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Les

confessions de foi réformées


continentales sont théonomiques

Dans cette étude, nous verrons que les principales confessions de foi, catéchismes et
autres standards doctrinaux historiques des chrétiens réformés d'Europe continentale
datant de la Réformation des XVIème-XVIIème siècles promeuvent la théonomie (c'est-à-
dire la doctrine biblique & protestante du Sola Scriptura appliquée en droit).


1. LA CONFESSIO GALLICANA (1559)

L’article 39 de la Confessio Gallicana ou Confession de foi des Églises réformées de France,


adoptée au Synode national de Paris en 1559 (souvent appelée Confession de foi de La
Rochelle parce que ratifiée au Synode national de La Rochelle en 1571), stipule :

[... Dieu] a établi des royaumes, républiques et toutes autres sortes de principautés
[… et] à cette cause a mis le glaive en la main des magistrats pour réprimer les
péchés commis, non seulement contre la Seconde Table, mais aussi contre la
Première. [...]1

L’article 40 de la Confessio Gallicana, quant à lui, se lit comme suit :

Nous affirmons donc qu'il faut obéir à leurs lois et règlements, payer taxes, impôts
et autres charges, et consentir à cette obéissance d'une bonne et franche volonté –


1
Olivier Fatio et al., Confessions et catéchismes de la foi réformée, Éditions Labor & Fides, Genève
(Romandie), 1986, p. 127 sur 374.
quand même ils seraient infidèles [ex. : Cyrus le Grand en Antiquité] – pourvu que
la souveraineté absolue de Dieu demeure entière2.

Ainsi, nous réprouvons ceux qui voudraient rejeter toute hiérarchie [= anarchistes],
établir la communauté et le mélange des biens [= communistes] et renverser
l'ordre de la justice [= absolutistes].

Voici un commentaire du pasteur de l’Église réformée de France (ÉRF) et doyen de la


Faculté libre de théologie réformée d’Aix-en-Provence – aujourd’hui appelée la Faculté
Jean Calvin – Pierre Courthial (1914-2009), sur les articles 39 et 40 de la Confessio
Gallicana :

Mais, à notre époque, ces articles, tels qu'ils ont été rédigés, prennent une
signification ambigüe en dépit des excellentes choses qu'ils contiennent. Les États
contemporains, en effet, situent volontiers la source du droit en eux-mêmes
[plutôt qu'en l'Éternel et sa révélation écrite], tendent de plus en plus vers le
totalitarisme et confisquent à leur profit monstrueux des libertés qu'ils ont
cependant vocation de défendre3.

Dans leur réédition légèrement modernisée de la Confessio Gallicana en 1988, le pasteur


Pierre-Charles Marcel (1910-1992), docteur en théologie en France, et le professeur Charles
van Leeuwen, docteur en théologie aux Pays-Bas, prirent le soin de préciser ceci :

L’article 39 et la première partie de l’article 40 supposent l’existence d’États où


l’autorité est exercée dans le respect de la souveraineté absolue de Dieu, les
autorités se considérant elles-mêmes comme les lieutenants de Dieu, établis
pour exercer une charge légitime et sainte. Ce n’est guère le cas à présent4.


2
Collectif, Confession de La Rochelle : Soyez toujours prêts, Éditions Kerygma, Aix-en-Provence (Bouches-
du-Rhône), 1998 (1988), p. 67 sur 79.
3
Pierre Courthial, Commentaire sur la Confession de foi de La Rochelle, Société des compagnons pour
l’Évangile, Paris, 1979, p. 127 sur 127 (oui).
4
Collectif, Confession de La Rochelle..., op. cit., p. 23.
Cela étant dit, la Confessio Gallicana ne se contente pas d’affirmer la normativité des deux
Tables du Décalogue en droit pénal. Selon l’article 5 de ce standard doctrinal, c’est toute
la Bible qui doit être prééminente, et cela dans l’ordre social en entier :

Cette Parole est la règle de toute vérité et contient tout ce qui est nécessaire au
service de Dieu et à notre salut ; il n’est donc pas permis aux hommes, ni même
aux anges, d’y rien ajouter, retrancher ou changer. Il en découle que ni
l’ancienneté, ni les coutumes, ni le grand nombre, ni la sagesse humaine, ni les
jugements, ni les arrêts, ni les lois, ni les décrets, ni les conciles, ni les visions,
ni les miracles ne peuvent être opposés à cette Écriture Sainte, mais qu’au
contraire toutes choses doivent être examinées, réglées et réformées d’après
elle5.


2. LA CONFESSIO BELGICA (1561)

La Confession de foi belge ou Confession de foi des Pays-Bas (1561) fut rédigée par le
réformateur & martyr Guy de Brès (1522-1567) à Tournai (Hainaut). Elle exprime la foi
chrétienne des communautés réformées pédobaptistes presbytériennes wallonnes,
flamandes, néerlandaises et frisonnes. L'article 36 de la Confessio Belgica stipule :

Non seulement leur office [= des magistrats] est de prendre garde et veiller sur la
police, mais aussi de maintenir le sacré ministère, pour ôter et ruiner toute
idolâtrie et faux service de Dieu ; pour détruire le Royaume de l'Antéchrist
et avancer le Royaume de Jésus-Christ, faire prêcher la Parole de l'Évangile
partout, afin que Dieu soit honoré et servi de chacun, comme il le requiert par sa
Parole6.


5
Ibid., p. 78-79.
6
Philippe Lacombe et al., « La Confession belge – Confessio Belgica », Confessions de foi et catéchismes de la
Réforme, https://sites.google.com/view/cfcreforme/confession-belge, consulté le 5 mars 2020 (≠ Kerygma).
Voici une analyse de l’article 36 de la Confessio Belgica par le théologien réformé
néerlandais Willem Ouweneel :

Ce texte dit sans équivoque qu'il appartient à la mission donnée par Dieu au
gouvernement [civil] de promouvoir « le Royaume de Christ », et de faire
avancer « la prédication de la Parole de l'Évangile partout », afin que Dieu puisse
être honoré par tout un chacun. En outre, la version modifiée rédigée par le
Synode de l'Église chrétienne réformée [= Christelijke Gereformeerde Kerk (CGK),
aux Pays-Bas] en 1958 dit toujours que les autorités civiles accomplissent leur
mandat « afin que la Parole de Dieu puisse être diffusée librement, que le
Royaume de Jésus puisse progresser, et que chaque pouvoir anti-chrétien soit
résisté » [...]. Ceci inclut les puissances anti-chrétiennes qui dominent la plupart
des États-nations autour du globe. La Confession belge ne reconnaît aucun
domaine neutre à cet égard7.

Et voici un commentaire sur l’article 36 de la Confessio Belgica par le pasteur réformé


canadien Clarence Bouwman :

Insister sur la séparation de l'Église (religion) et de l'État (gouvernement) revient à


prétendre qu'il y a une partie de la vie (gouvernement) sur laquelle le Christ n'est
pas souverain. Christ est maître de toute la vie [...]. En tant que citoyens qui
reconnaissent la souveraineté de Christ sur toute la vie, nous devons exiger de nos
politiciens qu'ils reconnaissent qu’ils sont responsables devant le Roi des rois. De
plus, nous devons exiger pour que la nation reconnaisse Jésus-Christ dans
l’espace public. Puisque les chrétiens connaissent le Roi des rois, ce sont d'abord
les chrétiens qui doivent se porter volontaires pour la fonction publique. Le


7
Willem Ouweneel, The World Is Christ’s : A Critique of Two Kingdoms Theology, Ezra Press, Toronto
(Ontario), 2017, p. 16.
gouvernement [civil], après tout, n'est pas une entité « mondaine », mais un don
de « notre Dieu miséricordieux »8.


3. LE CATÉCHISME DE HEIDELBERG (1563)

Le Catéchisme de Heidelberg (1563) fut rédigé par les théologiens & professeurs Caspar
Olevianus (1536-1587) et Zacharias Ursinus (1534-1583) sous la supervision et avec la
collaboration du Prince-Électeur Frédéric III le Pieux (1515-1576), Comte palatin du Rhin.
Ce standard doctrinal exprime la foi chrétienne des communautés réformées
pédobaptistes presbytériennes allemandes, néerlandaises et hongroises/transylvaines. Sa
question-réponse 50 énonce :

Question 50 : Pourquoi ajoute-t-on [dans le Symbole des Apôtres] : « Il est assis à la


droite de Dieu le Père Tout-Puissant » ?

Réponse 50 : Pour marquer, que Jésus-Christ est monté au Ciel, afin que de là, il se
fit connaître pour le Chef de son Église chrétienne, par lequel le Père gouverne
toutes choses9.

Voici une analyse de la question-réponse 50 du Catéchisme de Heidelberg par Willem


Ouweneel :

Ces termes nient implicitement que Christ, le Logos Sarkos (le « Verbe incarné »),
est seulement Roi au-dessus d'un domaine spirituel, l'Église ; il est celui « par lequel
le Père gouverne toutes choses ». Le Catéchisme réfère ici à Matthieu 28:18 (où
Jésus, en tant qu'homme ressuscité, dit « tout pouvoir m’a été donné dans le Ciel


8
Clarence Bouwman, The Overflowing Riches of My God : Revisiting the Belgic Confession, Pro Ecclesia
Publishers, Nedlands (Australie-Occidentale), 2008, p. 207 sur 214.
9
Philippe Lacombe et al., « Le Catéchisme de Heidelberg », Confessions de foi et catéchismes de la Réforme,
https://sites.google.com/view/cfcreforme/confession-belge, consulté le 7 mars 2020 (≠ Kerygma).
et sur la Terre » [S21]) et Colossiens 1:18 (« il est la tête du corps qu’est l’Église ; il
est le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin d’être en tout le
premier » [S21]).

C'est le même individu ayant accompli la purification des péchés qui exerce
maintenant l'autorité suprême à la droite de Dieu (Hébreux 1:3-4). C'est l'homme
ressuscité « Jésus-Christ qui est monté au Ciel, a reçu la soumission des anges, des
autorités et des puissances et se trouve à la droite de Dieu » (1 Pierre 3:21-22 [S21]).
C'est simplement faux d'affirmer que l'homme glorifié Jésus-Christ est Roi au-
dessus d'un « Royaume de Dieu » dans le sens limité de l'Église visible, mais pas au-
dessus d'un domaine temporel. Éphésiens 1 rend très clairement cette distinction
fautive : Dieu « a tout mis sous ses pieds [de Christ] et il l’a donné pour chef
suprême à l’Église qui est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous »
(Éphésiens 1:22-23 [S21]). Celui qui est la tête du corps – l'Église – est la même
personne qui, en même temps, est la tête au-dessus de « toutes choses ». [...]

Si Christ est Roi au-dessus du Royaume de Dieu, ce Royaume contient non


seulement l'Église, mais dans les propres mots de Jésus, il contient le monde
entier (cf. Matthieu 13:38 où « le champ » est « le monde »). Les « magistrats et
autorités » terrestres (Tite 3:1) se tiennent aussi sous la royauté de Christ
(Éphésiens 1:20-21, Colossiens 1:16-18, 1 Pierre 3:21-22)10.


4. LA CONFESSIO HELVETICA POSTERIOR (1566)

La Confessio Helvetica Posterior ou Confession helvétique postérieure (1566) fut rédigée par
le réformateur & prédicateur Heinrich Bullinger (1504-1575) à Zurich. Ce standard
doctrinal fut formellement adopté par les Églises réformées pédobaptistes presbytériennes


10
Willem Ouweneel, The World Is Christ’s..., op. cit., p. 15.
de Suisse, de Hongrie-Transylvanie et de Pologne-Lithuanie. De plus, il fut officiellement
approuvé par les Églises réformées correspondantes du Palatinat, de France et d’Écosse.
Dans son préambule, ce texte confessionnel reproduit et endosse l’Édit de Thessalonique
(380) de l'Empereur romain Théodose Ier le Grand (346-395), qui est éminemment
théonomique :

Les Empereurs Gratien, Valentinien et Théodose, augustes. Au peuple de la ville


de Constantinople : Nous voulons que tous les peuples qui vivent sous l’Empire
de notre clémence suivent la religion que l’apôtre saint Pierre a enseignée aux
Romains. […] Nous voulons qu’on donne le nom de chrétiens universels à ceux
qui suivent cette Loi, et qu’au contraire les autres, que nous regardons comme
des extravagants et des insensés, portent la flétrissure du titre d’hérétique, et que
leurs conciliabules ne portent point le nom d’Église, et qu’après la vengeance
divine qui les attend, ils soient aussi punis de la manière que le Ciel nous
l’inspirera11.

Plus loin, le chapitre 30 de la Confessio Helvetica Posterior, intitulé Du Magistrat, stipule :

Si donc il [= le magistrat] est ennemi de l’Église il peut grandement empêcher et


faire beaucoup de troubles ; mais si au contraire il est ami et membre de l’Église,
il est très-utile et très-excellent membre d’icelle, et lui peut grandement aider et
profiter. Le principal office d’icelui est de procurer la paix et tranquillité publique,
ce qu’il ne peut jamais mieux faire plus heureusement qu’en étant vraiment
religieux et craignant Dieu, et qu’à l’exemple du peuple du Seigneur il n’avance
et donne cours à la prédication de la vérité et de la pure et sincère foi, empêchant
tout mensonge, et mettant bas toute superstition avec toute impiété et
idolâtrie, et défendant l’Église de Dieu. Nous enseignons aussi que le soin de
la religion est des principaux points d’un fidèle et saint magistrat. […] Qu’il mette
ordre qu’on ne prêche rien [de] contraire à icelle ; item, qu’il gouverne par
bonnes lois conformes à la Parole de Dieu le peuple que Dieu lui a commis, et

11
Olivier Fatio et al., Confessions et catéchismes..., op. cit., p. 200.
qu’il le contienne en bonne discipline, devoir et obéissance. […] Car il n’a pas reçu
de Dieu le glaive en vain. Qu’il dégaine donc ce glaive de Dieu contre tous les
méchants, […] blasphémateurs, parjures, bref contre tous ceux que Dieu veut
punir et qu’il a commandé qu’on mît à mort. Qu’il châtie aussi et punisse ceux
qui sont vraiment hérétiques, à savoir incorrigibles, et qui ne cessent de
blasphémer la majesté de Dieu et troubler son Église, voir même la ruiner et
détruire. […] Et le magistrat faisant ces choses en foi sert Dieu par [de] telles
œuvres, comme vraiment bonnes, et reçoit bénédiction de Dieu12.


5. LES CANONS DE DORDRECHT (1619)

Les Canons de Dordrecht (1619) furent adoptés par le Synode de Dordrecht (1618-1619), une
assemblée délibérante de théologiens ayant à la fois les caractéristiques et les attributs :

✍ D'un procès ecclésiastique national de l'Église réformée néerlandaise – la


Nederduitse Gereformeerde Kerk (NGK) créée en 1571 – impliquant 14 meneurs
arminiens libéraux dits « remonstrants » (les accusés), 53 délégués des sept synodes
provinciaux constitutifs de la NGK, cinq représentants des cinq universités
réformées néerlandaises et 18 commissaires civils des sept provinces composant la
République des Pays-Bas ;

✍ D'un concile international réformé réunissant – en plus des Néerlandais – 26


délégués officiels des Églises réformées de la Ville libre d'Emden (Frise-Orientale),
de la Ville libre de Brême (Basse-Saxe), du Landgraviat de Hesse-Cassel (Basse-
Hesse), du Wetterau (Haute-Hesse), du Duché de Nassau, de l'Électorat du
Palatinat, de quatre cantons de Suisse alémanique (Zurich, Bâle, Berne &
Schaffhouse), de la République de Genève, de l'Église d'Écosse et de l'Église


12
Ibid., p. 304-305.
d'Angleterre, ainsi que quelques observateurs (l'ambassadeur de la Principauté
d'Anhalt, le messager de la congrégation réformée néerlandaise de Londres, etc.).

Ce standard doctrinal est la référence classique de la sotériologie réformée orthodoxe


(couramment résumée par l'expression « cinq points du calvinisme »). Dans son étude
doctrinale consacrée aux Canons de Dordrecht, titré Le solide fondement du salut, Paulin
Bédard écrit :

L’un des principaux fruits du Synode de Dordrecht a été de mettre par écrit les
Canons (ou décisions) de Dordrecht, qui ont d’ailleurs été rédigés en néerlandais,
en français et en latin, puis traduits plus tard en plusieurs langues. Contrairement
aux confessions de foi du XVIème siècle qui ont été rédigées par des individus, ce
texte a été écrit par une assemblée ecclésiastique. En 1620, au Synode national
d’Alès, les Églises réformées de France ont reçu et approuvé ces Canons
comme étant conformes à la Parole de Dieu. Tous les pasteurs et anciens
devaient prononcer publiquement le « serment d’approbation » prévu à cet effet.

[...] Les Canons de Dordrecht sont ainsi structurés selon ces cinq points. Chacun de
ces cinq points est d’abord expliqué par une [première] série d’articles qui exposent
positivement la doctrine orthodoxe, puis par une deuxième série d’articles qui
réfutent et rejettent les erreurs arminiennes, cette deuxième série d’articles portant
le nom de « rejet des erreurs »13.

L’article 3:4:4 des Canons de Dordrecht (1619) dispose :

Il est vrai qu'après la Chute, il a subsisté dans l'homme quelque lumière de


nature ; grâce à elle, il conserve encore une certaine connaissance de Dieu et des
choses naturelles, il discerne entre ce qui est honnête et malhonnête, et montre
avoir quelque pratique et soin de la vertu et d'une discipline extérieure. Mais tant
s'en faut que, par cette lumière naturelle, il puisse parvenir à la connaissance

13
Paulin Bédard, Le solide fondement du salut : Étude doctrinale sur les Canons de Dordrecht, Éditions La
Rochelle, Trois-Rivières (Mauricie), 2019, p. 13 et 15 sur 450.
salutaire de Dieu, et se convertir à lui, puisqu'il n'en use même pas droitement
dans les choses naturelles et civiles, mais plutôt, telle qu'elle est, il la souille de
diverses manières et la maintient dans l'injustice ; ce que faisant, il est rendu
inexcusable devant Dieu14.

Voici une analyse de l’article 3:4:4 des Canons de Dordrecht par le théologien réformé
néerlandais Willem Ouweneel :

Ce point de vue conflicte radicalement avec l’idée de [Michael] Horton et [David]


VanDrunen d’une loi naturelle régnant dans le royaume séculier sans aucun
besoin que la lumière de Parole-Révélation de Dieu ne soit jetée sur cette loi
naturelle. [...] En opposition à ces derniers, Joseph Boot décrit la loi naturelle
comme « un concept originellement stoïc [= païen] bourré de difficultés, dont
personne ne semble être certain du contenu réel avec une clarté quelconque ».
Remarquez la référence des Canons à Romains 1:18 : « La colère de Dieu se révèle
du Ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui par leur injustice
tiennent la vérité prisonnière » [S21]. Assurément, il y a une certaine connaissance
de Dieu et de sa loi dans les personnes naturelles : « Ils montrent que l’œuvre de la
loi est écrite dans leur cœur » (2:15) — mais en combinaison avec 1:18 cela montre
que cette connaissance est totalement corrompue par le péché [...]. Quelle que
soit la conscience des choses divines qu’ils puissent avoir, elle est supprimée par
leur méchanceté. C’est impossible de fonder un État ou une société sur la loi
naturelle seule de manière à ce qu’un tel État ou une telle société soit acceptable
et honorante pour Dieu15.

Pour conclure, constatons qu’en matière de théologie publique, la théonomie est


indiscutablement une doctrine confessionnelle orthodoxe des chrétiens réformés
pédobaptistes presbytériens originaires d’Europe continentale.


14
Collectif, Canons de Dordrecht : Le solide fondement, Éditions Kerygma, Aix-en-Provence (Bouches-du-
Rhône), 1998 (1988), 104 p.
15
Willem Ouweneel, The World Is Christ’s..., op. cit., p. 17-18.