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Du uÊlru Âu.r'DUR :

OUVIIAGES dY/TÀIT TRAIT A FOIITAIIIEBLEAU

E7' A SA TIORÊT

Nathalie ou les Enfants de IaTene (roman de Bar-

bizon

sous le Second Empire. Flammarion, édi-

teur) 1

vol.

Les beaur jours d.e Burbizott (Editions du Pavois). 1 vol.

Le Sb èt

Ie Trois (roman moderne. Flammarion,

éditeur) 1

vol.

ANDRÉ BILLY

de l'Acsdémie Goncourl

FOI\TAII\EBLEAT]

DELICES DES POÈTES

Dc la Rcnaiannce à noî iour.r

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I {*-

HORIZONS DE FRANCE

PA R/S

aopyri,ght by Ilorizons de France lt|49

r'it#)

MON PROPOS

oN propos est de célébrer,

poètes qui.les ont chantés

prose, Fontainebleau,

freu.'e, sa forêt et les

à travers les

en vers et en

son palais, son

charmants villages

d'alentour. On sait I'importance

eut à deux époques

de la

i" iru""io"ttôu ôt

que Fontainebleau

peinture française : sous

dans le sècond tiers du xrr siècte'

L'Ecole de Fontainebleau,

et Jean Goujon,

François

ott

p"ït

Miliet,

joindre

I'Ecole

avec le Primatice, Rosso de Barbizon' avec

-Jean;

Théodore Rousseau et Diaz,-à.qgi

Corot et Courbet, représentent deux

8 F ON? AINEBLEAU

DELICES DES POETES

9

aspects hautement signilicatifs de

son aspect

l,art f""rrç"i*

urfà"i

, ici : le désir de réunir en une sorte de société idéale,

un peu mêlée assurément et où du médiocre se mêle

tous les esprits qui, comme moi,

aristocratique et décoratif, et.o"

et natuiiste.

démocratique

.Ie vouârais morrtr"i ies

dans le domaine

écrivains dà

mêmes tendances réfractées

g"

l'g.plt-t

par?ois à I'excellent,

ônt aimé la vieille

ginez

Él"u.r, composée

jours, une

par les poètes et É

ne prétends

forêt des druides et des rois. Ima-

une sorte d'Académie littéraire de Fontaine-

Fontainebleau.

d'ombres en majeure partie et

Entendons-nous, je

pas que la littéra_

Ë

pû; q"t

ture ait jamais eu à Fontainebleàu

:TITt,les

arts plasti.ques. L1

toutes les

représentéeJ depuis

époques et toutes les tendances seraient

la Renaissance jusqu'à nos

noésie n,Ëst pa.'ui

ne se fasse irovin-

Académie de Fontainebleau dont le

iecteur peut à sa convenance se représenter les

art-de l'espace. A moins qu'elle

ciale et

?

donc

régionaliste, elle

pas

ïe

s" localise p;r: il ;1,

de Fonài""fi"",i.

ne

s,est

formé

séances tantôt dans la

galerie de Diane, tantôt sous

d'école poétique

les ombrages du jardin

bouleaux,

anglais, tantôt parmi les

tantôt

Ganne, tantôt ailleurs, n'importe où. Les belles

Aucun climat littérairè

à Fontainebleau si I'on

p""ii"uti""

s'e" iË;i â-H"rpr""ir""

les rochers et les bruyères de Franchard,

sous les poutres surbaissées de I'auberge

toute pure. Mais les écrivains ont toujours bË*u;;;;

aimé

A.ui

l1

Fontainebleau, d'abord

à cause

de

la

Cour

dtiË

attirait na1 leg faveurs qu'ils tiraient

la forêt

et puis à cause de-

venaient chercher la solitude.

bleau humaniste

le plus éminent fut

ori, au contraire, ils

D,où un Fontaine_

représentant

et classiquu ao"il"

Ronsùd, er

un-Fontainebleau

"fror",

fut

poète

tn'pierià

rom-antique, et, ce

qui est au fond la même

symboliste, dont

Mallarmé, prince des

plus haute incarnation

ioètes "o**"-nonsard.

"ou",

"iùailarmé,

de

poètô de

"-1l|^"^1"i,.1-".d,

i:::l?:",,t]"",1

I:ulçl^tt".

ra

Je dis

presque toute

I'histoire

presque, les deux extrémiiés de

cnatne : le moven

âg.e.et la période contempà-

f"

"fu.li"i.Le

;*,

d,une part

;i aucun poète

Ronsard,

raine, débordant e1 effel

et le

symbolisme de I'autre,

n'est signalé à

Fontain"li.au-'-urraot

y sont venus

l.e.a.uco-up d'autres

l, li:1"i"" .poétique,

ble_au continue, comme on lc verra.-- -

après Mallarmé.

i'histoi"" lii;à""ï; de Fontaine_

que l,amour de la

m,a inspiré

Un sentiment

plus personnel

poésie et I'amou^r Ae

nontaineËI";;

assemblées,

en être,

un coin !

et comme je serais

heureux de pouvoir

assis sur un tabouret, au dernier rang' dans

rêve. En composant cette

Ce n'est qu'un

histoire littéraire

de Fontainebleau, du moins ai-je

A. B.

essayé de le réaliser à ma façon.

uIsqun

j'écris ce qui pourrait s'appeler

il

l'histoire

litiéraire de Fontainebleau,

obligatoire

tivement le

que j'en

est peut-être

date au moins approxima-

début. Je ferai donc commencer

en 1364 la vie intellectuelle de Fontainebleau' C'est en

effet cette année'là

la bibliothèque

que Charles

V, dit le Sage, fonda

donna pour conser-

du château et lui

Gilles Mallet, puis

Laurent Palmier' Cette

bibliothèque de Charles V contenait 900 mânus-

aottt

le nombre grossit bientôt

jusqu'à 1'200'

âge l'habitude des

mais, eomme déjà au moyen

ernprunteurs était de ne pas

leui prêtait,

i

2.323 livres 4 sols,

ioit

"titr,

rendre-les-volumes qu'on

de Char-

en 1413 l'ancienne bibliothèque

V."" comptait plus que 853 manuscrits estimés à

Z+O.OO0 francs-or' Les Anglais

""tà"t

firent main basse sur

Le roi-chevalier

elle.

aimait la poésie et les poètes' sur'

classique. Le premier noyau

tout ceux de I'antiquité

de ce qu'on a appelé la

thèque

royale,

u"jdu"a'n'ii

,o.i.

.on

-la

Bibliothèque

du Roi,

la Biblio-

et qui est

s'est formé

Bibliothèque

impériale,

nationale,

qui

nôtre Bibliothèque

toit

règne et sous son

jaràin

était en l'espèce

le

ia galerie François

toit de soi

sur le

château de Fontainebleau' Au-dessus de

I"', la galerie

de Diane et

de la Librairie s'éclai-

la cour des Fontaines

rail

par

treize lucarnes' Elle était garnie de douze corps

Ilt

,F"ONI'AtNEIILEAU

de tablettes de ce

côté-là,

avec des tablettes continues

bibliothèque, relativement

des oiriiu,r"

A

;;

qJà;

sur le mur d'en face. Cette

modeste, excitait I'admiration

T,tl^lî. :?"

évoqu ait ta.

bibtiothèqu e d,Atexa"a"i"

orsarf n'avoir pas jté plus belle, mais c,était rie fa

courtisanerie. La

hjbliolhèque Ae Étotémée Sote.,-aorri

fut

le p""-i""-"onservateur

et

pârtie-lorsque César con_

200.0ôô volumes.

i,ora""- à"- f"ir"

Démétrius de phalère

qu'un incendie détruisit en

quj! l'Egypte, contenait, dit-ôn,

En lb44 François I"' avait

'ao"nà-

transporter de Blois à Fontainebt""r, i., 1.S00 volu;;;,

.

-J;;;

l_es_ sphères et les

globes qu'il avaii iririte. d;;

pas

-g.dOO

d'Orléans et de Louis_XII ;'".tu;;;";i"

thèque de Fontainebleau-

chiffre qu'eile

atteignait a

cinq cents

a

pfus à"

la bibtio_

,ofu*".,

ta'Àortïe Françoisl{;

compris

non compris les

manuscrits

to"., t" fiùtio_

thèque de Fontainebleau.ne .,nuâ-"rià plus que fai-

ouvrages grecs et

dont elle était irès riche. Dès

blement. Henri II

des livres. L'esprit

n-,avait p"" iË-Ëàîi des

ae rrançois ir ?i"rt

nrois. Ctrartes'li,

";;ù;i;

fui

lettres et

il ne régna que dix-s-ept

la poésie et faisait

;;""".d;: ;;

s"i;;r;;

del vers,

guère pour sa

bibliothèqug que des manuscrits

f-urent aussi les acquisitions d;-H;;i'rI.

làtins. Négligeables

La biblio-

transférée à paris

thèque-royale de Fontainebteau

sous Charles IX. Sous

Henri IV,

nitivement installée dans les

Clermont, rue Saint-Jacques.

_Le

tainebleau fut le cérèbre surnommé par Erasne le

qui

vint en toute hâte

tête de dessus le texte

fÀti*""t-

en i5ôà, ette r;tdéft-

du collège de

premier conservateu^r de Ia bibliothèque de Fon-

tr"*""i.i"-ôuiiliu*"-g-ud*,

prodige

de la Franc"

à"

on

on cite ce trait :.le feu uvuriip"ir'â.on logis,

"i

l,en avert"ir, ;;i;

sins relever la

Sr". q"if-liruit : < Avertissez

de

"Opo"ài",

je ne m,oc_

rna femme, se contenta-Lil

cupe.pas drr

ménage. > Il est à

re au - c h âre;; d;-

croire

que Ie logis en

nas.celui que nuàe oàupait commc

cluestion n'était

bibli othéc ai Lors_qu'il

r;";;;uîî"u

;;iit

mourut, en 1b40, l" bibli;thèque de Fran_

nombre de

çois Io' ne contenait encore qu;;

DELICES DES POETES

15

volumes et des manuscrits grecs. C'est son successeur,

Pierre du Chastel, évêque de Mâcon et de Tulle, qui,

en

1544, fut chargé

d'installer à Fontainebleau les

peur qu'ils ne fussent rongés

il en conlla la surveillance à des gardiens,

livres venus de Blois. De

par les rats,

iibrorum custodes, au nombre desquels était le poète

Mellin de Saint-Gelais, déjà en fonction sous Guillaume

Budé. Mellin de Saint-Gelais a laissé,

ecclésiastique qu'il portait

Dauphin, la réputation

à qui il

française,

ne l'àimait

possède

malgré I'habit

et son titre d'aumônier du

d'un galant cavalier. Ronsard,

avait reproché de < dénationaliser > la langue

pas. Les premiers vers qu'on

sur Fontainebleau sont de lui.

De Fortluine-Belleau.

Je ne vins onc (Sire) en votre rnaison

Que

Vous estes seu'l hors de comparaison

Et seule elle est sur tout autre édifice :

d'elle, et plus de vous ne mresbahisse.

Cette grandeur, estofle et artiffce,

Et les entours

Que

Bien que selon vostre grace et mérite

clairement nous font voir

seul vostre @uvre est pour vous recevoir;

Pour vous loger

Car ceste terre

le ciel deuriez avoir I est pour vous trop petite.

Du Chastel, resté en faveur sous Henri II, devenu

grand aumônier de France et évêque d'Orléans, regretté

de tous ceux qui I'admirait

d'avoir osé défendre

Robert Estienne

contre le roi, mourut en 1552. Quant

Gelais, comme les médecins ne

contre la Sorbonne et Etienne Dolet

à Mellin de Saint-

pouvaient se mettre

du mal dont il souffrait :

d'accord sur la nature

<< Messieurs, leur dit-il, je vais vous tirer d'embarfas >,

et, leur tournant le dos,

Je n'y étais pas. Je ne

que sous réserve.

il rendit l'âme. C'était en 1558.

vous livre ce < mot de la lin >

Du Chastel eut pour

successeur un mathématicien'

deux collaborateurs,

Pierre de Montdoré, qui prit

Mathieu de la Bisse et Jean Gosselin, et, soupçonné de

16

r'ONTAINEBLEAT]

donner dans les

idées

nouvelles, s,enfuit

à Sancerre où

il mourut en 1b70. Il

le traducteur de plutarqu",

fut rempface parla"q"", a-Voi

,r-é a UËtun

plus poputaïre

"u*ô"ù,

et qui aeme-ure

at, fu ,éeiô".

"ui

â" Fr"rr"", ii

d'autres soucis q,r"

I'illustration littéraire la

Evêque .d'Auxerre, grand

à cette -é.4r9gue troublée bien

de la bibliothèque cle Fontainebleau. f,e presiaeni

"**

Auguste de Thou reçut sa succession. C'est de

qui obtint de Henri

Clermont de ta

Sous Louis XIII, il

que- au château, mais,

trative.

IV le transfert

bibtiothèque des Valàis.

n'y àvait donc

Th;;

au collège de

plus de bibliothè_

en vertu d,uie règle aaminis-

q","ii" uii-â"rJe

y

"u"it

tàuj""

ju.gl'l nos jours

dont personne ne

des_applieations, -consiatera

il

un bibliothécaire. Le filJàe

Henri IV nËmma bibtiothé-

,r,"*i.tuit plus Abel de

Sainte_Marthe

précaire, .,"tr"il;

à, Fon_

fût ràcÀnstituée

caire d'une bibliothèque qui

Sainte-Marthe à qui iuccéda Abel àÀ

fils, eui, senta"t

d'obtenir

qu'une biblioilrèque

, J." .-situation

lifelte?u. It d_yl-y tenoo"ôr. En manière ae comperr_

satlon, Louis XIV lui

1.200 livres.

accorda une gratification'

de

Aussi bien serait-il excessif

de dire qu'il ne restait

Fontainebleau. n én

rois , : t'equi-

pas de livres

au château royal de

restait quelques

uns < pour-divertir, nos

val_ent -d" 9-q que pourrait être, au fônd O'un ptaca-ra,

à Rambouillet,

Au début de

quelques romans policiers

I'Empire, on

signafe plusieurs

cabinets

de.livres au palais ae

qu'en.1811-,-une

rent s'empiler dans Ia

dite

Fontainibr;;; E; ieôz-Ë-lîr:

allè_

haute de la cour oo"i",

C,esi- dans une des

surtout dans celle

j;;;.

"u"f

;;;

emporta a'es

vingtaine de milliers de volumes

chapelle

chapelle de Saint-Saiurnin.

deux bibliothèques du palais, mais

de.son

s-uivirent son

livres à I'île d'Elbe.

eabinet,,q-ue Napoléon passa les

abdication, c,est-de là qu'il

- En 1851, les

livres de la chapelle Saint-saturnin

Napoléon lti,

transférés dans la

1g6g, installés dans la

'

furent, sur I'ordre de

galerie de la

galerie de Diane oir ils iont encore.

Librairie, pùis, en

ffk-ut*fu,,

Château d e F. ontaineblerru'

I)rissrN n'I. Srt,vnstnr.

L'Orangerie.

DELICES DES POETES

17

É

Venons-en aux poètes.

Voici d'abord Rônsard que

les Amis de la Forêt de

ont élu dans leur cæur comme leur

Fontainebleau

patron, bien qu'ils

ment. bombien de

n'osent le revendiquer

officielle-

fois, me promenant dans la forêt

et assistant à certaines dévàstations' ne me suis-je pas

murmuré les vers fameux :

Quiconque

A te couper,

Qu'il puisse

nt sente en

aura prenrier la main embesongnée

forêt, d'une dure congnée, s'enferrer de son propre baston, l'estomac la faim d'Erisichthon'

Ecoute, Bucheron,

Ce ne sont pas

arrête un peu le bras :

des bois que tu iettes à bas ;

lequel degoute à force

Ne vois-tu pas le sang,

Des Nympties qui vivoient dessous la dure écorce ?

Sacrilège meurtrier,

Pour piller un

si on p'end un voleur

butin de bien peu de valeur,

Combien

Merites-tu, méchant, pour tuer nos Déesses ?

de feux, de fers, de morts et de detresses

Les Amis de la Forêt de Fontainebleau n'osent pas,

scrupule est

la

ai-je

dit, élire Ronsard comme patron ; ce

Qu'importe,, .après

peut-êtte excessif.

tout, si

iameuse élégie XXIV, Contre les

de Gastgne, ne vise

bùcherons de Ia f orêt

pâs ceux de la forêt de Fontaine-

bleau ! Elle les vise implicitement. Puisque Ronsard

a beaucoup

haut qu'on

Gastine, puisque, aussi

puisse remontet, tous ses pères avaient été

aimé sa forêt de

de la forêt,

sergents teffês

puisque son frère l'était

d'entretenir et

encôre, avec la charge de garder,

d'aménager ses bois,

de Fontainebleau.

Il I'a aimée,

fêtes, mais les

sur

il a certainement aimé la forêt

mais le château, mais la cour, mais les cartels et les mascarades avaient le pas

elle dans les vers qu'il a consacrés à Fontainebleau

18

FTON7'A,INEBL:,,r"69

et oir se peint aussi visiblement

dans un ballet

des dames dont il

ou de Charles IX.

que

sur un tableau ou

Ia joyeuse et belle vie des cavaliers et

était Ie familier à Ia cour de l{enri II

Quand verrons-nous

De chambre en chambre aller les mascarades ? Quand oirrons-nous au matin les aubades

De divers luths mariez à la vois,

par

tout Fontaine-Bleau

Et les cornets, les

les

flfres, les hauts.bois,

espinettes

tabourins, les flutes,

Sonner ensemble avec ies îrompettes ?

Des vers si chantants et si bien

capables de

de courtisan.

convertir I'ermite le plus

frappés seraient

enâurci à la vie

Non moins évocateur et ne

le portrait que Ronsard,

faisant pas moins tableau ancien page de Ia reine Stuart en deuil, se pro-

les allées et parmi les

d'Ecosse, nous trace de Marie

menant-mélancoliquement dans pièces d'eau de Fontainebleau :

"-:l

Partant, hélas, de la belle contrée

Dont aviez eu le

Lors que, pensive

Du. beau

Sceptre dans Ia main,

,et baignant vostre sôin

de

vos larm,es roulées,

les longues aIées

ce royal

Ia

Chasteau

crystal

Triste

marchiez par

jardin

de

Du grand

Qui

prend son nom de

source d'une eau.

Lors les rochers, bien qu,ils

Voyant marcher une si

!l

l.l

n'eussent point d,âme,

-btanc,

belle dame,

I'estang

déserts, les sablons et

9l yit maint cygne habillé tout de

Et des hauts pins

Vous

la cime de verd peintô,

sainte,

pour ne voir rien de tel-

d'un mortel

contemploient comme une chose

voir,

Et pensoient

Une Déesse en habit

Se prom,ener,

Par les

jardins

Et vers le

soir,

quand I'Aube retournée

poussoit Ia matinée,

quand

desjà Ie Soleil

au sommeil.

A chef baissé s'en alloit

DELICES DES POEII'ES

19

On ue pouvaït pâs demander à Ronsard de mettrc

qu'iL dédiait à Marie Stuart le sentiment

dans les vers

poignant

ûn

*Musset,

et pittoresque qu'y aurait mis un Hugo, ou

mais il i'en fallut de bien peu qu'il n'y

atteignït. Delrière les faunes, les nymphes et les pâtres, des

de Ronsard, se devine la

présence de I'immense

n'aimaient pas la Nature à notre façon ;

ntascarades et des bergeries

ôontemporains

ils I'aimaient à la leur et ils

forêt. Certes, Ronsard et ses

savaient la préférer aux

artilices de la vie mondaine. C'est dans une bergetie

clonnée

à Fontainebleau que le premier joueur

de lyre

formule cette profession de foi :

L'es

chesnes ombrageux,

que sans art la Nature

Par les hautes forests

Sont plus doux aux troupeaux, et

nourrist à I'avanture,

plus frais aux bergers

Que les arbres entez d'artiûce ès vergers I

Des libres oiselets plus doux est

le ramage

Que n'est le chant contraint du rossignol en cagp'

Èt la source d'une eau saillante

d'un rocher

Est plus douce au passant pour

Quand

Que

sans art elle coule en

sa soif estanah€r,

sa rive rustique'

n'est une fontaine en marbre magnifique,

Jaillissant par effort en un tuyau doré

Au milieu de la court d'un Palais honoré.

Rappelons-nous qu'à cette époque, et bien plus tard

cles troupeaux de bæufs et de

encore, au xrx' siècle,

porcs pâturaient la forêt.

s

Ronsard

protégeait son jeune admirateur Bertaut,

I'avait présenté, s'atta-

était auprès de ce roi lors

S'il n'est pas tombé

que Henri III, à qui Desportes

cha comme leeteur. Bertaut

de I'attentat de Jacques Clément.

dans les défauts de Ronsard,

il n'avait pas son génie.

20

FONTAITiEBLEAA

DEI,ICES DAS POETES

21

Le nom de Bertaut reste lié

et à la fameuse Conférence de Fontainebleau tenue

entre doeteurs catholiques et calvinistes ; il y assista

Bertaut rima pour les fêtes de

la fin

car il

à la converslon de Henri IV

Comme Ronsard,

Fontainebleau des

de sa vie, il publia

cartels et des ballets que, sur sous le voile de I'anonymat,

Du Perron et composa un poème de deux cents vers

pour célébrer l'événement. Son

était devenu- un prêlat très austère'

mais ce sonnet

Sur les figures de marbrc et de bronze qui sont 1u

jaiain

de Fontainebleau,

c'est-à-dire au Jardin

I", le

Buis sous Frangois

le Jardin de l'Oran- de la Reine à d'autres

chef-d'æuvre poétique

tient en quatre vers que tout le monde connait :

Félicité passée

Qui ne peut revenir,

'I'ourment de ma p,ensée, Que n'ai-je en te perdant perdu le souvenir !

- ietU

âe niâne -- le Jardin des

Jardin de la Volière sous Henri IV,

gerie sous Louis XIII et le Jardin

èpoque.

noln :

lui

parut pas indigne de porter son

D'autres vers de lui sont d'un vrai poète :

J'ay veu souventefois

Le ciel dans l'Océan secouer ses estoilles

Toy qui vis affamé de voir un bel ouYrage,

Assouvy

maintenant ta généreuse faim,

Vol"v i.t plus beaux tiaits

Ou lâ fontè

dont le cizeau Romain

Gregeoise ait orné le vieil âge.

Et ceci :

La mémoire des morts leur sert d'une autre vie.

Et encore :

Rien ne seichant si tost qu,une larme de femmé,

Pleurast-elle de I'ame.

Il mettait la gloire du poète au-dessus de celle du

soldat :

Que l'espée est sans nom qui ne doit rien au livre.

Le Dauphin, fils de Henri IV,

Fontainebleau,

III

le futur Louis XIII,

étant né à

comme philippe-le-Bel,

et bien d'autres princes, Bertaut

Monseigneur Ie

François II, Henri

fit des stanees Sur la naissance de

Dauphin où se lit

tême du même lui

de rimer Panarète ou bien

du baptesme

le vers que je viens de citer.

Le bap-

fournit un peu plus tard I'occasidn

f antaisià sur /es cérémonies

Dauphin panarète

opportun de

qu'il ne

de lllonseigneur le

était le surnom

donner au futur

lui soit pas rcsté.

que Bertaut avait cru

roi de F'rance. On se félicife

Là de Laocoon la douloureuse rage

Fait pleindre le metal

lcy

-vivement

gist

Cleopatre

: ô

A

par un art

plus qu'humain :

qu'une docte main

portrait la mort en son visage

Là, Diane chemine : icy le Tybre ondeux

Verse des flots d.e bronze,

Le passant transformé de merveille en statnë'

Aussi

arrestant auprès d'enx

le plus brutal'

raviroient-ils I'esprit

Et qui n'est point émeu

Il eit certes

d'une si râre veuë,

comme eux de rnarbre ou de métal'

Aucune des statues désignées

La

dans ce sonnet ne

Diane de marbre et la

Henri IV I'eut

subsiste à Fontainebleau.

Diane de bronze qui la remplaça lorsque

fait transporter à Paris, sont toutes

deux au Louvre'

a

Philippe Desportes,

immortalisé avec Bertaut par

III qu'il

un oeti de Boileau,

lecteur et ami de Henri

22

TlONTAINEBI,EAU

avait suivi en Pologne, mena joyeuse vie à

bleau avant

Fontaine-

d'aller pieusement mourir dans son

ôomposa, lui aussi, des cartels

abbaye de Bonport. Il

et des

rent une place bleau. L'un est le

où, sous des noms

mascarades pour Ia cour. Deux poèmes lui assu-

dans l'histoire littéraire de Fontaine-

récit d'une aventure assez scabreuse

Olympe, Fleurdelys,

d'emprunt :

Clèves, princesse de Condé, le futur

de Valois, le duc de Guise, Des-

première, je

préfère beaucoup la

Camille, Nirée, Eurylas et FloridÀnt, sont mis în

scène Marie de

Henri III, Marguerite

portes lui-môme et une suivante de Marie de Clèves.

Complainte _Aduentute pour

A, cette

le rog Henri III estant à Fontaine-

bleau, lieu de sa naissance :

Lietrx de moi tant

aimez, si doux à ma naissance,

dédaignez I'inconstance,

Rochers qui des saisons

Francs de tout changement ;

boiJ solitaires,

Effroyables deserts, et vous,

Pour la dernière fois

soyez les secretaires

De mon deuil vehement.

Je ne suis plus celuy dont le grâce et la veuë

Rendoit ceste contrée

en tout tans si pourveuë

D'amours et de plaisirs,

Qui donnait à ces eaux un si

Tant d'émail à ces prez, aux bois

plaisant murmure,

tant de verdure,

Aux cæurs tant de desirs.

Quand

j'approche de

vous, belles fleurs printanières,

Ies.prochaines iivieres

Vostre teint se flestrit;

Je fay

Qui

Cherchent d'autres destours :

tarir I'humeur de ces fontaines claires

craint que de mes

yeux les sources mortuaires

son cours.

Ne profanent

Pleust au ciel dont les lois me sont

Que je firsse entre vous, ô

si rigoureuses,

grand,s masses piôrreuses

LIn rocher endurcy

i

DELICES DES POETES

23

Nimphes de ces forests,

Tout ainsi qu'en

mes ffdelles nourrices,

naissant vous me fustes propices,

Ne m'abandonnez Pas'

Quand

ious

jtachève le cours de ma triste advanture :

flites mon berceau, faites ma sepulture'

Et Pleurez mon tresPas'

Dirait-on'pas qu'en

mettant ces accents désespérés maître, Desportes avait le pres-

dans la bouche dô son

sentiment du coup de couteau de .Iacques Clément ?

ALHERBE, détracteur de Ronsard,

homme ordinaire

de la Chambre et

titre, fut souvent à

gentil-

qui, à ce

Fontainebleau, s'y

ennuyait, s'il faut en croire ce qu'il écrivait

la vicomtesse d'Auchy, et que cite

des XVl" et XVil'siècles d

que la résolution est

dix ou douze jours en ce

le compte ordinaire,

>

à sa maîtresse,

.Iacques Madeleine dans son intéressante étude sur

Quelques poètes français

prise

Fontaineblearr : << A cette heure

de demeurer encore

malheureux lieu (je parle selon

car selon le mien ce seront dix ou douze siècles )

Mon Dieu, on peut s'ennuyet.partout, cela dépend de

l'entourage, comme cela peut dépendre des gens dont

on déplore I'absence, comme cela peut dépendre de

votre caractère,

et Malherbe ne l'avait pas bon : insen-

qui ne

courtisan et de s'abaisser

sible, irascible, orgueilleux, grincheux, ce

l'empêchait pas d'être un

jusqu'à

plat

rimer des billets doux pour le compte du roi

son maître, mais puisque les mæurs du temps étaient

ainsi faites !

De Malherbe sur Fontainebleau, il n'existe d'ailleurs qu'un sonnet < fait r\ Fontainebleau pour Mme d'Au-

chy en 1608 > :

Beaux et grands bastimens d'éternelle strncture,

Superbes

de matière et d'ouvrage divers,

Où le plus digne roy qui soit en l'univers

Aux miracles de

I'art fait céder la nature ;

28

FONl-4lNEBLEA(I

Beaux parcs et beaux jardins, qui, dans votre closture,

Avez toujours des fleurs et des ombrages verts,

Non sans quelque demon

qui défend aux hivers

D'en effacer jamais l'agréable peinture ;

Lieux qui donnez aux cæurs tant