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CONFERENCE D’ABIDJAN 2010

ENJEUX ET CHALLENGE DE L’AUDIT INTERNE

1. L’évolution de l’audit interne qui s’est accélérée ces dernières années n’est pas encore achevée.

Et pourtant que de formidables avancées depuis l’époque de l’entre deux guerres où aux Etats-Unis, les comptables se sont mutés, par mesure d’économie, en auditeurs internes pour jouer les supplétifs des auditeurs externes.

Peu à peu les auditeurs internes ont quitté la sphère purement comptable pour devenir d’abord un instrument de la direction financière puis plus récemment un outil de management de la direction générale en liaison étroite avec le comité d’audit.

Dans le même temps l’audit interne qui était à ses débuts qu’un phénomène d’entreprise est devenu un concept valable pour toutes les organisations et on a vu ces toutes dernières années l’audit interne se développer dans le secteur public au point qu’il est en passe de s’y imposer en lieu et place des inspections générales.

Il faut prendre acte et se réjouir de cette évolution qui a eu pour point d’orgue la publication au début des années 2000 d’une nouvelle définition et de nouvelles normes qui mettent en avant l’approche par les risques et la recherche de la valeur ajoutée, et présentent l’audit interne comme un acteur de la gouvernance.

Mais il y a loin de la coupe aux lèvres : cette évolution n’est pas terminée et aujourd’hui, plus que jamais, une vigilance de tous les instants s’impose.

2. Il y a lieu, tout d’abord d’éviter un double écueil : le retour en arrière, la fuite en avant.

Le retour en arrière, on l’a déjà expérimenté avec le Sarbanes Oxley Act de juillet 2002 qui, du jour au lendemain, a vu les équipes d’audit interne des sociétés américaines mais aussi des multinationales du monde entier cotées à la bourse de New York se recentrer sur des problèmes de contrôle interne comptables et financiers et se comporter plus comme des opérationnels que comme des évaluateurs.

Le retour en arrière aujourd’hui serait que , devant une réglementation de plus en plus lourde et exigeante, les auditeurs internes se cantonnent dans du contrôle de conformité, et que se noyant dans le respect de la procédure, et les systèmes dans lesquels on se contente de cocher des cases, ils en oublient d’aller à l’essence même du fonctionnement de l’unité ou de l’organisation qu’il sont chargés d’auditer.

Il ne faut jamais oublier que les auditeurs internes peuvent et doivent remettre en cause les organisations, les méthodes et les procédures pour atteindre à plus d’efficience.

Le deuxième écueil serait la fuite en avant.

Conforté par une définition qui recommande à l’audit interne d’évaluer les processus de management des risques, de contrôle et de gouvernement d’entreprise, certains pourraient en venir à penser que l’audit interne est l’égal de la direction générale ou du conseil d’administration comme le laisse parfois supposer certaines présentations de la bonne gouvernance qui apparaît sous la forme d’une table à 4 piliers : celui de la direction générale, celui du conseil d’administration, celui de l’audit externe et de l’audit interne.

Mettre l’audit interne comme d’ailleurs l’audit externe au même niveau que le Conseil et la Direction Générale me paraît suicidaire et ne peut que porter préjudice à l’image de l’audit interne.

Pour autant il ne faut pas prôner le confinement ou l’effacement de l’audit interne. Ce dernier est un acteur significatif de la gouvernance. Les meilleures pratiques dans ce domaine montrent en effet tout l’intérêt pour une direction générale à s’appuyer sur un audit interne fort et pour les administrateurs à en recevoir les constats les plus utiles à l’accomplissement de leur mission.

Il faut donc être ambitieux pour l’audit interne tout en étant conscient de ses limites.

3.

Lorsqu’on parle de l’audit interne, on utilise indifféremment fonction, d’activité, de profession.

les termes de

C’est certes une fonction qui s’est développée le plus souvent dans les grandes organisations, mais c’est une fonction différente de toutes les autres ne serait-ce que parce que c’est une fonction normée et, qui plus est, normée à l’échelle mondiale. C’est ce qui en fait son originalité et lui donne une image de sérieux, de respectabilité que beaucoup nous envient.

On parle aussi d’activité pour prendre en considération le fait que certaines missions d’audit interne ne sont pas effectuées par les services de l’organisation mais sous-traitées auprès de prestataires de services externes à l’organisation.

Peut-on parler de profession, terme de plus en plus utilisé ? Pourquoi pas !! Encore faut-il noter que la profession d’audit interne est une profession très particulière où la majorité de ses membres, dans beaucoup de pays, en France à tout le moins, ne fait qu’y passer. Il faut certes un noyau dur d’auditeurs internes engagés pour une période longue de l’ordre de la dizaine d’années, auditeurs pouvant provenir de cabinets externes ou recrutés directement à la sortie de l’université ou de Grandes Ecoles, mais aussi, et j’aurais tendance à dire et surtout, d’auditeurs venant des services opérationnels de l’organisation engagés pour une période courte de 3 à 4 ans. Cet apport est indispensable pour disposer d’un personnel connaissant bien l’organisation et ses différents métiers. Mais ces collaborateurs ne viendront à l’audit interne que pour une courte durée et s’ils ont l’assurance que leur carrière en sera favorisée.

D’une manière générale, même si je conçois bien volontiers des exceptions, une trop longue carrière à l’audit interne pourrait aboutir à un auditeur trop procédurier, trop éloigné des affaires, ayant une vision sèche et peu tournée vers l’avenir.

Il faut donc mixer les équipes et surtout ne pas hésiter à faire appel à du personnel de l’organisation expérimenté, ayant acquis une certaine légitimité dans les fonctions précédemment exercées.

4.

Si l’on considère l’audit interne comme une profession normée, il faut que les auditeurs internes soient de vrais professionnels et que la direction de l’audit interne applique pleinement les normes professionnelles.

Il est incontestable que la crédibilité de l’audit interne se conquiert et se maintient grâce à son professionnalisme. La bonne application des normes internationales professionnelles garantit la compréhension, l’application et le contrôle des meilleures pratiques. Le cadre de référence international des pratiques professionnelles de l’audit interne (CRIPP) est robuste, il a fait la preuve depuis plusieurs années maintenant de son efficacité, de sa pertinence et, il va de soi qu’on n’a pas à réinventer les normes :

elles existent, il faut les connaître, il faut les appliquer et contrôler leur application.

Pour ce faire deux moyens sont à la disposition de l’audit interne : la certification individuelle et la certification collective.

Etre titulaire des meilleurs diplômes universitaires classiques n’est pas suffisant pour être un bon auditeur interne. L’audit interne ne s’invente pas, il s’apprend. La profession a mis en place des certifications individuelles CIA, CCSA, CFSA, DPAI, CGAP qui seront, un jour, sinon exigés, du moins fortement recommandés tant par les régulateurs que par les organisations elles-mêmes. Il est urgent de s’y préparer.

Les normes, par ailleurs, exigent la mise en place d’un programme d’assurance et d’amélioration qualité à faire évaluer au moins tous les 5 ans, par un organisme indépendant, 3 ans dans le cadre d’une certification IFACI s’appuyant sur un modèle ISO. Il est impératif que les services d’audit interne prennent conscience de cette obligation non pas tant dans le seul but de respecter les normes mais surtout pour améliorer leur performance et accroître leur crédibilité.

5. L’audit interne n’est plus le seul acteur du contrôle interne.

Il a régné en maître ou presque pendant longtemps. Maintenant il doit composer avec de nombreux autres acteurs qui font preuve d’allant et d’ambition. Parmi les plus importants citons, à côté des qualiticiens, les contrôleurs internes, les compliance officers et les risk managers.

Ces différents acteurs interpellent fortement l’audit interne qui doit faire preuve de la plus grande vigilance, et affirmer avec détermination son rôle unique et spécifique qui est d’évaluer les processus de management des risques, de contrôle interne et de gouvernance. Une attention toute particulière devra être portée à la filière risque qui s’est implantée récemment dans les établissements de crédit et à qui régulateurs et législateurs ont donné ou s’apprêtent à donner un rôle et une responsabilité de plus en plus larges.

Risk management et audit interne sont deux fonctions complémentaires et interdépendantes mais il faudra veiller à ce que l’une ne se développe pas au détriment de l’autre.

6. Le rattachement de l’audit interne est une question récurrente qu’il ne faut pas

car il y va de son image, et donc de son influence au sein de

juger secondaire l’organisation.

Nous croyons pour notre part que seul un rattachement hiérarchique à la direction générale doublé d’une relation étroite avec le comité d’audit peut donner à l’audit interne efficacité et indépendance tout en facilitant un champ d’investigations le plus large qui soit. Encore faut-il que le comité d’audit ne se contente pas « d’assurer le suivi des questions relatives à l’élaboration et au contrôle des informations comptables et financières ». Si tel était le cas, un rattachement fonctionnel à un

comité des risques s’il existe, ou mieux au conseil d’administration, devrait être privilégié. Faut-il aller plus loin et faire du RAI un membre du comité exécutif ? Les avis sont partagés même si l’on considère habituellement qu’un tel rattachement le priverait de cette indépendance dont il se réclame fortement.

Je soumets toutefois à votre réflexion le fait que le responsable des risques des établissements financiers peut être, selon la réglementation française, membre du comité exécutif et qu’un récent livre vert de la commission européenne « souhaite qu’il ait un statut au moins égal à celui du directeur financier et puisse informer directement le conseil d’administration de toute problématique liée aux risques ». N’y a-t-il pas là un risque de marginalisation du responsable de l’audit interne ? A vous d’en juger.

7.

Pour éviter cette marginalisation et continuer à jouer un rôle déterminant 5 conditions doivent être remplies.

7.1. L’audit interne doit être efficace aux yeux de la Direction Générale et pour ce faire il doit comprendre l’activité de l’organisation dans laquelle il travaille. Il doit parfaitement appréhender ses problématiques, ses difficultés, participer, avec toutes les autres fonctions à ses succès et partager ses échecs. En un mot il ne doit pas être un corps étranger à l’organisation ou être perçu comme tel.

7.2. L’audit interne doit être légitime. Cette légitimité dépend des qualités du directeur de l’audit interne, de sa compétence, du respect qu’il inspire et de la confiance qu’il fait partager sur la pertinence des diagnostics et propositions de son équipe;

7.3. L’audit interne doit être crédible vis-à-vis du conseil d’administration ou de son comité d’audit :

Il doit être d’une parfaite transparence et ne pas réserver d’informations significatives au seul management ce qui signifierait qu’elles sont volontairement soustraites aux administrateurs.

Il doit lui apporter au contraire une information, synthétique, organisée et hiérarchisée.

Il doit faire preuve enfin en toute occasion d’une parfaite intégrité et d’un comportement éthique irréprochable.

7.4. L’audit interne doit éviter de se complaire dans la solitude et ses certitudes. Il doit, au contraire, entretenir avec le management des relations professionnelles normales faites de respect mutuel et de considération réciproque. A la longue, il en tirera le plus grand profit ;

7.5. Enfin l’audit interne doit être mieux connu et reconnu des pouvoirs publics, des régulateurs, des organisations internationales. C’est l’une des préoccupations essentielles de l’IIA Global, des instituts nationaux et des organisations telles que l’UFAI. Des succès ont déjà été obtenus, ils sont insuffisants. Il faut que tous ensemble nous les poursuivions et les amplifions.