Méthodes Numériques en Analyse
Analyse Numérique
PRE-REQUIS ................................................................................................................................ 3
Ces notes de cours sont destinées aux étudiants de l’AP2. Elles ont été rédigées, conformément au
programme accrédité, dans le but d’aider les étudiants à consolider leurs acquis mathématiques et à
maitriser les nouvelles notions introduites dans ce cours. Les démonstrations de certains résultats de ce
polycopié, ainsi que plusieurs exemples et exercices seront données au tableau pendant les séances de
cours. Il est donc indispensable que l’étudiant assiste au cours et prend des notes, pour qu’il puisse
bien assimiler ce cours de méthodes numériques. Je serai reconnaissant à tout lecteur qui aura
l’amabilité de me signaler des erreurs que peut comporter ce manuscrit ou de me suggérer une idée
pour le parfaire.
[Link]
Pré-requis
1. Formule de Taylor, Théorème des accroissements finis, Théorème des valeurs intermédiaires
2. Les propriétés fondamentales des suites
3. Les propriétés fondamentales du calcul matriciel
Ouvrages Conseillés
I. Principe
Soit une fonction 𝑓: 𝑅 ⟶ 𝑅. On désire trouver une ou plusieurs solutions de 𝑓(𝑥) = 0. Les méthodes
analytiques pour résoudre ce type d'équations sont limitées (à des équations polynomiales et de faible
degré (<5). Par exemple on ne sait pas résoudre 𝑎𝑒 𝑥 + 𝑐𝑐𝑜𝑠(𝑥) + 𝑐𝑥 = 0 on doit employer des
méthodes numériques pour approcher les racines de ces équations. Le but de ce chapitre est de trouver
des approximations de la solution de l’équation 𝑓 (𝑥) = 0, avec une précision donnée et un nombre
d’itérations maximum prédéterminé. On procède comme suit :
On localise une racine 𝛼 de 𝑓 (𝑥) = 0 c'est-à-dire on cherche un intervalle qui contient une seule
racine de 𝑓 (𝑥) = 0. Il n y a pas de méthode générale pour la séparation des racines. Pour chaque
équation on détermine l'intervalle par des considérations sur le problème (considérations physique,
conditions initiales…) ou sur la fonction 𝑓 (étude de graphe de 𝑓 , théorème des valeurs
intermédiaires…).
On applique une méthode numérique c'est-à-dire on calcule les termes d’une suite (𝑥𝑛 )𝑛 telle que
lim 𝑥𝑛 = 𝛼. On arrête le calcul des termes 𝑥𝑛 pour avoir une précision 𝜀 (i.e |𝑥𝑛 − 𝛼 | < 𝜀). La
𝑛→∞
qualité d’une méthode est mesurée par la vitesse de convergence (ie le nombre de terme calculé) et
la précision obtenue.
Dans la suite on suppose que 𝑓 est continue dérivable autant de fois qu'il est nécessaire sur [𝑎, 𝑏] et
qu'elle admet une seule racine sur cet intervalle.
Exemple 1
𝑓 (𝑥) = 2𝑥 4 − 8𝑥 − 3
𝑥 −∞ 1 +∞
𝑓′(𝑥) - 0 +
𝑓(𝑥) ↘ -9 ↗
𝑓 (1,5) = −0,875 < 0 , 𝑓(1,75) = 5,57 > 0 alors l’intervalle [1,5-1,75] contient une racine.
Exemple 2
𝑥 −∞ -2 -1 0 1 2 +∞
𝑓(𝑥) - - + + - + +
Soit une fonction réelle continue 𝑓: 𝑅 ⟶ 𝑅 . Supposons que l’intervalle [𝑎, 𝑏]contient une seule
solution 𝛼 de l’équation 𝑓 (𝑥) = 0. On construit une suite d’intervalles ([𝑎𝑛 , 𝑏𝑛 ])𝑛 contenant cette
𝑎+𝑏
solution telle que 𝑎𝑛 ou 𝑏𝑛 est le milieu de [𝑎𝑛−1 , 𝑏𝑛−1 ]. On procède comme suit : On calcule = 2 ,
Si 𝑓(𝑎 )𝑓(𝑐) < 0 on remplace 𝑏 par 𝑐 ( [𝑎1 , 𝑏1 ] = [𝑎, 𝑐] ) sinon on remplace 𝑎 par 𝑐 ( [𝑎1 , 𝑏1 ] =
[𝑐, 𝑏]) et on continue cette opération jusqu’à ce qu’on trouve valeur proche de la solution avec la
précision demandée.
Exemple
Soit 𝑓 (𝑥) = 2𝑥 4 − 8𝑥 − 3, supposons qu’on sait que l’intervalle [0,2] contient une seule racine 𝛼 de
𝑓 (𝑥) = 0. En utilisant cette méthode on calcule une valeur approchée 𝑥 ∗ de 𝛼 avec une précision ε .
𝑎0 +𝑏0 0+2
[𝑎0 , 𝑏0 ] = [0,2] 𝑥1 =
2
= 2
= 1, 𝑓(𝑎0 )𝑓(𝑥1 ) = 𝑓 (0)𝑓 (1) = 27 > 0 alors 𝛼 ∈ [1,2]
𝑎1+𝑏1 1+2
[𝑎1 , 𝑏1 ] = [1,2] 𝑥2 = 2
= 2
= 1,5 , 𝑓 (𝑥2 )𝑓 (𝑏1 ) = 𝑓(1,5)𝑓 (2) = −63,375 < 0 alors 𝛼 ∈
[1,5 − 2]
1,5+2
[𝑎2 , 𝑏2 ] = [1,5 − 2] 𝑥3 = = 1,75 , 𝑓(𝑎2 )𝑓 (𝑥3 ) = 𝑓 (1,5)𝑓 (1,75) = −8,569335938 < 0 alors
2
𝛼 ∈ [1,5 − 1,75] .
Alors après 7 itérations on a une approximation 𝑥7 = 1,671875 de de la racine de l’équation avec une
précision de | 𝑎6 − 𝑏6 | = |1,65625 − 1,6875| = 0,03125 .
Algorithme
Entrées :
𝜀 la précision souhaitée
Sortie :
Procédure
|𝑏−𝑎|
Tant que >ε
2
𝑎+𝑏
𝑥′ ←
2
Si 𝑓(𝑎)𝑓(𝑥 ′ ) ≤ 0 alors 𝑏 ← 𝑥′ sinon 𝑎 ← 𝑥′
Fin
Fin
Remarque
Cette condition est indépendante de 𝑓 c’est à dire la vitesse de convergence est la même pour
toute fonction 𝑓.
III. Méthode de Lagrange
Description de la méthode
L'idée est de remplacer le graphe 𝐶𝑓 de 𝑓 sur [𝑎, 𝑏] par la droite (𝐴𝐵) passant par les points 𝐴 =
𝑦−𝑓(𝑎) 𝑓(𝑏)−𝑓(𝑎) 𝑦−𝑓(𝑏) 𝑓(𝑏)−𝑓(𝑎)
(𝑎, 𝑓(𝑎 )) et 𝐵 = (𝑏, 𝑓(𝑏)). La droite (𝐴𝐵)a pour équation 𝑥−𝑎
= 𝑏−𝑎
(ou 𝑥−𝑏
= 𝑏−𝑎
).
𝑏−𝑎
L'équation 𝑓(𝑥) = 0 est remplacée par une équation de premier degré 𝑥1 = 𝑎 − 𝑓 (𝑎). 𝑓(𝑏)−𝑓(𝑎) (ou
𝑏−𝑎
𝑥1 = 𝑏 − 𝑓 (𝑏). 𝑓(𝑏)−𝑓(𝑎) ).
On remplace le graphe par la droite passant par 𝐴 = (𝑎, 𝑓(𝑎))et 𝐴′ = (𝑥1 , 𝑓(𝑥1 )). Il s’ensuit que
𝑥 −𝑎
L'équation 𝑓(𝑥) = 0 sera remplacée par l’équation 𝑥2 = 𝑥1 − 𝑓( 𝑥1 ). 𝑓( 𝑥 1)−𝑓(𝑎). On continue et on
1
𝑥𝑛−𝑎
obtient la suite récurrente suivante : 𝑥𝑛+1 = 𝑥𝑛 − 𝑓(𝑥𝑛 ). 𝑓(𝑥 .
𝑛 )−𝑓(𝑎)
Si 𝑓(𝑥1 )𝑓 (𝑏) < 0 la solution se trouve dans l'intervalle [𝑥1 , 𝑏] et on recommence la procédure dans
cet intervalle (on remplace 𝑎 par 𝑥1 ) ce qui donne la formule de récurrence 𝑥𝑛+1 = 𝑥𝑛 −
𝑥𝑛−𝑏
𝑓 (𝑥𝑛 ). )−𝑓(𝑏)
.
𝑓(𝑥𝑛
Remarque
Sous de bonnes hypothèses (par exemple, si f est croissante convexe), on prouve que la suite (𝑥𝑛 )𝑛
converge vers une solution de 𝑓(𝑥) = 0 dans l'intervalle [a,b].
Cette méthode est mise en défaut si par exemple le réel 𝑥1 est de l'autre côté de la racine.
La convergence
Exemple
𝑓 (𝑥) = 𝑥 3 − 3𝑥 + 1, 𝑥𝜖[1,2]
Avec 𝑥0 = 1,5 et après 100 itérations on obtient une valeur approximative d’une racine de 𝑓(𝑥) = 0 :
𝑥100 = 1.532088886.
On suppose que 𝑓 est dérivable. L'idée consiste à remplacer la courbe de la fonction 𝑓 sur [𝑎, 𝑏] par la
tangente au point 𝐴 = (𝑎, 𝑓 (𝑎)) ou 𝐵 = (𝑏, 𝑓(𝑏)) et on determine l'intersection de celle-ci avec l'axe
des abscisses. Si par exemple le point de départ est 𝐵, l'équation de la tangente est donnée par
𝑦−𝑓(𝑏) 𝑓(𝑏)
𝑥−𝑏
= 𝑓′(𝑏). 𝑋(𝑥1 , 0) est l'intersection de la tangente avec l'axe des 𝑥 alors 𝑥1 = 𝑏 − 𝑓′ (𝑏) = 𝑥0 −
𝑓(𝑥0)
𝑓 ′ (𝑥0)
. On recommence la procédure sur le point 𝑥1 : 𝑋(𝑥2 , 0) est l'intersection de la tangente au point
Exemple
𝑛 0 1 2 3 ⋯
𝑥𝑛 0 -2 -1.2 -1.012 ⋯
La convergence
Remarque
La méthode dite de la sécante (ou méthode de Newton modifiée) peut être considéré comme une
approximation de la méthode de Newton. L’idée est de remplacer 𝑓′(𝑥𝑛 ) dans la méthode de Newton
𝑓(𝑥𝑛)−𝑓(𝑥𝑛−1 )
par 𝑥𝑛−𝑥𝑛−1
.
Exemple
Afin de construire une suite (𝑥𝑛 )𝑛 ⊂ [𝑎, 𝑏], qui converge vers la solution de 𝑓(𝑥) = 0, on procède
comme suit :
Si la suite (𝑥𝑛 )𝑛 converge, sa limite 𝑙 vérifie 𝑔(𝑙 ) = 𝑙 c’est-à-dire 𝑓 (𝑙 ) = 0. Le théorème suivant nous
fournit les conditions nécessaires de la convergence de cette suite ainsi que l’unicité de solution de
l’équation étudiée.
Dans les méthodes à approximation successive on construit une suite (𝑥𝑛 )𝑛 tel que
𝑥0 ∈ [𝑎, 𝑏]
{
𝑥𝑛+1 = 𝑔(𝑥𝑛 )
On cherche comment choisir 𝑔 pour que la suite converge vers la solution de l’équation 𝑥 = 𝑔(𝑥).
Théorème
alors pour tous 𝑥0 ∈ [𝑎, 𝑏] la suite récurrente définie par 𝑥𝑛+1 = 𝑔(𝑥𝑛 ) converge vers l'unique
solution de 𝑥 = 𝑔(𝑥).
Preuve
≤ |𝑥1 − 𝑥0 |𝑘 𝑛 (𝑘 𝑝−1 + ⋯ + 1)
1 − 𝑘𝑝
≤ |𝑥1 − 𝑥0 |𝑘 𝑛
1−𝑘
1
≤ |𝑥1 − 𝑥0 |𝑘 𝑛 → 0
1 − 𝑘 𝑛⟶+∞
D’où (𝑥𝑛 )𝑛 est une suite de Cauchy donc(𝑥𝑛 )𝑛 converge vers une limite 𝑙.
Montrons que l'équation 𝑔(𝑥) = 𝑥 admet au plus une solution. Si 𝑙1 et 𝑙2 sont deux solutions dans
[𝑎, 𝑏] alors 𝑔(𝑙2 ) = 𝑙2 et 𝑔(𝑙1 ) = 𝑙1 . D'après ii) on a |𝑔(𝑙1 ) − 𝑔(𝑙2 )| = |𝑙1 − 𝑙2 | ≤ 𝑘 |𝑙1 − 𝑙2 | d’où
𝑙1 = 𝑙2 .
Autre méthode
On montre par récurrence que |𝑥𝑛+1 − 𝑙 | ≤ 𝑘 𝑛+1 |𝑥0 − 𝑙 | et puisque lim 𝑘 𝑛 = 0 (car 𝑘 < 1 ) on
𝑛→∞
déduit le résultat lim 𝑥𝑛 = 𝑙.
𝑛→∞
Si 𝑔 est dérivable et si vérifie max |𝑔′(𝑥)| = 𝑘 < 1 alors 𝑔 est une application contractante dans
𝑥∈[𝑎,𝑏]
l'intervalle [𝑎, 𝑏].
Preuve
Corollaire 2
Si |𝑔′(𝑙)| < 1 alors il existe un intervalle [𝑎, 𝑏] contenant 𝑙 par lequel la suite (𝑥𝑛 )𝑛 définie
par
𝑥 ∈ [𝑎, 𝑏]
{ 0 converge vers 𝑙.
𝑥𝑛+1 = 𝑔(𝑥𝑛 )
Si |𝑔′(𝑙)| > 1 alors ∀𝑥0 ≠ 𝑙 la suite (𝑥𝑛 )𝑛 définie par
𝑥 ∈ [𝑎, 𝑏]
{ 0 ne converge pas vers 𝑙.
𝑥𝑛+1 = 𝑔(𝑥𝑛 )
Si |𝑔′(𝑙)| = 1 on ne peut pas conclure sur la convergence.
Preuve
Remarque
Il y a plusieurs façons pour choisir 𝑔 à partir de 𝑓. Par exemple pour 𝑓 (𝑥) = 𝑥 3 − 𝑒 𝑥 + 1 , on peut
1
prendre 𝑔(𝑥) = 𝑥 3 − 𝑒 𝑥 + 𝑥 + 1 ou 𝑔(𝑥) = (𝑒 𝑥 − 1)3 ou 𝑔(𝑥) = log(𝑥 3 + 1) , 𝑥 3 + 1 > 0.
Il est donc important de choisir le procédé itératif de telle manière que la suite obtenue soit
convergente et qu’en plus la convergence soit la « meilleure possible ».
Afin de comparer ces différentes méthodes nous allons introduire la notion d’ordre de convergence.
L’ordre de convergence indique la vitesse de convergence de la suite. Plus l’ordre est élevé plus la
convergence est rapide. C’est-à-dire on veut savoir, si la suite 𝑥𝑛+1 = 𝑔(𝑥𝑛 ) converge, comment
diminue la valeur |𝑥𝑛 − 𝑙 | au cours des itérations.
Définition
|𝑥𝑛+1−𝑙|
Une méthode définie par 𝑥𝑛+1 = 𝑔(𝑥𝑛 ) est dite d'ordre 𝑝 si |𝑥𝑛−𝑙|𝑝
tend vers une limite finie non
nulle.
Théorème
Si cette suite converge vers 𝑙 et si 𝑔 est suffisamment différentiel au voisinage de 𝑙 tel que
Preuve
(𝑥𝑛−𝑙)𝑘
𝑥𝑛+1 − 𝑙 = 𝑔(𝑥𝑛 ) − 𝑔(𝑙 ) = ∑𝑟𝑘=1 𝑔(𝑘) (𝑙 ) + (𝑥𝑛 − 𝑙)𝑟 𝑜(𝑥𝑛 − 𝑙) donc
𝑘!
𝑔 (𝑟) (𝑙)
𝑥𝑛+1 − 𝑙 = (𝑥𝑛 − 𝑙 )𝑟 + (𝑥𝑛 − 𝑙 )𝑟 𝑜(𝑥𝑛 − 𝑙)
𝑟!
Définition
Soient deux suites (𝑥𝑛 )𝑛 et (𝑦𝑛 )𝑛 qui convergent respectivement vers 𝑥 et 𝑦 . On dit que (𝑥𝑛 )𝑛
𝑥 −𝑥
converge rapidement que (𝑦𝑛 )𝑛 si et seulement si lim 𝑦𝑛−𝑦 = 0.
𝑛→∞ 𝑛
Remarque
Si (𝑥𝑛 )𝑛 est d'ordre 𝑟 et (𝑦𝑛 )𝑛 est d'ordre 𝑝 < 𝑟 alors(𝑥𝑛 )𝑛 converge rapidement que (𝑦𝑛 )𝑛 .
Dans les méthodes itératives, il faut décider d'arrêter l'algorithme après un certain nombre d'itérations.
On ne connait pas à l'avance la position de la solution, donc pour déterminer une précision donnée de
la solution, on utilise en général les termes de la suite obtenue itérativement.
Exercice 2
Le but de ce problème est de résoudre dans 𝑅 ∗+ , l’équation (1): 𝑥 = −ln(𝑥) avec une bonne
précision.
1) En traçant les graphes de −ln(𝑥) et de 𝑥, montrer que l’équation (1) a une solution et une
seule que l’on peut localiser entre 0 et 1. Cette solution sera noté 𝛼.
n 𝑥𝑛
0 2,5
1 0,082084998
2 0,921193655
3 0,39804363
⋮ ⋮
13 .
Introduction
Un système linéaire de 𝑚 équations et 𝑛 inconnues est la donnée de 𝑚 équations linéaires à 𝑛
inconnues 𝑥1 , 𝑥2 , … , 𝑥𝑛 ∈ 𝑅 de la forme suivante :
𝑎11 𝑥1 + 𝑎12 𝑥2 + ⋯ + 𝑎1𝑛 𝑥𝑛 = 𝑏1
𝑎21 𝑥1 + 𝑎22 𝑥2 + ⋯ + 𝑎2𝑛 𝑥𝑛 = 𝑏2
{ (𝑥1 , 𝑥2 , . . , 𝑥𝑛 ) ∈ 𝑅𝑛
…
𝑎𝑚1 𝑥1 + 𝑎𝑚2 𝑥2 + ⋯ + 𝑎𝑚𝑛 𝑥𝑛 = 𝑏𝑚
Où les 𝑎𝑖𝑗 ∈ 𝑅 et les 𝑏𝑖 ∈ 𝑅 sont connues. Une solution de ce système est tout 𝑛-uplet (𝑥1 , 𝑥2 , . . , 𝑥𝑛 ) ∈
𝑅𝑛 qui satisfait les 𝑚 équations. Deux systèmes linéaires sont dits équivalents s’ils possèdent le même
ensemble de solutions.
Si 𝑚 < 𝑛 : il y a moins d’équations que d’inconnues. Le système est sous-déterminé. L’ensemble des
solutions est un sous espace affine.
On se restreint alors au cas où A est inversible. Il existe plusieurs méthodes pour résoudre ces systèmes
: les méthodes directes et les méthodes itératives.
I- Méthodes directes
Les méthodes que nous allons étudier sont basées sur la remarque évidente suivante : si la matrice
inversible A est triangulaire supérieure (ou triangulaire inférieure), la résolution numérique d’un
système linéaire 𝐴𝑋 = 𝑏 est immédiate : il s’écrit en effet
𝑎11 𝑥1 + 𝑎12 𝑥2 + ⋯ + 𝑎1𝑛 𝑥𝑛 = 𝑏1
… ⋮
{ 𝑎𝑛−1,𝑛−1 𝑥𝑛−1 + 𝑎𝑛−1,𝑛 𝑥𝑛 = 𝑏𝑛−1
𝑎𝑛𝑛 𝑥𝑛 = 𝑏𝑛
Et puisque 𝑎11 𝑎22 … 𝑎𝑛𝑛 = det(𝐴) ≠ 0 , on résout le systéme en calculant 𝑥𝑛 de la dernière équation,
puis 𝑥𝑛−1 de l’avant dernière, etc. Ce qui donne
−1
𝑥𝑛 = 𝑎𝑛𝑛 𝑏𝑛
−1
𝑥𝑛−1 = 𝑎𝑛−1,𝑛−1 (𝑏𝑛−1 − 𝑎𝑛−1,𝑛 𝑥𝑛 )
⋮
−1
𝑥1 = 𝑎11 (𝑏1 − (𝑎12 𝑥2 + ⋯ + 𝑎1𝑛 𝑥𝑛 )).
Les méthodes directes consistent pour la plupart à décomposer la matrice 𝐴 en un produit d’une
matrice triangulaire par une autre matrice.
A. Méthode de Gauss
Proposition
Si on effectue une opération élémentaire sur un système linéaire d’équations on obtient un système
équivalent.
On choisit l’un des coefficients non nuls de la première colonne de 𝐴 qu’on appelle le premier pivot
d’élimination.
On échange la ligne du pivot avec la première ligne (ce qui est équivaut à multiplier la matrice par une
matrice de permutation).
Par des combinaisons linéaires appropriées de la première ligne et des autres lignes de la matrice, on
annule tous les éléments de la première colonne de la matrice 𝑃𝐴 situé sous la diagonale.
Exemple
𝐿1 : − 𝑥1 + 𝑥2 + 2𝑥3 = 2
{ 𝐿2 ∶ 3𝑥1 − 𝑥2 + 𝑥3 = 6
𝐿3 ∶ −𝑥1 + 3𝑥2 + 4𝑥3 = 4
𝐿1 : − 𝑥1 + 𝑥2 + 2𝑥3 = 2
{𝐿′2 ∶ 2𝑥2 + 7𝑥3 = 12
𝐿′3 ∶ 2𝑥2 + 2𝑥3 = 2
𝐿1 : − 𝑥1 + 𝑥2 + 2𝑥3 = 2
{ 𝐿′2 ∶ 2𝑥2 + 7𝑥3 = 12
𝐿′′3 ∶ −5𝑥3 = −10
Etape 3 :
On tire la valeur de 𝑥3 = 2 et on remplace cette dernière dans la 2éme équation pour obtenir 𝑥2 =
−1, puis on remplace les valeurs de 𝑥2 et 𝑥3 dans la 1ére équation pour obtenir 𝑥1 = 1. On a une
solution unique à savoir (1,-1,2). L’ensemble des solutions est alors 𝑆 = {(1, −1,2)}.
𝑖 𝑗
1
⋱
1
𝑖 0 1
1
𝑃(𝑖, 𝑗) = ⋱
1
𝑗 1 0
1
⋱
( 1)
Corollaire
Pour a ∈ R et k ≠ i, le remplacement d’une ligne Lk par la ligne Lk + aLi est équivalent à multiplier
le système AX = b par Ek .
𝑖 𝑘
1
⋱
1
𝑖 1
1
Ek = ⋱
1
𝑘 𝑎 1
1
⋱
( 1)
𝐵𝑘 = 𝐸𝑘 𝑃𝑘 … 𝐸2 𝑃2 𝐸1 𝑃1 𝐴, 𝐵0 = 𝐴
1
⋱ ⋮
1
1
𝐸𝑘 = (𝐵𝑘−1 )𝑘+1,𝑘 , 𝑘 = 1, … , 𝑛.
− (𝐵𝑘−1)𝑘,𝑘
1
⋮ ⋱
(𝐵𝑘−1)𝑛,𝑘
− (𝐵 1
( 𝑘−1 )𝑘,𝑘 )
Lemme
Exemple
3
1 0 −
10
𝐸3 = 7
0 1
5
(0 0 1 )
−1 0 0 −1
𝐸3 𝑃3 𝐸2 𝑃2 𝐸1 𝑃1 𝐴 = ( 0 2 0 ) et 𝐸3 𝑃3 𝐸2 𝑃2 𝐸1 𝑃1 𝑏 = ( −2 )
0 0 −5 −10
Enfin le système devient
−1 0 0 𝑥1 −1
(0 2 0 ) (𝑥2 ) = ( −2 )
0 0 −5 𝑥3 −10
C. La factorisation LU
La méthode LU consiste à factoriser la matrice A en deux matrices triangulaires L et U.
Théorème
Soit 𝐴 ∈ 𝑀𝑛 (𝑅).
𝑎11 ⋯ 𝑎1𝑘
Si les sous matrices diagonales 𝐴𝑘 = ( ⋮ ⋱ ⋮ ),𝑘 = 1, … , 𝑛 soient inversibles alors il existe
𝑎𝑘1 ⋯ 𝑎𝑘𝑘
un unique couple (𝐿, 𝑈) tel que 𝐴 = 𝐿𝑈 avec 𝐿 une matrice triangulaire inférieure (Lower en anglais)
et 𝑈 une matrice triangulaire supérieure (Upper en anglais).
Preuve
L’existence
Puisque 𝑎11 ≠ 0, (en effet (𝑎11 ) est inversible ), on peut choisir dans la méthode de Gauss 𝑃1 = 𝐼.
Au cours de l’élimination de Gauss on a pas fait de permutation pour changer le pivot jusqu’au 𝑘 − 1,
c'est-à-dire 𝑃1 = 𝑃2 = ⋯ = 𝑃𝑘−1 = 𝐼
L’unicité
𝑎𝑖,𝑖+1 −∑𝑖−1
𝑘=1 𝑏𝑖𝑘 𝑏𝑖+1,𝑘
Pour 𝑗 = 𝑖 + 1, 𝑎𝑖,𝑖+1 = 𝑏𝑖1 𝑏𝑖+1 + ⋯ 𝑏𝑖𝑖 𝑏𝑖𝑖+1 d’où 𝑏𝑖+1,𝑖 = 𝑏𝑖𝑖
⋮
𝑎𝑖𝑛−∑𝑖−1
𝑘=1 𝑏𝑖𝑘𝑏𝑛𝑘
Pour 𝑗 = 𝑛, 𝑎𝑖𝑛 = 𝑏𝑖1 𝑏𝑛1 + ⋯ 𝑏𝑖𝑖 𝑏𝑛𝑖 d’où 𝑏𝑛𝑖 = 𝑏𝑖𝑖
Résoudre les deux systèmes à matrices triangulaires : 𝐵𝑡 𝑋 = 𝑌, 𝐵𝑌 = 𝑏.
Exemple
Factorisons par la méthode Cholesky
2
𝑏22 = √𝑎22 − 𝑏21 = √4 − 1 = √3
3
𝑎23 − 𝑏21 𝑏31 2 − 1. 2 1
𝑏32 = = =
𝑏22 √3 2√3
2 2 ) √ 3 2 1 2 5
𝑏33 = √𝑎33 − (𝑏31 + 𝑏32 = 4 − ((2) + (2√3) ) = √3 d’où
2 0 0
1 √3 0
𝐵=
3 1 5
√
(2 2√3 3)
E. Factorisation QR
On rappelle qu’une matrice réelle carrée 𝑀 est dite orthogonale si 𝑀−1 = 𝑀𝑡 .
Théorème (Décomposition QR)
Soit 𝐴 ∈ 𝑀𝑛 (𝐾) une matrice inversible. Il existe un unique couple (𝑄, 𝑅) tel que 𝑄 est orthogonale et
𝑅 est une matrice triangulaire dont tous les éléments diagonaux sont >0 telle que = 𝑄𝑅 .
Remarque
𝑄𝑌 = 𝑏
Résoudre 𝐴𝑋 = 𝑏 est alors équivalent à résoudre le système {
𝑅𝑋 = 𝑦
Sachant que 𝑄𝑌 = 𝑏 s’inverse facilement en donnant car 𝑄 = 𝑄𝑡 et donc 𝑌 = 𝑄𝑡 𝑏.
−1
Démonstration
Idée : La preuve s’inspire du procédé d’orthogonalisation de Gram-Schmidt.
Preuve
L’existence de la décomposition
La preuve s’inspire du procédé d’orthogonalisation de Gram-Schmidt. On pose 𝐴 = (𝑎1 , … , 𝑎𝑛 ) avec
les 𝑎𝑖 sont les vecteurs colonnes de 𝐴.
𝐴 est inversible alors le système (𝑎1 , … , 𝑎𝑛 ) est une base de 𝑅𝑛 . On applique sur ce système le
procédé d’orthonormalisation de Gram-Schmidt qui produit une base orthonormée (𝑞1 , … , 𝑞𝑛 ) définie
par
𝑎𝑖 − ∑𝑖−1
𝑘=1 < 𝑞𝑘 , 𝑎𝑖 > 𝑞𝑘
𝑞𝑖 =
‖𝑎𝑖 − ∑𝑖−1
𝑘=1 < 𝑞𝑘 , 𝑎𝑖 > 𝑞𝑘 ‖
𝑖
On remarque que les 𝑎𝑖 s’écrit 𝑎𝑖 = ∑𝑘=1 𝑟𝑘𝑖 𝑞𝑘 avec 𝑟𝑘𝑖 > 0.
On définit la matrice 𝑅 par la matrice triangulaire 𝑅 = (𝑟𝑘𝑖 ) et la matrice 𝑄 par (𝑞1 , … , 𝑞𝑛 ) qui est
donc orthogonale avec 𝐴 = 𝑄𝑅
L’unicité de la décomposition
Soit 𝐴 = 𝑄1 𝑅1 = 𝑄2 𝑅2 deux factorisations de 𝐴 alors 𝑄2 𝑡 𝑄1 = 𝑅2 𝑅1 −1
𝑇 = 𝑅2 𝑅1 −1 est triangulaire supérieure et inversible.
𝑇𝑇 𝑡 = 𝑄2𝑡 𝑄1 𝑄1𝑡 𝑄2 = 𝐼 c'est-à-dire 𝐼 = 𝑇𝑇 𝑡 donc 𝑇 est la factorisation unique de Cholesky d’où 𝑇 = 𝐼
donc finalement 𝑅1 = 𝑅2 et 𝑄1 = 𝑄2
Exemple
Soit la matrice inversible
1 1 −1
𝐴 = (0 1 1 )
1 1 0
Exemples
Les trois normes suivantes sont les plus couramment utilisées en pratique (étant donnée le vecteur 𝑣 =
(𝑣1 , … , 𝑣𝑛 )𝜖𝑅𝑛 ) :
1) ‖𝑣‖1 = ∑𝑖|𝑣𝑖 |
2) ‖𝑣‖2 = (∑𝑖|𝑣𝑖 |2 )1/2 =< 𝑣, 𝑣 >1/2
3) ‖𝑣‖∞ = max|𝑣𝑖 |
𝑖
Norme matricielle
On appelle une norme matricielle une application ‖| |‖: 𝑀𝑛 (𝑅) → 𝑅+ , ,𝐴 → ‖|𝐴|‖ telles que
𝑖) ‖|𝐴|‖ ⇔ 𝐴 = 0
Remarque (admise)
Si ‖| |‖ est une norme matricielle sur 𝑅𝑛 , on peut lui associer une norme matricielle subordonnée
par :
‖𝐴𝑣‖ ‖𝐴𝑣‖
‖|𝐴|‖ = sup = sup = sup ‖𝐴𝑣‖
𝑣∈𝑅 𝑛 ‖𝑣‖ ‖𝑣‖≤1 ‖𝑣‖ ‖𝑣‖=1
𝑣≠0
‖𝐴𝑣‖2
2) ‖|𝐴|‖2 = sup ‖𝑣‖2
=√𝜌(𝐴𝑡 𝐴)
𝑣∈𝑅 𝑛
‖𝐴𝑣‖∞
3) ‖|𝐴|‖∞ = sup ‖𝑣‖∞
= max(∑𝑗 |𝑎𝑖𝑗 |)
𝑣∈𝑅 𝑛 𝑖
Exemple
1 3 0
𝐴 = (2 2 −1) , ‖|𝐴|‖1 = max(8,6,4) = 8, ‖|𝐴|‖∞ = max(4,5,9) = 9.
5 1 3
Définition
La convergence d’une suite de matrices équivaut à la convergence des suites de scalaires formées des
éléments des matrices. lim ((𝑎𝑖𝑗 )𝑖𝑗 ) = ( lim (𝑎𝑖𝑗 )𝑛 ) .
𝑛→∞ 𝑛 𝑛→∞ 𝑖𝑗
Dire qu’une méthode est convergente revient à dire que lim 𝑒𝑘 = 0 pour tout vecteur 𝑒0 = 𝑋0 − 𝑋
𝑘→∞
avec 𝑒𝑘 = 𝑋𝑘 − 𝑋.
Méthode de Jacobi 𝑀 = 𝐷, 𝑁 = 𝐿 + 𝑈
Méthode de Gauss-Seidel 𝑀 = 𝐷 − 𝐿, 𝑁 = 𝑈.
III. Etude de la convergence des méthodes itératives
La proposition suivante nous fournit une condition nécessaire et suffisante pour qu’une méthode
itérative, de résolution du système de type 𝐴𝑋 = b , soit convergente.
Proposition
Preuve
Théorème
Soit 𝐵 ∈ 𝑀𝑛 (𝑅) une matrice carrée. Les assertions suivantes sont équivalentes
i) lim 𝐵𝑘 = 0.
𝑘→+∞
ii) lim 𝐵𝑘 𝑉 = 0 pour tout vecteur 𝑉 ∈ 𝑅𝑛 .
𝑘→+∞
iii) 𝜌(𝐵) < 1.
iv) Il existe au moins une norme matricielle subordonnée telle que ‖𝐵‖ < 1
Preuve
𝑖) ⇒ 𝑖𝑖)
On a ‖𝐵𝑘 𝑣‖ ≤ ‖𝐵𝑘 ‖‖𝑣‖ alors lim 𝐵𝑘 = 0 implique que lim 𝐵𝑘 𝑉 = 0 pour tout 𝑉 ∈ 𝑅𝑛 .(la
𝑘→+∞ 𝑘→+∞
continuité de la norme)
𝑖𝑖) ⇒ 𝑖𝑖𝑖)
Par contraposé, si 𝜌(𝐵) ≥ 1 il existe un vecteur 𝑉 et une valeur propre 𝛼 tel que 𝐵𝑉 = 𝛼𝑉 et |𝛼 | ≥ 1
alors la suite 𝐵𝑘 𝑉 ne saurait converger vers 0 (puisque 𝐵𝑘 𝑉 = 𝛼 𝑘 𝑉).
𝑖𝑖𝑖) ⇒ 𝑖𝑣) Voir pages 19 et 20 , Introduction à l’analyse numérique matricielle et à l’optimisation P.G.
Ciarlet.
𝑖𝑣) ⇒ 𝑖) on a ‖𝐵𝑘 ‖ ≤ ‖𝐵‖𝑘 et puisque lim ‖𝐵‖𝑘 = 0 ( car ‖𝐵‖ < 1) , lim ‖𝐵𝑘 ‖ = 0 d’où le
𝑘→∞ 𝑘→+∞
résultat.
Exemple
2 1 1
Soit la matrice 𝐴 = (1 2 1) ,
1 1 2
2 0 −1 −1
𝐴 = 𝐷 − (𝐿 + 𝑈) = ( 2 ) − (−1 0 1)
2 −1 −1 0
V. La méthode de Gauss-Seidel
Le schéma itératif est comme suit : (𝐷 − 𝐿)𝑋𝑘+1 = 𝑈𝑋𝑘 + 𝑏 en supposant que 𝐷 − 𝐿 est inversible.
Remarque
Exemple
2 1 1 2 0 0 0 −1 −1 2 0 0 −1 0 −1 −1
𝐴 = (1 2 1) = (1 2 0) − (0 0 −1) alors 𝐿1 = (1 2 0) (0 0 −1)
1 1 2 1 1 2 0 0 0 1 1 2 0 0 0
1 −1 −1
0 0 0
2 0 −1 −1 2 2
−1 1 1 −1
= 4 2
0 (0 0 −1) = 0 4 4
−1 −1 1 0 0 0 1 3
0
(8 4 2) ( 8 8 )
5 √7 5 √7 √2
Donc 𝑠𝑝(𝐿1 ) = {0, 16 + 𝑖 16 , 16 − 𝑖 16 } et 𝜌(𝐿1 ) = 2
< 1 d’où la méthode de Gauss-Seidel converge.
𝐷 −1 (1−𝛼)𝐷
La matrice d’itération : 𝐿𝛼 = 𝑀 −1 𝑁 = ( 𝛼 − 𝐿) (
𝛼
+ 𝑈)
Remarque
Exemple
III- Exercices
Soit 𝐴 une matrice réelle d’ordre 𝑛 telle que 𝑎𝑖𝑖 ≠ 0 pour tout 𝑖. Pour résoudre le système 𝐴𝑥 = 𝑏, on
construit une suite de vecteurs (𝑥 (𝑘) )𝑘 de la façon suivante :
I- Introduction
Supposons que 𝑓 est une fonction « difficilement calculable » telle qu’on ne puisse pas déterminer sa
primitive ou sa dérivée. Si nous désirons calculer l’intégrale de 𝑓 sur [𝑎, 𝑏], ou la valeur de la dérivée
de 𝑓 en un point 𝑥 de [𝑎, 𝑏], il est évidement intéressant de pouvoir remplacer 𝑓 par une fonction 𝑔
𝑏
telle que ∫𝑎 𝑔(𝑥)𝑑𝑥 ou 𝑔′(𝑥) soient facilement calculables et constituent de bonnes approximations de
𝑏
∫𝑎 𝑓 (𝑥)𝑑𝑥 ou 𝑓′(𝑥).
On dit que 𝑔 est une une approximation de 𝑓 si la distance entre 𝑓 et 𝑔 est minimal.
On dit que 𝑔 (fonction de type préalablement choisi) est une interpolation de 𝑓 aux points
𝑥1 , 𝑥2 , … 𝑥𝑛 si 𝑓(𝑥𝑖 ) = 𝑔(𝑥𝑖 ), ∀𝑖 = 1, … , 𝑛 .
𝐶𝑔
Remarque
L’approximation de 𝑓 par un polynôme est dite approximation polynomiale, est la plus fréquente car
les polynômes sont très aisément dérivables, intégrable et constituent un espace vectoriel.
Théorème et définition
Pour toute fonction 𝑓: [𝑎, 𝑏] → 𝑅 et 𝑥0 , 𝑥1 , … 𝑥𝑛 des points distincts de [𝑎, 𝑏], il existe un unique
polynôme 𝑝𝑛 ∈ 𝑅𝑛 [𝑥] telle que 𝑝𝑛 (𝑥𝑖 ) = 𝑓(𝑥𝑖 ), ∀𝑖 = 0,1, … 𝑛. 𝑝𝑛 est dite le polynôme d’interpolation
de 𝑓 aux 𝑥0 , 𝑥1 , … 𝑥𝑛 .
Preuve
i) L’existence
ii) L’unicité
𝑓(𝑥0 ) 1 𝑥0 … 𝑥0𝑛 𝑎0
( ) ( )
𝑝𝑛 𝑥𝑖 = 𝑓 𝑥𝑖 , ∀𝑖 = 0,1, … 𝑛 ⇔ ( ⋮ ) = ( ⋮ ⋱ ⋮ )( ⋮ )
𝑓(𝑥𝑛 ) 1 𝑥𝑛 … 𝑥𝑛𝑛 𝑎𝑛
1 𝑥0 … 𝑥0𝑛
(⋮ ⋱ ⋮ ) est inversible (matrice de Vandermonde) donc la solution du système est unique.
1 𝑥𝑛 … 𝑥𝑛𝑛
A. Interpolation de Lagrange
Lemme
𝑥−𝑥𝑗
Soient 𝑥0 , 𝑥1 , … 𝑥𝑛 des points distincts de [𝑎, 𝑏] ⊂ 𝑅 et 𝑙𝑖 (𝑥) = ∏𝑗≠𝑖 𝑥 −𝑥 , 0 ≤ 𝑖 ≤ 𝑛, on a
𝑖 𝑗
0 𝑠𝑖 𝑗 ≠ 𝑖
i) 𝑙𝑖 (𝑥𝑗 ) = {
1 𝑠𝑖 𝑗 = 𝑖
ii) {𝑙0 (𝑥), … 𝑙𝑛 (𝑥)} est une base de 𝑅𝑛 [𝑥].
Preuve
𝑥𝑖 −𝑥𝑗 𝑥𝑘−𝑥𝑗 𝑥𝑘−𝑥𝑗
i) 𝑙𝑖 (𝑥𝑖 ) = ∏𝑗≠𝑖 𝑥 −𝑥 = 1 et 𝑙𝑖 (𝑥𝑘 ) = ∏𝑗≠𝑖 𝑥 −𝑥 = (𝑥𝑘 − 𝑥𝑘 ) ∏ 𝑗≠𝑖 𝑥𝑖−𝑥𝑗
= 0.
𝑖 𝑗 𝑖 𝑗
𝑗≠𝑘
ii) Puisque 𝑅𝑛 [𝑥] est de dimension 𝑛, il suffit de montrer que ( 𝑙𝑖 )𝑖=0,1,…𝑛 est libre.
Définition
Le polynôme 𝑃𝑛 (𝑥) = ∑𝑛𝑖=0 𝑓(𝑥𝑖 )𝑙𝑖 (𝑥) est dite le polynôme d’interpolation de Lagrange de 𝑓 aux
points 𝑥0 , 𝑥1 , … 𝑥𝑛 .
Exemple 1
Donner le polynôme d’interpolation d’une fonction 𝑓: 𝑅 → 𝑅 tel que 𝑓 (−1) = 1, 𝑓 (0) = −1, et
𝑓 (1) = 3.
Remarque 1
L’interpolation d’une fonction par un polynôme n’est pas précise en général si le nombre de points 𝑥𝑖
de [𝑎, 𝑏]est plus grand.
Remarque 2
Cette méthode de calcul de polynôme d’interpolation d’une fonction a un défaut majeur : si l’on
décide d’ajouter un point d’interpolation, il faut recalculer toute la base ( 𝑙𝑖 )𝑖=0,1,…𝑛 , on envisage donc
une autre approche permettant d’ajouter des points facilement.
Exemple 2
Donner le polynôme d’interpolation d’une fonction 𝑓: 𝑅 → 𝑅 tel que 𝑓 (−1) = 1, 𝑓 (0) = −1, 𝑓 (1) =
3, et 𝑓(2) = 6.
B. Interpolation de Newton
Théorème
Soient 𝑓: [𝑎, 𝑏] → 𝑅 et 𝑥0 , 𝑥1 , … 𝑥𝑛 des points distincts de [𝑎, 𝑏] et 𝑝𝑛 le polynôme d’interpolation de
𝑓 aux points 𝑥0 , 𝑥1 , … 𝑥𝑛 .
Preuve
i) On a 𝑝0 (𝑥) = 𝑓(𝑥0 ), polynôme de degré 0.
Démonstration
1) On a bien
𝑓[𝑥1 ] − 𝑓[𝑥2 ] 𝑓(𝑥1 ) 𝑓(𝑥2 )
𝑓[𝑥1 , 𝑥2 ] = = +
𝑥1 − 𝑥2 𝑥1 − 𝑥2 𝑥2 − 𝑥1
Supposons que
𝑓(𝑥𝑖)
𝑓[𝑥1 , … , 𝑥𝑚 ] = ∑𝑚
𝑖=1 ∏𝑚 (𝑥 −𝑥 ) est vraie jusqu’à 𝑚 − 1. Puisque par définition.
𝑘=1 𝑖 𝑘
𝑘≠𝑖
𝑓[𝑥1 ,…,𝑥𝑚−1]−𝑓[𝑥2,…,𝑥𝑚]
𝑓[𝑥1 , … , 𝑥𝑚 ] = 𝑥1−𝑥𝑚
.
On a
Remarque
Puisque le polynôme d’interpolation est unique, les deux polynômes de Lagrange et de Newton sont
deux formes d’un même polynôme.
Algorithme de newton
Le polynôme d’interpolation de newton est donné par
𝑝𝑛 (𝑥) = 𝑓 (𝑥0 ) + (𝑥 − 𝑥0 )𝑓[𝑥0 , 𝑥1 ] + ⋯ + (𝑥 − 𝑥0 )(𝑥 − 𝑥1 ) … (𝑥 − 𝑥𝑛−1 )𝑓[𝑥0 , . . , 𝑥𝑛 ]
On peut donc le construire de proche en proche
Pour 𝑚 = 0,1,2, … , 𝑛 on définit les polynômes 𝑝𝑛 par les formules de récurrence suivantes :
C. Erreur d’interpolation
Il est évident que si nous connaissons que les couples (𝑥𝑖 , 𝑓(𝑥𝑖 )), 𝑖 = 0,1, … 𝑛, nous pouvons faire
varier la fonction f entre ces points sans changer le polynôme d’interpolation. Si nous voulons estimer
l’erreur 𝑒(𝑥) = 𝑓(𝑥) − 𝑝(𝑥), nous devons mieux connaitre la fonction 𝑓. Nous nous intéressons
maintenant à l’erreur d’interpolation. Considérons la norme uniforme sur l’intervalle [𝑎, 𝑏] définie
par : ‖𝑓‖ = max |𝑓(𝑥)|. On note l’erreur d’interpolation en un point 𝑥 ∈ [𝑎, 𝑏] par 𝐸𝑛 (𝑓)(𝑥): =
𝑎≤𝑥≤𝑏
𝑓 (𝑥) − 𝑝𝑛 (𝑥).
Corollaire
1) L’erreur d’interpolation de Lagrange est donnée par
2) Si 𝑓 ∈ 𝐶 𝑛+1 [𝑎, 𝑏] alors il existe 𝜀𝑥 ∈ [𝑎, 𝑏] contenu dans le plus petit intervalle contenant
𝑓 (n+1) (𝜀𝑥 )
𝑥0 , 𝑥1 , … 𝑥𝑛 tel que 𝑓[𝑥0 , . . , 𝑥𝑛 , 𝑥] = (n+1)!
Preuve
1) Pour 𝑥 fixé, le polynome 𝑞(𝑡) d’interpolation de Lagrange de 𝑓 aux points 𝑥0 , 𝑥1 , … 𝑥𝑛 , 𝑥 s’écrit
𝑞(𝑡) = 𝑝𝑛 (𝑡) + 𝑓[𝑥0 , . . , 𝑥𝑛 , 𝑥](𝑡 − 𝑥0 )(𝑡 − 𝑥1 ) … (𝑡 − 𝑥𝑛 ) Pour 𝑡 = 𝑥, on a 𝑓 (𝑥) = 𝑞(𝑥) =
𝑝𝑛 (𝑥) + 𝜋𝑛 (𝑥) 𝑓[𝑥0 , . . , 𝑥𝑛 , 𝑥].
2) Si 𝑥 = 𝑥𝑖 on aura 𝐸𝑛 (𝑓)(𝑥) = 0. Si 𝑥 ≠ 𝑥𝑖 , ∀𝑖 =
𝜋𝑛(𝑡)
0,1 … 𝑛 considérons pour 𝑥 fixé la fonction 𝑔(𝑡) = 𝐸𝑛 (𝑓)(𝑡) − 𝐸𝑛 (𝑓)(𝑥).
𝜋𝑛 (𝑥)
𝑔 ∈ 𝐶 𝑛+1 [𝑎, 𝑏] et s’annule en 𝑛 + 2 points distincts 𝑥0 , 𝑥1 , … 𝑥𝑛 , 𝑥. En utilisant le théorème de
Rôle qui montre que 𝑔 admet au moins 𝑛 + 1 racines dans [𝑎, 𝑏] d’où, en procédant par
récurrence sur l’ordre de dérivation de 𝑔, la fonction 𝑔(n+1) admet au moins une racine dans
[𝑎, 𝑏] ; soit 𝜀𝑥 cette racine .
(𝑛+1)!
on a 0 = 𝑔(𝑛+1) (𝜀𝑥 ) = 𝑓 (𝑛+1) (𝜀𝑥 ) − 𝜋 (𝑥) 𝐸𝑛 (𝑓)(𝑥). D’où
𝑛
𝑓 (𝑛+1)(𝜀𝑥 )
𝐸𝑛 (𝑓)(𝑥) = 𝜋𝑛 (𝑥) (𝑛+1)!
. Ce qu’il faut démontrer.
Preuve
Exercice
Remarque
La formule montre que la taille de l’erreur dépend non seulement de la fonction 𝑓, mais aussi du choix
des points d’interpolation.
D. Autres interpolations
1. Interpolation d’Hermite
L’interpolation de Lagrange, qui fournit facilement un polynôme prenant des valeurs données,
présente l’inconvénient dans certains cas de donner une qualité médiocre : entre les points
d’interpolation la différence entre une fonction et son polynôme d’interpolation peut être grande,
même si le nombre de points tend vers l’infini (phénomène de Runge).
Pour remédier cela on peut essayer d’utiliser non seulement les valeurs d’une fonction mais aussi
celles de ses dérivées : c’est la méthode dite d’Hermite.
𝑃(𝑥𝑗 ) = 𝑓(𝑥𝑗 )
Soit 𝑓 une fonction de classe 𝐶 1 sur [𝑎, 𝑏]. Cherchons un polynôme 𝑃 tel que { , pour
𝑃 ′ (𝑥𝑗 ) = 𝑓′(𝑥𝑗 )
𝑗 = 0,1, … , 𝑛.
𝑃(𝑥𝑗 ) = 𝑓(𝑥𝑗 )
{
𝑃 ′ (𝑥𝑗 ) = 𝑓′(𝑥𝑗 )
‖𝑓 (2𝑛+2) ‖∞
De plus si 𝑓est de classe 𝐶 2𝑛+1 alors|𝑓 (𝑥) − 𝑃(𝑥)| < (2𝑛+2)!
|𝜋𝑛 (𝑥)|2 , ∀𝑥 ∈ [𝑎, 𝑏] .
Preuve
(en exercice)
Remarque
Quand on rajoute un nœud il faut tout recalculer (Comme pour l’interpolation de Lagrange).
Il existe aussi pour les polynômes d’interpolation d’Hermite une écriture à l’aide des
différences divisées que nous n’aborderons pas ici.
2. Les fonctions splines
Définition
Soient 𝑥0 , 𝑥1 , … , 𝑥𝑛 des 𝑛 + 1 nœuds de [𝑎, 𝑏], avec 𝑎 = 𝑥0 < 𝑥1 < ⋯ < 𝑥𝑛 = 𝑏.
La fonction 𝑠𝑘 : [𝑎, 𝑏] → 𝑅 est une spline de degré 𝑘 relative aux nœuds 𝑥0 , 𝑥1 , … , 𝑥𝑛 si 𝑠𝑘,𝑖 =
𝑠𝑘 /[𝑥𝑖,𝑥𝑖+1 ] est un polynome de degré ≤ 𝑘 pour 𝑖 = 0,1, … , 𝑛 et 𝑠𝑘 ∈ 𝐶 𝑘−1 [𝑎, 𝑏].
Remarque
Tout polynôme de degré 𝑘 sur [𝑎, 𝑏] est donc une spline, mais en pratique on considère les splines
considérés de 𝑛 polynomes différents 𝑠𝑘,𝑖 sur chaque intervalle [𝑥𝑖 , 𝑥𝑖+1 ].
Calcul d’une spline
Le i-éme (𝑖 = 0,1, … , 𝑛) polynome 𝑠𝑘,𝑖 = 𝑠𝑘 /[𝑥𝑖,𝑥𝑖+1 ] composant la spline est d’ordre 𝑘 peut s’écrire
sous la forme 𝑠𝑘,𝑖 = ∑𝑘ℎ=0 𝑎ℎ𝑖 (𝑥 − 𝑥𝑖 )ℎ .
Calculer une spline équivaut donc à déterminer (𝑘 + 1)𝑛 coefficients 𝑎ℎ𝑖 avec les conditions
suivantes :
Il reste encore k−1 degrés de liberté à fixer. Pour cette raison, on impose d’autres contraintes qui
définissent les 𝑘 − 1 interpolations additionnelles qui sont données par trois options:
(𝑚) (𝑚)
les splines “périodiques” c'est-à-dire 𝑠𝑘 (𝑎 ) = 𝑠𝑘 (𝑏) pour 𝑚 = 0,1, … , 𝑘 − 1.
(𝑚) (𝑚)
Les splines « serrés » c'est-à-dire 𝑠𝑘 (𝑎) = 𝑓 (𝑚) (𝑎) et 𝑠𝑘 (𝑏) = 𝑓 (𝑚) (𝑏) pour
𝑚 = 0,1, … , 𝑘 − 1.
Les splines « naturels » c'est-à-dire pour 𝑘 = 2𝑙 − 1 avec 𝑙 > 2 on a 2(𝑙 − 1) =
(𝑙+𝑗)
𝑘 − 1 conditions additionnels qui sont dire 𝑠𝑘 (𝑎) et 𝑠𝑘(𝑙+𝑗) (𝑏) = 0 pour 𝑗 =
0,1, … , 𝑙 − 2.
III- L’approximation polynomiale des fonctions
A- Développement limité
Les développements limités sont l’outil principal d’approximation locale des fonctions. On rappelle
La formule de Taylor-Lagrange
Soit 𝑓 définie sur un intervalle ouvert 𝐼 contenant 𝑎, n+1 fois dérivable sur 𝐼. Alors pour tout 𝑥 ∈ 𝐼 il
existe 𝑐 ∈]𝑎, 𝑥[ (ou 𝑐 ∈]𝑥, 𝑎[) tel que
Soit 𝐸 un espace vectoriel. Pour tout couple (𝑓, 𝑔) de 𝐸 × 𝐸 on définit un produit scalaire noté <
𝑓, 𝑔 > et la norme ‖𝑓‖ = √< 𝑓, 𝑓 >.
Corollaire (admis)
Soit 𝑓 ∈ 𝐸 Si 𝐹 est un sous espace vectoriel de 𝐸 de dimension finie alors il existe au moins un
élément 𝑔 ∈ 𝐹 tel que ‖𝑓 − 𝑔‖ = min‖𝑓 − ℎ ‖.
ℎ∈𝐹
Définition
Théorème
Preuve
⇒)
Soit 𝑔 une meilleure approximation de 𝑓. Supposons qu’il existe ℎ1 ∈ 𝐹 telle que < 𝑓 − 𝑔, ℎ1 > =
𝑐
𝑐 ≠ 0. Soit ℎ2 définit par ℎ2 = 𝑔 + ‖ℎ ‖2 ℎ1 ∈ 𝐹 .
1
𝑐2
= √‖𝑓 − 𝑔‖2 − ‖ℎ 2 < ‖𝑓 − 𝑔‖ ce qui est impossible car 𝑔 est la meilleure
1‖
approximation de 𝑓 .
⇐)
= √‖𝑓 − 𝑔1 ‖2 + ‖ℎ − 𝑔1 ‖2
Théorème
Preuve
D’où
=0
donc 𝑔1 = 𝑔2 .
Théorème
Soit 𝑓 ∈ 𝐸 (𝐸 espace vectoriel normé) et si 𝐹 est un sous espace vectoriel de 𝐸 engendré par la famille
orthogonale {𝑣1 , 𝑣2 , … , 𝑣𝑛 } alors la meilleure approximation 𝑔 ∈ 𝐹 de 𝑓 s’écrit sous la
<𝑓,𝑣 >
forme ∑𝑛𝑖=1 ‖𝑣 ‖𝑖2 𝑣𝑖 .
𝑖
Preuve
Le dernier théorème nous fournit une méthode pour trouver la meilleure approximation polynomiale
d’une fonction réelle à condition que le sous espace 𝐹 soit généré par des polynômes orthogonaux, on
cite quelques familles de polynômes orthogonaux
𝑝0 (𝑥) = 1, 𝑝1 (𝑥) = −𝑥 + 1
{
𝑝𝑛 (𝑥) = (2𝑛 − 𝑥 − 1)𝑝𝑛−1 (𝑥) − (𝑛 − 1)2 𝑝𝑛−2 (𝑥)
𝑝0 (𝑥) = 1, 𝑝1 (𝑥) = 2𝑥
{
𝑝𝑛 (𝑥) = 2𝑥𝑝𝑛−1 (𝑥) − 2(𝑛 − 1)𝑝𝑛−2 (𝑥)
𝑝0 (𝑥) = 1, 𝑝1 (𝑥) = 𝑥
{
𝑝𝑛 (𝑥) = 2𝑥𝑝𝑛−1 (𝑥) − 𝑝𝑛−2 (𝑥)
C- Exercices
Exercice 1
Soient 𝑓 une fonction réelle dérivable sur l’intervalle [𝑎, 𝑏] et 𝑡1 , 𝑡1, , 𝑡2 , 𝑡2, quatre réels distincts
appartenant à [𝑎, 𝑏].
1) Montrer que les coefficients du polynôme 𝑃 d’interpolation (de Newton) de 𝑓 en 𝑡1 , 𝑡1, , 𝑡2 , 𝑡2,
ont une limite quand 𝑡1, tend vers 𝑡1 et 𝑡2, tend vers 𝑡2 .
2) Montrer qu’alors 𝑃 peut s’écrire sous la forme
𝑦2 − 𝑦1 𝑑1
𝑃 (𝑥) = 𝑦1 + (𝑥 − 𝑡1 )𝑑1 + (𝑥 − 𝑡1 )2 ( − )
ℎ2 ℎ
𝑑 2 + 𝑑1 𝑦2 − 𝑦1
+ (𝑥 − 𝑡1 )2 (𝑥 − 𝑡2 ) ( − 2 )
ℎ2 ℎ3
Exercice 2
On cherche une approximation de 𝑓(4,5) en utilisant un polynôme de degré 2 ainsi que les données
suivantes
𝑥 𝑓(𝑥)
1 0
2 0.6931
3.5 1.2528
5 1.6094
7 1.9459
Le contenu de ce chapitre prolonge celui du chapitre précédent sur l’interpolation. Dans le cas de
l’interpolation, on cherchait à évaluer une fonction 𝑓(𝑥) connue en quelques points. Dans le présent
chapitre, le problème consiste à obtenir des approximations des différentes dérivées de cette fonction
𝑏
et de même de l’intégrale ∫𝑎 𝑓 (𝑥)𝑑𝑥 . On parle alors de dérivation numérique et de l’intégration
numérique.
On peut aborder la dérivation numérique d’au moins deux façons, la première approche est fondée sur
l’interpolation et la deuxième consiste à utiliser le développement de Taylor.
Soit 𝑓 une fonction dérivable (respectivement p fois continument dérivable) sur [𝑎, 𝑏] dont on connait
la valeur en 𝑛 + 1 points 𝑥1 , … , 𝑥𝑛+1 de [𝑎, 𝑏]. On désire obtenir une approximation de la valeur en un
point 𝑥 de [𝑎, 𝑏] de la dérivée 𝑓′. Pour cela nous allons chercher cette valeur sous la forme 𝑓 ′ (𝑥) =
∑𝑛+1
𝑖=1 𝛼𝑖 (𝑥)𝑓(𝑥𝑖 ) + 𝑅(𝑥) où 𝛼𝑖 (𝑥) seront de telle sorte que la fonction reste 𝑅(𝑥) soit nulle si 𝑓 est
d’un type déterminé. Si 𝑓 est quelconque et 𝑅 suffisamment petite nous considérons que 𝐹(𝑥) =
∑𝑛+1 ′
𝑖=1 𝛼𝑖 (𝑥)𝑓(𝑥𝑖 ) est une approximation de 𝑓 (𝑥). Supposons que 𝑝𝑛 est le polynôme d’interpolation
𝑛+1 ′
de 𝑓 . Nous avons 𝑝𝑛 (𝑥) = ∑𝑛+1 ′
𝑖=1 𝐿𝑖 (𝑥)𝑓(𝑥𝑖 ) d’où 𝑝𝑛 (𝑥) = ∑𝑖=1 𝐿𝑖 (𝑥)𝑓(𝑥𝑖 ) . Nous pouvons
considérer 𝑝𝑛′ (𝑥) comme une approximation de 𝑓 ′ (𝑥) si certaines conditions sont réalisées.
Remarque
Les coefficients 𝐿𝑖 ′ (𝑥) sont indépendants de 𝑓 d’où la possibilité de les tabuler lorsque les points 𝑥𝑖
sont équidistants.
b) L’erreur de dérivation
Lemme
Si 𝑓 est 𝑛 + 1 fois continument dérivable sur [𝑎, 𝑏], il existe 𝜀𝑥 ∈ [𝑎, 𝑏] telle que 𝐸(𝑥) = 𝑓(𝑥) −
1
𝑝𝑛 (𝑥) = (𝑛+1)! ∏𝑛+1
𝑖=1 (𝑥 − 𝑥𝑖 ) 𝑓
(𝑛+1)
(𝜀𝑥 ).
1
Si 𝑥 = 𝑥𝑖 , 𝐸 ′ (𝑥𝑖 ) = (𝑛+1)! ∏𝑛+1
𝑗=1 (𝑥𝑖 − 𝑥𝑗 ) 𝑓
(𝑛+1)
(𝜀𝑥𝑖 ).
𝑗≠𝑖
1 1
Si 𝑥 ≠ 𝑥𝑖 pour tout 𝑖 ona 𝐸 ′ (𝑥) = (𝑛+1)! 𝐿′ (𝑥)𝑓 (𝑛+1) (𝜀𝑥 ) + (𝑛+2)! 𝐿(𝑥)𝑓 (𝑛+2) (𝑣𝑥 )
Preuve
Si 𝑓 est 𝑛 + 1 fois continument dérivable sur [𝑎, 𝑏], nous savons que pour tout 𝑥, il existe 𝜀𝑥 ∈ [𝑎, 𝑏]
1
telle que 𝐸(𝑥) = 𝑓(𝑥) − 𝑝𝑛 (𝑥) = (𝑛+1)! ∏𝑛+1
𝑖=1 (𝑥 − 𝑥𝑖 ) 𝑓
(𝑛+1)
(𝑥). On a par ailleurs 𝐸 (𝑥) = 𝐿 (𝑥)𝑔(𝑥)
1
avec 𝐿 (𝑥) = ∏𝑛+1
𝑖=1 (𝑥 − 𝑥𝑖 ) et 𝑔(𝑥) = (𝑛+1)! 𝑓
(𝑛+1)
( 𝜀𝑥 ) en dérivant, nous obtenons 𝐸 ′ (𝑥) =
′( ) ( )
𝐿 𝑥 𝑔 𝑥 + 𝐿(𝑥)𝑔′(𝑥).
Le point 𝑥 pour lequel nous cherchons une approximation de 𝑓′ peut être un des points 𝑥𝑖 ou un point
de [𝑎, 𝑏] different des 𝑥𝑖 . L’erreur commise ne sera pas même dans les deux cas.
Le 1er cas : 𝑥 = 𝑥𝑖
∏𝑛+1
𝑗=1 (𝑥−𝑥𝑗)
Si 𝑥 = 𝑥𝑖 , 𝐿(𝑥𝑖 ) = 0 alors 𝐿′ (𝑥𝑖 ) = 𝑙𝑖𝑚 = 𝑙𝑖𝑚 ∏𝑛+1 𝑛+1
𝑗=1 (𝑥 − 𝑥𝑗 ) = ∏𝑗=1 (𝑥𝑖 − 𝑥𝑗 )
𝑥→𝑥𝑖 𝑥−𝑥𝑖 𝑥→𝑥𝑖
𝑗≠𝑖 𝑗≠𝑖
Si 𝑓 est 𝑛 + 2 fois continument dérivable, pour tout 𝑥 de [𝑎, 𝑏] il existe 𝑣𝑥 telle que 𝑔′ (𝑥) =
1
(𝑛+2)!
𝑓 (𝑛+2) (𝑣𝑥 ) donc dans le cas on a
1 1
𝐸 ′ (𝑥) = 𝐿′ (𝑥)𝑓 (𝑛+1) (𝜀𝑥 ) + 𝐿(𝑥)𝑓 (𝑛+2) (𝑣𝑥 )
(𝑛 + 1)! (𝑛 + 2)!
Remarque
Ces estimations de l’erreur n’ont intérêt pratique que si l’on connait des bornes de 𝑓 (𝑛+1) et 𝑓 (𝑛+2).
𝑀𝑛+1 𝑛+1
Notons 𝑀𝑝 = 𝑚𝑎𝑥 |𝑓 (𝑝) (𝑥)| alors |𝐸′(𝑥𝑖 )| ≤ ∑𝑗=1 (𝑥𝑖 − 𝑥𝑗 )
𝑥∈[𝑎,𝑏] (𝑛+1)!
𝑗≠𝑖
𝑀𝑛+1 𝑀𝑛+2
et |𝐸′(𝑥)| ≤ 𝐿′ (𝑥) + 𝐿(𝑥).
(𝑛+1)! (𝑛+2)!
Exemple
Si on choisit le polynôme de degré1 passant par (𝑥0 , 𝑓(𝑥0 )) et (𝑥1 , 𝑓(𝑥1 )), on a grâce à la formule
d’interpolation de Newton 𝑝1 (𝑥) = 𝑓 (𝑥0 ) + 𝑓[𝑥0 , 𝑥1 ](𝑥 − 𝑥0 ) donc
𝑓 (𝑥1 ) − 𝑓(𝑥0 )
𝑓 ′ (𝑥) = 𝑝′1 (𝑥) + 𝐸 ′1 (𝑥) = 𝑓[𝑥0 , 𝑥1 ] + 𝐸 ′1 (𝑥) = + 𝐸 ′1 (𝑥)
𝑥1 − 𝑥0
𝑓 (2) (𝜀𝑥)
𝐸 ′1 (𝑥) = −ℎ 2
.
𝑓(𝑥𝑖+1 ) − 𝑓(𝑥𝑖 )
𝑓′(𝑥𝑖 ) ≈
𝑥𝑖+1 − 𝑥𝑖
𝑓(𝑥𝑖 ) − 𝑓(𝑥𝑖−1 )
𝑓′(𝑥𝑖 ) ≈
𝑥𝑖 − 𝑥𝑖−1
𝑓 (𝑥𝑖+1 ) − 𝑓(𝑥𝑖−1 )
𝑓′(𝑥𝑖 ) ≈
𝑥𝑖+1 − 𝑥𝑖−1
𝑏
Soit 𝑓 une fonction définie sur un intervalle donné [𝑎, 𝑏] nous supposons que l’intégrale ∫𝑎 𝑓(𝑥)𝑑𝑥 est
définie. Mais il n’est pas toujours possible de connaitre exactement la valeur de cette intégrale en effet,
on ne peut pas toujours trouver explicitement une primitive de 𝑓, même dans les cas où 𝑓 est donné
Supposons que 𝑓 est connue en en 𝑛 + 1 points 𝑥1 , … , 𝑥𝑛+1 de [𝑎, 𝑏] . On désire obtenir une
𝑏
approximation de la valeur en un point 𝑥 de [𝑎, 𝑏] de l’intégrale 𝐼 = ∫𝑎 𝑓 (𝑥)𝑑𝑥 . Pour cela nous allons
écrire 𝐼 = ∑𝑛+1
𝑖=1 𝛼𝑖 𝑓(𝑥𝑖 ) + 𝑅 Où les coefficients αi seront choisis de telle sorte que la fonction reste
𝑅(𝑥) soit nulle lorsque f est d’un type déterminé. Si 𝑓 est quelconque et 𝑅 suffisamment petite nous
considérons que 𝐴 = ∑𝑛+1𝑖=1 𝛼𝑖 𝑓(𝑥𝑖 ) est une valeur approchée de I.
Soit 𝑝𝑛 le polynôme d’interpolation de 𝑓 . Nous avons 𝑝𝑛 (𝑥) = ∑𝑛+1 𝑖=1 𝐿𝑖 (𝑥)𝑓(𝑥𝑖 ) d’où 𝑝 =
𝑏 𝑛+1 𝑏
∫𝑎 𝑝𝑛 (𝑥)𝑑𝑥 = ∑𝑖=1 𝑓(𝑥𝑖 ) (∫𝑎 𝐿𝑖 (𝑥)𝑑𝑥). Nous pouvons considérer 𝑝 comme une approximation de 𝐼
si certaines conditions sont réalisées.
Si 𝑓 est 𝑛 + 1 fois continument derivable sur [𝑎, 𝑏], pour tout 𝑥 il existe 𝜀𝑥 ∈ [𝑎, 𝑏] telle que 𝐸 (𝑥) =
1
𝑓 (𝑥) − 𝑝𝑛 (𝑥) = (𝑛+1)! ∏𝑛+1
𝑖=1 (𝑥 − 𝑥𝑖 ) 𝑓
(𝑛+1)
(𝜀𝑥 ).
𝑏 𝑛+1
1
𝑅 = 𝐼−𝑝 = ∫ ( ∏(𝑥 − 𝑥𝑖 ) 𝑓 (𝑛+1) (𝜀𝑥 )) 𝑑𝑥
𝑎 (𝑛 + 1) !
𝑖=1
𝑀 𝑏
𝑛+1
Nous avons alors |𝑅| ≤ (𝑛+1)! ∫𝑎 |∏𝑛+1
𝑖=1 (𝑥 − 𝑥𝑖 )|𝑑𝑥.
c) Cas particulier
Utilisons un polynôme de degré 2 dont la courbe passe par les points (𝑥0 , 𝑓(𝑥0 )) , (𝑥1 , 𝑓(𝑥1 )) et
(𝑥2 , 𝑓(𝑥2 ))
𝑥2 2
∫ 𝑓 (𝑥)𝑑𝑥 = ∫ (𝑓(𝑥0 ) + 𝑓[𝑥0 , 𝑥1 ]ℎ𝑠 + 𝑓[𝑥0 , 𝑥1 , 𝑥2 ]ℎ 2 𝑠(𝑠 − 1))ℎ𝑑𝑠
𝑥0 0
ℎ
= (𝑓(𝑥0 ) + 4𝑓 (𝑥1 ) + 𝑓(𝑥2 ))
3
Où on a replacé les différences divisées par leurs valeurs.
Formule de Simpson
Exemple
𝜋 𝜋
2 𝜋 𝜋
∫ sin(𝑥) 𝑑𝑥 ≈ 4 (sin(0) + 4 sin ( ) + sin ( ) = 1.0022799
0 3 4 2
III. Exercices
Exercice1
𝑞 (𝑥0 ) = ∅(𝑥0 )
{ 𝑞′(𝑥0 ) = ∅′(𝑥0 )
𝑞 𝑥0 − 2ℎ ) = ∅(𝑥0 − 2ℎ)
(
𝑥 +ℎ
2) Déterminer ∫𝑥 0−2ℎ 𝑞(𝑥)𝑑𝑥 en fonction des valeurs de ∅.
0
1
On rappelle que l’erreur est donnée par ∅(𝑥) − 𝑞(𝑥) = 3! 𝜋3 (𝑥)∅(3) (𝜀𝑥 ) où 𝜀𝑥 ∈ 𝐼 plus petit intervalle
fermé contenant 𝑥, 𝑥0 et 𝑥0 − 2ℎ et 𝜋3 (𝑥) = (𝑥 − 𝑥0 )2 (𝑥 − 𝑥0 + 2ℎ ). Il s’agit de l’erreur
d’approximation dans l’interpolation d’Hermite.