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RATIONAL

ou

MANUEL DES DIVINS OFFICES

DE

GUILLAUME DURAND,

ÉVÊQUE DE MENDE AU TREIZIÈME SIÈCLE,

Tout volume qui ne serait pas revêtu de la signature du traducteur annotateur, sera réputé contrefait.

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DIJON , PRESSES MÉCANIQUES DE LOIREAU-FEUCHOT,

place Saint-Jean, 1 ot 3.

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RATIONAL

OU

MANUEL DES DIVINS OFFICES

DE

GUILLAUME DURAND,

Évêque de Mende au treizième siècle

OU

RAISONS MYSTIQUES ET HISTORIQUES

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DE LA LlTtTRGIE CATHOLIQUE;

TRADUIT POUR LA PREMIERE FOIS , DU LATIN EN FRANÇAIS,

Far M. CHAILI.ES BARTHÉIiEMlT (de Fans),

Membre de la Société des Antiquaires de Picardie, Correspondant du Ministère de l'Instruction publique pour les Travaux historiques;

PRÉCÉDÉ

. D'UNE NOTICE HISTORIQUE SUR LA VIE ET SUR LES ÉCRITS DE DURAND DE MENDÊ.

suivi

d'une bibliographie chronologique des principaux ouvrages qui traitent

DE LA liturgie CATHOLIQUE, AVEC UN GRAND NOMBRE DE NOTES A LA SUITE DE CHAQUE VOLUME.

Littera enim occidit, spiritus autem vivificat.

La lettre tue , c'est l'esprit seul qui vivifie.

(S. Paul, II ad Cor., m, 6.)

TOME DEUXIÈME.

PARIS

LOUIS VIVES, LIBRAIRE-ÉDITEUR,

rue Cassette, n» 23.

i854

OCT i^., w-* 1944

»X1 82.

RATION AL

OU

MANUEL DES DIVINS OFFICES

DE

GUILLAUME DURAND,

ÉVÉQUE DE MENDE AU TREIZIÈME SIÈCLE.

LIVRE QUATRIÈME,

LA MESSE.

CHAPITRE PREMIER,

DE LA MESSE, ET DE TOUT CE QUI A LIEU PENDANT LA MESSE.

I. Entre tous les mystères [sacramenta) de l'Eglise, il est

constant que celui qui tient le premier rang est celui que l'on

célèbre pendant l'office de la messe sur la table du très-saint

autel; mystère qui représente ce festin de l'Eglise pour lequel le père tue le veau gras afin de fêter le retour de son fils, et oii

il lui offre le pain de vie et le vin mixtionné de la sagesse.

II. Or, c'est le Christ lui-même qui a institué cet office,

lorsqu'il termina le Nouveau-Testament, en partageant son

royaume à ses héritiers, comme son Père en avait disposé pour

lui-même, afin qu'ils mangent sur sa table et boivent dans son

royaume, ce que l'Eglise a consacré ; car, comme ils soupaient,

Jésus prit le pain, et, rendant grâces, le bénit et le brisa, et le

Tome II.

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donna à ses disciples en disant : « Recevez et mangez; ceci est

<( mon corps qui, pour vous, sera livré ; faites ceci en commé-

« moration de moi. » Donc, les apôtres^ formés par cet en-

seignement, commencèrent à offrir fréquemment le très-saint

mystère pour la cause que le Christ avait indiquée expressé-

ment , conservant la même forme dans les paroles et la même

matière dans les espèces {in rehus), ainsi que l'Apôtre le

déclare aux Corinthiens, quand il leur dit : « J'ai appris du (( Seigneur ce que je vous ai appris à mon tour, à savoir : que

« le Seigneur Jésus, dans cette nuit où il devait être livré, prit

« du pain , et , rendant grâces , le rompit et dit : a Prenez et

(( mangez, ceci est mon corps, etc. » Donc, l'office de la messe

est plus digne et plus solennel que le reste des divins offices.

Voilà pourquoi on doit parler dans cette quatrième partie de

lui avant les autres offices, partie dans laquelle nous consulte-

rons le Spéculum du pape Innocent III, touchant quelques mys-

tères et quelques points attaqués par les hérétiques.

m. Assurément (comme on Fa dit plus haut), le Seigneur

Jésus, prêtre selon l'ordre de Melchisédech , institua la messe

quand il transmua ( transmutavit) le pain et le vin en son corps

et en son sang, en disant : « Ceci est mon corps, cela est mon

<( sang ; » ajoutant aussitôt : « Faites cela en commémoration

<( de moi. y)

IV. Et les apôtres ont ajouté à cette messe, en disant non-

seulement les susdites paroles, mais même en y joignant en

sus rOraison dominicale.

V. D'où vient que l'on dit que le bienheureux Pierre, le pre-

mier, célébra ainsi la messe dans les pays d'Orient, où, après la

passion du Seigneur , il occupa pendant quatre ans la chaire

sacerdotale ; et ensuite il prit la chaire d'Antioche, il ajouta trois oraisons à la messe. Or, dans l'origine de la naissante

Eglise , on disait autrement la messe qu'à présent , comme

on le dira dans la sixième partie, au chapitre de la Paras-

cève ou Vendredi saint, et, par la suite du temps, la seule réci-

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tation de l'épître et de l'évangile constitua la célébration de la

messe.

VI. Ensuite^ le pape Célestin établit qu'on chanterait l'/nfroiï

avant la messe, comme on le dira au chapitre de V Introït.

On lit que les autres parties de la messe y furent , en divers

temps, ajoutées parles autres papes, comme Gélase^ Céles- tin et Grégoire, et d'autres , autant que le culte de la religion

chrétienne croissant^ il parut qu'elles conviendraient davan-

tage pour la décence. On parlera de cela dans la préface de la sixième partie.

VII. On lit dans le canon [De.cons., d. i, Jacobus) que Jac- ques^ frère du Seigneur, évêque de Jérusalem (a), et Basile,

évêque de Césarée, nous ont transmis dans leurs écrits la

manière de célébrer la messe [ordinem celehrandi missam).

On dit encore que ce fut Jacques, fils d'Alphée, qui, le pre-

mier entre les apôtres, célébra la messe ; car, à cause de

l'excellence de sa sainteté ,

les apôtres lui firent cet bon-,

neur, qu'après l'ascension du Seigneur le premier d'entre

eux il célébra la messe à Jérusalem (6), même avant d'avoir

été ordonné évêque; ou peut-être on dit que le premier il

Fa célébrée , parce que l'on assure que le premier il l'a dite

revêtu des ornements pontificaux ; et ainsi Pierre^ après lui. le

premier célébra la messe à Antioche, et Marc à Alexandrie.

VIII. Mais certains hérétiques perfides nous reprennent de ce

que nous lisons à la messe les évangiles lacérés en petites parties,

et de ce qu'à la messe primitive, c'est-à-dire outre l'oraison dominicale, nous ajoutons quelque chose en sus; car il est écrit :

(( Si quelqu'un ajoute à cela. Dieu enverra sur lui les plaies (( écrites dans ce livre. » Ils nous reprennent aussi de ce qu'en

sus du Nouveau-Testament et des préceptes des apôtres , nous

(a) S. Jacques-le-Mineur. (6) A cause de quoi il est appelé par S. Epiphane le Chef du sacrifice, et

communément le Liturgique, comme qui dirait le Sacrificateur par excellence :

aussi dit-on qu'il composa la première liturgie, que nous avons encore.

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avons encore établi d'autres règles et le nouvel enseignement des docteurs, et de ce que nous les observons contre ce que le

Christ a dit : « Vraiment, vous avez rendu inutile le com-

c( mandement de Dieu pour conserver votre tradition. » Et ail-

ce leurs : « Toute plantation que n'aura pas plantée mon Père,

<i qui est dans les cieux, sera arrachée. » Et l'Apôtre : « Ne a veuillez point vous laisser entraîner à des doctrines diverses

<(

(c

et étrangères. » Et encore : « Personne ne peut poser d'autre

fondement que celui qui a été posé, qui est le Christ. »

IX. Ils disent encore que l'Eglise du Christ n'a chanté ni

messe ni matines , que ni le Christ ni les apôtres ne l'ont insti- tuée, et qu'on ne la chantait point dans le temps des apôtres et que l'on n'entendait pas alors parler de messe dans le monde,

et qu'on ne trouvait rien d'écrit sur ce sujet; mais que ce que la messe représente est appelé la Cène par les évangélistes, et

que ni dans l'Eglise au commencement, ni les apôtres ne la

chantaient avec l'orgue, instrument de musique, ni à haute ou

basse voix [alta nec dulci voce cantabant), nous reprenant de ce

que nous faisons ces choses , et de ce que nous disons les noc-

turnes et les autres heures canoniques, en induisant fausse-

ment contre nous cette parole du prophète Amôs : a Je change-

ce rai vos festivités en deuil, et tous vos cantiques en gémisse-

cc ments. » Et cette parole du prophète [Ezéchiel] : ce Ils en- ce tendent tes paroles et ne les pratiquent pas, parce qu'ils les

ce changent en un cantique qu'ils repassent dans leur bouche

ce pendant que leur cœur suit son avarice, et tu leur es comme

ce un air de musique que l'on chante d'une manière douce et

ce agréable. »

.

X. Cependant, leur erreur est très-évidemment réfutée et

tourne à leur confusion, d'après ce qui sera dit dans la préface

de la cinquième partie. Encore, dans la primitive Eglise, les divins mystères étaient célébrés en hébreu ; mais, au temps de

l'empereur Adrien I", on commença d'abord à les célébrer en

grec dans l'Eglise orientale des chrétiens.

 

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XT. Certes ! on trouve que

l'office de la messe a été éta-

bli d'une manière si providentielle , qu'il contient en grande partie ce qui a été fait par le Christ et dans le Christ depuis le

moment où il descendit du ciel jusqu'à celui il y monta , et

qu'il les représente d'une admirable manière, tant dans les pa-

roles que dans les signes. XIÏ. Et cet office même se renferme en quatre parties, à

savoir : les personnes , les œuvres, les paroles elles choses. Il y a trois ordres de personnes , à savoir : les célébrants , les

ministres ou aides, et les assistants. Il y a trois espèces d'œu-

vres, à savoir : les gestes, les actes et les mouvements. Il y a

aussi trois variétés de paroles : les oraisons, les modulations et

les leçons ou lectures. Semblablement , il y a trois manières

de choses , à savoir : les ornements , les instruments et les élé-

ments ; car toutes ces choses sont pleines de divins mystères

comme on l'a dit dans la préface de cet ouvrage.

XIII . En effet, autrefois le temple était divisé en deux par-

ties et partagé par un voile. La première partie était appelée

la sainte ou le saint, et la seconde (ou intérieure) la sainte des

saints ou le saint des saints. Or, tout ce qui a lieu pendant l'of-

fice de la messe avant la secrète est en quelque sorte dans la

première partie de l'édifice sacré; mais ce qui a lieu pendant la

secrète est au dedans du saint des saints. Or, il y avait au de-

dans du saint des saints des autels d'encens , l'arche du Testa-

ment et la table sur l'arche, comme on l'a dit dans la pre-

mière partie, aux chapitres de l'Eglise et de l'Autel, et comme

on le trouve dans l'Exode ; et, sur la table, les deux chérubins

de gloire en regard l'un de l'autre. Là entrait seul le pontife,

une seule fois dans l'année. Il avait, en cette occasion, les

noms des pères ou patriarches écrits sur le rational et sur le

surhuméral, et portait le sang et les charbons, qu'il mettait

tous, en priant, avec le parfum, dans l'encensoir, jusqu'à ce que

la fumée l'environnât comme d'une ombre. Ensuite , il asper-

geait de sang la table et l'autel ; puis il sortait devant le peuple

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et lavait ses vêtements : car il n'était pas réputé pur avant le

soir, après l'immolation du veau roux.

XIV. Jadis, ces choses furent des signes ; mais elles s'éva-

nouirent après que leurs significations furent arrivées. Car la

première partie de l'édifice sacré signifie la présente Eglise^ le saint des saints le ciel, le pontife le Christ, le sang sa passion,

les charhons la charité du Christ, l'encensoir sa chair même, l'encens brûlé la bonne odeur des prières , l'autel les cohortes du ciel , l'arche le Christ selon l'humanité , la table Dieu le

Père, les deux chérubins les deux Testaments qui se regardent

à l'envi mutuellement parce qu'ils s'accordent ensemble , le

vêtement qu'on lave signifie l'homme, le soir de l'homme

symbolise ce vêtement. Compare doaç ce qui avait lieu jadis

et ce que le Christ a fait, et considère avec attention comment

le ministre de l'Eglise représente et reproduit ces choses pen-

dant l'office de la messe. Il sera encore touché un mot de la

signification de ces choses au Canon de la messe, au commen-

cement d'une de ses parties. Par l'arche, on entend aussi l'hu-

milité du Christ, de laquelle tout bien nous est advenu par sa

miséricorde.

XV. Et remarque que, de même qu'on lit dans l'Exode

(cap. XXV et xxxvii) qu'on fit au-dessus de l'arche un propitia-

toire d'or, c'est-à-dire une table d'or, de la même longueur et

de la même largeur que celles de l'arche , afin qu'elle fût suf-

fisante pour la couvrir. Et on appelait cela l'oracle [oraculum),

parce que le Seigneur donnait de

ce lieu des réponses à

ceux qui le priaient [orantihus). On l'appelait aussi propitia-

toire, parce qu^ lorsque le Seigneur parlait de cet endroit

il était rendu propice au peuple, ou parce qu'au jour de pro- pitiation on voyait toujours la gloire du Seigneur descendre

en ce lieu. Et de là vient que le

tabernacle ou lieu placé sur

la partie postérieure de l'autel , dans lequel le Christ, notre

propitiation, c'est-à-dire l'hostie consacrée, est gardée aujour-

d'hui, s'appelle propitiatoire, etc. Or, de l'une et de l'autre

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parties de l'oracle, savoir, dans les deux angles antérieurs, on

plaça deux chérubins d'or, qui sont, selon Josèphe , deux ani-

maux volatiles, ayant une figure comme jamais aucun homme

n'en a vu. Moïse dit qu'il les aperçut figurés sur le trône de

Dieu. Un chérubin regardait l'autre ; ils avaient cependant le

visage tourné vers le propitiatoire, et, les deux ailes étendues

par derrière et se touchant mutuellement, ils voilaient l'ora- cle et couvraient le propitiatoire. Or, le propitiatoire figure le

Seigneur incarné, dont [saint] Jean dit : ce II est propitiateur

a pour nos péchés. » Les deux chérubins sont les deux Testa- ments, à savoir, le Nouveau et l'Ancien. Or, comme ils ne sont pas en désaccord, mais qu'ils racontent d'accord ensemble le

mystère de l'incarnation du Christ, l'un en prophète, l'autre

en témoin qui assure , ils dirigent sur le propitiatoire le visage

de leur intention, et se regardent mutuellement.

XVI. Il y a encore trois sacrifices de l'Eglise qui, dans l' An-

cien-Testament , sont symbolisés par le propitiatoire , l'encen-

soir et l'autel ; ce sont le sacrifice de la. pénitence, de la jus-

tice et de l'eucharistie. Touchant le premier, il est dit : « Un

« esprit brisé de douleur est un sacrifice digne- de Dieu. Tu (( ne mépriseras pas, ô Dieu! un cœur contrit et humilié. »

Touchant le second : a Alors tu recevras le sacrifice de la jus-

ce tice. » Touchant le troisième : a Je te sacrifierai une hostie

c( de louange. » Sur l'autel du corps, la chair est immolée par

la contrition ; dans l'encensoir du cœur (c) , la dévotion est le

{c)

Li cuers doit estre

Semblans à Tencensier

Tous clos envers la terre,

Et overs vers le ciel.

« Le cœur doit être semblable à l'encensoir, entièrement fermé du côté de

la la terre et ouvert vers le ciel. »

Le Séraphin, poème Mss. de la Bibl. imp., 1862. « Ce poème inconnu, dit

M. le comte de Montalembert, semble avoir ainsi devancé la magnifique ex-

pression deBossuet, lorsqu'il dit du cœur de Mi"« de La Vallière qu'il ne respi-

rait plus que du côté du ciel. » (V. Introd. de l'Histoire de S. Elis, de Hongrie, p. xc, note 2.)

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feu qui brûle Tencens ; dans le propitiatoire de Dieu le Père,

le sang est offert par la rédemption. Or, le prêtre off"re ces trois

sacrifices pendant la messe : le premier au Confiteor^ le second

à la préface , le troisième à l'action [d) de grâces ( ou consécra-

tion). Car voici les trois choses que, selon le Prophète, Dieu

regarde favorablement dans l'homme, et requiert de lui : chérir

la miséricorde, faire justice, et marcher attentivement avec

Dieu. Qu'il chérisse donc la miséricorde celui qui veut offrir

le sacrifice de la pénitence. Qu'il fasse justice celui qui veut

offrir le sacrifice de la justice. Qu'il marche attentivement

avec Dieu celui qui veut offrir le sacrifice de l'eucharistie.

c(

XVII . Voilà pourquoi le bienheureux Bernard dit : « Mes

frères , en immolant l'hostie de gloire , joignons la parole

« aux paroles , le sens au sens , l'affection à l'affection , l'élé-

« vation à l'élévation , la perfection à la perfection , l'humilité

c( à l'humilité, la liberté à la liberté. )) Donc, que celui qui

doit célébrer la messe offre au Très-Haut ce sacrifice dont le

Psalmiste dit : « Un esprit brisé de douleur est un sacrifice

((

digne de Dieu. » Et ailleurs : « Immole à Dieu un sacrifice

« de louange. » Et l'Apôtre : « Offrez vos corps, comme une

« hostie vivante, sainte, agréable à Dieu, afin que votre obéis-

« sance soit raisonnable ; mortifiez donc , sur l'autel de votre cœur, vos membres , qui sont sur la terre l'impureté , la dé-

c(

« bauche, la mauvaise concupiscence et l'avarice, afin que

c( vous puissiez vous sacrifier vous-mêmes à Dieu_, avec un

« cœur pur et un corps chaste. »

XVIII. Or, dans le sacrement du corps du Christ, selon [saint]

(d) [Actio, dit Du Gange, Canon missae, sic dictus, quia in eo sacramenta

conficiuntur dominica , inquit Walafrid Strabon (lib. de Reb. eccles., cap. 22)].

Actio, c'est le canon de la messe, Honoré d'Autun (lib. 1, cap. 8). [Missa

quoddam judicium imitatur; unde et Canon Actio vocatur. Actio autem est causa, quae in publico conventu coram judicibus agitatur. ] Intenter une action,

comme Ton dit de nos jours. Le même auteur (cap. 103) : [Canon dicitur Ré-

gula, quia per eum regulariter fit sacramentorum confectio. Hic etiam Actio

dicitur, quia causa populi in eo cum Deo agitur]. (V. Hugues de Saint Victor,

 

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Augustin, (( le prêtre ne parfait rien, plus en bien qu'en mal

« pourvu qu'il demeure avec les autres dans l'arche et observe

(c la forme révélée par la colombe , parce que ce n'est pas

« par le mérite du prêtre, mais par la parole du Créateur,

(c que se consomme ce sacrement. » Car l'or est également

véritable dans le coffre du voleur comme dans le trésor du

roi. D'où vient que le pontife Caïphe, persécuteur du seul et

très -véritable grand-prêtre (bien qu'il ne fût pas sincère,

lui), cependant le conseil qu'il donna fut vrai; [mais] il ne

donna pas le sien,

mais celui de Dieu,

et pareille chose a

lieu de la même manière dans l'Eglise. Donc, l'iniquité du

prêtre n'empêche pas l'effet du sacrement, pas plus que l'in-

firmité du médecin n'empêche la vertu de la médecine. Or,

quoique Vopus operans (l'œuvre opérante) soit parfois impure,

cependant Vopus operatum ( l'œuvre opérée ) est toujours

pure. Et de même que tout est pur pour ceux qui sont purs,

Donc,

quand un méchant reçoit la vie, il encourt la mort. De même,

ainsi tout est impur pour ceux qui sont impurs.

au contraire, lorsque le bon souffre la mort, il acquiert la

vie. Car celui qui mange indignement le corps du Christ

mange son jugement. Mais ce que disent de ces hommes le Pro-

phète : (( Je maudirai vos bénédictions , » et Grégoire : a Leur

c( bénédiction se change en malédiction , et leur prière en

c( péché , » s'entend des hommes retranchés de l'Eglise et

qu'elle ne peut plus souffrir , ou qui sont connus pour tels dont la bénédiction doit, en tant qu'aux évêques , être réputée

à l'égal d'une malédiction, parce que, selon [saint] Augustin

en eux en telle ou

(1'^ question) :

a Pour le mal qui est

« telle proportion, on dit qu'ils souillent les sacrements, lors-

« que , cependant, ils restent immaculés ; car ils sont aux

« bons le chemin de la récompense , aux réprouvés celui du

« jugement. » D'où vient que [saint] Augustin dit : « Si la

« vertu du sacrement est spirituelle, elle est reçue comme

« une pure Inmière par ceux qui doivent en être illuminés

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« pour leur salut; mais, en passant par ces ministres impurs

(( comme par un canal , elle n'est pas souillée. »

XIX. Cependant les sectateurs d'Arnauld , hérétiques per-

fides, disent qu'on ne lit nulle part que le Christ ait livré l'E-

ghse, son épouse, en garde à des ministres impurs et luxurieux^

ou leur ait donné le pouvoir de célébrer les sacrés mystères^ ou

leur ait donné les clefs de son royaume ou le pouvoir de lier

et de délier, « parce qu'eux seuls (comme dit Grégoire), c< les justes placés dans cette chaire, ont le pouvoir de lier et

(c de délier comme les apôtres, eux qui gardent avec la doc-

« trine de ces hommes leur vie et leur foi. » D^oh vient,

comme ils disent , que les sacrements donnés par de pareils

hommes n'ont aucune valeur et ne profitent pas pour le salut.

Car on lit dans le livre des Nombres : « Tout ce qu'un

« homme impur aura touché , il le rendra impur. » Et le

Christ : « Un arbre mauvais ne peut produire de bons fruits. »

Dieu dit àDavid^ pécheur : « Pourquoi racontes-tu ma jus-

ce tice , et fais-tu passer mes louanges par ta bouche ? » Et

l'Apôtre : a Tout est pur pour ceux qui sont purs ; mais rien

« n'est pur pour ceux qui sont souillés et pour les infidè-

c( les. » Et [saint] Grégoire [In Pastorali/\. I, cap. x et

(( xcix, dist. § i) : « Lorsqu'un homme qui déplaît est en-

ce voyé pour intercéder, l'ame de l'homme irrité est provoquée

c( aux dernières extrémités. » Aussi, dans le même ouvrage (1. III, cap. xu) : ce II est nécessaire que sa main soit pure, cette

ce main qui a soin de laver les souillures, de peur que, sale elle-

cc même, elle ne souille davantage tout ce qu'elle aura à tou-

c<

cher, qui l'est déjà. »

XX. Or, on célèbre la messe à la troisième, à la sixième et à

la neuvième heures (e) : à la troisième heure^ parce que, selon

[saint] Marc, le Christ à cette heure fut élevé en croix et cru-

cifié par les langues des Juifs, qui criaient : ce Crucifie-le! »

{e) [Hora tertia, sexta et nona.] L'heure de tierce , de sexte et de none.

ou MANUEL DES DIVINS