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Dan van den Berg 6G2

M. Meursault, coupable !
Mesdames et Messieurs, J’écris ces mots aujourd’hui pour vous exprimer mon ressenti concernant le meurte qu’a commis M. Meursault, protagoniste du livre d’Albert Camus : l’Etranger. M. Meursault est à l’évidence coupable. Coupable d’un meurtre à l’encontre d’un Arabe, et qui, suite à ce drame, a, comme le dit si bien l’auteur du meurtre : « frappé sur la porte du malheur »1. Notre monde est rempli de valeurs. Certaines sont acceptées par un grand nombre, certaines, par un plus petit et il est rare de trouver une valeure à laquelle tous les Hommes adhèrent. Toutes sauf une : la vie. Cette dernière est acceptée de tous les Hommes car elle est la plus élémentaire, la plus naturelle. Depuis Moïse, recevant les Tables de la Loi (« Tu ne tueras point »), jusqu'à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (« Tout individu a droit à la vie »), tous s’accordent sur un principe : l’homicide est interdit et est dès lors condamnable. M. Meursault a tué un homme, quoi de plus naturel que de le désigner coupable. A l’évidence, le tribunal fausse son jugement en accusant à tort, ses réactions suite à l’enterrement de sa mère, les désignant comme inadéquates et porteur de sens en ce qui concerne le cœur intérieur du condamné : « j’accuse cet homme d’avoir enterré une mère avec un cœur de criminel »2. Je soutiens donc la réponse de son avocat : « Enfin, est-il accusé d'avoir enterré sa mère ou d'avoir tué un homme? »3. Je pense que le rôle du tribunal n’est point de juger ce que l’homme ressent après un enterrement, au plus profond de son cœur, mais bien de juger les actes et comme le dit le président du tribunal : « on ne lui demandait pas des appréciations, mais des faits »4. Les faits sont là, chaque être humain a le droit de penser ce qu’il veut, chaque être humain est libre de vivre sa vie comme il l’entend, avec plus ou moins de sensibilité, avec plus ou moins d’émotion : cela s’appelle la liberté. Elle est définie ainsi dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 à l’Article n°4 : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ». C’est pourquoi, l’on ne peut en vouloir à l’accusé de ne ressentir que trop peu d’émotion en ce qui concerne l’enterrement de sa mère. Cependant, en ce qui concerne l’assasinat de la victime, le respect de la liberté est bafouée et de la manière la plus extrême. M. Meursault ne sait pas ou en tout cas, n’a pas fixé les limites de sa liberté et « si la liberté de chacun est sans limite, une personne ne

A. CAMUS, L’Etranger, Paris, Gallimard, 1984, p.64 (“Collection Folioplus classiques n° 40”) 2 Idem, p. 97 3 Idem, p. 96 4 Idem, p.95
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Meursault. Il a d’abord voulu croire. de métiers. Pourquoi condamner alors un homme éclairé qui voit simplement la vie d’un autre œil que tous les hommes. toutes les choses sont sur le même pied d’égalité et que rien n’a de sens.Dan van den Berg 6G2 tardera pas. pour vivre en société. Etant citoyen d’Alger. l’homme. M. il s’agit de quelque chose de naturel. une telle chose ne vaut pas plus qu’une autre. Un contrat tacite est donc signé entre tous les citoyens. Il faut donc « jouer le jeu de la société ». Meursault n’arrive pas à percevoir les règles du jeu : il n’est pas triste lorsque sa mère est morte. Paris. il ne s’agit que d’un malentendu. p. CAMUS. Meursault n’a pas seulement empiété sur la liberté des autres. il faut respecter des règles pour que les êtres humains puissent vivre en harmonie entre eux. à empiéter sur la liberté des autres. Pour lui.39 5 2 . comme vous et moi.100 (“Collection Folioplus classiques n° 40”) 7 Idem. à ce que l’on voit. finalement. Cependant. il ne regrette en rien son crime contre l’Arabe (« Je ne regrettais pas beaucoup mon acte »6). Cependant. pour combattre cette absurdité de l’existence a usé de tous les moyens. Il a ensuite voulu croire en l’Homme. pour la majorité des êtres humains. La seule différence est là. La vie est absurde.html 6 A. Les tribunaux fonctionnant par rapport aux Droits écrits directement par les Hommes. pourquoi auriez-vous raison. Lorsque son amie lui demande si il veut se marier avec elle. Et c’est dans cette vie qu’est né M. au nom de sa propre liberté. C’est exactement ce qu’il s’est passé. C’est ainsi que tuer un homme pour lui ne représente rien de plus qu’une autre chose tout-à-fait banale. commettre un crime est la plus horrible des infamies alors que pour lui. qui au fil du temps s’est effrité. M.fr/decouverteinstitutions/citoyen/citoyennete/definition/devoirs-definition/pourquoicitoyens-doivent-ils-respecter-liberte-autres. d’écoles. en un Dieu. Meursault soit condamné. Deux choix s’offrent donc à lui : soit il quitte le monde des Humains et va vivre dans http://www. Gallimard. je vous l’accorde. L’Etranger. Messieurs les jurés de décider de la vie d’un homme qui est tout simplement différent des autres hommes ? La question est évidemment pertinente et mérite d’être posée. »5. De fil en aiguille. il l’a détruite tout comme il a détruit l’Autre. Je vous accorde ce point en désignant alors le délit comme un crime non-prémédité. qu’il n’avait aucune intention de tuer l’Arabe et qu’au final.vie-publique. M. il répond que ça lui est égal. car chaque homme finit par mourir et donc. 1984. avec la création d’hôpitaux. pourquoi condamner un homme simplement parce qu’il est « étranger » au monde. Cependant. certains viendront nuancer mon propos en exprimant que M. une societé a vu le jour. C’est la raison pour laquelle je demande que M. toutes ces choses ont la même importance et comme il le répète souvent durant le livre : « cela ne voulait rien dire »7. Pourtant. d’autres iraient encore plus loin dans la défense de l’assasin. de restaurants mais surtout la création de tribunaux. Meursault n’est pas un criminel. il a profité et jouï de toutes ces institutions que l’Homme a créés. p. Le problème est que pour cet homme. en exprimant ceci : le monde dans lequel nous vivons est absurde. Bien entendu. Meursault aborderait la vie sous cet angle.

mais alors il constitue pour nous tous un danger immense et il se doit alors de respecter les « règles du jeu » car comme le dit très justement Sade : « Celui qui ne suit pas la route des autres périt inévitablement . Il est donc naturel que cet homme soit jugé coupable. il a tué un homme. M. de condamner Monsieur Meursault car celui-ci est bel et bien coupable. l’Homme a évolué et voilà qu’un homme du passé se présente à nous : possédant l’horrible défaut de répondre constamment à ses pulsions. Mesdames et Messieurs. tout le travail que nous avons accompli depuis des millénaires s’éteindrait et deviendrait poussière. nous retournerions à l’anarchie et tout ce que nous avons mis en œuvre jusqu’à aujourd’hui.Justine ou les malheurs de la vertu (31 eme épisode) 3 . Finalement. répondant à ses besoins les plus primaires en ne citant comme explication à son meurtre que « c’était à cause du soleil ». Depuis. Monsieur avait chaud. Cependant. soit il reste avec nous dans le monde des Humains. tout ce qu'il rencontre le heurte. 8 Marquis de Sade . Il est le symbôle même du criminel. […] Celui qui s’écarte a toujours tort »8. il faut nécessairement qu'il soit brisé. ce qui enfreint la loi la plus capitale pour une vie en société. si nous ne jugeons pas cet homme coupable. si tout le monde vivait aujourd’hui comme cet homme.Dan van den Berg 6G2 un monde étranger loin de nous. Nous nous croyons revenus à l’époque préhistorique. lorsque les humains se comportaient encore comme des animaux. ne ressentant rien lorsqu’il tue ses victimes. Tout cela aura été vain. et comme il est le plus faible. Meursault a choisi de rester parmi les Humains. tous les efforts que nous avons fournis pour construire un monde où les Humains vivraient ensemble et où la barbarie serait éradiquée. j’ai bien peur que cette poussière ne soit mortelle pour chacun d’entre nous… Je vous demande Mesdames et Messieurs. j’accuse cet homme d’être coupable. Mesdames et Messieurs.