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Atelier sur le Renforcement du partenariat SECTEUR PRIVÉ SOCIÉTÉ CIVILE DAKAR, SÉNÉGAL - FÉVRIER 2010
Atelier sur le Renforcement du partenariat SECTEUR PRIVÉ SOCIÉTÉ CIVILE DAKAR, SÉNÉGAL - FÉVRIER 2010
Atelier sur le Renforcement du partenariat SECTEUR PRIVÉ SOCIÉTÉ CIVILE DAKAR, SÉNÉGAL - FÉVRIER 2010
Atelier sur le Renforcement du partenariat SECTEUR PRIVÉ SOCIÉTÉ CIVILE DAKAR, SÉNÉGAL - FÉVRIER 2010

Atelier sur le Renforcement du partenariat

SECTEUR PRIVÉ SOCIÉTÉ CIVILE

DAKAR, SÉNÉGAL - FÉVRIER 2010

Auteurs :

Innocent LAISON (AfriCASO) Aminata KANE (AfriCASO) Agnès JOYEUX (PCS) Félix de MARLIAVE (PCS) Laurent AVENTIN (PCS/Consultant)

Avec la collaboration et l’appui financier de l’ONUSIDA et du Fonds Mondial de lutte contre le Sida, la Tuberculose et le Paludisme.

Cet ouvrage a été réalisé par AfriCASO et Partenaires Contre le Sida. Les opinions exprimées dans le présent document sont celles des auteurs et ne reflètent ni la politique ni la position officielles de l’ONUSIDA et du Fonds Mondial de lutte contre le Sida, la Tuberculose et le Paludisme.

Atelier sur le Renforcement du partenariat SECTEUR PRIVÉ/SOCIÉTÉ CIVILE DAKAR, SÉNÉGAL - FÉVRIER 2010 2009
Atelier sur le Renforcement du partenariat SECTEUR PRIVÉ/SOCIÉTÉ CIVILE DAKAR, SÉNÉGAL - FÉVRIER 2010 2009

Atelier sur le Renforcement du partenariat

SECTEUR PRIVÉ/SOCIÉTÉ CIVILE

DAKAR, SÉNÉGAL - FÉVRIER 2010

2009

SOMMAIRE

 

LISTE DES ACRONYMES

5

INTRODUCTION

6

I. ÉTATS DES LIEUX

7

1.

Limites et valeurs ajoutées des organisations de la société civile dans une collaboration sur un projet santé

7

1.1

Valeur Ajoutée de la société civile

7

1.2

Limites des organisations de la société civile dans une collaboration sur un projet santé

10

2.

Faiblesses et valeurs ajoutées du secteur privé dans une collaboration sur un projet santé

12

2.1

Valeur Ajoutée du secteur privé

12

2.2

Limites du secteur privé

14

II.

PROMOTION DE LA COLLABORATION SC/SP

17

1.

Connaissance réciproque des parties

17

1.1

Où trouver l’information sur les différents secteurs ?

17

1.2

Comment échanger ? Les différents cadres de concertation

18

2.

Travail en commun

19

2.1

Attentes des parties

19

2.2

L’analyse situationnelle

21

2.3

Quels objectifs communs ?

22

2.4

Répartition des rôles

23

2.5

Les modalités du partenariat

25

III.

DÉFIS ET RECOMMANDATIONS

28

1. La Société Civile doit savoir répondre à la demande

28

2. Sensibiliser l’entreprise aux partenariats

28

3. Enjeux de la collaboration SC/SP au Fonds Mondial

29

4. La mutualisation des moyens & le co-financement

29

LISTE DES ACRONYMES

AfriCASO African Council of Aids Service Organisations

CCC Communication pour le Changement de Comportement

CMG Chambre des Mines de Guinée

CNP Conseil National du Patronat

CTA Centres de Traitement Ambulatoire ESTHER Ensemble pour une Solidarité Thérapeutique Hospitalière En Réseau FM Fonds Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme FOSA Formation Sanitaire (Structure de soins) GFBC Groupement de la Filière Bois du Cameroun

GTZ Gesellshaft für Technische Zusammenarbeit (Coopération allemande)

ICN Instance de Coordination Nationale IEC Information, Education, Communication

IST Infections Sexuellement Transmissibles ONG Organisation Non Gouvernementale

PCS

PPP

Partenaires Contre le Sida

Partenariat Public Privé

PR Principal Récipiendaire PSI Population Services International PVVIH Personnes Vivant avec le VIH SC Société Civile SP Secteur Privé SR Sous Récipiendaire SIDA Syndrome d’Immuno-Déficience Acquise UNGASS Déclaration commune d’engagement des Nations Unies dans la lutte contre le VIH/sida VIH Virus d’Immunodéficience Humaine UNFPA Fonds des Nations Unies pour la Population UNICEF Fonds des Nations Unies pour l’Enfance UNITAID Organisation pour la facilité internationale d’achat de médicaments

6

INTRODUCTION

INTRODUCTION

E ncouragé par les différents bailleurs de fonds, notamment l’ONUSIDA et le Fonds Mondial de lutte contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme, à se positionner comme récipiendaire dans les demandes de financement au

FM, le secteur privé commence à être considéré comme un acteur à part entière de la lutte contre le sida. L’apparition du secteur privé et la progression de son positionnement dans les demandes de financement au round 8 et au round 9 confirment cet élan.

Si le secteur privé n’est pas originellement un acteur du développement, il détient parfois une solide expérience de la prise en charge sanitaire de ses salariés et des ayants droits. Les maladies infectieuses comme le VIH/sida ne s’arrêtant pas aux portes de l’entreprise, il est important de travailler avec les communautés riveraines, de les informer sur les risques de transmission du VIH, de leur proposer des services de dépistage et parfois d’accès aux soins lorsqu’il n’y a pas de structures de santé publiques à proximité. Dans ce cadre, lorsqu’une entreprise décide de travailler également avec les populations riveraines, la collaboration avec les organisations de la société civile s’avère souvent utile, voire nécessaire.

Pour ce faire, l’entreprise aura besoin, à des niveaux très différents selon les établissements, de se rapprocher des ONG, qui ont l’habitude de travailler avec les communautés, offrent des services de soins à proximité de l’entreprise ou proposent les services d’un centre de dépistage volontaire et anonyme. Il n’est pas nécessaire de dupliquer des services existants mais plutôt d’établir des collaborations sous forme de partenariat public privé (PPP).

PCS, qui facilite le montage de PPP et le cofinancement des actions de lutte contre le VIH/sida auprès du secteur privé, s’est associé à AfriCASO et son réseau d’organisations de la société civile en Afrique de l’Ouest et du Centre pour réfléchir et faciliter le rapprochement des deux secteurs - sur la définition de projets communs. Des acteurs de la société civile et du secteur privé de 7 pays (Sénégal, Guinée Conakry, Cameroun, RDC, Côte d’Ivoire, Mali et Gabon) ont participé à un atelier en février 2010 avec les représentants de l’ONUSIDA et du Fonds Mondial qui ont apporté leur appui à cette rencontre.

7

ATELIER SUR LE RENFORCEMENT DU PARTENARIAT SECTEUR PRIVÉ/SOCIÉTÉ CIVILE

I. ETATS DES LIEUX

1. Limites et valeurs ajoutées des organisations de la société civile dans une collaboration sur un projet santé

Ont été identifiés divers éléments, spécifiques aux ONG, apportant une réelle valeur ajoutée à sa collaboration avec le secteur privé. D’autres aspects structurels et fonctionnels des organi- sations de la société civile peuvent limiter sa collaboration effective avec le secteur privé sur un projet de santé.

1.1 Valeur Ajoutée de la société civile

• Mobilisation des populations riveraines

L’un des atouts majeurs des organisations de la société civile est leur capacité de mobilisation communautaire et sociale, liée à leur proximité avec les populations, à l’accessibilité de leurs messages (délivrés dans les langues locales) et à leur aptitude à trouver des solutions inno- vantes adaptées aux besoins des populations.

Dans la plupart des pays, les organisations de la société civile arrivent à mener des activités ciblant les communautés avec des outils adap- tés. Cet avantage est particulièrement notable dans les domaines de la prévention, de l’infor- mation et de la communication pour le change- ment de comportement (CCC).

Les organisations de la société civile organisent très souvent des événements de type « cam- pagnes », « caravanes » ou tournois sportifs pouvant mobiliser des milliers de personnes pour les sensibiliser aux problématiques des pandémies et alerter les gouvernements sur les mesures urgentes à prendre. Un grand nombre de collaborations entre les organisations de la société civile et le secteur privé visent la mobili- sation des populations riveraines lors d’activités

périodiques, comme la célébration de la journée mondiale contre le sida où « l’entreprise propose

de payer des T-Shirts et l’association commu- nautaire passe son message ».

Dans d’autres cas et de manière plus élaborée, les organisations communautaires sont appe- lées pour assurer la formation de pairs éduca- teurs au sein de l’entreprise et faciliter la mise en œuvre des actions de sensibilisation des populations riveraines.

EXEMPLE
EXEMPLE

La société CAMRAIL au Cameroun

Au Cameroun, des agents de la société des chemins de fer CAMRAIL ont été formés comme pairs éducateurs par des acteurs communautaires de MALEO et de la SWAA. Issus de tous les corps de métier de CAMRAIL, ces pairs éducateurs relèvent des différents paliers de l'entreprise (exécution, maî- trise et cadre) et mènent les activités d’IEC au travail (pen- dant les pauses déjeuner) et en dehors des heures de travail. Des causeries éducatives sont organisées avec eux sur l’en- semble du réseau CAMRAIL, dans les gares, auprès des familles des agents et dans le milieu scolaire. Leur action consiste à expliquer les mesures de prévention, notamment le port du préservatif. Ils travaillent avec le méde- cin de CAMRAIL avec qui ils tiennent des réunions trimes- trielles d’information et de recyclage. Ils côtoient également les maîtres d’écoles, les élèves et les membres de la commu- nauté environnante.

8

I. ÉTATS DES LIEUX

• Spécialisation des organisations de la société civile

Aujourd’hui, la plupart des organisations de la société civile fournissent des services de qualité dans la formation du personnel des entreprises et dans le dépistage.

EXEMPLE Au Sénégal Les Industries Chimiques ont fait appel à Enda- Santé pour élaborer et
EXEMPLE
Au Sénégal
Les Industries Chimiques ont fait appel à Enda-
Santé pour élaborer et mettre en œuvre leurs
stratégies avancées de prise en charge.
Une autre ONG sénégalaise, Sida Services, a
largement prouvé son expertise dans les ser-
vices de dépistage de proximité. Elle dispose
d’une unité mobile avec un personnel qualifié
qui lui a permis de dépister environ 8000 per-
sonnes entre janvier et mai 2009. Aujourd’hui
Sida Service s’est doté d’un hôpital de jour lui
permettant d’étendre ses services à la prise en
charge globale.
En République Démocratique du Congo
La BRALIMA (Sarl) offre le dépistage et s’ap-
puie sur quelques organisations de la société
civile pour la sensibilisation et la prise en
charge des salariés et des populations locales,
notamment l’accompagnement psychosocial.
Cette approche a le mérite de garantir le res-
pect du secret médical et d’assurer à ses
patients l’accès à des structures ayant une cer-
taine expérience dans ces domaines.

• Connaissance du tissu institutionnel et des procédures des bailleurs

Souvent habituées à travailler avec les institu- tions gouvernementales, les agences des Nations Unies et différents partenaires au déve- loppement, les organisations de la société civile ont aujourd’hui une bonne compréhension et une bonne maîtrise du fonctionnement du monde du développement et de ses acteurs. En bénéficiant des fonds de ces institutions, elles ont acquis une bonne maîtrise des procédures souvent complexes de ses partenaires.

Plusieurs organisations de la société civile ont réussi à établir un partenariat fécond avec les autorités locales et les institutions d’appui au développement.

Dans le cadre du Fonds Mondial, les organisa- tions de la société civile sont très impliquées au sein des CCM et parviennent à mobiliser et à gérer des subventions. Depuis 2007, le Fonds Mondial notait dans son rapport d’activités que

« les organisations de la société civile n’ont pas seulement joué un rôle important de gouver- nance et de surveillance mais se sont aussi révélées être des maîtres d’œuvre efficaces pour les programmes. Quatre-vingt trois pour cent des PR (Principaux récipiendaires) issus de la société civile ont été notés A- ou B1, et seulement deux pour cent ont obtenu la note C.» 1

L’exemple suivant illustre l’intérêt et l’opportu- nité que représente pour le secteur privé une démarche de collaboration avec de tels acteurs sur les demandes de financement.

EXEMPLE
EXEMPLE

CARE au Cameroun

Au Cameroun, dans le cadre du Round 9 du Fonds Mondial en 2009, l’association CARE International, par ailleurs membre du CCM, s’est positionnée comme leader dans la rédac- tion de la proposition pour la société civile. Outre sa capacité à mobiliser les autres ONG pour la rédaction d’une requête commune, CARE est aussi bien implantée dans le pays et apporte une valeur ajoutée reconnue sur l’ac- cès aux soins. Maîtrisant les procédures com- plexes du Fonds Mondial, ils ont également la capacité de mobiliser un expert en charge de la rédaction d’une proposition. En 2009, l’initiative d’associer le secteur privé avait été engagée mais la mobilisation du secteur privé ayant été moins aisée, cette opportunité n’a pas été exploitée au mieux.

L’ONUSIDA reconnaît également que « les acteurs de la société civile jouent un rôle essen- tiel dans les activités d’harmonisation et d’ali- gnement des interventions en cours au niveau des pays, qui comprennent le CHAT 2 (Outil d’harmonisation et d’alignement au niveau des pays) et les Trois Principes adoptés et diffusés par l’ONUSIDA pour assurer l’intégration de la

1 Fonds mondial (2007), Partenaires et Impacts, Rapport d’activités 2007, p. 57

9

ATELIER SUR LE RENFORCEMENT DU PARTENARIAT SECTEUR PRIVÉ/SOCIÉTÉ CIVILE

société civile dans la planification stratégique, la mise en œuvre et le suivi des ripostes au sida » 3 .

• Capacité dans le plaidoyer

Un autre atout des acteurs de la société civile est leur capacité à mener des actions de plai- doyer. En effet, ce sont eux qui ont réussi à aler- ter les gouvernements et les décideurs sur les problématiques d’accès aux soins. Ils ont su les amener à prendre des engagements ambitieux pour assurer l’accès universel aux services de prévention, de traitement, de soins et à la mise à disposition des traitements anti-rétroviraux. Aujourd’hui, malgré les moyens limités pour atteindre ces objectifs, les gouvernements s’ef- forcent de définir des politiques qui vont dans le sens de cet accès universel.

EXEMPLE Le cas de l’OPALS et de la Croix Rouge Française L’organisation Panafricaine de Lutte
EXEMPLE
Le cas de l’OPALS
et de la Croix Rouge Française
L’organisation Panafricaine de Lutte contre le
Sida (OPALS) et la Croix Rouge Française
(CRF) ont développé dès 1994 une stratégie
de prise en charge médicale et psychosociale
des PVVIH par la mise en place et la gestion de
Centres de Traitements Ambulatoires (CTA).
« Ces centres assurent une prise en charge
globale alliant dépistage, suivi clinique et biolo-
gique, dispensation des médicaments, hospita-
lisation de jour, suivi psychosocial, consultations
d’observance thérapeutique et soutien nutri-
tionnel ». Depuis 10 ans, 40 000 malades ont
reçu des soins et ont accédé aux traitements
dans les 15 CTA installés dans 10 pays, avec
10 000 dépistages annuels, 25 000 consulta-
tions. L’OPALS et la Croix-Rouge française ont
été l’une des premières organisations interna-
tionales à fournir les ARV en Afrique et les ser-
vices cliniques adaptés.
Source : Tran-Minh et al. Dix ans de prise en charge du
VIH/sida dans les CTA de l’OPALS et de la Croix Rouge fran-
çaise. Med Trop 2004 ; 64 : 109-114.

Les organisations de la société civile ont aussi joué un rôle déterminant dans la mise en place du mécanisme financier que représente le Fonds Mondial de lutte contre le sida, la tuber- culose et le paludisme. Elles ont contribué à faire de cet important mécanisme à la fois un outil technique et un cadre multisectoriel pour dynamiser les programmes de santé et sauver des vies. Grâce aux actions de plaidoyer de la société civile, les gouvernements et les parte- naires au développement ont été encouragés à investir d’importantes ressources financières pour résoudre l’équation posée par ces trois maladies. Les organisations de la société civile ont également contribué à orienter les straté- gies de lutte en mettant l’accent sur les popula- tions les plus affectées et les plus vulnérables pour un meilleur impact sur la courbe des épidé- mies.

Au niveau des pays, la société civile participe constamment au suivi et à la documentation de la mise en œuvre de la Déclaration d’engage- ment sur le VIH/SIDA (UNGASS). Les rapports qu’elle produit attirent l’attention des gouverne- ments et de l’opinion nationale sur les progrès réalisés et les déficits à combler.

Ces atouts de la société civile pourraient être utilisés de manière rationnelle et optimale dans une collaboration avec le secteur privé pour accélérer le mouvement vers l’accès universel.

3 Trois Principes ou « three ones » ou la coordination des ripostes nationales pour le VIH/sida, cf. http://www.unaids.org/fr/CountryResponses/MakingTheMoneyWork/ThreeOnes/default.asp. Les trois principes proposés par ONUSIDA au niveau national sont : un plan d’action commun à tous les acteurs ainsi qu’un même organe de décision (le PNLS bien souvent) et un même système de suivi & évaluation. Cette initiative doit permettre une meilleure coordination de tous les acteurs en respectant ces 3 principes.

10

I. ÉTATS DES LIEUX

1.2 Limites des organisations de la société civile dans une collaboration sur un projet santé

• L’absence de plateaux techniques adaptés aux soins

Les actions de plaidoyer des organisations de la société civile ont fortement contribué à la réduc- tion des coûts, voire à la gratuité des ARV dans la plupart des pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Certains acteurs de la société civile sont également bien formés pour assurer des ser- vices de prise en charge des patients. Toutefois, ils ne disposent pas de suffisamment de pla- teaux techniques adaptés à la prise en charge globale et effective des patients. Ceci les conduit à référer les patients vers les structures gouvernementales (hôpitaux, centres de santé) où les ruptures d’ARV sont malheureusement fréquentes. Les initiatives pour résorber ce défi- cit, assurer une décentralisation de la prise en charge et améliorer les plateaux techniques ne manquent pas mais elles font face aux difficul- tés de mobilisation des ressources financières additionnelles nécessaires.

EXEMPLE L’association ASFEGMASSI en Guinée Conakry L’initiative de l’Association des Femmes de Guinée pour la
EXEMPLE
L’association ASFEGMASSI
en Guinée Conakry
L’initiative de l’Association des Femmes de Guinée pour la
lutte contre les Maladies Sexuellement transmissibles et le
Sida (ASFEGMASSI) illustre parfaitement cette situation.
ASFEGMASSI travaille en étroite collaboration avec l’inter-
syndicale guinéenne des travailleurs (Confédération natio-
nale des travailleurs de Guinée (CNTG) et l’Union syndicale
des travailleurs de Guinée (USTG) pour réduire la propaga-
tion et l’impact des IST/VIH/SIDA en Guinée. Intervenant
dans les zones minières où de nombreux cas de PVVIH
sont enregistrés, ASFEGMASSI mène des actions de pré-
vention et de prise en charge au bénéfice des salariés et
des communautés environnantes. Elle a installé une
antenne à Kamsar avec une équipe mixte de 25 personnes
issues du personnel de l’entreprise et de la communauté
environnante. Il a été constaté que les personnes référées
à l’hôpital de Kamsar sont contraintes de revenir vers l’an-
tenne, déplorant les ruptures d’ARV fréquentes de l’hôpital.
ASFEGMASSI a donc décidé de créer un Centre de
Traitement Ambulatoire (CTA) avec l’appui de l’association
française AIDES. Ce centre devrait permettre d’améliorer
l’offre de services et contribuer à rendre effective la décen-
tralisation de la prise en charge en Guinée.

• Une communication insuffisante auprès du secteur privé sur le savoir faire des ONG

Les organisations de la société civile jouent un rôle majeur dans les questions de développe- ment, notamment dans les ripostes nationales au sida, à la tuberculose et au paludisme. Elles disposent d’un éventail varié de compétences qu’elles mettent au service des communautés les plus affectées et les plus vulnérables. Les organisations de la société civile sont très sou- vent en première ligne pour leur fournir des ser- vices de qualité allant de l’IEC/CCC à la prise en charge. Malheureusement, ces expériences sont trop peu connues et pas du tout capitali- sées. Les compétences et le niveau de profes- sionnalisme des acteurs de la société civile sont ainsi peu ou pas valorisés.

Plusieurs exemples d’interventions des organi- sations de la société civile dans les réponses aux pandémies existent. Certaines actions ont été menées conjointement avec le secteur privé. Au Sénégal, dans le cadre du programme national de lutte contre le VIH/SIDA, les orga- nisations communautaires Enda-Santé et Sida Service ont travaillé en étroite collaboration avec le Conseil National du Patronat (CNP) pour mener des actions de plaidoyer et de for- mation du personnel des entreprises. Ces activi- tés ont bénéficié du concours financier de la Banque Mondiale et du Bureau International du Travail. Comme tant d’autres, l’importance de ces actions de plaidoyer et de formation dans la réponse nationale et leur impact sur la courbe de l’épidémie sont souvent difficiles à apprécier faute d’une bonne documentation qui permet- trait de les consigner dans les bonnes pratiques. La compétence et l’expertise des acteurs de la société civile s’en trouvent peu valorisées et souvent méconnues des autres parties pre- nantes aux niveaux national et régional.

Cette limite dans la documentation et la capita- lisation des expériences de ces organisations entraîne, de fait, une visibilité réduite des actions de ce secteur. Certains participants du secteur privé ont souligné que la contribution de

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ATELIER SUR LE RENFORCEMENT DU PARTENARIAT SECTEUR PRIVÉ/SOCIÉTÉ CIVILE

la société civile aux réponses nationales est sous-estimée car elle reste consignée dans les rapports d’activités d’ONG qui ne sont partagés qu’avec leurs partenaires financiers. Or, il est important pour les organisations du secteur privé de connaître les acteurs locaux, leurs expertises et expériences avant de s’enga- ger dans un partenariat avec la société civile.

Différents intervenants issus des deux secteurs suggèrent l’édition et la publication régulière de meilleures pratiques à partager aux niveaux national et régional. En outre, l’accès simplifié aux outils et supports de communication des organisations de la société civile donnerait une illustration concrète et percutante des résultats de leurs différentes interventions. Si ces der- nières font souvent l’effort de développer un site web, l’accent est malheureusement mis essen- tiellement sur la présentation institutionnelle. Le « postage » régulier des activités de l’organisa- tion est quasiment oublié faute de ressources techniques, humaines ou financières pour assu- rer ces tâches qui participent pourtant à amélio- rer la visibilité de l’organisation.

• Méconnaissance du Secteur Privé

Les acteurs de la société civile ne comprennent pas toujours comment fonctionne le secteur privé et, par conséquent, comment établir un partenariat fructueux avec les entreprises.

Très souvent, les organisations de la société civile perçoivent les entreprises uniquement comme des bailleurs de fonds. Elles les sollici- tent pour mener des actions ponctuelles, notamment pour la journée mondiale contre le sida. Au-delà de cet appui ponctuel, on constate l’absence de communication entre les deux sec- teurs qui nourrit les préjugés. Les acteurs de la société civile pensent que les procédures des entreprises ne contribuent pas à faciliter un réel

partenariat entre les deux secteurs, tandis que le secteur privé se montre méfiant sur la crédi- bilité des services offerts par les associations. Cette méconnaissance réciproque des deux secteurs est l’un des obstacles majeurs à leur collaboration, notamment au sein des instances de coordination nationale (ICN ou CCM) pour la rédaction de requêtes de financement à sou- mettre pour la rédaction de requêtes de finan- cement au Fonds Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

EXEMPLE
EXEMPLE

Commentaire d’un participant sur son CCM On constate que les requêtes « sont souvent des juxtapositions (« copier-coller ») de propo- sitions qui ne sont pas cohérentes ni avec le plan stratégique national (PSN) ni dans l’esprit d’une approche multisectorielle. Les secteurs sont en compétition dans le CCM ». D’où la suggestion de « casser ce processus de mise en compétition et revenir à la mise en place d’une collaboration entre les secteurs dans un cadre participatif. Car il demeure important de créer des espaces de rencontre (comité de liai- son ou espace de rencontre informel) pour les organisations de la société civile et le secteur privé qui sont encore trop cloisonnés et qui ont besoin de partager sur leurs attentes, leur méthode de travail, leur compétence… ».

12

I. ÉTATS DES LIEUX

2. Faiblesses et valeurs ajoutées du secteur privé dans une collaboration sur un projet santé

Comme les organisations de la société civile, le secteur privé peut apporter une véritable valeur ajoutée aux collaborations sur des projets sani- taires. Ses limites et difficultés, mais également la manière dont il est perçu par la société civile, sont exposées ici.

2.1 Valeur Ajoutée du secteur privé

• Les interventions sur le lieu de travail

Qu’il s’agisse du secteur minier, du BTP, de la filière bois ou encore les chemins de fer, le lieu de travail est l’endroit privilégié pour faire passer des messages d’information auprès des salariés mais aussi auprès de la clientèle ou des popula- tions riveraines. En effet, à l’exception de cer- tains métiers (ie : transporteurs routiers), il ras- semble dans un espace relativement clos (bureau, usine et même les commerces de rue) un certain nombre d’hommes et/ou de femmes pendant la journée.

EXEMPLE
EXEMPLE

PALLISCO au Cameroun

Les entreprises de la filière bois au Cameroun sont situées en brousse, généralement dans des zones peu peuplées et difficilement accessibles en raison notam- ment de l’état des pistes qui deviennent impraticables durant la saison des pluies. Les usines de transforma- tion et les populations riveraines sont ainsi souvent iso- lées et ne bénéficient pas des actions d’IEC que l’on retrouve par exemple en milieu urbain. Ainsi l’entreprise - qui est le lieu de vie par excellence puisque c’est la source de revenus mais aussi l’endroit où les gens se rencontrent et parlent - et son « voisinage » - où l’on retrouve les commerces et le développement du sec- teur informel - deviennent le lieu privilégié pour infor- mer et éduquer les populations. L’entreprise PALLISCO membre du Groupement de la Filière Bois au Cameroun (GFBC) a ainsi mis en place à Mindourou des actions de prévention au sein de l’en- treprise (affiches, dépliants, mise en scène, cause- ries…). Ses salariés ont en outre créé leur propre asso- ciation « ACTION+ » pour porter le message à l’exté- rieur de l’entreprise.

- Pour les salariés et les ayants droit :

Les salariés sont les premiers visés par les cam- pagnes d’IEC réalisées sur le lieu de travail. Autorisées par l’employeur et effectuées sur leur temps de travail, ces actions sont facile- ment conduites lors des discussions entre employés ou plus spécifiquement via des cam- pagnes une à deux fois par an. Les pairs éduca- teurs sont recrutés sur volontariat au sein du personnel et les contacts privilégiés qu’ils ont avec leurs collègues leur permettent de mieux faire passer les messages de sensibilisation. Ceux-ci sont ensuite transmis par les salariés directement à leur famille.

On peut citer l’exemple d’Eiffage Sénégal, dont les ouvriers sont sensibilisés sur le SIDA dès l’embauche. Un livret d’accueil leur est fourni dans lequel figure une présentation expliquant comment se prémunir des risques de contracter le VIH/sida. La lecture de ce livret est accom- pagnée d’explications de la hiérarchie. Ainsi, lorsque le salarié se trouve impliqué dans une séance de prévention (causerie débat), il n’est ni surpris ni déstabilisé par l’événement.

- Pour les populations :

Le cas du secteur hôtelier ou encore celui des chemins de fer (voir l’encadré sur CAMRAIL) illustrent bien la politique de communication à l’extérieur de l’entreprise. Celle-ci est rarement totalement cloisonnée, les activités commer- ciales (plus que les activités de production) per- mettant des échanges avec l’extérieur.

EXEMPLE Le cas de la BRALIMA Le cas de la BRALIMA qui travaille avec les
EXEMPLE
Le cas de la BRALIMA
Le cas de la BRALIMA qui travaille avec les
hôtesses chargées de vendre la bière dans les
débits de boisson est aussi particulièrement
illustratif. L’entreprise se charge de les former
pour minimiser les risques liés au travail dans
les bars (harcèlement, infections sexuellement
transmissibles y compris le VIH,
).
Cette forma-
tion est également destinée aux partenaires et
à l’entourage de l'hôtesse.

13

ATELIER SUR LE RENFORCEMENT DU PARTENARIAT SECTEUR PRIVÉ/SOCIÉTÉ CIVILE

• Les structures de santé des entreprises

Tous les secteurs de l’industrie ou du commerce ne sont pas équipés de structures de santé. Cependant, les entreprises qui se situent en dehors des zones urbaines – contraintes par les lois nationales ou non – développent géné- ralement leur propre structure sanitaire pour la prise en charge médicale de leurs salariés et ayant droits.

Certains secteurs industriels ou de l’agroalimen- taire ont ainsi développé des formations sani- taires directement sur leur site de production, dans l’usine ou sur le site d’exploitation. C’est le cas de la Chambre des Mines de Guinée (CMG) qui développe son activité dans des zones éloi- gnées des grands centres urbains, comme pour le Groupement de la Filière Bois au Cameroun (GFBC) dont les concessions sont en brousse.

EXEMPLE La Chambre des Mines de Guinée (CMG) La Chambre des Mines de Guinée compte,
EXEMPLE
La Chambre des Mines de Guinée (CMG)
La Chambre des Mines de Guinée compte,
parmi ses membres, une douzaine de sociétés
minières en exploitation ou en développement,
réparties sur l’ensemble du pays. Ces sociétés
et projets disposent de structures médicales
dont les activités couvrent désormais la prise
en charge médicale (aux ARV) des PVVIH.
Ainsi, grâce notamment à l’appui de la GTZ et
de PCS (fourniture de médicaments, formation
du personnel soignant), cette prise en charge
est rendue possible dans 8 sites dont 6 ont
déjà reçu l’accréditation du Programme
National guinéen de Prise en Charge.

L’absence de structures publiques de soins à proximité rend nécessaire ces installations. De fait, elles sont aussi nécessaires pour les popu- lations riveraines qui doivent parfois faire plus de 50 km pour accéder aux structures sani- taires publiques. L’ouverture des formations sanitaires privées à ces populations est un excellent moyen d’améliorer l’accès aux soins des populations locales mais aussi la qualité des soins lorsque l’entreprise dispose de moyens financiers plus importants que ceux du secteur public pour le fonctionnement de sa structure de soins.

Le secteur privé ne doit pas pour autant se substituer au secteur public mais il peut ouvrir ses portes aux populations riveraines en échange de la fourniture de certains services publics comme le comptage des CD4 ou encore les antirétroviraux/antituberculeux qui bénéfi- cieront autant aux populations riveraines qu’à ses salariés et ayant droits. C’est un procédé d’échange « gagnant – gagnant ». C’est le vœu de la BRALIMA en RDC aussitôt qu'elle reçoit les ARV du gouvernement de la République Démocratique du Congo (obtenus sur la base du financement FM).

Cela ne signifie pas que la prise en charge des patients extérieurs se fait gratuitement par l’en- treprise. Le centre de santé de l’entreprise peut mettre en place une tarification alignée sur celle du secteur public, mais elle accepte une aug- mentation de ses taux de fréquentation et donc une augmentation sensible de la charge de tra- vail. C’est parfois un moyen pour l’entreprise de se faire connaître et apprécier, plus sûr et plus efficace que de financer des campagnes de publicité ou d’affichage parfois plus coûteuses ! C’est surtout un moyen de s’insérer dans une population locale dans les meilleures conditions.

• La rigueur de la gestion et le pragmatisme du secteur privé

Le secteur privé est également reconnu pour ses capacités en gestion financière et des hommes. Les mécanismes de gestion sont déjà en place dans les entreprises et les compé- tences en la matière sont disponibles. Par ail- leurs, la gestion d’un budget requiert la même rigueur qu’il s’agisse d’un projet industriel ou de santé publique. C’est moins vrai pour les compé- tences en gestion et montage de projet de développement mais la transmission des com- pétences est facilitée par la qualité des savoir- faire déjà disponibles.

La rigueur des grandes entreprises dans leur gestion et leur capacité à travailler efficacement – et certainement aussi la mauvaise gouver- nance de certains CCM ou simplement d’autres acteurs du développement – sont les principaux arguments qui ont prévalu auprès de la commu-

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I. ÉTATS DES LIEUX

nauté internationale pour reconnaitre le secteur privé comme partie prenante dans la lutte contre les maladies infectieuses. Le Fonds Mondial a ainsi incité le secteur privé à bénéfi- cier de ses financements et fait la promotion de son introduction au sein des CCM.

• La logistique

Outre la rigueur dans la gestion financière, les entreprises détiennent une force logistique nécessaire à la conduite de leurs activités tradi- tionnelles, fortement valorisable dans la conduite de projet. Disposant souvent de parcs et d’infrastructures pour leurs propres activités de production, l’organisation et la logistique sont généralement inscrites en routines et codifiées dans l’entreprise. Appliquées au développement de programmes de santé, elles représentent une forte valeur ajoutée pour les acteurs de la société civile qui ne disposent pas toujours de ces moyens.

Certaines entreprises utilisent ainsi leur service d’approvisionnement en médicaments - initiale- ment prévu pour leur centre de santé interne – et le mettent à disposition pour l’approvisionne- ment d’un centre de santé interentreprises. C’est une proposition de la BRALIMA en RDC dans le cadre du projet de Centre de dépistage Interentreprises localisé dans les installations de l’ONATRA 4 , société qui proposerait ses ser- vices aux populations riveraines et au personnel de plusieurs entreprises dans la ville de Kinshasa 5 .

TNT Express, entreprise spécialisée dans la logistique du transport, fournit des médicaments dans le projet santé de la « North Star Fundation » et du Programme Alimentaire Mondial (PAM) en RDC. Établi le long des grands axes routiers, car essentiellement orienté vers les transporteurs routiers, ce projet requiert une logistique professionnelle pour l’ap- provisionnement en médicaments et consom- mables des centres de santé mobiles 6 .

2.2 Limites du secteur privé

• Mobilisation et connaissances techniques des projets de santé

A l’exception de quelques cas d’entreprises qui

travaillent dans le secteur sanitaire et connais- sent bien les marchés de la santé, comme les laboratoires pharmaceutiques, il n’est pas dans

la culture du secteur privé de travailler sur des

projets sanitaires autres que ceux liés au déve- loppement de leur produit ou de nouveaux mar- chés. Tourné naturellement vers le profit plus que vers le développement humain, social ou sanitaire, celui-ci est généralement peu familier du monde du développement, de ses acteurs et de son langage.

Essentiellement composé d’acteurs publics, d’organisations internationales et d’ONG, le milieu du développement et de la santé est encore plus particulier et ne s’est ouvert au sec- teur privé que récemment.

Au cours de l’atelier, les représentants du SP ont plusieurs fois mentionné la crainte de s’en- gager dans un processus dont ils ne maîtrisent pas l’évolution. C’est notamment le cas pour les projets tournés vers les populations riveraines.

- Attirées par la gratuité et la qualité d’une nouvelle offre de soins, celles-ci peuvent entraîner une forte hausse de fréquentation et des coûts. S’engager sur un financement prédéfini avec un projet tourné vers les popu- lations riveraines est alors une vrai gageure tant les taux de fréquentation des formations sanitaires ne peuvent être prévisibles à l’avance.

- Comment délimiter l’accès à une population donnée et refuser des patients hors zone en consultation ? L’entreprise limite générale- ment l’offre de soins à ses salariés et parfois les ayant droits, ce qui simplifie la gestion mais ne permet pas d’améliorer les liens avec les communautés riveraines…

4 Office National des Transports (RDC).

5 A ce jour, cette proposition de la Bralima n’est pas encore effective.

6 Les centres de santé sont installés dans des containers déplaçables selon les besoins du projet.

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ATELIER SUR LE RENFORCEMENT DU PARTENARIAT SECTEUR PRIVÉ/SOCIÉTÉ CIVILE

EXEMPLE La Chambre des Mines de Guinée (CMG) En 1994, la société ALUCAM (groupe minier
EXEMPLE
La Chambre des Mines de Guinée (CMG)
En 1994, la société ALUCAM (groupe minier Rio Tinto) implantée au Cameroun met en place un pro-
gramme de lutte contre le VIH/sida basé sur la prévention et l'incitation au dépistage volontaire anonyme
et gratuit de ses salariés et ayant droits. L’accès aux ARV pour ses employés et ayant droits débute en
mai 2000 et, dès 2003, l’entreprise ouvre son centre médical (CMES) aux communautés et indigents
dans le cadre d'un partenariat Public Privé. En 2010, le CMES prend en charge plus de 600 patients
dont 95% sont issus des populations riveraines. La qualité de la prise en charge, couplée à la gratuité des
ARV, attirent des personnes qui font parfois plus de 100 Km pour venir se faire soigner. Le centre médical
ne peut les refuser mais reste victime de son succès car en incapacité à absorber d’autres patients.
Source : Rapport interne PCS de mission Edea-Alucam. PCS, mars 2010

- De même, les pathologies traitées et l’état des patients extérieurs qui n’ont pas fait l’ob- jet d’un suivi médical depuis longtemps modi- fient et compliquent sensiblement la tâche du personnel soignant qui passe d’une popu- lation suivie (celle de l’entreprise et des ayants droit) à une population extérieure (cas graves et non suivis jusqu’alors : dénutrition, infections opportunistes non traitées).

- La notion de partenariat n’est pas spontanée pour une entreprise qui a l’habitude de fonc- tionner en interne, y compris pour sa struc- ture de santé si elle en dispose… Dans le cas contraire, elle externalise et prévoit de référer ses patients vers une structure tierce ; ou elle contractualise avec une struc- ture de santé publique ou privée. Dans les deux cas, elle n’est pas directement impli- quée dans la gestion des soins.

- Enfin, la mise en place d’un système de réfé- rence/contre référence avec des structures de soins du secteur privé ou public peut être vécue comme une difficulté supplémentaire à gérer. L’intégration du programme de santé du secteur privé à la pyramide sanitaire implique en effet l’application des protocoles nationaux mais aussi du mécanisme de reporting propre au service public.

• Méconnaissance du fonctionnement des institutions de développement

Au cours de l’atelier, les entreprises ont souvent fait référence à la difficile introduction du sec- teur privé auprès du CCM: méconnaissance de la culture du milieu du développement, du mode de gouvernance d’un CCM, des conflits d’inté- rêts, des enjeux ou encore des méthodes de travail qui sont parfois très différentes de celles du secteur privé. Ce nouvel environnement nécessite une adaptation parfois peu aisée.

Certaines entreprises ou filières ne souhaitent pas intégrer le CCM de leur pays, considérant le CCM comme une structure politisée et trop lourde administrativement. L’argument principal de la mobilisation des fonds du FM par les entreprises pour le développement de leur pro- jet, est peu recevable par des entreprises habi- tuées à des « Business plan » d’un à deux ans, laissant peu de place à l’attente du déblocage des fonds comme au risque de refus de la sou- mission nationale. On est donc face à deux cul- tures différentes, ce qui amène les acteurs du secteur privé à se tourner vers d’autres organi- sations avec lesquelles il est plus facile d’obtenir un appui qu’il soit financier ou technique.

Il est intéressant de constater que la réactivité et l’efficacité qui font l’attrait du SP auprès des bailleurs de fonds, constituent une raison de

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I. ÉTATS DES LIEUX

l’éloignement du SP de ces grandes organisa- tions qu’ils considèrent technocratiques et peu efficaces. Ce choc des cultures ne facilite pas les collaborations bien que les deux parties – secteur privé et bailleurs de fonds – demandent la même chose : collaborer !

Comme le secteur public, les organisations internationales sont considérées par le SP comme trop institutionnelles. La différence de culture s’applique également à la société civile qui a ses propres codes et modes de fonction- nement. Les discussions montrent que le sec- teur privé considère souvent la société civile comme insuffisamment organisée ou encore peu professionnelle, ce qui explique le manque de confiance qu’il manifeste alors envers cer- taines ONG. Pour les entreprises, plusieurs cri- tères prévalent dans l’identification d’un parte- naire potentiel:

- Les ONG qui semblent avoir le plus d’attrait pour les entreprises sont celles qui sont au moins de taille moyenne et qui ont, de fait, un mode de management plus systématisé et finalement similaire à celui d’une entreprise.

- Les ONG de dimension internationale sont aussi d’autant mieux considérées que leurs actions sont visibles et leurs résultats pro- bants.

- La capacité d’une ONG à mobiliser les finan- cements de bailleurs multilatéraux ou natio- naux rassure aussi l’entreprise sur sa capa- cité à gérer de manière transparente les fonds qui lui sont confiés.

- La proximité du partenaire est un autre cri- tère de choix du secteur privé.

Globalement, le monde de l’entreprise reste pru- dent vis-à-vis du monde du développement, par- ticulièrement des ONG dont le militantisme peut effrayer ou faire craindre pour son image. On retrouve ce même constat dans le discours des ONG qui cherchent à développer davantage de partenariats avec le SP mais ne savent pas comment convaincre les entreprises de s’asso- cier à leurs actions. Il est vrai que la relation des entreprises et des ONG se faisait déjà à travers le mécénat ou le sponsoring, par exemple, où l’entreprise se contentait de subventionner sans être véritablement partie prenante. Ce schéma semble parfois difficile à modifier.

C’est en améliorant le dialogue que SP et SC pourront travailler ensemble. Ceci passe par la mise en valeur des savoir faire des uns et des autres, mais aussi par leur volonté commune de se reconnaître complémentaires sur une action conjointe.

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ATELIER SUR LE RENFORCEMENT DU PARTENARIAT SECTEUR PRIVÉ/SOCIÉTÉ CIVILE

II. PROMOTION DE LA COLLABORATION SC/SP

1. Connaissance réciproque des parties

1.1 Où trouver l’information sur les différents secteurs ?

• Information sur la société civile

Dans la plupart des pays, les organisations de la société civile se regroupent en coalitions ou en réseaux pour partager leurs expériences, définir des stratégies communes et défendre leurs causes. Ces cadres sont le plus souvent utilisés pour interagir avec les gouvernements et les autres partenaires au développement.

Quelques exemples de réseaux d’ONG :

Au Sénégal, le Conseil des ONG d’Appui au Développement (CONGAD), créé en 1982, regroupe 178 ONG nationales, étrangères et internationales. Il a pour vocation de développer la concertation et les échanges entre les ONG, de promouvoir la solidarité inter-ONG dans l’ap- pui aux communautés de base, de défendre les

EXEMPLE
EXEMPLE

ROSIGUI et le GTPL

En Guinée, le ROSIGUI (Réseau des ONG de lutte contre le SIDA en Guinée), créé en mai 2001, dispose d’un répertoire des ONG d’action contre le sida en Guinée. Cet outil est régulièrement mis à jour et mis à la disposition de tous les partenaires techniques et financiers de la Guinée intervenant dans la réponse natio- nale au VIH. Au Cameroun, c’est le Groupe Technique Provincial de Lutte contre le Sida (GTPL), réparti dans les différentes régions du pays et appuyant le CNLS, qui fournit les informations sur les ONG nationales et internationales contribuant à la réponse au VIH.

intérêts des ONG et de les mobiliser autour des préoccupations et besoins des ONG et de manière plus large, de la société civile. C’est donc le cadre idéal pour les organisations de la société civile du Sénégal pour mener des actions de plaidoyer et définir leurs interven- tions intégrées au plan de développement natio- nal impliquant les communautés.

En Côte d’Ivoire, il existe depuis janvier 2003 une coalition civile dénommée Convention de la société civile ivoirienne (CSCI). Initiée par la Ligue ivoirienne des droits de l'homme en réponse à la crise politico-militaire en Côte d'Ivoire qui sévit début octobre 2002, la CSCI s'est renforcée en 2005 pour représenter l'en- semble des citoyens ivoiriens. Elle a pour but de faire participer les forces vives aux objectifs de développement de la Côte d'Ivoire. La CSCI est composée de l'ensemble des organisations représentant le peuple ivoirien (centrales syndi- cales, ONG, partis politiques, chefferies tradi- tionnelles, organisations religieuses). Elle com- prend au total 132 structures nationales.

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II. PROMOTION DE LA COLLABORATION SC/SP

• Information sur le secteur privé

L’activité économique d’un pays est régie par un dispositif institutionnel et un ensemble de lois contraignant les acteurs du secteur privé à com- muniquer sur leurs activités. Différentes struc- tures rendent accessibles ces informations sur le secteur privé :

Les Chambres de commerce : organismes publics chargés de représenter les intérêts du secteur privé et regroupant, en fonction des secteurs économiques du pays, les domaines de l’industrie, des mines, de l’agriculture et de l’arti- sanat. Organismes consultatifs et représentatifs des milieux d’affaires, les chambres de com- merces rassemblent l’ensemble des informa- tions du secteur privé de leur pays. Elles repré- sentent un point de départ à toute recherche documentaire sur le secteur privé, avec le plus souvent des portails accessibles sur Internet. 7

Les Fédérations, associations et conseils nationaux d’employeurs : ces groupements ont pour vocation de défendre les intérêts du monde des affaires dans les domaines sociaux et du travail. Ils ne dépendent d’aucune tutelle publique et sont donc indépendants. Regroupant une grande partie des représen- tants du secteur privé nationaux, ils représen- tent aussi une plateforme intéressante pour la mobilisation d’informations sur le secteur privé.

Les Syndicats professionnels : ils regroupent un ensemble d’acteurs du même secteur éco- nomique ou d’une filière (ex. Chambre des mines, Groupement de la filière bois, syndicat de producteurs, etc.). Ces organisations peuvent renseigner sur les acteurs de la filière, ses enjeux commerciaux (certifications, labels…) ainsi que sur la cartographie des acteurs du secteur, de la filière concernée.

1.2 Comment échanger ? Les différents cadres de concertation

Les échanges et rencontres entre les acteurs du secteur privé et ceux de la société civile sont le plus souvent informels et, dans la majorité des cas, résultent de leur présence commune sur une même zone. Néanmoins, divers cadres de concertation formels coexistent dans chaque pays avec une dynamique spécifique à chacun d’eux.

Il existe par exemple des « plates-formes thé- matiques » santé ou VIH/sida regroupant l’en- semble des acteurs intervenant dans ces domaines. Généralement co-animés par l’OMS et/ou le ministère de la Santé, ces cadres de rencontres ont pour objectifs de faciliter la cir- culation de l’information entre les acteurs gou- vernementaux (projets, programmes) et non gouvernementaux (ONG, UN) et de coordonner l’aide internationale dans le domaine de la santé ou de la lutte contre le VIH/Sida.

Les CCM sont des groupes de consensus national promouvant un véritable partenariat pour la réalisation des programmes soutenus par le Fonds Mondial de lutte contre le Sida, la Tuberculose et le Paludisme 8 . Ils regroupent les

représentants des trois secteurs (public, privé et société civile), élus ou identifiés par leurs pairs pour les représenter. Ce cadre de concertation, bien que spécifique au Fonds Mondial, repré- sente une plate forme d’échange et de rencon- tre favorisant l’émergence de projets communs entre les secteurs représentés.

7 Exemples de la Chambre du Commerce, d’Industrie, des Mines et de l’Artisanat du Cameroun : http://www.ccima.net/ et de la Chambre du Commerce, d’Industrie et de l’Agriculture de Dakar : http://www.cciad.sn/

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ATELIER SUR LE RENFORCEMENT DU PARTENARIAT SECTEUR PRIVÉ/SOCIÉTÉ CIVILE

2. Travail en commun

Initier un programme de santé mené conjointe- ment par les acteurs du secteur privé et de la société civile exige plusieurs préalables. Il est indispensable de clarifier dans un premier temps l’attente des parties puis d’identifier, par l’analyse situationnelle, les besoins, spécificités du contexte et capacités disponibles pour ce programme. Des objectifs communs doivent être définis et les rôles de chaque partie préci- sés pour fixer les modalités du partenariat.

2.1 Attentes des parties

• Financements et accès aux marchés

Poussées par le contexte de raréfaction des ressources financières, les organisations de la société civile sont amenées à diversifier leurs sources de financement. Ainsi, l’approche du secteur privé par des ONG et associations à base communautaire est d’abord un moyen de capter des fonds.

Les acteurs du secteur privé, à travers le finan- cement d’actions de développement menées par des organisations de la société civile, amé- liorent leur ancrage communautaire et bénéfi- cient d’une publicité indirecte. C’est ainsi que de nombreuses brasseries (BRALIMA en République Démocratique du Congo, SOLIBRA en République de Côte d’Ivoire ou la sénéga- laise SOBOA) s’associent à des ONG locales dans le cadre des événements de la journée Internationale de lutte contre le VIH/Sida, le 1 er décembre, avec notamment des distributions de contraceptifs, de casquettes et T-shirt à slogans accolés à leur logo.

D’autres entreprises s’impliquent plus active- ment, à travers le financement d’une partie ou de l’intégralité de programmes de prévention et de prise en charge des PVVIH. Ces finance- ments ont le plus souvent des retombées indi- rectes, voir directes sur l’activité de l’entreprise, qui, avec ces projets, a un impact sur la santé de

EXEMPLE TOTAL et VEOLIA au Gabon La société Total, au Gabon, contribue à la prise
EXEMPLE
TOTAL et VEOLIA au Gabon
La société Total, au Gabon, contribue à la prise
en charge de PVVIH à travers un partenariat
avec la Croix-Rouge sur le CTA de Port-Gentil.
Toujours au Gabon, SEEG/VEOLIA supporte le
centre de prise en charge de l’association Zéro
Sida, rassemblant des activités de prise en
charge médicale, de dépistage, de conseil, de
formation professionnelle et d’information aux
plus jeunes.

ses employés et des communautés riveraines. Dans le cadre de marchés publics, de plus en plus de pays intègrent aux appels d’offres des plans de gestion environnementaux et sociaux, sous l’influence notamment de la Banque Mondiale. Les entreprises doivent donc intégrer ces activités à leurs offres pour obtenir ces mar- chés. C’est ainsi que des sociétés de BTP déve- loppent des actions de sensibilisation à travers des partenariats avec des acteurs locaux avoisi- nant leurs chantiers. L’entreprise Eiffage au Sénégal, élabore des outils d’IEC, à destination de ses employés et des populations riveraines des axes routiers sur lesquels elle intervient.

Le financement d’actions de développement, notamment de programmes de santé commu- nautaire dans des zones démunies de service sanitaire, devient un véritable atout pour la négociation d’implantation ou le renouvellement de bail d’exploitation avec les autorités. Dans les domaines de l’extraction minière ou forestière, particulièrement stigmatisés pour leurs impacts social et environnemental, l’engagement du sec- teur privé auprès des communautés sera un argument de négociation d’autant plus fort avec le secteur public que ses services sont absents de la zone.

Dans le secteur de l’exploitation durable des forêts, notamment dans le bas Congo, les certi- fications internationales comme le FSC (Forest Stewardship Council) régissent le commerce du bois dans le monde. L’obtention ou non d’une certification FSC impacte directement le chiffre d’affaires de l’entreprise.

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II. PROMOTION DE LA COLLABORATION SC/SP

EXEMPLE
EXEMPLE

La certification forestière FSC et le GFBC au Cameroun

L’instauration de normes de certification pour lutter contre la déforestation et le commerce illégal des bois tropicaux encourage un nombre croissant d’entreprises forestières à s’engager pour une gestion responsable des forêts.

C’est le cas des entreprises membres du Groupement de la Filière Bois au Cameroun (GFBC) qui se sont lancées dans la certifica- tion FSC. Défini selon 10 principes et critères de bonne gestion forestière, cet écolabel conci- lie protection de la biodiversité, l'intérêt des communautés locales, des peuples autoch- tones et celui du commerce. Ces principes intè- grent notamment la prise en compte des ques- tions en matière de santé et sécurité des employés et de leurs familles et incluent aussi des mesures d’information, prévention et de prise en charge du VIH/sida. C’est dans ce cadre que le GFBC a développé dès 2007 un partenariat avec la GTZ et PCS 9 pour mettre en œuvre dans chaque entreprise une politique de lutte contre le VIH.

En 2010, le programme couvre 9 entreprises membres (29 sites de production) et développe des actions de sensibilisation (37 campagnes de communication et d’informations et 181 pair éducateurs formés et suivis depuis 2007), de dépistages, de prise en charge globale et de suivi des PVVIH (référencement vers des cen- tres de santé publics de référence, formation des personnels soignants et intégration des structures privées au circuit de soins public) pour les salariés, leurs familles et les commu- nautés riveraines. Le projet accompagne et renforce les capacités des entreprises dans l’élaboration et la mise en œuvre de leurs poli- tiques de santé.

Les activités d’IEC sont ainsi souvent déléguées aux ONG qui ont développé une véritable exper- tise avec une méthodologie propre à leur zone d’intervention, reposant sur une bonne connais- sance du tissu communautaire. La société CAMRAIL au Cameroun, très engagée dans la prévention du VIH, a fait appel à l’ONG Maléo Social Marketing pour la formation de ses pairs éducateurs. Ainsi l’ONG a pu mettre à profit son expertise en matière de connaissance des déterminants sociologiques et des messages les plus adéquats à utiliser par les pairs éduca- teurs de l’entreprise.

Le secteur privé peut aussi être sollicité dans des projets conjoints avec la société civile, par exemple pour mettre à disposition ses compé- tences de gestion et de bonne pratique admi- nistrative et financière. Ainsi, dans le cadre de la collaboration entre la Chambre des Mines de Guinée et les ONG nationales sur le développe- ment d’un projet commun de soumission au 9 ème round en Guinée, la réflexion nationale a porté sur l’identification du meilleur profil à proposer en tant que principal récipiendaire. « Il est apparu que le secteur privé était le seul capable de gérer les subventions du Fonds Mondial » 10 . La plupart des ONG partenaires étant peu expérimentées dans la gestion de financements aussi importants, elles ne proposaient pas les garanties suffisantes au regard des normes internationales en vigueur en terme de reporting comptable et financier.

Les entreprises basent leur communication extérieure sur la valorisation de leurs services, de leurs produits et de leurs valeurs. Reposant sur une approche pragmatique, la communica- tion d’entreprise est une vraie valeur ajoutée dans un projet conjoint.

Ainsi le développement de projet commun per- met une mutualisation des moyens et peut favo- riser l’accès à des financements avec une répar- tition innovante des responsabilités et des rôles de chacun.

• Assistance technique/expertise

La spécificité de chaque acteur lui procure une expertise qui peut être sollicitée par l’autre sec- teur. Ainsi, comme nous l’avons vu dans la pre- mière partie de ce rapport, les organisations de la société civile ont, en matière de connaissance du tissu social et d’ancrage communautaire, un avantage indéniable que les entreprises pour- raient exploiter en accord avec leur politique de responsabilité sociale.

9 Engagé depuis 2008 dans le projet. 10 Déclaration de Mgr Albert Guillaume GOMEZ, président du CCM Guinée – atelier de Dakar, février 2010.

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ATELIER SUR LE RENFORCEMENT DU PARTENARIAT SECTEUR PRIVÉ/SOCIÉTÉ CIVILE

• Collaboration pérenne et partenariat de long terme

La nature des projets détermine souvent la durée des partenariats. On distingue alors la collaboration basée sur la prestation de service et celle relevant du partenariat.

- Ainsi, la contractualisation au Burkina Faso entre des officines pharmaceutiques et des centres de prise en charge gérés par des ONG sur la délivrance des ARV sont des col- laborations de prestation de services qui reposent sur le respect mutuel d’un cahier des charges bien déterminé (respect de la qualité, disponibilité des stocks, garantie de prix, etc). Ces relations basées sur des « contrats de fournisseur de biens et de ser- vices » sont ouvertes à la concurrence. La pérennité de la collaboration est dépendante de la bonne exécution du contrat et du res- pect des cahiers des charges.

- Cette relation est différente d’un partenariat où chaque partie est engagée conjointement sur la réussite du projet et où les risques et succès sont partagés. Elle s’inscrit d’avan- tage dans le partage d’intérêts communs sur le long terme et le partage des risques. Dans le cas d’un partenariat entre une société et une ONG pour la prise en charge de PVVIH, la collaboration requiert une certaine stabi- lité, la santé des patients en étant directe- ment dépendante. Les enjeux en terme d’image sont importants et les risques réels, car ils engagent la garantie des soins auprès des personnes vulnérables.

Ainsi, quand la société TOTAL SA s’engage dans la prise en charge de PVVIH avec la Croix- Rouge au Congo ou au Gabon, cela implique une collaboration pérenne, indépendante d’une relation de client à prestataire mais bien inscrite dans une logique de confiance et de reconnais- sance mutuelle. Le partage des risques implique une relation de dépendance à l’autre. Ce type de partenariat est connu pour être plus stable et donc plus pérenne, pourvu que les deux parties s’engagent pleinement dans le projet.

2.2 L’analyse situationnelle

Elle est un préalable indispensable à l’enga- gement dans un projet commun et permet d’appréhender le partenariat sur la base d’une bonne connaissance réciproque des besoins identifiés et des activités à mettre en œuvre.

Cette analyse vise à établir un état des lieux des capacités, des forces et des faiblesses d’un sec- teur ou d’une entreprise dans le domaine de la lutte contre le VIH/Sida. Dans le cas d’une col- laboration entre le secteur privé et la société civile, l’analyse situationnelle permettra aussi de définir le rôle et la participation de chacune des parties.

Ainsi cette phase doit permettre de cibler préci- sément les activités prioritaires, les acteurs à mobiliser et les ressources nécessaires au déroulement du projet.

EXEMPLE Analyse situationnelle de sites miniers de la CMG En octobre 2008, la CMG, Alcan/Rio
EXEMPLE
Analyse situationnelle
de sites miniers de la CMG
En octobre 2008, la CMG, Alcan/Rio Tinto et
PCS ont réalisé une analyse situationnelle de 8
sites miniers dans le but d’évaluer leurs capaci-
tés en termes de prise en charge médicale et
psychosociale des PVVIH. Cette évaluation, qui
a notamment porté sur les ressources
humaines, le plateau technique et l’organisation
des structures médicales, a permis d’identifier
les besoins en formation, en équipements, en
médicaments et autres intrants et de reformu-
ler fondamentalement le projet de la CMG de
lutte contre le VIH, désormais plus crédible
auprès de partenaires internationaux de pre-
mier plan : la GTZ, le Fonds Mondial.
Source : Labeeuw J. Etude de faisabilité pour l’intégration de
la prise en charge médicale et psychosociale du sida auprès
de 7 sites miniers en guinée. PCS/Aedes, février 2009.

L’analyse situationnelle apporte aussi une vision globale de la structure dans son milieu, des interactions possibles à développer avec les autres acteurs présents dans la zone. Les struc- tures environnantes et les partenaires de l’orga- nisation cible sont ainsi identifiés.

Dans le cadre d’une collaboration sur la prise en charge de PVVIH, l’analyse situationnelle per-

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II. PROMOTION DE LA COLLABORATION SC/SP

mettra de définir entre autres la taille de la file active et le groupe cible, d’intégrer la réalisation des activités par l’entreprise ou d’externaliser certains services à l’ONG (dépistage, suivi à domicile, etc.). L’engagement des parties pre- nantes sera mis en perspective avec les besoins de la zone d’intervention et du dynamisme des autres acteurs (parties publiques notamment). Le résultat de l’analyse situationnelle est de pro- poser un plan d’action tenant compte de la spé- cificité de chaque acteur en préservant leur mis- sion. Quand bien même une entreprise est la seule organisation présente dans une zone iso- lée, elle ne pourrait pallier à elle seule les besoins sanitaires de toute la population rive- raine.

2.3 Quels objectifs communs ?

Le pragmatisme et l’approche basée sur les résultats sont des traits dominants partagés par les deux secteurs ; le secteur privé pour des rai- sons économiques de rentabilité et de gain de part de marché, la société civile pour sa dépen- dance aux bailleurs de fonds et pour son devoir de résultats à l’égard des communautés.

Dans le domaine sanitaire, l’objectif général commun aux deux secteurs peut être l’améliora- tion de la santé et du bien être des populations cibles (employés et ayants droit pour le secteur privé, populations riveraines pour la société civile).

Le secteur privé, bien que de plus en plus engagé sur sa responsabilité sociale, peut per- cevoir cet objectif en terme de baisse des coûts liés à l’absentéisme, d’augmentation de la pro- ductivité de ses employés et d’amélioration de son image de marque. L’objectif, bien que perçu différemment par chaque secteur, est partagé :

stabilisation voir baisse du nombre d’infections, amélioration du bien être général, baisse de la mortalité liée au VIH/Sida.

EXEMPLE
EXEMPLE

VEOLIA au Gabon

Au Gabon, l'OMS et ses différents partenaires estiment qu'environ 51 000 personnes, sur une population totale de 1,5 million d'habitants, sont porteuses du VIH.

Parmi elles, seules quelque 6 000 PVVIH sont suivies médicalement. Les autres malades ignorent leur maladie ou ne sont pas en mesure d'avoir accès à des soins pour des raisons de coûts des traitements ou d'éloignement des centres de santé.

Sida Zéro a entrepris d'ouvrir un centre d'ac- cueil et d'accompagnement dans la banlieue Est de Libreville, dans le quartier de Nzeng- Ayong, où vivent environ 200 000 personnes. Avec l'ouverture de ce centre, Sida Zéro veut apporter un soutien global à la communauté et aux malades en mettant en place une prise en charge à la fois médicale et psychosociale. En 2005, la fondation Veolia Environnement a financé à hauteur de 60 000la construction de ce centre et participe ainsi à la lutte contre le VIH/sida au-delà de ses salariés et ayant droits en s’impliquant directement auprès des populations les plus défavorisées. La prise en charge est par contre déléguée à l’association zéro sida qui a acquis une expérience solide dans ce domaine depuis sa création en 1998. « Ce projet s’inscrit en complément de l’action déjà engagée par SEEG, filiale locale de Veolia Water, qui vise à améliorer la prévention, le dépistage et la prise en charge du VIH auprès des salariés de l’entreprise et de leurs familles, en partenariat avec les ONG et le ministère de la Santé ».

Source : http://www.fondation.veolia.com/fr/actions/pro-

jets-soutenus/5SD0525,Sida-Zero.aspx

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ATELIER SUR LE RENFORCEMENT DU PARTENARIAT SECTEUR PRIVÉ/SOCIÉTÉ CIVILE

2.4 Répartition des rôles

La question de la répartition des rôles entre secteur privé et société civile est une question qui ne peut être étudiée qu’au cas par cas. Cette répartition dépendra, entres autres, de la nature du projet, des compétences de(s) l’ONG(s) impliquées et du contexte local dans lequel s’inscrit le projet.

• Les rôles du secteur privé :

Les partenariats sont autant initiés par le sec- teur privé que par la société civile. Le leadership de l’initiative est parfois porté par l’entreprise, qui en assure partiellement ou entièrement le financement. Le degré d’implication du secteur privé dépend souvent de la nature du projet. Plus le projet est en lien avec son activité, plus l’entreprise souhaite s’y impliquer : un pro- gramme auprès des salariés et des ayant droits mobilisera davantage les salariés qu’un pro- gramme extérieur à l’entreprise. De même, pour un programme ayant pour résultats la réduction de l’absentéisme médical et l’amélioration de la productivité dans un contexte de forte préva- lence VIH/sida.

Lorsque l’entreprise en dispose, elle peut mettre à disposition son plateau technique et ses res- sources humaines (médecins et autres person- nels de santé, laborantins, dirigeants…), assurer la coordination via une cellule ou un comité de gestion et l’approvisionnement des intrants (ARV, IO, réactifs…) comme c’est le cas en Guinée avec la CMG, avec l’appui de parte- naires.

Elle peut aussi apporter un appui technique aux centres de santé communautaires en contri- buant notamment au renforcement de leurs capacités matérielles et techniques : don de matériel, rénovation des infrastructures, ouver- ture de leurs formations privées au personnel soignant des structures publiques.

EXEMPLE Les formations du personnel médical en Guinée En Guinée Conakry, ont été organisées deux
EXEMPLE
Les formations du personnel médical
en Guinée
En Guinée Conakry, ont été organisées deux
formations du personnel soignant du SP à la
prise en charge globale du VIH, l’une en 2008
organisée par Solthis – ONG internationale –
et l’autre en 2009 par PCS. Ces formations
intégraient la participation du personnel soi-
gnant du secteur privé et du secteur public.
L’initiative de faire participer les deux secteurs
dans une même formation est très certaine-
ment liée à la rédaction commune d’une
requête au Fonds mondial au R9 en 2009
entre la société civile et le secteur privé mais
aussi la participation du secteur public.

Dans les cas où la pharmacie centrale n’appro- visionne pas les structures de santé du secteur privé, l’entreprise est parfois amenée à prendre en charge les ARV pour ses salariés et ayant droits mais parfois aussi pour les populations riveraines. Cette situation n’est pas courante mais elle a déjà été constatée.

EXEMPLE
EXEMPLE

Le cas de la BRALIMA en RDC

Cette société brassicole exerce ses activités dans 6 villes de RDC et prend en charge les soins d'environ 9000 personnes. L'expérience de la BRALIMA dans la lutte contre le SIDA est ancienne car la prise en charge PTME a com- mencé en 1998. En 2010, elle intervient dans des actions de prévention auprès de son per- sonnel mais aussi auprès du personnel des entreprises de sa filière d’approvisionnement et de la sous-traitance (en collaboration avec la GTZ). La Bralima a financé la prise en charge par les ARV dans son programme de lutte contre le VIH sur fond propre et avec l’appui technique de partenaires internationaux. L'expérience de la BRALIMA a montré que le secteur privé offrait une véritable valeur ajou- tée, y compris pour la mise sous ARV des PVVIH parmi son personnel mais aussi auprès des populations riveraines.

Source : La fondation Bralima en guerre contre le VIH/sida dans les lieux de travail. La Prospérité, 12 mai 2010, RDC.

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II. PROMOTION DE LA COLLABORATION SC/SP

• Responsabilités du secteur public

La mise à disposition des ARV par la pharmacie centrale est souvent gratuite selon les pays si ces ARV sont financés par le Fonds Mondial. Dans des contextes politiques et sanitaires fra- giles, cet approvisionnement peut être défaillant et représenter des risques pour les patients sous traitement (ruptures de stock, changement de traitement, etc.). Il arrive que des organisa- tions internationales se substituent ponctuelle- ment ou à plus long terme à la pharmacie cen- trale en proposant la mise à disposition d’ARVs.

La question de l’approvisionnement gratuit du secteur privé en ARV par la pharmacie centrale est un sujet délicat. Certains participants esti- ment que le secteur privé peut et doit financer l’achat de ses médicaments pour ses salariés et ses ayant droits. D’autres estiment que si l’accès aux ARV est gratuit pour toute la population, il l’est de facto pour les salariés du secteur privé. Jusqu’où le secteur privé doit-il s’impliquer dans ce domaine ? L’approche pragmatique serait de se référer au droit du travail national, base sur lesquelles les conventions collectives des entre- prises doivent s’aligner. Si aucune obligation n’est précisée, le sujet relève alors d’avantage de l’éthique que du juridico-légal.

Si l’on considère que la priorité est de mettre le maximum de PVVIH éligibles au traitement sous ARV dans les meilleures conditions et que ces conditions passent par la collaboration du sec- teur privé avec le secteur public, il est certaine- ment préférable d’aller de l’avant et d’encoura- ger ces partenariats.

• L’implication des ONG

Il ne s’agit pas de redéfinir le rôle des ONG dans la lutte contre le VIH/sida mais seulement de rappeler quelques points qui semblent être une spécificité du savoir faire de la société civile.

Outre la connaissance du milieu dans lequel elles évoluent, les ONG de lutte contre le sida sont généralement attentives à leur environne- ment : elles connaissent les coutumes, la culture et les comportements sexuels des populations. Cette proximité facilite la compréhension des comportements, des situations et des difficultés

pour l’accès aux soins (stigmatisation, pro- blèmes financiers, problèmes familiaux…).

Cette connaissance du contexte influe sur la manière de s’adresser aux individus dans le cadre de la prévention des populations (nature des messages, choix des supports…) ou de la prise en charge des PVVIH (annonce de la séropositivité, accompagnement des malades).

EXEMPLE
EXEMPLE

PSI et le marketing social du condom

« PSI est une ONG internationale à but non lucratif qui se consacre à l’amélioration de la santé des populations à faible revenu du monde entier. PSI assure des programmes de prévention du VIH SIDA, de planification fami- liale, de santé maternelle et infantile et de mar- keting social (du condom) dans plus de 70 pays en développement. Grâce à l’application de diverses techniques de marketing commercial, elle fournit des services et des produits de santé par l’intermédiaire du secteur privé, ainsi que différentes techniques de communication prônant des comportements sans risque au sein des populations ciblées. Le programme AIDS Mark est un programme décennal lancé à l’échelle mondiale en 1997, qui recourt au mar- keting social pour lutter contre la dissémination du VIH/sida et de diverses autres infections sexuellement transmissibles (IST). » Ainsi PSI s’est spécialisé sur l’approvisionnement en pré- servatifs et sur l’incitation des populations à les utiliser.

Source : Neukom J, Ashford L. Le marketing social au ser- vice de la transformation du comportement des jeunes. Rapport PSI, septembre 2003.

Ces connaissances ne sont généralement pas connues de l’entreprise car les salariés préfè- rent souvent confier leurs difficultés à l’extérieur du lieu de travail.

Ainsi, lorsque les projets sont tournés vers la prise en charge par les ARV des populations riveraines, une entreprise qui souhaite s’impli- quer a beaucoup à gagner à se rapprocher d’une ONG locale spécialisée dans le soutien à domicile aux PVVIH. Lorsque celles-ci ne peu- vent plus se déplacer pour prendre leur traite-

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ATELIER SUR LE RENFORCEMENT DU PARTENARIAT SECTEUR PRIVÉ/SOCIÉTÉ CIVILE

ment au centre de soins ou lorsque les déplace- ments sont trop onéreux, ces ONG - souvent à base communautaire – interviennent auprès des populations. Les entreprises n’ont générale- ment pas la capacité d’intervenir de la sorte.

• Les pré requis pour une collaboration SP/SC réussie

Comme pour toute collaboration, la bonne entente entre les partenaires est requise. Le bon sens implique donc que les partenaires se connaissent avant de s’engager dans un projet commun à moyen ou long terme… générale- ment au travers de collaborations antérieures ponctuelles.

Dans un engagement à moyen terme, le leader- ship de l’entreprise est requis pour une action complète et efficace. Même si les actions ponc- tuelles de prévention ne sont jamais anodines, l’engagement dans la prise en charge des patients ne peut être seulement ponctuel.

Enfin, la contractualisation du partenariat est nécessaire. Aucune action ne peut être conduite et correctement suivie si elle n’a pas, au préalable, fait l’objet d’un document de projet détaillant ses objectifs, activités, chronogramme, budget, et la méthodologie du suivi évaluation. Le rôle, les responsabilités de chaque partenaire ainsi que les modes de gouvernance (comité de pilotage) sont autant d’éléments à définir en phase de pré-projet.

2.5 Les modalités du partenariat

Il peut s’agir d’un simple échange ponctuel de produits ou services, sans relation commer- ciale, entre une entreprise et une ONG ou une agence de coopération bilatérale. C’est le cas d’opérations menées à l’occasion d’événements médiatisés comme la journée mondiale du Sida ou la semaine de la solidarité qui permettent à l’entreprise de bénéficier de services (sensibili- sation, formation du personnel) ou de produits (préservatifs, moustiquaires). L'intérêt pour le partenaire de l'entreprise est de toucher facile-

ment une large population tandis que l'entre- prise bénéficie d'une expertise dont elle ne dis- pose pas en interne et de produits qui ne grè- vent pas son budget santé.

Il peut s’établir dans la durée pour le dévelop- pement et la mise en œuvre d’un programme de santé spécifique à l’entreprise. Cette relation est en général formalisée car elle implique néces- sairement un co-investissement technique et/ou financier des parties.

EXEMPLE Le cas de la BRALIMA en RDC En 2003, Lafarge a signé un partenariat
EXEMPLE
Le cas de la BRALIMA en RDC
En 2003, Lafarge a signé un partenariat avec
CARE pour cinq ans. Il s'agit d'un enjeu humain
et de développement durable. Lafarge et CARE
travaillent ensemble à travers deux types d'ac-
tions :
- la diffusion et l'échange de bonnes pratiques
et savoir-faire en matière de problématiques
sociales au sein du groupe,
- le développement de partenariats entre
Lafarge et les organismes publics (nationaux
ou internationaux) pour étendre les pro-
grammes de lutte contre le sida de l’entre-
prise auprès des communautés locales. Une
nouvelle convention entre Lafarge et CARE a
été signée en 2009.
Source : http://www.ujjef.com/index.php?Action=LireArticle
&idArticle=1391

Le partenariat peut aussi opérer dans un cadre institutionnel où l’entreprise participe à la mise en œuvre de plans nationaux de lutte contre les épidémies. C’est le cas, par exem- ple, des programmes financés par le Fonds Mondial ou la Banque Mondiale dont l’entreprise bénéficie parfois sans le savoir, ce qui rend ces partenariats souvent peu visibles. Le contenu du partenariat peut porter sur la distribution de pro- duits (préservatifs, moustiquaires) ou de ser- vices spécifiques (dépistage du VIH ou de la tuberculose, sensibilisation, formation).

Plus rarement, l'entreprise participe directement à la formalisation et la mise en œuvre de plans nationaux. C'est le cas notamment de l'entre- prise Anglogold Ashanti qui a participé au sein du Mécanisme de Coordination Pays (CCM) du

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II. PROMOTION DE LA COLLABORATION SC/SP

Ghana à la rédaction et la mise en œuvre d'une proposition soumise au Fonds Mondial.

La mise en œuvre varie en fonction des types de partenariats établis. Dans tous les cas, il semble important à tous de bien clarifier les rôles et responsabilités de chacun en terme de :

• Gouvernance

Dans le cadre d’une collaboration « entreprise - société civile », la gouvernance est multipartite. Même si l’initiative reste principalement portée par l’entreprise, les partenaires sont, en fonction de leurs domaines d’expertise et d’intervention sur le projet, responsables au même titre que l’entreprise.

Le mécanisme de gouvernance doit donc être établi au préalable et de manière conjointe entre les partenaires qui définissent les orientations principales du programme, sa stratégie de mise en œuvre, la répartition des tâches et responsa- bilités.

Ces cadres d’échange peuvent s’officialiser, une fois le projet lancé : les partenaires se retrou- vent de manière trimestrielle lors de comités de pilotage pour faire le point sur la progression des activités, valider les plans d’interventions, accorder les méthodes et outils de travail, éva- luer leur niveau d’intégration au sein des entre- prises et de la pyramide sanitaire, les difficultés rencontrées, etc.

Ces comités de pilotage sont aussi l’occasion d’ajuster la stratégie d’intervention en analysant notamment les problématiques et enjeux spéci- fiques au monde du travail telles que la respon- sabilité, la légitimité du secteur privé dans la prise en charge des populations et les limites de son engagement.

• Gestion opérationnelle

La mise en œuvre du partenariat gagne à s’ins- pirer des techniques de gestion de projet connues des entreprises (Business plan, tableau de bord, etc.).

La personne responsable de la gestion du projet et de l’équipe chargée de la mise en œuvre doit être clairement identifiée comme telle par les collaborateurs de l’entreprise et doit avoir à sa disposition les moyens humains, techniques et financiers nécessaires à la réussite du partena- riat. Cette personne ressource, ainsi que les membres de l’équipe chargée de la mise en œuvre du partenariat, doivent bénéficier d’un soutien visible et constant de la part de la direc- tion, à plus forte raison si le programme repose sur l’implication bénévole de salariés. Leur moti- vation est cruciale dans des programmes de longue durée.

L'assistance technique dans la mise en œuvre d'un ou plusieurs experts sur le lieu de travail peut être ponctuelle ou permanente, prise en charge par le partenaire ou conjointement par ce dernier et l'entreprise.

• Gestion Financière

La gestion financière du projet permet entre autres aux différentes parties prenantes de jus- tifier chaque contribution. Les outils et méthodes de rapports financiers sont en géné- ral élaborés ou adaptés conjointement entre tous les partenaires qui se conforment aux pro- cédures des bailleurs. Ceux-ci fournissent en général des formations courtes à l’utilisation de leurs méthodes et outils.

• Suivi monitoring et évaluation

Les outils de suivi et d’évaluation du programme sont aussi élaborés conjointement : le cadre logique, les indicateurs, le tableau de suivi, le chronogramme… sont autant d’éléments qui permettront à l’équipe de s’assurer d’une mise en œuvre coordonnée et efficace des activités, d’évaluer les niveaux de réalisation et de com- muniquer sur leurs interventions et résultats auprès de l’entreprise, des partenaires et des différentes parties prenantes.

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ATELIER SUR LE RENFORCEMENT DU PARTENARIAT SECTEUR PRIVÉ/SOCIÉTÉ CIVILE

EXEMPLE
EXEMPLE

EIFFAGE Sénégal

Eiffage Sénégal a mis en place au sein de son entreprise, avec l’appui du Conseil National du Patronat (CNP), une politique interne de lutte contre le sida (plaidoyer préalable auprès de l’encadrement) et un Comité de Lutte contre le Sida (CLS) composé de pairs éducateurs (1ere étape). Ce CLS définit en début d’année un Plan d’action comprenant des activités IEC au bénéfice des employés, des sous-traitants et des communautés riveraines.

L’entreprise a continué de collaborer avec le CNP et le CNLS (Conseil National de Lutte Contre le Sida) pour le renouvellement de ses outils pédagogiques (films, affiches, boîtes à image, dépliants, préservatifs hommes et femmes, …) mais aussi pour ses plans d’ac- tions annuels.

Pour les projets vers les communautés rive- raines, Eiffage Sénégal travaille en partenariat avec les acteurs locaux que sont les associa- tions, les mairies, les syndicats, les écoles, les ONG, les régions médicales, les groupements de femmes, les associations sportives et cultu- relles,…

• Communication

La communication entre les partenaires (entre- prise et société civile) et l’équipe chargée de la mise en œuvre du projet est un enjeu majeur pour la réussite du programme. Nombreux sont les difficultés, malentendus et retards opéra- tionnels qui peuvent être évités par un simple échange hebdomadaire ou mensuel entre les partenaires. Les cadres de concertation établis par le partenariat, tels les comités de pilotage, sont un minimum mais ne remplacent pas les échanges moins formels et naturels qu’établis- sent les partenaires entre eux et avec l’équipe chargée de la mise en œuvre.

• Intégration des structures de soins pri- vées à la pyramide sanitaire publique

L’intégration des structures de santé privées dans la pyramide sanitaire nationale peut être un atout autant pour le service public que pour l’entreprise qui pourra ainsi bénéficier des sub- ventions et de l’organisation du circuit de soins public : gratuité des ARV via les financements du FM, système de référencement et contre- référencement des patients permettant la prise en charge et le suivi biologique du personnel de l’entreprise dans des structures publiques.

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III. DÉFIS ET RECOMMANDATIONS

III. DÉFIS ET RECOMMANDATIONS

Les échanges au cours de l’atelier ont mis en exergue l’absence d’une concertation élaborée et structurée entre la société civile et le secteur privé dans le cadre des stratégies nationales de santé. Toutefois, les participants sont unanimes à reconnaître la nécessité d’établir et de renfor- cer la collaboration entre leurs deux secteurs.

Les défis sont nombreux à relever et ciblent particulièrement la capacité de la société civile à répondre aux demandes de services formulées par le secteur privé, la sensibilisation des entre- prises aux partenariats avec la société civile, le transfert de compétences entre les deux sec- teurs, la collaboration des deux secteurs sur les questions liées au Fonds Mondial, la mutualisa- tion des moyens et le co-financement.

1. La Société Civile doit savoir répondre à la demande

Parmi les enjeux majeurs auxquels font face les organisations de la société civile, les entreprises déplorent l’absence de références claires et fia- bles sur la capacité de ces acteurs à répondre adéquatement à leurs demandes en matière d’offre de services de santé.

Il s’agit ni plus ni moins d’offrir au secteur privé les informations qui l’assureront du profession- nalisme et de la qualité des interventions de la société civile, en utilisant un langage commun et compris de tous.

Ceci peut passer par l’édition et la publication des bonnes pratiques des organisations de la société civile intervenant dans le domaine de la santé, la production et diffusion au niveau natio- nal des répertoires des ONG précisant leurs zones d’intervention et leurs domaines d’exper- tise (cartographie), l’uniformisation des outils de gestion des organisations de la société civile avec ceux du secteur privé (tout en tenant compte des contraintes des bailleurs) et la mise en place d’un système de contrôle de qualité

des

société civile.

interventions

des

organisations

de

la

2. Sensibiliser l’entreprise aux partenariats

Le constat s’impose : les managers d’entre- prises ne sont pas encore convaincus de la per- tinence du partenariat avec la société civile. La différence de « culture » (normes, valeurs et procédures) est souvent évoquée par ces lea- ders qui s’interrogent également sur les avan- tages à tirer d’un tel partenariat.

La sensibilisation des entreprises aux partena- riats avec la société civile reste donc un enjeu de taille et implique d’engager un plaidoyer fort auprès des managers, de créer des cadres de concertation formels ou informels entre les deux secteurs, d’identifier parmi eux des per- sonnes ressources pour animer ces cadres de concertation et d’outiller leurs représentants au sein des cadres nationaux (CNLS, CCM, Forum des partenaires, etc.), d’élaborer et signer une charte de collaboration/partenariat entre le sec- teur privé et la société civile.

Il s’agit de convaincre les entreprises de la nécessité et de la portée du partenariat, en démontrant notamment que les nombreuses actions qu’elles mènent dans le domaine de la santé en faveur de leurs employés et des popu- lations environnantes, voire de la population générale, trouveront un meilleur écho et auront un réel impact si elles sont conjointement por- tées par les organisations de la société civile.

Le concept de Responsabilité sociale (ou socié- tale) des entreprises (RSE) y trouverait un cadre d’expression et de promotion particulièrement cohérent et remarquable.

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ATELIER SUR LE RENFORCEMENT DU PARTENARIAT SECTEUR PRIVÉ/SOCIÉTÉ CIVILE

3. Enjeux de la collaboration SC/SP au Fonds Mondial

Le Fonds Mondial de lutte contre le sida, la tuber- culose et le paludisme apparaît comme le principal mécanisme financier pour répondre aux besoins de santé dans les pays en développement. Il offre à la société civile et au secteur privé des espaces de concertation (Instance de Coordination Nationale) et d’action (proposition soumise au Fonds Mondial) que ces deux secteurs pourraient exploiter au mieux. Cependant, leurs représen- tants au sein du CCM n’arrivent pas toujours à se concerter pour développer des stratégies com- munes et ordonner leurs priorités dans les requêtes nationales soumises au Fonds Mondial. La requête commune société civile/secteur privé déposée par la Guinée au round 9 manquait de cohérence avec le plan stratégique national en se limitant à une juxtaposition de propositions sans articulations. C’est là un piège à éviter.

La concertation des acteurs de la société civile et du secteur privé est nécessaire à chaque étape du processus pour :

- s’aligner avec les cadres nationaux et identi- fier les synergies potentielles entre société civile et secteur privé ;

- identifier les personnes clés investies par la société civile et le secteur privé et s’assurer de leur bonne compréhension des méca- nismes de la requête;

- élargir au besoin le cadre de réflexion et iden- tifier les organisations et personnes res- sources qui peuvent accompagner les repré- sentants des deux secteurs au sein du CCM ;

- définir la méthode la plus appropriée et effi- cace pour élaborer la requête ;

- susciter des analyses situationnelles au niveau de chaque secteur et développer des outils pour collecter ces données ;

- désigner de manière consensuelle le princi- pal bénéficiaire et les sous bénéficiaires sur la base de leurs compétences.

4. La mutualisation des moyens & le co-financement

La planification stratégique des pays est géné- ralement basée sur une approche multisecto- rielle mais la réalité est beaucoup plus com- plexe. Outre, les collaborations pour la rédaction commune de requêtes au FM, les participants de l’atelier ont manifesté leur intérêt de collabo- rer sur le terrain en mutualisant leurs moyens et en cofinançant les interventions de la société civile et du secteur privé.

La mutualisation des forces, des savoirs faire et des moyens techniques et financiers, permet de répartir la charge sur les différents partenaires et potentialise les résultats, ce qu’aucun des partenaires ne pourrait atteindre seul.

EXEMPLE
EXEMPLE

North Star Fondation en Zambie

Dans le cadre d’un projet de mise à disposition de centres de santé mobiles au bord des routes pour les transporteurs routiers en Zambie, le responsable de North Star Fondation s’ex- plique : « Nous étions dans une situation où nous avions l’appui de nombreuses parties pre- nantes, mais nous avons négligé de consulter les ONG qui opéraient déjà dans la zone où nous installions notre projet ». Cela a eu pour conséquence de programmer des services qui étaient déjà en cours dans la zone. Cela ne serait pas arrivé s’il y avait eu davantage de concertation et peut-être la mise en commun des ressources des différents projets. Les diffi- cultés ont été résolues sous le patronage du CNLS.

Source: UNAIDS. HIV related PPP and Health Systems Strengthening. Genève, 2009.

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CONCLUSION

CONCLUSION

R éunis pour la première fois pour évoquer les enjeux de partenariats

communs, dans le cadre notamment des requêtes nationales au Fonds

Mondial, les acteurs du secteur privé et de la société civile ont montré que

les initiatives de collaboration entre leurs deux secteurs ne manquent pas et ont prouvé leur efficacité. Les expériences relatées par le Cameroun, le Sénégal, la RDC, la Côte d’Ivoire… reflètent ces dynamiques initiées localement par les entreprises et les associations.

Les dispositifs de financements que sont le Fonds Mondial et, plus généralement, les bailleurs de fonds multilatéraux peuvent représenter une opportunité pour ces initiatives de potentialiser leurs résultats de manière significative. Ils requièrent pour cela une concertation plus méthodique et élargie, intégrant les priorités nationales.

L’amélioration de la collaboration entre les deux secteurs repose sur les fondamentaux nécessaires à toute collaboration : bien se connaître, comprendre les modes de fonctionnement et la culture de l’autre.

Un dialogue national s’avère donc nécessaire et peut être facilité par la mise en place de cadres de rencontre entre société civile et secteur privé. Le CCM est un premier lieu d’échange mais reste insuffisant dans un contexte où les parties prenantes sont davantage en compétition pour l’obtention de financements que dans l’optique d’une réelle collaboration. D’autres lieux d’échange et de rencontre doivent pouvoir être établis dans les pays.

La simplification et l’adaptation des outils de financement mis en place par les organisations internationales sont aussi nécessaires pour faciliter ces partenariats tout en préservant les dynamiques et les innovations dont font preuve les acteurs du secteur privé et de la société civile. A défaut de s’adapter à ces nouveaux types de partenariat, les organisations internationales risquent de voir le secteur privé s’éloigner des dynamiques nationales et renforcer les « à priori » qui le tiennent à l’écart (lourdeur administrative, complexité d’accès aux financements et aux outils).

Les collaborations entre société civile et secteur privé sont des pistes particulièrement novatrices, sachant tirer partie de toutes les dynamiques et motivations existantes. Il est plus que nécessaire d’encourager ces rapprochements capables d’améliorer l’accès universel aux soins.

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ATE LI E R SU R LE R E N FORCE M E NT DU
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M E NT DU PARTE NAR IAT SECTE U R PR IVÉ/SOCIÉTÉ CIVILE c/ o TOTAL
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