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L’Herne Modiano

Patrick Modiano

Ce Cahier a été dirigé par Maryline Heck et Raphaëlle Guidée

Ce Cahier est publié avec le soutien du

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays.

© Éditions de L’Herne, 2012
22, rue Mazarine 75006 Paris lherne@lherne.com www.lherne.com

Sommaire
9 Maryline Heck et Raphaëlle Guidée Avant-propos

I – Une vie d’écrivain
EnfancE Et jEunEssE
15 18 20 23 Patrick Modiano La vie collective est étouffante Jean Poucet Jouy-en-Josas dans l’œuvre de Patrick Modiano Gaston Ferdière Certificat médical Janine et Raymond Queneau Lettres

DE La PLace de L’étoiLe à ViLLa triste (1968-1975)
27 28 29 30 32 33 36 38 40 Patrick Modiano Entrer par effraction dans le château de la Belle au Bois dormant Emmanuel Berl Un jeune homme doué Jean Gaugeard Un voyage au bout du ghetto Robert Poulet Les voix du marécage Jacques Bersani La Place de l’étoile Robert Kanters La nuit de Patrick Modiano Dominique Fernandez Au nom du père Bertrand Poirot-Delpech Un nouvel « étranger » Michel Cournot Les passés du futur
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Dans l’atEliEr DE l’écrivain
45 46 47 Robert Gallimard Un écrivain né chez Gallimard Dominique Zehrfuss PM Sempé À propos de Catherine Certitude

ii – Une noUvelle inédite
51 Patrick Modiano Le temps

iii – traversées de l’œUvre
61 67 78 81 86 90 93 101 105 112 122 129 Alan Morris Patrick Modiano et le fait divers Michael Sheringham Le Londres de Modiano : Du plus loin de l’oubli Didier Blonde L’abonné absent Patrick Modiano Liste de noms propres Tiphaine Samoyault Le nom propre Fabrice Gabriel Marcel Modiano Régine Robin Le Paris toujours déjà perdu de Patrick Modiano Luc Mary-Rabine Les lieux de Modiano Alexandre Gefen D’un syndrome confuso-onirique Jacques Lecarme Variations de Modiano Claude Burgelin « Je me suis dit que j’allais me réveiller ». Lecture d’Accident nocturne Dominique Rabaté Identification d’un homme Stéphane Chaudier Le cirque Modiano

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147 153 159 168

Bruno Blanckeman Spectrographie Anne-Yvonne Julien Une jeunesse « état de grâce » dans L’Horizon ? Sylvie Servoise L’Horizon, l’avenir (enfin) retrouvé Éric Chauvier Dora Bruder, une quête de l’essentiel

IV – dora BrUder
175 176 178 187 Maryline Heck Avant-propos Patrick Modiano Avec Klarsfeld, contre l’oubli Patrick Modiano/Serge Klarsfeld Correspondance Mireille Hilsum Serge Klarsfeld/Patrick Modiano : enjeux d’une occultation Documents et photographies

V – lectUres de Modiano
195 197 199 202 204 Marie Darrieussecq Du plus loin de l’oubli Pierre Pachet La prise Hélène Frappat Passer l’hiver Pascal Ory Chemin des bibliothèques obscures J.-M. G. Le Clézio Portrait de Patrick Modiano (encre de Chine)

lEttrEs
205 205 206 206 Paul Morand, 1969 Georges Henein, 1972 Romain Gary, 1978 Gerhard Heller, 1979
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209 209 210 211

Jean Cayrol, 1981 Raymond Aron, 1982 Peter Handke, 1990, 1996 Nathalie Sarraute, 1997

VI – Modiano lecteUr
215 216 217 219 220 227 Patrick Modiano Autour de Julien Gracq Disparition de l’écrivain Tristan Egolf Préface de l’ouvrage Le Nain et autres nouvelles de Marcel Aymé Préface de Paris et la photographie. Cent histoires extraordinaires de 1839 à nos jours de Virginie Chardin Préface d’Automne à Berlin de Joseph Roth Mireille Hilsum Modiano préfacier

VII – cinéMa
235 244 246 Antoine de Gaudemar et Patrick Modiano « Ce que je dois au cinéma » (entretien) Patrick Modiano Le baron de Clappique Aurélie Feste-Guidon Lacombe Lucien

lEttrEs
253 254 254 256 258 265 267 273 277 Alain Cavalier Volker Schlöndorff Joseph Losey Louis Malle Patrick Modiano Notes sur Loulou de Pabst La caméra légère Fin d’un scénario Patrick Modiano Repères biographiques Biographie des contributeurs

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Avant-propos
Maryline Heck et Raphaëlle Guidée

Patrick Modiano est entré tout jeune homme en littérature : étudiant « fantôme » à la Sorbonne, il se consacre entièrement à l’écriture et s’introduit dans la cour des grands dès la publication fracassante, en avril 1968, de son premier roman, La Place de l’étoile. Au moment même où la jeunesse parisienne échafaude des barricades et rêve aux lendemains qui chantent, le jeune écrivain exhume les cadavres de la Seconde Guerre mondiale et règle ses comptes avec l’antisémitisme national en faisant tomber, l’un des premiers, le mythe d’une France unanimement résistante. Écrivain anachronique ? L’étiquette longtemps lui collera à la peau. Modiano n’a alors que vingt-trois ans, mais déjà sa mémoire semble précéder sa naissance. Si ses livres se sont singulièrement adoucis depuis ce premier brûlot, il n’a cessé de rencontrer une importante reconnaissance publique et critique, à tel point qu’il est aujourd’hui en passe de devenir un « classique » – ce dont témoignent d’ailleurs les multiples prix et distinctions qui ont récompensé son œuvre, dont le Goncourt en 1978 (pour Rue des Boutiques obscures). Modiano est sans doute l’un des rares écrivains actuels à s’attirer les faveurs de l’Université et d’une critique remarquablement unanime, mais aussi d’un public important, lectorat fidèle qui le suit de livre en livre. Ce Cahier revient ainsi sur plus de quarante années d’écriture et quelque vingt-cinq romans et récits ; il offre un parcours à travers une œuvre souvent réputée monocorde – à tort, car il y a loin de La Place de l’étoile à L’Horizon (2010), loin de la « trilogie de l’Occupation » que composent ses trois premiers romans (La Place de l’étoile, La Ronde de nuit et Les Boulevards de ceinture) à Dora Bruder (1997). Certes, de livre en livre, l’écrivain creuse inlassablement un sillon familier : hanté par les périodes sombres de l’histoire française et par les faits divers les plus tragiques, il met en scène des personnages à l’identité trouble, quasi spectrale, souvent confusément mêlés à quelque crime ; avec le mélange de précision et de flou si propre à son style, il arpente Paris comme une énigme, suit la trace de disparus et nous fait partager son insatiable passion des noms propres. Au fil du temps, les personnages de l’œuvre ont ainsi acquis comme un air de famille, et l’on retrouvera dans ce Cahier le personnel de la biographie modianesque – parents négligents, jeunes gens livrés à eux-mêmes, enfance brisée par le deuil – comme les épisodes et les lieux-clefs du roman familial – les fugues adolescentes, l’appartement du quai Conti, le panier à salade… Mais les variations de la fameuse « petite musique » sont nombreuses, et ses harmoniques certainement plus contrastées qu’on ne le croit souvent. On pourrait évoquer la manière dont certains éléments autobiographiques se donnent à lire de façon moins détournée dans l’œuvre récente (Un pedigree, 2005), ou la présence de plus en plus insistante d’héroïnes féminines dans les derniers romans (Des inconnues, La Petite Bijou, Dans le café de la jeunesse perdue). Les articles et les documents rassemblés ici donneront accès à des aspects de l’œuvre moins explorés,
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comme la représentation de l’avenir ou l’humour discret des narrateurs modianesques. Grâce aux nombreux fac-similés et aux témoignages recueillis, le lecteur pénétrera dans l’atelier d’un écrivain réputé secret et pourra mesurer, en lisant les premières critiques de ses romans, de l’extrême-droitier Rivarol aux Lettres françaises, dirigées à l’époque par Aragon, le choc politique et esthétique que constitua son entrée sur la scène littéraire. De la satire mordante des premiers livres à la mélancolie en mode mineur qui marque tous les textes du romancier depuis Villa Triste (1975), ce sont les tournants, les contrastes autant que les constantes de l’œuvre modianesque que nous avons voulu mettre en évidence dans ce volume. À ce titre, deux sections du Cahier pourront tout particulièrement retenir l’attention des amateurs de Modiano. Le dossier constitué autour de la genèse de Dora Bruder, tout d’abord, qui revient sur l’un des textes les plus marquants de l’œuvre et met en lumière les conditions de l’enquête menée conjointement par Serge Klarsfeld et Patrick Modiano sur les traces de la jeune fille déportée. La correspondance entre les deux hommes montre un écrivain bouleversé par les photographies, témoignages et documents transmis au fur et à mesure par Klarsfeld. Le lecteur pourra les découvrir ici à son tour, en même temps qu’une analyse critique de la collaboration entre l’avocat et l’écrivain. Par ailleurs, la dernière section du Cahier laisse toute sa place au cinéma, dont le rôle dans l’univers de Modiano demeure mal connu. Fils d’une actrice, il ne perdait pas une occasion, adolescent, de se réfugier dans les salles obscures, rédigeant des comptes rendus des films qu’il voyait – on en trouvera un exemple dans ce volume (notes sur Loulou de Pabst). Bien plus tard, il contribue de façon décisive au succès polémique de Lacombe Lucien de Louis Malle (1974), et participe au scénario de Bon Voyage de Jean-Paul Rappeneau (2003). Les extraits de sa correspondance que nous publions ici témoignent des amitiés nouées dans le milieu du septième art et des différents projets cinématographiques que Modiano a pu concevoir. Celuici revient, dans un grand entretien avec Antoine de Gaudemar, sur les intersections entre son œuvre littéraire et le cinéma, qu’il décrit comme un « laboratoire romanesque ». Au-delà de son intérêt scientifique, c’est aussi au plaisir de la lecture que convie ce Cahier. On pourra entendre ici, pour la première fois, la voix de l’écrivain encore adolescent, dans un texte de jeunesse racontant son malaise de collégien enfermé dans un pensionnat (« La vie collective est étouffante »). On retrouvera aussi celle, familière, de l’auteur confirmé dans des textes inédits ou peu connus, comme la nouvelle « Le temps » ou un extrait de scénario de 1975. On pourra enfin prendre connaissance d’une importante correspondance qui atteste des liens que cet écrivain souvent décrit comme solitaire a su tisser au fil des ans dans le milieu intellectuel et artistique ; à lire les lettres affectueuses des époux Queneau, l’hommage de Raymond Aron et les témoignages d’écrivains contemporains comme Marie Darrieussecq, Pierre Pachet ou Hélène Frappat, on prend ici la mesure de l’extraordinaire résonance de cette œuvre dans son époque.

Cet ouvrage n’aurait pu exister sans l’aide de Patrick Modiano, qui nous a généreusement ouvert ses archives et confié des textes inédits ainsi qu’une importante correspondance. Nous le remercions pour la confiance qu’il nous a accordée, pour sa constante disponibilité, et pour l’accueil toujours chaleureux qu’il nous a réservé, avec Dominique Zehrfuss. Nos remerciements vont également à Robert Gallimard et Jean-Jacques Sempé pour leurs témoignages, à Antoine de Gaudemar pour l’entretien qu’il a réalisé, et à Serge Klarsfeld qui nous a donné accès, avec une grande amabilité, à l’ensemble de ses archives sur Dora Bruder. Que tous les contributeurs qui ont participé à ce volume soient eux aussi chaleureusement remerciés.

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