Vous êtes sur la page 1sur 36

Droit des obligations : le fait juridique

Même en absence d’un lien contractuel peut se trouver un lien d’obligation, créé par le fait juridique.

Introduction au droit des obligations et au fait juridique.

Les obligations qui se forment sans (l’exigence) d’une convention.

L’opposition entre les obligations conventionnelles et les obligations non conventionnelles.

Cette distinction se trouve dans le Code civil entre les titres 3 et 4 du livre troisième du Code civil. C’est, en droit des obligations, au regard de la source d’une obligation, le summa divisio (division principale) entre les obliga- tions. Lorsque l’obligation trouve sa source dans un acte juridique, il s’agit d’une obligation conventionnelle (articles 1101 et suivants), et lorsque l’obligation trouve sa source dans un fait juridique, le législateur parle d’obligation non conventionnelle (l’objet de ce cours, articles 1370 et suivants).

Il y a une difficulté relativement à cette opposition : les obligations qui se forment sans convention constituent une catégorie de dimension universelle (Le grand manteau de la responsabilité civile). Sauf que, cette dimension uni- verselle de la responsabilité civile, se concilie mal avec certains régimes spéciaux de responsabilité, en particulier, avec le régime de la responsabilité du fait des produits défectueux (articles 1386 et suivants) : c’est un régime de res- ponsabilité mis en place suite à une directive européenne. Il y a l’article 1386-1 disposant que le producteur d’un pro- duit défectueux est responsable, qu’il soit ou non lié par un contrat avec la victime, autrement dit, on consacre des règles qui ont vocation à s’appliquer à toutes les victimes, mais qui sont communes également pour ceux qui ont un lien juridique avec la victime ; ce régime spécial s’applique alors autant aux obligations conventionnelles qu’aux obli- gations non conventionnelles.

Les seules obligations non conventionnelles.

Il faut ici avoir sous les yeux, l’article 1370 du Code civil dont le deuxième alinéa distingue, au titre des obli- gations non conventionnelles, « celles qui résultent de l’autorité seule de la loi des obligations qui naissent d’un fait personnel à celui qui se trouve obligé ». Il conviendrait d’étudier l’ensemble de ces obligations.

Première catégorie d’obligations non conventionnelles : les obligations qui résultent de l’autorité seule de la loi.

Il y a, par exemple, l’obligation entre propriétaires voisins de tailler les haies qui peuvent gêner le voisinage ; l’obligation pour les parents (qui exercent l’autorité parentale) de gérer « en bon père de famille » les biens de leurs enfants ; l’obligation pour les jeunes français ayant atteint l’âge de 18 ans de participer à une journée citoyenne… Toutes ces obligations sont extrêmement hétérogènes et variées, elles ne sont pas enseignées dans leur unité, mais dans leur diversité.

Deuxième catégorie : les engagements qui naissent d’un fait personnel à celui qui se trouve obligé.

Pour cette catégorie, l’intégralité de l’enseignement y sera consacrée, on y trouve ce qui est communément nommé les délits civils (article 1382), les quasi-délits civils (1383), mais aussi les quasi-contrats (1370 et suivants). Lorsque l’obligation résulte d’un dommage causé à autrui, on met en œuvre les mécanismes de la responsabilité civile (de nature extra contractuelle). Lorsque ce dommage est le résultat d’une faute intentionnelle on parle de délit civil,

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

1
1

lorsqu’il est le résultat d’une faute non intentionnelle on parle de quasi-délit civil. Lorsque l’obligation résulte non plus de dommage causé à autrui, mais de l’avantage reçu d’autrui, on met alors en œuvre les règles relatives aux qua- sis contrats.

Livre premier : la responsabilité civile extracontractuelle.

Le dommage causé à autrui comme source d’obligation.

Chapitre introductif : première approche de la responsabilité.

1. Une approche notionnelle.

D’un point de vue étymologique, le mot responsabilité trouve ses origines dans le Latin respondeo (ere), qui signi- fie se porter garant. Ces mots vont connaitre une évolution étymologique, et dans le droit de l’Ancien Régime, les premiers à l’utiliser sont les Anglo-saxons, sous la forme de responsability, mot que l’on trouve dès le XVII° siècle. En droit français, le mot responsabilité apparait dans les textes du vieux français au XVIII° siècle. Aujourd’hui, la responsabilité consiste à être tenue de répondre de ses actes. Le régime de la responsabilité civile extracontractuelle trouve ses fondements techniques dans le code Napoléon de 1804 aux articles 1382 et suivants de ce code.

2. Une approche philosophique.

La liberté et la responsabilité sont deux faces d’une même pièce, on est libre parce qu’on est responsable et réci- proquement. Ce raisonnement peut être tant individuel que collectif. Si on se place au niveau individuel, Philippe Ma- laurie a écrit à propos de la liberté des hommes que l’Homme libre est celui qui a conscience de ses actes et qui en répond (principe de la responsabilité pénale). L’homme responsable est quelqu’un qui agit pour préserver sa liberté. Les auteurs disent que l’homme irresponsable est un être qui finalement est humainement diminué (exemple la situa- tion des incapables). On peut encore citer Nitch à propos du privilège extraordinaire de la responsabilité et Sartre à propos de la liberté : l’homme est responsable du monde et de lui-même en tant que manière d’être. Nous prenons le mot de responsabilité en son sens banal de « conscience d’être l’auteur incontestable d’un évènement ou d’un objet ». Cette responsabilité absolue n’est pas acceptation d’ailleurs : elle est simple revendication logique des conséquences de notre liberté.

Au niveau de la société, un pouvoir responsable est un pouvoir qui a conscience de ses actes et en répond. Au- jourd’hui, les démocraties ont mis en place le système des consultations électorales. Un pouvoir irresponsable, qualifié de tyrannique, peut devenir décadent, Zola dit alors sur Napoléon : les peuples, oubliant le tyran, s’éprirent du héros.

La responsabilité peut avoir plusieurs visages : ce peut être d’abord une responsabilité de conscience, une respon- sabilité philosophique, religieuse, morale. La sanction de la responsabilité morale est bien entendu la conscience (bonne ou mauvaise). Il y a également la responsabilité politique, sa sanction dans les démocraties est la consultation électorale. Autre visage de la responsabilité : la responsabilité pénale où la sanction est le prononcé d’une peine. En- fin, la responsabilité civile, dont la sanction est l’indemnisation de la victime.

Section 1 : Approche comparée avec les autres ordres de responsabilité.

La responsabilité civile, ce n’est pas une responsabilité en vases clos. Il y a des interactions qui naissent avec d’autres formes de responsabilité juridique, la question des liens entre la responsabilité contractuelle et extracontrac-

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

2
2

tuelle est une problématique intrinsèque à la responsabilité civile. En revanche il y a également des interactions qui se nouent avec des responsabilités qui ne seraient pas civiles (pénale et administrative), on est alors dans la détermination extrinsèque de la responsabilité civile. Ces deux volets vont être abordés.

Paragraphe 1 :

Les frontières extrinsèques de la responsabilité civile.

A. Responsabilité civile et responsabilité administrative. Pourquoi deux ordres de responsabilité ? Est-ce que ce dualisme emporte des conséquences satisfai- santes ?

1. La justification du dualisme. Originaire de la décision Blanco du 8 février 1873 dans laquelle le tribunal des conflits va se référer à des lois révolutionnaires (26 et 24 août 1790 et 16 fructidor an 2) et rappelle que ces lois interdisent aux tribunaux judiciaires de troubler des actes de l’administration (mise en œuvre de la séparation des pouvoirs). Le Tribunal des Conflits rend une décision particulièrement instructive sur la justification du clivage entre l’ordre administratif et l’ordre judiciaire. Il indique que la responsabilité qui peut in- comber à l’État pour les dommages causés aux particuliers par le fait des personnes qu’il emploie dans le service public ne peut être régie par les principes qui sont établis dans le Code civil pour les rapports de particulier à particulier. Il poursuit en indiquant que cette responsabilité n’est ni générale ni absolue ; elle a ses règles spéciales qui varient suivant les besoins du service et la nécessité de concilier les droits de l’État avec les droits privés. Cette responsabilité particulière qui tait son nom va être dérogatoire au droit commun. Le tribunal des conflits conclu par dès lors, au terme des lois visées ci-dessus, l’autorité administrative est seule compétente pour en connaitre.

2. Les compétences respectives du juge administratif et du juge judiciaire. La compétence du juge administratif est plus complexe que ce que pouvait laisser entendre l’arrêt Blanco de 1873. Il faut distinguer, depuis une décision du 30 juillet 1873 Pelletier (il s’agissait de renvoyer devant une juridiction civile, un général qui dans le ressort de sa juridiction, avait choisi de faire saisir un journal ; la clef a été de déterminer s’il agissait dans le cadre de sa mission ou s’il avait commis une faute personnelle détachable de ses fonctions), la faute de service (l’hypothèse de l’arrêt Blanco), de la faute personnelle de l’agent détachable de ses fonctions. Les compétences de l’ordre civil. Là encore, il y a eu une évolution, pour les SPIC il a été décidé que les pour les dommages causés à l’occasion de la mise en œuvre d’un SPIC, relevait la compétence judiciaire et l’application des règles du droit civil (droit privé d’une manière plus générale) : décision du tribunal des conflits, le 22 janvier 1921 Bac d’Éloka (une barge qui servait à relier une lagune qui a coulé en Côte d’Ivoire : qui est res- ponsable est quelles règles doit-on mettre en œuvre ?). L’intervention législative : l’État lui-même décide parfois que les activités de ses agents relèveront du domaine judiciaire (loi du 5 avril 1937 qui donne compétence aux tribunaux judiciaires lorsqu’un en- seignant d’éducation nationale est victime ou bien cause un dommage à un de ses élèves). Autre loi importante du 31 décembre 1957 donnant compétence au juge judiciaire qui statue confor- mément aux règles de droit civil pour les dommages causés par des véhicules appartenant à une admi- nistration ; ou encore lorsqu’à l’occasion de procédures d’expropriation un litige né avec un proprié- taire privé, la compétence reviendra aux juridictions judiciaires qui mettront en œuvre un principe de droit privé.

3. Les inconvénients suscités par la dualité des responsabilités administratives et civiles. Il est choquant que les victimes d’actes similaires soient traitées différemment selon que l’acte à l’origine du préjudice soit analysé comme administratif ou de droit privé. Le terrain d’élection de cette dichotomie est principalement celui de la responsabilité médicale. Il y a eu par exemple en matière d’infections nosocomiales des divergences de jurisprudence non satisfaisante. À propos de cela, les ju-

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

3
3

ridictions administratives ont été plus favorables que les juridictions civiles à l’indemnisation parce que le Conseil d’État a, avant la Cour de Cassation, considéré que les hôpitaux publics étaient tenus à une obligation de sécurité et de résultat. À propos de l’obligation d’information concernant des risques exceptionnels concernant une interven- tion chirurgicale particulière, est-ce que l’établissement doit informer le patient des risques exception- nels ? La Cour de Cassation la première a considéré que les établissements de santé privés, se devaient d’informer, les patients de tous les risques, même les risques exceptionnels. Le Conseil d’État a fini par accepter cela pour les établissements publics. La loi du 4 mars 2002, relative au droit des malades, est venue mettre en place un régime juridique unique, qu’il soit dispensé dans les établissements privés ou publics.

B. Responsabilité civile et pénale.

La philosophie de la responsabilité du droit pénal n’est pas celle du droit civil. Le droit pénal est un droit répressif qui vise à condamner des comportements asociaux, alors que le droit civil est un droit qui est plus tourné vers les victimes et dont la fonction essentielle est de garantir l’indemnisation des victimes. Malgré cette opposition, il y a des interactions extrêmement fortes entre le droit civil et le droit pénal. Ces deux droits ont connu l’un et l’autre des évolutions comparables. En droit civil, la responsabilité civile a connu et connait encore un développement de la responsabilité dite objective (responsabilité sans faute). Or, en droit pénal, la notion de culpabilité (nécessairement ob- jective au regard de l’élément intentionnel) connait aussi quelques reculs, même dans la matière pénale. On sait qu’il y a en droit pénal un certain nombre d’infractions matérielles pour lesquelles l’élément in- tentionnel n’est pas requis. En outre, au-delà de l’appréciation de la faute, le droit pénal et le droit civil, participent aussi des mêmes objectifs : l’un et l’autre ont une mission préventive. Le droit de la responsabilité civile parce qu’il vise à indemniser les victimes, chercher à prévenir les comportements susceptibles d’entrainer des préjudices. De plus en plus en matière de responsabilité civile, on accorde à ce droit une fonction de peine privée (c’est l’exemple des dommages et intérêts punitifs). Le droit pénal est lui aussi poreux aux mécanismes du droit civil. Il y a certains auteurs qui estiment que la philosophie du droit pénal est aussi de réparer le dommage causé à la société. Le droit civil et le droit pénal sont aussi totalement imbriqués quand une faute pénale est à l’origine d’un dommage civil. À chaque fois que le fait générateur de responsabilité (au sens civil du terme) est aussi et en même temps une faute pénale.

1. Les situations de la victime devant les juridictions pénales. La victime d’un préjudice peut avoir intérêt à porter son action quelques fois devant une juridiction pénale. Faire le choix d’une demande d’indemnisation devant une juridiction pénale est de bénéficier des moyens du parquet dans la recherche de la preuve d’une faute et d’une culpabilité. En outre, on peut espérer des indemnisations beaucoup plus rapides (reconnaissance préalable de culpabilité…) qui peuvent conduire quelques fois en quelques jours à une décision de culpabilité et une décision d’indemnisation. Finalement, s’est aussi un procès moins coûteux. La personne mise en cause peut cependant tout mettre en œuvre pour échapper à une déclaration de culpabilité ; par conséquent, la culpabilité, son prononcé, sera la condition de l’indemnisation. À défaut de culpabilité, nulle indemni- sation. D’un point de vue théorique, il est évident que la culpabilité pénale est une notion plus difficile à mettre en œuvre que la notion de faute et responsabilité des articles 1402 et suivants du Code Civil. Ces règles de fond connaissent cependant quelques exceptions : une cour d’assises (compétente pour juger les crimes) peut, même lorsque l’accusé est acquitté, accorder une réparation à la victime. Elle le fera en fondant sa décision de réparation sur des faits distincts de l’infraction qui était reprochée à l’accusé (cette règle figure dans l’article 372 du Code de procédure pénale). Autre règle qui s’impose devant le tribunal correctionnel : il peut lui aussi accorder à une victime l’indemnisation de ses préjudices lorsque le prévenu est relaxé d’une infraction non intentionnelle (cette règle figure dans l’article 470-1 du code de procédure pénale). Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

4
4

De manière plus générale, la Cour de Cassation a jugé, en visant les articles 2 et 3 du Code de procé- dure pénale, que les règles de fond de la responsabilité civile s’imposent au juge pénal qui en est saisi par la victime.

2. L’autorité de la chose jugée au criminel sur le civil. C’est un principe qui s’est imposé aux juridictions civiles sans que les textes l’aient prévu. Il a été af- firmé pour la première fois par la chambre civile de la Cour de Cassation le 7 mars 1855. C’est l’expression d’une règle générale selon laquelle on affirme la primauté du criminel sur le civil et on tire de ce principe quelques conséquences concrètes, notamment l’obligation pour le juge civil de sur- soir à statuer dans l’attente de la décision du juge pénal (article 4 alinéa 2 du code de procédure pé- nale). Une autre conséquence : l’action civile qui est menée devant les juridictions criminelles dépend par exemple du régime de la prescription pénale. De ce point de vue la réforme de la prescription de 2008 n’a rien modifié, au contraire, les délais d’action de la force publique ont été maintenus dans le Code civil. Autre conséquence encore : l’autorité de la chose jugée au pénal sur le civil lie le juge civil en ce qu’il ne peut contredire ce qui a été jugé au pénal. En matière criminelle, on sait que la décision d’une cour d’assises ne fait pas obstacle à une réparation civile par la cour elle-même. Autre limite : l’absence de culpabilité pénale au sens du délabrement mental de l’article 122-1 du Code pénal, n’empêche pas une condamnation au civil, quand bien même cette personne serait atteinte d’un trouble mental cette fois-ci au sens de l’article 489-2 du Code Civil. L’acquittement de la relaxe ne fait pas obstacle à une réparation civile lorsque l’action civile est menée au titre d’une responsabili- té dite objective (sans faute). Dernière limite : depuis la loi du 10 juillet 2000 (relative aux délits non intentionnels en matière pé- nale), l’absence de faute pénale d’imprudence n’interdit pas l’indemnisation des victimes fondée sur l’article 4-1 du code de procédure pénale.

Paragraphe 2 :

Les frontières intrinsèques de la responsabilité civile.

Il faut distinguer la responsabilité contractuelle de la responsabilité non contractuelle ou extra contractuelle. Il y a toujours un débat à savoir s’il faut toujours parler de responsabilité au niveau du contrat, cela pose une réelle interrogation dans la doctrine. Entre ces deux ordres de responsabilité, il y a des différences et des divergences. Dans la doctrine contemporaine (Philipe Letourneau entre autres), certains auteurs dénient toute idée de res- ponsabilité en matière contractuelle. Pour ces auteurs, la responsabilité contractuelle ne devrait pas s’appeler res- ponsabilité parce qu’elle a une fonction exclusivement satisfactoire 1 et non compensatoire : l’inexécution d’une obligation contractuelle est sanctionnée par équivalent et non en nature, et l’allocation de dommages et intérêts liés à l’inexécution d’une obligation contractuelle, ne permet finalement que l’exécution du contrat par équivalent.

A. Les divergences relatives entre les responsabilités contractuelles et extracontractuelles.

1. Quant aux conditions de la responsabilité.

a. D’abord en matière de preuve. L’article 1315 alinéa 2 du Code Civil dispose de la preuve du fait générateur de la responsabilité délictuelle, est toujours à la charge du demandeur. Par opposition, en matière contractuelle, la res- ponsabilité du débiteur contractuel défaillant est présumée. En matière contractuelle il existe des obligations dites de moyen : le créancier (contractuel) doit supporter la charge de la preuve d’un manquement à chaque fois que le débiteur contractuel est tenu d’une obligation de moyen.

1 Qui est de nature à pouvoir expier une faute commise.

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

5
5

À l’inverse, dans le domaine de la responsabilité civile extracontractuelle, le créancier est quelques fois déchargé du fardeau de la charge de la preuve, ce sera le cas à chaque fois ou presque que l’on mettra en œuvre un régime de responsabilité objective 1 (sans faute).

b. En matière de capacité juridique. Différence fondamentale, l’incapacité juridique interdit de rechercher la responsabilité contrac- tuelle d’un incapable (l’article 489-2 prévoie que le trouble mental n’est pas une cause d’exonération de la responsabilité civile).

2. Quant aux effets de la responsabilité.

a. Les clauses relatives à la responsabilité sont en principe valables en matière contractuelle, alors qu’elles sont sans effets dans le domaine extracontractuel.

b. Il y a également une différence quant au quantum de la réparation. En matière de responsabilité ex- tracontractuelle, le principe est celui de la réparation intégrale (de tous les préjudices). Alors qu’en matière contractuelle, les seuls dommages qui peuvent conduire à l’allocation de dommages et in- térêts sont les préjudices qualifiés de prévisibles, ceux qui ont été prévus lors de la conclusion du contrat.

c. Les divergences relatives quant à la mise en œuvre de la responsabilité.

i. Concernant la mise en demeure. Il s’agit du commandement de l’ordre qui est donné à débiteur d’exécuter son obligation. En pratique, il prend la forme d’une LRAR (Lettre Recommandée avec Accusé Réception) ou par l’intermédiaire d’un exploit d’huissier. Cette mise en demeure du débiteur n’est obligatoire que pour la matière contractuelle (article 1146 : les dommages et intérêts ne sont dus qu’à compter de la mise en demeure en matière contractuelle).

ii. En matière de conflits internationaux. Depuis peu, les règles relatives aux conflits de loi et de juridictions (règles qui visent à détermi- ner quelles sont les juridictions compétentes lors qu’il y a conflits entre des ordres Étatiques) sont pour les pays de l’Union Européenne contenus dans des règlements communautaires ré- cents pour limiter ces conflits : ROME I (paru en 2007 et entré en vigueur le 17 décembre 2009) et ROME II (parut en 2008 sur les obligations non contractuelles en vigueur depuis mars 2009). Il y a, dans la mise en œuvre de ces deux ordres de responsabilité des différences qui peuvent êtres significatifs.

3. L’interdiction de l’option entre les deux ordres de responsabilité. Il s’agit de ce que l’on appelle le principe du non-cumul des responsabilités. Ce principe a été posé à la fin du 19 ème siècle dans un arrêt de la chambre des requêtes de la Cour de Cassation qui a été rendu le 21 janvier 1890 (S.1890.1.408 ou DP.1891.1 p.380). Pourquoi interdire au créancier d’une obligation contractuelle d’agir sur le terrain non contractuel ? C’est parce que le régime de la responsabilité contractuelle diffère de celui de la responsabilité délic- tuelle. Les règles de la responsabilité délictuelle sont parfois plus favorables au créancier que les règles de la responsabilité contractuelle : en matière contractuelle seul le dommage prévisible peut être indemnisé, alors qu’en matière non contractuelle tous les dommages peuvent être indemnisés. Il y a également l’argument de la prescription : délai de 5ans en matière contractuelle, souvent en matière délictuelle, le délai de prescription est plus long (10 années pour les dommages corporels par exemple).

4. Les domaines respectifs des deux ordres de responsabilité. La responsabilité contractuelle n’a vocation qu’à s’appliquer dans l’hypothèse où un partenaire con- tractuel viole ses engagements. Or, il n’est pas rare que les mécanismes de la responsabilité contrac- tuelle s’appliquent à des personnes qui n’ont pas la qualité de cocontractant.

1 Exemple de la responsabilité des parents de leur enfant mineur.

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

6
6

a. La mise en œuvre de la responsabilité contractuelle entre les contractants. L’accord de volontés n’a pas forcément à être formalisé (principe du consensualisme). La question de la mise en œuvre des deux ordres de responsabilité se pose lorsque celui-ci n’a pas été formalisé (exemple du contrat médical reconnu à partir de 1936 avec l’arrêt Mercier, ou encore l’assistance bénévole, les relations établies avec des officiers ministériels). À chaque fois qu’il y a contrat, la responsabilité contractuelle pourra être engagée, sauf l‘hypothèse où la nullité du contrat serait dé- clarée (à raison de l’effet rétroactif de l’action). Concernant l’obligation de sécurité, c’est une obligation découverte au début du XX° siècle, d’abord dans le contrat de transport, puis étendu aux remontés mécaniques, contrat médical…. Cette extension du champ d’application de l’obligation de sécurité va parallèlement s’accompagner de son affaiblissement, l’obligation de résultat va se transformer en une simple obligation de moyen. C’est une évolution regrettable parce que parallèlement à l’affaiblissement de l’obligation de sécurité en matière contractuelle, le droit de la responsabilité civile a facilité les actions des vic- times sur le terrain de la responsabilité du fait des choses (articles 1384 du Code Civil, terrain non contractuel). C’est une évolution qui n’est pas nécessairement satisfaisante pour l’esprit parce que les victimes finalement se trouveraient moins bien protégées dans le cadre contractuel que dans le cadre extracontractuel. La jurisprudence a consenti d’abord de limiter le champ de la responsabilité contractuelle à la phase d’exécution du contrat proprement dite, mais les règles de la responsabilité extracontrac- tuelle retrouvent application en dehors de la période d’exécution proprement dite du contrat. Le doyen Carbonnier a indiqué, en parlant du fait de faire rentrer certaines catégories dans la res- ponsabilité contractuelle, que c’est artifice que de faire entrer là-dedans de bras cassés et des morts d’hommes ; les tragédies sont de la compétence des articles 1382 et suivant du Code Civil. Dans sa pensée, l’obligation contractuelle de sécurité ne serait finalement rien d’autre qu’une mau- vaise traduction du devoir général de ne pas nuire à autrui ; il souhaitait limiter le champ d’application de l’obligation de sécurité d’origine contractuelle aux seuls contrats véritablement dangereux pour l’Homme. En ce sens, il est un petit peu aujourd’hui suivi, avec les projets d’obligations de sécurité de résultat en matière contractuelle pour certains contrats spécifiquement dangereux.

b. La mise en œuvre de la responsabilité contractuelle au-delà de la sphère des contractants. L’article 1165 du Code Civil est relatif à l’effet relatif des conventions, or l’une des conséquences rattachées à la mise en œuvre de ce texte est que des tiers au contrat qui seraient victimes d’une mauvaise exécution du contrat ne devraient pas pouvoir placer leur action sur le terrain de la res- ponsabilité contractuelle (parce qu’ils n’ont pas la qualité de partie au contrat et sont juridiquement tiers au contrat). Là encore, la jurisprudence a admis l’application de la responsabilité contractuelle à ce genre de si- tuations en inventant des notions de groupes de contrat ou encore d’ensemble contractuel. Dans un premier temps, c’est en 1820 que commence l’extension de la responsabilité contractuelle. Très tôt la jurisprudence a admis qu’en matière de vente (opération réalisant un transfert de pro- priété), le sous-acquéreur peut actionner à son choix, lorsqu’il est victime des vices cachés de la chose qu’il a acquise, auprès du vendeur ou même du fabricant. En deuxième lieu, la jurisprudence a choisi de suivre le même raisonnement dans des contrats non translatifs de propriété (n’ayant pas pour objet un bien successivement vendu). Elle a fait applica- tion de ce raisonnement (ensemble contractuel, groupes de contrats…), aux contrats d’entreprise. C’est l’hypothèse du contrat de louage d’ouvrage (expression disparue depuis la loi de juillet 2009, contrat visant à la réalisation d’un ouvrage) par lequel le maitre d’ouvrage (le client) recherche la responsabilité du fabricant des matériaux que l’entrepreneur (le constructeur) a utilisés. La jurisprudence a étendu à ces chaines de contrats les mécanismes de la responsabilité contrac- tuelle. Il a fallu un arrêt du 17 février 1986 1 pour que l’assemblée plénière de la Cour de Cassation

1 Commenté au JCP 1986 II, Nº 20616, avec une note du professeur Malinvaud.

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

7
7

accepte l’extension du champ de l’application de la responsabilité contractuelle à ces chaines de contrats qui ne sont pas exclusivement constitués de contrats translatifs de propriété (entre autres relatif à des contrats de prestations de services). Troisième temps de cette évolution : la jurisprudence a fini par consacrer la théorie de la chaine de contrats en l’absence de transmission de toute chose. Cette dernière extension est intervenue dans un arrêt rendu le 21 juin 1988 par la première chambre civile de la Cour de Cassation. Elle indique que dans un groupe de contrats, la responsabilité contractuelle régie nécessairement la demande en réparation de tous ceux qui ont souffert du dommage parce qu’ils avaient un lien avec le con- trat initial (grands arrêts de la jurisprudence civile nº 172). Le 12 juillet 1991, la Cour de Cassation dans un arrêt Besse (rendu en assemblée plénière, grands arrêts de la jurisprudence civile, nº 174) va viser expressément l’article 1165 du Code Civil et au visa de ce texte, elle va retenir une conception plus restrictive du lien contractuel, de la théorie des groupes de contrats en considérant dans un litige qui opposait le maitre de l’ouvrage à un sous trai- tant, que le sous traitant n’est pas contractuellement lié au maitre de l’ouvrage (parce qu’il y a un double contrat d’entreprise).

Section 2 :

Approche des fondements de la responsabilité civile.

Toute l’évolution de la responsabilité civile (extracontractuelle) depuis maintenant deux siècles, est tournée vers une meilleure indemnisation de la victime. Les formules pour exprimer cette évolution sont multiples. Les auteurs ont parlé d’idéologie de la réparation, ils ont pu évoquer l’éthique de la responsabilité pour exprimer le trop plein de sollicitudes envers la victime. Cela n’importe pas vraiment parce que cette évolution, ce choix, ne permet pas de ré- pondre à la question essentielle qui dans la société française doit prendre en charge et assurer le coût des dommages subis.

Un dommage a toujours un coût et la seule question qui importe à la société est de déterminer qui doit l’assumer. Spontanément, naturellement, c’est toujours la victime qui assume ce coût ; mais la société, à travers les règles qu’elle met en place peut faire partager ce coût entre plusieurs personnes. Aujourd’hui on a choisi de déplacer le coût du dommage de la victime vers des tiers. C’est cela toute l’évolution de la responsabilité civile.

Quelle justification faut-il avancer pour justifier ce déplacement du coût du dommage de la victime vers des tiers ?

Il y en a de nombreuses, qui forment les fondements de la responsabilité civile. On peut opposer les fondements classiques aux modernes : la faute et le risque, avec des théories beaucoup plus modernes.

Paragraphe 1 :

Les fondements classiques de la responsabilité civile.

Notre droit, et surtout le droit de la responsabilité civile, est un droit fortement imprégné d’une morale reli- gieuse judéo-chrétienne. Pour cela, on a beaucoup de mal encore aujourd’hui à distinguer la réparation de la ré- pression. Suite à cela, on a construit au moment du Code Napoléon le régime de la responsabilité civile sur l’idée que la responsabilité ne peut trouver son explication, son fondement, que dans la faut commise par autrui. On ne peut être responsable que parce que l’on a fauté, hors l’hypothèse d’une faute il ne peut alors de responsabilité ci- vile. Cette thèse est devenue insuffisante pour permettre dans le mouvement, l’indemnisation des victimes qui méri- taient d’être indemnisées. C’est l’industrialisation, le développement des machines-outils, la multiplication des ac- cidents du travail au cours du 19 ème siècle, qui a conduit la société française à considérer que, quand bien même une personne n’aurait pas commis de faute, cette personne devrait assumer une partie du coût lié au dommage subi par une victime, dans le cas où elle aurait fait prendre des risques à la victime par exemple (c’est la théorie du risque, qui est venue s’ajouter à la théorie de la faute).

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

8
8

A. La faute, premier fondement de la responsabilité civile. Elle est définie par l’article 1382 du Code Civil et dont l’article 1383 créé la faute non intentionnelle. Les articles 1384 et suivants constituent des régimes spéciaux qui appliquent à des domaines particuliers le principe général de la responsabilité pour faute. Cette philosophie est la conception subjective de la res- ponsabilité, plus communément aujourd’hui, la responsabilité subjective ou responsabilité pour faute. Ce fondement de la responsabilité civile est toujours défendu par une partie de la doctrine Plagnol assimilait la responsabilité sans faute à une véritable injustice sociale. Pour lui, il n’était pas con- cevable, justifiable, de déclarer la responsabilité civile d’une personne n’ayant pas commis de faute. Il fait un parallèle avec le droit pénal et considère que déclarer la responsabilité civile de quelqu’un qui n’a pas commis de faute est comme envoyer un innocent en prison (dans son article du fondement de la res- ponsabilité civile). À sa suite, l’un de ses élèves, Ripert. Lui dénie avec force à la victime, le droit de demander réparation lorsque son dommage est causé par le sort 1 : quand un dommage s’est produit, il n’y a plus, a-t-on dit, qu’une question d’attribution. Ne pas admettre le droit à réparation est frapper la victime. Pourquoi la victime plutôt que l’auteur ? En réalité le choix a été fait par la force obscure du destin. Une victime doit assumer seule le coût de ses dommages si personne n’a commis de faute.

B. Le risque, deuxième fondement de la responsabilité civile. Les causes de son apparition sont aujourd’hui connues : c’est l’industrialisation du 19 ème siècle, le déve- loppement des machines-outils, et les « martyrs » de cette industrialisation (les salariés, les ouvriers, les mineurs) qui victimes d’accidents du travail, à une époque où le droit du travail et la sécurité sociale n’existaient pas, à une époque où la misère affectait de manière très présente le monde ouvrier, ces per- sonnes se trouvaient dépourvues de toute indemnisation et souvent quelques fois de tout moyen de subsis- tance pour eux même voir leur famille. La société a choisi de tendre la main à ces victimes, qui avaient souvent l’impossibilité de prouver l’existence d’une faute à l’origine de leurs dommages. Dans de telles circonstances, la charge du dommage ne devait pas nécessairement incomber exclusive- ment aux victimes. Saleilles et plus tard son élève Josserant, ont défendu l’idée que l’objet de la responsabilité civile ne de- vait pas se limiter à la seule réparation des dommages imputables à une défaillance humaine, mais que la responsabilité civile devait également s’entendre, se comprendre comme l’obligation d’assumer la charge des risques d’une activité humaine (susceptible de procurer des profits). Saleilles s’exprimait ainsi dans « Le risque professionnel dans le Code civil, la réforme sociale » en 1848 : toute activité qui fonctionne

C’est celui qui en a la direction qui doit en payer les

risques. Cette théorie du risque a marqué une étape capitale dans l’histoire de la responsabilité civile. Elle a été consacrée par le droit français en premier lieu par la jurisprudence. À partir des débuts du XX° siècle, à côté de la responsabilité pour faute (la responsabilité subjective), va naitre en droit français une responsa-

bilité sans faute (responsabilité objective) fondée sur le risque lié à certaines activités humaines. Aujourd’hui les auteurs contemporains ne cherchent plus à remettre en question ce fondement. La doc- trine et la jurisprudence considèrent que la théorie du risque, marquée par une philosophie de solidarité, s’ajoute et cohabite avec la théorie de la faute qui elle, marque de manière plus évidente la philosophie de la responsabilité individuelle.

pour autrui fonctionne aux risques d’autrui (

)

Plus récemment d’autres théories sont apparues pour expliquer des mécanismes qui ne trouvent pas fon- dement dans ces théories.

1 1949, la règle morale dans les obligations civiles.

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

9
9

Paragraphe 2 :

Les fondements modernes de la responsabilité civile.

A. La théorie de la garantie.

Elle a été développée par Starck (Boris) dans sa thèse soutenue en 1947 (Essai d’une théorie générale de la responsabilité civile considérée dans sa double fonction de garantie et de peine privée). Il opère une approche originale par rapport aux théories classiques parce qu’il ne raisonne pas par rapport au débiteur de l’indemnisation (celui qui a commis une faute ou assume les risques), mais par rapport au créancier de l’indemnisation. Il considère que l’indemnisation du créancier ne doit pas dépendre de l’appréciation du comportement de l’auteur du dommage. Pour lui, chacun a droit au respect de sa vie, de son intégrité cor- porelle, chacun a droit au respect de son intégrité matérielle, à une sécurité matérielle et morale… La conséquence de son approche et la conclusion de sa thèse est de dire que dès lors qu’une atteinte est por- tée à l’un de ces droits, cette atteinte emporte nécessairement une réparation. Il est conscient des imperfections et risques attachés à son raisonnement et reconnait que ce droit général à la sécurité est un droit qui peut conduire finalement la société, les hommes, à ne plus agir. Il va cher- cher dans sa thèse à établir une échelle entre le droit d’agir et le droit à la sécurité, il va distinguer entre les droits. Dans une première catégorie : le droit à la vie, sécurité matérielle, intégrité personnelle (droits de la per- sonnalité et la propriété privée)… où il considère que ces droits (fondamentaux) doivent l’emporter sur le droit d’agir. En revanche, pour les droits qui ne relèvent pas de cette première catégorie, les dommages de nature éco- nomique ou morale ne seraient réparables (donneraient droit à indemnisation) que lorsqu’ils trouvent leur origine dans une faute. Sa thèse est celle de l’idéologie de la réparation (dite réparation à tout prix), et est inacceptable pour les tenants de la théorie de la faute.

B. Les autres théories.

1. La thèse de Mme. Schamps. Soutenue en 1998, elle propose la consécration du concept de mise en danger. La seule mise en danger suffirait pour fonder le principe général d’une responsabilité sans faute. Le ressort de la responsabilité civile dans sa thèse, serai que celui qui exploite, développe une activité particulièrement dangereuse, doit être tenu de réparer les dommages engendrés par l’activité risquée mise en œuvre.

2. La thèse de Mme. Thibierge. Elle se projette dans l’avenir, à l’aube de l’expérience contemporaine. Elle propose de repenser la théorie de la responsabilité civile : elle fait un constat qui se veut volontairement effrayant en considé- rant que la société du XXI ° siècle est une société extrêmement dangereuse pour les Hommes. Elle constate l’apparition de risques nouveaux pour la communauté humaine, des risques qui pourraient al- ler jusqu’à mettre en péril la planète. Elle parle notamment des risques alimentaires et évoque la « vache folle », la grippe aviaire, les pratiques industrielles de salaison… À côté de ces risques ali- mentaires, elle évoque des risques proprement médicaux (affaire de l’hormone de croissance, expé- riences dans la génétique…) ou encore les risques industriels (nucléaire, le développement des réseaux de téléphonie, réseaux informatiques) et les risques environnementaux (usage trop important des CFC…). Partant de ce constat, elle propose de promouvoir une responsabilité dite de précaution : si ces risques se réalisent l’indemnisation, la réparation à fortiori est illusoire pour la victime. Elle propose alors de créer de la responsabilité en amont, sur la philosophie de la précaution, de la prudence. Il existe au- jourd’hui en droit français un principe de précaution qui n’est pas un principe d’abstention, mais qu’il faut tout mettre en œuvre pour que l’action que l’on va intenter soit le moins risquée pour les autres. cf. article d’une dette de responsabilité à une créance d’indemnisation.

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

10
10

Titre premier : les conditions de la responsabilité civile.

Il faut un fait générateur de responsabilité, un dommage et un lien de causalité.

Sous-titre premier : Le dommage.

Sauf si l’on admet avec Mme Thibierge que la responsabilité peut exister sans dommage (dite de précaution), il n’y a pas en droit français, de responsabilité civile dans dommage. Même lorsqu’une personne commet une faute, si cette faute ne créée par de dommage, l’action en responsabilité civile est interdite. La condition du dommage détermine quelques fois l’action de tiers (comme des assureurs). On dit en matière procédu- rale : pas d’intérêt, pas d’action.

Section 1 :

Le dommage réparable.

Dans l’avant-projet de loi Catala, il y a une distinction proposée qui est l’opposition entre le dommage patrimonial et le dommage extrapatrimonial. Cette distinction figurera dans le futur article 1443 du Code Civil. Aujourd’hui, la distinction traditionnelle en matière de dommage est l’opposition entre le dommage matériel (se rapprochant du dom- mage patrimonial), et le dommage moral (de rapprochant du dommage extrapatrimonial).

Paragraphe 1 :

Le dommage matériel, patrimonial.

On peut le définir comme le dommage qui est directement susceptible d’évaluation pécuniaire. C’est d’abord

la perte subie à l’occasion de ce dommage, mais également le gain que l’on manquera à cause de ce dommage.

Premier chef de préjudice réparable : l’atteinte portée à l’intégrité physique d’autrui (le dommage corporel, où il

y a par exemple les frais médicaux, chirurgicaux, pharmaceutiques, liés à la nécessité d’adapter un logement, ac-

quérir un véhicule adapté à son nouvel handicap…). Il y a en outre, dans ce dommage corporel, les revenus qui se- ront perdus par cette victime d’un dommage corporel, parce qu’il va être placé sous un régime d’incapacité de tra- vail. Tous ces éléments constituent des chefs de préjudices qui sont indemnisés au titre d’un dommage corporel. Deuxième forme de dommage matériel : l’atteinte aux biens (destruction des biens intervenue à l’occasion de l’accident).

Pour pouvoir être indemnisé, il faut que le dommage présente certains caractères : il doit être licite (la victime ne peut demander que l’indemnisation d’un intérêt légitimement protégé par le droit et la société), les préjudices illi- cites ne sont pas indemnisables 1 .

Il faut également que le préjudice ait un caractère certain et probable. La jurisprudence a introduit une certaine

souplesse et se contente d’un caractère probable du dommage (pas nécessairement certain). Pour qu’un dommage soit certain, il faut que ce soit un dommage actuel, présent (la certitude va être posée par la nomination d’un expert qui va constater l’étendue du préjudice). Il y a cependant des situations dans lesquelles le caractère certain du

dommage est relatif, c’est une certitude relative : elle s’applique surtout aux dommages futurs (exemple de

l’incapacité de travail, la certitude de ce dommage n’est pas absolue). La jurisprudence a pris le parti d’indemniser

le

dommage futur, au titre d’une certitude relative.

Il

y a également la situation du dommage éventuel. Celui-ci est un dommage qui ne présente aucune certitude, par

définition. En droit français, une hypothèse ne peut jamais constituer un dommage certain (même si elle pourrait

trouver à se réaliser, exemple de l’hypothèse de travail sur l’obligation alimentaire d’un enfant).

La

l’indemnisation) ?

perte

d’une

chance

est-elle

cependant

une

situation

justifiant

la

certitude

d’un

dommage

(et

donc

1 Arrêt de la 2° chambre civile du 22 février 2007, pourvoi nº 06-10131, Dalloz 2007 jurisprudence p.798, note de Palhawan- Senthiles, voir document annexe.

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

11
11

Il s’agit de la disparition actuelle et certaine d’une éventualité favorable. La jurisprudence admet qu’un préjudice peut être invoqué dès lors qu’une chance existait et qu’elle a été perdue, il appartiendra aux parties et aux juges d’apporter toutes les pièces nécessaires à la preuve d’une chance qui s’impose a aujourd’hui disparu. Les juges ont admis par exemple au titre de la perte d’une chance : l’indemnisation de la perte d’une chance de gagner un procès (un avocat avait oublié d’exercer des voies de recours disponibles), la perte d’une chance de remporter des gains à l’occasion d’une course de chevaux (disqualification d’un jockey qui avait gagné), la perte d’une chance de réussir un concours/examen (la probabilité de réussite au concours est établie et que l‘impossibilité de poursuivre le con- cours est liée à un évènement extérieur), cette perte de chance peut intervenir également dans le cadre d’une erreur médicale. La perte d’une chance est un préjudice en soi, on indemnise la perte de la chance (qui est plus ou moins probable), mais ça ne conduit pas les tribunaux à allouer à la victime, les gains manqués pour l’avenir (lorsqu’ils trouvent leur origine dans la perte de cette chance).

Le caractère direct. L’existence de l’indemnisation d’un caractère direct va de soi, le préjudice indirect n’est pas indemnisable à ce titre (il existe cependant des situations spéciales où c’est possible).

Paragraphe 2 :

Le dommage moral ou extrapatrimonial.

Le dommage moral est un dommage qui ne porte pas atteinte au patrimoine (d’om son appellation de dommage ex- trapatrimonial). C’est la souffrance vécue par la victime. Il y a deux causes à cette souffrance : soit une atteinte portée à son intégrité corporelle, soit celle à son intégrité intellectuelle. Lorsqu’il y a une atteinte portée à l’intégrité corporelle. Elle peut causer différents chefs de préjudice indemni- sables :

- Il y a d’abord la souffrance physique, ce que les professionnels appellent plus communément le pretium doloris (prix de la douleur, que l’on ressent dans sa chair). On évalue le prix de la douleur sur une échelle qui va de 1 à 7 (pour être au plafond, il faut être dans une situation physique très dure, souvent les très grands brulés en soins intensifs…).

- Les souffrances morales. Ce sont les souffrances suite à un préjudice esthétique (très lourd, comme la défigura- tion, mutilation, brulure…). On peut également indemniser les préjudices dits d’agrément (notamment pour les sportifs qui du jour au lendemain se trouvent dans l’incapacité de pratiquer leur sport). La jurisprudence in- demnise aussi le préjudice sexuel.

Il y a également les atteintes portées à l’intégrité intellectuelle. Ce sont des chefs de préjudice indemnisable aux en- jeux moindres : généralement la violation de la vie privée, diffamation, injures publiques, usurpation d’identité (nom de famille), divorce pour faute (quand faute exclusive), atteinte aux sentiments (perte d’un être cher) et par- fois les atteintes portées aux convictions et sentiment religieux (les croyances).

Il y a aujourd’hui un débat sur la raison de l’existence d’indemnisation du dommage moral (le dommage mo- ral est-il réparable ?). C’est un débat qui a été vif dans la première moitié du XX° siècle. Des auteurs ont contesté le caractère réparable du dommage moral 1 (c’est à ce propos qu’on a distingué entre la réparation et l’indemnisation). On trouve quelques fois la traduction de ce débat quand il arrive que des personnes se constituant partie civile ne sollicitent que 1 euro de dommage et intérêts (reconnaissance symbolique du dommage par la so- ciété).

Cela étant, cette thèse n’a pas été reçue par la jurisprudence française, et l’indemnisation du préjudice moral a toujours été admise par les juges 2 . Depuis, le dommage moral a toujours été indemnisé par les juridictions fran- çaises.

1 Doit-on chiffrer la perte d’un être cher ? De nombreux courants considèrent qu’il y a une certaine indécence à cela.

2 Exemple de l’arrêt du 27 juin 1833, S.1833 part 1 p.458 avec les conclusions de Dupin.

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

12
12

Premier argument : il faut reconnaitre que la souffrance psychologique, morale, n’est jamais réparable, mais la société doit admettre et reconnaitre cette souffrance à travers une indemnisation (l’indemnisation est la reconnais- sance de la souffrance de l’autre par la société).

Cette indemnisation peut-elle créer un sentiment de satisfaction ou de remplacement ?

Le deuxième argument, moins fondamental, mais plus franc, est que le fait d’allouer une indemnisation, c’est aussi pour la victime une façon de s’associer à la sanction qui va être infligée à l’auteur du fait générateur du dommage (c’est la notion de peine privée).

Section 2 :

Le dommage par ricochet.

Un certain nombre de dommages indirects peuvent aussi être réparés, on les nomme, les dommages par ricochet.

C’est l’exemple de l’employeur qui se voit privé des services d’un associé pendant de longues semaines ou mois. La vic- time directe est l’associé, la victime indirecte est l’employeur qui souffre de l’absence de son associé.

En pratique, la plupart des procès intéressant la mise en œuvre d’une indemnisation d’un dommage par ricochet tou- chent le cercle familial, notamment lorsque cette personne (la victime directe), permettait à la famille de vivre. Du jour au lendemain, parce qu’il ne peut plus travailler, la famille se trouve démunie de toute ressource (type même de préju- dice par ricochet indemnisable). Ce préjudice est pour une part un dommage matériel, et d’une autre part, un dommage moral.

Paragraphe 1 :

Le dommage matériel par ricochet.

Il correspond en pratique à l’hypothèse où la victime directe est une victime d’un accident mortel (il y a plus faci- lement un substitut à cette perte de revenus). Si la victime ne meurt pas, elle ne percevra plus de traitements et sa- laires en revanche, elle va percevoir d’un certain nombre d’organismes des compensations financières (indemnités journalières, indemnités d’assurance). En présence d’un accident mortel, certaines personnes (que la fiscalité qualifie de personnes à charge) vont devenir indirectement les victimes de ce fait dommageable (le décès du proche). Elles vont pouvoir en leur nom propre demander la réparation de certains chefs de préjudice.

A. Les personnes susceptibles de demander réparation.

Sur cette question la jurisprudence a évolué : elle est passée d’une conception réduite à une vision plus large. Le revirement premier est intervenu en 1937, il a ouvert la porte à l’indemnisation à la condition que la personne réclamant l’indemnisation ait un intérêt légitime juridiquement protégé. Cette formule a été re- prise dans 5 décisions prises par la cour de cassation : 3 rendue par la chambre criminelle le 13 février 1937 et 2 par les chambres civiles le 27 juillet 1937. C’est une formule restrictive : quelles sont ces personnes ? Cette jurisprudence va exclure la situation de la ou du fiancé ainsi que les enfants « naturels » lorsque ceux-ci étaient adultérins. À partir de 1952, ces deux chambres vont avoir des analyses différentes du problème. La chambre criminelle va la première avoir une jurisprudence plus libérale, elle va élargir le cercle des personnes autorisées à la perception d’une indemnisation à un dommage matériel par ricochet. Elle va ac- cueillir en 1952, l’action des frères et sœurs ; en 1954 l’action de la fiancée et en 1955 l’indemnisation de l’enfant naturel adultérin. Il faudra attendre 1959 pour qu’elle admette l’action du concubin. En revanche, la chambre civile (plus précisément la deuxième) va maintenir une jurisprudence plus con- servatrice. Elle va refuser en 1961 l’indemnisation du concubin survivant.

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

13
13

À partir de 1961, on se retrouve face à une divergence de jurisprudence entre la chambre criminelle et la

deuxième chambre civile de la Cour de Cassation. Cette divergence était difficile à accepter, d’autant plus qu’elle s’est maintenue pendant plus de 10 ans (par ce qu’on faisait au concubin survivant, un sort diffé-

rent selon qu’à l’origine de la mort de son concubin on détectait ou non une infraction pénale). Il a fallu attendre un arrêt rendu par la chambre mixte de la Cour de Cassation du 27 février 1970 dans le- quel la Cour va statuer en faveur de la concubine survivante. Le motif utilisé est que l’article 1382 du Code Civil n’exige pas, en cas de décès, l’existence d’un lien de droit entre le défunt et le demandeur en indemnisation. Jusqu’en 1975 il y a eu encore des refus d’indemnisation à l’égard des concubins adulté- rins (jusqu’en 1975 l’adultère était une infraction pénale). Aujourd’hui, l’action en réparation du préjudice par ricochet est une action quasi exclusivement familiale (veuf/veuve, concubin/concubine, pacsé(é), fiancé(e) et les plus proches parents : grands parents, enfants, oncles/tantes, neveux/nièces). Il y a eu des cas où un associé ou un employeur a demandé une indemnisa- tion, mais c’est plus à titre anecdotique.

Paragraphe 2 :

Le dommage moral par ricochet.

La problématique ici est différente de celle du dommage matériel : le dommage moral est une souffrance vécue par les proches de la victime. Cette souffrance est présente dans d’autres cas que le décès.

A. Le dommage moral par ricochet lorsque la victime initiale ou directe décède rapidement.

À l’inverse du dommage matériel, le dommage moral concerne un cercle beaucoup plus large de vic-

times. Ce nombre de personnes, qui souffrent du décès d’une autre personne peut-être très important

(l’ensemble des parents, les alliés, amis, collègue, confrère, associé, employeur, équipier…).

À l’origine la Cour de Cassation a exigé pour la réparation d’un dommage moral par ricochet un lien de

parenté ou un lien d’alliance entre la victime directe et la victime indirecte. Vis-à-vis de ces personnes, la

jurisprudence avait fixé la présomption d’un préjudice d’affection. Il s’agissait d’une présomption simple qui pouvait à tout moment être renversée si un parent trop éloigné venait à se présenter. Parallèlement à l’acceptation d’une présomption de préjudice d’affection pour les parents et pour les alliés, la jurispru- dence a maintenu une exclusion pour ceux qui n’avaient pas cette qualité (essentiellement les fiancés et concubins survivants). Les juridictions du fond en résistance à la Cour de Cassation acceptaient cepen- dant souvent des indemnisations pour les fiancés ou concubins survivants. Dans l’arrêt de la première chambre civile du 16 janvier 1962, la Cour de Cassation a admis un préjudice d’ordre subjectif et affectif pour la perte d’un cheval (catégorie de choses) et prolonge ce revirement de jurisprudence par l’arrêt du 27 février 1970 de la chambre mixte où elle ne fait plus de distinction selon la nature du dommage pour octroyer un droit à indemnisation d’un préjudice par ricochet matériel ou moral lorsqu’un proche vient à décéder. En pratique, le nombre des demandeurs et leur qualité est en fait assez limité. Il est rare que des amis sol- licitent l’indemnisation d’un préjudice moral lié à la perte d’un ami proche.

B. Le dommage moral par ricochet indépendamment du décès de la victime initiale.

C’est ici l’hypothèse d’un dommage corporel important subi par la victime directe. Il est évident que les proches de cette victime directe, qui a survécu, peuvent êtres, et sont, en grande souffrance psychologique de voir l’être aimé souffrir lui aussi. Aujourd’hui, dans le droit positif, cette souffrance est prise en compte par la société et donne des droits à indemnisation. En 1942, la Cour de Cassation a refusé l’indemnisation de ce genre de préjudice pour une raison fonda- mentale : ce genre de préjudices ne pouvait être indemnisé qu’en cas de décès de la victime directe (posi- tion de principe). En 1946, la Cour de Cassation procède à un revirement de jurisprudence et admet pour la première fois l’indemnisation du préjudice moral par ricochet en cas de survie de la victime directe (avec limite).

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

14
14

En outre, autre restriction posée par la jurisprudence : ce préjudice moral par ricochet devait être particu- lièrement important. En droit toutes ces restrictions ont disparu, mais de fait, elles s’imposent par elles- mêmes (en l’absence d’enjeux importants, les victimes du préjudice moral ne réalisent que rarement des actions). Lorsque l’action civile (en réparation) est menée devant les juridictions répressives, une difficulté a été soulevée et résulte de l’article 2 du Code de Procédure Pénale : l’action civile en réparation du dommage causé par un crime, un délit ou une contravention appartient à tous ceux qui ont personnellement souffert du dommage directement causé par l’infraction. Dans un premier temps, la jurisprudence a interprété très restrictivement ce texte et interdisait aux victimes civiles par ricochet d’agir devant la juridiction répres- sive sans leur interdire d’agir devant les juridictions civiles (dans l’attente de la fin du procès pénal). Dans un arrêt du 9 février 1989 la chambre criminelle de la Cour de Cassation 1 a jugé il résulte des ar- ticles 2 et 3 de Code de Procédure Pénale que les proches de la victime d’une infraction (…) sont rece- vables à rapporter la preuve d’un dommage dont ils ont personnellement souffert et découlant directe- ment des faits objets de la poursuite.

Section 3 :

Le dommage soumis au recours des tiers.

Ce sont des situations qui sont la plupart du temps envisagées par des règlementations spéciales (non référencées dans le Code Civil). Ce qui fait l’unité de ces différents textes est que la victime du dommage dispose parfois, outre son recours contre l’auteur du fait dommageable, de droits particuliers qu’elle pourra opposer, mettre en œuvre, à des tiers au fait dommageable.

Exemple du droit particulier à l’obtention de sécurité sociale pour une personne qui se trouve dans l’incapacité de travail- ler, c’est la sécurité sociale qui sera amenée à verser les droits de la victime. Ou encore la situation d’un fonctionnaire d’État qui peut, parce que dans l’incapacité d’exercer sn activité profession- nelle, solliciter de la part de l’État, le versement de certaines pensions. Enfin la situation de ceux qui se tournent vers des sociétés d’assurance pour l’obtention de différentes indemnisations.

La présence de ces tiers soulève deux questions :

Est-ce que la victime peut cumuler les indemnités versées par l’auteur du fait dommageable et celles versées par un tiers ? Si on admet cette possibilité de cumul, ne faut-il pas admettre alors que le tiers puisse exercer un recours contre la personne responsable ?

Si on admet le cumul, aucun recours n’est admissible (entre l’auteur du fait dommageable et le tiers par exemple). En revanche, si on refuse le cumul des indemnités, le tiers qui a déjà versé de l’argent à la victime doit pouvoir se retour- ner contre l’auteur du fait dommageable. Pour l’essentiel la réponse à ces questions a été posée par la loi du 5 juillet 1985 relative aux accidents de la circula- tion (sous l’article 1383 du Code Civil), c’est une règlementation d’ordre public. Il faut distinguer dans cette loi, deux catégories de dommages, les dommages aux biens et les dommages aux personnes. En ce qui concerne les dommages aux biens, les sommes qui sont versées par l’assureur ont un caractère indemnitaire (il s’agit de réparer un préjudice). En ce qui concerne les dommages aux biens, rien n’interdit à la victime d’actionner en justice le tiers responsable si l’indemnisation versée par l’assureur ne couvre pas la réalité du préjudice matériel. L’assureur qui a payé, il bénéficie pour ce dommage, d’un recours subrogatoire (L 121-12 code des assurances), qu’il exercera contre le tiers responsable. Pour les dommages résultat des atteintes à la personne. Le recours n’est permis que dans les conditions posées par l’article 29 de la loi du 5 juillet 1985. L’article 28 de cette loi, lui donne une portée générale (alors qu’elle est sur les accidents de la circulation), elle concerne alors également les accidents domestiques, les accidents sportifs et les vio- lences volontaires. Dans cette hypothèse, le tiers payeur (souvent l’assureur) va disposer de deux formes de recours :

soit un recours subrogatoire, soit un recours direct.

1 Dalloz 1989 partie jurisprudence p.614 avec note de Bruneau.

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

15
15

L’hypothèse du recours subrogatoire contre le tiers responsable. L’article 29 de la loi du 5 juillet 1985 énonce précisément les postes qui autorisent ce recours subrogatoire : les prestations versées par les organismes de sécurité sociale ; les prestations versées par des personnes publiques à leurs agents ; les caisses primaires d’assurance maladie pour les frais médicaux et de rééducation ; les employeurs qui pendant un temps (alors que le salarié avait cessé son activité) ont continué à verser un salaire ; les indemnités journalières de maladie et d’invalidité. Ces prestations qui permettent un recours subrogatoire ont donné lieu à une intervention législative récente avec une loi du 21 décembre 2006 qui est venue pour simplifier les conditions de la loi de 1985. Malheureusement cette loi a créé la confusion qui, par une rafale d’arrêts (11) allant de mai à juin 2009, la Cour de Cassation est venue préciser l’interprétation qu’il fallait donner à certains éclairages apportés par la loi de 2006 (dont surtout l’arrêt du 19 mai 2009, pourvoi nº 08- 84.896, voir document annexe). L’hypothèse du recours direct contre le tiers responsable. C’est un recours organisé par l’article 32 de la loi du 5 juillet 1985. Il s’agit d’un recours qui est ouvert à certains tiers pour le versement de sommes qui n’ont pas de carac- tères indemnitaires. Il s’agit des recours qui peuvent être exercés par les employeurs et notamment l’État pour les charges que ces derniers ont continué à payer alors que la victime n’était plus en activité. Ces règles sont des règles d’ordre public (parce que dans la loi du 5 juillet 1985).

Sous titre deuxième : le fait générateur de responsabilité.

Le dommage à autrui, est toujours une source de responsabilité, que ce dommage trouve sa source dans le fait person- nel d’une autre personne ou qui l’a trouvé directement dans le fait d’une chose ou d’un corps, le fait d’autrui.

La responsabilité d’autrui dite du fait personnel est le point de départ des mécanismes de la responsabilité ci- vile. La théorie générale de la responsabilité civile repose d’abord sur les mécanismes de la responsabilité du fait per- sonnel. Quiconque cause à autrui un dommage par son propre fait, doit le réparer (article 1382 du Code Civil) ; peu importe que ce fait soit intentionnel, volontaire (responsabilité civile délictuelle) ou non intentionnel, involontaire (responsabilité civile quasi délictuelle). Les fondements dans le Code civil de la responsabilité civile du fait personnel sont les articles 1382 et 1383 du Code Civil.

À côté du fait personnel, il y d’autres faits générateurs de responsabilité, lorsqu’une personne est engagée par le fait d’autres personnes dont elle doit répondre. Lorsqu’il s’agit de responsabilité liée au fait de personne dont on doit ré- pondre, on parle de responsabilité du fait d’autrui. Si on recherche le ou les fondements de la responsabilité du fait d’autrui, il s’agit, pour le droit commun, de l’article 1384 alinéa 1 du Code Civil. Le Code Civil prévoit cependant dans cet article 1384 des régimes spéciaux de responsabilité du fait d’autrui.

Ce sont les exemples de la responsabilité des parents du fait de leurs enfants, ce régime est posé par le quatrième alinéa de l’article 1384 ; la responsabilité des maitres et commettants du fait de leurs domestiques et préposés posé par l’alinéa 5 ; la responsabilité des instituteurs et des artisanats du fait de leurs élèves et apprentis prévue par le sixième alinéa de l’article 1384.

Troisième source de responsabilité : la responsabilité d’une personne du fait des choses qu’elle a sous sa garde. Le principe général figure dans l’article 1384 aliéna 1 du Code Civil. À côté de ce principe général, il y a des régimes spéciaux (notamment la responsabilité du fait des animaux fixés par l’article 1385 du Code Civil ou la responsabilité du fait des immeubles menaçant ruine posée par l’article 1386 du Code Civil). Depuis 1804, d’autres régimes spéciaux se sont ajoutés, malgré l’apparition d’un régime général (notamment le fait des véhicules terrestres à moteurs de la loi du 5 juillet 1985 sur les accidents de la circulation ou encore la responsabilité des fabricants et producteurs du fait de leurs produits apparus en 1998, aujourd’hui ce régime se retrouve dans les articles 1386-1 et suivants du Code Civil).

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

16
16

Chapitre 1 : La responsabilité du fait personnel.

Les mécanismes de la responsabilité civile (du fait personnel en particulier) ont un fondement constitutionnel. On le trouve dans l’article 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 dans la mesure où cet article dispose que la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. Dans les relations de droit privé, l’expression de ce principe se trouve dans l’article 1382 du Code Civil qui est en quelque sorte la mise en œuvre dans les règles de droit privé de ce principe constitutionnel. Il a fallu attendre 1999 pour que le Conseil Constitutionnel confère à la responsabilité civile expressément une valeur constitutionnelle. Cette reconnaissance est intervenue dans une décision rendue le 9 novembre 1999 (DC 99-419) à propos des débats politiques développés au sujet du PACS. La conséquence est qu’aujourd’hui, tout dommage causé à autrui appelle une réparation civile. Il existe une exception, en matière de droit de la concurrence, le dommage concurrentiel est, par exception, licite, et n’engage pas la responsabili- té de celui qui est à l’origine de ce dommage (la clientèle est à qui sait la prendre). La responsabilité du fait personnel est une responsabilité exclusivement fondée sur la faute.

Section 1 :

La notion de faute.

Il y a des auteurs qui se sont essayés à définir la faute et proposer des expressions permettant d’éclairer sur la notion de faute. Marcel Planiol par exemple, a défini la faute comme étant la violation d’une obligation préexistante ; le doyen Carbonnier s’est essayé à la définir comme un fait illicite. Le reproche peut être que ces deux propositions ne feraient que déplacer l’origine du problème. La définition de la faute semble alors bien impossible. Aujourd’hui la doctrine contemporaine ne cherche pas à définir la faute, ils analysent la jurisprudence et considèrent que la notion de faute est un standard qui est laissé à la libre appréciation des magistrats. Le magistrat a alors une mis- sion précise : il doit comparer deux attitudes et réaliser un jugement de valeur. Il doit d’abord analyser l’attitude de l’auteur du dommage (ce qu’il a fait ou pas fait) et la comparer à l’attitude qu’il aurait dû avoir. Si l’attitude de l’auteur du fait dommageable correspond à l’attitude qu’il devait adopter, son attitude ne sera pas fautive ; si en re- vanche elle ne correspond pas à l’attitude qu’il devait avoir, elle sera qualifiée de fautive au sens de l’article 1382 du Code Civil. Si on se tourne vers le droit prospectif on a dans l’avant projet de loi de réforme des obligations, une préposition lé- gale de définition de la faute et, de lege ferenda 1 , l’article 1352 alinéa 2 propose la définition suivante : constitue une faute la violation d’une règle de conduite imposée par une loi, par un règlement, où le manquement au devoir général de prudence ou de diligence. À défaut de définition légale de la faute, il existe des classifications relatives à la faute. Il existe aussi en droit français une exigence de droit processuel, la nécessité pour le juge de dire en quoi consiste la faute (constater judiciairement la faute).

Paragraphe 1 :

La conception objective de la faute civile.

En matière pénale, la conception de la faute qui a été consacrée par le droit est une conception subjective (selon la- quelle, la faute doit être imputable à l’auteur de l’infraction, si elle ne lui est pas imputable, il ne pourra pas être déclaré pénalement responsable). En droit civil, la conception de la faute est plus objective parce que le droit civile a, petit à petit, abandonné cette exigence d’imputabilité (les civilistes emploient plutôt le terme de discernement). En 1804, une personne ne pouvait être déclarée responsable civilement, que si elle était douée de discernement (être parfaitement consciente de ses actes). Cette exigence de principe avait des conséquences importantes en ma- tière de responsabilité civile parce que tous ceux dont on pouvait douter du discernement, devaient êtres déclarés civilement irresponsables (les aliénés, l’enfant en bas âge et les personnes morales principalement). Dès le 19 ème siècle, la théorie de la personnalité morale va être approfondie par les auteurs, et la responsabilité ci- vile de la personne morale va être admise par la Cour de Cassation ; en revanche l’irresponsabilité de l’Infans et de l’aliéné va être maintenue jusqu’au 20 ème siècle. Il y a la loi du 3 janvier 1968 relative à la protection des incapables qui va abandonner le principe de l’irresponsabilité civile des incapables majeurs, les aliénés. Aujourd’hui ce prin- cipe est énoncé par l’article 489-2 du Code Civil qui dispose que celui qui a causé un dommage à autrui alors qu’il

1 Du latin, quant à la loi que l’on doit appliquer.

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

17
17

était sous l’empire d’un trouble mental, n’en est pas moins obligé à réparation. Ce texte était en théorie applicable aux seuls incapables majeurs va permettre petit à petit l’abandon de l’irresponsabilité des incapables mineurs et même, en dernier lieu, l’abandon de l’irresponsabilité de l’Infans. Deuxième temps, l’application de l’article 489-2 aux aliénés mineurs. Cette extension du champ d’application du texte est intervenue pour la première fois dans un arrêt rendu par la première chambre civile de la Cour de Cassa- tion le 20 juillet 1976 : L’obligation à réparation prévue à l’article 489-2 du Code Civil, concerne tous ceux qui, sous l’empire d’un trouble mental, ont causé un dommage à autrui. Dernier stade de l’évolution, l’article 489-2 a été enfin appliqué à l’Infans (les mineurs en bas âge). Cette évolution est intervenue dans un arrêt de l’assemblée plénière de la Cour de Cassation du 9 mai 1984 (arrêt Fullenwarth conte Felten ; pourvoi n°79-16.612, commentaire au GAJC n°208 et 209) où l’assemblée plénière considère et af- firme qu’on ne peut reprocher aux juridictions du fond de ne pas chercher à vérifier la capacité de discernement d’un enfant. En conclusion, l’absence de discernement, l’aliénation ne sont plus aujourd’hui une cause d’irresponsabilité civile. Il y a quand même de l’intérêt à apprécier l’état de discernement ou d’aliénation de la personne, parce que cela va permettre de qualifier civilement la faute qui a été commise : c’est nécessairement une faute non intentionnelle, une faute qui relève du quasi-délit civil de l’article 1383 du Code Civil (ce qui a une incidence sur le quantum de la ré- paration).

Paragraphe 2 :

Les classifications des fautes.

A. La distinction entre la faute civile et la faute pénale.

1. Une différence quant aux personnes responsables. Le délit civil, est indifférent à l’aliénation ou au manque de discernement de la personne. En revanche, l’infraction pénale suppose son imputabilité à l’auteur de l’infraction, ce qui exclue la responsabilité pénale dans certaines circonstances : la situation d’une personne atteinte d’un trouble mental au sens pénal du terme (article 122-1 alinéa 1 du Code Pénal). Deuxième limite : la responsabilité pénale au sens strict, suppose que l’auteur de l’infraction ait atteint l’âge de 10 ans. C’est une responsabilité atténuée en général pour les mineurs entre 13 et 18 ans, et ce ne sont que des mesures dites d’assistance éducative entre 10 et 13 ans (cf. article 122-8 du Code Pé- nal pour les mineurs entre 13 et 18 ans et article 15-1 de l’ordonnance du 2 février 1945 pour les me- sures d’assistance éducatives).

2. Une différence quant aux sources. Le délit civil est une faute dans un sens très général ce qui a pour conséquence que les quasi-délits ci- vils sont innomés (on ne peut établir de liste limitative) ; a contrario, l’infraction pénale est toujours définie par les textes (il n’y a pas d’infraction sans texte).

3. Une différence quant aux résultats. Le délit civil suppose l’existence d’un dommage, en revanche, en matière pénale, l’infraction peut exister sans dommage (exemple d’un excès de vitesse).

4. Une différence de sanction. La sanction du délit civil est la réparation des préjudices soufferts par la victime (défense d’un intérêt privé) alors que la sanction de l’infraction pénale est le prononcé d’une peine au nom de la société.

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

18
18

B. Les catégories de fautes civiles.

1. La faute de commission et la faute par omission. L’opposition est aisée à comprendre : la faute de commission est le fait d’avoir réalisé quelque chose que l’on n’aurait pas dû faire ; alors que la faute par omission est une faute qui consiste à ne pas avoir fait ce que l’on aurait dû faire (c’est une abstention). À l’origine la faute d’abstention, a été contesté par certains auteurs parce que dans notre système libéral, les individus sont libres de ne rien faire. Cette conception philosophique a connu ses succès au début du 19 ème siècle, mais aujourd’hui elle est abandonnée, mais d’un point de vue historique, le droit tel qu’on le connait aujourd’hui (qui sanc- tionne l’abstention) n’est pas une nouveauté : sous l’ancien régime, l’ancien droit sanctionnait la faute d’abstention (cf. jurisconsulte Loisel : qui peut et n’empêche, pèche). Aujourd’hui en droit positif, les juges qualifient toujours de faute une abstention guidée par une inten- tion de nuire. C’est aussi le cas lorsqu’un individu commet un manquement à une indication légale ou règlementaire (comme l’obligation de porter secours à une personne en péril). La difficulté surgit lorsqu’il n’existe aucun texte qui impose une obligation légale ou règlementaire de faire quelque chose. On s’est interrogé sur la possibilité de sanctionner l’abstention alors même qu’il n’y a pas d’intention de nuire ou d’obligation légale. Il a fallu attendre le milieu du 20 ème siècle pour que la Cour de Cassation dans un arrêt du 27 février 1951 (arrêt Branly : il fallait rechercher si l’auteur s’était comporté comme un historien prudent, avisé, conscient des devoirs d’objectivité qui lui incombaient, chronique du doyen Carbonnier le silence et la gloire, Dalloz 1951 partie chronique p.119), elle sanctionne l’absentions, l’omission, en l’absence de toute intention de nuire et de toute obligation légale ou règlementaire.

2. La faute intentionnelle et la faute non intentionnelle. Cette opposition correspond à la distinction légale posée par les articles 1382 et 1383 du Code Civil. Le fait quelconque de l’homme est une formule de l’ancien droit qui renvoie à l’idée de la faute inten- tionnelle, l’article 1382 renvoie alors à la faute intentionnelle commise par l’homme (délit civil). En revanche, pour la faute d’imprudence ou de négligence (article 1383), ces termes renvoient à l’idée d’une faute non intentionnelle, c’est le quasi-délit civil de l’article 1383 du Code Civil. Le délit civil, la faute intentionnelle, est une faute qui a été réalisée avec la volonté de commettre un acte dommageable avec la volonté de causer à autrui un dommage. Le délit civil suppose la cons- cience de causer un dommage, ce qui, normalement, devrait écarter l’application de l’article 1383 du Code Civil lorsque le dommage a été causé par un incapable (aliéné ou Infans). Le droit civil n’attache quasiment aucune conséquence au caractère intentionnel de la faute : l’étendue du préjudice est en fonction du dommage, et non de la faute. Il y a deux objections : lorsqu’une faute est intentionnelle, cette faute ne peut, en principe être assu- rée ; les juges peuvent être enclins à allouer pour un dommage similaire plus facilement des dom- mages et intérêts lorsque la faute a un caractère intentionnel (alors qu’ils ne devraient pas le faire sur le plan juridique). Le quasi-délit civil, la faute non intentionnelle, est soit une négligence soit une imprudence. Cette im- prudence ou négligence est le fait d’une personne qui n’a pas voulu causer un dommage. On distingue l’imprudence de la négligence parce que l’imprudence serait un manque de réflexion alors que la né- gligence serait plus un manque d’attention. En principe, la cause du dommage est indifférente. Cela étant, il existe en matière civile, une gradation entre les fautes non intentionnelles : la faute lourde, la faute légère, la faute très légère…

Paragraphe 3 :

L’appréciation et la constatation judiciaire de la faute.

L’appréciation judiciaire de la faute doit se réaliser abstraitement, in abstracto : le juge va devoir comparer l’attitude de l’auteur des faits dommageables avec celle qu’il aurait dû avoir s’il avait été un homme prudent, dili-

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

19
19

gent, s’il avait agi comme un bon père de famille. Cette appréciation disparait lorsque l’auteur de la faute a commis une faute intentionnelle. Dans cette hypothèse, le juge va devoir se livrer à une investigation psychologique de l’auteur de la faute. C’est un élément important lorsque le fait litigieux est susceptible de constituer également une infraction pénale. En matière pénale, l’élément intentionnel est un élément qui est souvent requis en matière d’infractions criminelles et correctionnelles. Si cet élément intentionnel est établi, l’assureur refusera d’indemniser. Les cas dans lesquels le caractère intentionnel sera insuffisant : c’est le cas en matière de responsabilité médicale, liée à une activité sportive où le caractère intentionnel d’un fait litigieux ne détermine pas nécessairement une res- ponsabilité civile. L’obéissance à l’ordre donné par une autorité légitime exclut toute responsabilité pour l’auteur du fait dommageable s’il n’a fait qu’obéir, à la condition que cet ordre ne soit ni un ordre arbitraire, ni un ordre il- légal (sinon, cela détermine de la responsabilité civile, article 122-4 du Code Pénal), c’est la même situation en cas de légitime défense (article 122-5 du Code Pénal) ou encor dans la situation de l’état de nécessité (article 122-7 du Code Pénal).

La question de la constatation judiciaire de la faute : la charge de la preuve de la faute incombe à la victime du fait dommageable, en vertu de l’article 1315 aliéna 1 du Code Civil, c’est l’application de l’adage actori incumbit pro- batio. Cela étant, ce qui est à l’origine de la faute est un fait juridique ; or, le fait juridique peut être prouvé par n’importe quel mode de preuve (le plus souvent le témoignage et le jeu des présomptions). Si le fait dommageable est également constitutif d’une infraction pénale, le ministère public devra lui aussi œuvrer pour rapporter la preuve de l’infraction.

Section 2 :

La faute dans l’exercice d’un droit, l’abus d’un droit.

Est-ce que quelqu’un qui exerce une prérogative juridique qui lui est octroyée par la société, exerçant un droit subjec- tif, peut en exerçant ce droit, commettre une faute civile au sens de l’article 1382 et 1384 ? Peut-on être responsable d’avoir exercé un droit ? Quelles sont alors les conditions posées par la jurisprudence pour que l’exercice d’un droit détermine une responsabilité civile? C’est une problématique qui a donné lieu, surtout dans la première moitié du 20 ème siècle, à des débats doctrinaux plu- tôt vifs ; l’affaire Clément-Bayard a donné lieu à un arrêt de la Cour de Cassation en 1915 où il s’agissait du proprié- taire d’un terrain qui sur son terrain avait décidé d’édifier différentes constructions en bois au sommet desquelles il avait positionné des piques en fer pour écarter les ballons dirigeables de ses voisins : il a alors le droit de se clore, mais que s’il n’abuse pas de son doit. Ici il en abusé parce que le seul but poursuivit était l’intention de nuire à son voisin (3 août 1915, commentaire d’époque Dalloz 1917, partie 1, p.79 ; commentaire contemporain GAGC n°62 dernière édi- tion).

Paragraphe 1 :

La théorie de l’abus d’un droit.

La réception de cette théorie a été combattue par certains auteurs, notamment Plagnol qui considérait que la récep- tion de la théorie de l’abus de droit était véritablement une folie intellectuelle : un même acte ne peut être à la fois conforme au droit et en même temps contraire au droit. Le droit cesse là où l’abus commence cependant, alors était-il véritablement un opposant de cette théorie ? Il y avait également un courant de pensée favorable à cette théorie, dont le raisonnement était que plus on a de droit, plus on a de responsabilités, les deux vont de paire (Emmanuel Levy entre autres, qui est présenté comme le théoricien du socialisme juridique). Aujourd’hui, la difficulté est de déterminer le critère de l’abus de droit. Premier élément d’information, présent dans l’affaire Clément-Bayard, c’est l’intention de nuire (lorsque l’exercice d’un droit n’est porté que par l’intention de nuire, il est abusif, et détermine alors la responsabilité civile) : exemple de la situation d’un propriétaire qui a élevé sur son terrain d’une fausse cheminée et d’une palissade noire unique- ment pour priver son voisin de la belle vue qu’il avait ; ou encore un propriétaire qui réalise des fouilles sur son ter- rain et découvre une petite source qui alimente le terrain de son voisin en contrebas, il détourne alors la source pour qu’elle n’alimente plus le terrain de son voisin…

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

20
20

S’appuyant sur cette jurisprudence, Josserand a publié en 1929 un ouvrage consacré à la Relativité des droits, où il soutient que les droits qui sont conférés aux individus leurs sont conférés par l’État, dès lors que c’est l’État, à tra- vers la loi, qui est à l’origine de ces droits, ces prérogatives sont nécessairement relatives (elles ne sont pas abso- lues) ; l’État ne peut pas conférer aux individus des droits susceptibles de conférer des torts à l’intérêt général. La conclusion est que l’individu qui use d’une prérogative qui lui a été conférée par l’État à des fins contraires aux fi- nalités de l’institution (la propriété par exemple), cet individu commet un acte abusif. Cette thèse défendue à la fin des années 1920 va être le point de départ d’une évolution de la théorie de l’abus de droit dans la jurisprudence ; c’est la théorie dite des droits-fonctions (la finalité et le but des droits). Selon Josse- rand, le titulaire d’un droit en dispose non pas dans son seul intérêt, mais dans l’intérêt collectif d’une institution. Pour ces droits-fonctions, à chaque fois que le titulaire de ce droit en use à des fins autres que celles qui sont pour- suivies par cette prérogative, à chaque fois, il y aura abus de droit.

En droit de la famille, les parents sont titulaires de l’autorité parentale, c’est un droit-fonction, on leur octroie des préro- gatives juridiques sur leurs enfants mineurs habitants avec eux, mais dans le but d’assurer l’éducation de leurs enfants et les protéger. Si les parents usent de leur droit à l’autorité parentale dans un but autre que l’intérêt de leur enfant, on peut leur retirer l’exercice de cette autorité parentale. En droit du travail, l’employeur peut licencier ses salariés à condition d’avoir une cause dite réelle et sérieuse. Ce droit de licencier, octroyé par l’État à un individu, a une finalité sociale et institutionnelle (la protection du marché de l’emploi), si l’employeur ne se soumet pas à cette finalité sociale, il pourra être sanctionné par les règles du droit du travail.

La réception de la thèse de Josserand conduit aujourd’hui les tribunaux à étendre la théorie de l’abus de droit à des situations dans lesquelles le titulaire d’un droit ne l’exerce pas de manière prudence et avisée. Il y a une catégorie de droits subjectifs qui échappent à a théorie de l’abus de droit, ce sont les droits discrétionnaires (rares en droit français), c’était le cas par exemple des jeunes filles entre 15 et 18ans qui avaient besoin de l’autorisation de leurs parents pour se marier ; le refus d’autorisation à mariage était discrétionnaire, c’est aussi le droit pour les compa- gnies d’assurance de refuser l’agrément d’un successeur à un portefeuille d’assurance.

Paragraphe 2 :

La mise en œuvre de la théorie de l’abus d’un droit.

Aujourd’hui la doctrine et la jurisprudence s’accordent pour reconnaitre qu’il n’existe pas qu’un seul critère à la théorie de l’abus de droit. Les critères sont les suivants : l’intention de nuire, la référence au détournement du droit de sa finalité sociale, et il y a enfin la référence dans certains arrêts, à la notion de faute dans l’exercice d’un droit (sans plus de précision). Cette théorie est mise en œuvre dans de très nombreux domaines, extracontractuels, mais également contractuels.

Par exemple à propos de la liberté de contracter, à propos de la résiliation du contrat, à propos des conflits de travail, à propos du droit d’agir en justice (il y a eu des arrêts qui ont sanctionné le demandeur en justice pour avoir agi alors que le demandeur savait qu’il n’avait aucune chance de succès ou des arrêts qui ont sanctionné les défendeurs en justice pour abus de droit parce qu’ils ont cherché à opposer indéfiniment des arguments don ils sauraient que ces derniers ne seraient jamais reçus), mais surtout celui de l’abus du droit de propriété, c’est dans ce domaine que la jurisprudence est la plus abondante : la fausse cheminée, les piques, le tintamarre réalisé par le propriétaire d’un terrain pour faire fuir le gibier que chassait son voisin, planter un rideau de fougères pour priver son voisin de fougères, réaliser des palissades pour oc- culter la vue… Pour l’abus de droit en l’absence d’intention de nuire : il a été jugé notamment que le fait de construire un immeuble d’habitation de 21 étages (avec toutes les autorisations nécessaires), construction réalisée dans intention de nuire au voi- sin, pouvait déterminé pour le constructeur de cet immeuble, une responsabilité civile sur le motif que cette construction en privant les autres proches avait diminué la valeur de ces derniers ; une cour d’appel a également admis que le proprié- taire d’immeuble ayant fait l’objet de deux arrêté de périls et qui refusait sans raison valable de procéder à la démolition commet un abus de droit parce qu’en refusant la démolition, il prive ses voisins de la possibilité de réaliser des construc- tions sur leurs propres immeubles.

La mise en œuvre par la jurisprudence de la théorie des troubles dépassant les inconvénients normaux du voisinage. Cette théorie permet d’étendre la théorie de l’abus de droit à l’encontre d‘établissements industriels ou commer- ciaux, créant pour le voisinage des nuisances (sonores, liées à l’émanation de fumées, odeurs…). Ces désagréments Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

21
21

engagent la responsabilité des établissements au titre de l’abus de droit, et ceux alors même que toutes les autorisa- tions administratives ont été octroyées, alors même que le propriétaire de l’établissement a pris toutes les mesures nécessaires pour ne pas causer ces désagréments.

Chapitre deuxième : la responsabilité du fait des choses.

Le régime général, de droit commun

Les mécanismes de la responsabilité du fait des choses reposent sur le premier alinéa de l’article 1384 du Code Civil :

on est responsable non seulement du dommage que l’on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre ou des choses que l’on a sous sa garde (texte original de 1804).

En 1804 ce premier alinéa était un alinéa de « transition » entre les articles qui précédaient (1382 et 1383) et les ali- néas qui suivaient (ainsi que les articles 1385 et 1396) ; le législateur de 1804 n’avait donné aucun sens particulier à cet alinéa, aucune perspective juridique. Ce texte, cet alinéa premier n’aura cependant aucun sens tout au long du 19 ème siècle ni aucune portée juridique.

C’est au crépuscule du 19 ème siècle que la jurisprudence va donner à cet alinéa une véritable portée juridique. La pre- mière qui va lui être donnée est d’en faire un principe général de responsabilité du fait des choses (qui s’appliquera à toutes les choses sauf les animaux, article 1385 et les immeubles, article 1386). Cet alinéa qui n’avait aucun intérêt en 1804 va devenir à partir de la fin du 19 ème siècle un texte essentiel en matière de responsabilité des choses.

Postérieurement, vont être créés d’autres régimes spéciaux de responsabilité du fait des choses ; notamment en droit interne avec la loi du 5 juillet 1985 relative aux accidents de la circulation (pour les véhicules terrestres motorisés). Postérieurement à cette loi, le législateur français a également transposé une directive communautaire, et depuis la loi du 19 mai 1998 il existe un régime spécial de responsabilité du fait des choses, la responsabilité du fait des produits défectueux (articles 1386-1 et suivants du Code Civil).

Section 1 :

L’origine du principe général de la responsabilité du fait des choses.

Pour quelles raisons à la fin du 19 ème siècle est apparu ce principe général de la responsabilité du fait des choses ? Pourquoi les tribunaux ont donné une portée juridique à cet alinéa ?

La responsabilité du fait des choses tel qu’elle avait été pensée au début du 19 ème siècle est apparue à la fin de ce siècle, largement insuffisante pour faire face aux évolutions de la société et aux problématiques posées par l’évolution de la société française. C’est une société qui a connu sa révolution industrielle, avec le développement du machinisme (l’utilisation sans cesse croissante des machines-outils). Ce développement a multiplié les accidents du travail. Or, lorsqu’un salarié était victime à la fin du 19 ème siècle, d’un accident du travail, il ne pouvait espérer du fait de cet acci- dent, une indemnisation, que dans un cas s’il rapportait la preuve de la faute commise par son employeur. Or dans le cas de l’accident d’une machine-outil, l’employeur n’y est subjectivement pour rien, par conséquent, les chances pour le salarié d’être indemnisées en cas d’accident du travail, étaient très limitées. Il faut prendre en compte que les accidents du travail augmentent alors que les chances d’indemnisations ne bougent pas sachant qu’il n’y a pas à ce moment-là de système d’assurance sociale et non plus de système d’assurance privée. Ce principe général de la responsabilité du fait des choses est né d’un arrêt de principe de la Cour de Cassation, dans un arrêt rendu le 16 juin 1896 (Dalloz 1897, partie 1, p.433 avec les observations de Saleilles) connu sous le nom de l’arrêt du remorqueur. La Cour de Cassation reconnait la responsabilité de l’employeur au profit de l’employé. Sa- leilles et Josserand ont justifié cette position par la prise en compte de la théorie du risque : une machine industrielle est un outil qui permet d’accroitre les profits, par conséquent, dès lors qu’elle multiplie aussi les risques pour les utili-

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

22
22

sateurs, celui qui a introduit ce danger nouveau doit en assumer la contrepartie, c'est-à-dire, les risques (là où est l’émolument, là est la charge). Cette évolution jurisprudentielle va être très rapidement consacrée par le législateur, le 9 avril 1898 il vote pour la première fois en droit français, une loi relative aux accidents du travail. Par conséquent, cette loi de réaction par rap- port à l’arrêt remorqueur, rend quasiment inutile cet arrêt. Les arrêts qui ont suivi vont s’éloigner en quelque sorte de la théorie du risque de Saleilles et Josserand, en considérant que la responsabilité du gardien est une responsabilité fondée sur une présomption de faute. La seule façon pour le gradient de la chose de s’exonérer de cette faute présumée est de rapporter la preuve qu’un évènement de force majeur est à l’origine du dommage. À l’issue de la Première Guerre mondiale, dans les années 1920, une nouvelle problématique apparait : les progrès industriels ont mis sur les routes une nouvelle machine : des véhicules automobiles. Dès lors, de manière de plus en plus présente dans les années 1930 vont êtres de plus en plus utilisés, et ces véhicules vont êtres à l’origine de nou- veaux accidents (les accidents de la circulation). Dans cette période, la problématique quoi avait surgi à propos des accidents du travail va ressurgir à propos des acci-

dents de la circulation : un accident de la circulation est peut être un accident qui intervient à travers une chose, mais il

y a au volant de ce véhicule, une personne ; pour que la victime soit indemnisée, il faut alors apporter la preuve que le conducteur a commis une faute. Ce raisonnement va être écarté par la Cour de Cassation dans l’affaire célèbre dite Jand’heur, où la Cour de Cassation

a été saisie à deux reprises, et c’est dans son second arrêt d’assemblée plénière en chambres réunies qu’elle va adopter une position de principe relativement rigide concernant les mécanismes de la responsabilité à mettre en œuvre relati- vement aux accidents de la circulation (13 février 1930, GAJC, n°193). C’est un chauffeur de camion qui en manœu- vrant va renverser une fillette qui sera blessée. La question qui va se poser est celle de la responsabilité pour

l’indemnisation des préjudices soufferts. Faut-il mettre en œuvre alors la responsabilité du fait des choses (parce qu’il

y a un camion) ou faut-il se contenter de la responsabilité civile du fait personnel (parce qu’il y a un homme qui mani-

pule l’objet) ? La cour d’appel, sur le fait de la conduite de l’homme a refusé d’inclure la responsabilité du fait des choses. La Cour de Cassation cependant, applique une interprétation plus large de l’article 1384 (la responsabilité est à la chose et non sa garde). La jurisprudence a cependant eu du mal à s’affirmer dans la théorie du risque. C’est ce qu’elle va faire en revenant en arrière dans l’arrêt Franck (2 décembre 1941, chambres mixtes), où elle va renoncer, écarter la théorie du risque en matière de responsabilité civile. Ici, au cours d’une nuit, un notable se défait de la surveillance de son propre véhicule au profit de son fils qui n’a pas le permis de conduire (qui lui prétend qu’il avait stationné le véhicule en ville, qu’on lui aurait volé) ; le voleur va utiliser ce véhicule et renverser un certain Connot qui sera tué dans l’accident. Peut-on mettre en œuvre la responsabilité du fait des choses ici ? La Cour de Cassation va refuser de mettre en œuvre la théo- rie du risque : le propriétaire de la chose n’est pas responsable parce qu’il a perdu sa qualité de gardien (c’est le voleur qui avait cette qualité), la Cour de Cassation réaffirme cependant que l’article 1384 est basé sur une présomption de responsabilité. Plus récemment, l’arrêt Desmares le 9 juillet 1982 la cour de cassation renforce la théorie du risque en matière de responsabilité du fait des choses. Elle y conclut que l’absence de responsabilité du gardien ne peut résulter que d’un évènement de force majeure. Jusque-là, elle admettait en fait que la faute de la victime pouvait être une cause d’exonération totale ou partielle pour le gardien de la chose. Cette jurisprudence va être très fortement critiquée par la doctrine, il y a toujours même en matière de responsabilité objective, le ressort moral de la responsabilité pour faute qui ressort. En 1987 la Cour de Cassation va alors encore revenir sur sa jurisprudence dans une série d’arrêts rendus le 6 avril 1987 (GAJC n°206) où elle va abandonner sa jurisprudence Desmares et va revenir à une conception plus tradition- nelle de la responsabilité du fait des choses : la faute de la victime est à côté de la fore majeur (cause étrangère), une cause d’exonération de responsabilité pour le gardien de la chose.

Section 2 :

Le régime du principe général de la responsabilité du fait des choses.

Paragraphe 1 :

Le champ d’application de l’article 1384 alinéa 1 du Code Civil.

C’est une question qui a été de nombreuses fois soulevée au cours de la tumultueuse jurisprudence de la Cour de Cassation ; la volonté des tribunaux pour l’application de l’article 1384 est le souci de l’appliquer le plus souvent Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

23
23

possible (globalement l’appliquer à toutes les choses). La jurisprudence a alors une interprétation très large de la notion de chose au sens de cet article. Cela étant, en certaines circonstances, le dommage causé par des choses ne donne ou ne devrait pas donner lieu à l’application de l’article 1384 alinéa 1 du Code Civil. C’est le cas notamment des choses qui créent un dommage à l’occasion d’une pratique sportive (car souvent le domaine de la responsabilité contractuelle). Le problème est que le sport n’est pas toujours pratiqué dans un cadre institutionnel (l’action de la responsabilité du fait des choses tout comme l’action pour responsabilité contractuelle, orale, peut être engagée), mais en principe la pratique sportive relève très souvent de la responsabilité contractuelle, c’est le principe du non-cumul des responsabilités. Il y a une seconde excluions, légale, prévue par l’article 1384 alinéa 2 du Code civil, concernant un incendie causé par des meubles meublants qui se propage à l’immeuble, puis à d’autres immuables. Il y a une chose (l’immeuble) qui créé un dommage à des tiers (les voisins). Ce régime d’expions a été créé par le législateur en 1922 : la respon- sabilité qui doit être mise en œuvre est celle de droit commun, la responsabilité pour faute. Il faut alors prouver la faute du propriétaire des lieux et à défaut de preuves de cette faute il n’y aura pas de responsabilité. Cette exclusion du régime de la responsabilité a été menée auprès du pouvoir législatif par les assureurs qui ont demandés au pou- voir législatif à ce que les dommages liés à des incendies (qui peuvent avoir des conséquences pécuniaires lourdes pour les assureurs) à ce que ces dommages ne relèvent pas de la responsabilité du fait des choses. Il existe un nombre important de règles spéciales qui excluent l’application du principe général de la responsabilité du fait des choses pour certaines choses spéciales ou en certaines circonstances (comme les animaux, les im- meubles menaçant ruine, les produits défectueux…). C’est le cas notamment des choses qui causent des dommages dans le cadre du contrat de travail, on appliquera alors la règlementation relative aux conditions du contrat de tra- vail. En ce qui concerne les dommages causés par les téléphériques, il y a une loi de 1941 qui trouve à s’appliquer ; il y a encore les avions qui relèvent de la mise en œuvre des règles du Code de l’Aviation civile ; une loi encore de 1968 fixer des règles particulières de responsabilité pour les dommages causés par des matières nucléaires fis- sibles…

Paragraphe 2 :

Les conditions de la responsabilité du fait des choses.

On est responsable du dommage causé par le fait des choses qu’on a sous sa garde. Il y a trois termes qui méritent explication : le fait, la chose et la garde de la chose.

A. Les « choses » au sens de l’article 1384 alinéa 1 du Code Civil.

La notion de chose est une notion extrêmement générale, et cet article ne distingue pas entre les diffé- rentes catégories de choses (telles qu’on peut les aborder en droit des biens par exemple). Le principe est alors que là où la loi ne distingue pas, le juge ne doit distinguer ; toutes les choses doivent alors relever de cet article.

La nature de la chose est indifférente à l’application de ce texte. Il y a une première catégorie, les choses dites mobilières (chose qui est mobile, en opposition à l’immeuble qui est immobile). Tous les biens meubles, quelle que soit leur consistante relèvent de l’application de l’article 1384 du Code Civil. Ce peut être un bien meuble solide (la bouteille abandonnée sur la route, la boue propagée par un fermier…), ce peut être également des gaz, des énergies (comme l’électricité, des ondes, des particules, des liquides 1 ). À côté des meubles, les immeubles sont aussi des choses au sens de cet article (hors l’immeuble mena- çant ruine et la communication d’incendie). C’est le cas depuis un arrêt de principe rendu par la chambre des requêtes de la Cour de Cassation le 6 mars 1928. Ici l’immeuble concerné était un ascenseur (im- meuble, car pris dans la construction dans laquelle il se meut, c’est un immeuble par destination). Le projet Catala propose de supprimer des régimes spéciaux parmi lesquels il y a la suppression de l’article 1386 du Code Civil (les immeubles menaçant ruine) qui et un texte moins favorable aux vic-

1 Cour de Cassation 26 juin1953, chronique Eismeil Le diable dans la bouteille, la semaine juridique JCP 1954 partie 1, p.1163, où une bouteille de vin avait été gagnée à une fête foraine, le premier à en avoir bu, en est mort. Le gagnant de la bouteille a alors été déclaré responsable.

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

24
24

times, parce que ce régime spécial, fixe comme condition un vice de construction ; or, ces exigences n’existent pas dans la responsabilité générale du fait des choses. L’article 1384 aliéna 1 du Code Civil s’applique à toutes les choses susceptibles d’être gardées. Or, il y a certaines catégories de choses qui, a priori, ne peuvent pas être gardées, c’est ce que l’on nomme, les choses sans maitre (les choses de personne les res nullius, et les choses qui peuvent avoir un maitre, mais qui n’en ont plus les res derenictae). La jurisprudence a conclu que les choses sans maître peuvent avoir un gradient au sens de l’article 1383 alinéa 1 du Code Civil (un gardien par occupation) : la neige sur les voitures par exemple. La jurisprudence sur ce domaine est assez confuse et divisé cependant. La question du corps humain, le corps humain est-il une chose ? Tant que la personne est vivante, le corps humain ne peut être considéré comme une chose, ce n’est qu’après le décès de la personne que le corps peut être considéré comme une chose. Cependant, quand le corps humain est relié à une chose, il peut être considéré comme une chose. C’est la jurisprudence qui a admis cela dans ces contentieux rela- tifs à des accidents de ski ou de snowboard. Dans ces affaires particulières, le corps humain (parce qu’il est difficile dans ce genre de choc de déterminer l’objet à l’origine du dommage) peut être considéré comme une chose, parce qu’il devient un projectile dont la vitesse est engendrée par l’utilisation de cet objet particulier. Le corps serait l’esclave de l’objet en quelque sorte. La jurisprudence est allée plus loin en considérant que le corps humain peut être une chose quand bien même il ne serait pas l’instrument d’une autre chose (par le simple fait que l’individu soit en train de pousser son vélo par exemple). Les tribunaux ont décidé de donner au mot chose un sens large, de façon à mieux indemniser les victimes de ce type de dommages.

Est-ce que l’état de la chose déterminerait des règles différentes ? La question qui a été soulevée est celle du vice inhérent à la chose (à savoir s’il faut obligatoirement un vice pour déclencher la responsabilité du fait des choses). La jurisprudence a choisi de mettre en œuvre la responsabilité du fait des choses quand bien même ces choses ne présenteraient aucun vice (arrêt du remorquer de 1896) précisé dans l’arrêt du 16 novembre 1920 : il n’est pas nécessaire que la chose ait un vice inhérent à sa nature susceptible de causer le dommage.

La question de la dangerosité intrinsèque de la chose. C’est une nouvelle tentative pour essayer de mieux justifier les mécanismes de la responsabilité du fait des choses. C’est Ripper qui le premier a proposé de limiter cette responsabilité aux seules choses dangereuses. En proposant cela, il propose de réintroduire de la subjectivité dans une forme de responsabilité objective. Cette conception ne va pas être suivie par la jurisprudence, parce que ses adversaires, les partisans de la théorie du risque, voient la négation même de la théorie du risque. Josserand rétorqua même : si une chose a causé un dommage, c’est qu’elle était dan- gereuse. Le 15 novembre 1984, la deuxième chambre civile de la Cour de Cassation répond au problème en écar- tant à trois reprises la distinction entre les choses dangereuses et les choses qui ne le seraient pas (com- mentaire au RTC 1985 p.394, observations Jérôme Huet).

B. Le « fait » de la chose.

On va retrouver à propos de cette expression, les mêmes réflexions que l’on vient d’évoquer à propos de la chose elle-même. Il y a des auteurs qui ont cherché à limiter le champ d’application du premier alinéa de l’article 1384 du Code Civil, prouver que l’expression « le fait de la chose » signifiait quelque chose de précis, or cette expression renvoie tout simplement au dommage causé par la chose.

Première tentative : la problématique de la chose actionnée par la main de l’homme. C’est une proposition qui s’est développée à propos des accidents automobiles (avec de côté les cas parti- culiers, comme l’automobile garée dans une pente qui causerait un dommage…), mais à chaque fois qu’une chose est actionnée par la main de l’homme, c’est la responsabilité du fait personnelle qui est in- diquée, puisque c’est l’homme qui manipule cette chose. Ce raisonnement a été écarté parce qu’il risquait de limiter, dans certaines hypothèses, la possibilité d’indemniser les victimes. Ceux qui défendaient la Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

25
25

théorie du risque faisaient valoir que celui qui utilise un objet en retire des avantages, dès lors il doit en assumer les conséquences et doit être énoncé responsable au nom de la théorie du risque.

Deuxième tentative : le problème du contact de la chose avec la victime. Peut-on appliquer cette disposition à des situations dans lesquelles il n’y a pas eu de contact physique di- rect entre la chose et la victime ?

En matière d’accident de la circulation par exemple, il se peut que le comportement d’un automobiliste créé un accident sans que ce dernier ait touché la victime, comme croiser un autre véhicule en feux de route, l’autre con- ducteur peut avoir un mauvais réflexe et avoir un accident.

La jurisprudence a jugé que l’absence de contact direct entre la chose et la victime n’est pas un obstacle à la mise en œuvre de la responsabilité du fait des choses. Certains auteurs font valoir cependant qu’à la place, la responsabilité pour faute (l’imprudence) peut être invoquée.

Troisième tentative : le problème des choses dites inertes. Comment déterminer que c’est le fait de la chose qui est à l’origine du dommage ? Ici encore la jurispru- dence a choisi d’appliquer la responsabilité du fait des choses aux choses inertes. Elle le fait pour la pre- mière fois dans un arrêt du 24 février 1941 : la loi ne distinguant pas, il n’y a pas lieu au juge de distin- guer : l’article 1384 alinéa premier ne distingue pas selon que la chose est inerte ou en mouvement. Cette distinction est utilisée par les tribunaux pour apprécier les conditions de la responsabilité : si la chose est en mouvement, le contact de la chose avec la victime suffit pour établir la responsabilité ; en revanche, s’il s’agit d’une chose inerte, il semblerait que la chose doit en outre, être affectée d’une anomalie.

Par exemple : la responsabilité du gardien d’une chose inerte a été retenue pour le gardien d’un sol qui avait été ciré alors que le caractère particulièrement glissant de ce sol avait été indiqué à la victime. ; on a également rete- nu la responsabilité à propos du gardien d’un chantier qui y avait laissé trop de câbles, trop d’objets qui furent à l’origine de la chute d’une personne ayant circulé sur ce chantier.

Il peut arriver que l’anomalie détermine la responsabilité. Mais on trouve aussi des arrêts retenant la res- ponsabilité du fait d’une chose inerte alors que cette chose inerte ne présente aucune anomalie. On trouve un arrêt dans lequel une chose inerte ne présentant aucune anomalie a déterminé la responsabilité de son gardien. La chose était une boite aux lettres et avait été positionné dans le mur de clôture avec un débord normal, un passant cependant a heurté ce débord, le propriétaire a été jugé responsable (2 ème chambre ci- vile 25 octobre 2001, commenté au RTC 2002 p.108 avec observations de Jourdain). Les auteurs se sont demandé si avec ces décisions, la jurisprudence n’avait pas abandonné la distinction entre les choses inertes et les choses en mouvement (parce qu’elle estimait qu’il fallait une anomalie à la chose inerte). Il y a quand même une abondante jurisprudence ne retenant la responsabilité qu’à condition qu’il y ait une anomalie, ce qui laisse à penser que les autres décisions ne sont que d’espèce (et peut être d’opportunité) et qu’il n’y a donc pas de revirement de jurisprudence. Dans un arrêt redu le 24 février 2005 par la deuxième chambre civile de la Cour de Cassation, la haute ju- ridiction semble être revenue à l’exigence de l’anomalie pour une chose inerte. Il s’agissait d’une installa- tion conçue pour permettre aux jeunes enfants de s’amuser dans un lac, et des moins jeunes ont eu comme idée de se servir de ces aménagements pour faire des sauts en vélo. L’un s’est fait mal et a intenté une action en responsabilité contre le gardien de la chose. La Cour de Cassation a décidé d’exclure la res- ponsabilité du gardien, et ajoute qu’en outre la victime avait commis une faute en utilisant l’objet à des fins qui n’étaient pas prévues.

La problématique, dans ces critères complexes, des baies vitrées. Il y a une jurisprudence divisée : il y a presque autant d’arrêts qui retiennent la responsabilité en l’absence d’anomalie, que d’arrêts qui l’excluent. Le 24 février 2005, la Cour de Cassation a rendu une décision concernant les baies vitrées :

elle semble revenir à l’exigence d’une anomalie pour retenir la responsabilité du gardien.

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

26
26

C.

La « garde » de la chose.

Certains auteurs et tribunaux ont limité le champ d’application de l’alinéa premier de l’article 1384 du Code Civil. Lorsqu’on s’intéresse à la personne gardienne de la chose, on ne cherche plus à limiter le champ d’application du texte, mais on cherche à déterminer celui qui sera responsable. Si on se projette dans un avenir probable, la réforme du droit des obligations donne une définition du gardien de la chose. Le futur article 1354-2 du Code Civil (de lege ferenda) : le gardien est celui qui a la maitrise de la chose au moment du fait dommageable, le propriétaire est présumé le gardien. En droit français, le gardien ne se confond pas nécessairement avec le propriétaire, il ne se confond pas non plus nécessairement avec celui qui a la possession matérielle d’une chose.

1. L’hypothèse d’une chose qui n’est pas confiée à autrui par un propriétaire.

Lorsque le propriétaire conserve la détention de la chose pour son usage exclusif. Ici, on dit que le propriétaire a l’usage, la direction et le contrôle de la chose (termes utilisés notam- ment dans l’arrêt Franck). Dans cette hypothèse le propriétaire est le gardien et donc le responsable des dommages cause par la chose. Ce sera le cas aussi pour la personne qui sans avoir la qualité de propriétaire se réserve l’usage la direction et le contrôle d’une chose abandonnée.

Lorsque le propriétaire a été dépossédé involontairement de la détention de la chose. C’est le cas de l’arrêt Franck, le voleur. Dans ce cas de figure, le propriétaire n’a plus le pouvoir d’usage de direction et de contrôle de la chose, c’est le voleur qui l’a et est civilement responsable. Il y a eu plus récemment des arrêts concernant des salariés où dans l’exercice de leurs fonctions, ils ne peuvent être donc considérés comme gardiens des choses qu’ils emploient. Il peut arriver que des sala- riés dans le cadre de leur emploi, utilisent des choses qu’ils ne devraient pas utiliser, qu’ils abusent de la liberté qui leur est laissée dans l‘exercice de leurs fonctions. Dès lors qu’ils vont trop loin, ils ne se placent plus sous le lien de subordination de leur employeur, ils sont alors seuls recevant de la qualité de gardien de la chose et doivent assumer civilement les conséquences attachées au fait dommageable de cette chose. De façon beaucoup plus générale, la jurisprudence a tendance à admettre que le propriétaire cesse d’être le gardien d’une chose à chaque fois que ce propriétaire est confronté à une usurpation de sa chose, quand bien même ce serait un parent ou un ami l’usurpateur.

2. L’hypothèse d’une chose confiée à autrui par un propriétaire.

Le fait que le propriétaire confie une chose à autrui n’emporte pas automatiquement, de plein droit, le transfert de la garde de la chose. Pour qu’il y ait transfert de la garde, il faut que le détenteur de la chose, qui n’est pas le propriétaire, ait acquis la maitrise de cette chose. Pour cela, il faut en général que cette chose lui ait été confiée par le biais d’un contrat.

Lorsqu’il y a un contrat passé entre le propriétaire et le détenteur, et que ce contrat a pour objet la chose qui sera à l’origine du fait dommageable. Pour ce type de contrat, il y a un transfert de la garde du propriétaire au détenteur (par exemple, dans le contrat de prêt, l’emprunteur devient par principe le gardien de la chose ; dans le contrat de bail, de location d’une chose, le locataire devient le gardien de la chose ; dans le contrat de dépôt, c’est le dépositaire qui devient le gardien de la chose ; dans le con- trat de transport, c’est le transporteur qui devient gardien de la chose…).

Lorsqu’il n’y a pas de contrat entre le propriétaire et le détenteur. Lorsqu’il n’y a pas de contrat, la présomption selon laquelle la garde a été transférée au détenteur ne joue pas. C’est l’hypothèse du pro- fessionnel qui vient à domicile pour une intervention, et demande le prêt d’un objet. En principe cela constitue un transfert de garde, sauf qu’en l’absence de contrat, la perte de l’usage la direction et le contrôle de la chose sera moins facilement établie par les tribunaux. Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

27
27

En ce qui concerne la relation de travail, le contrat de travail exclut que le préposé ait la qualité de gardien de la chose.

La distinction entre la garde de la structure d’une chose et la garde du comportement de la chose.

Il arrive que le détenteur de la chose qui peut être considéré comme le gardien de cette chose soit finale- ment « moins responsable » que le propriétaire de la chose. C’est l’hypothèse où la chose est affectée d’un vise particulier, qui peut être, peut éveiller un défaut d’entretient de la chose. Certains dommages sont dus au seul comportement de la chose ; au contraire, dans d’autres situations, il arrive que les dom- mages ne soient dus qu’à la structure de la chose (son état, le vice inhérent qui l’affecte). En pratique, la garde de la structure est une garde qui en général, concerne le propriétaire de la chose (mais pas nécessairement) ; alors que la garde du comportement est une garde qui incombe en général à l’utilisateur de la chose, celui qui en a la maitrise effective. Cette distinction a été reçue par la jurisprudence au milieu des années 1960 dans l’affaire dite de l’oxygène liquide. Il s’agissait d’une bouteille d’oxygène liquide qui avait été confiée à un transporteur. À l’occasion de l’opération de déchargement de cette bouteille d’oxygène liquide, cette bouteille va ex- ploser. La Cour de Cassation dans cette affaire, a censuré la position qui avait été adoptée par la Cour d’Appel, parce que cette dernière avait considérée que la société propriétaire de cette bouteille avait, en confiant cette chose à un transporteur par un contrat, transféré la garde de cette chose au transporteur. La Cour de Cassation va, à deux reprises (le 5 janvier 1956, commentaire à la JCP Ed. G 1956 partie II n°9085, note du professeur René Savatier ; et le 10 juin 1960 commentaire Dalloz 1960 partie jurispru- dence p.609, observation professeur Rodière, deuxième chambre civile) censurer la position adoptée par la Cour d’Appel. Elle va le faire dans les termes suivants : le propriétaire de la chose ne cesse d’être le gardien de cette chose qu’autant que le détenteur a reçu toute possibilité d’empêcher la réalisation du préjudice causé par la chose. Il convient alors de distinguer pour certaines choses, la garde de la structure de la garde du comportement.

Aujourd’hui cette distinction est régulièrement utilisée par les tribunaux, et la jurisprudence postérieure à cette affaire a précisé les conditions de la mise en œuvre de cette distinction. Il résulte de cette jurisprudence postérieure que cette jurisprudence particulière ne peut être mise en œuvre que pour des choses ayant un dynamisme propre et dangereux. Le gardien de la structure n’est pas nécessairement le propriétaire de la chose, ce peut être un locataire, mais surtout le revendeur profession- nel ou le fabricant. Depuis 1998 la responsabilité du fait des produits défectueux est venue encadrer cela cependant.

Paragraphe 3 :

Les causes d’exonération de la responsabilité du fait des choses.

Le principe est simple dans son affirmation première : le gardien peut s’exonérer de sa responsabilité par la preuve d’une cause étrangère, en prouvant qu’il a été mis dans l’impossibilité d’éviter le dommage sous l’effet d’une cause étrangère qu’il ne lui est pas imputable. On peut définir la cause étrangère comme tout fait où tout évènement qui intervenant dans la réalisation d’un dommage constitue une cause d’exonération de la responsabilité. Cet évènement qui pourra permettre au gardien d’être exonéré de sa responsabilité, droit montrer un certain nombre de caractères, notamment un caractère d’extériorité. L’extériorité de l’évènement s’apprécie par rapport au gardien, mais également par rapport à la chose elle-même. Il faut que le gardien n’ait pas été en mesure de prévoir cet évènement. C’est là le caractère d’imprévisibilité de la cause étrangère. Enfin, il faut qu’il (le gardien) n’ait eu aucun moyen de résister à cet évè- nement, c’est l’irrésistibilité de l’évènement. De manière concrète, la cause étrangère sera soit un évènement de force majeure, soit le fait de la victime, soit le fait d’un tiers.

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

28
28

A. La force majeure.

Concrètement, la force majeure est un évènement qui en général ne résulte pas de l’activité humaine (inondations, glissements de terrain). La force majeure peut également s’apparenter, de manière plus rare, à des activités humaines (situation des mœurs, d’insurrection, de manifestation, de groupes d’activités humaines…). En pratique ces évènements sont rarement des éléments permettant d’exonérer totalement le gardien de sa responsabilité. En général, grâce aux progrès météorologies ou les déclarations administratives ces évè- nements ne sont pas totalement imprévisibles ; et parce qu’ils ne sont pas imprévisibles, ils ne permettent pas au gardien de s’exonérer de sa responsabilité. Si l’évènement de force majeure est considéré comme imprévisible et irrésistible, alors cet évènement pourra entrainer une irresponsabilité totale du gardien. La Cour de Cassation semble avoir renoncé à une possibilité d’exonération partielle du gardien de la chose lorsqu’un évènement de force majeure est à l’origine du dommage (cf. arrêt rendu par l’assemblée plé- nière de la Cour de Cassation du 14 avril 2006, Dalloz 2006 pan. p.1933 observations professeur Philippe Brun).

B. Le fait de la victime.

Lorsqu’il présente les caractères de la cause étrangère, le fait de la victime entrainera l’exonération totale du gardien, lorsque ce sera pour le gardien de la chose un fait irrésistible et imprévisible. Même si les ar- rêts les plus récents visent une imprévisibilité qualifiée de normale, la doctrine considère que cet assou- plissement formel du critère de l’imprévisibilité n’empêche pas l’exonération totale du gardien.

Par exemple, le cas d’un enfant de cinq ans, qui en ville escalade un mur de 1m60, mur surplombé de fils de fer barbelés. L’enfant parvient à passer l’obstacle et à tomber de l’autre côté du mur, où il se noie dans des bassins de décantation. Est-ce que le fait de la victime peut être une cause d’exonération totale pour le gardien de la chose ? Les juges ont considéré le gardien comme responsable, et l’évènement qui s’est produit n’était pas tota- lement imprévisible. Autre illustration, des services ferroviaires, le gardien a été considéré responsable à la suite d’un accident, en- trainant la mort d’un homme qui, en état d’alcoolémie avancée se promenait sur les voies du chemin de fer. Enfin, un voyageur à l’intérieur d’un train a déverrouillé le système de sécurité alors que le train était en état de marche. Le fait de la victime n’a pas été considéré comme permettant l’exonération totale du gardien.

En revanche, le fait de la victime, lorsqu’il ne présente pas les caractères de la cause étrangère, qu’il n’est pas imprévisible et irrésistible, ce fait de la victime ne permet qu’une exonération partielle du gardien de la chose. C’est une solution plutôt favorable au gardien de la chose, parce que les tribunaux prennent en compte la pluralité des évènements à l’origine du fait générateur de la responsabilité. L’irresponsabilité partielle du gardien de la chose doit se mesurer à l’aune (au regard) de la faute commise par la victime. Le gardien de la chose va devoir chercher à établir que la victime n’a pas agi comme une personne pru- dente et avisée.

C. Le fait d’un tiers.

Partons de l’hypothèse d’un tiers, ayant la qualité de piéton, traverse imprudemment une chaussée, en agissant ainsi, ce tiers va effrayer un cycliste qui passait à proximité et qui, parce qu’il est effrayé va faire une embardée et va aller percuter l’étal d’un commerçant. Le cycliste peut-il espérer s’exonérer de la pré- somption de responsabilité qui pèse sur lui parce qu’il est le gardien de la chose du dommage ? Ici la jurisprudence subordonne l’exonération totale du gardien de la chose au caractère normalement im- prévisible et irrésistible du fait de ce tiers. Au contraire, si ce fait du tiers, ne présente pas ces deux carac- tères, les conséquences en termes de responsabilité vont être plus complexes : le gardien de la chose ne peut pas opposer à la victime le fait du tiers. Dans cette hypothèse-là, la victime pourra solliciter la sanc-

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

29
29

tion à la fois du gardien et du tiers, il recherchera une condamnation in solidum (solidarité passive de co- débiteurs au bénéfice du créancier).

Section 3 :

L’avenir du principe général de la responsabilité du fait des choses.

Dans l’avant projet de réforme du droit des obligations, la question du maintient du principe général de la responsabi- lité du fait des choses a été posé, pour deux raisons principalement. D’abord, aucun pays étranger ne connait un sys- tème équivalent au nôtre. En outre, ce principe général de la responsabilité du fait des choses a, au cours des deux dernières décennies, perdu une grande partie de son utilité depuis la loi de 1985 il ya des régimes spéciaux de respon- sabilité applicables à certaines choses qui déterminait souvent la mise en œuvre de ce principe général, comme les véhicules terrestres, les produits défectueux (1998), et les outils utilisés par le personnel de la santé (2004). Les auteurs ont choisi pour l’avenir le maintient du principe général de la responsabilité du fait des choses. Ce main- tient est prévu dans le futur article 1354 du Code Civil, on l’a justifié assez facilement : c’est un acquis pour les vic- times, et un régime qui trouvera à s’appliquer hors les régimes spéciaux ; plus intéressant, c’est un régime dont le champ d’application pourrait s’étendre. L’avant-projet de réforme du droit des obligations prévoit la disparition d’un certain nombre de régimes spéciaux (la communication d’incendies de l’article 1384 alinéa 2, la responsabilité du fait des animaux de l’article 1385, et la responsabilité des immeubles menaçant ruine de l’article 1386 du Code Civil), parce qu’ils sont moins favorables aux victimes que le régime général de la responsabilité du fait des choses qui leur est né ultérieurement.

Chapitre troisième : la responsabilité du fait d’autrui.

Le Code Civil de 1804 ne connaissait que des régimes spéciaux de responsabilité du fait d’autrui : responsabilité des instituteurs du fait de leurs élèves, responsabilité des artisans du fait de leurs apprentis, responsabilité des maitres et commettants du fait de leurs domestiques et préposés, et la responsabilité des parents du fait de leurs enfants. Les ob- servations faites à propos de la responsabilité du fait des choses sont ici transposables : le législateur de 1804 n’avait aucunement imaginé donner au premier alinéa de ce texte, une quelconque portée juridique, il s’agissait d’une phrase de transition entre la responsabilité du fait personnel et les régimes spéciaux. Sauf, à propos du fait des choses l’alinéa 1 du Code Civil est devenu un principe général à compter de la fin du 19 ème siècle (arrêt du remorqueur) ; pour le prin- cipe général de la responsabilité du fait d’autrui il a fallu attendre quasiment la fin du 20 ème siècle pour que naisse un principe général de responsabilité du fait d’autrui.

Section 1 :

Le principe général de la responsabilité du fait d’autrui.

En 1804, le législateur imagine les principes, les règles (spéciales) relatives à la responsabilité du fait d’autrui comme des règles d’exception, mais d’exception aux articles 1382 et 1383 du Code Civil (la faute). Il s’agit de dispositions qui font présumer la faute (les articles 1382 et 1383 fonctionnant sur le mécanisme de la faute prouvée). En ce qui concerne les parents par exemple, ils sont présumés avoir commis une faute d’éducation relativement à leurs enfants. Les instituteurs doivent être déclarés responsables des dommages causés par les élèves, parce qu’ils ont com- mis une faute qualifiée de faute de surveillance. Les commettants et les artisans (les employeurs) doivent êtres décla- rés responsables des dommages causés par leurs préposés ou leurs apprentis parce qu’ils ont commis une faute dans le choix de leur préposé ou de leur apprenti. La Cour de Cassation s’est quasiment tout au long du 20 ème siècle, contentée de ces explications, de ce fondement. Elle a jusqu’à il y a une vingtaine d’années, refusée tout principe général de responsabilité du fait d’autrui. Le 29 mars 1991 dans l’arrêt Blieck, en assemblée plénière, la Cour de Cassation va pour la première fois donner du sens au pre- mier alinéa de l’article 1384 du Code Civil en ce qui concerne la responsabilité du fait d’autrui (il s’agissait d’un in-

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

30
30

cendie qui avait été déclenché par un travailleur handicapé travaillant dans un Centre d’Aide par le Travail, dans cette affaire, l’assemblée plénière de la Cour de Cassation fait peser sur l’association gérant ce CAT la responsabilité civile des dommages causés par les travailleurs handicapés œuvrant pour cette association (commentaire au GAJC n°218). Il semble une fois encore que la société française éprouve un besoin de sécurité juridique. Le corps social demande au législateur et aux tribunaux d’étendre le champ de la responsabilité à des situations qui ne pouvaient être envisagées par le législateur de 1804. Aujourd’hui la problématique du principe général de la responsabilité du fait d’autrui intéresse pour l’essentiel des associations, qui accueillent des handicapés mentaux, mais aussi les mineurs en difficulté (souvent de jeunes délin- quants), ou des associations qui organisent des activités sportives et culturelles. Parce que les associations ont accepté de prendre en charge des missions que le reste du corps social n’assume pas, elles doivent assumer la responsabilité liée à la prise en charge de ces activités. Les fondements de la responsabilité ont évolué, il n’y a plus que la faute dans les mécanismes de la responsabilité civile, or les régimes spéciaux de 1804 sont fondés sur une présomption de faute, qui est cependant une présomption simple (et non irréfragable). Afin de faciliter l’indemnisation des victimes, il vau- drait mieux y avoir une présomption de responsabilité plutôt qu’une présomption de faute. Ce sont les nouveaux mé- canismes de la responsabilité générale du fait d’autrui (qui limite les causes d’exonération à la cause étrangère). Ce principe général de responsabilité du fait d’autrui n’a pas 20 ans, il est toujours discuté. L’avant-projet de réforme des obligations prévoit notamment de limiter le principe général de responsabilité du fait d’autrui à certaines situations (pour l’essentielle, celles que la jurisprudence a déjà validé)

Paragraphe 1 :

Les conditions du principe général de la responsabilité du fait d’autrui.

A. La garde d’autrui.

Dans l’arrêt Blick l’association avait accepté la charge d’organiser, de contrôler, à titre permanent e mode de vie (des personnes handicapées mentales). Cette formule qui permet de définir la garde d’autrui a été reprise en des termes proches dans des arrêts postérieurs, qui rappellent la définition de la garde à propos de la chose (le pouvoir de contrôle et de direction du mode de vie d’autrui). Le gardien est en général une personne morale, cependant, rien n’interdit à une personne physique d’être le gardien d’une autre personne physique. Le caractère permanent, en général, doit définir la garde. Il y a cependant des arrêts qui ont admis la garde alors que celle-ci avait un caractère intermittent.

1. Le gardien souvent personne morale, parfois personne physique. Les arrêts de la Cour de Cassation ayant désigné comme gardien une personne physique sont rares. Mais le peu d’arrêts qui ont été rendus permet d’affirmer, sans aucune contestation possible, que juri- diquement parlant, une personne physique peut être gardien d’une autre personne physique. La première affaire dans laquelle une personne physique a été reconnue comme gardien d’une autre a été rendue par la deuxième chambre civile de la Cour de Cassation le 20 janvier 2000, dans cet arrêt, la Cour de Cassation va énoncer un attendu de principe qui aujourd’hui s’impose dans notre droit : la personne physique ou morale à qui le juge des enfants confie la garde d’un mineur en danger (…) est responsable des dommages qu’il cause à cette occasion. L’arrêt rendu le 28 mars 2000 fait application en espèce de ce principe. Dans cette affaire, la Cour de Cassation va expressément montrer qu’une personne physique peut être gardienne d’une autre. Il s’agissait du beau-père (le parâtre) qui avait été désigné par le conseil de famille pour être le tuteur d’un enfant à la suite du décès de sa mère. La Cour de Cassation déclare que le beau père du mineur avait accepté en qualité de tuteur, la garde du mineur et la charge d’organiser et de contrôler à titre permanent son mode de vie.

La plupart des décisions cependant, relativement à la garde d’autrui, sont des décisions qui ont retenu la responsabilité d’une personne morale. Or, cette responsabilité d’une personne morale se justifie par le fait que la notion de garde d’autrui est une notion non pas matérielle, factuelle, mais une notion ju- ridique. C’est souvent la conséquence d’une décision administrative ou judiciaire, il arrive que ce soit Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

31
31

une décision prise sur le fondement de l’ordonnance du 2 février 1945 relative à l’enfance délin- quante.

2. La garde souvent permanente, parfois intermittente. Les arrêtes relatifs à la garde d’autrui sont généralement appuyés sur l’existence d’une garde perma- nente (le cas dans l’arrêt Blick). Il y a aujourd’hui de véritables hésitations, des discussions, sur la pos- sibilité de mettre en œuvre ce principe général de la responsabilité du fait d’autrui, à l’encontre de per- sonnes qui n’exercent pas sur d’autres personnes une garde manifestement permanente. Il y a des ar- rêts qui reprennent ce caractère permanent pour définir la garde, mais d’autres qui l’écartent pour la définir. Le caractère permanent de la garde n’est alors plus un critère pertinent pour la définir.

Premier cas : si la garde est permanente. Dans cette hypothèse, la permanence de la garde est un cri- tère suffisant pour fonder la responsabilité du gardien. Il importe peu qu’au moment de la réalisation du dommage l’auteur du dommage ne se trouve pas sous la surveillance du gardien.

Deuxième cas : lorsque la garde est intermittente. Dans ce cas, il semble, à l’examen de la jurispru- dence, qu’il soit nécessaire que l’auteur du dommage se trouve sous la surveillance du gardien au moment du fait dommageable

Exemple d’un stagiaire qui fait un dommage sous l’autorité du maitre de sage. Les parents sont gar- diens, mais le maitre de stage a accepté à titre intermittent d’assurer le contrôle de l’activité du mineur stagiaire, ce qui conduit la jurisprudence à retenir la responsabilité de celui qui a en charge l’organisation de cette activité, ce qui exclue la responsabilité des parents ; cela se voit aussi dans le cadre d’associations sportives.

B. Le dommage causé par autrui. Le dommage simple fait causal, parfois fautif.

La responsabilité du gardien ne suppose pas, par principe, que le dommage causé par autrui repose sur une faute. Si tel était le cas, on aurait non plus un système de responsabilité objective, mais indirectement le retour d’un système de responsabilité subjective. Or, dans le système de la garde d’autrui, et au regard des conditions déjà étudiées, parce que la garde peut être une garde seulement intermittente, l’application de ce principe est apparue parfois excessive à la Cour de Cassation.

Par exemple, faut-il qu’une association sportive soit déclarée responsable à chaque foi qu’un dommage est causé, quand bien même le dommage causé ne résulterait pas d’une faute ? Concernant cette problé- matique, la jurisprudence c’est éloigné du principe selon le fait qu’il y ait faute ou non, la responsabilité doit toujours être de celui qui a la garde intermittente. La Cour de Cassation, après quelques hésitations semble exiger aujourd’hui l’exigence d’une faute d’un manquement volontaire aux règles du jeu. Les affaires intéressaient souvent la pratique du rugby, suite à des « échauffourées » sur le stade : si à cette occasion le joueur d’un club blesse volontairement un autre joueur, la responsabilité de l’association ne devrait pas être poursuivie 1 . Il semble que cette jurisprudence aujourd’hui soit affirmée. Ce problème de l’absence de responsabilité d’une association ne concerne pas que les activités visible- ment à risque. La Cour de Cassation admet la responsabilité des associations alors même que l’activité de ces associations ne présente pas, à priori, de risque particulier.

1 Arrêtes rendus par la deuxième chambre civile le 13 mai 2004 (Dalloz 2005 partie panorama p.188, observations de Denis Ma- zo) et le 21 octobre 2004 (Dalloz 2005 p.40 avec la note de Laydu), entérinés par l’arrêt d’assemblée plénière du 29 juin 2007 (n°06-18141, annexe p.32).

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

32
32

Il a notamment été jugé qu’une association culturelle, ayant en charge la formation et le défilé de majorettes, peut être déclarée responsable des dommages causés par les majorettes à l’occasion de leurs activités. La Cour de cassation a estimé qu’il fallait retenir la responsabilité de l’association à la suite de blessures causées par l’exercice normale de l’action 1 .

Enfin, un arrêt concernant les activités des syndicats professionnels, notamment lorsqu’ils obtiennent l’autorisation d’organiser des manifestations, un mouvement de grève ; est-ce qu’il peut être déclaré res- ponsable des dommages causés par les grévistes à l’occasion de l’activité dont ils ont pris la charge ? À cela la Cour de Cassation n’a pas voulu faire peser la responsabilité de plein droit sur les syndicats 2 .

Paragraphe 2 :

Les effets du principe général de la responsabilité du fait d’autrui.

Depuis l’arrêt Blick de 1991, la responsabilité du fait d’autrui, fondée sur l’article 1384 alinéa premier, est une res- ponsabilité qui peut être engagée sans que la personne poursuivie ait nécessairement commis de faute. En revanche, on pouvait hésiter sur les causes d’exonération de la personne responsable. Aujourd’hui la jurispru- dence considère que l’on peut s’exonérer de la responsabilité de deux façons : en démontrant que le fait domma- geable trouve en toute ou partie sa cause dans la faute de la victime ou encore dans un cas de force majeure.

L’articulation du principe général de la responsabilité du fait des choses avec les régimes spéciaux de responsabili- té du fait d’autrui. L’apparition en 1991 (relativement neuve) de ce principe général multiplie les hypothèses dans lesquelles il peut y avoir un concours, un cumul de responsabilité du fait d’autrui. Ce principe général aurait vocation à saisir des si- tuations qui relèvent aujourd’hui de régimes particuliers

Par exemple la situation des enfants qui cohabitent avec leurs parents dans des circonstances particulières comme la garde alternée. Or la garde alterne, si elle confie la garde alternativement aux deux parents elle constitue une garde juri- dique puisque chacun des deux parents est gardien de l’enfant même s’il n’est pas sous sa surveillance directe.

Il faut ici essayer de déterminer si la victime peut agir en même temps sur le fondement des deux types de respon- sabilité (si par exemple des parents confient leur enfant à un grand parent, est-ce que la victime peut agir contre les parents et les grands-parents ?). Aujourd’hui c’est une question qui n’a pas été tranchée par les tribunaux, la Cour de Cassation est hésitante concernant cette forme de responsabilité. Il y a des avantages au cumul des recours à augmenter les chances d’obtenir réparation (au niveau de la solvabilité des acteurs). Autre question : est-ce que l’article 1384 aliéna premier a vocation à s’appliquer à toutes la situation que l’article 1384 dans son intégralité n’a pas spécialement prévue ? Elle a été à nouveau posée dans la responsabilité des grands-parents qui surveillent leurs petits-enfants, mais ne peut-on pas mettre en œuvre cette responsabilité au titre de l’article 1384 alinéa 4 (par ce que la notion de parent n’est pas exclusive aux seuls pères et mères) ? Cependant, sauf dans le cas où les grands partent aient la garde exclusive, il parait difficile d’envisager cette possibilité d’élargissement de la disposition spéciale. Le texte général a alors vocation à s’appliquer à toutes les dispositions qui ne relèvent pas du texte spécial (specialia generalibus derogant). Aujourd’hui, les tribunaux et la Cour de Cassation semblent favorables à une application extensive du principe gé- néral de la responsabilité du fait d’autrui. Dès lors que les conditions sont réunies pour la mise en œuvre de ce texte, et que les personnes poursuivies en qualité de gardien ne font pas l’objet d’un régime spécial en matière de responsabilité du fait d’autrui, l’article 1384 alinéa premier a vocation à s’appliquer à ces vocations.

Section 2 :

Les régimes particuliers de la responsabilité du fait d’autrui.

cf. séances de travaux dirigés.

1 Cour de Cassation, deuxième chambre civile le 12 décembre 2007, Dalloz 2008 p.1450, note de Prat. 2 Cour de Cassation, deuxième chambre civile le 26 octobre 2006, commentaire à la semaine juridique générale (JCP Gén), 2007 deuxième partie n°10104, avec note du professeur Mouly.

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

33
33

Sous titre troisième : le lien de causalité entre le fait générateur et le dommage.

Section 1 :

Les thèses du lien de causalité.

L’exigence du lien de causalité comme condition de réussite d’une action en responsabilité civile est une exigence qui aujourd’hui ne fait aucun doute. Il existe en fait plusieurs théories du lien de causalité. Quand un fait dommageable se réalise, il peut y avoir à l’origine de se fait dommageable un ensemble de causes, un ensemble de facteurs qui ont con- tribués à la réalisation de ce fait dommageable.

Il y a d’abord une théorie qui propose de retenir chacun des évènements nécessaires à la réalisation du dommage, c'est-à-dire tous les évènements dont la réunion est nécessaire pour que le dommage se réalise. Cette première théorie est la théorie de l’équivalence des conditions. C’est la plus simple en apparence, puisqu’il suffit d’observer le fait dommageable et de relever tous les facteurs qui ont eu une part certaine dans la réalisation du dommage (s’ils n’étaient pas intervenus, ils auraient empêché la réalisait du dommage). Les facteurs qui contribuent dans cette théorie à la réalisation du dommage sont des événements indis- pensables à la réalisation de ce dommage.

Il y aune autre théorie qui considère qu’il faut faire un choix entre ces différents évènements pour déterminer ceux qui ont eu un rôle prépondérant dans la réalisation du dommage. C’est la théorie de la causalité adéquate. C’est une théorie plus subtile, mais aussi plus difficile à mettre en œuvre. Selon cette théorie, tous les facteurs à l’origine, qui ont contribué à la réalisation d’un dommage n’ont pas en fait, et ne doivent pas avoir en droit, le même rôle. Il convient de faire le tri entre tous les facteurs à l’origine du dommage pour ne retenir que les plus pertinents.

Concernant la mise en œuvre de ces deux théories, il y a un constat relatif d’échec. Il se révèle en pratique que ces deux théories ne permettent pas de résoudre toutes les difficultés.

Section 2 :

Les difficultés pratiques de l’existence du lien de causalité.

La preuve du lien de causalité. La preuve du lien de causalité repose sur le demandeur en responsabilité. La victime du dommage a la charge d’établir que la ou les personnes qu’elle poursuit ont, par leurs actions ou par leurs omissions, contribué à la réalisation de ce dommage. Si la victime agit contre des personnes qui ont eu un rôle secondaire, comme moyen de défense, ces per- sonnes pourront demander la mise en œuvre de la théorie de la causalité adéquate.

Les dommages causés en groupe. C’est une situation qu’il faut distinguer de l’exemple précédent. C’est la difficulté d’identification dans un groupe, des personnes qui sont à l’origine du dommage. Par exemple, la situation d’un groupe d’enfants qui chahutent se bouscule, et à l’occasion de ces bousculades, l’un d’entre eux est jeté au sol et blessé. Concernant cette hypothèse, la jurispru- dence traite ce problème de fond sur un plan procédural et pratique. Il appartient à la victime de démontrer la respon- sabilité collective. Si on envisage la possibilité de dire que personne n’est responsable, on fait une mise en œuvre techniquement parfaite du lien de causalité, mais insatisfaisante d’un point de vue moral, de justice. Cependant, la plupart des décisions de jurisprudence ont permis aux victimes d’obtenir l‘indemnisation de leur préjudice (par l’existence d’une faute dans l’organisation de la partie de chasse pour le cas d’un chasseur qui meurt dont on n’arrive pas à définir le lien de causalité de ses coéquipiers ; c’est la volonté de chercher en amont des causes au dommage subit par la victime). Dans l’hypothèse où plusieurs personnes sont convaincues par la justice d’avoir contribué (à parts égales ou inégales) au dommage subi par une victime, il n’y a pas en matière de responsabilité civile, de textes qui prévoient expressé- ment la solidarité entre les coauteurs du dommage. Ce qui signifie qu’en l’absence de texte prévoyant cette solidarité, le créancier, a l’obligation de poursuivre chacun des coauteurs pour la part contributive de chacun d’entre eux dans la

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

34
34

réalisation de son dommage. Cela signifie qu’on peut multiplier les actions en justice pour un même évènement, et on accroit pour la victime le risque de ne pas être totalement indemnisée (situation où l’une des personnes est insolvable). La première limite à cela est imposée par la loi pénale, qui prévoit expressément la solidarité entre les coauteurs d’un dommage, lorsque ce dommage est constitutif d’une infraction. D’où l’invention par la jurisprudence civile de l’obligation in solidum, concernant les dommages provoqués par plusieurs personnes. Cette invention prétorienne permet aux victimes de poursuivre, si elles le souhaitent, seulement l’une des personnes ayant contribué à la réalisa- tion du dommage. La personne poursuivit, a alors l’obligation de dédommager intégralement la victime. Ce n’est qu’après avoir dédommagé intégralement la victime, que la personne poursuivie pourra exercer des recours contre les coauteurs du dommage.

Table des matières :

Introduction au droit des obligations et au fait

 

1

Chapitre introductif : première approche de la

2

Section 1 : Approche comparée avec les autres ordres de

2

Paragraphe 1 :

Les frontières extrinsèques de la responsabilité civile

3

A. Responsabilité civile et responsabilité

3

B. Responsabilité civile et pénale

 

4

Paragraphe 2 :

Les frontières intrinsèques de la responsabilité

5

A.

Les divergences relatives entre les responsabilités contractuelles et

5

Section 2 :

Approche des fondements de la responsabilité

8

Paragraphe 1 :

Les fondements classiques de la responsabilité

8

A. La faute, premier fondement de la responsabilité civile

9

B. Le risque, deuxième fondement de la responsabilité civile

9

Paragraphe 2 :

Les fondements modernes de la responsabilité

10

A. La théorie de la garantie

 

10

B. Les autres

 

10

Titre premier : les conditions de la responsabilité

11

Sous-titre premier : Le dommage

 

11

Section 1 :

Le dommage réparable

11

Paragraphe 1 :

Le dommage matériel,

11

Paragraphe 2 :

Le dommage

moral ou

12

Section 2 :

Le dommage par ricochet

13

Paragraphe 1 :

Le dommage matériel par ricochet

13

 

A.

Les personnes susceptibles de demander

13

Paragraphe 2 :

Le dommage moral par

14

 

A. Le dommage moral par ricochet lorsque la victime initiale ou directe décède rapidement

14

B. Le dommage moral par ricochet indépendamment du décès de la victime

14

Section 3 :

Le dommage soumis au recours des tiers

15

Sous titre deuxième : le fait générateur de responsabilité

16

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

35
35

Chapitre 1 : La responsabilité du fait personnel

17

Section 1 :

La notion de faute

17

Paragraphe 1 :

La conception objective de la faute civile

17

Paragraphe 2 :

Les classifications des

18

Paragraphe 3 :

L’appréciation et la constatation judiciaire de la

19

Section 2 :

La faute dans l’exercice d’un droit, l’abus d’un

20

Paragraphe 1 :

La théorie de l’abus d’un droit

20

Paragraphe 2 :

La mise en œuvre de la théorie de l’abus d’un

21

Chapitre deuxième : la responsabilité du fait des

22

Section 1 :

L’origine du principe général de la responsabilité du fait des choses

22

Section 2 :

Le régime du principe général de la responsabilité du fait des choses

23

Paragraphe 1 :

Le champ d’application de l’article 1384 alinéa 1 du Code Civil

23

Paragraphe 2 :

Les conditions de la responsabilité du fait des

24

Paragraphe 3 :

Les causes d’exonération de la responsabilité du fait des

28

Section 3 :

L’avenir du principe général de la responsabilité du fait des

30

Chapitre troisième : la responsabilité du fait

30

Section 1 :

Le principe général de la responsabilité du fait

30

Paragraphe 1 :

Les conditions du principe général de la responsabilité du fait d’autrui

31

Paragraphe 2 :

Les effets du principe général de la responsabilité du fait

33

Section 2 :

Les régimes particuliers de la responsabilité du fait d’autrui

33

Sous titre troisième : le lien de causalité entre le fait générateur et le dommage

34

Section 1 :

Les thèses du lien de

34

Section 2 :

Les difficultés pratiques de l’existence du lien de

34

Droit civil des obligations – second semestre – notes de Marco-chan

36
36