’est assurément si l’on souscrit au commentaire de J. 2 tomes. l’utilisation de la proportionnalité qui. 2005. 300 p. Presses Universitaires d’Aix-Marseille. après mise en balance des intérêts en présence. J.P. dit encore « critère de rapprochement ». mais plutôt d’appréciation. En effet selon l’auteur. 2. ce qui lui vaut d’ailleurs à ce sujet le grief de se substituer aux juges nationaux dans l’exercice de qualification juridique des faits : Ce n’est pas en fait la seule détermination de l’ampleur de la marge d’appréciation qui donne lieu à la solution du cas d’espèce. et 734 p. Petr Muzly auteur d’une thèse de doctorat sur la technique de proportionnalité1. P. s’explique sur ses éléments constitutifs et sur son rapport « consubstantiel » à la marge d’appréciation. Sudre « au cœur du contrôle de la marge d’appréciation ». l’auteur réhabilite l’importance et même la priorité de la proportionnalité dans le raisonnement de la Cour. Il faut insister selon lui sur le fait que la marge nationale. est aussi et surtout peut-être un « frein de sécurité » – une sorte de judicial self restraint – pour la Cour qui a compétence pour « réapprécier » les faits de l’espèce. Enfin. Marguénaud.

Cette nouvelle figure de contrôle de proportionnalité absolutoire n’est peut-être pas celle qui est la mieux qui est pourtant placée sous le signe de l’urgence. 2008. propriétaire. mais parce que la gravité autorités qui les ont en charge. Dans l’affaire Hamer. la démolition d’une maison estivale bâtie irrégulièrement dans une zone forestière protégée mais dont les autorités ne s’étaient pas préoccuper 27 ans durant lesquelles la famille Hamer. Au fil des arrêts. 146 http://fribok. voire une proportionnalité « privatisée » pour « trouver un juste équilibre entre des intérêts particuliers ». aux yeux de la Cour un préjudice réellement opposable à l’État face à l’intérêt général environnemental : Autrement dit. des enjeux environnementaux. la Cour européenne juge non disproportionnée.le sens de la liberté section du 27/11/20007 Hamer c. Dalloz.com/ 5) La variabilité des paramètres de la marge et de la proportionnalité . une proportionnalité « inversée » au bénéfice de l’État dont la charge d’une obligation positive ne devrait pas être trop lourde.blogspot. p. justifie la légèreté de l’attitude des adaptée à la stimulation de l’action de protection de l’environnement Reste donc à identifier les multiples paramètres à plusieurs composantes. nous explique-t-on. Dans une étude c Belgique. héritière du bien. 884-887. si la démolition de la maison a été jugée proportionnée. s’est ajoutée à la définition de la proportionnalité en liaison avec l’étendue de la marge et la tension vers le but légitime. autant de variables et de sous variables dont la Cour européenne se sert pour mesurer l’étendue de la marge d’appréciation qu’elle reconnaît dans chaque cas à l’État et qui influera sur l’évaluation de la proportionnalité. Belgique dans lequel la Cour en matière de protection de l’environnement aurait fait usage d’une ultime « figure » de la proportionnalité. ce n’est pas parce qu’elle constituait une ingérence bien légère au regard de la gravité des enjeux environnementaux. en avaient profité sans que sa perte entraîne pour la requérante.

Celuici est en relation avec la variable sur la diversité des approches nationales mais selon qu’elle est pondérée ou non par un ou plusieurs des autres paramètres précités. la juge européenne Françoise Tulkens1. pour la Cour. 2006. Revue de science criminelle. coécrite avec un assistant de l’université de Liège. 2.Paris.P. 3ème édition. Tulkens et L. à savoir du plus grand dénominateur commun des droits nationaux.blogspot. à tout le moins d’une « communauté de vues » car la mention de ce facteur se retrouve dans la plupart des arrêts. Aussi propose-t-on ici. Dounay. Luc Dounay. sans illusion sur sa relativité. très argumentées. Dalloz. mais suscitant dans tous les cas de figure. restreinte voire quasi inexistante. les énonce ainsi : l’objet ou la matière en cause. certaine. F. « L’usage de la marge d’appréciation par la Cour européenne des droits de l’homme. très large. en écho à l’affirmation de Jean-Pierre Marguénaud 2 selon laquelle 1. paravent juridique superflu ou mécanisme indispensable par nature ». p 3-23. des opinions dissidentes. La variable principale semble bien être celle du consensus européen. La Cour européenne des droits de l’homme. J. 50 ( coll. la diversité des approches nationales. cette marge nationale est restreinte ou vaste. tantôt la pesée de tous les paramètres et la conclusion variable d’une marge qui peut être selon le cas. le caractère exceptionnel de la situation. Connaissance du droit). l’existence d’un consensus européen. une grille de lecture des arrêts récents selon cinq cas de figure pour illustrer la problématique des restrictions permises aux libertés. 2005. 2008. 4ème éd. large. la nature du droit auquel il est porté atteinte et la gravité de cette limitation.com/ . 147 http://fribok. contestant tantôt le constat d’emblée positif ou négatif de la Cour sur le consensus européen. Marguénaud. induisant ou non la condamnation de l’État.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés de référence publiée en 2006 dans la revue de science criminelle. p.

souvent « déconcertés».cit.P. limite cette explication doctrinale enrichissante à l’intérêt porté aux seules opinions concordantes des juges car il ne croit pas que les opinions dissidentes quelque soit leur haute qualité. GACEDH p 590 3. questions de société. L’équation de principe à condition de prendre l’expression dans un sens non mathématique. 2. Marguénaud. « La Cour européenne des droits de l’homme et la doctrine ». Le second cas s’illustre dans des domaines sensibles (religions. Arrêt Parti communiste unifié c. 148 http://fribok. J.P. en somme les exceptions aux données précédentes : soit l’absence de consensus et pourtant une marge 1. J. Le premier cas de figure est aisément repérable dans la mesure où le droit garanti est la liberté d’expression. Turquie du 30/1/1998. apparemment contre nature pour les tenants de la logique binaire. 2. fondamentale pour la Cour dans la société démocratique que consacre la Convention 2. vaut pour la doctrine académique sans influence sur les revirements de jurisprudence. Costa. in Droits et justice. L’on est alors en présence d’une sorte d’équation inversée. s’énonce alors : présence d’un consensus européen de valeurs versus marge étroite de l’État et fermeté du contrôle. op. 50. Les deux autres cas de figure dérangent les commentateurs3.com/ . même si elle peut inspirer un juge. au premier chef la liberté de la presse. elle s’élargit quelquefois dans des En écho aussi au propos du président de la Cour européenne Jean-Paul Costa qui tout en créditant la doctrine d’apporter les clés de la ratio decidendi. n° 29. traditionnellement importante . Grande Chambre.le sens de la liberté La marge se rétrécit parfois dans des domaines où elle était hypothèses où elle était ordinairement restreinte. explique encore le président.) et fait rimer en principe l’absence de consensus européen avec une large marge nationale d’appréciation et un contrôle plus souple. préfigurent les jurisprudences futures.blogspot. p. « avoir une incidence sur sa pensée »1. printemps/été 2008. mais aussi les libertés d’expression politique et artistique. p. Et ce constat.

marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés

nationale étroite, soit encore la présence d’un consensus européen et pourtant une large marge d’appréciation de l’État, ces derniers cas sont donc corrélés à un ou plusieurs autres paramètres que le commentateur doit repérer et que la Cour pèse sur un trébuchet. Pour les besoins de la présentation, se suivent les cas où prédomine le critère de l’existence du consensus (1) en matière notamment de liberté d’expression, induisant une marge d’appréciation tantôt étroite en principe (A) et large par exception (B), puis les cas d’absence du consensus (2) induisant tantôt une marge large en principe (A), restreinte par exception (B). Mais qu’elle soit large ou étroite, la marge d’appréciation reconnue à l’État par la Cour, ne lui permet pas d’adopter des restrictions disproportionnées au but légitime poursuivi ce qui commande finalement le dispositif de la Cour sur l’existence ou non de la violation. Un ultime cas de figure peut être évoqué lorsqu’il s’agit d’un conflit de normes (3). Existe-t-il une règle de conflit dans ce maelstrom ? L’on saisit de toute façon la vaine recherche des commentateurs d’une introuvable solution uniforme alors que la Cour européenne est garante du pluralisme.

ii. l’illustration récente
Si la présence d’un consensus européen au jugement de la Cour induit en principe une étroite marge d’appréciation de l’État (1) et son absence à l’inverse, en principe toujours, une marge étroite d’appréciation (3), la variabilité d’assez nombreux paramètres permet à la Cour d’inverser l’ampleur de la marge, qui élastique devient large bien qu’en présence d’un consensus (2) et étroite bien qu’en l’absence d’un consensus (4).

En matière de liberté de la presse, les ingérences sont exceptionnelles si bien que la critique négative se focalise sur l’indulgence de la Cour à l’endroit des journalistes dont les sources
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1) En présence du consensus, la marge nationale est par principe étroite

le sens de la liberté

seraient préservées quelque soit le moyen utilisé pour les obtenir et dont les propos outranciers seraient admis trop largement. Ainsi dans l’affaire Depuis et autres c. France, dans laquelle deux journalistes auteurs d’une enquête sur les écoutes téléphoniques illégales pratiquées par la cellule antiterroriste de la présidence de la République avaient été condamnées pénalement pour délit de recel de violation du secret de l’instruction et du secret professionnel, la Cour européenne par arrêt du 7 juin 2007 juge qu’il s’agit d’une affaire d’État, autrement dit qu’un « intérêt public considérable » était en jeu et bien qu’elle rappelle le devoir des journalistes de respecter les lois pénales nationales, elle n’en considère pas moins que la révélation des éléments de l’instruction pénale dans ce dossier sensible des écoutes, dont la presse s’était déjà emparé, l’emporte sur le respect de la confidentialité qui en l’occurrence pour la Cour dans le contexte « n’est pas un impératif prépondérant ». La Cour étend ici la solution de l’arrêt Fressoz et Roire contre France (requête 29183/95) du 21/1/ 19991 où fut soulevée sans succès par la France la violation du secret fiscal par des journalistes de l’hebdomadaire satirique le Canard enchaîné2.
1. JCP G 1999 II 10120 note E. Derieux et RDP 2000 p. 732 obs. M.Levinet. 2. Un projet de loi sur la protection des sources des journalistes (texte n° 735) a été déposé par le gouvernement français à l’Assemblée nationale le 12/3/2008 et adopté le 15/5/2008 (n° 145). La Garde des Sceaux, Rachida Dati l’a défendu en invoquant le principe d’équilibre entre la protection des sources et l’impératif prépondérant d’intérêt public, conformément à la jurisprudence européenne, rappelant que l’article 10 de la Convention permet la levée du secret pour des mesures nécessaires à la sécurité nationale, l’intégrité du territoire ou la sûreté publique, la défense de l’ordre et la prévention du crime, la protection de la santé ou de la morale, la garantie de l’autorité et de l’impartialité du pouvoir judiciaire. Déposé au Sénat le 20/5/2008 ( texte 341), il a fait l’objet d’un rapport au nom de la Commission des Lois ( rapport Buffet n° 420 ).La Commission des lois a proposé « de préciser la rédaction du projet de loi en la rapprochant notamment encore un peu plus de la 150 http://fribok.blogspot.com/

marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés

Dans l’affaire Guja c. Moldova (requête 14277/04), l’arrêt de Grande Chambre du 12/2/2008 rendu à l’unanimité, sur saisine par la Chambre, juge qu’il y a eu violation de l’article 10, relatif à la liberté d’expression, ici d’un fonctionnaire du Parquet général moldave, révoqué pour avoir divulgué des documents émanant
jurisprudence de la Cour de Strasbourg…/… d’affirmer que de manière générale les mesures susceptibles de porter atteinte au secret des sources lorsqu’un impératif prépondérant d’intérêt public existe, doivent être ’strictement nécessaires et proportionnées au but légitime poursuivi’ ». Le projet de loi mal accueilli par les syndicats de journalistes a fait l’objet d’un premier commentaire critique par A.Guedj, Dalloz 2008 p. 1285-1286 dénonçant la persistance du délit de recel de violation du secret professionnel. À côté de la protection des sources des journalistes, consacrée par la Cour européenne avec éclat dans l’arrêt Goodwin c. Royaume-Uni du 27/3/1996 (16/1994/463/544), il y a la protection des sources étatiques qui nonobstant les impératifs de la lutte contre le terrorisme, est mise en balance avec les droits garantis par la Convention, cf. l’arrêt de la Cour européenne Segersted-Wiberg et autres c. Suède du 6/6/2006, note L. Pubert in L’Europe des libertés mai-aout 2006 (la surveillance secrète par les services de renseignements « n’est tolérable d’après la Convention que dans la mesure strictement nécessaire à la sauvegarde des institutions démocratiques », toutefois la protection de la sécurité nationale, la lutte contre le terrorisme autorisent l’État à refuser l’accès intégral aux renseignements personnels collectés.Voyez aussi l’arrêt de la Cour suprême du Canada dans l’affaire Charkaoui c. Canada, 2008 CSC, où il est dit que les services de renseignement ont l’obligation de conserver et de divulguer aux ministres et aux juges saisis, les notes qui jouent un rôle central dans la délivrance des certificats de sécurité, pour préserver les intérêts fondamentaux des personnes visées. Il appartient au juge saisi de filtrer la preuve qu’il a vérifié et de « déterminer les limites de l’accès auquel l’individu visé aura droit à toutes les étapes de la procédure, que ce soit lors de l’étude de la validité du certificat ou à l’étape de révision de la détention ». La Cour fédérale dans la même affaire juge le 18 janvier 2008 que les droits fondamentaux doivent primer sur la protection des sources des journalistes, auteurs d’un article de presse en 2007, appuyé sur les informations du service canadien du renseignement de sécurité. 151 http://fribok.blogspot.com/

le sens de la liberté

de hauts personnages politiques contrevenant aux instructions de lutte contre la corruption. C’est la première fois que la Cour a eu à connaître de la divulgation d’informations internes par un fonctionnaire. Or tous les fonctionnaires jouissent de la liberté d’expression garantie par l’article 10. Ils sont néanmoins assujettis à des obligations de discrétion, de réserve, de loyauté. La Cour explique qu’elle doit mettre en balance à l’aide de plusieurs facteurs, l’intérêt général qui s’attache à la confidentialité de documents internes et l’intérêt de divulguer les documents litigieux. La Cour prend soin de rappeler longuement les principes applicables. D’un côté, la divulgation au public « ne doit être envisagée qu’en dernier ressort, en cas d’impossibilité manifeste d’agir autrement », d’un autre côté, puisqu’il s’agit de s’exprimer sur une question d’intérêt général, il n’y a « guère de place pour les restrictions ».Tout parait dépendre de la nature de l’intérêt du public à être informé d’un sujet très important. Si tel est le cas, dit la Grande Chambre, il « peut l’emporter sur l’obligation de confidentialité ». La mesure de la proportionnalité fait intervenir plusieurs facteurs, proches de la mise en balance des intérêts et de la marge de manœuvre de l’État : l’authenticité de l’information divulguée, le poids des dommages respectifs lié à l’objet de la divulgation et à la nature de l’autorité administrative concernée, la bonne foi, enfin la peine infligée. Compte tenu des faits, la Grande Chambre en déduit devant l’inaction du Parquet général et le silence du droit moldave sur la divulgation, l’absence d’autres moyens que la divulgation publique. La lutte contre la corruption, la dénonciation d’éventuelles pressions politiques sur le Parquet sont bien des questions d’intérêt général « très importante(s) » qui l’emportent sur « l’intérêt qu’il y a à maintenir la confiance du public dans le parquet général ».La bonne foi du requérant est établie pour la Cour et la sanction appliquée lui parait trop sévère. Cette liberté d’expression de l’article 10, très étendue couvre aussi l’expression artistique et politique. Ainsi dans l’affaire
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L’interdiction judiciaire absolue d’exposer le tableau obscène lui parait excessive et entraîne la violation de l’article 10. dont les biens ont été « détenus » par des banques helvétiques.com/ 2) Même en présence du consensus. relatif à la question de l’indemnisation des victimes de l’holocauste. considère que l’expression critique de l’élu. opposable aux journalistes.blogspot. où il s’agissait de savoir si la liberté artistique d’un peintre trouve une limite dans le caractère pornographique de sa toile portraiturant des personnages politiques du parti libéral et du FPO. n’est pas exagérément excessive.La Grande Chambre saisie par la Suisse reconnaît au contraire dans son arrêt du 10/12/2007 que la Suisse poursuivait bien un but légitime de protection d’informations confidentielles. avait tenu des propos peu amènes sur une chaîne de télévision publique à l’encontre d’un responsable de la surveillance nucléaire. Son ingérence est jugée nécessaire dans une société démocratique comme le montre le fait que la négociation 153 http://fribok. Suisse.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés Kunstler c. Ceci lui avait valu une condamnation pour propos outrageants. France. la marge nationale peut être large . La Cour par arrêt du 7/11/2006 se fondant sur l’intérêt public manifeste à être informé des effets des retombées radioactives sur la santé et l’environnement.sociale. Autriche. on ne peut être excessivement excessif ». un journaliste avait divulgué la teneur d’un rapport diplomatique. Martens pour qui « il y a des limites à l’excès. Dans l’affaire Stoll c. La Chambre de la Cour condamnera la Suisse pour violation de l’article 10 . Le journaliste avait été condamné pour violation du code pénal suisse. le député vert Noël Mamère. Dès lors il y a eu violation de l’article 10. Dans l’affaire Mamère c. ancien journaliste. Les juges dissidents citeront P. même exagérée et provocatrice. la Cour par arrêt du 25/1/2007 insiste sur la légitimité de la peinture satirique faite d’exagération et de provocation à visée politico . traité de « sinistre personnage » au regard de la désinformation pendant la catastrophe de Tchernobyl.

Les juges dissidents. un écrivain. dans un roman où l’homme politique était nommément traité dans quelques passages de l’ouvrage litigieux. un éditeur et le directeur de la publication du journal Libération.Royaume-Uni du 7/12/1976.com/ . qu’il n’y a pas eu violation de l’article 10 dont se plaignaient les requérants. auteur du livre . Toutefois. avait recherché avant tout le scandale. Ils avaient été condamnés pénalement pour délit de diffamation en vertu de la loi sur la presse de 1881. Arrêt Handyside c. de « chef d’une bande de tueurs ».le sens de la liberté diplomatique qui requiert discrétion pouvait se trouver compromise par cette indiscrétion. relève de l’expression littéraire 1. président du Front national.blogspot. si le roman dit la Cour. L’interprétation des restrictions permises sur la base du paragraphe 2 de l’article 10 est donc étroite et les « limites plus larges de la critique admissible » à l’égard d’un homme politique. France (requêtes 21279/02 et 36448/02). pour avoir le premier et le second porter atteinte à la réputation de JeanMarie Le Pen. La mise en balance des intérêts fait prévaloir dès lors pour la Cour l’intérêt de l’État sur l’intérêt du public. considérant que le journaliste loin de remplir sa mission d’information. inspirant « un racisme diffus ». dans le cadre d’une pétition de soutien à Mathieu Lindon. desservi selon elle par la presse. la Grande Chambre saisie par une Chambre dit par treize voix contre quatre. La Cour européenne comme elle fait le plus souvent raisonne ici dans le contexte global de l’affaire. Otchakosky. par arrêt du 22/10/2007. Dans l’affaire Lindon. La Grande Chambre commence par rappeler le caractère fondamental de la liberté d ’expression dans une société démocratique y compris sous la forme d’idées choquantes ou provocatrices1. déploreront ce qu’ils considèrent comme un risque d’abandon d’une jurisprudence qui a fait de la liberté d’expression « une valeur primordiale » dans une société démocratique. July c. GACEDH p 70 154 http://fribok. et le troisième requérant condamné pour avoir reproduit les passages reconnus diffamatoires. nonobstant le sujet d’intérêt public concerné.

n’était donc pas pour la Cour. pour quelques passages diffamatoires du roman. La Cour se défend ce faisant de se substituer aux juridictions nationales en considérant que leurs raisonnements s’accordent avec le sens de la Convention. J. C’est dire que pour la Cour même le jugement de valeur doit reposer sur une base factuelle suffisante. le journaliste n’échappent pas « aux possibilités de limitation que ménage le paragraphe 2 de l’article 10 » qui vise à la fois les devoirs et les responsabilités . Le Pen participait bien d’un débat d’intérêt général.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés et s’adresse à un public plus restreint que celui de la presse.-M. disproportionnée au but légitime poursuivi. Revue trimestrielle de droit civil. La sanction constituée par une amende et des dommages et intérêts modérés. Puis la Cour relève que le romancier. Le Pen et à son parti portait atteinte à sa réputation. L’expression figure dans l’arrêt de Grande Chambre Goodwin c.blogspot. Le raisonnement de la Grande Chambre est inchangé s’agissant du directeur de la publication du journal Libération. Dans son opinion concordante. 1026. Royaume-Uni du 27/3/1996 (point 39). 155 http://fribok. la protection de la réputation d’autrui. nonobstant le rappel du rôle de « chien de garde de la démocratie » rempli par la presse1. le juge Loucaides se félicite que la Grande Chambre ait rompu avec une jurisprudence qui 1. reconnaît la Cour et à ce titre pouvait a priori bénéficier d’une protection élevée puisque l’État ne dispose que d’une marge « particulièrement restreinte » s’agissant d’une ingérence dans le droit à la liberté d’expression.com/ . celui-ci « s’inspire de faits réels mais en y ajoutant des éléments fictifs ». Le sujet romancé à partir d’un certain nombre de faits criminels impliquant des militants du parti d’extrême droite de J. La Grande Chambre se dit alors convaincue par le raisonnement des juges nationaux qui ont reproché aux requérants l’absence de vérifications minimales sans lesquelles l’imputation des faits à J.P. 1997. l’éditeur. sans atteinte à la diffusion du livre. Marguénaud. p. chr.-M.

Cette solution 1. in Mélanges Philippe Léger. chr. 127-134. p. comparée à la jurisprudence traditionnelle de la Cour européenne dans des affaires similaires1. 978.le sens de la liberté « surprotégeait » écrit-il. Le conflit entre la liberté d’expression et le droit à la réputation aurait du trouver une résolution plus équilibrée selon eux dans le cadre du contexte global. le Procureur général honoraire J. 156 http://fribok.com/ 3) En l’absence de consensus. p. Dans une étude sur l’article 10 de la Convention. Tulkens et Sikuta auteurs d’une opinion partiellement dissidente. pour être politique et mêler faits réels et fiction n’en demeure pas moins une œuvre littéraire dont les expressions outrées font image et ne peuvent pas être prises à la lettre. soulignent d’emblée que l’objet du délit ne correspond finalement qu’à 3 lignes sur les 138 pages du roman qui. la marge nationale est large par principe . Il y voit un élément de réponse dans la composition de la Cour.F. Les juges Rozakis. Burgelin. En ce sens. notamment pour négation de crimes contre l’humanité et incitation à la haine raciale. de nature à discréditer les journalistes irresponsables et par là même à élever selon lui le niveau du débat public.Les juges dissidents vont dresser la liste de ses nombreuses condamnations pénales. Or la Cour ne s’est guère intéresser à la personnalité de la victime . la liberté d’expression par rapport au droit à la réputation couvert par l’article 8 § 1 de la Convention car la dignité requiert une protection « plus large et directe contre les accusations diffamatoires ». J.blogspot. Actualité juridique de droit administratif. mai 2008. s’interroge sur « la dévotion » que la Cour voue à la liberté d’expression – du moins jusqu’au récent l’arrêt Lindon. Pedone. Bratza.F. La solution précédente d ’une ample marge nationale d’appréciation ne concerne pas seulement une tendance nouvelle décelable en matière de liberté d’expression journalistique ou littéraire. Paris. Les juges de la minorité y trouvent là la base factuelle suffisante et soulignent longuement la dissonance de la solution retenue par les juges de la majorité. Flauss. 2006. domaine pourtant du consensus européen .

Ils contestent l’affirmation sans nuances de la Cour selon laquelle il n’y aurait pas de dénominateur commun européen sur cette question. Des évolutions sont en effet en cours ou consacrées en Italie. La Cour. du choix des parents biologiques.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés se retrouve cette fois en l’absence de consensus européen où là elle en constitue le principe Dans la célèbre affaire Odièvre c. en Allemagne. France (requête 42326/98).com/ . en Suisse et dans d’autres États. au départ de ce qui est accepté dans une prendre l’argument du consensus à rebours » : « plutôt que de large majorité de pays. fondée sur la pratique quasi-isolée d’un pays. Les sept juges de la minorité rédigent une opinion dissidente commune. sert à justifier une 157 http://fribok. se fondant sur l’absence de législations comparables en Europe considère que la France dispose d’une marge d’appréciation qui doit lui être reconnue en raison du caractère complexe et délicat de la question que soulève le secret des origines au regard du droit familial existant et des parents adoptifs. l’arrêt de Grande Chambre du 13/2/2003. Il plaide pour une relégation de la marge d’appréciation à un rôle subsidiaire lorsque le critère de nécessité est suffisamment démontré par des motifs pertinents. en Espagne. Il est ensuite reproché à la majorité de permettre une évolution dans le sens du développement des droits garantis par la Convention. aux PaysBas. le recours à l’interprétation consensuelle.blogspot. du lien Le juge Rozakis dans son opinion concordante se demande toutefois si cette marge n’est pas trop large. comme en l’espèce. La Grande Chambre juge par dix voix contre sept qu’il n’y a pas eu de violation du droit à la vie privée et familiale. notamment la protection des mères en détresse. la requérante alléguait la violation de l’article 8 du fait de la loi française sur l’accouchement sous X et son impossibilité en raison donc du secret de sa naissance de connaître ses origines. de chacun à son histoire. limitation des droits.

II. il est impossible de lever le secret. car l’État est mieux placé que la Cour pour « prendre en considération les intérêts de la société dans son ensemble … /… pour évaluer les sensibilités et le contexte locaux ». l’agrément préalable à l’adoption d’un enfant 2 . 10074. J. la loi française de 2002 sur l’accès aux origines des personnes adoptées et des pupilles de l’État constitue un progrès insuffisant pour ménager un juste équilibre des intérêts car la réversibilité du secret de l’identité de la mère est conditionnée par son acceptation préalable de sorte que même après sa mort. Dans l’affaire Fretté c. Sudre.C. France (requête 36515/97). La Cour constate l’absence de dénominateur commun en ce domaine justifiant « une grande latitude de l’État …/… une large marge d’appréciation ». la Chambre juge par quatre voix contre trois par arrêt du 26/5/2002. Sur l’affaire Odièvre c. Gouttenoire et F. si elle n’y a pas consenti de son vivant1.le sens de la liberté Pour les juges dissidents. 158 http://fribok. 2003. 10649. On notera que le Protocole additionnel n°12. En conséquence toutes les dispositions de la Convention trouvent application.C.P. que la France n’a pas violé l’article 14 sur l’interdiction de la discrimination combiné avec l’article 8.. GACEDH p.P.L’article 2 porte sur l’application territoriale et l’article 3 précise que les article 1 et 2 sont des articles additionnels à la Convention. 2. 2002. J. en refusant au requérant en raison de son homosexualité. elle est liée à la grande marge d’appréciation.com/ .G.blogspot. note A. 3. Quant à la proportionnalité. Le juge Costa dans 1. 394 . Gouttenoire et F. entré en vigueur le 1/4/2005 reprend à l’article 1-1 les motifs de discrimination interdits par l’article 14 et stipule au paragraphe 2 que « nul ne peut faire l’objet d’une discrimination de la part d’une autorité publique quelle qu’elle soit fondée notamment sur les motifs mentionnés au paragraphe 1 ». France. note A. Mais l’on conviendra ici que la seule limite parait être alors le garde fou de l’article 14 encore qu’il soit en vérité illusoire puisque l’ampleur de la marge régit la proportionnalité et gomme la discrimination3. Sur l’affaire Fretté c. Sudre.France. II.

« Le port du voile à l’université. Au Québec. L. Burgorgue-Larsen et E. pour interdire à l’université d’Istanbul le port du foulard islamique2. Elle a prôné une laïcité ouverte. S’ils conviennent d’une « certaine marge » sur une question qui fait débat. la Grande Chambre s’est fondé dans son arrêt du 10/11/2005 dans la retentissante affaire Leyla Sahin c. ils abordent la question de la marge d’appréciation sous l’angle de la proportionnalité. Turquie (requête 44774/98) sur « la diversité des approches nationales » en matière de réglementation. Il y a des éléments dans les deux sens.blogspot. a dénoncé l’absence de solutions pour préserver l’identité québécoise et réclamé des « balises juridiques ». tout en approuvant certaines des recommandations. estiment qu’il y avait violation de l’article 14 car le motif unique du refus était l’orientation sexuelle du requérant et la différence de traitement dénuée en l’espèce de justification objective et raisonnable. ils sont en désaccord avec la majorité qui a conclut à l’absence de dénominateur commun « ouvrant la voie à une totale marge d’appréciation des États ». 2. Dubout.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés son opinion partiellement concordante convient que la balance pouvait pencher de l’autre côté : la Cour européenne des droits de l’homme. Parmi de nombreux commentaires. constatant quelques dérapages mais pas de racisme. ou sur l’importance du ‘contrôle européen’ qui lui incombe. les juges Bratza.com/ . Le Parti Québécois. Ainsi encore en matière de port de signes religieux1. à la lumière des exigences de la laïcité turque et du maintien de l’ordre public. selon que l’on met l’accent sur la subsidiarité du rôle de Or la Cour a précisément insisté sur sa volonté de ne pas se substituer à l’État. et la solution dépend de l’éclairage. de xénophobie ou de discrimination. Enfin. pour accorder à l’État turc une large marge d’appréciation. libres propos sur l’arrêt 159 http://fribok. la Commission Bouchard-Taylor a rendu le 22/5/2008 son rapport sur les pratiques d’accommodements raisonnables. Fuhrmann et Tulkens. Dans leur opinion partiellement dissidente commune. Dès lors le critère de proportionnalité dit encore la 1.

l’objet d’un consensus européen : dans tous les États de la Convention. 2006 /66. Ben Achour. elle juge par seize voix contre une qu’il n’y a pas eu violation de l’article 2 du Protocole 1. 183-215. voyez l’ordonnance n°289947 du juge des référés du Conseil d’État français du 6/3/2006 Association United Sikhs et Shingara Mann Singh.le sens de la liberté Grande Chambre ne doit pas priver de sens la réglementation interne de l’université et l’article 9 n’a donc pas été violé juge la Grande Chambre par seize voix contre une. Pedone. En comparaison. La Cour suprême annule la décision de la Cour d’appel qui avait estimé que l’interdiction du port du kirpan (poignard) à l’école par un écolier de religion sikh orthodoxe entrait dans les justifications des atteintes à la liberté de religion. ne s’applique pas. p. 93 p. Le rapport de proportionnalité lui ayant déjà paru raisonnable sous l’angle de la liberté religieuse. 2005. sous réserve d’un accommodement raisonnable : le kirpan scellé à l’intérieur des vêtements. rejetant la requête en annulation d’une circulaire ministérielle exigeant une photographie d’identité « tête nue et de face » Voyez aussi l’arrêt de la Cour suprême du Canada dans l’affaire Multani c Commission scolaire (2006)1 RCS 256 CSC 6. la Cour note qu’il n’est pas absolu et supporte des « limitations implicites … Par conséquent. le foulard islamique n’est pas interdit à l’université . la Cour en liant le port du foulard islamique à l’atteinte à la laïcité a pris de la Grande Chambre Leyla Sahin c.blogspot. Revue Trimestrielle des Droits de l’Homme. Turquie du 10 novembre 2005 ». 10 et 14 de la Convention. La juge Tulkens dans son opinion dissidente relève d’abord que la réglementation du port du foulard islamique fait sur un point essentiel en l’espèce. de même que les articles 8. admises par la Charte canadienne des droits et libertés et la Charte québécoise. IHEI de Paris.les autorités nationales jouissent en la matière d’une certaine marge d’appréciation » .Par ailleurs. Quant à la violation alléguée de l’article 2 du Protocole 1 sur le droit à l’instruction. 160 http://fribok. l’étude de Y.com/ .Mais le contrôle de la Cour s’en trouve d’autant plus réduit qu’ici l’énumération exhaustive des ‘buts légitimes’. à la différence des articles 8 et 9 de la Convention. Pour une analyse d’ensemble de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme et la liberté de religion. pour la juge Tulkens.

la Cour Constitutionnelle turque a annulé le 5/6/2008 par 9 voix contre deux. abandonnés depuis la fin de la seconde guerre mondiale pour être transférés aux pays limitrophes (Ukraine. La requérante observait des pratiques salafistes. considérant que la requérante qui « possède une bonne maîtrise de la langue française.blogspot. Pologne. la loi constitutionnelle votée le 7/2/2008 qui aurait autorisé le port du voile islamique dans les universités. politique et administratif. objet d’un arrêt de Grande Chambre du 22/6/2004 l’ampleur de la marge nationale est justifiée par le caractère exceptionnel du contexte historique. pour violation du principe de laïcité. Dans l’affaire Broniowski c. contre qui une enquête a été ouverte par la Cour en mars pour « activités anti laïques ».com/ . La Cour eu égard au « caractère structurel et systémique » de la question complexe 1. le Conseil d’État dans un arrêt du 27/6/2008. Le Conseil d’État se fonde sur le Code civil et le défaut d’assimilation autre que linguistique. a cependant adopté une pratique radicale de sa religion. et notamment avec le principe d’égalité des sexes ». Belarus. alors que le port du foulard n’est pas univoque et qu’en l’occurrence l’étudiante ne troublait pas l’ordre public1.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés parti en réalité dans un débat politique. Lituanie). portait la burqa et vivait recluse. Relier la burqa à une ’pratique’ de l’Islam. celui de la lutte contre le fondamentalisme. « être choqué par une burqa. Dounia Bouzar. ancien membre du Conseil français du culte musulman. Depuis lors sur fond de crise entre les kemalistes présents dans la magistrature et l’armée et les conservateurs islamiques. conformément au vœu du parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir. puisque cela revient à s’étonner et à être persuadé que la religion musulmane ne peut édicter ce type de conduite archaïque. lié à l’indemnisation à grande échelle des biens situés autrefois dans les territoires orientaux de la Pologne. incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française. En France. 161 http://fribok. contestant le refus d’octroi de la nationalité française. c’est respecter l’Islam. rejette la requête d’une marocaine mariée à un citoyen français. Selon une anthropologue du fait religieux. c’est valider la définition de l’Islam des intégristes et renforcer leur pouvoir » in le Journal Libération du 18/7/2008.La Cour Constitutionnelle turque a finalement rejeté en juillet 2008 d’une courte majorité la demande d’interdiction de l’APK.

blogspot. 137 requêtes pour violation de l’article 1 du Protocole 1. p. Sudre et H. Surrel. Est en cause le seuil électoral de 10% qu’impose la législation turque pour les élections nationales. la solution de la Chambre qui par cinq voix contre deux avait conclu à la non violation de l’article 3 du Protocole 1. 758 et 809. La Grande Chambre se livre d’abord à un examen de droit comparé des législations électorales européennes. 544 . Revue du droit public. Tavernier. Et la Grande Chambre l’approuve car. Il y a place pour des ‘limitations implicites’ et les États contractants doivent se voir accorder une large marge d’appréciation en la 1. Journal du droit international. ce qui fait apparaître que seuls quatre États seulement ont adopté des seuils élevés. Le gouvernement turc soutient donc classiquement que « le seuil en question constitue une mesure proportionnée qui relève principalement de son ample marge d’appréciation ». nonobstant l’absence de référence explicite aux buts légitimes. p. 2005. F. menaçant le mécanisme de protection de la Convention ) rend un « arrêt pilote » enjoignant la Pologne de prendre les mesures de redressement et de réparation à l’égard de tous les demandeurs1. Mais ne pourrait-on ici considérer qu’il y a au contraire consensus européen en faveur de seuils moins élevés voire inexistants destinés à ne pas entraver l’alternance politique et en principe la marge nationale devrait être alors restreinte comme le recommande l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe ? Mais la Grande Chambre maintient sa jurisprudence sur la marge élargie des États. Turquie ( requête 10226/03) conclut à la non violation de l’article 3 du Protocole 1 relatif à la libre expression de l’opinion du peuple sur le choix du corps législatif. 162 http://fribok. parmi de nombreux commentaires. Un arrêt de Grande Chambre du 8/7/2008 dans l’affaire Yumak et Sadak c. P. La Grande Chambre confirme par treize voix contre quatre. « les droits garantis par l’article 3 du Protocole 1 ne sont pas absolus. compte tenu de la variété des régimes électoraux.com/ . GACEDH p 698 .le sens de la liberté posée ( 80000 personnes concernées. 2005.

1. que la législation litigieuse offre à travers les coalitions électorales notamment.com/ . Les juges Tulkens. la Grande Chambre par arrêt du 29/1/2008 juge par onze voix contre six qu’il n’y a pas eu violation de l’article 5-1. elle n’en considère pas moins. il suffit que la mesure ne soit pas disproportionnée et que la restriction ne porte pas atteinte à la libre expression électorale. Royaume-Uni (requête 13229/03). dans la mesure où le système électoral en cause leur parait dépasser manifestement la « très ample marge d’appréciation dont jouit l’État et va à l’encontre du but et de l’objet de l’article 3 du Protocole 1 ». p. C. Plus question de besoin social impérieux. Jaeger et Sikuta rédigent une opinion dissidente commune. 163 http://fribok. il est expliqué que les critères du contrôle des restrictions diffèrent des éléments traditionnels applicables pour les article 8 à 11 de la Convention. Mais bien que la Grande Chambre reconnaisse d’une part que des seuils élevés soient excessifs d’une manière générale comme le pense l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe et que d’autre part la loi turque oblige les partis politiques minoritaires à des stratagèmes d’alliances peu recommandables. Il n’y a donc pas de violation de l’article 3 du Protocole 1. des correctifs suffisants et des garanties de contrôle constitutionnel. des élections libres. jouent « à cache-cache avec les électeurs » et ne peuvent s’accorder avec les valeurs conventionnelles. 2006/21. Leur opinion n’est donc que partiellement dissidente. relative au droit à la liberté et à la sûreté. Ils centrent leur désaccord sur l’insuffisance des correctifs et garanties .Dès lors.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés matière ». in L’Europe des Libertés. « les alliances cachées » ne rendent pas le processus électoral transparent.Les stratagèmes électoraux. confirmant l’arrêt de Chambre1 et à l’unanimité qu’il y a eu violation de l’article 5-2 de la Convention. Seule leur ultime conclusion laisse perplexe dans sa rédaction ambiguë à nos yeux. 23-24.blogspot. dans le cadre du « contexte politique propre de la Turquie » dans ces élections. Dans l’affaire Saadi c. Vajic. Paris.

prononcée par des juges. s’agissant du contrôle national de l’immigration1.166. y compris le droit de placer les candidats à l’immigration en détention. En effet. Le 25/2/2008. 2008. B. L’argument était celui de la Chambre des Lords en 2002. quelles pourraient 164 http://fribok. Toutefois le § 1 de l’article 5 contient aux alinéas a à f « une liste exhaustive des motifs autorisant une privation de liberté »2 . dit la Cour européenne. exigence constitutionnelle ou conventionnelle ? » JCP. La Grande Chambre approuve « la plus grande latitude » laissée au Royaume-Uni. une dangerosité et donc une probabilité de récidive est validée.blogspot. au regard de l’article 5 de la Convention européenne des droits de l’homme. Mayaud. 1840-1847 . Les États. En revanche les dispositions rendant ce dispositif rétroactif sont invalidées.le sens de la liberté Le requérant. demandeur d’asile. sur avis d’une commission pluridisciplinaire. 1359-1366 . si un tel dispositif était applicable. un médecin irakien. Le principe de la rétention de sûreté renouvelable. à l’encontre d’une personne ayant purgé sa peine de réclusion criminelle de 15 ans ou plus pour des crimes de sang et présentant en raison d’un trouble de sa personnalité. p. Jan. 2008. Lors de la saisine du Conseil Constitutionnel français portant sur le projet de loi relatif notamment à la rétention de sûreté. le Président de la République Nicolas Sarkosy s’est adressé au Premier Président de la Cour de Cassation pour lui demander nonobstant l’article 62 de la Constitution française sur l’autorité des décisions du Conseil Constitutionnel. Dalloz. P. Dalloz. Actualité Juridique de droit administratif. 2008 actu. p. Le Conseil Constitutionnel dans sa décision n° 2008-562 du 21/2/2008 invalide partiellement le texte. D. Mathieu.com/ . Roets. 2. les sénateurs firent valoir que « cette censure est d’autant plus bienvenue à prononcer que la Cour européenne des droits de l’homme ne manquerait pas de condamner la France. La mesure de sûreté après la décision du Conseil Constitutionnel. disposent d’un « droit souverain indéniable » pour l’entrée et le séjour des étrangers sur leur territoire. Voyez Y. 2008 p 714-716 . La rétention de sûreté à l’aune du droit européen des droits de l’ homme. « La non rétroactivité en matière de rétention de sûreté. la mesure de rétention de sûreté ne figure pas parmi les exceptions au principe de l’interdiction de la privation de liberté ». La Grande Chambre dans 1. a fait l’objet d’une détention administrative de sept jours dans un centre de rétention.

Spielman et Hirvela. Tulkens. dans l’affaire Charkaoui c. le requérant ayant été informé des motifs de sa détention que 76 heures après son arrestation. de banaliser la détention dans ces circonstances. Hajivev. La Cour suprême invalide sur le fondement de la Charte canadienne des droits et libertés. l’arrêt de la Cour suprême du Canada. reprochent aux juges de la majorité d’avoir abusivement assimilé les demandeurs d ’asile aux immigrants ordinaires considérés comme des « immigrants illégaux potentiels » au mépris des autres instruments internationaux. la procédure permettant à l’exécutif de détenir indéfiniment et sans procès des individus suspectés d’être des terroristes. Canada ((2007)1 RCS 350. En revanche. 1. Comme la détention lui parait nécessaire au but déclaré du Royaume-Uni. l’une des exigences du § 2 sur « dans le délai le plus court » n’est pas satisfaite. La loi réformant la procédure des certificats de sécurité est entrée en vigueur 165 http://fribok. d’autant plus qu’a été acceptée ici une durée de rétention de sept jours que la Cour « n’accepte généralement pas dans les autres hypothèses de privation de liberté »2.exum. elle en conclut que l’article 5-1 n’a pas été violé.com/ . sans examen des alternatives à la privation de liberté. En 2002 la Chambre des Lords avait estimé le nombre de demandes d’asile à environ 13000 par an et avait qualifié ces chiffres d’astronomiques. 2007 CSC 9 (http://scc. les juges Rozakis.umontreal. Dans leur opinion dissidente commune.ca). 2. être les « voies juridiques » pour atteindre néanmoins l’objectif de protection des victimes. Kovler. à savoir gérer des milliers de demandes1 et dans la mesure où une détention de sept jours dans ce contexte lui parait raisonnable.blogspot.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés l’affaire Saadi considère qu’une entrée non dûment autorisée par l’État est irrégulière et relève de l’alinéa f sur une restriction à la liberté « pour empêcher une personne de pénétrer irrégulièrement dans le territoire ».Reste alors à la Cour à confronter la détention à la « finalité générale de l’article 5 » sur la protection du droit à la liberté. Voyez à titre de comparaison. rendu en février 2007.

Burgorgue-Larsen. 336-350. France. mais au nom des différences entre ces deux affaires. 982 et s et 2005/4. en vérité d’un consensus en formation. 2004. Goodwin c. renversant sa jurisprudence Fretté c. p.blogspot. ce fut l’existence d’une obligation positive du Royaume-Uni de reconnaître le changement de sexe qui fut déterminante dans la recherche du juste équilibre des intérêts en présence2. « De l’art de changer de cap.Burgorgue-Larsen. Dans l’affaire E. la Chambre s’est dessaisie en faveur de la Grande Chambre qui par arrêt du 22/1/2008. Bruxelles. tome 1. parmi de nombreux commentaires. p. libres propos sur les nouveaux revirements de jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme ». juge qu’il y a violation de l’article 14 combiné avec l’article 8. Sudre avec « le refus d’ériger une obligation positive ». avec une large marge nationale d’appréciation et comme l’écrit F. 1. rendu par dix voix contre sept. Mélanges Gérard Cohen-Jonathan. 166 http://fribok. 2. Chronique de jurisprudence comparée sous la direction de L. il s’agit d’un refus de l’État le 22/2/2008. p. 1139 et s. en 2008 de l’adoption d’un enfant par une requérante homosexuelle. comme dans l’affaire Odièvre c. voire même en l’anticipant. la Cour a interprété l’article 8 dans un sens dynamique « à la lumière des conditions d’aujourd’hui ».B c. France sur le secret de la naissance après un accouchement sous X. alors qu’ordinairement la Cour fait rimer l’absence de dénominateur commun aux systèmes juridiques. Lire aussi L. illustre cette marge étroite de l’État alors pourtant qu’il n’y a pas de consensus sur la question de société. France (requête 43546/02). L’on mesure donc le changement.com/ . 419 . Revue du droit public 2003/4. Royaume-Uni du 11/7/20021. Dans les deux affaires. En 2002. objet de débat : ainsi en 2002 s’agissait-il de la reconnaissance civile de la conversion sexuelle.le sens de la liberté 4) Même en l’absence du consensus. Ici pour la Grande chambre. la marge nationale peut être étroite La Cour depuis l’arrêt C. Bruylant. GACEDH p.

intéresse la recherche historique sur les causes possibles de l’extermination des juifs d’Europe. comme en l’espèce. l’article de presse litigieux qui soumettait à la critique une encyclique pontificale. Sept opinions dissidentes et une opinion concordante sont jointes à l’arrêt. Comme le gouvernement s’est abstenu de fournir des statistiques sur des refus fondés sur l’absence de référant maternel ou paternel. Le raisonnement de la majorité est pour lui incohérent car tout en jugeant que la requérante ne dispose pas d’un droit. qui devient large si sont en cause des attaques contre des convictions religieuses mais qui est finalement étroite si. L’arrêt de section rendu à l’unanimité dans l’affaire Giniesky c.com/ 5) Le conflit d’objets et de normes . La Cour 167 http://fribok. religieuse. que « la référence à l’homosexualité de la requérante était sinon explicite du moins implicite ». elle n’en conclue pas moins à la violation de l’article 14 qui ne protège que des droits.blogspot. la Grande Chambre en conclut qu’un tel motif pénalise les célibataires. Plusieurs juges de la minorité sont en désaccord avec la majorité qui a conclu que l’un des motifs du refus d’agrément non conforme à la Convention ( l’orientation sexuelle ) « contaminait » la décision de refus. France (requête 64016/00) le 31/4/2006 illustre la variabilité de la marge nationale dans une même affaire selon qu’il s’agit pour la Cour de rappeler le principe général d’une marge de l’État « certaine mais pas illimitée ». le juge Zupancic considère que l’article 14 est inapplicable car en l’espèce est en jeu un privilège et non un droit d’adopter un enfant. artistique. historique. littéraire. Dans son opinion dissidente.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés d’accorder l’agrément sans référence explicite au choix de vie de la requérante et par ailleurs celle-ci vit dit la Cour une relation « stable et durable » avec sa compagne. La liberté d’expression a des objets divers qui se cumulent et peuvent entrer en concurrence : expression politique. nonobstant le motif tiré de l’absence de référant maternel et paternel.

garanti par l’article 9 sur la liberté de pensée. Dès lors « la condamnation du requérant du chef de diffamation publique envers la communauté des chrétiens ne répondait pas à un ‘besoin social impérieux’ » et la sanction parait disproportionnée compte tenu de l’importance du débat d’intérêt général1. 168 http://fribok. 401. l’une autorisée d’anciens SS.295-A. Dans l’affaire Ollinger c. en l’occurrence la presse people au détriment de la vie privée de la requérante. GACEDH p. les pratiques.com/archive/2006/02/07Cedh. Rolin.le sens de la liberté considère « qu’il est primordial dans une société démocratique que le débat engagé. par arrêt du 29/6/2006 pour ne pas avoir préserver la coexistence de deux manifestations dans un cimetière de Salzburg.com/ . RUDH 1994 p 441). La Cour condamne l’Autriche par six voix contre une. F. juge que les juridictions allemandes ont eu tort de se fonder exclusivement sur la notion de « personnalité absolue de l’histoire contemporaine » pour protéger. les rites. Dans l’arrêt Von Hanover c. relatif à l’origine des faits d’une particulière gravité constituant des crimes contre l’humanité. malgré la notoriété de la princesse Caroline de Monaco.blogspot. l’autre silencieuse. http://frederic-rolin. alors que celle-ci n’exerce pas de fonction officielle et qu’il n’y a pas lieu à débat d’intérêt général. 1. la Cour dans son arrêt du 24/6/2004. sont en cause le droit de manifester garanti par l’article 11 sur la liberté de réunion et d’association et le droit de manifester ses convictions religieuses par le culte.blogspirit. Pour une mise en cause de la distinction opérée par la Cour depuis l’arrêt Oto-Preminger-Institut c. Autriche. puisse se dérouler librement ». entre les contestations « gratuites et offensantes » d’opinions religieuses et celles qui participent d’un intérêt général. Autriche du 25/11/1994 (A. Allemagne. au nom de la mémoire de l’holocauste et du rôle criminel des SS mais interdite bien que non susceptible de trouver la paix du cimetière et celle des croyants Le juge Loucaides rédige une opinion dissidente estimant que la majorité n’a pas tenu compte de la marge d’appréciation de l’État et s’est substitué à lui. de conscience et de religion. Elle réaffirme que « la recherche de la vérité historique fait partie intégrante de la liberté d’expression ».

39000 requêtes nouvelles enregistrées . Enfin. 169 http://fribok. La marge nationale d’appréciation est rendue nécessaire par le pluralisme des systèmes juridiques et des données socio culturelles. alors que par ailleurs. Pour le Groupe des Sages. à travers la découverte voire la construction par la Cour du consensus européen. Le nombre total des affaires en cours est passé de 90000 à 103000.com/ . Selon le rapport de Lord Woolf de décembre 2005. en 2007. Ce développement est évident depuis l’entrée en vigueur du protocole n° 11 et la suppression de la Commission européenne des droits de l’homme ». au Comité des ministres du Conseil de l’Europe.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés La conclusion sera brève. Mais l’élasticité de la marge nationale d’appréciation et l’incertitude juridique qui en résulte ont d’abord pour conséquence un afflux dommageable de requêtes individuelles1. la Cour européenne dont le rôle est surchargé connaît aussi un taux record de décisions d’irrecevabilité. Le pourcentage de requêtes ayant donné lieu à une décision d’irrecevabilité ou de radiation du rôle était en 2007 de 94 %. plus de 41000. l’interprétation dynamique de la Convention. Cette évolution dramatique menace le bon fonctionnement du système de contrôle de la Convention. en déployant de manière finalement empirique et donc évolutive. chiffres extraits du discours du président de la Cour. celles des 47 États contractants et des quelques 800 millions de citoyens. sur les méthodes de travail de la Cour. Ces deux facteurs induisent la variabilité irréductible dans l’espace et dans le temps des cas individuels et des solutions. le nombre des affaires pendantes pourrait atteindre en 2010. La Cour européenne des droits de l’homme s’efforce de moduler voire de réguler cette variabilité.blogspot. Jean-Paul Costa le 25/1/2008. 250000. En 2006. « la survie du mécanisme de protection juridictionnelle des droits de l’homme et la capacité de la Cour à faire face à sa charge de travail sont sérieusement menacées par une augmentation exponentielle du nombre de requêtes individuelles. auteur d’un rapport en novembre 2006. Plus de 1500 arrêts ont été rendus sur le fond. mais aussi la perception par la Cour 1. un arsenal de paramètres pour atteindre ce qu’elle considère comme un juste équilibre des intérêts en présence.

Labbée. Mbongo. n° 18. Adriantzimbazovina.. p. L’on peut bien sûr espérer que la Cour européenne des droits de l’homme. 528.blogspot. continuité ou évolution ? » Cahiers du Conseil Constitutionnel. 2008. 101. GACEDH.f/cahiers/ccc18/études5. un mariage pour « erreur sur les qualités essentielles » de la conjointe musulmane reconnaissant son mensonge relatif à sa virginité. p.conseil-constitutionnel. Pour J. adepte de la pratique du droit comparé. Pour P. 2008.com/ . la Grande Chambre. p.le sens de la liberté européenne de l’intérêt général ou même des valeurs morales1 pose la question de la nature intégrative ou non du mécanisme européen de protection des droits de l’homme dans son rapport aux pouvoirs publics nationaux 2. en explicitant toujours plus dans la motivation de ses arrêts. « la Cour peut ou bien emprunter au stéréotype. 99-1003. « La prise en compte de la Convention européenne des droits de l’homme par le Conseil Constitutionnel. http://www. p. ou bien privilégier les positions morales des détenteurs de pouvoirs sociaux. a soulevé en France une vive contreverse.cit. parvienne à rationaliser la marge nationale d’appréciation. épouse la position de la Chambre sur « l’incompatibilité de la charia avec les principes fondamentaux de la démocratie tels qu’ils résultent de la Convention ». tantôt au contraire elle privilégie le caractère subsidiaire du contrôle européen ». Dans l’arrêt Refah Partisi c. 170 http://fribok. Dans un tel cas de figure.htm . dans un contexte. Flauss. P. Dalloz. p.le contexte contemporain d’épuisement de la fiction de la représentation et d’individualisation des opinions et des mœursoù la connaissance des positions morales du corps social à travers celles des détenteurs des pouvoirs sociaux n’est pas évidente ». Dalloz. F. Lire J. la jurisprudence de la Cour européenne sur l’article 12 et le droit au mariage offre-t-elle une solution prévisible ? Les États disposent d’une certaine marge d’appréciation et la Cour ne fait porter son contrôle sur les législations nationales que dans la mesure où elles font effectivement obstacle à l’exercice du droit garanti. Turquie du 13/2/2003. Un arrêt récent du tribunal de grande instance de Lille du 1/4/2008 annulant sur la base de l’article 180-2 du code civil français. Pour un premier commentaire. à l’aide de « bilans 1. op. 978 « Tantôt la Cour se comporte en quatrième degré de juridiction. in La Cour européenne des droits de l’Homme a-t-elle une philosophie morale. tout en raisonnant au vu du contexte turc. 1389-1391. 2.

L’on pourrait même.. relever le déséquilibre en 2007 dans la représentation des sexes : 12 hommes sur les 17 juges de la Grande Chambre. le pouvoir discrétionnaire des juges risque moins de tutoyer l’arbitraire que celui des États et en tout cas. Les citoyens ne devraient-ils pas en être rassurés ?  1. à l’instar de la Cour de Justice des Communautés européennes. Cf. en compensation de la disparition de la Commission européenne des droits de l’homme ou encore regretter aussi que le Protocole de réforme n° 141 n’ait pas retenu la solution du renvoi préjudiciel. 2. Bruylant/Némésis. Bruxelles. chaire jean Monnet ad personam Université de versailles-St-Quentin-en-yvelines comparatifs et sociaux » la combinaison des paramètres qu’elle utilise. Flauss (dir. 256 p. pourfendeur de la composition aléatoire de cette instance2. comme le souhaiterait Mireille Delmas Marty ou regretter que le Protocole de réforme n° 11 n’ait pas retenu. Cohen-Jonathan et J. note 2. Sur les mécanismes du Protocole 14 non encore entré en vigueur en raison de l’exigence d’unanimité et de la non ratification pour l’heure de la Russie. La réforme du système de contrôle contentieux de la Cour européenne des droits de l’homme.). voire même souhaiter voir supprimer la technique du renvoi devant la Grande Chambre comme l’a préconisé l’ancien juge Lucius Caflish. G. Mais à tout prendre.blogspot. 171 http://fribok.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés Marie-Françoise Labouz Professeure de droit public. 2005. la Cour européenne des droits de l’homme émerveille encore par quelques revirements récents de jurisprudence. les étudiants européens.com/ . l’institution d’un Avocat général. pour certains.F. la libérant de sa charge contentieuse pour mieux se consacrer à la cohérence de sa jurisprudence.

expression de l’opinion du moment. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. On pense être une peu le père fouettard de la fête. nous n’aurions pas de travail. Revenons dont au texte fondateur. la DDHC de 1789.com/ . Entre la liberté du plus fort. Sans eux. 173 http://fribok. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. 1er. on ne peut que constater un fait : « la liberté absolue est une contrainte absolue ».liBerTé eT SéCuriTé  P arler des limites de la liberte dans un colloque sur ce meme principe est toujours difficile. par l’intermédiaire de ses élus. D’autant que le criminologue a une relation fort peu morale avec les criminels. puis des plus nombreux. les droits suivants de l’Homme et du Citoyen sont reconnus : Art. Pour un criminologue. de codifier le droit pénal. Une relation quasi incestueuse.blogspot. « En présence et sous les auspices de l’Etre suprême. le sujet est aussi complexe que pour un philosophe selon qu’on se place du point de vue des victimes. Or ils ont un besoin considérable de reconnaissance. des auteurs ou de la société qui a le monopole. et sans nous ils ne seraient pas reconnus.

Il s’agit de définir une indépendance sous contraintes. expression de la volonté générale. Et c’est la Loi.le sens de la liberté Art. Bergson rappelait. le texte de référence répond parfaitement à la question en fixant des limites : « pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas a autrui ». et la résistance à l’oppression. 3. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. de l’éducation de ses enfants. la sûreté. dans un tout autre registre. Tout ce qui n’est pas défendu par la Loi ne peut être empêché. La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi. l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Art. La volonté est donc restreinte. Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. En bref. nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. La liberté révolutionnaire de 1789 est donc d’abord une liberté régulée.blogspot. Art. Nul corps. dans tous les domaines. que : «On appelle liberté le rapport du moi concret à l’acte qu’il accomplit» (Essai sur les données immédiates de la conscience). la propriété. et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas ». Ces droits sont la liberté. La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. 4. de la gestion des altérités subies en dehors du foyer. 5. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi. qu’il s’agit de sa vie personnelle. qui résout les contentieux éventuels. Art.com/ . 2. 174 http://fribok.

on a désigné tantôt un certain idéal. résistance à l’oppression et droit de propriété. au nom de gesticulations nécessaires. La liberté « idéal ». plus ou moins rarement réalisé. payer l’impôt. des phases d’inertie naturelle s’intercalent dans les mouvements pour plus de liberté. La liberté subie donc des accommodements plus ou moins raisonnables. Les médias. ce serait la liberté du sage stoïcien ou spinoziste. en fonction de notre capacité à accepter les différences ou à subir les agressions. l’état de l’homme affranchi des contraintes internes. en changer ou n’en choisir aucune. enfanter. mais pas toujours efficaces. L’équilibre instable entre ces deux mouvements. 175 http://fribok. dirigé par la seule raison. travailler. Sous ce nom. des passions ou des pulsions. Au fil de révoltes face à l’injustice. est donc particulièrement fragile et tout entier soumis aux bouleversements du Monde. fabrique complexe de l’opinion. se déplacer. Selon Emmanuel Leroux présentant une remarquable communication sur le « sens de la liberté » devant la société française de philosophie il y 70 ans. La colère. en sont les éléments les plus visibles et qui provoquent. puis plus de sécurité. la violence.blogspot. les contraintes les plus fortes. s’éduquer. le spectaculaire masquant souvent la perspective générale. édictées pour répondre à la demande supposée de l’opinion publique. droit à la sûreté. choisir sa religion.com/ .alain bauer – liberté et sécurité Toutes nos libertés sont donc soumises à des contraintes ou à des contrats : naître. s’en font l’écho ou tentent d’influer sur cet équilibre en fonction des évènements. de manière essentiellement réactive. le terme de liberté a été employé dans des sens très différents. … Et toutes ses libertés ont connu des phases de progrès et des contraintes nouvelles établies par des sociétés de plus en plus sophistiquées et de plus en plus vulnérables. tantôt un certain pouvoir inhérent à la nature de l’homme. se marier. se soigner.

il semble qu’elle n’arrive pas à s’en passer. il en a fait une critique profonde. le pouvoir d’opter entre des possibles dont aucun ne s’impose nécessairement. elle peut être entendue par l’aptitude que possède l’homme. Bergson s’en est ainsi pris surtout au déterminisme dans son Essai sur les Données immédiates .blogspot. Ainsi ce passage de l’Essai. Depuis assez longtemps la réfutation du libre-arbitre est un exercice fréquent chez les philosophes : d’un côté. à modifier sa conduite en raison des idées qu’il acquiert. presque définitive. il y a l’activité continue d’un moi où l’on peut discerner. si elle veut interpréter l’activité humaine dans toute sa profondeur. seulement « par un effort d’imagination » ou « par abstraction ». Bergson va jusqu’à déclarer que toute définition de la liberté donnera raison au déterminisme. la pensée philosophique paraît répugner d’instinct à la notion du librearbitre et. repose d’après lui sur une symbolisation géométrique de la vie psychologique. Une sorte de libre-arbitre. Dès qu’on renonce à l’idée de cette équivalence. on se demande si l’acte accompli aurait pu ne pas être. deux directions opposées. du fait qu’il est doué d’intelligence. C’est aussi le pouvoir d’agir sans être déterminé par des causes intérieures. Mais Bergson n’en écarte pas moins la conception du librearbitre en tant qu’elle prétend caractériser la liberté par une égale possibilité de deux actions contraires. et qui fausse celle-ci. On a soutenu que cette notion ne répondait pas à la nature intime de la vie. Au sens de ce que Schopenhauer appelait la liberté intellectuelle. où il montre les raisons de l’écarter : la représentation d’un moi indifférent. dit-il. hésitant entre deux voies contraires. pour son 176 http://fribok. C’est la liberté morale.com/ . d’autre part. Il n’en introduit d’ailleurs pas moins.le sens de la liberté Quant à la liberté « pouvoir ». En réalité il n’y a pas deux parties inertes ni deux tendances immobiles .

au cinquième livre de l’Éthique. Se représenter ainsi les choses. Dans L’Évolution créatrice. Chez Leibniz. le dualisme peut se 177 http://fribok. et puis il refuse de faire du choix une option entre des possibles pour le ramener à une sorte de position première du moi : « Il n’y a jamais devant moi. on voit réapparaître la notion de liberté indéterminée. ajoute « Cette action présente toujours. c’est faire tomber dans la sphère de l’objectivité ankylosée ce qui est vie existentielle. » Face à ces arguments.blogspot. aucun penseur n’a voulu plus nettement établir la thèse déterministe que Spinoza. Bergson. Jaspers. il a relégué cette liberté dans l’intemporel. les deux interprétations les plus importantes du dualisme intérieur me paraissent encore être ces deux interprétations classiques que sont l’interprétation hellénique et l’interprétation chrétienne. Et il précise : « Un choix suppose la représentation anticipée de plusieurs actions possibles ». le caractère de la contingence . insiste avec force sur la réalité fondamentale du choix. tout en signifiant que : « Satisfaire au commandement catégorique de la moralité est au pouvoir de chacun en tout temps ». deux voies que je pourrais reconnaître et entre lesquelles je choisirais. aucun n’en a conçu de façon plus rigoureuse toutes les conséquences . à un degré plus ou moins élevé. pour sa part. après avoir déclaré que « la vie est. une conception qui prétend se distinguer des deux thèses traditionnellement opposées : l’acte libre est celui qui émane de la personnalité tout entière. en tant qu’existantes. elle implique tout au moins un rudiment de choix ». un des déterministes les plus résolus qui aient jamais existé. Kant a senti que la liberté vraie devait être une liberté de choix . une tendance à agir sur la matière brute ». on voit intervenir une notion de « bonne volonté ». avant tout. parce qu’il concevait le monde des phénomènes comme régi par un déterminisme rigoureux. En somme.alain bauer – liberté et sécurité compte. Autrement dit. mais en même temps.com/ .

moins par sa nature que par les technologies nouvelles qui s’offrent à lui. Responsabilité face aux lois injustes et aux traditions inacceptables. génèrent des espaces de sécession. c’est précisément l’opposition entre l’appel de l’idéal et les résistances à cet appel. responsabilité face aux règles raisonnables et à la sanction des transgressions ? Tout notre droit pénal. entre laïques respectueux des croyances dès lors que rien de s’impose à la volonté intime et croyants. précarité.blogspot. ou l’Islam. en Occident. relégation. marquées par les élans du christianisme. le contrôle 178 http://fribok. provoqué une rupture entre le nouveau Monde. Marges extérieures. n’est pas une activité de tout repos. ségrégation. du protestantisme. de la modernisation des croyances. des lumières. Le crime n’est pas un secteur en récession. La violence a tendance à progresser même si historiquement son niveau est revenu à une zone d’étiage faible en Occident. l’ancien Monde et les espaces longtemps oubliés aux marges des Empires. Le fond du libre-arbitre. Et le consensus général imposée par les monothéismes a. où pauv reté. hier moderne. au fil du progrès scientifique. entre progressistes sachant éviter les tabous absolus notamment dans le domaine génétique et partisans d’une morale stricte dans le domaine scientifique. a subi ses mutations.com/ . Ma rges intér ieu res. La recherche de cet équilibre permanent. Mais son équilibre naturel. entre partisans de l’autorité pour préserver les fondamentaux de la vie en commun et libertaires prêt à tout pour garantir leur vision du progrès. Notre débat du jour n’aurait-il donc pas du porter beaucoup plus sur la Responsabilité dans la liberté ?. connaît des phases de tensions internes face à ce qui est considéré comme autant d’excès insupportables. Le fichage progresse. soit à l’opposition de l’égoïsme et de la charité.le sens de la liberté ramener soit à l’opposition de l’aveuglement et de la sagesse.

Utiliser l’idéal pour maîtriser le réel. c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit. entre le riche et le pauvre. issues de ses prêches à Notre Dame : « Être libre.blogspot. Seuls l’usage des outils démocratiques et le renforcement des organismes de contrôle citoyens peuvent permettre de parvenir à cet objectif naturel. ne manque pas de se laisser hypnotiser par les réseaux sociaux promus par Internet. fournissant sur la toile des informations d’une intimité telle qu’aucun service de police ou de renseignement n’aurait jamais rêvé disposer.com/ . entre le maître et le serviteur. et tout particulièrement de la IIème République Française. c’est se posséder soi-même. Une opinion dont une partie importante. Et le seul à notre disposition. dans le respect mutuel.alain bauer – liberté et sécurité citoyen. Le chemin le plus difficile. Ce prédicateur talentueux vivant pleinement toutes les contradictions de son époque. tout ce qui s’y est fait de misérable s’est fait au nom de l’intérêt. mis en exergue du programme de ce colloque. » « Tout ce qui s’est fait de grand dans le monde. Il nous faut donc vivre avec vigilance toutes ses contradictions pour maintenir cet équilibre instable entre liberté à développer et sûreté à garantir. comme laïque militant de conclure par trois autres citations de ce Catholique libéral et social. notamment chez les plus fermes partisans des libertés. a du mal à s’imposer hors de mobilisations de l’opinion. Entre le fort et le faible. s’est fait au cri du devoir . 179 http://fribok. le plus complexe. Disait Lacordaire. On me permettra. le plus ardu. vivre libre avec les autres.

en acceptant les contraintes nécessaires et en garantissant le droit à la révolte nécessaire contre toutes les oppressions. alain baUer criminologue. bref en construisant des lois justes.blogspot. l’espérance et la volonté de vivre libre.com/ . qui devront alors s’imposer à tous. Paris  180 http://fribok.le sens de la liberté « L’égoïsme consiste à faire son bonheur du malheur de tous » Trois belles voies à suivre pour concilier la Foi.

com/ .TABle ronde Sur leS liMiTeS de lA liBerTé http://fribok.blogspot.

mais aussi les avocats.com/ A . Les mesures qui relèvent du droit criminel et les autres mesures régulatoires relevant de la bioéthique. sur le meurtre par compassion par l’affaire Latimer et la légalité du mariage entre personnes de même sexe par des arrêts des Cours d’appel et de la Cour suprême du Canada. Cette question doit préoccuper les juges. Toutes les questions socio-économiques controversées qui divisent la société se retrouvent sur la table des tribunaux. Les exemples sont tellement nombreux qu’il est impossible d’en faire une liste exhaustive.PréSentation  vant d’écouter nos panélistes sur le sujet d’aujourd’hui. L’état du droit sur l’avortement a été déterminé par l’affaire Morgentaler. et plus particulièrement au Canada. sont-elles de compétence fédérale ou provinciale ? 183 http://fribok. les tribunaux sont devenus partie prenante dans la gouvernance des états développés et modernes. sur l’euthanasie par l’affaire Sue Rodriguez. les juristes et même le grand public. On peut mentionner quelques exemples plus récents : Le Renvoi sur la procréation assistée.blogspot. En fait. permettez-moi de faire quelques remarques préliminaires sur le rôle des tribunaux dans la gouvernance des États modernes.

Le débat judiciaire est souvent parallèle au débat politique. par ailleurs. On peut faire deux réflexions immédiatement : 184 http://fribok.blogspot. est-elle valide sur le plan constitutionnel ? Le regroupement forcé des unités d’accréditation dans le secteur de la santé et la limitation imposée d’un maximum de quatre unités de négociation est-il contraire à la liberté d’association garantie de la Charte canadienne selon Dolphin Delivery et.le sens de la liberté La création d’une commission canadienne des valeurs mobilières. qui assure la primauté de la constitution et qui rend inopérante toute règle de droit incompatible avec celle-ci. les instruments de droit dont la Charte canadienne et la Charte québécoise qui ont profondément modifié le mode de gouvernance du pays.com/ . Au premier chef. • L’article 24 qui donne au juge le pouvoir d’accorder la réparation qu’il estime juste et appropriée dans les circonstances. Nous n’avons pas fini d’évaluer les conséquences d’un tel phénomène sur les populations. • L’article 1 qui. garantit les droits et libertés. mais qui. grâce à la technologie moderne. Les causes de ce phénomène sont multiples. En second lieu. selon la décision récente de la Cour suprême dans Health Services. sont devenues à la fois planétaires et instantanées. la révolution des communications qui.c. Il crée le recours ou le « remède » à partir de sa compétence inhérente. d’une part. nous sommes passés d’un régime de souveraineté parlementaire à un régime de primauté constitutionnelle. surtout. permet de les retreindre par une règle de droit dans les limites raisonnables et dont la justification peut être démontrée dans une société libre et démocratique. Deux dispositions ou plutôt trois sont essentielles dans ce changement : • L’article 52 C.

mais c’est peut-être trop tôt pour le dire. ont eu tendance à donner une portée assez large à chacun des droits. notamment par les recours collectifs. évitant le piège de restreindre les droits par une définition trop étroite. 185 http://fribok. aux juristes. Il s’ensuit que les tribunaux ont la tâche de définir le contenu des droits. sondages d’opinion. mais également un contrôle de conformité des lois aux droits et aux libertés fondamentaux. Or. Depuis l’introduction de la Charte en 1982 dans notre droit. en précisant le contour de chacun des droits.michel robert – les limites de la liberté / présentation Le caractère interactif des communications donne un nouveau pouvoir aux citoyens (empowerment) et une tendance très marquée vers des formes de démocratie directe (référendums. les droits et les libertés sont énoncés en termes généraux. Ce Nouveau Monde. la collectivisation des recours procéduraux facilite les contestations judiciaires. Est-ce qu’on peut envisager d’ores et déjà un phénomène semblable quant à l’autorité des tribunaux ? Possiblement. Il faut y réfléchir et s’y préparer. les renvois et les recours multiparties.blogspot. les tribunaux et la Cour suprême notamment. Le thème de la table ronde est la limitation des droits. • Enfin. comme la liberté de religion. etc. blogues. cette nouvelle culture posent des défis considérables aux avocats. nos tribunaux exercent non seulement un contrôle de légalité.com/ • .) au détriment de la démocratie représentative et de la crédibilité et de l’autorité des hommes publics. aux juges. On peut affirmer sans se tromper que durant les 25 premières années de l’interprétation de la Charte. Les instruments de droits sont généralement rédigés dans un style de droit civil par opposition à un style de common law. les causes types.

La Cour suprême du Canada infirmant la Cour d’appel a fait prévaloir la liberté de religion. d’autre part. à première vue. Il est à prévoir que le second quart de siècle de l’interprétation judiciaire portera principalement sur les conflits de droits. semblent. La déclaration de copropriété défendait ce genre de construction. nous sommes appelés à trancher des conflits de droit. et c’est là sans doute. nous disposons de l’article 1 de la Charte qui nous permet de limiter l’exercice d’un droit. la liberté de religion et. les « souccahs » requises à une certaine période de l’année. Jusqu’ici la Cour suprême du Canada n’a pas cédé à la tentation de créer une hiérarchie des droits . car il est formulé dans une prohibition de discrimination applicable à l’ensemble des droits. des juifs orthodoxes voulaient ériger sur leurs balcons dans un édifice à logements de prestige.com/ . comme les droits démocratiques. Il s’agissait ici d’un conflit entre la liberté de religion et le droit à la sécurité de la personne garanti par l’article 7. tout en recherchant un équilibre délicat entre deux droits protégés. La Commission scolaire s’opposait parce que. 186 http://fribok. Le droit à l’égalité également est peut-être aussi dans une catégorie à part. quoique certains droits. Dans l’affaire Amselem. Depuis quelques années. cela représentait un danger pour les enfants. plus difficiles à limiter.blogspot. d’une part. une tendance lourde. on augmente la possibilité de conflit entre deux droits garantis par la Charte.le sens de la liberté Or en ce faisant. Trois exemples jurisprudentiels serviront à illustrer mon propos. selon elle. À cette fin. qui est cependant un véritable couteau recourbé. Il s’agissait ici d’un conflit entre. D’abord l’affaire du kirpan où un élève sikh voulait porter en classe la dague de cérémonie. la règle de la force obligatoire des contrats. La Cour suprême a tranché en permettant le port du kirpan dans un fourreau de bois cousu dans les vêtements.

il s’agissait d’un conflit entre liberté de religion et la planification du territoire par les collectivités locales. Le conflit a été tranché en faveur des témoins de Jéhovah. la Cour d’appel a fait prévaloir le droit des citoyens à la planification du territoire. dans l’affaire de Val-Morin.michel robert – les limites de la liberté / présentation Enfin. Honorable j. Michel robert juge en chef du Québec  187 http://fribok. une autre congrégation juive orthodoxe avait construit une synagogue et une école talmudique dans une zone résidentielle. On le voit facilement. le rôle des tribunaux sera crucial dans les années qui viennent pour faire les nouveaux équilibres dans ces conflits de droit et contribuer à maintenir une société paisible et diversifiée.blogspot.j. Encore là.com/ . Cette fois. Un problème semblable s’est posé dans le conflit opposant les témoins de Jéhovah et la municipalité de Lafontaine à propos de l’érection d’une Salle du Royaume. mais par des arguments de droit administratif.

Malgré que ce principe ait été lui-même le fruit de la réflexion européenne sur la tolérance et la liberté religieuse depuis les écrits de John Locke. ou de promouvoir la religion à l’encontre de la non-religion. 189 http://fribok. Liberty of conscience. New-York. Basic Books.blogspot. Nussbaum propose une intéressante discussion des limites de la liberté religieuse aux États-Unis1. elle met en relief l’importance du XIVème amendement de la Constitution américaine.com/ D . Martha C.La déconFeSSionnaLiSation ScoLaire aU QUébec et L’articLe 41 de La cHarte deS droitS et LibertéS Liberté reLigieUSe et Liberté de cHoix  ans son essai le plus récent. nous sommes surtout confrontés au défi de la protection des convictions minoritaires contre les prétentions des religions 1. Passant en revue l’histoire constitutionnelle du principe d’égalité. In Defense of America’s Tradition of Religious Equality. interdisant au gouvernement d’endosser une religion particulière. la tradition du respect égal de toutes les croyances ne s’implanta que très progressivement en Amérique au cours du dix-neuvième siècle. Dans ce tableau. Nussbaum. la philosophe américaine Martha C. Liberty of Conscience. Martha Nussbaum rappelle comment le domaine du libre exercice de la religion a conduit à la notion d’accommodement raisonnable et son étude met en lumière les nombreuses étapes du progrès vers un respect intégral de la liberté de conscience. 2008.

au cœur de la philosophie libérale. elles sont au fondement d’articles de nos chartes et l’évolution de la jurisprudence nous permet d’en clarifier le sens et la portée au fur et à mesure que des recours sont présentés devant nos tribunaux. 2008. tenant compte de la tendance quasi irrésistible de l’esprit humain à promouvoir ses propres convictions comme positions supérieures ou seules vraies.blogspot.le sens de la liberté majoritaires. Si je me réfère à cette discussion au point de départ de ma présentation. Alors que la discussion libérale se porte surtout vers les droits des minorités et des religions autres que les confessions majoritaires. C’est ce défi qui rend nécessaire un plaidoyer pour l’éducation au pluralisme. les principes qui nous permettent de penser ce qui est perçu par certains membres de la société comme une restriction de leur liberté religieuse ? Disposons-nous. en effet. 190 http://fribok. Le temps de la conciliation. présidée par Gérard Bouchard et Charles Taylor. Le rapport de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles. d’une réflexion satisfaisante sur la liberté religieuse et ses limites ? Quelle est la différence entre la liberté religieuse et la liberté de conscience ? Ces questions sont à la fois vastes et précises : malgré l’ampleur de leur domaine d’application. Je m’intéresserai ici à un point particulier de ce dossier très complexe : la liberté religieuse dans l’éducation. Le motif de sa prise de position en faveur d’un principe d’égalité dans la défense de la liberté religieuse est très proche des raisons qui ont conduit l’année dernière aux travaux de la Commission Bouchard et Taylor1 et plusieurs des analyses de Martha Nussbaum pourraient trouver une application dans des cas similaires au Québec. notamment dans la pratique de l’accommodement en milieu scolaire. a été publié sous le titre Fonder l’avenir.com/ . c’est d’abord parce qu’elle se situe sur le terrain philosophique où je souhaite intervenir : quels sont. Québec. je discuterai plutôt les revendications de ceux qui se présentent comme les représentants de la majorité catholique et qui s’estiment 1.

1999. Ministère de l’Éducation. préparé par le Groupe de travail sur la place de la religion à l’école. émanant de milieux traditionalistes catholiques. relativement à la modification de l’article 41 et je présenterai ma position sur la revendication contestataire. a été publié sous le titre Laïcité et religions. 1. Jean-Pierre Proulx1. Il sera utile. de présenter quelques éléments historiques pour préciser le contexte social dans lequel cette modification de l’article 41 a été introduite et qui a conduit également à l’implantation du cours non-confessionnel depuis septembre 2008 dans toutes les écoles primaires et secondaires du Québec. Je note d’abord que depuis les États généraux de l’éducation et le dépôt du Rapport sur la place de la religion à l’école en 1999.georges leroux – liberté religieuse et liberté de choix lésés par l’avènement de législations laïques.blogspot. Je formulerai enfin quelques conclusions de nature philosophique.com/ . en juin 2005. il me semble important de rappeler deux points. Québec. dans un premier moment. mais seulement les arguments qu’ils mettent de l’avant. le contexte historique de la loi 95 S a n s r e v e n i r s u r l ’e n s e mbl e du pro c e s s u s d e l a déconfessionnalisation au Québec. Pour ces groupes. Ce rapport. Je discuterai ensuite les principes mis de l’avant par la Commission des droits de la personne dans son avis au Ministre. la modification de l’article 41 de la Charte québécoise des droits de la personne. suite aux travaux de la Commission présidée par M. publiques et privées. et d’autre part l’introduction d’un cours non-confessionnel et universel d’éthique et de culture religieuse dans l’enseignement public et privé. Jean-Pierre Proulx. un vaste consensus social s’est développé au Québec concernant la nécessité d’achever le processus de 1. deux législations récentes apparaissent comme des limites intolérables aux droits de la personne : d’une part. présidé par M. Perspective nouvelle pour l’école québécoise. faisant appel aux principes d’une philosophie libérale de l’éducation dans les sociétés multiculturelles. Je ne discuterai pas ici de la représentativité des groupes dont je citerai l’opinion. 191 http://fribok.

Ce processus avait été amorcé en 2000 par le passage des commissions scolaires confessionnelles aux commissions scolaires linguistiques et poursuivi en 2005 par l’abrogation des clauses dérogatoires de la Constitution canadienne. telle que pratiquée dans certains pays d’Europe du Nord. D’une part. Ils privilégiaient ainsi la recherche d’une culture publique commune. qui permettaient jusque-là le maintien des privilèges des catholiques et des protestants pour l’enseignement confessionnel sur les territoires couverts par l’Acte de l’Amérique du Nord britannique. et le refus d’une approche qui dans un contexte de multiculturalisme croissant pouvait conduire à la fragmentation. Le rapport était très clair à cet égard : les deux voies étaient pleinement et également respectueuses du principe de l’égalité. garantissant aux confessions religieuses un accès au soutien de l’État dans l’école publique selon le nombre. nous sommes amenés à constater que le principe déterminant de la déconfessionnalisation fut le principe d’égalité : toutes les religions pouvant prétendre également au même traitement par l’État. une voie communautarienne. une voie de neutralité. pourvu que ce soutien soit offert à tous de manière égale.le sens de la liberté la déconfessionnalisation. les Commissaires faisaient appel à un principe complémentaire : la priorité du bien commun. Lorsque nous relisons les documents qui ont jalonné ce processus. et la 192 http://fribok.com/ . et principalement le Rapport Proulx de 1999.blogspot. renforçant au sein de l’école l’unité de la société. En choisissant la première voie. deux voies étaient possibles et furent reconnues par les commissaires. un choix adopté ensuite par l’État suite à une très vaste consultation publique. Ce principe a fait l’objet d’une discussion approfondie. d’autre part. conduisant progressivement à une déconfessionnalisation complète impliquant une séparation essentielle des responsabilités de l’État et des confessions religieuses dans la transmission des croyances religieuses . et cela incluant le statut de l’enseignement confessionnel dans le cadre scolaire.

193 http://fribok. J’examine maintenant leurs arguments et je présente les principes qui nous permettent d’en débattre. pp. 2008.georges leroux – liberté religieuse et liberté de choix consultation publique a montré qu’il recueillait une adhésion très majoritaire chez les citoyens. les nouvelles mesures législatives et les principes les justifiant Pour satisfaire les exigences de la neutralité et en vue d’une cohérence supérieure des textes fondateurs. Dans les orientations ministérielles. et il se relie à l’éducation civique. promulguées en juin 2005.blogspot. associée au programme d’histoire. le Législateur a dans la foulée modifié un article important de la Charte québécoise des droits et libertés. la Coalition pour la liberté en éducation. dans Jean-Pierre Béland et Pierre Lebuis (sous la dir. On trouvera une bonne synthèse de l’historique de ce cours dans l’étude de Jean-Pierre Proulx. La genèse du programme d’éthique et d’enseignement culturel de la religion. pour toutes les écoles publiques et privées. 2.com/ . 7-17. Ce cours qui vise des objectifs généraux de reconnaissance de l’autre et de poursuite du bien commun vient remplacer la structure optionnelle antérieure de l’enseignement confessionnel et de l’enseignement moral. Les défis de la formation à l’éthique et à la culture religieuse. Québec. le Ministre ajoutait à la déconfessionnalisation une mesure complémentaire : l’introduction d’un cours obligatoire et universel d’Éthique et de culture religieuse. Notons par ailleurs. et c’est un point déterminant. Ces deux mesures législatives. à compter de septembre 20081. La modification de l’article 41 de la Charte constitue un point essentiel du débat sur les limites de la liberté 1. Presses de l’Université Laval. déconfessionnalisation complète et introduction d’un cours d’éthique et de culture religieuse. pour compléter le dispositif normatif de la formation dans l’école québécoise. de). sont actuellement l’objet de contestations de la part d’une coalition qui se réclame de la liberté de choix. que la position de l’État ne s’est pas limitée à une neutralité respectueuse du principe de l’égalité.

le point central de la modification. dans le cadre des programmes prévus par la loi. et c’est la notion d’un droit parental d’obtenir dans l’enseignement public un enseignement. reçoivent un enseignement religieux ou moral conforme à leurs Lors de la révision de la loi en 2000. impossible de maintenir dans l’article 41 de la Charte québécoise une référence à l’enseignement confessionnel dans les écoles publiques. Projet de Loi 95.le sens de la liberté religieuse. Cette conformité fait l’objet du droit parental. dans le respect des droits de leurs enfants et de Cette modification très substantielle a pour effet d’annuler le droit des parents à obtenir dans l’école publique un enseignement confessionnel ou moral conforme à leurs convictions. leurs enfants convictions. ni d’enseignement moral offert dans un cadre confessionnel. leurs convictions. cet article se lisait comme suit : Les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le droit d’exiger que. conduisant à l’adoption de la loi 95. Il n’était donc plus question d’enseignement confessionnel dans les écoles publiques. Il était en effet. puisque la disposition législative qui rendait possible cet enseignement était désormais rendue caduque par l’abrogation des clauses dérogatoires. « religieux ou moral conforme à leurs convictions ». et c’est le point central. dans les établissements d’enseignement publics. ensuite la question du droit parental. une révision rendue nécessaire par la conformité avec l’ensemble de la législation sur la déconfessionnalisation du système scolaire. Deux éléments doivent être ici clairement distingués : d’abord. Mais un élément complémentaire doit être souligné. tel que mis de l’avant dans la revendication de la 1.blogspot. Dans la version de la Charte promulguée en 1975. 194 http://fribok. Loi modifiant diverses dispositions législatives de nature confessionnelle dans le secteur de l’éducation.com/ . cet article fut reformulé de la manière suivante 1 Les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le droit d’assurer l’éducation religieuse et morale de leurs enfants conformément à l’intérêt de ceux-ci.

1. C’est l’introduction de ce cours qui constitue à leurs yeux une intrusion de l’État enfreignant leur liberté de conscience et de religion. je citerai le manifeste de la Coalition pour la Liberté en éducation : En vertu de ce changement. L’État peut donc obliger les enfants à suivre des cours qui vont à l’encontre des principes ou valeurs familiales. ces deux points doivent être considérés distinctement. c’est l’État qui. et présentent moins d’objections à la déconfessionnalisation en tant que telle et à la perte des privilèges confessionnels historiques qu’à l’introduction d’un cours universel qu’ils jugent d’emblée.georges leroux – liberté religieuse et liberté de choix Coalition pour la liberté en éducation. décidera ce qui est moralement bien pour nos enfants. et d’autre part il les prive d’un enseignement conforme à leurs convictions. celle-ci représente une intrusion inacceptable de l’État dans l’éducation des enfants. Mais avant d’entrer dans ce débat. ils devraient pouvoir maintenir une liberté de choisir un enseignement conforme à leurs convictions. ils ne sont plus les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants1. contraire à leurs convictions et néfaste pour leurs enfants. il abolit l’ancien système confessionnel. 195 http://fribok. Manifeste de la Coalition pour la liberté en éducation. Ils considèrent donc le nouvel article 41 comme une atteinte au droit parental. Le projet de loi 95 a donc deux conséquences importantes du point de vue des objecteurs : d’une part. et a priori. Les parents ont perdu le pouvoir de décider pour leur enfant. compte tenu de la revendication relative à la liberté de choix : les parents contestataires considèrent en effet que. Telle est la raison pour laquelle ils considèrent l’article 41 comme une limite de leur liberté. même si rien dans cet article ne constitue une telle limite. Est-ce bien le cas ? Aux yeux de ceux qui contestent la nouvelle formulation de l’article 41. Dans la discussion de la déconfessionnalisation du système public. et ils plaident donc que l’État a une obligation de rendre possible ce choix.com/ . désormais.blogspot. Avril 2008. nonobstant le processus de déconfessionalisation.

comme la seconde phrase le précise. sur l’obligation faite par l’État de suivre un cours contraire aux principes ou valeurs de la famille. garantissant un enseignement confessionnel selon l’appartenance à divers groupes religieux. au bout du compte. Il sera donc important de mesurer comment cette contradiction entre un cours non-confessionnel et des valeurs familiales peut être établie ou mesurée. d’autre part.blogspot. ils font prévaloir un principe de liberté de choix. publié en juin 2005. selon eux plus respectueux du principe de l’égalité. Ils exigent en conséquence le rétablissement de l’ancienne formulation de l’article 41 et ils demandent la réintroduction de l’enseignement confessionnel optionnel dans l’école publique. Ces parents ne s’opposeraient pas à un modèle communautarien. Ces arguments peuvent-ils être considérés par le Législateur. y compris la sphère religieuse. considéré comme un privilège historique. renonçant ainsi à un débat sur le principe et le fond. dans le volet moral ou normatif de l’enseignement. les parents font valoir un droit parental. d’une exemption. la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a proposé de distinguer quatre registres différents de la discussion.com/ . selon les principes en cause : texte disponible en ligne sur le site web de la CLE. 196 http://fribok. le mandat de l’école publique est le bien des enfants et l’État ne saurait s’en abstenir. L’affirmation selon laquelle l’article 41 établirait un pouvoir de l’État sur la nature du bien moral pour les enfants est évidemment une formulation dépourvue de sens : de toute évidence. Le dossier public actuel montre qu’ils se satisferaient cependant.le sens de la liberté Cette position se fonde sur deux principes qui méritent d’être examinés : d’une part. et ils accepteraient la coexistence dans l’école publique de plusieurs enseignements religieux confessionnels distincts. La contestation porte donc ici. sans atteinte au principe de l’égalité ? Dans son avis au Ministre sur le projet de loi 95.

1. Les deux premiers registres de la discussion font retour sur les articles 3 et 10 de la Charte : d’une part la liberté de religion et la liberté de conscience. 197 http://fribok. cette exigence n’a plus d’objet. Ces principes ont préséance sur tout autre et ils sont au fondement de la neutralité de l’État. Les droits des parents. a cependant une responsabilité de protection de ces droits fondamentaux. 4. Consultations particulières sur le projet de loi 95. Le contexte juridique canadien et la question des clauses dérogatoires. tout en n’ayant aucune obligation de mise en œuvre vis-à-vis quelque confession que ce soit. Selon la nouvelle formulation. c’est-à-dire n’introduire aucune discrimination fondée notamment sur la religion. C’est ce double dispositif qui trouvait dans l’ancienne formulation de l’article 41 une interprétation décisive. considérés comme droits fondamentaux pour l’individu. L’ensemble du domaine scolaire est en effet délesté de l’obligation de transmission de normes ou croyances religieuses.blogspot. Commission des droits de la personne et de la jeunesse. Par ailleurs. Juin 2005. et le mandat délégué antérieurement à l’État par les Églises est désormais résilié. celui-ci. Dans le domaine de l’accommodement raisonnable. 3. et qui ont comme corollaire l’impossibilité pour l’État d’introduire une contrainte en matière religieuse. le droit à l’égalité doit être interprété selon la Commission comme étant relié dans le cadre scolaire prévu par l’article 40 de la Charte : dit autrement. Le droit à l’égalité.com/ . en vertu du principe de l’égalité. Le respect de la liberté de conscience et de religion.georges leroux – liberté religieuse et liberté de choix 1. reconnu comme principe. puisque cet article établissait les droits des parents à « exiger » de l’État un soutien positif à un enseignement religieux et moral conforme à leurs convictions. l’État doit veiller particulièrement à ce que chacun soit traité avec égalité1. 2. le droit à l’instruction publique pour tous doit respecter le principe de l’égalité.

Cette position a été reprise par la Commission européenne. Selon cette formulation. le Comité des droits de l’homme des Nations Unies a confirmé la possibilité pour l’État d’offrir un enseignement d’histoire des religions ou d’éthique. Cette approche se retrouve dans le Protocole additionnel à la Convention européenne des droits de l’homme (article 2). qui garantit le respect des convictions des parents dans l’éducation de leurs enfants. en réponse à des demandes des Nations Unies et de la Commission européenne pour faciliter l’enseignement sur les religions et les croyances afin de promouvoir la tolérance et la compréhension. le principe en cause est le suivant : les parents doivent être protégés de tout endoctrinement. rappelle que cette formulation de l’article 41 se situait à très grande distance de l’obligation préconisée par le Pacte international relatif aux droits civiques et politiques (article 18. qui a préparé l’avis de la Commission. Il ne s’agit donc nullement d’un texte fondant le droit parental à obtenir de l’État la mise en œuvre d’un enseignement religieux confessionnel ou moral selon leurs convictions dans l’école.com/ . mais au contraire d’un texte fondant le droit des parents à mettre en œuvre.blogspot. dans un avis (20 juillet 1993). cette éducation. qui garantit aux parents le droit de « faire assurer l’éducation morale et religieuse de leurs enfants conformément à leurs convictions ». et ils peuvent choisir les moyens d’assurer l’éducation de leurs enfants selon leurs convictions. paragr. qui a mandaté un groupe de travail chargé de faire des recommandations sur les meilleurs moyens de soutenir cet enseignement et de former les enseignants dans un contexte de neutralité1. Ce groupe s’est 1. Les Principes Directeurs de Tolède (Toledo Guiding Principles on Teaching about Religions and Beliefs in Public Schools) ont été rédigés et rendus publics à Tolède en juin 2007. garantissant de la sorte le respect des convictions des parents dans l’éducation de leurs enfants.le sens de la liberté Me Pierre Bosset. 4) de l’Organisation des Nations Unies. De plus. pourvu qu’il soit offert de manière non-confessionnelle et hors de toute finalité d’endoctrinement. eux-mêmes ou en recourant aux moyens qu’ils jugent pertinents. Ils sont publiés par le Bureau des Institutions 198 http://fribok.

une formulation universelle du droit à l’égalité. et d’autre part le respect de l’article 18 du Pacte international relatif aux droits civiques. nous voyons donc que la contestation actuelle se fait d’abord au nom d’un refus de la prérogative de l’État de promulguer un principe d’égalité qui aurait pour conséquence la perte des privilèges d’un groupe ou d’une confession. que cette obligation ne fait aucunement partie des responsabilités de démocratiques et des Droits Humains (Office for Democratic Institutions and Human Rights. elle s’est terminée par l’adoption de la loi 95 et la déconfessionnalisation du système public d’enseignement. mais elle n’a jamais existé : les privilèges des confessions catholique et protestante résultaient d’un aménagement législatif. ODIHR) et l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). Si nous tentons de mesurer la portée de cet argument dans la discussion sur les droits des parents. La discussion publique qui a conduit à l’abrogation de ces clauses a été lente et pleine de précautions et suite aux délibérations de la Commission sur la place de la religion à l’école. et c’est aussi l’objet du consensus actuel. les parents contestataires argumentent comme si l’État avait une obligation de soutenir l’éducation morale et religieuse pour tous les parents.georges leroux – liberté religieuse et liberté de choix réuni à Tolède en juin 2007 et a rendu publiques ses constats et recommandations. et non pas seulement de les protéger de l’endoctrinement ou de la discrimination de positions majoritaires. selon leurs convictions.com/ .blogspot. L’avis de la Commission des droits de la personne a donc recommandé la modification de l’article 41 et l’adoption du texte actuel en se fondant sur deux principes : d’une part. Il semble clair. Or cette obligation non seulement n’existe pas dans la Loi de l’instruction publique. En réclamant une liberté de choix. rendu possible par le recours aux clauses dérogatoires de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique. 199 http://fribok.

anglaise et canadienne. L’approche de protection et de vigilance. Münster. Scheilke et Peter Schreiner. Dans le cas du Québec. 1985 . L’expérience américaine. et la décision du Législateur. « Schriften aus dem Comenius-Institut. et le recueil préparé par Hans-Günther Heimbrock. Christoph T. il ne le fonde donc pas. LIT Verlag. Diversity as a Challenge for Education in Europe. Un examen de la littérature pertinente exigerait une longue analyse. Education and Religious Diversity.le sens de la liberté l’État dans la philosophie libérale moderne1 : d’abord en raison des conséquences qui en découleraient pour l’application du principe de l’égalité. fondée sur la neutralité et l’égalité. Waterloo. Band 3 ». Sir Wilfrid Laurier University Press. je me contenterai de renvoyer aux nombreux travaux de Robert Jackson. mais socialement sage et pertinente. en mettant en œuvre les conclusions du Rapport Proulx. dans un contexte libéral. Mais ces raisons sociales ne sont pas des raisons fondamentales. ensuite pour des raisons intrinsèques relatives à la neutralité de l’État. pour rassurer les parents et garantir le respect de leurs convictions ? Dans la contestation de l’article 41. de Fernand Ouellet.blogspot. Londres. 2001. le recours à la liberté de religion et à la 1. et notamment son livre International Perspectives on Citizenship. Towards Religious Competence. Le principe de l’égalité possède une valeur absolue. car le respect de la neutralité pourrait être promu comme principe même dans une société homogène et religieuse.com/ . a été de le considérer tel. L’ étude des religions dans les écoles. Il est dès lors peu probable que l’argument dit de « liberté de choix » apparaisse au Législateur comme introduisant une restriction intolérable des droits des parents : la nouvelle formulation de ces droits dans l’article 41 représente une protection supérieure en fonction du principe de l’égalité. l’objectif complémentaire de la poursuite du bien commun vient confirmer cet argument. est-elle suffisante. voire d’une position non-religieuse hostile à la religion. 2003. Dans un contexte de pluralisme croissant. et elle renforce la neutralité de l’État. cette position était non seulement fondée. Routledge Falmer. où l’État pourrait se tenir pour obligé de ne pas favoriser la transmission d’une foi religieuse. 200 http://fribok.

et de créer pour eux un statut d’exemption. ces parents réclament donc de soustraire leurs enfants à un enseignement qui fait partie intégrante du Programme de formation de l’école québécoise. Cette exemption vaudrait autant pour le volet d’éthique du programme que pour le volet de culture religieuse. même dans une perspective non-confessionnelle. Cette attitude de refus les conduit à demander l’exemption de ce cours. pour leurs enfants. mais encore expriment-ils un doute et une crainte considérables vis-à-vis toute proposition d’un enseignement non-confessionnel de connaissances historiques ou anthropologiques en matière religieuse et morale. un enseignement historique des religions ou des morales présente le risque d’une atteinte profonde à leur liberté de conscience. pour montrer qu’il ne présente aucun des dangers présumés mis de l’avant par les parents contestataires. En réclamant le libre choix. l’introduction du cours d’Éthique et de culture religieuse.georges leroux – liberté religieuse et liberté de choix liberté de conscience doit être interprété comme un recours sérieux. Non seulement refusent-ils en effet une universalisation du droit à l’égalité. Dans la discussion de ce recours. par dérogation. dans une présentation du programme. je tenterai plutôt de comprendre leurs arguments. Selon eux. c’est-à-dire une interprétation de la nouvelle formulation de l’article 41. 201 http://fribok.blogspot. et non seulement comme le projet de rétablir l’ordre qui prévalait antérieurement. révèle l’écart qui sépare la position de l’État de la position des contestataires. je propose donc de le considérer sur la base des droits invoqués : l’article 41 peut-il satisfaire les parents qui craignent l’endoctrinement dans le nouveau système déconfessionnalisé ? C’est précisément sur ce point que le deuxième volet des mesures législatives. mais celui du droit des parents à assurer l’éducation de leurs enfants selon leurs convictions. à ce stade. Le principe auquel les contestataires ont alors recours n’est pas celui de l’égalité. Je ne m’engagerai pas. parce que la déconfessionnalisation conduit à leurs yeux à la perte des privilèges de certains.com/ . et à l’éducation de leurs enfants.

La limite de l’intervention de l’état est en effet une limite négative : l’État doit d’abord protéger toutes les personnes et associations de la discrimination et de toute manifestation d’intolérance. On peut lire à ce sujet les actes d’un colloque tenu à Oslo en septembre 2004. par exemple. d’être exposés à la présentation de doctrines non-créationnistes de l’évolution. exprimée par exemple dans la doctrine lockienne classique du droit à l’association religieuse ne saurait être confondue avec un droit au soutien de l’État pour toute forme d’association religieuse. la liberté positive de la croyance et de la conviction.le sens de la liberté C’est en effet très précisément ce principe du droit parental en matière morale et religieuse qui a été placé au centre de la discussion américaine sur le droit des « home schoolers » de soustraire de l’école publique leurs enfants. qu’elles soient ou non confessionnelles. pour leur éviter. notamment dans divers comités de la Commission européenne. sous le titre : Teaching for tolerance. ou d’éducation conforme aux principes de telles associations. plusieurs pays de l’Union ayant décidé de procéder à l’implantation de modèles très semblables à celui du Québec1. Mais cette approche ne dispose pas de la position contestataire sur l’impossibilité de la neutralité. Si cet argument est clair. L’expérience norvégienne présente d’intéressantes similitudes avec le cas du Québec. celui qui concerne l’endoctrinement l’est en effet sans doute beaucoup moins : il ne s’agit pas d’un argument de principe. Ce doute mérite un examen plus détaillé que celui que je peux produire ici. Mais aucune obligation ne lui est faite de soutenir une association ou une conviction plutôt qu’une autre dans un contexte libéral. 1. et il est l’objet d’une très vaste littérature.com/ . mais d’un doute radical porté sur la possibilité de la neutralité. dont les arguments viennent ici en soutien de ceux que j’ai évoqués plus haut. Comme le montre Martha Nussbaum dans son livre. et il doit déployer à cet effet des moyens particuliers.blogspot. ou d’être soumis à des environnements pluralistes ou considérés par eux comme moralement dégénérés. respect and 202 http://fribok. dans les matières morales et religieuses.

Cette résistance semble en effet moins motivée par la crainte d’une neutralité manquant de rigueur que par la menace. de la présentation du pluralisme moral et religieux en tant que tel. Nous sommes ici au cœur du débat : le doute sur la neutralité constitue-t-il en soi un argument susceptible de soutenir la prétention de ceux qui affirment que leurs droits fondamentaux sont brimés par un programme non-confessionnel ? Cette question mériterait une longue discussion. et c’est donc ailleurs qu’il faut chercher les raisons profondes de leur hostilité au programme. La neutralité. Quels enjeux ?. On trouvera également une réflexion très riche dans l’ouvrage collectif. Un défi pour l’école. nous montre que.com/ .blogspot. comme toutes les sciences humaines. Presses Universitaires de Rennes. Rennes. publié sous la direction de Dominique Borne et Jean-Paul Willaime. 2007. ce doit toujours être en association avec une doctrine rigoureuse de l’objectivité et de la neutralité des enseignants soutenue activement par l’État. Avec une préface de Régis Debray. et notamment la présentation de Oddbjørn Leirvik. C’est en effet la différence des croyances religieuses et des systèmes moraux. une différence historiquement indéniable et toujours en évolution. disponible en ligne. à leurs yeux très réelle. constituer des idéaux aussi absolus dans les matières morales ou normatives que dans les matières scientifiques ou mathématiques. à la pluralité des interprétations1.georges leroux – liberté religieuse et liberté de choix L’exemple de la Norvège. si l’enseignement des principes humanistes de l’éthique et l’introduction à la réflexion critique sont préconisés pour l’école élémentaire et secondaire en même temps que l’introduction aux grands récits et aux traditions religieuses de l’humanité. 2006. Armand Colin. 203 http://fribok. Aux recognition in relation with religion or belief. pour ne citer que celui-là. 1. La neutralité ou l’objectivité ne peuvent certes. Enseigner les faits religieux. en aucun cas. qui paraît ici l’obstacle majeur. On ne peut penser cependant que les objecteurs au programme n’aient pas conscience de cette évidence. Voir par exemple l’étude de Roland Le Clezio. Même le domaine de l’histoire se révèle toujours ouvert. Paris.

Le fait. la nouvelle formulation de l’article 41. n’être que « relativiste ». selon ces parents. C’est donc sur la base d’une accusation de « relativisme » que ces parents attaquent. au nom de la liberté religieuse et de la liberté de conscience. en vertu même des principes de la philosophie libérale qui sont promus dans nos sociétés. est une attitude surprenante dans le monde contemporain. les parents placent d’abord leur crainte que. que ces parents puissent librement. Mais on peut certes la comprendre dans le contexte de l’évolution du Québec actuel. fondée sur la révélation. mais qu’il doit absolument l’être. nous pensons par ailleurs que la présentation du pluralisme et de la différence est non seulement possible dans nos écoles. Un programme non-confessionnel ne saurait donc.blogspot. Nous pensons en effet qu’un programme non-confessionnel non seulement peut être neutre. mais qu’il ne peut être réfuté comme un simple argument : les parents qui expriment ce doute ont le droit d’être rassurés.com/ . qui accède à une laïcité encore inconnue dans nos institutions et où subsiste une anxiété de disparition plus profonde qu’on ne le croit généralement. mais ils expriment aussi par là la crainte qu’aucune religion ne soit présentée comme dépositaire de la vérité. par exemple. mais qu’elle est essentielle à l’éducation de la jeunesse.le sens de la liberté yeux des parents contestataires. refusent pour leurs enfants la connaissance de la culture religieuse ou non-religieuse de ceux qui ne partagent pas leur croyance. les croyances semblent toutes de même valeur aux yeux des jeunes. s’appuyant sur ce qu’ils prétendent être la vérité de leur foi. Sous ce terme. l’éducation religieuse des enfants présuppose l’unicité de la foi religieuse et l’adoption d’une posture de vérité. tous croyants catholiques et non pas membres de confessions minoritaires comme on aurait pu le supposer. au sein 204 http://fribok. Que des parents croyants. présentées de manière non-confessionnelle. le relativisme conduisant irrésistiblement à une forme appuyée de cynisme. Nous voyons ainsi que le doute sur la possibilité de l’objectivité et de la neutralité exige non seulement une considération méthodique.

qui consiste à réclamer juridiquement un statut d’exemption. ces parents expriment donc un désarroi authentique devant un enseignement qui ne reconnaît le privilège d’aucune confession religieuse et aborde toutes les religions de manière culturelle. musulmanes ou autres. 2007. Éthique. ils montrent sans doute qu’ils ne prennent pas eux-mêmes au sérieux la volonté du Législateur de promouvoir à la fois la neutralité et la culture religieuse. Fides. constitue une position qui ne convaincra jamais les tenants de positions communautaires. mais la situation présente nous montre aussi que l’argumentaire social et politique en vue de la connaissance de l’autre et la poursuite du bien commun. il y a un pas que la majorité hésitera à franchir. Montréal. culture religieuse et dialogue. La position de repli. On peut être d’un avis contraire et penser qu’une telle interprétation de l’article 41 est une interprétation retorse. J’ai présenté moi-même un tel argument dans mon essai.georges leroux – liberté religieuse et liberté de choix de structures paroissiales. On peut y lire un renoncement à la demande de libre choix. juives.blogspot. Pour ces groupes. 205 http://fribok. De là cependant à tirer de cette crainte un argument se fondant sur la liberté religieuse. la liberté religieuse et la liberté de conscience ne seraient respectées qu’en restaurant l’ordre ancien.com/ . ne semble pas suffisant. est bien sûr une demande de compromis. Quand ces parents contestataires retournent un argument de neutralité comme celui que nous trouvons dans la nouvelle formulation de l’article 41 contre la position même de l’État. les deux finalités qui justifient la nécessité d’une éducation au pluralisme. Arguments pour un programme. Habitués à s’appuyer sur l’État pour transmettre la foi. comme le font toutes les communautés actives au sein de notre société. mais en fait l’exemption 1. dans un contexte de transformation sociale1. mais elle équivaut au refus d’un programme universel. voire sectaires. encore moins ses capacités d’endiguer l’endoctrinement. c’est-à-dire les privilèges d’une confession. éduquer religieusement leurs enfants.

N’oublions pas que le programme a reçu du Législateur une consigne très claire : le christianisme. La situation actuelle. qui a confirmé les analyses lucides du Rapport Proulx. je l’espère. par une obligation de soutien. nous devons reconnaître que le doute porté sur l’objectivité dans les matières religieuses et morales doit être pris très au sérieux. qui est un acquis de la laïcité moderne. car ce programme est proposé comme un élément essentiel de l’éducation au pluralisme dan un contexte de neutralité et de laïcité. notamment de l’expression relative au 206 http://fribok. En revanche. Ce doute doit nous conduire à une rigueur supérieure concernant la mise en œuvre d’une authentique neutralité. ensuite des arguments qui dans ce cas où le soutien serait restauré protégeraient l’égalité. précises. le judaïsme et les spiritualités amérindiennes doivent en constituer les domaines privilégiés. Mes conclusions seront brèves et.com/ . La position du Gouvernement du Québec dans l’achèvement du processus de déconfessionnalisation du système scolaire repose sur un recours rigoureux au principe de l’égalité. ne rend possible ni les uns ni les autres. Une interprétation littérale du texte de l’article 18 du Pacte international. On peut donc comprendre les raisons qui ont amené la Commission Bouchard Taylor à recommander dans son rapport l’implantation du programme d’Éthique et culture religieuse.le sens de la liberté maintient cette demande de manière affaiblie. Il faudrait pour cela deux ensembles d’arguments qui ne semblent pas disponibles : d’abord des arguments pour renverser la position de neutralité. qui les inciteront à adhérer à une laïcité ouverte et généreuse. Il faut espérer que la poursuite du débat public introduira des arguments qui seront de nature à rassurer ces parents. Il me semble très difficile de contester la nouvelle formulation de l’article 41 de notre Charte en invoquant une atteinte à la liberté de conscience ou à la liberté de religion.blogspot. qui est ici proposé dans un dispositif institutionnel où il renforce la neutralité de l’État eu égard au pluralisme religieux et moral.

pourrait-on y trouver argument contre la liberté de conscience ? Ou encore. Le panthéisme romantique ou l’athéisme rationnel. si un élève du secondaire est amené à lire Goethe ou Voltaire. sécularisées. La déconfessionnalisation appartient à ce corps législatif égalitaire et nous devons nous en réjouir. La contestation actuelle de parents catholiques doit nous protéger de ce qu’elle appelle « overconfidence » : il ne suffit pas en effet de mettre en place des législations généreuses. Comme Martha Nussbaum nous y invite. des arguments clairs en soutien de l’objectivité et de la neutralité dans notre rapport à la transmission du patrimoine moral et religieux de l’humanité autant que dans l’éducation éthique de la jeunesse. tolérantes et soucieuses de l’égalité. nous devons concevoir notre responsabilité à l’égard de la liberté de conscience et de la liberté de religion d’abord comme une responsabilité de vigilance et de protection contre la tyrannie de la majorité. Par exemple.georges leroux – liberté religieuse et liberté de choix « choix des moyens » peut en effet conduire certains à contester toute forme d’éducation ou d’enseignement pouvant avoir une portée morale. pourrait-on y trouver argument contre la liberté religieuse ? Si par surcroît on invite cet élève à réfléchir sur le défi de la coexistence commune et sur la reconnaissance de l’autre. des synagogues et des mosquées.com/ . Il nous appartient par conséquent de développer. comme le font partout actuellement aux Etats-Unis comme en Europe. Mais encore faut-il rendre possible l’avènement de cet espace public 207 http://fribok. dira-t-on que la seule mention de l’autre induit le relativisme et conduit à l’endoctrinement ? Nous savons que ces positions sont hélas représentées dans quelques milieux particulièrement inquiets de l’éducation morale et religieuse de leurs enfants. spirituelle ou religieuse. ne sont que des exemples des occasions où une certaine rigidité peut conduire à des excès dans la revendication de la liberté de conscience et de religion. pour ne rien dire de la réalité du pluralisme.blogspot. si un élève du primaire est invité à remarquer que sur le territoire où il habite sont présentes à la fois des églises.

cela ne devrait avoir aucune importance. Martha C. mais comme l’écrit Martha Nussbaum.blogspot. même quand ils jugent que ces conclusions et ces chemins sont profondément erronés1. Tous les parents demeurent catholiques. et il est essentiel qu’il ne soit pas un lieu catholique ou protestant ou athée. mais un lieu civique où se rencontrent diverses conceptions de la vie bonne et où entrent en discussion les principes qui les soutiennent. protestants. 362. par des chemins divers. L’école constitue un tel lieu.com/ . op. Nussbaum. 208 http://fribok. cit. . Mais ils reconnaissent que l’espace qu’ils partagent avec d’autres est un espace où existent des opinions différentes sur des questions ultimes. » georges Leroux. musulmans ou athées.le sens de la liberté pluriel où elle peut être mise en œuvre sans donner l’apparence de brimer « la liberté de choix » et sans causer une inquiétude déstabilisante à des groupes de la population qui n’en comprennent pas les motifs.p. dans l’école. et ils respectent les ressorts de la conscience chez leurs concitoyens qui les conduisent à des conclusions différentes. professeur émérite département de philosophie Université du Québec à Montréal  1. « non pas parce qu’ils n’enseignent pas ces valeurs à leurs enfants et les chérissent comme leur meilleur espoir personnel dans un monde confus.

» (La Boétie. c’est la loi qui permet de sortir des impasses de l’indépendance en nous libérant des rapports réels de dépendance matérielle qui nous lient les uns aux autres. absence de toute immixtion d’autrui dans ma sphère d’action. ».La Pire deS LoiS vaUt-eLLe MieUx QUe Le MeiLLeUr deS MaîtreS ?  orsque Rousseau écrit dans la 8ème Lettre de la Montagne : « la pire des lois vaut encore mieux que le meilleur des maîtres. il entend par loi une déclaration de la volonté générale sur un sujet d’intérêt commun et par maître le maître d’esclave.blogspot. Il maintient le sens premier d’eleutheria des grecs et de libertas des romains pour qui la liberté se définissait comme absence d’ esclavage qui consiste à vivre à la merci d’autrui « C’est un extrême malheur d’être le sujet d’un maître duquel on ne peut jamais être assuré qu’il soit bon puisqu’il est en sa puissance d’être mauvais quand il voudra . Constant). entendue comme non interférence. entre autres.com/ L . Liberté politique et indépendance s’excluent mutuellement. chez B. La liberté pour Rousseau est une liberté que j’appellerai républicaine. une liberté qui pose ses propres réquisits institutionnels. Contr’un). Il s’ensuit une critique radicale de la 209 http://fribok. entendue comme absence de domination. La liberté dont se réclame Rousseau n’est pas la liberté négative dont parlera plus tard Isaah Berlin (qui l’a trouvée. car le maître a des préférences arbitraires et la loi n’en a jamais.

com/ . vendre choisir sa résidence etc.. elle est mise en question comme source de misère et d’horreur. La question recouvre alors une pertinence inattendue : une servitude indéterminée.. on peut néanmoins sous l’effet du danger qu’il y a à les rompre faire qu’ils résistent.le sens de la liberté propriété privée entendue comme fondement du lien social. l’assujettissement volontaire aux lois au nom de la liberté ne revient-il pas à se forger aussi des chaînes ? Hobbes n’a pas d’hésitation sémantique : eux-mêmes ont fabriqué un homme artificiel appelé République. ils ont aussi fabriqué des chaînes appelées lois civiles qu’ils ont euxmêmes par des conventions mutuelles attachées au bout des lèvres d’un De même que les hommes pour se procurer la paix et par là se préserver homme ou d’une assemblée à qui ils ont donné le pouvoir souverain et propre aucune force. La question que je pose dans cette intervention en fait surgir immédiatement une autre : si l’esclave emblématique a des fers et des chaînes.blogspot. l’origine réelle ce qui revient à la comprendre à la fois comme droit et comme fait. ser vice forcé de l ’esclave ou assujettissement volontaire du citoyen aux lois. laissée à la discrétion d’un bon maître ne vaut-elle pas mieux qu’un assujettissement volontaire retourné en servitude surdéterminée? 210 http://fribok. l’assujettissement volontaire pourrait paraître préférable si ce choix ne se heurtait dans la réalité à des exigences excessives du pouvoir telles que la soumission à un bon maître peut sembler préférable (en effet . le peuple n’a jamais le pouvoir. Ces liens qui n’ont par leur nature La liberté pour Hobbes réside dans ce que la loi passe sous silence. la souveraineté du peuple étant proclamée. Chaînes pour chaînes. acheter. (Léviathian. II. voilà l’alternative. il a des représentant qui gouvernent pour lui) . XXI) de l’autre à leurs propres oreilles. il s’agit d’en découvrir le titre juridique.

mais à la simple réciprocité qui existe déjà normalement dans l’échange économique où ce que donne l’un est égal à ce que donne l’autre en retour. il faut ajouter avec Rousseau l’idée de mutualité des individus où ce que fait l’un affecte tous les autres : « Les engagements qui nous lient au corps social ne sont obligatoires que 211 http://fribok. limitée. abusera à coup sûr de sa liberté à l’égard de ses semblables . nous retombons sur la question circulaire : « qui éduquera les éducateurs du peuple ? » À la place du dernier maître de la série. C’est en consentant à la limitation d’une liberté naturelle sans limites que l’on conquiert la liberté légale. Kant la définit comme la faculté de n’obéir à aucune loi extérieure si ce n’est à celles auxquelles j’ai pu donner mon assentiment . cette liberté s’accompagne d’un droit de contrainte essentiel. Ce maître ne peut se trouver que dans l’espèce humaine et il est lui aussi un animal qui a besoin d’un maître qui doit être juste par lui-même.blogspot. il faut remplacer la fatalité d’une nature animale par le destin des groupes et la formulation de lois multiples qui ne me forcent pas comme la loi du maître mais m’obligent dans la mesure où j’y ai consenti. c’est sur cette loi de contrainte réciproque que s’édifie pour Kant la construction du concept de droit. il a donc besoin d’un maître qui limite sa volonté particulière et le force à obéir à une volonté universellement valable afin que chacun puisse être libre. le citoyen jouit par la même du droit d’y contraindre tout un chacun. il faut mettre la loi ou plutôt les lois. Quel critère permet de distinguer servitude et assujettissement aux lois ? Une fois admis le postulat kantien : l’homme est un animal qui.paule-monique vernes – la pire des lois. Tâche impossible.. lorsqu’il vit parmi d’autres membres de son espèce.com/ . En s’obligeant au respect de la loi.. De nouvelles questions s’ajoutent à la question initiale : 1. tenté d’y contrevenir. C’est la réciprocité conquise sous la contrainte acceptée qui semble distinguer la servitude et l’assujettissement politique.

car le consentement est dans la résidence : en principe. ne ferait que consacrer ce à quoi elle s’oppose. La liberté de chacun comme autonomie. on peut toujours s’en aller.. comme obéissance à la loi qu’il se prescrit à lui-même. dans Le Citoyen contre les pouvoirs : Nous cherchions une décision et nous trouvons une circulaire recommandée . si elle en reste à elle-même. Ce n’est pas le seul cas de l’État totalitaire mais aussi celui de l’État démocratique dans des situations dont le paradigme pourrait être les avis de mobilisation.. la forme de cet ordre effrayant mérite attention. l’administration y a mis sa marque. cette liberté. la mutualité est inscrite dans l’obligation et non pas le seul consentement. on ne peut que s’engager mutuellement . c’est pourquoi l’obéissancecontrainte réapparaît dans le cercle politique. C’est à peu près comme si on nous avait dit ceci : Pour des raisons administratives et conformément aux 3600 circulaires antérieures. À propos de la mobilisation générale du 3 août 1914 Alain écrit.blogspot. par des lois s’adressant à des citoyens mais par notes de service destinées à quelques milliers de fonctionnaires. a fortiori un bon maître. 212 http://fribok. comme il est. la plupart confidentielles. N’est-il pas de situations où l’on préférerait un maître. L’État se montre ici sans visage. qu’il ne procède plus après débats et votes d’apparat.com/ . fonde la possibilité d’un monde moral. » Ce lien de l’obligation et de la mutualité est le pendant inversé de l’impossibilité de promettre d’obéir : On ne peut promettre d’obéir. elle ne ferait qu’entériner la violence diffuse dans la société. toutes les libertés sont suspendues et la vie des personne de moins de 50 ans n’est plus garantie.le sens de la liberté parce qu’ils sont mutuels et leur nature est telle qu’en les remplissant on ne peut travailler pour autrui sans travailler aussi pour soi. à cette obéissance-contrainte à laquelle on a consenti ? C’est lorsque l’État est sans visage.

il y a toujours un espoir si mince soit-il.com/ . L’État sans visage ne laisse aucune espérance. il y a une différence essentielle qui le punit a étè faite en se faveur : un meurtrier a joui de la loi qui ce qui fait que la mort d’un criminel est chose licite.. Dans cette perspective une loi peut être bonne en soi et mauvaise pour moi dans la mesure où elle me prive de la jouissance d’un bien ou réduit la puissance d’agir de mon corps. déboucher sur une exception. prête à le condamner à mort ? L’alternative est d’autant plus pressante que la loi est mauvaise pour moi ou en soi. Une chose mauvaise entraîne une diminution de ma puissance d’agir et par conséquent un sentiment de privation et de tristesse. La délibération du maître peut se solder par une amnistie. 2.. aussi comme le conclut Alain : « Il n’y eut point de discours et chacun alla graisser ses bottes.blogspot. moins exceptionnelle qu’on le croit dans nos démocraties. IV. Face à la froideur bureaucratique et parfois kaf kaienne. 2) est mauvais ce que nous savons empêcher que nous possédions un bien. le face à face avec un maître peut sembler préférable. » Peut-être n’est-il pas nécessaire d’envisager ces extrémités pour préférer l’arbitraire d’une volonté dont on ne peut jamais s’assurer qu’elle soit mauvaise puisqu’il est toujours en sa puissance d’être bonne quand elle voudra. c’est que la loi 213 http://fribok.paule-monique vernes – la pire des lois. qui ne préférerait pas le meilleur des maîtres plutôt que de tomber sous le coup d’une loi. le condamné à mort au nom de la loi n’est-il pas dans le même cas que l’esclave exécuté sur un simple claquement de doigt du maître ? Pour Montesquieu. Une fois la sentence prononcée. Qu’est-ce qu’une loi mauvaise pour moi ? Selon Spinoza (Éthique. C’est le cas d’une expropriation légale et d’une condamnation à mort ou à l’incarcération après délibération de l’organe judiciaire. déf. La formule de La Boétie peut en effet être renversée.

Le positivisme juridique est l’idéologie de l’omnipotence du législatif que signale Tocqueville (DEA. à la liberté et à la sûreté de sa personne. « un homme à qui on ferait son procès et qui devrait être pendu le lendemain serait plus libre qu’un bacha ne l’est en Turquie ». donne théoriquement raison à la thèse du positivisme juridique. Formellement la loi.L II. pour l’instant. la validité objective du droit positif n’est que relative.com/ . Cette barbarie se pratique encore dans des sociétés civilisées qui combattent par ailleurs la violences organisée chez les autres. ils sont à peu près contents ». le juste et l’injuste : il faut obéir à la constitution qui est en gros et de façon générale efficace. La logique du raisonnement est impeccable à partir de ses prémisses mais ne peut-on pas considérer la peine de mort comme une expulsion sacrificielle et le remède mortel d’une société malade qui n’a pas su éduquer certains de ses membres ? Qu’un certain nombre d’États l’ait supprimée témoigne sans doute que la peine de mort est une loi mauvaise en soi. qui part de Hobbes pour aboutir à Kelsen.7) : « Les légistes craignent moins la tyrannie que l’arbitraire et pour peu que le législateur se charge lui-même d’enlever aux hommes leur indépendance. 2). il ne peut Alors. le vivant faisant tout.le sens de la liberté le condamne elle lui a conservé la vie à tous les instants. donc pas réclamer contre elle (EDL XV. 214 http://fribok. contrevenant à la déclaration de droits. par-delà sa contingence que sa soudaine abrogation confirme. non pour se conserver mais pour s’accroître.blogspot. Ce qui. c’est la loi. l’essence de la loi réside dans sa forme et le critère de l’ordre juridique est la contrainte : on ne peut refuser à aucun ordre juridique la validité sous prétexte du contenu de ses normes. conclut Montesquieu. elle est en deça ou par delà le bien et le mal. selon laquelle tout individu a droit à la vie.

Peu soucieux de la cohérence de ses désirs successifs et changeants devenus des caprices.. qui promettent la découverte de sensations nouvelles et l’auto-épanouissement que l’hyper capitalisme nous réserve avec ses technologies de pointe.. a pu oublier le pouvoir inscrit dans le marché car l’histoire des libertés accordées à l’homme n’a cessé de suivre l’histoire de libertés accordées par l’homme à l’économie . l’abondance des objets offerts à l’achat (ou au vol). 3. Le chômage. La revendication d’un droit à tout objet d’un désir est exacerbée.paule-monique vernes – la pire des lois. Ce n’est plus la liberté du citoyen que les Grecs nommaient eleutheria mais celle que Platon. D’autre part.com/ . ou licence qui permet de faire ce que l’on veut . à penser le marché sans penser le pouvoir. de plus en plus d’êtres humains glissent sous le seuil de pauvreté. Les États conservent dans leur 215 http://fribok. c’est dire qu’entre le discours général du droit et telle situation singulière s’étendent des rapports de force où interviennent de nouveaux Maîtres. Je ne fais pas ici le procès du libéralisme économique qui. dans sa critique de la démocratie nommait axousia. dans les sociétés nanties. la famine. le discours du droit est amplifié partout. Je ne vais guère m’attarder sur le dernier point que j’ai annoncé dans la mesure où il est traité et disséqué dans nos quotidiens habituels : je me contenterai de mettre en relief une contradiction. l’individu ne se préoccupe guère de ceux des autres. les banlieues sont les éléments banalisés du capitalisme mondial.blogspot. les bidonvilles. Pouvons-nous nous contenter des licences issues du libre-échange alors que la libre circulation des capitaux entraîne une omni marchandisation en globalisant tous les marchés. mon droit veut donc une liberté sans limites. le droit est perçu comme purement personnel et devient la revendication à la satisfaction de tout désir. D’une part. certifiant à chacun qu’il a des droits. par le leurre de la marchandise. ce qui a rendu jusqu’à maintenant impossible la tentative de régulation des États qui ne recherchent qu’une légitimation à leur désengagement programmé.

le sens de la liberté propre sphère le monopole du politiquement correct et en accordent une liberté quasi totale aux financiers. ma cassette ! Les autres craignent pour leur travail. agir pour éviter les dégats le plus graves et jouer les réassureurs : Nicholas Sarkozy endosse le rôle de shérif et crie : je vous protège! Tandis que le premier ministre français en appelle à l’unité nationale. lois restauratrices puisqu’il propose de revenir à l’époque de Clisthène. Mais la sortie du Far-West n’est pas pour demain et les traders sortiront vite de leurs « bleus ». il en appelle au nomothète : l’athénien des Lois. on en appelle à l’État qui doit sortir de son rôle minimal de « veilleur de nuit ». instruit.blogspot. ici apparaît la figure du maître. qui propose des lois adaptées à une situation historique. Le meilleur des maîtres l’emporte ici sur m’importe quelle loi puisque sa politique se fonde sur la pensée dont la nature est d’être communauté. les uns craignent pour leurs petites ou grandes économies et crient comme Harpagon : ma cassette. la liberté suit. leurs retraites. Alors. la koinonia même du logos. la loi ou le maître ? Le philosophe-Roi de Platon. non plus le sort des lois. puisque aujourdhui. 216 http://fribok. Le nomothète se livre à une tâche compliquée d’éducation car la santé du corps politique dépend toujours de la façon dont on éduque l’enfant. aux professionnels des médias qui ont pour fin la formation d’une opinion publique et au pouvoir techno scientifique : principe de précaution et comités d’éthiques sont de pudiques paravents à l’abri desquels se continue une œuvre problématique. mais celui de l’argent-maître. Dans cette crise qui ne fait que commencer. bref fait école. celui qui enseigne.com/ . forcé à gouverner doit à la préexistence d’une volonté fondatrice que son discours politique ne soit pas exhibition de soi et volonté tyrannique. l’avenir de leurs enfants. (et non à celle de Périclès) à l’Athènes de la liberté où les lois sont un compromis entre la liberté et l’ordre.

nous devons nous accommoder de l’alternance de la loi et du maître.blogspot. qu’on ne peut rien établir de politique qu’en sortant du politique et de la législation pragmatique. La cité de Rousseau aurait besoin de citoyen comme Émile. ils restent des idées régulatrices de l’organisation politique et les deux modèles se sont toujours entrecroisés. Reconnus inaptes à la liberté absolue. sans nous entretuer. Nomothète et Législateur entérine l’idée que le souverain ne peut s’instaurer que d’un principe méta-politique.. le jugement du peuple souverain n’est pas toujours éclairé et doit s’en remettre au grand Législateur. ni Souverain ni Prince. de la liberté limitée sporadique pour persévérer dans notre être.com/ . La pire des lois sert l’intérêt particulier et oublie le symbolique au profit du réel trop réel. est une autorité morale dont la raison s’élève au-dessus des hommes vulgaires. Le meilleur des maîtres reste au niveau du symbolique qui se distribue dans des lois qui ont pour règle le bien commun. Une véritable démocratie est l’école où l’on pratique un examen permanent des valeurs et où chacun s’autocritique. qui. le meilleur des maîtres. elle a besoin 217 http://fribok. puisqu’il est devenu maître de soi dans le double jeu des rapports avec les choses et des rapports avec les êtres. Alors préférer la politique de l’intelligence.paule-monique vernes – la pire des lois. Cependant dans la cité du Contrat. il est comme le stoïcien approprié à soi. bien éduqué n’a pas besoin de cité. lequel. paradoxalement.. à celle du contrat ? La cité de Platon n’a jamais existé et le contrat ne s’est jamais incarné dans les faits.

blogspot.com/ . (Je pense ici au Discours du Rectorat de Martin Heidegger où le destin de l’université est identifié à celui du Volk et aux impératifs du national-socialisme.le sens de la liberté de rebelles mais aussi de maîtres désintéressés. Paule-Monique vernes professeur émérite des Universités chaire Unesco d’étude des fondements philosophiques de la justice et de la société démocratique  218 http://fribok. où les disciples n’ont plus qu’à marcher au pas de l’oie). surtout pas d’un maître exaltant la condition de disciples obéissants.

en Ontario. elle devint juge à la Cour suprême du Canada. En 1996. Elle fut admise au Barreau du Québec en 1971 et au Barreau de l’Ontario en 1977. une ressortissante canadienne.l . (avec distinction) à la Faculté de droit de l’Université de Montréal en 1970. Montréal (1967) .L.d (hon). à la Cour d’appel de l’Ontario.com/ . Mme Arbour a reçu une trentaine de doctorats honorifiques de différentes universités ainsi que de nombreux prix et médailles. en 1987. ll. ll. Elle a servi en cette qualité de 2004-2008. elle devint professeur agrégé et vice-doyenne au Osgoode Hall Law School de l’Université York à Toronto. Elle est membre de nombreuses associations professionnelles et 219 http://fribok. Canada. En 1999. Mme Arbour.leS AuTeurS  L ouise ARBOUR. c. en 1990.c. En 1995. Mme Arbour est diplômée du Collège Regina Assumpta. a récemment terminé son mandat à titre de Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme.. a débuté une carrière universitaire en 1974 . En décembre 1987. elle fut nommée à la Cour suprême de l’Ontario (Haute Cour de justice) et. et a complété un LL.blogspot. elle fut nommée par le Conseil de sécurité des Nations Unies à titre de procureur en chef pour les Tribunaux pénaux internationaux pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda. Mme Arbour a été nommée commissaire pour mener une enquête sur la prison pour femmes de Kingston.

Ses intérêts de recherche sont : la traductologie . Salah Basalamah est notamment l’auteur de plusieurs articles scientifiques en traduction. la philosophie de la traduction. le rapport de la traduction au droit (d’auteur) et au politique .D en traductologie sur le droit de la traduction (UdeM). au Québec et a trois enfants. Un des membres fondateurs du groupe de recherche Poexil (www. alah BASALAMAH est titulaire d’une licence et d’une maîtrise en littérature française moderne (Paris 3). au programme d’Études internationales. Louise Arbour est née le 10 Février 1947 à Montréal. 220 http://fribok. en traduction. les figures de l’exil (spirituel) dans les littératures arabophone et francophone . Depuis 2005.poexil. l’éthique et le statut du traducteur . la langue et la traduction coraniques . terminologie multilingue et traduction » (Lyon 2). et au premier cycle. les études postcoloniales . où il a enseigné. Elle parle couramment le français et l’anglais.ca).umontreal. de même qu’il contribue dans la presse francophone québécoise et canadienne autour des questions d’actualité liées à la présence musulmane en Occident.blogspot. il est professeur adjoint à l’École de traduction et d’interprétation de l’Université d’Ottawa. en littérature de l’exil et en islamologie. à la maîtrise. il est chargé de cours à l’Université de Montréal. d’un Master en droit de la propriété intellectuelle (Pierce Law) et d’un Ph.com/ S . la pensée musulmane occidentale médiévale et contemporaine . d’un Diplôme d’études approfondies en « Lexicologie. etc. en droit d’auteur. Entre 2002 et 2005.le sens de la liberté organisations et elle siège sur les conseil d’administration du International Crisis Group et de Human Rights Watch.

de Versant SA depuis 1998. paraîtra chez VLB (Montréal) sa traduction vers le français du livre de Fred Reed. À l’Institut Alfred Fournier. The Rise of Militant Iconoclasm in Syria. à l’université Paris IIPanthéon Assas. Il est aussi membre de nombreux comités et conseils de direction. Monsieur Bauer est aussi secrétaire général de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) depuis 2004. Senior Research Fellow Center of Terrorism du John Jay College of Criminal Justice à New York (Etats-Unis). à l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris et au Centre national de protection et de prévention. A lain BAUER détient un Diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) de politiques publiques et gestion des organisations de l’Université PARIS I. il est administrateur depuis 2003 et Secrétaire général depuis 2007. Une politique culturelle pour la mondialisation aux Presses de l’Université d’Ottawa et Artois Université Presses (Arras) et au premier trimestre 2009. au Centre national de formation judiciaire de la gendarmerie nationale.blogspot. à l’Université de Droit de Pekin. articles et de chapitres de livres. Shattered Images. aux universités Paris I Panthéon Sorbonne et Paris V-René Descartes.de l’Institut national des hautes études de sécurité (Inhes) depuis 2004 et président du conseil d’orientation de l’Observatoire national de la délinquance depuis 2003. Toronto : Talon Books. à l’Académie de police criminelle de Chine. Il est Président-directeur général d’AB Associates SA depuis 1994. à l’Ihesi.les auteurs En novembre prochain est prévue la publication de son ouvrage Le droit de traduire.com/ . 221 http://fribok. Il a été Chargé d’enseignement à l’Institut de criminologie de Paris (université Paris II-Panthéon Assas). Il est auteur ou coauteur de nombreux livres. 2002.

Monsieur Bauer a été Directeur conseil de la Centrale d’échanges et de communication (Cecom) de 1987 à 1988. Conseil du New York Police Department (NYPD). conseil au Groupe d’études pour la construction (Gec) en 1988. Alain Bauer a été secrétaire général du World Trade Center Paris-la-Défense de 1991 à 1993 et membre de la commission juridique internationale de la World Trade Center Association de 1992 à 1993.blogspot. des Palmes académiques et des Arts et des Lettres et du Mérite agricole. Il a aussi été administrateur délégué de l’Institut national supérieur d’études de défense (Insed)de 1982 à 1985. Médaille d’honneur de la Police nationale en 2007.le sens de la liberté Alain Bauer est Chevalier de la Légion d’honneur. de la sûreté du Québec (SQ ) (Canada) et du conseil du Los Angeles Sheriff 222 http://fribok. Il a aussi occupé les postes de vice-président de Science Applications International Europe (Groupe Saic) en 1993. Il a reçu les Anneaux d’or du Comité international olympique (CIO) en 1995 et la Grand croix de l’ordre de La Fayette.Panthéon Sorbonne de 1982 à 1989 et Membre du conseil de la Chancellerie des universités de Paris de 1983 à 1988. chargé de mission auprès du directeur de cabinet du Premier ministre de 1988 à 1990 et conseiller à la direction générale d’Air France en 1990.com/ . Viceprésident. Monsieur Bauer a été le Conseiller du directeur général puis du président. chargé des affaires générales. administratives et financières de l’université Paris I . Il a été membre de la commission départementale des systèmes de vidéosurveillance de la Préfecture du Nord de 1997 à 2003. directeur du département de contrôle financier et administrateur de Sari Services et de Cnit Com de 1990 à 1993. Au sein de Sari. de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme de 2000 à 2003. Officier de l’ordre national du Mérite. de la Société internationale de criminologie. président du directoire du groupe Cartes jeunes en 1998 et administrateur de Stentofon France SA de 1995 à 1998.

com/ G P . la liberté d’expression. Son dernier sera publié bientôt : The Theology of Tariq Ramadan: A Catholic Perspective. M. président du Groupe de travail sur les fichiers de police en 2006 et rapporteur du Groupe de travail sur la police au quotidien en 2007 et Grand maître du Grand Orient de France de 2000 à 2003. ainsi que sur l’aménagement juridique de la diversité culturelle et religieuse dans toutes ses dimensions. pendant 28 ans. les droits économiques et sociaux comme « parents pauvres » de la Charte québécoise des droits et libertés. il a d’abord œuvré dans le milieu communautaire. Titulaire de maîtrises en droit et en relations internationales. il fut l’auteur de nombreuses études sur la discrimination.Michael’s College de l’Université de Toronto. C’est à ce titre qu’il fut. Il a été nommé peritus (expert) au secrétariat de l’unité chrétienne du concile Vatican II. regory BAUM est professeur émérite à la faculté de sciences religieuses de l’université McGill et est détenteur d’un doctorat en théologie de l’université de Fribourg en Suisse (1956).les auteurs Department (LASD).blogspot. professeur de théologie à St. y compris celles de la laïcité et de l’accommodement raisonnable. l’auteur des avis officiels de la 223 http://fribok. Avant d’enseigner à l’université McGill en 1986. ierre BOSSET est professeur de droit public au Département des sciences juridiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Il est l’auteur de plusieurs livres. notamment. Baum a été. où il a exercé les fonctions de conseiller juridique. avant d’entrer à la Commission des droits de la personne du Québec. À ce titre. Christian Bauer a été membre du collège de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité de 2005 à 2007. puis de directeur de la Recherche et de la Planification stratégique.

. Madrid. de 2004 à 2008. du comité conseil de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles.B. le Canada (Les trois colombes. 1997). 1985) et l’Amérique du Nord (Le libre-échange par défaut. Paris. tous deux rattachés au Centre Études internationales et mondialisation (CEIM) de la même université. Il est diplômé en droit de l’Université de Montréal (LL. Ses champs de spécialisation sont l’économie politique. il a été successivement Chef de cabinet du ministre des Affaires municipales. 1978). 1968-70). Un de ses livres sur la mondialisation (Dérive globale.le sens de la liberté Commission sur le port du voile islamique à l’école et sur la place de la religion dans l’espace public. 1962-63) et du gouvernement français (EPHE. 1973). Il a été boursier du gouvernement espagnol (Universidad Complutense. en 1989). il est professeur au département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal. l’intégration dans les Amériques et les mouvements sociaux. Paris. Il a été co-fondateur et directeur du Groupe de recherche sur l’intégration continentale (GRIC) et. Ses travaux ont porté sur le Québec (La Désillusion tranquille. de 1964 à 1966. Gérard Bouchard et Charles Taylor. au cours de la dernière année. avec C.blogspot. présidée par MM. orval BRUNELLE est l’actuel directeur de l’Institut d’études internationales de Montréal. en mai 2007. Me Bosset a été membre. et journaliste à la Société Radio-Canada (196768). 1982 . 224 http://fribok. 2003) a été traduit en anglais et publié par la University of British Columbia Press. Depuis 1970. Deblock. Au cours de sa vie professionnelle.com/ D . Professeur à l’UQAM depuis 2007. directeur de l’Observatoire des Amériques. Pierre Laporte. 1962) et en sociologie (doctorat 3e cycle de l’École pratique des Hautes études. VIIe section. Il a également publié deux ouvrages de théorie sociale (La Raison du capital. Droit et exclusion : critique de l’ordre libéral.

Editorial de la Universidad Tecnica Particular de Loja. notamment à Aix-en-Provence. en 2005. Il a de plus co-dirigé ou dirigé la publication de plusieurs ouvrages collectifs. Global Democracy and the World Social Forums. ainsi que Gobernabilidad y democracia en las Américas : teorías y prácticas. à Montevideo.les auteurs sous le titre : From World Order to Global Disorder : States. l’autre avec le Collège des Amériques sur la gouvernance et la démocratie dans les Amériques. Il a également écrit. à Toulouse.com/ . Équateur. entre autres. Il est actuellement impliqué dans au moins deux projets de recherche. en 2004. il a été professeur invité dans plusieurs universités. et Main basse sur l’État : les partenariats public-privé au Québec et en Amérique du Nord. avec C. à Rome et à Harbin. en collaboration avec. l’un avec l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF) sur la libéralisation des marchés et les conditions de travail et de vie des femmes. parmi lesquels L’A LENA : le libre-échange en défaut. and Dissent. Deblock. Markets. Jackie Smith et Marina Karides. en 2007. Par ailleurs. en juin 2007. publié par Paradigm Publishers aux États-Unis. 225 http://fribok.blogspot.

Panayotis Soldatos. Intégrations et identités nord américaines vues de Montréal (dir. Elle est aussi professeure invitée à la Chaire Jean Monnet de l’Université de Montréal (1999). Droit communautaire européen général (2003) . il s’intéresse aux grands dossiers culturels contemporains. à la Revue de droit de McGill. de l’Institut d’études européennes de Montréal. Le Partenariat de l’Union européenne avec les pays tiers (dir. Membre du comité conseil de la Commission sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles.le sens de la liberté arie-Françoise LABOUZ est professeure de droit public international et européen et titulaire d’une Chaire Jean Monnet à l’Université de Versailles. aux travaux de la Chaire Jean Monnet . 2007). 2005) . avec Christian Philip. il a travaillé à l’élaboration du nouveau programme d’Éthique et de culture religieuse (Éthique. Madame Labouz a publié aux Editions Bruylant.blogspot. Georges Leroux est d’abord connu comme helléniste. où il a enseigné de 1969 à 2006.com/ M G . Arguments pour un programme. 2006). Engagé dans la promotion de la laïcité scolaire. avec Mark Wise. 2000) . il intervient sur divers sujets d’éthique et d’éducation. dialogue. Il est membre de l’Académie des Lettres du Québec. culture religieuse. Actes d’une université d’été sous sa direction à l’université de Montréal 1995/2000) . Elle a collaboré notamment à la Revue Québécoise de droit international. La diversité culturelle en question(s)/ cultural diversity in question(s) (codir. eorges LEROUX est professeur émérite au Département de Philosophie de l’Université du Québec à Montréal. Collaborateur au journal Le Devoir. Musique 226 http://fribok. Son récent livre (Partita pour Glenn Gould. Fides. L’Union européenne élargie aux nouvelles frontières et à la recherche d’une politique de voisinage (codir. 2001.

blogspot. secrétaire du Comité des ministres. Monsieur Leuprecht s’est spécialisé dans les domaines du droit international et des droits de la personne. P G iorgio MALINVERNI est diplomé en droit de l’Université de Fribourg (Suisse) et de l ’Institut universitaire de hautes études internationales de Genève. Professeur au Département des sciences juridiques de l’UQAM et professeur à la Faculté de droit de l’Université McGill dont il a été le doyen de 1999 à 2003.com/ .les auteurs et forme de vie. Conseiller au Ministère canadien de la Justice de 1997 à 1999. monsieur Leuprecht a aussi été représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour les droits de la personne au Cambodge de 2000 à 2005. Il a été directeur de l’Institut d’études internationales de Montréal de 2005 à 2008. 2007) lui a valu le Grand prix du livre de la Ville de Montréal. Peter Leuprecht est lauréat du Prix du civisme européen (1991) et du Human Rights Award of the Lord Reading Law Society (2001). membre du Comité des « Sages » qui a préparé le programme d’action sur les droits de la personne pour l’Union européenne de l’an 2000. Il a enseigné le droit constitutionnel et le droit international des droits de l’Homme à la Faculté de droit de l’Université de 227 http://fribok. entre autres. directeur des Droits de l’Homme et Secrétaire général adjoint (poste électif). Presses de l’Université de Montréal. le jeune diplômé de l’Université d’Innsbruck (Autriche) amorce une brillante carrière au Conseil de l’Europe. Dès 1961. Il y restera jusqu’en 1997 après avoir été. eter LEUPRECHT a enseigné aux Universités de Strasbourg et de Nancy ainsi qu’à l’Académie de droit européen de Florence.

Il débute sa brillante carrière en octobre 1970 comme assistant à la Faculté de Droit et des Sciences Économiques du Mans.Association des Universités Partiellement ou Entièrement de Langue Française de 1985 et 1986.A. Il sera nommé professeur à la Faculté en 1977 et Doyen en 1979. membre du Comité des droits économiques.le sens de la liberté Genève de 1974 à 2006 et a été professeur invité aux Université de Lausanne. Il a été Président de l’Université du Mans de 1979 à 1983. il est admis (7e) au concours d’agréation de Droit public en 1976. Neuchâtel.com/ C . Depuis le 19 janvier 2007. Nice. Pendant cette période. en 1984 et 1985 et chargé de mission à l’AUPELF. Il a été directeur du Centre de Documentation et de Recherche Européennes et responsable du D. Monsieur Philip a été élu au CNESER en juin 1983 et membre de sa section permanente de 1983 à 1986. hristian Philip est diplômé de l’Institut d’études Politiques de Paris en 1968 et Docteur en Droit de l’Université Paris II en 1973. (1982) et nommé professeur à l’Université Jean Moulin (Lyon III) en 1982. “Droit Communautaire” à l’Université Lyon III de 1984 à 1988 et à nouveau de 1996 à 2008. Il a été membre du jury du concours d’accès au cycle préparatoire de l’E. nommé 228 http://fribok.A.E. Giorgio Malinverni a été membre suisse de la Commission de Venise du Conseil de l’Europe de 1190 à 2006. Monsieur Philip a été nommé Directeur des Enseignements Supérieurs au Ministère de l’Éducation Nationale en 1986. sociaux et culturels des Nations Unies de 2001 à 2006 et membre du Comité consultatif institué par la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales en 2002.N.A. Paris II et Strasbourg.N.blogspot. membre du jury du concours d’entrée à l’E. il est juge à la Cour européenne des Droits de l’Homme.

Trois « Que Sais-je » : La Cour de justice des Communautés Européennes. Deux manuels : Institutions Européennes et Droit Social Européen chez Masson . le Représentant personnel du Président de la République pour la Francophonie.com/ .blogspot. Il a été Premier Adjoint au Maire de Lyon. Il a également été Conseiller général du Rhône de 1998 à 2002. Maire du 3e arrondissement de 2001 à 2002 et Député du Rhône de 2002 à 2007. un recueil des « principaux textes institutifs des Communautés Européennes » . Vice-président du Mouvement européen France et Président de la Fédération des Industries Ferroviaires. Il a été Président d’Avenir Transports de 2002 à 2007 et Président de Lyon Parc Auto de 2001 à 2008. professeur à l’Université Lyon III . Il est aussi Président de la CODATU (Association pour le développement des politiques de mobilité dans les pays émergents). Aujourd’hui. depuis le 20 juin 2007. directeur de Cabinet du Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche de 1993 à 1995 et Vice-Président de la Délégation à l’Union européenne de l’Assemblée Nationale de 2002 à 2007. Christian Philip est élu conseiller régional Rhône-Alpes de 1986 à 1989. Christian Philip est.les auteurs Recteur de l’Académie de Reims en mai 1989. VicePrésident de la Communauté Urbaine de Lyon et Président du SYTRAL entre 1995 et 2001. et « La Constitution Européenne » (2004) et co-auteur du « Lexique des termes juridiques » chez Dalloz avec plusieurs collègues de la Faculté de Droit de Lyon. Monsieur Philip est l’auteur de plusieurs ouvrages sur les questions européennes dont : Le Dictionnaire Juridique des Communautés Européennes (PUF) . nommé Recteur de l’Académie de Clermont-Ferrand en mars 1992. 229 http://fribok.

B.com/ L .R. LL.. B. LL. de la Corporation professionnelle des conseillers en Relations industrielles du Québec. Monsieur Robert a été membre du Conseil Associé du barreau canadien de 1975 à 1982 et du Corps École des Officiers canadiens de 1956 à 1960. Il a été admis au Barreau du Québec le 3 juillet 1962. Université de Montréal de 1970 à 1980. Mulroney..A.le sens de la liberté ’honorable J. J. L’honorable J.L. Nommé C. L’honorable J.L. Montréal. C.blogspot. J. Monsieur Robert a été Lieutenant de la Réserve supplémentaire dans le Corps Royal canadien des communications en 1960. Il a été chargé de cours en responsabilité extra contractuelle et en droit judiciaire privé. Il est aussi membre de l’Association du barreau international. faculté de droit. en 1958 et de l’Université de Montréal. l’honorable J. Marchessault et Lauzon à Montréal de 1968 à 1990 puis avocat associé de Langlois Robert de 1990 à 1995. C.. Dans le cadre de sa carrière politique. Monsieur Robert a aussi été bâtonnier au Barreau du Québec de 1974 à 1975 et président de la Fédération des professions juridiques du Canada de 1976 à 1977. Il a été membre de la Commission royale sur l’union économique et les perspectives de développement 230 http://fribok.R. en 1961 et à l’Université McGill. Il a été nommé membre du Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité de 1991 à 1995. Robert a été nommé juge puîné à la Cour d’appel du Québec le 9 mai 1995 et nommé Juge en chef du Québec le 25 juin 2002. Cours d’admission au Barreau en 1962. Monsieur Robert a été associé principal de Robert. Michel Robert a été assermenté au conseil privé le 5 décembre 1991 par le Très honorable B. American College of Trial Lawyers depuis 1987. en décembre 1982 il est aussi Judicial Fellow. Michel Robert.P. Barré. Michel Robert est auteur et co-auteur de plusieurs livres et articles. J. J.A. est diplômé du Collège Ste-Marie. Il a été président des jeunes libéraux du Canada de 1963 à 1965. Dansereau.

ouvrage couronné par l’Académie Française). Elle est l’auteur d’études sur la mondialisation et les zones de non-droit qu’elle engendre. le fête et la démocratie. aux PUL.. Sa dernière monographie est parue.. Ses livres récents ont été écrits en collaboration avec Josiane Boulad– Ayoub. la ville.com/ . Méfiez-vous de ces cosmopolites. aule-Monique VERNES est Professeur émérite de philosophie moderne et politique dans le département de philosophie de l’Université de Provence. de travaux sur la pensée des philosophes politiques et en particulier de JJ Rousseau (Les illusions de la communauté. en 2008. P  231 http://fribok. vice–présidente de la chaire de l’UNESCO d’étude des fondements philosophiques de la justice et de la société démocratique.les auteurs du Canada (Commission Macdonald) de 1982 à 1985 et Président du Parti libéral du Canada de 1986 à 1990. Descartes révolutionnaire et Aux fondements théoriques de la représentation politique.blogspot.

......................................................48 Les autres religions ..... 19 1...................................................................... 9 Droits humains...........TABle deS MATièreS PeTer leuPreCHT introduction Le sens de la liberté ............ Retour sur la conjoncture ................. 17 Préliminaires .blogspot......................11 LOUISE ARBOUR Mot d’ouverture .......................................... 47 La thèse ............................. 13 conférence d’ouverture Les libertés en contexte ...........com/ GreGory BAuM .......................................................................... 50 233 http://fribok........................................48 Le catholicisme ............................................. 8 Quelle liberté ? .................................................... 7 Hommage à Bronislav Geremek ................................................... mondialisation et idéologie panéconomique .... 41 dorVAl Brunelle Libertés et valeurs Libertés et religions La liberté et les religions ............................... 17 Les libertés en contexte ........... 7 Pourquoi un tel colloque ? ......................................................................................... L’ordre d’après-guerre ..........26 2.................................... Comment penser le système des droits dans l’après-guerre froide ? ............... 32 3...........................................................................37 Quelques pistes de réflexion en guise de conclusion .......................................................................... 8 Quelle loi ? .............................................................................................................................................

............... 124 234 http://fribok.................................................................................................... 113 Libertés et institutions démocratiques Le point de vue du juge ............. 74 Pierre BoSSeT CHriSTiAn PHiliP SAlAH BASAlAMAH concevoir juridiquement la liberté dans une société multiculturelle ......... 67 Liberté et multiculturalisme Sans multiculturalisme peut-il y avoir liberté ? .......... Entre individu et société : les sens axiologiques de la liberté .......................... Limite ................. 69 I......................................................................... 84 2.......................................................... 59 1....com/ GiorGio MAlinVerni ........... Pas de liberté sans respect du multiculturalisme dans chacun de nos États ...........................101 Conclusion ............................................... Spiritualité ......................................70 II................. La liberté dans une société multiculturelle : une problématique encore mal appréhendée par le droit .............................. 81 1.. Universalité ..le sens de la liberté Les droits humains sont-ils occidentaux ?. 51 Une dimension universelle .....................................66 Conclusion .. Pas de liberté sans multiculturalisme au plan international ...........................blogspot............... 53 Repenser la liberté religieuse ..63 3............................................................................ Le rôle de la loi et du principe de la légalité dans le système de la Convention européenne des droits de l’homme .....................................60 2.............................................54 Le sens de la liberté vu d’une perspective musulmane ................................................................. 123 1...........................

............. 138 2) La Cour européenne............com/ .... 146 1) En présence du consensus.............. 173 235 http://fribok.................................blogspot............ 128 MArie-FrAnçoiSe lABouz Limites de la liberté restrictions permises des libertés dans la jurisprudence de la cour européenne des droits de l’homme .. la marge nationale est largepar principe ............ 149 2) Même en présence du consensus.............................................................. la marge nationale peut être étroite............... 127 3......... objet de suspicion des politiques et des juristes ............................................... la marge nationale peut être large .............................. 135 I........................................... 140 3) L’ingérence de l’État permise sous conditions .............................................. la marge nationale est par principe étroite ......................................................................................... Le rôle de la clause « nécessaire dans une société démocratique » dans la technique des restrictions aux libertés .. 149 Liberté et sécurité......... 166 5) Le conflit d’objets et de normes ....................................... 142 4) La marge nationale d’appréciation et l’exigence de proportionnalité ...... Le rôle des tribunaux indépendants et impartiaux .........................table des matières 2. La problématique des restrictions permises............................................................................................................................... L’illustration récente ......... 153 3) En l’absence de consensus.............................. 156 4) Même en l’absence du consensus.. 144 5) La variabilité des paramètres de la marge et de la proportionnalité ...................137 1) De la logique binaire à la logique de gradation ? ............................................................. 167 AlAin BAuer II..............

..... et l’article 41 de la charte des droits et libertés ............................blogspot.. 189 1.................................................................. 183 Liberté religieuse et liberté de choix La déconfessionnalisation scolaire au Québec........................le sens de la liberté Présentation ...............................193 PAule-MoniQue VerneS GeorGeS leroux HonorABle J.................................................. Le contexte historique de la loi 95 ....... 209 les Auteurs .......................................... 191 2......... Les nouvelles mesures législatives et les principes les justifiant ............................................................J...............233 236 http://fribok......com/ ......................... MiCHel roBerT table ronde sur les limites de la liberté La pire des lois vaut-elle mieux que le meilleur des maîtres ? . 219 Table des matières..............

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