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Faculté de Philosophie & Lettres

Département des Arts et Sciences de la Communication

Cours PHIL0075-1 de MM mes Françoise Bouquiaux & Vinciane Despret :

« Séminaire de philosophie des sciences »

Despret : « Séminaire de philosophie des sciences » Patrick Bartholomé (matr. 19781104) 2 e année

Patrick Bartholomé (matr. 19781104) 2 e année du grade de master en information et communication, à finalité spécialisée en journalisme (PMSJOU000101)

« Matter of facts » et production des connaissances au-delà des évidences

Le présent travail se base sur :

- les Journées d’études organisées en 2011 par le Département de Philosophie de l’ULg et consacrées aux controverses scientifiques ;

- l’ouvrage Léviathan et la pompe à air – Hobbes et Boyle entre science et politique, de Steven Shapin et Simon Schaffer (Éditions La Découverte, Paris, 1993).

Dans les pages qui suivent, nous nous efforçons de voir comment l’analyse faite par Shapin et Schaffer de la controverse Boyle/Hobbes peut servir à la compréhension des controverses scientifiques contemporaines, notamment trois de celles évoquées lors des Journées d’études. En particulier, nous nous attacherons à la mise en question de la méthode expérimentale comme moyen « évident », dans notre culture, de produire des connaissances ; aux relations entre production des connaissances et politique ; à l’influence du contexte historico-socio-politique.

L’homme, depuis qu’il s’est distingué des autres espèces, n’a eu de cesse de mesurer l’univers et les lois qui le régissent à l’aune de sa pensée et des productions de celle-ci, sans toujours se rendre compte de l’aspect inopérant de sa démarche. Pourtant, il sait bien, par exemple, que la passoire est impropre à recueillir l’eau. Pourquoi donc se ment-il avec constance en pensant que son esprit peut tout comprendre et tout saisir ? Pourquoi plutôt ne pas constater que son esprit est une prosaïque passoire, c’est-à-dire un ustensile qui rend des services indéniables dans certaines circonstances, pour des actions précises, et dans des situations données, mais qui ne sert à rien dans beaucoup d’autres, parce qu’il n’est pas fait pour cela, parce qu’il est troué, parce que quantité d’éléments le traversent sans même qu’il réussisse à les retenir pour les observer ne serait-ce que quelques secondes.

Philippe Claudel, L’Enquête (roman), Paris, Stock, 2010.

Dès les premières pages de leur ouvrage, Shapin et Schaffer annoncent leur décision méthodologique d’adopter la « position de l’étranger » et de « suspendre [leur] perception routinière de la pratique expérimentale et de ses productions intellectuelles 1 ». Selon les auteurs, cette position externe qu’ils prennent par rapport à la culture scientifique est la seule qui puisse les rendre « capable[s] d’expliquer les conventions et les pratiques de la culture en question. L’étranger est à même de savoir qu’il existe d’autres conventions et d’autres pratiques possibles. » C’est là sans doute l’exercice de grand écart épistémologique qui demande au lecteur contemporain le plus de flexibilité intellectuelle car la relation entre le constat de faits (naturels ou produits expérimentalement) et la construction de vérités (scientifique, mais aussi judiciaire ou journalistique) a pris dans notre culture un tel caractère d’évidence que remettre en cause cette relation demande un effort intense et répété de réflexivité. L’enjeu est pourtant rien moins que la perception juste des rapports entre le réel, le visible et le vrai.

Bien que cette prise de position d’étranger reste difficile à s’appliquer à soi-même, nous tenterons, dans la mesure du possible, de faire nous aussi cet exercice de distanciation et de déterminer si, dans les controverses présentées lors de deux Journées d’études mentionnées ci-dessus, les désaccords apparus entre contradicteurs à propos d’une question scientifique ont porté sur des modes différents de production de connaissances (c’est-à-dire basés, ou non, sur le principe que « l’expérience est le moyen privilégié pour parvenir à une connaissance de la nature admise par tous ») ou si au contraire l’opposition est restée à l’intérieur du champ expérimental et n’a porté que sur la validité de la construction, de l’observation ou de l’interprétation des faits.

Un autre aspect fondamental de l’analyse de Shapin et Schaffer concerne la relation entre science et société, plus précisément entre le fait que des connaissances, lorsqu’elles sont produites et authentifiées « deviennent partie intégrante de l’action politique au sein de la communauté au sens large ». À l’heure où les gouvernements réunis à l’échelon mondial au sein d’une instance de l’ONU prennent des décisions visant à stabiliser le climat planétaire en se basant sur la compilation d’études scientifiques, il nous semble utile d’appliquer la réflexion de Shapin et Schaffer à la production et à l’authentification des connaissances par le GIEC 2 et à leurs conséquences dans la rédaction des « recommandations pour décideurs » dont cet organisme assortit ses rapports scientifiques. Nous tâcherons ainsi de voir, dans le domaine des relations entre science et politique, quels enseignements utiles peuvent être tirés de l’analyse des controverses présentées aux Journées d’études afin de nourrir ultérieurement notre réflexion dans le cadre d’un mémoire portant sur la légitimé scientifique du GIEC (et la controverse qui monte actuellement à propos non seulement de la réalité de cette légitimité mais aussi de sa vraie nature – politique ou scientifique).

Un dernier aspect, plus prévisible mais non moins intéressant, a retenu notre attention : il concerne le rapport entre le contexte et les enjeux historiques, sociaux, politiques (voire militaires) et

1 Sauf mention contraire en note de bas de page, toutes les citations sont extraites de Steven Shapin et Simon Schaffer, Léviathan et la pompe à air – Hobbes et Boyle entre science et politique, Éditions La Découverte, Paris, 1993.

2 Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat – www.ipcc.ch/home_languages_main_french.shtml.

économiques en cours au moment des controverses et leur influence sur les prises de position individuelles dans celles-ci. Nous verrons s’il est possible de déceler des éléments de cette nature dans les controverses contemporaines exposées aux Journées d’étude.

1. Point de vue de l’étranger ou non ?

Dans la communication de Clémence Massart (La constitution d'expertises autour de trois zoonoses véhiculées par Ixodes ricinus), il nous est apparu que les différentes controverses n’étaient pas sorties du champ de la méthode expérimentale : les divergences de vues portent principalement sur l’interprétation des faits : la localisation (milieu forestier ou plus étendu, région du Midi exclue ou non), la chronicité (maladie aiguë ou chronique), la transmission (uniquement par le vecteur Ixodes r. ou aussi interhumaine), les infections (co-infection ou infection simple) et sur la fiabilité du testing (PCR 3 ou classique). Les résultats des faits expérimentaux observés ou produits ne sont pas fondamentalement remis en cause par leurs détracteurs en tant que sources de production de connaissances, ainsi que le faisait Hobbes pour Boyle. Dans ce dernier cas, Hobbes s’était attaché à démontrer en quoi la procédure expérimentale était fondamentalement inapte à produire le type de connaissance revendiqué par Boyle (bien que Hobbes n’ait pas été entièrement opposé à l’expérimentalisme), en tout cas ne suffirait jamais à procurer le degré de certitude exigé par une démarche philosophique digne de ce nom. Dans le cas des controverses sur la tique, la méthode scientifique expérimentale est un langage commun qui n’est pas remis en question : les trois « technologies » caractéristiques relevées par Shapin et Schaffer comme déterminant la méthode de Boyle sont des références partagées par les protagonistes des controverses : technologie matérielle de la médecine, de l’infectiologie et de l’entomologie ; technologie littéraire des communications scientifiques ; technologie sociale établissant les conventions utilisées dans les deux premières technologies. Les controverses ne portent donc pas ici, selon nous, la marque d’une lutte d’opinions, avec ce que cela peut comprendre d’affectif ou d’irrationnel, mais plutôt celle d’une discussion méthodologique. Les divergences de vue observées sont plutôt le résultat de « cadrages » différents, ainsi que l’a expliqué l’oratrice : cadrage santé humaine ou écologique, mais aussi vétérinaire, « vecteur » ou entomologique. Une preuve que ces cadrages restent compatibles et ne relèvent pas de deux généalogies intellectuelles différentes, est qu’ils donnent lieu peu à peu, selon l’expression de Clémence Massart, à des « hybridations » des regards posés sur les faits.

Dans l’exposé de François Mélard et Julien Piérart sur les travaux du KCE 4 (L'entrée de l'étude des controverses dans un centre d'expertise fédéral belge : le cas du KCE face aux médecines alternatives) il est d’abord frappant de constater l’importance de la technologie littéraire dans l’établissement du niveau de validité de preuves considérées par le KCE comme scientifiques : dans une pyramide à 4 ou 5 niveaux de valeur, les moins valorisées sont les observations cliniques, alors qu’elles sont les plus proches des faits.

3 Polymerase Chain Reaction – une méthode basée sur l’identification de l’ADN de l’agent infectant.

4 Centre fédéral d’expertise des soins de santé – www.kce.fgov.be

Les plus valorisées sont les méta-analyses, qui ne sont pourtant que des revues de revues d’articles scientifiques ; autrement dit des traitements littéraires de traitements littéraires de traitement littéraires.

Et pour la question qui nous occupe dans ce paragraphe (controverse intra ou extra champ expérimental) il est troublant de voir comment les professionnels de l’ostéopathie semblent vouloir éluder les faits lorsqu’on leur demande d’en produire en décrivant leurs pratiques. Cette absence de faits se marque également dans la pauvreté de la littérature scientifique existante concernant les études cliniques en ostéopathie. Cette situation « désarme » en quelque sorte le KCE puisqu’elle le prive de son matériau préféré : les articles et leurs traitements littéraires en cascade.

À la question sur les faits, les ostéopathes répondent par la description d’une identité et d’un profil de compétences (bien qu’en aparté certains « lâchent » des informations plus concrètes sur le primat du toucher, l’importance de l’anamnèse du patient, et les trois « piliers » : crânial, fonctionnel et viscéral). Il nous semble donc qu’ici intervient une controverse sur la validité même de la méthode expérimentale. Comme Hobbes qui déniait à la méthode de Boyle la capacité de produire un degré de certitude suffisant, les ostéopathes esquivent le terrain des faits comme lieu de production de connaissances pour lui en substituer un autre, celui de l’identité du thérapeute. Mais en changeant ainsi de terrain, ils changent aussi la nature de la question de départ, qui était de savoir ce qui fonde scientifiquement une thérapie. Leur réponse élusive reflète l’incertitude fondamentale qui reste attachée à l’ostéopathie, une thérapie dont la validité semble reposer d’abord, et jusqu’à plus ample informé, sur l’opinion de ceux qui l’exercent ou en bénéficient. Elle reflète aussi les schismes travaillant un milieu professionnel qui n’a pas encore trouvé son unité, ni dans sa doctrine, ni dans son organisation. Et ne la trouvera peut-être jamais au sein d’une culture scientifique dominée aujourd’hui par le camp des vainqueurs, celui de Boyle.

Dans le domaine des médecines alternatives, l’actualité récente nous offre un bel exemple d’argument utilisée par un contradicteur pour invalider la méthode expérimentale comme source de production des connaissances. Le médecin-vétérinaire Gérard Lippert, homéopathe et acupuncteur signait 5 un billet d’opinion dans la Libre Belgique du 18 août 2011, dans lequel il signalait « qu’un centre d’expertises vient de décréter la médecine homéopathique inopérante voire dangereuse.) Nous supposons que le centre en question est le KCE. L’important est cette déclaration de Lippert : « […] le principe d’individualité, […] spécifie que chaque individu présente des symptômes qui lui sont propres, spécifiques, que le corps doit aussi être pris dans sa globalité et non investigué dans ses différentes parties prises séparément, ce qui est pratiquement devenu la règle et est une des explications du succès actuel de l’homéopathie dont les médecins pratiquants n’envisagent le patient que dans sa globalité. Ce principe d’individualité est une des explications à l’impossibilité d’envisager une quelconque expérimentation à grande échelle, sur des animaux par exemple, chaque animal, chaque individu testé ayant son individualité, sa spécificité, sa réactivité propre. » (C’est nous qui soulignons). C’est donc bien ici le principe boyléen « Connaître la cause suprême à partir de causes particulières » qui est rejeté. Par contre, Lippert invoque la multiplicité constatée des cas de succès thérapeutiques sur les animaux pour étayer l’efficacité de

5 Gérard Lippert, « Homéopathie: la preuve par l’animal », La Libre Belgique, 18/8/2011. www.lalibre.be/debats/opinions/article/679564/homeopathie-la-preuve-par-l-animal.html consulté le 20/8/2011.

l’homéopathie « Tous les animaux que j’ai pu traiter par homéopathie (ainsi que leurs maîtres) en sont témoins : cette

médecine subtile est performante, a fait ses preuves et ne demande qu’une chose : qu’on la laisse opérer et vivre avant qu’elle ne prouve officiellement son action à un niveau que la médecine officielle n’est pas encore apte à comprendre. » Il y

a là une contradiction entre une preuve d’efficacité basée sur l’invocation de faits nombreux et

l’impossibilité de reproduire expérimentalement ces faits. Les faits observés auraient-ils donc un autre statut que ceux provoqués ? Ou faut-il mettre en doute la réalité des faits avancés par Lippert ? Nous nous garderons, dans le cadre de cette courte réflexion, de chercher à répondre à cette question…

En ce qui concerne l’exposé d’Antoine Doré (Quand les « méchants loups » ressurgissent du passé :

formes et implications contemporaines d'une controverse historiographique), nous pensons que la controverse née après la parution du livre 6 de Moriceau est quant à elle bien restée cantonnée à l’intérieur du système de références expérimental : les débats, bien que passionnels, portent sur la validité des sources (dont les registres paroissiaux), sur l’importance du rôle de la contamination rabique sur le comportement agressif des loups, sur la validité de l’interprétation des mentions de « bêtes sauvages » chez les chroniqueurs anciens en tant que faisant nécessairement référence au loup et sur l’exactitude du traitement statistique des données chiffrés. À aucun moment, nous semble-t-il, la méthode « à la Boyle » de Moriceau pour produire des connaissances n’est mise en question. Par contre, en ce qui concerne les conséquences politiques de cette production de connaissances, elles sont loin de créer le consensus espéré par Boyle et de contribuer à établir l’ordre social. Nous y reviendrons.

2. Une mise à l’agenda politique

À l’évidence, chacune des controverses contemporaines mentionnées ici relève en première analyse du modèle politique de Boyle selon lequel « aucune philosophie de la nature ne pouvait espérer donner

des bases solides au consensus si elle n’était pas fondée sur la pratique expérimentale ». Au cours de cette pratique,

« des hommes de partis et de modes de vie différents […] ont oublié la haine et se sont unis pour faire progresser une œuvre commune. » Un modèle qui, quoique moins idéalisé, est toujours en vigueur aujourd’hui : le consensus scientifique est devenu un préalable « évident » aux décisions politiques. Il suffit pour s’en convaincre de voir le recours systématique aux comités d’« experts » dans l’élaboration de normes morales ou d’objectifs politiques, comme si la définition du bien, ou du bien commun, relevait de la connaissance, dont l’horizon est le vrai, et non de la volonté, dont l’horizon est le bien, pour reprendre les catégories de Condorcet 7 . Il en résulte un scientisme contemporain larvé où les valeurs semblent découler de la connaissance – les choix politiques se travestissant en déductions scientifiques ou les prenant pour prétextes. Or pour Hobbes, dans la vision du Léviathan, « ce n’est pas la sagesse, mais l’autorité qui crée la loi ». Une vision qu’on peut admettre dans son contexte historique mais qui a plus de mal à passer dans le nôtre, surtout après les expériences autoritaires du XX e siècle.

6 Jean-Marc Moriceau, Histoire du méchant loup – 3.000 attaques de loup sur l’homme en France (XV e -XX e siècle), Paris, Fayard, 2007.

7 Cité par Tzvetan Todorov dans L’Esprit des Lumières, Paris, Éditions Robert Laffont, 2006.

Pour en revenir aux cas présentés lors de Journées d’étude, notons que le KCE a fait de l’evidence-based medicine 8 (EBM) sa seule référence, s’opposant ainsi résolument aux doctrines autrefois fondées sur l’autorité de mandarins, et qualifiées avec dérision d’« eminence-based medicine ». C’est un travers dans lequel Hobbes est tombé avant la lettre de ce jeu de mots, selon Shapin et Schaffer qui relèvent que « […] Hobbes avait à cœur de défendre tant son rang éminent parmi les philosophes de la nature que le modèle de philosophie naturelle qu’il avait conçu et perfectionné […] ».

La tâche du KCE n’est pourtant pas simple quand il s’agit pour lui de passer d’une EBM à une EBP, une « evidence-based policy », la mission qui fonde son existence : éclairer les décideurs. Qui fonde, disons-nous, car dans aucun des cas présentés lors des Journées d’étude, le lien n’a été aussi direct et fondamental entre la production de connaissances et l’action politique. La mission du KCE renvoie directement à ce que Shapin & Schaffer affirment de la construction d’un ordre social par la méthode expérimentale : « Montrer le rôle de l’intervention humaine dans l’élaboration d’une connaissance, c’est montrer que celle-ci pourrait être différente (la position de Hobbes). Transférer les responsabilités à la réalité naturelle, c’est énoncer les bases du consensus universel et définitif (la position de Boyle). » Autrement dit, il s’agit pour le KCE de transférer les responsabilités à la réalité naturelle consiste à éteindre les controverses et à établir l’ordre et la paix sociale, jusque dans ses détails les plus prosaïques : le ticket modérateur mutuelliste pour les consultations d’ostéopathie.

Autre parallèle entre le KCE et la méthode de Boyle : il reproduit le modèle du « laboratoire public » en multipliant les témoins et les acteurs de la validation des faits. Une forme de prosélytisme que Boyle revendiquait, selon Shapin et Schaffer. Par cette multiplication, le KCE cherche ainsi à savoir s’il peut, par l’établissement d’un consensus large, faire valablement sortir l’ostéopathie du champ obscur où s’activent dans le secret les alchimistes de l’époque de Boyle, les thérapeutes alternatifs de la nôtre, et les inspirés par Dieu cheminant solitairement à travers « le grand livre ouvert de la Nature » de tous temps et de tous poils…

Contrairement aux démarches secrètes ou individuelles, la multiplicité des expériences liée au grand nombre d’articles passés en revues par le KCE, autorise, elle, le traitement statistique des résultats offerts par les méta-analyses. C’est encore un héritage de Boyle et de son approche innovante, probabiliste et faillibiliste, selon laquelle « tout ce qu’on pouvait attendre des connaissances physiques, c’était la probabilité […] Les hypothèses physiques étaient provisoires et révisables ; […] les connaissances physiques étaient, à des

8 « La "Médecine Factuelle" ou EBM ("Evidence-Based Medicine") qui désignait, au départ, une stratégie d'apprentissage des connaissances cliniques (Anonymous, 1992), fait maintenant partie intégrante de la pratique médicale. Elle consiste à baser les décisions cliniques, non seulement sur les connaissances théoriques, le jugement et l'expérience qui sont les principales composantes de la médecine traditionnelle, mais également sur des "preuves" scientifiques, tout en tenant compte des préférences des patients (Anonymous, 1992). Par "preuves", on entend les connaissances qui sont déduites de recherches cliniques systématiques, réalisées principalement dans le domaine du pronostic, du diagnostic et du traitement des maladies et qui se basent sur des résultats valides et applicables dans la pratique médicale courante (Anonymous, 1992). Les études cliniques considérées sont des essais contrôlés randomisés, des méta-analyses, mais aussi des études transversales ou de suivi bien construites lorsqu'il s'agit d'évaluer un test diagnostique ou de pronostiquer l'évolution d'une maladie (Sackett, 1996). » www.ebm.lib.ulg.ac.be/prostate/ebm.htm consulté le 23/8/2011.

degrés divers exclues du domaine de la démonstration ». Donc du domaine de Hobbes.

D’autre part, malgré le flou conceptuel (selon les critères de la méthode expérimentale) dans lequel évolue l’ostéopathie, on ne peut nier que son entrée à l’université (ULB) constitue une victoire pour le camp de Hobbes. C’est la démonstration qu’une controverse portant sur la nature-objet de connaissance, donc un régime d’incertitude pour l’action et la pensée, peuvent contraindre les politiques de la nature à évoluer et les modalités d’institutions de la vie sociale à se redéfinir. Et cela même quand la controverse n’est pas éteinte comme c’est le cas ici. Par contre, Boyle semble reprendre l’avantage quand on s’aperçoit que de la même façon qu’il excluait des questions difficiles de son programme expérimental, comme l’existence du vide ou la recherche de certaines causes, le programme d’enseignement de l’ostéopathie lancé à l’ULB en 2010 présente de façon critique deux des piliers controversés de l’ostéopathie (le crânial et le viscéral) tandis que le pilier fonctionnel est présenté sans réserves, sans doute parce que la kinésithérapie possède des techniques similaires et déjà validées. Mais l’ombre de Hobbes réapparaît encore et plane, semble-t-il, sur les séances de conseils d’administration du KCE, puisque d’après les orateurs aux Journées d’études, c’est dans ce lieu de rapport de forces que les membres (politiques) du CA décident en dernier recours, après lecture et discussion des recommandations internes établies par les scientifiques du KCE, quelles seront les recommandations politiques officielles du KCE.

Une situation de problématisation. Parmi les exposés des Journées d’étude, au contraire de la controverse sur la grippe aviaire, appelant des réponses plus urgentes, le cas du loup, celui de la tique et celui de l’ostéopathie ont en commun l’absence de situation de crise : on assiste plutôt à une problématisation croissante qui trouve son origine notamment dans le fait que les connaissances scientifiques acquises sur le sujet perfusent dans la société et y déclenchent des réactions personnelles (chercheurs, médecins praticiens, vétérinaires, chasseurs, éleveurs, historiens), institutionnelles (organismes de veille sanitaire, de recherche, de conservation de la nature, etc.) ou civiles (associations de malades, de lycophiles/phobes, d’ostéopathes de diverses obédiences…). La prévalence des pathologies liée à la tique, perçues – à tort ou à raison, ce qui constitue une controverse supplémentaire – comme en augmentation est également une cause de la montée de l’intérêt politique pour cette problématique et son accès récent au statut de question de santé publique. Il en va de même pour le danger du loup pour l’homme et le bétail, danger réel, supposé ou perçu (avec une spectaculaire « apostasie » dans La Croix d’un journaliste lycophile) et pour le sort fait à l’ostéopathie, encommissionnée en 1999 par la loi Colla sans que rien n’ait réellement évolué depuis lors pour cette pratique.

Le loup politique. Dans l’affaire des loups, après la controverse déclenchée par la parution du livre 6 de Moriceau sur les loups, il est significatif de constater que l’auteur a fait suivre cet ouvrage à portée historique d’un second 9 à vocation nettement plus politique. L'Homme contre le loup. Une guerre de deux mille ans, paru un mois après les Journées d’étude, en mai 2011, est consacré à la politique de

9 L'Homme contre le loup. Une guerre de deux mille ans, Paris, Fayard, 2011.

gestion des loups depuis l’Antiquité jusqu’à l’époque contemporaine. Il comporte également de nombreuses références juridiques, alors que le droit était resté une discipline négligée dans l’étude du loup. Pourtant les implications juridiques de la guerre entre loups et hommes sont nombreuses :

création de lois visant son extermination (déjà sous Solon), d’une institution spécialisée dans la lutte contre ce prédateur (la louveterie), de dérogations à l’interdiction du port d’arme et au privilège de chasse des classes dirigeantes, octroi de primes d’abattage, puis à notre époque amendes réprimant l’abattage désormais illégal des loups devenu animaux protégés en 1993.

3. Cui bono ?

La controverse entre Boyle et Hobbes se déroule dans une période particulière, la Restauration de la monarchie anglaise de 1660, où la stabilité politique est encore fragile après un épisode de crise majeure et de guerre civile sanglante. « Toute philosophie est une biographie », insiste Michel Onfray quand il s’attache à montrer combien une pensée est toujours liée à une physiologie, à une physionomie, au « corps du philosophe », et qu’elle ne descend pas d’un « ciel des idées ». Hobbes et Boyle ne font pas exception à cette relations entre biographie et pensée, et Shapin et Schaffer l’exposent largement, qu’il s’agisse de leurs personnalités opposées (ils se basent sur des témoignages de contemporains et – curieusement – sur leurs portraits), de la foi chrétienne de Boyle, qu’il veille à garder à distance des problématiques du laboratoire, ou des positions radicales de Hobbes quant à son choix de l’absolutisme du Léviathan comme seul capable de garantir de l’ordre social ou de ses positions contre les clercs accusés de créer dans l’esprit des gens un dualisme (portant sur l’existence de deux mondes, ici-bas et au-delà). Plus prosaïquement, des enjeux tels que la nécessité pour chacun d’entre eux de défendre son statut et sa réputation, et celle plus générale de ne pas perdre la face, influaient sur les positions et déclarations de chacun. Ce qui était à l’œuvre à l’époque était peut-être déjà ce que Bruno Latour 10 désigne comme une métaphore économique en usage dans le monde scientifique actuel : le crédit, qu’il s’agisse du crédit-reconnaissance ou du crédit-crédibilité.

Dans les cas qui nous occupent, le contexte historique et les intérêts en jeu sont dans certains cas assez repérables. Pour les ostéopathes, il en va d’un statut administratif et d’une meilleure accessibilité financière de leurs soins, donc de la possibilité d’augmenter leur patientèle. Mais des enjeux plus symboliques sont présents : passer du statut de médecine alternative à celui de discipline enseignée en faculté de médecine en est un d’importance. Réussir à unifier les praticiens au sein d’une corporation unique en est un autre. Ces enjeux sont parfois si lourds qu’ils compromettent la production de connaissance par certains des instruments de recueil de faits mis en place par le KCE :

aux questions précises sur les pratiques des ostéopathes, les réponses sont fuyantes ou indirectes ; aux interrogations du KCE sur les moyens que se donnent les ostéopathes pour « voir si ça marche », les réponses sont une demande d’autonomie, le souhait de ne plus devoir passer par un médecin pour

10 Bruno Latour, Steve Woolgar, La vie de laboratoire – la production des faits scientifiques, traduit de l’anglais par Michel Biezunski, Éditions La Découverte, 1988

recevoir un patient. L’EBM requiert une pratique institutionnalisée (technologie matérielle), un fonctionnement en réseaux (technologie sociale), une production de connaissances ad hoc (technologie littéraire) et certains des enjeux de l’ostéopathie l’empêchent de satisfaire à ces critères.

Dans le cas du loup, les conflits d’intérêt sont assez évidents entre les contraintes immédiates en argent ou en risques personnels pour les éleveurs et habitants des régions repeuplées par les loups et les arguments des défenseurs de la nature par principe ou par conviction. Ces derniers ont pour eux un lourd contexte contemporain d’extinction massive d’espèces, de baisse de la biodiversité, et de crise mondiale de la nature en tant que support à notre existence (crise de l’énergie et de l’eau, pollutions pétrolières et radiochimiques majeures, déséquilibre du climat et croissance démographique).

Mais l’époque actuelle n’est pas seule en cause : Moriceau nous fait aussi savoir dans une interview 11 télévisée que « les loups ont toujours divisé les hommes ». Les lieutenants de louveterie (institution fondée par Charlemagne, selon la tradition, et toujours en activité en France) avaient reçu autorité sur les lieux de vie des loups, à savoir les forêts, un domaine déjà placé sous la tutelle de l’administration des Eaux et Forêts. Des conflits d’autorité surgissaient ainsi entre ces instances et ceux qui les représentaient. De même, les classes sociales aisées, pour qui la chasse était un délassement, chassaient le loup en gestionnaires : ils épargnaient les femelles afin de faire perdurer la possibilité de pratiquer ce loisir, alors que les classes sociales rurales modestes chassaient pour exterminer l’espèce et se protéger d’elle, ou pour se constituer un complément de revenus grâce aux primes octroyées pour l’abattage des loups, restées longtemps en vigueur.

Les contextes sociaux et historiques n’ont pu manquer ainsi de faire en sorte que les agents

sociaux s’approprient les connaissances ou même tâchent par leurs témoignages de les construire (une

« bête » devient un loup), avec en toile de fond des enjeux très divers et donc des réceptions

divergentes. À cet égard, l’impact du premier livre de Moriceau est significatif : avant sa parution, un consensus scientifique s’était plus ou moins établi sur l’idée d’un loup « sain » (non enragé) craintif, et

de cas exceptionnels de loups agressifs, mais suite à une contamination par la rage. Après le recensement par Moriceau des 3.000 dévorations humaines, s’ouvre la possibilité d’une théorie du loup

« sain » plus régulièrement agressif, notamment suite à une évolution mutuelle des comportements des loups et des hommes. Une brèche théorique dans laquelle les lycophobes s’engouffrent, évidemment, pour damer le pion aux lycophiles.

Dans l’affaire de la tique, on voit qu’une controverse naît entre membres différents du corps social : les médecins mettent en cause l’évolution des pratiques des patients (sports de plein air) dans la prévalence perçue comme croissante des zoonoses à tiques tandis que les malades reprochent aux médecins de ne pas s’être préoccupés suffisamment de cette problématique. L’histoire étonnante de la compréhension très récente (à partir de 1975) de l’étiologie de ces maladies multiples tend à conforter

11 Université de Caen

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cette dernière opinion, puisqu’il semble que les techniques scientifiques disponibles au XIX e siècle (microscopie optique notamment) auraient déjà dû permettre leur étude suffisante. Des enjeux de responsabilité sont probablement en cours, particulièrement en France où, après l’affaire du sang contaminé, les diverses instances de veille sanitaire ressentent à coup sûr une pression qui les incite à éviter à tout prix de « passer à côté » d’un phénomène de santé publique émergent.

Enfin, plus concrètement, la reconnaissance des zoonoses à tiques comme maladie professionnelle en milieu rural et forestier a des implications budgétaires sur le système de sécurité sociale.

Pour élargir la question des enjeux à d’autres domaines, en l’occurrence le GIEC, nos premières recherches ont montré que l’étude du taux de CO 2 atmosphérique et de son influence sur la température et le climat, de même que le développement des méthodes de datation par Carbone-14, devaient leur développement rapide et important à l’intérêt des militaires américains pour la chimie du carbone. La raison en est que sa connaissance approfondie devait fournir des moyens de tracer l’activité nucléaire expérimentale du camp soviétique. Sans cet intérêt et les financements qui le concrétisaient, il est douteux que l’archéologie et la climatologie aient disposé aussi rapidement d’autant de moyens de produire des connaissances et d’instruments aussi développés.

4. « Un fait est plus puissant qu’un Lord-Maire 12 »

Le fait est la catégorie épistémologique fondamentale du programme expérimental de Boyle. C’est aussi un objet auquel la culture anglo-saxonne apporte plus d’importance que la culture latine. Shapin et Schaffer développent cette idée en établissant un parallèle entre leur propre travail et celui de Svletana Alpers, qui traite de l’art figuratif hollandais du XVIIe siècle dans son ouvrage L’Art de dépeindre 13 . Selon elle, en Italie, la peinture était considérée avant tout comme le commentaire d’un texte, alors qu’en Europe du Nord, la signification textuelle de la peinture était dédaignée au profit d’une appréhension visuelle directe de la nature. Shapin et Schaffer y voient une métaphore du conflit entre les théories de la connaissance de Boyle et de Hobbes et des querelles qui se sont élevées entre leurs deux camps à propos du bien-fondé des méthodes expérimentales, de leur fiabilité, et du témoignage en tant que support de l’élaboration des connaissances et caution de leur validité.

La querelle a beau être éteinte et l’histoire avoir été écrite, comme il est de règle, par le camp des vainqueurs, il subsiste des échos de cette opposition entre le Sud des commentaires (représenté à son insu par Hobbes) et le Nord des faits (dont Boyle est le champion). Nous en voyons au moins deux dans l’immédiat :

- l’importance, et même le primat qu’a pris aujourd’hui la valeur économique comme mesure de

12 Attribué à Winston Churchill. Mais on ne prête qu’aux riches.

13 Svetlana Alpers, L'art de dépeindre. La peinture hollandaise au XVIIe siècle, traduit de l'anglais par Jacques Chavy, Paris, Gallimard, 1990.

toute chose – l’ultralibéralisme d’origine anglo-saxonne n’y étant pas pour rien ;

- en journalisme, la nette séparation réalisée dans le monde anglophone entre la relation de faits et le commentaire de ceux-ci ; une distinction nettement moins présente dans le journalisme francophone où le commentaire est partie intégrante de la relation des faits. Tout se passe comme si la presse anglaise pensait pouvoir dire le réel d’une part et le commenter ensuite et que la presse francophone avait plus conscience qu’elle ne fait que construire une vérité, c’est-à-dire un discours sur le réel, sans pouvoir jamais l’atteindre en totalité.

Boyle et Hobbes n’ont pas pu lire Nietzsche, mais Shapin et Schaffer oui. Est-ce pour avoir lu ce qui suit du philosophe allemand qu’ils écrivent en fin de leur ouvrage que « Hobbes avait raison » et que « les connaissances, autant que l’État, sont le produit de l’action humaine » ?

« Qu’est-ce donc que la vérité ? Une multitude mouvante de métaphores, de métonymies, d’anthropomorphismes, bref, une somme de relations humaines qui ont été poétiquement et rhétoriquement haussées, transposées, ornées, et qui, après un long usage, semblent à un peuple fermes, canoniales et contraignantes : les vérités sont des illusions dont on a oublié qu’elles le sont, des métaphores qui ont été usées et qui ont perdu leur force sensible, des pièces de monnaie qui ont perdu leur empreinte et qui entrent dès lors en considération, non plus comme des pièces de monnaie, mais comme métal. 14 »

14 Friedrich Nietzsche, Vérité et mensonge au sens extra-moral, (Essai, 1873), traduction de Nils Gascuel, Arles, Actes Sud, 1997

Annexe : programme des deux journées d'études organisées à l’Université de Liège dans le

cadre du « séminaire de philosophie des sciences » :

www.philosophie.ulg.ac.be/documents/Seminaires/controverses%202011.pdf

Jeudi 31 mars 2011 : Controverses scientifiques à l'âge classique. Sous la responsabilité d'Alexandra

Torero-Ibad.

- Edouard MEHL (Université de Strasbourg) : Un iconoclasme raisonné : Koestler et la révolution scientifique.

- Simone MAZAURIC (Université Nancy 2) : La querelle de priorité Torricelli-Pascal.

- François PEPIN (IREPH) : Comment penser la pluralité des sciences ? Physique, chimie et sciences du vivant au XVIII e siècle.

- André CHARRAK (Université Paris I Panthéon Sorbonne) : La controverse sur la nécessité des lois de la mécanique au XVIII e siècle.

Vendredi 1 er avril : Controverses contemporaines

- Antoine DORE (Cemagref) : Quand les « méchants loups » ressurgissent du passé : formes et implications contemporaines d'une controverse historiographique.

- Frédéric KECK (CNRS, Laboratoire d'anthropologie sociale) : Faire mourir et laisser vivre. Réactions bouddhistes et taoïstes à la grippe aviaire.

- Clémence MASSART (ULg/Cemagref) : La constitution d'expertises autour de 3 zoonoses véhiculées par Ixodes ricinus (tique) : la maladie de Lyme, l'encéphalite à tique et babésia divers.

- François MELARD (ULg) et Julien PIERART (KCE, Centre fédéral d'expertise des soins de

santé) : L'entrée de l'étude des controverses dans un centre d'expertise fédéral belge : le cas du KCE face aux médecines alternatives.

- Serge GUTWIRTH (Law Science Technology and Society, Faculté de droit et de criminologie, VUB) : Le sexe des juges : une controverse juridique.

Bibliographie

- Svetlana Alpers, L'art de dépeindre. La peinture hollandaise au XVIIe siècle, traduit de l'anglais par

Jacques Chavy, Paris, Gallimard, 1990.

- Loïc Blondiaux, « S. Shapin, S. Schaffer, Léviathan et la pompe à air », in Politix. Vol. 8, N°32.

Quatrième trimestre 1995. pp. 176-181.

- Drieu Godfridi, Le GIEC est mort, vice la science !, Bruxelles, Texquis, 2010.

- Benoît Grevisse, Écritures journalistiques – stratégies rédactionnelles, multimédia et journalisme narratif,

Bruxelles, Éditions De Boeck Université, 2008.

- Bruno Latour, Steve Woolgar, La vie de laboratoire – la production des faits scientifiques, traduit de

l’anglais par Michel Biezunski, Éditions La Découverte, 1988.

- Gérard Lippert, « Homéopathie: la preuve par l’animal », La Libre Belgique, 18/8/2011.

- Jean-Marc Moriceau, Histoire du méchant loup – 3.000 attaques de loup sur l’homme en France (XV e - XX e siècle), Paris, Fayard, 2007.

- Jean-Marc Moriceau, L'Homme contre le loup. Une guerre de deux mille ans, Paris, Fayard, 2011.

- Friedrich Nietzsche, Vérité et mensonge au sens extra-moral, (Essai-1873), traduction de Nils Gascuel, Arles, Actes Sud, 1997.

- Steven Shapin et Simon Schaffer, Léviathan et la pompe à air – Hobbes et Boyle entre science et politique, Éditions La Découverte, Paris, 1993.

- Tzvetan Todorov, L’Esprit des Lumières, Paris, Éditions Robert Laffont, 2006.