La technique au cœur de la communication

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Le document présente un cours sur la technique dans le cadre des théories contemporaines de la communication, dirigé par Sylvie Bourdin. Il aborde l'importance de la technique dans l'activité humaine, son évolution historique, et son interaction avec la communication, tout en soulignant la nécessité d'une compréhension approfondie et critique des outils techniques. Le cours inclut des modalités d'évaluation, des séances magistrales, et des ressources complémentaires sur Moodle.

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Kamili Sultanova
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La question de la technique

– Présentation générale -
- Sylvie Bourdin - – M1 InfoCom année 2024-2025 –

1
La question de la technique
In Cours Théories contemporaines de
la communication

Sylvie Bourdin, [Link]@[Link]

MCF HC – Chercheure au CERTOP UMR 5044

Responsable du M2 Communication et Culture Numérique (UT1 et


UT3, localisé à UT3)

2
Organisation cours & Modalités
d’évaluation

 6 CM

 Un oral : une question liée au cours

 5 minutes de prépa ; 5 minutes d’oral

 Attendus de l’exercice :
 montrer que le cours a été compris càd assimilé
 Capacité à faire des liens avec d’autres parties du cours si
pertinent
 appui sur un/des ex tirés de la vie (expérience, actualité,
connaissances complémentaires acquises)

3
Organisation des séances

 Un contenu en face-à-face ‘magistral’

 un support de cours développé => Moodle

 des textes (articles, extraits d’ouvrages) => Moodle

4
Modalités de fonctionnement

 Ecouter, prendre des notes (en plus des docs Moodle)

 Lire, réfléchir, s’interroger

 Sur Moodle : un complément d’approfondissement ; des


illustrations pour s’assurer d’avoir bien compris

 Pas seulement ‘savoir le cours’ => comprendre, assimiler

 Une pause 15 min au milieu du cours

 une participation encouragée : vos questions ...

5
Plan du cours
 Introduction générale : définitions, de l’objet à La technique un champ central de
l’activité humaine

 La lente émergence de la question de la technique


 L’antiquité grecque
 Oubli de la technique : la pensée logocentrée
 l’émergence : projet encyclopédique ; voir, valoriser, penser la technique

 La Technique Anthropologiquement Constitutive


 Leroi-Gourhan: le précurseur
 Goody : l’équipement de la raison
 Eseinstein : notre passeuse

 La technique et l’usage : transition

 les médiations socio-techniques : articulation de la technique et du social


 Science Technology Society : la technique champ spécifique de recherche
 L’ANT : la technique comme acteur (à part entière)
 Work Places Studies : la technique dans les activités situées

 Penser la technique aujourd’hui : la propagation (Boullier, 2023, Armand Colin)

6
Des questions ?

7
Introduction

8
La technique ... Définition
 Une production humaine
 Objet matériel
 Artefact : produit de l’art, fait par la main de l’homme

 Un ensemble de procédés et de pratiques propres à une activité


qui permettent d’obtenir un résultat donné
 étapes
 manières de faire
permettant l’optimisation de la réalisation d’un artefact, et/ou d’une
pratique
 stabilisées (et en évolution)
 reproductibles
 transmissibles

 Plus généralement, un champ central de l’activité humaine


 Le propre de l’homme, la condition de sa survie en tant qu’espèce
 moyens produits par l’être humain pour satisfaire ses besoins
 permet de ‘nous rendre maitres et possesseurs de la Nature’ (Descartes)

9
La technique comme question

 Centralité de la technique
 au cœur de l’hominisation
 un monde technique (technicisé)
 liens Technique et Société
 technique et communication

10
Projet du cours

 Révolution numérique : un mouvement de fond depuis


plusieurs décennies. Un monde nouveau à comprendre.

 S’intéresser à la technique dans :


 son épaisseur historique
 ses implications contemporaines.

 La place de la technique dans la vie des hommes :


comment les hommes la construisent, comment elle
participe de nos performances intellectuelles, comment
elle s’articule, s’agence avec les différents plans de la vie
...

11
Communication & technique

 Quels liens ?

12
Communication Définition
 Communication => kaléidoscope sémantique (langage de
sens commun) :
 échanges d’une amibe avec écosystème,
 le secteur éco du divertissement,
 voie de circulation,
 la campagne d’un politicien qui noie son absence de
programme dans le bruit et la couleur,
 pratiques professionnelles formatées et officielles,
 échanges interpersonnels

 Mot valise :
 L’extension quasi illimitée des phénomènes
associables à ce mot décourage toute synthèse

 confusion et impuissance.

13
Communication, expliciter le terme :
monter en généralité

 Des échanges soumis à des règles qui impliquent la


réciprocité (C Lévi-Strauss, 1958)

 La communication = une chaine pragmatique


(Bougnoux, 1998)

 distinction Grecs anciens entre :


 Techné : la relation sujet-objet
 Pragma : la relation sujet-sujet

 Construction de sens :
 Lévy 1991
 Weick,19 95 (Sense making in communication, Sage).

14
Relation technique : tekhné

 Relation homme-machine
 Descendante
 Manipulatoire
 Assurance du résultat (sauf pb manipulation, panne ...)

La relation sujet-objet ne relève pas de la communication


L’informatique est appelée abusivement 'communication’

15
Relation pragmatique : pragma

 Relation sujet-sujet :
 implique la liberté et choix
 opposée à la violence physique (la com commence qd on
renonce à la violence physique).
 aléatoire : peut se rompre à tout comment sans que l’on sache très
bien pourquoi (dans un échange, dans une relation, dans un
débat),
 non instrumentale (on ne programme pas ses relations humaines)
 résiste à la vision de surplomb et à une instrumentalisation (sauf
dans techniques de vente, enseignement, techniques de com
interpersonnelle => relative autonomie).

16
Relation sujet-sujet (pragma)basée
sur l’incertitude

L’incertitude est intrinsèque à la relation sujet-sujet :


La liberté de chaque acteur de la communication, la diversité des
cadres de références, normes sociales et culturelles se rencontrent,
se confrontent dans l’échange ....
... ainsi, communiquer est une chaine pragmatique, un chainage
d’interactions sous-tendues par des présupposés individuels et
collectifs qui sont toujours pour partie non explicités.

On appelle communication la relation sujet-sujet

sujet oral

17
Communication comme construction
de sens (sense making)
 s’effectue dans le cadre d’enjeux personnels portant sur :
 le cadre (de quoi on parle)
 l’état de la relation (amicale, amoureuse, professionnelle, hiérarchique,
...)
 le lien de hiérarchie et de légitimité ;
 la stratégie (l‘objectif caché, le gain escompté)

 La communication, comme construction de sens partagé est


 fragile, instable,
 renvoie à un processus toujours singulier, difficile à stabiliser durablement.

 La communication est exposée aux malentendus (avoir cela en


tête et chercher à les dissiper autant que faire se peut)

 il existe toujours une part d’incommunicabilité : rien n’est jamais


totalement exprimé, su, compris. Zarifian, Travail et communication,
1996, PUF.

sujet oral

18
Communication médiée
 Passe par une grande variété de médiations.
 matérielles : voir ci-dessous
 immatérielles : langage, ... techniques du corps dont les
comportements socialement établis
 La communication n’est pas im-médiate : ... ?

 La com a minima : messages et vecteurs. Toujours (presque)


 La com transite par des vecteurs.
 Matérialité des vecteurs en forte augmentation.
 Monde contemporain occidental caractérisé par
des messages et des supports. De plus en plus
nombreux, et très diversifiés.
 Com à distance : de plus en plus Importante
 temps de transmission réduit
 abolition de l’espace (presque)
 permet des échanges synchrones (et asynchrones qui existaient déjà)
 diversité des dispositifs

19
Caractéristiques de la
communication contemporaine

 Hypersollicitation & pression à la réactivité

 Espace public urbain : signalétique, signalisation routière,


publicité

 Espace médiatique : radio, TV, presse

 Espace d’interactions
 interpersonnelle (2 personnes) : tel, chat, visio, micro-blogging (RSN)
 sociale (à plusieurs, à beaucoup) : RSN, activités collectives (matchs,
concerts, réunions)

 Densification de la population : augmentation des zones habitées


 quid de la solitude, la contemplation, la lenteur ?

20
Technique et communication

 Omniprésence des supports contemporains de com :


 nous intéresser plus avant à la dimension technique des échanges

 Le secteur d’activité professionnelle de la com recomposé :


 nouveaux métiers, nouvelles compétences
 nouveaux outils, nouvel écosystème de la com.

 Saisir la place et le rôle de ce qui a été longtemps appelé les TIC.

 Former les futurs pro de la com :


 à l’utilisation pertinente des TIC
 aux problématiques et enjeux associés.

21
SIC et TIC - SIC et Technique

 SIC examine l’outil de transmission sous toutes ses facettes :


 aspects sémiologiques, pragmatiques, imaginaire et systémiques

« Nous possédons des médias qui nous possèdent, ce qui amène à examiner
comment les prothèses techniques façonnent un « milieu » que nous prenons
parfois pour le prolongement de nous-mêmes » (Bougnoux, Intro Sciences de la
com, « Mutations contemporaines », 1998). sujet oral

 Tâche des SIC :

« ...décrire [et comprendre] les enchevêtrements entre nos outils et nos


performances symboliques sans tomber dans le déterminisme technique. »
(Bougnoux, ibid.) sujet oral

 Par une approche hybride : qui articule plusieurs regards et/ou qui adopte
plusieurs entrées sur un phénomène
 sociologique-sémiologique- technologique.
 pas tous les 3, au moins 2 sujet oral

22
Partie 1 L’émergence de la
question de la technique dans la
pensée occidentale

23
1.1. Période historique : antiquité
grecque

24
Au début ... Antiquité grecque ...

Un héros, un roi doit savoir travailler la terre, chasser, s’occuper des troupeaux, forger, se battre,
gouverner => Influence de l’Iliade & Odyssée Homère
La figure du noble des temps archaïques : un homme libre càd autonome (ne dépend pas des
autres) L’unité politique, la Cité est autarcique.

25
... ça ne se passe pas si mal : un dieu
et un mythe

Le dieu existe :
Héphaïstos dieu du feu, de la
forge, de la métallurgie
fabriquer, forger est une activité
importante et remarquable
 l’apanage d’une divinité ...
27
Par Peintre de la Fonderie (vase éponyme) — User:Bibi Saint-Pol, own work, Domaine public, [Link]
Le mythe : Prométhée
Le titan Prométhée chargé
de créer les hommes, vole
le feu à Zeus pour leur
permettre d’assurer leur
survie. Zeus condamne
Prométhée à être
enchaîné sur un rocher du
Caucase et un aigle
venait chaque jour lui
dévorer le foie qui
repoussait la nuit.

29
... Ce que nous dit le mythe de
Prométhée

 La maîtrise de la technique est indispensable


à la survie de l’espèce : outils/armes
 La technique est un enjeu de pouvoir
énorme pour tous (dieux et hommes)
 la technique est l’apanage des Dieux
 elle advient chez les hommes par un vol...
inique
1.2. L’oubli de la technique : une
récente réhabilitation

31
Débats sur les enjeux de la technique
 Dès l’antiquité ... Jusqu’à nos jours

 1ers débats polémiques remontent à la philosophie antique :


Socrate et l’écriture
 Socrate n’écrivait pas : la pensée de Socrate est connue par ses
disciples - le plus connu est Platon -
 Socrate est contre l’écriture qui fige la pensée : un énoncé écrit est
essentialisé (figé), la pensée naît d’un échange, un dialogue. La
méthode socratique fait accoucher de la pensée : la maïeutique

 Et aux débuts du christianisme : querelle des iconoclastes 726-843


 la question de la représentation
 Dieu = jamais représenté, tout le monde est d’accord
 pb = l’homme ... Que Dieux a fait à son image, il y a débat

 Et toujours il y a des débats sur l’innovation technique : enjeux,


bienfondés, risques
 Schématiquement polarisés : les apocalyptiques (critiques) et les
intégrés (vision naïvement optimiste) ouvrage éponyme Umberto Eco
1964

32
Le long oubli de la technique : contexte

Une grande distinction polarisée est opérée dans :

 la tradition philosophique grecque


 suprématie du logos et des idées : (voir diapo suivante)

 la tradition chrétienne, Saint Augustin 354-430 ; évêque


d’Hippone (actuelle Annaba, Algérie)
 distinction corps/esprit avec suprématie de l’esprit (l’âme qui nous
fait supérieur aux autres espèces)
 mépris pour l’enveloppe corporelle qui a des exigences basses,
 qui nous éloigne de notre humanité et nous rapproche du règne
animal

 Les activités humaines et les techniques qui y sont attachées


n’apparaissent donc pas dignes d’intérêt.

33
Le long oubli de la technique :
caractéristiques de la pensée occidentale
1. Une tradition logocentrée : centrée sur le logos = le langage ;
autonomie et prestige des signes linguistiques

2. Dans le sillage du clivage et une hiérarchie entre l’esprit très valorisé et


le corps, les pratiques (l’expérience concrète) sont soit méprisables (le
corps) soit sans intérêt.

3. Une conception individualiste de la connaissance : ego cogito


1. l’homme pense seul : je pense –
2. sans outils : sans lunettes, sans livre, sans écriture, sans stylo, sans
support d’inscription, sans échange, sans transmission

4. Une conception innéiste de la raison : Les idées existent, sont dans


l’éther, et nous illuminent ; nous tombent dessus

Question oral avec D36

34
Réexaminer ces positions aujourd’hui

1. Tradition logocentrée : la transcendance accordée aux mots


est rongée par d’autres couches signifiantes : image fixe, animée,
sons, symboles : supports visuels de la mémoire

2. Clivage corps- esprit : paradigme systémique, pensée


écologique et théorie de l’anthropocène :
1. le corps est indissociable des fonctions intellectuelles
2. l’action (technique de l’homme) modèle le monde, le détruit
(prédation, exploitation) et nous détruit à terme

3. Ego cogito : pensée de la relation première et mise en évidence


que seules l’intersubjectivité et la communauté déjà instituée
peuvent engendrer un sujet ou un « Je » doué d’une identité

4. Conception innéiste de la raison : extériorité de la raison qui


réside notamment dans nos réseaux socio-techniques et nos outils

Question oral avec D34

36
1.3. Emergence de la technique ...
... le projet encyclopédique

 La philosophie des Lumières :


contre la superstition, et
l’obscurantisme => éduquer

 L’Encyclopédie ou
dictionnaire raisonné des
sciences, des arts et des
métiers, sous la direction de
Diderot et D’Alembert,
publié de 1751 à 1772.

 Projet novateur, ambitieux et


long (début 1747). Projet
scientifique, philosophique
et politique : 28 volumes,
dont 11 tomes d’illustrations

38
Par Diderot et d'Alembert — Bibliothèque nationale de France, Domaine public,
[Link]

39
Période moderne : l’encyclopédie
est 1ère reconnaissance de la
technique

 Pour la première fois, les outils, manières de faire (et les


métiers) sont considérés comme des connaissances
humaines importantes méritant d’être compilées et
décrites : nombreuses enquêtes, textes et planches

 Reconnaissance de la part matérielle de l’activité


humaine et de l’ingéniosité des hommes.

40
Période contemporaine : la critique continue

 Heidegger 1889-1976 : grand philosophe

 La technique n’est pas cœur de son travail : « La question de la


technique » 1er texte du recueil Essais et conférences de 1954.

 Critique de la technique
 Domination de la technique dans les temps modernes, considérée
comme le plus grand danger de la manifestation de la volonté de
puissance.
 Domination de l’homme par la technique comme dispositif (cf.
développements en cours).
 Autonomisation du système technique qui aliène les hommes.

 Nota bene : Hiedegger n’est pas contre la technique, il est contre


ce qu’elle devient,

 Pour Heidegger, la technique envisagée à un niveau matériel et


métaphysique.
cf. article Wikipédia

41
Critiques contemporaines de la
technique – Virilio -

 Paul Virilio, 1932-2018

 Critique de la technique :
 posture offensive : lutter contre la technique
 critique de l’accélération
 l’accident intégral : le grand bug, la grande panne : le
monde paralysé => preuve de notre dépendance

42
Le tendance critique : intellectuels et
bourgeois

 Le XXème siècle, en Occident, plus particulièrement en France (bcp


plus marginale chez les anglosaxons)

 Critique a priori de la technique comme symptôme d’une


modernité, destructive

 renoue avec les critiques de la tradition classique : opposition


monde ancien raffiné/ monde moderne barbare

 La technique apparaît, passe pour un pan méprisable de la


société contemporaine

 ... Souvent une posture qui cache une absence de curiosité sur le
monde

 largement en retrait depuis les 80ies

43
Partie 2. La Technique
Anthropologiquement
Constitutive (TAC)

44
Penser la technique, enfin!

 Depuis les 60ies de grandes disciplines scientifiques sont


amenées à explorer la technique en s’émancipant des a
priori issus de la (vieille) tradition classique

 L’archéologie avec Leroy-Gourhan

 L’anthropologie : Goody

 L’histoire : Eisenstein

 Plus récemment, UTC, Costech et les STS (Sciences


Technology Society ainsi que Science & technology
Studies)

45
Le précurseur : André Leroy-Gourhan
André Leroi-Gourhan 1911-1986

 Très grand préhistorien français : mondialement connu.

 A inventé la préhistoire moderne : méthodologie et


techniques de fouilles scientifiques, systématiques,
quantitatives, analyses micro (inventions de spécialités :
palynologie, anthracologie, etc.) ....

 Grand spécialiste de l’hominisation

 Il a également été un grand épistémologue de la


préhistoire.

 Ses recherches sur l’hominisation l’ont conduit à démontrer


la place de la technique et à en être et un des premiers
penseurs.

47
L’hominisation question oral sur Hominisation
 Processus évolutif qui a progressivement transformé des
primates en humains.

 Cette question scientifique intéresse des chercheurs de


disciplines différentes : les préhistoriens, les biologistes,
anthropologues, philosophes, ...

 Processus de l’hominisation – périodisation-

 3 millions d’années

 le nombre de générations (issu de [Link] "Un million de


générations")
 ancêtre commun homo/singes : 700 000 générations (5 Ma)
 australopithèques : 300 000 (3 Ma)
 homo archaïques (habilis, erectus): 170 000 (1.8 Ma)
 homo sapiens : 14 000 (180 000 ans)
[Link] [Link]

48
[Link] Amaury Eloi Labbé

49
Processus d’hominisation – adaptation
l’environnement
 Evolution d'une espèce
 systématiquement liée à celle de son environnement,
 chaque espèce est en équilibre avec son milieu de vie,
 si celui-ci vient à se modifier, l'espèce se retrouve en déséquilibre
écologique
 L'espèce doit dès lors se transformer pour survivre: c'est l'évolution.

 La forêt d'Afrique tropicale orientale


 s’est progressivement dégradée vers 12 millions d'années
 s'étant ouverte et transformée en une savane de moins en moins
arborée,
 l'adaptation d'un groupe de singes à ce nouveau milieu a formé la
lignée pré-humaine,
 par redressement du corps permettant de voir de plus loin les carnivores
prédateurs,
 avec pour conséquence un nouveau positionnement de la tête sur la
colonne vertébrale, par accroissement de la taille du cerveau, par
transformation de la dentition
 et par transformation de la société : rapprochement des individus,
communication et langage associé permettant de mieux faire face aux
prédateurs.

50
Processus de l’hominisation -
Caractéristiques

Caractères crâniens :

 l'Homme a une capacité crânienne nettement supérieure à


celle des pongidés: de 1200 mL à 2000 mL (1400 mL en
moyenne) contre un maximum de 620 mL chez le gorille et
450 mL chez le chimpanzé.

 Au développement de la boîte crânienne correspond le


développement du cerveau.

 Nota bene : la capacité (intellectuelle) du cerveau n’est pas


directement liée à la taille du cerveau : le nombre de connexions
neuronales ainsi que la rapidité des échanges (impulsions électriques) sont
également très importantes

51
Processus de l’hominisation : Caractères
liés à la station debout
 Les membres antérieurs, ne servant pas à la locomotion, sont
proportionnellement plus courts chez l'Homme que chez les pongidés;
le gros orteil de l'Homme n'est pas opposable.

 La tête de l'Homme étant à l'aplomb de la colonne vertébrale


verticale, le trou occipital est au centre de la base du crâne humain,
alors qu'il est très postérieur chez les pongidés quadrupèdes.

 Le plan nucal est horizontal chez l'Homme, mais vertical chez les
pongidés. De ce fait, la proximité des points d'insertion des muscles
masticateurs et des muscles de la nuque induit le développement
d'une crête qui permet d'augmenter leur surface d'insertion. De façon
générale, les crêtes d'insertion musculaire sont plus développées chez
les pongidés (la ligne temporale est parfois présente sous forme d'une
crête médiane, comme chez le gorille mâle, servant d'insertion des
muscles masticateurs).

 Une adaptation bien visible au bipédisme humain consiste en la forme


évasée du bassin, permettant de soutenir la masse viscérale
importante se situant à l'aplomb de cette ceinture. Les surfaces iliaques
sont beaucoup plus verticales chez les pongidés.

52
Stature, rangées dentaires et bassin du gorille (dessus),
de l'Homme fossile (milieu)
de l'Homme moderne (dessous)

53
[Link] Africanus Robustus Bosei Habilis Erectus Néandetthal Sapiens sapiens

54
Représentation de l’hominisation d’après Yves
Coppens : diapo suivante
[Link]
La technique dans l’évolution humaine 1/2

 Homo habilis (2,5 Millions d’années) :


 Fabrication intentionnée d'outils (chopping-tool
 encore frustres, lui servant à découper la viande et casser les os,
 construction d'un habitat volontaire (quoique sommaire,
protections circulaires), dans lequel habilis revient chaque nuit et y
apporte sa nourriture.
 Il quitte définitivement la forêt.

57
La technique dans l’évolution humaine 2/2

 Homo erectus (1,5 Ma) :

 La taille des outils s'améliore très lentement,

 à l'aide de percuteurs comme des bois ou des cornes.

 Ils évoluent vers les bifaces (1,2 MA)

 dans l’habitat des lieux se spécialisent : taille, sommeil,


nourriture

 Le mode de vie se structure encore plus, l'habitat est choisi en fonction des points
d'eau et des lieux de passage des animaux. La pêche, la chasse (les hommes) et
la cueillette (femmes, enfants) sont les occupations principales.
 Domestication du feu : 400 000 ans

 Homo sapiens 38 000 ans :


 Les outils s'affinent : lames de pierre, harpons et flêches à partir d'os.
 La pensée abstraite de Cro-magnon l'amène à inventer l'art
pariétal (sur les parois) en Europe

58
Contribution de Leroy-Gourhan à la
pensée sur la technique
1. La technique est au cœur de l’anthropologie
et de l’hominisation (homo habilis)

 depuis 2,5 millions d’années, alors que l’évolution humaine


est en cours (avant homo sapiens qui clôt la lignée jusqu’à
aujourd’hui) la teckhné : relation sujet –objet est présente.

 Il n’y a pas une arrivée ultérieure de la technique chez les


hommes après une sorte d’âge d’or primitif a-technique

 L’anthropogénèse est une technogénèse : ALG démontre


que la technique et ses développements sont co-existants
de l’évolution humaine y compris de l’hominisation. question Oral

 On parle ainsi de « montée conjointe cortex-silex » question Oral

 Le destin de l’homme est lié à la technique :qu’il crée, qui lui


permet de survivre et d’évoluer

61
2. La technique comme libération du dedans au
dehors
 Os : outils lithiques fichés sur des manches
 Muscles : roue, ...
 Mémoire : écriture, livres, ordinateurs, numérique
 Machines énergétiques => force et muscle brouette, poulie,
machine à vapeur

 Machines sensorielles => perception : lunettes, microscope,


télégraphe optique, photo, ciné

 Machines informationnelles => fonctions


intellectuelles : mémoire de papier (scriptorium, bibliothèque),
de silicium, calculettes, ordinateurs.

Il y a un continuum entre les outils de pierre (outils lithiques) et tous les objets
techniques jusqu’à l’ordinateur et le monde en réseau : sont dans une même
veine et sont ainsi à penser ensemble dans leur permanence et leur évolution

62
3. Deux dimensions de la technique
1/2

 l’artefact (objet, produit par la main de l’homme)

 les manières de faire, les procédures, étapes et méthodes pour


... construire des artefacts.

 La contribution de Leroi-Gourhan porte sur ces 2 volets.

 Il ne s’agit pas seulement de se munir d’outils pour survivre et dominer le


monde mais tout autant de produire, stabiliser et transmettre des
actions, des gestes (et des institutions) : de faire communauté, société

Rappel : dès le début de l’hominisation la survie des hommes passe par


rapprochement des individus, communication et langage associé
permettant de mieux faire face aux prédateurs.

63
3. Deux dimensions de la technique
2/2

 ALG met en évidence la synergie opératoire de l’outil,


technique, et du geste, culturel, qui constituent une
technoculture d’emblée

 ce qui signifie que notre culture est de toute humanité,


technique)

 ALG pointe la « ... propriété unique de l’être humain de placer


sa mémoire en dehors de lui-même, dans l’organisation sociale
» question oral

64
A retenir encore et enfin :

 Dissocier les épithètes techniques des objets ou machines


matérielles.
 Le monde des opérations techniques peut concerner aussi
l’intimité de notre sphère corporelle (Mauss, 1936)
 et les techniques du corps : gym, hygiène ou bercement.

 Il existe aussi des techniques immatérielles :


 la décomposition alphabétique, la logique, la rhétorique, les
arts de la mémoire
constituent des machines formelles immatérielles, d’avant
 les machines ultra-contemporaines telles que l’informatique
comme support de mémoire et de diffusion des
connaissances) et ses applications numériques.

65
2.2 Goody : l’équipement de la
raison
Jack Goody - Anthropologue anglais -
1919-2015
Objet d’étude central, l’écriture

Professeur à Cambridge Rennomée mondiale


L’écriture comme technologie
intellectuelle
 Importance accordée à la technique dans toute son
œuvre.

 Point de départ novateur => délimitation d’une


catégorie nouvelle qu’il appelle ... « technologies de
l’intellect »

 Démontré dans une approche anthropologique =>


importance du terrain

 Référence pour cette section : La raison graphique,


Coll, Le sens commun, Editions de Minuit, 1977 pour l’éd.
Originale ;1979 pour l’éd. Française,

68
Rappel : depuis les 1ères définitions du cours et
dans la conclusion sur l’apport d’ALG

 2 dimensions ... ou 3 ? Question oral 2 ou 3 ?

 Technique : des objets (artefacts concrets)

mais pas seulement

 Des techniques immatérielles


 manières de faire : les techniques pour ... la taille des outils lithiques
; la corderie ; la pratique d’un instrument, l’agriculture, ...
 toutes les formes de stabilisation des sociétés, communautés :
 Le langage, l’écriture
 les règles, interdits, obligations, institutions

69
Thèse de l’ouvrage La raison
graphique
Ce que nous appelons la Raison et
présentons depuis Descartes comme
universelle est en fait une
construction historique et culturelle

70
Dans la Raison graphique, il
démontre que l’écriture n’est pas
seulement une forme de
présentation du savoir, elle en
détermine aussi le contenu. Question oral
avec contenu diapo suivante

71
Cette perspective lui permet
d’aborder le lien entre outillage
de la pensée et manière de
penser. Question oral avec contenu diapo précédente

72
Démarche de Goody 1/2
 Il analyse, au moment même où surgit l’écriture, les
transformations qui accompagnent le processus de
connaissance.

 Perspective dégagée des présupposés évolutionnistes et


ethnocentristes :
 càd qu’il ne considère pas, jamais, que le mode de pensée
et le mode de raisonnement occidental, sont les meilleurs.
 s’efforce de ne pas les envisager comme référence : de ne
pas juger les autres modes de pensée, d’intelligence par
rapport aux nôtres.

 Pour se faire, comme tout anthropologue, il considère


son milieu, son éducation avec de la distance

73
Démarche de Goody 2/2

2 axes de l’analyse :

 Approche structurelle, historiquement située

 Approche comparatiste : approche ethnographique


culture avec écriture & culture orale

 Ses propres terrains Nenets de Sibérie

 la reprise d’autres terrains : Afrique

74
Raison et syllogisme

 Ce que nous appelons la Raison peut se réduire au


noyau logico-mathématique et au syllogisme.

 Le syllogisme : base de la logique.


 Raisonnement déductif rigoureux formé de 3 propositions : 2
prémisses (la majeure et la mineure) et 1 conclusion, tel que
la conclusion est déduite du rapprochement de la majeure
et de la mineure
 Ce raisonnement se fonde sur les rapports d'inclusion et
d'exclusion des propositions sans qu'aucune proposition
étrangère soit sous-entendue
[Link]

75
Exemplifier la structure du syllogisme 1/2

 Prémisse 1 (majeure) : Tous les hommes sont mortels

 Prémisse 2 (mineure) : Paul est un homme

 Conclusion = donc : Paul est mortel

 La prémisse 1 attribue une caractéristique à 1 catégorie : hommes


=> mortels
 La prémisse 2 situe 1 objet (ici une personne) dans la catégorie

 La conclusion consiste à attribuer à l’objet la caractéristique de la


catégorie dans laquelle il se situe.

76
Exemplifier la structure du syllogisme 2/2

Notez que cette représentation renvoie à la théorie des ensembles en mathématiques que l’on
étudie dès l’école et qui sert de base pour toutes les mathématiques

77
Importance du syllogisme en culture écrite

 ... où la logique qu’elle soit philosophique ou


scientifique, s’est développée et prévaut,
 nous sommes baignés dès notre plus jeune âge, partout
(pas seulement à l’école, mais à la maison, dans la pub,
dans les jeux d’éveil, dans les récits ...) dans ce mode de
raisonnement
 nous raisonnons à partir de cette matrice :
 nous sommes en mesure de l’appliquer quels que soient les
termes du syllogisme (même si on ne connait pas à l’avance
les termes des propositions)
 tellement intégrée qu’elle nous paraît évidente/universelle ...

...Mais non ...

78
Dans les cultures orales, sans écriture
 Démontré par Goody -enquête auprès des Nénètses, nomades
de Sibérie- :
 Il produit un raisonnement basé sur le syllogisme et adapté à
l’environnement de ses interlocuteurs :

« les ours polaires sont blancs ; il y a des ours polaires à


Vladivostok ; quelle est la couleur des ours de Vladivostok ? »

 tous (tous) ses interlocuteurs ont fait la même réponse : ‘


je ne sais pas, je n’ai pas été à Vladivostok’ ou ‘je ne sais
pas, je n’en ai pas vu à Vladivostok’

 Goody, parce qu’il n’est pas ethnocentré (ne nous


considère pas a priori comme les plus forts) ne conclut pas
que les Nénètses ne sont pas intelligents mais que ...

 les modes de raisonnement reposent sur d’autres critères : au


1er chef l’expérience

79
L’écriture, en tant que moyen
d’archivage des informations et
d’organisation du savoir en catégories, a
permis le développement de la pensée
logique, de l’abstraction, de l’objectivité
et finalement de la science

Emmanuel Isnard, « Jack Goody, Pouvoirs et savoirs de l’écrit », L’Homme [En ligne], 189 | 2009, mis en
ligne le 03 janvier 2017, consulté le 22 septembre 2020. URL : [Link]
lhomme/28771

80
Tribute to Socrate ...

 Socrate a été le 1er à formaliser le syllogisme dans son


Organon :
 Socrate période charnière y compris pour lui-même :
n’aime pas l’écrit mais utilise un mode de
raisonnement ‘qui s’écrit’ = se dessine avec un bâton
sur le sable ou sur la terre ...
 L’écrit potentialise une de ses inventions
 Et lui permet de connaître un immense succès
 Qui change la face de notre monde

81
Syllogisme, inséparable de l’écrit

 Un syllogisme s’écrit (se dessine) : le mode de


raisonnement syllogistique ne peut exister sans inscription

 Les mathématiques, comble de l’abstraction supposent


une surface et puis un code

 Le syllogisme autorise un mode de raisonnement, abstrait

 Le développement des connaissances depuis lors sont


issues de cette matrice

82
Contribution de Goody à la TAC
 Nos performances intellectuelles dépendent de nos supports : l’écologie des
supports favorise certains traits de nos modes de penser, encourage certaines
formes de connaissances

 Réviser nos présupposés concernant le côté universel de ce que nous appelons la


Raison :

 En occident la Raison c’est l’esprit critique et inversement.

 L’esprit critique a une histoire (cf. la méthode cartésienne). Il a été engendré


par et dépend de ses supports (écriture, imprimerie)

 Esprit critique : 1 texte stabilisé => beaucoup d’informations qui circulent => la
confrontation des interprétations de ses idées (le débat).

 La Raison (telle que nous la définissons en occident – Moyen Orient compris


compte tenu de l’influence grecque dans cette zone géographique) fonctionne,
n’est possible, est soumise à la permanence des traces écrites.

83
2.3. Eisenstein : notre passeuse
Elisabeth Eisenstein- Historienne américaine
- 1923-2016 -
Sa contribution : dans sa thèse

 ... sur l’imprimerie


 The printing Press as an Agent of Change, 1979, Cambridge
 La révolution de l’imprimé dans l’Europe des premiers
modernes, en France, 1991, La Découverte.

 Rôle de l’imprimerie (Gutenberg, 1455) dans les grandes


transformations religieuses, culturelles qui vont se
développer à partir du XVème siècle :
 la naissance de la science moderne,
 le schisme protestant (Luther 1521), …
L’innovation de Gutenberg

 La technique de l’imprimerie existait en Chine depuis 105

 Gutenberg transforme cette technique en rendant


facilement exploitable l’ensemble du procédé de
composition typographique :
 des caractères mobiles à la fois résistants (alliage d’antimoine et
de plomb) et d’obtention facile par coulée dans des moules,
 la composition du texte,
 des presses à bras.

 Son associé, Schoeffer, imagine de remplacer les moules en


sable par des matrices en cuivre (réutilisables à l’infini ±)

 1er livre imprimé : la bible.

87
La presse de
Gutenberg
Rapide diffusion de l’imprimerie
 D’abord en Allemagne, puis dans toute l’Europe :

 fin du XVe siècle, 12 millions de livres imprimés.

 Moins coûteux que les manuscrits. Les prix baissent.

 Au début de l’imprimerie, moins de 10% de la population sait lire.

 Apprentissage de la lecture est stimulée par la diffusion des livres.

 L’imprimerie contribue à fixer les textes et permet de répandre les idées :


 humanistes, puis celles de la Réforme.

 La Bible peut être lue et comprise grâce à sa traduction complète en


allemand, en français et en anglais.

93
Contribution d’Eisenstein

 Rôle de l’imprimerie dans les grandes transformations est


abordé sur 2 volets :

 1. une approche globale qui prend en compte tout


l’écosystème (économique, religieux, politique, culturel...)
européen du XVème siècle pour mettre à sa juste place le rôle
qu’a tenu l’innovation technique de l’imprimerie
 Zoom sur la Réforme et le schisme protestant

 2. Les mutations de l’exercice de la pensée (càd la manière de


produire des connaissances) : Copernic et la naissance de la
science moderne et les transformations ouvertes par
l’imprimerie.

94
1. L’écosystème dans lequel prend place
l’imprimerie

De nombreux facteurs se cumulent qui,


tous ensemble, combinés avec l’invention
de l’imprimerie de Gutenberg vont avoir
d’énormes répercutions et des
conséquences dans la durée.

95
L’écosystème 2nde moitié XVème

 La fin de la guerre de 100 ans (1453)

 Le développement des villes

 La crise de l’Église et du clergé

 Le développement des échanges

96
Fin de la guerre de 100 ans 1453

 Fin des combats, période de fort développement car :


 moins d’épidémies
 moins de conflits

 Reprise de la croissance démographique

 Multiplication des relations commerciales

 De grandes banques financent des initiatives ambitieuses


d’échanges entre les pays d’Europe (et également vers
le monde entier).

97
Le développement des villes
 Mouvement de long terme : XI ème –XVème favorisé par :
 Augmentation de la production agricole : amélioration des techniques et du
rendement => moins de bras nécessaires pour cultiver, exode rural
 Développement du commerce
 Augmentation de la population en général et dans les villes

 Développement et enrichissement de catégories socio-professionnelles


de l’artisanat et du commerce : émergence d’une bourgeoisie urbaine.

 L’augmentation des revenus leur permet d’avoir une vie autre que la
seule recherche de la subsistance :
 Du temps de loisirs,
 La possibilité financière et le désir d’éduquer les enfants (apprentissage de la
lecture),
 Un pouvoir d’achat plus élevé : permet d’acquérir des objets, de l’art, des livres

 Augmentation du lectorat et du potentiel d’achat

98
Crise de l’Eglise et du clergé
 Europe : christianisme, Eglise catholique, plusieurs crises
depuis M-A.

 XVème crise importante :


 relâchement des mœurs d’une partie du clergé visible et
très mal accepté par la population qui constatent une
contradiction entre les principes religieux qu’ils prêchent et
leur mode de vie.
 Certains religieux et certains laïcs connaissant mieux le
dogme religieux sont en contradiction avec certaines
interprétations de la Bible.
 Le clergé est détesté, les critiques sur le dogme tel que le
clergé le présente sont nombreuses dans toute l’Europe.

=> scission dans la chrétienté dans toute l’Europe


continentale –schisme protestant => nouvelle Eglise
chrétienne (appuyée sur la bible, en rupture avec le
catholicisme (pape et clergé)

99
Les échanges : biens et personnes

 Le développement des voies de communication

 la sécurité des routes : (fin de la guerre)


 Entretien des routes
 moins de brigands
 plus de soldats

 favorisent, la circulation des hommes (voyages, courrier)


de leurs idées religieuses et des connaissances.

100
Ce contexte, nous éclaire sur les conditions
de développement de l’imprimerie ainsi
que sur les opportunités qu’elles ouvrent

Par elle-même, l’innovation imprimerie ne change rien mais elle


arrive dans un faisceau de conditions favorables qui potentialisent
son développement.

La mobilisation de l’imprimerie dans de le cadre des tensions


sociales -religieuses et scientifiques- agit comme un ferment de
ces changements.

Ce sont les individus, les plus éduqués, ceux qui sont en contact les
uns avec les autres qui vont utiliser l’innovation de l’imprimerie et
celle-ci en retour va permettre de profonds changements.

101
2. L’exercice de la pensée

Eisenstein montre précisément comment l’arrivée


de l’imprimerie a entraîné des mutations dans
les façons de penser, les méthodes de collecte
de l'information
le travail des savants d'alors, qui ont en passe de
devenir des chercheurs

=> l’avènement de la science moderne

102
Partir de Copernic

 Copernic 1473 – 1543 :


 astronome, médecin, mathématicien
 développe et défend la thèse de l’héliocentrisme (la terre tourne autour
du soleil ; le soleil est au centre)
 Enormes conséquences de cette théories sur les points de vue
scientifiques, philosophiques et religieux : révolution copernicienne =>
changement de paradigme (Khun)

 un travail modeste et non révolutionnaire va voir des conséquences


radicales qui vont faire avancer la connaissance

103
L’Amalgeste de Ptolémée

 Avant Copernic toute l’astronomie se référait aux travaux de Ptolémée (± 100-±


168)

 Le texte original en grec est perdu ; 1 ère traduction en arabe début IX ème , 1ère
traduction latine XIIème, puis version espagnole traduite au XIIIème en latin,
traduction latine de la 1ère version arable fin XIIème par Gérard de Crémone (à
Tolède), la plus diffusée en Europe
 Des versions traductions de traductions
 Des copies de copies
 Des documents incomplets : mal copiés, abîmés
 le mode de duplication, et d’élaboration du document sont peu fiables
 les savants de l’époque travaillent dans le flou

 Copernic essaie d’établir une version correcte et complète entre 1503 à 1511 ±
 Il rassemble plusieurs versions (toutes simultanément)
 les contradictions lui sautent aux yeux ; le système ne tient pas

104
Construire à partir d’une théorie
fausse

La leçon de cette aventure en 3 étapes :

1. Avoir le plus d’éléments possible pour reconstituer toute


la version

2. Identifier les erreurs ... Pour penser neuf (en évitant les
erreurs faites, en proposant autre chose)

3. Mettre en discussion son travail (donner à lire, à


critiquer, intégrer les remarques, répondre aux
objections) : l’éprouver

105
Travailler ensemble à partir d’un original stable
 Importance d’un texte de référence : un original stable

 C’est bien la presse et l’imprimerie qui ont permis :


 L’établissement d’un document original stable
 chez le 1er imprimeur
 aisément reproductible chez tous les imprimeurs
 L’impression d’un nombre important d’exemplaires, leur voyage, leur
rassemblement et, partant leur comparaison
 Le commentaire individuel ET collectif d’un même doc

 Notre actuelle manière de travailler :


 référence aux textes antérieurs
 réflexion individuelle => production d’un énoncé, un commentaire, ...
 soumission à d’autres et débat

 n’est possible que dans un certain registre (technique) de


transmission : l’imprimé (livre, texte numérique).

106
Toute l’expérience de Copernic : de la
reconstitution de l’Amalgeste, à l’élaboration de
la thèse nouvelle de l’héliocentrisme, à sa
diffusion/discussion illustre les limites de la
connaissance avant, les conditions de
l’avènement de la science moderne et le rôle de
l’imprimerie

107
Les transformations de la science ouvertes
par l’imprimerie 1/4
 Possibilité de réutiliser les anciens travaux :, le
développement de l'imprimerie conduit à la réédition de
travaux anciens (même obsolètes d'un point de vue
scientifique)
 permet d'unifier le savoir et de recueillir les données
accumulées par l'homme jusque-là dispersées et de les
rendre accessibles

 Développement massif de la diffusion d'informations


identiques (l’original)
 L'imprimerie a oeuvré pour l'intégrité de l'information en elle-
même.
 On peut vérifier une information déformée par l'usure
massive du support, abîmé et vieilli, grâce à d'autres copies
de la même édition.

108
Les transformations de la science ouvertes
par l’imprimerie 2/4

 La mise à disposition de copies identiques en grand nombre permet


un discours scientifique et un débat d'idées sur la base d'informations
identiques pour tous les protagonistes.
 Olson montre que le combat de Luther contre l'idée qu'un "énoncé doit
être interprété par un scribe ou un clerc" est un exemple de cette
évolution. Luther soutient que l'Écriture ne dépend pas des dogmes de
l'Église, mais d'une "lecture approfondie du texte". Le texte devient lui-
même la source de son sens.
 Les livres permettent d'étudier par soi-même, en se passant de la relation
traditionnelle maître-disciple.
 Le savoir n'est plus intimement attaché à une personne ; il est disponible
pour l'étudiant, le citoyen, le croyant en toute indépendance.

109
Les transformations de la science
ouvertes par l’imprimerie 3/4
 L'émergence de la standardisation des présentations et
des jugements est facilitée par la puissance de diffusion
ouverte par l’industrialisation de la copie en impression
 le nombre d’exemplaires est potentiellement illimité,
 pour un coût incommensurablement faible par rapport à la
copie écrite

 Le nombre de personnes touchées par un texte - qui y


ont accès, le lisent, le commentent, le critiquent- crée
une concentration de l’intérêt sur certains écrits, certains,
thèmes, certaines formes intellectuelles.

110
Les transformations de la science
ouvertes par l’imprimerie 4/4

 Lisibilité des documents:


 Mise en page plus aérée
 Développement de la typographie
 Normalisation de la ponctuation,

 Mise en place des outils de repérage : table des matières,


index, qui structurent la lecture et la rédaction

111
Scriptio continua

114
1540 Estienne Dolet De la punctuation de la langue francoise de l’humanis
Eisenstein entre la TAC et les usages
de la technique

 Le positionnement du travail : analyse historique fouillée,


embrassant tous les éléments constitutifs du phénomène
et du contexte, et la propagation dans la durée

 Inscrite dans la TAC car étudie des transformations


majeures ouvertes par une technique
 à un niveau historique et social plus qu’anthropologique
 à hauteur des usages : l’intégration d’une technique dans
la vie de tous les jours

 Dans le cadre des rapports technologies et société


(poursuivis dans partie Médiations socio-techniques)

117
Eisenstein : une contribution centrale

 Sa thèse montre bien que ce n’est pas la technique qui


donne/produit un schisme religieux, une révolution de la
pensée => A ne produit pas B

 Mais un ensemble de facteurs qui se conjuguent pour


aboutir, dans un cadre historique particulier, à des
transformations dans lesquelles la technique joue certes
un rôle mais dont les formes dépendent de nombreux
facteurs, au premier rang desquels, les individus : les
rapports de pouvoir, de force, la mobilisation de certains
acteurs engagés.
Question oral : expliquez cela

118
Le travail d’Eisenstein : œuvre de
destruction exemplaire du
déterminisme technique

119
Le piège du double déterminisme
1 Le déterminisme technologique

On identifie 2 déterminismes : 2 écueils en sciences sociales et dans la


vie

Déterminisme technique/technologique (Breton, Proulx, 2002) :


 L’existence de telle ou telle techno est un donné stabilisé : ‘ça’ existe
 on identifie alors les impacts possibles, on enregistre les conséquences
probables d’une techno pour l’individu, la société
 ou bien on ramène l’explication d’un changement social à un récit
héroïque de la genèse d’une innovation techn et du récit romantique de
ses inventeurs (Latour 1992) : Steve Job (dans son garage) ...
 vision farouchement optimiste (F et Amérique du Nord) surtout quand :
 objets en question, concrets, bien identifiés dans la culture
matérielle, susceptibles d’un investissement cognitif et symbolique
quand recherche explications sur le changement
 les objets techniques (très visibles) facilement désignés comme
cause du changement => souvent le produit d’une illusion : les RS
sont la fin de la lecture, de la culture

120
Le piège du double déterminisme
2. le déterminisme sociologique

Technique et déterminisme sociologique :

Le changement est exclusivement expliqué par un rapport des forces


entre acteurs sociaux à un moment historique précis de l’invention
technique

Alors que :
 des éléments du contexte sociohistorique de nature culturelle,
économique ou politique peuvent peser dans l’acceptation ou le rejet
 L’innovation trouve sa résonance dans tel ou tel contexte qui favorisera
son développement : sera son terreau (cf. la démonstration d’Eisenstein)

Une explication sociologique exclusive n’est pas suffisante

 Le succès se trouve aussi dans :


 L’état de la technique
 De associations entre acteurs humains et ressources non humaines
que les acteurs innovateurs devront mobiliser (dans leur geste
d’invention et de promotion sociale)

121
Echapper au piège des 2 déterminismes :

 Une démarche à adopter : pour chaque innovation, chaque technique,

 Ne pas discuter abstraitement de conséquences possibles et générales

Mais ...

 suivre les médiations enchevêtrées entre humains et dispositifs techniques

 Les usages sont une entrée méthodo pour saisir les liens entre sciences et société :
description précise, analyses et compréhension nuancée des phénomènes
d’usages et d’appropriation

Pour ...

 saisir finesse, complexité de la part de détermination du phénomène technique à


partir de l’usage social

L’usage social ne se limite pas à l’usage de l’utilisateur final mais également au projet
des concepteurs et des prescripteurs : quel(s) objectif(s), quelle fonctionnalité était
escomptée ? ...

La configuration d’une innovation, d’une technique est à l’intersection du projet de


conception et de l’usage

122
Partie 3 Les médiations socio-
techniques

123
Intro & définition
 Le processus de désenfouissement de la technique c’est
 une phase de conceptualisation, la TAC (Technique
Anthropologiquement Constitutive) en 2 temps :
 Leroi-Gourhan puis Simondon, Stiegler
 Goody, Eisenstein
 ... enrichie par la critique des déterminismes et le détour par les usages

 Développement progressif d’un champ d’études et de recherches


extrêmement fécond (aires occidentale et anglophone) : les
médiations socio-techniques

 envisagent les interactions réciproques entre la technique et le


social càd observent :
 Notre utilisation quotidienne des objets et dispositifs techniques
 ET les conditions de production : conception, logique de
fonctionnement
 Et les conditions de diffusion : économique, politique, ...
 Et les conditions d’usages : appropriation, détournement,
 Et l’insertion de ces technique dans les activités humaines

124
Sociales et techniques
 Les médiations sont toujours à la fois sociales et techniques :
1. Au moment de la conception : techniques et dispositifs techniques
conçus par des humains. Portent l’empreinte de ce que les hommes
ont voulu faire, de leur représentation de ce qu’est le travail
collaboratif, l’information, la consommation, les relations sociales
2. Au moment de l’usage qui est fait est sociotechnique :
1. Il met un humain face à un objet ou u dispositif technique : cf.
relation tekhné, sujet-objet
2. les processus d’interactions sont toujours médiés : travail, vie
sociale, politique

❑ Deux temps dans médiations socio-techniques qu’il faut


envisager (un continuum) question oral

125
4 caractéristiques des recherches sur les
médiations socio-techniques
 Spécialisation et thématisation des recherches :
 informatisation de la santé, rationalisation de l’activité professionnelle)

 niveau plus souvent micro, celui des interactions situées (observation des échanges (au sens larges) en petits
collectifs dans l’environnement de travail par exemple).

 Forte dimension empirique : approches compréhensives, méthodologies inspirées par


l’ethnométhodologie ; importance du terrain = lieu principal à partir duquel des connaissances sont
produites

 Cohérence des références (auteurs cités) et le dialogue entre les chercheurs

 Fort point commun : considèrent tous que les processus d’interaction sont toujours médiés. Les
médiateurs humains utilisent toujours des dispositifs techniques (artefact et méthodes) pour eux-mêmes
et entre eux.

Place des objets techniques dans les échanges càd dans la communication question oral

126
3.1 Les Sciences & Technology Studies
Les STS : étudier les techniques ailleurs
 Sciences & Technology Studies domaine de recherche
multidisciplinaire en sciences sociales portant sur les relations entre
sciences, technologies ET société
 Développé à partir des décennies 60ies et 70ies (fondateurs, initiateurs :
Merton, Bloor, ...) aux E.U.
 Champ est toujours très actif : programmes recherches STS dans
nombreuses et prestigieuses universités US.

 Diffusion et enrichissement des travaux de recherche européens

 2 grands axes de recherches STS :


 L'étude des relations entre les innovations
scientifiques/technologiques et la société
 postulant que celles-ci sont socialement constituées
 la société est elle-même un agrégat sociotechnique ; question oral
 études des effets produits par ces innovations
 les risques qu'elles recèlent
 la redéfinition des paramètres sociaux qu'elles induisent

128
Deux zooms sur les médiation socio-
techniques

3.2. L’Actor Network Theory (ANT) : ppt


spécifique

3.3. Les Work Place Studies

129
3.3. Les Work place Studies
Plusieurs théories

La théorie de l’action située (Suchman,


1987)

La théorie de la cognition distribuée


(Hutchins, 1995)

Le Système général de l’activité


(Engeström, 1987)

131
Pour une synthèse, références biblio :

 Cicourel. A.V., Conein B. & alii, 1994, « Travail et cognition »,


Sociologie du travail, 34 (4)

 BORZEIX Anni, COCHOY Franck, 2008. « Travail et théorie de


l’activité : vers des ‘workspace studies’ ? », Sociologie du travail,
51(3) : 273-286.

132
Les points communs
▪ Le champ d’études : le travail

▪ Plus particulièrement la cognition (activité intellectuelle) dans le travail

▪ La focale portée sur « l’action située » :

▪ à la fois le niveau de l’observable (approche micro, observation des individus au travail),

▪ et « une conceptualisation de la ‘’situation’’ en relation avec la cognition et l’action. »


Theureau J. 2004, « L’hypothèse de la cognition (ou action) située et la tradition d’analyse
du travail de l’ergonomie de langue française », Activités, 1-2

▪ « Les activités [professionnelles] s’appuient largement sur les


dispositifs et autres ‘’artefacts cognitifs’’ à portée [des individus]
; autrement dit que la performance cognitive (...) ne repose pas
uniquement sur un ensemble de représentations mentales, mais
mobilise au contraire un large répertoire d’appuis matériels
distribués dans l’environnement de travail. » Theureau ibid.

133
L’action située – Lucy Suchman
Champ de recherche, L Suchman

 les interactions entre homme et la machine

 approche empirique : exclusivement sur acteurs en


situation (en train de faire).

 Contribution est centrale et elle demeure très fortement


citée dans de nombreuses recherches dans des champs
divers :
 SIC, socio
 anthropologie cognitive,
 ethnométhodologie de l’action,
 Interface Hommes-machines (IHM),

 Plans and situated actions 1987

135
Qu’est-ce que la théorie de l’action
située de L Suchman
 Actions situées : des actions « saisies depuis le contexte de circonstances
particulières » (Suchman,1987) question oral.

 Interaction :
 « ... nom donné à la coproduction continue et contingente d’un monde
sociomatériel partagé » (Suchman, 2002, p. 17) question oral.
 L’interaction n’est plus limitée aux échanges interpersonnels mais élargie à
l’ensemble des éléments matériels (technologies artefact et technologies
méthodes).

 Le traitement de l’action et de l’interaction est centré sur l’analyse des opérations


qui permettent de mettre en lien des actions à ces contextes (Relieu, 2014).

 Les éléments contextuels sont constitutifs de toute activité, c-à-d qu’ils ne sont pas
un simple « décor » mais prennent une place centrale dans la situation de
coprésence et participent à l’action. ) question oral.

 La compréhension du lien entre l’action et ses circonstances est dynamique


(observation d’un processus dans le temps càd dans le cours d’action) et basée
sur une relation de codétermination (Relieu, 2014). ) question oral.

136

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