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ÉCOLE LIBRE

S. Joseph de Lille

AU

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in 2009 witin funding from

University of Ottawa

littp://www.arcliive.org/details/annalesdepliiloso12pari

âHMM;

DE

^^mjLDiDipmi «amiBL^Itiîissr^i^

AVIS.

Le titre de ce volume aéra douné à la fin du dernier Numéro, avec la

Table de tous les articles.

ÉPERMAÏ, IMPR. DE WABIH-THIKEBT BT ÏIIS.

DE

RECUEIL PÉRIODIQUE

DESTINÉ A FAIRE CONNAITRE TOUT CE QUE LES SCIENCES HUMAINES BENFBBMBNT DU PREUVES ET DE DÉCOUVERTES EN FAVEUR DU CHRISTIANISME ;

îpftï nne BcçuU

DE LITTÉRATEURS ET DE SAVANS FRANÇAIS ET ÉTRANGERS ;

sous L4 OIRBCTION

DE M. A. BONKTETTY,

Membre de la Société Asiatique de Paris.

SIXIEME ANNEE.

iJ l' 1*1 g OQl

IIIM

TOME XII.

PARIS,

Rue St. -Guillaume , 24 i Faub. St. -Germain.

1$36.

(êxxda H boîx^imc V0Uïïii,

N° 67, p.

24. ! 19 ) les Romains sonl

p.

p.

53,

54,

N'GS, p. i35,

p. 108,

p. 148,

N'69, p. 170,

N-70, p. 253,

266,

p. 290,

p.

1.

1.

1.

5. Mânava-F/tannd,

10, dans laquelle ,

10, Tangkien

1. 25, noie 20 et 23,

1. 4* noie, de de Hei'behet

1. 19, Standeumayer,

1.

2 de la note , de ce que dit,

ce etc.,

1. 25 , (/.ar Ai'/U-cv) ,

note , aux Hébreux . ch. xii

lisez : les Romains

sont,

leur

lisez : Dharma.

lisez : dans lesquelles,

lisez : Tong-kien.

lisez : note 20 et 22.

lisez : de D lierbelot,

lisez ; Slaudenmajer.

lisez : de ce que

ce etc.

dit de

lisez ; [xx-' K'L-pjtz-o-j).

lisez : aux Hébreux c. xi,

V.

1.

N» 71

p. 307,

p. 555,

p. 575,

p. 38o

1.

1.

14, Cétacées ,

12 j Imanes ,

1. 25 . ci-dessus , p. Zo ,

corrigez la pagination des 2 pa

lisez : Cétacés.

lisez : Imans.

lisez : ci-dessus , p. 200.

ges suivantes,

p.

p.

585 ,

vers 12 ,

tam Lino ,

Z8G,

vers lA , humnnuni .

lisez : tum lino.

lisez : liumanam.

lisez : Ions ces éléniens.

lisez : de Grammaticâ.

72 , p. 394,

4i4.

417»

45 1.

1. 27, loas les élémens,

1. 21 , de Grammatid

p.

p.

p.

].

9

,

scrlptoris,

lisez : scriptores.

fait tes pierres ,

lisez : ses prières,

1. 24 ,

id.

dernière ligne, Famée,

lisez : Fumée.

TABLE DES ARTICLES.

TABLE

DES ARTICLES CONTENUS DANS LE DOUZIÈME VOLUME.

1V° 67.

Examen de l'Histoire de la décadence du paganisme en Occident, de M. Beugnot, par M. E. Philosophie de l'Histoire en Allemagne, par FaËDÉaicScHLÉcKL (deuxième

7

article.

23

La Douloureuse passion de N. S. Jésus-Christ, d'après les méditations

de la sreur AnneCatlierine Emmericli, par M. K.

5o

Description des monumens zapotèques de Mitla , d'après Diipaix, par

M. BoNNEXTY (5» article).

Figure d'une grecque et plan d'un édifice.

42

44 4?

La création, d'après les livres indiens , extrait des lois deManou,par

M. 0.

-51

Description des ruines de Persépolis , par M. Raoul-Rochette (5«^ art.).

Histoire du prix fondé par A'oiney , pour la transcription de toutes les

Sg

langues en lettres européennes, par M. de Bricre , par M. il. Notice sur la fonte des types mobiles d'un caractère chinois, gravé sur

64

acier , par M. BoivNETTy.

72

Coloration en noir d'une femme blanche, par M. O.

jS

Aliment colorant les cheveux et la barbe en noir.

NocvELLEs. Lettre sur la méthode hébraïque de M. Latouche. Arri-

vée de l'évêque de Juliopolis (Haut-Canada). Etat du diocèse de

Charleston. Découverte d'une ville antique aux lles-Caroliues.

Ouvrages thibétains et mongols arrivés en France.

X' 68.

Histoire du Saint-Simonisme , par M. Bojjnetty (5' article).

Examen de l'histoire de France, de Michelet (5« art.l, suite du moyen-

âge par M. P. P. M.

78

79

86

100

Traditions chinoises mises en rapport avec les traditions bibliques, par

M. RiAMBonBG [i" art.).

Notes sur cette histoire, par M. de Pabavby.

Description des ruines de Persépolis par M. Raodl-Rochette 6<' art.). Monument et inscription de Si-gan-fou , prouvant que le Christianisme

a été florissant en Chine au 7" siècle; gravure représentant la croix. Texte de l'inscription, et paraphrase , par le P. Visdeloc (i«' art.).

Nouvelles. Départ des missionnaires pour l'Orient, Arrivée de sept missionnaires belges à St-Louis (Etats-Unis). Existence de reptiles

monstrueux dans les fleuves et dans les mers. Notice sur les plus anciennes cartes où l'Amérique est figurée , etc.

W 69.

uq

i55

140

i4q

149

161

Tableau des auteurs. et des ouvrages parus récemment en Allemagne en

faveur du Christianisme.

165

Examen de l'histoire de France de Michelet (G« et dernier article); suite

'

et fin du moyen-âge, par M. P. P. M.

Texte de l'inscription de Si-gan-fou ( art. ), suite et fin,

178

i8.5

TABLE DES ARTICLES.

Examen critique de Jocelyn , épisode de M. de. Lamartine, par M. Bos»

NBTTY.

Traditions chinoises mises en rapport avec les traditions bibliques, par

M. RiAMBonBG (2» art.). Notes sur cet article par M. de Pabavev.

Nouvelles. Etat de la science et de la littérature en Turquie. Ruines antiques de la ville de Tantale, en Asie.

N" 70.

211

237

242

Dissertation sur le Ta - tsin ou sur le nom hiéroglyphique donné en

Chine à la Judée , par M. de Faeavky.

Gravure représentant un marchand juif portant du corail en Chine.

Textes chinois relatifs au pays de Ta-tsin.

Médailles ou Sicles de Sion , on monnaies frappées sous les Romains,

etc. , par M. de Paravey. Extrait du Mémoire de M. Ditreau Delamalte , où il prouve que la Judée est la première patrie du froment et de la vigne.

Analyse dfis conférences faites à Notre-Dame de Paris par M. l'abbé La- eordairs^ par M. BoN^ETTY.

Revue des tableaux religieux du salon de i836, par ***.

Tableau de la classification des

mammifères , d'après Ciwicr.

u45

261

261

265

265

369

296

Soj

Découverte d'une supercherie géologique tendant à renverser l'un des

principes les plus arrêtés de cette science.

Nouvelles. Projet d'échange de livres doubles. Vente de la bible de

Charlemagne. Monumens antiques du Yucatan. Nouvelle preuve que les anciens ont visité l'Amérique , etc.

N" 71.

Exposition et histoire de la foi musulmane, par M. E. Bobk.

009

3i5

321

Des Annales des sciences religieuses de Rome, et de la revue de Dublin , par M. BONNETTY.

338

De l'influence du Christianisme sur l'aboliton de l'esclavage par Mohler ,

par Jules Jaquembt.

34o

Théorie catholique des sciences de M. Laurentie, par M. Bonwbtty,

348

De l'importance et des progrès des études historiques dans leurs rapports avec le Christianisme, par M. Laurentik.

35o

Nécrologie de M. Riambourg, par M. Th. Foisset et M. Bonnetiy.

36a

Lettre de M. Pauthier eu réponse à un article des Annales.

"5^5

Exposition analytique d'une classification naturelle de toutes les con-

naissances humaines, par M. A. M. Ampère , par M. Bonnettv.

377

Vers mnémoniques latins avec traduction française pour retenir cette

classification.

Tableau de la classification générale des sciences. Nouvelles. Découverte d'une atmosphère dans la lune. Le psautier de Thomas Morus. Progrès du Catholicisme en Angleterre.

N°

72.

Revue des erreurs ; Bibliographie des auteurs du 16' siècle (il" article) par M. Bonnetty. Réfutation de l'opinion de M. Letronne sur le cours du Jourdain par

M. Cankto. Sur la poésie catholique de M. Turquety, par M. X. Description du temple de Palenque (4'' article) , par M. Bonnetty.

Gravure représentant la croix de Palenque.

58i

390

Sgi

SgS

422

4^i

44i

448

AiViXALES DE PHILOSOPHIE CHRETIENNE.

Tîbiuiicxo 67.

5 1 Jauvieo 1806.

nfi(|u^ Çiôf0vî()ttc

HISTOIRE

DE LA DÉCADENCE DU PAGANISME EN OCCIDENT,

Far M. Bbi/grut, Membre de l'Institut.

Fausse position où se place l'auteur. S'il est vrai que les auteurs païens

sont plus impartiaux que les auteurs chrétiens. Les chrétiens ont été

très-tolérans à l'égard des païens. Erreurs sur l'influence du paganis-

me sur la civilisation ancienne, grecque et romaine. Justice rendue

par l'auteur aux motifs de la conversion de Constantin.Des persécu-

tions de Julien. De l'autorité de quelques médailles.Du véritable

nombre des chrétiens.Explication de quelques diffîcultés coucernant

ridstoirc ecclésiastique.

La tâche de l'historien à la fois la plus noble, la plus utile et

même la plus glorieuse, à raison des difîicultés qui s'opposent

à son accomplissement, est de dérouler à nos yeux avec une

imposante série d'événeraens, les causes qui les ont produits; de rendre sensible à tous les regards l'action souvent presque

invisible ou inaperçue de ces mêmes causes, A ce litre, la chute

du Paganisme est un des sujets les plus dignes de la muse de

l'histoire. L'influence de la religion sur l'état social d'une na- tion a été envisagée sous tant de rapports, qu'on peut considé-

rer cette matière comme à peu près épuisée ; mais, une obser- vation qui n'a peut-être pas été faite encore , et qui n'est pas moins très-fondée, c'est que celte iulluence est mieux ai)pré-

ciée dans les tems où elle est précisément moins eûlcace. Ainsi,

que la lutte de la philosophie

c'est

au ï8» et

au

19» siècle

3

HE LA DÉCADENCE hV PAGANISME,

contre le Christianisme , a conduit les apologistes de celui-ci à

faire remarquer à leurs adversaires l'action de cette religion

sur les mœurs, les lois, les arts, les sciences, sur toute la vie

morale et intellectuelle du inonde civilisé. Ce que la vérité a fait pour la civilisation depuis dix-neuf siècles, l'erreur l'avait fait aussi, mais dans un sens tout op-

posé, avant la prédication de l'Evangile.

La chute du Paganisme est donc un immense événement

auquel se rattachent des millions d'autres faits, tous d'une

grande importance ; voilà ce qu'il s'agit de retracer, ou dont

au moins il faut donner la clef quand on essaie de décrire la

lente dissolution de l'ancien culte, en présence d'un rival qui, à

peine annoncé, jette tout-à-coup, en Orient comme en Occi-

dent, les éclats de sa vive lumière.

Il s'agissait pour M. Beugnot de « tracer l'histoire du déerois-

» sèment et de la destruction totale du Paganisme dans les prc-

» vinces de l'empire d'Occident, à partir du tems de Constantin ; »de réunir tout ce que l'on peut savoir par les auteurs tant

» chrétiens que païens, par les monumens et surtout par les

«inscriptions, de la résistance qu'opposèrent au Christianisme «les païens principalement de Rome et de l'Italie; enfin, de

tâcher de fixer l'époque l'on a cessé en Occident d'invo-

» quer nominativement les divinités de la Grèce et de Rome. »

Tel est le sujet mis au concours en i85o par l'académie des

Inscriptions et Belles-Lettres; c'est l'heureux concurrent dou-

blement récompensé par une couronne et par son agrégation au

corps qui l'avait couronné, que nous aurons à juger.

M. Beugnot, comme l'indique le programme que novis venons

de transcrire, n'avait point à traiter des origines si obscures du

polythéisme, qui ont exercé la plume d'un si grand nombre de

savans, des transmigrations de ses doctrines, des différences et des analogies qu'avaient entr'eux les divers cultes qui le com-

posaient. Il ne doit décrire que la décadence de cette religion,

seulement depuis Constantin, époque les documens sont

plus abondans et plus sûrs que sous les empereurs païens. Avant

d'examiner s'il a su les mettre en œuvre avec intelligence et

habilité, il est nécessaire de considérer le point de vue il

s'est placé.

l'AR M. BEUG^O^.

9

M. Beugnot, tout en faisant sa profession d'antipathie pour

le polythéisme , fait pencher la balance en faveur des histo-

riens qui le professaient S'il était conduit à leur donner la pré-

férence par l'évidence des faits, nous n'aurions rien à dire;

mais il se décide par d'autres motifs que nous ne pouvons ac-

cepter; le lecteur en jugera. «Je n'irai pas me placer, dit-il,

9 comme ma conscience m'y porterait, dans tes rangs des Chrétiens ; »là , je trouverais trop de préventions, de préjugés et de haines , j"é-

crirais une histoire chrétienne de la chute du polythéisme;

»et cette histoire, quelque soin que l'on mît à la composer,

»ne conduirait pas à la vérité. En m'adressant aux défenseurs » des idoles , en scrutant les écrits échappés à leur plume , en «interrogeant les monumens qu'ils ont élevés, en acceptant

«pour un moment leurs idées et leurs folles espérances, je me

«flatte de parvenir à pénétrer leurs secrètes pensées, et peut-

»être aussi à réformer plusieurs fausses opinions admises etré- spandues par les historiens modernes. »

La pensée de l'auteur, quoique transparente, au point qu'il

est impossible de la méconnaître, n'est pourtant pas exprimée

tout entière ; puisqu'il abandonne les historiens chrétiens à

cause de leurs préventions , Ûq leurs préjugés, de leurs ?iaines

sans doute qu'il ne trouve pas les mêmes défauts dans les his- toriens païens, dont il préfère le récit. Eh bien ! ce n'est pas

avec quelque inscription obscure, avec quelque témoignage in-

dividuel, ou quelques faits pris isolément, c'est en nous ap-

puyant sur l'histoire tout entière, sur celle que nous ont trans-

mise les païens et les chrétiens , sur les mœurs et le carac-

tère connus de ceux-ci , que nous donnerons hardiment un dé-

menti à notre historien.

Les haines et les préjugés des historiens chrétiens n'ont pu

se révéler que par des imputations calomnieuses contre les

païens, ou parla justification des chrétiens pour une conduite

évidemment injuste. Ont-ils calomnié? non, sans doute, puis-

que les poètes et les historiens païens attestent eux - mêmes toutes les turpitudes que les écrivains ecclésiastiques ont re-

prochée» au Paganisme; ils eu disent autant qu'eux , ils en

disent même davantage. Lisez Apulée, les historiens de l'his-

toire d'Auguste . Suétone , Juvénal, Athénée, etc. ; les Pères,

10

DE LA DÉCADENCE DU PAGANISME ,

n'ont rien avancé de plus fort sitr la dépravation païenne. Ont- ils justifié les voies de fait contre les païens? pas davantage.

M. Beugnol ne cite qu'un nom fort obscur dans l'antiquité ec" clésiastique ; mais les Pères les plus connus , on peut même

dire tous les Pères en général , tiennent un langage contraire.

Nul doute que des empereurs récemment convertis à la foi

ne fussent disposés à subir l'influence des chrétiens et surtout

des évoques. Si l'esprit du Christianisme eiit été haineux, per-

sécuteur , il se serait révélé par les actes de ces souverains in-

fluencés par leurs coreligionnaires. sont-ils, ces actes? On

démolit des temples dans l'orient, mais ceux-là seulement qui

étaient devenus des repaires de débauche, et quelqu 'autre peut-

être des charlatans trompaient la crédulité du peuple en lui promettant la guérison de ses infirmités. Mais St. Jérôme

atteste, et M. Beugnot le prouve lui-même d'une manière évi-

dente , qu'à Rome les païens étaient encore en possession au

temples. Ces édifices, au rapport du

même père , étaient déserts et avaient des voûtes et des murs

tapissés par des toiles d'araignées. Plus tard, Théodose les fait

démolir, ou les livre aux chrétiens ; mais alors ils étaient en-

tièrement abandonnés. Jusqu'à l'extinction totale du poly- théisme, ses sectateurs ne manquèrent point d'édifices pour se

livrer aux pratiques de leur culte. Les pères étaient si éloigné»

de tout moyen de violence, que St. Augustin défend aux chré-

tiens de toucher aux idoles placées dans les propriétés privées.

Quand St. Ambroise demande l'enlèvement de l'autel de la

"Victoire, il ne déroge point à ces principes. Cet autel était des-

4" sièrle de tous leurs

tiné à des sacrifices païens dans un lieu consacré à des assem- blées politiques. La majorité du sénat était chrétienne, il était

juste de ne pas la forcer à assister à des rites auxquels sa religion

lui défendait de participer.

On prétend que quelques évêques se mirent à la tête des chré-

tiens pour renverser les temples. Mais ce sont des actes isolés,

et qu'il n'est pas d'ailleurs difficile de justifier dans les deux

circonstances déjà indiquées, c'est-à-dire quand ces édifices

étaient inutiles aux païens eux-mêmes, ou qu'ils servaient de

lieux de débauche . Mais pour juger sainement de l'esprit d'une

religion en fait de tolérance et de charité, il est un moyen bien

PAR M. BEUGNOT.

Il

simple, si d'ailleurs cette même religion a pour elle le chef de

l'étal, la force de l'opinion, l'ardeur du zèle et un mouvement

progressif vers un triomphe complet; c'est d'examiner l'usage

qu'elle fait de sa puissance. Il est sans exemple qu'un parti po-

litique, qu'une secte nouvelle, dans une position favorable

pour dominer, n'en aient pas profité pour porter ou faire porter

des lois réprimantes contre leurs adversaires. Le Christianisme

ne l'a point fait contre les polythéistes. Ily a plus, on défie de

prouver qu'il ait essayé de le faire. Qu'on cite les papes, les

évêques qui ont sollicité des lois de proscription ou même des

lois restrictives de la liberté religieuse proprement dite.

L'art divinatoire, déjà proscrit par les empereurs païens, fut la seule partie de l'ancien culte également prohibée par les em- pereurs chrétiens. Encore la défense n'atteignait que l'exercice secret de cet art, qui devenait souvent un attentat contre l'hu-

manité par l'immolation de victimes huniaines.

Ce sont cependant ces chrétiens si indulgens, si pacifiques

envers les descendans de leurs bourreaux et envers leurs pro- pres bourreaux, dont les historiens sont accusés de haine et de

préjugés. C'est à ces historiens que l'on préfère ceux qui appar- tiennent à une religion dont l'existence depuis l'apparition du

Christianisme ne fut qu'une persécution atroce et continue contre ce dernier. Il est une autre considération importante qu'il ne faut pas omettre. La morale du Christianisme est aussi ennemie du mensonge que de tous les autres écarts auxquels peut nous con-

duire la faiblesse humaine. Les chrétiens l'ont bien prouvé

lorsqu'ils ont fourni tant de milliers de martyrs auxquels il suf-

fisait de dissimuler ou de nier leur foi pour sauver leur vie, et qui en ont préféré le sacrifice à celui de la vérité. D'autre part le

Paganisme n'était qu'un tissu de fables, l'histoire même civile

des nations qui le professaient respire partout le mépris de la

vérité , ou tout au moins un amour décidé pour le merveilleux.

Est-il à croire que les chrétiens auront violé un des préceptes de morale qu'ils respectaient le plus, et abandonné un des traits les plus constans de leur caractère à l'égard des seuls païens?

Est-il à présumer que les disciples d'une autre religion , où tout

favorisait le mensonge, auront, axx contraire, habituellement

12 DE LA DÉCADEKCE DU PAGANISME,

respecté la vérité historique ? Nous croyons qu'en posant de

telles questions , nous les avons résolues , notais nous aurons en

outre à citer des faits qui en seront la démonstration.

Les pères et les historiens ecclésiastiques sont donc exempts

du reproche que leur adresse M. Beugnot. Mais , quand ils au-

raient été plus ardens , seraient-ils bien repréhensibles ? Si

notre auteur s'indigne contre l"entêtement fatal des païens, qui mit

quelques jours en péril l'avenir du monde, s'il déclare positivement qu'il était permis de leur vouer quelque chose de plus que de Cini-

mifié, pourquoi donc se plaint-il du zèle des Chrétiens ? Il

s'agissait, entendez-vous, de l'avenir du monde, que ne par- donne-t-on pas à l'amour de la patrie, lors même qu'il est

exalté jusqu'au déhre! Le salut de l'humanité tout entière ne pourra-t-il rien excuser? Vous voyez que M. Beugnot accuse et

absowt tout à la fois.

Outre sa confiance non motivée dans les historiens païens , et

l'exclusion donnée aux historiens chrétiens , l'auteur est tombé

dans une erreur assez grave. Il croit à la perfectibilité humaine,

voilà pourquoi il accorde une très-heureuse influence au Pa-

ganisme sur la société , mais influence qui disparut quand les hommes furent plus avancés que le culte qu'ils pratiquaient. Le

seul reproche qu'il adresse au Paganisme est de ne s'être point

aperçu à tems de son insuffisance, et d'avoir lutté contre une reli-

gion ( le Christianisme), qui est la plus belle forme possible donnée

à la vérité *.

Est-il vrai que le polythéisme ait heureusement influé sur la

société ? Oui , si on le prend avec les vérités de la Religion pri-

mitive , qu'il avait obscurcies , sans les anéantir entièrement.

C'est sous ce point de vue que la religion païenne, qui respec-

tait, tout en les dénaturant , les dogmes de l'existence de Dieu,

des peines et des récompenses de l'autre vie et certaines règles

morales, était préférable au philosophisme, qui niait toutes

ces choses, ou qui,

doute , au lieu d'en faire l'objet d'une foi inébranlable. Mais ,

si on prend le polythéisme comme un ensemble de fables et de

pratiques superstitieuses surajoutées àla religion primitivement

sans les

nier, en

faisait l'objet d'un

' Celte cxpressioa rappelle le système de M. Bcajamiu-Goaslaat , qui

n'est rien moins qu'orthodoxe.

PAR M. BELGNOT.

15

révélée à l'homnic, il est faux qu'il ait pu avoir de bons résul-

tats. Non -seulement notre auteur ne distingue point deux

choses aussi distinctes, rnais il suppose, au contraire, que

c'est celle qui ne pouvait qu'égarer et corrompre , qui a éclairé et perfectionné les hommes. C'est la conséquence de son sys-

tème, qu'il exprime en ces termes : « Le Christianisme prit la «société non pas à son berceau, mais au point le Paganisme

l'avait laissée. C'est ainsi que l'esprit humain , passant , pour

«ainsi dire, de mains en mains, avance toujours vers un but

»de perfection absolue qu'il ne doit jamais atteindre, s Je

trouve au berceau de la société telle que me la fait connaître

le Penlateuque, le livre tout à la fois le plus ancien , le plus

authentique , le plus pur des altérations introduites par les

tems ou les intérêts des hommes; j'y trouve, di.s-je , tout ce

que le Paganisme renfermait de vérités. Il n'est donc pas vrai

que le Christianisme ait pris la société au point sa rivale

l'avait laissée. Il n'est donc pas vrai que , depuis le berceau du

monde, le genre humain se soit perfectionné. Les Romains de

l'empire, éclairés par les arts et la philosophie de la Grèce, va-

laient moins que ceux qui travaillèrent, autant parleurs vertus

que par leurs armes , au glorieux enfantement de la puissance

de leur patrie, et, quant à la science de la religion , ils n'a-

vaient ajouté que des douîes aux lumières de leurs aïeux.

L'ecclectisme est, à ce qu'il paraît , le système philosophique à la mode; il y a une tendance dans les