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X

LA SORCELLERIE

AU

XVII" SÊCLE

Nous avons relaté les coniurations sata-

niques sanglantes de Giiles de Rais, puis

telles les messes érotiques d'Henri

Ili, la

messe noire avec ( tête parlante > de

Catherine de Médicis, souvenir du < Ba-

phomet > des Tempiiers.

Au xvtle siècle, de nonr,:.eux prêtres

seront condamnés pour < .- ses noires > sacrilèges. érotiques et satanlques, accom-

plies ians un but précis.

Le 2l septembre 1677,I'affaire la

plus

importante et qui éclaboussa la Cour. commença par un biilet anonyme trouvé

L ASTROLOGUE

dans un confessionnal des jésuites, rue

Saint-Antoine, dénonçant le prochain

empolsonnement du Roi et du Dauohin.

Après deux mois d'enquête, les arresta-

tions commencèrent. Elles

se multiplièrent

jusqu'en 1681, date à la

suspendit toute la prccedure, car lui-

même se trouvait atteint par Ia compromis-

sion de sa maîtresse royale, la marquise de Montespan.

:lle Louis XIV

La sorcellerie s'était en effet installée

Louvre et à Versailles. La Fontaine a

au

écrit :

435

,

Avait-on

un amant.

Un mari vivant trop au gré de son épouse?

une femme jalouse?

Une mère

Jâcheuse,

Chez Ia devineresse on courait.

Ces sorcières, ces devins, si uti'

ce

furent La Voisin. Le Filastre, Le

Le Lepère. La Chéron, La Brinvilliers,

-,sse,

La Vigoureux. La Vigoureux ne disait-elle pas devant

l'avocat Perrin :

Le beau métier! Encore trois

empoi-

sonnements et je me retire fortune faite !

-

Les messes noires ne font pas

appel

aux rites antiques, ni au cérémonial

médiéval. Pas de pentacle de Salomon, ni

de formules hébraïques, ni la Kabbale.

Les messes noires procèdent-elles de

la magie?

Oui. D'abord par le rite satanique,

qui

est un des aspects extrémistes

de la

magie dite magie noire. Ensuite par son

utilisation de la magie de la messe (eau bénite. encens, lumières, consécration,

communion, chants, formules).

La messe noire est une cérémonie

magique. Elle est entièrement et uniquement axée au xvne siècle, siècle de la reiigion

triomphante

avec le Roi Soleii et Ia Cour,

sur la croyance du chrétien dans la

puissance satanique. Il

que pour le croyant.

une messe inversée.

n'y a de satanisme

La cérémonie est

la croix la tête en

436

bas. Le sexualité et le crime ajoutant à la profanation, iois de base du satanisme.

Le président Le Péron mourut. On le

dit empoisonné par sa femme qui lui

préférait M. de Prades. ce qui lui

coûtq

2 000 livres. Partout des morts suspectes. Une bonne centaine de sorciers sévii- saient à Paris. en cette industrie coupable

qui fit des ravages dans toutes les familles.

La cour, très rapidement, donna l'exem-

ple. On ne pariait que de la veuve Mont-

voisin, dite < La Voisin >, dame de qualité

qui avait ses entrées et pouvait approcher

le Roi. EIle avait débuté dans la bonne

aventure et les crèmes de beauté. Son

succès à la cour

ia lança dans la sorcellerie

plus rémunératrice.

la plus poussée, la

Des aphrodisiaques, puis des poisons,

elle en vint à la magie noire.

La marquise de Montespan utilisa les

sorcellerie dès 1666, déjà

au temps elle cherchait à conquérir le

Roi. Elle se rendait chez la sorcière et lui

services de la

envoyait fréquemment sa dame de compa-

gnie, la demoiselle des (Eillets. Elle

demandait ses poudres au chevalier Louis

de Vanens (que La Reynie arrêtera l'un

des premiers, en 1677).

La marquise

cherchait ie moyen de se débarrasser de

ses concurrentes.

Les messes noires commencèrent dès

cette année 1666. La Voisin ne fut arrêtée

qu'en 1679. Elle avait acheté au sud de

r.l

,

'.1

;

,

ravF

ciellt

Saint-Denis une ,qrande

donnée, rue Beauregard.

maison aban-

avec un jardin.

Son mari et sa fille y habitaient. Dans

plusieurs pièces. on fabriquait les crèmes,

Ies poudres. les philtres.

Un apothicaire

et une sage-femme

étaient à demeure.

Dans un four. on brûlait .les résidus et

notamment le fruit des avortements. La

Voisin avoua y avoir incinéré près de

deux mille petits corps en dix ans. On y

préparait aussi les cierges à la graisse

humaine. pour les rites sataniques.

Le pavillon. dans le jardin, était tendu de noir. Un autei. Un rideau noir à croix

bianche. Des marches. Un tabernacie et

une croix. Cierges noirs. Nappe noire. sur

un matelas de la taille de I'autel.

Devant la Chambre ardente, Margue-

rite < La Voisin >, après ia mort de sa

mère. a donné le détail des cérémonies.

La flemme qui a commandé la messe

-

très souvent une grande dame de la cour qui

arrive masquée. en carro s'allonge

nue sur I'autei. les bras en

croix. un cierge

noir dans chaque main. Le célébrant

monte à l'autei -

Guibourg

le plus souvent I'abbé

il porte les ornements sacer-

-

dotaux. a revêtu une chasuble brodée

de pommes de pin noires. Il étend le cor-

poral sur le corps de la femme et y dépose

le calice. Il baise le corps de la femme et

dit sa messe. Un clerc l'assiste. II invoque

Astaroth. Rites religieux, blasphèmes et

obscénités. Parfois. on sacrifie un enfant

nouveau-né, dont le sang est versé dans le calice.

Messes noires contre la maîtresse du

Roi. Louise de Lavallière. et

pour iui

ravir la place de maîtresse royale offi-

cielle. reconnue, puissante.

En i668. ce fut à l'égiise Saint-Séverin,

puis à Saint-Germain, que I'abbé Mariette

célébra ses rites diabofiques avec deux

cæurs de pigeons bénits au nom de

Louis XIV et de Louise de La Vallière.

La

Montespan cherchait à faire mourir

la petite princesse par un cérémonial

magique avec ossements humains. L'abbé

Mariette. aidé du magicien i'abbé Lesage,

célébra une messe noire au cours de

laquelle il lut l'Évangile sur ia tête de la

marquise de Montespan agenouillée devant

Iui. puis il récita des conjurations.

On cite I'abbé Guibourg, I'abbé

Mariette. i'abbé Lesage :

d'Angoulême. Mme de

la duchesse

Vitry, Mme de

Vivonne, ont fait appel à leur sacerdoce.

La marquise d'Argenson. la marquise de

Saint-Pont égaiement. D'autres prêtres que I'abbé Guibourg célébrèrent, et en

d'autres lieux. des messes noires : nom-

mons I'abbé Guignard, curé de Bourges. et son sous-diacre i'abbé Sébault. Tous deux furent exécutés pour sacrilège. On

nomme aussi I'abbé Barthélemy Lemei-

gnan. vicaire de

Saint-Eustache, qui en

une messe noire aurait égorgé deux

enfants. (Condamné à la prison

à vie.)

C'était Leroy, gouverneur des pages

de Sa Majesté. qui incita la marquise de Montespan à se livrer aux messes noires,

lesquelles. lui assurait-il, elle obtien-

drait satisfaction de tous ses désirs. Messes noires pour obtenir I'amour du Roi.

par

Messes noires pour conserver cet amour. Trois messes furent dites. en I'année

1673. à trois semaines de distance : I'une. dans ia chapeiie du château-fort de Ville-

bousin, près de Montlhéry; la deuxième,

lJt

dans une maison en ruines de Saint-Denis:

ia troisième. dans une masure oir vint

Guibourg, les yeux bandés. dit-il.

des trois messes noires a été

consigné dans ie dossier du procès de

La Voisin. notamment sur le témoignage de sa fille Marguerite :

La flle de La Voisin a dit qu'elle a

yu dire de ces sortes de messes sur le

ventre, par Guibourg, chez sa mère. Elle

aidait sa mère à préparer les choses néces-

saires pour cela : un matelas sur des sièges, deux tabourets aux deux côtés

étaient les chandeliers ovec des cierges.

I'abbé

Le rite

après quoi Guibourg venait de la petite

chambre à côté. revêtu de sa chasuble

blanche semëe de pommes de pin noires. et

après cela La Voisin Jàisait entrer dans la

chambre la femme sur Ie ventre de laquelle

Ia messe devait être dite.

et

J'ai ëtë présente à cette sorte de messe

j'ai

vu que la dame ëtair rcûe nue sur

Ie matelas, ayant Ia tête pendante, soutenue

d'un oreiller sur une chaise renversée, les

jambes pendantes. une serviette sur le

ventre, et sur la serviette une croix à l'en-

droit de l'estomac. le calice sur le yentre

II fut présentë à Ia messe de Mme de Mon-

tespan un edant paraissant në qvant

terme, quifut mis dans un bassin. Guibourg

l'égorgea, versa dans un calice et consacra Ie sang avec I'hostie. achevq sa messe. puis

fut prendre les entailles de l'enfant. Ma

mère porta Ie lendemain chez Dumesnil.

pour distiller, le sang fole de verre que

et l'hostie, dans une

Mme de Montespan

emporta.

L'abbé Guibourg

avait soixante et

'e ans. C'est lui qui avait fourni du

rn au sieur Danuy pour empoisonner

Colbert. Payé par Montgoméry.

A

sa

messe contre le Roi. il déclara avoir mis

le sang dans un vase de cristal, avec quel-

ques parties de l'hostie consacrée. A faire

boire au Roi.

Guibourg avait inventé un poison

m,' iel

fort étrange, I'avium risus, ou

faisait mourir en se

gr,,touillette, qui

tordant de rire. ll dénonca Piron Dumar- teray, conseiller au Parlement. pour lui

en avoir acheté alin de punir le roi qui

avait emprisonné Fouquet.

ll donna également le texte de ses

conjurations :

Astaroth, Asmodée. princes de l'Amitié,

je

vous con jure d'accepter le sacrifice

je

que je vous présente de cet edant, pour

vous demande, qui sont

les choses que

que l'amitié du Roi. de Msr le Dauphin, me

soit continuée et honorée des princes et princesses de la Cour. que rien ne me soit dënié de tout ce que .ie detnanderai au

Roi. tant pour mes

pqrents que serviteurs.

Croix à I'envers, sonnailies.

fumiga-

à Satan. La formule

tions. invocations

initiale : In nomine Dei nostri Satanae

Luciferi excelsi. Blasphèmes

au cours du

Pater. Hostie et calice offerts à Satan.

Consécration. Pour la beile marquise,

I'officiant déclamait :

Je demande I'amitié du Roi et celle de

Mst le Dauphin. qu'elle me soit continuée, que Ia Reine soit stérile, que le Roi quitte son lit et sa table pour nroi. que j'obtienne

de lui tout ce que je lui demanderai pour

ntoi et mes parents : que mes serviteurs

et domestiques lui soient agréables; chérie

et respectëe des grands seigneurs, que .je

puisse être appelée aux conseils du Roi

et savoir ce qui s'y passe et que. cette

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avis à

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s'agissait

Elle savait

trompa

défendait

une rivale,

souffrait de

autre

amitië redoublant plus que par Ie passë. le

Roi quitte et ne regarde La Vallière. et

que, Ia

Reine étant rëputliée. ie puisse

épouser le Roi.

Messes noires. donc. pour laire mourir

La Vallière, pour

exécuter Mme de Ludres.

Mlte de Fontanges (qui mourut) et

peut-être Mme de Maintenon:

La Voisin a révéié :

la fille de

Toutes les fois qu'il arrit'ait quelque

chose de nouveau à Mne de Montespan

et .xu'elle

craignait quelque diminution

qu:i bonnes grâces du Roi. elle donnait

avis à ma mère a/in qu'elle I apportôt

quelque remède. et ma nùre avait aussi

recours à des prêtres, par qui elle faisait

dire des messes (noires) er donnait des

poudres pour les /aire prendre au Roi.

On est en droit de se demander comment

la marquise de Montespan a pu s'adresser

à la magie la plus noire. la vraie sorcellerie.

avec sang, profanation, luxure?

D'abord, parce que son tempérament

volcanique la poussait

extraordinaire

vite aux excès. Son

ascension due à la

magie

s'agissait de se maintenir à

I'avait

quelque peu grisée. Il

tout prix.

il la

-

Elle savait son royal amant volage.

trompa tant et plus. La beile maîtresse se

défendait : dès qu'elle vovait poindre une rivale. elle lançait le bruit qu'elle

souffrait de gale ou de lèpre. ou quelque autre accusation atroce.

Mais le f.oi. peu à peu se .lassa de sa

maîtresse. Etait-ce à ce moment qu'elle

eut recours à des philtres pour conserver son attachement? Sa santé donna des signes de troubles que d'Aquin a notés

dans son Journal. à I'année 1674 : étour- dissements. fumées de vapeurs, jarrets

faibles. nerfs éprouvés. En 1675, le Roi

rompt. Bossuet I'y

pousse ardemment

par ses remontrances. Ce prélat, chargé

de l'éducation du Dauphin. conseille à

Sa Majesté d'écarter la Montespan. Ils

officiellement le l6 avril 1675,

s'aimant plus que leur vie. purement par un principe de religion. écrit Mme de Scu- déry. Après des cris de fureur. la marquise se retire. et le roi promet de ne plus penser

à elle.

se quittent

La magie intervint-elle à nouveau?

Le Roi pense beaucoup à sa belle maîtresse et la regrette. Il va la voir dans le charmant

petit château de Clagny qu'il a bâti pour elle, près de Versailles et éclate en san-

glots. La marquise ne désespère pas : elle

fait embellir sa demeure princière, y reçoit

Monsieur. puis ies dames de la Cour. La

Reine y vient même par curiosité voir

la panthère. comme se sont exprimés ses historiens. Car la grande dame ne dérage

pas.

Le Roi a de nouvelles vapeurs, on le

durement, tandis que

joue la comédie, danse

saigne. on ie purge

la Cour s'amuse.

de bal en bal. folâtre à Trianon.

On parle du retour

de la marquise à la

Cour: Mme de Caylus s'en fait l'écho

dans ses Souvenirs. Déjà Bossuet fléchit.

Le Roi va rendre une nouvelle visite à sa

ii en naîtra

maîtresse. ouis une autre

439

deux bâtards royaux : en 1677. Françoise- Marie de Bourbon. qui deviendra duchesse

d'Orléans, et Louis-Alexandre de Bourbon. comte de Toulouse. en 1678. La ûlle de La Voisin assure qu'une

nouveile messe noire eut lieu chez sa

mère. et qu'un enfant y fut égorgé.

L'amour flambe de nouveau entre la

Montespan congédiée et le Roi. (Magie

noire?) La

Reine, comme Bossuet. en

est très surprise.

La Montespan reprend ses allures de souveraine. Elle règne encore, Mme de

Sévigné

la dépeint

à la Cour de Versailles.

en

en public. avec la divine marquise. Mme de

Sévigné. qui a parlé avec elle. note son

éclat, ses diamants. ses perles, en un mot une triomphante beauté à faire admirer à

rous les ambassadeurs.

juillet 1676. Le Roi y joue aux cartes

Et pourtant.le Roi flirte beaucoup

parJà : il fait un enfant à la des

femme de chambre

qui

par-ci.

(Eillets,

de la marquise, celle

va en ville voir la Brinvilliers et la

Voisin! C'est la des (Eillets qui retient le

Roi quand sa maîtresse est malade et

Primi Visconti consigne que Sa Majesté

se tenait parfuis des heures entières auprès

du feu, fortement pensif et poussant des

soupirs.

Le Roi fréquente aussi Mme de Ludres.

ûlle d'honneur de Madame. chanoinesse de

Poussay, qui avait été la maîtresse de

Vivonne. le frère de Mme de Montespan.

La marquise expiose de jalousie.

la Cour parle de cette liaison. et la belle

Toute

de Ludres se voit déjà maîtresse royale

officielle, peut-être

bâtard.

enceinte d'un royal

La Montespan agit avec sa férocité

440

coutumière. On écarte la rivale. (Magie

noire?) M-e de Ludres est disgraciée.

Triomphe de la marquise en 1676. 1677,

_eagne ses guerres. On

1678. Louis XIV

le

compare à Jupiter. On identifie la

Montespan à Junon tonnante et triom-

phante, selon Mme de Sévigné.

Elle étale sa faveur. sa fortune,

elle

joue plus fort que jamais au

jeu. ne

ménage personne. Sa chute sera reten-

tissante. Quand le Roi

I'abandonnera pour

lui préférer I'ancienne gouvernante de ses bâtards, la veuve Scarron, qui déjà

a pris le titre de Mme de Maintenon, la

beile marquise emploiera les plus funestes

voies pour faire mourir l'amant qui l'a

définitivement rejetée. A ce moment. la Voisir; entre en ieu.

II semble prouvé qu'un officier du

la marquise, mêla

gobeiet, dévoué à

des poudres aux mets et vins de la table

du Roi. Louis Bertrand y voit I'expli-

cation des troubles et des crises qu'é-

prouva fréquemment Louis XIV entre

1665 et 1680. Poudres

luxurieuses. aphro-

disiaques. alïolantes, qui le ramenèrent

à sa maîtresse. car il avait le tempérament

vif à trente-cinq ans.

La belle marquise perdit la tête quand elle se sentit abandonnée. Elle se fit aider

d'une deuxième sorcière. la Trianon.

qui. selon la fille de ia Voisin. usait r/e pratiques rëpugnantes. La grande courti-

l

À:

,i'i:r :i: :

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milio

le Roi

é

'On ur

récs

moifes,

du

Roi,

la Des

mourrait

un placct;

nresS€

papier

elle-mêmc

mars 1679.

Le Roi

retourner:,:à

Voisin fut

En

transmit au

diatement Chambre à La Reynic

J'aî reçt

l'honneur de

Ia lecture

Cette

comme le dit

de dégott,

dans ses bras

tueuse d'

I'assaillirent.

La maîtresse

mais écartée.

jeu et on cacha

table amante

façon

voua

d

à la

que la peur

promit mille écus : il

sane

pour un double coup, cent

s'agissait de faire mourir

le Roi et sa nouvelle maîtresse!

On userait de poudres magiques prépa-

rées selon les formules des vieux gri-

moires, qui

du Roi, ou

seraient jetées sur les habits dans un lieu où il passerait.

la Des Gillets s'en chargerait. Le Roi

mourrait de langueur. On préféra choisir

un placet de papier enduit de poudre

empoisonnée et passée sous le caiice de la

messe noire. La Trianon

préparerait

le

papier fatal et la Voisin le remettrait

elle-même en audience au Roi. C'était en

mars 1679.

Elle devait

la

Voisin fut arrêtée le 12 mars. En octobre de la même année, Louvois transmit au Roi les procès-verbaux des

interrogatoires. Terrifié, le Roi fit immé-

diatement suspendre les séances de la Chambre ardente. Le 17, Louvois écrivait

à La Reynie :

Le Roi refusa de la recevoir.

retourner à Saint-Germain le l3:

J'ai reçu les lettres que vous m'avezfait

l'honneur de m'écrire. Le Roi en a entendu

la lecture qvec douleur.

Cette infamie suprême de son entourage, comme le dit M. Louis Bertrand. I'accabla

de dégoût, d'indignation. Il avait tenu

dans ses bras une empoisonneuse, une

tueuse d'enfants! La honte et les remords

I'assaillirent.

La maîtresse coupable ne fut pas punie,

mais écartée. La dignité du Roi était

jeu et on cacha les crimes que la redou- table amante allait expier au couvent. de

façon dramatique.

Quant au Roi, il

se

voua à ia dévotion. Saint-Simon

a écrit

que la peur du Diable le détermina.

en

On se doute si Louvois, alors ministre

de ia Guerre et protégé de Mme de Mon-

à étouffer I'affaire.

inter-

Les séances du tribunal furent alors

tespan, s'empioya

rompues. Il y avait à la Bastille et à

Vincennes cent quarante-sept personnes

emprisonnées pour sacrilège et trafic de

poison. On n'arrêtait pius pour sorcel-

lerie.

Ce n'est qu'en 1681 que le Roi autorisa

la reprise des travaux

à la Chambre

ardente, une fois épurés tous les dossiers.

Le Roi interdit que I'on entendît à nou-

veau la Voisin et la Filastre,

eu commerce avec la grande marquise.

qui avaient

Lui-même brûla les documents compro-

mettants.

Il y eut deux cent vingt-six

à mort.

accusés,

trente-six condamnations

Déjà, en janvier 1676, on avait condam-

à mort et décapité Marie-Marguerite

d'Aubrai, épouse d'Antoine Gobelin,

marquis de Brinviiliers,

qui avait appris

de son amant, un officier gascon, I'art

des philtres et des poisons, et qui s,y

était essayée avec succès sur ses frères

et son père. Très dévote, elle fréquentait les hôpitaux et essayait ses poudres sur

les malades.

La Chambre ardente condamna La Voisin, veuve du sieur Montvoisin, née

Catherine Deshaies, ainsi

tante la femme Vigouroux, et son assis-

que

son .assis-

tant prêtre, I'abbé Le Sage. Ce mauvais

prêue avoua entre autres une messe noire

sur le corps nu de la jeune maîtresse du

sieur Rubantel. On avait arrêté : le maréchal de Luxem-

bourg, accusé de pacte diabolique

conjurations contre le Roi (dénopcé par

et de

441

Cl. Giraudon

LA

VOISIN

Le Sage) et contre sa femme, et accusé

d'avoir

empoisonné l'Intendant des

Contributions de Flandre pour cacher

qu'il avait détourné de

d'exil);

l'argent (deux ans

la comtesse de Soissons, surin-

tendante de la maison de la Reine. accu- sée d'avoir empoisonné son mari, mort

subitement en 1673 (fuite en Espagne);

le marquis d'Alluye, accusé d'avoir em-

poisonné son beau-frère (exilé à Amboise);

la comtesse de Polignac, accusée d'avoir

empoisonné son valet de chambre, qui en savait trop, et qui a voulu donner unphiltre

au Roi pour le rendre amoureux d'elle;

la princesse de Tingui, qui a empoisonné

ses enfants nouveau-nés; la maréchale

de la Ferté (compromise); la comtesse

de Roure (qui haïssait La Vallière).

On a trouvé des biilets de la duchesse

de Foix, qui voulait des recettes de beauté

pour acquérir de beaux seins; d'un duc

qui avait des curiosités, forme de magie

divinatoire, celle des questions posées

sur l'avenir. La duchesse de Bouillon

voulut exécuter son mari

pour épouser

son amant, M. de Vendôme. Elle se

disculpa et n'avoua que des curic. :ës. Elle se moqua du tribunal et fut exilee

tres et poisons, les aides, les droguistes,

furent condamnés comme empoisonneurs

et sorciers, envoûteurs, noueurs d'aiguil-

lettes, avorteurs, faiseurs d'opérations

médicales, magiques, amoureuses, éro-

tiques. On condamna jusqu'en 1682.

La Voisin fut brûlée vive. ainsi oue son

aide Étienne de Bray, le 22

juillet t680.

Et c'est alors que i'on apprit que

I'abbé Davot dissimulait des amulettes

sous le corporal en disant sa messe; que

I'abbé Tournet officiait sur le

corps d'une

jeune fille enceinte qui voulait avorter,

et I'on ajoute que la demoiselle en mourut

de frayeur. L'abbé Mariette

pratiquait

en campagne la cérémonie magique du

fagot brûlé la nuit avec des grains d'encens et d'alun, tandis que I'on récite une conju-

ration. Quant à I'abbé Lépreux, on rap-

porte qu'il consacrait des serpents dont

les femmes se servaient comme d'instru-

ments phalliques. Et quant au frère Gérard, on venait de loin acheter son

savon à I'arsenic, qui, mis sur une plaie,

faisait mourir.

On sait tout le succès. pendant plus de

dix années, de la poudre de succession

de La Brinvilliers. Elle

fut beaucouo

du

GN

cornéd

à Louis

que

Bazin

Jacqucr

privée

qul n

rativq I

tructeur

le 1l

Yow

Roi

Larchct

vous

Lt

pas. :l#

besoin-

I'

il

du Roi

à Nevers. Marie-Anne

de Mancini,

épouse

utilisée à la Cour.

savoit

du grand chambellan de France, se

ct dc

serait rendue complice avec la comtesse

de Roure, femme du lieutenant-général

du Languedoc, de conjurations

contre Mlle de La Vallière

et poison

(affaire de

La Brinvilliers, I'abbé Guibourg, Mue des

(Eillets et la marquise de Montespan).

Citons encore le receveur général du

clergé, Pennautier, et Feuquières, et

beaucoup d'autres Tous les petits agents porteurs de phil-

444

Netscher

Cl. Giraudon

MADAME DE MONTESPAN ET LA DII|EUSE DE BONNE I,VEUTUNT

RACINE COMPROMIS

Devant la Chambre ardente. le 2l no-

vembre 1679, La Voisin avait mis en cause Racine, rapportant insidieusement qu'elle

avait entendu dire onze ans âuparavant,

que I'illustre dramaturge avait empoi-

sonné sa maîtresse.

la comédienne la

88t13 r';

philtræ

fut-il ,cr

de la

D'

pâs3ion

à la'p

Satst,

1 de

I

ûès

du Parc, et qu'il lui avait volé sa bague

en briilants. La belle-mère et les fiiles de la

comédienne le lui avaient révélé.

Le procès-verbal fut communiqué par

Louvois

à Louis

-

qui n'aimait guère le poète

XIV. Il est très vraisembiabie

-

que Racine fut convoqué par Ie président Bazin de Bezons et que des enquêtes peu concluantes furent menées. Sur ce sujet,

Jacques de Lacretelle a écrit dans La Vie

privée de Racine des pages remarquables

qui n'innocentent pas tout à fait Ie poète.

Louvois donna I'ordre d'arrêter Racine, compromis dans I'affaire. Sa lettre impé- rative à Bazin de Bezons. magisuat ins-

tructeur de ia

Chambre ardente, prescrit

le ll janvier 1680 :

Vous trouverez ci-joint les ordres du

Roi nécessaires pour faire aruêter la dame Larcher; ceux pour l'arrêt du sieur Racine

vous seront envovés aussitôt que vous les

demanderez.

La Chambre ardente ne les demanda

n'éprouva pas le

pas. Bazin de Bezons

besoin de poursuivre son collègue de

I'Académie Française

et protégé du Roi.

politique

Il suivait en cela d'ailleurs la

du Roi en cette dramatique affaire, à savoir d'écarter les grands compromis

et de condamner impitoyablement les arti-

sans du scandale, les fournisseurs de philtres et messes noires. Jean Racine fut-il coupable d'avoir usé des poisons

de la sorcière pour

D'Andromaque

exécuter sa maîtresse?

à Britannicus, I'amour-

passion de I'héroine centrale laisse place

à la

perversité criminelle d'un fls de

Satan, I'antéchrist, I'amuteur de vices et

de poisons, matricide et

fratricide,

dit

très justement Jacques de Lacretelle.

Quel sombre abîme s'ouvrait dans la

conscience de Racine! Et le dramaturge s'est-il contenté de percer les tares de ses contemporains. ou n'a-t-il pas dépeint le

drame de son âme et de sa vie secrète.

ou bien sa grâce et son génie ne sont-ils pas responsables du déséquilibre de ses

contemporains? Hermione délaissée a voulu

faire assassiner sa rivale; la Brinvilliers

a tué son père et son frère comme Néron

sa mère et son frère

tué des Bajazets

des Roxanes ont

des Junies ont pris le

voile

des Hippolytes innocents ont été

sacrifiés

des CEnones ont poussé au mal

des créatures emportëes par leurs passions.

Chaque nuit, Ies héroïnes de Racine hsn-

taient leurs rêves pour y verser les poisons

' du crime et déchaîner les instincis.

On a remarqué que Racine se sauva de

justesse. Il se jettera dans les bras de Port- Royai, pour expier.

L'ENVOÛTEMENT

DE BLAISE PASCAL

Mue Marguerite Périer, nièce de Blaise

Pascal, a révélé dans son Mémoire sur la

vie de M. Pascal que I'illustre penseur

était

malingre. qu'à quinze mois

à voir, le front bombé

il était effrayant

les yeux toujours fermés, l'épine dorsale

déformée, les membres noueux. Souvent,

de violentes convulsions secouaient son corDs et il hurlait.

Éiienne Pascal. affolé par les cris de

son fils, ne pouvait plus effectuer ses tra-

vaux mathématiques. Antoinette Pascal,

mère de I'enfant. ne savait que faire.

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Une vieille femme offrit ses soins. C'était

une femme très âgée, courbée sur un bâton,

vivant avec une chèvre noire et parcou-

la campagne. On I'appelait Piarrone

rant

la Sorcière.

Or, le bruit courait que la Piarrone

avait ieté un sort sur I'enfant. On la fit

venir, et Étienne Pascal la menaça de la

faire pendre si