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La question de l'eau en Chine :

des techniques traditionnelles aux enjeux actuels

Introduction

« Une civilisation hydraulique » 1 (Yves Lacoste)

Fig. 1 Zhishui : Maîtrise de l'eau Source : « Quand la Chine mourra de
Fig. 1
Zhishui : Maîtrise de l'eau
Source : « Quand la Chine mourra de
soif » in Courrier International,
Numéro spécial, n°987 du 1er au 7
octobre 2009, p. 40

La maîtrise de l'eau 2 (zhishui) est une expression essentielle pour comprendre l'importance de l'eau et des nombreux travaux d'aménagement hydraulique en Chine. En effet, la Chine a une longue expérience hydrique. Au VIIème siècle, la dynastie des Tang avaient détournés les eaux du Grand Canal sur la côte Ouest pour relier le bassin du fleuve bleu (Yangzi) à celui du fleuve jaune (Huang He), le canal partait de Hangzhou pour rejoindre Pékin afin de permettre la circulation des marchandises entre le Sud et le Nord du pays et aussi afin de ne pas emprunter la mer évitant ainsi tempêtes côtières et pirates 3 . D'immenses systèmes d'irrigation furent mises en place. Ces ouvrages – bien qu'étant extrêmement coûteux à l'entretien – permirent d'augmenter de manière considérable la production de nourriture.

Selon le géographe et géopoliticien, la civilisation chinoise est la « civilisation de l'eau » 4 . Les masses paysannes vivent dans des conditions particulières. A cause des espaces immenses et de la puissance des éléments, les populations

). L'enjeu était de

se protéger des éléments (crues, moussons ou manque d'eau) et de pouvoir se nourrir. L'aménagement des plaines alluviales et des deltas au profit de la riziculture a donné aux Chinois une maîtrise sur son milieu. Au cours des siècles, ils ont endigué les fleuves aux crues dévastatrices, drainé les marécages en creusant des milliers de kilomètres de canaux et créé « le damier continu et régulier des rizières » 5 .

paysannes ont été obligé - très tôt - d'aménager leur territoire (rizière, fleuve, etc

L'héritage de l'ère Mao

En 1949, le Parti Communiste Chinois (PCC) prend le pouvoir et instaure la République Populaire de Chine (RPC). Jusqu'à la mort de son leader idéologique - Mao Zedong - le 9 septembre 1976, la Chine connaît un développement socio-économique sans précédent. Cependant des catastrophes humaines et écologiques ponctuent se développement. En effet, de nombreuses mesures sont mises en œuvre pour intensifier la capacité de production agricole, l'industrialisation et l'accélération de l'urbanisation ont permis à l'Empire du milieu de se diriger vers la modernité. Le peu de préoccupation du milieu environnemental additionné au manque de considération du

1 LACOSTE(Yves), « Herodote et un delta, il y a trente ans » in Herodote, n°121, 2ème trimestre, 2006/2, p. 4

2 Zhishui : maîtrise de l'eau (calligraphie de Hélène Ho)

3 VICTOR (Jean-Christophe), NISIC (Natacha) et CRIOU (Anne), Hydropolitique, le barrage sur le Yangzi, émission diffusé sur Arte le 24/05/2003 [consulté le 12/10/2011], disponible sur YouTube à l'adresse :

4 LACOSTE (Yves) ; Ibid. p. 5

5 HE (Daming), FENG (Yan) et LIU (Xiujuan), « Chapitre 5 : L'aménagement des ressources en eau au Yunan et les conflits résultants. Le cas du barrage de Manwan » in LASSERRE (Frédéric), L'éveil du dragon. Les défis du développement de la Chine au XXIe siècle, Québac, Presses de l'Université du Québec, 2006, p. 59

gouvernement vis-à-vis des dégâts causés par l'industrialisation massive sur les espaces naturels ont engendré des déséquilibres nuisibles sur l'écosystème. Judith Shapiro - dans Mao's War Against Nature – met en avant l'attitude menaçante des dirigeants de l'époque envers la nature qui doit être véritablement soumis par la force 6 .

Dans cette volonté de dompter les éléments 7 , les ressources hydriques n'échappent pas à cette véritable « guérilla ». Sous Mao, le PCC entreprend plusieurs travaux d'aménagements d'envergure (barrages hydroélectriques, canaux d'irrigation, etc). De nombreux projets irréfléchis sont mis en œuvre dans l'empressement et provoquent de nombreuses catastrophes écologiques et humaines nécessitant des dépenses colossales pour être réparées ; certaines de ces installations entraînent, encore aujourd'hui, de lourdes pertes financières, soit par leurs coûts d'entretien, soit par leur inefficacité. L'utopie maoïste a préconisé de nombreuses autres actions controversées mettant en péril l'environnement. Pour des raisons de développement économique ou de sécurité nationale, des populations entières sont déplacées aux quatre coins du pays dans des régions vierges mettant en péril le fragile écosystème chinois. La déforestation massive, due au zèle idéologique de Mao, est aussi directement responsable de l'accélération de désertification, mais également de l'érosion du terrain le long des cours d'eaux qui provoque chaque année des inondations dévastatrices dans le sud du pays.

Des réformes de 1978 à nos jours

Avec le successeur de Mao, Deng Xiaping (1904-1997), la Chine entame son intégration dans la compétition du marché global, avec ses avantages et ses inconvénients. Le PCC ainsi que l'ensemble des dirigeants chinois s'accordent sur les objectifs à atteindre. Le développement économique est le premier d'entre eux. Pour autant, le Parti semble être de plus en plus sensible aux questions environnementales. C'est pourquoi l'on croise constamment des représentants de la République Populaire aux conférences internationales et que le gouvernement ratifie de nombreux traités. C'est ainsi, qu'en parallèle à la croissance spectaculaire de son PIB, la Chine voit sa pollution décroître sensiblement. Malgré ces résultats plutôt encourageant, le bilan est à mitiger.

En 2009, la Chine populaire a célébré son soixantième anniversaire et la presse officielle a passé en revue tous les grands aménagements réalisés depuis la naissance de la République populaire 8 . Cette presse - comme à son habitude – a fait l'éloge du régime, mais aussi celui des gigantesques travaux pour domestiquer les fleuves du pays : barrage des Trois Gorges, dérivation des eaux du Yangzi ou des constructions de canaux. Mais l'eau devient un véritable « casse-tête » pour les autorités chinoises qui doivent gérer : sécheresse, pollution, mauvais état des réseaux et gaspillage. Ne pouvant plus fermer les yeux devant ce bilan catastrophique, le gouvernement, aidé par les autorités locales, a commencé à envisager d'urgence des mesures de sauvegardes. Ces différents constats nous invitent à nous poser la question suivante :

Entre conflit d'usage et politiques environnementales : comment la Chine adapte-t-elle sa gestion de l'eau ?

6 SHAPIRO (Judith), Mao's War Against Nature : Politics and the Environment in Revolutionary China (Studies in Environment in History), Cambridge University Press, Cambridge, 2001, p. 4. Les expressions utilisées par les hommes politiques chinois, cités dans l'ouvrage, sont extrêmement révélateur concernant le rapport des politiciens à la nature. C'est purement et simplement une guerre qui est faite à la nature.

7 Les dirigeants s'éloigne considérablement des traditions chinoises. En effet, la tradition taoïste – dans sa conception cosmologique – s'occupait de l'harmonie entre l'homme et la nature. La République Populaire de Chine décide de faire tabula rasa de ce passé, pour se tourner vers un avenir plus conquérant.

8 « Quand la Chine mourra de soif » in Courrier International, Numéro spécial, n°987 du 1er au 7 octobre 2009

Plus clairement, la problématique ouvre la question des conflits que suscitent l'utilisation de l'eau en Chine. Utilisation qui parfois se heurte aux nouvelles directives chinoises. Mais aussi elle ouvre la question des conflits internationaux, nous verrons dans notre développement que les grands travaux d'aménagements suscitent la colère de ses pays voisins qui dépendent des ressources en eau qui traversent l'Empire du milieu. Mais le sujet nous invite plus généralement à nous poser trois questions qui façonnent les trois grandes parties de notre exposé.

Quelles sont les ressources en eau en Chine ? La question des ressources en eau, nous permettra d'aborder aussi la question de sa répartition sur le territoire chinois. Nous constaterons dans un premier temps que si la Chine du sud concentre 80% des ressources en eau et 55% de la population du pays, la Chine du nord s'apparente à un parent pauvre : elle possède moins de 15% de l'eau disponible tout en hébergeant les 45% restant de la population chinoise 9 .

Comment satisfaire une consommation d'eau qui explose quand les ressources tarissent ? Et quels en sont les conséquences pour les villes ? La population a toujours été un défi majeur en Chine. Selon les estimations 10 , la population chinoise devrait se stabiliser vers 1,5 milliards d'habitants dans les trente années à venir. La mauvaise répartition de la population chinoise sur son territoire et une consommation de l'eau qui s'amplifie implique un manque cruel d'eau dans certaines régions. Désormais, l'eau est devenu un défi. Car bien que certaines régions sont abondamment approvisionnées, leur eau est polluée. En effet, plus d'une dizaine de milliers d'usines chimiques sont implantées le long des fleuves et rivières et restent sans étude d'impact environnemental, déversant leurs déchets non traités dans les cours d'eau. Shangai et Pékin comptent parmi les villes les plus polluées 11 . Ainsi les problèmes de pollution de l’eau aggravent le manque de disponibilité de la ressource.

Quelles mesures sont mises en œuvre par le gouvernement chinois pour résorber le problème de l'eau ? Comme nous l'avons déjà souligné plus tôt, le gouvernement chinois a tardivement ouvert les yeux sur les désordres causés par une mauvaise gestion de sa ressource hydrologique. Des efforts sont faits, mais nous verrons que ces efforts n'abordent pas forcément le fond du problème : le comportement des agents de l'Etat. Nous verrons que le problème de l'eau est au cœur du développement chinois, car le manque d'eau potable représente le facteur limitatif du développement des villes, freine l'activité industrielle et la vie des populations urbaines.

9 GENTELLE (Pierre) et PELLETIER (Philippe), « Chine, Japon, Corée » in Géographie Universelle, ss. Dir. De BRUNET (Roger), Paris, CNRS, Livre Premier, Belin-Reclus, 1994

10 SANJUAN (Thierry), Atlas de la Chine, Paris, Éditions Autrement, 2009, p. 45

11 Ibid. p. 50-53

1.

Une répartition inégale de l'eau

Avec une surface de plus de 9 millions de km², la Chine possède de considérables ressources en eau. Malgré l'importance de ses ressources en eau 12 , la disponibilité de l'eau par habitants est sévèrement limitée. La Chine est riche en ressources hydriques mais la répartition de ces ressources, comme d'autres pays dans le monde, s'avère inégale. Les problèmes que connaît la Chine ne sont pas uniquement liés à l'inégalité des ressources en eau, mais tient aussi à l'extrême fragilité de l'écosystème chinois et sa soumission a des aléas climatiques parfois violent, voir destructeur.

a) La ressource en eau en Chine

L'Empire du milieu compte des cours d'eaux très nombreux. On dénombre plus de 50 000 cours d'eau « dont la superficie du

bassin versant dépasse 100 km², ainsi que 1 500 dont la superficie du bassin s'étend sur plus de 1 000 km². » 13 . La Chine est desservie par huit grands fleuves qui sont par ordre de débit : le Yangzi (premier fleuve en Asie et le troisième mondial), la rivière des Perles, le fleuve Jaune, le Haihe, le Liaohe, le Songhuajiang et le Yaluzhuanbu.

Fig. 2 Carte des ressources en eau de la Chine N zone très riche zone
Fig. 2
Carte des ressources en eau de la Chine
N
zone très riche
zone riche
zone de transition
zone insuffisante
zone très insuffisante
500 km
Source : ZONGXIA (Cai), « Les ressources en eau et leur gestion en Chine » in
Géocarrefour [en ligne], vol. 79/1, 2004, p. 36 [consulté le 15/10/2011],
disponible sur : http://geocarrefour.revues.org/510
Réalisation : BAZILE (Arthur), HECKLY (Thomas) et LEPERS (Guillaume) à
l'aide d'Abode Illustrator CS4, Philcarto et Phildigit

Les précipitations provenant de la mousson de l'océan Pacifique ne cesse de diminuer progressivement du littoral sud-est, vers l'intérieur (au nord- ouest du pays). En matière de précipitation moyenne annuelle, la Chine se divise en quatre ensembles climatiques : humide, semi-humide, aride et semi-aride. Concernant la répartition des ressources en eau, nous pouvons diviser la Chine en cinq grandes régions (fig.2), en fonction de la quantité des précipitations et de la hauteur de la lame d'eau contribuant au débit moyen annuel.

Ces quelques données laissent présager une abondante quantité d'eau sur l'ensemble du territoire chinois. Mais ces chiffres sont trompeurs et trahissent la réalité des faits. Alors que certaines parties de Chine ont d'abondantes ressources en eau naturelle, d'autres régions sont naturellement arides et pauvres en eau. Paradoxalement la Chine a aussi souffert d'inondations extrêmes et détient le triste record d'inondations les plus meurtrières. Cette inégale distribution additionnée à une population grandissante et des infrastructures urbaines non adéquates, ont causées des dégâts sans précédent. On dénombre plus de 600 villes qui souffre d'une pénurie d'eau. Et parmi

12 La Chine est classé au 6ème rang mondial pour ses ressources en eau, derrière la Brésil, la Russie, le Canada, les Etats-Unis et l'Indonésie. ZONXIA (Cia), « Les ressources en eau et leur gestion en Chine » in Géocarrefour [en ligne] vol. 79/1, 2004, [consulté le 15/10/2011], disponible sur : http://geocarrefour.revues.org/510, p.35

13 Ibid. p.35

elles, plus de 100 sont sérieusement affectées par ces problèmes 14 .

b) Les contraintes climatiques

Comme nous l'avons exposé précédemment, la Chine fait face à de nombreuses contraintes climatiques. Les trois plus importantes sont la désertification, la fonte des glaciers et les inondations. Ces trois points sont intimement liés à la question de l'eau à laquelle la Chine est soumise, car ils déterminent et façonnent les politiques hydrauliques du pays.

La désertification

Le problème de la désertification est l'un des problèmes majeurs auquel est confrontée la Chine. En effet, le sable recouvre près de 28% de la superficie du territoire chinois, soit 2 622 millions de kilomètres carrés. L'Unesco estime à 400 millions 15 le nombre de chinois souffrant de l'impact de la désertification, qui atteint peau et bronche. Cette avancée « inexorable » 16 est dû à deux facteurs : l'un humain, l'autre climatique. L'activité humaine est la première cause de cette désertification, avec la surexploitation des espaces agricoles et des formations boisées, l'utilisation irréfléchie de la steppe pour la production de céréales et l'exploitation abusive des ressources pétrolières et minières. Tout ceci a contribué à la destruction de la couverture végétale et à l’accélération incontrôlée du processus de désertification. Les provinces du nord-ouest de la Chine sont les plus touchées par ce phénomène. La province du Gansu est de loin la plus affectée par cette avancée. Selon des statistiques, la préfecture de Minqin (Gansu) « subit des vents de sables durant 139 jours par an, des forts coups de vents durant 29 jours et des tempêtes de sables durant 37 jours. » 17 . Dans cette région, l'eau est précieuse et la pluviométrie atteint rarement les 100 millimètres par an. Mais c'est seulement à partir des années Mao, que le problème de manque d'eau a commencé à se poser. Auparavant, les eaux provenant des chaînes la plus basse du plateau tibétain (à l'est du Qinghai et à l'ouest du Gansu) alimentaient les différentes oasis réparties dans les régions désertiques. Les impacts de la multiplication des sécheresses sur les modes de cultures pourraient être sévères lorsque l'on a à l'esprit la vulnérabilité des modes d'irrigation, étant donné le faible rendement économique de la production céréalière par unité d'eau utilisée et l'augmentation de la rareté de la ressource dans le nord de la Chine, une réduction de la surface irriguée est à envisager.

Lors des fréquentes tempêtes de sable frappant désormais Pékin et les autres centres urbains de la région, les citadins sont confrontés à des désagréments physiques tels des troubles respiratoires et des démangeaisons aux yeux 18 . Les tempêtes de sable frappent davantage la campagne. Les paysans voient leurs habitations et leurs terres disparaître sous le sable. La Chine compte déjà 100 millions d'habitants directement touchés par la désertification. Les données de longue période montrent que les températures augmentent continuellement avec pour conséquence une augmentation de l'évaporation. Les déficits hydriques sont donc alarmants dans le nord de la Chine et la situation ne fait qu'empirer depuis 20 ans. La rareté de l'eau est particulièrement coûteuse pour le développement économique et social du pays. Ainsi la sécheresse qui a frappé la Chine en 2008 a affecté 65 millions de personnes et a coûté plus de 1 milliards de dollars 19 .

14 SANJUAN (Thierry), Ibid. p. 46

15 SIMARD (Dominique), « La Chine au bord du gouffre, la désertification gagne du terrain » in VertigO – la revue électronique en sciences de l'environnement [en ligne], 2001, [consulté le 05/11/2011], disponible sur :

16 « Quand la Chine mourra de soif » in Courrier International, Numéro spécial, n°987 du 1er au 7 octobre 2009, p.

17 SIMARD (Dominique), Ibid., p. 24

18 Ibid. p. 25

19 EM-DAT, The International Disaster Database, disponible sur : http://www.em-dat.net/

Fonte des glaciers et inondations

La fonte des glaciers est alarmante, en près de 40 ans, les glaciers auraient reculé de plus de

190 km², soit une surface équivalente à un quart de la ville de New-York. Cette accélération des

fontes s'explique en grande partie par le réchauffement climatique. Pour le moment, cette fonte alimente les rivières et permet ainsi d'irriguer certaines cultures, d'approvisionner une partie de la population en eau douce, mais à long terme un risque de sécheresse pourrait s'installer durablement dans cette partie du territoire chinois.

A l'opposé, une partie du territoire chinois est régulièrement touchée par de violentes

inondations et chaque semaine, on peut recenser dans les journaux chinois et internationaux un nombre inquiétant de morts suite à ces inondations. Ces inondations ont des conséquences économiques lourdes. Selon Zhang Jituan de l'agence de Contrôle d'Inondation et de Sécheresse de l'Etat Chinois « une vaste population vit en zone inondable. En 2005 plus de 1000 personnes ont été tuées au cours des inondations saisonnières annuelles en Chine » 20 . Les inondations menacent essentiellement les grandes plaines, les « divagations fantasques » 21 du Huang He au cours de

l'histoire ont pris l'aspect de véritable déluge. Les débordements répétés du Yangzi (juin et juillet

2011 22 ) ont dévasté 15 millions d'hectares 23 , détruit près de 3 millions d'habitations 24 , et sinistré 20

millions d'individus malgré une mobilisation de secours pharaonique. Pourtant les chinois avaient mis beaucoup d'espoir dans la réalisation du barrage des Trois Gorges (Sichuan).

Pour conclure cette partie, il est important de souligner que l'immensité du territoire chinois offre d'abondantes ressources hydrologique et une grande diversité biogéographique, mais le pays souffre de la désertifications, de cyclones annuels sur les côtes méridionales. Le ratio entre les surfaces cultivables et le nombre d'habitants est l'un des plus faibles du monde. Le développement économique actuel, l'industrialisation ainsi que l'accélération de l'urbanisation provoque une véritable catastrophe environnementale et des mécontentements populaires, auxquels le gouvernement chinois entend répondre par une politique plus globale. Et c'est ce que nous nous proposons d'analyser dans la suite de notre développement.

2. L’accroissement des besoins et les conflits générés

a) Croissance démographique

90% de la population chinoise réside à l’Est du pays

La Chine compte aujourd’hui plus de 1,3 milliards d’habitants, ce qui en fait le pays le plus

peuplé au monde. Mais la répartition de cette population est inégale. On peut distinguer une opposition très marqué entre la partie Ouest où la densité de population est très faible et la partie Est

qui regroupe 90% des habitants (cf. fig.3 p. 7). Comme nous l’avons vu précédemment, cette inégale répartition concerne également les ressources en eau. Au cours de ces dix dernières années, la population chinoise a cru de près de 74 millions de personnes, soit un taux de croissance démographique atteignant 5,8%. Ce taux était pourtant deux fois plus élevé au cours de la décennie 1990 – 2000. Ce ralentissement de la croissance

20 « vast populations living in floodplains. In 2005 more than 1,000 people were killed in China's annual flood season »

21 HE (Daming), FENG (Yan) et LIU (Xiujuan), « Chapitre 5 : L'aménagement des ressources en eau au Yunan et les conflits résultants. Le cas du barrage de Manwan » in LASSERRE (Frédéric), L'éveil du dragon. Les défis du développement de la Chine au XXIe siècle, Québac, Presses de l'Université du Québec, 2006, p.196

22 Site du gouvernement de la République de Chine:http://www.gov.cn/english/

23 Ibid.

24 Ibid.

démographique, qui s’explique en partie par la politique de l’enfant unique, n’altère en rien l’urbanisation frénétique de toute la partie orientale du pays. Une urbanisation qui, couplée aux problèmes d’accès à l’eau forme une véritable menace pour la croissance économique du pays. La situation hydrique dans certaines zones rurales n’est guère plus positive, et alimente même l’exode rural vers les grandes villes.

Ces migrations internes ont contribué à augmenter la population urbaine de 103 millions d’habitants entre 2000 et 2005 25 . Il parait inévitable alors que les problèmes de logements et de ségrégation sociale s’accentuent dans les espaces urbains. Ces derniers s’étendent inexorablement ce qui pose le problème d’accès à l’eau et d’assainissement dans les nouveaux quartiers périphériques mais aussi dans des quartiers plus centraux. Le géographie Zongxia Cai de l'Académie des sciences de Chine (Pékin) explique que « parmi les 668 villes chinoises, on estime que près de 300 d'entre elles manquent d'eau ; parmi celles-ci, 108 se trouvent dans une situation critique et 164 doivent limiter l'utilisation de l'eau » 26 . Il est évident que cette insuffisance mène à une exploitation démesurée de l'eau souterraine en ville. Dans l'ensemble du territoire chinois, l'eau

Fig. 3 Carte de la population chinoise Source : site de Sciences-Po :
Fig. 3
Carte de la population chinoise
Source : site de Sciences-Po :
cartographie.sciencespo.fr/index.phpq=fr/node/9&support=1&echelle=2&pays=&theme=&a=&region=&r=

souterraine représente presque un tiers de l'ensemble des eaux consommés par les villes. L'eau

25 SANJUAN (Thierry), Atlas de la Chine, Paris, Éditions Autrement, 2009, p. 20-21

26 ZONXIA (Cia), « Les ressources en eau et leur gestion en Chine » in Géocarrefour [en ligne] vol. 79/1, 2004, [consulté le 15/10/2011], disponible sur : http://geocarrefour.revues.org/510, p. 36

souterraine est la principale source d'approvisionnement pour les villes du Nord, où l'eau souterraine est soit consommé par les industriels ou soit par l'agriculture. Ce suremploi des nappes phréatiques font que certaines villes subissent des phénomène de subsidence du sol.

Pékin est l’exemple type de ces villes en pleine expansion, dont les besoins hydriques ne cessent de croitre. La région de Pékin, que l’on peut élargir à la plaine du Huang-Huai-Hai, ne dispose que de 400m3 d’eau/habitants/an en moyenne (le seuil de pénurie établi par la FAO étant fixé à 1.000 m3/hab./an). Pour subvenir à la demande, les eaux souterraines ont fait l’objet d’une surexploitation inquiétante comme en témoigne la baisse du niveau des nappes. Les autorités ont réagit dans l’urgence en prenant des mesures telles que la création d’un Bureau chargé de l’économie de l’eau. Une des premières mesures concrètes a été d’augmenter le prix de l’eau afin d’en limiter le gaspillage. La population subit directement les méfaits liés à la mauvaise gestion de l’eau. Mais il existe d’autres conséquences, plus inattendues mais tout aussi inquiétante pour l’avenir des villes chinoises et de ses habitants. Exemple de certaines villes côtières, comme Tianjin qui ont vu la stabilité de leurs terres menacé par l’extraction excessive des eaux souterraines et l’intrusion d’eau salées. Les affaissements de terrains se multiplient, et l’urbanisation rapide de la périphérie augmente le risque.

b) Usage et dégradation des ressources

L’agriculture : les méthodes traditionnelles grandes consommatrices d’eau

Face à la situation démographique du pays et aux problèmes de gestion de l’eau, les pouvoirs publics ont décidé de soutenir la modernisation de l’agriculture.

Tab. 1 Typologies de la consommation d'eau en Chine (2008) Source : China 2008 Water
Tab. 1
Typologies de la consommation d'eau en Chine (2008)
Source : China 2008 Water Ressource Report
Réalisation : BAZILE (Arthur), HECKLY (Thomas) et LEPERS (Guillaume) avec Excel 2007

L’agriculture traditionnelle chinoise est le secteur qui consomme encore aujourd’hui le plus d’eau en Chine (Tab. 1). La culture du riz impose l’immersion des champs par une technique d’irrigation gravitaire qui est la cause d’un gaspillage important soit par évaporation, soit par infiltration. La Banque Mondiale estime que 60% de l’eau utilisé par ces techniques traditionnelles

est perdue, contre 20 à 30% dans les pays développés 27 .

Dans le Nord de la Chine, l’aridité des terres pousse les agriculteurs à surexploités les ressources en eau, quelles soient souterraine ou en surface. C’est ainsi que le Fleuve Jaune connait un assèchement de plus en plus régulier 28 . La modernisation de l’agriculture se traduit par l’utilisation massif d’engrais chimiques, de pesticides, de nouveaux outils techniques, ou encore par de nouveau systèmes d’irrigation comme l’arrosage ou le goutte-à-goutte, ce qui permet des économies d’eau conséquentes. Cependant la modernisation et la course à une meilleure productivité va parfois à l’encontre de la volonté d’améliorer la gestion de l’eau. Cette utilisation nouvelle des produits chimiques se fait sans réels contrôles et entraine une pollution importante des nappes phréatiques et des cours d’eau. Le recours à une agriculture de qualité à haut rendement est aussi problématique, pour les cultures céréalières notamment, puisqu’elle demande une eau de meilleure qualité et irrigation plus importante qu’une culture traditionnelle. Des systèmes plus efficaces et surtout plus économes en eau existent depuis longtemps, mais exigent un changement d'habitude des paysans, qui devraient privilégier des cultures et élevages moins exigeants en eau. Ces alternatives coûtent relativement cher à implanter à l'échelle d'un pays comme la Chine, ce qui pousse les dirigeants à préférer les aménagements hydrauliques lourds pour des raisons économiques à court terme comme le barrage des Trois Gorges ou la dérivation des eaux du Yangzi.

Le développement économique de certaines régions entraine également une volonté des pouvoirs publics d’améliorer l’espace urbain. Dans la province du Shaanxi au nord du pays, la ville de Quxa a par exemple envisagé des projets d’embellissement à travers la création d’espaces verts, de fontaines, etc. Des projets qui augmentent le besoin en eau, et menace plus encore la région de stress hydrique.

Les problèmes de pollution

Face à l'insuffisance des ressources en eau, il est nécessaire de se poser la question de l'amélioration de la gestion de l'eau et notamment de la lutte contre la pollution. La pollution est un phénomène qui se généralise sur l'ensemble du territoire chinois. Cette généralisation s'explique par trois facteurs : les grands travaux, la périurbanisation et la forte industrialisation.

L’industrie chinoise est le fer de lance de l’économie chinoise 29 . C’est également un secteur qui aujourd’hui est montré du doigt pour son impact négatif sur l’environnement. Le taux de recyclage des eaux utilisées ne dépasse pas en moyenne 60%, alors qu’il est de 90% dans les pays développés. La faute à un sous-équipement en matière de traitement des eaux usées. En 2003, seulement 40 % des 669 villes de plus de 100 000 habitants disposaient de stations d’épuration. Ainsi, un tiers des rejets industriels sont déchargés dans la nature, sans aucun traitement. C’est également le cas des rejets domestiques de la population, dont les deux tiers ne sont pas traité. Ce déficit d’infrastructures visant à traiter les eaux résiduaires vient en partie du fait que le prix de l’eau soit inférieur au coût du traitement. C’est en tout cas l’argument avancé par certains professionnels. La faiblesse de la maintenance dans la plupart des usines faisant appel à des produits

28 Il arrive de plus en plus fréquemment que ce fleuve n'atteigne plus la mer à certaines périodes de l'année.

29 WEIYONG (Yang), « Elizabeth C. Economy, « The River Runs Black : The Environmental Challenge to China's Future », Ithaca, Cornell University Press, 2004, 368 p. et Kristen A. Day (éd.), China's Environment and the Challenge of Sustainable Development, New York, M. E. Sharpe, 2005, 293 p. » in Perspectives chinoises [en ligne], 2007/1, [consulté le 30/11/2011], disponible sur : http://perspectiveschinoises.revues.org/1783

chimiques ou toxiques est aussi une des raisons de la pollution des eaux.

L’industrie houillère, encore très présente en Chine, est aussi la source d’une pollution de l’eau. Les principes d’exploitation des mines ne sont que très rarement respectés. Là encore, le coût engendré par la mise aux normes est dissuasif pour beaucoup d’exploitants.

La pollution industrielle, qui ne concerne pas uniquement l'eau, a de nombreuses répercutions sur la société chinoise. La Banque Mondiale a réalisé en 2007 un rapport sur les effets de la pollution 30 . Dans ce rapport, on dénombre 750 000 décès prématurés dû à la pollution, mais aussi un accroissement des nourrissons naissant avec une défiance. Dans la province de Shanxi, les autorités sont contraintes de déplacer les populations des zones les plus polluées pour éviter la catastrophe humanitaire. La sécurité alimentaire de certaines régions est en jeu, du fait de la dégradation des rizières par des eaux polluées. On estime à 10% la surface des rizières polluées par les rejets industriels 31 . La pollution des ressources hydriques est la conséquence d'une industrie dépourvue de conscience écologique. Pourtant c'est bien cette même pollution qui aujourd'hui menace la viabilité de certaines industries.

Fig. 3 La pollution des eaux en Chine : Le fleuve Jaune Source : http://www.french.china.org/environnement
Fig. 3
La pollution des eaux en Chine :
Le fleuve Jaune
Source :
http://www.french.china.org/environnement

Face à cette situation, le gouvernement multiplie les déclarations allant dans le sens de la prise de conscience environnementaliste. Mais bien souvent le dilemme des pouvoirs locaux est de concilier les nouvelles exigences du pouvoir central sur le plan environnemental avec le maintien d’une productivité de haut niveau. L’application concrète des mesures annoncées est donc rarement constatée.

Conflits générés : aspects géopolitiques

Au nom de la « sécurité environnementale commune » 32 , les problèmes environnementaux que rencontre la Chine préoccupe les pays limitrophes. Ainsi, depuis 2005 et la pollution du fleuve Amour au benzène par une entreprise chinoise, il existe une commission environnementale russo- chinoise afin de surveiller et de protéger les cours d’eau situés à la frontière sino-russe. Il existe également une situation conflictuelle entre la Chine et le Kazakhstan. La région de Xinjiang est considéré comme hautement stratégique pour le gouvernement chinois, du fait de la présence en quantité de ressources naturelles telle que le gaz ou le pétrole. L’exploitation de ces matières premières dans cette partie désertique de la Chine nécessite la construction d’un grand nombre d’infrastructures. L’eau nécessaire pour le développement de cette région est en grande partie puisée dans la rivière Irtych. Cette dernière étant fondamentale pour l’économie kazakhe, le gouvernement s’inquiète de voir le débit de la rivière diminuée d’année en année.

En Asie du Sud-est, c’est la situation du fleuve Mékong qui crée des tensions. Le Mékong est de loin le fleuve le plus important de la région. En 1986, plus de 2400 km de la partie chinoise du Mékong a été muni de barrages, sans que personne (ou presque) ne le remarque dans les pays

30 Le rapport est intitulé : « Le coût de la pollution en Chine : estimations économiques des préjudices physiques »

31 JOYEUX (Alain), En Chine, l'environnement est-il sacrifié à la croissance ?, Paris, Perrin, 2010

situés en aval. Mais en 2009, alors que Pékin se dépêche de terminer le quatrième barrage de la série, l'inquiétude grandit au regard de l'impact négatif de ces ouvrages sur l'environnement. Le Laos, le Vietnam, la Thaïlande et le Cambodge commencent à montrer des formes d'animosité envers la République populaire. En effet, il faut souligner qu'il s'agit plus de 60 millions de personnes dépendent de ce grand fleuve pour son eau, la nourriture et les transports. En mai 2009, les Nations Unies publient leur Programme pour l'environnement 33 en collaboration avec l'Institut asiatique de technologie 34 et selon ce rapport les travaux chinois risquent de mettre sérieusement en péril le Mékong, ses richesses naturelles et la vie de ses habitants. Comme il n'existe aucun traité international régissant l'usage des cours d'eau transfrontaliers, la Chine utilise sa place dominante pour développer sa partie comme elle le souhaite – puisque rien ne l'y en empêche dans le droit international. D'ailleurs elle ne s'en prive pas et sans consulter ses voisins, s'en même chercher leur approbation. Les autorités chinoises ont assuré l'Asie que les barrages auront un impact positif sur l'environnement. Cambogiens, Vietnamiens et Laossiens restent sceptiques

3. Enrayer la crise de l'eau

a. L'inefficacité des agents de l'Etat

Les régulations concernant l'environnement et en particulier la question de l'eau étaient, avant les réformes de 1978, totalement inexistantes. En 1982, quelques mesures – mais encore insuffisante – sont prises ; en effet, la RPC ajoutent des articles dans sa Constitution afin « d'éliminer la pollution et autres menaces publiques, […] d'utiliser rationnellement les ressources naturelles et […] de protéger l'environnement » 35 .

Fig. 5 Le comportement des agents de l'Etat chinois

. Fig. 5 Le comportement des agents de l'Etat chinois « On leur a déjà infligé

« On leur a déjà infligé une amende ! ». Sur le fanion :

amende. Dessin paru dans qq.com, Chine.

Source : « Quand la Chine mourra de soif » in Courrier International, Numéro spécial, n°987 du 1er au 7 octobre 2009, p. 42

La préoccupation environnementale en Chine est une pensée récente, du moins pour le Gouvernement Chinois, qui s’est doté d’un ministère de la protection de l’environnement en 2008. Ce ministère est chargé de mener les politiques en matière d’environnement. C’est un tournant majeur pour la Chine, qui démontre une certaine prise de conscience du risque écologique dans l’Empire du Milieu. Ce ministère est en fait issu de l’ancienne Agence de l’Environnement chinoise (SEPA), élevée au rang de ministère.

Néanmoins, les sanctions encourues par les pollueurs ne sont pas élevées. Elles sont systématiquement moins chères que le prix de la mise aux normes des usines, beaucoup d’industriels préfèrent payer les taxes plutôt que d’investir pour prévenir de la pollution (comme le montre la caricature ci-contre : Fig. 5).

Enfin, la création de ce ministère est également un acte politique visant à calmer l’opinion

33 PNUE – Programme des Nations unies pour l'environnement

34 AIT – Asian Institute of Technology

35 SAVOIE (Philippe), « Impacts du barrage des Trois Gorges sur le développement durable de la Chine » in VertigO – la revue électronique en sciences de l'environnement [en ligne], vol. 4, n°3, décembre 2003, [consulté le 06/11/2011], disponible sur : http://www.clionautes.org/telechargements/3g/3g-impact.pdf, p.23

public chinois. En effet, la population chinoise subit fortement la pollution des eaux, source de problèmes de santés, qui, multiplié par le nombre de personne touchées, en crée un véritable problème de santé publique, il faut rappeler que, en Chine, seul 15% des eaux usées sont traitées en station d’épuration avant d’être rejetées.

On se pose donc la question de l’efficacité de ces mesures. En effet, réglementer la pollution industrielle équivaut, d’un point de vu économique, à augmenter les coûts de production, et donc à réduire la compétitivité de la Chine. Cela freine les ardeurs du gouvernement, qui, par-dessus tout, souhaite conserver le taux de croissance du PIB et conserver l’attractivité économique de la Chine. Cette croissance crée également des problèmes d’approvisionnement. La capitale de la Chine, Pékin, est située dans un espace relativement pauvre en eau. La ville compte près de 20 millions d’habitant et continue à attirer de nouveaux habitants. L’alimentation en eau de cette ville pose donc de grands problèmes. Les réservoirs d’eau de la ville ont vu leur niveau baisser de moitié entre 2003 et 2007.

b) Les grands aménagements

Face à cette inégale répartition des eaux sur le territoire sur le territoire chinois, les grands travaux hydrauliques visant le rééquilibrage des ressources du pays s'avèrent par conséquent indispensables. A travers deux exemples, le transfert des eaux du Yangzi vers Pékin et le Nord du pays ; et le barrage des Trois Gorges. La fonction de ces deux ouvrages hydrauliques varient fortement en fonction des secteurs du pays : au Nord, il s'agit essentiellement d'exploiter de manières rationnelles et d'économiser les ressources limitées existantes.

L'exemple du barrage des Trois Gorges

Situé en Chine centrale dans la province de Hubei, près de la ville de Yichang, le barrage des

Trois Gorges est le plus grand chantier du monde en ce qui a trait à la gestion de l'eau. Même si il n'est pas le plus grand barrage du monde, ni par sa hauteur, ni par sa capacité de son réservoir, sa capacité de production

hydroélectrique dépasse largement celle du barrage du barrage d'Itaïpu au Brésil. Les dirigeants chinois ont décidé de la construction du barrages pour trois raisons.

Fig. 6 Le barrage des Trois Gorges QuartierQuartier desdes TroisTrois GorgesGorges Réservoir du barrage 33
Fig. 6
Le barrage des Trois Gorges
QuartierQuartier desdes
TroisTrois GorgesGorges
Réservoir du
barrage
33
PontPont dede
XilingXiling
44
ÎleÎle dede
22 ZhongbaodaoZhongbaodao
11
22
1 Déversoir
2 Centrales hydroélectriques
3 Écluses
2 km
4 Ascenseur à bateaux
Routes
VieuxVieux SandoupingSandouping
Source : Three Gorges Project, CTGPC, 1999, in SANJUAN (Thierry), Atlas
de la Chine, Paris, Éditions Autrement, 2009, p.15.
Yangzi
Réalisation : BAZILE (Arthur), HECKLY (Thomas) et LEPERS (Guillaume) à
l'aide d'Abode Illustrator CS4.

Le premier objectif est la lutte contre les crues et la régularisation du débit du Yangzi. Le réservoir a un

niveau d'eau normal de 175

m d'altitude. Ce niveau est,

chaque année, abaissé à 145 m avant juin. Le volume d'eau accumulé entre juin et octobre est ensuite évacué pendant la saison sèche. Le deuxième objectif est une production hydroélectrique de 18 200 MW et un

rendement annuel moyen de 84,7 Twh 36 , grâce à 26 turboalternateurs. Le troisième objectif est le désenclavement de l'intérieur du pays en améliorant la navigabilité d'un axe qui relie le Sichuan et Chongqing à la région des lacs et Wuhan, puis au delta du Yangzi, à Shangai et aux voies maritimes internationales : des navires de 10 000 tonnes pourront gagner Chongqinq, qui est aussi l'un des pôles principaux du projet de développement de l'Ouest.

Le barrage est loin de faire l'unanimité 37 . Le déménagement et la réinstallation de centaines de milliers de personne loin de leur milieu de vie et de travail est un sujet extrêmement sensible et provoque des réactions diverses et variées. Le lac créé par le barrage a engloutie six villes et en a inondé près de treize autres. Cette situation entraîne actuellement de graves problèmes sociaux : les gens vivant dans les parties submergées sont – en général – les plus pauvres. Le projet d'un barrage aux Trois Gorges a hanté pendant très longtemps les esprits des chinois. Même si il a fallu pratiquer une déforestation plutôt dense le long du fleuve, les inondations dans cette région ont des incidences beaucoup moins grandes qu'auparavant (mois de pertes de vies humaines et de dégâts matériels). Enfin le secteur économique est celui qui connaît depuis la mise en activité du barrage le plus de retombées positives. Un nombre assez conséquent d'infrastructures destinées à l'industrie du tourisme sont en cours d'édification. Industrie du tourisme qui implique une création d'emploi. La navigation fluviale intensifié permet une amélioration de la distribution des marchandises à l'intérieur du pays, même dans les parties les plus reculées.

Le problème majeur relié au barrage des Trois Gorges est la destruction d'habitat. Une bonne partie de la faune et de la flore existante risque de disparaître. Ensuite le risque associé aux tremblements de terre serait catastrophique, en effet, une rupture de barrage aurait des conséquence désastreuse sur les villes et les population en aval du fleuve. Mais le problème le plus important est, sans conteste, la dégradation de la qualité des eaux. La pollution est générée par l'érosion des sols, la production agricole et l'élevage intensif dans les villages se trouvant en bordure ou en amont du réservoir. Depuis la mise en eau du barrage, le débit des affluents s'est ralenti ne permettant plus de disperser aussi efficacement les substances nutritives, comme par exemple les engrais 38 .

Le transfert des eaux du Yangzi

A la suite du barrage des Trois Gorges, le détournement d'une partie des eaux du Yangzi est prévu vers les provinces du Nord, qui souffrent de déficits hydriques. Les travaux ont été lancés en 2002 – après de longues études de faisabilité 39 . Le montant des travaux est estimé à plus de 600 milliards d'euros. L'objectif est de transférer une partie des eaux du Yangzi vers la Grande Plaine de Chine du Nord à travers trois itinéraires (oriental, central et occidental).

Ces travaux sont d'une grande utilité socio-économique, notamment pour contribuer à rééquilibrer la répartition de l'eau en Chine septentrionale. De tels aménagements entraînent néanmoins une série de problèmes, notamment écologiques. Pour les régions où les eaux seront prélevée, le transfert va diminuer le débit du Yangzi surtout en période d'étiage. Dans ces bassins, les effets de la navigation, l'irrigation et la fourniture en électricité. D'après des études

36 VICTOR (Jean-Christophe), NISIC (Natacha) et CRIOU (Anne), Hydropolitique, le barrage sur le Yangzi, émission diffusé sur Arte le 24/05/2003 [consulté le 12/10/2011], disponible sur YouTube à l'adresse :

37 SANJUAN (Thierry) et BEREAU (Rémi), « Le barrage des Trois Gorges. Entre pouvoir d'Etat, gigantisme technique et incidences régionales » in Hérodote, n°102, 2001/3, pp. 19-56

38 SAVOIE (Philippe), « Impacts du barrage des Trois Gorges sur le développement durable de la Chine » in VertigO – la revue électronique en sciences de l'environnement [en ligne], vol. 4, n°3, décembre 2003, [consulté le 06/11/2011], disponible sur : http://www.clionautes.org/telechargements/3g/3g-impact.pdf

39 Environ 50 ans

universitaires, l'environnement du bas Yangzi, notamment dans son delta sera sévèrement touché.

De plus, le contrôle de la qualité de l'eau du départ jusqu'à son arrivée va impliquer des investissements coûteux. Ce contrôle s'avère pourtant indispensable car il représente un enjeu de santé publique. En outre, les effets environnementaux d'un tel transfert sont encore mal connus 40 .

40 BRAVARD (Jean-Paul), « Un enjeu hydropolitique et environnemental majeur pour la Chine : le transfert Sud- Nord » in Hérodote, 2001/3, n°102, pp.57-71

Conclusion

Un bilan mitigé ?

des problèmes

environnementaux auxquels a à faire la Chine, car il s'agit d'un problème global. « Trop abondamment sollicitées, par pompage des nappes phréatiques, et destinées à une industrialisation, une urbanisation et une extension des superficies irriguée » 41 .

Les

ressources

hydriques

représentent

le

problème

le

plus

inquiétant

De toute évidence, la gestion de l'eau doit être régulée à l'échelle nationale afin de pouvoir prendre en considération de manière globale l'ensemble des systèmes hydrologiques en interaction. Mais il est tout aussi essentiel d'encourager chaque individu à apporter sa contribution personnelle pour préserver l'Or blanc. Si le gouvernement se résignait à améliorer la dimension participative, à collaborer plus étroitement avec la société civile, en bref, à démocratiser le processus participatif, cela permettrait de mieux sensibiliser les populations et d'obtenir leur soutien actif et convaincu. La tendance des autorités à systématiquement retenir l'information empêche de déceler immédiatement les incidents potentiellement dangereux.

Au cours de ces dix dernières années, le PCC a clairement montré sa volonté de protéger l'environnement à travers une série de lois et de régulations. Pourtant, un manque de cohérence et de collaboration entre les différentes unités administratives ont empêché une application satisfaisante de ces lois. La création en 2008 du Ministère de la Protection de l'Environnement remplace désormais la SEPA et unifie l'autorité en ce qui concerne les problématique écologique (dont celle de l'eau). Le marchandage systématique des peines légales par les entreprises administratives par les entreprises pollueuses fait que les amendes qui leur sont infligées ne suffisent pas à les encourager à investir dans des technologies plus propres. D'autres parts, certains projets d'envergures et présentés comme étant « d'intérêt public », tel que le barrage des Trois Gorges ou les grands canaux Sud- Nord, sont inattaquable en justice en dépit des dommages humains et environnementaux qu'ils peuvent provoquer.

L'eau peut-elle empêcher la montée en puissance de la Chine ?

Maîtriser l'eau signifie dompter les fleuves, mais aussi apporter l'eau là où elle manque. La Chine cumul les superlatifs : elle est grande par sa taille, son poids démographique, son économie exceptionnelle. Mais comme un colosse aux pieds d'argiles, il semble que l'eau représente un enjeu insurmontable pour l'Empire du Milieu. Les projets pharaoniques comme ceux que nous avons étudiés auparavant démontre la capacité des autorités chinoises à se doter de la technologies nécessaires à ses besoins en eau.

Le changement du climat – comme l'a rappelé encore récemment le sommet de Durban (novembre – décembre 2011) – oblige les chinois à repenser de manière globale sa politique de l'eau. L'évolution du cycle des précipitations, la modification des glaciers himalayens, la dégradation de la qualité de la ressource hydrique sont des menaces très sérieuses pour cette nouvelle super puissance. L'Etat et les grandes villes ont lancés de grandes campagnes de recyclages l'eau 42 . Si la Chine veut tenir ses 8% de croissance économique, la Chine va devoir relever le défi de l'eau avec une meilleure approche que celle adoptée actuellement.

41 SAVOIE (Philippe), « Impacts du barrage des Trois Gorges sur le développement durable de la Chine » in VertigO – la revue électronique en sciences de l'environnement [en ligne], vol. 4, n°3, décembre 2003, [consulté le 06/11/2011], disponible sur : http://www.clionautes.org/telechargements/3g/3g-impact.pdf, p.24

42 Les multinationales françaises Suez et Véolia sont d'ailleurs très présentes en Chine.

CARTE DE SYNTHESE

LE PROBLEME DE L'EAU EN CHINE

Entre conflit d'usage et politiques environnementales : comment la Chine adapte-t-elle sa gestion de l'eau ?

Amour FEDERATIONFEDERATION DEDE RUSSIERUSSIE KAZAKHSTANKAZAKHSTAN MONGOLIEMONGOLIE KIRG.KIRG. PékinPékin MER DU
Amour
FEDERATIONFEDERATION DEDE RUSSIERUSSIE
KAZAKHSTANKAZAKHSTAN
MONGOLIEMONGOLIE
KIRG.KIRG.
PékinPékin
MER DU
COR.COR.
JAPON
DESERTIFICATIONDESERTIFICATION
NORDNORD
TianjinTianjin
YinchuanYinchuan
COR.COR.
SUDSUD
MER
PK.PK.
FONTEFONTE DESDES
JAUNE
GLACIERSGLACIERS
ShangaiShangai
Luan He
ChengduChengdu
MER DE CHINE
ORIENTALE
BH.BH.
ChongqingChongqing
NNEEPPAALL
CantonCanton
INDEINDE
Mékong
THAÏ.THAÏ.
POLLUTIONPOLLUTION
INDUSTRIELLEINDUSTRIELLE
N
MYANMARMYANMAR
VIET.VIET.
OCEAN
LAOSLAOS
MER DE CHINE
MERIDIONALE
PACIFIQUE
CAMB.CAMB.
Yangtsé
Huanghe

Légende

L'eau : une ressource inégalement répartie

 

L'accroissement des besoins en eau

 

Les solutions :

quel bilan ?

Principaux fleuves

Principaux fleuves A l'Est de cette ligne : 90% de la population Projet de dérivation Sud-Nord

A l'Est de cette ligne : 90% de la population

Principaux fleuves A l'Est de cette ligne : 90% de la population Projet de dérivation Sud-Nord

Projet de dérivation Sud-Nord

Régions riches en eau

Régions riches en eau Villes les plus touchées par la pollution des eaux Barrage des Trois-Gorges

Villes les plus touchées par la pollution des eaux

Régions riches en eau Villes les plus touchées par la pollution des eaux Barrage des Trois-Gorges

Barrage des Trois-Gorges

Fonte des glaciers

Fonte des glaciers Régions les plus polluées Deltas : espaces fragilisés

Régions les plus polluées

Fonte des glaciers Régions les plus polluées Deltas : espaces fragilisés

Deltas : espaces fragilisés

Avancée du désert

Avancée du désert   Zones de conflits : le Mékong
 

Zones de conflits : le Mékong

 

(Cambodge, Vietnam, Laos)

conflits : le Mékong   (Cambodge, Vietnam, Laos) 16 Réalisation : BAZILE (Arthur), HECKLY (Thomas) et

16

Réalisation : BAZILE (Arthur), HECKLY (Thomas) et LEPERS (Guillaume) à l'aide d'Adobe Illustrator CS4 et Phildigit

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