Vous êtes sur la page 1sur 14

Garcin Malsa

Des résistances du Passé au Développement Durable et Solidaire

Garcin Malsa Des résistances du Passé au Développement Durable et Solidaire Manifeste 1

Manifeste

1

Des résistances du Passé au Développement Durable et Solidaire

Considéré dès son lancement comme étant la chasse gardée des écologistes et des altermondialistes, le Développement Durable a délibérément été jugé pendant très longtemps inopérant et inapplicable

dans un monde où la Nature, pensait-on, allait être définitivement mise au service de la techno-science et de la finance. Il a malheureusement

fallu que les plus prestigieuses inventions de l’homme soient détruites par des catastrophes naturelles (conséquences perceptibles du réchauffement climatique), dont il ne peut en contrôler en amont, ni

la date, ni la fréquence et encore moins les impacts en pertes de vies

humaines et dégâts écologiques. C’est à la lumière de ces événements incontrôlables, à répétition et concomitants, qu’il nous est possible de

penser autrement nos rapports au monde : un monde où l’ensemble dépend de la partie, car toutes les parties se vivent en interdépendance ;

un monde où l’homme doit se considérer comme une partie de la Nature. Ainsi devrait disparaitre sa suffisance, son arrogance, son comportement féodal vis-à-vis de la Nature. N’est-ce pas cette démarche qui tend à

apparaître quand depuis 2 ou 3 ans, on observe que le développement durable fait irruption dans des lieux populaires, des espaces associatifs

et politiques. A grand tapage médiatique, ce concept ressort à toutes

les sauces dans les secteurs privés et publics pour tenter de faire peau

neuve à des pratiques dont on sait que seule une révolution (une remise

en cause) peut en venir à bout : changer littéralement, dans la pensée et

les actes, les modes de production et de consommation qui nous sont

imposés par la mondialisation.

C’est bien cette voie que la ville de Sainte-Anne a empruntée depuis 22 ans dans sa gestion qui a été menée tambour battant sous

la bannière du Développement Durable et Solidaire. L’adjectif « Solidaire » qui est associé à ce vocable dont l’officialisation a été reconnue au sommet de la planète à Rio en 1992 est une contribution

des élus municipaux de Sainte-Anne. Ceux-ci ont remarqué dès 2003, à la suite de réflexions communes et de travaux pratiques partagés

avec d’autres pays, que le pilier culturel, qui faisait défaut au concept

de « développement durable » était garant de toutes dérives d’une vision si noble vers un renforcement de la mondialisation néolibérale

3

et génératrice de drames humains et matériels. Ce 4 ème pilier exprime selon nous la dynamique identitaire dans sa dimension culturelle que

sous-tend le Développement Durable dans son application. Aussi, disons-nous du « Développement Durable et Solidaire », qu’il est culturellement « diversel ». Tout ce qui précède est l’illustration de

ce que le Développement Durable et Solidaire n’est pas le fait du hasard, mais bien le produit d’un long processus de transmission, au cours duquel s’opère des transformations lentes et persistantes dans les domaines aussi variés que la Culture, les Sciences, les Techniques,

dans le but de nous conduire à des Changements Profonds. De ce point de vue, l’exemple de Sainte-Anne est édifiant.

C’est ce que nous essaierons de démontrer lors des manifestations qui

accompagneront ou qui célébreront les 22 années de gestion placés

sous l’égide du Développement Durable et Solidaire. Pour comprendre ce que nous convenons d’appeler la démarche

Saintannaise en matière de gestion territoriale, il importe de remonter le temps pour se plonger dans l’Histoire et la Mémoire de cette commune

qui a sa propre identité.

Au-delà du fait qu’elle est construite sur la partie géologiquement la plus ancienne (24 millions d’années) de la Martinique, c’est une

presqu’île baignée à la fois par l’océan atlantique et la mer des

Caraïbes laissant apparaître par ailleurs une alternance de formations

calcaires et des massifs argileux. Détenant alors le périmètre de littoral le plus long, et le nombre le plus important d’îlets (16), à l’échelle de

la Martinique.

Par ailleurs, il faut être conscient du fait que la Presqu’île de

Sainte-Anne Martinique, vu son positionnement géographique, et surtout les conditions naturelles de navigation en mer Caraïbe dans le

canal au sud de la Matïna, a très certainement accueilli les premiers

humains amazoniens en provenance du nord de Sainte-Lucie il y a

environ 6000 années. Des sites archéologiques majeurs déjà révélés comme étant les plus anciens en Martinique (aux Salines, à Baham,

Caritan), témoignent de cette présence amérindienne Wayana, Siboné,

Tayino, Arawak, Kalina. C’est sur cette Presqu’île de Sainte-Anne,

4

comme nous l’enseigne magistralement l’historien Armand NICOLAS, même après 1665 (date du début d’occupation totale de Matïna par les

français), que des dernières familles de Kalina, et Karifuna (alliances

entre africains et amazoniens), des « guerriers kalina », des « Karib » (Caraïbes) ont quand même survécu et séjourné hors Habitations des

esclavagistes béké, jusqu’au milieu du XVIIIème siècle avant de se fondre à la population caribéenne, en Martinique et ailleurs. Enfin, la

partie martiniquaise la plus rapprochée des côtes africaines se trouve

à Sainte-Anne. Il s’agit de la Pointe Cap Ferré. Cela peut expliquer

pourquoi les tortues marines sortant d’Afrique, sont d’avantage attirées

vers les côtes Saintannaises.

A toutes ces exceptions vient s’ajouter un aspect mémoriel

à

retenir :

c’est

l’acte de naissance de la commune sur le plan

administratif.

 

Il y a 174 ans, le 12 juin 1837, le 1 er conseil municipal mis en place a décidé de planter 7 tamariniers exprimant ainsi leur volonté de laisser des indicateurs vivants à la postérité. Ces 7 tamariniers mis en terre par les 7 conseillers municipaux de l’époque constituent

un témoignage irremplaçable tant dans le geste que dans le choix de

l’arbre et de l’emplacement choisi. Ces 7 tamariniers qui encadrent la

place Abbé Morland se trouvent dans le prolongement de l’Eglise. Ils

observent patiemment et royalement en gardiens éternels tout ce qui

se déroule à la Mairie de Sainte-Anne qui est comme placée sous leur haute protection.

Ne peut-on pas considérer cette symbolique qui marque l’acte

de naissance de la commune comme étant la flamme qui éclaire la

commune d’une vision sur le monde que nous appelons de nos jours « Développement Durable et Solidaire » ? Aujourd’hui, nous pouvons prétendre avoir œuvré sur les traces de notre guide inspirateur qu’est

la commune de Sainte-Anne elle-même. Comme vont le confirmer les actions de résistance suivantes :

En 1974, c’est l’ensemble des martiniquais, toutes confessions et idéologies confondues, qui se lève pour faire échec à un complexe

touristique démentiel, appelé projet « Asatahama », sur les Salines, le

site le plus emblématique de la Martinique. Ce complexe touristique

5

qui devait privatiser l’ensemble des Salines depuis l’entrée de Fonds Moustiques jusqu’à la Savane des Pétrifications englobait l’étang des Salines, les marais salants, la Pointe Dunkerque. On envisageait d’y installer 11 500 lits d’hôtel, 2 à 3 casinos, 4 ou 5 banques sans compter les installations annexes.

Dès lors, nombreuses seront les luttes pour résister aux appétits Méphistophéliques des promoteurs touristiques et bétonneurs de tout

genre qui, à travers leur prétendue mission salutaire et bienfaitrice,

promettaient développement économique, emplois, suppression du

chômage à condition de leur livrer le littoral, les zones humides, les

mangroves, les îlets, Caritan.

C’est ainsi que dès 1978, les habitants des quartiers « La Roche », Crève Cœur, et Encornette eurent à faire face aux assauts combinés de l’Etat, des promoteurs et de certains élus qui, avaient programmé de construire dans la région un barrage de 6 millions de mètres cube. Officiellement ce barrage était voué au développement

de l’agriculture bananière ; mais tout indiquait dans des documents

parallèles et clandestins, qu’il s’agissait de fournir en eau des complexes

touristiques dont l’implantation était envisagée à Sainte-Anne. Dans cette perspective, le projet des Salines restait toujours d’actualité.

Regroupés dans leur association de défense de l’environnement, l’ASSAUPASU (Association de Sauvegarde du Patrimoine du Sud), fraichement créée en 1979-1980, sous l’impulsion de certains militants qui avaient vécu la mobilisation de 1974, nous fîmes reculer les défenseurs du barrage de Crève Cœur. Si aujourd’hui, 30 ans après, les terres agricoles, les mares, les écosystèmes forestiers, les ruines sucrières de Crève cœur, des espèces animales et végétales sont sauvegardés dans cette région qui se trouve au cœur de la commune, nous le devons bien sûr à l’ASSAUPASU. Nous le devons surtout à la détermination des paysans, des gens de la terre, qui à l’époque ont compris que leur dignité, leur liberté, leur capital culturel n’avait pas de prix. Ce sont ces valeurs que nous avons héritées d’eux et qui, par la suite, ont forgé en 1980 une association comme l’ASSAUPAMAR (Association de Sauvegarde du Patrimoine Martiniquais). C’est cette même flamme, allumée il y a 174 ans, qui continue de nous éclairer chaque fois dans nos combats de sauvegarde des écosystèmes. En

6

1981, alors que nous gagnons la bataille juridique de Crève Cœur , nous réalimentons l’étang des Salines qui était considéré comme mort

depuis 1961; année durant laquelle des propriétaires fonciers, agissant

en même temps comme promoteurs hôteliers, avaient décidé de bloquer toute arrivée d’eau de mer sur ce site, le privant du coup de ses fonctions

vitales éco-systémiques. Grâce à ces résistants l’Etang des Salines est aujourd’hui labélisé par l’ONU comme un site RAMSAR, c’est-à-dire une zone humide d’importance internationale pour la faune, la flore et l’homme. C’est ainsi que, dans la lignée des planteurs des 7 tamariniers,

s’est révélée une force écologique martiniquaise dont les racines premières sont bien ensouchées dans la commune de Sainte-Anne. C’est cette même force écologique que symbolise l’ASSAUPAMAR, dont les idées nous ont aidés à accéder à la gestion de la ville en 1989. Pour la 1 ère fois dans l’histoire politique de la Martinique, des écologistes devenaient gestionnaires d’une commune ; et l’histoire de

la gestion des collectivités de France mentionnait pour la première fois l’élection d’un maire écologiste.

Nous avions dès lors, une double tâche : celle d’assurer le quotidien de nos administrés et de tracer une autre voie avec une autre pensée que celle qui était proposée aux Saintannais et par extension

aux martiniquais.

Une fois de plus, nous avons été contraints de nous ressourcer dans les luttes passées pour y puiser toutes les valeurs portées par ces femmes et hommes qui ont permis de protéger l’essentiel de la commune : car protéger aujourd’hui, c’est valoriser ce qui a été fait hier et transmettre ces valeurs aux générations futures.

Aussi, dès notre prise de fonction, la révision du Plan d’Occupation des Sols (POS), qui est un document d’urbanisme

montrant l’orientation de la politique d’aménagement des élus municipaux, a été notre priorité ; au même titre que l’amélioration

des conditions sociales et éducatives des populations des quartiers.

Dans notre vision d’aménager la commune, il fut exclu de construire

sur le littoral, de remblayer les zones humides, d’empiéter sur les sols agricoles, d’attaquer les zones naturelles d’intérêts écologiques,

7

faunistiques et floristiques (ZNIEFF). C’est ainsi que tout programme

touristique commencé fut arrêté ou repensé et tout gros promoteur touristique ne respectant pas notre choix de ménagement territorial fut

recalé.

C’est dans ce contexte que naquit le projet du littoral Saintannais.

Considéré trop limitatif tant dans l’espace que dans le temps et trop

parcellaire sur le plan économique, écologique et sociétal, ce projet sera

transformé en un véritable projet de territoire appelé PDDS (Plan de Développement Durable et Solidaire). Porté par une volonté politique dès 1989, ce projet (PDDS) verra le jour en 2000 après de longues réflexions et de pratiques de terrain aidées d’une expertise interne et externe. Il deviendra une référence pour la France à partir de 2001 et permettra à la ville de recevoir plusieurs distinctions.

Sur le Fond National d’Aménagement et de Développement du Territoire (FNADT), le gouvernement de l’époque attribuera une dotation spécifique pour lancer certaines actions du PDDS, en terme de soutien au Développement Durable.

C’est en 2002, lors du sommet de la Planète à Johannesburg où la ville de Sainte-Anne a présenté en commission, le PDDS, que tout s’accélère. En effet, le fameux discours de Jacques Chirac, « La

maison brûle », eut un écho retentissant dans les esprits et par extension

en Martinique. Notamment les élus, et autres décideurs martiniquais eurent dès lors une autre perception de notre projet de territoire à Sainte-Anne. Eh oui, le grand maître avait parlé comme nous, et c’est

sa parole qui était vraie !!! Nous pensions dès lors que le moment était venu d’impliquer davantage la population martiniquaise dans le projet

du territoire exprimé à travers le PDDS. C’est alors que fut lancée en 2003 la réalisation de l’Agenda-Action 21 de Sainte-Anne. Nous avions accumulé suffisamment d’échanges et d’expériences partagées pour réussir ce challenge. En effet depuis Rio (1992), en passant par les différents forums sociaux mondiaux (Porto Alegre 1, 2, 3), jusqu’à Johannesburg, les mentalités avaient bien évolué et l’utopie écologique devenait réalité possible. Sortir un Agenda 21 en un an était le pari auquel je m’étais engagé avec Jean-Philippe Pinceau-Clusel, qui vint à nos côtés à Sainte-Anne, pour relever ce défi, inimaginable pour certains experts écologues.

8

Pari pris, pari tenu, pari gagné et notre image de laboratoire du

Développement Durable et Solidaire fit le tour du monde en passant par le Comité 21 qui est, depuis Rio 1992, la caisse de résonance du gouvernement français pour ce qui relève du Développement Durable. C’est avec un succès inespéré que le Laboratoire du Développement Durable et Solidaire fit son entrée dans les congrès de l’ACCDOM (Association des Communes et Collectivités d’outre-mer) qui depuis 2004 a adopté le Développement Durable et Solidaire comme thématique incontournable de chaque congrès. L’année 2005 est en quelque sorte l’année de la consécration du travail de notre équipe

municipale par les martiniquais, car le Conseil Général de la Martinique adopte à l’unanimité le lancement d’un Agenda 21 Martinique sur la base du Développement Durable et Solidaire. En décembre 2007, l’Agenda 21 Martinique, associé au SMDE (Schéma Martiniquais de Développement Economique) du Conseil Régional était accepté à l’unanimité par les élus généraux et régionaux réunis en congrès. Dès lors le combat pour l’écologie comme alternative au développement actuel prenait un tournant qui aujourd’hui, nous laisse espérer qu’ « Un autre monde est possible ».

L’enseignement cardinal que nous pouvons déjà tirer de ces

années de pratiques de Développement Durable et Solidaire est que nos avancées résultent du concours de plusieurs données :

  • - D’abord, rien ne peut démarrer s’il n’y a pas une volonté politique qui indique le cap à prendre tout en sachant qu’on est peu nombreux au départ, mais surtout qu’il faut être tenace, courageux et déterminé puisque les pistes débouchent sur des voies nouvelles, qui sont à contre-courant de ce qui nous est offert depuis toujours. De ce point de vue, il faut certes quelques fois, bousculer les consciences ; mais progresser par palier est la méthode à adopter, car on échouera en voulant brûler les étapes.

  • - Ensuite, il convient d’impliquer graduellement les citoyens en expliquant à travers des projets partagés qui doivent nécessairement s’illustrer dans des actions durables et novatrices. Pour ce faire, le noyau de base, pionnier ne doit jamais se lasser d’explications et d’écoutes. Il doit faire preuve de modestie et

9

de souplesse d’esprit et se corriger sur le parcours difficile à faire tout en étant convaincu de vouloir et de pouvoir changer. Car le postulat duquel on part est la préservation du vivant face aux dérives planétaires qui conduisent à tuer le vivant.

C’est à ce niveau que la démocratie participative prend tout son sens. Elle nous entraîne vers une prise de conscience collective du changement à travers une implication forte et élargie du noyau de départ à de nouveaux citoyens ; lesquels, parce que

nouvellement convaincus se chargeront de diffuser la dynamique

de changement. C’est en ce sens que nous proclamons que le

développement durable et Solidaire sur lequel s’appuie par

exemple la construction de l’Agenda 21 est une révolution Culturelle. C’est un ensemble de processus qui débouche sur un état d‘esprit en quête d’alternatives par rapport à l’existant.

  • - L’étape suivante nous interpelle sur la notion de frontières à rompre (frontières administratives, frontières matérielles ou territoriales, frontières même confessionnelles et idéologiques), d’autant que nous appartenons à un pays, en l’occurrence la Martinique. Car au nom du respect de la vie, les éléments naturels que sont l’air, l’eau, la mer et la terre se rencontrent dans la seule et même planète terre. Le succès d’un Agenda 21 sur la base du Développement Durable et Solidaire, s’étiole, s’étouffe si on ne cherche pas à s’ouvrir vers l’extérieur. D’où la démarche d’ouverture nécessaire qui doit nous guider tout au long des avancées observées dans l’implication citoyenne du Développement Durable et Solidaire dans l’espace ou le territoire choisi au départ. L’exemple édifiant est le passage de l’Agenda 21 communal de la ville de Sainte-Anne à l’Agenda 21 Martinique programmé et actionné par le Conseil Général de Martinique ; une institution politico-administrative ou se rencontrent la plupart des maires de Martinique, ou plutôt où toutes les communes de Martinique sont représentées. C’est ce que nous pouvons appeler la transgression frontalière communale ou les transferts intra-régionaux du Développement

10

Durable et Solidaire.

  • - Enfin, dans le prolongement de cette transgression frontalière qui intéresse un pays, il importe d’internationaliser ou plutôt de ‘planétariser’ la démarche en la mettant en connexion avec des programmes alternatifs similaires qui se font ailleurs, dans d’autres pays. En effet, nous ne pouvons être opérationnels pour nous et les générations futures si nous nous excluons des interdépendances, qui régulent l’existence des équilibres planétaires.

  • - Aussi, dès 1992, nous avons fait de la coopération la pierre angulaire de notre gestion durable en lançant le 1 er jumelage avec la province de Pinar del Rio de Cuba, et en multipliant les échanges d’expériences alternatives avec les associations et les groupes d’horizons divers. A travers la coopération, la ville de Sainte-Anne par exemple a tissé des relations culturelles, économiques, sociales avec des Villes de la Caraïbe (Pinar del Rio, Soufrière à Sainte-Lucie, la Plaine à la Dominique, Bouillante en Guadeloupe, Limbé en Haïti), et de France (Lîle- Saint-Denis) et d’Afrique (l’île de Gorée). C’est à notre initiative que s’est créée la Fédération des Collectivités Créolophones de la Caraïbe qui accorde une place majeure à la Culture et à la langue dans la vision alternative, exprimée à travers le Développement Durable et Solidaire.

Nous, élus municipaux de Sainte-Anne, pouvons être fiers d’avoir contribué à porter l’écologie au cœur du développement en Martinique et à enrichir la planète de nos expériences. Combien de

temps il nous a fallu naviguer à contre courant des modèles imposés ;

combien de fois avons-nous accepté d’être impopulaires, et d’assumer cette impopularité ; combien de fois avons-nous été ridiculisés, marginalisés, stigmatisés ? Mais, nous sommes persévérants, car

conscients de la justesse de nos réflexions et actions. Car nous savons que « là ou s’abat le découragement, s’élève toujours la victoire des persévérants » (Thomas Sankara). Nous ne nous laissons jamais abattre.

Cet héritage, nous le devons à tous ceux qui bien avant nous

11

ont résisté aux futilités matérielles pour préférer les fruits durables

de la spiritualité. Avant nous, on ne parlait pas de Développement

Durable et Solidaire, car les êtres humains vivaient en harmonie avec

la Nature d’où ils tiraient inspiration et goût à la vie. La traite des

noirs, l’esclavage, la colonisation, ont encensé l’argent, « ce démon qui

corrompt l’homme jusqu’à sa conscience », faisant de l’exploitation de

l’homme par l’homme un dogme pour engranger de plus en plus de

profit.

Pour réussir l’exploitation de l’homme par l’homme, on jugea nécessaire de piller les ressources naturelles ; ce qui conduit à

la deshumanisation qui est en quelque sorte un stade regrettable du

détachement de l’homme de la Nature qui l’héberge.

A travers ces manifestations de 22 ans de Développement Durable et Solidaire, nous voulons avoir une pensée pour tous ceux qui, sans le savoir, nous ont tracé la route du Développement Durable

et Solidaire. Nous voulons les honorer tous et leur dire merci. Nous voulons renverser la tendance pour redonner vie aux générations actuelles, ouvrir l’espoir d’un bien être commun aux générations

futures.

Oui, un autre monde est possible.

Appel :

Le monde évolue à une vitesse vertigineuse. Ceux qui ont

inventé la machine ne la contrôlent plus, ceux qui ont accéléré la temps

et les contacts par la marchandisation de l’internet se voient de plus en plus dépasser ; les mutations qui étaient considérées comme des

phénomènes naturels rares ont envahi la technologie et se répètent chaque seconde tant dans la Nature que dans la technologie ; les guerres

sont banalisées au même titre que les autres formes de violences à

un point tel qu’on ne s’étonne plus qu’elles se bousculent journalière ment dans les villes, les quartiers, qui accueillent autant de morts que

de naissances. Au lieu de raisonner en termes de sauvegarde du vivant, on préfère parier sur la suppression du vivant. Comme si les inventions

prodigieuses issues de l’intelligence humaine ne pouvaient se faire

sans abomination relevant de la vanité et de l’arrogance de cette espèce

animale qui ramène tout à elle et à elle seule.

12

Nous en sommes là, car avec sa seule intelligence, l’homme

s’est cru sur-naturel et qu’il pouvait agir comme il l’entend en excluant

les phénomènes naturels qui eux sont créés par le Créateur au même

titre que l’homme. Il semble que l’humanité puisse aujourd’hui

comprendre que, ses intentions aussi extraordinaires qu’elles soient ne

pourront se mesurer aux règles établies dans la Nature.

C’est ce qui peut être la tendance monde en tout début du 21 ème siècle. C’est cet aspect nouveau que nous osons nommer le tournant éco-systémique du monde, qui nous invite à tout repenser en termes d’écosystèmes. Une philosophie éco-systémique nait enfin avec pour

centre d’impulsion l’écologie ou l’expression de la sauvegarde du

vivant. Cette philosophie s’appuie sur l’écosystème comme élément

de base du vivant tout comme la cellule est l’unité fondamentale de la

vie.

L’écosystème se caractérise par l’existence des diversités,

leur respect et l’équilibre qui en résulte grâce auquel la pérennité du

vivant se trouve assurée. Ces quelques lignes apposées simplement et

modestement ont été inspirées d’un long parcours avec des écologistes et des ‘sauvegardistes’, parcours au cours duquel actions pratiques

et réflexions se côtoyaient dans une dialectique populaire. Il s’agit là des prémisses à la refondation d’une vision du monde qui s’enracine dans l’écologie et portée par l’écologie politique. Je vous invite chers Martiniquais, chers éco citoyens à collaborer avec nous pour renforcer le travail commencé et que les générations à venir devront poursuivre et achever.

Je vous convie à un rassemblement autour de l’écologie

politique dont les principes doivent nous guider dans la construction et

la mise en œuvre de notre projet de société. Pour ce faire nous avons à

élaborer, expérimenter et nous approprier les cinq principes fondateurs sur lesquels prendront appui la construction de notre pays Martinique,

à savoir :

  • 1 Le principe de la primauté du politique avec l’instauration de la démocratie participative comme expression du pouvoir populaire. L’ordre mondial actuel est dominé par quelques monstres financiers qui, au nom de la liberté d’entreprise, de la

13

libre circulation des biens et des marchandises, dictent leurs lois

aux gouvernements. C’est la mort de la démocratie. Il est urgent

de rétablir une vraie démocratie en instaurant un nouvel ordre

mondial ou l’économique est la traduction du politique, c’est-à- dire l’affaire de tous les citoyens.

  • 2 Le principe social pour l’édification d’une société plus solidaire. En fonctionnant sur le mode de l’exclusion, les sociétés ont érigé le système de l’insertion en règle sociale pour la majorité du corps social où la non-exclusion devient un privilège. Une société solidaire doit être une société qui se propose de renforcer la capacité créatrice individuelle et collective afin de parvenir au plein emploi et à la restauration de la dignité qui en retour redynamise l’individu.

  • 3 Le principe culturel pour le respect de la diversité comme source de démocratie. Le respect de l’expression des cultures, des pensées, des cultes, des philosophies est le fondement même de la démocratie, de l’épanouissement de l’humain et de la préservation de la vie.

  • 4 Le principe de l’écologie pour que l’écologie soit au cœur du développement économique et social. Il s’agit d’écologiser la pensée, c’est-à-dire de faire en sorte que l’écologie soit le fondement de toute démarche du corps social, en vue de garantir le respect du vivant et de permettre aux générations futures de trouver viables les ressources nécessaires à leur plein épanouissement.

  • 5 Le principe philosophique pour une ouverture au monde. Les interdépendances ne doivent pas se concevoir comme une contrainte aliénante mais comme une possibilité d’équilibrer les rapports entre pays « riches » et pays « pauvres ». La maîtrise des interdépendances, c’est aussi une façon de préserver le pouvoir décisionnel que chaque Etat souverain dans ce qui lui est essentiel pour l’épanouissement de son peuple. Garcin MALSA Sainte-Anne - Martinique – Caraïbe, le 1 er juin 2011

14

Garcin Malsa

Des résistances du Passé au Développement Durable et Solidaire

Du même auteur :

  • - La Mutation Martinique, 1991, réédité par l’Harmattan, 2009

  • - L’Ecologie ou la Passion du Vivant, chez l’Harmattan, 2008

  • - Lyannanj pour le changement, chez Ménaibuc, 2009

Illustration de Marie-Christine Gontrand Pour le Service Patrimoine de la Ville de Sainte-Anne.

16
16