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La Bosnie et rHetgégovine

PARIS. LOUIS MARETHKUX, IMPRIMEUR

1 , HIE CASSETTE

lŒvuiî (;i!:nékaliî dks sciences pukes et appliquées

La Bosnie

et

l'HetwQOvine

OUVRAGE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE

LOUIS OLIVIER

Docteur fes Sciences,

Dirooleur do la Reotie générale dei Sci'neet,

l'A H

LfiON BERTRAND, PAUL BOYER, EMILE DEMENGE, CHARLES DIEHL

GERVAIS-COURTELLEMONT, JOSEPH f.ODEFROY

A. LEBRUN, ANATOLE LEROY-BEAULIEU, LOUIS OLIVIER

LOUIS WOUTERS. DANIEL ZOLLA

Librairie Armand Colin

G, rue de Mézières, Paris

V

58177

14.4.5"'^

LA REVUE GÉNÉRALE DES SCIENCES

EN BOSNIE-IIEUZÉGOVINK

Les croisières du lu Ileriio (jihwrnlo dos Scioiicos periiicllenl, comme on sait, à un grand nombre

de personnes de visiter d'une façon inslructivc des p;iys où il serait diriiiMle et beaucoup moins

proliliible de voyager seul.

Grâce aux conférences don-

nées à bord sur les con-

trées qu'on va voir, gr;\ce

aux explications fournies

sur place par les savants

qui, à terre, dirigent les

excursions, les touristes

apprennent vite

tout

ce

que l'on sait d'imporlant

sur les régions qu'ils par-

courent. Mais leur passage

y est le plus souvent trop

rapide pour qu'ils puissent

y entreprendre des recher- ches utiles à l'avancement

de la science.

11 nous a semblé, ce-

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BAVIÈRE '--

BOHEME

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.'ÈAIÏBOUWJ-.

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BTYRie

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MORAVIE.

TRANSYLVANIE *\^J

eULGAftIC

Fig. 1. fUlualion do la Bosnie (B) cl de fllcriegovine (II) en Europe.

(Les pays extérieurs au domaine de l'Autriclie-IIongrie sont remplis <n ponctué.)

pendant, que, sans détour- ner l'œuvre de sa destination, qui est de répandre parmi nos compatriotes la connaissance des pays

étrangers, nous pourrions parfois utiliser nos déplacements en vue d'investigations systématiques cl

dans un but d'exploration. Nous convierions un certain nombre de nos collaborateurs à faire roule avec

nous vers des régions d'intéressants prol)lèmes sont à élucider, et nous leur ménagerions la possibilité

d'y prolonger leur séjour aussi longtemps que l'exigeraient leurs travaux. Demeurant nos hâtes jusque

Fig. -2. nivcs (îc Ja Majacka, à Sarajevo,

;'-<> .'^i^î+K ^'"'jW .tM-'-^f t '

''"'iC^y-

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^rrsKsm!

Fig. 3. Paysat/e sur les bords du polje dn Livno.

LA REVUE GÊiNÉIlALE DES SCIENCES EN BOSNIE-HERZÉGOVINE

3

leur relour en France, ces savants réserveraient ensuite à nos lecteurs l'exposé complet de leurs

observations.

La monographie que nous publions aujourd'hui est le premier fruit de celle idée. Nous avons pris

occasion d'une croisière de la Iloviio on Adriatique pour étudier en détail deux contrées situées au

cœur môme de l'Europe (fig. 1) et néanmoins peu connues : la Bosnie et l'Herzégovine.

Courbées sous le joug de la Turquie, isolées à la fois des peuples germains et des nations latines

par la race et la langue, ces provinces ont jusqu'à une date récente écliappé au conlact de l'Occident.

Pendant lU's siècles, nous les avons ignorées. Encore aujourd'hui, notre enseignement clas!>ique les

passe, pour ainsi dire, sous silence.

A des titres divers, elles réclament cependant l'altenlion des savants et des politiques. Leur struc-

ture physique paraît si complexe que, dans son ensemble, elle n'a été l'objet d'aucune description.

Fouillé depuis peu, leur sol a déjà livré à la curiosité des antiquaires des trésors qui vont aider h

reconstituer l'hisloiie de ses plus anciens habitants. Mais, c'est principalement leur population

actuelles ([iii, en raison do sa variété, de son étal moral et de ses ressources, mérite examen. Décimée

par les guerres civiles, épuisée par les insurrections, elle fut enfin, il y a quelque vingt ans, secourue par les Puissances et confiée par elles à la tutelle de l'Autriche. La Iransfôrmalion opérée depuis lors

dans toule la Bosnie et l'Herzégovine montre à quel point peut être féconde l'application des méthodes

scientifiques au gouvernement des sociétés et à la mise en valeur de leurs biens.

Pour nous. Français, qui possédons maintenant un immense empire colonial, il y a évidemment

avantage à connaître, outre le système administratif, la pédagogie, les recherches savantes, les

travaux publics, les institutions agronomiques, l'organisation et les procédés industriels, qui ont si

rapidement relevé de ses ruines un pays déchu.

Cette considération surtout nous a déterminé à entreprendre l'étude scientifique de l'Herzégovine

et de la Bosnie. A cet effet, nous avons sollicité le concours d'une dizaine de savants spécialement

qualifiés; nous les avons invités d'abord à se joindre aux voyageurs que nous conduisions dans cette

partie des Balkans, puis à y rester avec nous après le départ des touristes.

C'est ainsi que, pendant plusieurs semaines, la « Mission française », comme on désignait noire

petit groupe à Sarajevo, parcourut villes, villages et campagnes, observant les choses, interrogeant les

gens, visitant les mines, les cultures, les usines, les écoles, recueillant, en un mot, tout ce qui peut

renseigner sur la condition matérielle et morale des habitants, leur degré de bien-être et de civilisation.

Un simple coup d'œil sur le sol, les hommes et les institutions, fera saisir tout l'inlérêl de cette

enquête.

I

Le territoire que nous avions à explorer occupe une superficie de plus de 5().(X)0 kilomètres carrés'.

La Dalmaiie, la Croatie, la Slavonie, le royaume de Serbie, le sandjak de Novi-Bazar et la Principauté

de Monténégro l'entourent de toutes parts* ^fig. 1, .'i et 8). C'est un assemblage de régions monla-

' Exaolement : .'il. 110 kiloim-lrcs cari-c's. ' Sauf à Klek ot Siiloriiia, villages lout proclies l'un île l'aiilre. où le lerriloire île riler»''govine pémMrc & trarers

la cùle (l.ilinate jusqu'il l'Adriatiiiuc. Ces deux points do contarl avec la U)cr n'offrent acluellcmcnt aucune importance

eoiiiniorciale, et ne seiiihlenl guère destinés i\ en aoqiicrir tant «[ue l'Aiilriclie-IIongrie aura la gt'ranie de la Boïinic tl

de l'Herzégovine, la grande voie ferrée qui traverse ces provinces aboutissant au port dalmalc Je Metkovic, aujourd'hui

florissant.

4 LA REVUE GÉNÉRALE DES SCIENCES EN BOSNIE-HERZÉGOVINE

gneuses, soulevé du nord-ouest au sud-est par les chaînons parallèles des Alpes Dinariques (fig. 5).

Le versant occidental du toit ainsi formé comprend (fig. 5) : au sud, l'Herzégovine ; au nord, un

lambeau de Bosnie'. Son sol rocailleux, tourmenté, hérissé de hautes cimes (fig. 4, et B, C, D, E, G,

fig. 5), apparaît fortement incliné vers l'Adriatique ; aussi n'offre-t-il que de loin en loin une terre

il ne

possède qu'un fleuve digne

d'être mentionné, la Narenta,

qui débouche à Metkovic, sur

propice à la culture ;

l"'ig. 4. Dc/ilcs de la A'arcnla- près de Craborica {Horzcjoyjae).

la côte dalmate.

Le versant oriental, tout

bosniaque, est moins abrupt.

Il est constitué par de hauts plateaux, que séparent de

larges

dépressions. Douce-

ment infléchi du sud-ouest au

nord-est, il appartient au bas-

de la mer Noire : ses

sin

cours d'eau, rUna,le Vrbas, rukrina, la Bosna, la Drina,

etc. (fig. 5) vont grossir la

Save, affluent du Danube. Dans

les vallées qu'ils arrosent,

leurs rives verdoyantes (fig. 2

et 7) donnent au paysage une physionomie calme et .repo- sée, qui charme le voyageur

dès son arrivée en ces lieux.

Le

hêtre, le chêne et le bouleau

couvrent près de la moitié de

noyer, le

châtaignier, le

cette région,

et y alternent

avec de vastes pâturages.

En ces deux contrées, c'est

le relief du

sol qui a déter-

miné la distribution des ha-

Ditants. Des murailles natu-

relles (fig.

3) découpant le

pays en un grand nombre de districts isolés les uns des autres, les familles ont été forcées de se

confiner dans ceux de ces étroits espaces qu'elles trouvèrent susceptibles d'exploitation. Il en est

résulté quantité de petits centres, privés, pendant longtemps, de toute communication régulière au

' Exactement : au sud, l'Herzégovine et une pclile portion de Bosnie; au nord, comme il vient d'i'tre dit, un lambeau de Bosnie.

fCES EN BOSNIE-HERZÉGOVINE

5

dehors, et qui, en se développant, sont devenus des villes. Telles sont (fig. 8) : en Herzégovine, Moslar,

l'ancienne ville épiscopalo, aujourd'hui peuplée de 14.300 âmes; Slolac, Gacko, Konjiea, Trebinje,

eilés do 3.oOO, 1.000, l.fiOO cl l.'OO liabilanls; en Rosnio, Sarajevo (Bosna-Séraï), la capitale aciuclle,

qui comprend environ 38.000 urnes, puis Travnik, Hiiiac, Baujaluka, Donja Touzla, auxquelles les

récentes statistiques en assignent G.OOO, 4. (KM), 15.000 et 12.000. Mais ce n'est pas tout, et il nous

Fig. 5. Croquis très scliéinatique pour iadiqut'r : i" Le Unit ilominanl de l'orographio Je la llosaie-Uerzcgiiyiin-. ol

la ilivision du pays en deux versants; 2» Im loralisalion de l'Herzégovine sur l'un de ces versants et la distri-

bution de 1,1 Ilosnie sur tes deux. Les traits verticaux couvrent le versant do sudoucst ; l'emplacement de l'Ilené- govine y est marqué par l'addition d'un ponctué au système de ces traits. Les trait» espacés et horizontaux indi(]uont le

versant de la mer Noire. A. embouchure de la Narenta; B, sator planina (l.Sia"); C, Radtiéa (1.956»j; D, lijelasjiica

(2.067"); E, Vranics planina (2.10T"); G, Massif du Preaj.

faut encore citer d'importantes localités où, nos collaborateurs et nous-méme, nous aurons par la suite

i\ conduire le lecteur (fig. 8) : Livno, à l'ouest; Foèa, Viàegrad et Rogatica, au sud-est; Zenica, Maglaj,

Bugojno et Jajce, vers le centre; Bjelina, au nord-est; Dervent et Gradiska, tout au nord.

En chacune de ces communes, les gens, forcés pendant longtemps de s'allier entre eux, ont, jus-

Fig. 6. llabiUdiuha uccu/jcca pur <,,

^

uuiiijus

Jniisulimiiirs mis 'uh'HiUi (lu Livno.

Fig. 7. Paysage à Vranduk.

LA FtKVUE GIÎNÉRALF, DKS SCIENCES EN BOSNIE-HERZEGOVINE

7

qu'A, ces dernières années, conservé les usages et les mœurs des tribus d'où ils dérivaient. La néces-

sité de se soutenir mutuellement a créé chez eux le curieux système des zmlrougnit. On nomme

ainsi de grandes fumilics

qui, pour s'aider et rendre leurs efforts plus productifs, vivent et Ira-

viiillenl enseml)Ie, demeurant, sous le rapport de la propriété, dans l'indivision. La zadroiiga est dirigée

par un chef, ordinairement le père ou frère le plus rtgé, mais quelquefois aussi un homme jeune.

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CARTE POLITIQUE

DE LA

BOSNIE

ET DE

r Herzégovine

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o de disfnci

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= Chemin de fer

(/e sousdistn'd

Échelle

2S

5o.

8.

Croquis sclirmatiijuo do la carlo politique do Bosnie et

d'Herzégovine, montrant la

principaux centres urbains.

distribution </o»

que désignent dos qualités exceptionnelles. C'est ce chef qui commande k toute la communauté et qui

en administre les biens, mouilles ol immeubles. Tous ses subordonnés logent sous le môme toit (fig. (5),

et, si cerlaiiis d'cniro eux viennent i\ recevoir quelque salaire, leur devoir est de le lui remettre '.

' lîn liosnic, l,i zadroiuja ne constitue pas une disposition léfralc à laquelle personne ne puisse se soustraire ; elle

existe siniplcmcnt comme usnjie. Mais, en divers districts d'Herzégovine, elle reviM un caraclére presque obligatoire :

individus et familles s'y soumettent.

8 LA REVUE GÉNÉRALE DES SCIENCES EN BOSNIE-HERZÉGOVINE

II suffit d'un petit nombre de ces associations pour former un village (fig. 6). Beaucoup de villes

Fig. 9. VJIIo do, Jnjce, au-dessus des chutes de la Pliva.

Fig. 10. Kciio/ipcs UKs inti:>aiis sous la mosquée

Pascba, à Banjaluka.

mêmes ne sont que des agglomérations de zndroiujns. Entre ces cités, les maisonnettes isolées dans les

campagnes sont extrêmement rares, .\ussi, lorsque

Ton considère sur la carte polili([ue (fig. Si le grand

Fig. H. Marché aux fruits à Sarajevo

nombre des villes et bourgades la popu-

lation se concentre, est-on tenté d'attribuer à la Bosnie et surtout à l'Herzégovine beaucoup plus

d'habitants qu'elles n'en possèdent. En réalité, les deux provinces réunies n'en renferment pas plus

de 1.600.000, soit environ 31 à 32 individus par kilomètre carré.

r.lîNfiRALE DES SCIENCES EN BOSME-IIRFlZKOOVINE

II

Au milieu de ces gens, le touriste qui n'a pas encore voyagé dans les Balkans demeure longue-

ment étonné. C'est d'abord le décor extérieur de la vie qui l'éblouit. Villages pittoresques perchés

sur les collines (fîg. 9) ou coquettement entourés de verdure (fig. 1) ; minuscules échoppes (lig. lOj

Fig. 12. lùjtir (lu

rôlissour iliios un quarlior </« Sara-

,

jevo. Cuisson des galettes

de maïs et cuisson iic la viande

(apportée en écuelle)

remplies du ronflemont continu des rouets, du tic-tac régulier des métiers, du vacarme inégal de

toutes les petites iuduslries du fer; pimpants étalages de fruits et de légumes l'fig. 11), que le mar-

chand, artiste à sa manière, excelle à composer pour la joie des yeux; de quelque côté que se tourne

le visiteur, de menus spectacles, caractéristiques du génie indigène, s'ofTrent confusément à ses

Le bazar lui fournit son meilleur poste d'observation. C'est qu'à de certaines heures les fl&neurs

' Les étalantes do fruits sont particulièrement indicatiTs : tandis que. ctiex nous, le vendeur, plus utilitaire, dispose

sa (1 di'vaiilurc >• en casiers et réunit en ctiacun une seule sorte de denrée, en Bosnie, au contraire, le man-hand cherche.

dans un désordre apparent, l'harmonieux contraste des couleurs et des formes; il s'applique principalemeut, comme ferait

un peintre, à composer un tableau.

Fig. 14. Boutiques des marchands au bazar de Jajce.

TF GfiNIÎUALR DKS SCIENCES EN BOSNIE-HEKZRdOVINE

lt

se rassemblent (fig. li). Des armes pou.ssiéreuses, d'anciens boîtiers, quelques gemmes brisées attirent

les curieux aux devantures des orfèvres. Mais cette pacotille

ne se vend guère ; le commerce actif porti; sur les produits de

la

terre

(fig.

13)

et un

tout petit nombre d'obji-Ls fabriqués

(fig. 14), traditionnelles babouches, harnais faits sur place, coton-

nades exotiques, quincaillerie allemande, auxquels s'ajoutent de

légères soieries et un article de grande consommation : le lacel

d'or.

Somme toute, les achats sont minimes, le pays étant pauvre.

Si Ion n'y

rencontre que peu d'indigents et presque pas de

mendiants, les riches ne s'y trouvent qu'en petit nombre. I.a

plupart des familles jouis-

sent de ce premier degré de

l'aisance qui confine encore

à la gène et impose slricte-

nienl la frugalité. Elles vivent

Fig. 15. Ciliiiliit iiiiisiiliiiitn PII rtusnic.

(Photo«,'ra()liie de M. Vcrneaii, Col- leitinn iii6<Iile du Muscinii d llisloire

naturelle de Paris.)

de pain de maïs, de riz, de

légumes, consommant si peu

de viande que, lorsqu'il s'agit

d'en servir, les ménagères embarrassées confient la cuisson du

mets au rcjlisscur (fig. 12), suivant en cola Tune des plus vieilles

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coutumes de Bosnie. Une

fois Tan, cependant, des ré- jouissances pantagruéliques viennent interrompre la mo-

notonie de cette chélive exis-

tence : aux abords des vil-

lages, les routes sont encom-

Fig. n. niche rousH/man </e Sanjevo (Photographie de M. Verneau, Col-

lection inédite du Miiséiim d'Histoire naturelle de Pari».)

brées de chèvres et de mou- ^'^"^ voués i\ de prochaines hécatombes. Aussitôt tués, les ani-

maux sont dépecés dans les prairies (fig. 20), puis empalés et

'^"'^ '^ '^"''^ au-dessus de feux de bois (fig. 21). Celle

cérémonie suivie de festins homériques provoque toujours

"" grand concours de population. La jeunesse et l'ùgc mùr en

'"'^'''

profilent pour se livrer il dos danses interminables, l'aUégrcssc

de lous saccommode de l'ébriété générale (lig. 23).

Dans ces circonstances diverses, ce qui frappe le plus les

Fig. 10. VilIniiPDiK imisiilmnn rfe liosnii'. (Pliotofiraphie de M. Verne.iu, Collec-

tion inéilitc du Musiiun d'Histoire na-

turelle do Paris.)

étrangers, c'est la personne même de l'indigène, sa haute «lalupo.

et, chez le sexe fort, une élégante et fine beauté, que rehaussent

encore le slyle et l'éclat du vêtement i;fig. 15 ù 21 et 23). Portant le

turban ou coiffés du tarbouche, sjmglés dans de courtes casaques

ou chaudement enveloppés do fourrure, guêtres jusqu'aux genoux ou allant nu-jambes, ces hommes

sveltes et graves, au visage régulier, à la physionomie intelligente et un peu farouche, qui se pres-

i2

LA REVUE GÉNÉRALE DES SCIENCES EN BOSNIE-HERZÉGOVINE

sent aux marchés pour les emplettes domestiques, ou, pendant les heures chaudes du jour, devisent

sous les tonnelles, semblent des personnages d'opéra-comique, sortis du cadre trop étroit de nos

scènes dramatiques et transportés par les fées dans la vie libre et la vraie Nature*.

Entre eux circulent çà et là les femmes (fig. 22, 24 à 29). La disgrâce de leur allure contraste avec la

flère aisance de leurs alertes seigneurs et maîtres. Sauf quelques modernistes, vêtues à l'européenne,

toutes vaquent à leurs occupations, empêtrées et comme empaquetées dans de lourds pantalons à

. f _• i/l.i< Ji-^-fe^k^ .::',«SK;-i»«K:ss!55r»>>-r«^

Fig. 18. ChrétiBB de la Basse-IIarzégovine, au

voisinage de la Dalmatie.

Fig. ,1U. Muauliii/in de Foca en cvstume

alhaoais.

larges plis, qu'elles serrent au-dessus de la taille et aux chevilles (fig. 27 et 28). Des sabots à échasses,

imaginés pour les préserver de la boue dans les rues, ajoutent à l'embarras de leur marche. Pour

des sortes de robes (fig. 22

et 26). Les jours de fêle, elles s'affublent de bonnets à plume (fig. 24) ou de tiares à pendeloques,

endossent de longs manteaux ouverts sur le devant (fig. 2G) et portent des tabliers qui souvent .sont

le travail, les paysannes complètent parfois leur accoutrement par

des merveilles de broderie. Dans les villes, le costume féminin n'admet pas cette surcharge, et c'est

Nous devons à l'obligeance de M. Verneau, du Muséum, la communication des photographies que reproduisent nos figures 15, 16, 17, 24, 23, 27, 28 et 29; nous sommes heureux de l'en remercier publiquement.

iMg. 20. Dopcccmcut dos chèvres et des moutous.

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Fil,'. 21. - l'insniis <h llosaie rôlissanl des chèvres ft des mouloaa dtaa les ebtmps.

Fig. 22. Paysannes chrétiennes en costume de fêle h Jajce.

Fig. 23. Paysans clircticns des environs de Sarajevo goûtaul la sljvoviea.

LA UEVUE GKNIÎRALK DES SCIENCES EN BOSNIE-HERZÉGOVINE

là, du mule, que lus jeunes filles ont le moins besoin de parure : leur beauté suffit (fig. -

champs, au cou Irai ro, les dures besognes qui incombent aux femmes les enlaidissent souvent dès la

jeunesse. Ce sont elles surtout qui cultivent le sol. Dans les vignobles d'Herzégovine, dans les campagnes bosniaques,

iS

Fif,'. 21. Piiysimnc chrétienne, [Serbe ovlhn-

diixe] (la liof^nie en cofitiune de fêle. (Pho-

tographie (le M. Verneau, Collection inédite du Muséum d'Histoire naturelle de Paris.)

Fig. ilG. l'.iynaa chrétien et paysanne chrétienne (la femme en cos-

tume de ielc) au bazar de Jajce,

Kig.2.'). deune lillc elirétienne [Serbe ortlio-

d(ixe) de Snrnjevo.

M. Verneau, Collection inédite du .Musimmu d Histoire naturelle de Paris.)

(Pliotosr.ipiiii' de

couvertes de maïs, d'orire et de tabac, elles ameublissent

la IciTC ct, quand vient l'aulomne, font la moisson. Sur

les routcs, on les voit chargées des plus

soir venu, les maris fument paisiblement la cigarette, tandis

,

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i

lourds

i

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larileaux. Le

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(luellcs loudcnl lus moutons, lilent et lissent la laine ou confeclionnenl les viMemenl*. Mais, si {téniblc

que le lul)cur leur apparaisse, elles acceptent sans récriminer la tâche que l'homme leur impose;

on voil Idut do suite qu'elles se sentent très inférieures à lui : en sa présence, leur attitude est toujours

16 LA REVUE GÉNÉRALE DES SCIENCES EN BOSNIE-HERZÉGOVINE

réservée. Dans les campagnes, elles se montrent le visage découvert; au contraire, parmi les citadines,

beaucoup ne sortent que voilées (fig. 29), et ce signe de l'Islam est,

pour le

touriste non encore informé, le premier indice de celte

diversité des confessions religieuses, dont il reconnaîtra bientôt

l'importance, mais que la seule observation du sexe fort ne lui aurait

pas immédiatement révélée. Tandis, en effet, qu'en un clin d'œil

l'indigène dislingue les uns des autres le catholique et l'orthodoxe,

différemment tatoués, ainsi que le musulman, plus finement vêtu,

pour le nouveau venu, tous ces gens

en eux

de leur foi, c'est, dans tous les centres de

quelque importance, la coexistence de la

se ressemblent : il ne voit

que des frères. Ce qui l'avertit pourtant des dissidences

chapelle catholique, de l'église orthodoxe

et de la mosquée.

III

Fig. 27. Jcuuu fammo chrétienne (Serbe orthodoxe) rfe Bosnie. (Photographie de M. Verneaii, Col-

leclion inédite du Muséum d'His-

toire naturelle de Paris.)

Sur le sol entier du pays, plus de mille

mosquées (fig. 30, 33 et 34) proclament la fer-

veur dos Croyants; on en compte environ

petit village

quatre-vingt-dix à Sarajevo, et il n'est si

qui n'en possède au moins une. Dans les cités populeuses,

les minarets élancés, émergeant de la verdure des jardins, annoncent

au loin l'emplacement des quartiers

musulmans (fig. 30 et 33). Au voisi-

nage, la bannière grecque

et

la

croix romaine (fig. 33)

aussi

sur

le

ciel

leurs

découpent

grêles sil-

houettes et servent à d'autres hom-

mes

de points de

ralliement; car,

l''ig. -29. Femme musul-

mane de Sarajevo.