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ÉCOLE LIBRE

S. Joseph de Lillô

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in 2009 witii funding from

University of Ottawa

littp://www.arcliive.org/details/annalesdepliiloso26pari

âMlAlLlES

DE

ii)iîiiiiL®S(DiPiaiiia (ciaiBiaîpaiaFJïïiJ^o

ni^ SERIE.

AVIS.

Le titre de ce volume sera donné à la fin avec la table de tous les «;•-

ticles, sans préjudice de la table des matières, qui sera placée à la fin du

volume.

Comme les Annales sont lues par beaucoup de personnes, et sont un li-

vre d'usage, nous nous sommes décidés à employer un papier colle, qui

permettra d'écrire sur les marges comme sur un papier ordinaire, et un

papier mécanique fabriqué exprès, beaucoup plus fort que les papiers ordi-

naires, comme on peut le voir dans ce n"; c'est une augmentation de dé-

pense que nous faisons volonlieis pour l'avantage et la commodité de no

abonnés.

DE

iPiaii]L(Dg(DiPintiia csiaiEJ^^iiiaKrEris»

RECUEIL PERIODIQUE,

OESTIKB A. FAIKK CONNAÎTRE TOUT CE QUE LES SCIENCES HUMAINES RENFERMENT

DE PREUVES ET DE DÉCOUVERTES EH FAVEUR BU CHRISTIANISME ,

par une Société

DE LITTÉRATEURS ET DE SAVANS, FRANÇAIS ET ETRANGERS ,

sous lA DIRECTION

DE M. A. BONNETTY,

Membre de l'Académie de la religiou catholique de Rome

et de la Société royale asiatique de Paris.

asa^

TREIZIEME ANIMÉE.

TOME VII.

(26° DE LA COLLECTION.

PARIS,

^^.

^u bureau tfes ^nnrtUs î»e pl)ilosopl)le l)rftininf,

Rue St.-Guillaume, no 24, Faub. St. -Germain,

TABLE DES ARTICLES.

TABLE DES ARTICLES.

Voir à la Gu du ïolume la lable des matiïitt.)

N* 37 JANVIER.

Des besoins de la coniro verse philosophique et religieuse (2e article), par

M.

l'abbé H. de ValbogeR'

7

De la

mélhode hermésienne {i" article), par le P. Pbrronb.

26

Preuves derauthenticité de l'histoire évangélique.Suite et Gd, par Tholi'CK. 51

De la vie religieuse chez les Chaldéens (2" art ), par M. Ecg. Borb.

57

De TorgaDisation actuelle des facultés de théologie comme contraire aux droits de TÉglise.

72

Jiouvellet et Mélanges. Lettre du P. Rozavbn sur les ouvrages de Pabbé

Rosmini. Ouvrages mis à Pindex. ForroalioD d^un comité central

de Terre-Sainte et de Syrie

à Paris.

81

Bibliographie, Annali délie scienze religiose (janvier-juiD 1842).

84

N" 38. FÉVRIER,

M. Cousin; 2* partie (1" art.) ; par M. l'abbé H. de Valbogeb.

83

Eclaircissement de quelques passages de la Bible d'après les découvertes égyptiennes ,- traduit de ritalien de Rosellim.

107

Sur quelques points de zoologie mystique dans les anciens vitraux peints >

par M. Cahier, prêtre.

119

Lithographie. Planche représentant des animaux symboliques, 119

Rome chrétienne, par M. Eugène de la Gournerie ; par M. II. de B.

135

Réflexions sur une langue universelle, par le P. Hyac. de Ferrari. Notice historique et descriptive de la cathédrale de Chàlons-sur-Marne, par

143

M. Pabbé Eslrayer-Cabassoles; par M. R. Nouvetlei et Mélanges. Découverte et explication des monumens améri-

133

cains. Travaux des missionnaires catholiques en Abyssinie. Stahat

mater traduction

en vers, par M. Rbboul.

13S

Bibliographie. Grammaire générale et raisonnée de la langue latine, par

l'abbé Pbompsailt.

162

 

N" 39. —MARS.

Les livres de l'Ancien-Testament contiennent-ils des mythes? (3* art.), par

 

M. Pabbé V.DB Cauvicxt.

 

165

Schelling. Son ancienne et sa nouvelle philosophie, par M. l'abbé H. de

Valbogeb.

184

Examen du Prodrome d'ethnographie, on essai snr l'origine des principaux peuples anciens, de M. Maupied, par M. S. R

.

207

De la vie religieuse chez les Chaldéens (3e art.), par M. Egg. Bobé.

214

Quelques nouvelles remarques sur l'inscription chrétienne d'Autun , par

M. Rara, prêtre.

232

Nouvelles et Mélanges. Nomination de M. Bonnetty comme membre de

l'Académie de la religion catholique de Rome. Heureux fruits de la rnission de MgrBalufti , nonce du Saint-Siège à la Nouvelle-Grenade. Étude du cerveau du nègre. Nouvelles communications entre PEurope

et PInde. Bibliographie. Annales de la propagation de ia foi, n" 86, »- Annali délie

236

6

TABLE DES ARTICLES.

N" 40. AVRIL.

Sur i'immaculée concepùoa de îlarie ; Dissertation polémique du cardinal

Louis Lambruschini, évêque de Sabine, par M. A. Bonnetty,

245

Ce qu'est la société sans le Christianisme, d'après M. Pierre Leroux (t'f art.)/

par M.

A. B.

259

Conférences de Notre-Dame de Paris, pftr 1\I. l'abbé de Ravignan ; par M. A. BONSBTTY.

272

Monographie de la cathédrale de Bourges, par MM. Arthur Martin et Ca. Cahieb.

De la vie religieuse chez les Chaldéens (4« arl), par M. Eco. Bobé.

303,

30

Bibliographie. Annales de la propagation de la foi, sommaire du n* 87, 922

N" 41.

iiAi.

Institutions liturgiques (lo R, F, Dom Guéranger (4^ VUX P» M. Goube-

GUILtE.

Explication du nom donné par Pharaon à Joseph, à propos de l'expKcatioo

d'i^^e inscription iiiâroglyphique, gravée ^\^t no sarcophage ég^pliefi, par

D. L. M. Ungabelli, Barnabite. Traduit de Tilalien, par A.

Hegel. Exposition de son système, par M. l'abbé H. de Yalrogbb»

Ce qu'est la société sans le Christianisme , d'après M. Piecre Leroux. Suite et fin, par M. X. Du pouvoir du pape sur les souverains au moyen âge, par M'**, directeur

du séminaire de Sainl-Sulpice ; par M. L. G

325

340

358

373

388

Iiouvelle$ et mélanges. Nouvelles des missions catholiques. Extraits du

n. 38, tome xv , des .annales de la propagation de la foi. Découverte

d'antiquités peut-être chrétiennes à Madras.

398

Bibliographie. Histoire des beaux-arts en France , prouvée par les mo-

numens.

N" 42. jciN.

40i

Nouvelles recherches sur les contrariétés dogmatiques entre les catholiques

etles proteslans, par Mœ'aler ; par M

l'abbé V. D. Cauvigny.

405

Hegel. Exposition de son système. § VII. De la philosophie. S VIH.

Conclusions, par M. l'abbé H. de Valrogeb.

419

Explication de la carte itinéraire pour servir à l'intelligence du voyage des

Israélites dans le désert, par M. Léon de Laborde; par M. A. Bonnetty. 4.S5

Lithographie. Planche de celle carte.

437

Nécrologie des auteurs morts pendant Tanaée 1842

4C5

Compte-rendu à nos abonnés, par M. A. Bosnettï.

408

Table générale des matières, des auteurs et des ouvrages-

477

ANNALES

DE PHILOSOPHIE CHRÉTIENNE.

.

--"I "TTtTfTr

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polcmiquc €atl)cUquf.

DES

BESOINS DE LA CONTROVERSE

PHILOSOPHIQUE ET RELIGIELSE.

^©Ctt^icmd

rtHicf^ \

Réponse à ]\I. Edgar Quinet. Contre quels adversaires doit-on diri-

riger d'abord la polémique religieuse? est-ce contre les exégètes alle-

mands ? Contradiction et faux libéralisme de certains rationalistes

français. Autre classe de rationalistes. Conduite à tenir envers

eux. Pourquoi nous commençons nos éludes par MM. Cousin et

JoulFroy. In necessariis imitas, in dubiis libertcis , in omnibus

caritas.

Il y a quelque tems , un poète , professeur de littérature au

collège de France , M. E. Quinet, s'avisa de se jeter sur le terrain

de la théologie , et d'y élever une histoire générale des relif;ions. Des catholiques s'empressèrent de venir étudier ce nouvel édifice

et ils crurent s'apercevoir que sous ses formes bizarres étaient

8

DE LA CONTROVERSE

cachés des sophisnies nombreux , destinés à battre en brèche nos croyances. Ce qu'ils avaient cru reconnaître , ils pensèrent qu'ils

étaient en droit de le dire ,

et ils se firent un devoir d'avertir

leurs frères qu'il y avait danger de ce côté là. Quelques-uns

même allèrent plus loin ; ils prirent de occasion pour soutenir

que l'enseignement universitaire n'offrait pas toujours des garan- ties suffisantes d'orthodoxie aux consciences religieuses ; ils s'indi-

gnèrent que dans un pays de liberté, où la religion catholique est

notoirement professée par la majorité , tous les hommes de foi se

vissent obligés de livrer leurs enfans à des professeurs qui , irop

souvent, ressemblaient à M. E. Quinet. Celui-ci a trouvé nlau-

vais que l'on osât critiquer son œuvre

châtier une audace aussi surprenante.

; il a pris la plume pour

Il commence par opposer le ton de la polémique nouvelle aux

rêveries mélancoliques et poétiques qui semblaient absorber de-

puis plusieurs années les âmes religieuses.il i^egrette ces tems de

paix, «oîi l'ancienne controverse s'était changée en élégie. Ce n'é-

» taient partout, dans cette théologie amoureuse, que cathé-

» drales , ogives parfumées, petits vers demi-profanes, demi-

sacrés

; art mystique , qui , pour plus de tolérance, sanctifiait

"les sens; le démon lui-même, toujours pleurant, rimait des

Dans ce changement , il n'est pas de Vol-

Les incrédules*ré-

» pétaient sur leurs Ijres les cantiques spirituels des croyans , et

> les croyans purifiaient parla rime le doute des incrédules. Que

» tairien qui ne se fût senti gagné et appelé

» vers

» ces tems étaient beaux , s'écrie le poète , mais qu'ils ont passe

» vite ' I »

On conçoit que M. Quinet s'afflige de voir les catholiques sortir

des méditations jwétiques pour entrer dans la discussion. Une re-

ligiosité vague , qui s'accommode de tout, serait sans doute moins

inquiétante pour les faiseurs d'utopies théologiques et philoso-

phiques qu'une rigoureuse orthodoxie ; mais l'amour de la vérité

permet-il aux croyans de rester silencieux et oisifs quand l'er-

leur élève la voix de toutes parts ? Non , et j'en appelle ici à

' Revue des deux mondes, 18^1, p, 353, 554.

PHILOSOPHIQUE ET RELIGIEUSE.

9

M. Quinet lui-même. N'avoue-t-il pas, dans l'article que je discute,

que c'est h» une position pleine de dangers , à laquelle une vcri- rilable conviction ne peut se résigner ? <> La philosophie s'est

» vantée d'être orthodoxe ; déguisant ses doctrines , elle a souvent

; la langue même se ressentait

» de ce chaos. On ne parlait plus de l'Eglise , mais de l'école ca-

» tholique. D'autre part , que devenait la philosophie sous son

» masque? Obligée de détourner le sens de chacune de ses pen-

»> sées , se ménageant toujours une double issue , l'une vers le

» monde , et l'autre vers l'Église , parlant à double entente

«affecté le Inngage de l'Eglise

,

à

» petit bruit , sans scandale, on marchait en France à la ruine de

» la religion parjla philosophie, et de la philosophie par la religion.

» Il faut , jusqu'à un certain point , féliciter l'Eglise de s'être las-

» sée la première de cette trêve menteuse

Tout serait perdu, en peu à peu dans la

» effet , si la même indifférence qui se glisse

» vie civile , si les mêmes accommodemens , les mêmes déguise-

» mens où s'use la société politique , pénétraient dans les plus

» hautes régions de l'intelligence , dans le domaine des croyances

» et des idées ; si là aussi le faux et le vrai avaient les mêmes cou-

» leurs , si, au moyen d'une sorte d'idiome parlementaire, on

» pouvait flatter, caresser tout ensemble , le mensonge et la vé*

» rite, le bien et le mal, le ciel et l'enfer *

» Oui , M. Quinet a

raison; mieux vaut la lutte, une lutte franche et loyale, une

lutte sérieuse et digne , pleine de modération, c'est-à-dire de cha-

rité, non de menaces , de personnalités et d'injures.

Mais sur quel terrain devra s'établir cette lutte? Entre quels

adversaires ? Ici nous ne saurions partager l'opinion émise par le

poète philosophe. D'un ton ironique , il reproche au clergé fran-

çais de ne pas comprendre sur quel point le combat est désormais

engagé. A l'en croire , il faudrait laisser en paix tous les philoso-^

phes de notre pays pour aller au delà du Rhin guerroyer contre les Exegètes allemands : « Depuis cinquante ans , dit-il , voila

>' l'Allemagne occupée tout entière à un sérieux examen de l'au

>' tlienticité des livres saints du christianisme

Est- il viai qut: h

40

DE LA CONTROVERSE

ji Pentateuque est l'œuvre > non de Moïse , mais de la tradition

),

des Lévites ? que le livre de Job , la fin d'Isaïe , ou , pour tout

> résumer, la plus grande partie de l'Ancien et du Nouveau Tes-

i> tament, sont apocryphes? Cela est- il vrai? voilà toute la ques-

» tion qui est aujourd'hui flagrante , et celle dont vous ne parlez

» pas

Les défenseurs de la foi , abandonnant le lieu du péril

» imaginent de triompher subitement de quelques fantômes sans

» vie , en même tems qu'ils désertent le sanctuaire l'ennemi

» fait irruption ; mais nous ne cesserons pas de les ramener au

» cercle brûlant que la science a tracé autour d'eux. C'est qu'est

» le péril , non pas dans les doutes timides que se permet parfois

« l'université de France ^. »

Développant ce reproche avec une complaisance haineuse ,

M. Quinet demande « où est la réfutation des recherches et des

» conclusions d'un Gésénius sur Isaïe , d'un Ewald sur les

» Psaumes, d^unBohlen sur la Genèse, d'un de Wette sur le

-> corps entier des Ecritures'} Ce sont là, d'une part, des œu-

» vres véritablement hostiles , puisquelles ne laissent rien sub-

catholique ^ et de l'autre , de savans au-

» sister de l'autorité

» teurs qui semblent parler sans nulle autre préoccupation que

» le désir sincère de la vérité.

Il ne suffit pas de les maudire , il

» faut les contredire avec une patience égale à celle dont ils ne

» se sont pas départis

L'ennemi ne se déguise pas , il ne recule

» pas ; au contraire , il vous provoque depuis

longtems ; il est

>> debout , il parle officiellement dans les chaires elles universités

» du Nord, et pour nous , simples laïcs, que pouvons-nous faire,

» sinon vous presser de répliquer enfin à tous ces savans hommes, qui ne vous attaquent pas sous un masque , qui ne vous har-

» cellent, ne vous provoquent pas eu fuyant, mais qui , publi-

» quemcnt , prétendent vous ruiner à visage découvert

Entre

» vos adversaires, qui tranquillement chaque jour vous arra-

» cheui des mains une page des Ecritures, et vous, qui gardez

» le silence ou parlez d'autre chose , que pouvez-vous demander

)) de nous , sinon que nous consentions à suspendre notre ju-

PHILOSOPHIQUE ET RELICItUSE.

Ai

» gement aussi longtems que vous suspendrez votre réponse ?

» Avant de sonf;er à attaquer , songez donc à vous défendre '.

Vraiment, M. Quinet a bien ses raisons pour nous donner de

tels avis, et il ne saurait mieux plaider sa cause ; mais il ne par-

viendra pas à nous donner le change. Nous n'irons pas au-dt-là du Rhin perdre notre tems à discuter tous les monologues confus et discordans qui s'élèvent et meurent chaque jour au sein des

universités prussiennes , saxonnes et wurtembergeolses. A quoi

bon , en effet ? Ne vaut-il pas mieux laisser tous ces doctes criti-

ques se battre les uns les autres? M. Quinet lui-même nous l'at-

teste ; « tel conseiller qui nie l'authenticité de la Genèse est

» futé par tel autre qui nie l'authenticité des Prophètes.D'ailleurs,

» toute hypothèse se donne fièrement pour une vérité acquise à

»> la science, jusqu'à ce que l'hypoihèse du lendemain renverse

» avec éclat celle de la veille*. » Et puis, si nous avions la

maladresse de nous engager dans ce chaos, et de faire , pour le

débrouiller , des livres à la façon du docteur Strauss ou de ses amis, qui est-ce qui aurait la patience de nous lire ? personne as-

surément; pas même M. E. Quinet. Vous direz, sans doute, qu'il faut des recherches profondes pour dissiper le scepticisme des

esprits sérieux , et nous l'avouerons sans peine ; mais ces re-

cherches, elles sont faites depuis longtems, ou elles se font chaque

jour parmi nous et parmi les Chrétiens d'Allemagne. Je le sais :

il est commode pour les incroyans de se persuader que les ob-

jections contemporaines n'ont jamais été résolues par les théolo-

giens, les apologistes, les commentateurs orthodoxes ; mais avec

de la droiture et de la patience , on arriverait bientôt à recon-

naître combien ce préjugé a peu de fondement. 31. Quinet nous

vante avec emphase l'érudition et la bonne foi des Gésénius, des

Bolhen, des de Wette, etc. ; mais ce ne peut être qu'un épou- vantail pour les dupes; car tout cela s'évanouit dès qu'on ose y

toucher. Quel est, en effet, entre ces exégètes, celui qui peut en*

' Revue des deux mondes^ p. 336. » Allemagne et Italie, t. ii, p. 344.

42

DK LA CONTROVERSE

irer en parallèle avec dom Calmet , De Rossi, Lardner et tant

d'autres ; mais, sans remonter si liaul, Tholuck et Hengstenberg,

par exemple, ne méritent-ils pas un peu plus de confiance que

les Bolhen et les de Wette? N'ont-ils pas bien plus de science,

de bonne foi et de bon sens? « L'école critique de de Wetie, dit

» IVI. Quinet lui-même, a provoqué l'ouvrage aussi orthodoxe que »> savant de M. Hensgtenberg, sur les rapports de l'Ancien-Tes-

» tament avec le Christianisme '. » Quel commentaire d'outre-

Rhin surpasse, ou seulement égale en redierclies positives le livre

si orthodoxe et si profond de M. de Laborde? Pour peu qu'on

lise attentivement ces exégètes, on pourra d'ailleurs s'apercevoir que leur incrédidilé ne vient pas de leur science : elle a ses ra-

cines dans des systèmes à priori^ ou dans l'habitude d'un scepti-

cisme déraisonnable. Etait-ce donc aussi en vertu de sa science

que le P. Hardouin contestait, d'assez bonne foi sans doute, l'au-

ihenlicité de V Enéide

?

Le public français peut juger maintenant de ce que veulent

tous ces érudiis si vantés et si peu lus. On a traduit à notre usage le livre de Strauss, résumé de cette exégèse, qu'on supposait pro- fonde , parce qu'^elle est ténébreuse, et qu'on la voyait de loin. Eh bien! j'ose le dire, il n'y a pas, dans cette lourde et indigeste

compilation, un seul argument que ne réfute le simple bon sens,

ou que nos apologistes français et anglais n'aient prévu et discuté

victorieusement. Strauss ne connaît que les travaux des rationa-

listes de son pays ; il exhume et cite en note les dissertations les

plus obscures, ensevelies dans tous les recueils périodiques de ses confrères ; il les discute cojiime des autorités du plus grand poids ;

et d'un autre coté, il prouve à chaque instant qu'il n'a jamais lu

les travaux les plus solides des commentateurs orthodoxes nés en deçà du Rhin. Ceux qui voudront s'en convaincre n'auront qu'à

coUaiionner, par exemple, le chapitre où Strauss discute l'hisloiie delà résurrection avec le livre si profond et si judicieux de Gil-

bert West. Après tout, pour démontrer historiquement la divi-

nité du Christianisme , il n'est pas nécessaire d'avoir résolu tous

PHILOSOPHIQUE ET RELIGIEUSE.

43

les problèmes agiles par la critique allemande ; et quand tous les

livres de l'Ancien et du Nouveau Testament seraient apocryphes,

l'établissement, la conservation de l'Eglise, et les attributs qui la

caractérisent n'en demeureraient pas moins des faits surnaturels

incontestables. Si M. Quinet en doute , qu'il daigne lire seule-

ment la Dévionstralion évnngcUque de Léland^ V Histoire de Véta- hlissenient du Christianisme, tirée des seuls auteurs Juifs et païens, et La certitude des preuves du Christianisme par Bergier, ou en- core : La Religion prouvée par un seul fait '.

Je suis bien loin de prétendre que nous devions rester étran-

gers aux discussions de l'exégèse allemande : l'analyse d'Heng-

stenberg, que j'ai commencée dans les annales, et les travaux

analogues que j'ai promis de faire sur les meilleures réfutations

de Strauss, indiquent suffisamment mes vues à cet égard. Nous

pouvons d'autant moins , je crois, nous dispenser de ce gerue

d'étude, que les rationalistes français ne cessent d'exploiter

de

toutes les façons l'ignorance du public en

ces

matières.

Chaque jour, en effet, on proclame par les mille voix de la

presse et de l'enseignement, les conclusions les plus téméraires

de cette critique impie j chaque jour on transforme en vérités

incontestables des romans, des fantaisies d'érudit, de ridicules

paradoxes, qui font sourire, même au sein de l'Allemagne ratio-

naliste, tous les hommes sérieux et désintéresse's. On a vu , et

l'on verra encore, dans mon analyse d'Hengstenberg. la démons-

tration de ce que j'avance ici ''.

Mais il ne faut pas s'y méprendre, ce qui importe le plus, c'est

de combattre directement les vulgarisateurs français de l'incré-

dulité germanique. Ce sont les ennemis les phis pressans ; là est

le danger le plus immédiat, et c'est là, par conséquent, que doi- vent surtout se concentrer nos efforts. Non , les défenseurs de foi n'abandonneront pas le lieu du péril pour aller triompher au

loin de quelques fanlônies sans vie; non , ils ne déserteront pas le

sanctuaire oii V ennemi fait irruption ; mais sans cesse ils ramène-

' Paris, 1766,

14

DE LA CONTROVERSE

ront cet ennemi au cercle brûlant d'où il cherche â sortir. C'est

en vain que le rationalisme français se déguise et prend un mas-

que ; c'est en vain qu'il se fait petit, qu'il veut se donner des airs

d'innocence et de candeur , et qu'il évoque du fond de l'Alle-

magne toutes les ombres de l'Exégèse incrédule sous les formes les plus gigantesques.

§ II. 11 est vrai que ce terrain est brûlant , et nos adversaires

comprennent si bien que l'avenir religieux de not