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Georges Vieillard : L’AFFAIRE BULL
(Texte intégral du livre) Annexe 22
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Ce livre, paru en février 1969, avait été rédigé durant l’été 1965 par l’un des principaux dirigeants de la Compagnie des Machines Bull, et l’un des principaux acteurs de cette « affaire ». Directeur Général de la Compagnie Bull pendant 30 ans, Georges Vieillard était à la retraite depuis peu lorsqu’éclate la crise que la presse de l’époque nomma l’ « affaire Bull ». En tant que l’un des meilleurs experts de la situation, Georges Vieillard accepte de sortir de sa retraite à la demande du Président Joseph Callies, pour participer en direct à toutes les négociations qui vont aboutir à la cession partielle de l’entreprise au groupe américain General Electric. La lecture de son livre est donc, encore aujourd’hui, indispensable à qui veut comprendre cet épisode fondamental de l’histoire de l’informatique française, européenne et mondiale. A ce titre, il était souhaitable de le rendre accessible sur la partie de ce site qui est consacrée à l’histoire commune des Papeteries Aussedat et de la Compagnie des Machines Bull. Bien sûr, ce livre, témoignage à chaud d’un témoin et acteur de premier plan, a les qualités et les limites d’un tel exercice. Remarquablement documenté, il est en revanche possible qu’il focalise parfois l’attention sur ses interventions personnelles et sous-estime le rôle de tel ou tel autre acteur. De même, certaines phrases à connotation polémique peuvent représenter plus le point de vue de l’auteur qu’une analyse objective. Mais son rôle l’autorise parfaitement à émettre ce point de vue personnel. Aujourd’hui encore, les passions concernant l’histoire à rebondissements multiples de Bull ne sont pas tout à fait apaisées, et les historiens peinent encore à démêler l’écheveau des témoignages et commentaires. Sans doute nous manque-t-il encore quelques pièces du puzzle, témoignages, documents et points de vue. L’exploitation des archives des Papeteries Aussedat, commencée par François Paturle, peut apporter des éléments intéressants, notamment le point de vue Callies. Mais les archives du Ministre des Finances, du Premier Ministre, de la CGE, la CSF, la Banque de Paris et des Pays-Bas, voire de General Electric devront également faire l’objet de recherches.

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Alain Aussedat 30 décembre 2004

SOMMAIRE
Avertissement Avant-propos Chapitre 1 Chapitre 2 : Chapitre 3 : Chapitre 4 : Chapitre 5 : Chapitre 6 : Chapitre 7 : Chapitre 8 : Chapitre 9 : Chapitre 10 : Chapitre 11 Chapitre 12 La Compagnie des Machines Bull. La Banque de Paris et des Pays Bas. La General Electric Company Le Gouvernement Français L’alternative La C.S.F. et la C.G.E. Convocation à l’Assemblée Générale Le coup de théâtre Les actionnaires se prononcent Commentaires et réactions Le revirement L’Assemblée Générale Extraordinaire

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Chapitre 13 : Chapitre 14 : CONCLUEZ Annexe 1 : Annexe 2 : Annexe 3 : Annexe 4 : Annexe 5 : Annexe 6 : Annexe 7 : Annexe 8 : Annexe 9 :

Les accords La ratification

Renseignements financiers Augmentations de capital Lettre de General Electric du 18.12.1963 Lettre de General Electric du 30.12.1963 Information sur l’exercice 1963 Assemblée Générale du 14 avril 1964 : discussions et vote des résolutions Assemblée Générale du 12 mai 1964 : rapport des commissaires aux avantages particuliers Assemblée générale du 12 novembre 1964 : rapport du Conseil d’Administration Assemblée générale du 12 novembre 1964 : vote des résolutions

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AVERTISSEMENT Ces pages ont été écrites au cours de l'été 1965 et lorsque fut venu le moment de les publier débutait, plus tôt que prévu, le second acte de l'affaire Bull. C'est en effet au début de 1966 que 5 ad!ministrateurs faisant partie du groupe

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minoritaire des actionnaires et qui, suivant les "directives" du gouvernement formaient la majorité au Conseil d'Administration de la Compagnie des Machines Bull, durent abandonner leurs sièges ainsi que ceux qu'ils occupaient aux Conseils de la Cie Bull-General Electric et de la Société Industrielle BullGeneral Electric. C'est aussi à la même époque que l'on commençait de parler du Plan Calcul et de la cons!titution d'une Société d'Informatique qui devait être 100 % française. Il parut alors préférable de surseoir à l'édi!tion de ce Livre. Mais aujourd'hui le Plan Calcul est né, la Compagnie Internationale de l'Informatique (C.I.I.) a été constituée et vient de présenter ses premières réalisations avec - comme l'écrivait Mr Nicolas Vichney dans le journal Le Monde du 19/9/ 1968 - !"une aide américaine discrète." Il n'y a donc plus de raisons pour retarder la publication de ces pages qui sont restées telles qu'elles avaient été écrites il y a 3 ans. On y re!trouvera le récit des évènements de 1964, la repro!duction des lettres échangées avec les Pouvoirs Publics, le texte des protocoles intervenus, ainsi que les procès-verbaux des Assemblées Générales. Ces documents, mieux que tout commen!taire, permettront au lecteur d'avoir une meilleure compréhension de cette affaire Bull à laquelle on se réfère encore dès qu'il est question d'accords industriels internationaux dans des domaines sou!vent bien différents de celui de l'Informatique. Décembre 1968 Retour sommaire

AVANT-PROPOS

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"Ce n'est pas assez d'avoir l'esprit bon, mais le principal est de l'appliquer bien". DESCARTES. Discours de la Méthode

Au mois de Décembre 1964 le "Washington Post" annonçait que le Gouvernement Américain avait été saisi d'une demande fran!çaise en vue de l'achat d'un ordinateur d'un modèle spécial, très puissant et très perfectionné, pour être utilisé lors des expériences nucléaires. Sa vente, à un prix voisin de 8 mil!ions de dollars, sou!levait le problème de savoir si celle-ci était ou non contraire aux clauses du traité de Moscou sur l'arrêt limité des essais nucléaires et contre la dissémination de ces armes dans le monde. Le "Washington Post" ajoutait que si la Commission de l'Energie Atomique (A.E.C.) semblait favorable à cette vente, par contre le Pentagone y voyait des inconvénients. Cette information paraissait dans les journaux français au mois de Janvier 1965 mais elle aurait aussi bien pu paraître au prin!temps 1963 car déjà à cette date la réponse des autorités américaines avait été négative. Ce refus devait être à l'origine de ce que l'on devait appeler: "L'AFFAIRE BULL" Il était logique de penser que si l'on ne pouvait trouver en France un matériel répondant aux exigences techniques requises, que si, d'autre part, on ne pouvait obtenir du seul pays capable de le fournir les autorisations nécessaires à son exportation vers la France, il ne restait plus qu'à essayer de le fabriquer avec les moyens nationaux. Les seules Sociétés auxquelles on pouvait songer pour cela, étaient la "Compagnie Générale d'Electricité"(CGE), la "Compagnie Générale de Télégraphie sans Fil" (CSF) et la "Compagnie des Machines Bull" ; mais aucune d'elles, prise séparément, ne dispo!sait des moyens techniques et financiers, ni de l'expérience, néces!saires pour mener seule à bien l'étude et la réalisation d'un tel matériel. Le Gouvernement n'ignorait pas qu'il lui faudrait financer la plus grande partie des travaux dont il désirait la réalisation et il lui paraissait plus facile de passer des marchés d'études portant sur des sommes considérables à un

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organisme commun a plusieurs sociétés plutôt qu’à une seule d'entre el!es qu'il aurait eu l'air de favoriser au détriment des autres. C'est ainsi que prit corps dans les sphères gouvernementales l'idée de réunir les dirigeants des trois sociétés CGE - CSF - et Bull et de leur demander d'envisager la création d'une filiale com!mune à laquelle le Gouvernement pourrait s'adresser pour l'étude et la réalisation des projets importants - et souvent confidentiels - !qu'il envisageait. Il revenait à Monsieur Gaston Palewski, Ministre d'Etat, chargé de la Recherche Scientifique et des Questions Atomiques et Spatiales, de provoquer cette confrontation et le 7 Août 1963, assisté de Monsieur Malavard, son conseiller technique, il réunissait à déjeuner à son Ministère, Mr Ambroise ROUX, Directeur Général de la CGE, Mr Maurice PONTE Président-Directeur Général de la CSF, et Mr. Joseph CALLIES, Président-Directeur Général de la Cie des Machines Bull. Il était de notoriété publique qu'à cette époque ces trois per!sonnalités n'étaient pas spécialement prêtes à s'entendre, que bien des questions les séparaient et que l'appartenance de leurs sociétés à des groupes financiers différents ne pouvait faciliter leur rappro!chement. On était à la veille des vacances : on pouvait espérer, qu'éloignés pendant quelques semaines de leurs soucis habituels, ces trois industriels auraient le loisir de réfléchir dans le calme et de trouver les bases d'une entente. Rendezvous fut pris pour le début du mois de Septembre et c'est en effet le 19 de ce mois qu'ils devaient se rencontrer de nouveau, Mr Joseph Callies s'étant alors fait accompagner par Mr Georges Vieillard, l'ancien Directeur Géné!ral de Bull qui avait pris sa retraite au début de 1962 après avoir rempli ces fonctions pendant 30 ans. Rien ne devait sortir de cette réunion. On serait même tenté de dire qu'il était prévisible que rien n'en pouvait sortir. L'Affaire Bull Commence Retour sommaire

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CHAPITRE I LA COMPAGNIE DES MACHINES BULL

« Chaque industrie est la plus difficile de toutes » Propos de Mr. BARENTON recueilli par Monsieur DETOEUF

Pour débuter il parait indispensable d'exposer la situation de la Cie des Machines Bull telle qu'elle se présentait au moment où va s'ouvrir pour elle une période critique ; trop de renseigne!ments erronés ont été répandus à son sujet. N'avait-on pas été jusqu'à prétendre que de graves fautes de gestion avaient été com!mises alors que la société avait surtout été victime d'abord de l'in!différence des Pouvoirs Publics, puis ensuite d'une sollicitude en!vahissante. Que n'avaient-ils compris plus tôt l'importance que re!présentait pour la France une industrie nationale aussi primordiale que celle des calculateurs électroniques ! Qu'est-ce donc que la Compagnie des Machines BULL ? C'est une société anonyme, fondée en Mars 1931 au capital de 3.600.000 francs anciens qui était devenue en 1963 une des plus grandes sociétés françaises. Son capital social a été progressive!ment augmenté par des souscriptions en espèces, par des apports (immobiliers pour la presque totalité) et par la transformation en actions de réserves et de primes d'émission, pour dépasser 140 mil!lions de nouveaux francs. A fin 1962, sa capitalisation boursière atteignait 1 milliard 169 millions de NF, ce qui la plaçait au 17ème rang des sociétés françaises cotées à la Bourse de Paris. Il ne peut être question de raconter ici l'histoire passion!nante de cette compagnie qui groupait moins de 50 personnes en 1931 et qui, en 1963, réussissait tant en France que dans ses suc!cursales et agences réparties dans 27 pays étrangers, près de 18.000 collaborateurs.

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Développement rapide, extraordinairement rapide, mais aussi peut-être trop rapide, surtout dans cette période difficile où la mon!naie subissait des dévaluations dangereuses, où la technique se modifiait avec une vitesse vertigineuse et où elle avait à lutter contre une concurrence étrangère aussi puissante qu'agressive. En juillet 1950, la Cie des Machines Bull avait pu conclure un accord de"crosslicence" avec la société américaine Remington! Rand (qui, après absorption, était devenue en 1955 la société Sperry-Rand). Non seulement la Cie des Machines Bull n'eut à aucun moment besoin d'utiliser les licences américaines, mais Remington! Rand préféra, plutôt que d'utiliser pour ses fabrications les licences pour lesquelles elle payait néanmoins d'importantes redevances, importer des machines Bull construites en France par Bull, et qu'elle revendait aux Etats-Unis sous sa propre marque. Les machines Bull trouvaient un large débouché en France comme à l'étranger et Monsieur Lemaire, ancien Ministre du Com!merce et de l'Industrie pouvait dire en 1957 : "La Cie des Machines Bull avait été fondée pour faire quelque chose de national, pour li!bérer la France d'un monopole étranger et aujourd'hui on doit cons!tater que sur son chiffre d'affaires qui se monte à 12 milliards, la société exporte 45 % de ce chiffre. Je voudrais bien savoir qui dit mieux ? " Lorsqu'en Juillet 1960 arriva la première échéance du contrat avec Sperry-Rand, la Cie des Machines Bull refusa de le reconduire, une entente n'ayant pu se faire sur les conditions de son renouvel!lement. Elle chercha alors un autre correspondant aux Etats-Unis et en octobre 1961 signait un accord technique et commercial avec la "Radio Corporation of America" plus connue sous le vocable de RCA. Par cet accord, Bull pouvait immédiatement disposer de cer!tains modèles de machines dont elle avait alors le plus urgent besoin pour s'opposer à la concurrence, comme il le sera exposé à la fin de ce chapitre. Elle dut au début importer quelques dizaines de ces machines en attendant qu'elles fussent fabriquées dons l'usine qu'elle venait de faire construire à Angers. Malheureusement RCA avait conclu des accords analogues avec la société concurrente anglaise ICT (International Computer & Tabulating Cy) et la société japonaise Hitachi, et, satisfaite par les 3 accords qu'elle avait ainsi signés, elle ne poursuivit pas comme elle s'y était pourtant contractuellement engagée, son effort de recherches, ce qui aurait pu et dû soulager le service des études de la Cie des Machines Bull. Or dans le domaine des études il ne pouvait être question de s'arrêter.

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Le marché dans lequel Bull travaillait avait connu au cours des dix années précédentes et devait connaître dons les années sui!vantes une très rapide expansion. L'opinion des experts américains (Rapport Diebold), euro!péens (Rapport hollandais à la C.E.E., Février 1963), français (Livre Blanc du Commissariat au Plan, de Mai 1963) est unanime sur ce point. L'Europe du Marché Commun doit avoir, en 1970, un nombre d'ensembles de gestion de l'ordre de celui des ensembles actuelle!ment installés aux U.S.A., soit environ 10.000, chiffre à comparer aux 1.500 existant en 1963. Ce chiffre devrait être multiplié par 1,5 pour tenir compte des pays européens non compris dons la C.E.E. Cette expansion est particulièrement onéreuse car il s'agit d'une technique de pointe, très nouvelle, très évolutive et qui fait appel à des disciplines très diverses (mécanique, électronique, physique, chimie, mathématiques appliquées, sciences de l'organi!sation...). Les frais d'études sont donc particulièrement élevés. La Cie des Machines Bull y avait consacré environ 13% de son chiffre d'affaires en 1963 ce qui représentait cependant bien peu par rapport aux sommes consacrées par les sociétés américaines. En dehors même des études et des recherches, cette activité nécessite un très grand nombre de techniciens d'emploi. Le rapport hollandais mentionné plus haut, prévoyait que le nombre des spécialis!tes directement attachés aux machines (directeurs de centres de calcul, analystes, programmeurs, ingénieurs de méthodes, ingénieurs et mécaniciens d'entretien) devait passer, pour la C.E.E., de 20.000 à 300.000. Les personnes indirectement concernées par l'automation administrative seraient au moins dix fois plus nombreuses, soit environ trois à quatre millions d'individus. Ces techniciens de divers niveaux doivent être, encore au!jourd'hui, recrutés, choisis, formés essentiellement par les sociétés. Leur apprentissage nécessite l'assimilation de connaissances tech!niques nouvelles, à laquelle doit s'ajouter une expérience prolon!gée, et doit être, sans cesse, remis à jour pour tenir compte des techniques nouvelles. Ces spécialistes sont rares et doivent être engagés à des niveaux de rémunération élevés. La formation des équipes nécessaires à la vente et à la bonne utilisation des machi!nes constitue donc un lourd et continuel investissement. Pour ce faire, la Cie des Machines Bull ne pouvait compter que sur elle même, alors qu'aux Etats-Unis, le Gouvernement Américain consent chaque année à l'industrie privée des contrats de plu!sieurs centaines de millions de dollars pour

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l'étude et la réalisation de matériels, certes destinés aux services de la Défense Nationale, mais qui constituent en réalité de véritables subventions. Ce fut là une des causes principales des difficultés finan!cières que la Cie des Machines Bull rencontrait depuis plusieurs années. On ne peut non plus négliger de signaler la diminution pro!gressive des marges bénéficiaires résultant de l'augmentation continuelle des salaires alors que les prix restaient bloqués par la règlementation officielle. Mais il est une autre cause tout aussi importante qui résulte du phénomène" location". L'usage établi dans la profession, et que tous les constructeurs doivent respecter, est que les clients louent le plus souvent leur machine au lieu de les acheter. Le pourcentage des locations par rapport aux ventes varie suivant les lieux et les années ; il tend à augmenter et à s'établir partout à près de 80 %. Bull n'était donc pas seulement un industriel et un commerçant, il devait aussi avoir une activité de banquier ou plus exactement, de société de "leasing" car il devait conserver et financer le matériel loué à ses clients. Pour alléger les charges résultant des locations en France, une société spéciale fut constituée en 1963 (Locabull) dont le capi!tal avait été souscrit par moitié par la Cie des Machines Bull et l'autre moitié par un groupe de banques et de compagnies d'assuran!ces dont la Banque de Paris et des Pays-Bas était le chef de file. Mais pour ses filiales étrangères, la Cie des Machines Bull dut gar!der une part importante du financement du matériel mis en location par celles-ci, et cela en consentant de larges facilités de paiement pour le matériel qu'elle leur fournissait. On peut suivre sur le tableau de l'annexe I la progression du poste du bilan "Matériel de location" de 1954 à 1963 et on pourra constater que l’augmentation annuelle de ce poste, qui n'était que de 37 millions en 1960, est passée à 100 millions en 1961 pour at!teindre 136 millions en 1962. Pour l'exercice 1963, ce poste n'a augmenté que de 58 millions grâce à l'aide de la Société Locabull ; sans elle l'augmentation aurait été de 138 millions. Le rapport hollandais cité plus haut prévoit que d'ici 1970 les constructeurs, pour faire face à l'accroissement du parc prévu, auront à investir environ 20 milliards de florins, soit 30 milliards de nos francs actuels. Pour l'Europe entière, ce chiffre devrait être augmenté de 50 %. Ceci montre bien l'ampleur du problème financier qui se trouve posé. Pour le financement de ses immobilisations industrielles et du matériel mis en 1ocation, la Cie des Machines Bull avait du con!tracter différents emprunts

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obligataires de 1954 à 1962 pour un mon!tant de 212.360.000 francs (voir le détail à l'annexe I) et obtenir des prêts à court et moyen terme dont le total se montait au 31 décembre 1963 à 365 millions (voir le tableau de l'annexe I). Grâce au cours élevé de ses actions à la Bourse de Paris, l'acquisition des usines nouvelles nécessitées par l'extension des activités industrielles de la compagnie avait pu être faite par voie d'apports dans des conditions particulièrement avantageuses. Il s'est d'abord agi d'usines déjà construites qui ont été achetées à différentes sociétés, mais pour l'usine d'Angers construite sur un terrain acheté nu par la Cie des Machines Bull, une société spéciale (L'Auxi1iaire Industrielle) fut constituée sous l'égide de la Banque de Paris et des Pays-Bas par divers organismes financiers. Une fois construite, l'usine d’Angers fut apportée à la Cie en 1963. Le total des augmentations de capital résultant de ces différents apports s'élève à 9.624.500 francs. On en trouvera le détail dans l'annexe Il. D'autres augmentations de capital eurent lieu pendant cette même période de 10 ans, soit par souscription en espèces (pour une valeur de 73.843.150 NF plus 163.406.190 NF de primes d'émission, au total 237.249.340 NF) soit par distribution d'actions gratuites. (Voir l'annexe II). En résumé, au cours de cette période de dix années de 1954 à 1963, la trésorerie de la société a dû avoir recours : - à des emprunts obligataires pour 212 millions - à des prêts à court et moyen terme pour 355 millions - à ses actionnaires pour 237 millions Soit au total 804 millions

Les nouvelles usines ayant pu être acquises par voie d'apport. Mais ces moyens n'ont pas été suffisants, l'augmentation de capital de 1962 n'a pas été assez importante, et il aurait dû être fait appel encore aux actionnaires en 1963. Cela n'avait pas paru pos!sible au Conseil d'administration de la Compagnie qui devait tenir compte du caractère familial de la société. Le groupe Callies!-Michelin qui possédait en effet une part très importante du capital, désirait maintenir sa position et conserver le caractère unitaire de la Société. Ce groupe était largement représenté au Conseil par :

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. Mr. Joseph Callies, gendre de Mr. Edouard Michelin, qui avait succédé comme Président Directeur Général à un de ses frères, Mr. Jacques Callies décédé en Novembre 1948. . Mr. Pierre Callies, son frère, qui avait succédé comme Vice-!Président à leur frère aîné, Mr. Jean Callies lui aussi gendre de Mr. Edouard Michelin, décédé en janvier 1961. . Mr. Jacques Callies, fils de Mr. Jean Callies et donc petit-fils de Mr. Michelin. . La société des Papeteries Aussedat, représentée par leur cousin Mr. François Paturle, société dont MM. Pierre et Joseph Callies sont administrateurs. Déjà pour souscrire à l'augmentation de capital de 1962, le groupe Callies et certains autres gros actionnaires avaient du réali!ser en Bourse un assez grand nombre d'actions de la Cie, ce qui avait lourdement pesé sur les cours de bourse. Il semblait donc dif!ficile de recommencer pareille opération en 1963 ; c'est ce que devait dire Mr. Joseph Callies dans l'allocution qu'il fit, comme Président, au cours de l' Assemblée Générale des actionnaires du 5 Juin 1963. A ces raisons permanentes de besoins financiers - études, mise en location d'une partie importante du matériel, développement industriel et commercial - devaient s'ajouter à partir de 1961 deux autres rai- sons techniques et accidentelles. Il s'agit d'abord de la mise au point des grands ensembles électroniques "Gamma 60" qui, en dépenses comme en temps, devait largement dépasser les prévisions. Malgré tout ce que la concurrence a pu dire à ce sujet (et elle a sur ce point outrageusement dépassé les bornes de la loyauté) au point de vue technique, le Gamma 60 a été et est encore aujourd'hui un succès. Si maintenant, par suite des progrès technologiques de ces dernières années, des modèles plus perfectionnés ont été mis sur le marché, il n'en reste pas moins que le Gamma 60 présentait lors de sa mise en service, des perfectionnements originaux et importants et qu'encore à l'heure actuelle ses utilisants reconnaissent qu'ils en tirent de très grands services dépassant leurs prévisions les plus optimistes. Succès technique certain, mais le Gamma 60 n'a pas eu le même succès commercial ; pour amortir les frais d'études d'un tel matériel il aurait fallu que les commandes fussent plus nombreuses. Or les Administrations d'Etat, les Services Publics et les Sociétés Nationalisées se détournèrent de lui, préférant s'adresser à des fir!mes étrangères et privant ainsi la Cie des Machines Bull d'un dé!bouché sur lequel elle était d'autant plus en droit de compter qu'elle avait financé seule ses études et n'avait reçu aucune aide de l'Etat.

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Ecrivant dans le Figaro (21 Novembre 1964) un article sur "La puissance scientifique américaine et l'Europe" voici ce que disait Monsieur Raymond Aron : "Il importe donc que l'Etat ait une politique de la science et cette politique ne concerne pas seulement l'Enseignement Supé!rieur ou les Instituts de recherche, mais le soutien aux entreprises. Pour plus des trois quarts les commandes des Administrations Pu!bliques allaient à IBM et non à la Cie des Machines Bull. L'Etat Américain accorde, pour des milliards de dollars des contrats de recherche. L’Etat Français, dans la limite de ses moyens, pourrait et devrait faire de même. S'il l'avait fait dans le cas des calcula!teurs, peut-être n'aurait-il pas eu besoin d'intervenir, vainement d'ailleurs, au dernier moment." A coté de l'effort qu'elle avait dû faire pour la sortie du Gam!ma60, la Cie des Machines Bull avait dû surmonter une seconde diffi!culté résultant de son échec dans le lancement d'une nouvelle gam!me de machines, la série 300. Ce nouveau matériel offrait pourtant de très réels avantages de souplesse, de capacité, de flexibilité malgré une certaine difficulté de programmation. Mais il arrivait trop tard sur le marché au moment où la concurrence américaine lan!çait un matériel électronique nouveau, plus moderne et plus mania!ble. Pour employer un langage sportif, on pourrait dire que Bull "était prise à contre-pied et devait céder le point". Le mise au point des machines de la série 300 avait été longue et coûteuse, son insuccès commercial devait causer à la Cie une perte importante ; certes il y avait bien alors à l'étude un autre matériel (le Gamma 10), mais on ne pouvait espérer le mettre sur le marché avant un délai encore assez long. C'est ainsi que Bull fut amenée à conclure fin 1961 un accord avec RCA qui devait lui per!mettre de présenter sans plus attendre et avec un grand succès le Gamma 30 (qui n'est autre que le modèle 301 RCA). Les premières machines furent importées des Etats-Unis pendant que la fabrication en était lancée dans l'usine d'Angers. Il résulte de tout ceci que Bull occupait sur le marché à la fin de 1963, une place à la fois privilégiée et vulnérable. Les avantages acquis par Bull étaient les suivants : 1°- Son ancienneté dans la profession, Bull ayant commencé ses activités en 1931 ; son calculateur Gamma 3 a été, en 1952, en avance sur ceux de ses concurrents. Elle s'était mise, avec le Gamma 60, au niveau des plus grands ensembles électroniques. Elle avait donc une connaissance longuement et

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solidement ac!quise des possibilités des diverses machines aussi bien que des problèmes des clients. Une telle expérience ne peut être rapidement rattrapée. 2°- L'étendue et la solidité de ses réseaux commerciaux. Grâce à une croissance très rapide (environ 20% par an), Bull avait pu, depuis les années 1950, s'installer très solidement en France, où elle détenait environ le tiers du marché, et acquérir des posi!tions fortes dans la plupart des pays industriels, notamment en Europe où elle représentait 10% du marché. Le personnel de ses filiales ou agences était d'environ 4.000 personnes. Le montant de ses ventes à l'étranger atteignait 160 millions de francs en 1963. Dans un métier où la confiance du client dans la solidité et la permanence de son fournisseur jouent un rôle ca!pital, cette situation acquise constituait un atout essentiel. Ces avantages valaient d'ailleurs à Bull d'être considérée comme un partenaire intéressant par nombre d'autres importantes sociétés ; soit comme un partenairefournisseur pour les firmes sus!ceptibles d'utiliser ses machines avec leur propre matériel - c'est le cas de sociétés américaines comme Burroughs et National Cash Register dont les contrats prenaient progressivement une ampleur considérable soit comme un partenaire-associé pour les sociétés qui voyaient l' intérêt que présentait ce marché mais en apercevaient aussi les difficultés. L'accord passé en 1961 avec R.C.A, qui lui donnait accès à ses études tout en lui laissant une entière liberté commerciale, montrait l'avantage qui pouvait être retiré d'une telle position. Mais en contrepartie, la vulnérabilité de Bull était indénia!ble. Elle tenait d'abord à la concurrence, surtout représentée par I.B.M. dont la puissance et la valeur sont bien connues. Les dimensions d'I.B.M. étaient d'environ trente fois celles de Bull. La position financière d'I.B.M. est extrêmement solide ; elle est due au fait que son portefeuille de locations est ancien et qu'une très grande partie de ses matériels est amortie. Ses possibilités d'autofinancement sont considérables et tout en consacrant quelque 300 millions de dollars à ses recherches (soit 3 fois le chiffre d'af!faires de Bull), elle pouvait annoncer pour 1962 un bénéfice net, après impôts, de 240 millions de dollars. Ajoutons encore qu’ I.B.M. bénéficie des contrats passés avec l'administration américaine, soit sous forme de contrats d'étu!des, soit sous forme de commandes de matériels de gestion, et notons qu'elle a l'avantage de pouvoir emprunter des fonds sur le marché américain avec des conditions de durée - 50 ans et plus - et de bon marché - 3 à 3,5% - qui n'ont pas d'équivalent en Europe. La deuxième grande raison de la vulnérabilité de Bull tenait à 1'ampleur des charges auxquelles elle devait faire face. Il faut souligner encore ici que le

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phénomène" location" a une double con!séquence financière. La première est celle qui a été évoquée plus haut: il faut emprunter les fonds nécessaires et les emprunter aux conditions du marché qui sont, en France, onéreuses. La seconde, moins évidente, tient au fait que les locations constituent, pendant les premières années de leur existence, une charge du compte d'ex!ploitation et non un bénéfice. Les frais qui naissent des locations nouvelles : - frais de mise en route dus à la présence d'équipes de techniciens nombreux et coûteux - frais d'amortissements calculés sur une durée très rapide: 5 ans - frais financiers dus à l'ampleur et au coût des emprunts rendus nécessaires dépassent le montant des recettes pendant tout le temps que dure l'amortissement et spécialement pendant la première année. Au-delà en revanche, les bénéfices sont considérables. Mais quand le nom!bre des locations nouvelles dépasse très sensiblement le nombre des locations anciennes, (ce qui était le cas de Bull depuis 1960), le poids des charges, dans le domaine des locations considéré isolé!ment, l'emporte sur celui des bénéfices. Tout ceci était bien connu des Dirigeants de la Cie des Machines Bull qui s'en préoccupaient grandement et qui ne manquè!rent pas d'en donner connaissance aux Pouvoirs Publics. Une note à ce sujet fut rédigée par Mr. Ginier-Gillet, ancien Inspecteur des Finances et Directeur-Général Adjoint de la Compagnie dont les pages qui précèdent ne sont souvent que la copie. Cette note fut remise en Octobre 1963 : d'abord au Ministère de l’Industrie, ministère de tutelle de la compagnie, auprès duquel la Compagnie avait toujours trouvé beaucoup de compréhension et d'appui. puis au Ministère des Finances et des Affaires Economi!ques, à la Direction du Trésor. au Gouverneur de la Banque de France, au cabinet de Monsieur le Premier Ministre, au Secrétariat Général de la Présidence de la République. La conclusion de cette note faisait ressortir l' intérêt qu'avait la Cie des Machines Bull à profiter de son avance pour rechercher une alliance qui s'avérait

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indispensable, qu'il ne lui semblait pas qu'avec les seules ressources françaises puisse être constituée une entreprise de taille suffisante ; les disponibilités offertes par la France, aussi bien sur le plan technique que celui des hommes et des capitaux, ne lui paraissaient pas à la mesure des développements nécessaires, et qu'enfin une telle solution devait intervenir aussi rapidement que possible. En effet les con!currents actuels ou potentiels de Bull étudiaient tous cette question d'entente de leur côté et si les décisions n'étaient pas prises avec Bull, elles seraient alors forcément prises contre elle. La Cie des Machines Bull n'avait pas négligé de prendre contact avec d'autres sociétés européennes avec lesquelles un accord de coopération aurait pu être conclu. Mais, des conversa!tions engagées dans ce sens il ressortait nettement que, si ces sociétés pouvaient lui apporter des appuis financiers, voire même commerciaux, au point de vue technique, étant donné l'avance amé!ricaine, on ne pouvait espérer avec eux trouver de solutions effica!ces aux problèmes qui se posaient à elle comme à ses concurrentes. Retour sommaire

CHAPITRE II LA BANQUE DE PARIS ET DES PAYS-BAS

"Me voilà bien chanceuse! Hélas, l'on dit bien vrai Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage, Et service d'autrui n'est pas un héritage. MOLIÈRE - Les femmes savantes

Pour surmonter ses difficultés de trésorerie du second se!mestre 1963, la Cie des Machines Bull avait prévu de contracter un emprunt obligataire de 100 millions de nouveaux Francs que diffé!rentes banques européennes étaient prêtes à souscrire ; cet emprunt aurait permis d'attendre le mois de Février 1964, date à laquelle devait avoir lieu l'augmentation de capital dont le principe avait été voté au cours de l'Assemblée Générale du 5 Juin 1963.

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Un tel emprunt, fait hors de France, nécessitait l'autorisa!tion du Ministre des Finances, mais cette autorisation fut refusée. La Compagnie des Machines Bull se retourna alors une fois de plus vers le Crédit National auprès duquel fut déposée une demande de crédit à long et moyen terme de 45millions de Francs. Cette deman!de remise en Octobre 1963 donna lieu aux enquêtes et vérifications habituelles, le dossier fut mis régulièrement en état mais, sur les indications du Ministre des Finances, la décision d'octroi de ce crédit était repoussée de mois en mois. Pendant ce temps les pourparlers préconisés par Mr. Gaston Palewski au mois d'Août furent entamés ; aucun des interlocuteurs ne semblait avoir grand désir d'aboutir tant les difficultés étaient grandes pour arriver à un arrangement. Au cours d'une réunion (19 Septembre 1963) qui groupait Mr. Ponte, Mr. Joseph Callies accom!pagné de Mr. Vieillard et Mr. Ambroise Roux, ce dernier déclarait qu'il était bien décidé à ne s'intéresser à la Cie des Machines Bull qu'au moment où celle-ci en serait à l'heure du dépôt de bilan ! Par contre les conversations entre la CSF et Bull se pour!suivaient dans un climat, qui pour n'être pas spécialement cordial, était cependant beaucoup moins tendu ; et sous la pression de Mr. Reyre, Vice-Président et Directeur Général de la Banque de Paris et des Pays-Bas, Messieurs Ponte et Joseph Callies signaient fin Septembre un projet de protocole d'association nonobstant les accords récemment conclus par Bull avec SEA. La Banque de Paris et des Pays-Bas exerce une très grande influence dans la CSF ; elle n'en possède pas la majorité mais sur les 11 membres de son Conseil d'Administration, il y a 3 adminis!trateurs communs (MM. Girardeau, Reyre et de Vitry, administrateur également de la CGE) 2 Directeurs de la Banque (MM. Bricard et Rambaud) et un ancien directeur de la Banque (Mr. Julien). Il ne fait pas de doute que les buts de la Banque de Paris dépassaient large!ment ceux prévus dans le protocole que Mr. Reyre avait fait signer et qu'elle envisageait pour l'avenir, de faire reprendre la direction de Bull par la CSF. Jusqu'alors la Banque de Paris n'était représentée au Conseil d'administration de la Compagnie des Machines Bull que par son Directeur Général Adjoint, Mr. Louis Bricard. Ce dernier venait de subir au printemps 1963 une grave intervention chirurgicale dont il se remettait difficilement. Aussi Mr. Reyre exigea-t-iI comme condi!tion de la continuation de l'appui financier de sa banque qu'un second Administrateur vienne la représenter en la personne d'un de ses Directeurs, Mr. Roger Schluz, et qu'en même temps soit dési!gné comme Directeur Général Adjoint de Bull Mr. Jean Bigard, Directeur Général Industriel de la CSF.

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Et c'est ainsi que le 25 Octobre 1963, le Conseil d'Administration de Bull dut coopter comme administrateur Mr. Schulz en rem!placement de Mr. Philippe Brossollet dont la démission avait du être demandée et désigner Mr. Bigard comme Directeur Général Adjoint. Contrairement à ce qui avait été convenu, Mr. Bigard ne résilia pas, même temporairement, les fonctions qu'il occupait à la CSF, et son action à Bull se limita uniquement à la rédaction avec Mr. Schulz d'un rapport sur la situation technique et financière de la Compagnie. Après avoir déposé ce rapport entre les mains de Mr. Reyre en Décembre 1963, il donnait sa démission de la Cie des Machines Bull. Ce rapport de 28 pages reconnaissait que "sur le plan technique, la mise au point du calculateur Gamma 60, entièrement fran!çais, et réalisé sans l'aide de l'Etat, était un succès" tout en no!tant "qu'il n'en restait pas moins que sur le plan commercial c'était un échec". Etudiant la situation des nouvelles machines en cours de réalisation par les services d'études, MM. Bigard et Schulz devaient ajouter: "La série Gamma 10, présentée au SICOB 1963, avait connu un succès commercial immédiat, que 100 équipements seraient commandés en 1963, et que les prévisions de commandes de 1964 s'élèveraient à 200 appareils". Les prévisions de la Cie des Machi!nes Bull étaient beaucoup plus optimistes et ont été depuis vérifiées par les faits, puisque la 500ème machine était commandée à la fin de 1964 et la 1.000ème fin 1965. Par ailleurs, sur le plan financier, ce rapport faisait de grandes réserves sur la façon dont les comptes étaient établis : par exemple il n'admettait pas que l'on fasse rentrer dans le prix de revient du matériel un certain pourcentage des frais d'études et des frais généraux. Pour le matériel vendu cela n'avait pas de répercus!sion sur le compte de résultat, mais pour le matériel en location c'était vouloir amortir dans l'année tous ces frais au lieu de les amortir avec le reste du prix de revient de ces machines, c'est à! dire en cinq ans. Corrigeant de ce fait les résultats des bilans de la Cie, ce rapport concluait que l'exploitation s'était régulièrement dégradée depuis 1959 et qu'elle se trouvait déficitaire depuis 1961. Ceci en maintenant l'amortissement du matériel de location en 5 ans mais en amortissant tous les frais d'étude dans l'année, et sans tenir compte alors d'une revalorisation à l'actif du matériel loué entièrement amorti (la durée moyenne du matériel étant d'envi!ron 10 ans) et dont la valeur était certaine eu égard à son rendement.

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Toujours d'après MM. Bigard et Schulz, il fallait « procéder à l'assainissement de l'actif en faisant apparaître, principalement en ce qui concernait les approvisionnements destinés au Gamma 60 et à la série 300, une dépréciation de 54 millions pour les études et les stocks et de 25 millions environ sur les titres de participations dans les filiales étrangères. » C'était méconnaître d'une façon complète la valeur de l'organisation commerciale de la Compagnie. Mais cela ne paraissait pas encore suffisent aux rédacteurs de ce rapport qui, étudiant les perspectives pour l'année 1964, con!cluaient que « le cumul des pertes, dépréciations et provisions énu!mérées, sans parler des filiales, conduirait à une perte de 170 millions pour les exercices 1963 et 1964 et que si on voulait établir les résultats consolidés du groupe Bull en intégrant les filiales, le chiffre s'élèverait à 206 millions. Après avoir encore étudié les différentes mesures à prendre pour redresser la situation, le rapport concluait dans les termes suivants reproduits ci-après inextenso. CONCLUSIONS - Nous avons vu que les résultats des exercices 1963 et 1964 doivent se traduire par une perte globale de 170 M pour la Compagnie des MACHINES BULL seule (3). Ce chiffre peut être considéré aujourd'hui comme un ordre de grandeur inévitable en raison du délai qu'exigera toute mesure de redressement. - Nous pouvons observer que ces pertes sont d'ores et déjà acquises pour leur plus grande part, ce qui explique en partie les importants besoins de trésorerie et les charges financières qui en découlent ( 1 ). Un apurement de ces pertes par les réserves aurait pour effet de déséquilibrer le rapport de l'endettement au fonds propres, mon!trant la nécessité de couvrir une part importante des besoins nou!veaux de trésorerie évalués à 180 M en 1964, par une augmentation de capital (2). - En ce qui concerne l'avenir, nous pensons nécessaire de préciser tout d'abord que l'incidence du régime des amortissements et des locations, pour importante qu'elle soit, n'est pas de nature à modifier profondément la physionomie de l'exploitation en FRANCE. Les filiales récentes, en expansion rapide souffrent par contre beaucoup de l'incidence des locations, en l'absence d'un parc an!cien entièrement amorti.

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- En fait, pour la COMPAGNIE des MACHINES BULL, le vrai problème réside dans le niveau de ses prix de revient par rap!port aux prix de vente. Nous avons vu qu'il n'a cessé d'augmenter depuis 1959 ; les analyses faites sur les matériels nouveaux rendent peu vraisemblable l'équilibre de l'exploitation en 1965, compte tenu des retours probables de certains matériels non entièrement amor!tis (Série 300). (1) Les charges financières globales en 1964 représenteront 42 M (2) Au 30.9.1963: Capital 140 M. Réserve 260 M. Endettement vis-à-vis des tiers 677 M dont endettement financier 574 M. 3) - Les filiales étrangères accusent des pertes substantielles, notamment en raison de l'expansion rapide de certaines d'entre elles; mais la mise en place éventuelle de sociétés de leasing serait sans doute de nature à améliorer considérablement leurs résultats. Cette dégradation de l'exploitation s'explique essentiel!lement par la disproportion existant entre BULL et son principal concurrent I.B.M., qui l'oblige à étaler ses frais d'études sur une production trop limitée et ses dépenses de fabrication sur des séries trop faibles. Cette opinion nous parait illustrée par quatre constatations : - BULL, à l'encontre de ses concurrents américains, a toujours fi!nancé luimême ses études. - Le niveau des prix de revient usine d'I.B.M. serait de l'ordre de 30% de ses prix de vente; BULL est actuellement aux environs de 60% et ses meilleures perspectives (Gamma 10) se situent à plus de 40%. - Les remises accordées par I.B.M. à ses filiales étrangères seraient de l'ordre de 50 %, alors que la remise normale de BULL est de 36,35. %, remise que la Compagnie n'arrive pas à pratiquer saine!ment aujourd'hui. - Enfin, le principal concurrent européen de BULL, I.C.T., dont le chiffre d'affaires est très voisin de celui de BULL, serait, selon de nombreux indices, dans la même situation et aux prises avec les mêmes problèmes. - Dans le délai qui nous a été imparti, nous avons esquissé un programme des économies qui paraissent vraisemblables. Il n'est pas impossible, sans qu'on

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puisse l'affirmer, qu'une étude plus dé!taillée puisse conduire à un effort plus grand. Dans l'état actuel des choses, ces mesures, dont certaines risquent cependant de compromettre l'avenir à long et même à moyen terme, risquent de ne pas être à l'échelle du problème à résoudre, malgré les effets favo!rables qu'on est en droit d'espérer de l'expansion régulière du mar!ché (1). (1) - Il faut toutefois tenir compte de l'intention qu'auraient certains impor!tants groupes américains de faire un effort considérable pour briser le quasi monopole d' I. B.M. dans le domaine des équipements de ges!tion. - Dans ces conditions, si l'on veut garder à BULL son ca!ractère entièrement français, il semble que l'équilibre de l'exploita!tion de la Compagnie soit très problématique sans un appui déter!miné des pouvoirs publics : - Financement d'une part importante des études nécessaires à l'expansion de la COMPAGNIE des MACHINES BULL dans le sens du marché et non selon les seuls voeux des services techni!ques de l'Etat. - Commandes importantes et suivies des Administrations et organis!mes publics français (Ministères, Régies, Sociétés nationalisées), dans le cadre d'une politique de protection de cette industrie nationale. - Si cet appui ne pouvait être acquis, il faudrait dans les délais les plus courts tirer part de l'actif que représentent le ré!seau commercial, les équipes techniques et le service après- vente de BULL pour procéder à de profonds accords internationaux. - Dans le cadre européen, un regroupement entre les princi!pales firmes intéressées, I. C. T., Olivetti, et éventuellement Siemens, semble difficile à réaliser rapidement. Le plus aisé serait probablement une mise en commun de certains moyens de BULL et d'I.C.T. Cependant la situation des deux Sociétés ne permet pas d'escompter les heureux effets de leur conjonction avant plusieurs années. - Dans le cadre international, un accord serait sans doute possible avec une des puissantes sociétés américaines intéressées par cette activité, vraisemblablement sous la forme d'une certaine intégration, étant donnée la disproportion des moyens des deux par!tenaires. Ce rapport, comme il l'avait été demandé, était établi pour mettre systématiquement en relief tout ce qui pouvait apparaître comme négatif dans

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l'exploitation de la Cie des Machines Bull et où, pour reprendre l'expression employée par Mr. Giscard d'Estaing lors de la discussion du budget de 1966 (réponse à Mr. Tony Larue) : « on pouvait percevoir une sorte de délectation morose à l'énuméra!tion de ce qui ne marche pas. » Sans mettre aucunement en doute la sincérité de ceux qui l'ont rédigé, on peut cependant faire remarquer que ce rapport n'a pas tenu compte des nécessités du marché, ni de la valeur commer!ciale qui, si elle n'apparaît pas en chiffre dans le bilan, a une valeur très importante comme il est d'ailleurs dit dans les conclu!sions citées plus haut et comme le prouveront les négociations avec la General Electric Cy. On pourrait presque dire que ce rapport dressait un véritable bilan de liquidation. Comme devait le déclarer son destinataire Mr. Reyre, ce rapport ne signalait aucune faute de gestion, mais faisait ressortir les difficultés d'une exploitation délicate « sans un appui déterminé des Pouvoirs Publics » et contre une concurrence particulièrement puissante. Mais les jours passaient, les échéances devenaient de plus en plus difficiles, le crédit de la Compagnie diminuait ; la confiance de la clientèle commençait à s'ébranler, le personnel s'inquiétait... c'était la crise. Retour sommaire

CHAPITRE III LA GENERAL ELECTRIC

"Si c'est possible, c'est fait ; impossible, cela se fera. CALONNE

Pendant que se déroulaient les évènements qui ont été résu!més au chapitre précédent, et sans qu'il puisse apparemment y avoir corrélation avec eux, la General Electric demandait en Septembre 1963 à la Cie des Machines Bull de

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reprendre les conversations en!tamées depuis plus de deux ans et interrompues fin 1962. Il est inutile de rappeler ici la puissance de General Electric, qui fait un chiffre d'affaires d'environ 5 milliards de dol!lars, qui emploie plus de 260.000 personnes et qui depuis 1956 était entrée dans le domaine des machines électroniques à traiter l'infor!mation. En 1963 le Département des calculateurs électroniques comprenait déjà plus de 4.000 personnes, avait installé en clientèle environ 300 gros calculateurs et en avait plus de 100 en commande. Elle annonçait pour 1964 le lancement commercial de nouveaux ma!tériels (la série 400) et laissait entendre la présentation très pro!chaine de matériels encore plus puissants (la série 600). La Cie des Machines Bull avait pris contact avec la General Electric dès le début de 1961, après la fin du contrat qui la liait avec Remington-Rand et lui avait même vendu quelques exemplaires de machines périphériques pour les connecter à leurs calculateurs. Au mois de Juillet 1962, Mr. Strickland, Vice-Président de General Electric en charge du Département électronique venait à Paris et demandait à Mr. Joseph Callies si les pourparlers ne pour!raient pas s'engager d'une façon plus concrète en vue d'un accord éventuel entre les deux sociétés, sur le plan technique et commer!cial comme sur le plan financier, la General Electric désirant pou!voir acquérir une participation dans le capital de la Cie des Machi!nes Bull, même limitée au besoin à 20 %. Avant de poursuivre plus avant ces conversations, Mr. Joseph Callies désirait être plus renseigné sur l'avancement des études de la General Electric dans le domaine des calculateurs et sur ses intentions commerciales en particulier en ce qui concernait la con!currence. C'est ainsi qu'il fut décidé que 2 ingénieurs du service des études de Bull partiraient en mission aux Etats-Unis dès le début de Septembre. Le rapport que firent ces deux ingénieurs à leur retour à Paris donnait tous les renseignements que l'on atten!dait, les techniciens de la General Electric ayant été très précis dans leurs réponses et très ouverts sur la situation de leurs études comme sur leurs projets d'avenir. Sans doute le souci de rester dans le cadre des vues du Gouvernement poussaitil la Cie des Machines Bull à n'avancer dans ces négociations que très prudemment, surtout après la con!clusion en 1961 de l'accord avec RCA ; enfin d'autres pourparlers étaient alors en cours avec le groupe Schneider et la Compagnie financière de Suez au sujet de S.E.A., pourparlers qui devaient se concrétiser au début de 1963.

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Mais des bruits circulaient à Wall Street concernant le rachat par General Electric de la branche des calculateurs électroniques (Univac) du groupe Sperry-Rand. La chose paraissait d'autant plus vraisemblable qu'au mois de Mai précédent, Monsieur Bibby, Vice-Président de Sperry-Rand et Directeur général de Remington! Rand dont dépendait le département Univac, était venu à Paris pour proposer cet achat à la Cie des Machines Bull. Une jonction General Electric – Univac apparaissait comme pouvant être très dangereuse ; pratiquement elle interdisait tout es!poir d'accord Bull - General Electric et en même temps pouvait de!venir rapidement une concurrence aussi puissante qu'I.B.M. C'est dans ces conditions que le Conseil d'Administration de Bull demandait à Mr. Vieillard, bien qu'il eut pris sa retraite depuis plusieurs mois, de retourner une nouvelle fois à New-York, de se renseigner aussi exactement que possible sur les bruits qui circulaient, et de reprendre avec General Electric les conversations qu'il avait lui-même engagées autrefois quand il était encore Direc!teur Général de la Compagnie. Mr. Bibby devait lui affirmer que les bruits de cession du Département Univac à General Electric étaient "purement fantaisis!tes", tandis que Mr. Vickers, Chairman de Sperry-Rand devait déclarer que "cette vente n’ a jamais été sérieusement envisagée" . De son coté Mr. Strickland, de General Electric, confirmait que les bruits qui circulaient étaient faux, ajoutant que, même si General Electric avait désiré faire une telle acquisition, elle n'au!rait pu le faire en raison des lois américaines. De la conversation qui suivit sur l'éventualité d'un rappro!chement entre General Electric et Bull, il ressortait clairement des déclarations de Mr. Strickland : - que General Electric avait la ferme volonté d'entrer en force dans le marché du "data processing" ; que la décision en avait été officiellement prise par le conseil d'administration, ce que Mr. Cordiner, Chairman et Mr. Gérard Phillippe, President, étaient prêts à confirmer à Mr. Vieillard s'il le désirait. - que General Electric connaissait l'existence de l'accord entre Bull et R.C.A. et était prête à examiner avec Bull dans quelles conditions il y aurait lieu d'en tenir compte. - qu'en cas d'accord, General Electric s'engagerait à développer les fabrications

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de Bull en France et à intensifier ses exportations dans le monde entier, y compris aux Etats-Unis. - qu'en demandant de participer au capital de Bull, General Electric n'avait d'autre but que de participer ainsi aux résultats bénéfi!ciaires qui ne manqueraient pas de se dégager à la suite de l'ac!cord entre les deux compagnies. Mais quelques jours plus tard, la rencontre - dont étaient convenus les deux interlocuteurs - de leurs avocats, Mr. Warfield pour Bull et Mr. Birdzell pour General Electric, devait montrer que pour l'avenir la société américaine avait d'autres prétentions au sujet de sa participation dans le capital de la Cie des Machines Bull. Et c'est pourquoi ces conversations prirent fin en Novembre 1962 pour ne reprendre, à la demande de General Electric, que fin 1963. Mr. Joseph Callies en ayant alors accepté le principe, Mr. John D. Lockton, Treasurer (c'est-à-dire un des membres impor!tants de l'Executive Office de General Electric) venait lui-même à Paris et les conversations se déroulèrent les 10, 11 et 12 Décembre 1963 sous les auspices et dans les bureaux de Mr. Richard Klehe, représentant en France de Allen & Co, un des principaux Undewriters de New-York, et Adviser de General Electric pour l'Europe. Dès son retour à New-York, Mr. J.D. Lockton rendait compte de ses conversations parisiennes à son Conseil d'Administration et quelques jours plus tard, le 18 Décembre, il adressait à Mr. Joseph Callies une première lettre dont on trouvera ci-après la traduction. (Voir la photographie de l'original à l'annexe III). 18 Décembre 1963 General Electric Company Mr Joseph Callies Président du Conseil d'Administration Compagnie des Machines Bull 92, Avenue Gambetta Paris 20ème, France Cher Monsieur Callies, General Electric considère que l'automation est important facteur du développement industriel un et

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commercial à travers le monde. La clé de cette automation, tant dans le domaine de l'administration des entreprises, que dans celui de l'automation in​dustrielle, réside dans le calculateur. Le marché mondial pour les calculateurs connaît une très gran​de expansion. Les Etats-Unis ont une position domi​nante dans ce développement, mais le potentiel eu​ropéen est presque aussi grand et tout laisse à pré​voir que les possibilités du marché vont se dévelop​per en Europe encore plus rapidement qu'aux Etats​-Unis. General Electric a investi des sommes consi​dérables, dont l'ordre de grandeur dépasse 100 mil​lions de dollars, dans la production, la fabrication et la location des calculateurs aux Etats-Unis. Son principal souci, aujourd'hui est de se développer sur le marché mondial et particulièrement en Europe. Il y a pour General Electric plusieurs ma​nières de développer cette affaire en Europe. Ac​tuellement General Electric vend ses calculateurs sur ce marché par l'intermédiaire de son propre réseau de vente et est en mesure d’y construire des usines pour y assurer ses propres fabrications. Cependant, après une étude approfondie de la question, nous sommes arrivés à la conclusion que la manière la plus efficace de pénétrer sur le marché européen serait, grâce à une participation, de coopérer avec une société européenne déjà engagée dans ce genre d'activité et ayant une base solide facilitant son expansion ainsi qu'une organisation locale appro​priée. General Electric a une longue tradition de tels investissements et d'une association avec des sociétés européennes. Les études faites sur les différents moyens de pénétrer sur le marché européen montrent que la meilleure chance de General Electric réside dans une association de General Electric avec les Machi​nes Bull et qu'une telle association aurait de très grands avantages pour chacune des sociétés. L'idée de cette mutualité d'intérêts possible a été ex​primée plusieurs fois pans le passé ; elle est reve​nue, aujourd'hui, au premier

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plan du fait que General Electric a reçu des offres de participation fondées sur l'idée de coopération, d'importantes sociétés installées dans d'autres pays d'Europe et qu'elle doit maintenant choisir, sans plus attendre entre elles. Les problèmes d'exploitation et les difficultés financières, auxquels nous savons que Bull doit faire face, nous semblent de nature à être surmontés avec l'assistance sur le plan techni​que, et l'appui financier que General Electric a à sa disposition. Ceci ne nous semble donc pas de nature à empêcher une telle association. General Electric envisage de faire un inves​tissement substantiel dans la Compagnie des machines Bull en raison du fait que Bull a des installations industrielles modernes en France et en Hollande, dans lesquelles il serait facile de développer la fabrication de nouveaux produits. En outre, Bull a un réseau de vente et de service en Europe et dans d'autres pays qui est actuellement en place et prêt à fonctionner. Grâce à un travail de plusieurs années, la réputation de Bull s'est affirmée comme bonne, et ce bon renom serait d'un grand prix pour un effort commun. De plus, les services de recher​ches et de fabrication dont dispose Bull seraient disponibles pour la mise au point et la fabrication de nouveaux produits pour les deux sociétés; elles ont fait la démonstration de leurs capacités en créant le Gamma 60 et le CMC 7. L'expérience de General Electric lui a dé​montré qu'un investissement minoritaire important dans le capital des sociétés affiliées constitue une base satisfaisante pour prendre place sur un marché étranger et pour donner droit à la société filiale de bénéficier de l'assistance et de la coopération de General Electric dans la solution des problèmes qu'elle rencontre, ceci incluant les échanges d'aide technique, de "know how" en matière de fabrication, et le droits aux brevets et licences. General Electric a le sentiment qu'une participation de l'ordre de 20%, en actions ayant le droit de vote, dans le total du capital de Bull, constituerait une base du

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genre recherché. Cela pourrait conduire à la mise au point d'un accord pour une participation proportionnelle au Conseil d'Administration ainsi qu'aux décisions de la Direction. Nous avons la plus haute estime pour vous personnellement, Monsieur Callies, en tant que Chef de l'entreprise; nous avons une haute appréciation pour les remarquables efforts que vous avez déployés pour diriger votre compagnie dans cette période difficile et nous souhaiterions que vous continuiez dans vos fonctions de Président. Si vous donnez à General Electric, grâce à de tels arrangements, la possibilité de faire un inves​tissement immédiat dans le capital de la Compagnie, dans les conditions que nous venons d'exposer,General Electric donnerait tout l'appui possible au maintien et, s'il le peut, au développement de la recherche et des études faites par Bull. General Electric vous aiderait à renforcer et à étendre votre réseau commercial et d'entretien en fournis​sant des produits nouveaux à vendre, en donnant une assistance technique dans la mise au point des pro​grammes et autres travaux du même genre, et en vous aidant à financer les augmentations de capital des filiales. Il est permis d'espérer que cela donnerait à vos usines nouvelles et modernes en France un tra​vail supplémentaire, ce qui aurait pour résultat d'augmenter la productivité et d'obtenir des prix de revient meilleurs grâce à une meilleure répartition des frais généraux, ce qui provoquerait un dévelop​pement de l'emploi. General Electric se plait également à penser que ses recherches conduiront au développement de la fabrication dans les usines Bull, de nouveaux types d'équipements et de composants destinés aux Etats​Unis. Nous avons parfaitement conscience qu'une telle expansion, qui est envisagée pour les Machines Bull, nécessitera un financement extrêmement important et General Electric est disposé à participer à un tel financement, ou à le faciliter, sur une base équi​table. General Electric se rend compte que la con​clusion d'un

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accord comme celui qui est proposé à Bull ne peut être faite sans être clairement fixée sur la position que le Gouvernement Français serait susceptible de prendre à son égard. Nous répugnerions à nous engager dans un tel investissement s'il n'est pas bien accueilli par votre Gouvernement et s'il ne reçoit pas un accord de principe. Il est essentiel que nous soyons rapidement fixés sur ce point car nous devons décider rapidement si nous poursuivons avec les Machines Bull ou si nous devons nous orien​ter ailleurs, en Europe; nous savons que d'autres gouvernements européens seraient tout à fait dési​reux de permettre une opération de ce genre. Nous sommes tout à fait convaincus qu'il est pleinement de l'intérêt, à la fois, de la France et des Etats-​Unis, de participer au développement rapide de l'in​dustrie des calculateurs sur le marché européen. Dans la poursuite de cet objectif, nous croyons que nous pouvons apporter une contribution de réelle valeur qui entraînera une rapide croissance à la fois de General Electric et de Bull. L'accroissement du potentiel technique de Bull lui permettra, nous en sommes conscients, d'être mieux en mesure de satisfaire les besoins militaires du Gouvernements Français et, bien entendu, General Electric respec​terait le secret demandé pour de telles fabrications, de même que les Machines Bull auraient à respecter le secret demandé pour les propres fabrications de General Electric dans ce domaine pour les Etats-Unis. General Electric a été informé que Bull a un contrat avec R.C.A. qui porte sur les échanges d'informations techniques et sur l'achat de certains calculateurs. General Electric ne connaît pas tous les détails de ce contrat mais elle comprend qu'il n’a pas un caractère exclusif. Nous aurons, naturell​ement, besoin d’étudier plus à fond la nature de ce contrat avant de conclure l'arrangement envisagé, afin de nous assurer qu'il ne soulève pas de pro​blèmes inattendus sur le plan technique, légal ou financier. Si le Gouvernement Français est favorable à ce projet, nous sommes disposés à examiner la na​ture du contrat

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R.C.A. ; à faire le point des opé​rations courantes et de la situation financière, à fixer dans le détail les conditions de l'investis​sement de General Electric et de sa participation, ainsi que de régler toutes les questions légales qui pourraient apparaître, et si ces points peuvent être réglés de façon satisfaisante, à faire promp​tement l'investissement dont il est fait mention dans cette lettre. Sincèrement vôtre. J.B. LOCKTON Il n'est pas douteux que General Electric désirait pouvoir obtenir dans l'avenir une participation majoritaire dans la Cie des Machines Bull, mais comme elle savait qu'il ne pouvait en être question, son offre était rédigée pour répondre aux cinq conditions qui avaient été posées dès le début des conversations par Mr. Joseph Callies. - d'abord elle limitait la participation de General Electric à 20 %. - elle garantissait le développement des services d'études de Bull. - elle garantissait le plein emploi des usines de Bull. - elle prévoyait le développement des exportations dans tous les pays y compris les U.S.A. - elle admettait que l'accord ne pourrait être conclu sans l'approba!tion du Gouvernement Français. Les propositions de General Electric du 18 Décembre étaient muettes sur les conditions dans lesquelles sa participation au capi!tal de la Cie des Machines Bull pourrait être réalisée. Ce renseigne!ment, demandé à New-York, fait l'objet de la lettre du 30 Décembre, dont voici la traduction. (Voir la photographie de l'original à l'an!nexe IV). General Electric Company Mr Joseph Callies

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14, Avenue de Breteuil Paris 7ème, France

Cher Monsieur Callies, Cette lettre fait suite à ma lettre du 18 Dé​cembre 1963 qui vous est adressée et qui définit les intérêts de la General Electric Company à investir dans son capital des actions de la Cie des Machines Bull comme base de la poursuite de notre participa​tion dans le Marché Commun, et pour prêter à la Cie des Machines Bull le concours de ses services d'étu​des, de fabrication et de ses connaissances techni​ques. General Electric Cy a bien l'intention de payer pour ces actions un prix raisonnable. A la date de ma lettre, le prix des actions de la Cie des Machines Bull sur le marché, était environ 40$ U.S. Il fut entendu que ce serait le prix de l'investis​sement de General Electric. Je suis certain que vous apprécierez que, comme je le dis dans ma lettre du 18 Décembre, l'ac​quisition des actions par General Electric doit fai​re l'objet d'une révision des conditions financières et des problèmes de la Compagnie, un examen de la nature des accords avec R.C.A. et une solution à tous les problèmes qui peuvent en découler; une ré​vision des usines, de la gamme des produits et des projets de la Compagnie; l'établissement des clauses finales des investissements et des participations de la General Electric et la solution à toute autre question qui pourrait se poser. J'apprécie beaucoup votre désir d'aboutir ra​pidement, et nous sommes prêts à vous envoyer nos spécialistes du traitement de l'information et nos experts financiers immédiatement après le 1er Janvier 1964. Sincèrement vôtre.

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CHAPITRE IV LE GOUVERNEMENT FRANCAIS

"Souvent la peur d'un mal vous conduit dans un pire." BOILEAU - L'art poétique. Au milieu des difficultés dans lesquelles se débattait la Cie des Machines Bull, l'offre faite par la General Electric appa!raissait comme une heureuse solution. Non seulement elle permet!tait de surmonter la crise financière, mais l'appui technique de cette puissante société américaine offrait pour l'avenir des perspectives séduisantes puisqu'il permettait non seulement de rattraper le re!tard, mais aussi de remplacer l'aide que l'on avait espéré trouver chez R.C.A. Il ne s'agissait nullement de poursuivre les pourparlers avec General Electric en dehors de la Banque de Paris et des Pays!-Bas, ni du Gouvernement Français ; Mr. Joseph Callies l'avait d'ailleurs dit clairement à Mr. Lockton au cours des conversations du mois de Décembre. C'est pourquoi dès le 23 Décembre 1963, Mr. Joseph Callies écrivait à Mr. Reyre pour le mettre complètement au courant des pourparlers en cours. En même temps il demandait rendez-vous à Mr. Giscard d'Estaing, Ministre des Finances et des Affaires Eco!nomiques qui le recevait le 27 Décembre. Enfin il adressait le 2 Janvier 1964 à Monsieur le Premier Ministre une lettre dont on trouvera la copie ci-après.

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PARIS, le 23 décembre 1963 COMPAGNIE DES MACHINES BULL PARIS LE PRÉSIDENT DIRECTEUR GÉNÉRAL

Monsieur Jean REYRE BANQUE de PARIS et des PAYS-BAS 3, rue d'Antin PARIS (2ème) Monsieur le Directeur Général, Cette lettre a pour objet de vous confirmer et de vous préciser le point de vue que je vous ai exposé au cours de la conversation que nous avons eue jeudi dernier dans votre bureau. La Compagnie des machines BULL a été, vous le savez, fréquemment sollicitée par diverses sociétés étrangères, de conclure, dans le domaine des machines à traiter l'information, des accords plus ou moins étroits. Les représentants de votre banque au Conseil de la Compa​gnie ont été tenus au courant de ces conversations. Ils en ont, généralement, admis le principe, ayant conscience, comme nous, que de tels accords étaient inévitables dans le monde où nous vivons, spécialement pour une société à vocation internationale, comme la nôtre. Il se trouve, cependant, qu'une grande société

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américaine qui a manifesté à plusieurs reprises, dans le passé, le désir de s'entendre avec BULL, vient, à nouveau, de marquer son désir de conclure très rapidement avec nous un arrangement de portée plus générale. Les circonstances l'ont incitée à faire cette offre sous la forme d'une lettre d'intention que je viens de recevoir et qui précise formellement les bases d'un accord possible et le subordonne à la seule autorisation du Gouvernement français. En raison de l'extrême urgence et de la gravité des déci​sions que nous devrons prendre dans les jours qui viennent, je tiens à vous faire connaître immédiatement le texte de cette lettre malgré son caractère confidentiel. Pour ces mêmes raisons, je dois vous faire savoir, sans la moindre ambiguïté, quelle est la réponse que j'estime souhaitable de faire à cette proposition. Vous êtes parfaitement au courant des problèmes difficiles et nombreux que pose aujourd'hui l'avenir de la Compagnie. De façon immédiate, nous devons faire face à une situa​tion de trésorerie qui s'aggrave de jour en jour et restaurer auprès des banques, tant françaises qu'étrangères, un crédit sans lequel nous ne pouvons continuer à vivre et qui se détériore avec une dangereuse rapidité. Il n'est pas exagéré de dire que nous sommes menacés, à chaque instant, d'incidents qui peuvent avoir les plus graves conséquences. Dans un délai de quelques semaines, noue devrons prendre des mesures pour rétablir de façon moins précaire le situation de l'entre​prise. Mais vous connaissez l'extrême difficulté du choix devant lequel nous sommes placés. Si l'on veut ramener rapidement les dépenses au niveau des ressources, il faudra procéder à des sacrifices d'une telle ampleur que notre société en sortirait très profondément affaiblie. Certaines de ces mesu​res

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risquent, même, de provoquer une grave crise de confiance chez les meil​leurs de nos collaborateur et chez beaucoup de nos clients français et étrangers ; Cette crise entraînerait, à son tour, une diminution de nos forces de vente et un ralentissement de nos commandes, par conséquent, une réduction de nos ressources. Si l'on renonce aux opérations chirurgicales les plus dangereuses, il faudra trouver des concours financiers massifs et stables nous permettant de faire face, autrement qu'au jour le jour, au déficit pro​bable de l'exercice 1964. En supposant, même, que l'on puisse résoudre ce dilemme immédiat de façon satisfaisante, nous retrouverons immanquablement, dans l'année 1965, les problèmes que pose à BULL sa croissance même sous leur double aspect technique et financier. En face d'une concurrence qui sera demain beaucoup plus redoutable qu'aujourd'hui, il faudra nécessairement, pour survivre, prévoir des frais d'études nous permettant, techniquement, de ne pas être trop dépas​sés. Leur montant sera incomparablement plus élevé que celui qui, actuelle​ment, excède déjà nos forces. Il faudra aussi développer de façon rapide les équipes qui assurent le bon service des machines. Nous connaissons le poids et le prix d'un tel investissement. A cela viendra s'ajouter la charge de location qui pèse à la fois sur la trésorerie et sur le compte d'exploita​tion quand le taux de croissance est élevé. C'est au total, au moins 200 à 250 millions de francs qu'il faudra trouver annuellement pour faire face aux besoins de la seule société française ; à ce chiffre viendront s'ajouter les sommes rapidement croissantes, nécessaires pour les filiales étrangères. Comment trouver des capitaux d'un tel ordre de grandeur, sachant que la moitié, au moins; devra l'être sous forme de fonds propres et que la rentabilité qui permettrait de rémunérer ces fonds risque de ne pas

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être assurée avant longtemps ? Là encore, nous serons en face d'un choix difficile : soit renoncer à grandir c'est-à-dire se condamner à disparaître à plus ou moins brève échéance, soit faire alliance avec d'autres sociétés, mais la Compagnie, affaiblie par d'incessantes difficultés, ne sera plus, alors, un partenaire très recherché. L'offre immédiate de la Société américaine doit être appréciée en fonction de ces données qui ne peuvent être contestées. Il est clair, à mes yeux, qu'elle apporte à nos problèmes une solution extrêmement positive. Dans l'immédiat, la nouvelle d'un tel accord, accompagné de l'annonce d'une augmentation de capital réservée à cette Société et qui serait aussitôt souscrite sous la forme de 700.000 actions émises à quatre fois le nominal, suffirait à transformer instantanément, et du tout au tout, le climat financier de la Compagnie. L'effort qu'il faudrait faire, dans de brefs délais, pour améliorer notre exploitation, serait lui aussi sensiblement transformé. L'objectif que poursuit la Société américaine en proposant de devenir notre associé n'est pas de réaliser le plus vite possible des bénéfices très im​portants, mais de développer au maximum les forces d'un partenaire considéré comme solide et dynamique. Ce qu'elle vise, c'est un développement rapide sur le marché européen. Pour ce faire, les forces que nous pouvons apporter dans ce travail commun ne constituent qu'un point de départ à utiliser au plus vite. A plus long terme, enfin, il est clair que la coopération établie entre BULL, qui aurait retrouvé sa pleine vitalité, et cet allié puissant, permettrait de résoudre avec le maximum de chance tous les problè​mes, autrement insolubles, de sa croissance quelle qu'en soit sa rapidité.

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La conjonction de moyens qu'offrirait cette alliance sur le plan technique et financier mettrait, enfin, notre Société à l'échelle du marché qui s'offre à elle et la rapprocherait du niveau du plus important de ses concurrents. La seule objection que l'on puisse faire à cette opération est que BULL y perdrait une partie de son indépendance actuelle. Croyez bien que j'ai longtemps réfléchi à cet aspect du problème. Les créateurs de BULL, dont je suis, ont, vous le savez, lutté pendant trente ans, par tous les moyens, souvent dans les pires conditions (notamment sous l'Occupation), au prix de multiples sacrifices imposés au personnel et aux actionnaires. Ils l'ont fait jusqu'à une date récente sans le moindre appui des pouvoirs publics, dans le seul dessein de sauvegarder l'indépendance totale de la Société. Ils ne peuvent que trouver extrêmement amère la perspective d'y renoncer. Mais il n'y a pas, aujourd'hui, pour BULL, d'autre alter​native que de perdre ce qui existe ou de le valoriser par une aide venant de l'extérieur. L'ampleur et la dimension internationale du problème posé ex​cluent, malheureusement, la possibilité de se contenter d'une aide qui serait fournie dans le seul cadre français, à moins que cette aide ne soit celle de l'Etat lui-même. Le problème capital est donc d'examiner si l'offre qui nous est faite respecte ou non les intérêts nationaux essentiels. Un premier fait doit être souligné, c'est que si nous devions renoncer à faire cette opération, elle serait faite sans nous et, par conséquent, contre nous ; il n'y a pas le moindre doute à garder sur la détermination de cette Société américaine de pénétrer en force sur le marché européen avec tous les moyens dont elle dispose. Nous savons, de plusieurs sources, quel est le nom de l'autre Société européenne sur laquelle elle s'appuiera si BULL, qui a aujourd'hui sa préférence, devait être écartée. Ce partenaire nouveau

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n'est pas français mais il appartient au Marché Commun. Non seulement, donc, dans cette hypothèse, une société française perdrait tous les bénéfices attendus de cette alliance, mais nous serions sûrs de trouver en face de nous un nouvel adversaire non français contre lequel il n'existerait aucune protection et qui sera rapidement un concurrent extrêmement puissant. Cet argument négatif me paraît, à lui seul, mais il faut aussi mesurer exactement avantages positifs que la Société américaine, d'obtenir la pleine adhésion du Gouvernement est prête à assurer à notre pays. décisif : tous les soucieuse français,

Le principal est la promesse de constituer en France, à partir de nos services d'études, un centre de recherche du niveau le plus élevé. Aucun spécialiste averti ne nie le retard que l'Europe a pris dans ce domaine sur la technique américaine. Aucun ne s'illusionne, non plus, sur le temps, sur le nombre de techniciens encore à former, sur l'énormité des moyens qu'il faudra rassembler, pour combler ce retard. Cette Société nous offre le raccourci susceptible de donner à la France, dans ce domaine, une avance sur tout autre pays européen. Ce faisant, noue serions en mesure, dans les plus brefs délais, et aux moindres frais pour la Communauté nationale, de répondre au souci du Gouvernement d'avoir, dans un secteur jugé fondamental, un instru​ment à prédominance nationale. Il va de soi que cet objectif serait d'autant mieux atteint que les pouvoirs publics marqueraient davantage leur volonté de maintenir avec notre Société, ainsi élargie, les rapports de coopération dont ils avaient accepté le principe et que nous sommes prêts à faire accep​ter à la Société américaine, eu égard aux intérêts fondamentaux dont le Gou​vernement à la charge. Un autre bénéfice, enfin, serait celui des devises que cette combinaison permettrait d'assurer à l'entreprise.

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Les ventes actuelles de BULL hors de France dépassent déjà 150 millions de francs. L'alliance envisagée devrait accroître rapidement cette somme en raison des ventes supplémentaires qu'elle permettrait, soit à des filiales européennes devenues plus puissantes, soit au client considérable que deviendrait la Société américaine elle-même. Que l'on fasse le bilan de l'opération sur le plan de la Compagnie ou sur le plan national, il apparaît, avec une évidence aveuglante, qu'elle constitue, dans la situation où nous sommes, une chance inespérée. Non seulement, elle consoliderait l'avenir immédiat de la Compagnie, elle sauvegarderait la situation de son personnel, de ses 35.000 actionnaires en France et hors de France, elle renforcerait le prestige d'une Société française internationalement connue, mais elle lui donnerait les meilleures possibilités de prospérer. Non seulement, elle n'empêcherait pas la France de garder dans un secteur essentiel l'avance que, grâce à BULL, elle avait prise, maie elle lui permettrait de consolider sa position et d'en assurer à notre pays tous les bénéfices, notamment sur le plan de la Défense Nationale, dans des cadres à déterminer avec les Administrations intéressées. En tant que principal responsable de la Compagnie, je considère donc qu'il est de mon devoir de tout faire pour que cette solution soit retenue et mise en oeuvre dans les meilleurs délais. Je ne me sens pas le droit de courir le moindre risque qu'une chance aussi exceptionnelle nous échappe, à moins d'une intervention décidée très massive et immédiate des pouvoirs publics, intervention dont on ne peut limiter la durée. Votre établissement, vos principaux collaborateurs et vous même, monsieur le Directeur Général, avez apporté à notre Compagnie, tout au long de son existence, et spécialement au cours de ces derniers mois, un appui si total et si compétent que j'ai, personnellement, la

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conviction que sans lui notre Société n'aurait surmonter les difficultés qu'elle a rencontrées.

pu

C'est cette oeuvre commune que je vous demande de défendre aujourd'hui en m'aidant, de toute votre autorité, à faire aboutir, au mieux de l'ensemble des intérêts français, les idées que j'ai exprimées dans cette lettre. Je vous prie de croire, monsieur le Directeur Général, l'assurance de ma considération très distinguée. Joseph Callies ------------------------------------------------------------Paris, le 2 Janvier 1964. COMPAGNIE DES MACHINES BULL PARIS LE PRÉSIDENT DIRECTEUR GÉNÉRAL

Monsieur le Premier Ministre Hôtel Matignon 57, rue de Varenne Paris VIIème

Monsieur le Premier Ministre, Au moment où vous voulez bien vous saisir personnellement du problème de Bull, je souhaiterais porter à votre connaissance deux documents qui me paraissent propres à éclairer le Gouvernement.

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Le premier est la lettre que nous a adressée le 18 Décembre une très grande société américaine. Elle contient une offre précise et définit les principes d'une politique de coopération étroite avec Bull. Elle appelle, certes, une mise au point minutieuse. Elle nécessite donc une négo​ciation complémentaire qui pourrait commencer immédiatement et s'achever à bref délai. Mais ni notre interlocuteur ni nous-mêmes ne voulons l'aborder sans connaître la position des autorités françaises. Nous sommes assurés de la volonté des dirigeants de cette société d'aboutir à un accord qui soit non seulement satisfaisant pour Bull mais agréable au Gouvernement dont les préoccupations sont connues. Nous sommes certains, aussi, de leur détermination de conclure sans retard une alliance de ce genre soit avec nous, soit avec un autre partenaire européen momentanément tenu en réserve. Le second est la lettre que j'ai adressée à Monsieur Reyre, le 23 décembre, pour préciser mon attitude en face de cette offre. Je n'aurais rien à y ajouter aujourd'hui si Monsieur Reyre ne m'avait fait part du souci que vous avez marqué, au cours d'un récent entretien, de voir Bull conserver un caractère aussi exclu​sivement français que possible. Cette déclaration précédait, il est vrai, la proposition concrète de la société américaine qui tient compte de cette préoccu​pation. Elle me conduit, cependant, à préciser mon opinion sur les chances et difficultés d'une solution excluant cette offre. Cette opinion résulte non de vues théoriques mais d'une expérience réelle car cette solution est celle-même qu'au su des pouvoirs publics j'ai essayé de promouvoir. Mon but était de faire de Bull, préalablement consolidé en France et dans ses filiales, le centre d'un groupement européen plus vaste. Ce projet était ambitieux et je n'en ai jamais sous-estimé les difficultés. Mais il me paraissait imposé à la fois par l'expansion prodigieuse du marché, par l'ampleur des

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capitaux à mettre en jeu, par le retard technique de l'Europe sur les Etats-Unis et, enfin, par la taille du principal concurrent. Cet objectif a été partiellement atteint. Bull possède aujourd'hui un réseau commercial qui est le second en Europe par son importance et par sa qualité. Elle a rassemblé des équipes de recherches d'une valeur reconnue. Elle s'est dotée d'usines modernes. Elle a aussi renforcé en France ses liens avec des sociétés amies. Dans le même temps, elle a entamé, avec plusieurs grandes sociétés européennes qui partageaient ses vues, des conversations qui se sont révélées encourageantes. Malheureusement, depuis quelques mois la situation de 1a Compagnie s'est dégradée. Laissée à ses seules forces en face d'un adversaire démesuré, elle paye aujourd'hui un développement accéléré et subit les effets d'une évolution technique trop rapide. Elle connaît donc, comme d'ailleurs la plupart de ses rivales européennes et américaines, de sérieuses difficultés, en particulier sur le plan financier. Cette évolution, jointe au fait nouveau redoutable que constitue l'entrée sur le marché de 1a grande société qui nous sollicite, a considérablement affaibli les chances de succès de notre projet. Deux points méritent, au surplus, d'être soulignés : Le premier est q’un groupement comme celui envisagé est condamné à devenir plus étroit ou à disparaître. Au début, il aurait, dans une très large mesure, sauvegardé l'indépendance de Bull, du moins sur son territoire national. Mais la mise en commun progressive et inéluctable des forces d'études de chaque participant aurait fini par poser le même problème que la participation américaine. Le second est que, dans notre esprit comme dans celui de nos interlocuteurs, le groupement européen devait

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obligatoirement, dans un monde où les frontières économiques tendent à disparaître, déboucher sur le marché des Etats-Unis qui reste prépondérant. Nous n'envisagions pas de le faire autrement qu'on nous appuyant sur une puissante société américaine. L'offre qui nous est faite aujourd’hui pourrait donc renverser l'ordre des étapes sans modifier, nécessaire​ment, le résultat final. Bull et donc la France, restant le pivot de toute l'opération, ne pourraient que gagner à ce changement. Si la proposition américaine devait, pour des raisons qui dépassent notre niveau, être refusée, c'est en tout cas l'autre approche qu'il faudrait reprendre. Aucune solution étroitement française n'a de chances, j'en ai l'absolue conviction, de réussir durablement faute des capitaux et surtout des ressources techniques nécessaires. On peut imaginer, dans cette hypothèse, qu'une intervention massive et immédiate des pouvoirs publics, notamment sur le plan financier et administratif, puisse permettre à Bull de retrouver une position assez solide pour poursuivre ce dessein ? Je voudrais le croire et je suis, naturellement, prêt à concourir de toutes mes forces à ce redressement. Mon expérience me porte à craindre que l'Etat n'éprouve de grandes difficultés à exercer un tel rôle. L'aide modeste qu'il nous avait, depuis quelques mois, laissé espérer - commandes d'études, contrats de gestion, appui financier - demeure d'application lente et incertaine. Il n'y a là, en y réfléchissant, rien que de normal. L'Etat, c'est en fait les divers services qui ont à faire appliquer une décision. Ils doivent obéir à des règles précises. Ils possèdent un pouvoir d'appréciation qu'ils ont le devoir d'exercer. Les techniciens se prévalent dans leur domaine propre d'une liberté de jugement qu'on peut difficilement enfreindre. Enfin, le Gouvernement a bien d'autres problèmes qui dépassent en importance le nôtre et, parfois, le compliquent : par exemple, celui de la

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lutte contre l'inflation avec les restrictions de crédit, les suspensions de commandes qu'elle entraîne. Comment garantir, dans ces conditions, que l'action nécessaire sera menée avec l'ampleur, la promptitude, la continuité voulues ? Or, la situation de la société dont j'ai la charge est grave au point d'imposer, dans les tout prochains jours, une décision pleinement efficace quelle qu'elle soit. Ce qui a été édifié en France et hors de France a, encore aujourd'hui, une valeur considérable. L'offre américaine, l'empresse​ment des sociétés européennes le prouvent. Mais l'affaire Bull est plus vulnérable qu'une autre car elle repose sur une triple confiance : celle de nos cadres, sollicités de toutes parts ; celle de nos clients, légitimement épris de sécurité; celle de nos banquiers, lourdement mis à contribution. Les signes de disparition de cette confiance commencent à se multiplier de façon alarmante. Autant la construction a été lente, autant la désagrégation peut être rapide. L'édifice entier risque de s’abattre en entraînant de grands désordres en France et à l'étranger. Ce serait sans profit pour personne sinon pour nos concurrents dont aucun n'est français. Cette menace constitue pour moi l'unique préoccupation. L'offre de la société américaine permet d'y faire face. Elle est concrète, positive et peut avoir un effet immédiat. Elle est respectueuse de l'intérêt national. Elle est pleine de promesse pour l'avenir. Elie peut devenir dangereuse si l'Etat nous laisse agir en nous retirant tout appui. La disproportion des forces des deux partenaires deviendrait trop évidente. Si, au contraire, l'Etat nous apporte un soutien qui, dans ce cas, serait surtout moral, nous pouvons espérer maintenir durablement la position européenne prédominante que cette offre, fondée sur une participation minoritaire, nous assure au départ. Combien plus périlleuse, à mon avis, serait la

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situation où se trouveraient non seulement Bull mais toute l'industrie française des calculateurs si nous devions affronter demain, sans forces suffisantes, un nouvel adversaire géant, suscité par notre refus, et luttant contre celui qui existe déjà ! La responsabilité qui m'incombe à l'égard des quinze mille membres du personnel de la Compagnie, comme visà-vis de ses trente cinq mille actionnaires, m'oblige, en tout cas, à faire connaître clairement mon choix. J'ai donc l'honneur de demander, avec la plus extrême insistance, que le Gouvernement ne nous oblige pas à rejeter cette offre, s'il n'a la certitude de pouvoir mettre effectivement en place, dans les délais voulus et aussi longtemps qu'il le faudra, une solution donnant les mêmes chances d'avenir à Bull, tout en sauvegardant mieux l'intérêt supérieur du pays. Je vous prie de Premier ministre, considération. Joseph Callies -------------------------MINISTERE DES FINANCES ET DES AFFAIRES ECONOMIQUES REPUBLIQUE FRANÇAISE LE CHARGÉ DE MISSION AUPRÈS DU MINISTRE PARIS, le 6 janvier 1964. PERSONNELLE Monsieur le Président, Comme suite à la conversation que j'ai eue ce matin bien vouloir agréer, monsieur le les assurances de ma très haute

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avec votre Secrétaire et à l'entrevue que vous avez eue, le 27 décembre dernier, avec M. GISCARD d'ESTAING, j'ai l'honneur de vous rappeler que le Gouvernement manifeste les plus grandes réserves à l'égard du projet de participation d'une grande société américaine dans le capital de la Compagnie des Machines BULL. Je vous prie de bien vouloir noter et faire connaître à vos interlocuteurs que, pour effectuer une telle opération, un accord du Ministre des Finances sera nécessaire et qu'en l'état actuel des choses il n'est pas dans ses intentions de le donner. Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de ma considération distinguée. M. PONIATOWSKI Monsieur Joseph CALLIES. Président Directeur Général de la Compagnie des Machines BULL, 94, avenue Gambetta; PARIS (20°) ------------------------------Cette réponse du Ministère n'était pas formelle car Mr. Giscard d'Estaing voulait, avant de donner une réponse définitive, recevoir le rapport qu'il avait demandé à Mr. J.P. Delcourt (Prési!dent Directeur Général de la Sté Nationale des Pétroles d'Aquitaine), à Mr. Dominique Leca (Président du groupe des Compagnies d'Assu!rances de l'Union) et à Mr. Lauré (Directeur Général du Crédit National) de lui présenter sur la situation de Bull, sur les conditions du marché des calculateurs et connaître leurs suggestions sur les concours qui devraient être apportés à la Cie des Machines Bull pour qu'elle puisse poursuivre son exploitation et son développe!ment en dehors de toute entente avec un groupe américain. Il ne semble pas que les conclusions de ce rapport aient été très positives car le Gouvernement ne prenait toujours pas sa déci!sion et retardait l'envoi de sa réponse.

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Pendant ce temps la publicité faite autour des difficultés fi!nancières de la Compagnie conduisait la clientèle, tant en France qu'à l'étranger, à se poser beaucoup de questions et à manifester une méfiance croissante envers les propositions qui lui étaient pré!sentées. La crainte d'une intrusion trop marquée de l'Etat Français sur la Direction de Bull avait une influence néfaste sur le plan com!mercial, en particulier sur les marchés d'exportation. C'est dans ces conditions que Mr. Joseph Callies adressait le 25Janvier 1964 une nouvelle lettre à Monsieur le Premier Ministre qui voulut bien lui répondre quelques jours après. On trouvera ci-après la reproduction de ces deux lettres. ----------------------------Paris, le 25 Janvier 1964. COMPAGNIE DES MACHINES BULL PARIS LE PRÉSIDENT DIRECTEUR GÉNÉRAL

Monsieur le Premier Ministre Hôtel Matignon 57, rue de Varenne Paris VIIème

Monsieur le Premier Ministre, J'ai eu l'honneur, par ma lettre du 2 Janvier, de soumettre à votre examen la proposition que nous avons reçue de la General Electric et j'y attirais votre attention sur l'urgence des décisions à prendre, soit pour défendre au mieux 1es intérêts français dans le cas d'un accord avec cette société américaine, soit pour permettre la réalisation d'une solution entièrement française.

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La seule réponse que j'ai reçue à ce jour est la lettre du 6 Janvier de Monsieur Poniatowski, Directeur du Cabinet du Ministre des Finances, me demandant de « faire connaître à nos interlocuteurs que, pour effectuer une telle opération, un accord du Ministre des Finances sera nécessaire et qu'en l'état actuel des choses il n'est pas dans son intention de 1e donner ». Depuis lors, j’ai sollicité des entretiens auprès des diverses Administrations, car je n’ai jamais été convoqué depuis l’audience du 27 décembre où j’avais remis au Ministre des Finances la lettre de proposition américaine. Au cours de ces entretiens, je n’ai jamais été saisi d’une proposition tant soit peu formulée d’une solution entièrement française. Par contre, l’immobilisme auquel nous avons été conduits pendant cette période, et les nombreux articles de presse plus ou moins fondés sur notre situation et sur les intentions prêtées au Gouvernement, ont gravement altéré la confiance de nos clients et de nos banquiers français et étrangers. Ils risquent de compromettre dangereusement les conditions d’une association avec le groupe américain qui nous avait pressentis. Tous ces atermoiements ont mis sur la place publique, en France et à l’étranger, les graves difficultés rencontrées pour échafauder la solution française valable que je sollicitais dans ma lettre du 2 janvier. La confiance dans l’aboutissement en temps voulu d’une solution entièrement française valable est maintenant trop entamée pour que je puisse penser qu’elle a encore une réelle chance de succès. L’édifice Bull commence à vaciller. Des cadres de valeur sont débauchés par la concurrence. L’enregistrement des commandes baisse dans des proportions dramatiques. Nous sommes exposés à un dépôt de bilan de notre société et, corrélativement, à celui

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de plusieurs de nos filiales, ayant très probablement pour conséquence la reprise du réseau commercial Bull à l’étranger pour une somme dérisoire par le seul acheteur possible : la General Electric. Etant donné l'extrême gravité de cette situation, je vous demande l'autorisation de tenter de sauver ce qui peut encore être sauvé en négociant, dans les délais les plus courts et aux meilleures conditions possibles, un accord avec General Electric. Je me permets d'insister auprès de vous pour que, grâce à votre appui et malgré les graves atteintes portées ces dernières années à notre crédit et à notre fonds de commerce, vous mettiez Bull dans la position la plus favorable pour aboutir dans ces accords à la solution préservant au mieux l'ensemble des intérêts français en cause. Au cas où vous me refuseriez cette autorisation, ce qui ne me permettrait plus d’exercer mes responsabilités essentielles de Président, et ce du fait des décisions du Gouvernement qui aurait alors à prendre en charge leurs conséquences, je serais contraint d’exposer immédiatement cette situation à mon Conseil d’Administration convoqué pour le lundi 3 Février pour qu’il en tire les conclusions qui en découlent, et d’en informer les actionnaires. En effet, j'estime que toute autre solution que celle résultant d'un accord avec la General Electric est maintenant dépassée Mais je ne puis accepter que mon jugement ou ma personne soit un obstacle à la réalisation d’une autre solution et encore moins que je sois rendu responsable des conséquences très graves pour la Société du retard apporté du fait du Gouvernement à la mise au point d’une solution satisfaisante. Je vous prie de Premier Ministre, considération bien vouloir agréer, Monsieur le les assurances de ma très haute

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Joseph Callies
------------------------N° 7085

Le Premier Ministre
Paris, le 29 janvier 1964 Monsieur le Président, Par lettre en date du 25 janvier vous vous étonnez que le Gouvernement n’ait pas encore donné une réponse positive à la demande que vous lui aviez adressée le 2 janvier concernant l’entrée de la Société General Electric dans le capital de la Compagnie des Machines Bull. Vous soulignez les très graves conséquences qu’un tel retard pourrait avoir sur la situation de cette dernière Société dont vous allez jusqu’à envisager le dépôt de bilan. Ainsi que vous le savez, le Gouvernement, dès qu’il a été informé de la situation, a entrepris une enquête approfondie pour voir dans quelles conditions pourrait être résolue la crise que traverse votre Compagnie. Pour des raisons sociales et nationales, il est impossible en effet que nous nous désintéressions du sort d’une entreprise de cette importance dans un secteur aussi capital que celui des calculateurs électroniques. Toutefois, il importait à la fois de mesurer toute la réalité de la crise et l’importance des moyens propres à la conjurer. Vous voudrez bien ne pas vous étonner du fait qu’il ait fallu quelque trois semaines au Gouvernement pour « faire le tour » d’une situation dont il semble qu’il ait fallu des mois, sinon des années au Président Directeur Général et au Conseil d’administration pour en prendre conscience.

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J’ai attendu le retour de Monsieur le Ministre des Finances en voyage en Union Soviétique, pour provoquer une réunion qui fixera définitivement la position gouvernementale en la matière. Je ne manquerai pas de vous tenir informé immédiatement de cette position. Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de mes sentiments distingués. Georges Pompidou A Monsieur Joseph Callies Président Directeur Général de la Compagnie des Machines Bull. ------------------Dans sa réponse, Monsieur le Premier Ministre semble oublier les différentes démarches faites depuis plusieurs mois, tant auprès de lui qu’auprès du Ministre des Finances ; en particulier il ne semble pas vouloir se souvenir du rapport qui avait été remis à son Chef de Cabinet au mois d’octobre 1963. Les Administrateurs de la Compagnie des Machines Bull furent évidemment tenus au courant de cet échange de correspondance ; ils se réunissaient en séance officielle le 3 février 1964 pour examiner la situation et, pour couper court aux bruits plus ou moins fantaisistes qui circulaient, décidèrent de publier le communiqué suivant : « Le Président Directeur Général de la Cie des Machines Bull a fait connaître au Conseil qu’il venait d’être informé par le Ministre des Finances que celui-ci prendrait incessamment position sur l’ensemble du problème Bull. « Le Conseil a décidé, dans ces conditions, de se réunir à nouveau dès que cette prise de position lui aura été communiquée. « Mr Joseph Callies communique en outre que la General Electric a confirmé par câble le maintien de ses propositions de collaboration. » C’est le lendemain, 4 février 1964, que Mr Giscard d’Estaing écrivait à la Cie des Machines Bull pour lui signifier son refus d’accorder l’autorisation qui avait été sollicitée, « craignant qu’en autorisant aujourd’hui General Electric à participer pour 20% dans le capital de la Cie des Machines Bull, elle n’arrive en quelques années à en prendre la majorité. »

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Le Ministre des Finances et des Affaires Economiques
Paris, le 4 février 1964 N° 8878 Monsieur le Président, Au cours des entretiens que vous avez eus récemment avec moi-même et mes Services, ainsi que par votre lettre du 2 janvier adressée à Monsieur le Premier Ministre, vous avez bien voulu exposer que vous vous proposiez de solliciter l’autorisation administrative nécessaire pour que la GENERAL ELECTRIC COMPANY prenne une participation dans la Compagnie des Machines Bull sous la forme d’une augmentation de capital de 140 millions de francs entièrement réservée à la Société américaine. Après avoir procédé à un examen de cette proposition, compte tenu de l’ensemble des problèmes actuellement étudiés par mon administration au sujet de l’avenir de votre société, j’ai l’honneur de vous faire connaître qu’il ne me paraît pas possible d’accorder l’autorisation sollicitée. Je vous prie de bien vouloir faire part de cette décision à la Société GENERAL ELECTRIC, en lui marquant que les Autorités françaises ont été sensibles à l’esprit de parfaite correction dans lequel cette société avait été amenée à vous faire sa proposition de prise de participation. Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma considération distinguée. V. Giscard d’Estaing Monsieur Joseph CALLIES. Président Directeur Général de la Compagnie des Machines BULL, 94, avenue Gambetta; PARIS (20°)

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CHAPITRE V L’ALTERNATIVE « Et le chemin est long du projet à la chose » Molière – Le Tartuffe Après la réception de la lettre du 5 Janvier 1964 du Minis!tère des Finances, on savait que celui-ci "manifestait les plus grandes réserves" à l'égard du projet de participation d'une grande société américaine dans le capital de la Cie des Machines Bull et que dans ces conditions il y avait peu d'espoir d'obtenir l'autorisa!tion sollicitée. Mais il existait d'autres moyens de conclure un accord avec General Electric qui, d'après la réglementation en vigueur, ne né!cessitaient pas d'autorisations gouvernementales. C'est pour les exposer à General Electric que Mr. Vieillard et Mr. Ginier-Gillet partaient pour New-York le 21 Janvier afin d'y rencontrer Mr. J.D. Lockton. Plusieurs projets furent envisagés qui tenaient compte de la valeur attribuée par General Electric aux dif!férentes filiales de Bull hors de France dont le capital pouvait être facilement augmenté sans nécessiter, évidemment, d'autorisation du Gouvernement Français. Certaines opérations mobilières et immobi!lières pouvaient aussi être conclues sans autorisations particulières. Certes ces projets étaient loin d'être au point et bien des difficultés restaient à surmonter, notamment celles qui découlaient des accords en vigueur entre Bull et R.C.A. Les perspectives d'accord étaient pourtant encourageantes. Mr. J.D. Lockton n'avait- il pas envoyé à Mr. Joseph Callies le câble suivant : ( traduction) Joseph Callies - 14, Avenue de Breteuil - Paris General Electric vous confirme qu'elle est très impatiente d'arriver à un accord

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avec Bull, avec l'approbation du Gouvernement Fran!çais. Les problèmes qui se dressent devant un accord entre nos deux sociétés sont d'une telle importance et d'une telle complexité que, en dépit des excellents progrès qui ont été faits dans le temps accordé, i1 reste encore quelques questions à résoudre et nous es!pérons qu'une solution favorable sera finalement trouvée et qu'une décision définitive pourra être rapidement prise par notre Direction dès le 14 Février. Sincèrement vôtre - John Lockton. Messieurs Vieillard et Ginier-Gillet revenaient à Paris au moment même ou était reçue la lettre officielle de refus du 4 Février signée par Mr. Giscard d'Estaing. C'est quelques jours plus tard (le10 Février) que Bull devait seulement avoir connaissance de la solution suggérée par la Banque de Paris et des Pays-Bas "pour résoudre la crise financière de la Compagnie des Machines Bull dans un cadre français", dont le texte avait été établi sans que les Dirigeants de Bull aient été appelés à donner leurs avis.

10 février 1964 COMPAGNIE DES MACHINES BULL ---------------------SOLUTION DECIDÉE par les POUVOIRS PUBLICS pour RÉSOUDRE la CRISE de la COMPAGNIE dans un CADRE FRANCAIS. ---------------------L'Etat français est prêt à apporter un important concours à la COMPAGNIE des MACHINES BULL - celui-ci se situant à la fois sur le plan de l'exploitation et sur celui du financement - pour autant, d'une part, que la structure du capital de cette Compagnie et les conditions de sa gestion soient modifiées et, d’autre part, que les banques acceptent de geler une partie de leurs crédits, de réduire leurs agios et de garan​tir une importante augmentation de capital en numéraire dans le public. Les dispositions essentielles sont les suivantes : 1/- Assemblée Générale Extraordinaire décidant :

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a)- Une augmentation de capital au pair de 35 millions réservée à un Groupe comprenant essentiellement la C.S.F., la C.G.E., la Banque de Paris et des Pays-Bas et la Caisse des Dépôts et Consignations. b)Attribution de parts bénéficiaires aux actionnaires actuels, d'une part, et à l'Etat, d'autre part, leur donnant droit chacun pour moitié à 30% des superbénéfices. Ces parts n'auraient plus de valeur au bout de 15 ans et pourraient être rachetées au bout de 5 ans par attribution de actions de la COMPAGNIE des MACHINES BULL. c)- Aussitôt après, augmentation de capital au pair dans le public, garantie par le pool bancaire de la Compagnie, de 1 action pour 1. 2/- Remaniement du Conseil d'Administration de BULL de façon à ce que celui-ci comporte désormais 4 membres du Conseil actuel et 8 membres désignés par le Groupe auquel aura été réservée la première augmentation de capital. Désignation sur proposition de ce Groupe du Président et du Directeur général. 3/- Engagement des banques : a)- De geler pendant 5 ans leurs crédits à court et moyen termes à concurrence de 191 millions et de réduire sur ces crédits le montant de leurs agios. b)- D'accorder à la Compagnie un concours à moyen terme de 35 millions amortissable sur 5 ans. 4/- Engagement de l'Etat : a)- De donner sa garantie aux financements nouveaux dont pourrait avoir besoin BULL pendant les 5 ans à

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venir, et ce à concurrence de 650 millions. b)- De passer à la Compagnie pendant 5 ans des marchés spéciaux d'études sans contrepartie, d'un minimum annuel de 30 millions, ce montant pouvant être augmenté à partir de 1965 pour se rapprocher, si la situation de BULL le justifie, d’un montant annuel de 45 millions considéré comme un objectif souhaitable. c)- De se substituer aux banques étrangères qui pourraient éventuellement renoncer à financer en partie ou en totalité le matériel importé et les filiales étrangères. d)- De ne pas faire obstacle à l'exécution des mesures de concentration des usines et de compression ou de conversion du personnel que la Direct1on jugerait nécessaire et de prendre les dispositions en son pouvoir pour en atténuer les répercussions. e)- D'encourager l'achat ou la location par les Administrations fran​çaises d'équipements français pour le traitement de l'informa-tion. Les divers engagements pris par l'Etat et les banques ne seraient maintenus que dans la mesure où la répartition du Conseil d’Administration de la Compagnie prévue au paragraphe 2/ ne serait pas modifiée. -----------------------

Etant donné la décision et la ferme volonté de GeneraI Electric de rentrer en force sur le marché des calculateurs électro!niques aux Etats-Unis comme en Europe, ne pas traiter avec elle, c'était pour la Cie des Machines Bull non seulement se priver d'un appui technique des plus importants (que les sommes qui devaient être mises à sa disposition par le Gouvernement Français ne rem!plaçaient pas), mais encore de voir se dresser contre elle un nou!veau concurrent dont on ne pouvait sous-estimer la puissance. Il restait encore quelques heures avant que ne fut reçu l'ul!timatum du Ministre

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des Finances d'avoir à signer un protocole basé sur la solution dite française dont on venait d'avoir connais!sance ; il fallait en profiter pour reprendre contact avec General Electric et recevoir d'elle une offre ferme basée sur une des solu!tions qui avaient été envisagées quelques jours plus tôt à New!-York. Le 12 Février Mr. Vieillard repartait à New-York et revenait à Paris 48 heures après, porteur de cette offre, signée par Mr. Lockton avec l'accord du Chairman et du Président de General Electric. Mais cette offre ne devait être remise au Conseil d’Administration de Bull que si auparavant celui-ci admettait le principe de pouvoir refuser les conditions que le Ministre des Finances voulait imposer. Le samedi 15 Février 1964, Mr. Joseph Callies était convo!qué au Ministère des Finances ou il devait retrouver Mr. Reyre, Mr. Ambroise Roux et Mr. Ponte. On lui présentait un protocole qui n'était que la mise en forme de la solution dont il avait eu connais!sance quelques jours avant. Etant donné la situation financière très grave de la Compagnie et devant le refus du Ministre des Finances d'envisager toute autre solution, Mr. Joseph Callies ne crut pas pouvoir prendre la responsabilité de ne pas parapher avec les trois personnes citées plus haut, le protocole suivant : PROTOCOLE RELATIF à la COMPAGNIE DES MACHINES BULL A la suite d'une demande de concours financier présentée au CREDIT NATIONAL en Décembre 1963 par la Compagnie des Machines BULL, ci-après appelée "la Compagnie", les problèmes posés par la situation de cette dernière ont été examinés en liaison avec les Pouvoirs Publics, par les représentants de la Compagnie, de la Banque de Paris et des Pays-Bas agissant comme chef de file de ses banquiers, de la Compagnie Générale de Télégraphie sans Fil (C.S.F.), de la Compagnie Générale d'Electricité (C.G.E.). Il a été convenu, entre les parties intéressées, qu'il était nécessaire pour apporter, dans un cadre français, une solution aux problèmes de la Compagnie : - de confier la gestion de la Compagnie à un nouveau groupe détenant 20 % environ du capital, - d'assainir la situation financière de la Compagnie

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par l'imputation sur ses réserves de ses pertes certaines et par une augmentation substantielle de son capital, - d'assurer pendant cinq ans dans des conditions privilégiées, le financement des besoins nouveaux de la Compagnie, - d'alléger, pendant la même période, par des dispositions de caractère exceptionnel, les charges d'exploitation de la Compagnie. Dans cet esprit, un accord est intervenu entre les parties intéressées, sur les dispositions suivantes : 1. Une assemblée générale des actionnaires de la Compagnie sera réunie dans les délais les plus brefs, à laquelle il sera proposé de décider : a)une augmentation de capital au pair de 35 millions réservée aux Sociétés ou organismes suivants : - Groupe constitué par la C.S.F., la C.G.E., la Banque de Paris et des Pays-Bas ..... 20 millions - Caisse des Dépôts et Consignations ..... 10 " - Autres Etablissements de crédit 5 " -----------35 millions b) la création de parts bénéficiaires donnant droit à 30 % des superbénéfices de la Compagnie pendant quinze années à l'expiration desquelles elles perdraient tout droit; ces parts seraient attribuées pour moitié aux actionnaires actuels, en contrepartie de l'abandon de leurs droits de souscription préférentiels à l'augmentation du capital visée à l'alinéa a), et pour moitié à l'Etat en contrepartie de divers concours qui lui sont demandés dans un document annexe au présent protocole; ces parts pourraient être

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, au bout de cinq ans, échangées contre des actions de la Compagnie suivant des conditions à déterminer à l'époque d'un commun accord entre les représentants dûment mandatés des actionnaires visés à l'alinéa a), des porteurs de parts et de l'Etat et qui seront soumises aux Assemblées compé​tentes. c) une deuxième augmentation de capital au pair, en numéraire, de une action pour une, garantie par les banques du pool, à laquelle les actionnaires visés au paragraphe a) souscri​raient pour leur part. Les actions détenues par le groupe d'actionnaires désignés à l'alinéa a) seraient nominatives et ne pourraient, jusqu'au 31 Décembre 1968, être cédées à des tiers qu'avec l'accord unanime des participants de ce Groupe. Toutefois, les Etablissements de crédit et, à concurrence de 5 millions, la Caisse des Dépôts et Consigna​tions, cèderaient, par priorité, sous réserve de l'accord des autres actionnaires visés a l'alinéa a), les actions qu'ils se trouveraient ainsi détenir aux entreprises industrielles qui désireraient participer au capital de la Compagnie. Il sera proposé à l'Assemblée Générale des actionnaires de remanier le Conseil d'Administration de telle sorts que les deux tiers des membres représentent le groupe d'actionnaires prévu au paragraphe l.a) et un tiers le groupe qui détient actuellement le contrôle de la Compagnie. Les divers engagements pris dans le présent protocole seraient caducs si la composition du Conseil d’Admi​nistration était modifiée sans l'agrément de tous les actionnaires visés au paragraphe l.a). 3. Les résultats de l'exercice 1963 seront arrêtés, compte tenu des assainissements nécessaires, d'un commun accord entre les deux groupes d' actionnaires

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visés au paragraphe précédent ou par un expert indépendant auquel les deux groupes convien​draient de faire appel. 4. Les banques s'engagent à maintenir à leur niveau actuel, pendant cinq ans, les crédits à court terme et à moyen terme qu'elles ont consentis à la Compagnie avant le 1er Décembre 1963. a)elles s'engagent à renouveler jusqu'au 31 décembre 1968 les crédits consentis pour le financement du fonds de roulement, soit : Crédit de trésorerie Crédit de préfinancement à l'exportation ... 24 Total 30 millions " -------------54 millions

Cet engagement est subordonné à l'accord de la Banque de France sur le renouvellement de ces crédits et leur mobilisation dans les conditions actuelles. b) les banques s'engagent à consentir à la Compagnie de nouveaux crédits à moyen terme pour le financement de ses immobilisations ou du matériel nouveau mis en location à concurrence d'un montant annuel égal aux amortissements des crédits à moyen terme actuellement consentis, soit : En En En En 1964 1965 1966 1967 28 millions 49 " 40 " 20 " -----------Total .... 137 millions

Ces crédits à moyen terme seront déterminés de façon que le montant total des crédits de ce type mis à la dispo​sition de la Compagnie soit maintenu au chiffre global de 137 millions jusqu'au 31 Décembre 1968, leur amortissement s'effectuera ensuite sur une période de

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quatre ans. Cet engagement des banques est subordonné à l'accord du CREDIT NATIONAL et de la Banque de France sur l'octroi et la mobilisation des nouveaux crédits à moyen terme. c) le groupe visé au paragraphe l.a) s'engage à recourir dans toute la mesure du possible, comme c'était le cas jusqu'ici, au financement par les banques étrangères des filiales à l'étranger et du matériel importé. Les banques françaises dont les succursales ou filiales à l'étranger contribuent au financement des importations de matériel de la Compagnie ou à des besoins de ses filiales étrangères s'engagent à faire tous leurs efforts pour que ces concours continuent à être apportés dans le même esprit que précédemment et sous réserve des mêmes facilités de mobilisation locale. a) pendant les années 1964 et 1965, le coût des crédits visés au paragraphe précédent sera calculé de la manière suivante : - le coût du crédit à court terme mobilisable et du crédit de préfinancement à l'exportation sera au maximum supérieur de 0,50% du taux d'escompte de la Banque de France (T.B.), - le taux du crédit à court terme non mobilisable sera au maximum supérieur de 1 point à T.B., - le coût du crédit à moyen terme sera au maximum supérieur de 0,50% au taux de réescompte du Crédit National majoré de la commission de confirmation perçue par cet Etablissement. b) à l'expiration de cette période, les banques se concerte​ront avec l'Administration pour examiner si la ​ situation de la Compagnie permet le retour à des conditions de crédit normales, ou justifie la

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prorogation pendant trois ans des conditions spéciales prévues à l'alinéa précédent, ou l'application d'un régime intermédiaire à définir. Le concours à long et moyen terme de 45 millions sollicité par la Compagnie en Décembre 1963 sera aménagé de la manière suivante : a) un montant de 10 millions sera accordé sous forme de prêt ou emprunt à long terme, b) un montant de 35 millions sera accordé par les banques du pool sous forme d'un crédit à moyen terme réescompta​ble auprès du Crédit National, et dont le ​ remboursement s'échelonnera linéairement jusqu'à fin 1968. Cet engagement des banques est subordonné à l'accord du Crédit National et de la Banque de France sur l'octroi et la mobilisation de ce crédit. Il sera demandé à la Banque de France que ce crédit ne soit pas assujetti aux mesures actuellement prises, ou qui pourraient éventuellement intervenir, en vue de limiter l'accroissement des crédits distribués par les banques à leur clientèle. 7. La Compagnie engagera des négociations avec LOCABULL en vue d'aboutir à la résiliation des contrats passés entre les deux Sociétés. 8. Les parties signataires du présent protocole demandent d'autre part à l'Etat de bien vouloir prendre diverses dispositions destinées à faciliter le fonctionnement de la Compagnie et le financement de ses besoins au cours des cinq années à venir. Les engagements pris par les parties signataires sont subordonnés à l'accord du Gouvernement sur ces dispositions, qui sont énumérées dans un document annexe. Signatures :

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Compagnie des Machines BULL Banque de Paris et des Pays-Bas, tant pour elle-même qu'au nom du pool bancaire dont elle est chef de file Compagnie Générale d'Electricité C.S.F.-Compagnie Générale de Télégraphie sans Fil -------------------------ENGAGEMENTS QUE LES SIGNATAIRES DU PROTOCOLE RELATIF A LA COMPAGNIE DES MACHINES BULL SOUHAITERAIENT VOIR PRENDRE PAR L'ETAT

1° / a)- L'Etat s'engagerait à accorder sa garantie, dans la limite d'un montant de 650 millions, aux emprunts ou crédits émis au cours de la période 19641968 pour le financement des immobilisations de la Compagnie et des équipements nouveaux mis en location par celle-ci et restant sa propriété. Ce montant comprend celui de dix millions de francs prévu au paragraphe 6°/, alinéa a) du protocole. Le montant de ces emprunts ou crédits a été calculé en supposant que leur amortissement s'échelonnerait en moyenne sur une dizaine d'années; si la durée effective d'amortissement s'avérait sensiblement différente, le montant des emprunts à garantir par l'Etat pourrait être modifié en conséquence. b)-Au cas où des banques étrangères refuseraient de renouveler les crédits qu'elles accordent à la Compagnie pour le financement de ses filiales à l'étranger ou du matériel importé, le financement de remplacement serait assuré, avec la garantie de l'Etat, en supplément des 650 millions prévus à l'alinéa a), ou

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par des crédits garantis par la COFACE, dans la mesure ou la transformation des conditions de vente du matériel Bull à l'étranger le permettrait. c)-En sûreté des moyens de financement ainsi apportés, l'Etat prendrait les garanties suivantes : . hypothèque de premier rang sur tous les biens immeubles libres d'hypothèques de la Compagnie et hypothèques de second rang sur les autres ; . nantissement du fonds de commerce de la Compagnie, et chaque fois que ce sera possible, des matériels de production et des matériels fabriqués et loués, . nantissement des titres appartenant à la Compagnie et pouvant être nantis. L'Etat ne se refuserait pas à examiner la possibi​lité ​ de renoncer à certaines des sûretés et garanties prévues ci-dessus dans le cas où cela serait nécessaire pour permettre des cessions d’éléments d’actifs concourant à l’assainissement de la situation de la Compagnie. Ces garanties ne seront partagées qu'avec les créanciers de la Compagnie bénéficiant d'une clause de partage des garanties du fait d'un contrat antérieur à la date du présent protocole. 2°/- a) L’Etat s'engagerait à passer avec la Compagnie pendant les années 1964 à 1968, en supplément des contrats dont bénéfi​cierait normalement l'industrie ​ électronique des marchés spéciaux d'études et de développement d'un montant annuel minimum de 30 millions de francs pour des objets conformes au programme des activités de la Compagnie. Si la situation de la Compagnie le justifiait, l'Etat s'efforcerait d'accroître au cours des exercices 1965 à 1968 le montant annuel de ces marchés spéciaux, pour le rapprocher autant que possible du chiffre de 45

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millions considéré comme nécessaire par le groupe visé au paragraphe 1°/ a) du protocole. b)- L'Etat renoncerait, en ce qui concerne ces marchés spéciaux, à faire jouer les clauses qui lui permettraient éventuellement de revendiquer tout ou partie de la propriété industrielle des études correspondantes. 3°/- L'Etat prendrait les mesures nécessaires pour que les commandes de matériel électronique pour le traitement de l'infor​mation passées par les administrations publiques et, dans toute la mesure du possible, par les entreprises et établissements publics nationaux, la Sécurité Sociale et les collectivités locales, soient précédées d'une consultation des principaux constructeurs de ce type de matériel et soient équitablement réparties entre ceux-ci, en prenant en considération les soucis du Gouvernement de favoriser dans ce domaine le développement du potentiel national de recherche technique et de création industrielle. 4°/- L'Etat s'engagerait à ne pas faire obstacle à l'exécution des mesures de concentration des usines et de compression ou de conversion de personnel que la nouvelle direction jugerait nécessaires, ainsi qu'à prendre toutes dispositions en son pouvoir pour atténuer les répercussions sociales qui seraient la conséquence de ces mesures. 5°/ L'Etat ferait en sorte que la Caisse des Dépôts et Consignations et les Etablissements de crédit visés au paragraphe 1 alinéa a, du protocole participent aux augmentations de capital de la Compagnie à concurrence des montants prévus, pour chacun d'eux, au paragraphe l dudit protocole. 6°/- Les divers engagements de l'Etat prévus au présent document seraient caducs si la composition du Conseil d'Administration de la Compagnie prévue au paragraphe 2°/ du protocole était modifiée sans l'agrément de

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l'Etat. --------------------------Sitôt après la signature de ce protocole, le Ministère des Finances donnait à la presse le communiqué suivant : LE MINISTERE DES FINANCES COMMUNIQUE : Mr. Callies, Président Directeur Général de la Compagnie des Machines Bull et Mr. Reyre, Directeur Général de la Banque de Paris et des Pays-Bas, ont été reçus aujourd'hui au Ministère des Finances. Ils ont exposé la solution qu'ils préconisent aux problèmes de financement créés par le développement de la Compagnie des Machines Bull. Il est rappelé que le Ministère des Finances a été saisi de ces problèmes le 6 Décembre 1963 par la société elle-même et par la Banque de Paris et des Pays-Bas agissant comme chef de file de ses banquiers. Par la suite, la Compagnie des Machines Bull a présenté au Gouvernement une demande tendant à autoriser une importante prise de participation d'une firme américaine dans son capital. Pour des raisons tenant à l'importance de l'industrie en cause et à son ave!nir, le Gouvernement a estimé qu'il ne pouvait donner son accord à une telle participation. Cette décision a été portée à la connaissan!ce du Président Directeur Général de la Compagnie des Machines Bull par le Ministre des Finances le 4 Février 1964. Le nouveau projet exposé aujourd'hui au Ministre des Fi!nances et qui sera nécessairement soumis pour ratification aux Conseils d' Administration des Sociétés intéressées, vise à régler les problèmes de la Compagnie des Machines Bull dans un cadre français, sans méconnaître la vocation mondiale de cette entreprise. Il repose sur l'introduction dans la Société d'un nouveau groupe as!sociant deux importantes entreprises du secteur de l'électronique et divers établissements bancaires. Il suppose en outre que des con!cours publics seraient apportés à la Société, notamment sous forme de

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facilités financières et de contrats d'études. Il n'exclut pas une collaboration ultérieure de la Compagnie avec des Sociétés indus!trielles étrangères intéressées au même secteur d'activité. ------------------------------------------------------On ne peut s'empêcher de souligner le second paragraphe de ce communiqué où la solution préparée par la Banque de Paris et imposée par le Ministre des Finances est présentée comme ayan été aussi préconisée par la Compagnie des Machines Bull. Immédiatement convoqué par son Président, le Conseil d'administration de la Cie des Machines Bull se réunissait le lundi 17 Février ; Mr. Joseph Callies mit ses collègues au courant du pro!tocole qu'il avait dû signer l'avant-veille au Ministère des Finances et du résultat du voyage de Mr. Vieillard à New-York. Voici des extraits du procès verbal de cette réunion : Monsieur Joseph Callies passe alors au point principal de l'ordre du jour qui concerne la situation de la Compagnie. Il fait savoir que le Conseil d'Administration doit faire son choix maintenant entre deux solutions, qui sont les suivantes : La première est l'offre de participation de la Société américaine, General Electric Company. (G.E) Il donne alors la parole à Monsieur Georges Vieillard qui revient des EtatsUnis et expose ainsi qu'il suit le contenu de l'offre de G.E. : G.E. est prête à souscrire immédiatement une augmentation de capi!tal réservée de 700.000 actions au cours de 160 francs, ce qui lui donnerait une participation de 20 % du capital. En même temps G.E. souscrirait au fur et à mesure des besoins et dans les mêmes conditions que ci-dessus des obligations convertibles lui permet!tant d'acquérir ainsi dans l'avenir 750.000 actions pour porter sa participation à 34 %. D'autre part, G.E., pour doter les filiales commerciales étrangères - y compris la Bull Holding S.A. - des moyens financiers nécessai!res à leur développement, serait prête à souscrire des augmentations de capital de ces dernières, de façon à doubler immédiatement leur capital social. Enfin G.E. consentirait à la Compagnie des Machines Bull ou à ses filiales et

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ce, au fur et à mesure de leurs besoins, un prêt de 85 mil!lions de francs sous la forme d'obligations de deuxième rang. Dans le cas où des aménagements substantiels seraient obtenus concernant les obligations de la Compagnie des Machines Bull ré!sultant d'accords précédents, G.E. serait prête à renoncer au rem!boursement de ce prêt, ce qui assimilerait cette somme à une prime d'émission des actions précédemment souscrites par elle. Par ailleurs, G.E. accepte la constitution d'une Société séparée, spécialement chargée de tous les marchés intéressant les matériels spéciaux destinés à la Défense Nationale. G.E. a l'intention de confier aux usines françaises de la Compagnie la fabrication pour la France, l'Europe et les Etats-Unis de certains matériels de grande série. Monsieur Georges Vieillard ajoute qu'il s'agit d'une offre ferme et que, si le Conseil acceptait cette proposition, il pourrait présenter immédiatement l'accord écrit de G.E. ; il fait savoir en outre que 3 membres de la Direction de G.E. sont prêts à partir dès le soir même pour Paris afin de parapher cet accord, leur Consei1 d'Administration leur en ayant donné le pouvoir au cours de sa séance du Vendredi 14 Février. Le Conseil, à l'unanimité, remercie alors chaleureusement Monsieur Georges Vieillard pour le splendide résultat de ses négociations avec G.E. Monsieur Joseph Callies fait observer que l'offre ainsi reçue est la confirmation indiscutable de la place éminente que la Compagnie des Machines Bull a su acquérir sur le plan mondial. Cette proposi!tion est très intéressante pour le personnel français de la Compa!gnie ; elle assure une activité grandissante de ses filiales étran!gères; elle donne à la Compagnie des nouveaux moyens techniques et financiers pour se placer sur le plan de la concurrence interna!tionale et poursuivre son essor. Monsieur Joseph Callies ajoute alors que le Gouvernement français lui a signifié officiellement son interdiction formelle d'accepter cette offre de participation américaine dans le capital social de la Compagnie et lui a imposé en revanche une autre solution. Cette solution lui a été présentée le Samedi 15 Février par Monsieur le Directeur de Cabinet de Monsieur le Ministre des Finances, sous la forme d'un

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protocole que Monsieur Joseph Callies a été obligé de parapher, conjointement avec les représentants de la Banque de Paris et des Pays-Bas, de la Compagnie Générale d'Electricité (C.G.E.) et de la CSF - Compagnie Générale de Télégraphie sans Fil. Monsieur Joseph Callies donne alors lecture au Conseil dudit pro!tocole. Monsieur Joseph Callies fait observer au Conseil que la solution ainsi imposée à la Compagnie est, de beaucoup, moins intéressante à tous égards, spécialement sur le plan technique, que la solution "G.E.", aussi bien pour l'avenir de la Compagnie que pour son personnel, ses créanciers ou ses actionnaires. Cependant, il considère qu'il faut se mettre en face des réalités et, qu'en dépit des domma!ges ainsi causés à la Compagnie, on ne peut faire autrement que d'accepter ce protocole. C'est dans cet esprit qu'il l'a signé, étant observé que la position du Gouvernement lui a été signifiée formellement tant par la lettre officielle en date du 4 Février 1964 du Ministre des Finances, que par la confirmation verbale qui lui en fut faite le Samedi 15 Février 1964 au Ministère des Finances. Monsieur Joseph Callies demande alors successivement à Monsieur le VicePrésident et aux administrateurs de faire connaître person!nellement leur avis. Monsieur Pierre Callies, Vice-Président du Conseil d'Administra!tion prend alors la parole et déclare ce qui suit : « Messieurs les Administrateurs, Vice-Président de la Compagnie des Machines Bull, j'ai un devoir à remplir en votre nom à tous : celui de remercier notre Président Joseph Callies d'avoir abouti dans la transaction en cours avec la General Electric et dont nous l'avions chargé dans notre réunion du 7 Janvier. Monsieur Georges Vieillard, assisté de Monsieur Pierre Ginier-Gillet, a été le principal auteur de cette réussite avec la compétence et l'adresse que nous lui connaissons. Cette entrée à la Compagnie des Machines Bull d'une des plus im!portantes Sociétés américaines assurait dans les meilleures condi!tions la poursuite de la magnifique expansion technique et commer!ciale de la Compagnie sur le plan mondial, ou elle est déjà forte!ment établie. Monsieur le Président, malgré les lettres pressantes des 2 et 25 Janvier à Monsieur le Premier Ministre, n'a pu obtenir l'agrément des Pouvoirs Publics au bon fonctionnement de cet accord.

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Plusieurs entrevues ont eu lieu dans les Ministères entre le Prési!dent et Monsieur Georges Vieillard et les Ministres et les Fonction!naires intéressés, sans succès. Le 15 Février a été signé par notre Président le protocole qu'il nous propose de ratifier, sous la forme d'un accord qui est bien loin d'avoir la solidité et l'efficacité de celui que nous proposions. Mais je ne vois pas comment notre Président dans les circonstan!ces actuelles pouvait se soustraire à cette solution gouvernemen!tale qui nous est imposée. Il faut donc nous incliner ; néanmoins, vous permettrez à un des fon!dateurs de la Compagnie, dont il a suivi, année par année, le déve!loppement remarquable dans les conditions parfois difficiles, sans l'aide à laquelle elle avait droit de la part de l'Etat pour les recher!ches scientifiques, et souvent soumise durement par l'Adminis!tration à des concurrences fâcheuses, avec une puissante société étrangère ancrée sur notre territoire, vous lui permettrez donc, Messieurs, de protester contre la solution forcée qui lui est imposée. Nous suivons notre Président dans la décision qu'il a dû prendre, et je forme les voeux pour que la société se montre digne de l’im!mense effort accompli depuis 30 années, et donne travail et satis!faction au personnel que nous lui laissons. " Monsieur Raoul Hermieu approuve avec émotion l'hommage ainsi rendu et les compliments faits à Monsieur Georges VieilIard et à toute l'équipe qui a concouru au succès de la Compagnie des Machi!nes Bull ; il regrette que la solution G.E. soit inapplicable et donne à Monsieur Joseph CalIies son entier accord sur ce qu'il a fait. Monsieur Jacques Bassot évoque la fondation de la Compagnie, il y a plus de trente ans, faite sous le signe d'une bataille industrielle française contre un monopole américain. Il ne pourrait donc à priori qu'être favorable à la solution dite française. Mais les conditions de la compétition mondiale ont profondément changé et celle-ci n'est plus viable. La proposition américaine apporte au contraire la consé!cration de trente ans d'efforts et de victoires. C'est sous la contrain!te qu'il se déclare d'accord pour la solution Gouvernementale. Monsieur Remy Schlumberger ratifie la position prise par Monsieur Joseph Callies pour le bien de la Compagnie. Il l'assure de sa fidé!lité et de son respect dans les circonstances dramatiques d'aujour!d'hui. Il pense qu'une fois les passions apaisées, l'histoire confir!mera que la solution internationale était la

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meilleure, mais que devant la pression du gouvernement, il était réaliste de s’incliner. Monsieur Guy Le Bret est d'accord avec Monsieur Joseph Callies. Toutefois, il regrette qu'on présente la seconde solution comme un sauvetage de la Compagnie, alors que l'offre américaine parlait à plus juste titre de l'expansion de Bull. Il félicite Monsieur Joseph Callies de ses efforts et des résultats obtenus. Monsieur Georges Vieillard considère que Monsieur Joseph Callies s'est trouvé placé sous la contrainte et ne pouvait faire autrement que de signer. Monsieur Louis Bricard remercie Monsieur Joseph Callies de ses efforts exceptionnels, car les deux solutions présentées sont l’une et l'autre les meilleures que l'on pouvait espérer, chacune dans son cadre. Il reste que l'offre de G.E. était assurément beaucoup plus intéressante pour la Société ; mais comme la position du Gouverne!ment français était extrêmement nette, il se rallie à l'accord donné par Monsieur Joseph Callies et le remercie d'avoir eu le courage de prendre une décision aussi pénible. Monsieur André Knutsen pense que l'offre de G.E. était la meilleure mais que la Compagnie n'a pas le choix; i1 donne donc son accord sur le protocole et espère que la Bull pourra, malgré tout, continuer son expansion passée. Monsieur François Paturle représentant la S.A. Aussedat-Pont de Claix, est entièrement d'accord avec Monsieur Joseph Callies. Monsieur Jacques Callies fait remarquer que la solution dite "fran!çaise" est un grave préjudice causé à la Compagnie, que les prêts du Gouvernement de plus de 1 milliard de F ne parviendront pas à diminuer l'avance que les techniques américaines ont prises sur les françaises, et que ces sommes représentent une dépense d'environ 100.000 F par employé ce qui est démesuré. Il estime que le para!graphe 2 du protocole devrait être amendé pour que la Compagnie puisse garder une dynamique de progrès dans son personnel, la no!mination, sans contrôle de l'ancien groupe, de 8 Administrateurs du nouveau Groupe pouvant entraîner des départs nombreux dans le personnel de la Compagnie, ce qui serait la fin de la solution dite « française ». Monsieur Roger Schulz déclare qu'il a vécu de très près les évène!ments et les négociations de ces dernières semaines, ce qui lui a permis de voir grandir tous les jours son estime et sa respectueuse amitié pour Monsieur Joseph Callies. Il partage l'avis des autres Administrateurs qu'on se trouve devant une situation de fait ; en conséquence, et en se plaçant sur un plan concret, il estime que

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Monsieur Joseph Callies a eu raison de signer le protocole. Monsieur Joseph Callies remercie très vivement tous les adminis!trateurs. Il espère que le choix ainsi fait ne sera pas préjudiciable à la Compagnie. Il croit en effet que la solution adoptée est viable, mais il craint qu'elle n'apporte un ralentissement de l'expansion de la Compagnie, s'il y a même une expansion. Suspendue à 18 h 30, la séance est reprise le Mercredi 19 Février à 16 heures 30 sous la présidence de Monsieur Joseph Callies. Tous les Administrateurs sont présents, à l'exception de Monsieur Louis Bricard, souffrant, qui s'est fait excuser. Le Comité d'Entre!prise est représenté par ses deux délégués, Messieurs Yves Brette et André Stepho. Monsieur Joseph Callies déclare alors au Conseil qu'il se considère comme n'étant plus en mesure d'exercer son autorité du fait des dé!cisions prises par Monsieur le Ministre des Finances. Dans ces conditions, il demande au Conseil d'Administration de le décharger de ses fonctions de Président Directeur Général. Monsieur Georges Vieillard demande à Monsieur Joseph Callies que, malgré le sacrifice moral que cela représente, il accepte de rester provisoirement Président du Conseil d'Administration. Sur la pression amicale du Conseil tout entier, Monsieur Joseph Callies veut bien accepter de, conserver la présidence du Conseil d'Administration, jusqu'à la conclusion des prochaines Assemblées Générales des actionnaires. Il fait savoir alors qu’il pourrait déléguer pendant cette période ses fonctions de Directeur Général à un Administrateur en application de la clause de l’article 15 des statuts ainsi rapportée : « Dans le cas où le Président est dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions, il peut déléguer tout ou une partie de celles-ci à un Administrateur ; cette délégation doit toujours être donnée pour une durée limitée. » Il demande au Conseil de désigner cet Administrateur. Le Conseil, après en avoir délibéré, approuve Monsieur Joseph Callies et décide, sur la proposition de ce dernier, que cette délégation soit offerte à Monsieur Roger Schultz. Cette décision est prise à l’unanimité des voix, sauf celle de ce dernier qui s’est abstenu. Monsieur Roger Schultz fait savoir qu’il ne lui est pas possible d’accepter une telle délégation en raison des fonctions qu’il occupe par ailleurs ; en revanche,

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il veut bien assumer une mission de coordination générale des activités de la Compagnie et de liaison avec le nouveau groupe des futurs actionnaires. Après en avoir délibéré, le Conseil d’Administration décide alors à l’unanimité, sur la proposition de Monsieur Joseph Callies, de charger Monsieur Roger Schultz d’assurer, en qualité de Conseil du Président, une mission de coordination générale des activités de la Compagnie et de liaison avec le groupe des cosignataires du protocole du 15 février. Monsieur Roger Schultz déclare qu’il accepte cette mission, qu’il accomplira au côté et comme Conseil de Monsieur Joseph Callies. - -------------A la fin de ce conseil d’Administration, La Cie des Machines Bull donnait à la Presse le communiqué suivant : COMMUNIQUÉ DE LA COMPAGNIE DES MACHINES B U L L

Le Conseil d'Administration, après avoir pris connaissance de la proposition faite par une Société américaine, constate que, malgré son grand intérêt, celle-ci ne peut être retenue an raison du refus signifié par le Ministère des Finances. Le Conseil a approuvé le protocole paraphé par son Président conjointement avec la C.S.F. (Compagnie Générale de télégraphie sans Fil), la Compagnie Générale d'Electricité et la Banque de Paris et des Pays-Bas. Par application de ce protocole, le Conseil a décidé de convoquer très pro​chainement une Assemblée Générale Extraordinaire à l'effet de statuer sur : 1°) Une augmentation de capital en numéraire de F. : 35.000.000 par l'émission au pair de 700.000 actions nouvelles dont la souscription sera réservée à la

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C.S.F., à la C.G.E., à la Banque de Paris et des PaysBas, et à des Etablissements Publics et de Crédit. 2°) La création de parts bénéficiaires, devant être réparties moitié aux actions anciennes en contrepartie de l'abandon du droit de souscription, et moitié à l'Etat en rémunération de divers concours, ces parts donnant droit à 30% des superbénéfices pendant 15 ans. 3°) L'autorisation conférée au Conseil d'Administration, à l'effet de réaliser une seconde augmentation de Capital de F. : 175.399.100 à F. : 350.798.200, par émission au pair, contre espèces, de 3.507.982 actions nouvelles, dont la souscription sera réservée aux propriétaires des actions représentant le capital porté à 175.399.100 à raison d'une action nouvelle pour une action ancienne possédée. D'autre part, Monsieur Roger SCHULZ, administrateur la Compagnie, a été chargé d'assurer, en qualité Conseil du Président, une mission temporaire coordination générale des activités de la Compagnie de liaison avec le groupe des co-signataires protocole. - - - - - - - - - - La décision prise par le Conseil d'Administration de la Cie des Machines Bull fut immédiatement portée à la connaissance de Mr. J.D. Lockton, et la proposition écrite qu'il avait remise à Mr. Vieillard fut renvoyée à General Electric, par l'intermédiaire de Mr. Warfield, avocat de Bull à New-York. Mr. J.D. Lockton devait lui déclarer qu'il avait déjà eu con!naissance de la décision du Gouvernement Français et lui expri!mer "la consternation que Messieurs, Phillippe, Borch, Cross et lui! même avaient ressentie en apprenant cette nouveI1e." "Bul devait ajouter Mr. J.D. Lockton, est une magnifique société et nous regretterons toujours de n'avoir pu faire cette asso!ciation. Telefunken et Olivetti avec lesquels nous aurons à nous associer probablement très prochainement, n'apportent pas à General Electric ce que Bull lui offrait, c'est-à-dire une organisation hors de pair et des techniciens de valeur. de de de et du

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"Bull, continuait Mr. J.D. Lockton, a prouvé par ses 1.300 installations de machines à cartes perforées en France, en dépit du fait que le Gouvernement Français ait accordé 80% de ses com!mandes à I.B.M., la qualité de ses équipements et la supériorité sur I.B.M. de son service d'entretien et de son organisation commerciale. "Les difficultés de Bull proviennent de la transition des machines à cartes perforées aux calculateurs électroniques. L'avan!ce technique et technologique des USA, et en particulier de General Electric, est telle qu'aucune autre société européenne, par ses pro!pres moyens, ne rattrapera ce retard. La chance des sociétés améri!caines, reconnaît Mr. J.D. Lockton, est d'avoir été aidées dans leurs recherches pendant ces quinze dernières années par le Gou!vernement américain. Toutes les grandes sociétés américaines peu!vent faire concurrence à I.B.M. dans le domaine du "data processing" car techniquement elles en ont les moyens, mais beaucoup de ces sociétés n'ont pas de capitaux suffisants. Or General Electric a aujourd'hui 600 millions de dollars de trésorerie liquide et son pro!gramme consiste à les investir. Notre décision est prise ; nous allons investir ces 600 millions de dollars dans le data processing en Europe et nous serons d'ici sept ans le deuxième dans ce do!maine, immédiatement après I.B.M. "La magnifique organisation commerciale de Bull, non seu!lement en France mais à l'étranger, aurait pu nous assurer un déve!loppement plus rapide. Les usines Bull en France auraient pu cons!truire non seulement pour l'Europe mais aussi pour les Etats-Unis, car General Electric, qui n'est pas spécialisée dans le domaine de la carte perforée, a grandement besoin de ces équipements et, à titre indicatif, Mr. J.D. Lockton précise que General Electric paye à I.B.M. onze millions de dollars par an de location ; ce matériel aurait pu être remplacé par du matériel Bull. "Maintenant, ajoute Mr. J.D. Lockton, que je connais mieux Mr. Vieillard et les Dirigeants de la Cie des Machines Bull, je vous demande de leur transmettre toute l'admiration et toute la grande estime de General Electric pour leur oeuvre, ainsi que mon amitié personnelle. "Nous regretterons ensemble que le Gouvernement Français nous ait enlevé cette chance unique de faire de Bull une grande société internationale. C'est une ironie du sort que de constater cette opposition à nos projets d'association, alors que les précé!dents gouvernements semblent s'être complètement désintéressés de Bull. Nous aurons le regret de nous retrouver dans d'autres circonstances. Monsieur Warfield devait alors demander à Mr. J.D. Lockton si, dans le cas ou

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la position du Gouvernement Français devait pro!chainement évoluer et favoriser un rapprochement Bull - General Electric, la porte de General Electric resterait encore ouverte et Mr. J.D. Lockton de répondre par l'affirmative mais en précisant bien que General Electric ne pourrait pas attendre bien longtemps. Retour sommaire

CHAPITRE VI LA C.S.F ET LA C.G.E.

"Que diable allai (en) t-il (s) faire dans cette galère ? MOLIÈRE. Les fourberies de Scapin

Le 15 Février 1964, au Ministère des Finances, Mr. Ponte pour la C.S.F. et Mr. Ambroise Roux pour la C.G.E. avaient donc signé avec Mr. Joseph Callies le protocole de la solution "dite française". Personne ne niait que dans la course technique effrénée des calculateurs électroniques de gestion, la Cie des Machines Bull n'avait pas les moyens de soutenir seule la concurrence des grands constructeurs américains et c'est d'ailleurs pour cette raison qu'elle recherchait l'appui de la General Electric. Le Ministère des Finances s'était opposé à la solution amé!ricaine envisagée, et par le protocole du 15 Février avait cru trouver une solution française qui mettait en réalité la Cie des Machines Bull sous la dépendance de la Banque de Paris et des Pays-Bas. Quelle était donc l'aide technique que la C.S.F. et la C.G.E. pouvaient apporter à Bull dans le domaine des calculateurs électro!niques de gestion ? A cette époque la C.S.F. ne touchait ce domaine, indirecte!ment d'ailleurs, que par l'intermédiaire d'une de ses filiales, la Compagnie européenne d'Automation Electronique (C. A. E.) dont elle ne possédait que 42% des actions. Une filiale

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de la Cie Finan!cière de Suez en possédait 16 % et les 42 % restants avaient été attribués à la société américaine Thomson-Ramo-Wolldrige en rému!nération de l'apport qu'elle avait fait à cette société de ses brevets et de sa technique. Les machines dont s'occupait la C.A.E. étaient uniquement des machines d'automation industrielle c'est-à-dire toutes différentes dans leur conception comme dans leur emploi des machines de gestion que construisait la Cie des Machines Bull. De son côté, la C.G.E. ne s'intéressait aussi qu'aux machi!nes d'automation électroniques et ce par l'intermédiaire de sa sous-filiale la C.E.G.I.S. qui travaillait sous licence de la société américaine "Scientific Data System". Ainsi donc pour régler les problèmes de la Cie des Machines Bull "dans un cadre français", lui imposait-on l'entrée de "deux importantes entreprises du secteur électronique" en faisant une double erreur, sur la nationalité de leurs apports techniques et sur le domaine de ces apports. Le concours financier que devait apporter l'Etat à la Cie des Machines Bull était certes très important, mais ne résolvait rien sur le plan technique ni sur le plan commercial : il permettait de traverser une crise financière mais ne donnait aucune perspective pour l'avenir car il ne permettait pas de rattraper le retard techni!que. Comme il n'y avait aucune autre solution financière possible, il fallait bien que la Cie des Machines Bull poursuive dans la voie imposée par le fameux protocole. Ce dernier, paraphé par Bull, la Banque de Paria et des Pays-Bas, la C.S.F. et la C.G.E. ne portait ni paraphe, ni signature du Ministre des Finances. Pour obtenir l'engagement formel de l'Etat, il fallut donc que les quatre signataires du Protocole adres!sent au Ministère des Finances une lettre officielle reprenant les différents points du protocole. C'est ce qu'ils firent le 2 Mars et le Ministre des Finances devait leur répondre deux jours après. Enfin le 12 Mars Monsieur le Premier Ministre confirmait l'acceptation par l'Etat des engagements pris par le Ministre des Finances.

Monsieur le Ministre des Finances et des Affaires Economiques Paris, le 2 mars 1964,

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Monsieur le Ministre, A la suite d'une demande de concours financier de 45 millions de francs qu'a présentée au Crédit National la Compagnie des Machines BULL, les problèmes que pose la situation de cette Société vous ont été exposés le 6 Décembre I963. Le Président Directeur Général de la Compagnie des Machines BULL vous a indiqué ultérieurement qu'une Société améri​caine se proposait de prendre une participation au capital de la Compagnie ; il a exprimé le désir que le Gouvernement donne son agrément à cette opération et il a déclaré que celle-ci permettrait de résoudre sans l'aide de l'Etat les problèmes techniques et fi​nanciers de cette Compagnie. Par lettre du 4 Février I964 vous avez fait connaître au Président Directeur Général de la Compagnie des Machines BULL qu’il ne vous paraissait pas possible d'accorder l’autorisation sollicitée pour la réalisation de ce projet. Au surplus, le désir du Gouvernement de voir les problè​mes de la Compagnie résolus dans un cadre français a été maintes fois affirmé. Ces problèmes ont été examinés en liaison avec les Pouvoirs Publics par les représentants de la Compagnie des MACHINES BULL, de la BANQUE DE PARIS et des PAYSBAS agissant comme chef de file du pool bancaire de la Compagnie, de la C S F - Cie DE TELEGRAPHIE SANS FIL, et de la Cie GENERALE d'ÉLECTRICITÉ. Nous avons l’honneur de vous faire connaître ci-après les mesures qui nous paraissent devoir être prises pour sauvegarder l'avenir de la Compagnie. Ces mesures ont recueilli l'accord de toutes les parties intéressées, en raison de l'intérêt, souligné par le Gouvernement, que présentent pour l'économie du pays le maintien et le développe​ment de l'activité de

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la Cie des MACHINES BULL. Toutefois, ces dispositions ne pourraient être appliquées que si l'Etat acceptait de prêter son concours à la mise en oeuvre du programme de redressement ainsi élaboré.

I. Il a été convenu, entre les parties intéressées, qu'il était nécessaire pour apporter, dans un cadre français, une solution aux problèmes de la Compagnie : - de confier la gestion de la Compagnie à nouveau groupe détenant 20% environ du capital, un

- d'assainir la situation financière de la Compagnie par l'impu​tation sur ses réserves de ses pertes certaines et par une augmentation substantielle de son capital, - d'assurer pendant cinq ans, dans des conditions privilégiées, le financement des besoins nouveaux de la Compagnie, - d'alléger, pendant la même période, par des dispositions de caractère exceptionnel, les charges d'exploitation de la Compagnie. Dans cet esprit, un accord est intervenu intéressées, sur les dispositions suivantes : 1. entre

Une assemblée générale des actionnaires de la Compagnie sera réunie dans les délais les plus brefs, à laquelle il sera proposé de décider :

a) une augmentation de capital au pair de 35 millions réservée aux Sociétés ou organismes suivants : - Groupe constitué par la C.S.F., la C.G.E., la Banque de Paris et des Pays-Bas millions 20

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- Caisse des Dépôts et Consignations et autres Etablissements de Crédit millions --------35 millions.

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b) la création de parts bénéficiaires donnant droit à 30 % des superbénéfices de la Compagnie pendant quinze années à l'expiration desquelles elles perdraient tout droit ; ces parts seraient attribuées pour moitié aux actionnaires ac​tuels, en contrepartie de l'abandon de leurs droits préfé​rentiels de souscription à l'augmentation du capital visée à l'alinéa a), et pour moitié à l'Etat en contrepartie de divers concours qui lui sont demandés ci-après ; ces parts pourraient être, à tout moment au cours de l'exercice 1969, échangées contre des actions de la Compagnie suivant des conditions à déterminer à l'époque d'un commun accord entre les représentants dûment mandatés des actionnaires visés à l'alinéa a) , des porteurs de parts, et de l'Etat et qui se​raient soumises aux Assemblées compétentes. o) une deuxième augmentation de capital au pair, en numéraire, de une action pour une, garantie par les banques du pool, à laquelle les actionnaires visés au paragraphe a) souscriraient pour leur part. Les actions détenues par le groupe d'actionnaires désignés à l'alinéa a) seraient nominatives et ne pourraient jusqu'au 31 décembre 1968, être cédées à des tiers qu'avec l'accord unanime des participants de ce Groupe. Toutefois, les Etablissements de crédit et la Caisse des Dépôts et Consignations cèderaient par priorité, à concur​rence de 15 millions, sous réserve de l'accord des autres ac​tionnaires visés à l'alinéa a), les actions qu'ils se trouve​raient ainsi détenir aux

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entreprises industrielles qui désire​raient participer au capital de la Compagnie. d) Cette deuxième augmentation de capital sera effectuée dès que la Direction du Trésor et les Banques estimeront que les con​ditions du marché le permettront. Elle pourra avoir lieu en une ou deux tranches. Si elle est effectuée en une seule tranche, cette opération devra avoir lieu au plus tard le 31 décembre 1964. Si elle est effectuée en deux tranches, une première tranche, égale à la moitié au moins de l'opération totale, devra être émise au plus tard le 31 octobre 1964, la seconde tranche devant dans cette hypothèse être émise au plus tard le 31 décem​bre 1965. Ces dates limites pourront être reportées si la Direction du Trésor et les Banques l'estiment d’un commun accord souhaitable. 2. Il sera proposé à l'Assemblée Générale des actionnaires de rema​nier le Conseil d'Administration de telle sorte que les deux tiers des membres représentent le groupe d’actionnaires prévu au para​graphe 1. a) et un tiers le groupe qui détient actuellement le contrô1e de la Compagnie. 3. Les résultats de l'exercice 1963 seront arrêtés, compte tenu des assainissements nécessaires, d'un commun accord entre les deux groupes d'actionnaires visés au paragraphe précédent ou par un expert indépendant auquel les deux groupes conviendraient de fai​re appel. 4. Les banques s'engagent à maintenir à leur niveau actuel, pendant cinq ans, les crédits à court terme et à moyen terme qu'elles ont consentis à la Compagnie avant le 1er décembre 1963. a) elles s'engagent à renouveler jusqu'au 31

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décembre 1968, les crédits consentis financement du fonds de roulement, soit : Crédit de trésorerie Crédit de préfinancement à l’exportation

pour

le

30 millions 24 millions ------------total 54 millions

Cet engagement est subordonné à l'accord de Banque de France sur le renouvellement de ces crédits et leur mobilisa​tion dans les conditions actuelles. b) les banques s'engagent à consentir à la Compagnie de nou​veaux crédits à moyen terme pour le financement de ses im​mobilisations ou du matériel nouveau mis en location à concurrence d'un montant annuel égal aux amortissements des crédits à moyen terme actuellement consentis, soit : En En En En 1964 1965 1966 1967 28 millions 49 " 40 " 20 " -----------Total .... 137 millions

Ces crédits à moyen terme seront déterminés de façon que le montant total des crédits de ce type mis à la dispo​sition de la Compagnie soit maintenu au chiffre global de 137 millions jusqu'au 31 Décembre 1968, leur amortissement s'effectuera ensuite sur une période de quatre ans. Cet engagement des banques est subordonné à l'accord du CREDIT NATIONAL et de la Banque de France sur l'octroi et la mobilisation des nouveaux crédits à moyen terme. c) le groupe visé au paragraphe l.a) s'engage à recourir dans toute la mesure du possible, comme c'était le cas jusqu'ici, au financement par les

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banques étrangères matériel importé.

des

filiales

à

l'étranger

et

du

Les banques françaises dont les succursales ou filiales à l'étranger contribuent au financement des importations de matériel de la Compagnie ou à des besoins de ses filiales étrangères s'engagent à faire tous leurs efforts pour que ces concours continuent à être apportés dans le même esprit que précédemment et sous réserve des mêmes facilités de mobilisation locale. 5.a) pendant les années 1964 et 1965, le coût des crédits visés au paragraphe précédent sera calculé de la manière suivante : - le coût du crédit à court terme mobilisable et du crédit de préfinancement à l'exportation sera au maximum supérieur de 0,50% du taux d'escompte de la Banque de France (T.B.), - le taux du crédit à court terme non mobilisable sera au maximum supérieur de 1 point à T.B., - le coût du crédit à moyen terme sera au maximum supérieur de 0,50% au taux de réescompte du Crédit National majoré de la commission de confirmation perçue par cet Etablissement. b) à l'expiration de cette période, les banques se concerte​ront avec l'Administration pour examiner si la ​ situation de la Compagnie permet le retour à des conditions de crédit normales, ou justifie la prorogation pendant trois ans des conditions spéciales prévues à l'alinéa précédent, ou l'application d'un régime intermédiaire à définir. 6. Le concours à long et moyen terme de 45 millions sollicité par la Compagnie en Décembre 1963 sera aménagé de la manière suivante : a) un montant de 10 millions sera accordé sous forme de

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prêt ou emprunt à long terme, b) un montant de 35 millions sera accordé par les banques du pool sous forme d'un crédit à moyen terme réescompta​ble auprès du Crédit National, et dont le ​ remboursement s'échelonnera linéairement jusqu'à fin 1968. Cet engagement des banques est subordonné à l'accord du Crédit National et de la Banque de France sur l'octroi et la mobilisation de ce crédit. Il sera demandé à la Banque de France que ce crédit ne soit pas assujetti aux mesures actuellement prises, ou qui pourraient éventuellement intervenir, en vue de limiter l'accroissement des crédits distribués par les banques à leur clientèle. 7. La Compagnie engagera des négociations avec LOCABULL en vue d'aboutir à la résiliation des contrats passés entre les deux Sociétés. 8. Les divers engagements, prévus ci-dessus, des banques et des actionnaires désignés au paragraphe I l - a de la présente lettre seraient caducs si la composition du Conseil d' Administration de la Compagnie prévue au paragraphe I. 2 ci-des​sus était modifiée sans l'agrément de ces mêmes actionnaires. Toutefois, l'engagement de mettre en oeuvre le plan que nous venons de vous exposer, est subordonné à l'accord du Gouver​nement sur diverses dispositions qui seraient prises par l'Etat en vue de faciliter le fonctionnement de la Compagnie et le financement de ses besoins au cours des cinq années à venir : 1. a)- L'Etat s'engagerait à accorder sa garantie, dans la limite d'un montant de 650 millions, aux emprunts ou crédits émis au cours de la période 1964-1968 pour le financement des immobilisations de la Compagnie et des équipements nouveaux mis en location par celle-ci et restant sa propriété. Ce montant comprend celui de dix millions de francs prévu au § I,6 ci-dessus

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Le montant de ces emprunts ou crédits a été calculé en supposant que leur amortissement s'échelonnerait en moyenne sur une dizaine d'années; si la durée effective d'amortissement s'avérait sensiblement différente, le montant des emprunts à garantir par l'Etat pourrait être modifié en conséquence. b)-Au cas où des banques étrangères refuseraient de renouveler les crédits qu'elles accordent à la Compagnie pour le financement de ses filiales à l'étranger ou du matériel importé, le financement de remplacement serait assuré, avec la garantie de l'Etat, en supplément des 650 millions prévus à l'alinéa a), ou par des crédits garantis par la COFACE, dans la mesure ou la transformation des conditions de vente du matériel Bull à l'étranger le permettrait. c)-En sûreté des moyens de financement ainsi apportés, l'Etat prendrait les garanties suivantes : . hypothèque de premier rang sur tous les biens immeubles libres d'hypothèques de la Compagnie et hypothèques de second rang sur les autres ; . nantissement du fonds de commerce de la Compagnie, et chaque fois que ce sera possible, des matériels de production et des matériels fabriqués et loués, . nantissement des titres appartenant à la Compagnie et pouvant être nantis. L'Etat ne se refuserait pas à examiner la possibi​lité ​ de renoncer à certaines des sûretés et garanties prévues ci-dessus dans le cas où cela serait nécessaire pour permettre des cessions d’éléments d’actifs concourant à l’assainissement de la situation de la Compagnie. Ces garanties ne seraient partagées qu'avec les créanciers de la Compagnie bénéficiant d'une clause de partage des garanties du fait d'un contrat antérieur

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aux présentes. L’Etat s'engagerait à passer avec la Compagnie pendant les années 1964 à 1968, en supplément des contrats dont bénéfi​cierait normalement l'industrie électronique des ​ marchés spéciaux d'études et de développement d'un montant annuel minimum de 30 millions de francs pour des objets conformes au programme des activités de la Compagnie. Si la situation de la Compagnie le justifiait, l'Etat s'efforcerait d'accroître au cours des exercices 1965 à 1968 le montant annuel de ces marchés spéciaux, pour le rapprocher autant que possible du chiffre de 45 millions considéré comme nécessaire par le groupe visé au § I,1,a ci-dessus. 3. L'Etat prendrait les mesures nécessaires pour que les commandes de matériel électronique pour le traitement de l'infor​mation passées par les administrations publiques et, dans toute la mesure du possible, par les entreprises et établissements publics nationaux, la Sécurité Sociale et les collectivités locales, soient précédées d'une consultation des principaux constructeurs de ce type de matériel et soient équitablement réparties entre ceux-ci, en prenant en considération les soucis du Gouvernement de favoriser dans ce domaine le développement du potentiel national de recherche technique et de création industrielle. 4. Les divers engagements de l'Etat prévus au présent document seraient caducs si la composition du Conseil d'Administration de la Compagnie prévue au paragraphe 2°/ du protocole était modifiée sans l'agrément de l'Etat. Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir nous faire connaître s’il vous paraît possible que l’Etat prenne ces engagements.

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Nous vous prions d’agréer, Monsieur le l’expression de notre haute considération Signatures Compagnie des Machines BULL

Ministre,

Banque de Paris et des Pays-Bas, tant pour elle-même qu'au nom du pool bancaire dont elle est chef de file Compagnie Générale d'Electricité C.S.F.-Compagnie Générale de Télégraphie sans Fil -----------------MINISTÈRE DES FINANCES ET DES AFFAIRES ÉCONOMIQUES DIRECTION DU TRÉSOR N° 03788 Paris le 4 mars 1964 Monsieur le Président de la Compagnie des Machines Bull Monsieur le Président de la Banque de Paris et des Pays-Bas Monsieur le Président de la Compagnie Générale de Télégraphie sans Fil Monsieur le Président de la Compagnie Générale d' Electricité. Messieurs, Par lettre du 2 Mars 1964, vous avez bien voulu me faire connaître les mesures qui seraient prises pour apporter une solution, dans un cadre français, aux problèmes de la Compagnie des Machines Bull. Vous m'avez fait savoir que l'application des mesures

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que vous envisagez serait subordonnée à l'octroi de certains concours de l'Etat, dont vous m'avez indiqué les modalités dans cette même lettre. Vous souhaitez obtenir des engagements de l'Etat sur ces concours. J'ai l'honneur de vous informer que certains de ces engage​ments ne relèvent pas de la seule responsabilité du Ministre des Finances et des Affaires Economiques. J'ai transmis votre demande à Monsieur le Premier Ministre, en le priant de bien vouloir vous répondre à ce sujet. En ce qui concerne les emprunts ou crédits nécessaires au financement des investissements de Bull, j'ai l'honneur de vous faire conna1​tre que je suis disposé à accepter une intervention de l'Etat dans les condi​tions décrites au § II de votre lettre du 2 Mars 1964. En conséquence, a) l'Etat s’engage à accorder sa garantie, dans la limite d'un montant de 650 millions, aux emprunts ou crédits émis au cours de la période 1964-1968 pour le financement des immobilisations de la Compagnie et des équipements nouveaux mis en location par celle-ci et restant sa propriété. Ce montant comprend celui de F. 10 millions au § l - 6 - a de votre lettre du 2 Mars 1964. Le montant de ces emprunts ou crédits a été calculé en supposant que leur amortissement s'échelonnerait en moyenne sur une dizaine d'années; si la durée effective d'amortissement s'avérait sensiblement différente, le montant des emprunts à garantir par l'Etat pourrait être modifié en conséquence. b)-En sûreté des moyens de financement ainsi apportés, l'Etat prendrait les garanties suivantes : . hypothèque de premier rang sur tous les biens immeubles libres d'hypothèques de la Compagnie et hypothèques de second rang sur les autres ;

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. nantissement du fonds de commerce de la Compagnie, et chaque fois que ce sera possible, des matériels de production et des matériels fabriqués et loués, . nantissement des titres appartenant à la Compagnie et pouvant être nantis. Ces garanties ne seront partagées qu'avec les créanciers de la Compagnie bénéficiant d'une clause de partage des garanties du fait d'un contrat antérieur à la date des présentes. L'Etat ne se refusera pas à examiner la possibilité de renoncer à certaines de ces sûretés et garanties pour permettre la réalisation de certains éléments d'actif dans l'intérêt d'une bonne gestion de la Compa​gnie. Je prends acte des engagements pris par vous, et je note, en parti​culier, qu'il sera proposé à une Assemblée Générale des Actionnaires de la Compagnie - à réunir dans les délais les plus brefs - de décider la création de parts bénéficiaires donnant droit, pendant quinze années, à 30 % des superbénéfices de la Compagnie, et dont la moitié serait attribuée à l'Etat. Veuillez agréer, Messieurs, considération distinguée. Valéry Giscard d’Estaing l'assurance de ma

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Le Premier Ministre
Paris, le 12 mars 1964

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Messieurs, Par lettre en date du 2 Mare 1964, adressée au Ministre des Finances, vous avez bien voulu faire connaître au Gouvernement les modalités de la solution envisagée pour résoudre dans un cadre français les problèmes de la Compagnie des Machines Bull. Les mesures prévues seraient complétées par cer​tains concours de l'Etat et vous souhaitez obtenir du Gouver​nement l'assurance que ces concours seront accordés. J'ai l'honneur de vous informer que l'ensemble des dispositions envisagées n'appelle pas d'objection de ma part et que je suis disposé à accepter que l'Etat apporte son con​cours aux mesures de redressement prévues. En conséquence : 1/ L'Etat s'engage à passer avec la Compagnie pendant les années 1964 à 1968, en supplément des contrats dont béné​ficierait normalement l'industrie électronique, des marchés spéciaux d'études et de développement d'un montant minimum de 30 millions de francs pour des objets conformes au programme des activités de la Compagnie. Si la situation de la Compagnie le justifiait, l'Etat s'efforcerait d’accroître au cours des exercices 1965 à 1968 le montant annuel de ces marchés d'études et de développements, pour le rapprocher autant que possible du chiffre de 45 millions considéré comme nécessaire par le nouveau groupe chargé de la gestion de l'affaire. 2/ L'Etat prendra les mesures nécessaires pour que les commandes de matériel électronique pour le traitement de l'infor​mation passées par les administrations

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publiques et, dans toute la mesure du possible, par les entreprises et établissements publics nationaux, la Sécurité Sociale et les collectivités locales, soient précédées d'une consultation des principaux constructeurs de ce type de matériel et soient équitablement réparties entre ceux-ci, en prenant en considération les soucis du Gouvernement de favoriser dans ce domaine le développement du potentiel national de recherche technique et de création industrielle. En ce qui concerne la garantie des emprunts nécessaires au financement des investissements de la Compagnie Bull, il appartient au Ministre des Finances et des Affaires Economiques de vous faire connaître les conditions de son accord sur ce point. Je précise que les divers engagements de l’Etat prévus par la présente lettre, ainsi que ceux dont le Ministre des Finances et des Affaires Economiques vous donnera connaissance seraient caducs si la composition du Conseil d’Administration de la Compagnie était différente de celle qui est prévue au paragraphe I-2 de votre lettre du 2 mars 1964 à Monsieur le Ministre des Finances et des Affaires Economiques. Veuillez agréer, Messieurs, considération distinguée. Georges POMPIDOU l’assurance de ma

Compagnie des Machines BULL Banque de Paris et des Pays-Bas C.S.F. Compagnie Générale de Télégraphie sans Fil Compagnie Générale d’Electricité C.G.E. -----------------------------------

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Le Premier Ministre
Paris, le 12 mars 1964 Messieurs, En complément des engagements de l'Etat que je vous ai notifiés par lettre du 12 mars 1964, engagements concernant le concours de l'Etat aux mesures prévues pour ré​soudre dans un cadre français les problèmes de la Compagnie des Machines Bull , j'ai l' honneur de vous faire connaître que : a) En ce qui concerne les marchés spéciaux d'études et de développement visés au paragraphe II de votre lettre du 2 mars 1964 à M. le Ministre des Finances et des Affaires Economiques, l'Etat renonce à faire jouer les clauses qui lui permettraient éventuellement de revendiquer tout ou partie de la propriété industrielle des études correspondantes. b) L'Etat s’engage, pour faciliter l’exécution des mesures de concentration des usines et de compression ou de conversion du personnel que la nouvelle direction jugerait nécessaire, à prendre toutes dispositions en son pouvoir pour atténuer les répercussions sociales qui seraient la conséquence de ces mesures. Veuillez agréer, Messieurs, l’assurance de ma considération distinguée. Georges POMPIDOU

Compagnie des Machines BULL Banque de Paris et des Pays-Bas C.S.F. Compagnie Générale de Télégraphie sans Fil Compagnie Générale d’Electricité C.G.E. --------------------

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Conformément aux stipulations du protocole, le bilan au 31 Décembre 1963 de la Cie des Machines Bull devait être arrêté en accord avec les représentants de la C.S.F. et de la C.G.E. Ces derniers ignoraient tout de la situation de Bull et vou!lurent s'en tenir uniquement aux conclusions du rapport Bigard!-Schulz ; le recours à un tiers arbitre aurait demandé des délais in!compatibles avec la situation de trésorerie de la Compagnie. C'est ainsi qu'il fut décidé de faire figurer au bilan une perte supplémentaire de 85.000.000 F par la constitution d'une "Provision pour dépréciations exceptionnelles". Le bilan ayant été ainsi arrêté, le Conseil d'Administration n'avait plus qu'à l'entériner et, tout ayant été préparé suivant les stipulations du protocole du 15 Février, qu'à convoquer les action!naires en Assemblée Générale Extraordinaire pour leur soumettre ce protocole et leur demander de l'approuver. Retour sommaire CHAPITRE VII LA CONVOCATION DE L’ASSEMBLEE GENERALE

"Pour tout citoyen, la difficulté majeure consiste à échapper à la sollicitude de l'Administration. " A.H. L'Assemblée Générale Extraordinaire fut ainsi convoquée le mardi 14 Avril 1964 au Théâtre des Champs-Élysées. La Compagnie des Machines Bull adressait à chacun des actionnaires qu’elle connaissait une convocation individuelle et y joignait une communication de Mr. Joseph Callies ainsi qu'une note d'information sur l'exercice 1963, dont on trouvera le texte dans l'annexe VII. De leur côté, la Banque de Paris et des Pays-Bas ainsi que les Banques nationalisées, adressaient à leurs clients une lettre circulaire leur demandant de remplir "de leur main" les pou!voirs qui étaient joints en désignant comme mandataire "Monsieur Schulz, Administrateur de la Compagnie", mais en

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omettant de pré!ciser qu'il n'occupait ce poste que comme représentant de la Banque de Paris et des Pays-Bas ; pareil procédé est assez inhabituel et méritait d'être signalé. A la circulaire des Banques était joint un communiqué du Ministre des Finances dont on trouvera le texte plus loin (début du chapitre VIII). -------------------CRÉD1T LYONNAIS FONDÉ EN 1863 CAPITAL : CENT QUATRE VINGTS MILLIONS 19. BOULEVARD DES ITALIENS Télégr : CREDIONAIS R.C. Lyon 54 B 974 L.B.F. 54 ASSEMBLÉES - 51 "A". Téléphone : OPEra 18 90 Postes 2208-2209 2191 PARIS, Avri1 1964

Communication aux actionnaires de la COMPAGNIE DES MACHINES BULL M ,

Etant donné l'importance exceptionnelle des décisions qui vont vous être soumises en Assemblées Générales, votre banque a cru devoir ne pas se borner à vous transmettre la convocation et la formule de pouvoir cijointes, mais vous adresser le texte du communiqué du Ministère des Finances et des Affaires Economiques qui met bien en évidence l'importance des décisions soumises votre approbation. Si, étant empêché de participer vous-même aux votes, vous souhaitez l'approbation du projet, nous vous conseillons de nous retourner d'urgence votre pouvoir signé après l'avoir rempli de votre main au nom de

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Monsieur Roger SCHULZ , Administrateur de la Compagnie. Veuillez agréer, M distingués. CREDIT LYONNAIS ---------------, l'expression de nos sentiments

COMPAGNIE DES MACHINES BULL 94, AVENUE GAMBETTA, PARIS 20° TÉLÉPHONE : PYR 23 30 & 46 70 DIRECTION COMMERCIALE France TÉL LIGNES DIRECTES PYR 55 60 Communication de Monsieur Joseph CALLIES, Président de la Compagnie des Machines Bull, sur les résultats de l’exercice 1963 Les comptes de l’exercice 1963 vous seront soumis au cours de la prochaine assemblée ordinaire. Il m’est apparu, toutefois, que pour vous permettre de statuer en connaissance de cause sur les résolutions qui vous sont proposées aujourd’hui, je devais vous faire connaître, dans leurs grandes lignes tout au moins, les résultats de l’exercice qui vient de se clore, comparé à ceux de l’exercice précédent. (en millions de francs) Chiffre d’affaires Résultats d’exploitation Profits exceptionnels Revenus fonciers et mobiliers à déduire : 1963 461 83,03 6,01 1,63 90,67 1962 345 74,01 16,17 1,40 91,58

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. amortissements .frais financiers Bénéfice de l’exercice 1962 Perte de l’exercice 1963 Dépréciations exceptionnelles au 31.12.1963 sur : . Immobilisations . Autres valeurs immobilisées . Valeurs d’exploitation Total de la perte et des dépréciations exceptionnelles Au 31.12.1963 107,56 70,62 25,76 18,87 133,32 89,49 2,09 42,65 11,90 16,30 57,40 85,60 128,25

EQUIPEMENTS POUR LE TRAITEMENT DE L’INFORMATION SOCIETE ANONYME CAPITAL 140.399.100 F.R.C.SEINE 54 B 4606.TELEC. BUCLI-PARIS 20 . TELEX 22.898 L'exercice 1963 aura exercice difficile. été pour votre Compagnie un

La hausse du chiffre d'affaires, due pour moitié aux importantes ventes à notre filiale, la Société Auxiliaire de Distribution d'Equipements à Traiter l'Information "LOCABULL", n'a pas entraîné une hausse correspondante des résultats d'exploitation dont la progression, par rapport au niveau de 1962, est seulement de 12% L'importance croissante des frais d'études, la hausse des charges salariales, les frais exceptionnels de mise en route de notre nouvelle usine d'ANGERS, expliquent cette insuffisance. Les amortissements, pour leur part, établis sur les mêmes bases qu'en 1962, marquent une hausse qui dépasse sensiblement celle du chiffre d'affaires (53% contre 33%). Les frais financiers sont également en

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augmentation. Le solde du Compte de Pertes et Profits de l'exercice 1963, qui n'a pas bénéficié de profits exceptionnels aussi élevés qu'en 1962, fait ainsi apparaître une perte importante, alors que l'exercice précédent avait été équilibré. L'assemblée appelée à approuver les comptes de l'exercice 1963 sera également invitée à inscrire des provisions pour dépréciations exceptionnelles d'un montant global de F 85,6 millions. Le montant de ces provisions a été déterminé en accord avec la Compagnie Générale de Télégraphie sans Fil et la Compagnie Générale d'Electricité, ainsi que le prévoyait le protocole signé le 15 Février au Ministère des Finances. Nos réserves, qui atteignaient F 260 millions au 31 Décembre 1963, se trou​veraient ramenées, après imputation des pertes de l'exercice, des amortissements et des dépréciations, à environ F 131 millions. Le montant de notre Capital est, je vous le rappelle, d'environ F 140 millions ------------Pour être adoptées par l'Assemblée Générale, les résolutions soumises aux actionnaires devaient recueillir plus des deux tiers des voix. Les actions nominatives depuis plus de 2 ans ayant un droit de vote double, les 2.807.982 actions existantes ne devaient pas représenter plus de 3.600.000 voix au total, et il suffisait donc de disposer de 1.200.000 voix pour s’opposer à l’adoption des réso!lutions. Sans compter les voix personnelles de Monsieur Joseph Cailles, les autres actionnaires - ceux que Ion appelait « l’ancien groupe » - disposaient de 1.500.000 voix ; et cela se savait. D'autre part, au fur et à mesure que les jours passaient, on s'apercevait progressivement dans les milieux financiers et offi!ciels que la solution "dite française" imposée par le Ministère des Finances était loin de résoudre la crise de la Cie des Machines Bull et d'assurer son avenir. Mois on ne pouvait s'opposer

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utilement à la solution du Gouvernement qu'en proposant une autre solution qui puisse être réalisée sans nécessiter d'autorisations administratives. Des conversations eurent alors lieu avec la General Electric à ce sujet et il ressortait de celles-ci que General Electric, tout en renonçant à sa demande de souscrire à une augmentation de capital qui lui serait réservée, accepterait néanmoins d'apporter à la Cie des Machines Bull son aide technique, l'octroi de ses licences et son appui, pour la poursuite de ses études comme pour la fabrication de nouveaux matériels. General Electric, d'après les pourparlers envisagés, aurait confié à Bull pour la France et à ses filiales étrangères, la repré!sentation de sa gamme de machines : consciente de l'effort finan!cier que ce programme nécessiterait, elle envisageait d'aider au dé!veloppement des filiales étrangères de Bull soit en participant à l'augmentation de leur capital, soit en leur accordant des prêts et de larges facilités de paiement. General Electric envisageait aussi de passer à la Cie des Machines Bull d'importantes commandes de matériel Bull destinés à sa propre organisation et de confier aux usines Bull la fabrication de certains matériels alors construits aux USA, matériels aussi bien destinés à l'Europe qu’aux EtatsUnis. Cette solution ne nécessitait aucune aide financière de l’Etat, General Electric se chargeant, avec des banques de France, de subvenir aux besoins de la Cie des Machines Bull. Enfin, si Bull devait participer, même comme minoritaire, à une société spéciale à créer avec la C.S.F. et la C.G.E., ou toutes autres sociétés françaises, pour réaliser les études confidentielles que lui confierait le Gouvernement, General Electric pourrait appor!ter à cette nouvelle société son concours le plus complet. Toujours dans le cadre de la règlementation en vigueur, cer!tains actionnaires de Bull étaient disposés à faire à la Compagnie des avances correspondant à des ventes de titres exécutées par ap!plication en Bourse de Paris ; certaine banque était disposée à faire cette opération. Cette solution recevait l'accord des actionnaires de "l'an!cien groupe" qui disposait en fait d'un droit de veto à l'Assemblée Générale. Tout cela fut porté à la connaissance du Ministère des Finances dont la Cie des Machines Bull ainsi que la General Electric désiraient toujours recevoir l'agrément. La Cie des Machines Bull n'avait pas négligé de s'entourer d'avis juridiques et de consulter sur la valeur des obligations impo!sées par l'Etat. Maître Boissarie, ancien Procureur Général d'un côté et Maître Jolly, avocat auprès du Conseil d'Etat de l'autre, faisaient des réserves les plus formelles sur la légalité de ces me!-

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sures et les conclusions de leurs consultations furent communiquées aux Pouvoirs Publics. Pendant ce temps les bruits les plus tendancieux ne ces!saient de circuler ; le personnel de la Cie des Machines Bull était inquiet. Un Directeur Technique écrivait au Ministre pour rejeter l'entière responsabilité de la crise sur le Président-Directeur! Général et pour poser sa candidature afin de redresser la situation de Bull dans le cadre de la solution française. Un autre cadre supé!rieur des services commerciaux profitait des jours fériés de Pâques pour prendre l'avion à destination de New-York et pour se faire en!gager, ainsi que 2 de ses collègues, par General Electric, pensant ainsi jouer sur les 2 tableaux. Ce ne furent là cependant, que des cas isolés, la très grande majorité des Cadres devait rester fidèle à Bull, et à sa Direction Générale. Bien que, sur la demande du Ministère des Finances, la plus grande discrétion ait été observée concernant l'engagement pris par l'Etat "de ne pas faire obstacle à l'exécution des mesures de concentration des usines et de compression ou de conversion de personnel" cet article du protocole avait été connu et même publié dans la Presse. Les Syndicats ainsi alertés ne tardèrent pas alors à se manifester. La C.G.T. et le Parti communiste publièrent un dépliant largement diffusé proposant "une solution démocratique et nationale de l'affaire Bull, la Nationalisation". Les Organisations Syndicales C.F.D.T. et C.G.C. dans une lettre ouverte aux actionnaires, attiraient leur attention sur les décisions qu'ils allaient devoir prendre et qui, selon elles, devaient : "garantir l'emploi menacé par le Protocole du Ministère des Finan!ces, garantir l'intégrité de l'entreprise, permettre de définir rapide!ment une politique à long terme, et donner au personnel le moyen de s’informer sur la marche de l'entreprise afin d'en assurer un contrôle réel . La Fédération des Syndicats Indépendants des Métaux, dans une circulaire aux actionnaires rejetait "la nationalisation qui en!traînerait une chute verticale des exportations, la solution dite française imposée par le Gouvernement et qui pour l' imposer avait consenti des avantages exorbitants, qui coûteront cher aux contri!buables français, pour obliger à accepter cette solution les divers participants qui entrent dans cette opération comme un âne qui recule, pour reprendre l'expression du représentant du Ministre du Travail". La Fédération des Syndicats Indépendants déclarait "n'être pas opposée à la participation de la General Electric à la condition que les 5 points exigés par Mr. Joseph Callies (cf page 20, fin du chapitre III) soient respectés.

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De son côté la Presse se faisait l'écho des bruits qui circulaient et du malaise boursier qui en résultait. Ne pouvant citer tout ce qui a été imprimé à cette époque, voici seulement quelques titres d'articles : "La vérité sur Bull (8 colonnes}. Les dirigeants avaient misé sur une seule machine; ils ont perdu. " Candide - 27 Février 1964 "Bull entaîne la Bourse dans la catastrophe. " Journal des Finances - 27 Février 1964 "Bull au pied du mur. " Paris Presse - 2 Avril 1964 "Bull vote sous la menace. " Les Ecoutes - 9 AvriI 1964 "Des groupes d'actionnaires ne sont pas d'accord. C'est l'épreuve de force. " Paris Presse - 12 Avril 1964 Retour sommaire

CHAPITRE VIII LE COUP DE THEATRE

"L’espoir changea de camp, le combat changea d’âme. " VICTOR HUGO – Les Châtiments Tout laissait prévoir que l'Assemblée Générale du 14 Avril serait mouvementée et que l'on risquait de voir les actionnaires de "l'ancien groupe" voter contre l'adoption du protocole imposé à son Président par les Pouvoirs Publics. Aussi le jeudi 2 Avril, Mr. Vieillard, que l'on savait fon!cièrement partisan d'une

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association Bull-General Electric et tête de file de cet "ancien groupe", fut-il convoqué rue de Rivoli ou il devait être reçu par Mr. Poniatowski, Chargé de mission auprès du Ministre des Finances, et par Mr. Pérouse, Directeur du Trésor. De la discussion qui eut lieu, rien ne devait sortir, mais le Ministre des Finances donnait le soir même à la Presse le communiqué suivant reproduit le lendemain matin par presque tous les journaux :

LE MINISTERE DES FINANCES PRECISE A NOUVEAU SA POSITION SUR L'AVENIR DE LA COMPAGNIE DES MACHINES BULL A propos des perspectives d'avenir de la Cie des Machines Bull, les services intéressés du Ministère des Finances ont donné hier soir les indications suivantes : Etant donné l'importance de l'industrie des calculateurs électroniques et des équipements de traitement de l'information, le gouvernement n'a pu accorder les autorisations nécessaires à la prise de participation au capital de la Cie des Machines Bull, seule entreprise française travaillant dans ce secteur, que se proposait de prendre une très grande firme américaine, participation risquant de conduire à une prise de contrôle ultérieure et que la firme en cau!se n'envisageait elle-même que si cette solution recevait l' agrément des autorités françaises. En raison même des motifs qui l'ont inspirée, cette décision est évidemment irrévocable. Désireux de faciliter la solution dans un cadre français des problèmes de la Cie des Machines Bull, le gouvernement a suscité l'intervention d'un groupe comprenant la C.S.F. - Cie Générale de Télégraphie sans Fil - la Compagnie Générale d'Electricité, appuyé par un ensemble d'établissements financiers comportant la Banque de Paris et des Pays-Bas et des banques, dont les quatre Banques nationalisées. Pour compléter l'effort de financement, la Caisse des Dépôts et Consignations a été conduite à apporter son concours. Ce groupe a élaboré un projet de redressement échelonné sur cinq ans, c'est-à-dire jusqu'à 1968. Compte tenu de la situation de la Compagnie (endettement, lourdes pertes de 1963, et possibilités de pertes futures), des con!cours publics et des appuis apportés par le nouveau groupe sur les plans financier, industriel, technique et de la gestion qui serait confiée à celui-ci, c'est

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au pair qu'est proposée l'augmentation de capital en espèces de 35 millions de francs, réservée au nouveau groupe. Le projet respecte les intérêts des actionnaires actuels, notamment par l'octroi à ceux-ci de parts bénéficiaires leur donnant droit, pendant quinze ans, à 15% des superbénéfices que pourrait faire la Compagnie. Les concours publics, indépendamment de la garantie donnée par le Trésor aux crédits consentis à la Compagnie dans la limite de 650 millions de francs, porteraient sur la passation, au cours de cinq ans, de 150 millions à 210 millions de francs de marchés d'études et de développements, ainsi que sur une aide apportée à la Compagnie, tendant à obtenir une part appropriée des commandes de matériel pour le traitement de l'information passées par les Admi!nistrations publiques et autres services publics. Ces concours publics ont pour objet de permettre, pendant une période difficile, mais limitée, de son existence, le rétablis!sement, puis l'expansion d'une entreprise privée qui devra assurer elle-même sa gestion, son orientation et son avenir. Grâce à l'ensemble des mesures prévues qui forment un tout indissociable, les conditions se trouveraient immédiatement réunies en cas d'approbation du projet par les Assemblées Générales des actionnaires de la Compagnie - pour une action cohérente et prolon!gée de redressement. Celle-ci comporterait une rationalisation et une concentration d'efforts industriels et financiers français. Elle n'exclurait nullement une prise en considération réaliste de la con!currence internationale et la recherche de nouvelles collaborations qui pourraient venir renforcer ultérieurement, dans des conditions admissibles, la Compagnie ainsi consolidée. ----------Les dirigeants de General Electric devaient arriver à Paris le 6 Avril afin de préciser les modalités du nouvel accord envisagé mais qui venait d'encourir un veto "irrévocable" du Ministre des Finances. Mr. J.D. Lockton fut immédiatement prévenu à New-York ; il décidait de venir cependant à Paris. Nul ne pouvait ignorer que "la grande firme américaine" dont parlait le communiqué du Ministère des Finances n'était autre que la General

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Electric et il tenait à s'en expliquer avec le Gouvernement Français. D'autre part, il avait donné rendez-vous à Paris aux Directeurs de la société allemande Telefunken avec laquelle General Electric envisageait de s'associer si tout accord s'avérait impossible avec Bull. Puisque toutes les combinaisons jusqu'alors examinées avaient été repoussées par le Gouvernement, il fallait absolument trouver une autre solution. Et c'est ainsi qu'au cours de la journée du Dimanche 5 Avril, Mr. Schulz et Mr. Vieillard se réunissaient et élaboraient le schéma d'un nouveau projet dont Mr. Schulz avait déjà eu l'idée quelque temps auparavant. . Il s'agissait de transformer la Cie des Machines Bull en Société Holding ayant des participations dans 3 sociétés à créer : - une société de recherche dons laquelle elle serait majoritaire et qu'elle constituerait avec la C.S.F. et la C.G.E et même, au besoin, avec d'autres sociétés française: - une seconde société dite "industrielle" à laquelle Bull apporterait tous ses moyens de production en contrepartie de quoi elle recevait 51 % des actions, General Electric souscrivant en espèce les 49% restants. - une troisième société, dite "commerciale" qui deviendrai propriétaire des participations de Bull dans ses filiale étrangères et du service commercial français et dans laquelle Bull déteindrait 49% du capital, et General Electric 51 %. Il fallait aller très vite; on était à une semaine de l'Assemblée Générale. Dès le lundi 6 Avril, Mr. J.D. Lockton fut mis ou courant des grandes lignes de ce nouveau projet et se laissa convaincre de ne pas s'engager avec les dirigeants de Telefunken, avec lesquels il avait rendez-vous, tant qu'il restait un espoir d'obtenir enfin l'acquiescement du Gouvernement sur cette nouvelle proposi!tion. Mr. J.D. Lockton avait bien voulu admettre que celle-ci pou!vait être prise en considération comme base de discussion. Une fois obtenu cet accord de principe, il fallait alors con!vaincre les participants du "nouveau groupe", et en premier lieu Mr. Reyre qui, en tant que Directeur Générai de la Banque de Paris, en était le chef de file. Celui-ci, au fur et à mesure que les jours passaient se rendait de plus en plus compte de l'insuffisance de la solution "dite française" et de la nécessité pour l'avenir de Bull, de se rapprocher de General Electric. Mr. Schulz mit donc Mr. Reyre au courant de l'accord de principe donné par

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Mr. J.D. Lockton et lui demandait d'en avertir Mr. Ponte et Mr. Ambroise Roux, ce qui put être fait dans la journée du mardi 7 Avril. Dans la soirée, Mr. J.D. Lockton, entouré de ses collaborateurs, de Mr. Klehe et de Mr. Bennahum, recevait à son Hotel Mr. Reyre, Mr. Schulz, Mr. Joseph Callies et Mr. Vieillard. Au cours de cette conversation Mr. Reyre devait longuement insister sur les préoccupations de la C.S.F. quant à une concurrence éven!tuelle de General Electric dans le domaine des machines d'automa!tion industrielle (qui n'est pas celui de Bull). Après avoir obtenu, sur ce point les apaisements qu'il désirait, Mr. Reyre se ralliait enfin au nouveau projet tant en ce qui concernait la Banque de Paris qu'au nom des autres actionnaires du nouveau groupe. . Dans cette même journée du mardi 7 Avril, Mr. J.D. Lockton était reçu par Mr. Bokanowski, Ministre de l'Industrie, et le lende!main 8 Avril il rendait visite au Ministère des Finances où il était accueilli par Mr. Poniatowski avec lequel il s'entretint du nouveau projet d'accord. Après en avoir référé à Mr. Giscard d'Estaing qui était dans le bureau à côté et qui, par la porte de communication avec son bureau laissée ouverte, avait pu suivre cette conversation, Mr. Poniatowski pouvait donner à Mr. Lockton l'approbation de prin!cipe du Ministre au projet qui venait de lui être présenté. Dans la soirée, le principe de ce projet avait aussi été ac!cepté par Mr. Mesmer, Ministre de la Défense, au cours de la visite que lui rendait Mr. J.D. Lockton. Pendant le même temps, Mr. Schulz prenait contact avec Mr. Ortoli, Directeur du Cabinet du Premier Ministre {alors en voyage au Japon) ainsi qu'avec Mr. Burin des Roziers, à la Présidence de la République. Le projet ne soulevait nulle part d'objections. Il restait à rédiger un Mémorandum traçant les grandes li!gnes de cette nouvelle solution, ce qui fut fait dans la nuit du 8 au 9 Avril. Ce document fut signé par Mr. Vieillard au nom de la Cie des Machines Bull et de l'ancien groupe, et par Mr. Reyre au nom du nouveau groupe. Ce mémorandum fut présenté le jeudi 9 Avril à la signature de Mr. J.D. Lockton, mais celui-ci refusa d'y apposer sa signature déclarant qu'il s'agissait là d'une proposition tout à fait nouvelle qui n'avait pas été examinée à New-York et que dans ces conditions il n'avait aucun pouvoir de son Conseil d'Administration pour l'accepter et que par conséquent il ne pouvait donner la signature qu'on lui demandait. Ce ne fut qu'après une très longue et très difficile discus!sion, fertile en incidents divers, que Mr. J.D. Lockton devait enfin déclarer qu'il prenait l'engagement de présenter et de défendre devant le Conseil d'Administration de General Electric

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la nouvelle proposition qui lui était faite. Il fallut encore une nouvelle discus!sion pour qu'il veuille bien inscrire de sa main, dans la marge du mémorandum, la mention dont voici la traduction. Traduction: « Je dis qu'en principe ces termes ont constitué la base de nos discussions. General Electric les prendra sérieuse!ment en considération à NewYork et ne les modifiera que si elle l’estime indispensable, et présentera cet accord à l'approbation de la Société comme base de l'entrée de General Electric dans la branche des calculateurs en Europe. »

MEMORANDUM

A la suite de la réunion tenue à PARIS entre M. LOCKTON, « Treasurer » de la GENERAL ELECTRIC C°, MM VIEILLARD et SCHULTZ, Administrateurs de la Cie des MACHINES BULL, et, au cours d’une dernière réunion, M.REYRE, Vice-Président Directeur Général de la Banque de Paris et des Pays-Bas, il a été procédé à un examen des possibilités d’accord entre la GECO et BUL, compte tenu des préoccupations gouvernementales françaises. Le schéma dégagé : I. suivant d’une solution d’ensemble s’est

BULL serait organisé en holding et constituerait trois filiales avec les domaines respectifs d’activité : - Défense Nationale et autres besoins spéciaux de l’Etat - Technique et industriel - Commercial a) Une filiale dite « Besoins spéciaux de l’Etat » dont Bull détiendrait, soit seule, soit en association avec d’autres groupes électroniques

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français, la totalité du capital. Cette filiale aurait pour objet de satisfaire en fournitures et entretien les besoins de Défense Nationale et les autres besoins spéciaux de l’Etat. Elle bénéficierait en totalité de l’acquis technique de BULL et, sous la seule réserve des clauses de secret militaire américain, de celui de la GECO. b) Une filiale technique et industrielle qui grouperait tous les moyens d’études et industriels de Bull, hormis ceux évoqués cidessus, et fabriquerait des équipements de gestion. Elle serait constituée de telle sorte que Bull détienne 51% du capital, et la GECO 49%. La GECO apporterait son concours à la Direction Générale de cette filiale technique et industrielle et la ferait bénéficier de ses brevets et de son « know-how » de façon à réduire le prix de revient et à rendre compétitif le matériel fabriqué. c) Une filiale commerciale réunissant tout le potentiel commercial et d’entretien, de Bull en France et à l’étranger. Le capital de cette filiale serait constitué de telle sorte que Bull détienne 49% du capital et la GECO 51%. Cette filiale distribuerait toute la gamme des équipements de gestion, constitué par les matériels de ce domaine fabriqués par la filiale technique et industrielle et par la GECO ou ses éventuels autres associés européens. La prise de participation de la GECO dans les filiales

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b) et c) sera calculé en tenant compte, d’une part de la valeur totale de Bull, estimée à 56.000.000 de dollars, des augmentations de capital en numéraire qui interviendraient avant la réalisation des accords, et enfin de la répartition des actifs entre les diverses sociétés. o O o Ce schéma a été exposé au Ministre des Finances et des Affaires économiques qui l’a considéré comme susceptible d’être accepté par le Gouvernement, et a proposé que les modalités en soient précisées entre la GECO et la direction de BULL aussitôt après les modifications du Conseil d’Administration devant suivre l’Assemblée Générale Extraordinaire prévue pour le 14 avril prochain. Pour leur part, MM REYRE et VIEILLARD s’engagent à exposer et à préconiser cette solution aux différentes parties intéressées. De son côté, M.LOCKTON s’engage à agir de même auprès des hautes instances de la GECO. Paris, le 9 Avril 1964. -------------Quelques minutes après avoir signé le memorandum, Mr. J.D. Lockton prenait l'avion pour New-York ce qui lui permit de rendre compte à son Conseil d'Administration dès le vendredi 10 Avril des conversations qu'il venait d'avoir eues à Paris. Ce n'est que tard dans la soirée que l'on apprenait, par câble à Paris que le Conseil de General Electric avait donné son accord sur le memorandum et que confirmation écrite allait en être donnée. On trouvera ci-après la traduction de cette lettre que Mr. J.D. Lockton adressait au nom de General Electric aux deux signataires du memorandum, MM. Reyre et Vieillard. Cette lettre fut remise à midi le lundi 13Avril à Mr. Guy Severac, Directeur de la filiale Bull de New-York. Celui-ci prit immédiatement l'avion pour Paris, atte!rrissait à Orly le mardi matin 14 Avril, c'est à dire quatre heures

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avant que s'ouvre au Théâtre des Champs-Elysées l'Assemblée Générale des actionnaires de Bull. A cette première lettre en était jointe une seconde, adressée aux mêmes destinataires, énumérant les différents points restants à discuter avant d'arriver à un accord définitif. New York le 13 Avril 1964 à Monsieur Georges Vieillard COMPAGNIE OES MACHINES BULL Monsieur Jean Reyre BANQUE DE PARIS ET DES PAYS-BAS General Electric Company a étudié le memorandum du 9 Avril 1964 indiquant les principes de base de ses investissements et de son support technique à la Compagnie, des Machines Bull, principes qui ont été élaborés à Paris entre vous deux et Monsieur John Lockton, "treasurer". General Electric Company comprend que ces principes ont l'agrément du Gouvernement français, sous la réserve que ce dernier puisse procéder à l'examen des accords définitifs. General Electric Company accepte que ces principes constituent une base satisfaisante en vue d'un accord qui serait à la fois avantageux pour les actionnaires de Bull, pour les actionnaires de General Electric Company et pour la France. General Electric Company s'engage à consacrer ses meilleurs efforts pour l'élaboration des nombreux détails et précisions qui seront nécessaires pour compléter cet accord. General Electric Company by John D. Lockton

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Retour sommaire CHAPITRE IX LES ACTIONNAIRES SE PRONONCENT

"Le silence est la plus grande persécution; jamais les Saints ne se sont tus." PASCAL – Pensées

Mardi 14 Avril 1964; il est 14 heures 30, l'Assemblée Géné!rale Extraordinaire et à forme constitutive devrait commencer. Mais à la porte du Théâtre des ChampsÉlysées il y a encore plusieurs centaines d'actionnaires qui attendent de pouvoir entrer. La signature des feuilles de présence est longue car i1 faut donner à chacun un carnet de bulletins de vote et inscrire sur chaque bulletin le nombre de ses voix. Tout se passe cependant dans un calme relatif ; Avenue Montaigne les cars de police restent paisiblement alignés et le ser!vice d'ordre n'aura jamais à intervenir. A leur entrée dans la salle, les actionnaires reçoivent un exemplaire du rapport du Conseil d'Administration ainsi que le texte des résolutions qui seront mises aux voix ; rien de bien neuf dans tout cela pour les actionnaires, la presse en ayant publié l'essentiel Mais leur attention est retenue par un autre document qui leur est aussi distribué: c'est "L'Exposé complémentaire du Président" qui résume les dernières conversations qui viennent d'avoir lieu avec la General Electric. COMPAGNIE DES MACHINES BULL Société Anonyme au capital de 140 399 100 F Siège Social: 94 avenue Gambetta - PARIS XX°

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EXPOSÉ COMPLEMENTAIRE du Président à l'Assemblée Générale Extraordinaire du 14 Avril 1964 Etant donné l'importance du vote que vous aurez à émettre, il est indispensable qu'avant que vous vous prononciez, je vous fasse une déclaration pour vous mettre au courant de l'évolution des évènements. C'est dans cet esprit qu'il a été procédé à un examen des possibilités d'accord entre la COMPAGNIE DES MACHINES BULL et GENERAL ELECTRIC COMPANY, compte tenu des préoccupa!tions gouvernementales. Le cadre de ces nouvelles conversations a été soumis aux Pouvoirs Publics qui en ont admis le principe. Ces conversations ont abouti à un mémorandum qui a été paraphé Jeudi dernier 9 Avril. Ce mémorandum prévoit que votre Société deviendrait une holding possédant les actions de trois autres Sociétés. La première, constituée avec d'autres Sociétés françaises, s'occuperait des études et fabrications spéciales concernant la Défense Nationale. A une seconde seraient apportés nos moyens d'étude et de fabrica!tion, et la troisième serait purement commerciale. Dans ces deux dernières, la GENERAL ELECTRIC COMPANY prendrait une parti!cipation et nous apporterait son concours technique. Nous avons reçu ce matin une lettre de Monsieur Lockton dont je vais vous donner lecture. New York le 13 Avril 1964 à Monsieur Georges Vieillard COMPAGNIE OES MACHINES BULL Monsieur Jean Reyre BANQUE DE PARIS ET DES PAYS-BAS General Electric Company a étudié le mémorandum du 9 Avril 1964 indiquant les principes de base de ses investissements et de son support technique à la

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Compagnie, des Machines Bull, principes qui ont été élaborés à Paris entre vous deux et Monsieur John Lockton, "treasurer". General Electric Company comprend que ces principes ont l'agrément du Gouvernement français, sous la réserve que ce dernier puisse procéder à l'examen des accords définitifs. General Electric Company accepte que ces principes constituent une base satisfaisante en vue d'un accord qui serait à la fois avantageux pour les actionnaires de Bull, pour les actionnaires de General Electric Company et pour la France. General Electric Company s'engage à consacrer ses meilleurs efforts pour l'élaboration des nombreux détails et précisions qui seront nécessaires pour compléter cet accord. General Electric Company by John D. Lockton Voici donc les lignes essentielles de l'accord qu'il est envi!sagé de faire avec la GENERAL ELECTRIC COMPANY et que la future Direction de BULL aura pour charge essentielle de mener à bien. Vous êtes maintenant entièrement informés de la situation et pourrez ainsi prendre votre décision en connaissance de cause. ------La salle du Théâtre est maintenant archi-pleine ; près de 2.000 personnes sont là, parmi lesquelles plus de 600 employés de la Banque de Paris et des Pays-Bas, actionnaires d'occasion que la Banque a mobilisés pour former, le cas échéant, les bruits de fond ; Mr. Reyre, le Directeur Général de la Banque, est assis dons la première baignoire, accompagné d'autres Directeurs de sa banque. Mr. Ponte, Président Directeur Général de la C.S.F., a pré!féré se perdre dans la foule et siège tout en haut de l'amphithéâtre, dans les fauteuils du second balcon.

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Sur la scène, Mr. Joseph Callies préside, entouré des deux scrutateurs, son frère Mr. Pierre Callies et Mr. Schulz, Directeur à la Banque de Paris et des Pays-Bas; Maître Leblond remplit les fonctions de Secrétaire. Il y a aussi 4 Huissiers de Justice qu'à la demande de Mr. Joseph Callies, Monsieur le Président du Tribunal de Grande Instance de la Seine, a désignés pour vérifier la régula!rité des opérations et dresser le procès-verbal de la réunion. Ils sont entourés de nombreux sténographes et secrétaires. La feuille de présence constate que 17.664 actionnaires sont présents ou représentés, possédant 1.515.090 actions (sur un total de 2.807.982 actions existantes}. Compte tenu des voix dou!bles des actions nominatives, le nombre total des voix dont dispo!sent les membres de l'assemblée s'élève à 2.243.500 voix. Le quo!rum est largement atteint, l'assemblée est régulièrement constituée et peut donc valablement délibérer. La séance est ouverte avec un important retard et débute par la lecture du rapport du Conseil d'Administration.

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE EXTRAORDINAIRE DU 14 AVRIL 1964 RAPPORT DU CONSEIL D'ADMINISTRATION MESDAMES, MESSIEURS, Nous vous avons réunis aujourd'hui en Assemblée Générale Extraordinaire, afin de soumettre à votre approbation un certain nombre de décisions importantes pour l'avenir de votre Société. Au cours de vos Assemblées Générales de juin dernier, nous vous avons exposé l'ampleur des problèmes que posait le financement de l'activité de votre Compa!gnie, et particulièrement le financement des matériels livrés en " SERVICE BULL " et celui de nos services d'études et de recherches. Au stade de développement actuel de la Compagnie, les livraisons de matériels en" SERVICE BULL" représentent un investissement annuel moyen de 150 millions de francs environ. C'est pour soulager notre trésorerie d'une partie de cette charge que nous avons créé en 1963 la

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Société LOCABULL. Quant à nos services d'études et de recherches, dont vous savez combien le maintien est indispensable pour affronter la concurrence internationale, leur coût annuel, bien que trop faible en valeur absolue, représente environ 14% de notre chiffre d'affaires, pourcentage trop lourd pour être supporté en permanence par nos prix de revient. Nous n'avons donc cessé de mener une action continue auprès des Pouvoirs Publics en vue d'obtenir des marchés d'études, à l'instar de ceux qu’obtiennent nos concurrents étrangers. Et c'est dans cette perspective que, pressés par le Gouverne!ment, nous avons recherché dès l'année 1962 des alliances avec d'autres sociétés électroniques françaises. Conscient de la gravité de ces problèmes, votre Conseil d'Administration a suivi de très près tout au long de l'année 1963 l’exécution du budget de dépenses qui avait été fixé, en sorte que celles-ci ont pu se tenir à très peu près dans les limites qui avaient été arrêtées au début de l’année. Pour faire face à ces besoins, nous avions établi un plan de financement qui comportait un emprunt à long terme de 100 millions de francs en juillet, permettant d’attendre une augmentation de capital prévue en février 1964. A la même époque, nous étions convoqués par Monsieur le Ministre d'Etat chargé de la Recherche Scientifique et des Questions Atomiques et Spatiales à une réunion avec les Directeurs de la COMPAGNIE GÉNÉRALE D'ELECTRICITÉ (C.G.E.) et de la CSF- COMPAGNIE GÉNÉRALE DE TÉLÉGRAPHIE SANS FIL, dans le but de rechercher comment pourrait être constituée entre nous une association pour le développement des recherches, en particulier dans le domaine des calculateurs élec!troniques de haute performance, qui pourrait bénéficier de contrats de recherche de la part du Gouvernement. Alors qu'au cours de l'été, un groupe de banques européennes était disposé à étudier l'émission pour notre compte d'un emprunt à long terme qui aurait assuré le financement de nos besoins, les autorisations préalables nécessaires ne nous ont pas été accordées par la Direction du Trésor.

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Nous savions que cette opposition nous mettrait dans une situation difficile à partir du mois d'octobre et nous n'avions pas manqué d'en faire part et au Minis!tre des Finances et à nos banquiers. Nous avons donc été dans l'obligation de solliciter du Crédit National l'octroi d'un crédit à moyen terme de 45 millions de francs. Le dossier fut déposé et donna lieu aux enquêtes et vérifications habituelles ; mais l'octroi de ce crédit fut repoussé de mois en mois. Nous étions en pourparlers depuis plusieurs années avec la GENERAL ELECTRIC COMPANY et, le 18 décembre, nous recevions de cette dernière une offre de prise de participation. La GENERAL ELECTRIC COMPANY, est-il besoin de le rappeler, est une des plus grandes Compagnies américaines : depuis quelques années, elle est entrée dans le domaine des calculateurs électroniques et entend y prendre une des premières pla!ces. Elle a récemment décidé d'entrer sur le marché européen en liaison avec une firme européenne, et cela tant sur le plan commercial que sur le plan industriel. II nous avait toujours semblé très dangereux de voir se développer un second concurrent de cette envergure et nous avions pensé que le mieux serait de trouver une entente avec lui. L'offre que nous avions reçue de la GENERAL ELECTRIC COMPANY répondait exactement aux cinq conditions que nous avions imposées: - elle n'attribuait qu'une part minoritaire dans le capital souscrit, - elle protégeait le développement de nos services d'études, - elle garantissait l'emploi dans nos usines, - elle s'engageait à favoriser nos exportations dans les pays européens et aux Etats!-Unis, - elle était subordonnée à l'accord du Gouvernement français. Cette offre était la confirmation indiscutable de la place éminente que la COMPAGNIE DES MACHINES BULL avait su acquérir sur le plan mondial. Elle était extrêmement intéressante pour la Compagnie, pour son personnel et pour ses actionnaires. Elle permettait de résoudre les difficultés actuelles de trésorerie, sans secours de l'Etat ; elle assurait

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une activité grandissante de nos usines et de nos filiales étrangères ; elle donnait à votre Société des nouveaux moyens techniques et financiers pour la placer sur le terrain de la concurrence internationale et poursuivre son essor. Monsieur le Ministre des Finances et des Affaires Economiques nous a fait connaître, par lettre du 4 février 1964, que le Gouvernement n'acceptait pas de donner l'autorisation sollicitée pour la réalisation de ce projet. Au surplus, le Gouvernement décidait de résoudre autrement les problèmes de la COMPAGNIE DES MACHINES BULL. Ces problèmes ont été examinés en liaison avec les Pouvoirs Publics par la BANQUE DE PARIS ET DES PAYS BAS agissant comme chef de file du pool bancaire, par la C.S.F. et par la COMPAGNIE GÉNÉRALE D'ELECTRICITÉ. Ceci a abouti à un protocole qui a été présenté, le samedi 15 février dernier, par Monsieur le Ministre des Finances et des Affaires Economiques, et que votre Président a été mis dans l'obligation de parapher, conjointement avec les représentants de la BANQUE DE PARIS ET DES PAYS-BAS, de la C.S.F. et de la COMPAGNIE GÉNÉRALE D'ELECTRICITÉ. Ce protocole a été précisé par un échange de lettres qui définissent les diffé!rentes opérations, à savoir: 1° La réunion à très bref délai des actionnaires de la COMPAGNIE DES MACHINES BULL en Assemblée Générale Extraordinaire en vue d'augmenter le capital de F 35 000 000 par l'émission au pair, soit 50 F, d'actions nouvelles de numéraire, dont la souscription serait entièrement réservée à la C.S.F ., à la C.G.E., à la BANQUE DE PARIS ET DES PAYS-BAS et à des Etablissements Publics et de Crédit. 2° La création de parts bénéficiaires donnant droit à 30% des superbénéfices de la Compagnie, qui seront attribuées, pour moitié aux actionnaires actuels en contrepartie de l'abandon de leurs droits de souscription à cette première augmen!tation de capital, et pour l'autre moitié à l'Etat, en contrepartie de son concours. Ces parts, d'une durée limitée à 15 ans, pourront être échangées au cours de l'exercice 1969 contre des actions de la Compagnie, dans des conditions qui seront

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alors débattues entre les parties intéressées. 3° La réalisation d'une seconde augmentation de capital, garantie par les ban!ques du pool, en numéraire, par l'émission au pair, soit 50 F, d'actions réservées aux actionnaires à raison d'une action nouvelle pour une ancienne. 4 ° La proposition à l' Assemblée Générale des actionnaires de remanier le Conseil d' Administration de façon à réserver au nouveau groupe d'actionnaires les deux tiers des mandats d'administrateurs, bien qu'il ne représente que 20 % du capital. Les engagements pris par l'Etat deviendraient caducs si la composition du Conseil d'Ad!ministration était modifiée sans l'agrément de tous les actionnaires du nouveau groupe. 5° L’arrêté des comptes de l’exercice 1963 compte tenu des assainissements nécessaires, d’un commun accord entre les groupes d’actionnaires anciens et nouveaux ou par un expert indépendant. 6° L’engagement par les banques de maintenir à leur niveau actuel, pendant cinq ans, soit jusqu’au 31 décembre 1968, les crédits à court terme et à moyen terme qu’elles ont consentis à la Compagnie avant le 1er décembre 1963 pour le financement du fonds de roulement, des immobilisations et du matériel mis en location, le tout à concurrence de F 191millions 7° La fixation du coût des crédits fixés ci-dessus à un taux réduit pour les années1964-1965. 8° L’aménagement du concours à long et à moyen terme de 45 millions de francs sollicité par la Compagnie en décembre 1963 auprès du Crédit National, de la manière suivante: a) un montant de 10 millions sera accordé sous forme de prêt ou emprunt à long terme, b) un montant de 35 millions sera accordé par les banques du pool sous forme d’un crédit à moyen terme réescomptable auprès du Crédit National, et dont le remboursement s'échelonnera linéairement jusqu'à fin 1968. 9° L’ouverture de négociations avec LOCABULL en vue d'aboutir à la

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résiliation des contrats passés entre les deux sociétés. 10° D’un autre côté, l'Etat s'engage à garantir dans la limite de F 650 000 000 les emprunts ou crédits émis au cours de la période 1964/1968 pour le financement, Ies immobilisations de la Compagnie, et des équipements nouveaux mis en location par celle-ci. 11° En contrepartie, l'Etat prendrait les garanties suivantes: hypothèque sur tous Ies biens de la Compagnie, nantissement du fonds de commerce et des titres appartenant à la Compagnie. 12° L’Etat s'engage à passer avec la Compagnie, pendant les années 1964 à 1968. des marchés spéciaux d'études et de développement d'un montant annuel minimum de F 30 000 000 qu'il s'efforcera d'accroître au cours des exercices 1965-1968 pour le rapprocher autant que possible de F 45 000 000. 13° L’Etat prendra les mesures nécessaires pour que les commandes de matériel pour le traitement de l'information passées par les administrations publiques et, si possible, par les Etablissements publics nationaux, la Sécurité Sociale et les collectivités locales, soient équitablement réparties entre les principaux constructeurs. Votre Conseil d’Administration, tout en estimant que la solution décidée par les Pouvoirs Publics est beaucoup moins intéressante, tant pour le présent que pour l’avenir, que celle offerte par la GENERAL ELECTRIC COMPANY, considérant que l’offre de cette dernière a été formellement rejetée par le Ministre des Finances et des Affaires Economiques, estime que, dans ces conditions, il n'est pas d'autre solution que de se soumettre aux mesures qui lui sont imposées. Nous vous avons donc réunis aujourd'hui pour soumettre à votre approbation ces accords. Nous vous présentons d'abord le rapport prévu par l'article 6 du décretloi du 8 août 1935. D'après cet article 6, nous devons vous indiquer: 1° Les motifs de l'augmentation de capital de 35 millions de francs: ce sont les besoins de trésorerie de la Société, dans le cadre du plan d'ensemble qui vient de vous être exposé.

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2° Les personnes auxquelles seront attribuées les actions nouvelles sont : - LA CAISSE DES DÉPÔTS ET CONSIGNATIONS, 56, rue de Lille, PARIS, - LA COMPAGNIE GÉNÉRALE D'ELECTRICITÉ, 54, rue La Boétie, PARIS, Société au capital de F 300 000 000, - LA C.S.F. - COMPAGNIE GÉNÉRALE DE TÉLÉGRAPHIE SANS FIL, 79, boulevard Haussmann, PARIS, Société Anonyme au capital de F 85 747 000, - LA BANQUE DE PARIS ET DES PAYS-BAS, 3, rue d'Antin, PARIS, Société Anonyme au capital de F 202 680 000, - LE CRÉDIT LYONNAIS, 18, rue de la République, LYON, Société Anonyme au capital de F 180 000 000. - LE COMPTOIR NATIONAL D'ESCOMPTE DE PARIS, 14, rue Bergère, PARIS, Société Anonyme au capital de F 90 000 000. - LA BANQUE NATIONALE POUR LE COMMERCE ET L'INDUSTRIE, 2 à 18, boulevard des Italiens. PARIS. Société Anonyme au capital de Francs 120 000 000, LA SOCIÉTÉ GÉNÉRALE POUR FAVORISER LE DÉVELOPPEMENT DU COMMERCE ET DE L'INDUSTRIE EN FRANCE, 29, boulevard Haussmann. PARIS. Société Anonyme au capital de F 150 000 000. -- LA BANQUE DE L'UNION PARISIENNE. 6 et 8, boulevard Haussmann. PARIS, Société Anonyme au capital de F 77 000 000, - LE CRÉDIT INDUSTRIEL ET COMMERCIAL, 66. rue de la Victoire, PARIS. Société Anonyme au Capital de F 80 000 000,

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- LA BANQUE DE LA COMPAGNIE FINANCIÈRE DE SUEZ. 1, rue d’Astorg. PARIS, Société Anonyme au capital de F 10 000 000. - LA COMPAGNIE FINANCIÈRE DE SUEZ, I, rue d'Astorg, PARIS, Société Anonyme au capital de F 149 102 400, - LE CRÉDIT COMMERCIAL DE FRANCE, 103, avenue des Champs-Elysées, PARIS, Société Anonyme au capital de Francs 80 000 000, - LE CRÉDIT DU NORD, 28, place Rihour, LILLE, Société Anonyme au capital de F 50 050 000. 3" Le nombre d'actions attribuées à chacune d'elles : ce sont au total, 700 000 actions de 50 francs représentant une augmentation de capital de 35 millions de francs répartie comme suit: -- LA CAISSE DES DÉPÔTS ET CONSIGNATION, pour .................................................................. 200 000 actions - LA COMPAGNIE GÉNÉRALE D'ELECTRICITÉ, pour ................. 162 500 actions . . . .. . . . . . . .

- LA C.S.F. - COMPAGNIE GÉNÉRALE DE TÉLÉGRAPHIE SANS FIL, pour................................................... 162 500 actions - LA BANQUE DE PARIS ET DES PAYS-BAS, pour .................................................................. 75 000 actions - LE CRÉDIT LYONNAIS, pour.............. . ...... 34 400 actions ..

- LE COMPTOIR NATIONAL D'ESCOMPTE DE PARIS, pour . .............................................................. 19200 actions

- LA BANQUE NATIONALE POUR LE COMMERCE ET L'INDUSTRIE, pour........................................................... 15 200 actions LA SOCIÉTÉ GÉNÉRALE POUR FAVORISER LE DÉVELOPPEMENT DU COMMERCE ET DE L'INDUSTRIE EN FRANCE, pour .... ................................................................... 11200 actions

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- LA BANQUE DE L'UNION PARISIENNE, pour 000 actions - LE CRÉDIT INDUSTRIEL ET COMMERCIAL, pour ................................................................... 5000 actions

5 ......

- LA BANQUE DE LA COMPAGNIE FINANCIÈRE DE SUEZ, pour. .. .................................................................. 2 500 actions - LA COMPAGNIE FINANCIÈRE DE SUEZ, pour 500 actions - LE CRÉDIT COMMERCIAL DE FRANCE, pour actions - LE CRÉDIT DU NORD, pour................ . 2 2 500 2 500 actions

4° Le taux d'émission et les bases sur lesquelles il a été déterminé: la solution décidée par les Pouvoirs Publics comporte une souscription au pair, soit 50 F par action. Faisant abstraction des cours de Bourse dont vous connaissez les variations, nous vous indiquons que le bilan de l'exercice 1963 fait ressortir une perte et des dépréciations exceptionnelles d'un montant total de 128 250 000 F. Après imputation de ces pertes sur les réserves (260 millions), celles-ci seront ramenées à 131 millions environ pour un capital de 140 millions. Le taux d'émission au pair a été fixé en tenant compte : D'une part des concours importants liés à l'introduction du groupe nouveau, concours étayés par l'aide des Pouvoirs Publics. D'autre part de l'évolution défavorable de la situation financière depuis le 1er janvier 1964. Et aussi de l'attribution de parts bénéficiaires aux actionnaires actuels à raison d'une part par action. Vous aurez à nommer un ou plusieurs Commissaires chargés de

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vérifier et d'apprécier l'avantage particulier résultant de la réserve à titre exclusif du droit de souscription au profit de certaines personnes morales, à l'augmentation de capital en numéraire de 35 millions de francs par création d'actions émises au pair. La cause de cet avantage particulier réside essentiellement dans le fait par les bénéficiaires d'avoir permis, par leur concours, la mise sur pied de l'opération qui vous est proposée. Vous aurez encore à décider la création de 5 615 964 parts bénéficiaires don!nant droit à 30% des super-bénéfices de la Société pendant 15 années, à l'expira!tion desquelles elles perdront tout droit. Ces parts seront attribuées pour moitié aux actionnaires actuels en contrepartie de l'abandon de leur droit de souscription préférentiel à l'augmentation de capital de 35 millions de francs sus-visée, et pour moitié à l'Etat en contrepartie de divers concours. Elles pourront être, au cours de l'exercice 1969, échangées contre des actions suivant des conditions à déterminer à l'époque. Les statuts seront modifiés comme conséquence de la création des parts bénéfi!ciaires et un ou plusieurs Commissaires devront être nommés à l'effet de vérifier et d'apprécier l'apport fait par l'Etat et la rémunération de cet apport au moyen de l'attribution de parts bénéficiaires (ces Commissaires pourront être les mêmes que ceux dont il a été question plus haut). Enfin, il vous est proposé d'autoriser le Conseil d'Administration à augmenter ultérieurement le capital social, à l'époque qu'il déterminera, d'une somme de F 175 399 100, par l'émission au pair de 3 507 982 actions de 50 francs chacune, dont la souscription sera réservée aux actionnaires de l'époque à raison d'une action nouvelle pour une action ancienne, et sera garantie par les banques du pool. Votre Conseil d'Administration attire votre attention sur l'importance et la gra!vité des votes auxquels vous allez participer et sur les conséquences qui pourraient résulter du rejet des propositions qui vont vous être soumises. Je pense vous avoir exposé la situation en toute objectivité. Des pourparlers sont actuellement en cours, dont le principe a été

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accepté par les Pouvoirs Publics, qui nous laissent espérer que, dans un cadre conforme aux directives gouvernementales, en accord avec les représentants des nouveaux souscripteurs, une solution pourra être trouvée qui, non seulement nous permettrait de résoudre nos difficultés actuelles, mais qui pourrait dans l'avenir permettre à notre Société de poursuivre heureusement son développement au grand profit de son personnel, de ses actionnaires et de notre pays.

Après cette longue lecture, le Président prend alors la parole pour lire lui-même l'Exposé complémentaire dont le texte avait été distribué à l'entrée de la salle. Puis les actionnaires doivent encore écouter le rapport spé!cial établi par le Commissaire Mr. Sorlin, conformément à l'article 7 du Décret-Loi du 8 Août 1935 concernant l'augmentation de capital prévue et le taux d'émission des nouvelles actions. Enfin c'est au tour du Secrétaire de donner lecture des accords aux termes des!quels l'Etat apporte divers concours à la Société ainsi qu'une com!munication du Président sur les résultats de l'exercice 1963. Une longue discussion va alors commencer, le Président ré!pondant au fur et à mesure aux différentes questions qui lui sont posées. On trouvera à l'Annexe VI le compte-rendu intégral de cette Assemblée tel qu'il a été dressé par les Huissiers. Au début la réunion a été assez houleuse ; certains auraient désiré que l'Assemblée Générale soit ajournée, ce qui ne pouvait être accepté étant donné l'urgence de prendre des décisions positi!ves vu l'état de la Trésorerie. D'autres actionnaires auraient voulu que soit proposé à l' Assemblée le vote de motions préjudiciables ou que les textes des résolutions proposées par le Conseil d'Adminis!tration soient modifiées, mais là on se heurtait à des impossibilités juridiques. D'autres encore allaient jusqu'à mettre en doute la vali!dité des décisions qui pourraient être prises par l'Assemblée en rai!son de modifications apportées par le Conseil d'Administration au texte de son rapport. Un actionnaire proposait que: "Constatant que l'ingérence des Pouvoirs Publics dans la vie de la Société revêtait un caractère d'abus de pouvoirs, l'Assemblée protestait contre les pressions exercées sur le Président et la mise devant le fait ac!compli ; avant que soit réunie conformément à la Loi, une Assem!blée informée, consultée et libre de ses mouvements." Le président devait alors donner la parole à Mr. Vieillard qui avait mené les conversations avec General Electric et qui fit la déclaration suivante :

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"Je prends la parole tant en mon nom personnel qu'au nom "d'un grand nombre d'actionnaires, dont le seul souci est d'assurer pour un long avenir la prospérité de la Compagnie. "Ils ont pensé, qu'ayant assuré la Direction de BULL depuis 1932 jusqu'a ma retraite il y a deux ans et demi, et qu'ayant été chargé par votre Conseil de mener les négociations avec la General Electric Company, et ceci en raison des relations que j'entretiens depuis longtemps avec les dirigeants de celle-ci, je devais vous donner mon opinion. "Messieurs, nous devons avant tout être réalistes ; la situa!tion est telle qu'aujourd'hui il faut obligatoirement en sortir sans plus de délai "Je ne reviendrai pas sur les efforts faits par votre Conseil pour obtenir les crédits dont la Compagnie avait besoin et qui ont été refusés, et j'en arrive au protocole du 15 Février. "On pourrait, certes, contester sur bien des points la force juridique de ce document. "L'éminent spécialiste auquel votre Conseil a demandé une consultation, Maître BOISSARIE, Avocat à la Cour, ne nous en a pas caché les faiblesses. Nous les avons, bien entendu, signalées aux représentants des Pouvoirs Publics. Mais nous avons dû nous incliner devant l'argument sans réplique de « la raison d'Etat » Au surplus, notre souci essentiel est de trouver une solution pratique et raisonnable aux multiples problèmes que pose Bull. " J'ai donc recherché une formule qui, tout en respectant intégralement ce protocole et en se conformant aux vues du Gouverne!ment, pût recevoir ensuite votre approbation et ouvrir des espoirs sérieux pour l'avenir de notre Compagnie, c'est-à-dire à ses actionnaires comme à son personnel. "C'est ainsi que, dans les tout derniers jours, a été élaborée, discutée, présentée et approuvée dans son principe par les Pouvoirs Publics la solution qui vous a été exposée par notre Président. "Il est évident que, dans un si court délai, il n'a pu être établi qu'un schéma qui demandera de nombreuses semaines pour être mis en forme et discuté dans tous ses détails. Ce n'est qu'après cette période de négociation qu'il pourra être présenté à l'agrément définitif des Pouvoirs Publics et soumis à votre ratifi!cation.

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"Veuillez bien noter, Messieurs, que tout ceci ne peut être mis en route que si, tout à l'heure, vous approuvez les résolutions qui vous seront soumises. Ce vote est donc grave. "II nécessite de votre part un acte de foi dans l'avenir, comme dans ceux qui auront demain la responsabilité de la Direc!tion de votre Compagnie. "Nous devons être convaincus que ceux-ci n'auront pas d'autre préoccupation que l'intérêt propre de votre Compagnie et la volonté de mener a bien cet accord extrêmement prometteur dont les principes de base sont déjà acquis. "En conclusion, je pense donc, qu'en fonction du mémoran!dum du 9 Avril, il faut voter "OUI" aux résolutions qui vont être mises aux voix, et cela, quels que soient les sentiments que vous puissiez avoir à leur sujet. Que ce soit un "OUI" à l'Avenir, à un avenir meilleur pour tous. Ces paroles furent approuvées par la grande majorité de l'Assemblée d'autant, comme le faisait remarquer un actionnaire que: "Si le projet était écarté par le vote de l'Assemblée, la Compagnie se trouverait sur le champ dans une situation d'autant plus grave qu'aucune solution de rechange ne pouvait être sérieusement évoquée"; Après une intervention de Mr. Alleaume, Président du Grou!pement de Défense des Actionnaires, concluant à l'adoption des résolutions proposées, et la décision prise par le Bureau de l'Assem!blée qui, ne pouvant modifier les résolutions proposées et déposées comme le veut la Loi 15 jours avant la réunion, avait préparé la ré!solution supplémentaire suivante : "L'Assemblée Générale décide de modifier le texte du 1er alinéa de la 1ère résolution en y ajoutant les mots suivants : "et en fonction du mémorandum visé dans l'exposé complémentaire du Président" Pour répondre à la demande d'un certain nombre d'action!naires, et conformément aux statuts de la Société, le vote eut lieu au scrutin secret. Toutes les résolutions devaient être adoptées à une très large majorité (2 millions de voix pour, 140.000 voix contre et 10.000 abstentions). Voir le Compte-rendu de cette assemblée à l'Annexe VI. Retour sommaire

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CHAPITRE X COMMENTAIRES ET REACTIONS

"J'en passe et des meilleurs". VICTOR HUGO. Hernani

Il est impossible de résumer ici, même brièvement, tous les commentaires de la Presse sur la longue et nombreuse réunion du 14 Avril. Le procès-verbal dressé par les Huissiers, dans la séche!resse de son exactitude, ne reflète nullement l'atmosphère qui régnait dans la salle et passe entièrement sous silence les inter!ruptions et les bruits divers qui n'ont pourtant pas manqué. Il faut se contenter de citer ici quelques titres d'articles de journaux : Le Théâtre des Champs-Élysées affiche Bull France-Soir Bull: une assemblée très dure Finances

Bull se ramifie en 3 Sociétés: la bombe éclate; une discussion houleuse Figaro Cinq heures de débats tumultueux; Coup de théâtre : la General Electric entre en scène ! française Affrontements dramatiques à l'Assemblée Bull entre irrédentistes et partisans du compromis Echos Bull: tumulte mais accord ratifié par les actionnaires L'Aurore Vie

Les

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Bull est mort: Vive Bull. C'était l'épilogue de l'affaire Bull. Tumulte aux Champs Elysées ; L 'accord s 'est fait au cri: A poil ! Presse Certains journaux devaient donner à leurs papiers une tour!nure politique. Le Gouvernement s'est trompé Bull : Giscard est perforé Observateur La General Electric fait reculer notre Général Minute Le Général de Gaulle n'a pu faire cavalier seul Journal de Genève

Paris-

L'Opinion France

Beaucoup de journaux étrangers faisaient suivre le compte !rendu de l'Assemblée Générale de la déclaration suivante que Mr. Borch, Président de la General Electric avait faite à New-York : "Nos deux compagnies sont en négociation en vue d'apporter un appui technique à la construction des calculateurs par la Cie des Machines Bull et de réaliser un investissement de la General Electric dans certaines filiales de Bull. Ces négociations sont conformes à la position du Gouvernement Français et leur aboutis!sement dépendra de l'approbation du Gouvernement." D'autre part "Opera - Mundi" consacrait entièrement sa "Lettre de la semaine" à l'affaire Bull et celle-ci résume très objectivement la situation telle qu'elle apparaissait à ceux qui n'étaient pas directement mêlés aux négociations en cours. Voici le texte de cette lettre : LA LETTRE DE LA SEMAINE Si l'on voulait emprunter à Shakespeare une définition appropriée de l'affaire Bull, après l'Assemblée Générale extraordinaire quelque peu mouvementée qui s'est tenue à Paris le 14 avril dernier (au Théâtre des Champs-Élysées précisément), on pourrait hésiter entre "Beaucoup de bruit pour rien" et "La Comédie des erreurs", tout en écartant la forte tenta​tion de faire appel à " Tout est bien qui finit bien" , au fond, rien

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n'est encore terminé dans cette affaire, b1en qu'une espérance sérieuse commence à se faire jour de voir le bon sens finir par prévaloir. Au demeurant, quelque jugement que portent sur elle les générations futures, il est d'ores et déjà certain qu'elle marquera dans les annales du Marché Commun. A l'ouverture de la séance, seuls quelques initiés connaissaient la véritable situation, et pour cause, puisque celle-ci était demeurée mou​vante jusqu'à la dernière minute. Tous les autres en étaient restés à la solution dite "la plus française", que nous avons analysée en son temps (voir « Lettre » n° 240, du 20 février 1964), et ils s'étaient préparés à en faire la critique la plus sévère. Au lieu de quoi, ils se trouvèrent brusquement en présence de propositions substantiellement différentes, de nature à désamorcer les coups les mieux ajustés. Il n'était plus ques​tion de renoncer purement et simplement à la participation de la General Electric Co américaine, mais d'accepter les grandes lignes d'un projet in​cluant cette participation. Il s'agissait en bref tout à la fois d’approuver l'entrée du nouveau groupe imposé par l'Etat et d'adopter le principe d'une transformation fondamentale des structures de la Compagnie ouvrant ainsi la porte à la venue de la General Electric. Le Président de l'Assem​blée exposa en effet que la Compagnie "deviendrait un holding possédant les actions de trois autres sociétés. La première, constituée avec d'autres sociétés françaises, s'occuperait des études et fabrications spéciales concernant la Défense Nationale. A une seconde seraient apportés nos mo​yens d'étude et de fabrication, et la troisième serait purement commer​ciale. Dans ces deux dernières, la General Electric Company prendrait une participation et nous apporterait son concours technique". En fait, il apparaît que le nouveau holding aura le contrô1e majori​taire de la filiale n°1, des participations minoritaires pouvant y être attribuées, mais à des sociétés françaises seulement. La filiale n° 2 sera également sous son contrô1e majoritaire, mais la

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participation minoritaire sera cette fois détenue exclusivement par General Electric. Quant à la filiale n° 3, c'est General Electric qui y sera sans doute majoritaire, une forte minorité appartenant au holding Bull. La filiale n° 1 aura des activités orientées exclusivement vers les productions militaires ; la filiale n° 2 se consacrera aux productions civiles, et la filiale n° 3 sera à vocation purement commerciale. Comment était-on arrivé à ce schéma apportant une solution relativement simple au problème - sur lequel on avait buté si longtemps - de la nécessaire conciliation entre les impératifs du développement technologique et économique de la Compagnie et ceux de l'intérêt national ? A propos des communiqués publiés les l5 et 16 février derniers - et surtout du second, dans lequel il était précisé qu'une éventuelle "collaboration ultérieure avec des sociétés étrangères ... ne pourra prendre la forme d’une participation mais seulement d'une collaboration technique" - qui sem​blaient sceller le sort de Bull, nous écrivions à l'époque: "On peut se demander si les bureaux gouvernementaux qui ont soutenu cette solution, en la croyant "plus française", ne regretteront pas amèrement un jour d'avoir ainsi brisé le développement naturel d'une grande firme françai​se". Et nous ajoutions: "Reste à savoir ce que la collaboration techni​que de la CSF et la CGE - entreprises assez peu avancées sur le plan des ordinateurs - apportera à Bull, et à quel stade la question d’une prise de participation d’un groupe étranger se posera à nouveau, malgré l’attitude négative manifestée pour l'instant à ce sujet par le gouvernement français. Mais cela, c'est une autre histoire". Les regrets sont apparus plus rapidement qu’on n’osait l’espérer. Ce fut d'abord le futur groupe de contrôle, essentiellement les compagnies CSF et CGE ainsi que la Banque de Paris et des Pays-Bas - qui, mis en face des responsabilités qu'il aurait à exercer, finit par appré​hender que celles-ci ne soient bien lourdes sans

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1’appui de la General Electric. De son côté, l'Elysée s'intéressa à nouveau à la question, et dans un sens modérateur. Partout on commença à comprendre que L'opération se présentait d'autant plus mal que la General Electric avait entre temps entamé des négociations avec Telefunken, Siemens et Olivetti, et confirmé son intention de disposer d'une base d'opérations européennes, avec, pour conséquence inévitable, en vertu du Marché Commun, la possibilité à terme pour elle d'introduire librement ses ordinateurs en France. C'est alors que s'échafauda, avec l'assentiment de l'ensemble du Con​seil d'administration (y compris les représentants du nouveau groupe), le projet des sociétés multiples. Les pouvoirs publics, consultés ne dirent pas non. General Electric semblait toujours intéressée, sans cacher que ses négociations avec Olivetti étaient maintenant trop avancées pour qu'elle ne se trouve pas obligée, en toute hypothèse, de comprendre dans ses cal​culs le potentiel industriel et commercial de cette firme. Il y eut de nombreux pourparlers; Georges Vieillard, l'un des fondateurs de Bull, et Pierre Ginier-Gillet, directeur général adjoint, se rendirent à plusieurs reprises à New York, tandis que John Lockton, Treasurer de la General Electric, faisait le voyage en sens inverse. Des experts de la compagnie américaine eurent l'occasion d'apprécier sur place l'ensemble des instal​lations Bull. Enfin, les grandes lignes d'un accord possible se dégagèrent, qui reçut l'approbation de principe da gouvernement français. Mais ce n'est que le 9 avril, cinq jours avant l'Assemblée Générale, que M. Lockton signa avec Bull et avec la Banque de Paris et des PaysBas, chef de file des ban​quiers de la compagnie, un mémorandum fixant les grandes lignes d'un futur accord définitif. Finalement, c'est le matin même du 14 que Bull reçut une lettre de M. Lockton confirmant que sa société approuvait ce mémorandum et s'engageait "à consacrer ses meilleurs efforts pour l'élaboration des nombreux détails qui seront nécessaires pour compléter ces accords".

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On aborda donc l'Assemblée générale dans une atmosphère paradoxale. Le rapport, tel qu'il avait été préparé par le Conseil avant la reprise des négociations avec General Electric, contenait un jugement fort sévère ,sur la formule préconisée par le gouvernement français, en recommandant néanmoins l'acceptation, faute d'autre issue: "Votre Conseil d’adminis​tration, tout en estimant que la solution décidée par les pouvoirs publics est beaucoup moins intéressante, tant pour le présent que pour l'avenir, que celle offerte par la General Electric Company, considérant que l'offre le cette dernière a été formellement rejeté par le Ministre des Finances et des Affaires Economiques, estime que dans ces conditions, il n'est pas l'autre solution que de se soumettre aux mesures qui lui sont imposées. Votre Conseil attire votre attention sur l’importance des votes auxquels vous allez participer et sur les conséquences qui pourr​aient résulter du rejet des propositions qui vont vous être soumises". Ces passages subsistèrent dans la version finale du rapport. En revanche, d'autres considérations se trouvaient dépassées et furent suppri​mées : "Votre Conseil estime qu'il doit encore une fois exprimer son re​gret de n'avoir pu obtenir du Ministre des Finances et des Affaires Econo​miques les autorisations nécessaires à la réalisation d'un projet qui aurait permis à notre Compagnie, en bénéficiant du concours technique d’une société éminente, de devenir l’une des plus grandes sociétés européennes, au profit de son personnel, de ses actionnaires, et aussi de son pays". En outre, une annexe vint donner quelques indications sommaires sur l'accord possible avec la General Electric Co, "compte tenu des préoccupations gou​vernementales", ainsi qu'une brève définition de la future structure de la compagnie, dont nous avons déjà parlé. Finalement, le président donna la lec​ture de la lettre reçue de M. Lockton le matin même. Les actionnaires présents se trouvaient ainsi en porte

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à faux. Ils étaient venus pour manifester leur indignation devant la solution qui leur était imposée et le refus opposé à la participation de General Electric. Et voilà que cette participation, sous une forme modifiée, il est vrai, semblait de nouveau possible, en combinaison avec la formule préconisée par le gouvernement. Tout en s'en réjouissant, ils ne comprenaient pas bien pourquoi, alors, il fallait voter aussitôt, ni pourquoi il était nécessaire de changer le Conseil en y donnant la majorité aux représentants, d'une minorité tout nouvellement entrée, après que les accords de la dernière heure avec General Electric - un véritable tour de force - aient été, après tout, l'oeuvre de l'ancien Conseil. Un ajournement leur semblait donc préférable, ouvrant une période de tranquillité favorable a la mise au point définitive des accords avec la compagnie américaine, à la définition précise des struc​tures à donner aux nouvelles sociétés, à l'élaboration des ajustements devenus indispensables dans le protocole signé avec le nouveau groupe de contrôle et l'Etat. Un tel ajournement aurait de plus permis de savoir si vraiment un changement de contrôle s'imposait encore, ce dont doutaient la plupart des actionnaires qui intervinrent dans le débat. On leur deman​dait en somme d'approuver des résolutions définitives alors que la situa​tion était encore extrêmement mouvante. Pour justifier une décision immédiate, le président de Bull, M. Callies invoquait les échéances que la compagnie n'était pas en mesure d'assurer sans le concours du nouveau groupe. Le motif est peu convaincant car, en raison précisément de ces perspectives nouvelles, le crédit de la Compagnie se trouve suffisamment amélioré pour que les concours nécessaires ne lui fassent pas défaut. Il est plus vraisemblable de penser qu'au point où il en est, M. Callies a voulu éviter tout ce qui aurait risqué d'ébranler le nouvel édifice qu'il est en train de construire : puisque le consentement de l’Etat à l’accord avec General Electric est lié à l’entrée du nouveau groupe, autant en finir avec cette dernière

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phase de l’opération, quitte à renégocier par la suite sa structure exacte. M. Vieillard l'a d'ailleurs nettement dit au cours de son intervention (qui, comme celle de M. Callies, visait à obtenir l'approbation de la résolution) : "Il est certain que, dans le cadre d'un accord avec la General Electric, dans lequel celle-ci nous apportera des capitaux, les accords avec l'Etat devront être modifiés. En contrepartie de l'effort qui a été prévu par le gouvernement, ce der​nier a pris des garanties qui nous laissent peu de liberté. Nous sommes obligés, pour conclure l'accord avec la General Electric, de nous libérer de ces entraves et, par conséquent, de ne pas accepter la totalité de l'appui financier du gouvernement. Nous retrouverions, dans ce cas, un peu de notre liberté". C'est après toutes ces assurances que fut votée la résolution déci​dant une augmentation du capital réservé au nouveau groupe par 2.084.113 voix pour, 120.116 voix contre ou abstentions; les 2.204.229 voix expri​mées correspondent à 1.478.655 actions (les actions nominatives ayant une voix double), sur un total de 2 807 982 actions. Les actionnaires réussirent néanmoins à introduire une soupape de sûreté en votant une résolu​tion 1 bis dans laquelle il est précisé que l'Assemblée a pris ses déci​sions "En fonction du mémorandum dont Il est question dans l'exposé complémentaire du Président". Ces chiffres reflètent mal le climat de la salle tout au long des délibérations :-Des jugements très durs furent portés sur l' "intervention​nisme" de l'Etat dans les affaires d'une société privée ("Le Gouvernement sort de son rô1e en intervenant", "L'Etat ne nous inspire aucune confiance etc.), et les actionnaires manifestèrent nettement leur désaccord avec l'ostracisme officiel qui pèse sur l'implantation de Compagnies étrangères, Les investisseurs comprennent apparemment beaucoup mieux que certains milieux administratifs que le maintien dans la course de l’industrie française dépend dans certains secteurs d’une collaboration étroite avec des industries

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étrangères pour autant que celles-ci apportent éléments valables dans la corbeille de mariage.

des

La direction actuelle de Bull mise maintenant sur les chances qu'elle a de faire évoluer la nouvelle structure de la Compagnie en gardant ce qu'il y a de bon dans les accords avec l'Etat et les nouveaux souscrip​teurs, et en y superposant le holding et ses trois filiales. Il s'agit là d'un effort tout empirique pour créer l'ordre à partir du chaos. Si le succès couronne cet effort, le résultat final sera peut-être meilleur pour Bull que si l'on en était resté à la formule originelle d'une participation de 20% de la General Electric, et cela pour deux raisons : (1) une consolidation des appuis bancaires de la Compagnie est une bonne chose en soi, et on peut considérer également comme une évolution heureuse que l'Etat donne finalement son appui à une grande entreprise française d'ordinateurs, après s'en être si complètement désintéressé au​paravant ; (2) si la General Electric reste en dehors du holding ainsi que de la filiale no 1, spécialisée dans les problèmes de Défense, elle aura en revanche une participation nettement supérieure à 20% dans les deux autres filiales, ce qui l'incitera sûrement à les soutenir davantage. Comme Bull apporte à la filiale n° 2 tous ses moyens d'étude et de fabri​cation (exception faite pour ceux qui iront à la filiale n° 1, mais il est possible que ce soit peu de chose puisque celle-ci fera normalement cons​truire à façon la plupart de ses équipements par la filiale n° 2 travail​lant pour le secteur civil), elle aura intérêt à y réserver à son parte​naire américain une participation aussi proche que possible de 49% pour que ce dernier lui apporte un maximum d’actifs et d’appuis. Quant à la filiale n° 3, consacrée aux activités commerciales, il est possible que Bull s'y contente d'une part minoritaire, d'autant plus que General Electric lui fera sans doute apport de l'organisation commerciale de la branche ordinateurs

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d'Olivetti (cette branche est d'ailleurs issue d'une alliance d'Olivetti avec Bull, bien que cette dernière n'y ait plus que 5% contre 95% à la firme italienne), et peut-être même d'autres compagnies européennes d'ordinateurs. Bull a fondé en Suisse, l'an dernier, un holding qui devait détenir ses participations étrangères et faciliter ses financ​ements internationaux ; il se peut que ce soit ce holding qui devienne en fin de compte la filiale n° 3, et qui, dans ce cas, reprendrait également la part de Bull dans la société qu'elle avait créée en Grande-Bretagne avec le groupe De La Rue. Si donc le partnership avec la General Electric doit devenir plus étroit dans le cadre des filiales 2 et 3, - ce qui constituera un véritable "challenge" pour IBM - en revanche la filiale n° 1 pourrait, être formée en association avec certains participants du nouveau groupe minoritaire, notamment les deux sociétés françaises d'électronique. Si toutes ces transformations ont lieu demain, on peut se demander comment fonctionnera Bull au plus haut échelon, el si notamment la remise de la gestion au nouveau groupe minoritaire, du fait de sa majorité de 2/3 au Conseil, doit être prise à la lettre ? Il pourrait paraître illogique que les actuels dirigeants, qui ont largement contribué à l'élaboration des nouvelles structures, se trouvent éliminés de la gestion. M. Callies se retirera sans doute de la présidence effective, tout en continuant à col​laborer aux travaux du Conseil, mais pour le reste il est probable qu'il n’y aura pas de véritable changement de chevaux à mi-course et que le nouveau conseil essaiera de fonctionner en bloc. Plusieurs banques, membres du nouveau groupe, laissent d'ailleurs entendre qu'en raison de la modification de la situation consécutive à la venue de General Electric, il serait peut-être normal de songer à une révision du prix d’émission des actions réservées au groupe - et cela malgré l'accord de l'Assemblée pour l'émission au pair, c'est-à-dire 50 F. - en les portant par exemple au double, ce qui, serait encore de plus d'un tiers en dessous du cours de la Bourse. Il n'est pas certain toutefois que de telles

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considérations d'ordre "moral" seront approuvées par l'ensemble du groupe. : Quelle sera l’attitude des syndicats ouvriers devant, cette évolution? Assez opposés à l’origine a l'entrée de la General Electric, ils espéraient d'abord que l'intrusion de l'Etat dans les affaires de Bull finirait par se traduire par une nationalisation, grâce à laquelle ils comptaient se trou​ver en position de force. Mais ils ont fini par découvrir que le protocole paraphé par le président de la Compagnie ("que votre Président a été mis dans l'obligation de parapher",dit le rapport aux actionnaires) le 15 février dernier avec les Pouvoirs publics et les représentants du nouveau groupe contenait, outre les 13 clauses publiées, une 14ème clause restée secrète par laquelle le gouvernement s'engageait à ne pas s’opposer aux ​licenciements qui s'avéreraient nécessaires. Cela les a évidemment refroi​dis, et ils ont tout lieu de penser que le renforcement de la Compagnie par l'appui d'une grande société américaine permettra de réduire le nom​bre des licenciements prévus malgré certaines coordinations de production indispensables à l'échelle européenne. "Tout est bien qui finit bien" ? Demain nous le dira. La décision de conclure un accord avec General Electric prise par l'Assemblée Générale du 14 Avril devait anéantir certains projets faits par ceux qui croyaient bientôt devenir les associés, si ce n'est les maîtres de Bull. Si on avait du mettre en oeuvre la solution " dite française", n'avaient-ils pas prévu que ce serait Mr. Ponte qui prendrait la Présidence du Conseil d'Administration de Bull et que la Direction Générale de la société serait confiée à un de ses proches collaborateurs; on parlait de Mr. Dambon, Directeur Général Adjoint de la C.S.F. Monsieur Ponte ne faisait nul mystère de ce projet ; il l'avait annoncé à plusieurs personnes à Paris et même à différentes person!nalités à New York ou il était allé quelques jours avant l'assemblée générale de Bull. Dans cette perspective Mr. Ponte avait demandé à Mr. Bunker de venir le retrouver à Paris. Ce dernier était le Président de la Société américaine Bunker-

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Ramo Company, filiale de la Société américaine Martin-Marietta qui avait pris le contrôle de la Société américaine Ramo-Wolldrige dont la C.S.F. était licenciée par l'inter!médiaire de sa filiale C.A.E. (voir page 51) C'est ainsi que Mr. Bunker arrivait à Paris le 12 Avril pour participer à la direction de la Cie des Machines Bull dès que l'Assemblée Générale des Actionnaires de Bull aurait ratifié le Protocole du 15 Février et que le Conseil d’Administration remanié aurait porté à sa présidence Mr. Ponte. Quelques heures plus tard la décision des Actionnaires de Bull devait mettre un point final à tous ces projets. On conçoit mieux ainsi quel pouvait être l'état d'esprit de Mr. Ponte quand, le lendemain de l'Assemblée Générale de Bull, il faisait parvenir à tous les Directeurs et Chefs de Service de la C.S.F. et de ses filiales, la note dont on trouvera ci-après le texte : Le 15 Avril 1964 P.D.G. - M. PONTE à Tous Directeurs, Chefs de Service Filiales BULL - C.S.F. Les derniers développements de l'affaire Bull, marqués par l'Assemblée Extraordinaire de cette Compagnie, en date du 14 Avril, m’ amènent à vous préciser ma position. Je tiens en effet à conserver votre estime et votre confiance. Votre estime J'ai accepté un protocole, daté du 13 Février 1964, souhaité par le ministère des Finances et établi avec lui dans le but d'aboutir à une solution "française" de Bull.

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Nous n'étions nullement demandeurs mais, malgré les sacrifices qui en résultaient pour nous, j'avais adopté cette solution qui aurait été capable de défendre un potentiel technique français. Les dispositions présentées à l'Assemblée de Bull et votées par elle font de nouveau appel à la General Electric, dans des conditions telles que celle-ci s'introduit dans le schéma de réorganisation avec une participation qui ne sera pas inférieure à celle des projets initiaux qu'il nous avilit été demandé d’écarter. CSF n’a été mêlée ni de près ni de loin aux négociations conduites derrière la scène pour en arriver là. En fait, c'est par méfiance que j'ai mis fin dès le début de janvier à la mission de M. Bigard à Bull et refusé que CSF prenne la Direction Générale de Bull dès le 15 Février. Je veux donc que vous sachiez que CSF n'a nullement participé à ce double jeu. Votre confiance Ne vous laissez pas aller au découragement qui pourrait résulter de cette atmosphère de défaitisme devant la puissance étrangère. Il ne s'agit pas d'être nationaliste à tout prix mais il n'y a pas au monde un potentiel technique et humain qui aurait pu réaliser ce que vous avez fait avec des moyens matériels modestes devant ceux des grandes puissances américaines. Cela fait des années que, grâce à vous, nous avons conquis une position internationale éminente, malgré les prophéties du défaitisme qui a trop souvent droit de cité dans notre pays.

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Faites moi encore confiance pour nous tirer au mieux de la situation actuelle dans le domaine des applications du calcul électronique et de leurs annexes, et de la recherche associée. Suivant ma politique constante, il vaut mieux naviguer sur un navire rapide peuplé par un équipage splendide que sur une caserne flottante sans âme. La technique française n'est pas morte à cause d'accords auxquels n'ont pas participé ceux qui y croient : notre force à nous, à vous, est, précisément, que nous lui faisions confiance parce que c'est l'honneur de notre vie. Il en sera encore de même cette fois. Malgré le vote de l' Assemblée Générale, les accords signés avec le Gouvernement par les 4 partenaires du protocole du 15 Février, restaient encore valables. Cependant la C.G.E. et la C.S.F. essayèrent de prendre prétexte du "fait nouveau" pour se dégager des engagements financiers qu'ils avaient contractés. Après toute une série d'incidents, de démarches et de compromis, Mr. Ponte et Mr. Marterer, Président de la C.G.E. durent reconnaître qu'ils étaient bien liés encore par la signature donnée. Au fur et à mesure que les semaines s'écoulaient, les éché!ances de Bull se succédaient de plus en plus difficiles. Pour y faire face, il fallait obtenir des crédits nouveaux ce qui ne pouvait se faire sans obtenir d'abord l'autorisation du Ministère des Finan!ces. A chaque demande, celui-ci augmentait sa pression et ses pré!tentions et c'est ainsi qu'à fin Avril, il exigea que sans plus tarder le Conseil d'Administration de Bull soit remanié conformément au protocole du 15 Février, bien que juridiquement on eut dû attendre la seconde Assemblée Générale, convoquée pour le 12 Mai, qui seule pouvait rendre définitives les décisions de la première Assemblée, c'est-à-dire l'acceptation du protocole. Celui-ci prévoyait que le nouveau groupe, quoique minori!taire puisqu' i1 ne devait posséder que 20 % des actions, serai t néanmoins représenté au Conseil de Bull par 8 administrateurs sur 12 ; il est bien certain qu'au point de vue juridique, c'est là une conception fort peu orthodoxe ! Mais Bull n'était pas en mesure de résister aux exigences du Ministre des Finances et c'est donc, dans ces conditions, que le Conseil d'Administration dut se réunir le 28 Avril sous la présidence de Mr. Joseph Callies.

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Voici le Procès Verbal de cette réunion au cours de laquelle, après avoir entendu successivement les déclarations de chaque ad!ministrateur, devaient être prises des décisions découlant des votes de l'Assemblée Générale. Mr. Joseph CALLIES expose au Conseil que Mr. Georges VIEILLARD et Mr. Roger SCHULZ, entre qui règne une grande confiance, lui paraissent les plus qualifiés pour mener au nom de la Compagnie les importantes négociations qui vont s'ouvrir avec la GENERAL ELECTRIC COMPANY; Mr. Georges VIEILLARD, notamment, entretient depuis de nombreuses années des relations avec les dirigeants de cette Société. Mr. Joseph CALLIES propose donc que l'un et l'autre soient nommés Vice-Présidents ; il propose en outre que Mr. Georges VIEILLARD soit nommé Directeur Général. Après en avoir délibéré, le Conseil se déclare d'accord sur ces propositions. En conséquence, il prend à l'unanimité les deux décisions suivantes : . Le Conseil décide, de nommer Mr. Georges VIEILLARD et Mr. Roger SCHULZ Vice-Présidents pour la durée de leur mandat d'Adminis!trateurs. . Le Conseil décide, sur la proposition du Président, de nommer Mr. Georges VIEILLARD Directeur Général. Puis, Mr. Roger SCHULZ rappelle la question du nouveau crédit de F 10.000.000 avec la garantie de l'Etat, qui avait été exposée au Conseil dans sa dernière réunion du 24 Avril. Il fait savoir que, avant de signer l'arrêté de garantie, le Ministère des Finances a demandé que la composition du Conseil d'Administra!tion soit remaniée des maintenant dans l'esprit du protocole du 15 Février. En conséquence, des conversations viennent d'avoir lieu et, à leur issue, le futur groupe des nouveaux actionnaires a proposé, Comme Administrateurs chargés de le représenter, les huit person!nes suivantes : . Mr. Henri MIRAMBEAU, Directeur des Etudes Militaires à la C.S.F. et Mr. Jean ROY Directeur de l'Organisation et du Contrôle de la C.S.F. . Mr. Alain WILLK, Directeur Général Délégué de la C.I.T. Compa!gnie Industrielle des Télécommunications et Mr. Guy MARCILLE, Directeur des Services Administratifs de la Compagnie Générale d'Electricité.

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. Mr. Jacques JOLY, Président Directeur Général de la Société FivesLiIle-CaiI. . Mr. René HERVET, Ingénieur Conseil au Crédit Lyonnais. . Mr. Georges VIEILLARD et Mr. Roger SCHULZ Il est donc nécessaire que la composition du Conseil soit préalablement réduite à quatre membres désignés, en application du protocole, par le groupe des actionnaires actuels. Mr. Joseph CALLIES prend alors la parole. Il remercie d'abord les Administrateurs qui ont bien voulu lui remettre leur dé!mission. Il dit l'émotion qu'il éprouve à considérer la situation présente de la Compagnie après de si nombreuses années de dévelop!pement considérable. La Compagnie a été mise en porte-à-faux et les longs mois de pourparlers qui lui ont été imposés ont grave!ment déprécié les atouts dont elle disposait. Maintenant, sa posi!tion pour négocier avec G.E. est beaucoup moins bonne qu'en Décembre dernier, puisque la solution dite "française" a conduit à une impasse et que G.E. n'apparaît plus en demandeur. Par ailleurs, G.E. a entre temps traité avec la Société italienne Olivetti qui dispose d'une forte marge de moyens industriels disponibles ; La Compagnie devra donc nécessairement partager avec la Société Olivetti les charges d'études et de fabrication. Mr. Joseph CALLIES considère cependant que le Conseil doit s'incliner et exprime le souhait que les personnalités proposées comme nouveaux Administrateurs, qu'il ne connaît pas encore ( leurs noms ne lui ayant été remis que le matin même}, apportent désormais tous leurs soins à défendre les intérêts de la Compagnie des Machi!nes Bull. Mr. Joseph CALLIES expose que, à son avis, il convient de conserver au Conseil, en premier lieu, les deux Administrateurs de sa famille qui représentent le plus grand nombre d'actions, c'est à dire Mr. Jacques ! CALLIES et lui-même. Pour les deux autres postes d'Administrateurs, il pense que le choix doit porter sur les membres du Conseil actuel qui pourront le mieux aider la Compagnie sur les plans industriel et financier; en conséquence, il propose Mr. Guy LE BRET, en raison des nombreuses relations qu'il entretient dans le monde industriel, et Mr. Rémy SCHLUMBERGER, dont la Maison de Banque a toujours été pour la Compagnie et ses actionnaires un conseiller précieux.

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Le Conseil, après en avoir délibéré, se déclare entièrement d'accord sur les propositions de son Président. Il décide donc de conserver, comme Administrateurs représentant le groupe des ac!tionnaires actuels, MM. Joseph CALLIES, Jacques CALLIES, Guy LE BRET et Rémy SCHLUMBERGER. Ces quatre Administrateurs déclarent accepter le maintien de leur mandat. Mr. Raoul HERMIEU et Mr. André KNUTSEN déclarent alors qu'ils remettent leur démission d'Administrateur pour permettre l'in!troduction des Administrateurs du nouveau groupe. Mr. Joseph CALLIES fait savoir que Mr. Pierre CALLIES, Mr. Jacques BASSOT, Mr. Louis BRICARD et la S.A. Papeteries AUSSEDAT-PONT-DE!CLAIX donnent également leur démission d'Administrateur dans les mêmes conditions. Mr. Roger SCHLUZ prend alors la parole. Il déclare que, pour lui, qui a participé aux travaux du Conseil depuis le mois d'Octobre dernier, le départ aussi brutal, d'un si grand nombre d'Administra!teurs lui cause un réel déchirement, et il demande à Mr. Raoul HERMIEU et à Mr. André KNUTSEN d'être les interprètes de ses sentiments auprès des Administrateurs qui sont absents. Il indique: qu'il a apprécié de la manière la plus complète l'esprit d'équipe qui animait le Conseil, dont le seul objectif était vraiment l'avenir de Bull ; tous unis, ils ont lutté pour essayer de convaincre les inter!locuteurs publics et privés de la Compagnie ; il est convaincu qu'il a été fait un travail d'une réelle efficacité. Très conscient que les Administrateurs démissionnaires ont accepté, pour le bien de la Compagnie, un sacrifice tout à fait inhabituel, il espère qu'ils res!teront toujours aussi attachés à la Compagnie et que celle-ci pourra encore faire appel à eux quand le besoin s'en fera sentir. Enfin, il forme des voeux pour que le Conseil remanié soit animé de la même foi et de la même énergie, avec comme seul but le développement de la Compagnie au grand profit de son personnel et de ses actionnaires. Mr. Guy LE BRET remercie ensuite le Conseil de la con!fiance qu'il vient de lui témoigner. Il rappelle spécialement le magnifique esprit d'équipe dont le Conseil a été constamment animé, et le développement considérable qu'avaient pris les affaires de la Compagnie, jusqu'au jour où le Gouvernement a pris la décision que l'on sait, décision qui a déjà coûté à la Compagnie un certain nom!bre de milliards d'anciens francs. Il témoigne son admiration et ex!prime ses remerciements à Mr. Joseph CALLIES qui au cours de ces derniers mois, et malgré son prochain

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départ, a continué à con!duire la Compagnie avec la même autorité, le même dévouement et la même rare conscience. Mr. Jacques CALLIES et Mr. Rémy SCHLUMBERGER s'as!socient entièrement aux paroles prononcées par Mr. Guy LE BRET . Mr. Georges VIEILLARD rappelle qu'il est, avec Mr. André KNUTSEN, un des plus anciens de la Compagnie. Il déclare que, s'il a accepté de quitter sa retraite, ce n'est pas seulement pour le bien de la Compagnie, mais aussi, pour beaucoup, en raison de l'estime et de l'amitié qu'il a pour Mr. Joseph CALLIES. Par ailleurs, il ne voudrait pas, maintenant qu'il est un des huit Administrateurs repré!sentant le nouveau groupe, qu'on pense qu'il s'agisse d'une opposi!tion, alors que son amitié et son estime pour les Administrateurs anciens restent absolument complètes. Il considère que la Compa!gnie est placée en face d'une situation extrêmement difficile, en raison d'une part de la crise morale qui l'affecte, et d'autre part de l'importance des négociations qui vont s'engager; en conséquence, il estime indispensable que les nouvelles personnalités qui vont entrer au Conseil laissent à la Direction l'autorité nécessaire pour faire ce qui doit être fait. Mr. Roger SCHLUZ considère que la tâche qui reste à ac!complir est énorme. Mr. André KNUTSEN, après avoir rappelé qu'il est le plus ancien des Administrateurs, remercie le président pour le magnifi!que travail qu'il a accompli. Grâce à l'esprit d'équipe et aux efforts de tous, BULL était devenue une grande Compagnie française ; mais des circonstances extraordinaires l'ont conduite à une impasse. Il espère cependant que les obstacles pourront progre1sivement s'apla!nir et que la Compagnie reprendra un essor nouveau. Il remercie Mr. Joseph CALLIES et les autres Administrateurs et leur exprime ses sentiments de très fidèle attachement. Mr. Raoul HERMIEU s'associe aux paroles prononcées par les autres Administrateurs et déclare qu'on ne dira jamais un assez grand merci à Mr. Joseph CALLIES et à toute sa famille. Le Conseil délibère ensuite sur la question de la nomination des nouveaux Administrateurs, Monsieur le Président note que les six Administrateurs maintenus sont présents et que le Conseil ainsi

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composé peut valablement délibérer. Il est procédé d'abord au tirage au sort afin de répartir les six sièges d'Administrateurs devenus vacants entre les personnalités à nommer. Puis le Conseil prend à l'unanimité les décisions suivantes : Le Conseil nomme Mr. Henri MIRAMBEAU, demeurant à Antony (Seine) 16, rue du Vallon, Administrateur, à titre provisoire, en remplacement de Mr. André KNUTSEN, démissionnaire. Mr. Henri MIRAMBEAU exercera ses fonctions jusqu'au jour de la réunion de l'Assemblée Générale Ordinaire qui statuera sur les comptes de l’exercice 1965. Le Conseil nomme Mr. Jean ROY, demeurant à Paris, 148 Avenue de Malakoff, Administrateur, à titre provisoire, en remplacement de Mr. Louis BRICARD démissionnaire. Mr. Jean ROY exercera ses fonctions jusqu'au jour de la réunion de l'Assemblée Générale Ordinaire qui statuera sur les comptes de l’exercice 1964. Le Conseil nomme Mr. Alain WILLK, demeurant à Paris, 53 rue de Boulainvilliers, Administrateur, à titre provisoire, en remplacement de Mr. Pierre CALLIES, démissionnaire, Mr. Alain WILLK exercera ses fonctions jusqu'au jour de la réunion de l'As!semblée Générale Ordinaire qui statuera sur les comptes de l' exer!cice 1965. Le Conseil nomme Mr. Guy MARCILLE, demeurant à Paris, 67 Avenue Kléber, Administrateur, à titre provisoire, en remplace!ment de Mr. Jacques BASSOT, démissionnaire. Mr. Guy MARCILLE exercera ses fonctions jusqu'au jour de la réunion de l'Assemblée Générale Ordinaire qui statuera sur les comptes de l'exercice 1968: Le Conseil nomme Mr. René HERVET, demeurant à Paris, 2 rue Scheffer, Administrateur, à titre provisoire, en remplacement de la S.A. AUSSEDAT -PONT DE CLAIX, démissionnaire. Mr. René HERVET exercera ses fonctions jusqu'au jour de la prochaine Assemblée Générale Ordinaire qui doit statuer sur les Comptes de l'exercice 1963. Le Conseil nomme Mr. Jacques JOLY, demeurant à Paris, 5 Rue Alexandre Cabanel, Administrateur, à titre provisoire, en rem!placement de Mr. Raoul HERMIEU, démissionnaire. Mr. Jacques JOLY exercera ses fonctions jusqu'au jour de la prochaine Assem!blée Générale Ordinaire qui doit statuer sur les comptes de l'exerci!ce 1963.

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Le nouveau conseil se réunissait 2 jours après et, s'adres!sant aux six administrateurs qui siégeaient pour la première fois, Mr. Joseph Callies en leur souhaitant la bienvenue leur disait : "Vous entrez dans une maison qui, en 33 ans a eu un développement considérable et qui vient de traverser une crise de croissance. Actuellement la situation n'est pas bonne. Elle est aggravée par une crise financière et morale due en grande partie à la longue période d'incertitude que nous venons de traverser . II a fallu un moral extraordinaire pour que la désintégration ne soit pas plus profonde. Le personnel fait confiance au Conseil et est resté à son poste en faisant son devoir d'une façon remarquable, mais il a particulièrement souffert de ce que, pendant cette période, il n'ait pas été possible de donner des directives précises et même de prendre un certain nombre de décisions, dont cependant l'intérêt était absolument évident. Cette préoccupation du travail de notre personnel est un de nos soucis majeurs. Malgré ces 8 mois, nous avons conservé nos forces d'études, industrielles et commerciales, et notre chiffre d'affaires pour les 3 premiers mois est le même que celui de l'année dernière à la même époque. Je ne voudrais pas laisser passer cette séance, devant vous, sans renouveler mes remerciements aux 6 Administrateurs qui ont toujours apporté leur concours dévoué à la Cie et qui l'ont encore prouvé avanthier mardi, en acceptant de se retirer pour vous laisser la place. Je suis persuadé que, comme eux, vous vous dévouerez entièrement au bien de la Cie des Machines Bull, car le Conseil ne doit avoir que ce seul but, indépendamment des intérêts que chacun de nous peut représenter par ailleurs. Après ces paroles de bienvenue, Mr. Vieillard rappelait brièvement les différentes phases des négociations avec General E1ectric et la solution à laquelle on était finalement arrivé.

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Mr. Schulz prenait alors la parole. Après avoir rappelé la mission de liaison qu'il venait d'assumer entre la Compagnie et le "nouveau groupe d'actionnaires", il souhaitait à son tour la bienve!nue aux nouveaux administrateurs. Il demandait que l'on s'abstienne désormais de parler de "nouveau groupe"et "d'ancien groupe", car il ne devait subsister qu'une Compagnie, entièrement unie, dont la tâche était de négocier avec General Electric, et qui devait repren!dre le plus tôt possible son développement. Il soulignait que les négociations qui allaient s'ouvrir s'avéraient très difficiles et qu'il faudrait chercher avant tout à les faire aboutir et à ménager l'avenir de Bull. Ces négociations ne devraient être compromises par aucune autre préoccupation étrangère aux intérêts de la Compagnie. Le Conseil décidait enfin que les négociations avec la General Electric seraient menées par Mr. Schulz entouré de Mr. Vieillard, de Mr. Wilk et de Mr. Roy. Retour sommaire

CHAPITRE XI LE REVIREMENT

"Rien n'est fait aujourd'hui, tout sera fait demain." ANDRE CHENIER- Epîtres La lettre de Mr. Lockton du 13 Avril 1964 adressée à MM. Vieillard et Reyre, donnait l'accord de principe de General Electric au schéma qui avait été retenu ; il restait aux quatre délé!gués du Conseil d'Administration de Bull à préciser les structures des différentes filiales à créer. Mr. J.D. Lockton revenait une nouvelle fois à Paris 1e lundi 4 Mai afin de participer aux conversations qui devaient avoir lieu à ce sujet : il ne semblait pas qu'il dut y avoir, du côté du Gouverne!ment, de difficultés puisque le projet était connu par les différents ministères et qu'il n'avait été repoussé par aucun d'eux.

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Au moment ou la conversation allait s'ouvrir avec Mr. Lockton, Monsieur le Ministre des Finances faisait savoir qu'il ne pouvait plus admettre maintenant que General Electric possédât la majorité de la société dite commerciale, tout au moins en ce qui concernait le marché français, celui des autres pays du Marché commun et des pays d'influence française. Il est difficile d'expliquer ce revirement du Ministre des Finances autrement que par le retour à Paris de Mr. le Premier Ministre qui, en voyage au Japon, n'était revenu à Paris qu'à fin Avril et auquel alors avait été présenté le nouveau projet dont il ne restait plus qu'à préciser les détails. Son Directeur de Cabinet, Mr. Ortoli, n'avait pas fait d'objections lorsque ce projet lui avait été présenté par Mr. Schulz, mais Mr. le Premier Ministre n'était pas très satisfait de l'accord si vite donné par son Ministre des Finances à une association Bull-General Electric contre laquelle ce dernier s'était si vigoureusement opposé depuis plusieurs mois. Ce revirement provoqua chez Mr. J.D. Lockton, et les autres délégués de General Electric qui l'entouraient, stupeur, indignation et colère. Ils ne pouvaient comprendre comment un Ministre pouvait ainsi revenir sur la parole donnée. La nouvelle exigence du Ministre des Finances détruisait tout l'équilibre du projet si laborieusement mis sur pied et elle apparaissait d'autant plus inacceptable aux américains que, constituant une sorte de partage des marchés, ce projet devenait ainsi contraire aux lois des U.S.A. On en était arrivé au point de rupture et il a fallu toute la diplomatie de ses interlocuteurs pour empêcher Mr. Lockton de reprendre immédiatement l'avion pour New-York, comme il en manifestait la volonté. Il fallait absolument gagner du temps, laisser le calme revenir, reprendre contact avec les Pouvoirs Publics, leur expliquer la situation et leur faire préciser d'une façon définitive leur position. De nouveaux contacts furent pris avec la rue de Rivoli, mais la réponse du Ministre des Finances se faisait toujours attendre : promise pour le matin, puis pour 18 heures, puis pour 22 heures, elle ne fut connue qu'une heure plus tard, dans la nuit du vendredi 8 Mai : le gouvernement maintenait toutes ses prétentions. Il semblait bien alors que tout fût terminé. Alertés au milieu de la nuit, Mr. Reyre et Mr. Ambroise Roux rejoignirent à son hôtel Mr. J.D. Lockton qui depuis le début de la soirée était là, entouré de ses conseillers et des négociateurs français.

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Il ne restait plus d'autres possibilités de poursuivre les négociations que de convaincre le Ministre des Finances de la nécessité d'atténuer ses exigences et de proposer à Mr. J.D. Lockton les aménagements nécessaires pour donner satisfaction au Gouver!nement Français, tout en restant dans le cadre prévu. Et c'est ainsi, que rédigée au petit jour, pouvait être pré!sentée au Ministre des Finances le samedi matin 9 Mai, la note ci-après. NOTE relative aux accords BULL-GENERAL ELECTRIC en ce qui concerne la Société Commerciale Afin de répondre au désir du Gouvernement français, la Compagnie des Machines BULL proposera à la General Electric les modifications suivantes au mémorandum du 9 Avril 1%4 qui sert ac​tuellement de base de négociation pour l'association projetée entre les deux Compagnies: La (ou les) société commerciale qui doit être créée confor​mément au mémorandum et qui doit être détenue à raison de 51 % par General Electric et 49% par BULL, vendra en France les maté​riels produits par la société de fabrication française, à travers une nouvelle société qui sera constituée en tant qu'agent de vente aussi bien vis-à-vis des administrations publiques que de la clien​tèle privée. L'intention des parties n'est pas de limiter l'activité de cette agence aux seuls produits fabriqués en France mais de l'étendre en tant que de besoin à tous les autres produits vendus par la société commerciale internationale. L'agence française sera détenue à raison de 51% par des sociétés françaises et 49% par la General Electric. Elle bénéficiera de l'aide technique et commerciale de la Société commerciale inter​nationale. Elle sera organisée de manière à réduire au minimum les incidences fiscales qui pourraient provenir de la création d'une société nouvelle. 11 est entendu par ailleurs que l'agence agira en tant que mandataire de la société commerciale internationale qui fixera la politique de vente et sera chargée de la coordination com​merciale.

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General Electric s'efforcera de distribuer aux EtatsUnis d'Amérique et dans d'autres pays les matériels de la Compagnie des Machines BULL qui se révèleront adaptés aux marchés corres​pondants. Elle s'efforcera, de plus, de distribuer les mêmes matériels par le canal de l'agence française dans les pays d'influence française. Afin de pouvoir poursuivre les négociations avec la General Electric, la Compagnie des Machines BULL demande l'agrément des pouvoirs publics sur les bases constituées par les points essentiels énumérés dans le mémorandum du 9 avril complétés par les aména​gements précisés dans la présente note. 9 Mai 1964 Le dimanche 10 Mai, Mr. Poniatowski adressait la réponse de son Ministre à Mr. Reyre en y joignant une seconde lettre, celle-ci adressée à la Banque de Paris et des Pays-Bas, à la C.S.F. et à la C.G.E. La Compagnie des Machines Bull ne figure pas parmi les destinataires de cette lettre et c'est pourtant elle qui est la princi!pale intéressée à toute cette affaire. Cette lettre fut forcément pré!sentée à Mr. J.D. Lockton et par cela même connue de tous les négociateurs français et américains. En voilà le texte : REPUBLIQUE FRANCAISE MINISTERE DES FINANCES et des AFFAIRES ECONOMIQUES Le Chargé de Mission auprès du Ministre Paris, le 10 Mai 1964, Messieurs, Vous avez bien voulu me communiquer une note en date du

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9 mai apportant un certain nombre de précisions complémentaires aux accords Bull-General Electric et sur les orienta​tions desquelles je ne me propose pas de soulever d'objection. J'ai pris note du fait que, conformément au désir que j'en avais exprimé, ce document prévoit la création d'une société à majorité française agissant comme agent général de vente, non seulement pour les produits fabriqués en France mais en tant que de besoin pour tous autres produits vendus par la Société commerciale Bull. J'ai également pris note de ce que General Electric s'efforcerait d'assurer la distribution aux Etats-l1nis d'Amérique et dans d'autres pays des matériels de la Compagnie des Machine Bull qui se révèleront adaptés aux marchés correspondants. Je dois enfin souligner que le Gouvernement Français attache la plus grande importance à la déclaration de la General Electric aux termes de laquelle les parties contractantes s'efforceront de distribuer par l'intermédiaire de l'Agence française dans les pays d'influence française les matériels analogues à ceux qu'elles distribueront en France. Le Gouvernement Français souhaite que, dans ce domaine, vous vous efforciez d'obtenir de votre côté et dans le cadre des négociations qui vont maintenant s'ouvrir pour la mise au point du contrat, d'appréciables satisfactions concernant les marchés des pays d'influence française ou voisins de notre pays. Veuillez agréer, Messieurs, considération distinguée. M. PONIATOWSKI. Banque de Paris et des Pays-Bas Compagnie Générale d'Electricité l'assurance de ma

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Compagnie Générale de Télégraphie Sans Fil. Cette lettre, malgré le ton plus atténué dans lequel étaient présentées les nouvelles demandes du Gouvernement Français, constituait cependant une modification assez profonde des bases de l'accord dont le principe avait été accepté un mois auparavant. Mr. Lockton et Mr. Cross, Vice-President Group Executive, de General Electric qui était venu le retrouver à Paris, déclarèrent qu'ifs n'avaient pas les pouvoirs pour accepter ces nouvelles deman!des et qu'ils devaient en référer à leur Conseil d'Administration. Avant de quitter Paris, ils rendirent visite à Mr. Poniatowski : théo!riquement il ne devait s'agir là que d'une visite protocolaire de poli!tesse, mois il y fut néanmoins question de la lettre de l'avant! veille au sujet de laquelle ils disaient ne pouvoir préjuger des déci!sions qui seraient prises à New-York. Le mardi 12 Mai, Messieurs Lockton et Cross quittaient Paris pour les USA, quelques heures avant que les actionnaires se retrouvent pour la deuxième fois ou Théâtre des Champs-Élysées en Assemblée Générale Extraordinaire pour confirmer les décisions prises le 14 Avril. Retour sommaire

CHAPITRE XII L’ASSEMBLEE GENERALE EXTRAORDINAIRE

"Des malheurs évités, le bonheur se compose." ALPHDNSE KARR - Les guêpes

Quatre semaines sont passées depuis le 14 Avril, les options ont été prises, le calme est revenu et l'Assemblée Générale du 12 Mai 1964 n'a à son ordre du jour que l'approbation des rapports des Commissaires désignés lors de la précédente assemblée, sur les avantages particuliers réservés aux nouveaux

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souscripteurs et à l'Etat. A moins d'incidents de séance toujours possibles, il n'y a pas de surprise à prévoir . Cette fois-ci le Théâtre des Champs-Elysées est loin d'être plein ; on ne compte guère plus de 850 personnes parmi lesquelles le bataillon des employés de la Banque de Paris et des Pays-Bas - 400 environ- mobilisés une nouvelle fois. Il est vrai que pour cette deuxième assemblée, le nombre des voix par actionnaire est limité à dix. Mr. Callies préside la séance, entouré des assesseurs : Mr. Schulz et Mr. Vieillard qui remplace aujourd'hui Mr. Pierre Callies, et de Maître Leblond qui remplit encore les fonctions de secrétaire. On retrouve les quatre huissiers avec leurs sténographes et leurs secré!taires. Un cinquième huissier est venu se joindre à eux; il a été commis par Monsieur le Président du Tribunal de Commerce de la Seine à la requête d'un actionnaire, Mr. Stern, qui conteste la validité de l'Assemblée Générale du 14 Avril et qui vient d'assigner la Compagnie ellemême ainsi que chacun de ses administrateurs, en vue d'obtenir la nullité de cette assemblée. La séance commence par la lecture des deux rapports des deux Commissaires, Messieurs Cunin et Passérieux désignés le 14 Avril. Ceux-ci n'omettent pas de faire remarquer que : "La cession du droit préférentiel de souscription demandée aux actionnaires constitue en elle-même un avantage puisque les actions sont émises au pair alors que la cotation actuelle en Bourse est très supérieure et que l'examen des éléments du patrimoine fait ressortir une valeur intrinsèque de celui-ci plus élevée que le capi!tal social nominal et compte tenu d'un assainissement rigoureux du bilan. Les nouveaux actionnaires entrent donc dans la Compagnie sans payer la fraction des réserves comptables ou occultes qui reviennent aux actions émises avec assimilation aux anciennes." Après l'intervention de quelques actionnaires, le Président mettait aux voix les différentes résolutions. Comme lors de l'Assem!blée du 14 Avril le scrutin eut lieu au vote secret, le nombre de voix étant limité à 10 par actionnaire, les résolutions furent adop!tées par 5.400 voix contre 1.200 voix. On trouvera à l'Annexe VII le Procès-Verbal de cette réunion.

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Aussitôt terminée l'Assemblée Générale Extraordinaire, s'ouvrait l'Assemblée Générale Ordinaire qui avait à statuer sur les comptes de l'exercice 1963. Le rapport du Conseil d'Administration était présenté dans les mêmes formes que les années précédentes, les seules allusions à "l'affaire Bull" concernaient l'arrêté du bilan qui avait du être établi par la C.S.F. et la C.G.E. et ou apparaissait une provision pour "dépréciations exceptionnelles" de 85.600.000 francs qui venait s'ajouter à la perte de l'exercice se montant à 42.654.918 francs. Il devait être décidé par l'assemblée que ces pertes seraient apurées par un prélèvement sur les réserves constituées les années précédentes. L'Assemblée avait encore à ratifier la nomination des nou!veaux administrateurs. Après la lecture des rapports du Conseil d'Administration et des Commissaires aux comptes, le Président, Mr. Joseph Callies devait prononcer l'allocution suivante. "Le rapport du Conseil qui vient de vous être distribué a été mis à votre disposition il y a 15 jours, conformément à la loi. Depuis, de nombreux évènements se sont produits et je vais vous les exposer. "La situation de la Compagnie depuis le début de 1964 a été très affectée par les évènements et par une crise morale qui a été souvent exagérée par la presse. "Toutefois notre chiffre d'affaires pour le 1er trimestre 1964 a été supérieur de 12 % à celui qu i avait été prévu, et de 13, 2 % à celui du 1er trimestre de l'année 1963. Ces chiffres ne sont d'ailleurs pas tout à fait comparables du fait qu'au premier trimestre 1963, LOCABULL n'existait pas. "Les commandes enregistrées pendant ce premier trimestre sont en augmentation de 20% environ sur celles du 1er Trimestre 1963. Cette augmentation est due essentiellement au succès du Gamma 10. Quant à nos loyers mensuels pour le Service Bull et la Maintenance, ils s'élèvent maintenant à 14,5 millions par mois, soit 174 millions par an, représentant une augmentation de 14,2 % sur 1963. "Mais notre situation de trésorerie reste précaire, et exige une attention constante. Nous avons pu faire face à nos besoins grâce à l'appui de l'Etat dans l'esprit du protocole du 15 Février. Cet appui a eu pour contrepartie la mise en nantissement de cer!tains de nos actifs mobiliers. "Dans un souci de rapidité, nous avons été amenés à mettre en place les

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différentes mesures prévues par le protocole dans des délais plus courts que ceux qui avaient été envisagés. C'est la rai!son pour laquelle en particulier, les nouveaux administrateurs ont été cooptés alors que, d'après le protocole, votre ancien Conseil devait rester en fonction jusqu'à l'Assemblée Générale Ordinaire. "C'est pourquoi six de vos administrateurs ont donné leur démission lors de la séance du 28 Avril; ce sont Messieurs André KNUTSEN, Pierre CALLIES, Raoul HERMIEU, Jacques BASSOT, Louis BRICARD, et la Société AUSSEDAT-PONT de CLAIX. "Je tiens à les remercier publiquement de cette nouvelle mar!que de dévouement qu'ils ont bien voulu donner à la Compagnie. "Vous aurez ensuite à voter pour compléter le Conseil qui vous propose d'abord de renouveler le mandat de Monsieur Georges VIEILLARD, entré au Conseil en 1962 après avoir assuré pendant 30 années la Direction Générale de votre Compagnie, puis de ratifier les nominations comme Administrateurs de Mr. Roger SCHULZ repré!sentant la Banque de Paris et des Pays-Bas, de MM. Henri MARCILLE et Jean ROY, représentant la C.S.F., de MM. Alain WILK et Guy MARCILLE, représentant la C.S.F. de Mr. René HERVET représentant le Crédit Lyonnais, et de Mr. Jacques JOLY Président Directeur Général de la Compagnie Fives-Lille. "Le Conseil s'est réuni pour la première fois le 30 Avril, et a désigné Monsieur Georges VIEILLARD Vice-Président Directeur Général, Monsieur SCHULZ Vice-Président, et Monsieur WILLK pour poursuivre les négociations avec la General Electric Cy. "Les négociations avec General Electric Cy sont en cours. On s'efforce de résoudre dans les meilleurs délais les problèmes nombreux et difficiles que cet accord soulève. "Mon exposé est maintenant terminé. Il me reste néanmoins à vous annoncer que je remettrai au prochain Conseil, ma démis!sion de Président Directeur Général de la Compagnie des Machines Bull. "En effet, tous ces changements dans la structure de la Compagnie, dans la composition de son Conseil, dans son orienta!tion générale, marquent une étape nouvelle extrêmement importante. "Notre croissance a été si rapide qu'il y a eu peu d'années où elle ne se soit

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traduite par de profondes modifications internes. Mais les transformations auxquelles vous allez donner votre appro!bation correspondent à quelque chose de plus. C'est un ensemble véritablement nouveau qui est en train de surgir de cette longue et pénible crise qui est en voie d'être surmontée. "II est conforme à la logique, aux usages et à une sorte de loi, qui, pour n'être pas écrite, n'en est pas moins pleine de sages!se, qu'une telle mutation s'accompagne d'un changement de la Présidence. "Faisant abstraction de toute autre considération que le bien de la Société, je vais remettre au Conseil ma démission de mes fonctions de Président Directeur Général. La Compagnie sera ainsi pleinement assurée de recevoir dans les négociations avec la General Electric Cy que j'ai moi-même réengagées fin 1963, les appuis officiels qui leur donneront les meilleures chances de succès. "Je m'efface donc après quinze années de présidence et je vous remercie de la confiance et du soutien que vous m'avez si longtemps manifestés et dont j'ai reçu dans ces jours difficiles maints témoignages individuels qui m'ont profondément touché. "Je me retire aussi après 28 années de travail au milieu des différents collaborateurs de la Compagnie des Machines Bull. Je voudrais ici encore manifester la solidarité et le sentiment de communauté que j'ai éprouvé à participer avec eux aux efforts très rudes que, tous, nous avons fournis pour créer et développer la Compagnie. "Je souhaite très vivement contribuer ainsi à faciliter la mise en place des nouvelles structures d'une Maison qui s'oriente maintenant vers un nouveau devenir, qui peut être plein de possibi1ités. (Cette lecture est saluée de vifs applaudissements). Monsieur Philippe BROSSOLLET prend ensuite la parole dans les termes suivants : "Mesdames, Messieurs, "Je n'ai que quelques mots à dire. "Les applaudissements qui ont salué la déclaration de Monsieur Joseph CALLIES m'ont fait penser que, peut-être, certains auditeurs n'avaient pu se défendre d'une certaine émotion, que j'ai éprouvée mo-même, en entendant les

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paroles simples et dignes par lesquelles Monsieur Joseph CALLIES a annoncé à l'Assemblée qu'il devait abandonner son poste après 28 ans de travail dont 15 de Présidence. "II y a dans la situation de cet homme un côté vraiment poi!gnant qui n'a sûrement pas échappé à la plupart d'entre vous. "J'ai été pendant quinze ans, Administrateur de la Compa!gnie des Machines Bull. A ce titre, i'ai vu de près Monsieur Joseph CALLIES à 1'oeuvre. Aujourd'hui, où il se retire dans les condi!tions... au moins particulières, que vous connaissez,je considère comme un devoir de venir le saluer et, tant en mon nom qu'au nom de tous mes anciens collègues du Conseil d'Administration, de lui apporter le témoignage de notre affection d'abord, et aussi celui de notre admiration et de notre reconnaissance pour l'oeuvre qu'il a accomplie à la Compagnie des Machines Bull. "Par ailleurs il ne me parait pas inutile de rappeler que depuis trente ans le nom de CALLIES a été inséparable de celui de BULL, que 3 membres de cette famille, 3 frères, ont successivement présidé aux destinées de Bull, et que cette affaire, qui était deve!nue une des plus belles affaires de France, est incontestablement leur oeuvre. "II me reste encore un devoir à remplir. En cette heure si grave pour lui, je désire rendre hommage à l'abnégation dont fait preuve Monsieur Joseph CALLIES en acceptant de s'effacer pour permettre et faciliter la réorganisation de la Compagnie. "Monsieur le Président Joseph CALLIES, mon Cher Prési!dent, c'est avec une grande émotion que je vous salue très respec!tueusement. ( nombreux applaudissements). - Mr. Maurice STERN s'associe à l'hommage rendu par Monsieur BROSSOLLET mais estime que Monsieur Joseph CALLIES ne doit pas se retirer et qu'il fallait faire appel aux actionnaires pour résoudre les problèmes financiers. - Mr. Roger SCHULZ s'associe également à cet hommage en ces termes : "Voilà six mois que j'ai été appelé à collaborer au Conseil de la Compagnie Bull sous la présidence de Mr. Joseph CALLIES. Je dois dire que je m'associe pleinement aux paroles qu'a prononcées tout à l'heure Mr. BROSSOLLET et que c'est avec un serrement de coeur que j'ai appris la décision de Mr.

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CALLIES de quitter la Présidence. "Je crois pouvoir dire qu'au cours de ces six mois nous avons ensemble lutté, compte tenu des impératifs qui nous étaient fixés, compte tenu des lignes dans lesquelles nous devions évoluer. Nous avons cherché ensemble à résoudre au mieux les problèmes de la Compagnie des Machines Bull. "Il est certain que les conditions qui nous ont été imposées par les circonstances et les difficultés que nous avons rencontrées ne nous ont pas permis d'aboutir à un ensemble de résultats qui soient satisfaisants pour tout le monde. "Mais je crois vraiment que nous avons travaillé les uns les autres dans l'esprit de sauver cette affaire, de lui assurer avec toutes les meilleures chances un développement ultérieur, et c'est pourquoi aujourd'hui, au moment où Monsieur CALLIES a fait connaître son intention de donner sa démission, je tiens à dire publiquement toute l'estime que j'ai eue pour lui, pour la force de caractère qui a été la sienne dans ces moments particulièrement pénibles. " - Mr. Elie POLITI, se déclarant ému par les paroles de Mr. SCHULZ, rappelle que Mr. Joseph CALLIES reste administrateur et propose de le nommer Président d'Honneur du Conserl d'Administration. - Mr. Pierre MONVOISIN reconnaissant l'estime générale que l'Assemblée porte à Mr. Joseph CALLIES, indique que la situation aurait été renversée si on avait suivi sa proposition du 14 Avril et demandé aux actionna ires de faire euxmêmes l'effort de souscrire à une augmentation de capital. - Mr. Yves LYON s'associe aux regrets exprimés à l'occasion du départ de Mr. Joseph CALLIES et le félicite pour la vitalité de la Compagnie en dépit des difficultés rencontrées. Bien qu' i1 n'approuve pas la gestion de la Compagnie, il n'est pas d'accord sur la démission de Mr. Joseph CALLIES et déclare qu’un Conseil d'Administration doit être le reflet de ses actionnaires. Il signale en outre que, dans le bilan, on a mal comptabilisé la plus value dégagée sur les cessions d'immobilisations faites à la Société LOCABULL, et il demande que, l'année prochaine, la Compagnie tienne à la disposition de ses actionnaires les bilans et rapports des Commissaires aux Comptes de ses filiales les plus importantes. - Mr. Charles RUHLMANN dit que le rapport général signale à plu!sieurs

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reprises des omissions ou des erreurs; il considère que les Commissaires aux Comptes auraient dû prendre la responsabilité de dire que le bilan était inexact. Monsieur Joseph CALLIES répond qu'il ne s'agit que d'erreurs de présentation. Personne ne demandant plus la parole, Mr. le Président met alors aux voix les résolutions. Les résolutions relatives aux comptes de l'exercice 1963 ont été adoptées à la majorité des voix exprimées: 1.648.792 actions présentes ou représentées correspondant à 2.386.267 voix ayant voté pour et 7.202 voix ayant voté contre. Quant à la nomination des nouveaux administrateurs, elle fut adoptée, 25 voix s'étant pronon!cées contre la nomination de Mr. Schulz, 952 contre celle de Mr. Vieillard, et 1.802 voix contre celle des 6 nouveaux administra!teurs du nouveau groupe. Quelques jours après, le Conseil d'Administration se réunis!sait et décidait devant notaire l'augmentation de capital votée par l'Assemblée Générale, puis entendait l'allocution suivante pronon!cée par Mr. Joseph Callies. "Après la signature du Protocole du 15 Février, j'ai remis ma démission au Conseil, mais celui-ci m'a demandé de conserver mes fonctions jusqu'à l'Assemblée Générale Ordinaire pour éviter la désagrégation de la Compagnie pendant cette période intérimaire "J'ai fait tous mes efforts pour maintenir le moral de tous, et je crois y être bien arrivé. Le potentiel humain de la Compagnie est sensiblement intact, car, sauf à la Direction Commerciale Exportation, nous n'avons eu que peu de démissions. "Dans mon allocution à l'Assemblée Générale Ordinaire, j'ai dû rester volontairement très discret pour ne pas gêner les négociateurs; ceux-ci m'ont même fait modifier certaines phrases. "Je tiens donc à bien expliquer ma position. "Tous les gens informés savent maintenant que l'accord avec General Electric constitue pour Bull la meilleure solution, et même, si on regarde l'avenir lointain, la seule véritable. "Nous devons donc tout foire pour qu'elle aboutisse et je crois savoir que tout le monde autour de cette table en est maintenant convaincu.

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" Je sais tous les trésors de patience, d'énergie et d'imagi!nation que les négociateurs ont dû dépenser pour surmonter les obstacles imprévus qu'ont fait naître les malencontreuses initiatives des pouvoirs publics au cours de ces derniers jours. "J'ai aussi le devoir en ce qui me concerne d'apporter toute la contribution qui est en mon pouvoir pour le succès de cette négocia!tion. Celle que m'impose le Gouvernement lui-même est de me retirer. C'est pour cela que conformément à ce que i'ai dit à l'Assemblée Générale Ordinaire, je vous demande d'entériner ma démission. "II va de soi que je n'en continuerai pas moins à appuyer de toutes mes forces, jusqu'au complet aboutissement de cette négo!ciation, les efforts de ceux qui vont la poursuivre. " Je m'efforcerai en particulier de conserver le contact avec tous les cadres de la Compagnie avec lesquels j'ai des liens per!sonnels et anciens pour essayer de remédier à leur désarroi et leur découragement qui prennent de jour en jour des proportions plus inquiétantes. "Je vais passer la parole à Monsieur Vieillard, notre doyen d'âge, mais avant de le faire et sur sa demande, je vais vous lire la lettre qu'il m'a adressée par laquelle il déclare qu'il ne lui convient pas, dans les conditions actuelles, de voir renouveler son mandat de Directeur-Général ni sa nomination à la VicePrésidence. Après la lecture de cette lettre, Mr.Joseph Callies ajoutait : "Monsieur Vieillard et Monsieur Schulz ayant vu leur mandat de Vice-Président se terminer avec leur mandat d'Administrateur au cours de l'Assemblée Générale du 12 Mai, je demande donc au doyen d'âge, Monsieur Vieillard de présider la suite de cette séance pour la nomination de mon successeur. Monsieur Vieillard prend alors la parole. Il commence par rappeler en quelques mots le dévouement inlassable de Mr. Joseph Callies qui pendant de si nombreuses années consacrées à la Compagnie, avait mené celle-ci à un développement exceptionnel. Il propose qu'en reconnaissance le Conseil nomme Monsieur Joseph Callies Président d'Honneur. A l'unanimité, le Conseil approuve cette proposition. Mr. Georges Vieillard exprime alors personnellement à Monsieur Joseph Callies son immense estime et son amitié que rien ne pourra altérer.

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Puis il expose au Conseil qu'il y a lieu, conformément à la loi, de nommer un nouveau Président Directeur Général. Dans les conditions actuelles il pense que le choix ne peut se porter que sur Monsieur Schulz et il souligne toute l'estime et la considération qui l'entourent, après ses quelques mois de présence à la compagnie. Monsieur Joseph Callies considère qu'actuellement, la Compagnie doit avant tout avoir en vue les négociations avec General Electric et que, pour les réussir, elle doit s'entourer du maximum de garanties. Dans ces circonstances il propose Monsieur Roger Schulz qui lui parait le plus désigné pour prendre la Prési!dence, car il connaît bien les problèmes de la Compagnie et a en outre l'audience des Pouvoirs Publics. Le Conseil, à l'unanimité, demande à Mr. Schulz d'accepter d'être nommé Président Directeur Général. Mr. Roger Schulz remercie ses collègues de leur marque de confiance, mais il tient à préciser qu'il ne lui est possible d'accepter cette Présidence qu'à titre personnel et pour la durée des négo!ciations avec la General Electric Cy ainsi que pour la mise en place des accords qui en résulteraient. Le Conseil prenant acte de cette déclaration, renouvelle sa demande et dans ces conditions Monsieur Schulz donne son accepta!tion. La fin de la séance est présidée par Mr. Roger Schulz. Prenant la parole, le nouveau Président tient d'abord à rap!peler ce qu'il avait dit à l'Assemblée Ordinaire, avec quel serrement de coeur il voit Mr. Joseph Callies abandonner aujourd'hui la Prési!dence, après avoir lutté pendant plusieurs mois dans des conditions particulièrement pénibles en n'ayant comme seul impératif l'avenir de la Compagnie. Ayant été à ses côtés pendant cette période, il peut aujourd'hui porter témoignage de ce combat où Mr. Joseph Callies a gardé un sang froid et un calme admirables. Monsieur Roger Schulz rappelle ensuite l'oeuvre accomplie par Mr. Vieillard, revenu de sa retraite malgré son âge, et souligne ses innombrables démarches pour faire comprendre à ses interlo!cuteurs la véritable nature des problèmes qui se posaient. Il consi!dère qu'on ne lui rendra jamais assez hommage, car, si la Compa!gnie sort de cette impasse, comme il l'espère, il est incontestable que Monsieur Vieillard aura joué un rôle majeur.

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Il regrette très vivement que Mr. Vieillard estime que son age ne lui permette plus d'exercer une activité quotidienne à la Compagnie, car il aurait été pour tous et pour lui-même un inestimable appui. Il le remercie d'avoir cependant accepté de continuer à donner son aide, en particulier dans les difficiles négociations avec la General Electric. Mr. Alain Wilk rappelle qu'à la dernière séance du Conseil, Mr. Joseph Callies avait souhaité que tous les administrateurs fissent bloc pour défendre au mieux les intérêts de la Compagnie. S'il n'a pas immédiatement répondu à ce souhait, c'est parce que sa réponse aurait pu être interprétée comme n'ayant qu'un caractère de politesse. Mais aujourd'hui sa réponse aura un poids tout différent car, pendant ces 15 jours, il a eu l'occasion d'agir et de travailler au sein du groupe chargé des négociations avec General Electric. Il confirme donc son adhésion et son appui total à l'action entre!prise par la Compagnie. Il s'associe pleinement à l'hommage que Mr. Roger Schulz a rendu à Mr. Joseph Callies pour la façon dont il a servi les intérêts de la Compagnie. Il rend aussi hommage à l'action accomplie par Monsieur Georges Vieillard et regrette que son âge ne lui permette pas de jouer quotidiennement le rôle actif que tous souhaiteraient. Enfin, avec tous les autres administrateurs, il consacrera ses efforts pour maintenir au sein du Conseille climat d'unité et de travail. A ces hommages rendus à Mr. Joseph Callies par ses collè!gues du Conseil d'Administration, il faut ajouter celui qui lui a été rendu au cours d'une Assemblée Générale par un de ses interpella!teurs qui avait constaté en consultant la feuille de présence, que malgré toutes les vicissitudes de la Cie des Machines Bull et des répercussions qui en étaient résultées à la Bourse, Mr. Joseph Callies n'avait vendu aucune des actions dont il était propriétaire. Les journaux rendirent compte des Assemblées du I2 Mai et de la démission de Mr. Joseph Callies comme Président Directeur Général de Bull. Quelques uns avaient eu vent des difficultés ren!contrées dans les jours précédant la réunion des actionnaires et des nouvelles exigences du Ministre des Finances (Le Monde Paris Presse...). Les mois de Mai sont ceux où toutes les sociétés réunissent leurs actionnaires en Assemblée Générale et on retrouve dans les allocutions des Présidents des différentes société du nouveau groupe d'actionnaires de Bull mention des évènements qui viennent de se dérouler. Assemblée Générale de la Banque de Paris et des Pays-Bas ; 24 Mai 1964- Allocution de Mr. Henri Deroy, Président :

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... La Banque de Paris et des Pays-Bas, non comme actionnaire, car la participation de notre groupe dans le capital de l'affaire a toujours été des plus réduites, mais en sa qualité de chef de file du pool bancaire, a pris une part importante dans les négociations déli!cates qui ont été rendues nécessaires par les problèmes posés à la Cie des Machines Bull. Cette société dont vous avez pu suivre le développement depuis quelques années, a eu, en effet, à surmonter durant lès derniers mois de graves difficultés provoquées par une croissance extrêmement rapide, ainsi que par l'obligation où elle se trouve de faire face à une concurrence internationale particulière!ment vive, tout en renouvelant sans cesse ses techniques en fonc!tion des progrès de la recherché. Ces négociations ont abouti à l'adoption de décisions qui ont été définitivement ratifiées la semaine dernière par les actionnaires de la Compagnie: un nouveau groupe, qui réunit les deux principales sociétés françaises d'élec!tronique, la Banque de Paris et des Pays-Bas et divers établisse!ments publics et privés de crédit, apportera son concours technique et financier à la Compagnie; il doit souscrire à une première augmen!tation de capital et conduire les conversations actuellement enga!gées, avec une des plus grandes compagnies étrangères de cette branche industrielle. Assemblée Générale de la Compagnie Générale d'Électricité. 27 Mai 1964Allocution de Mr. Marterer, Président : Le développement de ce qu'il est convenu d'appeler "l'affaire Bull" m'incite à faire devant vous le point d'une situation impar!faitement connue des actionnaires. Lorsque pour remédier aux embarras financiers de la Cie des Machines Bull, le gouvernement a suggéré, en Février dernier, que les problèmes de cette société fussent résolus dans un cadre fran!çais,la Cie Générale d'Electricité qui ne s'est jamais désolidarisée d'une ouvre d'intérêt national, n'a pas hésité à apporter le con!cours qui lui était demandé. Je vous rappelle en quoi il consistait. Il s'agissait symétriquement aux garanties fournies par l'Etat, de participer à une augmentation de capital réservée, à concurrence de 35 millions de francs, à un nouveau groupe bancaire et industriel dont la part devait être doublée par la suite au moyen d'une augmentation de capital ouverte à tous les actionnaires à raison d'une action nouvelle pour une ancienne. La mise de notre Cie, soit 8.1.25.000 F a été effectivement apportée lors de la pre!mière opération qui est en cours de réalisation. Son second apport, d'un même montant, doit être effectué à une échéance non encore fixée. Cet appui financier devait en outre s'accompagner, confor!mément aux désirs du Gouvernement, d'une

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participation du nouveau groupe à l'administration de la Cie des Machines Bull au moyen de l'attribution soumise à l'assemblée de ses actionnaires de huit man!dats d'administrateurs sur douze. C'est également chose faite, le nouveau collège des administrateurs de la Cie des Machines Bull comprend maintenant deux représentants de votre Compagnie. Ces mesures n'ont pas été sans inquiéter certains esprits quant aux incidences qu'elles pourraient avoir sur l'avenir de notre compagnie. Il m'appartient de les rassurer. La participation qui nous a été demandée ne constitue pas un facteur susceptible de compromettre l'équilibre de votre bilan. Je suis très à l'aise pour vous confirmer l'assurance déjà donnée par la voie de la presse que le financement de cette participation ne nécessite pas l'appel de fonds à nos actionnaires. J'ajoute que la structure de la Cie des Machines Bull s'oriente vers la forme d'une société holding, à l'égard de laquelle nos engagements ne dépassent pas ceux que notre compagnie a souscrits dans le cadre du protocole conclu avec l'Etat. Assemblée Générale de la C.S.F. 19 Ju in 1964 - AIlocution de Mr. Mauri ce Ponte, Prés ident : ... L'année écoulée n'aurait pu s'inscrire dans l'histoire de notreCompagnie qu'avec un caractère de développement raisonné, grâce à la solution de nos propres problèmes. Nous avons dû cependant faire face aux conséquences des difficultés de la Cie des Machines Bull, dans laquelle nous n'avions aucune responsabilité. Lorsqu'en Février dernier, le Gouvernement a suggéré de rechercher une solu!tion française à la crise créée, la CSF a souscrit dans ce but à un protocole avec d'autres partenaires français. Cette participation nous a paru en effet être une oeuvre d'intérêt national en même temps qu'elle était propre à éviter à notre Cie les conséquences indirectes d'une détérioration menaçante. A l'heure actuelle la CSF a souscrit à 8 millions 125.000 F dans le capital des Machines Bull, avec une représentation au Conseil par deux administrateurs. Il est vraisemblable que la Compagnie prendra une structure de holding. Un second apport, du même montant doit être effectué à une échéance qui n'est pas encore fixée. Les obligations de votre Compagnie se limitent à cette participation que nous nous emploie!rons à préserver, mais qui ne doit pas susciter d'inquiétudes pour notre bilan. Retour sommaire

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CHAPITRE XIII LES ACCORDS "C'est bien taillé, mon fils ; maintenant il faut coudre." MARIE de MEDICIS à son fils Henri III Repartis pour New-York le 12 Mai, Messieurs Lockton et Cross devaient mettre le Conseil de General Electric au courant des évènements qui venaient de se passer à Paris et des nouvelles exigences du Ministre des Finances. Dans le climat de méfiance qui devait nécessairement en résulter, il était inévitable que les positions américaines se durcissent; General Electric exigea qu'on restât intégralement dans le cadre des accords d'Avril et d'avoir l'assurance, juridiquement parlant, de conserver le comman!dement des deux sociétés à créer, c'est à dire non seulement de la société commerciale ou elle aurait 51% du capital, mais aussi de la société industrielle bien que sa position y soit minoritaire. C'est dans ces conditions que durent s'ouvrir au mois de Juin 1964 de nouvelles discussions entre Bull et General Electric pour la mise au point des accords définitifs. Le résultat de ces discussions fut résumé dans un "Mémorandum" signé entre les parties le 26 Juin. Il prévoyait que la société commerciale serait une société anonyme "Bull-General Electric" dans laquelle les américains détiendraient, comme prévu, 51 % des actions. Pour la société industrielle on prévoyait une société en commandite par actions dite "Société industrielle Bull - General Electric" dans laquelle General Electric n'aurait que 49% des parts, mais où la société commerciale" Bull-General Electric" serait désignée comme gérant statutaire, donc inamovible. On prévoyait en plus la création d'une troisième société qui aurait pour principal objet d'exister pour répondre aux désirs du Ministre des Finances, et accessoirement pour l'étude et la promo!tion de la commercialisation en France et dans les pays d'influence française. Ce Mémorandum prévoyait les différents apports qui seraient faits par Bull à chacune de ces sociétés, l'organisation de la direc!tion des affaires pendant la

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période transitoire, les contrats de licence et de direction à intervenir entre ces sociétés et General Electric etc. et fixait à 210 Millions de francs la valeur totale des apports de Bull dans les différentes sociétés et par voie de conséquence, à 210 Millions de francs l'apport en numéraire que General Electric devrait faire de son côté. Ce montant de 210 Millions de francs pour les apports de Bull correspondait à une valeur des actions de la Compagnie des Machines Bull de 75 francs. On était loin du prix de 200 francs qui avait été offert au mois de décembre 1963, mais les conditions n'étaient plus les mêmes et General Electric ne manquait pas de faire remarquer que le Gouvernement Français avait fixé à 50 francs le prix auquel le nouveau groupe allait souscrire à l'augmentation de capital qui lui était réservée. En communiquant ce Mémorandum au Ministre des Finances, les négociateurs lui faisaient remarquer que les possibilités d'accord qui venaient de se dégager n'étaient peut-être pas pleinement satisfaisantes, mais qu'ils étaient convaincus que le résultat de leurs négociations n'étaient susceptible, tant au regard du Gou!vernement Français qu'au regard de Bull, d'aucune amélioration. Au cours des négociations difficiles qui venaient d'avoir lieu, des contrepropositions françaises avaient permis d'améliorer de façon importante le projet américain de General Electric, mais il apparaissait de façon évidente que toute amélioration supplémen!taire demandée maintenant provoquerait sur le champ une rupture définitive. Dans ces conditions il ne restait plus qu'à accepter l'élaboration des contrats définitifs dans le cadre précis défini par le mémorandum ou de renoncer définitivement à tout accord avec la firme américaine. Le Gouvernement fut donc obligé de se rendre à l'évidente obligation de donner son acquiescement. C'est alors que commença en Juillet une longue semaine de discussions pour la mise au point des différents accords à interve!nir; ces textes devaient être conformes aux législations française et américaine, être rédigés en français et en anglais avec une concordance parfaite entre les deux textes, être conformes aux direc!tives du Commissariat au Plan, enfin se présenter au point de vue fiscal dans les meilleures conditions. C'est dire que les difficultés furent nombreuses et que les négociateurs devaient être constamment entourés de leurs conseillers juridiques et fiscaux. La seule modification importante qui fut apportée au mémo!randum du 26 Juin, fut que la "Société industrielle Bull-General Electric" (SI BGE) prendrait la forme d'une société anonyme au lieu d'une société en commandite par actions

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ou d'une société à respon!sabilité limitée. De ce fait 1a clause statutaire prévue de confier la gérance de cette société à la société" Bull-General Electric" (BGE) n'avait , plus de sens et il fallait trouver un autre moyen pour que General Electric ait l'assurance de conserver le commandement de la société industrielle bien qu'elle y fut minoritaire. On introduisit alors une clause par laquelle chaque partie, en cas de désaccord sur la direction des affaires, pouvait notifier à l'autre partie le prix auquel elle consentirait soit à lui vendre sa participation, soit à lui acheter la sienne, laissant à l'autre partie le choix entre ces deux propositions. C'est ce que les négociateurs devaient appeler la clause de la "roulette russe". C'est au total 14 documents qui furent établis et signés le 22 Juillet 1964 : un accord de base, les statuts des 3 sociétés (BGE - SIBGE , Sté de promotion commerciale), le contrat entre Bull et BGE et SIBGE, réglant les modalités de fonctionnement pen!dant la période intermédiaire, la liste des actifs et passifs que Bull aurait à transférer aux nouvelles sociétés, l'accord de licence, plus encore différentes lettres concernant Locabull, la filiale américaine de Bull, et l'application des accords avec l'Etat Français. On a vu que l'obtention de l'agrément du Gouvernement avait été fort difficile à obtenir avant d'en arriver à la signature du 22 Juillet; mais il avait fallu régler préalablement la délicate question de la modification des accords signés en 1961 entre Bull et RCA. A cet effet, Mr. Schulz avait du au mois de Juin faire plu!sieurs voyages aux Etats-Unis pour discuter de cette épineuse ques!tion avec les Dirigeants de RCA et, avec beaucoup de diplomatie et d'adresse, obtenir d'abord une lettre par laquelle RCA acceptait le principe de modifier ce contrat, ce qui avait alors permis de conti!nuer les discussions avec General Electric, puis au cours de dis!cussions ultérieures, de rédiger un avenant aux conventions de 1961. Là encore, avant la signature définitive de ce document (28 Octobre 1964) fallut-il obtenir l'agrément du Gouvernement Français. Il restait aussi à modifier les accords conclus avec l'Etat à la suite du protocole du 15 Février. Certes, en donnant son agrément au contrat signé avec General Electric, le Ministre des Finan!ces avait-il par cela même accepté de modifier ces conventions. Cela donna lieu au moi s d'octobre à toute une série de lettres entre l'Etat et la Compagnie des Machines Bull et les différents action!naires du nouveau groupe.

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Enfin tous ces documents furent soumis au Commissariat au Plan qui donnait l'accord final le 4 Novembre 1964. Retour sommaire

CHAPITRE XIV LA RATIFICATION " Hélas! On voit que de tout temps " L es petits ont pâti des sottises des grands. " LA FONTAINE Dès réception de la lettre du Ministre des Finances donnant l'accord définitif du Gouvernement; le Conseil d'Administration de Bull pouvait ratifier les conventions signées avec General Electric et RCA et décidait alors de convoquer les actionnaires en Assemblée Générale. Cette assemblée s'est tenue le 12 Novembre 1964, au Palais de la Mutualité; elle réunissait 337 actionnaires. La feuille de pré!sence faisait ressortir que 2.327.148 actions étaient présentes ou représentées correspondant à 3.163.464 voix. C'est Mr. Schulz qui, comme Président du Conseil d'Admi!nistration, présidait la séance, entouré de Mr. Joseph Callies et de Mr. Guy Marcille comme scrutateurs. Maître Leblond remplissait toujours les fonctions de secrétaire ; messieurs les huissiers étaient là également. Les négociations avec General Electric commencées en Décembre 1963 sont maintenant terminées; il ne manque plus que l'accord des actionnaires auxquels sont soumis aujourd'hui les accords dont il va leur être donné connaissance. Avant d'ouvrir la discussion et de mettre les résolutions aux voix, Mr. Roger Schulz devait prononcer l'allocution suivante : Allocution du Président à l'Assemblée Générale Extraordinaire des actionnaires de la COMPAGNIE DES MACHINES BULL du 12 Novembre 1964

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Mesdames et Messieurs, Je crois devoir vous rappeler la gravité de la situation de votre Société à la fin de 1963 en ce qui concerne à la fois la tréso!rerie et les résultats. Les grandes difficultés de trésorerie étaient dues principalement à l'importance des investissements nécessités dans ce secteur industriel par l'accroissement rapide du volume des matériels mis en location. Les lourdes pertes d'exploitation telles qu'elles sont apparues, d'ailleurs, dans les comptes de clôture de l'exercice 1963- étaient liées à la concurrence particulièrement vive existant dans le domaine d'activité de la Compagnie, en particulier de la part de Groupes étrangers disposant de moyens beaucoup plus puissants. Toutefois, dans la recherche d'une solution à ces graves problèmes, les dirigeants de votre Société ont dû tenir compte des impératifs fixés par les Pouvoirs Publics qui, sans s'opposer à des accords avec des Groupes étrangers, n'acceptaient pas de donner leur agrément à une participation directe de ceux-ci ou capital de la Compagnie. Il est donc apparu indispensable, pour résoudre les problèmes dont certains avaient une urgence vitale, d'élaborer dans des délais extrêmement courts une solution assurant à votre Socié1é un ensemble de concours importants. C'est ainsi, vous le savez, qu'ont été réalisés entre l'Etat, la Compagnie, ses Banques et cer!tains Groupes industriels et financiers, les accords de Février-Mars 1964, qui ont été soumis à votre approbation lors de l'Assemblée Générale Extraordinaire du 14 Avri11964. Parallèlement, étaient poursuivies des négociations, selon une orientation nouvelle, avec la GENERAL ELECTRIC COMPANY, aboutissant ou mémorandum dont il vous a été donné connaissance ou cours de cette même Assemblée Générale. Vous-mêmes avez é1é parfaitement conscients des perspectives que pouvait offrir la réali!sation d'un accord avec cette grande firme américaine, et c'est pour!quoi, tout en donnant votre approbation à l'ensemble des concours évoqués plus haut, vous avez tenu à marquer votre désir de voir s'élaborer, selon les lignes mêmes du mémorandum, un accord financier, technique et commercial avec la GENERAL ELECTRIC COMPANY. Lorsque votre Conseil m'a demandé d'assumer la présidence de votre Société durant cette période particulièrement critique, j'ai considéré, en pleine communion de vues avec lui, qu'il était de mon devoir de rechercher dans les délais les plus courts un tel accord selon des modalités susceptibles de recueillir l'agrément des Pou!voirs Publics. Il fallait agir vite, car si la mise en vigueur des accords de Février-Mars 1964 permettait à votre Compagnie de pour!suivre son

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exploitation et de foire face à ses échéances, les mesu!res à prendre de tous ordres, notamment technique et commercial, dépendaient du contenu de l'accord susceptible d'être conclu défini!tivement avec la GENERAL ELECTRIC COMPANY. C'est ainsi qu'à la fin de Juillet - et sous réserve de l'appro!bation qui vous est demandée aujourd'hui même - a été signé avec les représentants de cette Compagnie un protocole complet dont les points les plus marquants ont été rendus publics par la Presse. Pour préparer la ratification et la mise en application de telles dispositions, un travail considérable a été nécessaire, notamment sur les plans comptable, juridique et fiscal ; travail comportant une suite inévitablement très lourde d'opérations et formalités (approbations multiples par votre Conseil d'Administration et ceux de filiales, assemblées extraordinaires de SIBGE et de BGE, agréments du Com!missariat Général du Plan d'Equipement et de la Productivité, accords de certains créanciers ou partenaires dans des filiales, aménagements des accords avec l'Etat comportant l'approbation des autres contractants de Février-Mars 1964, aménagements enfin de certains accords industriels, tant en France qu'à l'étranger). Grâce à la bonne volonté de tous, ce travail considérable a pu être effectué et les difficultés ont pu être surmontées dans des délais aussi brefs que le permet la Loi. C'est ainsi que nous sommes à même, aujourd'hui 12 Novembre, de soumettre à votre ap!probation ces accords dont la date d'effet serait le 1er Juillet 1964, ainsi que les remaniements des accords de Février-Mars 1964, et les autres mesures inséparables des précédentes. C'est pour moi un agréable devoir d'attirer votre attention sur l'effort d'une intensité et d'une qualité exceptionnelles exercé pen!dant toute cette période par les cadres de la Compagnie, les services juridiques, financiers et fiscaux ainsi que par les membres des ser!vices techniques et commerciaux : ils ont fait la preuve de leur dévouement remarquable et de leur foi en la Compagnie en conser!vant un bon moral malgré des incertitudes combien pesantes. C'est, du reste, grâce à l'attitude des services au contact de la clientèle que celle-ci a maintenu sa confiance en votre société. Sans méconnaître que, dans le domaine d'activité très com!plexe et concurrentiel de votre Compagnie, le redressement de ses affaires sociales nécessitera tout un ensemble de mesures d'organi!sation et d'adaptation, qui demanderont inévitablement un certain délai pour porter leurs fruits, je vous propose avec votre Conseil de ratifier ces accords avec la GENERAL ELECTRIC COMPANY qui, non seulement nous paraissent apporter une solution aux problèmes actuels, mais qui doivent aussi permettre à votre Compagnie, grâce

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à des dispositions d'une grande ampleur, de se mesurer à des concur!rents extrêmement vigoureux. Diverses questions sont alors posées par des actionnaires, auxquelles il est répondu par Mr. Roger SCHULZ. Notamment : . Mr. Roger SCHULZ indique tout d'abord pourquoi les augmenta!tions de capital des nouvelles filiales ont été assorties de primes d'apport et de primes d'émission. Les premières s'expliquent par le fait qu'on a jugé préférable de ne pas rémunérer par des actions d'apport les "primes de rembour!sement d'emprunts obligataires" faisant partie de l'actif apporté par BULL. Il en est résulté une réduction du montant des augmen!tations de capital représentées par les actions d'apport. Cela a entraîné une réduction du montant des augmentations de capital en numéraire, qui étaient réservées parallèlement à la GENERAL ELECTRIC dans des proportions arrêtées à l'avance; la différence avec les apports en numéraire de celle-ci, dont le montant global avait été convenu dans le protocole, a donc été convertie en pri!mes d'émission. . Il répond, par ailleurs, que l'impression des parts bénéficiaires est en cours et que celles-ci seront avant la fin de l'année à la disposition des ayants droit. . Monsieur le Président confirme qu'il s'emploiera à obtenir du Conseil d'Administration et des associés de la Compagnie dans les filiales communes, qu'il soir donné aux Assemblées d'action!naires de BULL le maximum de renseignements sur la vie de ces filiales, . Il répond à divers interpellateurs que les actionnaires qui en ont fait la demande ont eu toute possibilité de prendre connaissance, au siège social, dans les délais légaux, des documents très volumineux actuellement déposés sur le bureau. . Un actionnaire demandant ce que deviendront les marchés spéciaux d'études, prévus dans les accords de Février-Mars 1964 avec l'Etat, Mr. Roger SCHULZ répond que ces accords, et notamment les marchés spéciaux d'études dus à BULL pendant toute la pério!de antérieure aux nouveaux accords avec GENERAL ELECTRIC, ont été respectés. Pour l'avenir, BULL devenant une société holding, ne pourra plus bénéficier de ces marchés spéciaux. . Il fait savoir que la SOCIETE DE PROMOTION COMMERCIALE BULL, prévue par les accords, était en voie de constitution par transformation de la Société "BULL INDUSTRIE ET TECHNI!QUES". . Il fait savoir qu'il ne sera certainement pas distribué de dividen!des en 1965.

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. Faisant allusion aux critiques formulées par certains actionnaires rappelant un passé récent, et répondant aux questions posées sur l'avenir de la Compagnie, Mr. Roger SCHULZ rappelle l'évolution technique extraordinairement rapide de ces dernières années et la puissance considérable des concurrents étrangers. Les accords de Février-Mars 1964 ont permis à la Compagnie de franchir une pério!de extrêmement critique et l'ont mise en mesure de négocier avec la GENERAL. ELECTRIC les accords soumis aujourd'hui à cette Assemblée. Il considère, avec le Conseil d'Administration, que ces nouveaux accords doivent mettre la Compagnie à l'échelle des problèmes de demain dans un domaine où les possibi1ités de développement sont considérables. . Il indique, ensuite, qu'étant donné 1'urgence des problèmes d'im!portance primordiale qui se posaient, il n'a pas encore été possi!ble d'engager avec LOCABULL les conversations prévues dans le protocole à propos de cette société de leasing. . Le contrat avec R.C.A. n'a nullement été annulé; mais il a fallu l'aménager de façon à rendre possible les accords avec GENERAL ELECTRIC. S.I.B.G.E. continuera donc à fabriquer le Gamma 30 et conservera intégralement pour ce matériel le bénéfice de l’assistance technique de R.C.A. et des perfectionnements apportés. Par ailleurs, les accords de licences prévus sont maintenus jusqu'à expiration du contrat d'origine. . Monsieur le Président fait savoir que les accords avec GENERAL ELECTRIC prévoient de n'avoir par pays qu'une représentation commerciale, chaque fois que ce sera possible. Divers actionnaires soulèvent la question de la prochaine augmentation de capital. Monsieur le Président rappelle, en réponse, que l'une des raisons de l'accord avec la GENERAL ELECTRIC était l'existence d'un problème financier, le régime de location en!traînant en période d'expansion des besoins considérables. C'est pourquoi il a été jugé nécessaire de pouvoir réaliser cette augmen!tation de capital dons un délai relativement court. Cependant, dons les accords précités de Février-Mars 1964, celle-ci devait se réali!ser avant la fin de 1964 et correspondait à la souscription d'une action nouvelle pour une ancienne; or, les nouveaux accords pré!voient seulement une augmentation de une pour deux, l'autre moitié des fonds propres étant versée directement par la GENERAL ELEC!TRIC dans les sociétés B.G.E. et S.I.B.G.E.; outre cet avantage important, cette augmentation doit être effectuée seulement avant la fin de 1965. Monsieur SCHULZ précise que, dans le cas où l'on serait amené à la réaliser rapidement, en tenant compte à la fois des besoins financiers de la

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Compagnie et de ses filiales et de la situation du marché financier, l'intention du Conseil serait de ne demander qu'une libération partielle des actions lors de la souscrip!tion. Puis, le Président met aux voix les différentes résolutions qui ont été adoptées par la quasi unanimité des actionnaires (voir le procès-verbal de cette réunion à l'annexe IX). L'adoption des résolutions par les actionnaires termine " l'Affaire Bull" pour l'année 1964. On ne parle plus de la société prévue "pour les besoins de l'Etat" (mémorandum du 9 Avril), on ne reparlera plus guère de la société de promotion commerciale (lettre du 10 Mai). L'avenir dira si l'on n'a franchi aujourd'hui qu'une première étape et si on ne verra pas s'ouvrir demain une seconde" Affaire Bull", lorsque deviendra évidente pour tout le monde la nécessité de revenir à une conception plus simple de la coopération de Bull avec General Electric sans que viennent intervenir des tiers dont la présence ne peut plus maintenant se justifier. Mais, comme dirait KIPLING, ce sera là une autre histoire. Retour sommaire

CONCLUEZ

"Diomède, êtes-vous prêt à aller jusqu'au bout de vos théories ? "Jusqu'au bout? Non, pas aujourd'hui. Il y a trop loin." Remy de GOURMONT - Les Chevaux de Diomède.

4 Février 1964- Le Ministre des Finances refuse l'autorisation qui lui est demandée pour que la General Electric prenne une participation de 20 % dans le capital de la Cie des Machi!nes Bull, en souscrivant des actions au prix de 200

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francs. 12 Février 1964. Le Gouvernement impose à la Cie des Machines Bull de faire une augmentation de capital réservée à un groupe de nouveaux actionnaires qui souscriront les actions au pair, soit à 50 francs. 2 Avril 1964. Le Ministre des Finances confirme sa décision "irré!vocable" de na pas autoriser la General Electric à prendre dans la Compagnie des Machines Bull une participation, même minoritaire, qui risquerait de conduire à une prise de contrôle ultérieure. Novembre 1964. Avec l'accord du Gouvernement, la Cie des Machi!nes Bull et General Electric constituent deux filiales, l'une commerciale où General Electric a la majorité, l'autre industrielle où, bien que minoritaire, General Electric a cependant en fait le commandement. La partici!pation de la General Electric est basée sur une valeur de l'action Bull de 75 francs. Qui a gagné ? Qui a perdu ? A vous de conclure!

"Et maintenant, O Rois! Comprenez, instruisez-vous, vous qui jugez la terre." Psaume 11 cité par BOSSUET dans l'Oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre ,

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