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De Laveleye, Émile (1822-1892). La "Saga" des Nibelungen dans les Eddas et dans le Nord
De Laveleye, Émile (1822-1892). La "Saga" des Nibelungen dans les Eddas et dans le Nord

De Laveleye, Émile (1822-1892). La "Saga" des Nibelungen dans les Eddas et dans le Nord scandinave. Traduction précédée d'une étude sur la formation des épopées nationales, par É. de Laveleye. 1866.

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LES

EDDAS

I.'imllo.— Tir tt 1.L1CI0H,TEHBOECKH0TENetC, me Fldjalt,3,in,p;sse ouPire

LES

LA

SAGA

DES

NIBELUNGEN

EDDAS

ET DANS LE NORD SCANDINAVE

- JÈTliDESIR

TÏUMfTIiiNPRÉiÉPÉL

D*L"Nt:

LA FORMATIONDESÉPOPÉESNATIONALES

PAU

E. LE LAVELEYE

PARIS LIBRAIRIEINTERNATIONALE 4 5, BOULEVARD 1IONTMARIRE, 15 Au coin de ta rue Yivienne A. LACROIX, VERBOECKHOVEN ET O, ÉDITEURS A BRUXELLES, A I.EIPZIOETA LIVOUHNE

180(1

INTRODUCTION

LA FORMATION DES ÉPOPÉES NATIONALES

ET

LES ORIGINESDU MBELCNGE-NOT (1)

La question a donné

des origines

de lepopée

germa-

lieu en. Allemagne

et plus prolongés

à des débats

que celle des

nique aussi instructifs

origines de l'épopée grecque.

des Nibelungen

raire de l'Iliade,

Certes, le poème

litté-

par consé-

est loin de la perfection

et il n'offre

point

On

consulter sur la question que nous traitons

Basimann. Die deutsche Hel-

(1)

peut

ici les ouvrages suivants : K. Lachmann. Atfmerkungen zu

— Wilhelm Grimm. Die

den Nibelungen und zur Klage.

deutsche

Heldensage. A.

INTRODUCTION.

un intérêt

aussi général

mais, ne remontant

la poésie

quent

que

pas à une an-

mieux l'étude

homérique;

tiquité

de la manière

sources

aussi reculée,

dont

dont

il est

il permet

il a été composé

sorti.

Or,

et des

cette

comme

étude, déjà intéressante

outre

une vive lumière

en elle-même,

jette en de la

sur un problème pour l'histoire

plus haute importance

térature

à savoir

ne faut pas nous étonner

depuis

de la lit-

et même pour celle de l'esprit

le mode

de formation

humain,

de l'épopée,

il

si ce débat,

n'a

continué

plus d'un demi-siècle,

pas encore

lassé l'attention

Chaque année paraissent

du public d'outre-Rhin.

sur ce sujet de nou-

veaux travaux

chaque année,

plus

ou moins

d'infatigables

cendent

dans la lice et se livrent

remarquables;

des-

champions à de nouvelles

und ihre Heimat. 1857-1859. — K. MulUnhoff.

densage

Zur

Geschichte der Nibelunge-nôt. 1854. Soltzmann.

das

Nibelungen-lîed.

1854. — li.

TJntersuchungen ûber

Lachmann's nach-

trètef. 1855. — Max Bii/er. Zur Kritik der Nibelun-

Kampf um der Nibelungenhort gegen

gen. 1855.

INTRODUCTION.

7

joutes scientifiques.

Déjà deux générations

de

savants

vérantes

rappelle vaguement

se sont succédé

de l'érudition,

dans

ces luttes persé-

dont l'acharnement

les combats

à l'esprit

des

héros grecs et troyons

Patrocle,

lungon

le corps el des Ame-

de

se disputant

ou ceux des Btirgondes

sur le cadavre

du margrave Pitiedisjèr.

Ce

Simmrock,

Grimm,

P. C. Mùller et bien d'autres

Spaun, Schoenhulh,

mann, S. Eltmiiller,

ier, Holtzmann, R von Lilienkron.

sont

d'abord

der

Zeunc,

von

Hagen,

les illustres

A.

von

encore;

frères

Mone, Lange,

Karl Lachmann,

Schlegel,

A.

puis von

Rasz-

Mill-

L. Braunfels,

H. Fischer, Wilhelm

Mùllenhoff,

Zarncke,

Max Rieger, les uns s'at-

etc.,

tachanl à confronter

les manuscrits,

à fixer le

à expliquer

les passages

les

texte,

autres scrutant les origines, vrir le nom de l'auteur,

où est

qu'elle a accomplie.

en réunissant

obscurs;

cherchant

à déterminer

à décou-

le pays

née la tradition

épique el l'évolution

On ferait une bibliothèque

les différentes

éditions du Nibe-

8

INTRODUCTION.

lunge-nôt et les commentaires,

les recherches,

les dissertations

qui ont paru

soit dans les ouvrages

poème,

dans des recueils périodiques.

au sujet

spéciaux,

de ce

soit

La première publication

d'un fragment

des

Nibelungen

remonte

déjà à plus de cent ans.

Mais, habituée à réserver toute son admiration

pour la littérature

l'antiquité,

n'était

celle de

siècle

française

et pour

l'Allemagne du dix-huitième

à apprécier

point préparée

ce monu-

ment de l'antique génie de la race germanique, dont la grandeur sauvage et les beautés incultes

faisaient

d'oeuvre

comprit-on

cette composition

qu'avait consacrées le goût classique.

lement depuis le soulèvement

nal contre

la faveur du public s'est attachée

un si grand de Rome

contraste

avec les chefs-

Aussi

et de la Grèce.

ne

de

pas d'abord toute l'importance

qui différait

tant

de celles

C'est seu-

natio-

que

de l'esprit

de Napoléon,

la suprématie

à cette oeuvre

des anciens âges, qui avait, aux yeux des bons

patriotes,

le mérite de peindre

avec une grande

INTRODUCTION.

9

vigueur les moeurs guerrières

vainqueurs

de l'empire romain.

et héroïques

des

Mais, à partir

de ce moment,

il n'est

pas d'honneur

Ce poème

l'Iliade

qui ait est de-

manqué au Nibelunge-nôt.

venu

qui

Teutsch.

il est mis aux mains

et en apprennent

plus remarquables. et le commentent

sités.

principaux

souverains.

ont consacré

chaumière

meure des grands,

héroïques qui célébraient

ou la vengeance de Kriemhild

partout

de la vénération

comme

de l'Allemagne,

des

l'objet le considère

fils de

A tous les degrés

de l'enseignement,

des élèves qui l'étudient

les passages

par coeur

les

Des professeurs l'expliquent

les chaires

dans

des univer-

à son tour,

s'est inspiré

de ses

des

lui

L'art,

et en a orné le palais

les plus renommés

ïl a pénétré dans

comme

épisodes Les savants

leurs veilles.

dans la

la de-

des paysans

et de même que les chants

la mort de Siegfried résonnaient jadis

l'un des dialectes

du vieil

où l'on parlait

idiome germanique,

ainsi de nos jours

lunge-nôl

est devenu

le patrimoine

le Nibe-

littéraire

1.

10

INTRODUCTION.

commun

de tous

les peuples

qui constituent

l'Allemagne moderne.

Ce poème occupe dans la littérature

donc une si grande

place

allemande

qu'il est d'un inté-

rêt

compte des travaux

lieu.

même

à l'étranger,

de

se rendre

il a donné

réel,

récents auxquels

Le débat

sur les origines

du Nibelunge-

nôt n'est

certes

pas épuisé,

mais

il est

du

moins assez avancé

se former

question

sont connus

assez long, l'objet des études approfondies

certain

que le public

puisse

une

en

pour

une opinion

sur ce sujet.

Quand

est bien posée, que tous les éléments

et qu'ils

ont été, pendant

de bons esprits,

un temps d'un

nombre

on peut dire

dans

l'état actuel

Alors,

ou

trois

de la science,

encore

qui

que, est instruite.

sence

chent aux grandes vues philosophiques

lois qui régissent

il reste

deux

systèmes

le développement

humain

et la marche

de l'histoire;

la cause

en

pré- se ratta-

sur les

de l'esprit mais du

moins

ces différents

d'une

manière

assez

systèmes

nette

sont présentés soit

qu'il

pour

INTRODUCTION.

11

possible

de les exposer

clairement

et de

les

juger. Pour donner

à notre

travail

un point de dé-

part solide

une base sûre,

coup d'oeil général

de l'épopée.

et pour asseoir

notre jugement

obligé

sur

un

de jeter

nous serons

sur la nature

et la formation

des origines

A son tour, 1 étude

du

JS'ibelunge-nôt servira à compléter cette théorie,

restée nécessairement

temps qu'on avait borné

cercle des compositions

ouvert

sait avec quel avaient suivi,

pour les combattre;

tion ne pouvait

ments historiques.

duit

mêmes et à quelques tées

bien difficile d'arriver, limitée, à des conclusions

aussi long- dans le

Wolf avait

on

assez vague,

les recherches

homériques.

la voie de ce genre

éclat;

d'investigations,

des esprits distingués

l'y

ses vues, soit

soit pour soutenir

mais toute

suppléer

leur pénétra-

au défaut

de docu-

Quoi qu'on

de preuve

fit, on était ré-

éléments

tirés des poèmes

emprun-

donc

ainsi

aux

rares indications

Il était

aux sources

extrinsèques.

dans une question

décisives.

Heureuse-

12

INTRODUCTION.

ment, la connaissance

fondis .des origines

l'Inde,

de la Perse,

et l'examen

des épopées

plus appro-

nationales

de

du moyen

âge et de l'Alle-

magne primitive ont répandu

un jour nouveau

sur cet intéressant problème de littérature

com-

de toutes

parée.

donne

de l'épopée germanique.

Or,

ces études,

aucune

ne

des résultats aussi importants

que celle

Ici, en effet, non seu-

lement

lunge-nôt, marche de la tradition

un poème achevé,

plus

on

peut

on possède mais

de

épique pendant

le IS'ibc-

suivre

la

plus de

mille ans, depuis

raît

sous forme

l'instant

de chants

où elle nous

lyriques,

appa-

jusqu'à

où elle se dissout

en contes populaires

l'époque qui continuent

la mémoire naïve des populations

peut reconnaître, l'histoire

d'être transmis

d'âge en âge par

rurales.

On

de

tant

par les indications

les monuments

littéraires,

que

par

les diverses transformations

on peut la voir naître

les grandes invasions, se développer

qu'elle

a subies; avant

en même

très probablement

temps

que

le génie

de la race germanique,

se

INTRODUCTION.

13

confondre avec ses croyances

religieuses,

puis

vers le nord,

dans tous les

peu à peu

nos

émigrer

pays Scandinaves

devant l'influence

mais néanmoins

se répandre et enfin s'effacer

croissante

du christianisme,

survivre

encore jusqu'à

jours

dans les chants

de Sigurd

des îles Faroë.

L'élude

des origines du Nibelunge-nôt,

faite

les travaux

d'après

science allemande,

les plus

accrédités

peut

donc offrir outre

de la

l'in-

térêt

ral, car elle permet,

de contrôler

poésie épique,

dire quelques

mots.

qui lui est propre,

l'histoire

un intérêt

plus géné-

comme nous l'avons

de

la formation

dit,

de la

par

dont nous commencerons

I

La question

de l'origine

et de la formation

des épopées nationales

(1), telle qu'elle est posée

(1) Il faut entendre par

épopées nationales, celles qui,

tout

en ayant reçu du génie d'un seul

ont cependant été conçues et élaborées par les facultés poé-

homme leur forme dernière,

U

INTRODUCTION.

maintenant,est

n'y avait point songé.

nouvelle. Le dix-huilième siècle

De même qu'on se figu-

étaient inven-

que les religions

pour exploiter

la crédulité

pour ori-

rait volontiers

tées par les prêtres

des peuples,

gine

résultat de combinaisons

pensait

sairement

plus ou moins inspiré,

que les sociétés avaient

et que les langues

réfléchies,

un contrat

étaient

le

ainsi

on

alors que tout poème épique était néces-

l'oeuvre tout individuelle

d'un poète

qui avait su revêtir

des

tiques de tout un peuple.

nôt. Les pages qui suivent s'appliquent uniquement

productions des temps héroïques,

temps littéraires,

Telles sont \'Iliade et le Nibehinge-

et non aux

à ces

poèmes des composent

comme YÊuéide.Les poètes qui

des traditions

légendaires Tasse, par

tères et qui disposent l'action au gré de leur imagination.

ceux- ci s'inspirent ordinairement, il est vrai,

ou historiques, ainsi que l'ont fait Virgile et le

exemple; mais ce sont eux qui créent les carac-

nationale est une oeuvre collective et démocra-

L'épopée

tique. C'est le monument du génie de tout un peuple qui

parle même au coeurdes classes les plus humbles. Le poème littéraire est principalement une oeuvreindividuelle et aristo- cratique ; elle ne révèle que le génie d'un poète et ne s'adresse

qu'aux esprits

pour qu'on

cultivés. Cette distinction est

indispensable

n'étende point nos affirmationsà des cas où elles

cesseraient d'être vraies.

INTRODUCTION.

15

couleurs brillantes de son imagination

fait emprunté dans le domaine

guement des points secondaires,

ploi du vers et du merveilleux, sans qu'on se

doutât

que de loi naturelle.

même dans .l'antiquité

cédés de l'homme moderne,

productions

qui emploie

soit un

à l'histoire,

soit une fable choisie

lon-

de la fiction. On discutait

tels que l'em-

tout cela était

réglé par une sorte

les pro-

dans

ses

et

faire

On voulait retrouver partout,

la plus reculée,

qui,

littéraires, a un plan déterminé,

les moyens

propres

à lui

atteindre

point

tive, de cette puissance

tive

naissance aux symboles du langage, aux mythes et aux traditions

religieux

On n'avait

le but qu'il s'est proposé.

de ces facultés

l'idée

de poésie instinc-

collec-

donnent

de composition

primitifs,

dans

les temps

qui,

épiques. qui faisait l'histoire

de la Henriade,

Voltaire,

de l'épopée

et qui ailleurs

par exemple,

dans la préface

s'obslinait

vés au haut

d'huîtres apportées

à ne voir dans les coquillages

des

montagnes

que

là par des pèlerins,

trou-

des écailles

ne soup-

16

INTRODUCTION.

pas plus le mode de formation

de certaines

créations

dans les âges antéhistoriques,

lente et

çonnait

progressive

humain

de l'esprit

que le des

mode de formation

successive el spontanée

créations

géologiques. Si maintenant,

posé, on accorde

exclusive à l'action anonyme

de la nature

aux grandes

époques

par un excès

op-

trop

parfois

une importance

des peuples, jadis

on altribuait

chie des grands hommes.

tout à l'action individuelle

et réflé-

Il est vrai que, même

aujourd'hui,

après les

recherches

ingénieuse,

figurer très nettement comment l'imagination

populaire

et les épopées. L'humanité

la période enfantine

l'âge viril de la science.

plus ni théogonies

de l'érudition

la plus vaste et la plus

peine

à nous

nous avons quelque

autrefois les mythologies

a quitté

produisait

sans retour

dans

des fables pour entrer

Notre temps n'enfante

ni traditions

: les

épiques ont cessé de créer

facultés poétiques

des peuples

les divinités

merveilleux

elles héros. On l'a dit avec raisonne

est propre

aux véritables

épopées,

INTRODUCTION.

17

comme le surnaturel

mais de même que les miracles

s'évanouissent

quand ils n'échouent

l'est aux cultes anciens;

contemporains de la

publicité,

à la lumière

pas devant la répression

de même

le merveilleux

plus qu'une

dans

figure

les

de

qui

judiciaire, poèmes modernes

un

n'est

de convention

rhétorique, n'abuse ni l'auteur

clarté

vaporeuses

corps et de grandir il s'ensuit

moyen ni le lecteur.

La trop grande

de notre temps empêchant

du mythe

de prendre

dans les croyances

nous

est aussi

les

un

qui règne

figures

des peu- difficile

de

à con-

et des

pas à

ples,

d'étudier

l'épopée que celui des langues.

sidérer

personnages

avancer

laires,

dent,

qu'il le vif le mode de formation

Habitués

déterminés

sur

des faits nettement

réels,

nous ne parvenons

d'un pied sûr dans ces âges crépuscu-

où le possible et l'impossible

se confon-

où la réalité

et la fable s'unissent

pour et des événe-

produire des êtres fantastiques

ments extraordinaires.

En présence

de la diffi-

culté que nous éprouvons

à nous transporter

à

18

INTRODUCTION.

suite

défaut

l'époque mythique

témoignages authentiques

lés, il est arrivé

systèmes pour expliquer

nationales (1), sans qu'aucun

et par

du

de

sur ces temps

recu-

qu'on a mis en avant plusieurs

l'origine

d'eux

des épopées ait pu réu-

nir en sa faveur

pour entraîner

des preuves

assez complètes

l'adhésion

unanime.

Les différentes explications

qu'on a données

du problème

peuvent se ramener

à deux prin- plus ou moins

il faut

non

cipales qui ont déjà été formulées

nettement

chercher

dans

religieuses,

dans les mythes, dans les symboles.Ces

en Grèce.

les uns,

D'après de la tradition

mais dans

l'origine les faits

épique,

les croyances

réels, dans certaines

vues sur la nature,

mythes,

ces symboles, en se développant,

naissance

mythologiques.

auraient donné

des dieux et aux récits

aux légendes

Le côté divin

de ces légendes

(1) On relira toujours avec fruit les articles

à ce

sujet

ont été

que M. Edgar

dans la Uevue des Deux Mondes

confirmés plutôt qu'ébranlés par

Quinet a publiés

en 1836 et 1837, articles remplis d'aperçus brillants et har-

dis, dont la plupart

les travaux postérieurs de la critique.

INTRODUCTION.

19

et de ces mythes

sens primitif

cessé d'être compris,

s'étant

peu à peu obscurci,

le

des antiques

tandis

aurait

croyances que le côté humain

se serait au contraire développé.

ciens seraient

épopées procéderaient

par exemple,

interpréter

Les dieux an-

et les

ainsi devenus

des héros,

des théogonies. cherchait

On sait,

déjà à

qu'Anaxagore les poèmes d'Homère

par des expli-

pré-

cations allégoriques,

et que les stoïciens

tendaient

que les mythes religieux n'étaient

les symboles

les représentations

phénomènes

figurées,

de l'univers.

Cette opinion,

que

des

qui a

quelque chose de séduisant pour l'imagination,

et qui permet d'attribuer

épiques et religieuses

phique,

platoniciens,

à toutes les traditions

une haute portée philoso- de le faire les néo-

comme essayèrent

a trouvé également dans les temps

modernes des partisans convaincus.

ouvrage

ciennes

Le grand

de Creuzer

sur les mythologies

an-

est conçu à ce point de vue. Mais dans

ap-

ces dernières

années, des études nouvelles,

puyées sur les recherches

de la philologie com-

20

INTRODUCTION.

parée, onl prouvé que ce système n'était pas tout

à fait conforme

aux faits. Sans doute, dit la science

les mythes

onl leur source

la nature

dans

et dans

contemporaine,

la vue des phénomènes

l'impression

l'homme, boles des forces cosmiques.

de

de

qu'ils produisaient

sur l'esprit

et les divinités

ne sont que les sym-

Seulement ces sym-

boles ne sont pas des allégories.

mitif ne songeait

de la fiction une conception

une idée profonde

L'homme

pri- sous le voile

pas à envelopper

sous

abstraite ou à cacher

empruntée

une image

au monde

philosophiques,

matériel.

Ce qui,

n'est qu'une

pour les époques fable ou une com-

paraison,

le vent,

est pour lui une réalité.

Les éléments,

la

pluie,

l'orage,

les corps

célestes

le ciel, faisaient

naïve l'idée d'êtres

naître dans son

vivants,

d'ani-

que l'observa-

éclairé,

souvent

croit

en

qui parcourent

imagination

maux célestes peuplant les espaces qui s'ouvrent

au dessus de la terre.

tion et la science

voir dans les nuages,

effet les formes d'animaux,

L'homme

n'ont pas encore

qui prennent

tantôt des chevaux

INTRODUCTION.

21

bondissants ou des centaures,

dont le lait,

terre,

poisson gigantesque

l'horizon.

un serpent mène l'incendie

comme

invisible.

chasse effroyable

L'orage

tantôt des vaches

féconde

sous forme

de pluie,

la

un

à

tantôt quelque monstre prodigieux,

ou un dragon

A ses yeux, l'éclair

de feu dont le dard

dans

qui rampe comme

pro-

tard

apparaît

enflammé

les forêts,

ou plus par une divinité

lui semblent

une flèche d'or lancée

et la tempête

conduite

une

par le dieu du ton-

nerre, et dans les hurlements

du vent il se figure

entendre les aboiements

à peu,

se grouper des êtres semblables

de la meute.

célestes,

Mais peu

viennent

des

à côté des animaux

à l'homme,

des nains,

des dieux. Ces conceptions,

en génération

géants,

transmises

venant de plus en plus anthropomorphiques,

de génération

et de-

donnent

lieu à des légendes,

à des récits où les

êtres surnaturels

jouent un rôle et interviennent

dans

varié

les faits

réels.

des mythes

Ainsi se forme

le monde

religieux

d'où dérive

plus

tard le mythe

épique.

2.

22

INTRODUCTION.

Que telle soit en effet l'origine

des mytholo- allemande l'a

gies, il nous semble que l'érudition

établi avec une force qui ne laisse guère de place

au doute le plus obstiné.

démontrer

sinon unique dans les mythes élémentaires,

arrive

effet, pour découvrir

Mais quand

on veut

que l'épopée

a sa source principale

on

En

à des résultats

moins satisfaisants.

le mythe

caché

sous les

et sous les légendes

on est

géné-

figures

forcé de remonter

rales, qu'elles deviennent des abstractions

héroïques,

à des idées tellement

qui avec les

n'ont

nécessaire

plus aucun

rapport

traditions épiques qu'il s'agit d'expliquer.

lors il est facile de retrouver

Dès

ces abstractions

sous le voile des traditions

tout quand favorables

de tous les pays, sur-

on met en relief les circonstances

à la théorie qu'on croit vraie et quand

on laisse dans

traires,

compte.

par exemple, dans Siegfrid, triomphant

gon Fafnirct

l'ombre

celles qui y sont con-

comme cela arrive sans qu'on s'en rende

Sans doute nous sommes portés à voir,

des Nibelungen,

du dra-

le dieu du soleil

INTRODUCTION.

23

la victoire

sur les ténèbres

et puri- avec le

remportant fiant la nature,

Mithra persan et avec l'Apollon

et par suite à l'identifier

Python.

qu'on

de

grec perçant Il est même pro-

ne peut mécon-

ses flèches

bable

le serpent

que les analogies

naître ici viennent

mais arrivée

d'un mythe solaire commun;

critique

à ce degré de généralité,la

sent le terrain

se dérober

sous ses pas. La dis-

cussion

caron

pables, vagues et légères comme des brouillards

du

des faits

devient

presque impossible, n'a plus devant soi que des figures impal-

de l'esprit

dont

matin, des conceptions

peut dire

on

si oui ou non elles ont été entre-

qui ont créé la tradition

ne

vues par les peuples

épique (1).

M. Schwarz (voyez

der Ursprung der Mytho-

(1) D'après logie, 1860),

éclairs, c'est à dire sur l'or brillant. Le nain Regin et le Nibe-

lungen, comme leur nom l'indique, sont aussi des représen-

tations figurées

Bruynhild, c'est le dieu du printemps

des

ralisations aussi audacieuses on peut montrer que Henri IV,

paraissant dans la chasse infernale à Fontainebleau, n'est

Eafhir est le nuage orageux se traînant sur les

des sombres nuées. Quant à Siegfrid délivrant

s'unissant à la déesse l'orage. Avec des géné-

au milieu des flammes de

nuages

il

INTRODUCTION.

L'autre explication, se rattache

torique,

qu'on peut appeler

dans l'antiquité

au

his-

nom

bien connu d'Évhémère,

que

les

les sages,

qui soutenait,

comme

la Grèce

dieux

on sait, étaient

temps primitifs

tion de la postérité.

nière de voir à l'épopée,

qu'adorait les rois ou les guerriers

des

peu à peu déifiés par l'admira-

En appliquant

on a cherché

cette ma-

à mon-

trer

toujours emprunté

célébrés par les anciennes

la Perse,

le fond

des traditions

à l'histoire,

épiques était et que les héros

de

que

poésies de l'Inde,

de la Grèce et de la Germanie

étaient

des personnages victoires

réels qui avaient remporté

ou rendu

de grands

populaire

de

grandes et dont la reconnaissance

services, avait éter-

autre qu'Odin, lequel n'est lui-même que

la

chassant

plus

tempête

les nuages devant elle. M. Preller reste sur un terrain

solide quand, après avoir montré toire de Persée et de Siegfrid, il

les traits communs de l'his-

ajoute que

toutes ces tradi-

tions remontent aux mythes de l'Orient, où les combats du

dieu Soleil avec des monstres

Comme ces héros, le saint George du

aussi d'un dragon.

occupent une grande place.

moyen âge triomphe