Vous êtes sur la page 1sur 496

ôtbliatljcque

ÉCOLE LIBRE

^ S. Joseph de Lill«

^^iRtf

I

ÂlMMEi

DE

SmiLDiDtmiS (SiaiElItlîim^lS^

AVîS.

Le titre de ce volume sera donné à la fin du dernier Numéro, avec la

Table de tous les articles.

EPERNAY, IMPR. DE WARIN-THIERRT ET FILS.

DE

V

RECUEIL PÉRIODIQUE

DESTINÉ A PAIRE CO?ÎÎIAÎTRE TOt'T CB QUE LES SCIENCES HCMAl.NES BENFERMEJîT DB

PREUVES ET DB DÉCOUVERTES EN FAVEUR DC CHRISTIANISME ;

prtif nne ê0iuU

DE LITTÉRATEURS ET DE SAVANS FRANÇAIS ET ÉTRANGERS ;

socs LA OIRECIIOH

DE M. A. BONNETTT,

Membre de la Société Aaialique de Paris.

HUITIEME ANNEE.

fuLoiiveiicj ôéûcj.j

TOME XV.

PARIS

Rae St. -Guillaume , n" 24 , Faub. St. -Germain .

1837,

,

,

(Sxxata. H (^ninpmi v^tnmç.

N" 86 , p. 1 16 , 1,

1 , note 2 , asilol ,

lisez : Bù.ol.

lisez : léger.

p. 127 , 1. 17 ,

p. 1 36 , 1. 16

large tuyau ,

la vertu touche, ajoutez : la vertu seule,

p. 1ii,l.

5 , note 2, /'/rt(/Hef

lisez : Pluquet.

Id.

1.10,

Id.

dans Mandchoue , lisez

; dans son antholo-

p. U6, 1. 10,

No 89, p. 39d,l.

2,

p. 398, 1. 21 ,

la nature ,

Erévak ,

Erévak ,

lisez

gie.

sa nature.

lisez : Frévak. lisez : Frévak.

;

PRIX DE LA COLLECTION DES ANNALES.

Les 12 premiers volumes, terrai ne's par une <a6/e générale, eoùtenf

72 fr., au lieu de 120 fr.

Chacun des volumes suivans 8 fr. 50 , pris au bureau.

L'abonnement par an , 20 fr.

iV. B. 11 faut être abonné pour avoir droit à la dimnuition de prix ex-

primée ci-dessns.

i^Ç-^5-3, M^sé^

TABLE DES ARTICLES.

TABLE

DES ARTICLES CO^TE!^JLS DANS LE QUINZIÈME VOLLME.

=-)©(«=

Analyse d'un outrage inédit du P. Prcmare , sur 'es vestiges des principaux

dogmes chrétiens que l'on retrouve dans les livres cliimiis [ i" article) ,

par M. l'abbé Siosi^et.

Dictionnaire de diplomatique, ou Cours philologique et historique d'an-

tiquités civiles et ecclésiastiques (4* articli- ) , par M. A. Bo>.>kttv.

Sur l'antiquité de la Bactriane , et sur la patrie d'Abraham , par M. le

marquis de FoaiiA d'Uhban.

7

a5

-^5

Vérité catholique, ou vue générale de la religion considorée dans son histoire et sa doctrine, par M. ISault , ancien prucureur-geoéral à Di-

jon , par M. S. F01SS81.

60

Les Voix intérieures , de f'ictor Hugo , par M. X.

70

Bibliographie.

{53

IN- 86.

Des Anges et de la création primitive , par M . le barun A. Glibacd.

Recherches administratives statistiques et morales sur les enfa.is trouvés,

sur les enfans naturels et les orphelins ; de l'abbé A. M. Gaillard , par

M. DCLAC M05TVEHT.

85

95

De l'unité d'origine des races humaines du D. Wiseman, par M. Bo.x-

NKTTY.

i ï4

Lithographie représentant le sy<tème de l'angle facial de Camper, et la

conSguration des crânes de Blumenbach.

i 2u

Analyse d'un ouvrage inédit du P. Prémare, sur les vestiges des princi- paux dogmes chrétiens que l'en retrouve dans les livres chinois (2» ar-

ticle . Unité de Dieu, par M. A. Bosmetty.

Trésors de l'éloquence, ou Témoignages unanimes rendus à la religion par les écrivains de tous les tems , par M. J. Jaquemet. A nos abonnés. KocvELLKs EX MÉLANGES. Travaux littéraires des missionnaires français.

Bibliographie.

87.

Coup d'oeil sur la généalogie des lois sociales et des connaissances hu-

maines, par M. G. G. Lafo^-^t-Golby. Le quartenaire du nom de Dieu constaté, encore aujourd'hui, dans pres-

que toutes les langues de l'univers, par M. A. Madbollb.

De la grande réforme tentée par SavonaroUe pour s'opposer aux enva-

hissemens du paganisme dans les arts, les lettres et la société chré-

tienne (1"^' article , par A. F, Rio. Dictionnaire de diplomatique, ou cours philologique et historique d'an-

tiquités civiles et ecclésiastiques (5' art.) , par M, A. Bossktty.

i34

i55

16.)

iGi

id.

i65

182

189

20':)

Histoire et tableau de l'univers , par J--F. Daniélo , par M. A. Boh.nbtiy. 253

Nouvelles et ublaiIiges. Preuves de l'aceroissemeut de la chaleur dans l'intérieur delà terre. Expériences sur la substance des toiles qui enveloppent les momies. Explication d'inscriptions nubienne*.

Introduction du christianisme i;n Abyssinieel en Kubic. Progrès de l'étude de la langue chinoise. Etude des langues orientales. Edition

d'un évangile écrit en slave. —Hindous habitant sur les arbres et se

nourrissant de chair bamaine. Bibliographie.

358

34 <

6

ÏACLE DES ARTICLES.

N" 88.

Du plateau culminant du monde , ou du plateau de Pâmer et de ses quatre fleuves , considéré comme étant le lieu de i'Eden et du Mont Mérou des Indiens , par M. le Cb" de Pabavby.

Concordance des traditions des différens peuples avec les faits racontés

dans la Bible (2' article) , par M. A. Bonnetty.

i^S

261

Dictionnaire de diplomatique, ou cours pbilologique et bistorique d*au-

tiquités civiles et ecclésiastiques (6* art.) ; par

M. A. Boni^etty.

266

Histoire du pape Grégaire Vil et de son siècle , d'après les monumens

originaux, par J. Volgt , professeur à l'université de Hall , par M Ch.

AcoLBY (1" art.).

286

De la grande réforme tentée par Savonarnle pour s'opposer aux envahis-

semens du Paganisme dans les arts , les lettres et la société chrétienne

(2'- article), par AI. A. Rio.

Gravure donnant le portrait de Savonarole.

NoDVELLES ET MÉLANGES. L'ioscrlp tion de Rosette à la Bibliothèque royale.

Lettre de monseigneur l'évCque de Nevers à son clergé sur la re- cherche des monumens historiques de son diocèse. Voyage du capi- taine Dumont d'Urville à la déccuverte du pôle sud.Instructions de

l'Académie pour la recherche des preuves du déluge universel. For- mation d'un sixième continent.

Bibliographie.

N" 89.

Analyse d'un ouvrage inédit du P. Prémare , sur les vestiges des princi- paux dogmes chrétiens que l'on retrouvedans les livres chinois (3» ar-

r ticle) ; de la Trinité, par M. l'abbé Siownet.

Dictionnaire de diplomatique, ou cours philologique et historique d'an-

tiquités civiles et ecclésiastiques (7» art ), par M. A. Bonnktty.

Lettre de M. Bautain à Mgr. Lepappe de Trevern, évêque de Stras-

bourg, laquelle met fin à toutes les discussions qui s'étaient élevées

sur la doctrine de M. Bautain.

3o3

3i8

0I9

320

525

SSj

354

Examen et réfutation de quelques doctrines panthéistes et matérialistes, _

par M. A. Bonmetty.

369

Identité du déluge d'Yao et de celui de la Bible , ou le patriarche Noé

retrouvé dans l'empereur chinois Ti-ko; par M. le chev. de Pahavby

(1" article).

Nouvelles et mélanges. Enseignement scientifique de la Sorbonne et du

collège de France. De l'université catholique de Louvain. De l'a-

cadémie de Genève.

Bibliographie.

N» 80.

Examen de la philosophie de Bacon ; ouvrage posthume du comte Joseph

de Maistre , par M. A. Combeguilles. De l'état de la papauté et de son action à l'époque actuelle ; par M. l'abbé

Lacobda)bk. Analyse de l'hisiolre asiatique et de l'histoire grecque , de M. C.-J. Ar- banère ; par M. A. Bonnetty.

_

Monument hiéroglyphique rappelant le souvenir du déluge universel

conservé chez les Aztèques du Mexique , par M. Bonnettt.

Compte-rendu ; à nos abonnés , par M. A. Bownetty.

^'écrologie des auteurs morts pendant le semestre. ïabic géuOrale des matières, des auteurs et des ouvrages.

S80

396

4o3

^oS

423

437

44?

467

474

4/8

ANNALES ^

'

DE PHILOSOPHIE CHRETIENNE.

'71!£>iiuteio 85.

3l .^uiffet^ iSSy'.

^vabifîons primifix»cs.

ANALYSE D'UN OUVRAGE INÉDIT

DU P. PRÉM&RE ,

SUR LES VESTIGES DES PRINCIPAUX DOGMES CHRÉTIENS QUE L'ON

RETROUVE DANS LES LIVRES CHINOIS '.

Nos lecteurs connaissent déjà, par l'article de M. Bonnetty,

inséré dans le dernier Numéro des Annales ', l'importance des découvertes contenues dans l'ouvrage du père Prémare , que

nous nous proposons d'analyser. Mais, avant d'entrer dans

cette analyse , nous croyons qu'il ne sera pas inutile de faire

connaître en peu de mots l'état de la question et l'autorité dont jouit le père Prémare parmi les savans; nous exposerons en-

suite son système d'interprétation, d'après ce qu'il en dit dans

Vïntroduction placée en tête de son travail, et nous terminerons

par quelques observations sur ce système et par une courte

notice sur les Kings ou livres sacrés.

Etat de la question sur les traces de Christianisme trouvées en Orient. Autorité du P. Prémare.

Les établissemens des Européens dans les diverses contrées de l'Asie ayant, dans le siècle dernier, permis de connaître avec

' Selecta quœdam vestigia prœcipuorum Chrisiianœ Relligionis dogmaium

ex antiquis Sinarum Ubris eruta; manuscrit à la bibliothèque du roi. ' Voir l'article àe l'origine indienne que l'on veut donner au Christia-

8

ANALYSE d'un OUVRAGE INEDIT

plus de détail et de certitude les écrits religieux et philosophi-

ques des anciens peuples qui les habitent, on découvrit avec

étonnement que plusieurs de leurs préceptes et de leurs croyan-

ces avaient, avec la doctrine des Livres Saints, des traits d'ana-

logie d'autant plus frappans qu'ils ne pouvaient être l'efTet du hasard. Une telle découverte ne pouvait rester sans résultat. Les

Missionnaires en profitèrent pour faciliter la conversion de ces

peuples ', en leur montrant dans les livres qu'ils respectaient

de nombreuses traces des vérités qu'on venait leur annoncer.

Les incrédules s'en emparèrent pour traduire la religion en une création de l'esprit humain. Si ces dogmes ( ceux de la Trinité,

de la chute de l'homme , de la réparation future , de la créa-

tion), ont-ils dit, ne peuvent se connaître que par l'enseignement

divin, comment se rencontrent-ils chez des peuples qui n'ont

jamais eu de relations avec celui qui en était l'unique déposi-

taire ? L'existence simultanée de ces dogmes dans toutes les

parties de l'univers n'esl-clle pas une preuve de leur origine

purement rationelle?

Tout ce raisonnemeni est basé sur un faux supposé. Les Juifs,

à partir du moment de leur dispersion, se sont trouvés en contact

avec tous les peuples de la terre; or l'on ne peut citer aucune

trace des dogmes mentionnés, dans des ouvrages antérieurs

à l'époque où la Bible a pu être connue dans le pays où ces ou-

vrages ont été composés; d'ailleurs, la révélation primitive

contenait la plupart de ces dogmes ; c'était donc à la commu- nication des livres sacrés ou du moins à la conservation de la

révélation primitive , parla tradition, qu'il fallait, pour être

logique, rapporter la source de ces vestiges de la vérité. Les Missionnaires s'étaient prononcés en faveur de la conser-

vation de ces croyances par la tradition, et, pour combattre leur

principe, il fallait nier ou cette révélation primitive ou les

traits d'analogie que l'on signalait. Le. premier moyen ne fut

employé que par les coryphées de la secte pliilosophique. Il ne

' « J'écris pour les missionnaires, dit le père Prémare dans l'ouvrage

Jonl nous allons parler , déjà ua peu familiarisés avec la litlcraUn-e chi- noise. S'ils compicnncal bien la niaticrc que je traite, et qu'ils conçoi-

^elll tout ce que noue opinion a de probable, il leur sera facile de con- vaincre les Chinois, et de les conduire à la foi. » P. 25 du manuscrit.

nv p. PRÉMARE. pciil ciilror dans mon plan de rëpondte à leurs objeclions.

9

D'uulres l'ont fait, et leurs écrits ont prouvé à tous que rien n'est

plus certain que cette communication primitive laite à riiomme

par la bonté du Dieu qui l'avait créé.

La négation des analogies signalées, plus commode en ce

qu'elle dispensait d'en examiner les bases , d'en rechcrclier

les causes, et d'arriver par à une conséquence que l'on redoutait , fut plus généralement adoptée , surtout par ceux

que des études spéciales ne mettaient pas à même de lire les

originaux; et c'était à cette époque l'immense majorité des

savans. Mais cette négation était une injustice, car elle tradui -

sait en ignorans ou en trompeurs « des hommes respectables ,

«qui n'étaient pas moins distingués par leur science que par

»lcur probité. On eût mieux fait d'examiner les textes sur Ics- » quels reposaient leurs assertions , et de voir si ces textes n'é-

» talent pas susceptibles d'interprétations plus naturelles que

» celles qu'ils proposaient. C'est ce que peu de personnes pou-

» valent essayer à cette époque , et ce qui a été fait depuis, de

» manière à justifier complètement le père Prémare et ses com-

spagnons des allégations injustes dont ils avaient été l'objet. On

»a reconnu, en lisant sans préjugés ces mêmes livres, qu'ils

» contenaient en effet des vestiges nombreux des doctrines née»

t dans l'Occident ^ »

L'ouvrage du père Prémare, auquel M. Remusat faisait allu-

sion dans les paroles que nous venons de citer, est consacré à

faire connaître les principaux de ces vestiges conservés dans les

livres chinois, et à expliquer leur présence au milieu de ce

peuple reculé dans la profondeur de l'Orient. Cet ouvrage, con-

servé à la Bibliothèque royale de Paris, forme un volume, écrit

sur papier chinois, de 654 P^ges, dont ô-^r sont consacrées au

texte, et les autres aux citations en caractères originaux et à quel-

ques explications supplémentaires. Il est en latin , et écrit tout

entier de la main du père Prémare. Outre l'intérêt qui s'attache

leur fond, ce savant Père y a ré-

à ces recherches, quant à

pandu ce genre de mérite dans lequel il excellait % celui d'ex-

' .\bel Remusal, Nouveaux Mélanges asiatiques, Vie de Prémare, (. n,

p. 267.

' Nous n'en voulons pour prcu\e que sa Nolitia liitguœ sinica:.

,

10 ANALYSE d'dN OUVRAGE INÉDIT

pliquer un grand nombre de caractères qui ne se trouvent pas'

dans les dictionnaires composés par les Européens, ou qui

ont été expliqués d'une manière inexacte par les lexicogra-

phes chinois eux-mêmes.

On ne peut disconvenir que cette partie de son travail ne

mérite toute l'attention des philologues, quelle que soit l'opinion

qu'ils adoptent au sujet de quelques-unes de ces rectifications;

et il est à désirer qu'une impression complette des Selecta vestigia mette tous les savans à même de puiser dans cette source

féconde pour l'intelligence de la langue chinoise. Quanta nous,

c'est avec regret qu'en raison de la spécialité des matières que

nous traitons , nous nous verrons obligés de glisser rapidement

sur ces pages entièrement consacrées à l'analyse, à la décompo-

sition et à l'explication d'un grand nombre de caractères de la

plusliaute importance- Nous ne pourrons donc appuyer que sur

les vestiges qui se trouvent énoncés par les Chinois eux-mêmes;

mais comme ces vestiges sont nombreux et précis, il nous im-

porte de faire connaître l'autorité scientifique de celui qui a eu

le mérite de les rassembler en aussi grand nombre. Le père Prémare, le plus savant philologue, avec le père

Gaubil ' , qu'aient produit les jésuites de Chine, après avoir

achevé cet ouvrage, a passé, comme on le voit par les dates poin-

tées sur son manuscrit. i3 ans d'une vie laborieuse (de 1713 à

1726) à le corriger et à le revoir. Le produit d'un travail si con-

sciencieux ne pouvait qu'être inattaquable dans ses bases. Aussi le père Gaubil, qui l'avait examiné avec attention, et dont l'es- prit positif aimait peu les conjectures, reconnut-il la vérité de

tous les faits signalés par le docte écrivain.

«Vous ne me dites rien , écrivait-il à vm des savans de Paris

» du système des PP. Bouvet et Prémare; vous ne devez pas

•) craindre de m'en parler, je commence à être au fait , et je vous

)dirai d'abord que de part et d'autre on a manqué un peu de

') bonne critique et de connaissance de l'antiquité \ lime paraît «queceuxqvii ont attaqué les PP. Prémare et Bouvet, n'ontpas

' Abel Rémusat, Nouv. Mélang. , tome 11, p. 262. 263.

* Les défauts , dont parle ici le père Gaubil , et plus bas M. Rem usât,

ont rapport à la négation de l'existence réelle de quelques-uns des premiers

empereurs de la Chine; nous en parlerons plus bas.

DU V. PRÉMARE.

11

H été bien au fait des vesliges de religion qui se trouvent parmi les

I anciens peuples, ni de ce qu'on appelle Hiérogljp/ies; il me paraît

«aussi qu'on ne saurait nier des vestiges de rincarnation, de la

Trinité, et pour le luoins aussi clairs que ceux que les saints

.) Pères ont trouvés dans les écrits des Romains, Gaulois, Grecs, «Indiens, Egyptiens, etc.; il me parait encore que ces vérités qe

«se tirent nullement du principe que les Kings soient des livres

» révélés '. »

Ln autre juge compétent, M. Abel Remusat , ne craignait

point de dire après un semblable examen : a Les faits recueillis

«par le père Prémare sont exacts, et sa manière de les expliquer

B se ressent seule de l'influence sous laquelle il avait entrepris

»ses recherches '. » Précédemment, au commencement de son

mémoire sur Lao-tseu, ce savant auteur avait dit : « Plusieurs

«missionnaires des plus versés dans les antiquités Chinoises,

«les PP. Prémare, Fouquet, Bouvet, ont été frappés en reu-

» contrant dans les plus anciens livres Chinois, des idées qui

» leur ont paru avoir la plus étonnante conformité avec quel-

» qvies-uns des dogmes du Christianisme. Ils ont eu recours, pour

» expliquer cette conformité, à des suppositions qui ont paru un

opeu hasardées. J'ai pensé qu'un tel fait méritait d'être vérifié,

«et après en avoir reconnu l'exactitude , je me suis livré pour

«l'expliquera des considérations que je crois de nature à être

«avouées par la critique '. »

M. Abel Remusat pensa devoir rapporter à la théologie orientale^

dont l'existence en dehors de la révélation me semble chose plus

que problématique , ce que le Père Prémare a cru devoir attri-

buer à cette révélation même , conservée par la tradition ou rensei-

gnement des patriarches. Nous nous abstiendrons de pronoDceren-

tre ces doctes adversaires. Sûrs désormais de la vérité des faits qui

nous ont été garantis par le témoignage des hommes les plus com-

pétens, nous nous contenterons de les exposer en simple his_

a.

» Lettre écrite de Pé-kingle 5 novembre l/sio , et conservée Jans 1

bibliothèque des pères Jésuites de Paris. Le père Prémare avait achevé

la dernière revision de son ouvrage, le 21 mai de cette même année.

Manusc, p. 330.

- Abel Remusat, i\ouv. Mélun^., page:^tj8.

* Mémoire sur Luo-Ueu, pages i, -2. Paris JS'à.?.

12 ANALYSE d'un OUVRAGÉ INÉDIT

torien , les puisant avec une scrupuleuse fidélité dans l'ouvrage

du père Prémare. Nous ne nous permettrons qu'une seule in-

fidélité , si toutefois notre conduite peut mériter une telle qua-

lification >. Le savant Jésuite s'adressant à ses confrères les

missionnaires, a écrit ses recherches dans ce latin de l'école un

peu repoussant pour la forme , mais toujours facile à compren-

dre et propre dans son expression. Ce vêtement étranger eût pu

déguiser pour quelques-uns de nos lecteurs , la pensée qu'il était

destiné à recouvrir : nous avons donc cru devoir l'écarter, en lui

substituant un français calqué sur le latin, que nous pourrons

d'ailleurs citer en note, toutes les fois que le sujet nous paraîtra le mériter.

Du système d'interprétation du père Prémare.

Le système d'interprétation du père Prémare , système dont

on s'est fréquemment servi sans le comprendre et en le dénatu-

rant pour décrier des recherches qui méritent toute l'attention

des savans , doit nous arrêter quelques instans. Il dénote , au

jugement de M. Remusat, une vaste érudition ' et une profonde

connaissance des ouvrages philosophiques des Chinois; on nous

pardonnera donc les détails dans lesquels nous allons entrer, et

que nous ne pouvions d'ailleurs omettre, puisque l'exposition de ce système forme le fond de VIntroduction placée par le père

Prémare en tête de ses Vestigia Selecta.

Les premiers rois ou princes mentionnés dans les annales

chinoises, sont représentés d'après la tradition comme étant nés d'une Vierge par C opération céleste ; à tous on attribue lo. pacification du ciel et de la terre ; à tous on donne des épithètes qui ne peu-

vent convenir c\}x\\x Saint par excellence, an Réparateur du monde ^;

à quelques-uns on attribue la création de l'homme *, et à d'autres

' Nous avons aussi interverti (mais seulement en analysant Y Intro-

duction dont la substance se trouve tout entière dans ce premier article )

l'ordre des matières, afin de faire mieux sentir à un lecteur européen la

liaison des idées et la force des argumens. Le P. Prémare nous apprend

qu'il l'eût fait lui-même, s'il eût destiné son ouvrage aux savans de l'Oc-

cident.

» Mélanges, tome u, p. 268.

* Tien-jin, Chinjija , Tsée , Ticn-tsée , etc.

* Niu-oua , dit un auteur chinois cité par Prémare, page 271 , prit de

DU P. PRÉMARE.

13

une partie des merveilles qui , d'après les prophètes , devaient

«ccompagner ou suivre la naissance de l'homme Dieu '.

La singularité de ces récits avait frappé les Chinois eux-mê-

mes, et le philosophe Yang-tsee * , qui vivait au commencement

des Han (202 ans avant J.-C.)j n'avait pas craint de dire en les

examinant ' : « Les faits de la haute antiquité ont péri; qui ose-

»rait désormais les écrire? qui pourrait dire si ceux des trois nHoangs sont réels ou non; si les actions des cinq Ti ont été

» accomplies, ou si ce sont de purs songes ; si l'histoire des trois

» Vang * est vraie ou mensongère ? A peine sur cent mille cir-

constances en connaissons-nous une seule avec certitude, tant

«sont innombrables les années et les jours qui se sont écoulés

«depuis cette haute antiquité. »

Le père Prémare , qui savait de plus l'analogie que ces faits

offraient avec ceux des livres saints, crut pouvoir en conclure

que ces rois n'étaient pas des êtres réels , mais des figures et des

images ^

Pour appuyer cette conséquence , il fait remarquer ^ « que

tous les Kings se rapportent à l'y, comme les ruisseaux à leur

source, et les branches d'un arbre à un même tronc ' ; que

des Lettrés, cités dans le Tclieou-y-tsuen-cku ^ vont même jus-

la terre jaune , et en forma l'homme , puis il régna sur la terre au moyen

du bois.

' Voir par exemple ce que nousavons ciléduC/u-fcàj^sur ffeo«-<si dans

l'article sur Vépoque de

page 232.

L'entrée des Juifs en Chine,

82, tome xiv,

» Nous avertissons que dans la transcription des noms propres nous

reproduisons l'orthographe du P. Prémare. ^ Le père Pre'mare cite le texte de cet auteur , p. 8 de son manuscrit.

* Le père Prémare fait remarquer sur ce passage , que l'histoire des

trois Vang est Je sujet du Clwu-king , et que cependant personne n'a ac-

cusé Yang-tsee à l'occasion de ce qu'il dit ici , de manquer au respect à ce livre sacré.

* C'est ce que dit aussi Lieou-taoyuen , cité ci-après , pag. 1 7.

* Je commencerai et terminerai par des guillemets tout ce que je citerai

textuellement du père