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La
diversité,
nouvel
opium
du
peuple
? 
 (extraits)

LE
MONDE
|
14.03.09
|
16h17

•

Mis
à
jour
le
14.03.09
|
16h17


Le
 paradoxe
est
 flagrant
:
au
moment
même
 où
l 'élection
 du
métis
Barack
Obama
 fait
 entrevoir
l'avènement
d'une
Amérique
postraciale,
la
France
républicaine
découvre
avec
 quelques
décennies
de
retard
les
vertus
de
la
"diversité".


A
 rebours
 d'une
 Amérique
 qui
 s'interroge
 sur
 la
 validité
 des
 catégories
 raciales,
 l'Hexagone
est
tenté
par
la
rhétorique
identitaire,
voire
les
statistiques
"ethniques".
Avec
 l'art
délectable
de
l'autodérision
que
les
Américains
savent
parfois
manier,
Walter
Benn
 Michaels,
 professeur
 de
 littérature
 à
 l'université
 de
 l'Illinois
 à
 Chicago,
 signe
 un
 pamphlet
décapant.
Ce
petit
livre
nous
met
en
garde
contre
l'adoption
d'un
modèle
qui,
 séduisant
en
apparence,
porterait
en
lui
la
destruction
d'une
valeur
centrale
:
l'égalité. 


Même
en
France,
la
question
n'est
pas
nouvelle.
Le
débat
e ntre
"droit
à
la
différence"
et
 "droit
à
l'indifférence"
a
divisé
la
gauche
comme
la
droite
depuis
plus
de
 vingt
ans.
La
 querelle
à
propos
du
"foulard
islamique"
en
a
été
le
paroxysme. 


Mais
aujourd'hui
un
certain
consensus
semble
s'être
opéré
autour
de
la
 notion
floue
de
 "diversité".
 Michaels
 nous
 alerte
 :
 "La
 "diversité"
 n'est
 pas
 un
 moyen
 d'instaurer
 l'égalité,
mais
une
méthode
de
gestion
de
l'inégalité."
 [… ] 


Alors
que
les
idées
de
 "respect
des
identités"
et
de
 "diversité"
 font,
en
 France,
 surtout
 l'objet 
 des
 critiques
 de
 la
 droite
 et
 de
 l'extrême
 droite,
 prompte
 à
 ridiculiser
 le
 ralliement
de
Nicolas
Sarkozy
au
politiquement
correct
de
gauche,
c'est
à
une
virulente
 charge
de
gauche
que
se
livre
l'universitaire
américain.


Pour
lui,
les
inégalités
sociales
 "résultent
du
capitalisme
et
du
libéralisme
économique
et
 non
du
racisme
et
du
sexisme".


Nouvel
 opium
 du
 peuple,
 la
 dévotion
 pour
 la
 "diversité"
 permettrait
 d'évacuer
 la
 question
 sociale
 et
 faciliterait
 la
 soumission
 à
 l'ordre
 inégalitaire
 établi.
 Masquant 
 les
 différences
 de
 classe,
 elle
 constituerait
 un
 piège
 pour
 une
 gauche
 en
 mal
 de
 valeurs
 spécifiques.
A
l'appui
de
sa
démonstration,
il
souligne
que
le
succès
de
la
"diversité"
aux
 Etats ‐ unis
 a
 coïncidé
 avec
 une
 augmentation
 vertigineuse
 des
 inégalités
 de
 richesse


depuis
les
années
1980.


L'avertissement
 est
 d'autant
 plus
 crédible
 qu'il
 provient
 d'un
 Américain,
 qui
 plus
 est
 membre
éminent
de
l'université,
lieu
emblématique
de
l'"affirmative
action"
destinée
à
 promouvoir
la
diversité
raciale.
[… ] 


Ainsi,
 la
 d iversité
 serait
 une
 sorte
 de
 "gauchisme
 des
 classes
 supérieures",
 un
 moyen
 pour
les
riches
de
 faire
oublier
leurs
privilèges
et
de
se
libérer
de
 toute
culpabilité.
La


religion
du
"respect"
des
pauvres
 transfigurés
en
personnes
"différentes"
ou
perçues
à
 travers
la
couleur
de
leur
peau
justifierait
le
maintien
du
statu
quo
social.
"Tant
que
les
 affrontements
 concernent
l'identité
 plutôt
 que
la
 richesse,
 peu
importe
 qui
les
gagne."
 Quant
à
la
notion
de
"race",
anéantie
par
la
biologie,
elle
est
réhabilitée
so us
le
couvert,
 là
 encore,
 de
 respect
 des
 identités.
 Michaels
 mitraille
 méthodiquement
 les
 piliers
 du
 politiquement
correct
américain.
"Exprimer
ses
regrets
pour
l'esclavage,
le
colonialisme,


‐ t ‐ il ,
revient
bien
moins
cher


que
leur
verser
un
salaire
décent."


Parfois
caricatural
mais
sauvé
par
son
ironie,
l'ouvrage
plaide
de
fait
pour
la
défense
du
 prétendu
 "modèle
 français"
 égalitaire,
 aveugle
 aux
 origines
 et
 aux
 religions,
 prolongement
de
la
"laïci té",
même
s'il
n'emploie
pas
ce
mot
sans
équivalent
en
anglais.
 Brillante,
la
charge
a
pourtant
ses
limites
:
s'il
enjoint
la
gauche
de
se
faire
le
champion
 de
 l'égalité
 des
 chances
 et
 de
 la
 justice
 économique
 plutôt
 que
 de
 la
 diversité
 des
 identités,
Michaels
se
montre
plus
prolixe
pour
dénoncer
que
pour
proposer.
 Il
semble
 oublier
que
les
cultures
ne
se
réduisent
pas
à
la
manipulation
identitaire
ou
religieuse
 dont
elles
peuvent
faire
l'objet.
 [… ] 


la
Shoah,
manifester
son
respect
pour
les
gens
(

),
assène

Mais
que
l'Amérique,
dont
les
évolutions
annoncent
souvent
les
nôtres,
émette
avec
tant
 de
virtuosité
pareil
avertissement
ne
peut
laisser
indifférent.
Surtout
à
l'heure
où
la
crise
 économique
et
les
 tensions
 du
monde
 supposent
 des
 réponses
 sociales
 vigoureuses
et
 non
des
cache‐ misère.


La
Diversité
contre
l'égalité,
de
Walter
Benn
Michaels.
Ed.
Raisons
d'agir,
158
p.,
7
€. 


Philippe
Bernard


Article
paru
dans
l'édition
du
15.03.09