Vous êtes sur la page 1sur 488

0tbliatl)cque

ÉCOLE LIBRE

S. Joseph de Lill«

/Il

Digitized by the Internet Archive

in 2009 with funding from

University of Ottawa

littp://www.arcliive.org/details/annalesdephiloso32pari

MIVTT.l^

DE

IPItlîILDiDlPMIS (gHIEll^Iîl^lIS.

III" SÉRIE. TOME XIII. N° 73; 1866.

,

Iir SZ2RIE.

AVIS.

Le titre de ce volume sera donné à la lin , avec la table de tous les

articles , sans préjudice de la table des matières , qui sera placée à la

fin du volume. Comme les Annales sont lues par beaucoup de personnes , et sont un

livre d'usage , nous nous sommes décidés à employer un papier collé qui permettra d'écrire sur les marges comme sur un papier ordinaire,

et un papier mécanique fabriqué exprès , beaucoup plus fort que les pa-

piers ordinaires , comme on peut le voir dans ce numéro ; c'est une augmentation de dépense, que nous faisons volontiers pour l'avantage

et la commodité de nos abonnés.

,

âmâl>:

DE

IPlIIIIIL(D§(î)IPI3iaiS (BiarBllîPIIIBSÏÎSIBj

RECUEIL PÉRIODIQUE

nrSTINÉ A FAIRE COSXaÎIRE TOUT CE QUE LES SCIENCES IIUMAI.VES BENFERMF.NT DE PREUVES ET DE DtCOUVERTES EX FAVEUR DU CHRISTIANISME,

PAR UNE SOCIÉTÉ

DR LITTÉRATEURS ET TE SA VANS FRANÇAIS ET ÉTRANGERS ;

sous LA DIRECTION

DE M. A. BONNETTY

,

Chevalier de l'ordre de Saint Grégoire-le-Grand,

De lAcadémie de la Religion Catholique de Rome et de la Société Asiatique

de Paris.

SEIZIEME ANNEE.

TROISIEME SERIE.

TOME Xlll.

(32* DE LA collection;.

PARIS

Rne de Babylone, d" G, ^faub. St-Gf riTiain},

1846

TA EL F. hT.% ARTU.LlS.

5

TABLE DES ARTICLES.

(Voir à la tin du volume la table des matièret. )

N» 73. JANVIER 1846.

Eiamen des changcmens faits par ftl. Saisset à son article contre la phiio-

Sophie catholique; par M. Bo.x>etty. E<4sai sur l'origine des traditions bibliques trouvées dans les livres in-

diens; parM. le capitaine Wilford(l«f art. Introduction); par M. Daniklo. L'enseignement théologique dans les grands séminaires (2' article), par

iM. l'abbé F. Edoiard.

Eiamen critique de l'histoire de l'école d'Alexandrie de M. Jules Simon (2* article); par M. l'abbé V.-D. Cauvignt.

7

24

43

54

Nouveaux

essais d'histoire

littéraire de M.

Gérusez ; par M. l'abbé

V.-D. Calvigny.

 

70

iWouvelles et me'lani'es. Nouvelles des missions catholiques, extraites du

n" 10-3 des Annales de la propagation de la Foi. Découverte d'une srande collection de livres emportés par Tamerlan et renfermés dans

le château de Satnarcand.

 

78

Bibliographie. L'année liturgique, le tems de Noël, par le R. P. dora Prosper Gueranger.

84

 

N" 74. FÉVRIER.

Examen critique de l'histoire de l'école d'Alexandrie, de M. Jules Simon (3« article); par M. l'abbé V.-D. Cauvigny.

8&

Essai sur l'origine des traditions bibliques trouvées dans les livres indiens ; par M. le capitaine Wilford (2« article); traduit et annoté par

M. Daniélo.

Le docteur Strauss et ses adversaires en Allemagne (7« article); par

M. l'abbé F. Edouard.

%

111

Examen critique de l'origine et du fondement de la loi morale de l'homme,

selon la Philosophie de Bayeux; par M. Bon.nettt.

N» 75. MARS.

124

Examen critique de l'histoire de l'école d'Alexandrie, de M. Jules Simon

(4= article); par M. l'abbé V.-D. Caivigny.

165

Essai sur l'origine des traditions bibliques trouvées dans les livres indiens;

par M. le capitaine Wilford (3e article) ; traduit et annoté par RL Da-

NIÉLO.

179

Lettre critique de M. Séguier de Saint-Brisson , sur quelques assertions des Annales, avec la réponse de M. Bo.nnetty.

209

Refus de la part du Coii-espondant d'insérer la réponse des Annales , à

une lettre dirigée contre elles, avec quelques lettres sur la direction

suivie par les Annales-, par M. A. Bonnetty.

L'Amérique espagnole, considérée sous le rapport religieux, depuis

l'époque de sa découverte jusqu'à l'an 1843, de Mgr Gaétan Baluffi; par M. Castelli. Nouvelles et mélanges. Nouvelles des missions catholiques eitraites du

n' 104 des Annales de la propagation de la foi. Lettre de s*

SàivTBTB GurcoiRi xTi à ,Mgr l'évèque dr Dioni. Résultats de la

221

230

6

TABLES DES ARTICLES.

mission scientifique de M. le baron de Slane, cliarpîé par M. le îni-

nislre de l'Inslruction publi(iue de visiter les bibliothèques de 1 Algérie,

et de Malte.

N" 76. AVRIL,

235

Le docteur Strauss et ses adversaires en Allemagne (8^ article); par

M. l'abbé V. Edocard.

Examen critique de Ihistoire d'Alexandrie, par M. Jules Simon (5^ article); par M. labbé V.-D. Cau-signy.

Conférences de Notre-Dame de Paris, par le R. P. de Ravignan {\" article ; par M. A. Bonsetty.

Examen critique de quelques expressions inexactes employées par

31. l'abbé Maret, dans sa Theodicee chrétienne (l" article V, par un

'illÉOLOGIEN.

245

257

279

294

Xouvctles el melmif^es . Nouvelles des missions caiboliques extraites du

n" 10.j des Annales de la propomlion delà Foi.

Bibliop-ajMe. Préparation évangélïque d'Eusèbe traduite par M. Séguier. IlislGire de Carcassonne.

K" 77. MAI.

319

328

Instruction de la sacrée congrégation de la Propagation de la foi aux archevêques, évèques, vicaires apostoliques et autres chefs des missions

four la lormation dun clergé indigène ; par S. E. UANSOM.

le cardinal

325

Preuves de la mission de saint Lazare à .Marseille ; par Mgr de Mazen-od,

évêque de Marseille.

338

Conférences de Notre-Dame de Paris, par leR. P. de Ravignan (suite et

fin ) ; par M- Bonnetty.

351

Réponse de M. Séguier de Sainl-Bri>son aux observations du Directeur

des Annales, avec une réplique de iM. Boknetty.

305

Nouvelles notes relatives aux ruines de Kbcrzabad ou Ninive retrouvées

en Assyrie par M. Botta ; par M. le cb. de Parwey.

379

Analyse et examen du curé de Valneige de M. Désiré Carrière; par

M. l'abbé Chapia.

389

Hymne à la ville éternelle; par M. Désiré Carrière.

385

Nvuvclles tt niclan^'cs. Nouvelles des missions catholiques extraites du n" l()(j des Annales de la propagation d<: la Foi. Edit de l'empereur

de

la Chine rendant aux chrétiens leurs anciennes églises-

399

Biùlioi^rapltie.

.Vnlliropologie; par le d^ Bossu.

4fH

N" 78. JUIN.

Mort de Sa Sainteté Grégoire XVI et nomination de S. S. Pie IX; par

 

I\l. liONNETlY.

405

Le docteur Strauss et ses adversaires en Allemagne (9« art.), le d' Harless,

par .AI. l'abbé Edolaud.

421

Examen de l'ouvrate de 31. le ch. de Bunsen, intitulé, la place de l'Egypte

dans l'hisloire de l'humanité (l" art.) ; par M. le vicomte de Rouoii.

432

Lilhogrnphic. Noms cl litres des personnages qui remplissent la moitié jçauclie de la salle des ancêtres de Tlioulinès 111.

438

Nécrologie des auteurs morts pendant l'snnée I8i6 avec la liste chronolo- gi(|UP de leurs ouvrages.

459

Comiile rendu ii nos abonnés sur l'état de la discugsion avec MM. Ifs abbés iVlarel et Noget; par M. Bon.iettv.

4fi2

ANNALES

DE PHILOSOPHIE CHRÉTIENNE.

numéro 73. 3aiuiicr ISIiG,

Çolcmiquc |Jl)ilo50|3l)iquc.

EXA]\1EN

DES CHANGEMENTS FAITS PAR M. SAISSET

A SON ARTICLE CONTRE L.V PHILOSOPHIE CATHOLIOLE.

En commençant cet examen , nous voudrions pouvoir citer la

lettre polie dans laquelle M. Saisset, en nous envoyant la nou-

velle édition de son travail, voulait bien reconnaître \a. dignité

et Viwpartialité de notre polémique, et formait des vœux pour

que tous ceux qui ont à soutenir des discussions philosophiques

le fissent avec la même loyauté et les mêmes égards réciproques.

Malheureusement cette lettre a été égarée dans notre bureau;

et il nous a été impossible de la retrouver. Nous en remercions

pourtant M. Saisset, et formons les mêmes vœux que lui. Pour

notre part, nous nous efforcerons de nous tenir toujours dans

la même voie.

Aussi ferons-nous, dès Tabord, observer la pensée qui guide

M. Saisset; il nous le dit lui-même^ dans la préface de son livre,

cette pensée est une pensée de conciliation et de paix. C'est aussi

dans ces sentimens que nous allons examiner cette nouvelle

exposition de la philosophie éclectique.

Le livre de M. Saisset renferme deux parties. La première con-

tient une préface de /lO pages, M. Saisset expose ses paroles

de conciliation aux cathohques et aux voltairiens; la deuxième,

contient la reproduction de h articles déjà insérés dans la Re-

V'. Philosophie du clergé, que nous

avons examinée dans notre cahier de juin dernier; examen qui n'a paru qu'après le livre. 2''"'. DqY École d' Alexandrie , dont nous

vue des Deux- Mondes.

8

MODIFICATION DE QUELQUES OPINIONS

donnons quelques aperçus et quelques extraits dans le cahier de

décembre dernier. 3"". Renaissance du voltairianisme, dont nous

avons donné des extraits dans notre cahier de février; et enfin,

le Christianisme et la philosophie que nous avons examiné et

discuté d'une manière spéciale dans notre cahier de mars. C'est à ce dernier travail que U. Saisset a fait , sans cependant parler de

notre article, des changemens que nous devons regarder comme sa réponse à nos observations ; il nous convient donc de la faire connaître à nos lecteurs, et de voir jusqu'à quel point nous pou-

vons l'admettre.

Notre travail actuel aura donc deux parties; dans la première,

nous examinerons la réponse de M. Saisset à nos observations; dans la deuxième, nous verrons comment nous pouvons répondre

h. ses paroles de conciliation et de paix.

i. La raison huuiaine peut-elle découvrir seule, et de sa seule force native, les

VL^rilés qui coDStiiueul le dogoie et la morale?

Cette question est la vraie question importante entre le chris-

tianisme et la philosophie. Aussi , avions-nous dit à M. Saisset

(p. *i09 *), que Mgr l'archevêque de Paris refusait seulement à

laraison humaine le pouvoir de découvrir les vérités essentielles à

l'homme. IM. Saisset convient ici, dans une note , qu'en quelques

endroits, Mgr ne semble accorder à la raison que la puissance de

démontrer et non celle de découvrir ces vérités (p. 273^) ; mais il

prétend lui opposer un autre passage d'après lequel il aurait sou- tenu le contraire; et pour cela, il ne faitpas attention à ce que nous

avions dit, que Mgr, comme Platon que nouscilions, n'avait admis

que par supposition les idées des Rationalistes; nous avions cité le

passage oti il avertissait de cette supposition. M. Saisset cite ce

passage (p. 279); mais il laisse la dernière phrase que voici:

tf Quoi qu'il en soit, nos argumens sur l'union indissoluble des

» dogmes et de la morale, ne perdent rien de leur force, en sup-

» posant même qu'aucune révélation n'A élé faite au premier liom- » 7»^» (p. 338-). Il semble qu'il fallait tenir compte de cette dé-

claration , placée dans une note du commencement du livre.

M. Saisset cite

eu outre, à l'appui de son système, un autre

1 Cahier de mars dernier, tome xn, p. 209. 2 Essais sur la philosophie il la religion au 19* sicclc , p. 273.

2 lui roduc lion philosophique li Cétudedu Christianisme, \\ 338; l'*(îdit, in-32.

DE M. SAISSET.

9

passage où iMgr cite le texte de saint Paul , qui dit : * Les Gentils »qui n'ont pas la/o/, font iiainrclicmcnt les choses qui sont de la

loi; ceux qui

n'ont point la loi, sont h eux-mêmes leur loi'. »

Mais c'est qu'il donne une accepiioD fausse aux mots ioi et natu-

rellcmeni: par lol^ il est évident que saint Paul entend la /oijno-

sahiue; et par faire naiurellemcni une chose, il entend la révéla-

tion naturelle que nous admettons bien aussi; mais en notant qu'il

n'y a pas d'autre révélation naturelle que celle de la parole de

lanière à l'enfant, de la société à l'individu. Une révélation di-

recte do Dieu, peut avoir lieu; elle a lieu même souvent; mais

alors c'est une voie surnaturelle, extraordinaire, insolite ayant dans

l'Église catholique des règles extérieures et positives pour la connaître et la discerner, sans lesquelles règles on tombe, sans

pouvoir s'en tirer logiquement , dans toutes les folies du Mysti-

cisme et Icsextravcujancesde L'Extase. Répétons-le, l'Église catho-

lique seule a des règlespour discerner cette révélation intérieure, règles très-sévères qu'elle applique avec une grande sévérité ; et

la première de ces règles, c'est que larévélation surnaturelle, soli-

taire, individuelle, ne contredise pasla révélation extérieure, posi-

tive , traditionnelle. Sans cela, quand même ce serait un ange qui lui

viendrait apporter cette révélation, elle lui jette anathême au visa-

ge. Car, on

lui a dit : » Et si c'était un ange du ciel qui vint vous an-

•>noncer un évangile différent de celui que je vous annonce, qu'il rtsoit anathême"». Telle est la pensée et la conduite de l'Église;

que les philosophes veuillent donc l'examiner et la discuter avant

d'accuser les catholiques.

2. Modification de ropinion de M. Saissetsur l'origine des connaissances hu- maines.

M. Saisset avait dit : « La nature et la raison , ces nobles 1ns-

» tincts, resteraient étouffés en nous sans une culture assidue et ré-

» gulicre. Cette culture , c'est la civilisation qui la donne. Les

» deux forces que la civilisation emploie à ce grand ouvrage, ce

» sont la religion et la philosophie. Oiez. la religion et la philo-

» Sophie, vous ôtez les arts et la poésie, vous ôtez même les institu-

' Cum enim génies, quœ legem non habent, naluralitcr ea quae legis sunt, fa- ciuDl; ejusmodi legem non habentes, ipsi sibi sunt lex. Ad Rom. ii, 14.

10

MODIFICATION DE QUELQUES OPINIONS

»

lions civiles et politiques; eu nn mot, vous ôtez la civilisation. Il

»

reste , sans doute , les germes de tout cela . mais ces germes pe-

rissent avant d'éclore * (p. î 032). «Nous avions pris acte de ces pa- roles, et nous avions prouvé qu'elles renfermaient cette théorie de l'origine divine du langage (p. 215) que M. Saisset veut attribuer

»

exclusivement h M. de Bonald, et à M. l'abbé de Lamennais, et qui n'est que la simple reconnaissance du fait naturel, que la connais-

sance se transmet à l'enfance par la parole. On dirait que M. Saisset

a été effrayé de la concession qu'il avait faite et de la légitimité des

conséquences que nous en tirions. Car il a purement et simple-

ment supprimé la moitié de la phrase, celle que nous avons trans-

crite en italique (p. 29Zj). A quoi bon? car il laisse subsister en

tête cette phrase : ces nobles instincts resteraient étouffés en nous

sans une culture assidue et régulière. Cela vaut bien autant que la

phrase qu'il a supprimée : ces germes périraient avant d'éclore.

Mais nous en convenons, il touchait ici à l'origine de nos con-

naissances, à cette question de la parole qu'aucun philosophe éclectique que nous sachions n'a jamais osé aborder de front, ni traiter à fond. 11 a donc passé le plus vile possible ; sachons lui

gré de n'avoir pas supprimé complètement la concession qu'il

a faite. Nous pouvons encore dire que sur l'origine première,

sur la force et la nécessité de la civilisation, c'est-à-dire, de l'état

social et par conséquent de laparole, pour former l'homme, il est

d'accord avec l'école catholique, avec cette terrible école de M. de

Maislrc, de M. de Bonald et de M. de Lamennais, contre laquelle

il a lancé tant d'anathèmcs. Nous citerons encore son opinion,

quoiqu'il l'ait mutilée, et nous espérons que sil la supprime un

jour complètement, il en donnera les raisons.

3. Modificalion de l'opinion de M. Saisset, qui supposait que les doctrines chré- tiennes dataient seulement de la naissance du Christ.

M. Saisset avait dit d'une manière absolue : >< Nous ne trou- » vons purioiit que des dieux nationaux et limités. Le Jehovah du

» mosaïsme lui-même, est un Dieu local (p. 1031). » Ici, il niodilie cette dernière phrase : « Le Jehovah du mosaïsme lui-

» même est h beaucoup d'égards un Dieu national et local. » Et à

l'appui 11 cite cette phrase : « 11 n'y a point d'autre

nation si

y> puissante qu'elle soit qui ait des Dieux aussi proches d'elle,

' llci'uc des Dcur.-Mondca , 15 inar»18/|5.

DE M.

SAISSET.

11

» comme notre Dieu est proche de nous, et présent à toutes nos

» prières '. » Dans ces termes, la proposition est très-exacte : en effet, Jeliovali était, fi bcnucotip d'égards, le Dieu national et local

des Hébreux. C'était pour cette partie de la religion qui était cé-

rémouiah', laquelle avait presque toute rapport au Messie à venir, et qui faisait du peuple Hébreu, le pniple de Dieu. Le passage cité

se rapporte à ces cérémonies , et particulièrement au fait que

Dieu se rendait présent dans le sacrifice et dans l'arche. Mais

M. Saisset avoue ici que l'on trouve dans la Bible des passages

d'un caractère tout opposé , et prouvant que Jehovah était le Dieu

du genre humain ; il en cite deux tirés des Psmmies et un d'Amas.

Mais il pouvait en citer un plus grand nombre tirés de Mo'ise, de

Job , de la Genèse ; il aurait pu dire que les Juifs étaient obligés

decroire par l'histoire même de la Création, que Jehovah avait

créé -tous les hommes, et que tous les hommes étaient donc ses

enfans; cela était le fond de la croyance du peuple juif, seule-

ment le peuple Juif était le peuple privilégié; ce qui est loin d'ex-

clure les autres. Il faut savoir gré à M. Saisset de ces modifica-

tions; mais avec ces changeraens, comment a-t-il pu laisser sub- sister ces passages : o Nous ne trouvons partout que des Dieux

^nationaux et limités; et : l'idée d'un Dieu unique et univer-

» se/ est essentiellement chrétienne {ib.). »

Tout le Mosaïsme repose sur un Dieu unique; c'est presque toute l'idée, la seule idée du Mosaïsme; que M. Saisset veuille

bien étudier le Christianisme sous ce point de vue, qu'il se sou- vienne du passage saint Augustin dit expressément , « que la

» religion chrétienne date du commencement du monde, et à

venu que réaliser

r> toujours subsisté; »

que le

Christ n'est

les prophéties et les types, et compléter ce qui manquait à la re-

ligion primitive; alors un jour nouveau éclairera pour lui l'his-

toire et les religions de l'antiquité.

4- ModiQcation de rojiiuion de M. Saisset sur la philosophie de Xénophane.

M. Saisset avait demandé « quelle était la voix qui s'était éle-

» ¥ée pour la première fois au sein du paganisme pour attaquer les

» croyances po*lythéistes; il avait répondu que c'était celle de Xé-

» nophane, un des pères de la philosophie grecque

lequel, le

,

12 MODIFICATION DE QUELQUES OPINIONS

» premier en Grèce, avait proclamé nettement le dogme d'un Dieu

» unique et spirituel (p. 1039). » Nous lui avions fait observer que ce dogme était déjà renfermé dans la Bible, qu'il avait été cru

primitivement par toute la famille humaine , que des fragmens

obscurcis de cette croyance avaient existé au milieu des peuples

et des familles, et que les prophètes l'avaient proclamée de nou-

veau, avant et en même tems que les Grecs. Nous avions prouvé,

en outre , d'après M. Cousin , que Xénophane avait reçu sa doc-

trine d'ailleurs, et qu'il était douteux que son Dieu fiU unique et

spirituel. Nous finissions par ces paroles de M. Cousin : « Xéno-

» phane, qui \q premier (avant Mélissus et Parménide , dans le

» texte), parla de l'uniié (ou plutôt d'unité) , n'a pas eu de sys-

» tème précis; il ne paraît pas s'être prononcé sur la nature de

» cette unité, si elle était matérielle ou spirituelle ; mais en con-

» teraplant l'ensemble du monde, il a dit que l'unité (cette unité

« du monde) est Dieu (p. 226).» M. Saisset a loyalement mo-

difié son opinion; Xénophane n'est plus le premier absolument,

qui en Grèce ait proclamé l'unité de Dieu, mais peut-être le pre-

mier. On voit combien cette modification est importante. Mais,

comme nous l'avons déjà dit pour le Dieu national des Juifs, ces

modifications font disparate avec le contexte. On ne peut plus

dire, en effet, comme il le dit quelques lignes plus haut : « Quelle

» est la voix qui s'est élevée pour la première fois, etc., » à la-

quelle il répond : «c'est celle de Xénophane ;

. » il fallait répon-

dre logiquement : Je n'en sais rien / mais c'est peut-être Xéno-

phane.

Quand à cette assertion, que le Dieu de Xénophane était uni-

que et spirituel, il la laisse subsister, quoique M. Cousin lui dise

que Xénophane ne s'est pas prononcé sur la nature de cette unité

si eUc ét^it 7naicrie!le ou. spirituelle. Il est vrai qu'en adoptant cette

modification, il fallait détruire le fond même de son article;

c'était beaucoup demander. Contontons-nous de ce qu'il nous

accorde, que tout ce qu'il dit de Xénophane

est peut-être vrai.

5. Modifications de Topinion de M. Saisset, sur la philosophie d'Anaxagore.

M. Saisset avait dit : « Qui a conçu Dieu pour la première fois,

r> comme une intelligence pure de tout mélange

?

c'est encore

» uu philosophe, \naxagore; » et sur cela, il citait Aristote, qui

DE M. 8AISSET.

13

aurait dit de lui : « Quand un liorame vint dire pour ta première ^^ fois, etc., etc. (p. 10^0). » Nous avions fait observer que cette dernière expression, essentielle pour son système, avait été ajoutée arbitrairement au texte d'Aristote, lequel disait le con- traire, et ne parlait pas de concevoir Dieu. M. Saisset a loya-

lement corrigé son œuvre; il a modilié sa première phrase en

celle-ci: «i Qui, dans la Grèce antiiiue, a conçu Dieu distinciemciii,

» pour la première fois, etc. (p. 307). » Cette modification laisse,

comme on le voit, subsister la priorité des Juifs et des croyances

primitives; il ne réclame pour la philosophie, que la Grèce , et

encore non d'avoir conçu Dieu, mais de l'avoir conçu phis dis-

tinctement que le vulgaire

Nous pouvons lui accorder tout

cela, quoique encore nous serions curieux de savoir, dans la pé-

nurie de monumens sur les croyances de la Grèce antique, com-

ment il a pu savoir qu'Anaxagore était le premier qui eût conçu

Dieu distinctement. Mais nous ne voulons pas insister. Quand à la

citation d'Aristote, il a loyalement fait disparaître le mot de pre-

mière/ois. Nous avertissons de ce fait iM. Cousin, qui dit dans sa traduction , qu'Anaxagore entra le premier dans ce point de

vue.

6. Contradiclions de M. Saisset, sur l'origine de la croyance de la fraternité hu-

maine.

M. Saisset avait dit: « C'est le stoïcisme et non le Christianisme » qui a reconnu pour \a première fois que les hommes sont frères, ' et frères en Dieu (p. 1041). A cela nous avions opposé les

textes de Platon, d'Aristote, de Cicéron, qui ne reconnaissent comme hommes que leurs concitoyens, et non les barbares, ni les

esclaves. M. Saisset ne répond rien à ces textes ; il