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LE PROTO-PROTESTANTISME BYZANTIN AU HAUT MOYEN ÂGE

En 691, le Concile in Trullo se réunit à l'initiative de l'empereur Justinien II sous le dôme (trullos) du palais impérial à Byzance. Ses acteurs ne considéraient pas former un nouveau concile, mais voyaient leur rassemblement comme une continuation du grand concile oeucuménique précédent (le 5e, Constantinople III, en 681), d’où l’appellation de Quinisexte (entre le cinquième et le sixième) également donné à cet événement. Les patriarches d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem étaient présents parmi plus de trois cent évêques – surtout orientaux. Réfutant la pratique romaine de divorce mandataire pour les hommes aspirant au pastorat, le 13e canons du Concile in Trullo interdit aux clercs d’abandonner leur épouse sous prétexte de leur ordination. Le 36e canon proclame que la vielle Rome et la nouvelle Rome ont des droits égaux (reprenant en cela le 28e canon de du Concile de Chalcédoine, en 451), affirmation que le pontife romain fut contraint d'approuver lorsque convoqué à Constantinople en 7101. LE PREMIER ICONOCLASME DURA DE 726 À 787, SOIT SIX DÉCENNIES. La « reconquête de l'espace balkanique slavisé n'a été possible que grâce au sursaut romain connu sous le nom de crise iconoclaste. [...] C'est pour prendre l'initiative face à l'islam que Léon III va engager une nouvelle politique visant à rassembler toutes les forces vives de l'Empire sous la bannière unique du chrétien : la Croix victorieuse et vivifiante, cette Croix qui était apparue à Constantin le Grand lors de la bataille du pont Milvius (28 octobre 312) [...] La Croix rassemblait; l'icone divisait ! Chaque village avait son icône protectrice [et son saint associé = polythéisme] et c'est en ce sens que le culte exacerbé des icônes s'avérait centrifuge. Les résultats sont là. En 740, les Romains [d’Orient] remportent la grande bataille d'Akroïnon. Pour la première fois [en Orient], une puissante armée arabe est battue. En 746, [l’empereur] Constantin V (741-775) entre en Syrie du nord et 747, le stratège des Cibyrrhéotes [de la ville de Cibyre en Phrygie] anéantit près de Chypre la flotte arabe. [....] Les succès de cette politique impériale étaient intimement liés à l'iconoclasme et l'empereur lui-même était un remarquable théologien [...]. Désormais, plus que jamais, la politique étrangère byzantine était intimement liée au programme missionnaire de son Église. [...] l'Empire romain a disparu ; il est devenu l'Empire du Christ dont les enseignements constituent le bien commun de tous les peuples qui se retrouvent dans l'oikouménè [monde romanisé/civilisé]2. » « Véritable rupture avec la symbolique des premiers siècles […] le culte des images […] ne cessera de grandir durant tout le VIIe siècle. Parallèlement, leur pouvoir va également en
John McGUCKIN, The Ascent of Christian Law – Patristic and Byzantine Formulations of a New Civilization, St Vladimir Seminary Press, Yonkers, 2012, p. 224-232 sur 279. 2 Jean-Pierre ARRIGNON, Byzance, économie et société (VII e-XIIe siècles), 2007, Paris, Ellipses, p. 25-29 sur 176.
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augmentant au point que, précise Gilbert Dagron, spécialiste de la question, “l’image se substitue au saint absent” ; “elle multiplie à volonté sa présence et communique son pouvoir miraculeux à ce qui l’environne ou la touche, à la matière qui la constitue”. Et en effet, de simple moyen d’apostolat, l’image va rapidement atteindre le rang de reliques. Un débordement cultuel qui, par réaction, engendrera un mouvement inverse, de rejet : l’iconoclasme. À l’origine de la querelle iconoclaste, il n’y avait qu’un débat […] sur les pratiques de dévotion entre le patriarche de Constantinople, Germain, et l’évêque Constantin de Nakoléia. Ce dernier, se basant sur l’Ancien Testament (“Tu ne feras pas d’idole ni aucune image de ce qui est dans les cieux” voit-on dans le Deutéronome et “Vous ne ferez pas d’idoles et vous ne vous érigerez pas de statues ni de stèles” selon le Lévitique) refusait non seulement le culte des images mais également celui des saints, dans lequel il voyait une résurgence du polythéisme. Les reproches de Constantin n’étaient d’ailleurs pas nouveaux et on trouve un écho de sa critique chez Eusèbe de Césarée, qui refusera d’envoyer { la sœur de Constantin une image du Christ, “Dieu n’ayant pas de visage”, ou chez Épiphane de Chypre [310-403] qui, selon ses propres écrits, n’hésita pas { déchirer un portrait du Christ dans une église de Palestine. [Pour Augustin d’Hippone, c'était changer la gloire du Dieu incorruptible en une ressemblance corruptible.] […] L’évêque de Nakoléia […] n’était pas le seul, le rejet du culte des images ayant déjà d’ardents prosélytes en Asie Mineure, à Constantinople même et dans l’entourage de l’empereur. Et il semble bien que, déj{ en 726, Léon III ait fait siennes les théories iconoclastes. […] Il attendra quand même quatre ans, sans doute dans l’espoir de voir le patriarche céder devant l’argumentaire iconoclaste. Ce n’est donc qu’après avoir perdu tout espoir de le convaincre que l’empereur décida de convoquer une réunion publique et de prendre très officiellement position contre le culte des images. La démission consécutive de Germain allait laisser le champ libre au souverain qui […] va promulguer toute une série d’édits interdisant les images. La réaction de Rome dans tout cela tiendra plus de l’agacement devant l’omnipotence impériale et l’indépendance du patriarcat. Et si l’évêque de Rome prend ferment parti, dès ce moment, en faveur du culte des images, c’est plus pour prendre le contre-pied du double pouvoir byzantin que par conviction profonde. C’est sans doute pourquoi aussi il n’y aura de véritable réflexion sur ce culte qu’{ la seconde querelle iconoclaste. […] Le successeur de Léon III, Constantin V, [ayant consacré] les premières années de sa vie à combattre, avec succès, les musulmans [et les Bulgares], se lance vers 750-752 dans un vaste mouvement d’apostolat de l’Empire. Fortement opposé au culte des images, il encourage cependant les discussions publiques et rédige lui-même des Interrogations qui formeront la base de la théologie iconoclaste. […] Constantin V ira très loin dans la réflexion sur l’image. […] Toute représentation humaine reviendrait même à nier la double nature christique (l’humaine étant la seule apparente)

et qu’une double représentation (pour justement rappeler l’existence de deux natures) induirait, { la longue, la présence d’une quatrième personne de la Trinité. On le voit, la réflexion de Constantin V est directement inspirée par la crise des hérésies christologiques des siècles précédents. Tout a été dit, selon Constantin V, aussi gardons-nous de tout faux-pas, de toute représentation, celle-ci pouvant porter à confusion. À la suite de ces écrits, Constantin V, véritable tête pensante de l’iconoclasme, réunit […] le concile iconoclaste d’Hiéréia (754) qui condamna les principaux iconophiles (le patriarche Germain et le grand défenseur des images, Jean Damascène) et confirma la doctrine iconoclaste. […] Cette doctrine refuse les images du Christ, tout en reconnaissant que l’eucharistie n’est pas la seule représentation valable du Fils de Dieu. Quant aux images de la Vierge Téotokos ou des saints, si elles sont théologiquement valables, elles sont bien loin de retranscrire la sainteté de leurs modèles. [Gilbert Dagron conclue que :] “La vraie image des saints, pour les iconoclastes, est à chercher dans la lecture de leur vie et de leurs exploits.” En 787, devant le concile de Nicée II, le patriarche Tarasios parlera de mosaïques arrachées, de peintures blanchies { la chaux, d’icônes […] détruites. Les reliques, en faveur desquelles le concile [d’Hiéréia] s’était pourtant prononcé, subiront, dès 760, un sort équivalent. Parallèlement à ces actions contre les objets, l’empereur se lance également dans une sanglante persécution des iconophiles. Les moines, soupçonnés de corrompre le peuple et de lui inspirer une trop grande dévotion envers les images, seront particulièrement touchés au point que l’idéal et l’institution monastiques mêmes seront finalement l’objet de l’ire impériale3. » Le stratège (grade équivalent à général) Michel Lachanodrakon imposa aux moines le choix entre subir l’aveuglement ou prendre une épouse, ce qui témoigne que le célibat du clergé était encore loin de faire l’unanimité4. Constantin V aurait été jusqu’{ interdire les prières adressés à Marie et aux saints. Constantin V avait condamné le culte des images comme un acte de polythéisme, une invention du diable et une hérésie. Pendant tout son règne, il combatit les adorateurs d’images. Six décennies après le début de l’Iconoclasme, l’impératrice Irène, régente pendant la minorité de son fils, { qui elle fit crever les yeux et qu’elle fit périr pour s’arroger le pouvoir, convoqua en 787 le concile de Nicée II. Les délégués de l’évêque de Rome influencèrent les débats, et on déclara le précédent concile d’Hiéréia nul et non-avenu puis on rétablit le culte des images5.

LE SECOND ICONOCLASME DURA DE 815 À 843, SOIT TROIS DÉCENNIES.

Alix DUCRET, « L’iconoclasme ou la question des images », Historia Nostra, http://www.historia-nostra.com/index.php?option=com_content&task=view&id=889 (Consulté le 05/03/2011) 4 Marie-France AUZÉPY et Huguette MEUNIER, « Irène et les images », L’Histoire, Numéro 317, avril 2007, p. 50-51. 5 Jules-Marcel NICOLE, Précis d’histoire de l’Église, Nogent-sur-Marne, Éditions de l’Institut Biblique, 2005, p. 83 -84.
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