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La mixité à la chasse

La chasse à l’arc, longtemps circonscrite dans des territoires confidentiels, se renforce aujourd’hui dans les battues au grand gibier, cherchant une société capable d’accepter un chasseur sans carabine. La croissance des chasseurs à l’arc dans la population des chasseurs a entraîné une demande accrue de territoires ou on peut chasser à l’arc le grand gibier. En effet, l’arc est généralement utilisé pour les grands animaux même si quelques archers très doués s’essayent au petit gibier. Bien que l’approche soit un mode idéal pour un chasseur à l’arc, hiver aidant, les archers s’essayent avec bonheur aux battues, se mêlant ainsi dans les équipes existantes. De plus en plus de sociétés acceptent des chasseurs à l’arc sur son territoire, soit parce que l’archer est un ancien carabinier de la même société qui a décidé de chasser à l’arc soit parce que l’adjudicataire n’est pas opposé d’avoir un chasseur à l’arc dans ses rangs.

Qui aurait pensé, il y a quelques années seulement , de voir sur le même territoire, sur la même battue, vive en gibier, des chasseurs et des archers deviser calmement sur le chemin du retour, comparant les armements ou expliquant les bons moments de la poussée, ou cherchant les indices d’un gibier blessé, par une balle ou par une flèche, pour baliser sa piste afin de la rechercher avec un chien de rouge. Réputée conservatrice à tort, la chasse aujourd’hui évolue plus qu’on ne le dit dans une société qui, elle, ne bouge pas beaucoup. Aiguillée par l’image négative et par la baisse dramatique du recrutement, la chasse cherche des solutions un peu nouvelles, et intègre avec bonheur des chasseurs à l’arc. Confronté par un phénomène particulier _ une croissance des chasseurs à l’arc dans une population en baisse_ elle s’adapte et maintient ce faisant son nombre d’actionnaires en battue. Refuser les chasseurs à l’arc dans les battues équivaut à refuser l’approche il y a quelques années. Les chasseurs à l’arc, ancien carabinier ou archer de cible, sont actionnaires à part entière soit comme postés soit parfois comme traqueurs. Le « rond » traditionnel a parfois des allures bigarrées, entre les loden traditionnels et les camouflages américains, et quelques arcs dépassent dans le groupe attentif. Une figure des chasseurs à l’arc, Pierre Tollini, décédé accidentellement en février, arpentait depuis trente ans des forêts avec son arc, traquant les sangliers sans jamais faiblir et asphyxiant ses collègues, spécialement l’après midi, après avoir trop déjeuner, dans les pentes raides des côtes de Meuse.

Pourtant un spécialiste d’ethnologie devrait prédire l’affrontement sans concession entre deux cultures différentes sur le même territoire. Tous les opposent :

L’arc est un affront de simplicité et de légèreté face aux carabines lourdes et puissantes ; l’habillement, très spécialisé, avec cagoules (capable de provoquer la fuite des enfants des promeneurs) face aux vêtements de chasse soignés et repassés de prêt ; la discipline des postés face à l’indiscipline légendaire des archers ; l’impossibilité de savoir si il a vu et fléché face au coup de carabine annonçant bruyamment son coup raté

Adepte de la chasse silencieuse, l’archer aime approcher au plus prés un gibier afin de le flécher mortellement. Le moindre bruit, le moindre craquement suffit pour annihiler sa progression. Si il décide d’attendre son gibier il va chercher un endroit propice, à bon vent, dans un angle qui le permettra de le flécher et il va l’attendre, patiemment dans le bois, invisible. Adepte de chasse à cor et à cri, le chasseur amoureux de ses chiens avant tout, capable d’aller les chercher dans le plus gros buisson d’épines noires à quatre pattes son fusil en bandoulière dans un bruit de tonnerre. Tous les opposent et pourtant la passion les rassemble. De même que la chasse abolit les classes de temps de la battue, de même ces modes diamétralement opposés se confondent pour un même objectif : la traque du grand gibier, le bonheur du petit matin, le déjeuner sur le pouce, l’émotivité incomparable quand on entend le glissement du gibier prêt à sauter, les honneurs au gibier quand archers et chasseurs réunis dans le succès.

Souvent les archers se postent dans l’enceinte ou la traque s’officie. Ils attendent que tous les postés sont à leur poste pour se glisser dans un petit chemin intermédiaire. Malheur a ceux, trop pressés, qui provoquent la dérobade des sangliers alertés par l’odeur ou par le bruit. Ca nécessite une communication avec le chef des traqueurs car il est dangereux de se poster là sans que tous les traqueurs soient parfaitement au courant. C’est un angle très intéressant de la battue, ou l’archer va voir les animaux qui se dérobent très tôt à la vue de la traque, refusant les postés, cherchant un « trou » dans l’organisation de la battue. Parfois les archers se postent dans une coupe voisine, sur les refuites bien connues. Eloignés de l’action, bien rentrés dans le bois, en affût sur les coulées ou perchés sur les Tree stand, ils attendent patiemment les animaux qui ralentissent généralement ses allures permettant de les flécher correctement Quand ils sont assez nombreux, ils peuvent faire une ligne d’archers qui va contribuer à fermer l’enceinte. C’est que l’option choisie par la chasse de la forêt de Haye ou depuis longtemps une quinzaine d’archers accompagnent les postés avec bonheur. Voilà pourquoi on peut voir des archers et des carabiniers réunis pendant les honneurs au gibier et ou, c’est quelquefois arrivé, il n’y a plus de gibiers fléchés que de gibiers tués par balle.

Signe des temps, les chasseurs à l’arc doivent nous interpeller. Seule mode de chasse en progression, avec une population jeune souvent venus de familles non chasse, la chasse à l’arc nous rappelle quelques valeurs fondatrices sans lesquelles la chasse a parfois oublié dans les contraintes financières :

Le résultat n’est pas le plus important. Le tableau n’est pas un gage de qualité de chasse mais juste de tir. Seule la pratique compte. La proximité des animaux, l’investissement personnel, la qualité des chiens, le tir parfait, la convivialité sont plus passionnantes que le résultat. Ce sont aussi de plus en plus les critères des débutants, à l’arc ou à la carabine, qui vont déterminer à chasser ou pas.