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Palante, Georges (1862-1925). La philosophie du bovarysme, Jules de Gaultier. 1912. 1/ Les contenus accessibles
Palante, Georges (1862-1925). La philosophie du bovarysme, Jules de Gaultier. 1912. 1/ Les contenus accessibles

Palante, Georges (1862-1925). La philosophie du bovarysme, Jules de Gaultier. 1912.

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8"Z 17305 (23)

Paris

1912

Palante, Georges

La philosophie

du bovarysme, Jules de Gaultier

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Original illisible

NF Z 43-120-10

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HEmu DEREGNtBRET SON ŒuvME, par Jean de Gourmont, avec un

portrait et un au)o~raphn. LA NAISSANCEET L'ÉVAffOUÏSSHMENTf)E LA MATURE,par Le Bon.

OANTS, BEATtt!CHET LA FOKS)KAMOUREUSE. /?MfJHSur /'7d~a/ /C/~t-

)vo). !e D' Gustave jvut.

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~M .Y7/~ s;e< par Hcmy de Gourmont,

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FnANçois corrKE K'r SON f~:t.'vnE, par Gaut.hier t''crricrcs, avfc uii

portrait et un autographe. LES HARMONIESDE L'EVOLUTION TEKHESTHE,par professeur au Muséum.

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) yo). Stanislas Meunier, i vo).

avec uu portrait et un autographe.

~Ot~tc~opH/a<rc,parA.

critique par

A.

t vol.

LEHÉNtEETLESTtiiotUM DEM. LOMBMto,par H! icnne Habaud. 1 vol.

et la

LA OUESTtOK n'UOMNKE.Les /~e~ifS /tO~<<yH<

/'<C/te(~ny;t'

van Geunpp, suivi d'une bibliographie tvoL j

J.-heinach.

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MAKOs.par K.-j,. TrouesSMr!, professeur au Muséum.

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!RVOnnn.)!< u)M't.uu!pu): n'):M)Ht Yt:n)tAE~<N, par Georges Huïsserct,

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ALt'KEnc)A)<t'MTS<)<<():[.'vnR.par Geor~<'sBohn,

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un autographe

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Bibtio~raphic complète de sou œuvre, t vo).

RKNE OUt~TON.O/tfMS M!fir~S fïe la L' Lois ~6 constance

sc/M/~ac, par Lucica Corpechot,

avec un portrait et un autographe. MEKR!fOtr<CA!u;, p.)r Sagpret. avec un portrait et un auto~ra-

originelles. ~'S)!f;< .<.Hr/spr<~

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vl~trb°rAnrsera, 1)trr fta~rraarztli4it~unier, rixe~'dc''I'rt~vaux zr i'KcoJe

Meunier, chef de Travaux à l'I~:c°cal(~

des Hautes-Etudes.

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La Philosophie

ovarysme ."¡.

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de GaultierGaultîer PAR

de

PAR

GEORGES PALANTE

AVEC

UN PORTRAIT

ET UN AUTOGRAPHE

7'oM~rot/a de <re~He<<one<efe r~ro~HC~'on r~~r~e'<

pour <OM~M ~at/s.

LHrEN~HUnETL'ŒUVBE

M. J.

de Gaultier a écrit quelque part: « On n'ensei-

fne pas l'intellectualisme en une école(ï). » Il estime

d'aiiteurs avec Nietzsche que « toute vraie philosophie

est le récit d'une aventure personnelle ». Nulle philoso- phie ne répond mieux que ta sienne à ce signalement.

La

pératif scolaire ou professionnel n'est intervenu dans son orientation initiale ni dans son développement. M. Jules de Gaultier est un philosophe de race; non un

philosophe dent pas

sion directe de sa sensibilité. Comment cette sensibilité se révéla à elle-même comment elle perçut d'abord le monde comment, en

fonction de quelles expériences elle évolua comment olle en vint à s'objectiver sous !a forme que nous con-

de cette pensée est entière. Aucun Im-! r

spontanéité

de carrière. On sait que les deux ne coïnci-

toujours. Sa conception du monde est l'expres-

naissons, ce sont des questions sur lesquelles M. J. de Gaultier ne nous fournit pas de renseignements. La ré-

de sa pensée le détourne des

confidences sur l'intimité de son moi, sur les sources

serve un peu hautaine

premières et profondes de sa personnelle sensation de vie. J'ai pu deviner seulement par quelques mots de lui que cette sensibilité phitosophique~ à la fois passion- née et contenue, qui est la sienne, s'éveilla de bonne heure. Je sais de lui telle notation psychologique d'une

1

(t) /n~'f~Mc~o/tà

la vie <n~c<Mc/

8

LA pntLOSOt*HtEDUBOVARYSME

extrême finesse, qui remonte à une période de sa vie

bien antérieure aux années d'apprentissage phiiosophi- que et où s'avère une rare précocité du sens intérieur. L'oeuvre d'ailleurs parle pour l'homme. La sensibilité philosophique de M. Jules de Gaultier s'exprime déjà intégralement dans cette série d'articles publiés dans la

Revue ~/anc/<c, de décembre ï8g5 à janvier 1897, sous ce titre: /~ro(/MC~'o/t à la vie ~~<?~ct?~e~c; première

œuvre qui s'adressait, selon le voeu aristocratique de Stendhal, ~o /A~ A~/)y ~<?M~,à ces intelligences dissé- minées à travers le monde qu'il voulait de sa famille intellectuelle. Cette /~roe~c~o~ fut écrite presque en entier avant le premier contact de M. de Gaultier avec Nietzsche. Ce contact, on en trouve la première trace dans un article de la /~M<? Blanche intitulé Frédéric -/Wc~McAc (ï~ décembre t8o8), publié à l'occasion du Zara<AoH~<rct traduit par M. H. Albert et du Par de- là le ~/e~ et le Mal, qui venaient de paraître au ~er- cure. En !goo paraît le De Kant ô ~Y~~f~cAe, bientôt

~t'c~OM «/?t~~rse~, de

Nietzsche e~ la re/by~n* ~A~o~o~'A/~Me, des /i!<ï~on~

suivi du jSouar~s~t?, de

de /afea~~ï~,

dépendance des yMCPHr~.Il est inutile de rappeler ici

l'impression que produisit l'apparition de cet Impérieux De Kant à Nietzsche et comment la. série des œuvres suivantes grossit d'année en année la première levée d'admirateurs et de disciples qu'avait suscitée cette

œuvre magistrale. Un parti-pris de constante clarté, une impeccable tenue littéraire, une logique inflexible unie à un vif sentiment de ce qu'il y a d'arbitraire, d'il- logique et d'irrationnel dans l'ensemble comme dans le

détail des choses, l'ingéniosité d'une pensée rompue aux exégèses les plus subtiles, aux passes les plus sa- vantes de l'escrime dialectique, un détachement un peu

de la Dépendance de ta mOl'ale c<r~-

JULM M OAULTtttR

Q

hautain de contemplateur, une imagination d'artiste qui i anime d'une vie ardente les personnages du drame mé-

taphysique telles sont quelques-unes des raisons qui expliquent la séduction exercée par l'oRuvre de M. J. de

Gaultier sur les esprits réfléchis et indépendants, parti- culièrement sur ceux de la génération intellectuelle montante. Combien, parmi ces derniers, au sortir des philosophies universitaires restées un peu lourdes, un

peu scolastiques, un peu trop imprégnées encore de cet

inexpugnable esprit judéo-chrétien~ combien ont été saisis, A la lecture de M. Jutes de Gaultier, d'un frisson

nouveau,

samment oxygéné des hauteurs; combien ont embrassé

de ce frisson que donne l'air lé~er et puis-

d'un regard avide ces perspectives nouvelles, cesré~ions solitaires où ne retentit!a parole d'aucun pasteur Brandt et ou ne se dresse aucun temple, ancien ou nouveau.

Et,

plus, ils ont vu s'érig'er un palais merveilleux, à l'ordon- nance logique et aux proportions harmonieuses, qui semble i'œuvre de quelque Prospère ou de quelque

Merlin initié aux secrets du génie de la Vie et du génie de la Connaissance.

la place de ces temples, qu'ils ne souhaitaient

p

LA SBNS!B!HTÉ ESTHÉTIQUE.L'OPTIQUE DE L'ARTISTE

La sensibilité qui met en mouvement la pensée phi- losophique semble dominée, suivant les hommes et les

époques, par deux aspirations rarement unies, le plus souvent dissociées et ennemies la passion de croire et

la passion de contempler, le besoin de foi et l'amour

de la beauté. La passion de connaître

se résout à l'a-

10

t~APtULOSOt'HtSOU BOVAMY6ME

nalyse en l'une ou l'autre tresses.

de ces deux passions maî-

Le

le chercheur de connaissance se pro-

atteindre & tra-

philosophe,

au fond l'un de ces deux buts

pose vers ta recherche des causes un principe premier où as-

seoir ta foi à laquelle il aspire

tout à ta fois sa passion de !a beauté

perspectives

midables,

voeu a hanté de tout temps les cervelles philosophiques

U a partagé le monde des philosophes en deux types

rivaux et ennemis

mier type est infiniment plus répandu que le second. La

philosophie, chez la plupart de ses représentants, est

une incarnation de

ses Ëdèles, un refuse, un port, une sauvegarde, une consolation, une promesse et une espérance. Ceux qui ont voulu satisfaire à la fois ces deux aspirations, la

passion de croire et la passion de contempler, le besoin de foi et le besoin de beauté, ceux qui ont voulu être à

la fois prêtres et artistes, un Platon par exemple, n'ont

assouvir et exalter

par

révocation des

sombresou

sorutues, enchanteresses ou for-

contempler ce double

Le pre-

de la vie. Croire

lo sacerdote et l'artiste.

Elle veut être, pour

l'esprit prôtre.

tiré de leur pensée, si géniale qu'elle ait été, qu'un pro-

duit hybride

ches incompatibles l'une utilitaire, l'autredcsintéressée; l'une éthique, l'autre esthétique l'une destinée à pro-

curer le salut; 1 autre à dispenser la pure joie de la beauté. Rares sont les penseurs qui se sont pleinement affranchis de la manie croyante et de sa compagne na-

ils n'ont pu mener a bien ces deux tâ-

turelle, la manie respectante, ceux qui ont contemplé d'un oeil clair le monde sous le seul aspect de la beauté,

~M& ~Cïe /br~< La philosophie comme vision d'artiste L'éclosion d'une métaphysique d'artiste Tel est le phénomène

nouveau que Schopenhauer appelait de ses voeux que

JULM

DU OAUf~TtKM

t

Nietzsche, après lui, opposait à l'ancien mode de philo-

sopher et qu'il

se flattait d'avoir inauguré

dans son

(ï). C'est éga-

premier livre /«~'ne

lement sous ce signe esthétique que se présente à nous la philosophie de M. J. de Gaultier. C'est sous l'optique

de l'artiste que le monde et la vie vont nous

~'a~c

apparaître.

Sensibilité esthétique ou spectaculaire ou intellectuel- peu importe le nom que l'on donne à cette sensibi-

le

lité philosophique. L'auteur la décrit dans cette //ï<ro-

ofuc~OM la vie !a~c~e//e, véritable monographie

d'un type intellectuel sorte de signalement auquel se reconnaîtront les intelligences apparentées a la sienne.

« Ces esprits qu'il faut décrire sont les /~e~c<Me~.

« Terme séduisant dont on mésuse déjà, mais qu'il faut

« retenir, malgré les intonations prétentieuses dontl'af-

Etre intellectuel n'est pas être

« doué d'une faculté de comprendre plus aiguë, d'une

« imagination plus vive, ni ne correspond à une vivacité

« ou à un pouvoir plus grand de l'intelligence. Mais

« fectahon le gonfla.

« c'est considérer toutes choses du seul point de vue de

« l'intelligence dans sa pureté, de FinteUigonco sous-

« traite à toute influence du désir, libérée, selon l'ex-

« pression de Schopenhauer, du service de la volonté.

« L'intellectualisme est un état de dissociation des prin-

«

cipes de l'être. ~OH/otr et co~ore/K~e se posent en « antagonistes. L'intellectuel se désintéressedu fOH/oj:y « et se réfugie tout entier dans le co~or~~re. L'intellectualisme est un principe d'indifférence en matière d'opinion et d'inertie en matière d'activité pra-

tique. « A la vue intellectuelle, les questions

?

restent

« toujours ouvertes. Aucune certitude ne les enclot ja-

(<mais.JDu point suprême d'où l'intellectuel contemple

(~Voir

Essai

d'une C/'t~yue desot-Me, post.face à /'0/y<Ht'

de la

Tragédie.

Ht

LA PHtLOSOPHtBDUBOVAnYftMK

« les acteurs de la Vie, il n'est plus dupe des conclusions «auxquelles ceux-ci se tixent avec sécurité. Car, par

« delà chaque horizon borné que tracent autour d'eux,

« ainsiqu'un cirque infranchissable de montagnes, leur

« présomption, leurs intérêts, leurs passions, il perçoit

<t d'autres horizons s'élargissant à i'innni, découvrant

« des paysages nouveaux, et des flores et des faunes

« nouveUûs, et des formes nouvelles de la vie. 11 sait que

« le bilan de la connaissance ne peut jamais être établi;

« il

sait qu'il

n'est point de

science dénnitive et

« yM't7 M /OH< /aw<'<~ ~!<'pr~~ de co~c/Hrc. Cette

« connaissance négative est la base de tout intellectua-

« lisme. Pour qui considère toutes choses du point de

« vue de l'mteHect, conclure est l'unique crime, crime

« définitif d'aiUeurs, qui exclut de la cite. Flaubert,

« que hanta, qu'obséda l'apparition a tous tes tournants

« de la vie de la bêtise aux mille visages, n'en a-t-ii

pas

« donné cette dénnition philosophique, qui la perce sous

« tous ses masques MLa bêtise consiste à vouloir con" Mc!ure. »

« L'intellectuel a donc pour son contraire tout ce qui

t< a une opinion sociale, relieuse, politique ou phiioso-

« phique, tout ce qui a une opinion.

« Avoir une opinion, c'est avoir un intérêt à croire

« quelque chose. Co~~r~/ï~rcfïonc s'oppose à croire,

« ~H~M~ Cr<9f'r<'C'<?~ UOH/O~, et tout Jt'/t~~<?C<MC~a

« pour contraire ~OM/ cro</a~.

« L'intellectuel

a saisi le

normal

qui seul

de

rapport

« existe entre un inteH~ct et une œuvre

« !avo!ontc: celui de spectateur à représentation. L'm-

« <<ec/Mf<

« ~a!'s

K que toutes choses ne sont considérées

« qu'au point de vue de leur beauté, qui est celui de

que!conque

cow~or~ ~~<? M~/ty~ r«/OMreH.s<

pas

d'éthique. Cela signifie

par

l'intellectuel

ne comporte

JULM HKGAULTIER

)f3

« !cur existence, abstraction faite de leur utilité ou de

« leurnocuité pour le contemplateur.

« De ce quel'intellectualisme exclut toute opinion, suit

« encore cette conséquence qu'aucune idée ~'c/~g/ï~e MMCM/tacte. Cette conséquence suit nécessairement,

« une idée n'étant autre chose qu'une vue intellectuelle,

« tout acte ayant pour cause précisément une opinion,

« soit, plus directement, un instinct ou un intérêt,

« sont la trame de toute opinion. Aussi n'est-ce pas agir

qui

« qui constitue en soi-même un crime contre l'intellect

« un acte ne peut être en réalité autre chose que ce qu'il

« est et ne peut avoir d'autre origine que la volonté

« exprimée par le tempérament. Mais la croyance qu'un

« acte procède d'une idée etestjustihé par elle est un

« crime contre l'intellect et constitue au sens

« perversion mentale et une folie, cette folie qui d'ail-

« leurs est l'essence môme et la mère de la vie.

celle-ci l'intel-

une

propre

« Une dernière remarque

s'impose;

<(lectuel appartient encore au monde (le la volonté, l'in-

« tellectualisme étant une manière d'être d'un

« ment, l'acte de reg'arder étant encore un acte. C'est

« par une évolution de la volonté elle-même que celle-ci parvient & se désintéresser d'ag'ir pour ne s'intéresser

tempéra-

« plus qu'à se regarder agir. » C'est dire que l'intellectualisme est un mode de re-

noncement. De ce renoncement! attitude

l'7//u~«m

mode religieux du renoncement, M. J. de Gaultier oppose le renoncement intellectuel dont Erasme, dans

dans

exprimée est un autre mode. Au

de y<M~-C7(r~

son Eloge de la Folie, est le

protagoniste génial.

par

« A une date proche de 17~~a//o/

des voies dif-

« fércntos et à l'exclusion de tout mysticisme, un grand

« esprit a su occuper ce poste contemplatif

et considérer

« l'univers moral de l'œil désintéressé d'un peintre.

t~

LA PH!M)f)OPH!B

nu

BOVARY8ME

« Avec cette clarté lumineuse d'un esprit qu'aitaitèrent

« Rome et la Grèce, Erasme s'est complu, en son Eloge

« de la Fo~'f, & montrer le jeu des rouages de la vie

<(sans nu! souci d'y rien modifier et pour les seuls plai-

«

sirs de l'analyse. « Cette sérénité calme confère au livre une beauté

«

«

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plus haute que ta satire. Elle ne témoigne

fois d'une moindre lassitude de l'acte que celle

toute-

pas

qui

s'est abattue dans le refuge des versets de l'/w~a-

~o/t/mais elle diffère de celle-ci en ce qu'Erasme n'a

recours, pour se fortifier, à aucune vaine

hypothèse.

Désabusé de vivre, il perçoit nettement le caractère il-

lusoire des motifs pour

on vit. Mais il admire

lesquels

d'autant plus la force qui transforme ces motifs ina-

nimés; semblables & des masques vides, en la diver-

sité des ~outs, en la violence des

armés jaillissent les actes. Cette force

passions, d'où tout

que

nous nom-

mons la no~o~~ en acte, et qu'on a coutume de nom-

d'i!!usion par lequel

mer la vie, entendre le pouvoir

toute activité intense se constitue un univers précis en

harmonie avec ses désirs. Cette force,

pour Erasme,

est la Fotie. Aussi est-ce à juste titre,et dans un sens

pro-

pré é)og'e

moi, la Vie se retire d'eux. » Voi!à qui retranche les

intellectuels en

Vie se retire. ?

profond, que la FoUû proc!ame au cours de son

<' Amesure que tes hommes s'éteignent de

une catégorie its sont ceux-là dont la

Décourag-ement de vivre, aspiration au néant? Est-ce

là te dernier mot de cette philosophie d'artiste

nous avons annoncée? L'optique spectncutaire va-t-elle

se terminer

Ïées qui conduisent au néant? Le

va-t-it dire avec un grand contemplateur

que

ces horizons

g-tacés et ces pentes déso-

philosophe artiste

par

JULM DE GAULTIER

Et toi, divine Mort, où tout rentre et s'efîace~ Accueille tes enfants dans ton sein étoilé;

Affranchis-nous du

Et rends-nous le repos

du 'nombre et de

temps,

t'espace

que la vie a troublé?`?

15

Non; car nous allons vérIHer sur M.Jules de Gaultier

une loi qui semble s'appliquer & tous les grands

repré-

sentants de la sensibilité

Cette loi veut que,

me s'allie à un

que intense, profond, indestructible, de ce qu'il y a malgré tout d'éternellement jeune, d'éternellement bcau,triom- et adorable dans la vie.

spectaculaire en notre siècle.

dans ces âmes artistes, le pessimis-

étrange et invincible amour de la vie

la lassitude de vivre s'accompagne du sentiment

phant Ils ressemblent à ces amoureux trains, qui aiment

Odi et a/no. Un Gobineau exprime un pessi-

toujours.

misme

abâtardie et déclinante. Dédaigneusement, il se sépare d'elle et va désormais contempler la vie du haut do son

sans remède; il désespère d'une humanité déchue,

belvédère spéculatif. Retiré dans sa tour d'ivoire, cet aristocrate meurtri ne jettera plus sur les hommes qu'un froid et Impassible regard. Détrompons-nous pourtant. Ce contemplateur désabusé ~arde à la vie une sympathie secrète. Le même écrivain qui vient de tracer les lignes désespérées qui clôturent le D/sco~s SM/' /'</t<a~~

des races va,quelques années plus tard, écrire ces Nou- velles ./l~a~yMM, si débordantes de jeunesse, d'amour

de la vie, d'amour du pittoresque à travers

bigarrées

de la changeante humanité.

les races Leconte de

Li~Io

solé, l'absurde et ma~niRque spectacle des choses. Mais au fond il pardonne it la vie son mensonge et sa cruau- té il l'adore quand même, parce qu'elle est belle de son

mensonge ~et do son mystère, parce qu'elle reste l'en-

contemple, lui aussi, du haut d'un Hymalaya dé-

t6

LA t'H!oaOPH!E DU BOVARYSME

chanteresse et voluptueuse Maya. – Flaubert exprime ainsi son pessimisme spectaculaire « La vie est chose

tellement hideuse que le seul moyen de

c'est de l'éviter. Et on l'évite en vivant dans

la recherche incessante du vrai rendu par !c beau. » – Ailleurs « Voussercxa la comédie de I'immanité;et il vous semblera que l'Histoire a passé sur le monde pour vous seul.)) Mais à quelques lignes de là, dans cette

même correspondance, Flaubert va exprimer son amour exalté de la vie et de la grandeur de la vie. « Nous ne

comme le

prônions de rien nous sommes

la supporter,

l'art, dans

seuls. ~M~

)

Bédouin dans le désert. Il faut nous couvrir la ngure,

nous serrer dans nos manteaux et donner tête baissée

dans l'ouragan et toujours incessamment, jusqu'à notre dernière goutte d'eau, jusqu'à !a dernière palpita- tion de notre coeur. Quand nous mourrons, nous aurons cette consolation d'avoir fait du chemin et d'avoir navi-

gué dans le grand (t).))Ledilettantisme

contemplatif de

M. A.France recouvre un fond indéniable de pessimis-

me. Ce pessimisme s'exprime le plus nettement dans l'apologue ou la vie est comparée à un vaste atelier de

poterie.

destinations inconnues et dont plusieurs,

le moule, sont rejetés comme de vils tessons, sans avoir

On y fabrique toutes sortes de vases pour des

rompus

dans

jamais servi. Ce sont les enfants qui meurent. Les au- tres ne sont employés qu'à des usages absurdes ou dé-

goûtants. Ces pots, nous en~ei~ne M. A. France, c'est nous. Mais M. A. France est trop artiste pour rester sur cette impression assombrissante. Il aime trop cette vie mouvante dont les Mots s'élèvent et s'abaissent comme ceux de la mer Hadria et multiplient a l'inHui les sou- rires de la lumière comme le pauvre moine Giovanni

(t) Ftauber~ 6'f'r<on<~Mc< 3* série, pp. 86-87.

JULESDKGAULTÏM

tn

désabusé par le Docteur Subtil (ï), il goûte trop « l'illu- sion délicieuse des choses » et la douloureuse volupté de vivre. En tout spectaculaire il y a un artiste et en tout artiste il y a un amant de la vie. Jules de Gaultier ne fait

à cette loi. Il exprime, lui aussi, la fidélité

pas exception

du contemplateur et de l'artiste à la vie décevante

« L'activité esthétique débute avec

le fait de conscience

et simple; elle accompagne, chez l'homme et sous

« pur

« cette forme élémentaire, presque tous les actes qu'il

« accomplit. Mais nous ne la distinguons expressément

« que lorsqu'elle commence à se développer au détriment

« de

(( détache et conquiert son entière indépendance. S'étant

« formé, dans l'individu, d'une dissociation des éléments

« de l'activité individuelle, le sens esthétique s'élargit à

« la contemplation de toute action exprimée dans l'uni-

l'acte utilitaire qui la supporte, que lorsqu'elle s'en

« vers. Parvenu à sa parfaite autonomie, il devient in-

« dIB'érent au succès ou à l'insuccès des processus uti-

lui sont un spectacle. Il semble donc

«litairesqui

« implique, ainsi que le veutSchopenhaucr, un état de

« désintéressement, un renoncement de la volonté aux (( fins qu'elle s'était proposées. C'est ce qu'il faut accor-

« der, mais il faut constater aussitôt que si la volonté

« renonce aux premières formes de son désir, c'est parce

(< qu'elle a gretTé sur celles-ci des formes plus rafHnées.

« Le renoncement a donc ici une contre-partie; il n'est

qu'il

« qu'apparent et marque une simple transposition du

« désir. Si la volonté se supprime sous son premier aa-

« pect, c'est pour ressusciter sous un aspect rénové aussi « ardente que jadis, aussi fidèle à elle-même. « Cette genèse du sens esthé~ue ne semble en désac-

(t) Dansrz/HMatM ?Vay~tC.

Jr

a

x8

LA PHtLOSOMUtt DU BOVARYSME

« cord

« de Puissance.

«

par

H force,

« attitude

avec

aucune

des

sens

la

thèses

essentielles

et apparaît

(i).

de

ta Volonté

condi-

qu'une

Le

l'existence

s'y

d'un

montre

surcroît

»

ainsi

esthétique

antécédente

force

tienne

ileurit

luxueuse

sur

de l'activité

de

Et

sche

un

qu'il

peu

plus

interprète

loin,

rappelant

un peu

autrement

un symbole

que

de

l'auteur

Nietz-

de

~o/o~~

ofe /)~~s<7/~e

« A appliquer) par Nietzsche

sous

la

ditM 1.

A cette

de Gaultier,

avec

de

peine,

les

les images

semble-t-il,

créées

eût

puis-

qui

ce

par

la

sens

cette

coups

la

»

Vie

conception à considérer

rapport

voir,

l'emporte

au-dessus

en

qui,

t< pu être

« le jour

« sance,

sienne,

do leur

idées

joie le sentiment

les

de

fatalités

sa tâche~

et peine

do

on pourrait

la volonté

et

sourit

où

cet excédent

sur

force

« lequel

« pressent,

«contemplatif,

« joie

M de l'heure

«

en

éclate,

douze

lequel

ce surcroît

que

le

la

la

de puissance aux

qui

plus profonde

détermine

à elle-même

oui

nuptial

par

fidélité

de l'anneau

de

!a

sensibilité

se

On

jure

(2).

esthétique

notera

Ici l'évolution

en

dans

rame

la

vertu

vie

de

f/~roe~HC~'o/t

laquelle

en

de l'artiste,

célébrée

l'attitude

~a t'/c

en amour

/~e

A'

do renoncement

décrite

~c/M~e

de

la vie,

A .V/e~s-tcAe

se mue,dans

en l'apothéose

et

dans

A~

de

~cAc~jf~

dite

pour

sa

pour

orientée

penhauer.

lui-même

vie,

~/orM!ep/i!7oM/)/i'/yHC.Lav!e,

sa cruauté,

sens

Pour

n'est

(3).

est maintenant

a

ici

de

épris

une

celle

de

aspects

n'est

beauté

en

H y

inverse

l'artiste

des

qu'un la maladie

de même

que

d'abord

mau-

adorée

et célébrée

conversion

du vouloir

que

la vie,

souhaitait

Scho-

le

pessimisme

de

qu'un

la plénitude

des aspects

de

la

des

(<) ~Vie<ESC/<ee~ /u /br'~)f ~/t!~os<A~uf,

(a)~Vte<fsc~e e< ~a /~<brHMcA<~<M<tpA«y<M,

(3) /~e A'a/ f'< .V«'S(.«\

p. Jo~.

p. ~5.

p.

78.

JULESDE GAULTtEH.

<f)

forces biologiques (t). Plus

d'un artiste ressemble &

Beethoven qui, nous (Ht M. Fierons Gevacrt, s'ingéniait

a accentuer la tristesse

de sa vie. « KUc était, dit-il,

nécessaire à son art. »

Le sens esthétique, ce n'est plus la vie se renonçant cHc-mcmo; c'est au contraire )a vie intensifiée et appro- fondie, la vie « doublée et redoublée)), selon une expres- sion du Comte de Gobineau. C'est dans ce sens qu'il faut entendre désormais le précepte formule par M. J. de Gaultier: 7'ra~w~r M~.s'a~/o~<?~ perception,

L'attitude esthétique n'est plus pour lui ce qu'elle fut pour Schopcnhaucr, un avant-g'oût du néant, une mé- ditation de la mort, une attitude pour mourir. Elle est

ce qu'elle fut pour Nietzsche, du moins pour le premier

Nietzsche, le Nietzsche de /'0~ï0

(carie Nietzsche de plus tard, le Nietzsche de 2~a-

~OM~a et surtout celui de la Volonté de j~H~a/tce

n'attribua plus au phénomène esthétique qu'un rôle de second plan) elle est, dia-je, pour M. J. de Gaultier, l'attitude explicative parexceHcnce etrévélatriccdusens de l'univers. La phrase de Nietzsche dans <~H/«?

de la <e

critique de ~ow?~/nc pourrait servir d'épigraphe à l'oeu- vre entière de M. J. de~Gaultier « L'existence du monde

ne peut se justincr que comme phénomène esthétique. » A chaque sorte desensibilité correspond une sorte d'i-

magination. Il y a rapport étroit entre la sensibilité et l'imagination esthétiques. Des yeux de peintre et de sculpteur ouverts sur des perspectives métaphysiques, c'est presque la genèse entière do l'œuvi'c do M. de Gaultier. L'auteur de /~? 7)T<~M A~~cA~ et du Z~ua- ~y.'</Mg est certainement un visuel je dirais presque un visionnaire, si ce mot n'avait parfois un sens péjoratif

du ro-

Voir sur ce point Esteve et Gaudion, les ~rt's

(t)

/?!cn<'tMte,p. Co.

20

LA P!HLOaoPH!E

DU nOVAt\YSME

qui trahirn! ma pensée. Visue!, visionnaire, dans le bonscnsdumot~M.J.deGautticr l'est par l'intensif destabh.'aux qu'it évoque, put' te don de transfigurer les idées at)straites en formes vivantes. Qu'on !isecn De A~ M /V<e~~c/i!e!a description dct'iHusion pano-

ramique qui figure !'iuusion phénoménale (p. 8~) ou

!a pit!.orcs<}uc comparaison que voici

de Vérité et de Lit'erté sont des notions, mais

« des fictions naturcHes, engendrées par !a Vie qui ment

cn''orc

«idées

<( !~cs

« des qu'ciïe se meut. La toufïe d'herbes fraîc!)es atta-

« chec, ])our !e dresser, devant les naseaux du chevaî

«qui, dans un manche forain,

fait tourner !e cirque

« des chevaux de hois, n'a par cité-même aucune vertu

« pour faire mouvoir t'appareit, mais le cheva), attelé et « harnache, s'eiance vers t'herbc fratchcqui fuit<!evant

« lui d'une vitesse c~ate a celle qu'il déploie pour l'at-

« teindre. Ainsi il entraîne de son elt'ort tout le cirque

« des chevaux de bois, avec ses