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Vous trouvez

la primaire trop

hexagonale ?

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upbybg Vous trouvez la primaire trop hexagonale ? upbybg Etats-Unis Le Sud contre les clandestins France

Etats-Unis

Le Sud contre les clandestins

France

“Ne m’appelez plus Mademoiselle”

Design

Le postmodernisme au musée

Etats-Unis Le Sud contre les clandestins France “Ne m’appelez plus Mademoiselle” Design Le postmodernisme au musée

16 Courrier international | n° 1092 | du 6 au 12 octobre 2011

En couverture

10 idées poursecouer la gauche Avant les primaires des socialistes français, le 9 octobre, quelles
10 idées
poursecouer
la gauche
Avant les primaires des socialistes français, le 9 octobre,
quelles sont les idées et les expériences des gauches
de gouvernement en Europe ? Ces témoignages
et débats peuvent-ils inspirer les candidats ?
Mieux écouter et mieux comprendre les
citoyens : c’est une tendance qui semble
se dégager chez nos voisins, par exemple
enAllemagne(p.17),auxPays-Bas(p.18)
ou encore en Italie (p. 21).

DR

En Europe, le vent politique change de sens

Après une décennie à droite, l’Europe semble pencher de nouveau vers la gauche. Mais attention au retour de bâton, prévient le quotidien londonien.

The Guardian (extraits) Londres

U n peu partout en Europe, la droite prospère et la gauche recule. Douglas Alexander [secrétaire d’Etat au Développement inter- national du Royaume-Uni, Parti travailliste] l’a rappelé lors de la

conférence du Parti travailliste à Liverpool, le 25 septembre. “Pendant une décennie, au Royaume- Uni, le centre gauche l’a emporté sur la droite. Aujour- d’hui, le centre droit prend le dessus sur la gauche”, a-t-il déclaré. Il s’agit là d’une des principales tendances politiques de ces cinq dernières années dans l’Union européenne. Et cet essor explique que la droite, majoritaire au Conseil des ministres et à la Commission européenne, soit parvenue à bloquer ceux qui s’opposaient aux politiques d’austérité économique voulues par plupart des gouvernements européens. Cela étant, Douglas Alexander semble ne pas avoir perçu les indices de l’actuel renversement de tendance : d’une part, mi-septembre, la victoire aux élections législa- tives danoises de la coalition formée par le Parti social-démocrate, le Parti populaire socialiste et l’Alliance rouge et verte [extrême gauche] ; d’autre part, fin septembre, le succès inattendu de l’al- liance des socialistes et des Verts au Sénat fran- çais, après une série de victoires éclatantes aux élections cantonales de mars 2011.

Ed Miliband : la barre à gauche

DR
DR

Le discours d’Ed Miliband au congrès du Labour, le 27 septembre, a provoqué de fortes réactions dans la presse britannique. Il a été perçu de manière unanime comme un coup de barre à gauche, alors que Miliband entendait se situer “au centre”. Pour le reste, les avis sont très partagés. Sa volonté de taxer différemment “producteurs” et “prédateurs”, bonnes et mauvaises entreprises – tout en restant vague sur le contenu de chaque catégorie – lui a attiré les sarcasmes de la presse conservatrice. “La tête dans les nuages”, titrait The Daily Telegraph, tandis que The Times rappelait qu’en affaires “on ne gagne pas toujours de façon morale”. La presse de centre gauche a été plus réservée. The Guardian saluait “l’analyse la plus radicale d’un leader travailliste depuis 1945”, mais s’interrogeait sur une stratégie périlleuse. The Independent reconnaissait “un pas courageux” vers la rupture avec le New Labour, mais pointait l’absence de propositions concrètes.

Dessin de Boligán, paru dans El Universal, Mexico.

Dessin de Boligán, paru dans El Universal, Mexico. Accord compliqué au Danemark Après l’élection du 15

Accord

compliqué au

Danemark

Après l’élection du 15 septembre, qui a ramené la gauche au pouvoir au Danemark, Helle Thorning-Schmidt

a enfin pu former

un gouvernement le dimanche 2 octobre. Mais “elle n’a toujours pas expliqué en quoi

consistera sa politique économique”, estime

le journal de centre

gauche Information. Autre difficulté : Helle Thorning-Schmidt, dont le parti, les Sociaux-démocrates

(SD), a fait un mauvais score – perdant même un député –, est

à la tête d’une coalition qui en compte quatre. Cette situation s’annonce difficile

à gérer.

Courrier international | n° 1092 | du 6 au 12 octobre 2011 17

Mais le signe majeur de ce renversement de tendance est incontestablement la quasi-

implosion de la coalition gouvernementale alle- mande d’Angela Merkel, qui rassemble libéraux et chrétiens-démocrates. Outre-Rhin, une suite de défaites cuisantes aux élections régionales

a fait passer le pouvoir du côté des sociaux-

démocrates et des écologistes – parfois soutenus par Die Linke. Si le président Nicolas Sarkozy et la droite française perdent l’élection présidentielle au printemps 2012, comme cela semble probable, et

si les sociaux-démocrates et les Verts remportent

les élections au Bundestag en 2013, les centres du pouvoir au sein de l’Union européenne seront repassés à gauche. Les partis conservateurs allemands s’oppo- sent à toutes les propositions visant à mettre en place une grande union économique qui permette de soutenir les pays en difficulté financière. Tandis que les sociaux-démocrates et les Verts soutien- nent l’idée des euro-obligations et réclament

l’adoption d’une stratégie économique différente, qui mette l’accent sur une croissance durable à l’échelle européenne. Dès lors, il est significatif que les libéraux allemands, qui ont flirté avec l’euroscepticisme dans une tentative désespérée de récupérer des électeurs, aient accusé un fort recul lors des récentes élections locales à Berlin. Mieux, au Danemark, en Suède et ailleurs, la popu- larité des partis xénophobes d’extrême droite com- mence à flancher – phénomène en partie dû au choc suscité par les attentats de cet été en Norvège. Cependant, c’est une chose de dire que le balancier politique semble pencher de nouveau vers la gauche en Europe ; c’en est une autre d’affirmer que le centre gauche sera capable de donner une nouvelle orientation à la stratégie économique et sociale européenne. De fait, si le centre gauche ne parvient pas à empêcher l’Europe de poursuivre sa dérive vers une nou- velle récession, voire une dépression généralisée, il pourrait essuyer un retour de bâton désastreux. John Palmer

Comprendre la génération numérique

Il faut tirer les leçons du succès des Pirates aux élections du 18 septembre à Berlin. Leur entrée fulgurante au Parlement régional tient avant tout à leur authentique proximité avec les citoyens. Donc avec les électeurs.

Spiegel Online (extraits) Hambourg

C omment expliquer le succès du Parti des pirates aux élections législatives locales de Berlin [le 18 septembre] ? Voilà la ques- tion que tout le monde se pose depuis dimanche 18 heures.

Conscients de cette attente, les dirigeants politiques ont immédiatement réagi, avec des

outils du siècle dernier. “Plus proche des gens” est désormais le nouveau slogan de la CDU [Union chrétienne-démocrate d’Angela Merkel], et les personnalités de presque tous les partis sont passées aux médias sociaux, s’empressant d’an- noncer cette nouvelle sensationnelle aux jour- nalistes… par fax. Résultat, les partis laissent à des agences de communication plus ou moins expertes le soin de simuler un rapprochement numérique avec les électeurs (à quelques heu- reuses exceptions près). Or il est à peu près aussi instructif – et aussi agréable – de parler avec le collaborateur d’un responsable politique sur Face- book que de prendre un café avec une poupée qui parle. Le Parti des pirates fonctionne exac- tement à l’opposé : la proximité numé-

Allemagne
Allemagne

Chaque parti y est allé de son explication,

citant en vrac Internet, Berlin ou l’en- thousiasme naïf de la génération nerd. Et, comme en politique il

faut toujours trouver quelque chose, tout le monde s’empresse de dire n’importe quoi.

rique avec les citoyens – du moins les citoyens connectés – est la règle. La percée électorale de ce parti repose moins sur le débat géné- ral à propos d’Internet que sur l’une

Pour comprendre la popularité du

des possibilités offertes par Internet, à savoir l’établissement de liens directs. Autrement dit, la réussite du Parti des pirates s’explique essentiellement par le fait que les autres partis ne comprennent pas cet enjeu. Les responsables politiques ont un problème de com- munication. Ce n’est un secret pour personne :

ils ont atteint un niveau critique d’inintelligibi- lité. Cela ne date pas d’hier : le sociologue Vicco von Bülow en parlait déjà en 1975. A présent, via Internet, le discours politique peut être en phase avec la vie réelle des citoyens. Pourtant, seul le

Parti des pirates utilise réellement cette possibi- lité et a développé une stratégie de communica- tion sur tous les médias. Régulièrement critiqués pour leur manque de professionnalisme, les Pirates se défendent en répliquant : “OK, je ne sais pas, mais je vais 18

Parti des pirates, les responsables poli- tiques allemands n’auraient pourtant qu’à se regarder dans un miroir. En 2010, le jour- naliste américain Clay Shirky mettait en garde contre une erreur fondamentale du débat “Inter- net et la politique”, qui consiste à surestimer l’importance de l’accès à l’information par rap- port à celle de l’accès aux personnes. Cette remarque visait les réseaux sociaux dans des Etats non démocratiques, mais elle vaut égale- ment pour les partis allemands et leur utilisa- tion du Réseau. Internet offre en effet une proximité inédite avec les citoyens. Pour la géné- ration qui suit les tweets de Britney Spears ou chatte avec des entreprises comme Coca-Cola, rien de plus naturel que d’entretenir la même proximité avec la classe politique.

18 Courrier international | n° 1092 | du 6 au 12 octobre 2011

En couverture 10 idées pour secouer la gauche

17

la réponse la plus honnête et la plus constructive que l’on puisse donner dans la vie réelle en pareil cas. Dans le paysage politique, pourtant, il est presque inconcevable de l’entendre ailleurs que chez les Pirates. Le discours politique est totale- ment déconnecté de la vie réelle. En revanche, le Parti des pirates défend un discours politique né sur la Toile, là où se trouve toujours quelque spé- cialiste auteur d’une thèse sur le sujet en ques- tion et s’y connaissant mieux que vous. Un aveu d’ignorance suscite toujours plus de sympathie et de respect que l’ignorance démasquée. Les internautes les plus malins l’ont vite compris. Le choix du Parti des pirates est donc un vote contestataire. Les 9 % d’électeurs berlinois qui lui ont donné leur voix ont voulu dénoncer les artifices des hommes politiques dont le discours se réduit, pour de nombreux citoyens, à des débats télévisés, à de petites phrases taillées pour le petit écran et à des communiqués de presse aussi infor- matifs que le manuscrit de Voynich [texte ancien rédigé dans un alphabet inconnu]. Il s’agit d’un sérieux carton rouge contre un style politique en rupture totale avec la réalité. Les hommes politiques pourraient et devraient s’inspirer du Parti des pirates tant dans leurs poli- tiques vis-à-vis d’Internet que dans leur façon de faire de la politique avec Internet. Cela implique de s’imprégner sans affectation de cet outil qui, en dépit de tous les préjugés, reflète à peu près notre mode de communication de tous les jours. Sascha Lobo**

étudier le dossier.*” Cette phrase constitue

Lobo** étudier le dossier.*” Cette phrase constitue “Agora”, la France vue du monde Agora , c’est

“Agora”, la France vue du monde

Agora, c’est le titre de la nouvelle émission d’actualité de France Ô, en partenariat avec Courrier international, chaque samedi à 18 h 45. Cette semaine, Jean-Marc Bramy et ses éditorialistes débattront, entre autres sujets, des primaires socialistes.

* Allusion à l’attitude d’Andreas Baum, tête de liste des

Pirates berlinois (http://berlin.piratenpartei.de/), lors d’un débat : il n’était pas en mesure de donner le chiffre exact de la dette de Berlin. Après coup, le site du parti

a affiché et actualisé en permanence ce montant.

** Blogueur (saschalobo.com), il se dit “de sensibilité sociale-démocrate”.

Les primaires en France

 

Une cure de jouvence ?

Suivie d’abord avec scepticisme

Sarkozy avait pris le pouvoir, ils

et ironie, la primaire socialiste commence à attirer l’attention des journalistes étrangers.

passaient même pour des dinosaures. Leurs idées semblaient dater du Déluge. Leur incapacité

Il

se passe quelque chose dans la

à

résoudre les luttes de pouvoir

gauche française. Les médias

internes avait conforté la ‘machine

à

perdre’ du PS”, se souvient le

étrangers sont nombreux à le constater. Il y a quelques semaines

encore, la primaire socialiste était avant tout pour eux prétexte à ragots et bons mots. Ils s’amusaient de voir François Hollande croiser

quotidien allemand. Mais “avec la primaire, le PS emprunte finalement la voie de la modernisation qu’il

n’avait pas eu la force de suivre alors qu’il était dans l’opposition”,

le

fer avec Ségolène Royal, son

poursuit-il. “L’élan provoqué par la primaire ébranle le camp présidentiel, qui s’attendait à voir les socialistes continuer à se battre eux-mêmes, comme par le passé.” “Le plus remarquable,

ancienne compagne et la mère de ses quatre enfants. Mais plus l’échéance des 9 et 16 octobre approche, plus ils suivent

sur le fond la compétition de 2012. Au fil de la campagne, les présidentiables du Parti socialiste (PS) ont montré qu’ils avaient encore à dire et à proposer. La bonne tenue de leur deuxième débat télévisé, le 28 septembre,

à

propos du débat télévisé,

c’est tout simplement qu’il a eu lieu”, commentepour sa part Foreign Policy. Pleine d’ironie, la revue américaine s’amuse de voir les socialistes français s’inspirer

a

retenu l’attention. Le quotidien

des Etats-Unis pour organiser leur primaire. “Bien que Sarko se soit toujours vanté d’être un candidat dans le style américain, ce sont les socialistes qui, malgré leur horreur de la vulgarité capitaliste, ont adopté notre système.”

espagnol El País salue ainsi “un échange constructif d’idées. Et la Frankfurter Allgemeine Zeitung s’étonne de voir que les “élephants” peuvent faire mentir leurréputation:“DepuisqueNicolas

Mieux connaître la rue

A Amsterdam, un député social- démocrate a décidé d’exercer une activité parallèle de médiateur de rue dans un quartier difficile.

NRC Handelsblad (extraits) Amsterdam

D es gens connaissent [le Néer- landais] Diederik Samsom comme député et stratège du PvdA [social-démocrate], dans l’opposition depuis les élec- tions de 2010. Cela fait déjà

Pourquoi avez-vous décidé d’en parler maintenant ? D’abord, cette activité me tenait à cœur. Je n’avais pas envie de m’en servir à des fins poli- tiques. Mais on ne vaut rien en tant que politi- cien si on ne raconte pas ce que l’on ressent et ce que l’on pense. Alors ? Ce qui m’a frappé, c’est la distance considérable

qui existe entre ces familles et les Pays-Bas. Vous connaissez cette vision romantique de l’intégra- tion, l’idée que nous apprenions à nous com- prendre, que nous nous mettions de plus en plus à nous ressembler ? Ce n’est pas le cas. C’est pour cela que le travail d’un straatcoach est si délicat : il faut prendre la bonne ini- tiative au bon moment, faire le bon

Pays-Bas
Pays-Bas

un an qu’il exerce aussi, secrètement, les fonctions de straatcoach [coach ou

médiateur de rue, une fonction entre vigile et éducateur de quartier]. Il se rend dans des familles qui ont des enfants difficiles pour mettre les parents en face des réa-

geste pour asseoir son pouvoir dans la rue. Sans recourir à la violence. Quand vous vous y prenez bien, après chaque rencontre, vous avez

lités. C’est ce que l’on appelle un tra- vailleur familial. Il consacre à cette activité de dix à douze heures par semaine, ce qui l’amène à sillonner régulièrement Amsterdam la nuit jusqu’à 2 heures du matin. Dans ce journal, il en parle pour la première fois. Pourquoi ce travail en parallèle ? Diederik Samsom Nous nous sommes retrou- vés à nouveau dans l’opposition. J’étais déçu, insa- tisfait. On peut toujours continuer à fonctionner comme avant, mais moi je cherchais autre chose. Mais pourquoi straatcoach ? Parce que l’histoire de mon parti révèle deux gigantesques points faibles. Si les électeurs sont en colère contre nous, et ne votent plus pour nous, c’est à cause de l’insécurité qui règne dans la rue et de la déshumanisation du secteur public. Cette insécurité culmine sous la forme de quelques symboles, notamment celui que consti- tue le cas des jeunes Marocains. Et ce n’est pas parce que Geert Wilders [dirigeant du Parti pour la liberté, extrême droite populiste] nous en rebat

les oreilles. Cela n’a strictement rien à voir avec l’islam. Plus ils sont croyants, moins ils créent

d’ennuis. Je voulais simplement me rendre compte par moi-même de la situation. Maintenant je le sais. Ce triomphalisme chez ces jeunes, la convic- tion d’être intouchables, ce qui est d’ailleurs le cas, cela vous fait grincer des dents. Je vais vous donner un exemple. Je travaillais un jour avec un collègue straatcoach, Mohammed, et nous avons eu des ennuis. On nous a frappés, nous avons répliqué… enfin, c’est-à-dire que j’ai poussé quel- qu’un. Mohammed a porté plainte, il s’est dit : ce jeune gars va changer de ton. Il ne s’est rien passé. Il a fallu mettre en place toutes sortes de choses :

la réinsertion, l’aide pour surendettement, etc. Mais le garçon ne s’est rendu compte de rien. Quand on sent cette vacance du pouvoir, on com- prend qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé. Cela érode l’assurance de la police, l’assurance des Pays-Bas. Ce sont de grands mots. C’est pourtant ce que ressentent certaines per- sonnes. Un habitant d’Amsterdam vous dira : de quoi se plaint-on ? Mais son voisin y verra un exemple d’une dégradation plus générale de la société dans laquelle il vit. Il perd la certitude que nous pouvons ensemble maintenir un climat paisible.

gagné, mais eux n’ont pas perdu. Vous ne devez pas les humilier, mais les remettre à leur place. Il n’y a pas besoin de les faire descendre de leur hauteur, mais seu- lement d’un cran. C’est un travail inestimable. Mais on trouve difficilement des gens [pour ce travail] : la rue paye mal, le bureau paye bien. Nous avons mal organisé les choses. J’ai vu un jour un agent distribuer en quatre minutes trois amendes [à une même personne].

Un vélo sur le trottoir, le refus de s’arrêter et des insultes à un agent de police. Là, c’est une défaite. Que faut-il faire ?

Il faut se mettre sur la trajectoire du vélo et regar-

der la personne de façon à ce qu’elle descende. Je

suis fier que notre Etat de droit offre tant de garanties pour éviter l’arbitraire des pouvoirs publics. Mais les instruments de cet Etat de droit

sont totalement inadaptés pour intervenir dans ces cas-là. Nous l’avons reconnu trop tard. Par- fois, il n’y a pas moins de sept organismes qui s’oc- cupent du jeune, mais qui vient sonner chez lui ? Personne. Vous savez, toutes ces histoires où l’on oppose une approche toute en douceur et une approche musclée, c’est ridicule. Aucune de ces deux approches ne fonctionne. J’ai vu de jeunes Marocains rire des pantalons courts et des che- mises à manches courtes de la police. Mais je ne veux pas non plus d’un pays où les agents de police ont des AK-47 suspendus à l’épaule. Les pères sont impuissants. Je les plains vraiment, mais cela me met aussi terriblement en colère. Il

y a par exemple un père qui est parti seul pendant trois mois au Maroc… il s’était tout simplement enfui. Son fils était resté ici.

Il y a aussi quelque chose qui m’intrigue. J’ai été

straatcoach plusieurs fois dans le quartier nord d’Amsterdam. Là-bas, la violence vient des Néer- landais autochtones. Quand des querelles écla- tent, autant appeler tout de suite l’ambulance en même temps que la police, ils arrivent toujours à en frapper un si fort qu’il atterrit à l’hôpital. La violence dans ce coin est plus brutale que chez les Marocains, mais les gens en ont moins peur. Moi aussi. Est-ce parce que nous connaissons les nuisances des Blancs et que celle des allochtones est nouvelle et donc plus angoissante ? Ou bien est-ce la peur intrinsèque de tout ce qui est dif- férent ? Je ne sais pas. Derk Stokmans

Rajeunir la classe politique
Rajeunir la classe politique

Les élections législatives du printemps dernier ont changé la face de la démocratie canadienne en provoquant une déferlante de jeunes députés de gauche. Et le parti de ces nouveaux venus tente maintenant de leur apprendre le métier.

L’Actualité (extraits) Montréal

O est loin des Zinédine Zidane

des David Beckham au tour-

noi de soccer [football] qui réunit chaque printemps une quinzaine de députés fédéraux de tous les partis. Lors de ce

n

et

Non seulement la vague orange a rajeuni la Chambre, mais elle a amené à Ottawa des jeunes à l’aise avec les réseaux sociaux et aptes à atteindre les électeurs là où ils se trouvent. Et, avec cette jeune relève, le NPD n’aura pas de diffi- cultés à se démarquer des autres partis fédéraux. Le NPD tente de s’établir sur la scène fédé-

rale comme un prétendant crédible au pouvoir. Et telle l’équipe de sport professionnelle, le parti entend faire “monter” ses meilleurs espoirs. Dès le lendemain de l’élection, le NPD a mis en œuvre

une stratégie pour s’assurer que ses nouveaux

élus apprennent leur métier en commettant le moins d’erreurs de débutants possible, tant à Ottawa que dans leur circonscription. On a affecté un mentor à chaque recrue. Pour Hoang Mai, il s’agit d’Olivia Chow, qui représente une circonscription torontoise depuis 2006. Eve Peclet, quant à elle, apprend son métier aux côtés de

Niki Ashton, députée du nord du Manitoba depuis 2008. Hoang Mai confirme que les

nouveaux élus ont pris au sérieux leurs premières séances à la Chambre. “Il y avait de la pression, beaucoup de gens espéraient qu’on se casse la gueule.” Après s’être trouvé un pied-à-terre à Ottawa, les députés ont dû trouver des bureaux, embau- cher des adjoints et faire connaissance avec les autres élus locaux. Puis ils sont allés à la rencontre de leurs électeurs. La prochaine étape : utiliser le système d’en- vois postaux offert gratuitement par la Chambre des communes et par Postes Canada pour inon- der les boîtes aux lettres de leurs électeurs de messages politiques. “Ce sont ces détails [tactiques] qui font que les autres partis ont tant de difficultés à déloger les députés néodémocrates”, affirme le direc- teur national du parti, Brad Lavigne. Pour espérer ravir le pouvoir aux conserva- teurs en 2015 [date des prochaines élections], le NPD devra compter sur ses recrues, mais aussi sur d’autres nouveaux candidats, pour occuper les quelques dizaines de sièges supplémentaires nécessaires à la formation, à tout le moins, d’un gouvernement minoritaire. Daniel Leblanc

Canada
Canada

tournoi amical qui oppose les élus à des

journalistes et à des diplomates étran- gers, les députés sont même parfois hilarants, tant ils ne savent que faire de ce ballon qui arrive sou- dainement au bout de leur pied !

Mais, attention, la “vague orange” [voir l’encadré] qui a déferlé sur le pays ce printemps a balayé également le ter- rain de soccer, modifiant l’allure du tournoi – cette même vague orange qui a redéfini le visage la Chambre des communes en lui appor- tant jeunesse, vigueur et talent. Avant les élections générales du 2 mai dernier, le Parlement canadien comptait deux députés de moins de 30 ans. [Mais le scrutin a tout changé :

la nouvelle Assemblée compte 103 députés du Nouveau Parti démocratique (NPD, gauche).] Aujourd’hui, vingt d’entre eux sont dans la ving- taine, et onze dans la trentaine. Et, parmi eux, cer- tains ont grandi en jouant au soccer : c’est le cas des députés du NPD Hoang Mai, 37 ans, et Eve Peclet, 22 ans. Hoang Mai est même l’entraîneur d’une équipe dans la banlieue sud de Montréal. Membre actif du parti depuis quelques années, Hoang Mai, notaire montréalais né de parents vietnamiens, a rapidement impres- sionné les vétérans de tous les partis par son sang-froid à la Chambre des communes et par son enthousiasme.

Courrier international | n° 1092 | du 6 au 12 octobre 2011 19

Royaume-Uni
Royaume-Uni

Relancer

l’ascenseur

social

Au Royaume-Uni et ailleurs, la vie d’un individu est toujours déterminée par le milieu où il est né.

“Mind freshner”. Rafraîchisseur mental. Illustration de Joe Magee, Royaume-Uni.

Contexte

Les élections générales au Canada, qui se sont déroulées le 2 mai, ont produit un résultat des plus inattendu. Le Nouveau Parti démocrate (NPD, gauche), qui ne disposait que de 37 sièges avant la dissolution du Parlement, compte maintenant 103 députés. C’est au Québec qu’est née cette vague orange, la couleur emblématique du NPD. Les électeurs de la Belle Province ont massivement appuyé le parti, et le NPD y a fait élire 59 députés. La plupart s’étaient portés candidats sans croire à leurs chances, et le parti qui forme aujourd’hui l’opposition officielle à Ottawa se compose donc de néophytes souvent beaucoup plus jeunes que les élus des autres partis.

The Guardian (extraits) Londres

L e thème des classes sociales est tabou en politique. La Grande-Bretagne fait preuve de la même malhonnê- teté politique que les Etats-Unis lorsqu’elle masque des disparités de revenus de plus en plus importantes

en affirmant que tout le monde ou presque appartient à la “classe moyenne”. Plus de 70 % des Britanniques considèrent maintenant qu’ils font partie de la classe moyenne. On peut blâmer

les politiques, qui leur ont mis cette idée dans

la tête, et le postsyndicalisme [érosion des struc-

tures traditionnelles de lutte sociale], qui fait que les gens ne savent plus où se situer sur l’échelle des salaires. Le mythe de la société sans classes qui pré- vaut actuellement s’avère pratique pour les poli-

tiques. C’est aussi une idée moderne et branchée. On peut pourtant affirmer sans se tromper que le milieu dont est issu un individu détermine sa destinée de manière encore plus certaine qu’il y

a cinquante ans. Selon une étude comparant le

sort d’enfants nés en 1958 et celui d’enfants nés

en 1970, la destinée de ces derniers serait encore plus fortement influencée par le milieu dont ils sont issus. La réussite des enfants britanniques dépend plus fortement du statut de leurs parents que celle des enfants de la plupart des pays développés. L’origine sociale est donc encore aujourd’hui déterminante pour l’avenir d’un individu. Si l’on admire autant ceux qui réussissent malgré leurs origines modestes, c’est qu’ils sont rares. Parmi ceux qui exercent une profession ou occupent de bons emplois,

la majorité était prédestinée à le faire. Mon père

était écrivain et journaliste : est-ce que j’écrirais cet article si je n’avais pas eu cette longueur d’avance ? Il est présomptueux, de la part de ceux qui réussissent, de nier la chance qu’ils ont eue de naître dans un milieu favorisé ou d’être dotés d’un talent particulier. Ils s’empressent trop sou- vent de mettre la différence de salaire et de classe sur le compte de l’“effort” et d’ignorer le rôle de la chance dans leur réussite. Le Labour tente généralement d’éviter les confrontations à ce sujet. Il préfère affirmer – ce qui est probablement plus sage – que l’important n’est pas d’où l’on vient, mais ce pour quoi l’on se bat, même s’il ne cache pas qu’il existe souvent un lien entre les deux. Et le New Labour avait tel- lement peur d’être identifié à un parti d’ouvriers, au parti des industries agonisantes du Nord, que Tony Blair a déclaré que la lutte des classes était terminée. Il a cru qu’il était nécessaire, d’un point de vue électoral, de reprendre le mythe conser- vateur selon lequel il n’existe qu’une vaste classe moyenne indifférenciée. Polly Toynbee

20 Courrier international | n° 1092 | du 6 au 12 octobre 2011

En couverture 10 idées pour secouer la gauche

octobre 2011 En couverture 10 idées pour secouer la gauche Le marché n’est pas un gros

Le marché n’est pas un gros mot

La concurrence ne s’oppose pas à la justice sociale, bien au contraire, estime le philosophe Daniel Innerarity dans une chronique d’El País.

El País (extraits) Madrid

I l

et

suffit qu’un gouvernement socialiste

agisse pour favoriser la logique du marché,

il passe aussitôt pour un traître aux prin-

cipes essentiels. Un tel raisonnement cor- respond à une perception fausse et ancienne du marché, que l’on considère

comme une réalité antisociale, une source d’in-

tégie reviendrait à oublier que souvent la régle- mentation excessive, la défense de certains pri- vilèges, la perpétuation d’un secteur public qui bénéficie aux nantis et non aux plus pauvres, tout cela est à la fois aberrant économiquement et socialement injuste. Trop souvent, un Etat bien-

veillant n’a fait que produire de nouvelles injus- tices, dans la mesure où il a favorisé ceux qui n’avaient pas besoin de lui en excluant systéma- tiquement les autres. Dans certains cas, garantir l’emploi à tout prix est une exigence qui doit être contrebalancée par les coûts que cette protection représente pour ceux qu’elle empêche d’entrer sur le marché du travail, créant ainsi de nouvelles inégalités. Même si elle se drape dans la défense des acquis sociaux, la critique sociale peut être conservatrice et inégalitariste, ce qui

Espagne
Espagne

égalités. Je pars du principe que le marché est une conquête de la gauche et que la

concurrence est une valeur authenti- quement de gauche, face aux logiques de monopole et aux pri- vilèges. De ce point de vue, les réformes en faveur du marché

explique qu’aujourd’hui la gauche soit associée à la conservation d’un statu quo. Par quoi tout cela se traduit-il

dans la crise économique actuelle ? Jusqu’à présent, le principal échec de la politique a été d’oublier sa responsabilité en matière de risques systémiques. La crise nous fait découvrir que la protection contre les risques systémiques est aussi décisive que la lutte contre les inégalités sociales et que cette dernière n’est possible que si l’on se prémunit contre lesdits risques. Tel serait le premier défi du nouvel ordre du jour social-démocrate : les contrats sociaux que nous devons renouveler ne nous lient pas seu- lement aux gens d’ici (notre génération, les fonctionnaires, les salariés en général), mais éga- lement à ceux que l’on pourrait appeler des semi- absents (les citoyens de n’importe quel pays de la zone euro, les jeunes qui n’ont pas encore pu travailler, nos enfants, les générations futures). Le problème est de savoir comment penser la redistribution quand, pour le dire de manière imagée, les droits de ceux qui sont à l’intérieur se heurtent aux droits de ceux qui sont à l’extérieur. Ce qui devrait nous importer avant tout, c’est de

(pour qu’il fonctionne mieux, avec une plus grande capacité à créer des emplois), n’impliquent pas nécessairement moins de justice sociale. Bien au contraire, de telles réformes peuvent être de gauche dans la mesure où elles réduisent les privilèges. Seule une social-démocratie qui a le courage d’accroître les débouchés pour tous et de contri- buer à un système fondé sur une véritable méri- tocratie peut à bon droit affirmer qu’elle lutte pour les plus défavorisés. Ces mêmes objectifs qui ont été ceux de la gauche européenne doi- vent l’amener à adopter des mesures en faveur du marché. La réglementation des marchés, l’une des priorités traditionnelles de la social- démocratie, ne vise pas à abolir ces marchés, mais à les ancrer dans la réalité, c’est-à-dire à les mettre au service du bien public et de la lutte contre les inégalités. Aujourd’hui, la gouvernance juste des mar- chés n’a plus grand-chose à voir avec la politique sociale-démocrate classique, qui reposait sur une forte intervention de l’Etat. Insister sur cette stra-

“On est venu, on a vu, on a facturé.” Dessin d’Arendt, Pays-Bas.

ne pas vivre aux dépens des retraités et des tra- vailleurs de demain – autrement dit que nos accords de redistribution n’aillent pas à l’encontre des intérêts des absents. La principale conséquence sociale de la crise économique appelle une profonde révision de notre modèle de croissance. A cet égard, il est par- faitement logique que la sortie de crise soit liée aux impératifs écologiques. La convergence de l’économie et de l’écologie n’est pas le fait du hasard : elle nous indique que nous devrions aborder l’économie avec un ensemble de critères que nous avons appris dans la gestion des crises écologiques. Nos sociétés sont parve- nues à penser les problèmes d’environnement de manière systémique ; il va falloir qu’elles appren- nent à aborder la gestion de l’économie dans le même esprit. Ce que je propose, c’est que la rénovation de l’agenda social-démocrate naisse de ce compro- mis entre libéralisme (abolition des privilèges sur

le marché), socialisme (souci de l’égalité) et éco- logisme (perspective systémique et développe- ment durable). La confrontation entre la gauche et la droite ne met pas aux prises aujourd’hui les partisans de l’Etat et ceux du marché, mais ceux qui ont le plus à perdre avec l’échec du marché et ceux qui survivent mieux quand les marchés n’assurent pas l’égalité. De quelque point de vue qu’on se place, le marché est une invention de la gauche. Daniel Innerarity

Rester unis

Les socialistes hongrois sont au bord de la rupture. L’ancien Premier ministre Ferenc Gyurcsány vient de créer sa propre plate-forme. Il faut

ressouder et élargir la gauche, estime le célèbre éditorialiste Akos Mester.

168 Ora (extraits) Budapest

S i les socialistes hongrois n’arrêtent pas de se chamailler, leurs sympa- thisants se retourneront contre eux. Ils doivent proposer sans tarder un programme de renou- veau limpide qui leur permette de

tourner la page. Tant que l’unité restera un vœu pieux, toute tentative d’explication dégénérera en dispute. Certains disent que la route est assez

large à gauche. Certes, mais à mon avis il y a une route encore plus large : celle qui réunit des gens de différentes tendances et idéologies. Une route où plusieurs partis peuvent avancer de concert. La gauche modérée, les centristes déçus d’eux- mêmes, les conservateurs qui disent non aux délires du pouvoir… Il y a de la place pour les écologistes, les ONG, les syndicats, les retraités, les étudiants, les chômeurs et tous ceux qui pensent autrement. Il y

Suède
Suède

Baisser l’impôt sur le revenu

Le Parti social- démocrate des travailleurs (SAP)

a beau rester une force

idéologique importante en Suède, c’est le Moderaterna (parti conservateur) qui, depuis les élections de 2010, revendique la “défense des travailleurs” et celle de l’Etat providence. Le magazine

conservateur Axess se demande comment les sociaux-démocrates suédois pourraient regagner de l’influence après avoir perdu

deux fois les élections, en 2006 et en 2010.

Il constate que la Suède,

au bout de cinq ans de gouvernement

de droite, reste le pays du monde où les impôts sur le revenu sont le plus élevés. D’après Axess,

il faudrait baisser

cet impôt radicalement, jusqu’à 30 %, et augmenter les impôts sur le capital et la consommation. “L’Etat prend les deux tiers du salaire d’un cadre supérieur, mais ne prend qu’un tiers du rendement des actions”, constate le magazine, qui poursuit : “Håkan Juholt [le nouveau chef du Parti social- démocrate] a fermé la porte à une réforme nécessaire des impôts, de peur d’être accusé de faire une politique de droite.” Et le journal de conclure : “C’est dommage pour lui, pour le parti

Hongrie
Hongrie

et pour la Suède.”

a de la place pour tous ceux qui veulent participer à une grande coalition morale, beaucoup plus large qu’un Parti socialiste scindé en deux. Seul un tel rapprochement peut empêcher la Hongrie de continuer à décliner. Akos Mester

européenne

Union

Courrier international | n° 1092 | du 6 au 12 octobre 2011 21

Consulter les citoyens

Vainqueur de la droite en mai dernier, le nouveau maire de Milan, Giuliano Pisapia, est un adepte des référendums. La gauche italienne observe de près les méthodes de ce communiste bon teint.

La Repubblica Rome

L e tournant purement symbolique des

cent jours de Giuliano Pisapia à la tête de Milan impose à l’équipe municipale un premier bilan qui, comme on pouvait s’y attendre, se focalise essentiellement

sur les questions budgétaires. Mais, pour Pisapia, un bon gouvernement découle d’une consultation continuelle des électeurs. De ce point de vue, la

nouvelle mairie a fait le maximum pour honorer ses promesses électo- rales. Comme le montre ce qui se passe actuellement avec l’Ecopass [mis en place en 2008, ce péage urbain inspiré par celui de Londres va être renforcé et a fait l’objet d’une consultation par référendum des habitants de Milan]. Les titres des journaux, non sans raison, pointent du doigt l’aspect économique, mais le maire précise que “l’objectif d’Ecopass n’est pas de rapporter de l’argent à la ville, mais de réduire les embouteillages et de rendre l’air plus respirable”. Pour arriver à ce résultat et respecter le résul- tat du référendum citoyen, quatre scénarios ont été mis au point par un groupe d’experts et ils seront discutés au sein des différentes circons- criptions et dans les assemblées de citoyens. Puis la politique assumera toutes ses responsabilités en faisant ce qu’on lui demande de faire avant toute chose : prendre des décisions. Celles-ci sembleront peut-être contraignantes pour la

plupart des gens, insatisfaisantes pour les autres, mais si les dirigeants prennent le temps de les expliquer, elles seront comprises. Cette méthode, Pisapia l’a appliquée autant de fois que l’occasion s’est présentée [la ville a récemment consulté les Milanais pour avoir leur avis sur le maintien d’une œuvre controversée de l’artiste italien Maurizio Cattelan – un gigantesque doigt d’honneur dressé place de la Bourse]. L’équipe municipale, malgré les difficultés économiques, n’a donc pas renoncé à son slogan de campagne d’écouter davantage les citoyens et la ville, et de valoriser les expériences et compétences qui en valent la peine. Comme le montre cette autre initiative [de l’adjoint au tourisme] qui a consisté à proposer aux Milanais d’envoyer des cartes postales pendant leurs vacances pour signaler ce qui fonc- tionne à l’étranger et qui pourrait être appliqué à Milan. D’après les quelques cartes que les quo- tidiens ont publiées, on s’aperçoit que, parmi les nombreuses sugges- tions, il y en avait quelques-unes que la mairie pourrait reprendre à son compte :

Italie
Italie

construire une piste cyclable le long de l’ave- nue Sempione [à proximité d’un parc du même nom situé en plein centre de Milan], diminuer les prix des transports en commun pour les usa- gers occasionnels… Autant de petites choses au service d’une ville plus agréable à vivre, un objec- tif que tout le monde devrait se fixer, y compris les adversaires de Pisapia. Bien sûr, comme le dit le dicton, il reste toujours le problème de l’ar- gent. Mais, pour que le dialogue avec les citoyens se poursuive également à ce sujet, il suffirait que le budget de la ville soit consultable par tous afin que l’on sache si les euros qui viennent d’être investis dans l’Ecopass serviront bel et bien à financer ce plan de mobilité durable. La parti- cipation citoyenne doit bien être récompensée de temps en temps. Filippo Azimonti

DR
DR

Janusz Palikot

“Je veux être le nouveau messie de la gauche”, déclare Janusz Palikot, 47 ans, dans les pages de l’hebdomadaire Newsweek Polska. Cet homme d’affaires possède, entre autres, une maison d’édition et une fabrique de vodka. Il s’est mis à la politique il y a cinq ans à peine. Figure emblématique du parti libéral au pouvoir, la Plate-forme civique, il a décidé de faire cavalier seul. Aujourd’hui, il dirige sa propre formation, Le Mouvement. Selon lui, le gouvernement est devenu l’otage de l’Eglise. “Environ 77 % des Polonais sont pour l’imposition du clergé, 70 % pour la libéralisation de l’IVG.” Il défend l’euthanasie et veut autoriser l’adoption chez les couples homosexuels. Il est contre le catéchisme à l’école publique. Janusz Palikot pourrait créer la surprise aux législatives du 9 octobre.

Pour un fédéralisme européen

La méthode intergouvernementale se révèle stérile, estime Andrew Duff, député européen britannique du Parti libéral-démocrate.

Financial Times (extraits) Londres

L es efforts désespérés des dirigeants de l’Union européenne pour faire de l’Allemagne le centre de décision de la politique économique n’indi- gnent pas que les Grecs : ils condui- sent les Etats de la périphérie de la

zone euro droit dans le mur. A mesure que les conséquences politiques se feront sentir, la plu- part des gouvernements des Etats membres ne seront plus que de précaires coalitions soumises aux caprices de la politique intérieure, à des années-lumière des véritables impératifs

d’une politique élaborée à l’échelon européen. Il est de plus en plus évident que, livrés à eux- mêmes, les dirigeants des pays de l’Union euro- péenne se révéleront tous incapables de proposer des mesures économiques sus- ceptibles de restaurer à court terme la confiance des marchés et celle des

Union européenne
Union
européenne

citoyens en la démocratie. L’appro- fondissement du fédéralisme apparaît comme une solution alternative à la poursuite de cette méthode intergouverne- mentale manifestement stérile.

Point crucial : il appartient à la Com- mission européenne et au Parlement de Strasbourg d’emprunter la voie du fédéra- lisme, empêchant du même coup le putsch du Conseil européen qu’appelle de ses vœux Herman Van Rompuy [actuel président du Conseil européen]. Andrew Duff

Accepter le plombier polonais

Et si l’on bougeait un peu ? Il faudrait favoriser la mobilité professionnelle entre les pays de l’UE, estime un journaliste suédois.

Dagens Nyheter (extraits) Stockholm

O n entend souvent dire que la zone euro n’est pas ce que l’on pourrait appeler une union monétaire optimale. C’est juste. Les prix comme les salaires y sont trop rigides, la producti-

vité et la compétitivité diffèrent trop d’un pays à l’autre, les politiques économiques nationales empêchent toute évolution, et Bruxelles est dans l’incapacité de venir

en aide à ceux qui en ont véritable- ment besoin. Mais une union monétaire peut-elle réellement être optimale ? Les petits pays européens

– et nous sommes tous petits, y compris ceux qui ne s’en sont pas

encore rendu compte – présentent des déséquilibres régionaux importants, qui sont atténués tant bien que mal par des transferts [de richesses] et des subventions de Bruxelles. La communauté européenne se fait appeler “union” alors qu’elle ressemble plus à une confédération au sens classique du terme – un modèle politique dont l’Histoire nous a montré qu’il ne fonctionnait jamais. Ce qui ne fonctionne pas en Europe fonc- tionne toutefois dans une fédération comme les Etats-Unis. Et cela tient notamment à un para- mètre fondamental : la mobilité professionnelle. Derrière cet euphémisme se cachent bien sûr des individus comme vous et moi. Pendant quelques années, j’ai vécu en Virginie, une région particulièrement riche et prospère des Etats-Unis. Mais il me suffisait de parcourir quelques kilomètres et de mettre le pied en Virginie-Occidentale pour arriver sur des terres totalement abandonnées. Tout le monde était parti. Le travail se trouvait ailleurs. On peut penser ce que l’on veut, mais c’est à cela que ressemble un marché de l’emploi dynamique. On ne bouge pas d’ici ! Voilà quel était notre slogan quand j’étais jeune. C’était le cri de guerre des rebelles du Norrland à l’époque où

l’on voyait bien que le travail était ailleurs – dans

le Sud, toujours. Je crains que ce ne soit là une

réaction typiquement européenne. Le plom- bier polonais qui a essayé de penser autrement

a été accusé en France de voler le pain des

Français. En Europe, le fait d’aller là où il y a du travail est considéré par les citoyens comme une contrainte, presque comme un affront, et par les pouvoirs publics comme un exode. Richard Schwartz