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Jean-Louis WEISSBERG 1 PRÉSENCES À DISTANCE Déplacement virtuel et réseaux numériques : POURQUOI NOUS NE CROYONS PLUS LA TELEVISION

ÉDITIONS L'HARMATTAN 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris Tél 01 40 46 79 20 email : harmat@worldnetfr 304 pages Prix : 160 F

Présentation Ce livre propose une analyse des incidences culturelles de la cyber-informatique autour de la présence à distance, selon trois idées directrices - Tendance anthropologique fondamentale (indissolublement culturelle et technique), la Téléprésence voit augmenter son caractère incarné Désormais, c'est avec notre corps entier que nous communiquons à distance ou avec des environnements virtuels (jeux vidéo, par exemple) Au-delà de l'opposition entre présent et absent, se construisent de fines graduations qui incitent à repenser la relation aussi bien lointaine qu'immédiate - L'incarnation dans la présence à distance, alimente la crise de confiance envers la télévision, en particulier Téléprésents, nous exigeons désormais des images incarnées, vivantes : des moyens pour expérimenter l'actuel ou le passé- et non plus pour en reproduire de simples traces Les médias numériques offrent naturellement leurs services pour cette expérimentation directe de l'information modélisée Mus par un puissant attracteur technoculturel, nous substituons progressivement, à l'ancienne figure "cru parce que vu", la formule "cru parce que expérimentable" - Les incidences culturelles de la téléinformatique sont paradoxales Et les visions convenues (catastrophe du "temps réel" ou, à l'inverse, suprématie du savoir comme fondement du lien social) sont, au mieux, simplificatrices En effet les réseaux numériques fabriquent une forme de localisation Le temps différé se tisse à l'instantanéité La linéarité est vivifiée par l'hypermédiation et l'accélération nourrit le ralentissement de la communication Loin de dessiner un paysage univoque, la téléinformatique métisse anciennes et nouvelles logiques Ces trois questions offrent autant de vues sur le statut de l'interactivité informatique, les enjeux politiques de l'apprentissage des langages hypermédias, l'automatisation de la médiation sur Internet, ou encore certains aspects de l'art numérique en passant par une relecture de L'image-temps de Gilles Deleuze

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Jean-Louis Weissberg est Maître de conférences en Sciences de l'Information et de la Communication à l'Université Paris XIII. Il enseigne aussi en INFOCOM et au département HYPERMÉDIA de l'Université Paris VIII.

Table Introduction Chapitre I : Entre présence et absence A - Éléments pour une archéologie de la Réalité Virtuelle C - Les interfaces : la commutation homme/univers virtuel D - Le retour du corps E - Graduations de présence F - Simulation, restitution et illusion Chapitre II : La crise de confiance des massmedia et le principe d'expérimentation A - Du spectacte au spectacte B - La crise de confiance des massmedia C - La demande de participation traduite par le système télévisuel D - Vers l'expérimentation de l'information E - Une expérimentation véridique, sans mise en scène ? Chapitre III : L'auto-médiation sur Internet comme forme politique A - L'auto-médiation versus autonomisation B - L'auto-médiation versus automatisation C - L'auto-médiation, un concept paradoxal D - Scénographie de l'auto-médiation Chapitre IV : La téléinformatique comme technologie intellectuelle A - Technologies intellectuelles, activité scientifique, dynamiques sociales B - Réseaux, information, travail symbolique et travail "immatériel" C - Archive virtuelle, archive "spectrale" Chapitre V : Retour sur interactivité A - L'interactivité : quelques réévaluations B - Éloge des savoir-faire intermédiaires ou le home multimédia, un enjeu politique C - Récit interactif et moteur narratif Chapitre VI : Commentaires sur l'image actée, à partir de L'image-temps de Gilles Deleuze A - De Matière et mémoire au concept de cristal dans L'image-temps B - De L'image-temps aux concepts de l'image actée, versus de l'image virtuelle du miroir à l'avatar virtuel C - Image-temps et image-présence : l'hypothèse du "cristal présentiel" Chapitre VII : Les paradoxes de la téléinformatique A - Réseaux et présence à distance : une disparition de l'inscription territoriale ? B - Internet : l'évanouissement des intermédiaires dans l'espace public ? C - L'univers de l'hypermédiation : une éclipse de la séquentialité ?

D - La retraite de l'auteur et l'amour des génériques E - Panoptisme et réglage individuel des trajets F - Le régime temporel des télé-technologies : ralentir la communication Conclusion Index Bibliographie

aussi près des lointains que des choses proches. puisque voir c'est avoir à distance. Du cubisme à l'art abstrait] . où qu'ils soient."Je suis à Pétersbourg dans mon lit. emprunte encore à la vision. de Villetaneuse.U." Maurice Merleau-Ponty. ses travaux ont inspiré certaines de mes réflexions. nous sommes en même temps partout. Enfin." "La peinture réveille. Le cadre de travail élaboré en commun pour imaginer et mettre en place de nouvelles formations au multimédia a été une incitation permanente pour ouvrir de nouvelles directions de recherche et préciser mes analyses. Frédéric Dajez et Patrick Delmas. et que même notre pouvoir de nous imaginer ailleurs .T.À Rose REMERCIEMENTS J'adresse mes remerciements à Jean-Pierre Balpe dont les judicieux commentaires m'ont permis de clarifier certaines questions alors que cet ouvrage était encore dans une phase intermédiaire. fait entrevoir de nouveaux horizons pour penser à la fois la dynamique propre des télétechnologies et leur efficacité dans les mutations sociales en cours. à Paris. qui doivent de quelque façon se faire visibles pour entrer en elle. mes yeux voient le soleil" [Robert Delaunay. Pierre Barboza. ainsi qu'en témoigne l'un des chapitres de ce livre. remploie des moyens que nous tenons d'elle. et que la peinture étend cette bizarre possession à tous les aspects de l'Être. les étoiles.de viser librement. De plus. Je remercie aussi Claude Poizot pour son travail de correction de ce livre. "Il faut prendre à la lettre ce que nous enseigne la vision : que par elle nous touchons le soleil. L'œil et l'esprit . porte à sa dernière puissance un délire qui est la vision même. je ne saurais oublier à quel point au cours de ces dernières années de réflexions communes. les vues pénétrantes de Toni Negri m'ont. des êtres réels. latéralement. Ma gratitude va aussi à mes collègues et amis de l'I.

le terme "technologique" pourrait être supprimé. On est témoin par œil et oreille interposés quand on regarde un reportage sur ce même conflit. de relier les segments durs de circulation des signes (écriture. Et c'est au niveau le plus général. Nos investigations tentent. quelques logiques homogènes aux procédés actuels de déplacements des signes de la présence en les comparant à celles qui ont gouverné leurs prédécesseurs. parfaitement justifié . des rapports explicites avec la Téléprésence. ici. Dans l'étude de la présence technologique à distance. quel qu'en soit le vecteur. comme on voudra) que le frayage s'opère. exige un transport de l'événement (article de presse. Ce serait. Ainsi -c'est l'une des propositions principales de ce livre. non pas seulement pour transporter l'information mais pour la mettre en forme et la rendre ainsi expérimentable. On pourrait aussi bien parler de "forme technoculturelle". souvenir). si l'on admet que la croyance. enregistrement vidéo. désirs collectifs. On le conservera néanmoins pour marquer la spécificité des technologies dures face aux technologies mentales "molles" (imagination. s'interpénètrent et se contraignent mutuellement. à nous expliquer sur cette notion de "forme culturelle" dans ses rapports à la technique en général et aux techniques particulières qui la sous-tendent. etc. la culture (orientations. Nous ne présupposons pas que la Téléprésence est appelée à se substituer aux rencontres charnelles dans les activités humaines. dès lors qu'il devient possible d'expérimenter l'événement par le truchement de son modèle.Introduction Pourquoi mettre Présences au pluriel dans le titre de ce livre ? Les "présences à distance" visent une région particulière. Nous aurons bien sûr. pour réelle qu'elle soit. imprimerie. Notre monde. consacré à une discussion du travail de Gilles Deleuze sur le cinéma. la notion de "forme culturelle" vient apporter un cadre. Quelles formes politiques pourront-elles bien correspondre à une situation où l'on peut être à la fois ici et ailleurs ? À ce commerce entre le technique (la maturation. Le chapitre VI. modes de travail. ni d'une lecture généalogique. Avec les vecteurs numériques. exprimant le développement de solutions intermédiaires entre l'absence et la présence strictes : les modalités de la présence à distance se multiplient. et surtout. en parti- . mais de manière à la fois plus distante et plus intime. Il s'agit bien d'un lieu de mixage où se négocient. conserver la notion de "forme culturelle" pour ne pas laisser entendre que la Téléprésence relève essentiellement de techniques. la disponibilité des techniques de modélisation numérique) et le culturel (l'exigence d'expérimentation que personne n'exprime en propre et que tout le monde partage). par exemple. etc. cependant. dispositifs. La Téléprésence agit comme une "forme culturelle" qui redéfinit la notion même de rencontre (comme d'autres. la "culture" se constitue fondamentalement dans le technique. et non plus d'apprécier la transposition écrite ou la capture audiovisuelle pratiquée par autrui. pouvant accueillir des voies de passages. Transporter suppose alors de modéliser préalablement l'événement. geste. en effet. le cœfficient corporel augmente dans ces transports. On est présent par procuration en lisant un article de presse qui décrit un affrontement militaire. en revanche.). etc. croyances. en effet. visions du monde. on est présent aussi. enregistrement. éléments indépendants avec lesquels nos sociétés devraient négocier comme avec une contrainte imposée de l'extérieur.la Téléprésence transforme l'exercice de la croyance telle qu'elle se concrétise aujourd'hui encore dans la télévision. habitudes. D'où le pluriel qui affecte le terme "présence". la séparation entre elles.). Nous explorons. mais conçus dans leur dépendance aux "machines" intellectuelles et corporelles (langage. vision.). audition. parce qu'elle affecte les conditions du déplacement de la présence. secrète les appétits que les dispositifs viennent satisfaire. tente. fantasme éveillé. Il ne s'agit. mémoire. Et l'on voit bien que ces questions pourraient être prolongées dans le domaine politique puisque le système de la démocratie représentative repose sur la séparation entre représentants et représentés. Et c'est là qu'interviennent les technologies numériques. La crise de confiance qui taraude les massmedia dans leur fonction informative entretient. ni d'une description fidèle du paysage technique et politique des télécommunications. et doit-on les différencier ? Je préfère. celle des déplacements fluides gérés par les technologies numériques. numérisation) aux transferts et traitements propres à l'activité mentale (imagination. notamment. l'ont déjà accompli). au plan épistémologique. usages sociaux et désirs collectifs. si on admet que la notion même de déplacement de présence l'inclut implicitement. telles que la photographie ou la télédiffusion audiovisuelle.

Nous tentons en particulier de montrer que loin d'éliminer le corps et les sensations physiques dans une supposée fuite en avant de l'abstraction. etc.culier de concrétiser cette direction d'étude. à la Téléprésence. télévision. De les relire rétrospectivement. Comment. de déplacements identificatoires. ces visions s'étaient asséchées avec la sédimentation de la radio et de la télévision. téléphone. en quelque sorte. à la fin du siècle précédent. qui ont assuré les beaux jours des techniques d'enregistrement. inassouvies par la restitution inerte des prélèvements opérés par les divers systèmes de l'ère de la capture directe (photographie. C'est dire la difficulté d'élaborer une réflexion sur les rapports entre présence corporelle et déplacement des signes de la présence. pour clore cette partie. historiques et philosophiques. Entre la présence en face à face et l'absence. le développement de nouvelles formes de présence à distance (réseaux. Nous y sommes aidé par une série de recherches et d'acquis sur les déplacements des signes dans leurs rapports à la production matérielle et intellectuelle. on ne proposera pas une cartographie précise. dans ces conditions. modélisation. en effet. ou des télétechnologies inspirent nos investigations. apprécier les craintes d'une possible confusion des registres "réels" et "virtuels" ? Peut-on imaginer des transactions à distance qui rendraient transparents les procédés relationnels au point de les effacer de la perception des acteurs ? Nous esquissons. entrent en crise. S'ouvre dès lors la controverse sur l'ampleur et l'intensité possible de cette mission. imprimerie. qui offre son sous-titre à ce livre.). de l'écriture. La Téléprésence ne restitue pas à l'identique les performances que nous accomplissons habituellement. de migrations incorporelles. supports numériques interactifs) permettent. se construisent donc des graduations sans cesse plus fines qui incitent à repenser nos conceptions héritées. particulièrement sensibles dans le travail coopératif à distance. la Téléprésence les réinjecte au centre de l'expérience humaine. Elle consiste à proposer quelques outils méthodologiques pour en saisir les enjeux. Dans un premier chapitre. Le deuxième chapitre. propose de relier la crise actuelle des médias de masse à l'accentuation de l'incarnation de la communication. Mais sans doute est-il temps de montrer comment s'articulent les différentes parties composant ce livre dans leurs rapports. la présence[2]. c'est-à-dire sur la notion d'interface. un rapport plus intime avec l'événement. ce retour du corps dans l'expérience virtuelle s'accompagne d'une redéfinition de la kinesthésie. Les modalités de la croyance sont alors recomposées sous la pression de ces exigences de participation plus intime. Nous centrons notre enquête sur la commutation entre l'activité humaine et les univers virtuels. relatives au partage commun de "l'ici et maintenant" et corrélativement à la séparation. sur la naissance de l'outil. Nous croiserons dans cette tentative des perspectives variées. Les techniques de simulation numérique les ont fait passer de l'état de fictions à celui de premières réalisations. des techniques d'enregistrement avait déjà suscité une prémonition de leur dépassement. Numérisation. etc. parfois indirects. rapports auxquels il faudrait ajouter ceux que nous entretenons avec des objets intermédiaires. L'hypothèse centrale d'une augmentation tendancielle du caractère incarné du transport de la présence y est affirmée en regard de ce qu'offrent les technologies numériques. nous proposons une définition du mouvement actuel de Téléprésence dans ses relations aux formes antérieures de déplacement des signes de la présence (écriture. de la tentative médiologique au concept de "technologie intellectuelle". Les formules reliant croyance et mise en forme visuelle du monde. de l'histoire des techniques de représentations à la phénoménologie. De ce mouvement. telle pourrait être la définition de la Téléprésence. Cette question est d'une grande complexité dès qu'on refuse d'identifier présence corporelle et présence psychique et qu'on dissocie l'unité de lieu et de temps dans la multiplicité des espaces-temps mentaux[1]. à la faveur de l'incontestable accélération du mouvement de Téléprésence. Elle invente un autre milieu perceptif dans lequel se concrétisent notamment des mouvements relationnels entre objets et sujets humains. Cependant. L'objectif est d'en approfondir certaines logiques.). L'ordinaire de notre existence se tisse dans d'extraordinaires enchevêtrements de voyages imaginaires. une réponse à ces questions. Au . radiodiffusion. Archéologie de la Réalité Virtuelle. Certains travaux fondamentaux. L'invention. Notre ambition est autre. Doit-on appréhender la réalité transposée comme une réalité en compétition globale avec notre monde empirique habituel ? Ce qui est en cause dans cette discussion concerne d'abord la notion de déplacement dans ses rapports à la présence. On l'a dit. Dupliquer non seulement l'apparence de la réalité mais sa mise en disponibilité -c'est-à-dire le mode d'accès à cette réalité transposée-. mise en réseau constituent en effet la chimie de base de la Téléprésence. remplaçant sur un plan imaginaire.

de manière critique. Cette observation est de la plus haute importance pour reconnaître et développer les savoir. la parabole de la mondialisation. que ce soit un musée formalisé. pensée.). Quel sens donner à l'utopie Internet ? Et de quel type d'utopie s'agit-il ? Il nous a semblé nécessaire. L'hypothèse développée affirme. Internet sera envisagé comme espace politique propre. à la lumière de l'importance prise. nous comparerons les deux grandes postures de la navigation interactive (CD-Rom et réseau) dans leurs rapports à l'idéal d'une autonomie revendiquée. aujourd'hui. Cette délimitation réfère aux travaux de l'école épistémologique d'anthropologie des sciences et des techniques. mais surtout comme illustration de la sociologie constructiviste. par le système télévisuel. etc.prélèvement événementiel. un jeu vidéo ou un récit fictionnel. à la faveur d'exemples d'usages d'Internet. dites interactives. dans le quatrième chapitre. dans le travail symbolique lui-même. de même que l'on constate les limites intrinsèques des réponses fournies à la quête de réalisme.contacts" ? D'où l'occasion d'avancer quelques hypothèses sur les nouvelles scénographies qui se construisent dans le contact à distance. succédant au spectacle. qu'un accès pur de toute médiation serait désormais possible ? La propension expérimentatrice trouve-t-elle son origine dans l'existence de technologies qui lui fournissent l'occasion de s'exprimer ? Peut-on relire d'anciennes analyses élaborées à propos de la photographie. recherche d'information. certaines tentatives de formalisation du concept d'interactivité.faire intermédiaires de l'hypermédiation. mais aussi les limites. à la sphère du traitement des signes alimente les thèses convenues sur la société de l'information et du travail immatériels. On comprend la multiplication des tentatives d'intégration. ce nouveau média peut-il tenir les promesses qui le soutiennent ? Peut-on. Poussé par une puissante vague visant à supprimer les intermédiaires traditionnels (édition. laquelle privilégie les réseaux sociaux dans l'étude du fait techno-scientifique. succède l'épreuve d'une animation simulée de modèles. Après avoir réexaminé. nous examinons l'évolution de la notion d'interface dans ses rapports à la posture interactive. Internet serait. apparemment. parfaitement avec le caractère stratégique de l'informatique et des réseaux numériques. Les programmes "génétiques" en sont un parfait exemple. de préciser. . de solutions de continuité entre réception et production. grâce à la Téléprésence. sous trois éclairages différents. attirée par le développement. avant d'aborder la question de l'efficacité culturelle de la Téléprésence. distribution. Non pas dans la séparation géographique. L'idée que les technologies intellectuelles sont les facteurs décisifs du dynamisme social global s'accorde. affect). de cette demande participative. fondée sur l'alliance de l'autonomisation et de l'automatisation de la médiation. à l'encontre des discours érigeant la télévision en pouvoir fascinant absolu. en quelque sorte. Ensuite. D'où l'avènement d'un spectacte. sous un angle particulier : la question de la médiation. que les massmedia ne souffrent pas d'un trop-plein de participation mais d'un déficit. et de la téléinformatique en particulier. La suprématie souvent accordée depuis Marshall McLuhan. etc. et que progressivement se mettent en place. mais dans l'inscription interne à un cadre d'action. sur un tout autre plan. Qu'est-ce qu'être présent dans un tel cadre ? Comment thématiser les configurations. D'abord en observant qu'un autre type de médiation émerge avec le développement du réseau mondial : l'automédiation. la tendance à l'affaiblissement des médiations. par les "télé. en effet. De même nous attacherons-nous à l'une des dimensions prometteuses de l'interactivité : l'animation autonome de scénarios évolutionnistes. dans l'aire du multimédia. les moyens d'une expérimentation plus directe de l'information. valorisant les relations latérales ? On discutera. les segments durs (machines. prolongeant les dynamiques vivantes auxquelles ils réfèrent. Nous essayons d'en évaluer l'apport. en particulier. considérer Internet comme un modèle politique d'organisation sociale anti-hiérarchique. Le chapitre III est spécifiquement consacré à Internet. qui permettent d'intervenir pratiquement dans des scénographies narratives installées ? Telles sont les principales questions abordées dans le chapitre V. Le développement des scénographies interactives est l'un des cadres où s'expérimente une forme de présence. alliance que l'espace Internet suscite et fortifie. Comment les principes démocratiques prônés dans le réseau sont-ils appliqués au gouvernement du réseau lui-même ? Enfin. réseaux. non seulement de par sa diffusion planétaire. Notre attention est. Est-ce à dire qu'il n'y aurait plus de mise en forme de l'information. nos positions quant au statut des technologies intellectuelles en général. Nous les discutons en insistant sur la difficulté de séparer. dont les "avatars virtuels" sont l'une des illustrations.) des segments "mous" (idée.

avec des réponses différenciées. Et ces manifestations semblent particulièrement virulentes dans l'univers des télétechnologies. on le verra. nous tentons de montrer que. ponctuée notamment par les écrits d'Henri Bergson. qu'une culture. Il ne s'agit pas là essentiellement de gestion des survivances. et qu'un certain cinéma révèle distinctement. J'y ai poursuivi une direction d'analyse sur l'image simulée. est une indication dans cette direction. dans le dernier chapitre. telle est. Elle laisserait donc croître et se diversifier. loin d'œuvrer dans un sens univoque. ses remarques. des logiques hétérogènes. temps différé et temps réel. mais surtout. sur l'adjonction du son à l'image lors de la naissance du cinéma sonore. à affirmer qu'il n'y a pas d'incidences culturelles unilatérales et globales repérables dès lors qu'on examine attentivement les différentes strates dans lesquelles les télé-technologies inscrivent leurs opérations. à propos du cinéma. de Maurice Merleau-Ponty. les méthodes et les contenus. et non pas le cinéma comme technologie en général. apparu que la tentative. cependant. sur la manière dont elle suscite et traduit une posture perceptive. Le chapitre VI a un statut particulier. disjoignant. Elle tente de thématiser les déplacements de présence qui fondent certaines œuvres télé-technologiques. laquelle chez Maurice Merleau Ponty est explicitement une présence tactile à distance.apporte une réponse originale à cette interrogation. La direction bergsonienne exploitée par Gilles Deleuze pour rendre compte du cinéma d'après-guerre exprime les mouvements abstraits à l'œuvre dans la vision. sous sa portée. et que les livres de Gilles Deleuze sur le cinéma sont venus revivifier. peuvent. au caractère encore mal délimité du genre. la direction qu'indiquent les défrichages fondateurs de Gilles Deleuze. fantasmes et rêves déclinent toute la gamme des combinaisons possibles. L'hypothèse centrale consiste. mouvements relatifs à la temporalité. accélération et ralentissement. Gilles Deleuze analyse des films singuliers d'une période historique. cette dissociation devient pa- . Plus philosophique et d'une lecture moins facile. à la différence de nombreuses analyses. Celles-ci affrontent. Dans ses formes extrêmes. Une telle démarche est-elle concevable à propos de l'image actée ? Peut-on dégager des concepts spécifiques à cette expérience ? Notre proposition de "cristal présentiel".redéfinit la vision. hybriderait anciens et nouveaux principes. plus que d'autres grandes vagues technologiques passées. quelques questions communes. voire antagonistes. à l'accélération absolue et à la conquête achevée de l'instantanéité. Réinterprétant les situations héritées. L'enquête phénoménologique ouvre une voie précieuse pour apprécier comment la liaison de l'action et de l'image -l'image actée. [1] Dissocier lieu et temps : l'état de rêverie éveillée nous en donne l'expérience. Il s'agira enfin. pouvait être mise à profit sur le terrain des images actées. séquentialité et hypertextualité. ni de manifestations de résistances. en effet. Il m'est. autour de la question des enjeux culturels de la téléinformatique. il expérimente quelques hypothèses plus qu'il ne propose des résultats. Une orientation très riche s'en dégage pour aborder les rapports technologie/perception dans la lignée des propositions de Walter Benjamin ou de Marshall McLuhan. Souvenirs. par exemple. le savoir accumulé en matière d'inscription du spect-acteur dans le récit s'est concrétisé dans de nombreuses réalisations. Par exemple. à l'éclipse évidente de la linéarité. comment la succession des choix dans une scénogaphie peut-elle orienter le déroulement futur d'une trajectoire ? La proposition d'une littérature génétique -en décalage avec l'interactivité. les logiques et les manifestations. d'en "faire la théorie comme pratique conceptuelle". Cela dit. répondant à "l'image-cristal" de Gilles Deleuze. la télé-informatique engendre elle-même des tensions entre des logiques antagonistes : délocalisation et inscription locale. La place qu'accorde le philosophe à Bergson pour bâtir sa théorie de l'image-temps ne pouvait que m'inciter à m'engager dans cette direction. au déclin manifeste de l'auteur individuel ou encore à l'affaissement du panoptisme ? Sur ces différents plans. Nous la discutons en montrant comment différents modes de construction de récits se rattachent implicitement à des conceptions de la vie. de reprendre de manière unifiée les principaux résultats obtenus auparavant. Elle se heurte. Poursuivre ces constructions conceptuelles en se tenant au plus près possible des propositions artistiques qui émergent. Nous faisons effectivement l'hypothèse que la télé-informatique diffuse plutôt une méta-culture. à une suppression galopante des intermédiaires. être prolongées lorsque l'action se compose à l'image sonore dans l'image actée. les technologies conservent souvent les anciennes logiques en les hybridant aux nouvelles plutôt qu'elles ne les effacent totalement. La question de la perception est en effet au cœur de cette interrogation sur les enjeux de l'image actée. Somme-nous vraiment confrontés à une déterritorialisation radicale. je crois.Par ailleurs.

Dans une intervention orale au séminaire "Pratiques . à la côte tissée par Pénélope. et aux "objets transitionnels" chers à la psychanalyste Mélanie Klein. resté près de l'étang. était. en fait. à côté des canards. le psychiatre Jean Oury éclairait la psychose en la décrivant comme un trouble de la présence : un patient qui parlait avec lui dans son bureau.Machines .thologique. [2] Toute une dimension mythologique et fantasmatique de la téléprésence symbolique pourrait ici être invoquée. Paris.Département des Sciences politiques de l'Université Paris VIII.Utopie" (Université Européenne de la recherche . . 1994). de la "téléprésence" divine incarnée dans un messager.

Tentative désespérée. la simultanéité de l'émission et de la réception épouse un peu plus le modèle de la communication en "face à face". formalise à l'extrême la corporéité de l'auteur. quelques jalons pour une archéologie de la Réalité Virtuelle. selon lui. Nous prolongerons. Le rêve et la machine [3] contribue à dégager une archéologie de la Réalité Virtuelle. Sur les réseaux numériques s'expérimente. Elle ajoute le canal gestuel au canaux visuels et sonores et ouvre à l'échange kinesthésique. aujourd'hui. et sa réception instantanée. L'émission de l'image. c'est l'identification des traits essentiels de la tentative de déplacement sans fin des limites marquant l'existence humaine. se transpose ainsi dans l'espace et devient la référence de la communication à distance. Le partage commun de "l'ici et maintenant". et ceci dans deux directions. Après avoir posé. dans une première partie. en effet. Le chapitre intitulé "Télé-présences et réalités virtuelles" concentre assez bien les enjeux de l'épopée technicienne considérée comme tentative de sortie de la condition humaine. Mais le mouvement qui augmente. L'enjeu n'est alors plus seulement communicationnel. ne se limite pas à l'échange de signes verbaux et non verbaux. le son. "Le désir de l'homme de métamorphoser son temps et son espace pour aller habiter d'autres moi.Chapitre I Entre présence et absence La Téléprésence moderne se caractérise par l'augmentation du cœfficient charnel dans la communication à distance. toujours plus. méconnaissent les dimensions proprement créatives des télé-technologies. de contacts corporels concrets ou potentiels et de manipulations conjointes d'objets. L'expansion de l'imprimé réalise ce que l'invention de l'écriture annonçait.des cadres spatiaux et temporels propres à l'humain. la proportion charnelle dans les canaux expressifs est très lisible. on le sait. pour la première fois. rappelant l'échange multipolaire des groupes rassemblés dans un même lieu et rompant avec le modèle pyramidal des massmedia. ne la laissant transparaître qu'à travers la calligraphie. tirant profit des ressources abstraites de la télévirtualité. dans le sillage de la Réalité Virtuelle. nous préciserons les conditions de ce partage. directe ou indirecte. Il est tissé de gestes. Ce qui est remarquable dans le développement de l'argumentation. éventuellement anonyme. craintes qui. pour Jean Brun inspiré par la théorie chrétienne du salut [4]. té- . L'écriture manuscrite. mais relationnel. Avec le téléphone qui assimile les canaux vocaux et auditifs. cette enquête en interrogeant les craintes d'un éventuel doublage virtuel de notre environnement . l'image sans pouvoir s'appuyer sur une interaction corporelle. approcher une transsubstantiation. Il ne s'agit plus de transmettre des informations mais de créer les conditions d'un partage mutuel d'un univers. L'instantanéité de la transmission orale -sans la réactivité. premier transport à distance du langage. selon l'auteur. toucher) lutte contre l'affadissement inévitable d'une communication contrainte à ne s'extérioriser que par le texte.éléments pour une archéologie de la Réalité Virtuelle [2] L'essai pamphlétaire de Jean Brun. une désincarnation voire une réincarnation. tout comme les motivations apparemment rationnelles des acteurs ne servent. Sa thèse centrale se résume ainsi : la science et la technique sont filles de l'activité onirique. ensuite. tentative de dépassement -vouée à un échec dramatique. A . Enfin. se défaire à nouveau de ceux-ci pour toujours recommencer. la télévirtualité immerge les partenaires dans le même espace virtuel. Se tenir à distance de soi. modèle principal de la relation humaine. Les signes de la présence dans de telles situations s'incarnent. voilà les objectifs aussi vains (selon Jean Brun) qu'affirmés par la saga technicienne [5]. réaliser l'ubiquité. L'opérationalité des applications. La Téléprésence n'a pas attendu les réseaux numériques pour se déployer. une communication collective. mais uniquement comme promesse abstraite : la formation de communautés de lecteurs éparpillés sur un territoire et réunis par les mêmes livres [1]. le perfectionnement des interfaces de communication et la naissance de nouveaux milieux de présence partagée. que d'alibis à cette tentative. tout en créditant la simulation numérique d'un pouvoir imitatif probablement démesuré. Ce partage. charge la relation d'une dimension visuelle incontournable. Cette dimension "haptique" (du grec haptein.est atteinte grâce au télégraphe.

Le cinéma sera organique" [11]. on se surcréera soi-même" [13]. Jérusalem ou Melbourne. L'essence de l'entreprise technologique réside précisément dans la tentative de vivre "plusieurs existences ayant pour auditorium des espaces multidimensionnels" [7] afin d'échapper à l'unicité de la localisation dans l'espace et à la linéarité du déroulement temporel. Il s'agit bien d'incarnation. cinématographie). C'est plutôt en radicalisant la photographie qu'il espère engendrer une "surcréation" tridimensionnelle. Avec le développement de la diffusion radiophonique. On quitte alors le terrain de la fiction ou de l'extrapolation pour investir celui du projet scientifique. et les propriétés de résistances par lesquelles les aveugles en acquièrent la notion. Son "idéoréalisateur" devrait pouvoir créer des "êtres-images" et les déplacer à distance sous forme d'"ondes carnifiées". "Puisqu'on est parvenu à la photographie à distance.moigne de la détresse de celui qui voudrait s'arracher à lui-même afin de pouvoir tout savoir et pouvoir tout posséder" [6]. phonographie et cinéma) féconde l'imaginaire littéraire et lui fait entrevoir de somptueuses perspectives. de même l'apparence d'un corps. "le Destin va se cristalliser. La perspective de Saint-Pol-Roux est en fait assez éloignée d'une recréation artificielle. comme si la séparation de l'apparence et de la forme autorisait l'espoir d'extraire la forme elle-même par un procédé similaire [14]. D'Apollinaire à Saint-Pol-Roux Guillaume Apollinaire imagine un procédé d'enregistrement et de transmission d'existence. On soulignera aussi l'énergie révolutionnaire issue du "miracle" photographique. "dans nos meubles. irriguant d'autres projets de transport bien plus audacieux. puisqu'il souhaitait se faire passer pour le messie). les leçons. on s'attachera aussi à imaginer des formes de télé-déplacement de substance. Dante". Le prisonnier doit se libérer" [9] et donc le cinéma actuel n'est que "le Cro-Magnon du cinéma futur" [10]. Paul Valéry en tirera immédiatement. et magistralement. voire de réincarnation."On surcréera les autres. dans son essai Cinéma vivant : ". Ils s'inscrivent dans le cadre d'un rejet affirmé de l'écrit et d'une valorisation de l'oral que véhiculent les techniques d'enregistrement (phonographie. Quelques années plus tard. Saint-Pol-Roux poursuit les mêmes desseins avec sa conception "idéoréaliste".. L'"idéoplastie" ouvrira le champ du transport spatio-temporel : "on invitera des célébrités chez soi. espérances tangibles d'une poursuite de la vague innovatrice vers toujours plus de réalisme dans la concrétisation des représentations. la naissance des techniques d'enregistrement (photographie. À propos du cinéma. Dans Le toucher à distance. Tout cela finit mal. peuvent se transmettre. la prémonition rencontre la réalisation technique. . de la capture d'empreinte. car le baron assassiné mourra autant de fois que ses doubles délocalisés. Apollinaire décrit l'étrange appareil qu'utilise le baron d'Ormesan : "De même que la voix peut se transporter d'un point à un autre très éloigné. sans qu'il soit nécessaire que rien relie l'ubiquiste aux corps qu'il projette" [8]. huit cent quarante fois mal. On peut noter l'inspiration organique de "l'idéoréalisme". d'une synthèse. l'informatique commencera à concrétiser ces pressentiments. Saint-Pol-Roux. pourquoi à la chambre noire ne succéderait pas une chambre blanche ?" Le cinéma s'emploiera "à capter le désir collectif et à en objectiver le motif" [12]. tout juste atteint. il pouvait retrouver sa maîtresse tous les mercredis à Paris alors qu'il se trouvait à Chicago. Dans le cadre du mouvement de la cybernétique. Grâce à son émetteur de présence. c'est l'anticipation sur le stade. La dénonciation des transgressions qui en résultent s'accompagne d'une piquante revue d'essais littéraires préfigurant l'actualité des télé-transports et de la Téléprésence. Ce qui est remarquable dans ces fictions.. Le baron avait disposé dans huit cent quarante grandes villes des récepteurs de présence (et particulièrement sur les façades des synagogues. Au XIXe siècle finissant. va se corporiser. Comme si l'horizon découvert autorisait tous les vagabondages visionnaires. il y aurait à domicile des soirées César. à notre table.le cinéma en est aux Ombres de Platon. non plus de l'apparence mais de la vie même. avec les premiers simulateurs numériques de pilotage d'avions. il doit sortir de la Caverne. pourquoi n'atteindrait-on pas l'apparition de son original.

] l'idée selon laquelle on pourrait imaginer non seulement le voyage par train ou par avion.. sa définition informationnelle. il ajoute que cette reconstitution totale d'un organisme vivant ne serait pas "plus radicale que celle subie effectivement par le papillon au cours de sa métamorphose" [21]. Affirmant que l'obstacle technique n'est que provisoire. Il s'agit là d'un tournant dans le projet de transfert de présence. n'est pas absurde en soi. effort) et n'envisagent pas le moins du monde de se lancer dans des projets de synthèse et de transport substantiel du vivant (aujourd'hui. de la forme plus que celle d'un fragment matériel . celles qu'empruntent les ingénieurs de la Téléprésence.. énergétique. cinquante ans auparavant. électricité) et des futurs réseaux informationnels. un Titien qui est à Madrid ne viennent pas encore se peindre sur le mur de notre chambre aussi fortement et trompeusement que nous y recevons une symphonie. l'un des principaux créateurs du mouvement de la cybernétique. et encore [22]. Avant de décrire et d'analyser la télé-diffusion de la musique et du son.et on l'expédie grâce à une transmission substantielle.que dispense en un lieu quelconque un objet ou un événement quelconque" [15]. multiples. paru aux États-Unis en 1950. il commence par abstraire la forme fondamentale du phénomène : "Sans doute ce ne seront d'abord que la reproduction et la transmission des œuvres qui se verront affectées. sur le terrain de la fiction littéraire mais sur celui de l'extrapolation socio-technique. de le transmettre et de le reconstituer à distance par une sorte de synthétiseur de présence. Norbert Wiener. L'idée maîtresse. propose une argumentation visant à établir la possibilité théorique de l'enregistrement et de la transmission du vivant. Ils œuvrent dans le champ de la synthèse de la présence perceptive (image. comme Apollinaire. Pressentant la continuité entre le développement des réseaux énergétiques (eau. son. Les majuscules élèvent l'intuition au rang de concept. Il demeure partiellement organisciste : on s'attache à la constitution d'une matière modélisée.chronologies ne sont pas descriptibles. Dans Cybernétique et société. Mais l'évocation de la synthèse informationnelle rapproche le projet de la logique numérique et même de la Réalité Virtuelle. On n'est jamais là et à l'instant où l'on croit. soutenu par une intelligence profonde du phénomène. [. On saura transporter ou reconstituer en tout lieu le système de sensations (italique ajouté par le rédacteur). de toute manière. Unité de lieu et de temps définissent la présence physique. L'idée générale est de remplacer un corps humain par son double informationnel. bien incapables). Mais les espaces-temps mentaux -ce à travers quoi on est physiquement présent. Paul Valéry ne se situe plus. rejoignant. bien entendu. La définition énergétique de la matière annonce sa définition informationnelle : "Nous ne sommes que les tourbillons d'un fleuve intarissable. Wiener ne décrit pas simplement le projet. après la musique [16]. eux. tactilité. -la comparaison avec la chrysalide atteste qu'il s'agit toujours de mutation organique. recèle une vision prémonitoire. ou doublée" [19]. si loin qu'elle doive être de sa réalisation" [20]. le système d'excitations. Observons que les voies imaginées par Wiener ne sont pas du tout. Cela se fera" [17]. et non une spéculation visionnaire.sont. mais aussi par télégraphe. Radicalisant encore son pressentiment. il s'interroge : "Je ne sais si jamais philosophe a rêvé d'une société pour la distribution de Réalité Sensible à domicile" [18]. conforme à l'esprit conquérant de la cybernétique. non-substance qui demeure. En cela. il désigne. repose sur une conception "immatérielle" du corps. mais modèles qui se perpétuent. On . car pour la première fois c'est une argumentation scientifique. Un tel projet se rapproche clairement de la synthèse numérique. "L'individualité du corps est celle de la flamme plus que celle de la pierre. le prochain milieu candidat à la télé-exportation : les images visuelles. -ou plus exactement. ce changement de registre mérite d'être souligné. La présence à distance : un concept charnière La présence est une notion à la fois évidente et floue. actuellement tout au moins. "Un soleil qui se couche sur la Pacifique. les mêmes marquages typographiques qui affectent la Réalité Virtuelle lorsque les ingénieurs américains des années soixante-dix la baptisèrent et signifièrent ainsi l'invention d'un nouveau milieu de "Réalité Sensible". La construction même du célèbre article. cette forme peut être transmise ou modifiée. La conquête de l'ubiquité. lui aussi anticipé la télévirtualité. qui est avancée. Indépendamment du degré de pertinence du propos. il indique comment il faut le réaliser.De Paul Valéry à Norbert Wiener Jean Brun aurait pu également solliciter Paul Valéry qui a. Leurs topo. gaz. ils en seraient.

nous rencontrerons certaines de ces directions même si nous privilégions plutôt les traits socio. toutefois. . de nouveaux mondes. par exemple).l'impossibilité. Mais le cybernéticien. . de la cause. le télé-déplacer. Or les réalisations actuelles démontrent que la virtualisation ne réplique pas des univers de référence. électrique. magnétique. à partir d'eux. elle invente. etc.à l'action à distance : la notion physique de champ de forces (gravitationnel.la production d'une représentation formelle de l'objet à déplacer pour qu'il puisse passer par le filtre d'un réseau numérique.techniques de la Téléprésence. surtout à l'état immobile.l'accroissement des caractères incarnés des représentants ainsi obtenus (ajout de l'image au son pour accéder à la visiophonie.dans cette tentative mimétique déjouée. relatives notamment : .. qui constituent aujourd'hui les deux cas d'emploi du terme "virtuel" [23].s'expatrie continuellement. mais poursuite du mouvement pour s'en approcher. moderne avant la lettre : image qui se donne comme telle appelant à être appréciée pour ses qualités sensibles et non pour sa signification).La Téléprésence. Nous envisageons les relations entre les phases . naissance d'un espace propice à la création de formes hybrides soumettant le double informationnel de l'objet source -rendu transportable. ensuite. tout comme ses prédécesseurs de l'avant-dernier siècle.) concrétise une projection.à la notion de marché. Ainsi exprime-t-elle sa puissance générative. une définition Wiener avait vu juste lorsqu'il préconisait de réaliser le doublage informationnel d'un corps pour. Il prévoyait ainsi l'interdépendance entre la simulation informatique et l'expansion des réseaux numériques. d'opération langagière ou de substitution maternelle grâce à un "objet transitionnel"). incarnée et imagée (tradition chrétienne en n'oubliant pas la position jésuite. Il s'agissait bien de reconstitution à l'identique. . à distance.au fétichisme : prendre la partie pour le tout est une forme de présence à distance opérant par mobilisation d'un objet partiel remplaçant la totalité (qu'il s'agisse de satisfaction sexuelle. ces quelques références devraient être complétées par de plus amples investigations. .. Pour élargir les fondements d'une archéologie de la Réalité Virtuelle.à l'espace langagier : mise en commun entre des sujets s'opérant toujours par le détour abstrait d'un tiers symbolisant. ajustement plus ou moins spontané des acteurs économiques sans qu'ils soient directement en contact. . et rendant de ce fait illusoire tout espoir d'une communication im-médiate. Dans notre enquête. passage à la troisième dimension dans Internet.à de nouvelles modalités cognitives et actives (comme le multifenêtrage. demeurait prisonnier d'une vision réaliste du doublage. . hybride entre la multiplicité des espaces d'un bureau réel et la bidimensionalité de l'écran ou encore l'usage du regard pour se déplacer dans les espaces de Réalité Virtuelle). B . de faire coïncider le représentant et l'original. -à la présence divine (vue comme présence à distance) dans ses différentes versions : prophétique et donc portée par le discours ou le texte (tradition juive). Notre investigation de la Téléprésence est fondée sur un mouvement en quatre temps qui explicite la notion de déplacement informationnel et caractérise ses phases : . Il s'agit donc de préciser et d'illustrer ces quatre opérations.

d'imitation et d'invention comme une manière d'analyser les réalisations et les projets en cours, de les soumettre à une même interrogation discriminante. Cette interrogation, relève, par ailleurs, d'une problématique beaucoup plus vaste, que nous ne ferons que suggérer, englobant le champ de la dynamique technique, comme mouvement de création en tant que telle : imitation, détournement, inflexion de la nature, par d'autres moyens que la nature, et donc création, de fait, d'un nouveau milieu naturel/artificiel [24]. Modéliser et transporter La première opération de la Téléprésence consiste à traduire numériquement les composantes appelées à être déplacées (voix, image, éventuellement efforts physiques) [25]. De même, les éléments de l'environnement sujets à interactions sont transcrits (espaces documentaires, lieux de travail comme dans la Bureautique virtuelle). Enfin, les interfaces spécifiques nécessaires sont installées pour animer ces univers (de la définition des zones sensibles dans l'écran aux organes de commandes gestuels tels que les souris et joysticks - jusqu'aux interfaces de Réalité Virtuelle comme les gants de données, casques d'immersion, etc.). Ce premier mouvement s'adosse à la simulation informatique qui affine sans cesse ses capacités à produire des modèles numériques fonctionnels des objets et systèmes qu'elle prend pour cible. Dans un deuxième temps, on transporte, via des réseaux adaptés, ces éléments modélisés. Une grande variété d'applications concrétise cette double opération qui, de l'enseignement à distance au télétravail en passant par le déplacement d'œuvres ou de musées et les facultés inédites de travail coopératif à distance, combine différents composants (textes et graphismes avec ou sans image de l'interlocuteur, réception des efforts physiques à distance, etc.). On ne fera pas ici la typologie de ces configurations, nous réservant par la suite d'approfondir certains exemples, en particulier dans le domaine de la Réalité Virtuelle, qui concentre le plus grand nombre de canaux perceptifs. Déplacement d'existence et déplacement de présence Simuler et déplacer, ces deux opérations recouvrent les deux cas d'emplois du terme "virtuel". Le premier, la modélisation numérique, désigne une variation d'existence. De la réalité de premier ordre, empirique, on passe à une réalité de deuxième ordre, construit selon les règles de la formalisation physico-mathématique. La deuxième acception du terme"virtuel" relève d'une variation de distance, et c'est là que prend place le transport par réseau. On parle d'entreprises, de casinos, ou de communautés virtuels pour désigner des institutions, ou des personnes, éloignées et qu'on ne peut atteindre qu'à travers le réseau. Et cet éloignement est le fruit de leur modélisation numérique préalable, condition pour qu'ils puissent se glisser dans les mailles du réseau. On entre en rapport effectif avec un ensemble de signes traduisant leur présence (textes, voix, images, etc.) dans une forme mue par des programmes informatiques. Cette animation automatique par programmes donne consistance à l'appellation "virtuel". Sinon, il s'agirait d'une simple télé-communication, comme avec le téléphone. (On peut parler, par exemple, de "casino virtuel" sur Internet parce qu'un modèle de casino fonctionne sur un serveur, à distance). Le "virtuel" de la simulation ne s'oppose pas au "virtuel" des réseaux, il le prépare. Ces accommodations numériques ne sont certes pas anodines et il ne faudrait pas laisser croire qu'elles se contentent de répliquer les phénomènes et les relations situés à leur source. Elles ne se limitent pas à filtrer la communication à distance. Elles sélectionnent, surtout, les matériaux qui se prêtent à une transmission (ainsi l'odorat, malgré les récentes recherches en cours, est couramment délaissé au profit de l'image plus valorisée culturellement et... facilement modélisable). La forme des entités déplacées, tels les "avatars virtuels", est strictement dépendante de ces sélections opérées. Tel "avatar" privilégiera la qualité graphique des costumes, un autre la qualité sonore, un autre encore la conformité photographique du visage. C'est dire si ces transpositions altèrent et redéfinissent les acteurs engagés ainsi que leurs relations.

C - Les interfaces : la commutation homme/univers virtuel Avec le développement des organes intuitifs de commande des ordinateurs, dans les années quatre-vingt, la notion d'interface a d'abord désigné les organes matériels de communication homme/machine (tels que le clavier, la souris ou les leviers de commande) ainsi que l'organisation dynamique des affichages à l'écran (multifenêtrages et menus déroulants). Dix ans plus tard, avec la vague du multimédia, la diffusion du CD-Rom et d'Internet, une autre signification s'y est adjointe, dès lors qu'il devenait possible d'activer directement les objets sur l'écran. La notion d'interface graphique est apparue, désignant à la fois les outils de navigation dans un programme multimédia ainsi que l'organisation logique de l'application, telle qu'elle apparaît sur l'écran. Nous réservant de reprendre plus avant cette dernière acception de la notion d'interface, nous centrerons, ici, notre analyse sur son versant externe, matérialisé par les équipements de commutation entre l'expression humaine et les univers virtuels, tels que : éditeurs partagés, affichage vidéo, visio et audio-casques, gants capteurs, costumes de données, senseurs, exo-squelettes, systèmes à retour d'efforts ou leviers de commandes multiusages. Espaces de travail partagés Le travail de groupe sur les mêmes sources numériques (architecture, dessin industriel, etc.) a rendu nécessaire la mise au point d' « éditeurs partagés » assurant la collectivisation de toute modification individuelle apportée au projet, ceci afin d'échapper à l'imbroglio résultant de la circulation simultanée (par disquette ou courrier électronique) de plusieurs versions d'un même travail. Manipuler des objets communs est une chose, échanger à propos de cette activité en est une autre. Comme l'explique Michel Beaudoin-Lafon, directeur du Laboratoire de Recherche Informatique à l'Université Paris-Sud : "En effet, le processus de production de l'objet est aussi important que le résultat de ce processus, particulièrement dans les tâches à couplage fort (nécessitant une très forte interaction entre les participants, comme dans le brainstorming). Par exemple, lorsque l'on fait un croquis pour expliquer une idée, on fait constamment référence à cette figure par des gestes. Il faut donc donner les moyens à chacun de percevoir les actions des autres et pas seulement le résultat de ces actions" [26]. Plusieurs systèmes prennent en compte cette dernière faculté en affichant sur les documents, les positions des pointeurs activés par les participants ou encore en délimitant, par des dégradés de couleurs, les zones que chacun affiche sur son écran, de telle manière que chacun puisse voir ce que regardent les autres. Le partage, à distance, d'espace de travail est aussi l'objectif visé par le système ClearBoard [27]. L'image vidéo de l'interlocuteur est superposée à la surface de travail sur l'écran de l'ordinateur, si bien que les deux personnes ont l'impression de travailler à modifier un plan, par exemple, en étant situées de part et d'autre d'une vitre transparente sur laquelle s'affiche ce plan. L'espace de travail se confond alors avec l'espace de communication. C'est l'une des concrétisations de la notion de mediaspace, espace commun de travail à distance sur des ressources multimédia, mobilisant principalement ordinateur, caméra vidéo et microphone, prolongeant des équipements habituels (courrier interne, téléphone, messagerie, etc.). Ces recherches ont mis en lumière la nécessité de respecter les échelles de disponibilité de chacun des participants à un médiaspace, en particulier lorsque tous partagent des locaux contigus (laboratoire, ensemble de bureaux d'un service, etc.). Dans ces conditions, autant les espaces communs (cafétéria, bibliothèque) sont toujours accessibles, autant les postes de travail personnels peuvent alors être protégés d'une incursion intempestive par de subtiles procédures qui vont de l'affichage d'une porte sur l'écran (ouverte, entrouverte -il faut alors frapper- ou fermée) au "coup d'œil" lancé vers l'écran d'un collègue pour le saluer brièvement ou vérifier qu'il est disponible. D'autres codes sociaux gouvernant l'établissement d'un contact, telle la graduation de l'approche permettant progressivement l'installation de la relation, se révèlent plus difficile à reproduire. Avec les écrans, les transitions sont difficiles à ménager : l'image apparaît soudainement. Des propositions sont à l'étude pour y remédier.

En tout état de cause, on peut déjà observer que le doublage des relations de proximité ordinaire par des dispositifs techniques, tout en tenant compte des contraintes sociales locales, les modifie en instaurant un double système de relation. Ces systèmes imprégnés des contraintes dues à la séparation physique, inventent de nouvelles mises en forme des espaces de travail ; c'est cela qui les distingue d'une simple télétransmission et qui rend indispensable une modélisation préalable du fonctionnement des interfaces élaborées. On retiendra, de plus, que les mediaspaces -a priori conçus pour donner la sensation d'un espace commun entre des équipes éloignées- sont aussi expérimentés dans des institutions à localisation unique. Réalité augmentée, réalité ajoutée, doublage virtuel des interfaces Toute invention d'interface est un nouveau circuit reliant réalité de premier ordre et réalité modélisée. Les exemples qui suivent indiquent différentes voies par lesquelles la commutation réel/virtuel s'établit. On ne saurait trop souligner l'importance de l'une de ces directions : l'alliage de l'objet matériel et de sa modélisation virtuelle. Le projet Karma, développé par une équipe de l'Université de Columbia (New-York) permet d'ajouter à la vision ordinaire d'un équipement, une vue synthétique tridimensionnelle permettant de faire fonctionner celui-ci. L'imprimante tombe-t-elle en panne ? Il suffit de mettre une paire de lunettes, forme simplifiée d'un casque de vision de Réalité Virtuelle. Le squelette fonctionnel apparaît. Il ne reste plus qu'à manœuvrer les boutons, leviers et autres manettes virtuelles permettant d'ouvrir un capot, faire glisser un tiroir, activer un mécanisme et en observer les conséquences ; le tout en simulation, bien entendu [28]. Ainsi, la Réalité Virtuelle surimpose à la vision ordinaire de l'objet une vue chirurgicale fonctionnelle, autorisant la manipulation simulée de l'objet. Les interfaces matérielles (organes de commandes de l'appareil) ont ainsi été doublés par leurs équivalents virtuels. Dans le même registre, d'autres recherches ont pour objectif la disparition du support d'affichage lui-même : plus d'écran à regarder ni de lunettes à porter. Dans la filiale européenne du P.A.R.C. de Xerox, installée à Cambridge (Grande-Bretagne), P. Wellner dirige un projet nommé Digital Desk qui élimine les interfaces habituelles (clavier, souris, etc.). Sur le bureau s'affichent directement les données issues d'un projecteur numérique en surplomb relié à un système élaboré de vision artificielle capable d'interpréter certains gestes et de reconnaître des données montrées du doigt sur le bureau, par exemple. Les activités médicales constituent aussi un important champ d'expérimentation pour ces interfaces plus naturelles. Ainsi, un institut allemand a conçu une table de consultation destinée à l'initiation à l'anatomie [29]. Plusieurs étudiants, équipés de lunettes à cristaux liquides, peuvent observer l'un d'entre eux, disposant d'un "gant de données", manipuler une image tridimensionnelle d'un corps humain projeté sur la table lumineuse. Squelette, système circulatoire, respiratoire, etc. peuvent être, tour à tour et simultanément, visionnés ou auscultés. Ici, l'écran individuel a été remplacé par un équipement permettant de collectiviser l'apprentissage. Réalité animée Les "réalités prolongées" assouplissent des objets qu'on plie selon nos quatre volontés, c'est-à-dire incorporent certaines dimensions subjectives humaines dans leur mode de manipulation. Dépositaires d'une réactivité, d'un réglage comportemental, ils s'ajustent à nos comportements et s'auto-définissent dans un rapport adaptatif. Les recherches sur les smart rooms et smart clothes élargissent ainsi la notion d'objets interactifs. Citons Alex Pentand, l'un des responsables de ce programme de recherche au Medialab du M.I.T. à Boston : "It is now possible to track people's motion, identify them by facial appareance, and recognize their actions in real time using only modest computational resources. By using this perceptual information we have been able to build smart rooms and smart clothes that have the potential to recognize people, understand their speech, allow them to control computer displays without wires or keyboards, communicate by sign language, and warn them they are about to make mistake" [30]. Au-delà de l'usage d'ordinateurs, de vastes perspectives sont ouvertes pour élaborer des objets sensibles, cartes de crédit qui reconnaissent leur propriétaire, sièges qui s'ajustent pour nous garder éveillés et à l'aise, chaussures qui savent où elles se trouvent. Transformer les objets qui nous entourent en assistants personnels, tel est l'objectif poursuivi.

il faut ". dessin industriel. etc. dont nous utilisons des versions simplifiées sur Internet.C'est ce même objectif que visent les "robots chercheurs". Par exemple. Dans cette approche. les articles qu'il écrit. par immersion virtuelle. Eric Hulten. Ces méthodes. avant eux. Comme l'explique Bertrand Duplat. au voisinage de cette navette visualisent ces écoulements aérodynamiques sous la forme d'êtres mathématiques répartis dans l'espace. La mise au point de tels agents "intelligents". l'Institut Français du Pétrole utilise une interface de navigation permettant de circuler dans une base de données scientifiques tridimensionnelle. Ils pourraient en apprendre encore plus dans notre courrier électronique" [31]. dans la transposition virtuelle de la navette spatiale réalisée par la NASA. de mieux comprendre le fonctionnement de systèmes complexes tels que la modélisation moléculaire (utilisé chez Glaxo) ou l'analyse de données financières. Il s'agit de fournir à des agents autonomes certaines compétences limitées leur permettant de conduire une activité de manière autonome.. Ajoutons "de compétence". donnent forme à des mixages de représentation réalistes et d'espaces cognitifs. une fois définies les conditions initiales et l'objectif souhaité. depuis plusieurs années.. au centre des activités de l'Advanced Technology Group d'Apple visant à enrichir les interfaces graphiques -basées sur le multifenêtrage et les menus déroulants. On installe une scénographie et un jeu d'acteurs qui. enchaînent eux-mêmes les actions nécessaires pour résoudre le problème. outils de vigilance ou de décision pour les contrôleurs aériens. ce qui est impossible avec tout autre moyen. l'association de ces conduites pouvant aboutir à résoudre des problèmes (comme le jeu du pousse-pousse ou le Rubix's cube). .. etc. en particulier. affichées dans un espace tridimensionnel. L'objectif est de maîtriser des systèmes d'informations complexes et de grande dimension (supervision de processus industriel.popularisés par le bureau du Macintosh. Le maître mot est celui de délégation. La mise au point de ce type d'outil peut ainsi faciliter l'analyse de systèmes à plusieurs paramètres. responsable du Human Interface Group dans ce laboratoire d'Apple. On demande. L'interaction avec un modèle virtuel abstrait permet. Connaissant les centres d'intérêt du demandeur.).). débris. nombre de techniques d'inscription (dessins d'architecture. celui-ci parcourra un ensemble de banques de données. plus que le recours systématique à l'immersion. etc. toute une symbolique spécifique s'élabore pour amplifier la portée cognitive des systèmes conçus. est. qui garantira le développement de ces nouvelles interfaces et donc des applications professionnelles de cette technologie" [32]. Car c'est la simplicité d'utilisation.inventer des métaphores intuitives qui permettent une utilisation pragmatique de la réalité virtuelle.. Autre exemple. par exemple. de l'air autour de la navette spatiale. Ces recherches sont à rapprocher de celles entreprises dans un autre cadre : l'intelligence artificielle distribuée. sont utilisées. point n'est besoin d'un programme de résolution global. nos ressources et dépenses. Il faut pour cela que des programmes puissent avoir accès à nos habitudes et soient en mesure d'acquérir des informations sur nos centres d'intérêt sans que nous soyons obligés de leur faire subir un fastidieux apprentissage sur le modèle des systèmes experts actuels. notre agenda. consultera les "abstracts" et autres listes de mots-clés dans les bases de données qu'il jugera les plus appropriées. radicalisant ainsi ce qu'ont préparé. dites de programmation multi-agents. loin d'imiter la réalité empirique. afin de doter des programmes de capacités à reconnaître et à interpréter les actions de l'opérateur dans le balayage de banques d'informations. dans le domaine documentaire. la nature de ses requêtes récentes. nos ordinateurs savent déjà bien des choses sur nous : leurs disques durs contiennent les coordonnées de nos interlocuteurs. directeur de Virtools. explique : "De fait.) [33]. en effet. invisible. Ces outils symboliques. Les ingénieurs qui circulent. pour modéliser l'évolution d'une situation aussi complexe que la vie d'une fourmilière ou étudier la dynamique d'évolution de robots adaptatifs dont la morphologie évoluera en rapport avec l'accomplissement plus ou moins réussi de certaines tâches comme la recherche dans leur environnement et le transport de certains matériaux (minerai. Symbolique amplifiée Parallèlement aux dimensions strictement fonctionnelles. à un programme de traiter une requête telle que : "Trouvez-moi les trois livres les plus intéressants sur les nouveaux projets d'interfaces". des flèches stylisées viennent figurer l'écoulement.

pour sa part. Par exemple. Équipée de haut-parleurs. Recherches spécialisées. chaise conçue pour les jeux vidéos. évidemment. dans les jeux guerriers. laquelle se concrétisera selon des trames encore mal dessinées. il propage les efforts selon les conditions de vol et le type d'avion utilisé et. Avec la Réalité Virtuelle. Nous savons bien que les voies qui conduisent une innovation de laboratoire à un usage étendu sont impénétrables. Et en décembre 1998. commercialise depuis décembre 1997. provoque un recul variable selon qu'on actionne une arme à répétition ou un canon. l'un des principaux vecteurs de diffusion de l'augmentation sensorielle. un tout autre volet se découvre. avec des lunettes spéciales en guise d'écran d'affichage. des espaces de très grande dimension (hall d'exposition d'aéroport. il y a peu encore. Microsoft. le dispositif SideWinder -manche à balai rétroactif contrôlé par repérage de position optique et muni de deux moteurs.ils ont imaginé un tapis roulant. rien de tout cela n'est vraiment immatériel. récréant à quelques centimètres des yeux l'impression d'une écran de plus de plus d'un mètre de large.). Dès 1998. dans un laboratoire de taille modeste. semblent pouvoir se répandre dans les foyers. muni d'un guidon enregistrant les inflexions directionnelles. etc. Une partie majeure du savoir-faire des ingénieurs s'investit dans l'invention et la mise au point d'interfaces destinées à assurer la conjonction entre les univers virtuels et notre corps. IBM présentait un micro-ordinateur portable (moins de trois cents grammes) contrôlable à la voix. par exemple. c'est le type de matérialité qui se modifie : miniaturisation. Dans la même perspective générale. mais orientation généralisable Nous avons décrit et commenté des recherches avancées qui donnent le sentiment. les systèmes de Réalité Virtuelle qui jusqu'à présent demeuraient l'apanage de laboratoires scientifiques ou de lourds équipements de jeux d'arcades. par exemple) ainsi qu'une spectaculaire baisse des prix [35] laissent entrevoir l'ouverture des marchés grands publics. c'est la direction générale prise vers le prolongement virtuel des objets quotidiens d'une part et la multi-sensorialité de l'autre. Les jeux vidéos sont. approche de certaines limites physiques des composants.qui vibre si l'on roule sur une chaussée déformée et oppose une résistance croissante dans les virages si la vitesse augmente.permet de visiter. une société américaine mettait sur le marché The Intensor Tactile Chair.) ce qui nous semble pouvoir être retenu. elle réagit aux différentes phases du jeu grâce à ses vibreurs disposés dans le dos et sous le siège. En fait. D . pour les courses d'automobile. Elle indique une direction générale. fluidité de l'imagerie informatique. En simulation de vol. situé à deux mètres de distance . flux opto-électro-magnétique.Le retour du corps On a souvent mis l'accent sur le versant "immatériel" des technologies du virtuel. un hall d'hôtel. vitesse de commutation des états (avec le méga-hertz comme unité). Déjà en Novembre 1998. Au delà de la maturation et de la sélection des systèmes qu'assure le champ des jeux vidéos ainsi que l'expansion des technologies mobiles (téléphonie évoluée. Nous en voulons pour preuve. l'image est paraît-il de grande qualité et l'impression saisissante [36]. Ils auraient pu se contenter d'un levier manuel de commande. justifié. qu'il s'agit de prototypes nullement stabilisés sur le plan technique et dont la large diffusion est loin d'être garantie. le constructeur américain ACT Labs propose un volant sensible qui transmet les moindres cahots du bolide engagé dans l'épreuve. Sony annonçait la mise sur le marché de Glasstron. mais auraient alors perdu la di- . Ainsi. Cette solution -la "patinette immobile". capteur du déplacement longitudinal.Mais ici la fonction représentative est augmentée d'une mission directement opérationnelle. d'interfaces de " retour d'effort" qui étaient. postes légers de connexion à Internet. Mais notre recension n'a pas un objectif prospectif. Chaque projet d'envergure se doit d'inventer l'équipement de commutation approprié. Des améliorations techniques notables (suppression des retards d'affichage des images lors des mouvements brusques. lorsque les chercheurs de l'Université de Caroline du Nord ont réalisé leur prototype de visite virtuelle d'un vaste espace architectural -en l'occurrence. la mise sur le marché des jeux vidéos. l'apanage de laboratoires ou de professionnels spécialisés [34]. etc. écran visuel portatif connecté à un DVD. La liste est longue des trouvailles et autres ingénieux dispositifs qui assurent ces fonctions [37].

avec sa main. efforts physiques. Tenir son œil au bout de sa main. Le geste et le sens [40] Claude Cadoz. signalons que des logiciels de simulation permettant l'exploration sensible de la résistance d'objets tridimensionnels grâce à la souris sont déjà expérimentés. Le souffle. Bien que ne relevant pas directement de la Réalité Virtuelle. On doit ici faire mention d'une tendance des recherches actuelles visant à diminuer la lourdeur de ces interfaces : caméras analysant la position tridimensionnelle des mains. exploitent les mêmes directions : saisir avec l'œil (tir des pilotes de chasse) ou commander à la voix. etc. Les déplacements manuels provoquent le calcul d'images affichées sur un grand écran. dans le même mouvement. décalé d'une bouteille "de patience" de la tradition hongroise (exposée à coté). un capteur qui explore un univers virtuel. indiquant ainsi qu'un vaste mouvement d'échange et de combinaison des perceptions est aujourd'hui en cours. dispositifs déterminant la direction du regard. D'où la vitalité des recherches en matière d'interfaces. lasers inscrivant directement l'image sur la pupille. tel est le collage perceptif que nous propose l'artiste. images. comme le dit Edmond Couchot. l'adaptation ou le détournement de telles interfaces. Avec La plume et le pissenlit d'Edmond Couchot et Michel Bret [39. etc. plus cette commutation occupera le centre de la scène virtuelle. La mise en correspondance généralisée avec les environnements simulés par la Réalité Virtuelle souligne l'importance des équipements de connexion. L'intelligence sensible de nombre d'artistes s'investit ainsi dans la création de situations propices à induire une suspension du temps ou un trouble dans la situation spatiale. caméras alimentant des réseaux neuronaux pour reconnaître la disposition des mains devant un écran. Même s'ils s'allègent. à titre d'exemple. Équipés de systèmes à retour d'effort. hybridant nos sens aux expériences virtuelles.mension corporelle déambulatoire. C'est bien notre corps. On aura compris qu'il s'agit de souffler sur un capteur pour détacher les fleurs du pissenlit ou faire s'envoler la plume. c'est la prise d'information directe sur le flux perceptif : capteurs bio-électriques destinés à enregistrer la contraction des muscles et à en déduire les trajectoires gestuelles. L'extrême malléabilité des productions simulées (sons. ces appareillages ne pourront s'effacer totalement. considéré comme sujet de la perception. devient l'interface d'effeuillage de l'image numérique.] le souffle. le canal gestuel possède aussi . on ne peut plus visibles et palpables. rappelle les trois fonctions principales du canal gestuel [41]. car ils organisent la commutation de nos actions perceptives avec les mondes virtuels. sous l'impulsion de leur traduction numérique. recherches qui. dans une très intéressante étude sur la place des sensations physiques dans la communication avec l'ordinateur. métaphore de la vie corporelle s'il en est. un globe oculaire dans un globe en Plexiglas vide et transparent. indispensable à la restitution des sensations éprouvées lors d'une visite d'un bâtiment. inventent des modalités inédites de fréquentation d'univers virtuels. Il n'est pas étonnant que les investigations artistiques de l'univers de la Réalité Virtuelle. qui revient au centre de ces recherches. Outre une mission sémiotique évidente (le geste accompagnant la parole afin de situer la nature du propos). grâce aux interfaces conçues. Citons. la souris restitue les sensations de résistances lors de l'auscultation d'objets modélisés apparaissant à l'écran. Ce qui retient l'attention.) exige des interfaces matérielles. Ces interventions ont souvent en commun d'échanger ou de combiner. dans la communication dite "multi-modale". Le globe est. Des applications à caractère fonctionnel. mouvement. Plus on souhaitera affirmer le réalisme des interactions avec ces mondes (et ceci est une logique majeure). enregistrement des mouvements oculaires. les activités perceptives. perception tactile. en fait. qui retombe conformément aux lois de la résistance de l'air. l'installation Handsight d'Agnes Hegedüs [38]. privilégient l'invention. Le visiteur introduit. "implique le corps de manière discrète mais très profonde".

satisfaction d'un désir. Le primat du contemplatif. la jonction entre l'univers informationnel et l'univers énergétique/mécanique. travail en grec) tient à ce que le rapport à notre environnement n'est pas exclusivement informationnel. aide pour surmonter une épreuve. Nouvel âge des représentations. Il est vrai que le toucher. comme la danse.Graduations de présence Mobilisant nécessairement des interfaces. notamment lorsqu'elles revêtent un caractère collectif. -si l'on appelle ainsi une image chaînée avec des actes. etc. à son modèle) et la sauvegarde d'une réalité tenue en retrait. son objet. L'image actée. Elle permet d'apprécier des qualités telles que la température. La dimension "ergotique" (de "ergon". elle renoue avec l'interventionnisme de l'image.des fonctions épistémiques et "ergotiques". La fonction épistémique prend en charge la "perception tactiloproprio-kinesthésique".et des procédures abstraites (comme le simple adressage automatique par liste de diffusion sur Internet. aussi simplifiées soient-elles.constitue un compromis ingénieux entre l'accès direct à l'objet (en fait. relativisant ainsi la coupure que la cybernétique des années cinquante avait établie entre énergie et information. d'altération de l'objet. les mouvements d'un corps. aussi. "Il existe des situations communicationnelles où la dépense d'énergie est nécessaire" [43] comme la communication musicale. Internet. dans les réseaux actuels -téléphone. La spécificité du canal tactile est de modifier l'état de la source qui le stimule. les transpositions virtuelles échouent à rendre compte pleinement de la simplicité des interactions ordinaires.la transmission plus ou moins dégradée des vecteurs de communication (comme la représentation des intervenants par un "avatar" schématique). Si l'on serre un gobelet en plastique.aux figures plus expressives promises par la Réalité Virtuelle en réseau [44]). Celles-ci étagent des niveaux de présence selon deux lignes non exclusives : . E . de ce que la vue est une présence à distance qui respecte. Télétel. souffre de connotations négatives qui mêlent les interdits sexuels à cette dimension. stade magique des temps anciens (non totalement révolus). la fonction ergotique du geste ne peut être séparée de sa fonction sémiotique. L'impossibilité d'imiter les relations ordinaires des humains entre eux et avec leur environnement matériel s'allie avec ces procédures abstraites pour donner forme à de nouveaux milieux où la présence ne se conjugue plus au singulier mais selon des graduations. encore assez dégradée. de manière emblématique. en revanche. de retour d'effort du virtuel vers le réel [42] illustrent notamment ce mouvement. comme le geste. Les notions d'interaction. dans certaines activités. Elles découvrent. jusqu'à l'affichage de la cartographie des échanges entre plusieurs participants). rappelle Claude Cadoz. De même. avec l'invention d'indicateurs abstraits de présence. la texture. Que sont ces indicateurs ? Il est bien connu que toute communication à distance nécessite des marqueurs spécifiques qui suppléent aux incertitudes nées de l'absence de contacts directs. . de la présence à distance non interventionniste. il est aussi énergétique. On semble ici aux antipodes d'une réflexion sur le statut des images si tant est que ce qui caractérise notre relation aux images optiques (aussi bien qu'à celles qui sont faites à la main). au détriment du contact physique va de pair avec un certain puritanisme qui n'est plus de mise. c'est précisément l'intégrité dont elles bénéficient lors de tout acte contemplatif. on le déforme.une direction intensive. la forme.une direction extensive (d'une présence. . peut être encore plus fondamentale. L'écriture mobilise ses codes graphi- . par définition. de nouveaux modes de relation combinant : . La Réalité Virtuelle assure. L'iconophilie contemporaine se soutiendrait donc. où l'image est une médiation active dans l'accomplissement d'un acte : vengeance.

etc. le phénomène le plus radical est encore d'un autre ordre : c'est la combinaison des deux lignes extensives et intensives. Des programmes particuliers peuvent transformer les sousespaces pour amplifier. L'objectif est de reconstituer un espace de travail commun pour des acteurs humains éloignés.ques et sémantiques pour diminuer la flottaison du sens (mise en page. ou plus exactement mentaux. à utiliser un microphone pour amplifier la voix. Par comparaison avec le monde réel. À ce moment. en coopération. par exemple. mélanges de présences physiques et de traitements abstraits. Car il ne s'agit plus de restitution mais d'invention de marqueurs abstraits d'interaction (signes graphiques.C. Fahlen. et c'est cela qui est novateur. sur l'environnement. On le sait. met à profit l'ingénierie numérique pour intensifier la présence (capteurs corporels. tel un faisceau lumineux. . Internet) sont encore faiblement incarnés. Ces derniers sont dotés de propriétés qualifiant leurs modalités d'interactions avec les usagers. Cela peut être une projection de qualité ou de propriété comme la présence. par exemple. La Téléprésence. développé au S. quant à elle. L'exemple du projet DIVE aidera à les situer. dira-t-on dans le vocabulaire de DIVE. Or. l'identité ou l'activité. DIVE gère leur signalisation respective dans l'espace sous la forme d<<'avatars>> (dans la version actuelle.. C'est ce genre de rapports que les concepteurs de DIVE tentent de matérialiser dans l'espace commun. Elle vise plutôt à montrer en quoi ce travail est exemplaire. le fonctionnement -complexe. est un système multi-utilisateur de télévirtualité qui expérimente des mécanismes d'interaction pour des tâches effectuées. en Suède.I. Mais DIVE organise aussi les interactions entre des acteurs humains et des objets (livres. et entre eux.) se fondent dans un décor vague. nimbus rayonne du <<je ne sais quoi>> qui émane de la star de cinéma -ce qui fait que chacun s'arrête et que tous portent attention sur elle" [47]. Il vise aussi bien à reconstituer un cadre de travail de bureau (muni des outils bureautiques) qu'un laboratoire de recherche. DIVE ou l'invention de marqueurs relationnels abstraits Le projet DIVE (Distributed Interactive Virtual Environment). l'un des responsable du projet : "Nous proposons un modèle d'interaction qui utilise la proximité dans l'espace. Le focus est le centre d'attention qui agit comme sélecteur d'informations. Ainsi que le déclare. qui gouvernent nos rapports à un environnement matériel et humain. ou d'horizon de recherche. Par exemple. Nous pensons qu'un système qui correspond aux métaphores naturelles du monde réel sera facile et naturel à utiliser" [46].. accrochées aux "avatars"). Les concepteurs parlent à la fois "d'ensemble de mécanismes fortuits" et de "conventions sociales classiques qui relèvent du <<monde réel>>". Ils explicitent des mouvements abstraits. ils apparaissent avec des corps schématisés surmontés d'une vignette photographique affichant leur visage). l'aura est un sous-espace lié à l'objet qui augmente le potentiel d'interaction entre objets. monter sur une estrade pour se rendre plus facilement visible. qui gouvernent DIVE restituent nos habitudes de fréquentation d'univers sociotopologiques. dans le détail. la position et l'orientation comme des mécanismes de traitement de l'information. de couleur différentes. Mais la tendance à l'augmentation s'affirme nettement [45]. Les concepts.). assez abstraits. sources audiovisuelles). Les autres dossiers dispersés. Des concepts-clés ont été forgés. La communication téléphonique majore les caractères formels de l'échange et use abondamment de la redondance. Notre ambition n'est pas de décrire. Ces opérations rapportées au monde réel consisteraient. Par exemple. livres. s'adresser à quelqu'un nécessite d'intercepter son champ visuel -augmenter le potentiel d'interaction avec cette personne. retour d'effort) en inventant de nouveaux marqueurs. les réseaux actuels (Télétel. équipés de systèmes de Réalité Virtuelle. Lorsque nous recherchons un dossier dans un bureau.S. documents. Ainsi en est-il de la notion de "centre d'intérêt". aboutissant à la création d'hybrides. protubérances visuelles. atténuer ou étendre certains champs. respect plus strict de la grammaire. ordinateur. pouvant être affiché par programmes informatiques. Le nimbus est "le lieu où un objet met à la disposition des autres objets un aspect de lui-même. c'est l'image de ce dossier que nous projetons. par des acteurs éloignés.de cet espace coopératif de travail. jouiront en revanche d'un cœfficient de présence plus soutenu. Lennart E. les autres objets (chaise.

. Les relations d'usages. Mais elle les exprime à travers des jeux scénographiques agençant les propriétés modélisées des différents acteurs (objets et humains). mais qui offrent l'énorme avantage de se prêter au calcul par programme et de se surajouter ainsi à la perception spontanée. Comment traduire un désir d'en savoir plus. substituts. plus l'affinité est importante. Encore moins peut-on espérer restituer ce qui est le plus mobile et fugitif. ni une copie dégradée. une habitude d'usage ? Un passionnant champ de recherche s'ouvre aux "psychomécaniciens" des environnements communautaires afin de traduire la diversité de nos mouvements relationnels. Il se confirme. Peut-être leur faudra-t-il spécifier les formes matérielles de ces mouvements selon le degré d'opérationalité souhaité (travail. d'intérêts. car ici encore faute de reproduire on invente. représentants numériques. que pour faire coopérer des communautés à distance de manière régulière et fructueuse. et. on ne peut traduire à l'identique nos activités perceptives (vision. Cette couche abstraite traduit partiellement. pour ce faire d'inventer une générativité. C'est donc une dénomination plus respectueuse de la spécificité de ces représentants que le terme "avatar" (signifiant "copie dégradée") fréquemment employé. Nous regroupons ces créatures sous le vocable de spect-agent. à la source. On peut prédire un bel avenir à cette direction de recherche. qui. Une sorte de couche relationnelle est projetée sur la scène matérialisant graphiquement les interactions à l'œuvre. on ne saurait se limiter à convoyer des informations. On est donc conduit à densifier les fonctions de présence et à ne pas se contenter de les transporter. spectres.de ce monde virtuel possèdent un différentiel de présence qui traduit la nature et l'intensité des relations qui les unissent (ou les séparent). crée des outils formels pour une cartographie dynamique relationnelle. formation ou relation libre) bien qu'un strict partage entre ces postures soit difficile à imaginer. et ce. des désormais célèbres "émotikons" sur Internet au modelage expressif des "avatars" des communautés virtuelles (comme dans l'expérience HABITAT au Japon).). continue à interpréter et à ajuster les interactions à l'œuvre. mais une graduation d'existence. où il s'agit de doubler la vie réelle. à la résistance qu'oppose le réel à sa duplication mimétique. Le vocable spect-agent exprime l'alliance de la fluidité du spectre et du caractère actif du représentant lié à son origine humaine mais aussi aux automatismes qui l'animent (on a vu comment des "représentants" peuvent exprimer des fonctions abstraites de présence). nos états mentaux. de même que la fréquence des rapports sont concrétisées. Les spect-agents procèdent d'une co-construction. Plutôt que de s'y essayer. Ils ont finalement inventé un nouveau milieu d'interaction sociale dont il serait absurde d'imaginer qu'il traduise la souplesse des interactions ordinaires d'une communauté en co-présence mais qui. en tous cas. une envie. bien sûr. Les spect-agents L'ingénierie de simulation. il ne faut pas l'oublier.Plus les champs visuels sont interpénétrés. dont la caractéristique essentielle consiste à être animée. pour ensuite cartographier les interactions à l'œuvre. Restituer les dimensions affectives dans la communication à distance est un objectif partagé par de nombreuses recherches. On voit s'ébaucher une démarche visant à objectiver. Les acteurs -humains et non-humains. nécessairement rigides et peu malléables. pour une part. doubles. alors que d'ordinaire ces mouvements sont intégrés automatiquement dans notre perception spontanée de la situation. par un agent humain. synthétique (mue par les programmes informatiques) et humaine (alimentée par l'activité immédiate d'un sujet). préhension. Ce néologisme désigne ce qui n'est ni un double. à imager métaphoriquement des mouvements subjectifs latents. Telles sont bien les limites et la portée de la Réalité Virtuelle. grâce à des traitements par programmes. On peut tirer quelques enseignements à caractère plus général de ce projet. En effet. dans sa quête de densification des relations à distance fait naître une génération d'avatars. les créateurs de DIVE ont défini des instruments. Les concepteurs auraient pu se contenter de dupliquer les conditions du travail coopératif. Cela exige de prendre en compte les dimensions psychosociales des relations de travail [48]. etc. due. en revanche. en imaginant une ingénierie infographique socio-topologique. une aversion.des investissements psychologiques habituels.

F . [51] sur Internet. scènes.Simulation. Enfin. qui naissent dans.O. les troisièmes types de composants pour la synthèse en milieu virtuel sont les dimensions affectives. Les deuxièmes sont constitués par des interactions ouvrant à ce qu'on pourrait appeler une perception synthétique. par exemple).A. vision qui se poursuit en action comme dans le tir par viseur tête haute où repérer la cible sur la visière virtuelle permet de déclencher le tir par la voix). dans des projets tels que DIVE. de la communication à distance. D'une manière générale.). La ductilité du milieu virtuel permet ces agencements qui allient plusieurs composants. objets.. par exemple) mais ajoute la plasticité de la sphère non-humaine (modifications de l'environnement. comme toutes les associations humaines. de manière simplifiée. les game designers ne jurent plus que par l'autonomie comportementale des acteurs virtuels injectés dans la scène.R. la modélisation scientifique). des émotions. disposition affective comme les Kansei d'HABITAT [52]). etc.des actions humaines (comme le ferait la visioconférence. etc. on retrouve très nettement les trois mouvements constitutifs de la dynamique inventive : la tentative d'imitation. gestes.L. L'un des objectifs consiste même à inverser le processus afin de faire apprendre à l'agent de nouvelles tâches en observant les gestes d'un instructeur humain. ces agents commencent à être déclinés. Le joueur les rencontrera et il devra comprendre. pragmatiquement. expérience à distance sur les mêmes objets. par exemple) et leurs spécificités comportementales (serviabilité. et gagner. invention de marqueur des qualités des rapports entre les acteurs et avec les objets). une représentation formelle du monde pose tout simplement la question de son caractère prétendument illusoire. Celle-ci associe librement les vecteurs perceptifs et effectifs de l'action humaine (déplacement par le regard. promettent de renouveler les relations entre apprenants et systèmes informatiques. actuellement. Aucun esprit occidental ne confond le portrait photographique d'une personne avec cette personne elle-même. avec les moyens actuels de l'ingénierie numérique. Capables de répondre aux questions de l'élève. De même. Un ingrédient original -des oxymores spectagents. ces agents incarnent -au sens propre du terme. Les premiers types de composants sont des formes (agents humains. la restitution formelle et empirique (imitation de l'apparence tridimensionnelle et simulation comportementale d'objet) avec la construction inédite d'un milieu cognitif et relationnel objectivé (inscription graphique des relations. leurs caractères (recherche d'affection. La communication médiatisée par des spect-agents transcrits -de manière souvent encore assez frustes. environnements. Signalons que dans le domaine des jeux vidéos.)..vient donc s'ajouter à la scénographie.) . la C. et par.). ainsi que des comportements à vocation imitatifs ou prédictifs (la simulation réaliste. De même.Ainsi. ni n'envisage d'adresser la parole à un acteur sur . sur plate-forme locale. restitution et illusion Produire. cognitives. diagnostic et intervention médicale. de percevoir et de réagir aux comportements non-verbaux de l'élève (expressions du visage. les premières réalisations de séquences de formation mobilisant des "enseignants virtuels" dits "intelligents". pour être accessibles à distance. (intervention par "avatars" interposés). possédant une "intelligence" du domaine (dépannage d'un dispositif. les communautés virtuelles ainsi réunies sont. dispositifs) analogues à notre niveau de réalité.M. Conçus en Réalité Virtuelle. L'intelligence des dimensions socio-affectives deviendra alors un enjeu essentiel pour participer au jeu. ceci pour s'en faire des alliés. le milieu virtuel. objets et dispositifs simulés de l'autre. attitudes. On pourrait parler de greffes mêlant des génotypes différents. l'impossibilité intrinsèque d'un tel projet de duplication à l'identique et en dernier lieu. par exemple. apprentissage d'une langue. dans une perspective d'apprentissage. via Internet [53]. etc. Ces applications et recherches combinent. HABITAT au Japon [49] ou "Deuxième monde" en France [50].. "l'enseignant virtuel" devient un véritable tuteur personnalisé. Créatures anthropomorphes.des formateurs présents dans la scène et médiatisent les démarches cognitives. etc. matérialisant ainsi certains états mentaux (intention. toujours disponible. des assemblées d'agents humains et non humains (objets. et plus généralement dans les récents travaux utilisant le langage V.agressivité. déjà complexe. s'agira-t-il de permettre à "l'enseignant virtuel". relationnelles entre spect-agents d'une part. l'ouverture d'un espace de possibles dynamisé par la confrontation avec ces obstacles rédhibitoires.

le deuil de l'invisible source . (La suppression de cette impossibilité est précisément la trame du chef-d'œuvre de Woody Allen. ses évaluations intermédiaires. subrepticement. la projetterait hors du cycle vivant et de l'altération qui en résulte. Croit-on à l'automatisation intégrale d'une telle production ? (Et encore. indiciel. et aussi. d'interroger le choix du dispositif. paradoxalement. de négliger les moments de dépossession. on est conduit à durcir la ligne qui sépare la simulation numérique de l'enregistrement indiciel. dont elle affiche des vues contrôlables. Mais ici nul automatisme à l'œuvre dans le dessin des formes. La rose pourpre du Caire). le choix des textures. de nos terreurs. et penser cette distance comme un écart non moins important avec notre niveau habituel de réalité. toute mise en forme langagière. sa fonction de témoignage -témoignage mental. des points de vues. par essence.l'écran dans une salle de cinéma. L'émergence du "virtuel" dans la culture visuelle contemporaine mêle deux évolutions simultanées. serait-elle automatisée. Pas plus d'automatisme dans les arrangements temporaires. simulation de modèles idéels rendus ainsi visibles) manifeste une rupture avec le stade "indiciel" propre à l'enregistrement. initié par le dessin perspectiviste et radicalisé par la photographie. production humaine. Le mouvement d'imitation exacte de la réalité. car ainsi le grand partage entre réel et virtuel devient possible. L'image de synthèse. Maîtrise ? Peut-être. Chantal de Gournay se demande : "Car si l'image (photographique. Le mode de production de l'image informatique. L'indicialité. Mais pourquoi décider de supprimer les moments d'évaluation humaine et de choix. telle qu'elle est. inhumaines ?). Comment peut-on imaginer une telle activité où s'abîmerait. de quoi peut-on faire le deuil avec une image de synthèse ?" [54] Le présupposé de cette question affirmative consiste à considérer qu'une image de synthèse serait. ce serait bien. moments omniprésents dans une telle élaboration ? S'il faut invoquer un deuil impossible. etc. l'imaginaire du réalisateur. L'image affaiblit son lien privilégié avec le passé. à notre appréhension. on fait. des logiciels. D'où viendrait ce statut d'exception de l'image informatique qui. ses hésitations.) et surtout tenir pour négligeable l'usage de procédures programmatiques [56]. avant même tout regard. le travail de programmation.pour devenir une forme de contact avec une néo-réalité numériquement modélisée. une extinction du référent ? Si on prend pour argent comptant la vocation substitutive du "virtuel". totalement réductible aux procédés logico-mathématiques qui la constituent. C'est ignorer le singulier commerce qu'entretiennent les réalisateurs d'image de synthèse avec leur production [55]. cinématographique) est ce miroir de l'invisible qui nous aide à faire le deuil de nos morts. et s'offrir. la réalisation éventuelle de maquettes en dur. Tout comme avec l'image enregistrée. les graduations de finitions possibles et la décision d'arrêt. Elle constitue alors une interface de manipulation d'objets virtuels. viennent s'inscrire. Par exemple. Il ne s'agit pas. Affirmer sa réussite est un acte de foi aussi arbitraire que commode. animer une forme par un programme. serait la seule modalité où les scories du réel. à l'abri de toute contagion référentielle. s'imprimer sur le support. etc. qu'il conviendrait de remonter la chaîne des investissements. de nos ethnocides ou de nos crimes contre la nature. ce qui échappe à toute formulation. de dissoudre la spécificité des images ainsi obtenues. et par là. Il faut à la fois établir la différence radicale de l'imagerie informatique interactive avec les techniques d'enregistrement. plus instrumental avec l'invention des techniques d'enregistrement. la sélection des éclairages. celui de la tentative de se passer d'une référence à la réalité. de surprise. Si tant est que la simulation n'est pas effacement du réel mais seulement tentative. qui enregistre la réalité. pourrait miraculeusement effacer cette origine pour sembler ne provenir que de froides procédures (elles aussi absolument auto-engendrées. Il ne faudrait pas non plus sous-estimer l'automaticité partielle de la production (lancer une procédure de calcul d'une ombre. ici aussi. travaillé par l'imaginaire dans le dessin et la peinture. par miracle ou par décret. symétriquement. trouve dans la numérisation un outil providentiel. Il y a lieu de douter de telles vues. coordonnées et parfois divergentes. pour autant. réductible à la maîtrise technique. La gestation algorithmique tracerait une barrière définitive avec l'autre régime de l'image. mais singulièrement malaisée. Mais le stade numérique (digitalisation de la réalité visuelle.). s'interrogeant sur les rapports respectifs qu'entretiennent la photographie et l'image de synthèse avec la mort. comme nous y invite une vulgate répandue. etc.

des personnages couchés sur la toile.. comme l'affirme Chantal de Gournay. " [. Mais bien souvent. la simulation informatique. on s'est mentalement fabriqué un plan. présentant la profondeur sur la surface est au fondement de l'illusion. Qui se tient attentif au processus de création d'une "image de synthèse". Toujours déçu. Mais là encore. heureusement. Ces méthodes matérialisent des théories expérimentales sur le fonctionnement de la réalité qu'il s'agisse de croissance de plantes ou de vagues croulant sur une plage. et par là une expérimentation potentielle de l'espace. Tout en semblant viser une "construction légitime" de l'image respectant le fonctionnement de la vision. Croire en l'immanence des montages numériques. ce qui arrive plus souvent qu'on ne le croit. plutôt. parfois à juste titre.trouve. se heurte à des obstacles permanents et surtout découvre des horizons inattendus. loin de se borner à étudier le comportement futur d'un système. en trois dimensions. On insiste. L'imagerie numérique joue avec la notion de limite. Comme le signale Louis Marin [59]. Enfin. Il est vrai que l'étude de phénomènes non visibles en tant que tels -comme le comportement d'équations mathématiques. interfaces) qui permettent de l'afficher. Cette fameuse troisième dimension. est un monde placé hors d'atteinte de la mort [. Du souci d'imitation à l'invention d'un nouveau milieu perceptif Malgré les apparences.et surtout. Elle devient alors machine à fabriquer d'autres machines intellectuelles et matérielles (de la géométrie descriptive au dessin industriel). On les sent dans les méthodes et outils : lancer de rayon et autres artifices constructifs. nous serons déçus. on ne sait où donner de la tête. ces scénographies intensifient la question. Ajoutons enfin. mais dont quelques heures plus tard et après moult déambulations. sur le versant abstrait de l'opération modélisatrice.. des mille décisions qui président à leurs naissances et qui demeureront opaques. Résultat considérable. leur attribuer un surcroît de puissance. en référence à une organisation "transcendantale" de la vision qui permet la formation d'une communauté d'observateurs. Mais pourquoi parle-t-on d' « illusion perspectiviste » ? Est-ce parce que la troisième dimension est figurée sur le tableau ou bien. mais de former son regard dans la vision d'autrui. À première vue. des sentiments d'inquiétude devant ces conquêtes et aussi des déceptions face aux contraintes ressenties. on les pressent dès le projet initial (toujours une idée accrochée au fil d'une histoire individuelle et collective). régi par la logique de la simulation et du simulacre. d'ausculter la réalité..] le monde virtuel de l'ordinateur. on l'a vu. décuplant les cheminements. La Réalité Virtuelle poursuit ce programme en le radicalisant puisqu'elle fonctionne selon les principes dyna- . la réalité. un vecteur d'étude irremplaçable. parce que le tableau se rapproche de l'image visuelle ? "L'illusion" se situerait plus en référence à l'acte de vision qu'à son objet. ce n'est pas l'illusion du réel que visent les techniques de Téléprésence -elles en sont bien incapables. sa réalisation. on viserait une restitution. nous ne finissons pas d'éprouver les paradoxes croisés du désir de liberté. Assouplissant les repères. Oserait-on suggérer qu'ainsi s'investit l'espoir qu'ils détiendraient un tel pouvoir ? Le pouvoir faustien de nous placer hors d'atteinte de la ruine. livré à l'appréciation de sensibilités humaines. engageant la construction d'ordres spécifiques de réalités plutôt que la substitution du niveau empirique. au plus près possible de la réalité. multipliant les actualisations. aussi.des projets. ne peut ignorer à quel point elle métabolise "les scories du réel" qui l'assaillent de toutes parts et ceci à toutes les phases de sa constitution. de l'impossibilité de les terminer. mais toujours en quête de recul des bornes. l'enjeu de la perspective n'est pas de donner l'illusion de la présence. systèmes d'exploitation. devient une manière d'éclairer. morphogénétiques. on manquerait leur spécificité en leur assignant cet objectif. dans la mise en image des modèles. on ressent les "scories" dans le résultat final. qu'une image de synthèse peut sombrer dans l'oubli ou le mystère d'une intangibilité pour peu qu'on ait laissé s'éteindre les lignées technologiques (ordinateurs. et non pas de construire une néo-réalité à vocation substitutive [57].]" [58]. Ces scories. Comme dans une fête foraine. La notion de dimension offre une entrée intéressante dans la thématique de l'imitation. la perspective invente un autre monde visuel. celui d'abolir les limites. si toutefois c'était le cas. Mais.. c'est les magnifier. de la mort si.

Avec le déplacement de la présence par réseau numérique. photographie. l'illusion et ses moyens. indémontrable. évidemment. il ne s'agit donc pas d'une immédiation. accommodation au dispositif artificiel [62].. Et. ce savoir/sensation est actif. par exemple. stricto sensu. par exemple. groupe de discussion sur Internet. Il nous apparaît que cette perspective est.]" [60]. à chaque fois singulièrement. S'il fallait tenir une comptabilité. engage à s'interroger sur les incidences de cette situation en regard des relations de visu. pour le dire sommairement. d'un film ou d'un multimédia. Une sorte d'arrière-fond de l'expérience du dispositif transactionnel (lecture.. olfaction.). puis de l'immersion et de la synthèse des perceptions kinesthésiques). espace clivé. etc.. Trier et fabriquer de l'information dans le cyberespace déterritorialisé exige de fréquenter les mêmes cafés et restaurants. Proche de la Bourse et des grandes agences de presse (dont l'A. Mais. est néanmoins localisée dans les quartiers d'affaires. le Sentier est le quartier de Paris où s'échange le plus d'information. le constat du développement de la Téléprésence et l'intensité croissante des relations à distance. Dans la même perspective. Dans toutes les formes de présence à distance. sujet humain et dispositif scénographique. Expérience du dispositif qui. dans ce transfert. à la fois constamment rappelé et oublié. On oublie trop souvent que tout l'intérêt de la Réalité Virtuelle réside dans un transfert de support : de la réalité vers le visio-casque.).miques de la vision. échanges et confrontations . les interfaces sont le véritable lieu de la transubstantialisation. Plus généralement. de l'image animée. "Double réalité" de l'image et métaprésence Platon définissait l'art comme mimesis. Il est significatif qu'un quartier central de Paris comme le Sentier. Nous rejoignons Bernard Miège lorsqu'il écrit : " [.. Lycos ou Nomade s'y installer aux côtés d'une myriade de petites entreprises du multimédia. [. c'est la conviction fortement partagée que nous serions entrés dans une ère nouvelle (ou en tous cas que le processus serait bien engagé). elle serait extraordinairement complexe et des études récentes ont montré qu'évidemment. action.] ce qui frappe dans les approches contemporaines. Nourrit par le projet d'imitation. L'hypothèse domiciliaire Affirmer la croissance de la Téléprésence n'implique nullement d'augurer une vie sociale totalement organisée par des télé-relations. plus la médiation mime la . non directement perceptible. cinéma et aujourd'hui image numérique relient. le média tente de se faire oublier par toutes sortes de perfectionnement (adjonction du son. que l'activité de salles de marché. Même pour ce qui est des fonctions purement "mécaniques" -car la vision humaine est avant tout un acte mental -c'est.P. On peut étendre cette conception au principe de la représentation. téléphone. perception et connaissance. Dans le réseau. imitation qui a conscience d'elle-même. c'est-à-dire sur la combinaison des deux modalités de rapport et non pas leur prétendue équivalence.. qui. Marc Guillaume signale.. Notre vision s'effectue par le déplacement corporel dans l'épaisseur d'une durée et elle s'hybride aux autres acquisitions perceptives effectuées simultanément (audition. Perspective. savoir et sensation mêlés de la mise en scène spectaculaire. devienne la plaque tournante des entreprises du Web. Nul étonnement à voir les moteurs de recherche Yahoo.F. Lokace. les groupes sociaux qui font le plus fréquemment usage de techniques de communication sont aussi ceux qui ont des relations sociales les plus denses. Toute présence s'appuie sur un horizon de métaprésence combinant présence et oubli du lieu de la présence. Réalité Virtuelle). structurée par le recours permanent aux réseaux spécialisés. c'est-à-dire d'être physiquement aux côtés les uns des autres. permet le transport dans le récit selon des modes différents selon qu'il s'agit d'un livre. Les agents ne peuvent se passer des rumeurs. substituant progressivement le contact à distance à la co-présence hic et nunc. un nouveau milieu perceptif s'invente qui outrepasse cet objectif initial pour inaugurer d'autres configurations liant vision. toucher. aliments indispensables pour prendre le pouls d'une situation [61]. présente toujours simultanément le contenu et le procédé. carrefour des entreprises de la confection depuis longtemps. Bernard Miège a parfaitement raison de signaler qu'il ne peut s'agir d'une perspective quantitative où des relations in situ seraient systématiquement substituées par des contacts à distance. caractérisé désormais par la prégnance des techniques de l'information et de la communication et corrélativement par la réduction des occasions de communiquer en face à face. grâce au corps qu'une saisie oculaire est possible.

Affirmer que l'hominisation est co-extensive à la Téléprésence n'est en rien céder à un effet de mode. s'originent. mais on laisse alors de côté l'essentiel. spatialisation du son. L'écriture étend la mémoire sociale que la phonation langagière tenait emprisonnée dans les capacités mnésiques individuelles (avant qu'on la note. Le système artificiel de capture est un puissant instrument de Téléprésence. Chaque pas qui fait avancer ce projet éloigne alors d'autant la cible. établit que le processus d'hominisation se caractérise par la domestication du temps et de l'espace grâce à la symbolisation. l'imprimerie tient la promesse d'une inscription permanente que l'écriture manuscrite. par exemple. Le piège suppose et secrète une symbolisation portant sur le sujet humain lui-même (remplacer le chasseur). de l'assignation territoriale ainsi que de l'affectation temporelle. qui à la fois engage -dans une perspective téléologique. tout en annonçant (grands écrans. le libère du contrôle de l'espace. cybernétique. n'avait qu'esquissée. faiblement distribuée. Installer un piège engage le chasseur dans une pratique de substitution. souvent en la liant à des séquences de gestes). au sens littéral (pro-gramme signifie "inscrit à l'avance") [65]. C'est pourquoi la présence à distance n'est pas une réalisation de la présence. Et si on recherche la transparence. la tendance à l'incarnation croissante pousse la photographie à se doter du mouvement et celle-ci à s'émanciper de l'enregistrement en devenant. conserver la parole exigeait de la mémoriser. elle-même chevillée à l'émergence de l'outil et du langage. On peut certes considérer le piège comme un pur système opératoire. Promesses de la Téléprésence Lorsqu'on porte un regard rétrospectif sur l'histoire des technologies de Téléprésence. qui plus est. Là. Par l'animation. pré-vu. avec l'inscription dans un dispositif artificiel d'un projet formé à l'avance. Le rôle du piège du chasseur est à cet égard paradigmatique. plus la prégnance de sa fonction est massivement ressentie et plus ses logiciels et ses matériels deviennent complexes et substantiels. Rappelons que l'une des idées maîtresses qui orientent le travail du célèbre préhistorien. C'est le premier dispositif automatique de l'humanité. Se tenir en contact passe toujours par une médiation. Si l'on entend par symbolisation la capacité de faire valoir une chose pour une autre. le cinéma amplifie la saisie vivante du monde que la photographie maintenait figée. on dirait "qui secrète automatiquement". tout au plus ajuster le vocabulaire à ce que les temps actuels développent de manière extrême. L'image tridimensionnelle interactive réalise la promesse de la perspective et des techni- . la tendance déploie ses principes et "pousse le silex tenu à la main à acquérir un manche" [64]. on peut y découvrir un principe d'analyse liant les étapes successives : chaque invention majeure tient la promesse de la précédente et annonce une promesse qu'elle ne peut tenir. on interposera toujours plus d'interfaces sophistiquées pour concrétiser cette transparence. etc. avec la simulation. La Téléprésence. on comprend en quoi le langage (mettre des sons à la place des choses). mais aussi anthropologue. Le piège fonctionne à sa place. La photographie concrétise l'exactitude de la prise de vue exprimée par la peinture réaliste et concrétise l'instant comme élément du mouvement.) l'immersion dans l'image. puisque c'est l'énergie potentielle ou cinétique de l'animal qui permet son auto-capture. une libre exploration de l'espace puis un univers d'expérience physique. Par la multiplication à l'identique d'un original. une donnée anthropologique On peut établir une analogie de principe entre le mouvement de naturalisation des représentations et la notion de "tendance technique" qu'élabore André Leroy-Gourhan [63]. comme mouvement universel traversant les cultures et les ethnies et que chacune d'elles interprète et développe à leur manière. de la même manière. les principes de la programmation. On pourrait affirmer que.les pratiques de contrôle du temps et de l'espace et les intériorise comme horizon de la conscience humaine. l'outillage (mettre des instruments à la place du corps) ou encore la figuration graphique (dessiner des formes à la place des animaux) sont des processus solidaires et qui expriment une proto-Téléprésence.transparence. Mais au delà de ces variations.

Elle signale aussi. Mais peut-être la formulation de la question sur les promesses de la Téléprésence véhicule-t-elle une métaphysique du redoublement à l'identique.. [4] Il n'entre pas dans nos objectifs de réfuter. p.. la perspective circulaire antique pratiquait déjà l'immersion dans l'image. il conviendrait d'y ajouter quelques boucles historiques : par exemple. 1991). Nous analysons plutôt la tentative de débordement. (La révolution de l'imprimé dans l'Europe des premiers temps modernes. par la technique. p. p. les thèses de Jean Brun sur la signification du fait technique. Cinéma vivant. cit. 96 . cit. ce que la Réalité Virtuelle en réseau laisse entrevoir. cit. de scènes déjà engagée dans certains domaines (comme la capture tridimensionnelle automatique d'objets architecturaux. bien avant les écrans panoramiques du cinéma. p. que nous nous situons dans une perspective assez différente de celle de cet auteur. p. des corps. Paris. 1992. portent plus loin que les cours publics" (op. que. [9] Saint-Pol Roux. prisonnière de la modélisation préalable des univers d'interaction. [2] Cette amorce d'archéologie de la Réalité Virtuelle provient d'une partie d'un article déjà publié : L'augmentation tendancielle du taux de présence à distance. comme constitutifs.. . 62. dans son discours de réception à l'Académie : "Les Gens de Lettres sont au milieu du public dispersé ce qu'étaient les orateurs de Rome et d'Athènes au milieu du peuple assemblé "(op. Disons. que je dénonce.. in Terminal ndeg. La Découverte. cit. cit. [3] Jean Brun. [12] Op. les développements futurs de la modélisation automatique d'objets. à distance. Eisenstein analyse les effets de mise à distance provoqués par le livre imprimé. p. p. et non corruption.. Tout au plus permet-il de questionner les développements actuels. L'hérésiarque et cie. [7] Op. par avance. La Table ronde. 69/83. 226. p. cit. baigné qu'il est par une Téléprésence divine autrement prometteuse. Elisabeth L. si bien que toute surprise est déjà inscrite dans les formes de transpositions choisies qui déterminent les genres d'imprévisibilités possibles. a contrario. [8] Guillaume Apollinaire. d'un libre parcours à l'intérieur de l'image. automne 95.. Le rêve et la machine. Cité par Jean Brun. comme une aporie ? [1] Dans son remarquable travail sur l'imprimerie. du monde humain..229. de notre temps. p. cit. Il faudra suivre. pour faire court. Le réseau multimédia ne peut tenir la promesse de l'expérience corporelle partagée. cit. 1972. professeur de médecine à Montpellier au XVI [e] siècle. des cadres spatio-temporels hérités. 69. op. ici. Ces limites sont-elles inamovibles ? On retrouve ici. Il n'en demeure pas moins que le livre de Jean Brun nous intéresse parce qu'il présente et radicalise. les évangélistes et autres discoureurs publics virent leur public s'élargir du fait de la disponibilité d'annonces imprimées. "L'amphion faux messie ou histoires et aventures du baron d'Ormesan". [5] On ne peut s'empêcher de penser que Jean Brun discrédite. Paris. par ailleurs. 221.cité par Jean Brun. Paris. Elle cite par exemple Isaac Joubert.ques d'enregistrement. Passera-t-on au stade de l'enregistrement automatique de modèle comportementaux de systèmes en évitant leur formalisation physico-mathématique ? La Téléprésence maintient une distance entre description informationnelle et existence concrète des objets qu'elle manipule et transporte. 58.. la thèse de la corruption. [6] Op. 224.de formes corporelles [66]). par exemple. de sites préhistorique ou. qui parlant des livres les qualifient "d'instructeurs silencieux qui. Pour rendre cette lecture rétrospective plus affinée. op. Rougerie. p. [11] Op. pp. ici. L'Harmattan. Ce travelling historique ne présente aucun caractère téléologique. 63. La simulation numérique matérialise la sortie hors de la représentation audiovisuelle vers l'expérimentation empirique de l'environnement. les espoirs d'un Norbert Wiener prophétisant l'analyse et la reconstruction moléculaire. Quelle promesse la Téléprésence actuelle ne peut-elle tenir ? Elle demeure. 118) ou encore Malesherbes. [10] Op.. 120). de manière richement illustrée. cit. toute forme réalisée de Téléprésence.

. p. réalisée par la NASA à la fin des années soixante-dix. peuvent jouer ensemble en se connectant à Internet. dans l'attention présente. de les distinguer. [24] Le courant de recherche pratique et épistémologique autour de la "vie artificielle" porte aujourd'hui cette interrogation à un point critique. op..126. [26] Michel Beaudoin-Lafon. Collecticiels et médiaspace au service de la communication formelle et informelle. 1286. le souvenir et la perception se co-définissent sans qu'il soit possible. réseau à bande passante pourtant faible. [27] Ce système a été développé par H. 128. [16] Nulle incitation romantique dans l'évocation de la nouvelle mobilité de la musique.. sur les "sensors". La conquête de l'ubiquité. [21] Op. simulation numérique interactive et déplacement informationnel étaient déjà condition l'un de l'autre.[13] Op. [25] Certaines activités se limitent à une phase de traduction/codification numérique pour rendre possible une télé-relation. 50. Le rêve et la machine. L'image-Temps. de communiquer par signes. Ishii aux laboratoires de N. Nous y reviendrons au chapitre VI. un groupe de musiciens dispersés aux quatre coins du monde. Par exemple. coll. [14] Certains dispositifs actuels de numérisation automatique de formes tridimensionnelles par auscultation laser concrétisent. 10-18. 130. op. Les habits neufs du travail en équipe. 1284.. 285. cit. p. au Japon. 231. [23] L'une des premières recherches pour la Réalité Virtuelle. près de Bonn. notamment dans Matière et mémoire. [17] Paul Valéry. ndeg. ndeg. [22] Le travail effectué par Henri Bergson. In Œuvres II. p. fut la télé-robotique spatiale basée sur le couplage des mouvements d'un opérateur au sol et de son exo-squelette virtuel dans l'espace. mini-puces communiquantes . cit. Rappelons que Paul Valéry écrit cet article en 1928.T. [29] Ces travaux ont été réalisés par le département de "visualisation scientifique" du Supercomputer Center au German National Research Center for Computer Science. 212 cité par Jean Brun. p. cit. en temps réel. cit. pp. encore plus prospectives menées au Xerox Center de Palo Alto. p. in Actes d'Imagina. 1962. est ici incontournable. Bibliothèque de la Pléiade. pp. Paul Valéry écrira même que le travail de l'artiste musicien trouve dans l'enregistrement "la condition essentielle du rendement esthétique le plus haut". Il montre à quel point. et de les avertir lorsqu'ils sont sur le point de commettre des erreurs. cit. p. Cybernétique et société. tel que Distributed Real Groove Network. 176. de l'identifier en reconnaissant son visage et de reconnaître ses actions. p. 118. [19] Norbert Wiener. cette voie. [20] Op.T. où nous verrons comment la notion de cristal actuel/virtuel s'appuie sur la théorie bergsonienne de la temporalité dans ses rapports à l'action. à la limite. p. en ne mobilisant que de modestes ressources informatiques. Paris. smart clothes". la perception et la mémoire. Voir l'article de Michel Beaudoin-Lafon déjà cité.) Sans doute peut-on rapprocher ces recherches de celles. [18] Paul Valéry.. 94. Il leur faut utiliser un logiciel d'interconnexion musicale. (Il est maintenant possible de suivre les mouvements de quelqu'un. in L'ordinateur au doigt et à l'œil. NRF Gallimard. Monaco. "Smart rooms. [28] Voir l'interview de Steven Feiner. cit. nous avons pu mettre au point des "chambres intelligentes" et des "vêtements intelligents" qui peuvent reconnaître des gens. Mais plutôt le sentiment que la disponibilité d'écoute conquise rapproche des conditions vivantes de la création du compositeur. En utilisant cette information perceptive. Spécial La Recherche. à propos de l'étude de Gilles Deleuze sur le cinéma. avril 1994. quelques années seulement après les premières expériences de diffusion radiophoniques.. leur permettre de contrôler des affichages sur écran sans câbles ni claviers.. op. véhiculant des compositions réalisées sur un clavier aux normes Midi. in SVM MAC. Dans ce projet. [30] Alex Pentand. p. 1285. Mars 1996. 50. 1286. 21 au 23/02/1996. p. [15] Paul Valéry. 1960. comprendre leur langage. timidement encore.

Mai 1994. 50. ndeg. Citons le programme GROPE. 1998. 80. A l'Université de Rutgers dans le New Jersey.mêmes aux conditions ambiantes par des ajustements "intelligents" sans dépendre d'un ordinateur central. comportant 14 boutons de contrôle et des capteurs qui repèrent la position des mains sur le volant et transmet les chocs côté gauche ou droit de la route ou encore les sensations de cisaillage provoquées par les joints métalliques lorsqu'on franchit un pont. 82. casque de Réalité Virtuelle qui s'adapte sur les principales consoles de jeux. c'est-à-dire qui vise à imiter toujours au plus près la communication hic et nunc..T.. op. [32] Franck Barnu. délégateur zélé. décembre 1994. Actes d'Imagina 1994. en temps réel. [34] Ces interfaces ont été présentées à Electronic Entertainment Exhibition. Handsight a été présenté à Artifices 3. Programmer le virtuel. SaintDenis. 499/503. [38] Réalisé au Zentrum für Kunst und Medien de Karlsruhe (Allemagne). p. avril 1994..M. Philips propose pour sa part Scuba. le projet "Rutgers Portable Force Feedback Master" permet à un ordinateur de régler la pression dans des petits pistons à air comprimé afin d'exercer une force entre la paume et l'extrémité des quatre doigts. qui sera assurée par Philips et des industriels japonais. prévue pour l'an 2000. in La Recherche. Elle travaille déjà à la prochaine génération de systèmes immersifs. [37] On en trouvera une description détaillée sous la plume de Jean Segura. sous la direction de Bernard Darras. dans chaque oreille.. 218. p.dotées de capteurs. c'est-à-dire à calculer. [40] Cette partie provient de notre article "Les images hybrides : virtualité et indicialité. pour diffuser. 265. à partir de haut-parleurs. micro-machines et autres piézo-matériaux. p. Des informations détaillées sont fournies sur ces recherches dans l'article précité. [36 ]Ce dispositif est connectable à un micro-ordinateur ainsi qu'à une console Playstation. [33] Avec le Dataland. qui inscrira l'image directement sur la rétine grâce à un dispositif de projection holographique. [45] La possibilité de créer des espaces interactifs tridimensionnels sur Internet grâce aux applications V. [46] Lennart E. à l'Université de Caroline du Nord : un bras articulé à six degrés de liberté permet de manipuler des objets virtuels sur un écran et de restituer les forces d'interaction entre les objets déplacés. À voir. [42] Plusieurs laboratoires utilisent de tels systèmes. in SVM MAC. des sons modulés selon ces positions. Fahlen.R. in La recherche. [41] Claude Cadoz. de diffuser l'informatique au cœur même de la matière pour que les objets s'adaptent d'eux. a développé depuis le début des années quatre-vingt. le dote d'un certain relief. Il s'agit.L. qui pourraient se fondre dans les composants élémentaires d'un pont pour éviter qu'il ne s'effondre lors d'un tremblement de terre ou revêtir les ailes d'un avion d'une sorte de peau capable de stabiliser l'appareil en toute circonstance. 127. 506. p. [35] La société californienne au nom évocateur de Retinal Displays prépare la commercialisation. Op cit. "Réintroduire les sensations physiques". en fait. comme la télévision restitue le son de manière directionnelle. la position relative de l'auditeur et des sources d'émission dans l'espace. cit.7. décembre 1998. ndeg. L'Harmattan. mai 1994. [39] Installation présentée à l'Espace Landowski à Boulogne-Billancourt. [31] L'ordinateur. ndeg. p. Mais seule la Réalité Virtuelle parvient à spatialiser réellement le son. [43] Claude Cadoz. spécial. [47] Lennart E. et d'autres procédés comme le Dolby. in La Recherche. Signalons aussi la Feedback Racer de Guillemot International. 17/20 Juin 1997. p. une interface gérant des sources d'informations multiples et complexes. Ndeg.I. En fin le Laboratoire ACRŒ à Grenoble a développé plusieurs systèmes à finalité musicale dont le clavier rétroactif modulaire (CRM). . 219. La panoplie du virtuel. [44] La spatialisation du son est un bon exemple de ce mouvement extensif. Fahlen. tels que des molécules par exemple. Salon international du jeu vidéo à Atlanta (États-Unis). La stéréophonie. p. INA. in Image & média. Mars 1996. Le téléphone. d'un appareil léger et performant pour environ 800 dollars.285. MEI ndeg. en est un exemple frappant. Paris. le M.

[49] L'expérience HABITAT . l'importance des ajustements interindividuels et la croissance du travail intellectuel. Paradigmes du travail.[48] Cette prise en compte entre en résonance avec l'importance que de nombreux courants de la sociologie du travail attachent aujourd'hui au facteur subjectif dans les relations de travail. La place des chaussettes. D'où le développement de recherches sur ces dimensions subjectives exigées et valorisées dans la nouvelle configuration productive post-fordiste. L'Harmattan. Paris. L'Harmattan. Paris. L'éclat. 1993/2.16 de Futur antérieur. 1991. Paris. Citons. Philippe Zarafian. marquée par l'accentuation du caractère coopératif du travail. le très stimulant livre de Christian Marazzi sur le rôle directement productif du travail linguistique. à titre d'exemple. La nouvelle productivité. 1997 ainsi que le Ndeg.

la vie et la littérature. de l'œuvre en différé au document en temps réel. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer. A . soit par écrit. Ce dont elle souffre. "SURRÉALISME. Le passage du cinéma à la télévision. Supprimer la distinction entre la vie. du live et de la "performance".tend à fonder la croyance dans les régimes actuels de la communication. Il s'agira d'abord de spécifier ce nouveau principe en regard de ceux qui le précèdent.plein de participation mais d'un déficit. trop plein et insuffisamment malléable. comme celle de Jacques Derrida en particulier. Ce dont se rapproche évidemment un peu plus la représentation virtuelle dont l'interactivité constitutive implique nécessairement qu'elle soit expérimentable. ce n'est pas d'un excès d'intimisme mais plutôt d'un défaut de proximité. Se dégagera alors l'axe principal de ce chapitre`. qui souligne à quel point la question du contact direct.m. Dans cette hypothèse. En témoignent certaines analyses actuelles sur la photographie. du situationnisme ou encore des positions exprimées par Gilles Deleuze dans toute son œuvre. voire tous les points de vue possibles. définit l'une des visées essentielles du mouvement surréaliste. Dans cette perspective. soit verbalement. Elle serait un porte-parole trop peu fiable parce que travesti par l'idée que se font les responsables de leur propre mission. marque précisément le moment où l'image cesse d'être un spectacle pour devenir un milieu de vie. Nous verrons que la crise du spectacle n'est pas celle d'un trop. comme une camisole enserrant le mouvement vital. Il s'ensuit qu'à l'instantanéité propre à la télédiffusion. André Breton. emblématique d'analyses fréquemment produites. supprimant la différence fondatrice entre le vu et le vécu"[1].Du spectacle au spectacte On instruit assez souvent le procès de la fonction informative de la télévision en l'accusant d'un excès de subjectivité. d'engagement en maintenant le destinataire séparé de l'émetteur. montrant comment les régimes d'expérimentation portés par les médias numériques tentent de combler ce passif. et tout particulièrement la vie de la pensée d'une part. Nous proposons d'inverser la perspective en montrant comment de nouveaux rapports à l'événement tentent de tenir les promesses que les massmedia ont murmurées sans pouvoir les assumer pleinement. la vie et l'art a inspiré nombre de courants philosophiques et artistiques. soit de toute autre manière. et la représentation de l'autre. "Le problème aujourd'hui n'est nullement la distance spectaculaire. Le règne du spectacle céderait alors sa place à celui du spectacte. malgré tous ses efforts. c'est de ne pas constituer. le fonctionnement . c'est-à-dire comment il corrompt le théorème central de cette période : "cru parce que vu". Manipulation procédant moins d'un travers idéologique que d'une propension à mettre en scène l'information comme un spectacle envoûtant qui invite à une participation charnelle. à nos yeux.Chapitre II La crise de confiance des massmedia et le principe d'expérimentation Un nouveau paradigme -l'expérimentation. le reproche fondamental que nous adresserions collectivement à la télévision. d'un dispositif de projection domestique. ce qu'on nous offre comme dispositif projectif est bien trop plat. à cet égard. Fusionner le spectacle et la vie Le désir de fondre ensemble la vie et le spectacle. du toucher devient une dimension majeure de l'assurance réaliste. dans le Manifeste du surréalisme. l'exprime clairement dans sa définition. Mais dans une perspective quasiment symétrique de celle que Régis Debray dénonce dans la télévision. n. Qu'il s'agisse du mouvement surréaliste. mais les communions englobantes et charnelles du non-spectacle. et notamment en le comparant au régime de croyance issu de l'enregistrement optique. la séparation représentation/réalité est toujours vécue comme un frein à l'augmentation de liberté. je veux dire du direct. c'est précisément de ne pas réussir à faire suffisamment coïncider l'information et l'événement. un "milieu de vie". succèdent d'autres régimes temporels engageant le passage à l'ère du spectacte. Nous préciserons ensuite comment il contribue à défaire les évidences qui fondaient nos régimes de vérités à l'heure de la télévision triomphante. On lui fait grief de ne pas contenir une pluralité de point de vue. Le diagnostic de Régis Debray est. La déception viendrait de son incapacité à tenir les promesses d'incarnation.

Viser la vie et non la vie des signes. en l'absence de toute préoccupation esthétique ou morale"[2]. l'inspirateur du situationnisme conclut en effet : "[. sur ce point. Je renvoie. Or s'il y a un instrument. sans détour sémantique. par exemple. à la toute-puissance du rêve. extraire les concepts du cinéma pour rejoindre les personnages du film et aller vivre avec eux : le projet -d'inspiration explicitement nietzschéenne. très éloignée des "associations libres" préconisées dans son essai. Habiliter les vertus d'une pensée directe. Et quelques lignes plus loin : "le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d'associations négligées jusqu'à lui. les institutions et techniques de communications contemporaines sont désignées comme responsables de la montée de l'individualisme et la réflexion politique qui accompagne leur essor est accusée de s'inspirer et de nourrir exclusivement une idéologie anarcho-libérale. pour l'inspirateur du mouvement.] de l'automobile à la télévision. par lequel on fait jaillir affections. la présence incontournable des instruments d'extériorisation de la pensée ainsi que les pressions contraignantes des techniques. à la pénétrante mise en parallèle. Sur ce chemin. fait courir tout le long de son œuvre une ligne conductrice glorifiant la rencontre. Mais s'émancipe-ton vraiment de la représentation dès lors qu'on s'impose pour ce faire une forme (un média). proposée par Régis Debray. Breton les assigne à convoyer la tradition. Le paradoxe consiste à rallier la vie par l'intermédiaire de son double (l'écriture. Forme indicielle -au sens de Charles S.. Breton hésite. au jeu désintéressé de la pensée"[3]. voire la fusion entre production conceptuelle et flux vital. Dans le chapitre 6. s'allier contre le contrôle étatique. émotions et visions intérieures ? Qui plus est. entre la métaphysique situationniste de la séparation vie/spectacle et la logique feuerbachienne d'une essence humaine aliénée dans l'illusion religieuse[9]. aussi bien que de placer la vie sous l'égide de la pensée"[4]. sans avoir à la représenter par le recours systématique aux significations déposées dans les règles grammaticales et les usages sociaux du langage. le poème. La métaphysique négative de l'artifice. nous retrouverons ce mouvement particulièrement sensible dans son travail sur le cinéma. Dictée de la pensée. mais en tant que tel. un moyen pourquoi ne pas lui reconnaître une vie propre. à rejeter le langage et la communication et il s'exprime dans une forme syntaxique excellente. Dans la défense des principes "autogestionnaires" d'Internet. en déniant le monde de la sémantique par l'intermédiaire de mots[8]. Peirce[7]. ou le film) tout en affirmant la violence mortifère de ce détour. Dans La société du spectacle. Pour parvenir à cette autre "existence". deux chemins se dessinent : la poésie et la politique.. On pourrait poursuivre la même discussion à propos du situationnisme et de son rejet du "spectacle". en l'absence de tout contrôle exercé par la raison. du média. Gilles Deleuze. La politique transformera le monde et la poésie exprimera directement la pensée. Elle rend immédiatement présente la signification par les distorsions de la langue. non réductible à l'extinction de la séparation représenté/représentant. bien sûr. médiation corruptrice propre au capitalisme contemporain. comme on le sait. se dressent évidemment la pesanteur des artifices de toutes sortes. Dans cette perspective. Le mouvement de Téléprésence est donc dénoncé comme brisant les liens sociaux et séparant les collectifs. comme espace médian valant pour lui-même et participant du flux vital général ? Un risque de dispersion ? L'analyse de la présence à distance se confronte à la critique de la communication. Ces médiations.réel de la pensée. à exprimer l'ordre du monde. on voit bien effectivement les courants techno-libertaires et libéraux. vue comme corruptrice du lien social.est clairement affirmé. Le premier manifeste se termine par cette phrase : "L'existence est ailleurs"[6]. par Philippe Breton[10] qui convoque Guy Debord comme visionnaire de ce mouvement séparateur. dont la seule forme digne d'intérêt.de la pensée. la récitation intérieure du poème fait surgir immédiatement le sens par le jeu des motifs sonores et des analogies émotionnelles engendrées. libre de toute mise en forme. tous les biens . Breton projette des rapports entre réalité et surréalité qui dépasseraient la problématique contenant/contenu. de toute contrainte logique telle est la charge du Manifeste. favorables à la dérégulation. repoussant toutes les tentatives de "soustraire la pensée de la vie. lui aussi. le poids de la réalité. est de s'appliquer au fonctionnement de la pensée. Ce point de vue est défendu. ou encore description et nature. écriture et pouvoir de la vie. s'oppose à la glorification d'une expression pure de tout intermédiaire ("l'enfance qui approche le plus de la vraie vie"[5]).

partiellement. etc. Modifications qui bouleversent l'unité même de ces activités en les mélangeant directement aux pratiques d'inscriptions. Dans l'écriture multimédia.). par moments. Il s'agit d'un saut où le technique renvoie au symbolique dans un sens fort du terme. que ce type de critique de la séparation prend finalement à la lettre les mots d'ordre de ce qu'elle dénonce. Elle crédite les réseaux d'une véritable puissance de substitution aux relations de proximité. Les pratiques d'écriture et de lecture sont alors plongées dans des agencements d'une grande variété (dessins. l'enveloppe individuelle s'écarterait. où les promesses d'une communion à distance commenceraient à se concrétiser.dans un continuum de liaisons sensibles avec l'éloigné . en général. c'est-à-dire qui a trait aux langages. imagées ou sonores. La première porte sur le nombre ainsi que sur le découpage des médiasphères.) ont été rappelées plus haut. sur un support nouveau (l'écran) et selon des modes de contextualisation et de maniement sans précédent dans l'histoire longue des supports de l'écrit". cette activité radicalise les opérations d'organisation et de recherche des contenus déjà sédimenté dans la conception des textes (sommaires. Elle explore une autre hypothèse où l'ère flamboyante de la séparation serait progressivement asséchée par cela même qui la nourrit. Ajoutons. séquences sonores. Une nouvelle "grammatologie du document hypermédia" -selon l'expression pertinente de Henri Hudrisier.définirait le régime médiatique actuellement dominant. schémas. La gestion de la circulation dans ces inscriptions devient une question centrale. enfin. etc. enfin. Sur ce point. Deux controverses polarisent la discussion des thèses du "médiologue". l'isolement s'assouplissent alors progressivement -sans disparaître totalement. Ainsi. "agents . gestion des balises sur le Web) et mobilise des instruments informatiques de recherches adaptés à ce nouveau milieu. etc. et où. celui où le lien à distance se combine au contact direct. nous tenterons de montrer en quoi l'hypermédia constitue un régime médiatique à part entière. l'obstacle à l'expérience conjointe hic et nunc. Ce détour par la critique de l'organisation des médiasphères intéresse notre enquête parce qu'il débouche précisément sur le statut de la numérisation du texte. par exemple. vidéosphère) n'est pas aussi évidente qu'il y paraît. index. comme changement radical des pratiques de lecture et d'écriture. notes. de l'environnement immédiat pour se mettre en prise directe avec le lointain. liaisons qui diminuent. Faut-il être sensible à la critique et suivre Guy Debord dans sa charge contre la corruption des solidarités ? Sommes-nous toujours dans la même période marquée conjointement par la consommation de masse et la montée de l'idéologie individualiste ? La perspective présentée ici s'écarte de ce schéma. graphosphère. les mêmes équipements (ordinateur) et surtout les mêmes types de traitements (programmes informatiques). de côté tout un pan des télé-relations . tels que les "moteurs".s'élabore à partir d'un travail collectif et international de définition de normes.sélectionnés par le système spectaculaire sont aussi des armes pour le renforcement constant des conditions d'isolement des foules solitaires". La numérisation des signes distingue notre époque comme étant la première où tous les types d'informations transitent par les mêmes codages (binaire). Nous aurons l'occasion de cerner plus en avant ces rapports inédits qui se tissent entre proche et lointain. (Et Philippe Breton d'acquiescer : "On peut ajouter sans peine Internet et les futures "autoroutes de l'information" à cette liste"). Elle laisse. ce faisant. les deux mutations fondamentales qui caractérisent la vidéosphère seraient "la prolifération des images sans écrit. où la disjonction dans l'espace ne serait plus synonyme de séparation. et parfois le fonde. car elle montre que la tripartition proposée (logosphère. La séparation. Cette grammatologie dessine notamment une carte des circulations possibles dans les corpus (arborescences.). tableaux. La controverse portant sur le nombre de médiasphères est intéressante. aussi bien textuelles qu'illustratives. la vidéosphère. Nous ne ferons que l'évoquer. La vidéosphère : une évidence discutable La discussion sur la crise de crédibilité dont souffre la télévision peut être utilement éclairée à partir d'une discussion des propositions de Régis Debray pour qui le petit écran symbolise le nouveau régime médiatique dominant. réductible ni à la graphosphère. images numérisées. La deuxième concerne la pertinence de l'idée selon laquelle la vidéosphère -dont les caractéristiques (pouvoir englobant de l'image télévisuelle. mais aussi la transformation de la représentation de l'écrit"[12]. Roger Chartier apporte des vues qui complexifient notablement les frontières[11] en distinguant deux régimes de la vidéosphère : celui où l'image se singularise sans co-présence du texte (cinéma et télévision) et celui "du texte donné à lire dans une nouvelle représentation (électronique). liens hypermédias. ni à la vidéosphère.

lesquelles n'instaurent pas. "La preuve par l'image annule les discours et les pouvoirs"[18].. la dénomination image actée à celle.intelligents" et autres logiciels d'indexation automatique. définie comme "l'ère du visuel" dans le livre que Régis Debray consacre à l'image. l'auteur avait déjà crédité l'image d'un don qui se pare du costume de l'évidence. place -à travers sa dénomination même. le "temps réel". Dans sa réponse aux critiques qui lui sont faites.visage de la temporalité réglant les fonctionnements de l'espace public. toutes les régions (jeux vidéo. Mis en mouvement par la numérisation. en fondateur de l'espace public ainsi que du lien social. etc. médicale. où les respirations se règlent sur la matérialité de la mise en espace et des scénographies dynamiques du texte.d'"image interactive". circulation dans les réseaux. et principalement la télévision. La thèse défendue consacre le dispositif télévisuel en ordonnateur de la vérité. paradoxalement. en retour. Mais la matrice séquentielle régulière qui ordonne l'inscription typographique forme néanmoins la structure objective principale du texte auquel toute lecture se confronte. Il ne s'agit pas ici de supposer que le rythme de la lecture individuelle s'accordait mécaniquement à la linéarité du texte sur support stable. l'éclair et l'éclairage"[13]. Une virtuosphère ? La vidéosphère. "Telle serait l'hallucination-limite de l'ère visuelle : confondre voir et savoir. fondamentalement. serait-ce pour la contester. énonce que précisément le régime télévisuel connaît une crise de légitimité profonde qui interdit d'en faire l'attracteur principal de nos régimes de vérité comme de notre espace public[15]. soit consacré au renversement de sujétion entre télévision et pouvoir politique. Les modalités techno-culturelles qui dérivent de l'image numérique interactive. leur pertinence mais il ajoute une croyance : celle selon laquelle "le message sans code (l'image électronique). serait ainsi. en institution-reine distribuant nos régimes de croyances et de vérité. fore et ratisse plus large que l'autre ("la transmission numérique des textes"). de mise . plus nettement l'existence d'un acte intentionnel comme fondement d'existence de ces images. Le régime médiasphèrique-roi de la vidéosphère. fruits d'une traduction d'un texte stable en discours intérieur fluctuant selon la subjectivité du lecteur. Le postulat implicite sur lequel est fondé toute l'analyse se construit sur la suprématie d'une vision devenue "ère du visuel" plaçant en position sommitale une modalité particulière de l'appareil médiatique : l'image vidéo et son vecteur institutionnel et technique central. L'hypothèse que nous mettons à l'épreuve. Régis Debray admet.) où des pragmatiques inédites s'installent.l'audiovisuel moderne. de fait. télévision) est considéré comme l'ultime -et dramatique. Il ne vient pas à l'esprit du "médiologue" que l'ordre numérique véhicule une autre distribution temporelle chevillée aux règles de mise en œuvre des programmes informatiques. une nouvelle modalité de fréquentation des images.).ou hypermédiatique. télévision interactive. L'univers de l'action sur l'image est ainsi ignoré. le texte est. hachée. Parallèlement de nouveaux régimes temporels d'appropriation s'annoncent. Cela justifiera qu'ultérieurement.. Considérant que la capture vidéographique supprime le travail d'élaboration. unimédia ou non"[17]. la frontière avec les autres types de signes n'est plus aussi bien dessiné qu'à l'ère de l'imprimé. régulier de l'imprimé qu'avec les ruptures (zapping). en effet. relectures et flux rapides se succèdent.. d'autres actions). en règle générale. Elle marque. Une image numérique satellitaire se regarde comme une photographie prise d'avion. D'autant que le texte numérisé peut s'accoupler à des messages sonores ou imagés dans une perspective multi. nous y reviendrons. plus en adéquation avec le temps continu. il n'est quasi exclusivement question que des techniques de traitement d'image (imagerie scientifique. ralenti par une appropriation hésitante. bouleversant les modes antérieurs d'approche de l'image. multimédias de visites virtuelles ou d'apprentissage. tracent des lignes de fuite qui contredisent celles qui s'originent dans la télévision. un livre entier. régions que nous regroupons sous le vocable d'image actée. en effet. Dans ce nouvel état du texte. la télévision. (Je préfère. Dans ses travaux antérieurs. bizarrement. les arrêts et finalement le ralentissement des flux propre à l'ordre numérique . L'état séducteur[14]. Il est symptomatique que dans les pages où Régis Debray appréhende les enjeux de l'image numérique[16]. plus courante -et valide. La lecture obéit à des inflexions temporelles évidentes. Sont délaissées. signifiant par là qu'elles s'enchaînent à partir d'actions accomplies par un sujet provoquant. où immobilisations. brisant le flux uniforme de la disposition régulière le long des pages d'un livre. Le primat de l'immédiateté propre à la logique de "temps réel" des médias de flux (radio.

Elles le découvrent alors comme une construction sociale et altèrent sa supposée naturalité. Bien que la notion de programme soit bien antérieure à celle d'informatique. retirée de l'antenne après que furent révélées les conditions douteuses de tournage d'un reportage censé saisir sur le vif un épisode de ventes d'armes dans les caves d'une cité de la banlieue parisienne. tendant à certifier qu'avec l'informatique. fissurant l'ancien pacte de croyance. il affirme la naturalité de la puissance de l'enregistrement : "La vérité en vidéosphère est originelle. et mettons en perspective les premières réalisations qui prennent le relais des médias handicapés par leurs difficultés à assumer des missions expérientielles. des logiques univoques de partage spatio-temporel sont à l'œuvre. Roger Laufer insiste sur les linéarités partagées de la télévision et de l'écrit. Et. Notre désaccord. au cœur de la logo-graphosphère informatisée"[20]. en y opposant l'hypertexte dans lequel "commence à se développer aujourd'hui un mode d'organisation non linéaire de la pensée. "programmosphère". La proposition est alléchante. une fonction structurante de notre espace public.en forme. Alors virtuosphère ? Mais peut-être faut-il se résigner à ne pas inscrire la complexité du régime actuel de la communication dans une seule sphère. tout comme celle d'automatisme. B . Quelques fameux scandales (faux massacre de Timisoara. Il est d'ailleurs évoqué par Régis Debray lui-même accordant crédit aux remises en cause de Roger Laufer et amorçant ainsi la reconnaissance du nécessaire clivage interne à la vidéosphère entre les logiques du "temps réel" et celles du temps différé. Le codage numérique existait bel et bien avant l'invention de l'informatique. Nous soulignons tout particulièrement le défaut d'expérimentation qui transparaît dans les reproches adressés à tel ou tel projet. non finale"[19]..de la capture optique sur toute attitude réflexive. mais la disponibilité généralisée de machines fiables capables d'exécuter des programmes automatiques. malgré la sonorité disgracieuse. une forme technique (et c'est bien ce à quoi s'intéresse la médiologie) dont la fantastique explosion est la conséquence directe de l'informatisation. On verra.). Ainsi la force de conviction du message visuel semble être fondé sur un critère quasi physique : le privilège de l'indicialité -peircienne.les logiques contradictoires de la vision basée sur l'enregistrement indiciel avec celle de l'expérimentation basée sur celle du traitement par programme. sonore. Ce serait donc quasiment un fait naturel qui expliquerait le lien entre vérité et vision. ce code est un fardeau inutile.. de la crise qui affecte les massmedia. Le terme de numérosphère vient à l'esprit.La crise de confiance des massmédia Nous commenterons ici quelques faits et controverses qui sont autant d'indices assez explicites. L'état de méfiance On se souvient de l'effondrement de l'émission La preuve par l'image sur France 2. Mais sans l'ordinateur. ce sont précisément les dynamiques actuelles qui. Mais le numérique n'est qu'un codage. on peut postuler qu'aujourd'hui une accélération définitive a été enclenchée par la délégation de traitements intellectuels à des programmes d'ordinateur. Comment conviendrait-il de nommer cette deuxième composante de notre "médiasphère" ? Dans la même livraison de la revue Le Débat consacrée à la médiologie. à juste titre. en expliquant. commentait ce tête-à-queue.] sans doute parce que la conscience est désormais solidement ancrée que les images de télévision ne sauraient constituer quelque preuve que ce soit"[21]. Ce qui est central à notre époque. etc. à l'époque journaliste au Monde. outre l'insuffisante spécificité du concept général de programme pour désigner l'informatique. Daniel Schneidermann. elle conteste la possibilité de réunir sous un même vocable -vidéosphère. ad vitam eternam. Mais. ce n'est pas tant la victoire du code binaire. plus en avant. comme souvent. sur ce point. en révèle la contingence.puisse continuer à assumer. un moyen. et donc la possibilité de traitements par programmes automatiques. imprimé. Elle porte d'abord sur l'idée que la télévision -média déclinant dans ses formes actuelles. Elle possède l'avantage de souligner l'importance d'une codification désormais commune à tous les types de signes (manuscrit. qu'il est emblématique d'un état d'esprit "[. En deuxième lieu. caractéristique des régimes d'inscriptions antérieurs. images . imagé. est total. en quoi une telle proposition est discutable. Notre critique est donc double. On proposerait donc volontiers. l'inconvénient d'une telle proposition réside dans le message qu'elle véhicule.

malhonnêteté financière. Voici ce que déclarait. les tromperies. D'où l'affectation un tantinet masochiste avec laquelle ils se plaisent à souligner leurs propres erreurs d'appréciation : victoire programmée de Balladur à la présidentielle du printemps 1995.d'archives lors de la guerre du Golfe. rongée par le trucage et la mise en scène. l'ordinaire des pratiques de reportages[23]. critique de télévision au Los Angeles Times : "Les infos à la télé n'ont jamais été aussi mauvaises [. Elle constitue. La vérité exige aujourd'hui de pouvoir la vérifier soi-même. les turpitudes de leurs directions : sensationnel à tout-va. le passé chargé de la photographie et du cinéma. répétons. L'enregistrement du mouvement (Lumière) engendre immédiatement l'illusion (Méliès). interpréter le culte nostalgique que vouent régulièrement des émissions à l'histoire de la Télévision[24]. les mises en scènes et mensonges audiovisuels ont toujours été. Instantanéité et véracité Christiane Amanpour. fausse interview de Fidel Castro. dans la même perspective. De plus en plus de gens préfèrent regarder le câble et s'informer sur Internet"[26]. à la différence du conte. un flic et c'est dans la boîte. nous signale qu'un ancien régime de légitimation décline sous la poussée de nouvelles exigences. On précisera cela ultérieurement. est d'emblée suspect"[25]. que la baisse d'audience de la chaîne était due à la montée en puissance des sites d'informations en ligne sur Internet. On pourrait. il ne faut pas oublier. sans toutefois pouvoir la déjouer.exutoire. Que "la preuve par l'image" devienne la preuve que l'image trompe. D'où le démontage en cours des anciens mécanismes qui assuraient. non pas l'objectivité de l'information.mais plutôt sur l'incapacité des images enregistrées (ou transmises en direct. Précisons que cette vérité "expérimentale" ne saurait posséder un caractère ultime. les arrangements. mais l'efficacité de la formule "cru parce que vu". c'est parce que le soupçon précède toute présentation purement audiovisuelle désormais trop affaiblie pour établir une référence solide. Mais là n'est pas l'essentiel. Ici. Et les massmedia ont déjà perçu cette limite. c'est parce que le pouvoir du roi est vacillant qu'on peut s'écrier "le roi est nu". Cent vingt mille visites . la culture contemporaine du montage photographique et cinématographique nous a rendus disponibles à toutes les distorsions visuelles et a peut-être rendu moins coupables les travestissements qui nous choquent aujourd'hui[22]. etc. laquelle provient d'un prélèvement direct à la source de l'événement. mais qu'à l'inverse la tromperie est débusquée parce que règne désormais "l'état de méfiance".il faudrait distinguer les périodes et les régimes politiques-. en décembre 1998. bref la mise en scène de la vérité télévisuelle est désormais sous le feu du soupçon et le chroniqueur intitule précisément son propos : "L'état de méfiance". Même si l'aisance qu'offrent les technologies numériques nourrit la tentation d'en abuser. reporter phare de CNN. comme dans toutes les formes d'enregistrement. Ces déclarations jouxtent un article qui présente Newsblues -site Web impertinent. où les journalistes américains racontent pour la première fois à cette échelle et le plus souvent de manière anonyme.le. plus ou moins .. etc. un symptôme.] les télévisions se ruent sur le spectaculaire. En revanche. comme les courses d'hélicoptères [poursuites policières transmises en direct] et sur les sujets les plus faciles à couvrir : les meurtres. en la matière. ni sur leur multiplication. accueil enthousiaste du plan Juppé sur la Sécurité sociale à l'automne de la même année.) ont puissamment façonné cette conscience. Le soupçon généralisé ne porte pas tellement sur la conformité des images enregistrées à leur référent -où s'apprécierait un défaut d'indicialité de la capture optique. quiconque inscrit son visage sur l'écran familier.. S'agitil d'y vénérer un agonisant ou déjà un disparu ? Si le chroniqueur du Monde constate que "La France ne croit plus ce qu'on lui montre" et que "quiconque prétend s'adresser à elle. Un cadavre encore tiède. Howard Rosenberg. Les artifices. affirmait en octobre 1998. Cette crise de confiance ne peut être mise sur le compte de l'existence des trucages. là n'est pas la différence essentielle) à offrir un instrument d'expérimentation. Ce n'est évidemment qu'un régime particulier et actuel de vérité plus adéquat à nos attentes culturelles que la conformité indicielle. Car. par exemple. en tant que telle. On retiendra l'hypothèse que la méfiance n'est pas le produit de la tromperie.

Ces animations sont destinées à compléter des séquences tournées et peu compréhensibles (accident. Le sentiment commun du partage de la retransmission de l'événement tend à faire de la retransmission un événement en tant que tel. Bref. c'est-à-dire dans sa capacité à oblitérer tout questionnement sur ses effets de mise en scène.. Parmi les premières images réalisées en 3D à titre de test. En France. Plus que la baisse d'audience. pour lui fournir la même scène. n'a pas jusqu'à présent supprimé les quelques occasions où les téléspectateurs se trouvent rassemblés par dizaines de millions pour suivre simultanément des retransmissions à valeur fusionnelle[28] : super-bowl aux états-Unis. accident. De même a-t-on vu la localisation du bateau naufragé au milieu de l'Atlantique. dans son étude sur "l'Histoire du regard en Occident"[29]. par exemple[31]. La perspective. On peut s'en désoler où s'en réjouir. tendancielle. infalsifiable ou irresponsable. en "temps réel". Entre l'enregistrement et la simulation Depuis mars 1998. Jeux Olympiques. en France. ou bien dans une version "châssis d'image" qu'elle peut ensuite personnaliser. Et cette attitude évaluatrice. il va falloir mettre la main à la pâte. Instantané n'est plus synonyme de vérifiable. c'est la transformation de la réception qui doit être soulignée. c'est-à-dire de leur conformité au référent va être déplacée vers celle de leur "vraisemblance" et que ". plus de cent chaînes risque de transformer considérablement la notion de partage collectif de l'événement. il va falloir faire notre deuil d'une confiance inébranlable dans la vérité "indicielle" et du sentiment d'authenticité qu'assurait la télétransmission instantanée. Chaque jour une animation en images de synthèse 3D leur est soumise. par exemple) ou à clarifier des images confuses comme un départ de course automobile enfumé par les gaz d'échappement. Et ce tournant. Citons. des images de synthèses dynamiques dans des reportages de télévision . déjà sensible dans notre suspicion à l'égard des massmedia. La persistance de telles télé-rencontres de masse nous interroge sur leur fonction. mais force est de constater que la valeur "cultuelle"[27] cède la place au décodage distancié. Régis Debray affirme-t-il que la question de l'authenticité des images. moins de possibilité de truquage (qui demande des machines et du temps)"[30].P.celle-ci ne sera plus garantie que par leur rapidité de transmission : plus bref le délai. Une pâte malléable. Désormais. Le partage simultané d'événements. Désormais pour croire. relevant d'un événement particulier de la journée. quasi instantanément. On voit donc se construire une . que l'on veut tester. Ainsi. il paraît être à l'abri des soupçons de montage ou de trucage. Or des traitements numériques d'images qui permettent d'hybrider.véridique. Cette observation semble pérenniser la télévision dans sa fonction de principal instrument du lien social à distance. de pouvoir recevoir. il n'est pas certain que la grande messe du vingt-heures attirera toujours autant de fidèles.F. loin de renforcer les duperies médiatiques ouvre à une mise en doute généralisée de toute information rapportée. débat entre les candidats à l'élection présidentielle.dès le premier jour : cette expression publique est un signe évident de la crise de confiance. Cette question de la valeur "cultuelle" de la télévision risque d'être fortement déplacée sous l'effet des profondes modifications du système de diffusion. éprouver. Observons que l'instantanéité d'un tel partage constitue encore un gage de confiance dans la véracité du reportage. fait divers. à titre d'exemple le procédé Epsis mis au point par Matra qui permet d'incruster. lors de la course Vendée Globes 96. on regarde le "vingt-heures" aussi comme un spectacle.. on a pu voir comment. ce procédé est utilisé aujourd'hui pour des publicités virtuelles lors de retransmissions sportives.. participe aujourd'hui à la structuration de toute communauté. attentat.. le skipper Bullimore se trouvait incarcéré sous la coque de son voilier retourné. La chaîne qui achète le document peut l'obtenir dans sa version standard. tend à devenir la condition spectaculaire. Ce qui ne veut pas dire -on s'en doute. exprimée cette fois de l'intérieur de l'appareil télévisuel. effective depuis des années aux États-Unis. pour ce rendez-vous quotidien. serait-ce par télé-relation. Elle peut également solliciter l'A. notamment grâce à la numérisation. Notons que cette situation. ductile. des images optiques enregistrées avec des images totalement calculées sont d'ores et déjà en fonctionnement. pratiquée collectivement. l'Agence France Presse propose un nouveau service d'information infographique tridimensionnelle destiné aux chaînes de télévision. Si un événement est télédiffusé instantanément à un vaste public. mais sous un angle différent. bref une pâte virtuelle. etc. sport.

Du "ça a été" on est passé au "ça pourrait être ça aussi". les réalisateurs de L'expert ont. elle lui donne une profondeur de champ que celle-ci s'était vu confisquer par le caractère indélébile de la prise d'empreinte. L'expert en est l'un des plus purs témoignages. capturée. en effet. totalement bâti à partir d'un corpus. Il se vérifie que l'image numérique révèle (au sens photographique) l'image enregistrée. comme ces photographies d'enfants disparus que des logiciels font vieillir au fur et à mesure que le temps passe[36]. Ces documents inédits ont donné à Egyal Sivan et à Ronis Brauman (l'ex-Président de Médecins Sans Frontières) l'idée de se pencher sur la personnalité de l'ancien chef nazi à la lumière du livre-reportage sur le procès. Des changements virtuels de focales modifient les vues. en réflexion. démontrant peutêtre ainsi sa maturité. (Pas d'interactivité dans ce cas . mise en série pour devenir un méta-film. beaucoup plus près que ne le permet la capture optique. ici. par exemple. Le matériau de base de la refonte numérique devient l'image enregistrée isolée. à la faire exsuder ses constituants dissimulés. Des images des témoins s'affichent. paradoxalement renforcée par le fait que le résultat est un film : le numérique est. témoins. un rebond qui ramène à la forme filmique initiale. avocats et accusé sont réinsérés dans une maquette tridimensionnelle des lieux. Des effets complexes (modifications d'éclairage et de texture) affectent les images. relancée dans l'actuel. qu'aujourd'hui. Les acteurs du procès. lourd s'il en est. auparavant définitive. Et la logique veut. publié en 1963 par Hannah Arendt : Rapport sur la banalité du mal[34]. La redéfinition de l'espace (et du regard) concerne la finitude de la capture optique dans ses rapports au temps. l'image vidéo. les réactions d'Eichmann aux témoignages. travellings). Tout travelling. mais compossible. un film de deux heures est né qui mobilise des techniques de retraitement numériques originales[35]. L'image de synthèse réinterprète ainsi l'image enregistrée. La démonstration est. qu'à une phase ultérieure. dont on ne peut affirmer qu'il s'agit d'un trucage pur et simple. Elle remonte l'entropie de la pente temporelle en recomposant à volonté les durées et les enchaînements déposés une fois pour toutes dans la succession des prises de vues. tout film classi- . en gommant le temps de latence pris par la traduction. L'image enregistrée nous a habitués à sa stabilité qui renvoie elle-même à l'immuabilité apparente du passé. bandes que personne pour ainsi dire n'avait jamais revues[33]. La trace du passé est. soigneusement sélectionné et mis en scène certains effets signifiants illustrant leur thèse). Ce qui a été capturé n'est que l'un des possibles que sa mise en traitement numérique va libérer de son inscription. non pas fausse. pour faire coïncider. opérant alternativement. juges. Ce régime est révolu. l'image numérique. sur la pellicule. ont été calculés en tenant compte de la géométrie de la salle (qui existe encore à Jérusalem). puisqu'il s'agit d'être plus près de l'événement . S'il est possible de tirer des images enregistrées de leur torpeur. Non pas un bourreau sanguinaire. Le son est aussi retravaillé. se tourne vers son passé immédiat. Des mouvements virtuels de caméras (panoramiques. On creuse derrière l'enregistrement pour en extraire une autre actualisation. à Jérusalem . À partir des centaines d'heures composant les archives. par exemple. sur la vitre blindée de la cage de verre qui séparait Eichmann du tribunal alors qu'elles n'apparaissent pas dans les bandes originales. Leur intention est de faire revivre le regard que portait la philosophe sur Eichmann. "L'expert" : l'éveil de l'image enregistrée Après s'être investi dans la fabrication d'un néo-réalité à vocation réaliste. mais un citoyen ordinaire obéissant à un appareil de pouvoir. zoom ou effet optique étaient donc impossibles. formé par les trois cent soixante-dix heures de bandes du procès Eichmann. Les images d'archives ont été tournées par quatre caméras fixes. Ces images forment une sorte de banque de données à partir de laquelle de nouvelles prises ont été reconstituées (ce dont les spectateurs seront avertis dès le début du film). les fichiers numériques sources puissent être transmis par réseau à des fins de mise en scène directe par le téléspect-acteur à son domicile. Le rêve ancestral consistant à obtenir d'une image plus qu'elle n'en exhibe de prime abord. à la manière d'une fouille archéologique. Mais la portée de cet étonnant travail va bien au delà de cette constatation. commence à se concrétiser. un principe d'expérimentabilité les domine. en l'occurrence. Désormais. sculptée. D'où les distorsions qui découlent de ces opérations qui mixent capture optique et synthèse numérique. Trouant les surfaces. Le film numérique L'expert[32] est en effet. comme celle-ci révèle son référent réel. intermédiaire entre la prise de vue et la synthèse d'images. c'est bien.industrie de "l'arrangement".

les avocats de la partie civile et de la défense. etc. Élargir ne signifie pas supprimer les limites. Ajoutons que s'il s'agit d'"immerger le téléspectateur". D'où l'exemple suivant de justice-fiction. inscrit une limite irréversible. Les "feuilletons documentaires" -docusoaps comme les nomment les réalisateurs anglais après les avoir importés de leurs homologues néerlandais. puis acquitté. dans le dossier de presse. nous prolongeons le diagnostic par un pronostic.La demande de participation traduite par le système télévisuel Des fictions réalistes toujours décevantes Les affaires judiciaires sont un filon inépuisable pour tenter de rapprocher le spectacle et la vie. L'émission débutait par une fiction réaliste reconstituant le cadre familial et social. flairant peut-être la chausse-trappe. Mais ils ne peuvent l'étancher.en sont les derniers avatars. Mettre en cause le pouvoir judiciaire en le doublant par une reconstitution. Si on revient en arrière. D'autre part. Nous ne sommes pas surpris de voir. de manière symptomatique. Dans les micro-mondes simulés. depuis sa naissance. C . TF1. qu'il s'agit de "construire des histoires au plus près de la vie". en particulier dans une période fertile en démêlés juridiques. on reconnaît la prise de parole du citoyen (micro-trottoir. Bref. On débute. Si j'ai poursuivi la visite du . Enfin. Mais là gardons-nous de tout emportement mécaniste. potentiellement. c'est une autre séquence temporelle qui s'ouvre. nous dit-il. les informations à la télévision sont sujettes à cette tension. bornes déposées par les concepteurs du micro-monde simulé. Je ne peux pas sortir du musée pour aller me promener dans la rue si les concepteurs ne l'ont pas "joué d'avance". Il avait été ensuite gracié. Toute décision. Agret avait été condamné pour un double meurtre dans les années soixante-dix.que est. non pas comme genre télévisuel. en effet. ce déficit. On l'a compris. un juré. Proposons une autre hypothèse. aussi professionnelle soit-elle. tels qu'ils se figent dans la construction et la rhétorique de l'émission de télévision. la réponse exacerbée à cette soif de réalisme et d'implication qu'une puissante vague culturelle fait déferler. mais cette fois avec le vrai supposé coupable. celles-ci n'ont pas disparu. Sur le plateau. les fictions réelles commençaient à sentir le soufre. et transformer un reportage en instrument destinée à modifier le cours de la justice. Ces limites relèvent d'une double définition. Régulièrement. après guerre. mais en tant que métaphore de la recherche de réalisme. En revanche. élargir l'espace du jeu avec le réel : tel serait le projet que les médias numériques promettent de concrétiser. un gendarme partie prenante de l'enquête. expert médecin légiste. La disgrâce des reality shows creuse. d'une ouverture sur le réel qui ne serait pas jouée d'avance"[38]. comme l'explique Christoph Jörg[37]. elles sont construites par l'interactant. L'animatrice s'appuyait sur la contre-enquête entreprise par l'équipe qui avait préparé l'émission. aujourd'hui. R. avec le modèle spectaculaire des actualités cinématographiques. Mais l'échec n'est apparemment jamais considéré comme définitif. de nouvelles réalisations viennent tenter de recoudre la vie et la fiction. Les fictions réalistes sont. au grand désespoir du principal protagoniste et de Philippe Alphonsi. sinon qu'ils renforcent le désir. débats en direct. faute de l'avoir satisfait. non contradictoire. renonçait à la diffusion. repérant les incohérences et les faiblesses du dossier pouvant conduire à réviser le procès. Faire jouer à l'infirmière ou à la vendeuse de grand magasin sa vie sociale réelle en la ponctuant d'intrigues ou de gags : ainsi se rejoignent la réalité "brute de décoffrage" avec "l'humour et l'émotion". les acteurs du drame : parents et proches de l'accusé. La télévision aurait désormais tiré les leçons de son échec à proposer l'expérimentation de la réalité par les moyens du spectacle. des moyens autrement plus efficaces que le petit écran se font jour. D'une part. Comme le dit Gérard Leblanc : "Rien n'a absolument changé avec les reality shows. une matrice d'où peuvent naître des séries. elles sont perçues comme barrières infranchissables.. Déplacer les limites. semblait dangereux pour la chaîne. elles deviennent le produit de l'action et de la perception et non plus leurs présupposés.). chargé des docusoaps sur Arte. Puis le langage se délie dans les années 1960 et vers les années 1980.. Mais. "le but de la scénarisation est d'immerger le téléspectateur dans le réel selon trois méthodes : filmer en direct. ou scénariser l'événement en suivant des personnages"[39]. à un moment donné d'un parcours. reconstituer le fait comme il a eu lieu. Ainsi Jean-Claude Soulages montre comment. inventeurs du genre. Le reality show est cardinal.

Enfin. Le marketing. télé-achat (six mille produits) puis. centre de télé-achat virtuel. progressivement. la généralisation de l'immersion pluri-sensorielle individuelle. nom donné à l'expérimentation de télévision numérique d'Orlando). pour les uns. son exploration interactive mordra sur les autres messages publicitaires qui lui succèdent. permettait d'effectuer une sélection thématique automatique en compilant un ensemble de sujets diffusés par les grandes chaînes de télévision ou les stations locales. expression plus nette encore de la formule spect-actrice en gestation. retour au réel oblige. découpées par thèmes et stockées sur les batteries d'ordinateurs du centre informatique. La chaîne NBC Sports envisageait d'offrir aux téléspectateurs l'équivalent d'une régie à domicile. Symétriquement. En France. On pénétrait dans les boutiques. programmes éducatifs et connexion à Internet. Sports-on-demand offrait. Des modem-câbles sont proposés qui devraient permettre d'afficher des séquences vidéos sur Internet de qualité similaire à celle de la télévision. En recul en Floride. L'opérateur national développe des canaux multimédias à grande vitesse et des accès rapides à Internet. économie. Les premières armes de la télévision interactive La télévision interactive exprime la recherche. exhibait ses galeries tridimensionnelles. Il ne restait plus aux abonnés qu'à choisir le (ou les) thèmes : Bourse. les entretiens avec sa vedette préférée. j'ai perdu -peut-être définitivement. l'affichage de photographies ou d'informations en vidéotexte. Très logiquement. la télévision interactive a refait surface à Hongkong où l'opérateur de téléphone Hongkong Telecom lançait. par exemple. à l'automne 1997 et après trois années d'expérimentation. L'un des services du FSN -TNX News Exchange. arts. loin s'en faut. la télévision numérique offre un accès à des univers simulés simplifiés. voir le match en surplomb ou derrière les filets de l'équipe adverse. loin d'assouvir le désir de participation et de rupture de la barrière représentationnelle. et en tous cas pour ce parcours. tourisme. les opérateurs de chaînes par satellite proposent. comme le réglage du hors-champ[40] par le spectateur.. etc. au contraire. Mais. puis collective). Avec FSN (Full Service Networks : "réseaux de services complets". déclencher un ralenti. revoir des séquences passées. la convergence entre l'univers de la télévision et celui du multimédia en ligne est une orientation majeure que la plupart des industries de ces secteurs concrétisent à leur manière. on a vu se profiler de nouveaux alliages entre émission et réception[41]. de l'expérience FSN montre que rien n'est encore vraiment stabilisé dans ce domaine). compressées. Shoppervision. Ces émissions étaient numérisées. tout cela finissait par un bon de commande sur lequel la frappe d'un code d'identification réalisait l'achat et déclenchait la future livraison à domicile. prolongement logique. en effet si un spot est retenu.l'accès à l'escalier vers le troisième étage. d'un compromis entre émission collective et réception personnalisée. si l'abonné le désirait. les matches de la journée ou de la semaine ou. Bosnie. Mais la maîtrise technique ne décide pas de tout. Ainsi se révéleraient les fondements de la tendance à l'incarnation croissante des représentants (la prochaine étape étant. Télévision et multimédia en ligne Quelles qu'en soient les formes..deuxième étage de l'aile Richelieu au Louvre. l'appétence pour un jeu ouvert avec le réel et n'aiguise encore plus le goût du franchissement de la barrière représentative. les réactions des publics ainsi que la maturation d'autres solutions techniques[43] détermineront les rythmes de mise en service de ces innovations (L'abandon.[42]. . on manipulait des objets pour les observer sous toutes leurs coutures. ne renforce. on consultait des catalogues. Suivre tel joueur plutôt qu'un autre. de véritables services de télévision interactive[44] tels que vidéo à la demande (plus de cent films dès l'ouverture). On peut faire l'hypothèse que l'assouplissement des bornes de la présentation. Toujours sur FSN. non sans illustrer immédiatement la contradiction fondamentale qui oppose média de flux et réception à la demande . dans le cadre télévisuel. pour les autres. avec la Réalité Virtuelle.conçu avec la rédaction de Time. la publicité interactive s'apprête à offrir ses écrans sur les chaînes numériques câblées[45]. France Télécom étudie différents moyens d'acheminer de la vidéo de bonne qualité sur les écrans des ordinateurs. des chaînes interactives de jeu ou d'opérations bancaires et. la consultation de sites Web avec hauts débits via le satellite pour l'arrivée et téléphone pour le départ. sport par sport. météo. au grand dam des responsables des régies.

En octobre 1998. sur le supplément multimédia. signalons que la nouvelle génération de supports numériques (DVD-Rom) incite des réalisateurs à inclure. etc. dont il nous appartiendra d'évaluer. de devenir l'un des supports de télédiffusion. on prélève -par un zapping permanent. Ainsi. la nature. en bas de page. L'abonné commence par répondre à une centaine de questions portant sur ses domaines de prédilection et. Apparaît une nouvelle forme de télévision à deux couches en quelque sorte. la possibilité de choisir un angle de prise de vue ou d'influer sur le déroulement d'une intrigue. de la nouvelle station de Radio-France -Le Mouv'. des "making of" du film. Enfin. Sous la pression des push technologies. et non des moindres. Il s'agit bien. en rapport. six canaux diffusant simultanément la tête de la course. avec la télécommande. dans chacun de ces domaines. suivre une course de Formule 1 sur CanalSatellite revient à sélectionner. il peut préciser jusqu'au détail ses préoccupations. est accompagné. voire des séquences non montées dans le film original. constamment alimentée par les nouveaux reportages effectués.un reportage personnel. la chaîne affiche un journal personnalisé qu'il est encore possible d'affiner en indiquant quelques mots clés supplémentaires. à quelques grands titres de la presse quotidienne et à une quarantaine de magazines thématiques (des sciences et techniques à la chasse en passant par l'alpinisme et l'arboriculture). Balayant ces gigantesques sources documentaires.cam (caméra vidéo installée en permanence dans le studio) qui ne permette à l'auditeur-Internaute curieux de s'introduire à tout moment dans les locaux de la station. dans la logique des médias de flux. ultérieurement. l'abonné voit défiler. La chaîne est bien sûr alimentée par l'énorme fond documentaire de CNN. BD par exemple)[47]. câblées ou par satellites. dès la conception du film. ont pu télécharger des logiciels sur leur ordinateur (jeux. chaîne multimédia à destination aussi bien . la nouvelle chaîne multimédia audiovisuelle éditée. comme dans la navigation classique. Des liens hypermédias permettent de parcourir la base de données. Un concert. outre des films d'une très grande qualité visuelle et sonore. le zapping s'approche un peu plus de la navigation dans un hypermédia (CD-Rom ou Web). une navigation pour visionner des interviews des acteurs. Enfin. démultipliant la quantité d'information inscrite sur le disque[46]. Ce support.) et recevoir des véritables magazines multimédias en liaison avec les émissions vidéo diffusées sur la chaîne (science-fiction.est d'emblée conçue pour être déclinée en ligne sur Internet. Alors qu'il consulte son journal. par exemple. à des sites extérieurs. logiciels en promotion. un forum de discussion rassemble les auditeurs et les animateurs de la chaîne. d'une discographie. Bref. dernier.Alors que les réseaux télévisuels tentent de conquérir l'interactivité des réseaux numériques. Outre l'écoute directe sur le site. Cette évolution affecte aussi la radiodiffusion. Il n'est pas jusqu'à l'existence d'une Web. Depuis le mois de mars 1997. courtes vidéos et séquences sonores. ceux-ci convoitent. apparaissent sur Internet. la sélection possible des textes des chansons tout comme l'affichage des jaquettes des disques ou la sélection des reportages récemment diffusés transforment la station en chaîne multimédia. pousse déjà les éditeurs à offrir. entre chaînes de télévision. On ne regarde plus la transmission de l'épreuve. de même que des prises non retenues ou encore des fins différentes de la version connue. des chaînes multimédias spécialisées. approfondit le Webcasting dans des proportions inégalées. diffusée jusqu'en 1998 sur CanalSatellite. De nouveaux alliages temporels entre réception de flux et navigation interactive apparaissent. à l'inverse. selon les thèmes retenus. par CNN (CNN Custom-News). "poussées" sur son écran. services sur le Web et opérateurs du téléphone des alliances mouvantes se trament. L'interactivité est l'une des principales directions visées. des nouvelles fraîches. le pilotage (grâce à des caméras embarquées dans le cockpit) ou encore l'activité dans les stands. d'articles de presse ou d'extraits d'autres enregistrements. et donnent accès. Dans la même perspective. Les abonnés à la chaîne C:. exemple. avec ses centres d'intérêt. que seule la spécificité musicale marque comme station de radio. Elle est aussi reliée aux principales agences de presse. Ce journal multimédia combine textes. La couche multimédia fait office de fenêtre approfondissant le sujet de l'émission. et à diffusion permanente. Reuter annonçait le lancement de NewsBreaker. Avec l'ajout de reportages sur les pilotes et les écuries. la programmation. totalement numérisée. de "pousser" l'information vers l'utilisateur et non de "tirer" celui-ci vers l'information. en 1997.

ce sont les entreprises. et il permet d'amener à la politique des gens qui ne s'y intéressaient pas par le passé. dans de multiples domaines de la vie sociale. dans un premier temps tout au moins. que le média télévision (comme la radio) est en redéfinition sous la pression des réseaux numériques. contacts et confrontation se déroulent sans déplacements physiques. renforceront la liberté de mise en forme des pages reçues.). Mais l'éclosion de multiples sites accueillant des forums de discussions transversales entre citoyens signe l'émergence d'autres modalités de participation[50]. Certes.. les jeux de gouvernement (dans la lignée de Sim City) et les jeux vidéo[53].de référendum gouvernemental électronique refont surface.. Nous n'avons pas encore d'exemples frappants de simulations de scénarios politiques proposées au grand public. pour des liens moins hiérarchiques est sans doute l'une des principales raisons du succès d'Internet. l'inanité d'une légitime . D . des conclusions radieuses : "En plus.L. L'Internet a créé un nouvel espace de débat politique.M. Baigné dans l'atmosphère éthérée du cyberespace. que ces demandes d'information. Interroger les candidats et recevoir des réponses circonstanciées relève déjà d'une circulation d'information moins unilatéralement polarisée. et permettront d'y insérer des informations élaborées par l'internaute lui-même. Le média devient lui-même un terrain d'affrontement entre les militants qui créent des sites et rivalisent d'ingéniosité pour afficher leurs convictions. D'autant que les nouvelles générations de langage de conception de site (X. aux états-Unis. Faut-il en conclure que l'ère des grands rassemblements qui font vibrer à l'unisson des milliers de supporters. notamment sa valeur "cultuelle" (rassemblement autour d'événements phares assurant une participation sociale commune). bien entendu dans d'autres sphères que l'information politique. et précisément par ses modes internes de gouvernement[52].des opérateurs de chaînes de télévision que des particuliers via Internet. tout le monde. et notamment dans le domaine judiciaire. tracts et lettres] sans aller à une réunion électorale ou passer au siège de la campagne. montrent assez clairement. Et. la discussion publique et les initiatives locales. etc. via les réseaux Intranet.. Mais son unité technologique est en passe de se fractionner et ses modes d'usages en seront sans aucun doute redessinés[49]. pour une part. Cela ne signifie pas qu'il va être absorbé dans les réseaux numériques et perdre toutes ses spécificités. pourfendre les idées adverses et convaincre les hésitants. par exemple. que nous aurons l'occasion de retrouver pour en apprécier les formes temporelles inédites. qui proposent dans les dernières versions de leurs navigateurs.T. Trois sources d'activités peuvent venir donner chair à cette perspective : les simulations stratégiques militaires. on voit se multiplier des extrapolations. où les formes même de la vie politique serait redéfinies par Internet. une extension progressive aux particuliers semble. c'est le moins que l'on puisse dire. Il n'est certes pas anodin. Les tribunaux. Parions que ceci ne saurait tarder. ce goût renforcé pour une expérimentation directe des propositions. de multiples observateurs ont souligné l'importance nouvelle d'Internet. l'usage du réseau ne fait que translater. où qu'il soit.) succédant à H. les idées -anciennes. qui formeront la clientèle principale des technologies push.M. des abonnements à des bouquets de chaînes. Même si. D'ailleurs. par exemple.L. probable. Mais désormais l'argumentation dans la controverse politique se voit renforcée grâce aux médias qui facilitent les relations personnalisées. (Nous aurons l'occasion d'approfondir ces questions dans le chapitre suivant qui traite plus spécifiquement d'Internet comme modèle politique). Fortes de cette nouvelle démonstration. des formes antérieures de propagande (spots télévisés. Netscape et Microsoft[48] ne sont pas en reste. Ces évolutions. Sur les sites ouverts par les deux concurrents. à terme."[51]. ont de plus en plus fréquemment recours à des simulations en images de synthèse tendant à démontrer. peut les obtenir [les brochures. la défense et l'illustration des programmes respectifs ont redoublé les classiques moyens de propagande.Vers l'expérimentation de l'information Balbutiements d'expérimentation politique Dans la dernière campagne présidentielle américaine. La "pulsion" expérimentatrice s'exprime. un conseiller spécial de Clinton tire de cette économie de mobilité. est terminée ? Rien n'est moins sûr.

Des conversations directes avec des experts leur étaient proposées. de nombreux groupes de discussions ont vu le jour. l'expérimentation de l'information commence à investir les supports adaptés à ses logiques. pour ce faire. les réponses des experts aux questions juridiques posées.défense invoquée par la Police alors que la victime. CNN a édité. la police. Sur ce terreau fertile. bagues fixées sur le doigt dirigeant une main modélisée qui parcourt l'image à volonté[56]. ont adapté un logiciel pour converser librement avec une créature à l'écran. conçoivent des interfaces adaptées : bracelets qui permettent de diriger les mouvements des belles virtuelles. déplacement de point de vue. fin 1994. Hors services privatifs. des ingénieurs spécialisés en Intelligence Artificielle. La modification interactive des paramètres de vision des scènes (vue subjective. portant sur la connaissance qu'ils avaient de l'affaire. Des clips audio des moments forts du procès (témoignages. dessins des médecins légistes incluant les traces de coups de poignard ainsi que le texte intégral des comptes rendus du procès. épreuves érotiques Demeurons dans l'aire "sulfureuse" en élargissant le champ de l'épreuve interactive aux CD-Rom pornographiques. mais parfois ils jouent un rôle de premier plan. Et des prothèses encore plus proches des organes sexuels sont à l'étude. conçus selon la logique des systèmes à retour d'efforts expérimentés dans les applications d'arrimage mo- . le confirme. On constate que. etc. On pouvait aussi accéder à des banques de données juridiques ou participer à des groupes de discussions. examinant. S'y bousculent la foule. on le sait. et s'affiche la course poursuite sur les autoroutes de Los Angeles. et. ce marché est soumis à une pression innovatrice pour la mise au point d'interfaces idoines. bien entendu quantité de problèmes (notamment financiers et d'égalité face à la loi). l'interroger et lui donner des ordres (dont on devine la teneur). avait déjà été atteinte. on chemine dans des vidéos montrant l'état sanglant des lieux découverts après le meurtre. mais le dynamisme du marché de "l'animation judiciaire" peut nous persuader que la démarche expérimentatrice est dans l'air du temps. Le spect-acteur poursuit son exploration entrant dans les méandres de la procédure. spécialement autour de la fameuse question du supposé parti pris raciste des enquêteurs. un attrait considérable aux ÉtatsUnis. Ces développements sont loin de convaincre systématiquement les jurys. des pièces du dossier telles qu'une photographie du visage tuméfié de la victime après l'une de ses confrontations musclées avec son mari. réquisitoires) étaient disponibles ainsi que. Deux clics sur le dossier "L'arrestation". A coup de clic. On peut aussi écouter une ancienne bande audio où la femme du footballeur. l'autre grand service d'informations en ligne. Le développement d'une véritable industrie de la preuve expérimentale par reconstruction simulée -une cinquantaine d'entreprises s'y sont déjà spécialisées[54]est d'autant plus remarquable qu'elle est souvent sollicitée par les procureurs eux-mêmes. bien que de nature plus informative. La reconstitution du procès relatif à "l'affaire Simpson" a considérablement accéléré le processus. plaidoiries. terrorisée. Sur America On Line. Ils posent. préalablement à leur nomination. Des concepteurs américains préparent d'autres jeux roses très interactifs. à l'occasion de grandes affaires judiciaires. à la demande. "L'affaire Simpson" Le traitement télévisuel des affaires judiciaires de mœurs exercent.) assure une confrontation concrète des thèses opposant les parties. fatalement. un CD-Rom édifiant[55]. Les abonnés à Compuserve pouvaient aller chercher directement les documents publics de l'affaire sur des bases de données : photos officielles. par exemple. et la controverse y a battu son plein. on trouvait aussi les questionnaires que les jurés avaient dû remplir. appelle les urgences policières. Les CD-Rom érotiques deviennent une plate-forme d'essai pour des interfaces et des scénographies beaucoup plus "impliquantes" que la simple navigation dans des images ou des séquences vidéos. Une autre reconstitution virtuelle a prouvé qu'un accident de circulation ne pouvait qu'impliquer la responsabilité du conducteur. comme des sexes virtuels clonés à distance. Exploitant la dimension naturellement interactive de l'échange langagier. à terre. La création de sites Web ou l'édition de CD-Rom.

les composantes élémentaires de la culture de l'image actée.) et qui distinguerait les modes de sollicitation fantasmatique dans leurs rapports aux différents types d'inscriptions et à leur mise en jeu fantasmatique. par exemple). photographies. tirant profit des compétences de chacun). un raccourci trompeur. par exemple. (On peut se demander. prolonge les formes antérieures de transports sexuels (contes. et. à l'antenne. communications téléphoniques. Le cadre scénographique de l'image actée L'expérience interactive s'impose comme scénographie hors de l'aire strictement informative. récits littéraires. faute de temps. mais construire des scripts exploitant les ressources documentaires rassemblées. Réalité Virtuelle en réseau). auprès de dizaines de millions d'adeptes. le téléspectateur pourra accéder. Minitel rose. la production multisupport brise la finitude de l'émission de télévision. À cet égard. Nul étonnement à ce que l'activité sexuelle soit l'objet de recherches visant la présence à distance. films. Que le fantasme puisse être considéré comme une" technologie" érotique ne surprendra personne. derrière telle séquence. avec ces propositions. de ce point de vue. parviendra aussi bien à s'imprimer dans ce nouveau système de contraintes : un excellent auteur de films peut se révéler un piètre concepteur de CD-Rom. en organisant pour cela une navigation documentaire. un large espace d'expansion. c'est-à-dire à l'ensemble des rushes. éducatif ou. un sujet plus long est disponible.[58]. si la "patte" d'un réalisateur. Il s'agit là d'une réorientation majeure pour les auteurs qui devront. La production "multisupport" Développée notamment par l'INA.. qui lui-même renvoie à un ensemble de documents"[57]. Miser sur "l'auteur collectif" est peut-être. érotique qui se répand aujourd'hui dans les domaines de l'information socio-politique et culturelle. bandes dessinées. il est envisagé qu'à terme. archives et images associées. le public puisse avoir accès aux outils utilisés par les auteurs afin de fabriquer d'autres programmes hypermédias avec le stock de matériaux rassemblé par l'équipe initiatrice. Le partage. Le cybersex. dont une infime partie seulement est diffusée. en effet. à terme. À terme. c'est le redéfinir : toute remémoration est aussi une interprétation actuelle). par exemple. sur ce point. les jeux vidéos ont servis de plate-forme expérimentale diffusant. (Revivre le passé. Lors de la présentation du programme sur une banque d'images. ici aussi. Mais faut-il conserver les guillemets à "technologie" ? On peut aussi appréhender le fantasme. échelonnée sur chacun de ces supports (contes. Évidemment dispositions inédites. publications qui "entourent" l'article publié dans le titre papier et devienne accessibles dans l'édition électronique). banque d'images. non plus sélectionner des matériaux pour servir un propos unique dans un format délimité (le fameux 52 minutes. On pourrait d'ailleurs construire une histoire des transports sexuels à distance. rapports. à la production "grise". grâce aux logiciels idoines disponibles. directeur du département Innovation à l'INA explique : "Si nous avons dix heures d'interview de Nathalie Sarraute. même inégal. source de remaniements profonds dans la structure des rapports auteurs/public et l'expérimentation de l'information trouverait. etc. Aujourd'hui apparaissent des propositions qui signent une radicalisa- . l'objectif n'est plus de produire des émissions mais des ressources documentaires déclinables dans plusieurs directions : films. pour le téléspectacteur qui passera d'un régime réglé sur le flux linéaire temporel à une proposition d'exploration en profondeur rejoignant celle qui s'impose avec les hypermédias (CD-Rom et sites Internet). au delà de l'émission diffusée. Plus radicalement encore. etc. des outils logiciels entre professionnels et amateurs avertis[59] est. Dès la phase de production. CD-Rom.léculaire en Réalité Virtuelle. Bref l'équivalent "audiovisuel" de la consultation de l'environnement documentaire dans la presse en ligne (dossiers. ludique. ainsi que le souvenir ou encore l'imagination comme des technologies de mise à distance et de transport qui empruntent les voies tressées du langage et du souvenir perceptif inscrit. aussi. films. Et c'est bien cette structure d'appropriation largement diffusée dans les champs narratif. Mais sans doute aussi faut-il imaginer une redistribution plus collective du travail dans un tel cadre.. images de synthèse interactives. Ainsi Bernard Stiegler. un indicateur pourra signaler que. pourquoi ne pas les proposer aux téléspectateurs intéressés ? Une bonne partie pourrait être mise en ligne en accompagnement de l'émission de 45 minutes.

La maxime émergente "cru parce que expérimentable" pose des problèmes bien plus complexes. on est passé. pour certains. expérimentateur en diable. par touches successives. la présence à distance demeure une scénographie. plus véridique. braquage.dans la vie réelle. Ainsi. que la preuve télévisuelle. un jeu de course automobile d'un réalisme surprenant déployant l'arsenal du décorum des circuits (seize circuits évoquant les univers de Blade Runner. Mais cette construction individuelle recèle des limites. La formation d'une légitimité.Une expérimentation véridique. Gardons-nous des mirages objectivistes qui assimileraient vérité et expérimentabilité. on parviendrait à une présence directe -im-médiate.tion de cette scénographie de l'interaction. les créateurs de Pod vont concevoir les nouvelles versions du jeu en s'inspirant de l'imagination des adeptes du site.) et multipliant les degrés de réglage des engins (accélération. Évitons de distiller l'illusion qu'avec ces formules d'expérimentation. Ces modèles sont-ils de fidèles représentants ? Où se situent leurs limites. où les participants sont à la fois acteurs de leur spectacle et spectateurs de leurs actes. authenticité et réalisme des doubles. Un forum sur Internet.). Mad Max. L'expérimentation virtuelle est aussi une médiation. leurs points aveugles ? La modélisation est. Pod est. exactitude et similarité des représentants. etc. bref. Mais l'innovation fondamentale réside ailleurs. articulé en rhétoriques cohérentes. bouclant le circuit. permet aux "mordus" de concevoir de nouveaux circuits dans lesquels ils peuvent inviter des concurrents. L'événement est mis en maquettes. un autre pour les Noirs. plus construite. ce n'est pas qu'il serait plus "réaliste" que l'ancien mais qu'il est construit selon des procédures plus homogènes aux exigences de l'incarnation croissante et à l'espérance d'une élaboration individuelle d'un point de vue. Mais ces formes obéissent à de nouvelles distributions de rôles ainsi qu'à des systèmes de valorisation inédits. peut voir. une épreuve opérationnelle. Le processus informationnel sera l'aboutissement d'une épreuve publique de légitimité (au sens où la légitimité scientifique s'acquiert à travers la confrontation publique des hypothèses). De nouveaux véhicules peuvent aussi être fabriqués avec des caractéristiques techniques propres. précisément cru parce que tout le monde. S'éloigner du circuit et visiter les paysages présente. Dissipons toute croyance en la possibilité d'une expression directe de la réalité. et que la séparation entre l'information et l'événement serait abolie. l'idée . On renvoie au public le soin de choisir ses présupposés : un procès pour les Blancs. Fonction miroir de l'expérimentation : en cela elle n'est ni plus véridique. Gagner la course n'est plus alors l'unique objectif. adhérence. plus expérimentable. sans mise en scène ? Le spectacte est-il à l'abri du soupçon ? Doit-on lui reconnaître une meilleure aptitude à convoyer la vérité grâce à son expérimentabilité ? Peut-on considérer que l'ingénierie interactive serait. autant d'intérêt. qu'elle ne recèlerait aucune mise en scène ? Non. qui. Elle altère. Nouveau régime de vérité et de légitimation "relativiste" Si elle devient plus charnelle. et dans le domaine social une épreuve herméneutique. au départ. viendrait s'inscrire. Ce qui diffère dans le nouveau régime de légitimation de la croyance. ni moins. l'interactivité se joue dans un théâtre. E . l'émergence d'un point de vue. apparaît comme la mise à l'épreuve d'un ensemble d'a priori. qu'elle approcherait de plus près l'événement qu'une narration ou un reportage filmé . etc. Curieux procès. c'est le cas de le dire. sans travail de construction. elle. elle est tout simplement plus adéquate à l'esprit du temps. par constitution. qui. d'un jeu vidéo à une expérimentation collective d'un cadre scénographique. sans médiations. dans le domaine de l'ingénierie. On n'expérimente que ce qui a été modélisé de manière pertinente. sur l'écran des ordinateurs. par nature. fonctionne selon la formule "cru parce que vu" et. Les voitures concurrentes sont dotées d'une "intelligence propre" de la course assez évoluée. de légitimitation. L'exemple du jeu Pod illustre parfaitement cette évolution. Et finalement. y compris les experts. Quels partis pris le CD Rom modélisant le procès Simpson aux États-Unis exprime-t-il ? Sur quelles ignorances est-il édifié ? Quelles interprétations juridiques sont-elles à sa source ? Ces questions affleurent obligatoirement dès lors que l'interrogation et les choix de circulation sont délégués à l'interactant. l'information sera moins indicielle. transparente.

d'une vérité unique et engendre, le plus naturellement du monde, la relativisation de toute démonstration, de tout jugement. Ce qui est essentiel, c'est le mouvement de consolidation réciproque entre progrès dans l'incarnation tangible des représentants et fondation culturelle de la vérité sur l'expérimentabilité. La figure du réalisme aurait ainsi changé de costume : d'une facture essentiellement liée à la capture visuelle, elle est en passe de se lier au test pratique. Et la représentation virtuelle numérique permet, à la différence du spectacle audiovisuel plat et plein, d'inclure dans le spectacte, une multiplicité de vues, éventuellement contradictoires. À charge pour le spectacteur de choisir, l'angle (ou les angles) d'éclairage qui lui convient. Transfert de source de légitimité, de l'émetteur vers le récepteur, telle serait la mission, ou le fantasme de la présentation virtuelle. Et l'on perçoit immédiatement certaines apories qui en découlent. Le récepteur peut-il devenir la seule source de légitimation des informations et de leurs mises en récits ? Évidemment pas. Le paradigme de l'expérimentation n'affirme pas l'extinction des foyers qui surplombent l'acteur individuel et irradient les normes sociales, foyers à travers lesquels l'expérience est à la fois vécue et construite. La référence au groupe n'a pas disparu dans ces jeux expérimentaux, elle s'est simplement assouplie, libérant des espaces de parcours singuliers. On ne saurait substituer une caricature à une autre en échangeant le modèle hétéronome des massmedia supposés conditionner le social avec celui de l'expérience, laquelle assurerait la parfaite autonomie d'une subjectivité individuelle. Il faut, en revanche, prendre la mesure de la mise en critique généralisée et du relativisme que le dispositif expérimentateur du spectacte véhicule et induit à la fois. Vouloir croire : la fonction "communautaire" vaccine-t-elle la télévision contre la crise de confiance ? Pour caractériser la crise du régime classique d'adhésion, j'ai surtout insisté sur l'affaiblissement du pacte visuel, le vacillement du régime de vérité fondé sur le "voir pour croire". Deux aspects de la question méritent une discussion : l'accompagnement langagier de l'image télévisuelle et surtout le sentiment communautaire, qu'on peut aussi appeler la valeur "cultuelle" de la télévision. En effet, l'image télévisuelle apparaît rarement isolément. Elle est mise en scène par un discours, un commentaire omniprésent qui cadre, définit, contextualise les images montrées. Le régime de croyance propre à la télévision serait donc non pas "croire ce qu'on voit" mais "croire ce que le commentaire fait voir ". C'est un fait universel, le cadrage langagier ne contraint pas mécaniquement la signification. Par ailleurs, lorsque le sujet est brûlant, le commentaire se heurte -et ceci, depuis toujours- aux horizons d'attente basés sur les convictions et engagements préalables des publics. Outre ces données générales, l'activité discursive est majorée dans le contexte actuel de la crise de confiance, dans la mesure où elle doit vaincre en permanence le sentiment partagé que "les médias nous trompent". D'où une surcharge souvent pénible, -un appareil de persuasion redondant- qui tente désespérément de rattraper le déficit d'adhésion et qui participe finalement à notre désaffection[60]. Venons-en maintenant à la valeur cultuelle de la télévision, soit encore sa fonction de lien social. Cette question ouvre à une discussion plus complexe. Le sentiment que des millions de personnes sont rassemblés dans une même vision à distance leste l'événement télévisuel d'un crédit incontestable. Croire c'est aussi faire partie d'une communauté, avant d'être un exercice intellectuel. L'adhésion procède d'un mouvement volontaire, ou plutôt nécessaire : "entrer dans l'orchestre" comme le dit Daniel Bougnoux. Appartenir à une communauté, serait-ce une communauté séparée comme celle des téléspectateurs, engage, selon de toutes autres modalités (l'intérêt, le maintien des liens,...), qu'une opération raisonnée dissèquant la validité d'une proposition. La dimension cultuelle, religieuse de la télévision, au sens propre du terme, la prémunirait-elle donc de l'altération "fiduciaire", au sens de la perte confiance dans la "monnaie" du visible ? Et la formule émergente "cru parce que expérimentable" demeure-t-elle valide dans ce contexte de l'adhésion engagée ? Je le pense, pour l'essentiel. S'il est vrai que la fonction communautaire assure pour une grande part la pérennité du modèle massmedia -et la réception simultanée a donc encore de beaux jours devant elle- cette fonction n'est pas à l'abri des transformations en cours. J'ai le sentiment que cette fonction communautaire joue plus sur la dimension narrative -le besoin que l'on nous raconte les mêmes histoires- que sur un plan informatif ou cognitif : croire les experts ou les

médiateurs patentés. C'est plutôt cette deuxième opération qui est taraudée par le désir d'expérimentation. Et la force de cette option, c'est qu'elle assure un compromis acceptable entre une participation intime -par l'entremise de modèles- et un risque limité, c'est-à-dire un engagement protégé par la distance. Mon hypothèse ne conclut d'ailleurs ni à la disparition future de la télévision, ni à celle du "grand public", mais à l'effritement de son pouvoir référentiel et persuasif au profit d'autres régimes de croyance appuyés sur les pragmatiques socio-techniques de l'expérimentation. Par ailleurs, la fonction cultuelle est à la source de controverses sur les rapports média de masse/espace public. En effet, au moment où se multiplient les signes annonciateurs d'une baisse de régime "fiduciaire" des massmedia, se font jour des évaluations quelque peu nostalgiques. Elles suggèrent que les massmedia, comme forme, sont peut-être inséparables de l'idée de démocratie (c'est le point de vue, par exemple, de Dominique Wolton[61]). Dans cette perspective, en ces temps de rigueur individualiste, le grand public serait plutôt une réserve de liens sociaux à protéger qu'une survivance totalitaire à dissiper. Comment en effet penser un espace public qui ne serait plus construit selon le modèle de la pyramide ? D'où viendraient les références communes à l'expérience, les normes réglant l'échange ? Ceux qui partent en guerre contre les formes diffractées de l'espace public -telles qu'Internet- défendent, je crois, une conception rigide et archaïque de l'espace public. Présupposant un lien consubstantiel entre média de masse et démocratie, ils restreignent la crise de la démocratie représentative à ses aspects régressifs (le Monicagate, par exemple), oubliant que même à travers cet épisode scabreux se manifeste une véritable recherche de rapports latéraux, non ou antiétatiques. Ils ramènent les modalités actuellement encore dominantes de la médiation, à des formes absolues et veillent jalousement sur le monopole professionnel dont ces formes jouissent encore et que certains usages d'Internet, notamment, menacent (ce qui -on s'en expliquera- ne signifie pas un épuisement de la médiation comme principe). Demeure la question des formes de l'espace public que dessineraient les scénographies hybrides mêlant simulation, réception directe, accès à des banques de données et échanges latéraux. Qu'induiront ces nouveaux cadres de réception/action ? Ils posent effectivement nombre de questions quant à la détermination de références communes dans l'échange social. Ne concluons pas trop vite à leur disparition, si tant est que ces références "transcendantes" qu'on croyait disparues ressurgissent souvent à travers le processus même qui les disperse. On doit même constater que ces processus sont inducteurs de relations spécifiques, y compris locales, à l'image des regroupements, associations, communautés nés de la fréquentation des réseaux. Ils sont aussi à l'origine de liens collectifs, comme l'automatisation de la médiation sur Internet, dont nous reparlerons. Ces processus définissent des normes communes, y compris morales, dans l'affrontement à l'État et aux groupes privés. Et l'on pourrait même aller jusqu'à considérer la présence à distance comme l'un de ces ciments collectifs. Ces nouvelles formes de lecture par navigation -qui s'opposent, par nature, aux logiques du l'instantanéité- enrichissent l'éventail des pratiques de communication. Elles réévaluent ce que signifie "s'approprier", rajeunissent la notion de durée. Et ce n'est pas la disponibilité technique de ces nouvelles formes de lectures qui, par contagion d'usages, transformerait le "grand public" des massmedia en enquêteurs attentifs, recoupant les sources et testant des interprétations. C'est plutôt l'inverse qu'il faut considérer : l'émergence de ces dispositifs expérimentaux comme indice d'une redistribution des normes de croyance. Et finalement, pour évaluer ces conclusions, il conviendrait de les appliquer récursivement à elles-mêmes. Ce qui revient à observer dans quelle mesure elles peuvent servir à nourrir de nouvelles expérimentations de l'information modélisée. La tendance à l'incarnation des représentants est-elle d'origine technologique ? La formulation de notre question sur les fondements techniques du mouvement d'incarnation laisse effectivement entendre qu'il serait possible d'autonomiser le facteur technologique dans l'ensemble des déterminations à

l'origine du phénomène. Laissons de côté, ici, une discussion sur la possibilité même d'isoler le technique du symbolique et admettons, sous réserve d'inventaire, cette hypothèse. Dans quelle mesure cette critique d'un déterminisme technologique pourrait-elle alors s'appliquer à notre hypothèse centrale postulant l'émergence d'un paradigme de l'expérimentabilité virtuelle comme nouveau régime de croyance ? Serait-ce un mouvement technique -la réflexivité des programmes informatiques et la numérisation de l'information- qui provoquerait la déstabilisation de notre régime visuel de croyance[62] ? Ou, dit autrement, la tendance à l'augmentation de l'incarnation des représentants puise-t-elle son énergie dans la sphère de l'innovation technologique ? Notons d'abord que la vocation expérimentatrice n'est pas né avec les technologies numériques interactives. Ce désir a sous-tendu toutes les technologies de représentation : dessin, perspective, photographie, cinéma muet, parlant, etc. On peut en effet considérer que l'appétit pour l'expérimentation est déjà manifeste dans la production de représentants analogiques. Cette tendance s'est adossée à un mouvement social et culturel, en Grèce antique avec l'émergence de l'apparence comme question éthique et pratique. Elle s'est renouvelée et accentuée lors de la Renaissance (imprimerie, perspective), et a été décuplée par la révolution industrielle (photographie, enregistrement). On peut en effet lire l'histoire des techniques de représentation, au moins depuis le XIXe siècle, comme une quête de modèles sans cesse plus proches de la réalité référentielle, et pour cette raison plus ductiles. L'invention de la photographie a joué un rôle majeur dans cette accélération. L'enregistrement est, à cet égard, une rupture essentielle. Mais on ne saurait comprendre les intentions profondes -explicites et muettesqui sont à la source de la photographie en ignorant la dimension proprement expérimentatrice de la perspective, de la lanterne magique ou encore de la géométrie descriptive, véritables technologies propices à inventer d'autres technologies, torpilles exploratrices lancées pour investir à la fois le monde et la perception humaine. La dimension représentative -imiter le monde- n'est que l'une des faces de ces exercices démiurgiques. L'autre réside dans leur fonction poïétique : l'émergence d'un univers inouï, totalement hétérogène à ce que l'expérience humaine avait conçu jusque-là. L'inscription visuelle permanente d'une co-présence passée dans la photographie en est un exemple type. La prise de vue photographique est d'emblée une prise de temps. Ce geste participe de l'auto-construction d'un rapport au temps, où le passé peut être re-présenté. Il constitue aussi une expérience sociale princeps de l'automatisme et, depuis la fin du XIXe siècle, de l'instantanéité de l'enregistrement. Ainsi le mouvement d'expérimentation dans la production de représentants possède des dimensions tout à la fois corporelles, mentales et axiologiques : blocs de gestes, d'attitudes corporelles, de dispositions d'esprit, d'épreuves perceptives et de systèmes de valeur. Ce serait donc plutôt une tendance techno-culturelle profonde, de nature anthropologique, qui serait à la source du mouvement d'incarnation croissante des représentants. "Techno-culturel" désigne ici une dynamique née, non pas directement dans la sphère de la production de biens matériels mais dans celle des activités scientificoartistiques (la photographie ne se rattache pas directement à la lignée des machines énergétiques, ni le cinéma). Nous avons déjà tenté, dans le 1er chapitre, de montrer dans quel complexe de déterminations -langagières, scientifiques, imaginaires- il convient de situer la notion de présence à distance. Cette tendance constituerait même, répétons-le, un fondement anthropologique, si on considère que le mouvement de substitution et de transport de la présence à distance se confond avec le processus d'hominisation lui-même. De nouvelles distanciations La forme télévisuelle borne les limites de la tentative de faire se rejoindre le spectacle et la vie. Impliquant ce que, par abus de langage, on nomme le "temps réel"[63] (quasi-coïncidence de l'émission et de la réception), elle interdit un retour sur le message autre que mental. Et l'on connaît la difficulté d'un tel exercice. Que la télévision tente de mettre fin à la séparation entre spectateur et spectacle, c'est une chose mais qu'elle y parvienne, c'en est une autre. Et on a vu les apories de cette tentative. Il est courant d'entendre et de lire que les images électroniques sont indicielles, fascinantes, séductrices, charnelles, obsédantes, aveuglantes, hallucinantes et qu'elles tiennent de ce fait une place déterminante dans notre système politico-médiatique. Or, selon notre hypothèse, les images électroniques de télévision ne sont pas trop charnelles, mais plutôt insuffisamment. D'où le

désenchantement qui commence à les assaillir. La forme moderne de spectacle que constitue la télévision incite à revisiter, sous l'éclairage de l'incarnation, des figures plus anciennes. Il est remarquable que dans la première livraison de la revue Les Cahiers de médiologie[64], intitulée : "La Querelle du spectacle", une proportion quasi majoritaire des articles prend, totalement ou partiellement, le théâtre comme référence du spectacle. Ce qui revient à considérer que la forme matricielle du spectacle est le spectacle vivant, plus précisément encore -car la danse ou le concert possèdent aussi cette qualité- le spectacle vivant parlant, la mise en scène des récits. La question de la séparation entre le spectacle et le spectateur est l'un des axes cardinaux des réflexions développées. De multiples exemples d'assauts livrés contre le clivage scène/salle, acteurs/spectateurs viennent illustrer la tendance à l'immersion dans le spectacle. Dans un article d'ouverture de la revue, Daniel Bougnoux[65] érige même la rampe, matérialisation de la séparation entre la scène et la salle, en symbole de la coupure sémiotique. Mettre la scène au milieu des spectateurs (Mnouchkine), faire le spectacle avec les spectateurs (Living Theater), transformer le spectacle en agitation politique (agitprop), les formules n'ont pas manqué qui participent de cette volonté d'abroger la loi qui cloisonne physiquement l'espace fictionnel (rappelons que ces assouplissements scénographiques sont déjà présents dans le théâtre grec classique avec l'installation des chœurs qui représentaient les spectateurs dans le spectacle et signifiaient ainsi l'existence d'un ailleurs du récit, lieu permettant son interprétation et sa critique). Glissons une hypothèse. Ce serait le mouvement d'incarnation croissante dans le transport de la présence à distance qui fonde ce recours nostalgique à la co-présence charnelle hic et nunc. Curieusement, ce n'est pas la télévision, forme spectaculaire massive, qui est prise comme archétype, ni le cinéma. Avec le spectacle vivant, l'idée d'une parenthèse insérée dans le flux quotidien, un moment inédit et non reproductible de communion -spectateurs/acteurs et spectateurs/spectateurs- s'impose comme définition du spectacle pur. L'enregistrement, entraînant la reproductibilité audio-visuelle à l'identique (cinéma, télévision) souille cette co-présence, ce souvenir d'un événement original et unique[66]. Prise d'empreinte d'un instant, par constitution, passé, l'enregistrement se situe à l'un des deux pôles opposés au spectacle vivant (l'autre est le spectacte). Photographie, toucher et co-présence La photographie a ceci de paradoxal que, dissociant la temporalité du partage de l'expérience, elle fonde néanmoins son "réalisme" sur une co-présence passée et constamment revivifiée. La nature de la certification réaliste propre à la photographie demande à être questionnée. Dans cette accréditation d'authenticité -la photographie comme inscription indubitable d'une co-présence passée- le contact et le toucher à distance jouent, on le verra un rôle central. Bernard Stiegler aborde ces questions dans La technique et le temps : "L'intentionnalité de la photographie est la Référence comme certitude que la chose photographiée a été"[67] et d'enchaîner sur Roland Barthes : "J'appelle 'référent photographique' non pas la chose facultativement réelle à quoi renvoie une image ou un signe, mais la chose nécessairement réelle qui a été placée devant l'objectif, faute de quoi il n'y aurait pas de photographie. La peinture, elle, peut feindre la réalité sans l'avoir vue"[68]. Nous décelons une hésitation dans cette certitude de réalisme. Et d'abord dans l'identification, qui semble aller de soi, entre réalité et réalité visuelle. La seule réalité dont peut se prévaloir le "référent photographique" est chevillée à la perception visuelle, c'est-à-dire au sentiment que voir équivaut à s'assurer de la réalité physique, tactile, sonore [...] de l'objet, même si on n'en fait pas l'expérience kinesthésique. La photographie engage une théorie prédictive qui opère par réduction phénoménologique de la sensorialité à la vision. Que cette équivalence fonctionne comme évidence en dit long sur le primat actuel de la vision sur tout autre vecteur perceptif. Roland Barthes : "dans la photographie, je ne puis jamais nier que la chose a été là. Il y a double position conjointe : de réalité et de passé"[69]. L'auto-conviction réaliste fonctionne, en fait, en parcourant une chaîne complexe d'accréditations successives. Au nombre desquelles il faut compter l'habitude que la vision d'un objet soit un gage de sa présence (habitude pourtant mise en défaut par les illusions optiques) ou l'accoutumance à ce qu'une photographie prise renvoie à une co-présence passée de l'objet, de l'image, du dispositif de capture et du sujet prenant le cliché, donc une

La distance spatiale engendre une distance temporelle. prenant. la disjonction spatiale impliquant un dérèglement temporel. par ses radiations immédiates (ses luminances). mais la voit plus tard. Inversement. il entendit la voix lointaine de sa grand-mère qui lui apparut déjà morte "[72]. Comme le suggère Derrida. trouble que l'idée d'un contact matériel différé tente d'effacer..de la photographie : "D'un corps réel qui était là sont parties des radiations qui viennent me toucher. pour appuyer sa démonstration. La chose d'autrefois. "c'est toujours du visible [. La "spectralité" de la photographie Dans un livre d'entretien ultérieur avec Jacques Derrida[73]. un toucher différé qui transforme la photographie en médiateur de l'effet de la lumière. décuple le pouvoir des fantômes"[78] . qu'une substitution peut suppléer à tous les sens. illusoire ou non. la forme d'une distanciation : Proust entend son aïeule ici. Le "nécessairement réelle" provient d'un consensus basé sur l'expérience (ayant partie liée avec le phénomène indiciel. Peirce. a réellement touché la surface qu'à son tour mon regard vient toucher"[70]. Ce que je touche. puisse être un préalable à une rencontre ultérieure avec cette personne.. Ce que je vois peut être remplacé. il n'est pas tangible (marqué par nous)"[75]. Dans cet entretien. Le phénomène de "hantise" est donc constitué par la privation du toucher. Derrida souligne l'effet de réalité de la photographie en singularisant les cas où ce sont des visages qui nous adressent leur regard. Le réalisme est adossé au toucher. par exemple. moi qui suis ici. comme "source d'une vue possible"[74]. Derrida précise d'abord que le spectre. ou en tout cas on a le sentiment. non. Barthes affirmera le caractère indiciel -toujours au sens de Charles S. Bernard Stiegler reprendra ce thème du toucher différé. mais un toucher sensible cependant[71]. Bernard Stiegler rappelle ce que Proust écrit à propos du téléphone : "usant de cet appareil pour la première fois. On comprend alors l'effort conjoint de Bernard Stiegler et de son interlocuteur pour fonder le réalisme photographique sur la tactilité. une dissociation spatiale peut provoquer un trouble temporel. entre un ici et un là-bas. appelée à disparaître. transfert photo-énergétique de la surface de l'image enregistrée. comme si la simultanéité dans la distance spatiale. au même instant.mise en scène de l'acte de vision. à la différence du revenant. la confirmation que la vision d'une photographie de quelqu'un qu'on ne connaît pas. Il se refuse à l'intuition à laquelle il se donne.] bien qu'elle soit scientifique. de transfert d'existence par prise d'empreinte) et sur la réduction de la réalité à sa perception visuelle. Peu importe la durée de la transmission.]. D'ailleurs.le philosophe affirmera clairement quelques pages plus loin : "On a l'impression. Être écartelé. Et la liste des accréditations pourrait être allongée. Contact à distance de temps. ici. rencontre différée du regard de l'autre. déliant ainsi la vision de la tactilité. Jacques Derrida enchaîne une réponse qui constitue une voie d'entrée fondamentale sur la "spectralité" moderne. ou encore. c'est un sentiment dont on a du mal à se défendre. à distance de temps. "la technologie moderne [. que le toucher assure l'irremplaçabilité : donc la chose même dans son unicité"[76]. Inspiré par Lévinas.. Enchaînant sur la présence essentielle de la mort dans tout acte d'enregistrement (capture ou lecture) -comme prémonition de notre présence actuelle. provoque une distorsion dans l'équivalence de l'ici et du maintenant.. sauf au toucher. ne pouvait s'opérer qu'au prix d'une déliaison temporelle. d'ailleurs. la perspective peircienne de l'indice est omniprésente[77]. La dissociation temporelle engage un trouble spatial.

par une poussée ascendante. Les hiérarchies socio-économiques émergent à nouveau. ni ignorer que le développement du réseau ne garantit pas mécaniquement la poursuite du projet initial d'une démocratie informationnelle.Chapitre III L'auto-médiationsur Internet comme forme politique L'usage public d'Internet -nous laissons de côté. étatique ou privée. alors.concrétise l'idéal d'un fonctionnement social fondé sur la pure circulation et sur l'inexistence d'intérêts contradictoires. soigneusement designées. Les concepts de négociation et de contrat se substituent alors à ceux d'antagonisme social et de divergence d'intérêts[2]. dans Cyberculture. S'agit-il vraiment. Une prolifération des flux d'informations permettrait la libre discussion et l'obtention de consensus. Par exemple. chassée par la porte. luxuriance de la navigation hypertextuelle. sur un terrain technologique. Actualisant. la réitérabilité. sans résistances. partage. est vigoureusement combattue. Mais cette défense des principes généreux qui ont présidé à l'émergence de la Toile. économiques. Lequel consensus devient un mécanisme social idéal.à l'authenticité et aux normes morales qui permettent de parler un langage social commun. La montée du relativisme. en effet. L'immanence est donc déjà encadrée par ce désir implicite. pour les éditeurs de sites. formulés dans Cybernétique et société. d'un mouvement brownien de contacts et contrats sociaux passés entre collectifs autonomes. dans une sorte de "village planétaire" bâti dans un tissu aux mailles aussi serrées que le réseau téléphonique mondial ? Il y a lieu d'en douter. par glissements diaphanes. l'esprit d'Internet mérite d'être défendu et Pierre Lévy a raison de rappeler. on rencontrerait. dès lors qu'Internet devient une surface commerciale stratégique. Il y en. non sans conflits. la "visibilité" des services offerts devient une qualité essentielle : pages d'accès chatoyantes. entre individus et collectifs censés être autonomes. la diffusion du savoir ou le partage des connaissances n'ont aucun sens sans que soit reconnue préalablement une valeur -même locale et temporaire. une forme de pensée politique anarchiste. morales) renforcent le sentiment qu'une nouvelle politique doit émerger. Bien qu'il soit soumis à l'idéologie individualiste (seul et libre face à des millions de partenaires). Mais la transcendance. La distance permet un refroidissement des conflits : ils se traitent alors comme de purs enjeux intellectuels et non comme des contradictions sociales. des collectifs autonomes. Le versant libertaire d'Internet doit-il être considéré comme une utopie malsaine ? Nullement. avec Internet. peuvent-ils exister comme collectifs sans une référence qui les dépasse et les fonde ? Sur quels principes (épistémologiques. que le réseau est le fruit d'un puissant mouvement social coopératif. En outre. par exemple. sans référence à une instance qui les dépasse. ici. L'océan calme qui baigne les rives des modemS est en train de révéler quelques aspérités. Internet peut servir de parabole à des processus plus généraux[1]. La forme politique absolue qu'Internet promeut consiste à fonder directement la légitimité du pouvoir sur l'association de collectifs de base. du scepticisme devant les vérités révélées (religieuses. ses fonctions purement commerciales. la régularité des résultats obtenus). moraux) peuvent-ils fonder leurs rapports ? (La communauté scientifique. et à la pression libérale. le pouvoir n'est. La recherche de la vérité. se renouvellent ici. légitime que s'il est immanent et toute transcendance. Les espoirs de Norbert Wiener. ne saurait dispenser de trier les propositions. Mais il est truffé des contradictions sociales actuelles[3]. ne risque-t-elle pas de faire retour par la fenêtre ? La rencontre sur un même terrain (l'échange déterritorialisé) procède déjà d'un consensus aveugle : le désir de construire une association alternative et non de se replier sur une existence en pure autarcie. Internet symbolise incontestablement des dynamiques sociales qui assouplissent le modèle descendant du pou- . des millions de personnes connectées. une conception pragmatique de la vérité scientifique basée notamment sur l'expérimentabilité. une profonde convergence entre une philosophie politique édifiée autour du concept de réseau et le constructivisme sociologique. d'un espace lisse. Le social y est conçu précisément comme un ajustement progressif. "visant la réappropriation au profit des individus d'une puissance technique jusqu'à lors monopolisée par de grandes institutions bureaucratiques"[4]. né aux États-Unis dans les années soixante-dix. uniforme où.

l'interrogation sur l'éviction ou le déplacement des intermédiaires en comparant les deux grandes figures qui remettent en cause les formes usuelles de la médiation : le parcours interactif sur support local et la navigation sur réseau. l'édition commerciale de sites se rapproche. par certains aspects. de la modification de leur rôle ou de l'apparition de nouvelles fonctions médiatrices. Enfin. développée par le courrier postal et le téléphone. des modes de traitement ainsi que des niveaux de légitimation de l'information ne sont pas les moindres des particularités du réseau. formes que la culture des réseaux annoncerait. etc. il convient de préciser le statut d'Internet en termes de relation médiatique. dans l'évitement d'institutions par des relations horizontales.voir. On doit remarquer la cœxistence.) et une production plus informelle (groupe de discussion. On suivra ces mouvements dont la synthèse donne corps au concept d'auto-médiation. Nous proposons de qualifier Internet de plurimédia. Et la question des intermédiaires en est l'un des points cardinaux.d'autonomisation et d'automatisation de la médiation. Bien qu'à réception interactive.) avec une offre d'information plus spécialisée (banque de données. L'expression publique. pour la première fois à cette échelle. la description constructiviste du champ social est discutable. se concrétise avec le courrier électronique. forum). On caractérisera l'automatisation de la médiation par l'usage direct de logiciels permettant d'accomplir directement une tâche (par exemple. à ce titre. La crise du modèle des massmedia est en profonde convergence avec la recherche -annoncée par la Citizen Band et les premières messageries télématiques. comme l'étude de types idéaux et non comme une analyse factuelle. Internet étend la communication collective (groupe de discussion. Comment ne pas jeter le bébé avec l'eau sale du bain. mais il continue d'inspirer massivement le développement du réseau. documents en version intégrale. On a souvent éclairé les convergences structurelles entre la forme pyramidale des massmedia et le fonctionnement ascendant de la démocratie représentative. sites personnels). l'émetteur et le récepteur. directe de tous vers tous est-elle pour autant audible ? On verra à quel point un tel idéal est soumis à de vives contradictions. sous un autre angle. autant on peut afficher sa sympathie pour de nouveaux rapports démocratiques anti-étatiques dont le mérite est de déplacer et d'affaiblir certaines formes de domination devenues insupportables. rechercher des informations sur Internet). de télévision. Ce sont ces mouvements que nous approchons par la notion paradoxale d'auto-médiation dans ses deux dimensions -en partie contradictoires.d'engendrement et de contrôle social d'un réseau de communication. la séparation entre émission et réception. le réseau des réseaux cumule dans un seul espace les trois principales relations médiatiques. logique publicitaire de l'Audimat) du fonctionnement des massmedia[5]. Les uns comme l'autre sont actuellement déstabilisés. Internet.est au cœur de ces enjeux. d'une production issue du monde des médias (sites de titres de presse. La parenté des mouvements qui les ébranlent a maintes fois été soulignée. Pour la première fois. Ce n'est pas le lieu d'approfondir ces questions. rompant potentiellement. La pluralité des logiques éditoriales. on le verra. Mais cette juxtaposition de ces trois grands types de communication n'épuise pas la spécificité d'Internet. doit être comprise.de médias construits par mouvements concentriques et contrôlés par les agents sociaux qui l'utilisent. . de radio. sur un même support. un système de communication de masse ne distingue pas. (notoriété. tout juste d'en rappeler certains fondements. Et la question des intermédiaires -qu'il s'agisse de leur disparition. etc. dans son principe (et seulement dans son principe). On parlera d'autonomisation lorsque l'acteur médiatise lui-même l'événement et construit ainsi directement l'espace de sa communication/diffusion. nous poursuivrons. bien que moins explicitement. c'est inédit. Dans un deuxième temps. quelque peu rigide dans cet énoncé. sans pour autant succomber aux champs de sirènes des chantres de l'anarcho-libéralisme ? Autant. car. emblématique d'une tentative partiellement réussie -jusqu'à présent. un plurimédia Mais avant de poursuivre. Internet est. La déstabilisation de l'état fordiste et du type de régulation des conflits qui l'accompagnent nourrit une recherche d'autres formes de gestion des antagonismes. c'est-à-dire reconnaître les valeurs démocratiques qu'Internet représente et développe tout à la fois. mouvements qui s'expriment dans la substitution directe d'intermédiaires mais aussi. La communication d'individu à individu. Cette dichotomie.

J'écris un livre. donnant ainsi forme à une sorte de salon littéraire disséminé. à tout moment. (La fonction de l'éditeur classique ne se limite pas au rôle de filtre -parfois exagéré. avant qu'il n'épouse sa forme définitive. Un mouvement destiné à contourner le filtre des comités de lecture des revues prestigieuses se dessine. critique sur d'autres supports éditoriaux. leur demande des commentaires. Il participe. des adresses de banques de données consultables ainsi que des espaces de discussion. responsable d'un standard téléphonique et metteur en scène de textes audiovisuels. par publication d'articles on line. je le distribue on line. il n'en reflète pas moins une part de vérité qui alimente les espoirs visant à contourner les médias établis. De l'autre la médiation tend moins à s'exercer entre des informations et des personnes qu'entre les personnes elles-mêmes. Parfois. Internet commence aussi à modifier sérieusement les conditions de la publication scientifique. comme tout nouveau média.T. "le rôle du journaliste en tant qu'expert décline" et que le réseau confère à chacun "le même pouvoir communicationnel"[7]. Je court-circuite ainsi des fonctions séparées : édition. les nouveaux langages annoncés. d'édition de documents sur Internet (de type X. Dans son article sur la presse face aux enjeux d'Internet. comme Cylibris[6] qui proposent. en ayant éventuellement recours à la communauté des Internautes intéressés par les mêmes sujets. Il questionne des spécialistes. il ajoute : "les faits et les informations circulent souvent sans médiation du journaliste. vérifier par eux-mêmes certaines informations. B. Mais il fera ce travail sans pouvoir se mettre à l'abri. dans l'autoédition. Des services apparaissent. Ajoutons que la presse en ligne tend à s'émanciper de la pure restitution numérique. contenant ses répon- . j'anime un groupe de discussion sur son contenu. C'est tantôt un agent qui dirige le trafic.avec une intervention directe des lecteurs encourageant ou critiquant les romans et nouvelles publiées. Même si ce diagnostic demande à être discuté plus finement.M.L. C'est ce qui fait dire à Alain Simeray. dans le contexte de l'édition électronique.M. Giussi -cyberjournaliste ayant mis sur le Web le magazine L'Hebdo de Lausanne. outre le journal. le rôle de passeur s'affaiblit au profit de celui d'expert détenteur d'une connaissance en surplomb. des documents in extenso qu'on ne peut publier faute de place.explique que. garantissant ainsi à sa publication une visibilité dans la communauté des chercheurs concernés. Son absence. La rupture avec le mode de consultation de la presse classique en sera encore approfondie. amené à renoncer à une partie de son pouvoir traditionnel pour devenir animateur. par exemple à de jeunes talents d'éditer leur première œuvre sur le réseau. Deux mouvements semblent donc affecter la médiation journalistique. D'une part. Internet élimine ou redistribue le rôle des intermédiaires traditionnels. rédacteur en chef de l'hebdomadaire en ligne LMB Actu[8] : "Le journaliste ne peut plus se placer comme celui qui révèle des informations qui lui étaient réservées. Affirmant que les fonctions de producteur et de consommateur d'informations tendent à se confondre. je fais sa promotion. De plus. À ce titre. à l'édition de l'ouvrage en aidant l'auteur à mieux exprimer sa pensée et en lui faisant bénéficier de son savoir-faire éditorial. Ceux-ci peuvent. n'est donc pas sans poser problèmes. souvent un <<facilitateur>> de discussion". Cylibris enchaîne d'ailleurs -par le biais de forums.A . Internet ne supprime donc pas la médiation journalistique. l'auteur le soumet à la discussion. des hypermédias dont les graphes deviennent vite très complexes : on devient à la fois imprimeur. mais la transforme.L'auto-médiation versus autonomisation L'autonomisation de la médiation s'exprime dans l'exercice direct d'une fonction sociale exigeant auparavant des savoir-faire spécialisés. bref tout ce qui constitue le savoir-faire d'un rédacteur. La profusion d'informations disponibles majorera l'importance du travail de tri.) autoriseront le récepteur à modifier les pages et lui permettront d'y intégrer ses propres informations. Elle offre de plus en plus. distribution.dans les procédures de sélection. parfois un explorateur. mais en partie seulement). j'annonce sa parution. il devient le médiateur d'une ressource partagée"[9]. dans la version classique. promotion. Il peut ensuite enrichir son article par un dossier joint. du regard des lecteurs. mise en vente. etc.L. en débusquer d'autres ou solliciter directement des experts. de recoupement des sources. de comparaison. assez facilement. en quelque sorte. Les lectures croisées y remédient. succédant à H. des liens avec d'autres sites. Des logiciels permettent à chacun de composer.

bien sûr. événement et médiatisation sont inséparables puisque ce sont les mêmes acteurs qui les portent. incluant leur prime et autres émoluments adjacents. des étudiants. et l'on sait à quel point cette augmentation conditionne l'acuité de toute recherche (cette affirmation générale demandant. (où il se vérifie que le changement de média modifie les formes de validation de la connaissance scientifique)[10].). On voit se dessiner. qu'à l'heure actuelle. une double évolution.Marie Matisson. la vitesse de rétroaction entre l'auteur et ses lecteurs augmente considérablement . et spécialement par l'ouverture de sites événementiels. en l'occurrence. On s'accorde à constater que la médiatisation accomplie par des institutions spécialisées (presse. c'est la tonalité qui était remarquable. De la mise en ligne des titres de presse (changement de support à contenu invariant) à l'animation de sites ponctuels. Dans cette course-poursuite rien ne garantit le succès final des industries informationnelles. télévision. C'est finalement un dossier "vivant" qu'il édite. Dans le contexte de l'auto-médiation. évoluant au gré des interventions successives. La notoriété du site Matisson était fondée dans une large mesure sur des médias traditionnels : ce sont des articles de presse. s'adressent à des . employé même par ceux qui avaient ouvertement pris parti. Tout au plus peut-on considérer qu'il s'agit de moments particuliers dans un même processus. les principaux acteurs de l'édition en ligne (grands quotidiens. la palette des initiatives est large. cette idée demande alors révision. la présentation des familles plaignantes.) investissent des sommes importantes dans des programmes et moteurs de recherche offrant exhaustivité. Le devenir-médiateur de l'acteur L'empressement avec lequel des médias traditionnels (presse. le résultat des simulations des effets de El Nino sur le climat actuel et futur du continent américain ainsi que des principales régions du globe. les témoignages tout aussi bien que des forums ou l'intervention de spécialistes . Par exemple. l'un d'entre eux a été créé et tenu seul par l'un des plaignants. Plus même que l'abondance de l'information. la mise sur le Web des journaux n'a pas cannibalisé leur édition papier. Jean-Marie Matisson ne s'encombrait pas du style impersonnel des médias de masse. Ici. etc. parmi les sites qui ont couvert le procès Papon. qui ont annoncé et validé ce site. rapidité et convivialité aux utilisateurs. Acteur engagé. Quantité d'illustrations peuvent être invoquées. Ce qui en dit long sur les nouvelles possibilités éditoriales ouvertes par ce nouveau canal d'expression. Notons cependant. un site du syndicat américain AFL-CIO propose aux salariés de comparer leur feuille de paye avec celle des patrons de plusieurs centaines de grandes entreprises. Là. Là encore. L'industrialisation de l'auto-médiation devient l'un des principaux enjeux socio-techniques d'Internet. En particulier. Jean. ces derniers -notamment dans leur quête du scoop comme dans l'affaire Monica Lewinsky[12]-se voient concurrencés par la relative facilité avec laquelle il devient possible de diffuser largement l'information à toute échelle grâce au Web. on peut suivre quasiment en direct. à être contextualisée finement au cas par cas). parfois bien au contraire[11]. Par ailleurs.ses et les modifications effectuées. Ici. C'est leur propre fonction d'intermédiaire spécialisé dans le traitement de l'information qui se joue. Mais cette industrialisation porte dans ses flancs des outils facilitant l'expression directe des acteurs sociaux. en effet. chaînes d'information comme CNN. en fait. Mais ce qui se profile remet en cause de manière bien plus profonde encore la structure de la médiation puisque le réseau permet aux acteurs d'un événement de devenir les producteurs et diffuseurs naturels de l'information qui concerne cet événement. Il proposait la consultation du dossier d'accusation. en mal d'inspiration. de compétence ou de temps. participe de la construction de l'événement. Il ne faut donc pas pronostiquer mécaniquement la disparition des massmedia. Le on line devient une modalité idéale de service personnel. Mais parallèlement. chaînes de radio et télévision) se précipitent sur Internet ne saurait surprendre. toutes propositions hors de portée des médias traditionnels et qu'à lui seul il offrait. sur le site d'un organisme de prévision météorologique[13].on peut atteindre une audience sans commune mesure avec ce que coûterait une diffusion par les médias classiques. il ne faut pas opposer mécaniquement médias de masse et édition de sites. Avec de faibles moyens -et une grande dépense d'énergie. etc. Cependant.

c'est bien ce que visent explicitement les courants les plus radicaux du cybermonde et qu'instaurent. La substitution du courtage financier par des instruments automatiques commence à concurrencer. via le Web. On peut parler d'une logique performative qui accomplit sa visée. en toute illégalité. ouvrent. Opération coûteuse (jusqu'à plusieurs centaines de milliers de dollars). Mais plus significative encore est l'activité moléculaire des milliers d'entre eux qui montent des sites spécialisés. les ultra-libéraux prisent assez peu. Évitement d'institutions Délaisser des institutions traditionnelles (justice. Par exemple. plus souples et dont le fonctionnement est négocié entre les acteurs. la télécopie ou le courrier. Chaque artiste qui le souhaite peut alors distribuer directement sa production[18]. la culture (visite de musées). De grands opérateurs (ainsi que certains fonds de placement). Non pas seulement parce qu'il se prête assez facilement à l'envoi de fichiers sur le Net (des formats de codages. de celle du double-pouvoir des périodes révolutionnaires. toutes proportions gardées.sites spécialisés pour télécharger des devoirs prêts à l'emploi[14]. offrent le téléchargement gratuit des logiciels nécessaires et améliorent régulièrement tous ces outils. telle est l'une des dimensions du mouvement d'évitement des intermédiaires spécialisés. L'affrontement des puissances établies devient un rapport social positif. les sociétés boursières. les dizaines de milliers d'adeptes de la version cyber du "Do it yourself".Unis. L'éviction des anciens intermédiaires au profit d'un modèle fluide de rapports directs est l'un des messages centraux d'Internet (le vocable barbare de désintermédiation a même été forgé pour désigner ce phénomène). aux États. participer à la diffusion de titres musicaux gratuits sur le Web met en cause pratiquement un rapport marchand établi et on comprend d'où vient la formidable énergie sociale qui s'y investit : il s'agit bien d'une forme de militantisme que. la banque. Mais parce qu'avec deux logiciels gratuits disponibles sur le Web. "Do it yourself" Le domaine musical est particulièrement exemplaire. elle devient économique et plus rapide sur le Web. le coût d'une opération est en effet près de huit fois plus faible que par l'entremise d'un courtier utilisant le téléphone. substituant une ancienne domination. fastidieuse (des formulaires de plusieurs centaines de pages) et longue lorsqu'elle est réalisée par des institutions spécialisées. Il est désormais possible de réaliser directement. Le visage public d'Internet s'y dessine et c'est ce qui alimente son dynamisme conquérant. Les enjeux sont multiples et sérieux (laissons ici de côté l'épineuse question des droits d'auteur). Des dizaines de milliers de personnes transforment. Il ne s'agit pas de substituer ces fonctions par des programmes automatiques. Bien entendu ce . Réalisée sur Internet aux États. une introduction en Bourse. mais plutôt d'imaginer des formes de rapports sociaux plus horizontaux. conscients du risque de perte de leur monopole. de fait. grâce à l'assistance de programmes spécialisés[16]. indépendants de l'industrie financière installée. Chacun devient ainsi un agent effectif d'une mise en cause pratique des majors de l'industrie du disque. pour le coup. le jeu d'argent (cybercasino) ou les enchères en temps réel.Unis. ou encore qui affirme l'antagonisme et le supprime en instituant une alternative dans une logique proche. n'importe quel amateur peut proposer à la ronde ses CD favoris. accélèrent aujourd'hui notablement de tels échanges). C'est un modèle d'organisation sociale à peine voilé qui se fait jour. formation) pour assumer plus directement leurs missions. santé. tels que MP3[17]. eux aussi. Un double-pouvoir alternatif aux logiques marchandes et hiérarchiques. lesquels étudient les différents moyens d'une riposte (notamment par la mise au point de robots de recherche spécialisés ainsi que par le tatouage numérique des titres). Les activités boursières trouvent avec Internet un fantastique moyen d'effectuer directement des transactions en évitant les maisons de titres et de courtage[15]. Le média incite à la création de services spécifiques. On pourrait multiplier les exemples et convoquer d'autres réalisations dans des activités aussi variées que la formation. des sites Web pour permettre aux épargnants de placer directement leurs fonds. Le combat contre toutes les formes de transcendance qui rassemble des courants ultra-libéraux et anarchistes trouve dans la suppression des intermédiaires un objectif majeur. leur ordinateur en juke-box.

avait déjà conçu un service nommé Health TV . Radicalisant cette perspective. l'État. Ajoutons à cela un système de vidéoconférence pour se faire examiner à distance par un spécialiste et nous avons les premiers segments d'une offre d'équipements de télé-médecine que la réalité virtuelle en réseau et la télérobotique médicale viendront progressivement compléter. l'accord des parties. il manifeste cependant un désir d'autosuffisance. l'installation de capteurs sensoriels à domicile permettant l'auscultation à distance est envisagée. Autre exemple. d'un commerçant. Sur des sites Web aux États-Unis. motivée par le souci d'éviter les longues et coûteuses démarches traditionnelles. Si. les jurés disposent de forums de discussion et leurs votes sont sécurisés[19]. Leur saisie. Plusieurs types de cours de justice "virtuelles" existent déjà sur le réseau. par exemple. Le secteur de la santé est lui aussi soumis à la même pression où se combinent télé-médecine et tendance à l'élimination des intermédiaires. à l'écart de. Dénuée de tout contenu légal. cette décision puisera sa force dans la publicité donnée à la condamnation. le Cybertribunal. la visioconférence permet d'ores et déjà de rassembler autour d'un patient des équipes médicales interdisciplinaires localisées dans plusieurs hôpitaux parisiens. cour virtuelle spécialisée dans les litiges relatifs au commerce électronique mais aussi au droit d'auteur ou au respect de la vie privée. suppose. semble être la principale motivation qui anime aussi bien les initiateurs des cours virtuelles que ceux qui y recourent. dans un premier temps. voire contre. En fait. Tenter de régler les conflits privés ou commerciaux en trouvant d'autres espaces neutres plus proches des justiciables que les institutions étatiques. jouant la logique du certificat de bonne conduite.mouvement ne menace pas la légitimité de ces institutions en tant que telles . Ainsi. des juristes québécois ont ouvert en juin 1998. dans le cadre de l'expérimentation du réseau FSN à Orlando. Cybertribunal incite les entreprises à afficher un logo indiquant aux clients qu'elles s'engagent à faire appel à cette cour virtuelle en cas de différend. le Cybertribunal rendra un arrêt. Aux États-Unis. risquant d'entamer le crédit d'une entreprise commerçant sur le Net. Par exemple. N'importe qui peut le saisir s'il s'estime victime. à l'hôpital Rothschild. certaines autorités médicales pensent à installer en ville des bornes multimédias afin de pratiquer des check-up et même une auto-délivrance de médicaments. à Paris. les efforts du médiateur s'avèrent infructueux. la justice se voit-elle contournée par des relations plus directes entre justiciables. Time Warner. bien entendu.

Les technologies intellectuelles fondent-elles les dynamiques sociales ? Notre ambition.à. Une longue lignée initiée notamment par Walter Benjamin et Marshall McLuhan a développé. Plus que son contenu. permanente et réflexive. un commentaire des travaux de Jacques Derrida à propos de l'archive clôturera ce chapitre : archive en général -modalité de mémorisation collective.Le travail symbolique repose-t-il principalement sur les déterminations matérielles des outils qu'il mobilise ? . Après quatre siècles. et la production industrielle par série est la descendante de la presse à imprimer. déduisant les finalités à partir des déterminations concrètes des instruments et de la manière dont les acteurs les enrôlent dans leurs projets. On a. Jack Goody[1] a pu y détecter l'émergence d'une raison graphique.Technologies intellectuelles. laquelle est l'objet d'une pénétrante interrogation sur le dépassement de l'opposition présence/absence. on le sait. Elle s'intéresse à la matérialité des truchements et se demande en quoi leur constitution physique les prédestine à ouvrir de nouveaux champs de connaissance ? Dans cette perspective.et archive "virtuelle" en particulier. Nous les aborderons dans la perspective de développements ultérieurs concernant notamment les enjeux culturels de la téléinformatique. notamment sur les figures et les nombres. Certains travaux vont même jusqu'à faire reposer la stabilisation de la Renaissance sur l'invention de l'imprimerie[4]. elle a créé un nouvel espace intellectuel et fait naître des notions aussi inédites que celle d'auteur individuel. philosophique et scientifique mais aussi la formation des premières cités-États[2]. cette enquête sur l'efficacité propre des supports et des moyens. notamment). la philosophie ainsi que les mathématiques sont les enfants de l'écriture. face à ces questions complexes. quelques principes Les premiers usages de l'écriture avaient. Quelques millénaires après leur utilisation courante comme mémoire additionnelle à l'oralité. spatialisée. C'est. Ceci nous offrira l'opportunité d'évaluer.Chapitre IV La téléinformatique comme technologie intellectuelle Quel profit pouvons-nous faire du concept de technologie intellectuelle pour apprécier les enjeux du développement de la téléinformatique ? Cette question a partie liée avec deux autres interrogations plus générales : . activité scientifique. maintes fois souligné en quoi l'écriture et les opérations symboliques. Précisons que notre démarche n'est pas démonstrative. en industrialisant la mémorisation de l'écrit. c'est plus dans l'intention de mieux faire comprendre au lecteur les présupposés qui gouvernent nos analyses que pour en détailler les articulations. Ainsi. d'authenticité. est mesurée. une vocation gestionnaire. un courant de l'épistémologie contemporaine. Si elle reprend quelques problèmes fondamentaux. prolongeant l'enquête du philosophe sur la spectralité.dire comment. cette méthodologie interroge l'activité symbolique à partir des instruments concrets avec lesquels elle opère. dynamiques sociales Les technologies intellectuelles. Enfin. nous commençons à comprendre assez clairement pourquoi une technologie bien matérielle comme l'imprimerie doit être qualifiée de technologie intellectuelle. calendaire ou généalogique. ont conditionné la naissance de la pensée réflexive. A . dont Bruno Latour est l'un des meilleurs . Prolongeant ces travaux. à rebours de la tradition philosophique réflexive. l'invention de l'ordinateur mêle indissolublement une généalogie de recherches théoriques sur l'automatisme et une exigence stratégique militaire. auxquels il faudrait ajouter quantité d'autres déterminations comme les affrontements internes à l'équipe des inventeurs. de datation et de catalogage[3]. plus largement les thèses de la nouvelle école épistémologique sur la nature du travail scientifique dans ses relations aux autres sphères de l'activité sociale (politique. par ailleurs.

d'organiser la recherche. Les inscriptions infographiques se révèlent particulièrement propices à ces jeux de comparaisons et de modifications d'échelles. Sur le Web. le numérique assure cette conversion entre quasiment tous les types d'information (textes. De puissants logiciels compareront son clone aux millions déjà déchiffrés depuis des années et lui indiqueront que sa séquence est apparentée à tel gène. porte son attention sur les procédures concrètes à travers lesquelles le fait scientifique se construit. Tout ce travail serait doublement rendu impraticable s'il devait s'accomplir sur support imprimé. Internet comme espace coopératif distribué On a coutume de considérer que le réseau facilite et accélère la communication entre chercheurs. nommé laboratoire. afin de faciliter des interrogations locales par des logiciels maison. instantanément l'une des principales banques de données. réalisée par une équipe internationale. La notion de "technologie intellectuelle" a ainsi été élevée au rang de principe ordonnateur de la pensée scientifique . leurs transports. En France. sons. de bouleversements dans leur élaboration. permet. en effet. les techniques de prélèvements des faits en milieu naturel. en décuplant les informations préalablement déposées dans les modèles.de devoir sans cesse revenir au laboratoire pour faire des expériences. de les recombiner selon une variété inégalée de paramètres. Dans cette perspective. éventuellement. La cartographie. La célèbre banque Genbank voit doubler. via le réseau. Des jeux inédits sur les inscriptions permettent d'augmenter les connaissances qu'elles rassemblent. Un lien le renverra. les qualités des programmes permettant d'analyser et de corréler ces données feront la différence entre les différentes banques mondiales. l'un des directeurs d'Infobiogen estime qu'en l'an 2000. Leur mobilisation grâce à des programmes automatiques. En cliquant sur ce code. Et la fonction du réseau ne se limite pas à stocker l'information dans une gigantesque bibliothèque numérisée. Ces variations virtuelles permettent d'augmenter plus facilement le stock de connaissances acquises.). l'identification et le classement d'un clone isolé par tel ou tel chercheur. Trouver les formes de cartographie adéquates. ces cartes ont un volume tel qu'elles sont impubliables. Vaisseyx. Certains sites sont spécialisés sur tel ou tel chromosome : le numéro 3 à San Antonio au Texas. et négocie sa reconnaissance. leurs traductions en inscription et les traitements concrets de ces inscriptions ainsi extraites sont devenus le centre de l'étude de la production de la science. etc. Aujourd'hui. C'est ce qu'on peut une nouvelle fois vérifier en examinant comment l'usage d'Internet conditionne le décryptage du génome humain. le 9 à Londres. Les simulations numériques opérant sur des modèles -véritables théories objectivées.représentants en France. Mais. Il permet. la revue Science a publié la cartographie de seize mille gènes humains. n'était accessible que sur Internet. les modalités d'inscription augmentant l'acquisition de connaissances : ceci constitue la visée des technologies intellectuelles opérant toujours par une modélisation à gain cognitif. les symbolisations à plus-value informationnelle. quant à elle. Chaque nuit. Celui-ci interroge. mouvements. Seul un support informatique peut les accueillir. L'article comptait trois pages et s'attachait à décrire les méthodes utilisées. il obtiendra une description détaillée dudit gène. à une autre base de données qui décrit les maladies liées à une anomalie du gène en question. images. D'où la tendance à le définir comme moyen de communication en oubliant que toute transformation saillante dans les modalités de circulation des connaissances est porteuse. Inscrites dans une symbolique complexe. laquelle est devenue ingénierie de conception et d'usage d'instruments de prélèvements. le nombre de séquences accueillies. ajoute-t-il. G. En France. des dizaines de millions d'octets transitent sur Internet afin de mettre à jour ces banques. de transports et de travail sur les données en milieu contrôlé. se maintient. Le réseau devient une gigantesque bibliothèque en expansion accueillant quotidiennement les millions de nouvelles lettres génétiques décryptées dans les laboratoires du monde entier par des programmes de séquençage automatiques. son centre devra héberger un téraoctet (mille milliards de caractères) de données en ligne. chaque année. à terme. le nombre de serveurs dédiés à l'information génétique se multiplie. Le généticien Jean-Louis Mandel rapporte qu'en octobre 1996. grâce à la mobilisation à distance de logiciels spécialisés. dont le code d'identification s'affiche alors sur l'écran. l'Institut Pasteur ou des laboratoires du Généthon dupliquent des grandes banques de données sur leurs propres ordinateurs. Le volume phénoménal d'information rassemblé rendrait sa manipulation physique impossible : il s'agit finalement d'obtenir la séquence totale des . La portée essentielle du concept de "technologie intellectuelle" réside alors dans la potentialisation de la pensée qu'elle autorise.

Si bien que ce programme est aujourd'hui moins gourmand en puissance et plus robuste que. par exemple. on ne peut que se rendre à la démonstration. De plus. Celui-ci assure bien l'intensification de cette fonction prothétique mémorielle. le code source de ce logiciel de base a été progressivement pris à bras le corps par des centaines d'informaticiens de par le monde. Mais la cartographie du génome comme la coopération productive distribuée relèvent d'activités techniques ou technologiques. Sans doute peut-on mettre l'accent. Comment ? En publiant non seulement ses résultats mais ses protocoles. que. sur le statut épistémologique de l'expérimentation virtuelle comme nouvelle pratique scientifique. il faut disposer d'un laboratoire. traversée par la politique et orientant les politiques possibles.. comme d'autres logiciels libres[6]. est profondément lié à Internet qui agit comme une force productive directe provoquant et organisant l'association coopérative de centaines d'acteurs. Internet devient même parfois une technologie inédite de production distribuée. mais rien ne ressemble encore aux liens fondamentaux des mathématiques à l'écriture ou des sciences expérimentales à l'imprimerie. André Leroi-Gourhan rappelait qu'à la différence du fichier bibliographique -permettant déjà de recombiner des informations indépendamment de leur inscription dans des livres. et pas au nom d'une personne physique. mais aussi des carnets d'adresse bien remplis listant les bonnes relations qui assureront la légitimité des projets expérimentaux. L'alliance de la programmatique et de la mise en réseau qualifie ici le média Internet. les produits standards de Microsoft. d'en améliorer les performances et d'échanger. Le système d'exploitation Linux en est l'un des meilleurs exemples. étendant les chaînes de transfert et rapprochant comme jamais les acteurs engagés dans une même activité. juste retour des choses.. bénéficier d'une ligne de crédits. Ne sauraient faire défaut.Bruno Latour. Utilisé. Diffusé libre de tout droit sur Internet. jusqu'à présent. pouvoir accéder aux banques de données mondiales. par exemple. bref. il est difficile de rapporter directement l'émergence de nouvelles théories scientifiques à l'usage de la téléinformatique. Au terme de l'empilement de ces conditions pratiques. Le tamisage méticuleux auquel a été soumis ce logiciel surpasse le travail d'équipes d'ingénieurs appointés. quant à elles. c'est que la Science parle de manière anonyme. L'idéal d'objectivité scientifique L'idéal scientifique. par le quart des sites de la Toile. Question à suivre. Pour la concrétiser. certes qualifiés mais en nombre limité et toujours soumis aux contraintes d'urgence. leurs résultats. les activités basiques de recherche. la condition de la légitimation du labeur scientifique. comparaison. Autant les mutations technologiques sont.les fichiers électroniques accédaient au statut de mémoires possédant leurs moyens propres de remémoration[5]. générique. voire "publieuse" puisque c'est aujourd'hui comme jamais. via le réseau. il faut faire de la politique. Oui. attirent notre attention sur le fait que "refaire l'expérience" est une proposition abstraite. autant n'avons-nous peutêtre pas encore assez de recul pour évaluer les bouleversements épistémologiques à attendre de ces nouveaux canaux d'élaboration et de diffusion des savoirs techno-scientifiques. les tours de main assurant la solidité des bricolages montés. identification seraient tout bonnement impossibles à exécuter sur de tels supports. et les courants qui étudient la production sociale de la science. La science expérimentale est donc nécessairement publique et "publicatrice". il est indispensable de convaincre des institutions pour débloquer les budgets . Parfaite illustration d'une "intelligence collective" chère à Pierre Lévy. bien évidentes. Il faut observer. de telle manière que chacun puisse refaire l'expérience et se convaincre de la validité des résultats. la science est une activité sociale. Mais qu'en est-il . Linux. en outre. qui n'ont eu de cesse que de le tester sous tous ses aspects.trois milliards et demi de "bases" formant le message génétique de l'Homo sapiens sapiens. Dans ses analyses sur la mécanisation du travail de remémoration. La consultation de ces informations obligerait les chercheurs à se déplacer vers les centres de stockages dont la mise à jour exigerait un temps de travail sidéral. cet exemple nous éclaire sur la constitution du réseau en technologie intellectuelle originale. Enfin. De manière iconoclaste -c'est ce qui épice le propos et assure ses valeurs de vérité.

ministres. L'encerclement quasi militaire des concurrents.de l'idéal d'objectivité ? Une protection. mais pas non plus sans le travail imaginaire. Cette démarche. du territoire vers le laboratoire. c'est le chercheur. La "pensée" des chercheurs est ainsi constamment rapportée à ses conditions matérielles d'exercice. démontre le caractère profondément humain des sciences et des techniques[8]. hygiénistes alliés. Ainsi pourra-t-il construire de solides réseaux de diffusion et réussir à convaincre ses interlocuteurs de la pertinence des résultats obtenus. D'où vient le projet d'expérience qui recomposera l'horizon d'une discipline ? Du hasard. dans son travail sur Pasteur. nous appelle à prendre avec la plus grande méfiance le supposé "génie" de Pasteur[9]. de méthodes systématiques. les contacts avec les collègues. par production "buissonnante" comme la vie engendre l'inédit. par le montage de "boîtes noires" indéformables et l'effort pour circonvenir les centres de pouvoir tiennent lieu de motivations décisives des décisions prises. par exemple. leurs diffé- . Mais pourquoi radicaliser ainsi le propos au point d'évacuer la subjectivité des chercheurs et des équipes. Bruno Latour ne tord-il pas le bâton exagérément en sens inverse ? La science devient une activité purement mécanique d'asservissement à l'amélioration des rapports de forces où l'intentionnalité du chercheur a totalement disparu[11]. considérer la tentative d'objectivité comme une pure construction idéologique assurant la fiction de la séparation science/politique ? Cette tentative. exhaustives ? Le "coup de génie" -ou. Sans doute est-ce salutaire de sauver la "matérialité" du travail scientifique et de mettre à jour les réseaux socio-techniques qui le rendent possible. D'où l'accent mis sur l'idée que la découverte résulte principalement d'agencements complexes où le hasard. on pense la création.le versant matériel/politique du travail scientifique. Elle fonde la possibilité d'une anthropologie des sciences. quasi structuraliste. Ou alors on l'envisage comme réponse paranoïaque au désir de contrôle et de pouvoir. une idée organisatrice qui redistribue les acquis. La notion même de "chaînage humain/non-humain/humain" s'efface au profit d'une collusion asphyxiant à la fois objet et sujet. agencé aux autres collectifs et à la machinerie socio-technique. Dans cette appréhension du concept de "technologie intellectuelle". et inversement. Désormais. crée "naturellement". c'est le réseau associant les chaînages qui pense. les scientifiques tentent d'assumer. dans cette logique. Mais en éclairant -contre l'abord spiritualiste et idéaliste. Il réfère aux forces sociales que. indissolublement instrumentale et institutionnelle. pour autant. La notion de chaînage humain/non humain (les non-humains sont des êtres "naturels".) qu'il doit "enrôler" pour construire l'artefact "vaccin". le surgissement ou l'émergence dans une perspective vitaliste -un esprit collectif. qui disparaît. plus modestement. "L'idée nouvelle" comme le "génie créateur" source d'une découverte constituent. des instruments ou des institutions) est cardinale pour définir la structure en réseaux des faits techno-scientifiques. un effet idéologique. les dispositifs pratiques. même si ces règles de jeu ne peuvent être parfaitement satisfaites[7] ? La sociologie de la science et l'obsession du pouvoir Les études sociales de la science mettent au cœur du processus d'élaboration des connaissances scientifiques. le désir de convaincre et l'appétit de pouvoir jouent un rôle majeur. péniblement. les forces humaines (collègues. institutionnels et politiques par lesquels le chercheur parvient à enrôler une matière première "naturelle" dans ses montages expérimentaux. et c'est l'un de ses bénéfices incontestables. Bruno Latour. reconstruit a posteriori. l'anticipation créatrice d'ordre. Pasteur doit vaincre pour convaincre (littéralement : "vaincre ensemble") ainsi qu'aux forces logistiques qu'il doit mobiliser pour établir la double circulation.ne se conçoit certes pas sans les techniques de traitement des inscriptions. de fait. par exemple. Mais au terme de ces alliages humain/non humain. etc. Le rapport de forces devient prédominant. une digue élevée garantissant le partage de la science et de la politique ? Faut-il. Il possède. Elle concerne enfin. plusieurs figures. ne recèle-t-elle pas une puissance créatrice incontestable tenant précisément aux contraintes protocolaires de réitération que. l'expérience de pensée. La tentative de domination fait signe aussi vers les forces physiques qu'il doit contrôler pour assurer l'inaltérabilité du vaccin et imposer les protocoles d'usages[10]. comme agent différencié de son environnement.

un espace libre où viennent se combiner des idées et des mouvements psychiques oubliant et commutant à la fois les technologies intellectuelles ? L'occultation provisoire des déterminations socio-techniques.humain ? C'est l'ensemble des rapports sociaux. Le constructivisme associationniste recherche. . toujours techniquement équipé.) on imagine la dynamique interprétative portée par un tourbillon permanent. ni d'intérêt repérable dans leurs genèses et leurs appropriations.rences. vérification. un moment privilégié dans la ronde sans fin des interactions qui assaillent. institutions et instruments techniques. à l'expérience vécue en l'occurrence.) est-elle. La systématisation du concept de réseau vient. dans ce qu'on appelle communément la "réflexion" personnelle. Fusionner objet et sujet. plus aucun espace[12]. ne trouve. L'humain. fut-ce pour imaginer de nouveaux montages expérimentaux. ne pouvant. fugitive mais puissante. importation de concepts. à ce point. oblitérer la reconnaissance de l'espace subjectif. de proche en proche. que chaque séquence élémentaire condense les enjeux de l'ensemble des réseaux qu'elle dessert. que l'école des réseaux socio-techniques n'ignore pas d'ailleurs. l'isolement mental est une dimension. Mais il nous semble que l'associationnisme intégral ne contribue pas plus à expliciter la complexité de ces jeux de renvois. ici. est un être pris dans le mouvement d'extériorisation et d'intériorisation de la technique. à mélanger les inscriptions de telle façon qu'il en résulte un gain cognitif décisif ? On peut se demander pour quelles raisons la dimension imaginaire et personnelle de l'activité scientifique (projets expérimentaux. notamment selon des critères éthiques. ou une forme originaire (la domination. Or. etc. Comment orienter un jugement de valeur à propos de tel ou tel projet si l'on se contente de tenir le livre de comptes des conflits d'intérêts et de pouvoir qu'il engendre ? S'il n'y a pas d'intentionnalité. instruments. les autoroutes. on s'évite le souci d'évaluer leurs usages. Question méthodologique complexe à laquelle nous n'apportons pas de réponse élaborée. le social est toujours déjà présent dans la chaîne associant les humains et la technique. à faire telle comparaison. paradoxalement. ne recèle-t-elle pas d'une puissance heuristique indispensable ? Ne suppose-t-elle pas de dégager en soi. mais qu'elle tente de circonscrire en faisant comme s'il était théoriquement possible d'en démêler l'écheveau. Car l'intériorisation est un métabolisme mystérieux. Symétriquement. On ne la recherche plus dans une activité fondamentale (le travail). conditionner leur agencement. ou une équipe. Ce deuxième mouvement est délaissé dans la logique de la "construction sociale de la science". qu'il faut recourir à un ailleurs du langage. on pourrait tout aussi bien montrer. Quel est l'ailleurs de la chaîne humain/non. Qu'est ce qui pousse un chercheur. par principe. dans cette perspective. mêlant sujet et objet. délimité des objets (êtres naturels prélevés. pour asseoir la signification. et sa complexification croissante. en déniant ou en ignorant le caractère formellement rigide. On sait qu'une telle entreprise est une aporie. C'est comme si on voulait définir le sens d'une phrase à partir de celui des mots qui la compose. orientent et déstabilisent l'activité de connaissance. leurs spécificités ? La suspension des chaînages. opère comme si chaque chaînon était indépendant des autres. etc. La mise en cause légitime des miracles d'une "pensée" scientifique toute-puissante autorise-t-elle ce retournement ? Symétriquement. comment les apprécier ? Tout se vaut : Hiroshima. n'est-ce pas refuser la différence des modalités de manifestation de l'un et de l'autre ? Par ailleurs. le matériau social ultime et croit l'avoir trouvé dans la séquence relationnelle élémentaire du réseau. fugitivement. par exemple) mais en construisant méticuleusement l'écheveau des relations entre groupes humains. dans une perspective "fractale". déniée ? La liberté de mouvement interne du sujet. Cette quête pistant. aucune force générale. du surgissement du nouveau. le fichage informatique aux côtés du traitement de texte et de l'ingénierie écologique ? La quête de l'atome relationnel La nouvelle épistémologie s'apparente au positivisme sociologique : trouver la matière première du lien social. et sous prétexte que les techno-sciences sont "civilisatrices ". la possibilité d'abstraire. les mailles du réseau.

Sans doute cela est-il vrai pour toutes les techniques. ne les marquent-ils pas aussi profondément ? Enfin. des mécanismes mixant des schèmes opératoires et des orientations psychologiques. une réflexion sur les enjeux culturels des technologies numériques. La fondation théologique Golpayeni. même s'il a été inventé pour cela. ont-ils partout et à toute époque. stade que nous nommons quasi réflexif[13]. à nouveau prend ses distances à l'égard d'un abord purement empirique du fonctionnement des médias. autant leur généralisation au fonctionnement social pose d'épineux problèmes. À leur encontre. les dynamiques techniques sont cumulatives et engendrent. sur cette prépondérance. par exemple. plus que toute autre technologie. Or autant ces vues ont une vertu heuristique enrichissante dans l'aire épistémologique. mais d'en énoncer de nouveaux.s'appuient. un nouveau stade dans l'histoire des automatismes a été franchi. Leurs mémoires rassemblent plus de deux mille volumes relatifs au fiqr (droit musulman. Comment expliquer que Qom. mais cette caractérisation vaut tout particulièrement les concernant. de manière générale. l'ordinateur ne se contente pas de calculer plus vite. auxquels les équipements récents viendront offrir leur efficacité. Si tout un chacun. et de transport des signes sont-elles les facteurs premiers qui rendent compte de leurs significations comme de leurs fonctions sociales ? L'écriture hier. se précipite sur l'informatique documentaire en réseau ? Les affrontements qui opposent le "clergé politique" au haut clergé traditionnel sont à l'origine de cette initiative. via les réseaux. en effet. ne doit-on pas considérer que des technologies particulières s'imposent parce qu'elles sont utilisées par certains centres de pouvoir dans les affrontements qui les opposent à leurs concurrents ? L'exemple qui suit illustrera cette hypothèse. ceux qui en ont le . des "conceptions du monde"). Elles instituent un nouveau milieu intellectuel et mental (mental désigne des dispositions plus générales qu'intellectuelles. peut accéder directement au corpus consignant le fiqr. l'objectif n'est pas de résoudre à moindres frais d'anciens problèmes. le reproche (fondé nous semble-t-il) de positivisme affleure. les systèmes symboliques et les technologies intellectuelles qui les mettent en œuvre seraient la source première de la dynamique des civilisations. pour atteindre cet objectif opérationnel. spécialement[14]. Poussant à l'extrême cette logique. ce mouvement prend une dimension particulière avec les technologies intellectuelles. qui a réussi à faire interdire la réception satellitaire. Nous nous limiterons à résumer leurs lignes de forces. semble-t-il). Cette idée est le présupposé explicite ou implicite. En effet. aujourd'hui un mouvement de balancier qui. de gestion. des prosélytes d'Internet. Depuis 1995. Pourquoi ? Parce que. dans ce nouveau milieu. Par exemple. Elles suscitent. implicitement ou explicitement. Ces analyses ont eu un effet décapant et ont nourri une réflexion innovante dans plus d'un domaine. les réseaux numériques aujourd'hui. d'origine américaine[15]. les mêmes enjeux ? Dans quelle mesure les systèmes sociopolitiques qui les accueillent et les développent. L'exégèse assure donc un pouvoir irremplaçable. de nombreux courants estiment que la fonction socialement structurante des technologies intellectuelles surpasse celle des technologies énergétiques/mécaniques. ce ne sont pas des outils mais des milieux. de même que la communication téléphonique mobile en Iran. tels que les mathématiques expérimentales ou la modélisation numérique de comportement d'objets.Les technologies intellectuelles fondent-elles les dynamiques sociales ? La discussion sur les technologies intellectuelles ne se limite pas au champ de l'activité scientifique. Très souvent. Le haut clergé risque. Dans la mesure où ils conditionnent les formes de la mémoire sociale et constituent les technologies de la connaissance. ultérieurement. Dès lors. est centrale. l'usage de ce concept est adossé à une conception générale du dynamisme social qui fait jouer à l'activité symbolique (traitement des signes) un rôle central. afin de poursuivre. S'ouvrent alors de nouveaux champs à l'investigation scientifique. On rappelle que la dimension juridique dans l'islam (ce qui est autorisé ou non dans la vie sociale) comme dans d'autres religions d'ailleurs. Les techniques de production. Il n'est pas dans notre intention d'analyser ici dans le détail ces hypothèses mais de rappeler que nombre d'analyses contemporaines -sur le phénomène de mondialisation. d'y perdre le monopole de l'interprétation des textes (ce qu'il accomplissait avec peu de compétences. Si. le centre s'est abonné à Internet. l'une des plus conservatrices de Qom (la capitale religieuse de l'Iran) s'est équipée de batteries d'ordinateurs. une compétition dans laquelle la performance (rapport entre input et output) tranche en faveur des systèmes techniques les plus récents. chi'ite et sunnite). par conséquent.

par les technologies numériques. D'où la mise en place d'une machine de guerre pour substituer au "pouvoir des religieux conventionnels" celui des "religieux politiques". l'un des caractères majeurs d'Internet dont nous avons déjà eu l'occasion d'apprécier l'ampleur et la portée. indépendamment des fonctions sociales qu'il accomplit ? Toute une tradition de la sociologie des techniques s'est attachée à l'étude du mouvement inverse qui façonne les outils à travers leurs usages. la mise en cause. à devoir s'adapter à ce futur contexte. Et pour ce faire. si l'objet ne détermine plus fidèlement son usage. . d'un média n'est pas une donnée aussi évidente qu'il y paraît.une technologie intellectuelle est utilisée par l'un des camps pour asseoir son pouvoir. que le clergé politique creuse sa propre tombe. il souhaitait affaiblir le contre-pouvoir religieux en favorisant le clergé intermédiaire. sur quoi fonder une analyse "médiologique". dans les procédés de fabrication et de diffusion ? Tout en maintenant la pertinence d'une telle interrogation sur les supports médiatiques et les réseaux d'expansion.une technologie intellectuelle (les banques de données accessibles par réseaux) est l'agent essentiel d'une redistribution des rapports de force. constitutivement paramétrables. chaîne informatique) devient le mode privilégié d'existence d'objets déformables. Plutôt que de considérer la forme concrète du média comme déterminant un usage. On comprend aisément pourquoi l'ouverture à Internet est favorisée par le gouvernement. c'est-à-dire en l'occurrence le haut clergé. Après tout. devenu à l'époque président de la République. voient leurs prérogatives vaciller. est-on sûr que cette initiative ne joue pas. contre ceux qui la mettent en œuvre ? Démocratiser l'accès aux textes consignant l'exégèse de l'Islam. On entre dans un cercle vicieux. Khamenei. D'ailleurs. de certifier la première hypothèse. à terme. rien n'oblige à choisir l'une de ces thèses contre l'autre. on privilégie alors la malléabilité des instruments dont l'usage transforme le programme de fonctionnement. Ces affrontements peuvent être interprétés de deux manières : . cherchait à mettre au pas le clergé chi'ite en l'assujettissant à l'État. dit autrement. un affaiblissement du pouvoir des intermédiaires en général ? Ceci n'implique pas. C'est. Le chaînage (chaîne du froid.monopole. ici. sans approfondir. que le concept de relation transductive. finalement. Et cette logique est particulièrement sensible à notre époque où un nombre croissant d'objets et de dispositifs ne contiennent plus en propre leurs fonctions. mais qu'il se contraint. proposé par Gilbert Simondon (que reprend Bernard Stiegler dans La technique et le temps[16]). par exemple ? Signalons. L'enjeu est aussi très matériel : il s'agit de faire rentrer dans les caisses de l'État les sommes considérables récoltées par le clergé. en effet. Si la forme ne rend plus compte du projet. définie comme relation qui . Où commence et où finit la matérialité d'un média ? Celle-ci n'est-elle pas aussi un enjeu de pouvoir et un effet culturel ? Ou. L'ordinateur en est l'exemple type : système évolutif. Il serait assez imprudent. on peut aussi observer que la consistance matérielle d'un instrument. pliables. chaîne audiovisuelle. dont on ne peut prévoir toutes les fonctions. Un chercheur iranien explique qu'en fait. mais les font émerger dans une mise en réseau avec d'autres systèmes. doit-on refermer un système symbolique sur sa constitution matérielle. Conformation physique d'un média et efficacité symbolique Les significations et fonctions d'un système symbolique sont-elles principalement déposées dans sa constitution physique. cela n'engage-t-il pas. à terme. lesquelles s'inventent avec l'évolution du système lui-même soumis à la pression des usages et des détournements. On peut parfaitement considérer que l'usage de l'informatique documentaire recompose les rapports de force dans le clergé parce que l'un des protagonistes prend le risque de faire jouer cette force. Peut-être pourra-t-on lire dans trente ans que les réseaux ont joué un rôle fondamental dans la laïcisation de l'État iranien. L'objectif était de faire émerger de nouvelles instances basées sur le moyen clergé et de concurrencer ainsi celles que contrôle le clergé traditionnel. Par ailleurs. des intermédiaires spécialisés est une question assez fondamentale. les ordinateurs participent au dessein du régime islamique qui est de prendre le pouvoir religieux aux grands ayatollahs. mécaniquement.

fleuves. une étude attentive montrerait une croissance conjointe des flux informationnels sur les inforoutes et matériels sur les grandes voies du commerce mondial..) qui assurent le transport des marchandises-choses convoient indissolublement des agencements matériels et l'information qu'ils emprisonnent. par exemple. en particulier. au point de sembler occuper tout l'espace public (et privé). dans le dernier chapitre. stratégique. tout passe évidemment par des systèmes de signes (textes. le transport des signes devenant. travail symbolique et travail "immatériel" L'information est-elle immatérielle ? Aujourd'hui. Il est vain de rechercher un supposé facteur "immatériel". Face à ces vastes questions. Ainsi la forme s'harmonise au contenu : le réseau vu comme espace élargi d'échanges symboliques -le multimédia... qu'il est discutable de postuler que les télétechnologies marquent culturellement nos sociétés de manière univoque. l'assomption des connaissances comme vecteur d'orientation décisif de nos sociétés. Expédier une machine. épurée de ce qui résiste à un conditionnement numérique : la présence corporelle. graphiques.) et de signes (écriture. liens hypermédias. alors que les mouvements d'extension des innovations sont incomparablement plus complexes[20]. En revanche notre attention doit se concentrer sur les mutations qui saisissent le transport des signes pour tenter de le rapprocher du transport des choses. autre manière de décrire la tendance à l'augmentation de l'incarnation dans la présence à distance. Aucune théorie générale ne dispense de l'étude de configurations historiques particulières et ce qui vaut pour l'imprimerie ne se déplace pas automatiquement à la photographie ou à Internet. Avec ce type de déduction. réseaux numériques) à une inversion de priorité. maillage a.. l'idée générale de la suprématie des systèmes symboliques se renforce d'une série de partis pris qui se veulent de pures constatations telles que la croissance des transactions dites "immatérielles". le politique. McLuhan inférait déjà.. information. Les analyses médiologiques. Cette objection dénie que les dimensions symboliques soient ciselées par l'ordre technique. On passe de l'affirmation d'un lien entre les techniques de déplacement matérielles (routes. contentons-nous d'une remarque générale. comme jamais.. sons. souvent brillantes et stimulantes.. ruralisée où l'on croît reconnaître l'inspiration des contempteurs comme celle des adorateurs des réseaux numériques. considèrent que les faits socio-techniques possèdent une vocation automatique à se généraliser en conservant leur pureté. sauf à les considérer comme de purs archaïsmes. déterminant dans l'organisation des échanges (de signes et de choses). On voudrait discuter ici plus en avant la notion d'immatérialité de l'information. par exemple. par exemple. Or. télégraphe..centré du territoire. on ne comprend pas d'où viennent les forces qui amplifient. des propriétés de l'électricité -disponibilité. chemin de fer. on peut opposer qu'il n'y a pas lieu de chercher des causes premières -et encore moins unique. La mise en cause du déterminisme technologique participe du même refus d'un simple renversement de causalité entre le technique et le social. lui seul. C'est au moins une leçon épistémologique qu'on peut retenir du connexionnisme moderne qui a permis de concevoir le phénomène d'émergence d'ordre comme produit de l'interaction coopérative d'agents autonomes.Réseaux.constitue ses termes. Or dans les réseaux numériques. permet de lever l'aporie qui se présente dès que l'on renverse les causalités habituelles pour y substituer une détermination par les conséquences[17]. n'est pas le servant d'un système technique médiatique. imprimerie.dans une dynamique d'émergence interne à des systèmes complexes où logiques techniques. Dans cette optique. B . instantanéité. On isole alors leurs caractéristiques techniques et on les transforme en principes d'organisation sociale[19]. Nous verrons. Le mouvement dès lors s'auto-entretient : "l'immatériel" abreuve les réseaux et ceux-ci se gonflent en irriguant cette matière ductile à souhait. c'est envoyer l'informa- . sociales et systèmes symboliques interfèrent.).accueille l'enveloppe du lien social... Elle plaide pour la prise en compte d'une pluralité de facteurs dans l'émergence d'un système technique[18]. À cette problématique.un modèle théorique de ville décentralisée. mais le façonne aussi. la part symbolique dans les flux d'échanges. Les réseaux territoriaux classiques (routes. images.. l'urbanisation.

il convient de substituer -comme le font de nombreux courants de recherche. de l'institution France Télécom pour concevoir. Pour être cru. Un réseau informatisé d'échanges de savoir. par exemple. sans quoi le lien devient une opération totalement mystérieuse. on se laisse souvent aller à affirmer que les réseaux informationnels séparant l'information d'une matière qui la contiendrait. programmer dans un nouveau langage informatique. à ce stade. L'objectif devient alors. tout est matériel jusqu'à la sémiose (l'émergence du sens)[21] : l'image affichée sur l'écran. c'est l'opération symbolique en tant que telle.l'examen des dispositifs de production. on conçoit plus facilement que la nature relative de l'information -non pas une chose mais un rapport social par l'intermédiaire de choses.et de l'autre que je dispose d'une confiance reposant sur une longue chaîne d'accréditations préalables. L'appropriation de l'information ne relève pas d'une logique de l'usage (unicité. son interprétation par un sujet. réception de l'information. Cette deuxième opération peut avoir lieu éventuellement sur le réseau s'il s'agit d'apprentissage symbolique (étudier une langue. Mais sa diffusion n'est pas pour autant "immatérielle". Relier ce qui est disjoint. Métaphore chimique : la mise en commun d'électrons. informer tout le monde que la Terre va être détruite dans vingt ans par une énorme collision avec un astéroïde géant. Qu'est ce que la transmission d'une image sur le Web. perte. par franchissement d'un saut. pas de liaison. par le même mouvement. subjectif. et là. par exemple. la conservent et la diffusent. il faut d'une part que j'aie accès au média -et que celui-ci fonctionne. La prise de la Bastille annoncée aux Indiens d'Amérique n'aurait eu aucun effet. installer. comme la communication. par "sublimation". combine une transmission (proposition sur le réseau) et une offre d'action (transfert effectif d'informations). c'est-à-dire le fait qu'il en soit affecté. d'intérêts. La supposée qualité immatérielle de l'information s'appuie aussi sur l'idée que l'information véhicule l'événement et donc le remplace dans une certaine mesure. indissolublement technique et sémantique (donc affectif). de l'ordinateur pour effectuer ces calculs et conduire les commutations sur le réseau. sa conversion numérique. alerte des circuits neuronaux.). Cette conception matérialiste de la relation suppose un entre-deux concrétisant l'union d'entités séparées. Il faut mettre fin à l'idéalisation de la communication et donc. Lorsqu'on couple l'information aux réseaux qui la produisent. etc. car sans les réseaux qui l'acheminent. son transport sur une ligne du réseau. Je peux. l'information demeure une promesse en attente de réalisation. son affichage sur un autre écran. à chaque étape. dégradation) car ce n'est pas une chose. la propagation de différence. L'information. Mais si le message peut représenter l'événement.convoient de l'information comme pure immatérialité. Dans cet exemple. transports. dits "covalents". vendre ce transport. provoque l'émergence du sens. de rapports de forces. se réalise comme rapport social grâce à la mise en commun d'un élément tiers qui assure le lien. le media (réseau numérique) est approprié pour convoyer à la fois l'informa- . suppose ce partage d'un même. c'est uniquement grâce à l'existence de réseaux de diffusion déjà engagés dans l'émergence de l'événement lui-même et qui construisent l'information afférente. s'il peut le déplacer jusqu'au cerveau des destinataires. et donc d'un complexe de désirs. On élimine les chaînages qui traduisent et conduisent les messages d'un point à un autre. L'affirmation de la suprématie de la connaissance dans les fonctionnements sociaux véhicule souvent une conception purement transactionnelle de la connaissance.tion qu'elle encapsule dans ses rouages. détachée de ses rapports à l'action collective. Sans partage d'un même. et d'une quantité d'autres médiations dont la liste occuperait des pages entières ? Or l'information. de l'information[22]. relève d'une vue assez idéaliste. si l'on fait abstraction de la numérisation comme technologie intellectuelle. c'est adresser un programme d'usage. Couper le message des réseaux potentiels de diffusions. À ce stade. On oublie alors la matérialité des réseaux eux-mêmes pour ne retenir que l'encombrement matériel infime de l'information numérisée ou l'extrême rapidité de traitement des flux électromagnétiques et photoniques. L'existence d'un milieu accueillant ce même conditionne. de la ligne téléphonique pour la transporter. En revanche.n'empêche nullement qu'elle soit le fruit d'un travail personnel et institutionnel inséparablement matériel et subjectif. Dans cette propagation. assure la liaison entre atomes. altération. et surtout si l'on élargit l'éclairage aux dispositifs de transport de l'information. l'information ne se distingue pas de la matière. Le son émis qui atteint l'oreille déclenche des influx. l'entretiennent. À l'analyse de la communication comme forme supposée pure. sur Internet. définie comme différence produisant une autre différence (Bateson).

tion (l'offre de formation, la demande d'un apprentissage) et l'action d'apprentissage. Lorsque cet apprentissage s'effectue sur une matière symbolique (travail sur des signes), le réseau cumule donc les fonctions de communication et d'expérimentation. Mais s'il s'agit d'apprendre la poterie, ou la soudure à l'arc, l'information, même si elle se rapporte à l'action, s'en distingue nécessairement. De même, par exemple, s'il s'agit de prendre des décisions politiques dans une communauté territoriale. Il n'y a pas d'intelligence sans rapport entre transmission de connaissances et expérimentation en actes. Il est entendu qu'un échange d'informations (formule par laquelle la cybernétique des années quarante définit la communication[23]) est aussi une action, mais limitée au cadre formel du canal qui héberge la transmission. Information, subjectivité et permanence Y aurait-il donc un "autre" de l'information ? Ce serait tout simplement la part de l'expérience qui échappe à la formalisation, à la capture par un système de signes, ou plutôt qui ne se confond pas avec cette capture : résistances dans l'affrontement à la matière, perceptions, imprévisibilité des rapports sociaux, destin des subjectivités en relation dans des collectifs, etc. Même si l'univers de l'échange formel d'informations à distance accueille une part croissante de l'expérimentation collective, il ne la résume pas complètement. Il délaisse ce qui appelle le rapport physique, la co-présence des corps (même si cette co-présence se redéfinit aussi dans le développement de la présence à distance) ainsi que, aujourd'hui encore, de nombreux secteurs industriels œuvrant dans la transformation de la matière. Les segments qui relient information et action s'inscrivent de plus en plus dans des réseaux, mais ils ne se confondent pas avec cette inscription. La propension à projeter un doublage, par réseau virtuel, de la vie sociale élimine la multi-dimensionalité de l'activité collective. Elle la réduit à son versant informationnel et, bien souvent, détache ce versant du cadre pratique (institutionnel, relationnel, affectif) sans lequel cette activité s'asphyxierait. Il faut tout un système d'accompagnement relationnel plus ou moins direct (coup de téléphone, téléconférence... ou visite) pour que la relation par réseau ne s'assèche pas. Une autre conception de l'information est apparue, propulsée par le développement du cyberespace. L'information serait, en tant que telle, une subjectivité en acte. Et ses caractéristiques essentielles deviendraient la mutabilité, la malléabilité, l'obsolescence, l'hybridation. Bref, sa valeur s'accroîtrait au fur et à mesure qu'elle se rapprocherait d'une existence vivante[24]. Il y a une métaphysique de l'incorporation qui fait l'impasse sur les modes d'existence de la subjectivité, comme si celle-ci pouvait transfuser avec l'objet créé et éliminer la phase personnelle. Ce qui se déplace (ou qui déplace) c'est le média, pas le médiateur. Dans cette logique, l'information joue contre ses supports, contre tout ce qui fixe, retient, fige. Elle s'accomplirait dès lors qu'elle rejoindrait le mode d'être de l'affect. Message et messager sont alors reliés sans rupture de continuité, dans une logique qui n'est pas sans rappeler les réseaux pensants, tissés de chaînages humains/non humains, chers à Bruno Latour. L'univers du cyberespace révélerait le stade suprême d'existence déterritorialisée de l'information. Or nous verrons plus loin, que les questions de la permanence, de la séquentialité, des limites, de la sélection et du contexte s'y posent toujours. Finalement, on ne reconnaît pas l'immobilité, la permanence et la finitude formelle d'une proposition (artistique, philosophique, littéraire aussi bien que d'un mécanisme technique) comme source de puissance générative. Le passage où la vie humaine s'incarne dans l'inorganique n'est alors qu'une dégradation. À dissoudre ce moment dans le flux ininterrompu des échanges, à dénier son caractère spécifique de suspension du temps (l'objet comme fixation temporelle) pour ne porter l'attention que sur les processus herméneutiques qui progressivement écrivent, hors de l'objet, son avenir, on refuse à l'objet ou au message son genre spécifique : finitude formelle et infinitude herméneutique. Mais la deuxième serait mort-née sans la première. Par exemple, si le programme de jeu d'échecs (activité humaine extériorisée, encapsulée dans un programme) invente une nouvelle dimension de ce jeu (de nouvelles règles de compétition homme/machine, par exemple), c'est parce qu'il se matérialise dans un système inorganique, extérieur, indépendant et qui peut être mobilisé à souhait, égal à lui-même (ce qui ne peut être le cas pour un joueur humain). La multiplicité d'usages potentiels du même objet, permet le développement de son destin. De même, l'infinité des interprétations possibles du même message formel est à la source de l'intersubjectivité.

Le travail intellectuel est-il immatériel ? En quoi le travail intellectuel fonderait-il la diffusion d'une supposée culture de l'immatériel, et notamment du "travail immatériel" ? Affirmer le caractère instituant des instruments du travail intellectuel nécessite d'éviter un malentendu : ceux-ci reposent sur des facteurs bien matériels (stylet, papier, presse à imprimer, ordinateur, serveur de réseaux, etc.) et nécessitent un labeur. Le travail sur les signes est bien, pour partie, un travail matériel, de même que tout travail sur la matière est pour partie intellectuel. Seule la cible change : des signes à la place d'objets pesants. La définition axiomatique de la production informationnelle se dérobe toujours : une information doit s'inscrire sur une matière, sinon elle demeure pur acte de pensée. Et symétriquement, la production industrielle d'objets pesants, indéformables (automobiles, maisons, etc.) inclut toujours une dimension informationnelle. Cela dit, on doit différencier, sous cet angle, un roman et une poutrelle d'acier, par exemple. Une fois qu'est stabilisé un système de publication (pages, chapitres, sommaire, par exemple) en symbiose avec des modalités collectives de diffusion et d'appropriation, la portée littéraire du roman ne dépend pas mécaniquement du type de papier sur lequel il est imprimé. (Bien que la nature du papier, la typographie, le type de reliure ne soient pas non plus des éléments à négliger dans sa portée sémantique et dramatique. Mais admettons ici ce raccourci, discutable selon d'autres critères). La démonstration pourrait être encore plus convaincante à propos de la musique enregistrée (disque vinyle et CD). Une poutrelle, quant à elle, ne peut être appréhendée en dehors de son matériau et de sa forme propre, lesquels sont cœxtensifs à son existence comme poutrelle. Dans la production informationnelle, ce qui prime c'est le système de signes et non le type de support. Cette -relative- distinction entre forme et sens ne vaut précisément que pour les productions intellectuelles (textes, graphiques, images, hypermédias, etc.)[25]. La notion de travail "immatériel" trouve en revanche, une pertinence lorsqu'on la rapporte aux segments purement relationnels du travail collectif, au travail communicationnel dans ses dimensions interpersonnelles, non directement, médiatisé par des appareils techniques et institutionnels. Nous sommes ici en présence de deux positions radicalement opposées. La première, à la suite des travaux de l'école d'anthropologie sociale de la science, insiste sur l'impossibilité de différencier, dans une activité productive, subjectivités humaines d'une part et dispositifs techniques et cadres institutionnels, de l'autre. La deuxième position met l'accent, en revanche, sur le contenu relationnel, affectif, subjectif de cette activité dans le contexte du post-fordisme, sans toujours accorder la place qui lui revient aux réseaux socio-techniques. On le verra, l'invocation des réseaux numériques et de l'informatisation vaut alors, dans ce dernier contexte, assurance de l'immatérialité du travail et suprématie de la connaissance comme force productive. Il nous semble, qu'effectivement, on doit faire sa place à l'intersubjectivité dans le travail coopératif et ne pas le réduire à la mise en œuvre de procédures "matérielles", comme nous y conduit la logique des "réseaux pensants". Mais tout en reconnaissant l'autonomie non réductible du travail relationnel on ne saurait l'isoler, ni même peut-être l'appréhender, hors de son outillage pratique, c'est-à-dire techno-institutionnel. Les conditions contemporaines de ce travail communicationnel exigent, sans doute plus qu'auparavant, d'étudier simultanément ses versants techniquement médiatisés et ses versants informels. Travail en réseau et subjectivité productive Le développement des réseaux est couramment rapporté au caractère stratégique du travail intellectuel dans nos sociétés. De nombreux travaux ont défriché ces transformations en cours. Mais revenons d'abord sur cette question : le travail intellectuel -dont une partie croissante consiste en opérations sur les signes- peut-il être identifié à un travail "immatériel" ? On l'a vu, le travail sur les signes[26] met en œuvre des moyens, on ne peut plus matériels (imprimés, téléphone, enregistrements, ordinateurs, réseaux numériques, etc.). Ceux qui parlent de "travail immatériel" ne visent pas exactement cela. Ils désignent une activité de type réflexif, relationnel et affectif : l'intelligence dans ces dimensions imaginatives, créatrices, culturelles et relationnelles mise au service des nouvelles conditions productives (réactivité, anticipation, capacités d'adaptation, etc.). Dans cette perspective, le travail vivant serait devenu plus indépendant de la régulation fonctionnelle[27] déposée dans la machi-

nerie industrielle et mobiliserait, en revanche, plus nettement qu'auparavant des technologies mentales, symboliques et des comportements communicationnels. Dans cette perspective, des qualités proprement sociales, détenues en propre par les agents (intelligence des situations, compétences cognitives, capacités relationnelles, imagination) rendraient compte de leur productivité au sein d'organisations collectives à même de les faire fructifier[28] dans et en dehors du temps de travail (si tant est que cette séparation soit toujours pertinente). Par ailleurs, "l'immatérialisation" du travail est quasiment toujours rapportée à l'emploi intensif de la téléinformatique[29]. S'effectuant toujours plus en mobilisant des technologies intellectuelles numériques (traitement de texte, courrier électronique, logiciels de travail collectif, etc.), il tend à se concrétiser à s'inscrire dans des formes que l'informatique peut traiter, transporter, intensifier. Tout un pan de la communication informelle est traduit et mémorisé. Les numéros téléphoniques des destinataires des appels sont enregistrés par les autocommutateurs, le courrier électronique tend à se substituer aux conversations téléphoniques et s'archive automatiquement, etc. D'où ce paradoxe : plus le travail intellectuel devient stratégique, plus il se concrétise dans des dispositifs matériels et plus on l'appréhende comme travail immatériel. Ce paradoxe n'est peut-être qu'apparent, car si l'on examine le contenu de ce travail "communicationnel", on s'aperçoit qu'il suit une double logique de formalisation et d'invention. Cette voie de formalisation, on la repère dans toutes les activités (gestion, comptabilité, etc.) où des programmes informatiques viennent substituer, et souvent contrôler, le travail humain. Mais, dans les pores de ce travail et à sa périphérie, s'inventent des procédures communicationnelles inédites qui appellent, en permanence, des compléments humains informels. (On retrouve, ici encore, le mouvement aperçu au chapitre I, qui relie l'imitation imparfaite et l'invention cognitive). Observer une tendance à formaliser le travail communicationnel n'implique ni que la formalisation ne le capte totalement, ni que de nouvelles zones informelles n'apparaissent parallèlement. D'où l'hypothèse selon laquelle la matérialisation du travail intellectuel -fruit de sa technologisation- irait de pair avec le développement de procédures relationnelles humaines d'ajustement, de négociation, de conviction ou de séduction, procédures effectuées en proximité ou à distance, dans l'espace formel du travail (lieux et horaires) ou en dehors de ce cadre. Présence à distance, appartenance et relation de proximité On a vu -en particulier au chapitre I- à quel point se raffinent les dispositifs gérant le travail collectif et s'accroissent leurs capacités à exprimer les conditions sociales de la coopération. Soulignons une nouvelle fois que la mise à distance contraint à formaliser une part des relations sociales auparavant "naturelles" et que, parallèlement, elle invente de nouvelles modalités communicationnelles. La coopération à distance offre donc un cadre inédit à l'étude de l'intersubjectivité en situation d'éloignement. L'approche dite de "proxémique virtuelle"[30] -notamment à propos des espaces collectifs de travail- offre un cadre stimulant pour mieux observer comment le travail linguistique et relationnel se concrétise lorsqu'il s'effectue, justement, à distance et par le truchement de réseaux numériques. Nous avons ici en vue les travaux -tel que DIVE, déjà cité- qui mettent à profit l'ingénierie informatique pour concrétiser (et inventer) des fonctions abstraites de présence. Cette approche déploie une série de questions vives : comment se combinent les segments durs et les segments mous dans le travail relationnel, comment s'établit la coopération, comment se métabolisent les dimensions affectives dans le filtre des réseaux numériques ? La formalisation des transactions l'emporte-t-elle sur la spontanéité et l'invention de protocoles relationnels inédits ? Porter une attention particulière au fonctionnement des interfaces dispositifs et logiciels- autour de la synthèse des activités communicationnelles semble être aussi une direction prometteuse. Cette abstraction des fonctions de présence risque-t-elle de jouer à l'encontre des dimensions psychoaffectives ? Comment sont-elles contournées et complétées par des relations traditionnelles (rencontres, séminaires, par exemple) ? Ces aspects rendent concrète la mobilisation relationnelle et affective croissante qu'exige le travail intellectuel coopératif, dans le contexte du travail en réseau. Par ailleurs, ces questions relatives à l'univers du travail entrent en résonance avec des interrogations plus générales concernant les rapports entre l'échange à distance d'une part et l'engagement relationnel et institutionnel,

comparaison). qu'elle est productrice d'un dialogue intérieur. de plus.Archive virtuelle. dans ce contexte. bref. de mise en rapport de la mémorisation vivante et des techniques "archivales" prolongeant. en dehors même des situations à caractère performatives. dans la perspective d'une réflexion sur l'inscription. allant des plus faibles (contact aléatoire. au culte de l'éphémère. elle balance l'éloge du réseau par l'insistance sur le travail herméneutique local. associative. Quelles incidences. C'est la notion de degré d'appartenance qui est ici décisive. fonction miroir. enregistrement (actualisation . solliciter le livre de Jacques Derrida. dans l'horizon freudien. à une expérimentation collective des effets de telle ou telle proposition. "Nul pouvoir politique sans contrôle de l'archive. un nouvel éclairage. Cette approche offre. On n'appartient pas de la même manière à un "groupe de discussion" et à un séminaire professionnel permanent. Mais il est encore difficile d'énoncer des principes généraux sur la manière dont la communication collective à distance rejaillit sur le fonctionnement de collectifs à fort degré d'appartenance. De même la garantie de réédition de l'acte de communication en modifie-t-il profondément la teneur. telles que la rencontre fortuite et (cas extrême) unique. elle s'oppose à l'accélération de la rotation des inscriptions. dit Jacques Derrida. auto-dialogue. rendre accessible en un même lieu. etc. est une condition de la "ré-flexion" proprement dite.). archive spectrale Pourquoi. les incidences sont d'une grande variété. de manière générale. objectivité. écrit Jacques Derrida. Ces graduations ne se situent pas totalement sur l'axe proximité/éloignement. mémoire objectivée). n'importe quel énoncé lancé dans une messagerie. Archive. de la mise à distance. mais aussi temporel "synchronique". la fixation mémorielle. ou encore le doublage d'une relation sociale classique par une télé-relation virtuelle (comme avec le téléphone). En cela. L'appartenance forte basée sur la proximité (professionnelle. à la valorisation de la circulation au détriment de l'interprétation . sinon de la mémoire"[34]. comment elle redistribue leurs activités cognitives et relationnelles et influe sur leur productivité[31]. Geste systémique. l'éventualité d'un contact de visu a-t-elle sur la communication à distance ? Si l'échange se déroule dans un même cadre institutionnel. sur Internet et d'autres réseaux. On peut néanmoins penser que cette communication est d'autant plus chargée d'enjeux qu'elle est chevillée à une participation concrète. à l'extérieur. mettre en réserve en "rassemblant les signes"[33]. des schèmes opératoires. Et on pourrait ajouter. donc en un même temps. la nature de la rétroaction dans un réseau. le livre fait apparaître que l'archivage. Finalement. observation des effets du message sur les autres personnes connectées. Question politique. rétention vivante et consignation matérielle Archiver. par exemple. par exemple) aux plus fortes (combinaison de rapports de proximité et d'usage de réseaux locaux) en passant par toutes sortes d'engagements limités (participation à des groupes de discussion. La notion de communauté virtuelle regroupe des relations d'une grande hétérogénéité. justesse. La communication exclusivement par réseau peut donner naissance à des appartenances fortes (idéal des "communautés virtuelles").de l'autre. dans ses rapports aux techniques archivales. le déroulement et l'intensité de la communication en seront redéfinis. ajouterons-nous. produisant ainsi des modalités temporelles différenciées si tant est que chaque type d'archive est dépositaire d'une temporalité spécifique : écriture (mise à distance de soi. À quoi s'engage-t-on par un acte de communication à distance ? On sait que. même anonyme. contrôle de la transmission de la mémoire. "coordonner en un seul corpus". Mais à quoi ? Auto-évaluation.) peut se recouper avec la présence collective à distance (c'est le cas des mediaspaces installés dans un même bâtiment). Les relations entre le dire et le faire offrent. engage l'énonciateur. C . éducative. le regroupement autour d'un centre d'intérêt (et donc le renouvellement régulier de l'échange). l'occasion de poursuivre une réflexion sur la "spectralité" à l'heure des spectres numériques modernes. etc. imprimerie (multiplication des sources. Il est donc difficile donc de qualifier. On devrait pouvoir construire une graduation des intensités relationnelles. à des jeux en réseaux. Mal d'Archive[32] ? Le texte de la conférence du philosophe "déconstructionniste" représente une tentative inédite. c'est "consigner".

Logique de l'inconscient. et l'appareil psychique. "Le moment sera venu d'accepter un grand remuement dans notre archive conceptuelle. etc. D'où le déploiement d'une tentative de relier mémorisation psychique et rétention prothétique. modèle de l'appareil psychique qui enregistre et mémorise (c'est-à-dire retient tout en étant capable de recevoir). C'est pourquoi Jacques Derrida associe toujours l'archive et la "technique archivale"[38]. et perdue d'avance. La monstruosité des empilements qui en résulte oblige à sélectionner. Cette décision instaure une "technique archivale" singulière consistant.qui font partie de la mémoire objectivée) d'une part. dans ce nouveau cadre sa pertinence douloureuse[39]. L'archive virtuelle Dans ce dessein d'une pensée conjointe de la rétention/traduction vivante avec l'inscription extériorisée. sa ressemblance avec l'appareil psychique. depuis l'imprimerie. pour être consulté. L'archive virtuelle apparaît comme archivage d'événements qui n'ont pas eu lieu (mais qui auraient pu survenir) ou qui en sont restés au stade de l'intention. son existence et sa nécessité témoignent de la finitude ainsi suppléée de la spontanéité mnésique. d'organisation.c'est la mort et la finitude dans le psychisme"[36]. Ainsi en va-t-il. La machine -et donc la représentation. sinon tout effacerait tout). dans le doute. il est remarquable que surgisse la thématique du virtuel accordée à celle de l'inconscient.du passé). aussi. D'où la course- . de ses milliers de banques de données et de ses moteurs de recherches. gardons tout. Latéralement à ces considérations. presque. Lutte sans fin. sélectionner. L'automatisation du prélèvement nous place dans une situation ambiguë de délégation de la décision de conservation à des automates. dessin. Toute la question de l'archive se situe dans une tension entre la rétention vivante et l'inscription extérieure permanente. L'automatisation intégrale du prélèvement des traces (et non pas de la mémoire ou de l'archivage. Ces gigantesques empilements de micro-actions nous protégeraient contre l'incertitude de "l'avoir eu lieu". dans le sens aussi où le passé s'archive comme futur virtuel. on ne peut plus clairement. doit pouvoir être atteint par une énergie vivante. pour figurer le fonctionnement du psychisme. Jacques Derrida ne met pas en opposition la machine d'inscription (machine à conserver des traces matérielles. elle les conditionne : "L'archivation produit autant qu'elle enregistre l'événement"[35]. à ne pas trier. etc. de l'autre : "Loin que la machine soit une pure absence de spontanéité. ajoutons quelques observations à propos de l'obsession accumulatrice propre à nos sociétés. c'est-à-dire la mémorisation en tant que telle. avait pensé à une machine-outil d'écriture. Mais on voit bien l'aporie qui guette une propension à doubler la vie sociale par son enregistrement permanent. écriture. Freud. outils de circulation index. inscrit des voies d'accès. et. L'enregistrement automatique du détail est le versant inquiet de la rotation accélérée de l'événement médiatique : accumulation contre obsolescence. L'archive ne se contente pas de figer et de rendre disponible l'information ou l'histoire. de la consignation automatique. non pas tellement contre le flux temporel et l'oubli mais contre le tri. Tout conserver dans le détail : les indices d'un appel téléphonique dans un autocommutateur d'hôtel. et la question des critères conserve. prothèses techno-mnémoniques : graphies. À l'heure d'Internet. de l'obsession patrimoniale qui transforme notre environnement en conservatoire du quotidien[40]. Une logique qui accouple la mémorisation et l'oubli comme condition de la mémoire (il faut trier. Ce qui mérite d'être conservé dépend toujours d'une projection dans l'avenir. qui lui exige un partage entre rétention et délaissement) permise par l'informatique apparaît alors comme le symptôme de cette menace qui pèse sur "l'avoir eu lieu" de l'événement. Tout le contraire. Que veut dire Jacques Derrida ? Logique de l'inconscient : ce qui s'enregistre mais dissimule les traces du passage et rend ainsi certains contenus irrécupérables (comme des photographies dont on a même oublié qu'on les a prises). c'est-à-dire comme événement qui peut (mais pas nécessairement) parvenir à s'exprimer distinctement dans l'avenir. et d'y croiser une « logique de l'inconscient » avec une pensée du virtuel qui ne soit plus limitée par l'opposition philosophique traditionnelle de l'acte et de la puissance"[37]. en déguise certaines et en efface d'autres permettant l'oubli et le refoulement. si tant est qu'archiver suppose de délaisser[41]. un "bloc magique". tout en respectant leur autonomie respective.. d'indexation. en tendance. Car tout système de signes. pour garder. L'archivage (comme la mémorisation individuelle) conjoint l'acte de conservation avec un programme de sélection. cet adage se vérifie. le paiement de carburant sur l'autoroute à la seconde près. et. tables.

nous oublions mais dont l'obsession de récolte nous rappelle l'angoissante (et épuisante) tentative de maîtrise qui anime nos sociétés. la disponibilité supputée et l'utilité de l'archive : "La technique archivale a commandé ce qui dans le passé instituait et constituait quoi que ce fût comme anticipation de l'avenir"[43]. Sédiments. toujours ouverte. par des méta-programmes. constituerait alors la forme actuelle de la "spectralité" instrumentale. de la fantasmatique ordinaire qui double notre présence au monde . capture visuelle du passé par la photographie. fantasmes éveillés. peut-on les appréhender comme matérialisation.. Séparation de l'apparence et du corps par le miroir. La "Réalité Virtuelle".. pratique (ce qui peut être aussi considéré comme un apaisement). on ne saurait identifier une production hallucinatoire interne avec une sollicitation perceptive déposée sur des supports externes (écrans. intermédiaire entre réalité et imaginaire. les "Réalités Virtuelles" jouent la satisfaction expérimentale..pour signifier qu'il s'agit d'une réalité modélisée par et dans un programme. de la "hantise". L'archive est toujours performative. casques."[45]. Elle l'est a priori : ni présente. Course-poursuite vaine pour une raison essentielle qu'explicite Jacques Derrida. laquelle est ensevelie depuis longtemps déjà).. Ceux-ci ne sont pas de pures illusions. . qui interprète la perception comme une mise en forme instable du monde. ni visible ni invisible. ubiquité. au sens de la signature programmatique d'une réalité. toujours "à-venir" et depuis "l'à-venir". Mais sans doute aussi.la structure de l'archive est spectrale. si on suit une logique qui interprète les technologies de représentation comme des tentatives d'objectivation de la vie psychique (la photographie comme parabole du souvenir de l'instant.) et les croyances magiques (réincarnation. (On emploie ici le terme programmatique -plutôt qu'informationnel. etc. bien entendu. dissociation corps/esprit. avec l'enregistrement systématique des traces. comme une concrétisation technique de cette zone "fantomatique" virtuelle. imagination.. certes rigide et pesante. de ce que Freud nomme "fantôme réel" pour désigner l'hallucination visuelle (l'archéologue.. ce n'est pas seulement la technique archivale qui projette ses opérations dans le futur. le cinéma comme matérialisation du rêve éveillé.). Bien sûr. parle avec Gradiva. c'est "l'anticipation" d'un retour du prochain futur vers le présent actuel qui motive d'enregistrer tous les sédiments contemporains. et lui faire perdre "l'autorité absolue et méta-textuelle à laquelle elle pourrait prétendre"[42]. Hanold. interfaces). et en restant attachée au substitut déformé de la vérité refoulée"[44]. Découvrir ou commenter l'archive c'est s'y inscrire. la "Réalité Virtuelle" pourrait être considérée comme une traduction objectivée des "spectres" et autres "revenants".parvient à la conscience. Et lorsque Merleau-Ponty qualifie la vision de délire ("voir c'est avoir à distance". elle anticipe la permanence. sous forme numérique). et collectivement. Et là. que finalement. etc.. La comparaison a. indexant les précédents.. c'est l'augmenter. depuis le futur de ce qu'elle porte dès son installation comme archive. Il n'y a pas de totalisation possible de l'archive. "Réalités Virtuelles" s'ajustant sur le modèle des "spectres". D'où le mécanisme de l'hallucination démonté par Freud : "la forme déformée. au sens fort. de méta-archive concevable.poursuite qui oblige à surplomber les programmes de prélèvement. On se situe ici à la frontière entre les manifestations de la vie psychique (rêves. il n'y a pas. En effet. L'archive est donc interminable.. Jacques Derrida fait dériver cette qualité opérative des spectres vers l'archive : ". transport de la voix et de l'image à distance : les correspondances entre technologie et activité magique sont indéniables. son "spectre de midi". ni absente <<en chair et en os>>. mais des "vérités du délire" issues d'un retour d'événements refoulés. on pouvait en avoir besoin ? La conservation est une préfiguration. alors que l'hallucination vise la satisfaction primitive des pulsions par reconstitution imaginaire de l'objet manquant. L'archive "spectrale" Jacques Derrida. Mais l'automatisation du prélèvement signe aussi la protection contre la vengeance du futur : et si. espaces dans lesquels s'originent aussi les projets technologiques. On pourrait dire comme les "Réalités Virtuelles".). à la suite de Freud.. écrit-il dans L'œil et l'esprit[46]) il actualise une perspective voisine. avec une force de conviction intensifiée par la compensation. Mais le lien vaut d'être testé dans une direction plus mobile. ses limites . comme concept général. finalement. insiste sur la part de réalité des spectres.

102/103. Gallimard. La révolution de l'imprimé. p. 21. Métailié. Mais la liste s'allonge chaque mois. La Découverte. . dans ses recherches fondatrices pour augmenter le niveau d'automatisme des calculateurs. conscription. par exemple. La science n'est plus alors la connaissance d'une réalité ultime. Paris. rapports et moyens de transport qui lui assurent. L'ordinateur rayonne sa puissance à partir de cette qualité fondamentale. construction commune du milieu extérieur et de l'activité humaine appareillée. 1986) avait précisé l'intérêt des contraintes spécifiques au "jeu de langage" scientifique. dont Jack Goody a montré qu'elle sert d'abord à conserver des inscriptions gestionnaires (comptes. [3] Voir notamment Elisabeth L. d'enaction. Ce premier élément de réflexivité s'articule à un deuxième. p. Paris. Voir plus précisément le chapitre IX (La mémoire en expansion). Cette posture redonne une place spécifique à l'humain. au profit d'une simple capacité tactique à saisir les opportunités. John Von Neumann avait explicitement rapproché l'architecture préconisée des futurs calculateurs. masquées.. 139/180. p. [12] Dans le même ordre d'idées Régis Debray explique que "la pensée. et plus précisément dans la partie consacrée à la critique de l'anthropologie des sciences. à <<resserrer les boulons>> du réseau". 17). impôts. [10] Sur ce dernier aspect. [11] Dans L'innovation technique. L'accès à un niveau supérieur d'automatisme ainsi obtenu est fondé sur le fait que le programme doit être chargé dans la mémoire centrale de l'ordinateur. La Découverte. pp. cela n'existe pas. M. Paris. notamment pp. civilisatrices". 1979. [8] Les sciences et les techniques sont : "fragiles. naît dans et pour les premières cités-État. 1991. [2] L'écriture. [6] On peut citer The Gimp (logiciel de manipulation d'images). dit autrement. cit. Sendmail (gérant la commutation du courrier électronique) ou encore Star Office (ensemble bureautique). Eisenstein. pour chaque époque son existence sociale" (Cours de médiologie générale. La prochaine instruction à exécuter n'est pas forcément celle qui suit dans la liste du programme. Par ailleurs. 226 et 228/230. à chaque instant.. à faire des coups. 1991. p. Cette pompeuse abstraction désigne pour le médiologue l'ensemble matériel. Patrice Flichy a parfaitement analysé cette dernière dimension : "Une autre critique que l'on peut faire aux recherches de Callon et Latour est d'éliminer la question de l'intentionnalité des acteurs. Paris. de Minuit. La mémoire et les rythmes. Ce livre est pour nous une référence exemplaire qui démontre comment une technologie intellectuelle particulière -l'imprimerie-redéfinit l'exercice de la pensée. chère à Francisco Varela. 11 [9] "Il y a en effet de quoi tomber à genoux d'admiration puisqu'on attribue à la <<pensée>> d'un homme la transformation rapide et complète d'une société". p. qu'un principe minimum de réflexivité -à mille lieux cependant des propriétés du cerveau. 1965. 1995. la stratégie de la firme Netscape livrant le code source de son prochain navigateur pour échapper à l'étreinte de Microsoft s'inspire directement de l'exemple de Linux : on ne saurait admettre plus explicitement la supériorité des logiciels obtenus grâce à une telle méthodologie collective d'élaboration et de perfectionnement. Paris. 63/76. éd. Le programme. l'état dans lequel se trouve la machine afin d'exécuter l'opération suivante prescrite. La raison graphique. mais procède d'une interaction assumée entre le sujet connaissant et la réalité. La notion de programme quasi-réflexif trouve ici sa base matérielle. [5] André Leroi-Gourhan. Paris. pp. [4] Voir l'ouvrage cité ci-dessus. Là aussi "la pensée" est réduite à ses outils matériels d'exercice. Bruno Latour. En effet certaines instructions (dites de débranchement) ont pour effet exclusif d'inscrire dans un registre spécialisé une adresse différente de celle qui suit la dernière dans l'ordre séquentiel. Paris. médiées. dans les processus de connaissance. Rappelons que. La Découverte.. [13] La spécificité des programmes informatiques consiste à prendre en compte. La clef de Berlin. op. ou. des supports. Les microbes : guerre et paix. propre à l'exécution du programme. selon les changements d'états qu'il provoque dans la machine. troubles. [7] Henri Atlan. mêlées. généalogie). A. intéressantes. à côté des dispositifs techniques et des institutions. 1993. On retrouve la notion. on l'a vu précédemment. Il en résulte que ses propres instructions peuvent être traitées comme des données. 1984. rares. techniquement déterminé. dans son livre A tort et à raison (Le Seuil. Le village se transforme en ville dans le même mouvement où la mémoire sociale qu'exige son gouvernement dépasse celle qu'un chef peut gérer avec son seul cerveau. éd. Albin Michel. L'innovation technique. Bruno Latour.a été introduit dans une machine. Apache (adopté par la moitié des sites pour distribuer les documents aux Internautes). modifie lui-même l'ordre dans lequel il exécute ses différentes séquences. Paris. de la réflexivité naturelle du cerveau humain. Bruno Latour.[1] Voir en particulier. 105.

p. C'est le même type de conversion qui a été réalisée dans l'analyse du langage. n° 29. Perrin. laquelle s'est déplacée de la recherche de procédures logico-formelles.. par exemple. Duby à celle des campagnes. sociologique. [19] Exemple de déterminisme technologique : "le déclin de l'esclavage et le développement du salariat. en revanche. serait dû à l'invention du collier de cheval. des marchandises (informationnelles ou non)..cit). refusant la logique représentationnelle du cognitivisme. Evan Thompson. Vaste question sur la nature de la subjectivité et le statut de l'esprit qu'on ne fait ici qu'effleurer. marchands et culturels. 1995. et ceci. 21/12/95. sont transférées au message en tant que tel. La Découverte. et de circulation planétaire des flux financiers.. semble congelée dans le message. Patrice Flichy discute les principales théories de l'innovation technologique et montre. Paris. p. [23] Philippe Breton attire notre attention que le fait que pour Norbert Wiener et les premiers cybernéticiens. p. assimilés à une matière mentale et affective. culturel) qui rendrait compte de la multiplicité des causalités à la source du processus innovateur. Paris. et des cultures à l'échelle mondiale est constitutive de nos sociétés. 1995/3. qui permet à l'animal de tirer des poids bien plus importants que ne le permettait le simple mors.-P. voire de la mise au jour d'éventuels soubassements génétiques (Chomsky). ici. 35 [18] Dans L'innovation technique (op. quasiment l'une de ses propriétés ontologiques. en Europe tout au moins. lieu et non-lieu du "moi". résumé par Lefebvre. traduits. spécialement). Paris. pp. est un phénomène récent. La Découverte. François Ascher explique : "La résurrection des villes au XII[e] siècle n'a pas été le "résultat" de la renaissance routière mais plutôt sa cause. Libération. [25] La relation entre forme et essence dans la production artistique pose d'autres problèmes que nous laissons." Jean Duvignaud. Paris. Mais ce niveau de description est inadéquat pour la définir. 1993. L'enaction est définie comme "l'avènement conjoint d'un monde et d'un esprit à partir de l'histoire des diverses actions qu'accomplit un être dans le monde".la socialisation coopératrice est en train de basculer d'une coopération réglée sur des bases fonctionnelles vers une communication intersubjective pour des raisons propres à l'efficience contemporaine du . c'est qu'ils sont déjà lus. in Futur Antérieur. 156. in Alliages. 88. p. Paris. Qu'il y ait accélération de ce processus. importés. on peut aussi comprendre. L'inscription corporelle de l'esprit. depuis la révolution industrielle au moins. 1993). Dynamiques métropolitaines et enjeux socio-politiques.. fille putative des télécommunications. compris.Desnouettes. 12. à l'examen des actes de langages socialement situés. Si le texte. Mais on ne peut aborder la question de l'efficacité propre de la téléinformatique dans la mondialisation en supposant qu'elle en serait la cause. [26] La manipulation de symboles chère à Robert Reich (L'économie mondialisée. n° 23. la renaissance urbaine étant elle-même due selon G. [22] Ainsi la sociologie de la communication massmédiatique s'intéresse-t-elle de plus en plus à la réception plutôt qu'à l'émission. la réception étant elle-même conçue comme une phase d'un cycle global. Eleanor Rosh.[14] Il y a consensus pour considérer que la mondialisation. 1994. technique. 105). débouche sur le même type de proposition d'une co-détermination de l'objet et du sujet de la connaissance. [17] La théorie de la connaissance proposée par Francisco Varela autour du concept d'enaction.) [24] Ainsi Pierre Lévy écrit-il : "Le message est lui-même un agent affectif pour l'esprit de celui qui l'interprète. de manière convaincante. le message ou l'œuvre fonctionnent comme un esprit. p. [16] Édité chez Galilée. [20] Par exemple. L'Harmattan. 129/134. Le miroir. Ce niveau d'intégration est évidemment lié à l'expansion mondiale des logiques industrielles capitalistes d'où découlent les principes de rationalisation mondiale (recherche des meilleures localisations d'investissements). cela paraît indubitable et toutes les analyses de la mondialisation soulignent le rôle majeur qu'y joue la téléinformatique (dans la financiarisation des économies. Or. de côté. Paris. l'impossibilité d'un modèle unique (économique. [15] Voir J. l'intégration des systèmes productifs. L'émotion. "Le virus informatique divise le clergé iranien". été 1995. il n'y a pas d'autre réalité que celle constituée par les relations entre les phénomènes (Une histoire de l'informatique. 1987." (Qu'est ce que le virtuel ? . [27] Philippe Zarafian écrit à ce sujet : ". De même. dans l'intériorisation du message. [21] Que la sémiose comporte un substrat matériel (la circulation neuronale). on ne saurait le contester. Le Seuil. Francisco Varela. Si on ne peut qu'approuver cette affirmation pour ce qui est du moment de l'interprétation. que les qualités affectives. Dunod. les innovations routières au XVIII[e] siècle n'ont pas transformé le "système urbain" mais sont venues "habiter l'ancien" et doter d'un contenu fonctionnel nouveau des distributions spatiales anciennes".

Christian Marazzi écrit-il : "Le nouveau capital fixe. in Futur antérieur. . Toni Negri. Les archives de radiotélévision. Elle développe des projets dans trois directions : " . in Futur antérieur. 107. l'automation dans les usines. n° 16. Jacques Derrida.. cit. des relations sociales dans les environnements simulés. mais l'institution même de l'événement archivable". un exemple assez clair de mixage d'une obsession accumulatrice (rassemblement de la mémoire mondiale en ligne.les problématiques du design et de l'innovation face à la dématérialisation des processus productifs" (Giuseppe Cocco. la nouvelle machine qui commande le travail vivant. comme des musées de même nom : difficultés d'une critériologie et obsession patrimoniale s'y conjuguent.) avec une certaine dévalorisation de la mémorisation (échanger puis oublier. Au-delà de l'aspect strictement spatial.) L'automatisation du prélèvement s'y concrétise dans la perspective de l'analyse documentaire. 11). Paris. [39] La question du dépôt légal de l'audiovisuel pose des questions voisines." (La place des chaussettes.les dimensions productives de la communication. cit. p. p.. [35] Jacques Derrida. Université de Bourgogne.. Italie et Allemagne). cit. pour qualifier le "travail immatériel".. (Voir Francis Denel. Pompidou. 15.) [28] Ainsi. Galilée. par exemple. Op. p. cit. 107/123. [32] Jacques Derrida.travail coopératif. la dite technique archivale ne détermine plus.. l'hégémonie croissante du travail immatériel".Les nouvelles articulations territoriales de l'organisation industrielle. p. et ne l'aura jamais fait. n° 16. op. à cet égard. 81. cit. . pp.I. 1993/2. Quelques lignes plus loin. certains aspects (repérage automatique de changement de plans. 14.P. des adresses. conservation automatique des paramètres des connexions. p. cit. pour être tendanciellement toujours plus dans le travailleur même." (Travail industriel. in Rencontres Médias 1. il rapproche directement "l'innovation technologique" dans la production des "phénomènes d'immatérialisation du travail à grande échelle" (La première crise du post-fordisme. B. dans son cerveau et dans son âme. op. Paradigmes du travail. 107. aussi bien entre eux qu'avec les dispositifs qui les entourent. [31] Un certain nombre de recherches en sociologie du travail et des organisations sont engagées sur ces questions.Perméabilité du musée aux technologies numériques". l'émergence du multimédia et les nouvelles figures productives de l'industrie culturelle. [37] Jacques Derrida. p. Centre G. perd sa caractéristique traditionnelle d'instrument de travail physiquement individualisable et situable. 1993/2. [33] Jacques Derrida.. 34. Quant à l'indexation automatique de l'image -beaucoup plus complexe encore-. 30. qui fait produire l'ouvrier. rafraîchir l'information sans conserver . décrivant les difficultés de la gauche à affronter la "nouvelle phase de l'organisation du travail et de la société" exprime ainsi "l'évidence qui s'imposait" : "l'informatisation du social.. op.) [29] "Travail immatériel" devient parfois quasiment synonyme d'informatisation ou de "transmissible par réseau". L'INA expérimente déjà des programmes de reconnaissance et d'indexation automatique de la parole pour numériser les fonds sonores radiophoniques et télévisuels. op. 1998. [34] Jacques Derrida. C'est le cas notamment du programme de recherche international "Territoire et Communication dans le Post-Fordisme" débuté en 1997 qui rassemble des institutions universitaires brésiliennes et européennes (France. [30] La "proxémique virtuelle" étudie la manière dont des acteurs situés dans des espaces virtuels façonnent les relations spatiales. p. d'occurrences de décors. Rio de Janeiro. 36. Paris. le travail diffus. Paris. selon la passionnante thèse de Corinne Welger-Barboza : "Le devenir documentaire du patrimoine artistique . 1997. 1995. des chemins empruntés. le seul moment de l'enregistrement conservateur. sans distance de temps. est l'un des problèmes majeurs de l'art contemporain. op.. 1996). socialisations et liberté. 1997. [38] ". notamment topographique. [40] La mise en patrimoine permanente. [41] Internet offre. note 1 p. etc. Mal d'Archive.. [36] Jacques Derrida. patrimoine et objet/sujet de recherche. par exemple) commencent à en être maîtrisés. cette notion s'élargit à la construction. p. Lettre de présentation du projet de recherche. Paradigmes du travail. L'éclat.

. . op.les anciennes versions. op. 109.).. p. Paris. Folio. cit. 36/37. etc. 137. cit. Gallimard. Idées. cité par Derrida. 1964. 225. [46] Maurice Merleau-Ponty. 132. Délire et rêves dans la <<Gradiva>> de Jensen. [42] Jacques Derrida. p. [44] Freud. p. NRF. p. p.. p.. 27. cit. Op. op. L'œil et l'esprit. cit. [45] Jacques Derrida. [43] Jacques Derrida. 1906-1907.

Je suggère pourtant que nous ne rangions pas l'interactivité dans la remise des concepts obsolètes. On s'appuiera sur l'analyse des logiques propres au multimédia qui transforment profondément déjà les postures lectorielles en les chargeant de nouvelles dimensions éditoriales. que nous évoquerons plus avant) aucun concept n'est venu substituer son caractère général. On y envisagera quelques réévaluations afin de renouveler le concept.) allant de pair avec le développement de la micro-informatique. Notre hypothèse sous-jacente est donc que l'interactivité comme forme générale. renouvelant les formes de rapports homme/programme ("vie artificielle". ou encore entre l'interprétation et l'orga- . de récepteur. etc. Mais. Ces considérations forment le premier volet de ce chapitre. au deux sens du mot. En insérant un agent actif -le programme. entre l'activité d'écriture et le récit produit. En résultaient des scénographies de commerce inédites avec les ordinateurs. revue et corrigée. Non pas qu'elle serait devenue inopérante. l'interactivité est l'un des costumes possibles du concept "d'autonomie intermédiaire" propre à l'automatisme informatique : stabilité du moteur (le programme) et multiplicité des figures qu'il déploie et interprète. par ailleurs. les catégories classiques d'émetteur. est un concept toujours productif. en effet. On y prônera la nécessaire reconnaissance.Chapitre V Retour sur interactivité L'interactivité est une catégorie propre à l'informatique des années quatre-vingt. l'interactivité est-elle un concept toujours pertinent ? Et sous quelles conditions ? Cette notion a mûri et ne se trouve plus couverte par la garantie de l'innovation communicationnelle. Elle tentait de désigner une forme de communication entre programmes et sujets humains au moment où les concepteurs parvenaient à déposer dans les programmes des fragments d'autonomie comportementale. qui pourrait constituer l'objectif fondamental d'une politique éducative en harmonie avec la culture de l'interaction numérique. par exemple. On décrira comment la culture de l'interactivité -redistribuant les notions de message et de récepteur. on montrera pourquoi et comment devrait s'imposer un objectif central consistant à favoriser le "devenir auteur" des générations montantes (et des autres aussi. de nouvelles propositions sont apparues autour de la notion de "programmes génétiques". mais elle souffre d'un excès d'usage lié à sa considérable extension pratique. des logiques de la communication numérique et de l'hypermédiation dans une perspective éducative. En effet. même si de nouveaux champs de recherche sont apparus. Il contraint. lesquelles ont permis l'éclosion d'une grande variété d'activités sociales. bien sûr). On tentera. Dans ce sens. "agents intelligents". des transactions bancaires à l'éducation. Enfin. des jeux à la bureautique. L'essor de ce qu'il est convenu d'appeler le "multimédia" a considérablement accéléré et radicalisé ce mouvement. de resserrer la définition de l'interactivité dans ses rapports à la simulation de la présence humaine comprenant ses dimensions à la fois langagière et corporelle. Région plus délimitée. Elle n'y est pas non plus totalement étrangère. d'abord. campait le paysage.entre l'usager et la machine. Aujourd'hui. menus déroulants. à mettre à l'épreuve certaines épistémés majeures de la narration classique telles que les rapports entre l'auteur et les personnages. renouvelant ainsi les séparations fondées sur la culture du livre. le récit interactif délivre cependant de précieuses indications sur les spécificités du régime de la communication interactive. Au delà de l'utilisation en tant que technologie éducative.favorise alors naturellement la production d'applications interactives. de message et de canal de communication entraient en mouvement et se bouclaient. une troisième partie concernera le récit interactif. Une deuxième partie s'attachera aux enjeux plus particulièrement éducatifs de l'interactivité. Alliée à l'individualisation des usages des ordinateurs cette situation allait provoquer des bouleversements dans les schémas traditionnels de la communication. Un bouillonnement dans l'invention de nouvelles d'interfaces dites "intuitives" (souris. D'où notre proposition d'un soutien systématique à un home multimédia personnel et collectif. On en discutera sous trois éclairages. smarts technologies. La notion d'interactivité s'accorde assez mal à ces nouveaux cadres narratifs ou scénographiques.

de surcroît. la notion d'acteur ne désigne pas ici les espaces de liberté dont jouit l'interprète. une position qui tranche radicalement avec l'interactivité. que celui qui reçoit ne reçoive pas. qu'elles pouvaient provoquer. On lui refuse alors son statut d'entre-deux (ni rencontre directe avec une subjectivité.L'interactivité : quelques réévaluations L'interactivité. de la présence du spect-acteur dans la narration ou de l'irruption d'un tiers -le programme. Alors que dans les récits linéaires ces théories s'expriment surtout dans la matière narrative. Sur l'autre versant.A User's Manual de Jeffrey Shaw. par exemple. avant d'entrer dans le vif du sujet. mais mobile. tout comme les œuvres classiques. Et pourquoi ne pas imaginer. ni programmation univoque) pour la reléguer -comme le fait Jean-François Lyotard. par divers éclairages. implicite. ce sont toujours. c'est. c'est-à-dire y être confronté comme membre d'une communauté. on le verra. comme l'affirment ceux qui craignent le piège d'un affranchissement surveillé (et qui font mine de reprocher à l'interactivité ses limites alors qu'ils préfèrent. qu'à travers ces œuvres et quelques autres. par exemple. nature des programmes qui organisent la production narrative et ancrent la posture du spectacteur). de la "passibilité". liberté en cage ? Ouverture illusoire. (On pense.nisation matérielle du support. le récit interactif révèle qu'à travers les questions de la séquentialité du récit. Et le trait d'union est essentiel. dans la scénographie de l'interaction (design des interfaces. à des installations en Réalité Virtuelle comme Handsight d'Agnès Hegedüs. affirmait Jean-François Lyotard. pour Jean-François Lyotard. l'interactivité est critiquée comme illusion de réciprocité. c'est son auto-constitution comme sujet actif par rapport à ce qu'on lui adresse"[47]. il me semble nécessaire de délimiter plus précisément la signification du néologisme proposé de spect-acteur. quasiment au sens gestuel. Mais de manière peut-être plus essentielle encore. un renoncement à une exigence de confrontation et l'impossibilité d'une suspension du contrôle ("se laisser décontenancer"). On adresse alors un grief. c'est qu'il ne se laisse pas décontenancer.dans la relation auteur/lecteur. conception de la navigation hypermédiatique gouvernant les trajectoires dans l'espace du récit. on alléguait une communauté. des temporalités de sa réception. Ménagerie de Susan Amkraut et Michael Girard ou encore Tunnel sous l'Atlantique de Maurice Benayoun. Des œuvres "interactives" sont venues confirmer. selon l'expression imagée de Marc Le Bot[48]. par opposition à l'appréciation mentale. Place . La dimension gestuelle de la posture interactive apparaît alors comme synonyme de maîtrise. Rien pourtant ne permet de fonder l'antinomie gestuelle/suspension possible de la signification. La notion d'interactivité est alors perçue comme incitation/valorisation de "l'activité" au détriment. des théories fictionnelles de la vie qui se tiennent en arrière plan. à la situation interactive. Enfin. par certains aspects. redevable de l'opérationalité technique. "une catastrophe des sens". au sens théâtral ou encore l'acteur dans une acception sociologique (l'acteur social). par habitude. un autre genre de réfutation qui prétend souligner l'impuissance de l'interactivité à se faire l'écho de l'infinie souplesse des comportements humains. le spect-acteur se trouve dans une situation inédite d'ouverture limitée : contraint. "passibles" d'émotions esthétiques en partie communes ? La critique -voire le mépris.de Jean-François Lyotard rejoint. Ainsi écrivait-il : "On ne demandait pas des "interventions" au regardeur quand on faisait de la peinture. travaux dont il sera fait mention ultérieurement). c'est au contraire. Il renvoie directement à la notion d'acte. le récepteur est l'un des paramètres du modèle global organisant le système interactif. Être "passible" de l'œuvre d'art. comme l'explique Jean-Pierre Balpe. Je précise que dans mon esprit. ici elles se font jour. C'est pourtant ce caractère d'entre-deux qu'il faut reconnaître et que je revendiquerais comme posture spécifique passionnante. comme si la projection active dans une scène avait obligatoirement comme corollaire une abdication de la sensibilité. une prétention à la maîtrise ? Depuis assez longtemps. Alors. Ce qui est visé aujourd'hui. Mais cette restriction vaut surtout pour le concepteur. une communauté "d'interactants" serait en train de se rassembler. A .. consistant à lui reprocher son incapacité à simuler pleinement les relations vivantes.dans le champ de la communication instrumentale. puisqu'il accouple la fonction perceptive "spect" (regarder) à l'accomplissement de l'acte.. Il est vrai que. les barrières traditionnelles qui enserrent les œuvres indéformables classiques) ? Je préfère retenir l'idée que interactivité apparaît comme une nou- .

l'articulation centrale qui organisait l'analyse de l'interactivité comme "simulation de l'autre" séparait l'interactivité langagière (échanger du langage contre du langage) de ce que j'ai appelé "l'interactivité de commande". les visites de villes ou de musées.velle condition de la réception et l'interpréter comme l'indice d'un désir collectif d'assouplissement des limites nous y reviendrons. Dès lors l'analyse de la confrontation interactive ne saurait se limiter aux références empiriques (simuler les compétences langagières et comportementales humaines). afin de tirer partie de la malléabilité des univers numériques fictionnels et de leurs potentialités. film. Auto-communication : message. Ne s'agit-il pas. dans la situation interactive. directement l'objet de l'interaction. cependant. etc. est certainement la principale. histoire. elles sont aussi reconstruites. qui n'ont pas de référent dans la confrontation avec d'autres supports (livre. de consultation de banques d'informations. Dans une perspective complémentaire. bande dessinée. est un horizon. la spécificité de ces cadres d'actions résulte de la modélisation préalable des micromondes imaginés ainsi que de l'usage indispensable d'interfaces adaptées. dans le cadre d'un espace contrôlé par programme. comme dans les visites de villes. Elle ne désigne pas avec une précision suffisante une grande diversité d'applications où l'activité corporelle est. Ouvrir . L'interactivité matérialise alors des rapports au récit. parcours qu'on adresse à soi-même où le programme fonctionne comme un stimulateur de composition de rôle. c'est-à-dire un mode singulier de commerce entre des subjectivités et des supports obéissant à des contraintes particulières. et éventuellement prolongées par des outils cognitifs puissants. déformées afin qu'elles puissent s'exprimer dans ces conditions. dans nombre de cas. est-ce une bonne approche ? Épurons toute illusion quant à une possible simulation adéquate du sujet humain. un combat de rue ou une compétition sportive ? La grande majorité des jeux vidéos.). L'interactivité est alors considérée à la fois comme auto-communication et comme méta-communication. "L'autre". Cette notion doit. reposent sur de telles "simulations corporelles". de mise en scène d'espaces. En effet.que du récepteur. de menus ou de zones sensibles sur l'écran. il résulte que les activités corporelles sont simplifiées. elle doit éviter une dérive mimétique. Certains signes de sa présence sont manifestes (réponse. Simulation ne veut pas dire reproduction à l'identique. si elle peut exprimer une assez grande variété de situations où l'interaction se déroule à travers l'activation d'interfaces. etc. de circulation dans les récits. en effet. dont leur "programmaticité". ce cadre d'analyse[49] m'apparaît valide. etc. Il faut l'appréhender comme une catégorie de la communication. une épreuve de pilotage d'engins. récit. Simuler l'autre. intelligence parcellaire de la situation) mais pas l'intégralité de sa personne (réactivité. créativité. D'où l'analyse de la posture interactive comme relevant d'une double détermination. Ce désir est la condition spectatorielle actuelle -ce qui ne dévalue pas ses anciennes formes.). Moyennant quelques rectifications. on doit considérer que l'interactivité construit son spect-acteur. au sens informatique du terme.et ceci aussi bien du point de vue du concepteur -qui vise une maîtrise en surplomb. Méta-communication : on actualise les programmes conçus par d'autres pour se fabriquer ses propres programmes d'écriture.de l'interaction. Mais. la notion "d'interactivité de commande". de musées ou la plupart des jeux vidéos. des activités corporelles telles qu'un déplacement dans l'espace. de restituer. intentionnalité. par exemple. pour le pire et le meilleur (qui nous intéresse principalement). De cette double contrainte. en tant que telle. de la même manière que le livre construit son lecteur et un public de lecteur. compréhension partielle des énoncés. Or. désignant par là les situations où le langage n'est pas le vecteur principal -ni même obligatoire. Interactivité "de commande" ou "simulation corporelle" ? Dans cette perspective. être maniée avec une certaine prudence. réinterprétées. les univers virtuels basés sur la communication par avatars interposés. n'est pas assez spécifique. une référence pas une présence susceptible d'être dupliquée à l'identique.mais exige qu'on la reconnaisse comme telle. Même si la tentative de simulation de l'autre demeure une première ligne d'analyse valable.

à la différence qu'il ne s'agit plus là seulement de perception mais aussi d'action. une image bordée. Un corps virtualisé face à des quasi-sujets La place du corps dans les démarches d'apprentissage n'est certes pas un thème inédit. Ce serait ces "sensations musculaires naissantes" qui régleraient notre présence dans ces univers. C'est une image kinesthésique. l'inconnu au connu) et synthétique (fabriquer du complexe avec des séquences simples. films). terrain de sport. où le corps propre sert de milieu d'expérience pour. combiner des agents procéduraux) pour que l'automate se comporte selon le projet anticipé.l'exploration corporelle et la symbolisation. c'està-dire abstraire des régularités générales par l'auto-construction des connaissances en milieu favorable. toutes actions possibles dans ces univers. On le sait. Il s'agit de programmer les comportements souhaités d'un automate graphique. On rejoint ici la problématique de la présence du corps à distance. de ce modèle élaboré). Le corps est alors réduit à un ensemble de compétences limitées. Aujourd'hui. une géométrie à partir de son propre schéma corporel. Il est déplacé à distance par formalisation -c'est-à-dire simplification et amputation. capteurs de position de la main ou du corps pour les jeux en Réalité Virtuelle. en sortir . on le rappelle. par exemple. L'interactivité s'exprime alors non pas dans un échange avec un programme fermé.l'activité de programmation est un apprentissage au modelage de micro-mondes. la principale caractéristique de l'image numérique actée. L'autre sens. le cliquage ou le maniement des commandes à l'intérieur des scènes explorées apparaissent alors comme des mouvements corporels esquissés et accomplis dans le système de contraintes propre aux diverses scénographies. ses collaborateurs et les équipes éducatives conquises par cette démarche affirmaient l'actualité de la révolution éducative qu'ils appelaient de leurs vœux. . que Bergson invoque pour établir sa théorie de la perception. la qualité graphique des espaces tridimensionnels conçus dans ces jeux ainsi que le raffinement des interfaces augmentent le réalisme des déplacements dans les situations de découvertes -quasiment corporelles.tout en alimentant la sophistication des univers sémantiques à explorer et à ordonner. c'est qu'elle est devenue sensorimotrice par l'effet de l'incorporation du geste. de l'action. proprement phénoménologique. Les jeux d'aventure confrontent -par une voie symétrique. mais les environnements interactifs ont renouvelé l'approche des échanges entre le corporel et l'intellect. mais dans la construction d'un micro-monde par création de programmes (LOGO) ou à travers la découverte des principes d'une quasi-vie artificielle (jeux d'aventure). prolongeant celui-ci. Le corps propre est à la fois réduit et retravaillé par les interfaces spécifiques à chaque application (joysticks manipulant jambes. via réseaux. érigeait les échanges corps/intellect en articulation centrale de la formation à une posture d'épistémologue[50]. dans une démarche à la fois analytique (réduire le complexe au simple.ne manquera pas encore de prolonger. c'est-à-dire selon son expérience singulière de l'espace. pratiquement. Avancées que le développement en cours d'interfaces à retour d'effort -tel que le manche à balai rétroactif SideWinder de Microsoft décrit au chapitre I. photographie. étant le déplacement de présence. Mais c'est un corps articulé à toute l'ingénierie des interfaces. Démarche inductive expérimentale. On pourrait évoquer les fameux "schèmes moteurs" situés à la frontière du corporel et du mental.afin de se mouvoir dans les espaces virtuels mis en scène (ville. La méthode ? S'identifier à la "tortue" afin d'imaginer. etc. (C'est. afficher les actions passées.. par une incarnation non strictement imaginaire (à la différence des autres régimes iconiques : dessins. Dans la philosophie éducative bâtie autour de LOGO -construire ses connaissances dans des milieux favorables à leur croissance. dans sa mise en mouvement par les spect-acteurs. bras. le premier sens de "virtuel" : l'objet virtuel résulte d'une modélisation numérique et matérialise un déplacement d'existence.une fenêtre sur l'écran pour prendre connaissance de la position des adversaires. etc. visionner le panorama du champ de bataille. musée..). Bâtir des programmes d'animation pour "apprendre à apprendre" : c'est bien en invoquant la puissance virtuelle et interactive inégalée du milieu informatique que Seymour Papert. Le déplacement de la souris. à l'intérieur des cadres d'actions simulés. ou tête. lesquelles ordonnent ses réactions. Déjà Seymour Papert promouvant l'environnement LOGO dans une stricte filiation piagétienne.).

par exemple. On note. sont de puissants moteurs cognitifs. le pointeur prend la forme d'un viseur. Alors que LOGO met en jeu un corps intellectualisé (il s'agit de trouver les règles abstraites permettant les déplacements corporels de la "tortue" afin d'accéder "naturellement" aux démarches d'apprentissages inductives et déductives). Par exemple. s'agissant de l'exploration d'une photographie. il s'agit d'environnements qui incitent à une mise à distance de soi. C'est par une immersion dans un monde aux formes visuelles et sonores particulièrement soignées et aux interactions comportementales précisément construites. de manière quasiment transparente à l'utilisateur. Et ce mouvement ne se dément pas aujourd'hui. bureau Macintosh. lorsqu'on découvre un pays étranger avec ses mœurs. la création du code H. Myst ou Riven. se popularise. voire épistémophiliques : induire les règles implicites pour sémantiser l'univers.simplifiée de la "vraie vie" où il n'y a pas de différence entre agir. dans cette même direction. de manière normative. au cours de son histoire. que s'élabore finalement le travail "ethnologique". Or. ici aussi. qu'on appelle désormais "graphique". l'interface tend à disparaître comme . Il s'agit bien. Interactivité et interface L'interface se définit comme un organe de communication entre l'homme et l'ordinateur. H. ses coutumes. Il ne s'agit plus de programmer des automates. percevoir. en effet. à condition. Ils exigent de conceptualiser progressivement les interactions avec les univers virtuels scénarisés et de contextualiser les connaissances acquises (ce qui paraît anecdotique dans une phase du jeu peut se révéler décisif dans une autre). les jeux d'aventure sont des milieux propices à l'induction. l'excitation de la découverte et la jubilation lièes à l'accroissement progressif des espaces de libertés. D'organes externes permettant l'interaction homme/ordinateur. Qu'il s'agisse de vérifier la pertinence de ses anticipations (LOGO). Ces jeux font dériver les conjectures de l'incubation psycho-corporelle dans un milieu virtuel fortement réaliste. avec ce que cela comporte de résistances et de vertiges.Avec les jeux d'aventure -Myst ou Riven sont parmi les meilleurs exemples-. etc. font appel à ce qu'on pourrait appeler un intellect corporéisé. mais d'induire les règles de fonctionnement de mondes inconnus à partir de leur fréquentation. c'est l'inverse.) poursuivent le mouvement enclenché dès l'invention par Türing du premier langage d'assemblage. Ainsi en est-il. exprime directement les mondes qu'elle permet de découvrir. Il faut imaginer des régularités dans ce qui paraît mystérieux et insaisissable. incorpore sans cesse ce qui à l'étape antérieure se situait à l'extérieur. à la fois moyen de sélection des commandes.. Avec le développement des progiciels.ou induire.. Anticiper -"programmer" veut bien dire étymologiquement "écrire à l'avance". pas son préalable.T. schématiquement. mais de manière moins "scolaire". bien sûr. L'interaction avec des quasi-sujets (l'automaticité des programmes qui animent la tortue LOGO ou la quasi-vie des mondes virtuels dans les jeux d'aventure) médiatisent souvent ces situations déstabilisantes. ce qui ne saurait être érigé. instrument de navigation. elle est devenue outil de manipulation posé à la surface du programme. plus vivante : une analogie -très.T. mais ici elles sont favorisées par une présence corporelle virtuelle. faire des hypothèses et vérifier leur consistance. : comprendre les règles de fonctionnement est le résultat des interactions. en point de passage obligé vers les rivages de "l'épistémophilie".M. etc. Dans les deux cas (LOGO et les jeux d'aventure) la visée est épistémologique. organisation générale des informations. Ainsi que le signale Jean-Pierre Balpe[51].L. qu'on se reconnaisse dans ces aventures et qu'on s'y risque . l'informatique a constamment déplacé la frontière entre l'intérieur et l'extérieur selon un mécanisme qui. Par exemple. Dans les deux cas. comprendre les effets de nos actions et s'approprier le sens des environnements qu'on modèle et qui nous modèlent. en revanche. la symbolisation des relations entre les acteurs humains et non-humains sont bien entendu des activités intellectuelles. alors que le langage de rédaction de pages Web. Plus même. symbolisation des univers délimités et prescription de comportements pour l'interactant.L. ou du plaisir de dénouer des intrigues (jeux d'aventure). L'induction. la notion d'interface. de devenir épistémologue. de nouveaux langages en surplomb assurent.M. Les couches actuelles (Windows. les programmes multimédias ont modifié. sont des formes différentes de distanciations. une tendance très nette à ce que l'interface.

hiérarchies entre les personnages. questionnant la surface qu'il sait gouverner l'accès aux mondes sous-jacents. une caverne plus profonde". D'où l'anxiété induite par la recherche endiablée d'une augmentation des degrés de libertés dans le déplacement interne aux corpus. Cliquer sur le bouton du poste. la troisième exploite les potentialités propres de certains programmes informatiques[54]. Les programmes "génétiques" illustrent assez bien cette perspective. jouant probablement comme une réassurance face aux vertiges de l'affranchissement du parcours unique. chaque titre de CD-Rom. En effet. etc. quelles investigations peuvent-elles s'y développer ? Bref. Désir d'un accroissement des espaces de liberté. L'interface devient interne à l'événement . exploite cette nouvelle direction. sur une fenêtre. dont "Créature" est un premier exemple. Un modèle à trois branches La dichotomie interactivité langagière/interactivité de commande ne permet pas d'appréhender l'une des dimensions possibles de cette relation. Tout en tenant compte des interventions de l'interactant. leur origine comme leurs déroulements. mais où se situent ses limites. invente ses interfaces graphiques et s'ingénie à proposer des modalités de circulation inédites. on le sait. jeux.fonction séparée et à s'intégrer aux constituants de la scène. On ne se demande plus. elle se tourne.). il émet de la musique.ignorent un type d'interactivité qui ne se rapporte pas à l'activité humaine et qu'on pourrait qualifier d'automatique. Mais aussi. promettant un parcours sans fin. elle s'ouvre. les scénographies numériques approfondissent la déception de buter sur des limites. etc. découvrant que des frontières bornent toujours ces parcours. Pour le spect-acteur il s'agit alors de s'approprier tout à la fois les significations et les codes pour les enchaîner . Une nouvelle série de jeux. Le mode d'emploi devient un enjeu sémantique et dramatique (d'où certaines résistances du grand public à s'approprier ces propositions[53]). produit éducatif. reportage. les objets sont devenus mobiles. En prolongeant ce propos. l'interface définit un mode de fréquentation de l'univers façonné. glisser sur le bord inférieur d'une page. Les programmes multimédias accroissent le trouble de la finitude alors même que leur principe consiste à élargir le champ des possibles (mille images actualisables à partir d'un modèle. La présence de l'interactant dans la représentation en est majorée d'autant. mais que dissimule sa surface visible ? "Derrière chaque caverne. Outre ces fonctionnalités. un peu comme s'il fallait reconstituer un livre à partir des lignes en vrac grâce à un vague manuel propre à chaque volume. Les jeux vidéo d'action excellent à éliminer toute enveloppe graphique et relient directement les organes de commandes aux acteurs eux-mêmes. de voir reconnaître au spect-acteur ou au lect-acteur une présence dans les scénographies. toute liberté nouvelle secrète des angoisses et des défenses. Désir et déception Au fondement de l'image interactive gît le désir de faire reculer les limites imposées par l'enregistrement. actifs. non pas que montre-t-elle. des milliers de trajets envisageables dans une scène). chaque site Internet. déformables. passer en roll over sur un tableau. alors. il s'anime. Il s'agirait de faire rendre à l'image plus que ce qu'elle ne peut apparemment accorder. la déception est peut être salutaire. Elle précise la posture suggérée à destination de l'interactant et institue le cadre de référence du monde proposé à l'exploration[52] : type de décryptage souhaité (fiction. plus de barre de menus en haut de l'écran : ce sont les objets de la scène eux-mêmes qui deviennent sensibles. Comme dans le monde réel. qu'ils soient à caractère narratif ou consultatif ? Or. L'interactant est alors appelé à adopter une disposition archéologique. encore assez sommaire. connotations repérables. alors que les deux premières dimensions référent à l'interactant. Sur une palette de contraintes et d'habitudes plus ou moins communes. ils calculent des trajectoires dans des univers selon des programmes matérialisant les principes "vitaux" à l'œuvre dans ces mondes installés et réagissent selon les actions déjà entreprises. si l'image exprime ou déforme son référent. de sortir de la culture de l'audiovisuel. on pourrait soutenir que l'image actée engendre une forme d'iconoclasme par excès d'iconophilie. . Ces deux branches -référant à la simulation de l'humain dans ses dimensions langagières et comportementales. Dans cette perspective.

Il s'agit de créer une vie "artificielle". Il s'agirait là d'une interactivité voilée (du point de vue de l'interactant) . mais surtout à provoquer naturellement une mise à distance de soi. muet qui n'affirme explicitement son existence qu'autant qu'il échoue à satisfaire nos besoins. l'esclave n'est remarqué par le maître que s'il défaille. c'est-à-dire qui se veut non intentionnelle (mais qui. La visée ne consiste pas seulement à permettre l'expression écrite de la pensée. il est sans doute nécessaire de substituer à un modèle binaire (interactivité langagière/corporelle). Karl Sims.se rapproche de cette voie. Dieu est-il plat ?[55] peut être qualifiée d'interactive. Pour rendre compte de l'interactivité comme forme de communication homme/machine. au sens darwinien du terme. Ainsi l'installation de Maurice Benayoun. avec Genetic Images[56]. Les chemins ne sont pas déterminés a priori. raffinent et finalement . Karl Sims qualifie l'installation "d'interactive" et écrit : "Ainsi. L'ordinateur (un supercalculateur massivement parallèle de Thinking Machines) affiche une série de seize images sur des écrans vidéo. On le verra. non pas d'un commerce bilatéral mais d'une sorte de capacité réflexe déposée dans des logiciels. B . produirons des "descendantes" remplaçant les images éliminées. À la notion d'interaction (entre un programme et un sujet humain). l'humain se sait épié et aidé par l'agent logiciel sans qu'il le sollicite volontairement. Tout changement de direction provoque la création d'un nouveau couloir dans lequel il découvrira des représentations de Dieu. en manipulant une souris. se fait jour une autre modalité de la communication homme/machine. ce sont les visiteurs qui déterminent interactivement <<l'aptitude>> des images à survivre"[57]. par exemple). afin qu'à travers cette extériorisation. c'est la déambulation qui crée elle-même la topographie de l'exploration.d'un moteur non intentionnel).Le générateur littéraire de Jean-Pierre Balpe -sur lequel nous reviendrons. il s'agirait là moins d'une interactivité avec des "contenus" déjà constitués que d'une interactivité qui confronte à des logiciels-outils. On rappelle d'abord que l'apprentissage de la lecture n'a de sens que conjointement à celui de l'écriture. Le spect-acteur. Le processus peut alors être réédité à l'infini. Ces objets nous écoutent. au sens plein du terme : devenir auteur écrire. En dehors de ces moments.et pour cela lire les textes des autres comme les siens. et finalement agissent avant même qu'on ne leur demande. on le sait. de même que le déplacement dans les images de certains mondes virtuels ou les générateurs d'images illustrant les principes de la "vie artificielle". les apprentis-auteurs explorent. nous scrutent. par combinaisons et mutations algorithmiques. l'une des missions essentielles de l'éducation. il fabrique les choix de circulation selon les trajets déjà effectués. ces programmes substituent un rapport docile. dans cette évolution artificielle. On peut considérer que le visiteur collabore avec le programme pour déclencher un processus évolutif. dans cet écheveau de règles et de contraintes. d'un réglage comportemental les "objets intelligents" s'ajustent à nos comportements et s'auto-définissent dans un rapport adaptatif. On retrouve des séquences de dialogues interactifs lors des phases d'initialisation (paramétrages) et d'échec (nouvelle programmation). Rien de moins que transformer de jeunes enfants en auteurs. avance dans un univers de briques qui se creuse au fur et à mesure de sa progression. Conduire le passage à l'écriture. s'inspire directement de la "vie artificielle".Éloge des savoir-faire intermédiaires ou le home multimédia. Dépositaires d'une réactivité. Une interactivité voilée Avec les nouvelles générations d'objets "intelligents" évoqués au chapitre un (smart rooms ou smart clothes. cependant. Le programme ne se contente pas de réagir aux actions de l'interactant. ne peut se passer de l'installation -nécessairement intentionnelle. car dans cette situation. apprennent nos habitudes. Une communication implicite prend la place d'un échange intentionnel explicite : une modalité d'une relation maître/esclave. un modèle à trois branches incluant cette dimension de composition automatique. Les visiteurs sélectionnent celles "qui seront amenées à survivre" lesquelles. c'est. mais en y incluant l'activité propre du programme qui influe de manière déterminante sur les choix proposés. un enjeu politique "Devenir auteur" tel devrait être la devise inscrite au fronton du multimédia à vocation éducative.

Certains systèmes enregistrent les chemins de lecture et renforcent. notions qui n'ont de sens historique que relativement à des supports stables.. la navigation dans des contenus stables (CD-Rom ou sites Internet) où. pour autant parler. Mais. artiste ou professionnel. les notions de lectacture. proche de "réception" et "production").enfin. que les nouveaux systèmes symboliques numériques se doivent de prolonger. Si certains chemins sont soulignés. tentent de circonscrire). ou affaiblissent les liens en fonction de la manière dont ils sont parcourus par la communauté des navigateurs"[58]. les significations du document seront. "prendre en soi"). par exemple. par ré-flexion. ou de home multimédia présentées plus en avant. ..l'interactivité informatique nous plonge dans un milieu encore plus favorable pour expérimenter des agencements inédits entre ces deux postures. on franchit un pas de plus en tentant de faire fusionner l'auteur et le lecteur. renforcer des chemins). si tant est que la première ne souffre pas de remise en cause fondamentale. qui on le verra. stratégique.la création en tant qu'auteur. C'est le point de vue.culturel singulier où commercent auteurs et récepteurs par programmes-outils interposés. Mais peut-on. . qui stabiliserait une production intermédiaire entre réception et expression. modifiées. Vers une lectacture La navigation interactive n'est pas une écriture. De toute manière sa circulation en sera remaniée. même si leurs frontières sont mobiles : . Lire un texte. Ayant affaibli la distinction entre lecture et écriture. typique d'une activité à finalité clairement éditoriale. L'invitation à la navigation hypertextuelle se conjugue pour nombre de commentateurs. la situation de lecture doit être différenciée de l'activité d'écriture même si les supports numériques ouvrent à un concept de lectacture.deviendrait. d'écriture ? Bien sûr. elles aussi. par exemple. Nous concentrerons notre attention sur les deux dernières situations. L'argumentation se construit en commençant par souligner que toute lecture est une réécriture interne du texte lu. même si elle se confronte à la recherche de langages inédits. me semble-t-il. avec effacement de la séparation entre lecture et écriture. s'agit-il alors toujours d'écriture ? Incontestablement. L'interactivité est considérée ici comme espace techno. le comprendre (étymologiquement. peut être sera-t-il enclin à les emprunter (ou à s'en détourner). la production de type home multimédia. leurs idées. possèdent tous leur légitimité propre. pour le lecteur suivant qui parcourra l'hypertexte transformé. s'il est vrai que l'interactivité dans le contexte de l'hypermédiation fait émerger de nouvelles pratiques d'expression/réception (que. par exemple. Une forme de cette tentative consiste à considérer. de Pierre Lévy lorsque qu'il écrit : "Le navigateur peut se faire auteur de façon plus profonde qu'en parcourant un réseau préétabli : en participant à la structuration de l'hypertexte. consiste effectivement à le réécrire intérieurement par une série d'aller retour entre prédiction de ce qui va suivre et réajustement du sens de ce qui précède (comme pour l'appropriation orale). ("Lecture" et "écriture" sont à considérer ici dans un sens élargi. en créant de nouveaux liens.produisent. une écriture. Utopie démocratique. où chacun est aussi bien lecteur qu'écrivain. que la navigation hypertextuelle -pour peu qu'elle puisse modifier le graphe de circulation (ajouter des nœuds. je suggère de reconnaître et de consolider le statut intermédiaire entre ces positions : ni lecture -qui laisse inchangé le texte lu. Radicalisant ce qu'annonçait déjà l'écriture et l'imprimerie -l'utopie de la République des Lettres. Mais avant de poursuivre cette réflexion. de ce fait.symétriquement à la position d'auteur. même si le lecteur peut modifier des liens ou ajouter des nœuds. on peut arguer du fait que l'écriture ne se confond pas . il me semble judicieux de situer trois types de fréquentation des programmes multimédias interactifs dans leurs rapports à la "réception/production". Pour aller à l'essentiel.ni écriture. dont l'idéal consiste à demeurer inaltérée .

production d'agencements formels. il me semble que par de nombreux canaux. n'est générateur de productions sémantiques et de postures sensibles passionnantes. progiciels de design d'hypermédias. rabattant exagérément le sens sur le langage écrit. Un concept de lectacture est probablement à thématiser. on tirerait profit de la définition de nouveaux concepts remplaçant celui d'écriture : balisage de chemins. comme dans la production audiovisuelle. La lectacture. juste un exercice automatique ou un test projectif . c'est même cela que visaient les premières inscriptions). pôles que la lecture et l'écriture tenaient jusqu'à présent. au sens musical du terme . Mais dans ce cas. aujourd'hui.avec la production sémantique (on peut noter des listes de mots ou de nombres sans rechercher à transcrire la pensée. sauf si le dispositif de tirage est pensé en tant que tel par l'auteur. hypermédiature ? Le guichet pour déposer les néologismes est encore ouvert. l'alliance des technologies d'inscription numérique et d'usages sociaux plus répandus qu'on ne le croit. Le home multimédia. etc. Oui. sonores et linguistiques ? Comment qualifier cet acte d'expression/réception ? Spectacture. Mais la notion de lectacture n'est-elle pas trop fortement connotée par celle de "lecture". Mais comment éliminer. intermédiaires entre consultations. éloignés. ni un poème. que si le dispositif de réagencement devient lui-même la composante essentielle d'une œuvre interrogeant ses différentes instanciations possibles et bousculant les coutumes lectorielles. en soi. ouvrir des champs d'expression sémantiques et esthétiques originaux). le domaine musical offre un bon écho de ce qu'une réception/production mul- . Une offre logicielle grand public accompagne et fortifie cette alliance : boîtes à outils de toute nature. collages. la lecture hypertextuelle multiplie. le lecteur est devenu auteur). même sur supports stables. surtout lorsqu'on vise des textes argumentatifs ? Agencer différemment l'organisation physique d'un texte. ne sauraient être isolées l'une de l'autre. De multiples développements (indexation de textes. logiciels de traitement d'image fournis avec les appareils photographiques numériques et décalqués des outils professionnels de type Photoshop. augmente la lecture sur supports stables. mais pas le compositeur. une écriture. ces deux pôles s'agencent mutuellement dans des contextes toujours collectifs. logiciels d'échantillonnage musicaux. Lire. On peut considérer que l'interactant devient en quelque sorte l'interprète de l'hypertexte ou de l'hypermédia. Or. eux aussi. peut-on lui décerner le titre d'écriture ? À ce compte n'importe quelle succession de mots tirés au sort et alignés sur une page (ou un écran) peut déclencher une vague d'associations. sans toutefois les condamner à fusionner. d'arguments ou d'expressions d'états affectifs.) font plus ou moins signe dans cette direction. émissions de liens et création originale de contenus. Des home studio aux pratiques de copier/transforme/coller musicales (techno. ce n'est pas. mais surtout réduisent les pratiques d'expression/réception sur supports numériques à celles qui se sont sédimentées dans la culture de l'imprimé. un enjeu politique Ceux qui considèrent que la lecture hypermédia s'identifie à une écriture simplifient par trop la question. Ce n'est pourtant ni un texte. house music)[59] en passant par les mix des raves. éventuellement un virtuose. serait-ce à travers des négations trop rapidement posées (par exemple. (Les jeux calligraphiques ou typographiques intentionnels peuvent. dessinent d'autres perspectives. et même si une instanciation suscite une modification interprétative pour un futur lecteur. marquage de circulations. Une lectacture permise par des supports dynamiques augmenterait encore les proximités entre les deux pôles. On pourrait alors envisager que cette lectacture puisse agir dans une zone intermédiaire entre la production et l'appropriation de sens. mobilisation de moteurs ou guides de recherche. Même les notions de coauteur ou de co producteur paraissent trop imprécises (elles réfèrent à la collaboration de plusieurs auteurs approximativement de même statut. de sampling etc. et dans une certaine mesure seulement. par exemple). du champ de l'écriture la production d'idées. Non. et écrire. En fait. Par ailleurs. citations. Indubitablement lecture et écriture. c'est réécrire pour soi le texte. une activité en émergence On détecte une tendance malheureuse à analyser les nouvelles postures et les productions permises par la numérisation en les ramenant à des formes anciennes. alors qu'avec l'hypermédiation prennent consistance les pratiques croisées d'expression/réception iconiques. c'est enchaîner sur des lectures. formalisation de chemins de navigations. et là c'est ce geste qui devient proprement une œuvre (les Cent mille milliards de poèmes de Queneau n'ont d'intérêt que par le dispositif imaginé pour les produire et non en tant que contenus). conservations.

SCOL devrait permettre aux Internautes de créer assez facilement leurs propres mondes virtuels en trois dimensions et d'y déposer leur avatar en scannant une photo. le passage à la "home" exploitation dynamique des paysages d'informations est amorcé. méta-langage permettant d'adapter les langages de conception selon la nature des sites. Bien entendu. tout le monde n'était pas appelé à écrire dans un journal et à l'imprimer. lieu de la créativité dans un sens plus traditionnel. De même. gestion d'hyperdocuments. parallèlement les versions professionnelles se complexifient).. design d'interfaces graphiques. l'emprunt non référencé. en trois dimensions.augmentera l'initiative des Internautes.L.M. Ce langage de conception d'espace tridimensionnel et interactif sur Internet -véritable prodige technique permettant le design personnel. écrivain. limité dans la version antérieure à un appartement type dont ils ne pouvaient que personnaliser la déco- . Et si. notamment avec l'usage renouvelé de la pédagogie de projet autour d'Internet (réalisation coopérative de sites. dans une perspective d'éducation et d'apprentissage. complète ces activités : établissement de chemins de navigation. personnelle. traitement d'images photographiques. en revanche tout le monde sera plus ou moins conduit à se mouvoir dans le milieu de la téléinformatique. etc. du langage SCOL est un bon exemple d'usages échelonnés d'un même logiciel. (pour eXtensive Mark up Language).M.timédia est en passe de généraliser : un home multimédia élargi aux agencements conjoints des univers textuels. etc. Levons. Dans ce sens -celui du home multimédia. Et c'est bien ce que nombres d'expériences en France et dans le monde indiquent. -tel que X.) rendant de plus en plus transparent aux utilisateurs l'usage d'outils élaborés[61] (même si. chacun est conduit à utiliser des outils de complexités graduées pour des usages eux aussi gradués. Plus généralement.. afficher des sources documentaires ou lancer des applications. les premières strates documentaires. graphiques. langages de conception de sites sur Internet. le collage. par exemple. Sur ce terrain aussi. L'évolution propre des langages du multimédia incite à prendre résolument l'orientation du home multimédia. une éventuelle méprise. par la société Cryo. par exemple. Si on décrit concrètement ce que signifie réaliser une home-page sur Internet ou un site collectif dans une classe.T. Toutes les composantes des scènes conçues sont cliquables et peuvent renvoyer par liens à d'autres lieux. on découvrira une nappe graduée d'activités où la recherche documentaire automatisée par moteurs et guides. de sélection et d'agencements sont d'une richesse heuristique considérable. l'auteur multimédia n'est pas appelé à maîtriser les savoir-faire spécialisés qui demeureront l'apanage de professionnels. hier. dans sa version de 1998.). ici. comme Célestin Freinet avait pris en charge leur devenir auteur à travers la fabrication de journaux. iconiques et sonores dans le contexte de la communication collective et de la documentation partiellement automatisée.L. version moderne de l'imprimerie à l'école). et. la transformation de sources originales occupent une place considérable. L'offre de logiciels-auteurs se renforce (maquettisme. la citation. demain. rédaction de textes où il se vérifie que les savoirs de la lecture/écriture "classique" demeurent fondamentaux dans ces nouveaux espaces expressifs. il s'agira non plus de "consulter" des sites mais de transformer les pages reçues. Le développement de nouvelles normes d'édition de documents appelées à succéder à H. une part plus originale. L'usage de robots chercheurs est.l'école doit prendre en charge le devenir-auteur multimédia des enfants. d'espaces de communication. et ce n'est pas contradictoire. De multiples propositions s'amorcent pour cartographier et exploiter les gisements de données ainsi collectés[60]. homme de lettres ou de sciences. La mise au point. de les recomposer et d'y ajouter des informations personnelles. par exemple. par ailleurs. une manière naturelle de se déplacer sur le réseau : la mobilisation de tels automates devient une pratique de lecture/recherche "grand public".est proposé dans plusieurs versions de complexité et de prix différents selon qu'il s'adresse au grand public ou à des professionnels. De la même manière. Et l'on voit bien que ces dernières compétences sont majorées au fur et à mesure qu'on évolue vers les univers professionnels. Mais. L'auteur-citoyen dans l'aire de la culture de l'écrit n'est pas obligatoirement un auteur au sens académique du terme (journaliste. Mais à des niveaux différenciés. Le deuxième monde distribue à ses "habitants" des outils simples pour configurer. étendant ainsi des savoir-faire d'organisation de connaissances aujourd'hui encore spécialisés. leur home page ainsi que leur domicile virtuel.

langage de conception interactif tridimensionnel.ration. bien sûr. parmi les usages du réseau. réception et production multimédias s'enchaînent -sans se confondre-. donner un contenu concret à l'appel au décryptage des images. il est de la responsabilité . Faire fructifier les savoir-faire intermédiaires du multimédia est un enjeu éducatif. On dira. Répétons-le. Nous conjecturons que. etc. savent bien que l'usage du réseau met en œuvre des compétences variées passant du simple "surfing" (l'équivalent de la lecture classique) à la maîtrise des téléchargements de logiciels et à l'exploitation de grandes masses d'informations acquises grâce aux robots et autres guides de recherches. à la différence des technologies de l'écriture. que nul n'est tenu de devenir rédacteur hypermédia et que la rédaction de textes linéaires sur papier n'est pas condamnée à quitter l'horizon éducatif. et surtout en harmonie techno-culturelle avec le milieu du multimédia. Tendance fondamentale qui pousse à accroître. photos et liens hypermédias pour construire un site personnel sans rien connaître à la programmation. mais cela risque demain de devenir un faux dilemme. Nous ne supposons pas qu'au nom d'on ne sait quelle injonction normative. Là encore. Les réglages et manipulations logiciels sur Internet dérivent parfois même vers des savoir-faire quasi-experts (chargement d'applications en V. mais nous imaginons toutes sortes de strates. En revanche. ceux qui tendent à la production d'hyperdocuments. et ne sont peut-être pas appelées à se stabiliser. On s'apercevra alors que l'hypermédiation fait apparaître en pleine lumière ce que savent tous les professionnels de l'image. c'est-à-dire leur mobilisation expressive. Tous les Internautes. comme se font écho aussi lecture et écriture et se couplent fondamentalement les activités de réception et d'expression dans les environnements mus par l'interactivité informatique[63]. réception de chaînes multimédias en continu.pour produire des programmes multimédias eux-mêmes à fréquentation interactive. les compétences exigées et développées à la fois par les outils de la "home production" enrichissent la problématique de l'interactivité. C'est aujourd'hui exact.d'hyper-images. mais plus fondamentalement politique. les pratiques du "home multimédia" se développeront nécessairement. dès lors que les savoirs de l'écriture s'hybrideront à ceux de l'hypermédiation. Il s'agit ici de mobiliser une interactivité -propre aux logiciels. des pratiques de simples consultation et navigation soient appelées à devenir obsolètes ni que l'hypermédiation doive effacer les frontières entre les activités triviales et expertes d'édition multimédia. par exemple.et autres plug'ins. rien ne vaut tant que de développer leur réception/production. entre ces deux positions[64].R. Ainsi se fait jour la nécessité d'une acclimatation raisonnée au milieu téléinformatique. bien entendu. Il suffit d'agencer ces textes. Œuvrant naturellement dans les savoirs croisés de l'écriture. On voit se multiplier sur le réseau des offres d'outils "grand public" de création de sites proposant aux Internautes néophytes des formats préétablis qu'il s'agit de paramétrer et d'illustrer grâce à des banques d'images libres de droits[62]. l'hypermédiation est une propédeutique sémio-critique naturelle. tout à la fois maniement d'un ensemble corrélé d'outils de réception et d'outils de production. Même sans démarche volontariste. même si les frontières se déplacent avec l'évolution techno-culturelle. par tous ceux qu'inquiète une supposée domination -à démontrer.). objectif récurrent proclamé. en somme.L. dont les langages de requêtes se font sans cesse plus acérés et complexes. Au terme de ces entrelacements. à savoir que toute image est bordée par du langage -souvent écrit.du règne iconique sur le scripturaire. mais plus lentement et sans que soit mise en lumière leur valeur. ici et là. l'habileté et les motivations des usagers donneront forme à des réalisations de qualités différenciées. de surcroît. aujourd'hui déjà observables. La seule manière de dégonfler la baudruche de la manipulation par les images consiste à faire de chacun des manipulateurs -au sens premier du terme. Ces zones médianes forment le terrain fertile de projets individuels et collectifs formateurs. Cette perspective pourrait. par ailleurs. même si.(de même que le langage engendre des images). ces deux pôles et donc aussi les zones intermédiaires maintiendront leurs spécificités. L'usage documentaire dérivera alors fréquemment vers la production multimédia. Pour former des citoyens capables de déjouer les prétendus pièges des images numériques. une interactivité au carré.M. si l'on comprend que se construisent ici les formes et les outils expressifs de la démocratie. de l'icône et du son. celles du multimédia évoluent rapidement.

Ce sont les donnés (matériaux et modes de circulation) que l'interactant reçoit et qu'il ne peut négocier. collaboration certes non symétrique (l'activation d'un récit interactif. qu'ici. la lectacture fait osciller liberté et contrainte. textes composés. exprimée par les codes d'interaction (interruption. cet arrière-fond se manifeste. si on la conçoit comme une auto-référence absolue. dans les récits à cadre formel fixe. externe. C'est-à-dire à l'activité d'un spect-acteur qui. chose négligeable. il s'agit donc d'un jeu à trois personnages : le concepteur. deuxième composant. Les événements insécables forment le premier matériau. Ici. elle porte sur la configuration même du récit (l'enchaînement des scènes par exemple). Cette appropriation transforme le cadre narratif en moteur herméneutique individuel ouvert. générateur sémantique. dans Le plaisir du texte : "Bonheur de Proust : d'une lecture à l'autre. alors. Entre ces deux pôles (les deux modalités d'altérité). manifeste la subjectivité du (des) concepteur. la coproduction est uniquement de nature imaginaire. "L'autocommunication". Car se prendre comme sujet de questionnement (vais-je ouvrir cette porte?) est toujours négocié en référence à une intentionnalité déjà installée (celle du concepteur). représente le pôle opposé à l'actualisation. dédoublé dans le récit. ici. C . d'analyser un genre d'application interactive particulier. c'est-à-dire au cheminement d'un sujet qui parcourt et s'approprie la narration. le récit. dans le cadre préconçu des propositions déposées dans les programmes qui gèrent l'interactivité. ils ne peuvent être découpés par les actions de l'interactant : séquences sonores. Même dans ses dimensions de libre choix.Récit interactif et moteur narratif Le cadre narratif formel Nous nous proposons. des séquences moléculaires compactes. L'inachèvement du roman et "l'ouverture" d'Umberto Eco La manière dont Umberto Eco présente L'île du jour d'avant est symptomatique d'un questionnement général. on ne saute jamais le même passage"). n'est-ce pas le contraire de l'altérité ? Oui. quel qu'en soit le support. Avec le graphe de navigation. loin s'en faut. le programme et le spect-acteur. Ce dont il ne peut s'agir ici. Si l'on suit ce schéma. laquelle se déploie dans l'ensemble du cadre narratif formel installé. nous serions confrontés à deux modalités de l'altérité dans la scénographie interactive. rappelons-le.de ceux qui ont en charge les politiques éducatives de commencer par reconnaître. d'appropriation et d'interprétation des récits. dans cette activité d'interprétation. Le cadre narratif formel. recherche d'ouverture telle que le cliquage exploratoire. les pratiques du "home multimédia" comme condition actuelle de la citoyenneté . se prend comme sujet de questionnement. . Soulignons que. et ensuite. On retrouve alors une confrontation à deux partenaires principaux : l'auteur et le lecteur. au sens fort du terme. Situation plus classique. on détermine les chemins possibles qui relient ces événements moléculaires et que l'interactant actualise librement. interne. (Roland Barthes. On pourrait dire que l'ouverture d'espace de libertés par le concepteur permet la confrontation du spect-acteur avec lui-même. l'ordinaire de nos états mentaux dans les situations toujours couplées de circulation. se concrétise une collaboration formelle du lecteur avec l'auteur. etc. il leur appartient de les systématiser. à la différence des supports formellement transparents (livre) ou à déroulement temporel fixe (film). réponse à une proposition de débranchement) renvoie à l'auto-communication. autonomie et dépendance. déclencheur d'association d'idées. La première. Bref. le deuxième type d'altérité. ne saurait se confondre avec sa conception). producteur de scènes imaginaires. on retrouve alors. ensemble clos formé par ces deux constituants. La variété des supports. images chaînées dans un ordre toujours identique. cela n'est pas. On le définira par l'alliage de deux composants (rappelant celles de l'hypermédia) qui définissent le "cadre narratif formel". À cet instant. Constitués par l'ensemble des segments inaltérables. auto et métacommunication.

comme tout roman. Trois modalités de circulation interactive dans les récits On peut distinguer trois types d'interruptions dans la trame d'un récit. On y perdrait l'enchaînement temporel qui porte l'histoire. "La rose pourpre du Caire" ou le récit séquentiel de l'interactivité Le réalisateur new-yorkais avait. de manière prémonitoire -en 1964. lui aussi. ici. se confond. Le procédé. anime deux créatures romanesques : le narrateur. S'exprimant donc à propos de son roman. échangeant ainsi leurs positions respectives. diégétique. ne pas se terminer. marionnettiste muet. Le réalisme nécessaire du film interdit qu'un personnage soit simultanément à deux endroits. il disparaît du tournage d'un autre film.dans le récit. Mais un tel talent obéit à d'autres réquisits qu'un récit linéaire. ne pourrait pas être traduit en récit interactif. "Cette fois. où. dans une certaine mesure. l'archéologue. de plus. parlant du protagoniste. soit d'avance disqualifié. Umberto Eco réédite. redouble ainsi la trame interne du roman : "un roman que le narrateur n'arrive pas à construire et auquel collabore le personnage"[67]. masqué.induit par ce qu'on pourrait appeler une subjectivité interactive. dans La rose pourpre du Caire. avec la vie réelle : on peut quitter le récit et s'incarner. que toutes les fictions interactives. c'est-à-dire un spectacle dont la durée est déposée une fois pour toute sur la pellicule. il quitte son incarnation réelle et pratiquement. Même s'il figure l'interactivité mieux. formellement inachevé.les pages de . On ne s'étonne pas que le doute flotte une fois le livre refermé . Le troisième. que "son auteur utilise un langage plus neutre".) incarnent aujourd'hui. Les deux premiers sont volontaires. par exemple. s'exécute à l'insu de l'interactant. tel que Woody Allen le scénarise. Dans le premier type d'interruption. Le moteur narratif du film fonctionne à plein rendement tant que le conflit entre la fiction (continuer à faire l'acteur) et l'incarnation (franchir l'écran pour retrouver la spectatrice) ne se dénoue pas. pénétrer dans le jardin des Plantes ou bien longer la Seine. Le récit pourrait. Le deuxième type d'interruption exige l'exploration "aveugle" de la scène pour rechercher une zone active.certains matériaux pour apprécier la future interactivité informatique étaient déjà rassemblés[65]. Le récit s'interrompt et on doit. au cinéma. potentiellement. roman inachevé. lequel est doublé. pressent l'accélération d'une ubiquité technologique que de multiples systèmes (télévirtualité. à l'intérieur d'un roman -et ce n'est pas le premier à utiliser le procédé. Évoquant les langages dans lesquels s'expriment ses deux créatures. dans le récit. etc. parce qu'aucune réponse ne vient dénouer l'intrigue. Une scénographie à trois acteurs principaux est installée. Le sémiologue construit un mécanisme narratif qui semble lui échapper. par ce qu'Umberto Eco appelle "son protagoniste" ou "son personnage". je n'avais pas de plan global ni de final : j'ai inventé chapitre par chapitre. Si on clique sur un agenda dans la mallette ouverte -alors que rien ne signale que cet objet est "actif". communication par avatars interposés. Mais c'est un film. conçu un mécanisme interactif interne au récit filmique. au sens où le moteur narratif installé continue à tourner dans l'esprit des lecteurs bien après que le livre est refermé[68]. était clivé entre sa fonction d'acteur cinématographique et son rôle d'amoureux réel. Son personnage principal. Cela n'implique pas qu'un autre type de talent fondé sur l'installation de moteur narratif et de cadre scénographique appelant le spect-acteur à s'inscrire -cette fois-ci formellement. un choix explicite se présente entre plusieurs prolongements.ce que Woody Allen avait fait. et de ce fait ne cessait de franchir la barrière physique de l'écran. l'interactivité (entre la spectatrice et l'acteur dans l'écran) et. que ces propos soient tenus par l'auteur de L'œuvre ouverte. il ne fait que la représenter et non la réaliser. Le romancier. donc si l'acteur sort du film. tel que l'écrivain le décrit. sans doute. en laissant le récit se faire tout seul"[66]. mais en outre. La vie fictive. le romancier en vient à dire. Dépassant la controverse récurrente entre le double et le faux. dans un récit séquentiel. c'est-à-dire le génie propre du metteur en scène. Il n'est certes pas anodin. Et le récit de l'interactivité. il souligne que sa structure est bien celle d'un moteur de construction du récit qui fonctionne à l'intérieur même de l'histoire. lui aussi. D'où une mise en scène des paradoxes de l'ubiquité dans ses liens à l'uchronie. l'écrivain revient sur l'absence de dénouement du roman. Le film scénarise.

d'autre part.. Ce roman n'a ni début. par impression.. chapitres et séquences sont toujours à lecture unique. Il serait judicieux. particulièrement élaboré avec Le roman inachevé. l'histoire actualisée apparaisse incohérente. "Le générateur fonctionne sur trois articulations principales : d'une part. ce thème pouvant concerner l'un ou l'autre des héros dont la présence est virtuelle dans l'ensemble de l'œuvre ou des textes non précisément attribués . À nous de trouver la zone cliquable qui nous fournira des indications plus précises sur l'emploi du temps du possesseur du calepin. Suggérons que l'enregistrement de ces marquages successifs pourrait se concrétiser dans la formation d'un "caractère". les textes engendrés). Les pages étant elles-mêmes composées automatiquement par le logiciel générateur -et non pas puisées dans une base de données déjà constituée. lorsqu'elle influe de manière décisive sur le cours du récit. par ailleurs. Le début est une page quelconque générée à un moment T. Celui-ci est doublement inachevé : sans début ni fin. mais aussi sans relecture possible (sauf à fixer.puisque toute action du lecteur provoque la génération de nouvelles pages. donc une modification des chapitres et une redéfinition des séquences"[72]. aléatoire ou anecdotique aux yeux de l'interactant.. enfin. Ce principe de production de texte interdit toute relecture (sauf à les imprimer. le générateur construit des séquences. Seule la sagacité des concepteurs peut les éviter et donner alors consistance à une histoire démultipliée en autant de variantes fertiles que de parcours singuliers. le programme peut recueillir des indices comportementaux qui infléchiront le déroulement futur du récit. Pages. il génère des pages dans ces chapitres. Une sorte de méta-récit viendrait doubler le récit et gratifierait l'interactant d'une trace signifiante de son passage dans le réseau narratif. Mais. ce qui pervertit le principe littéraire) car chaque lecture nouvelle supprime des pages et les substitue par d'autres. il génère des chapitres sur un thème.. (Le CD-Rom Sale temps est construit selon cette dernière logique[69]). dans certains cas.est aveugle pour l'interactant[70]. d'offrir à l'interactant l'accès à ce miroir comportemental. Comme dans la vie. ces écueils. Qu'est ce qui rassemble. si on retient l'idée d'une mémorisation signifiante du passage dans le réseau narratif. passionnel. Mais la variable comportementale -dans Sale temps ainsi que. c'est-à-dire des articulations de pages et de chapitres. les décisions prises expriment la subjectivité et conditionnent le déroulement ultérieur des événements. (L'anecdote. les différentes lectures accomplies par différents lecteurs ? C'est ce que Jean-Pierre Balpe nomme "le projet romanesque" (et qu'on pourrait nommer "cadre narratif non formel") : ". Elle oriente les choix ultérieurs proposés sans apparaître explicitement à ses yeux. jusqu'à présent. La littérature générative Les propositions de Jean-Pierre Balpe tentent d'échapper à une problématique restreinte de l'interactivité. Méta-écriture et méta-lecture : un couple logique L'auto-génération littéraire altère radicalement l'idée de finitude du roman. est une forme d'insignifiance qui menace la narration interactive sous les espèces d'un destin opaque orientant le futur. mais plutôt de lui proposer des textes produits par un générateur littéraire[71]. Si le spectacteur a choisi de s'intéresser à Marguerite. ni fin. Enfin. comment éviter des typologies psychologiques réductrices et comment rendre compte de la complexité des déterminations qui président à des choix effectués ? La suggestion d'une trace signifiante qui s'inscrirait progressivement ne lève évidemment pas. afin qu'il puisse interpréter la chaîne des événements qu'il a "vécus". ces pages concernant les mêmes thèmes que ceux des chapitres mais traités de façon différente .. Jean-Pierre Balpe évite le "cadre narratif formel" en proposant le concept de "littérature générative". les .les mots. de manière totalement erratique). Elle n'est peut-être pas la première lue. mécaniquement. intuitif de son personnage et la suite de l'histoire traduira ce marquage. Le risque existe qu'en l'absence de tels renvois..l'agenda s'affichent.on ne peut engendrer deux fois la même page. Plus question d'offrir au lecteur un espace de choix dans un réseau de chemins déjà balisés. à l'insu de l'interactant. c'est-à-dire qu'il ne puisse relier ce qui arrive à ses choix antérieurs. dans la quasi-totalité des récits interactifs.. une variable augmentera le cœfficient amoureux.. néanmoins.

sans lecteur si le programme pouvait se déclencher seul : est-ce finalement la proposition ? Le désinvestissement du texte au profit d'un procédé génératif opaque. puissance de formation d'une multiplicité de récits selon les choix de l'interactant. en alliance -ou en confrontation.Pierre Balpe. Il s'ensuit que ce type de dispositif suscite ce qu'on pourrait appeler une méta-lecture : rechercher dans les séries de rééditions. Nombre d'écrivains. ni totalement celui d'un autre ? L'entre-deux dissout l'intensité dramatique. En amont. à la limite. Récit interactif et intensité dramatique Dans la posture interactive classique. Ces incomplétudes. La générativité immédiate des textes est. que chaque mot appelle nécessairement le suivant et que chaque phrase détermine celle qui lui succède. en effet. d'une tournure syntaxique préfigure et détermine l'ensemble de l'œuvre. de manière originale. avec ce qu'elle possède d'indécision et d'ouverture. (En supposant que le texte linéaire est toujours pleinement maîtrisé par son auteur. telle est bien la marque que le récit nous échappe. contribuent à la dramaturgie romanesque. car la composition du récit dans une histoire classique repose sur une construction subjective. chaque lecteur lira une histoire différente mais tous retrouveront ce monde"[73]. à la limite. le déclenchement d'une composition romanesque. bien qu'étranger à l'interactivité. surréalisme. Avec le générateur textuel. tenter de repérer les invariants (et qu'on puisse les identifier ou pas. C'est un retour de manivelle logique. bien sûr.avec la dynamique propre qu'il a installée. Ainsi.). si c'est nous qui prescrivons sa conduite ? Jean. de fortes contraintes de consistance situationnelle : il s'agit bien de s'adresser à un lecteur culturellement déterminé. un principe alternatif à l'interactivité qui suppose d'écrire à l'avance un méta-récit. insistent sur l'étrange alchimie qui transforme l'auteur en co-producteur du texte. Mais ira-t-il au-delà de quelques pages dans un roman qu'il sait n'avoir pas de fin ? Une littérature de flux qui s'afficherait. on l'a vu. et ceci pour trois raisons. le programme textuel s'inscrit dans des horizons de sens déterminés. en revanche. qu'un dispositif de métaécriture (tel est bien le statut de la génération littéraire qui institue non pas une histoire mais une puissance de fabrication d'histoires) suscite une posture de méta-lecture. les principes fondateurs. dans le roman interactif classique. évite. à l'opposé de la littérature purement aléatoire. être surpris par le comportement d'un personnage. conscient des difficultés. peut-être. tel Umberto Eco. Comment. bref se bricoler. affirmant et niant simultanément l'intérêt de la trame narrative ? Mais sans doute aussi le lecteur demeure-t-il un destinataire du système génératif. à chaque reprise. la dimension auto-générative de la production littéraire classique). fondamentalement.concepts correspondent au monde que j'ai voulu créer. le moment du choix. mais qui assure une tension par l'incertitude de ce qui va advenir. lira les émissions textuelles comme des épreuves quasi anonymes avec pour seule ambition de détecter si la cohérence narrative. est de nature "fractale". affirment. Le lecteur. en revanche. Non pas intentionnellement. en effet. car dans le principe génératif. d'anecdotique[74]. mais pratiquement néanmoins. fortement revendiquée par l'auteur. etc. l'inscription du lectacteur fait problème. peu importe). Jean-Pierre Balpe rejette l'interactivité en ce qu'elle risquerait de gommer la frontière entre auteur et lecteur. le texte pourrait s'engendrer sans déclencheur humain . sa lecture s'efforçant en permanence de le rattraper. est bien au rendez-vous. une "théorie" du récit. Quelques autres. la littérature classique. dans une filiation notoire (Mallarmé. Queneau. n'est-ce pas une position quelque peu paradoxale. Chaque mot "contiendrait" l'intégralité du texte de la même manière qu'un détail d'une fractale contient l'ensemble des formes dont il n'est qu'une infime partie. finalement. L'indétermination de la suite. participe néanmoins d'une démarche où le lecteur provoque la formation du récit. . respectant. avec son générateur textuel. Cette conception déterministe de l'écriture pose problème en ce qu'elle pourrait faire penser que l'auteur détient totalement son texte avant de l'écrire. toujours averti de la disparition d'une intentionnalité directe. déposées par l'auteur du roman classique. il est question. et. au sens où le choix d'un mot. Jean-Pierre Balpe sélectionne une certaine représentation de l'écriture et délaisse. qu'il qualifie. le lecteur demeure à la fois le déclencheur indispensable et le destinataire explicitement souhaité. la lecture nous confronte à une altérité. dadaïsme. Selon lui. Bref. Enfin en aval. d'inquiéter les habitudes littéraires du lecteur en s'inscrivant. Comment se projeter dans un récit qui n'est ni le mien.

ne s'est-il pas logé dans celui du mécanisme aveugle de composition du récit ? Le lecteur ne ressent-il pas ce mécanisme génératif aveugle. L'idée de bifurcation contient la possibilité de la réversibilité : "et s'il ne fumait pas. en partie aléatoire. le lecteur n'a plus à choisir entre des développements proposés ou à cliquer sur tel ou tel mot. La perspective de Jean-Pierre Balpe est au fond assez différente : les modifications de détails n'engagent pas des bifurcations irréversibles puisque l'auteur du logiciel textuel affirme la primauté du projet romanesque. disparu du champ de l'intention. les relations entre personnages. une illustration de cette recherche de bifurcations -au sens de la théorie des catastrophes. Le film d'Alain Resnais. dans la situation de construction générative de textes.".ne saurait laisser entendre que le lecteur deviendrait coauteur. Les deux films de Resnais sont d'ailleurs construits sur des reprises de bifurcations. passé les premiers retours. lui aussi. Smoking. auquel on demanderait de complexifier son dispositif.qui lui donnerait la possibilité de participer. par ailleurs. son monde propre -ce qui relie entre elles toutes les générations de textes. No smoking est. délimité son cadre narratif. incontestable. Cette situation de partenariat -inégal. pour que le lect-acteur oriente les scénographies relationnelles déposées. bref tout ce qui n'engage pas une détermination psychologique forte d'un personnage). je vis encore quarante ans. tout juste interprète. Mais le choix. est-elle fondamentale ? Pourrait-on. L'édition du texte s'enchaîne sans qu'aucune action explicite ne soit exigée de la part du lecteur. alors la facture de la narration. no smoking. et s'il ne s'était pas marié avec elle. lire un quotidien et non pas un magazine.t. Quel type d'altérité -et.dans des comportements quotidiens. c'est-à-dire l'installation d'un univers sensible. à la composition du roman et qui lui permettrait d'investir plus fortement le texte ? D'ouvrir. Même s'il n'y a pas présélection par l'auteur d'un paysage d'arborescences.rencontre. Mais comment . Mais sans doute s'agirait-il alors d'une autre forme de littérature. elle existe. alors que la machinerie scénographique demeure prisonnière de ces répétitions[76]. leur donne un air de famille et constitue le style propre du roman.Avec la littérature générative. sorte de matrice primitive où sont engendrés tous les récits. Resnais avait. No smoking admet comme présupposé que les trajectoires de nos vies obéissent aux logiques des systèmes catastrophiques. Mais Smoking. les lieux. etc. en quelque sorte.peut alors échoir aux options de détails (prendre un taxi plutôt qu'un autobus. Non. des lucarnes dans la boîte noire. Mais les différentes vies du couple apparaissaient comme un pur effet du hasard : pile je meurs. Modalités narratives. En revanche. la réédition permanente de ces itérations qui surcharge le procédé. sa conception du monde romanesque légitime (ce que peuvent faire ou ne pas faire les acteurs humains et non humains dans le roman) est néanmoins décrite dans ces choix de contraintes relationnelles. phrases) et décrivant les scénarios licites reliant ses "acteurs" -ce en quoi consiste la programmation du générateur littéraire. puisqu'elle les précède dans la conception du programme générateur. théorie des catastrophes et théorie de la vie Si la composition du récit n'est plus l'objet d'un choix de la part du lecteur. incontestablement. dans une certaine mesure. d'un cadre sémantique. suggérer à Jean-Pierre Balpe d'offrir au lecteur une machine générative symétrique -et non pas interactive. par exemple)[75].matérialise l'horizon romanesque de l'auteur. ce ne sont pas les modifications de détails qui altèrent cette matrice. dans une autre perspective. comme un horizon opaque ? Peut-il lire cette composition en lui affectant un sens alors que l'unicité de la production a disparu au profit d'une émission. leur sensibilité aux conditions initiales devenant ici des choix de détails : smoking. d'ouvrir un espace d'itération en distribuant au lecteur une certaine autonomie dans le mode de production du texte (influer sur les caractères.il ? En quoi consiste le monde que l'auteur a "voulu créer" ? Se réduit-il aux mots et concepts ? N'est-il pas profondément lové dans le moteur informatique démiurge créé ? En effet l'ensemble des contraintes relationnelles agissant sur les "acteurs" (mots. Et c'est probablement. la différence. face. concepts. puisque la machine de lecture envisagée devrait nécessairement être conçue par l'auteur. Finalement entre le "cadre narratif" de l'interactivité et le "projet romanesque" du roman poiëtique. que celle revendiquée par Jean-Pierre Balpe lequel s'attache à inventer une figure véritablement "ouverte" de production littéraire échappant à la téléologie d'un récit orienté et construit pour sa fin. au point même de faire jouer tous les personnages par les deux mêmes acteurs.

d'agents à la fois indépendants et en interaction. outre ces visées éventuellement opérationnelles. une vie reflétée par la métaphore des théories du chaos. Roman génératif et "vie artificielle" La démarche générative s'apparente quasi explicitement à la logique de la vie artificielle. mais d'observation des conséquences du développement artificiel d'un processus mimant la vie. mais on ne connaît pas la même chose de lui. ainsi que Jean-Pierre Balpe le laisse plutôt entendre. La situation de lecture provoquée par ce programme qui produit ces rééditions de fragments s'approcherait ainsi de l'indétermination propre à la vraie vie . pourquoi doit-elle s'accommoder des cadres contraignants -le projet romanesque. et ceci de manière non téléologique.auteur. à propos des rééditions de passages identiques dans des suites. une position de compromis intéressante. je le connais. En effet. "computationnels" ? Que ces expériences parviennent à simuler la vie dans toutes ses dimensions -notamment sexuelle. On rappelle que. dans cet horizon de recherche. aléatoire et adaptative. Il ne s'agit même plus de cognition. c'est la vraie vie qui est recherchée comme modèle. Pour les tenants de cette conception exploratoire. rappelons-le. D'où la dénomination de "vie artificielle".est d'arriver à terme à un échange suffisant de paramètres pour que de nouveaux romans absolument originaux émergent de l'espace et vivent leur vie autonome"[78].est loin d'être évident. en revanche. voire résolvent des problèmes. Dans certaines conditions. Ni soumission à des processus "objectifs" extra-humains (l'évolution. les structures invisibles de l'action collective). mais bien d'imiter le mouvement vital (ou certains de ses aspects) par d'autres moyens que la biologie. ce qui est la problématique commune des créateurs de moteurs génératifs. le déterminisme n'est pas rejeté. il est inconnaissa- . nul besoin d'invoquer un processus aveugle. et non imitative. "Le but -écrit JeanPierre Balpe. cher aux structuralistes des années soixante.concilier l'affirmation d'une imagination artificielle déposée dans le générateur de textes qui reproduirait l'indétermination et les variations des perceptions individuelles face aux mêmes sujets. la nature de leur collaboration future. institue. Dans cette perspective. Jean-Pierre Balpe revendique en tant qu'espace fictionnel ? Ce serait donc une vraie vie supervisée ? Comme la nôtre. Pour situer la position du sujet humain dans le cadre de ces expériences.que. La suggestion consistant à déléguer au lecteur une influence sur le générateur textuel matérialiserait ce compromis entre une "vie artificielle" du texte et ce que l'interactivité véhicule d'intentionnalité. et la revendication de l'installation d'un projet romanesque. peut-on mimer la créativité intrinsèque du vivant par des moyens totalement synthétiques. d'une part. L'expérimentateur. dans la conception classique du "cadre narratif formel". Mais. contraindre. de supposer une capacité de prédiction de l'évolution du système ainsi engendré. compléter les processus biologiques. la "vie artificielle" offre. sans programmation intentionnelle directe. ni position de contrôle opérationnel de l'évolution artificiellement déclenchée. programmant les compétences des acteurs. On a perdu en chemin l'opérationalité et l'intentionnalité au profit d'une attitude expérimentale. plus observatrice et accueillante à l'inédit. à chaque fois originales parce que inclus dans des "univers mobiles". non plus. lesquels sont dotés de compétences simples. par exemple. avec ses espaces d'ouverture et de contrainte ? Ou alors. sur le modèle des insectes sociaux. dans une autre perspective plus "duplicatrice". moins interventionniste. le langage. etc. mais ceci est une autre question[79]).X. légitimement."[77]. Ce processus est le plus souvent basé sur l'interaction d'un nombre important d'acteurs autonomes. de fait. ceux-ci coopèrent. les rapprochant par certains aspects. "sans sujet ni objet". Nulle obligation. X dépend de la personne qui le lit. Ils stabilisent alors parfois des situations d'équilibre. le concepteur de l'environnement installe un univers peuplé d'acteurs. et toutes ces lectures dépendent du temps. installant le dispositif. du moment. c'est un peu l'image de la vie : vous connaissez M. et chaque lecture de M. la discussion ne porte donc plus sur les limites des modèles de simulation mais sur la possibilité d'expérimenter des phénomènes quasi génétiques. des théories de la "vie artificielle". Jean-Pierre Balpe propose l'analogie suivante : "Pour moi. Il ne s'agit pas d'intervenir pour orienter. en regard de cet antagonisme classique. de l'autre ? C'est sans doute cette difficile confrontation qui passionne le génér. au sens d'un projet d'appréhension et de transformation. Mais si. de la "vie artificielle". (Mais. ces expériences permettent d'observer les dynamiques engendrées par les lois qui définissent ces univers.

la proposition générative alimente l'affirmation d'une ouverture à l'aventure. Sous cet angle aussi. 1981. Flammarion. L'idée d'une continuité causale. de sociétés d'œuvres auto-matiques (littéralement : qui sont cause de leur propre mouvement). vue comme une trame symptomatique. Mais. éd. non plus aménager une scène indéformable mais installer un micro-monde doté de lois comportementales où les acteurs peuvent vivre leurs vies (et pas forcément celle que l'auteur a envisagée pour eux.. à l'image des flots textuels produits sans relâche par le programme romanesque rassemblant les mêmes personnages dans les mêmes lieux. Le jaillissement de l'esprit . des développements fantasmatiques jaillissant en variantes innombrables des moindres situations quotidiennes ainsi que des libertés qu'on s'accorde pour "réécrire". Le roman génératif se trouve en harmonie avec un mouvement culturel profond qui pousse les auteurs et artistes de l'univers numérique. Comment rendre compte de ces logiques. 1986. c'est-à-dire comme puissances de productions de familles. sans doute ne faut-il pas prendre à la lettre ces propositions. s'il n'arrive pas au bon moment. de notre façon particulière de répéter les mêmes erreurs ? Sans même aller jusqu'à invoquer l'idée d'un gouvernail inconscient. de la manière dont nous avons construit nos biographies avec les matériaux du bord ? Que penser des inclinaisons par lesquelles nous avons inscrit nos trajets dans la multiplicité des possibilités théoriques. Comment être surpris par ce qu'on a façonné. peut-être. jusqu'au geste le plus insignifiant. (tout aussi bien que les game designers des nouvelles générations de jeux vidéos[81]). Que je prenne ou pas le stylo sur mon bureau. des versions de nos biographies et de celles de nos proches. Paris. ne percevra pas l'essentiel de ce qui se trame entre les personnages. sans fin. janvier 1989. 1988. Explorant des espaces et des constructions fictionnels. dont on se plaît à penser qu'elle nous guette à tout moment au coin de la rue. pp.cette dimension insensée propre aux œuvres majeures. in Réseaux n°33. 141/144. La simulation de l'autre. de ce qui est indéformable dans notre rapport au monde. [47] Jean-François Lyotard. a des effets ultérieurs mais nous ne pouvons savoir quand. il s'agit bien de faire passer la littérature du stade de la représentation de la vie à celui de sa modélisation . La littérature générative s'inscrit dans une perspective démiurgique de jeux avec l'autonomie relative des créatures engendrées par les moteurs. pp. Mais ces exceptions ne sont-elles pas métabolisées par quelques logiques assez fortes qui nous font interpréter justement ces événements comme des exceptions. "L'art ne communique rien à personne" in Art et communication. Nul étonnement à constater que ces conceptions de la vie forment l'arrière-plan de ces différents mécanismes d'écriture. de tribus. pp. cela peut-il influer notablement sur la date de ma mort ? Jouons-nous notre avenir dans les hasards de la vie quotidienne ? Exceptionnellement. le lecteur. La réédition inépuisable d'épisodes jetant les personnages dans des configurations scénaristiques toujours originales sont un peu à l'image des "possibles" non actualisés.) et par l'incitation qu'elles déploient à interroger la structure apparemment linéaire de nos histoires et de leurs rétentions mémorielles. Paris. ces mécanismes d'écriture n'ont pas pour ambition de devenir des traités de psychologie. [48] Marc Le Bot invoquait -à l'encontre de l'art numérique relevant. sinon en lui injectant des principes vitaux ? Mais sans que la créature puisse s'échapper (cadre romanesque aidant) : d'où un jeu entre dépossession et maîtrise (et peut-être même maîtrise au carré). 127/128. [50] Voir Seymour Papert. à créer des œuvres directement comme méta-œuvres. à la limite. ou de manière différente par le film de Resnais. approche de l'interactivité informatique. de l'idéologie communicationnelle. L'inhumain. selon lui. Osiris. de trames principales ou de structures psychologiques n'a alors plus de sens. avec les mêmes objets mais selon des occurrences et des modalités relationnelles toujours inédites. les vues convoyées par la littérature générative.ble. par l'écart qu'ils manifestent avec la structure temporelle orientée de la vie (le temps qui passe.. où. Paris. Parallèlement.Pierre Balpe (dispositifs générateurs et fragments produits) sont de véritables œuvres littéraires. Et. 73/109. Tout ce que nous faisons. [49] Voir notre article. sont anti-psychologiques au sens banal du terme. CNET. les travaux de Jean. . Finalement. Paris. et c'est à mes yeux l'essentiel. Galilée. Voir. nous émancipant de l'inertie des habitudes prises. ni lesquels. par exemple. de ces théories fictionnelles[80].Ordinateur et apprentissage. une fois pour toutes).

[59] Dans son introduction au catalogue d'Imagina 98. sur des technologies opto-mécaniques (travaux picturaux de B. Bry sur Marne. [60] Le logiciel Umap Web. Odile Jacob. lesquels ont réagi en proposant un programme à intégrer aux pages Web. 1997. Avec Nemo. Carnet 5. à faire l'œuvre avec l'auteur. Bien sûr. des scènes en attachant des comportements à des objets. 4/03/93. visage ou monument). Les touches du clavier commandent l'affichage d'images que l'on peut déformer en utilisant des effets spéciaux et dont on peut régler le rythme. Université Paris XIII. [62] De tels services existent depuis des années aux États-Unis.O. 5). tout en mettant l'accent sur la diffusion des outils intermédiaires de création qui déplacent les savoirs requis. UFR des Sciences de l'Éducation. novembre-décembre 1994. La Découverte. mais tout porte à croire que des versions simplifiées permettront aux passionnés de fabriquer bientôt leurs propres jeux. p. [56] Genetic Images.. [63] Par exemple.A. Images génétiques.Michel Jarre. in Revue Virtuelle. Dans le même ordre d'idées. n'est pas du tout du goût des aficionados. Voir aussi l'excellent commentaire que Pierre Lévy fait de la musique techno dans Cyberculture. Centre Georges Pompidou. 1998. et à titre d'exemple. entre les partisans d'un large enseignement des principes de la programmation (ce qu'assumait LOGO. la société Multimania ainsi que le moteur de recherche Lycos proposent gratuitement ces instruments.Denis. Strasbourg les 8/10 avril 1998. Notre option pour des "savoirs médians" ne recouvre pas exactement cette confrontation. programmation) vers les langages applicatifs et les pratiques généralisées du couper/coller/relier/créer. INA.). installation présentée à la Revue virtuelle. 20/02/1988). Nemo ne s'adresse pas au grand public. [54] Lors d'un séminaire à l'I. Elle retient le côté "productif" des premiers. offre aux utilisateurs un environnement pour "jouer" de l'ordinateur sur sa musique. comme on joue d'un instrument. [65] On se rappelle qu'Umberto Eco avait proposé le concept "d'œuvre en mouvement" pour caractériser des "œuvres ouvertes" particulières. Phi- . le CD-Rom Odyssey. écrivait-il. de l'informatique classique (algorithmique. lequel bloque l'affichage des bandeaux publicitaires. 168/172. miroir explicite de ses inclinations. conçu par la société Trivium. nous relevons le logiciel ingénieux mis au point par la société Realiz. cartographie les proximités entre les thèmes consultés au fur et à mesure de la navigation dans des pages Web. [55] Installation présentée à Artifices 3. 18 mai 1998. p. [58] Pierre Lévy. mars 1993. 1995. Visant dans un premier temps des usages professionnels. Qu'est que le virtuel ?. Le logiciel Xpose LT commercialisé par Arkaos permettra à ses acquéreurs de "jouer" leurs propres images sur des musiques de leur choix [64] On retrouve. En France. (Actes d'Imagina 98. etc. Mais les "œuvres en mouvement" invitent. Bernard Stiegler développe une argumentation similaire balançant la puissance des industries mondiales du "broadcast numérique" par le traitement local des images : la "house vidéo" qui devrait conduire à "un changement profond de l'attitude comportementale du consommateur". Ses concepteurs envisagent de l'associer aux logiciels de retouche livrés avec les appareils de photographie numérique.. Paris. 43.E. [53] Frédéric Dajez a développé ces questions lors du "Salon de discussion multimédia de Paris XIII". la société Virtools propose aux designers de jeux vidéos un logiciel interactif 3D "temps réel" -Nemopermettant de s'affranchir de la programmation informatique. à l'écran. soi dit en passant. Ce qui. Université Paris XIII. conçu par la société Arkaos pour Jean. dans les années soixante. on peut animer directement et interactivement.M.C. en outre. lesquels comportements peuvent être puisés et combinés dans une bibliothèque étendue. lippe Aigrain avait développé un point de vue voisin. Toute œuvre est ouverte. p.R. car son interprétation/perception suppose une collaboration "axiologique et théorétique".R. Saint. nov. [61] Parmi les récentes annonces. [57] Karl Sims. notamment) et ceux qui optaient pour les usages pédagogiques de l'informatique (E.[51] Intervention orale aux Rencontres de l'Association des Auteurs du Multimédia. cet outil démocratise incontestablement l'image 3D. Cette catégorie visait des propositions fondées.C. non sans lorgner sur la surface publicitaire ainsi créée par la multiplication des sites hébergés. sous certains aspects seulement. par exemple. simulation. 19 juin 1997. Centre Georges Pompidou. [52] Ces aspects ont été développés par Patrick Delmas lors d'une communication orale au séminaire du G. sur "Interactivité et Simulation" (Centre Georges Pompidou. pp. L'Internaute construit ainsi un paysage graphique de données. Celui-ci produit une image tridimensionnelle à partir de quelques photographies d'un même objet (meuble. 6. la querelle qui avait enflammé le milieu de l'informatique éducative dans les années quatre-vingt.A.

Langages en perspective. n°64. [77] Op. 16/02/1996. N. 59.). la générativité se combine à une certaine interactivité. "Les limites de la vie artificielle <<forte>>". in Littérature n°96. interview dans Le Monde des livres. Paris. [73] Le nouveau roman sera interactif. mars 1997.Cloud. ni de mettre obligatoirement en scène leurs "conceptions de monde". mais son "atmosphère". certains tropismes dominants. de Fontenay/Saint. Balzac. 1994. appétence que l'interactivité informatique viendra naturellement radicaliser dans la décennie suivante. II. par exemple. Les dimensions ludiques ou expérimentales des rapports avec les moteurs narratifs forment une strate autonome. 50/51. la bifurcation comme modèle du choix révèle ses limites. une appétence pour l'interaction s'exprimait déjà. loc. [78] Jean-Pierre Balpe. 25 et 26 février 1996. de Franck Dufour. n° 115. Bien qu'à mon sens on ne puisse caractériser ces œuvres d'<<interactives>>. de somptueuses archéologies du récit interactif. les quatre attitudes se traduisent par quatre scénarios. dans le catalogue de l'exposition Artifices 4. éd. La revue La voix du regard a publié deux passionnants articles décryptant les stratagèmes qui perturbent la linéarité de la narration chez Diderot. ignorant alors l'infinie complexité de la matière vivante. énoncés d'une pluralité de lignes de poursuites possibles. l'animation automatique de micro-mondes relationnels renforce souvent. Saint-Denis. Ici. même si on peut aussi y lire. in Raison Présente "Autour du chaos". "Balzac interactif ou la virtualisation du sens" et Jocelyn Maixent. L'Affaire.interactive produite par Canal+. Larousse. Mais le titre de l'article est un contresens commis par le journaliste. Voir Christèle Couleau. cit. [70] La fiction -faiblement. dans la mesure où les effets du choix ne sont pas. p. Voir. p. p. Il sera cependant. signifiants. Bien plus qu'une simple bifurcation. "Diderot. du générateur littéraire.. nov/déc 1995. CD-Rom édité par Microfolies. est une sorte de balbutiement de ce que pourrait être le marquage d'un caractère.S. [67] Umberto Eco. [80] Il ne s'agit pas forcément. 1996. elle aussi. Le lecteur choisit une période dans la durée linéaire du récit. [71] Dans le roman Prière de meurtres. E.R... de proposer des modèles réalistes. non pas le déroulement du récit. Jacky Chiffot et Gilles Armanetti. du côté des auteurs comme du public. Kundera et les romans virtuels : le récit des mondes possibles". 29. quatre éclairages subjectifs sur le même scénario général. par votes téléphoniques majoritaires. p.aux individualistes mous considérant les infractions à la loi comme le fait d'individus malfaisants. 73.E. mais le texte obtenu est à chaque fois différent.. [66] Umberto Eco. via Internet. Un roman inachevé. agit-prop). En revanche. [76] Sur un plan strictement cinématographique. en tant que tels. comme dans toute fiction. électro-acoustiques (intervention à caractère combinatoire dans l'audition des œuvres musicales de Henri Pousseur) ou encore plus directement sociales (Living Theater.58. n° 10. [68] La littérature "classique" recèle. ou Kundera (inclusion du lecteur auquel on soumet une multiplicité d'interprétations d'une situation donnée. cit. Dossiers de l'audiovisuel. La rose pourpre du Caire présente un puissant modèle de progression du récit : le personnage qui interagit avec la spectatrice du film augmente la complexité du récit par rétroaction sur son cours. pour les auteurs. qu'on ne saurait réduire à des motivations sous-jacentes. [72] Jean-Pierre Balpe. Il s'agit là d'une interactivité quelque peu brouillée (et sans doute volontairement). pp.N. [74] Interview publiée dans Multimédia : l'écriture interactive. . [75] Avec le téléchargement prévu. Fiche signalétique de Romans (Roman).Aux frontières du virtuel. intéressant d'observer ce que l'usage élargi du générateur induira quant à l'évolution future de la proposition. il ne s'agira toujours pas d'interactivité. pp. Paris.. Philippe Goujon.. ce jeu démiurgique. si toutefois on définit l'interactivité par la circulation dans un méta-récit déjà constitué. [69] Les exemples qui suivent sont tirés du roman-photo interactif Sale temps. Le public choisit. Des durs -définis comme rejetant "le système pourri". p. interview parue dans Le Monde. Les propos de JeanPierre Balpe élargissent considérablement la notion d'interactivité mentionnée dans le titre de l'article. en regard des fictions sur supports stables. in La voix du regard . [79] L'obstacle principal pour une telle simulation "totale" résulte de la réduction fonctionnaliste opérée par le programme de la vie artificielle "forte" qui identifie sa représentation "computationnelle" à la dynamique de la vie. 71/100. Chacun des quatre actes possède quatre versions qui expriment quatre attitudes typiques face à la corruption (le sujet de la fiction).Munari). 1995.

un allié. De plus. il se branche sur un monde qui vit indépendamment de sa présence. puis-je faire de cet autre. Le joueur doit comprendre les logiques comportementales qui animent ces agents : celui-ci deviendra-t-il un ennemi.[81] Une société d'acteurs virtuels avec lesquels il va falloir nouer des relations si on veut atteindre un objectif : telle est la scénographie générale de ces jeux. etc. à charge pour lui d'infléchir dans un sens favorable les opportunités qui se présentent. Comme dans la vraie vie ? . contrainte et liberté. là encore. Le joueur devient un ethnonologue . la manière avec laquelle il les abordera les personnages influera sur leurs comportements. combinant.

notions qui fondent la théorie de la perception. Deleuze ira même jusqu'à évoquer "le bergsonisme profond du cinéma en général"[87].) des opérations corporelles et mentales. modalités dont j'ai tenté de montrer qu'elles constituent leur essence[82]. Celle-ci tente toujours de fonder ses interprétations en élucidant les phénomènes perceptifs concrets. j'avais tenté de mettre à profit les conceptions bergsoniennes pour montrer comment le stade virtuel de l'image réalise. d'une autre manière. L'analyse bergsonienne de la perception dans ses rapports à la temporalité prolonge les théories phénoménologiques du temps. et surtout en les forgeant dans une perspective descriptive et explicative. conquête progressive de l'espace qui sépare l'image de l'objet. de la mémoire et donc du temps chez Bergson. indépendance). Une observation fondamentale fait pressentir qu'une appropriation du dispositif analytique construit par Deleuze à propos du cinéma pourrait être fructueuse dans cette perspective. en tentant de spécifier le régime perceptif singulier qu'engagent et qu'expriment les représentations contemporaines. faudra-t-il montrer en quoi le défrichage berg- . dans des travaux antérieurs[89]. les laboratoires de la Téléprésence. images actées si on désigne ainsi les images numériques appelées à être chaînées avec et par des actes[83]. poursuivent.. ce travail de "phénoménologie appliquée". L'essentiel de l'appareillage conceptuel construit dans les deux tomes consacrés au cinéma. Les concepts centraux d'<<image-mouvement>> et d'<<image-temps>> sont élaborés à partir des notions de prolongement sensori-moteurs exprimés (ou inhibés dans le cas de l'image-temps). Elle suscite mon attention pour d'autres raisons. par Maurice Merleau-Ponty dans un sens qui préfigurait la Téléprésence technique actuelle[88]. Contribuer à faire émerger les concepts propres de l'image actée. reproductibilité) et celles de l'objet (consistance. Dans cette perspective. par un autre biais. La mobilisation de ces analyses s'agence assez bien avec le souci de saisir la perception dans ses dimensions aussi bien expérimentales qu'abstraites. sur la psychopathologie de l'aphasie. la dernière phrase du livre est un appel à "constituer les concepts du cinéma"[86]. quant à la vision. Aussi. Cette direction s'éclaire si l'on admet que les technologies de perception actualisent. à partir de L'image-temps de Gilles Deleuze L'univers des images numériques étend son emprise en accélérant le mouvement d'autonomisation de l'image.les mouvements latents à l'œuvre dans la perception. Ces travaux sur les rapports entre mémoire et perception offrent un cadre privilégié pour développer une théorie des images actées virtuelles. C'est la raison pour laquelle. L'image-temps [84]m'intéresse en ce qu'elle rencontre cette problématique des rapports image-objet. que je propose de dénommer. dont la philosophie doit faire la théorie comme pratique conceptuelle"[85] et. En effet. opérationalité. prolonge et illustre la théorie bergsonienne de la constitution du temps. et dans la perception visuelle. en particulier. le philosophe adosse fortement sa construction aux travaux d'Henri Bergson. Elles les traduisent. elles les transforment tout aussi bien. Je souhaite y revenir. c'est-à-dire en abstrayant les concepts (tels que souvenir pur et inscrit. pour une part importante.Chapitre VI Commentaires sur l'image actée. propriétés physiques. de manière significative. les mouvements abstraits latents à l'œuvre dans la perception en général. à leur manière -c'est-à-dire sans les transcrire mécaniquement. car la perception humaine est toujours informée et infléchie par les technologies qui la baignent[90]. encadrées par le travail fondateur de Husserl et développées notamment. connexes à celle-ci et peut-être plus essentielles. Deleuze aborde le cinéma avec le souci d'en faire une théorie philosophique. s'appuie. franchissement de degrés qui amenuisent les distinctions entre les qualités de l'image (faible matérialité. Rappelons que Bergson dans Matière et mémoire. mobilité.. après la photographie et le cinéma. à la fois comme champ expérimental et comme validation de la conceptualisation proposée. telle pourrait être la visée de cet essai. conscience réfléchie. et ce faisant. En synthétisant les perceptions "naturelles" et en inventant de nouveaux dispositifs perceptifs. J'ai fréquemment dénommé ces entités composites par le vocable image-objet en focalisant l'analyse sur les modalités dites interactives de leur fréquentation. Autonomisation veut dire ici. unicité relative. j'avais déjà tenté d'exploiter ces conceptions de la vision pour analyser les nouveaux cadres de vision/action engendrés par l'informatique. Dans quelle mesure la démarche de Deleuze peut-elle nous aider à faire surgir ces concepts ? J'ai le sentiment qu'œuvre dans "L'image-temps" un mode de questionnement partiellement transférable à l'univers des images actées. "Le cinéma lui-même est une nouvelle pratique des images et des signes.

c'est accorder ce schème moteur aux images acoustiques fournies par l'oreille : "coordonner les tendances motrices de la voix aux impressions de l'oreille.sonien est-il essentiel à cette entreprise. cette fonction primordiale du corps dans la compréhension auditive du langage. et pourquoi diffé- . pas plus qu'un objet n'en a sur les autres"[91]. sur le développement massif de la présence à distance comme modalité d'organisation sociale. la jointure entre ces instances. de marques politiques saillantes caractérisant des périodes historiques). la pratique des concepts en général n'ayant aucun privilège sur les autres. La perception est une prédiction mobilisant la mémoire. aussi. Le philosophe affirme que la répétition intérieure "a pour véritable effet de décomposer d'abord. A . par derrière. dans toutes ses dimensions. office d'analyseurs de l'état du monde contemporain ? Mon ambition. Les organes des sens impriment. qu'il appelle "autres concepts" (mais s'agit-il vraiment de concepts ou bien. concerne la place et la fonction du corps. est fondée. de faire surgir les concepts du cinéma dans un regard qui embrasse simultanément le cinéma et la vie. et par conséquent du temps. ou bien. c'est revoir et prévoir. mais "sur les concepts que le cinéma suscite et qui sont eux-mêmes en rapport avec d'autres concepts correspondant à d'autres pratiques. Deleuze précise sa visée à la fin du livre. Il se sert du cinéma comme d'un instrument d'observation qui révélerait l'état du monde et inversement. La proposition de "cristal présentiel". par projection extérieure d'une image activement conçue. analogue à l'objet et qui vient épouser sa forme. exposé dans son ouvrage Matière et mémoire[92]. il repère l'émergence des "concepts" du cinéma dans une mise en rapport avec ces autres signes cliniques. comme nous le verrons dans le chapitre suivant. On comprend ainsi parfaitement comment ce qui se tient du côté de l'idée. plutôt. la cœxistence de logiques temporelles hétérogènes dans l'espace public. à l'évidence. de recomposer ensuite. Mon intuition se limite à marquer. c'est-à-dire des "sensations musculaires naissantes"[93]. L'intellect et le corporel se font alors singulièrement écho. L'audition de la parole met en branle un "schème moteur ". ce serait perfectionner l'accompagnement moteur"[94]. en fait. Comprendre une langue nouvelle. comme celui de 2001. on peut figurer le système de la reconnaissance perceptive par une sorte de membrane. La répétition intérieure du mouvement qu'on souhaite apprendre. dans le contexte social de la téléinformatique. Non pas faire une théorie "sur" le cinéma. par devant. De même peut-on invoquer la mutation des figures de l'automate. un pas de danse par exemple. modèle la représentation finale. Et Deleuze privilégie les dimensions proprement politiques. quelques agencements typiques tels que la croissance des formes de vie commune mêlant l'ici et l'ailleurs. l'image d'un objet réel. On retrouve. se situe à la frontière du corporel et du mental. Cette notion de "schème moteur" éveillé par les "images" extérieures. qui va suivre. est mesurée. Les centres d'images internes manifestent. Elle va de l'idée à la perception. prédiction qui vient chercher dans l'épreuve réelle son ajustement à l'objet : voir. Les exemples abondent : depuis la deuxième guerre. Mettre en rapport les concepts du cinéma avec d'autres concepts. assurent selon Bergson. Les schèmes virtuels offrent alors leurs mouvements à la réception des impressions d'origines externes.De Matière et mémoire au concept de cristal dans L'image-temps L'une des idées maîtresses du schéma bergsonien de la perception. que cache cette formule ? Il s'agit. qui. par exemple. permet de donner à chaque mouvement élémentaire son autonomie et assure sa solidarité aux autres. l'influence d'un objet virtuel. de l'objet virtuel. ici. Mais les enjeux proprement politiques d'une telle transformation me semblent encore difficiles à thématiser. Et les "saisissements musculaires" provoqués par les images extérieures. La perception n'y est plus considérée comme centripète (de la perception à l'idée) mais centrifuge. Est-il envisageable que les concepts de l'image actée puissent faire. qui sépare le règne de l'image-mouvement de celui de l'image-temps. sensible sur ses deux faces. La place centrale du corps est spécialement affirmée lorsqu'on apprend un mouvement physique. Selon l'auteur de Matière et mémoire. par exemple. et de parler ainsi à l'intelligence du corps"[95]. Ce schéma conditionne la conception bergsonienne du souvenir. du dictateur omnipotent de Metropolis symbolisant la montée des régimes totalitaires dérive vers l'automate cybernétique des sociétés de contrôle et de surveillance distribuée.

dans le cinéma d'après-guerre. échappant à l'application volontaire. action. comme un outil que l'on sait mobiliser. actuelle/virtuelle : l'imagetemps. Entre perception et sensation la continuité est assurée. Les personnages sont alors suspendus.action. car coupés . apparaît. (c'est-à-dire une image inséparable de l'action qu'elle montre). Deleuze exploitera la coalescence entre souvenir et perception dans une autre direction. identique ou semblable à l'objet et qui vient se mouler sur ses contours"[96].. celle où l'image cesse de se prolonger en mouvement et cristallise dans une image bi-face. Mais.] toute perception attentive [. À ces cercles de la mémoire correspondent des "causes de profondeurs croissantes. s'éloignent de leur charge personnelle et originale pour devenir mobiles et abstraits. il s'inscrit et enregistre les éléments constitutifs de notre existence avec leurs marquages spatio-temporels. Dans son travail sur le cinéma. dès que les situations ne se prolongent plus en action.. Ces souvenirs sont affaiblis en regard des inscriptions spontanées précisément situées dans le temps et l'espace.. quasiment considérée comme une image. où le souvenir commence"[101]. On renonce à prolonger notre perception -explique Bergson. Et Bergson en distingue deux types : les souvenirs appris et les souvenirs spontanés. Le souvenir appris par répétition. en revanche.] le souvenir ainsi réduit s'enchâsse si bien dans la perception présente qu'on ne saurait dire où la perception finit. Ainsi se construit le schéma bergsonien de la perception attentive. C'est toute la mémoire qui pénètre dans ces circuits et c'est elle qui "réfléchit sur l'objet un nombre croissant de choses suggérées. Des "souvenirs diminués" se forment par extraction de ces épreuves rééditées. Les cercles représentant la dilatation progressive de la mémoire sont couplés aux cercles qui traduisent les détails immédiats de l'objet et. "Nous en recréons le détail et la couleur en y projetant des souvenirs plus ou moins lointains"[97]. ils le gagnent en "voyance". Ce qui préside à la reconnaissance attentive. figuré par deux séries de cercles symétriques formant des circuits. parce que la continuité entre perception et mouvements naissants est alors brisée. ensuite.. les systèmes dérivés de cet objet. Le souvenir spontané est d'emblée parfait. en revanche. ce qu'ils perdent en réactions. c'est-à-dire la projection extérieure d'une image activement créée. Deleuze définit l'image-mouvement comme chevillée aux enchaînements sensori-moteurs. confrontés à de "pures situations optiques et sonores"[103]. ajoute Bergson. la mémoire perd sa mobilité fantaisiste et se règle sur le détail des mouvements corporels[102]. La reconnaissance attentive prolonge le souvenir appris. Mais ils sont plus mobiles. une réflexion. Des schèmes sensori-moteurs se sont accumulés que la vue de l'objet suffit à déclencher. nous sollicitons nos souvenirs. Bergson s'intéressera tout particulièrement au circuit le plus intérieur qui se forme lorsque les cercles de la mémoire se rétrécissent. Leur abstraction les rend disponibles pour se mouler sur la perception présente. De l'image-mouvement à l'image-temps : le cristal Exploitant l'héritage bergsonien dans sa tentative d'élaborer les concepts philosophiques du cinéma. et virtuellement données avec l'objet lui-même"[100].] suppose véritablement. interdits de réaction.on fait retour à l'objet et on en extrait quelques traits spécifiques. tantôt des détails concomitants pouvant contribuer à l'éclaircir"[99]. affection.rentes cultures visuelles ont pu et peuvent exister. Et le philosophe dévoile le mouvement essentiel de ce type de reconnaissance : "[. À ce moment "[. Alors que l'image-souvenir spontanée est aussi fidèle que capricieuse. Perception.tantôt les détails de l'objet lui-même.. Dans la perception. Ceux-ci sont eux-mêmes inscrits dans notre corps comme sensations.. Les cercles dérivées expriment des mouvements toujours plus vastes de productions intellectuelles. en revanche. Dans la perception attentive. L'image-temps. s'extériorise. en diffère considérablement. le corps fabrique une "esquisse" de l'objet et pour donner chair à cette esquisse. Alors. tend à devenir indépendant. telle est la chaîne caractéristique de l'image-mouvement. Aux plus hautes couches de la mémoire se rapportent des couches plus profondes de la réalité. situées derrière l'objet. indifférents aux enjeux de la scène. différents cercles de la mémoire enveloppent le premier circuit fermé qui tient en tension "l'objet O lui-même avec l'image consécutive qui vient le couvrir"[98]. De même dans la reconnaissance automatique (ou habituelle) : la perception se prolonge en mouvements d'usages. impersonnel et donc toujours disponible . bien que la neurophysiologie de la vision soit à peu près invariante depuis des dizaines de milliers d'années. . au sens étymologique du mot. ajoute Deleuze.

des prolongements actifs. Dans cette "image-cristal. Mais d'où vient cette attirance à sublimer l'actuel dans le virtuel. de l'image-temps. son 'image en miroir'. des imagesmondes"[104]. "Par delà le bien et le mal" s'élance la puissance créatrice. un fondement "réel" : la mort. et ne lui laisse plus à son tour qu'une virtualité. Et Deleuze fait l'éloge de la capacité à se transformer. On retrouve un thème cher à Deleuze (développé en particulier dans Logique du sens[109]) : le simulacre comme impossibilité de séparer le vrai du faux. volonté décisoire. elle entrait en communication avec ce qui pouvait apparaître comme des images-souvenirs. mobiles et disponibles qui coalisent perception et souvenir. impose un seul et unique personnage. N'oublions pas cependant que l'image spéculaire est dans un rapport de stricte contemporanéité avec l'objet. D'où aussi la réversibilité possible entre actuel et virtuel. par la prolifération virale des images toutes rapportées à un objet unique. C'est Welles qui. de mutabilité. D'abord. qui "juge la vie comme une maladie". des images-rêves. à partir de La dame de Shanghaï. Ces forces se trouvent du côté de la cristallisation actuel/virtuel. son double. est une réponse à la démarche de l'homme véridique. Cet échange perpétuel du virtuel et de l'actuel définit un cristal"[108]. accroissement d'énergie dans la forme virtuelle et postulat d'une plus grande mobilité du virtuel. Le déchaînement multiplicateur efface temporairement cette dépendance. dans le cinéma d'après-guerre. ou encore désir de faire se rejoindre la représentation et la réalité ? (On verra que la fusion tendancielle de l'image et de l'objet définit l'image actée. Briser un à un les miroirs. "une présupposition réciproque"[106]. il est impossible d'assigner une place aux deux faces. comme dans un miroir qui s'empare du personnage. Toutes ces hypothèses se tiennent. images purement optiques et sonores. Le virtuel privé d'actuel devient un élément catastrophique. l'actuel du virtuel.. comme un symbole du passage à "l'image-temps". La rupture sensori-motrice d'une part et la problématique temporelle. Aussi. détachées des logiques immédiates de l'action. Dans l'important commentaire de La dame de Shanghai. dans un processus d'autonomisation où l'image s'approprie progressivement les qualités de l'objet). Dans cette scène terminale du film d'Orson Welles. . mais puissance du faux. reconquérir l'actualité. l'accroissement d'énergie s'opère en deux stades. Dans cette logique. en tendance. réversibilité que Deleuze voit surgir à l'état pur dans La dame de Shanghaï et dont il fera une pierre de touche de son commentaire (sur lequel il reviendra dans son dernier texte. à ne pas se recroqueviller dans une écorce. en même temps que le personnage actuel n'est plus qu'une virtualité. Le commentaire du film de Welles est dominé par l'idée de "puissance du faux" : "En élevant le faux à la puissance de la vie. alternative indécidable. l'engouffre. Elles font signe vers les "souvenirs purs" bergsoniens abstraits. sur le petit circuit intérieur"[105]. entre l'objet actuel et son image virtuelle : l'image virtuelle ne cesse de devenir actuelle. sont au cœur de l'analyse : ". Puis par la mise en abîme qui en résulte et l'impossibilité de distinguer la série d'images de l'objet qui lui donne naissance. Mais cette image "trouve son véritable élément génétique quand l'image optique actuelle cristallise avec sa propre image virtuelle. Puis l'actuel passe au virtuel et réciproquement. aux deux sens du terme. de l'autre... film considéré par le philosophe disparu. Deleuze affirme que "l'indiscernabilité constitue une illusion objective". il s'agit bien d'opérations spéculaires dans lesquelles les images sont strictement sous la dépendance ontologique de l'objet. et à de multiples reprises. c'est se brûler les yeux dans la mort. Pourtant le dénouement tragique de l'ultime scène aux miroirs remet en jeu une vérité..l'image actuelle coupée de son prolongement moteur. l'augmentation de mobilité. éteindre les apparences. à s'hybrider à d'autres forces vitales[111]. la vie se libérait des apparences autant que de la vérité : ni vrai ni faux. équivalents. La "puissance du faux". à la manière de La dame de Shanghaï. son autre face. "L'actuel et le virtuel"[107]) : "Le souvenir est l'image virtuelle contemporaine de l'objet actuel. le faussaire"[110]. composait de grands circuits. à "absorber" le personnage dans son reflet spéculaire et à lui faire rejoindre ainsi son essence (laquelle consiste à être double : actuelle et virtuelle) ? Trouble de l'échange. vitale. y a-t-il coalescence et scission. image et objet sont d'abord rendus. mais le dénouement tragique contracte cette durée par l'effondrement réciproque des adversaires. même si dans la scène finale il nous est évidemment impossible de distinguer laquelle est l'objet. Le virtuel devient alors le complément naturel de l'actuel. ils absorbent toutes les intensités affectives et les convertissent en capacités de voyance et non plus en activités. L'image virtuelle absorbe toute l'actualité du personnage. d'intensité insupportable. Supprimer un à un les exemplaires virtuels assure la durée de la scène finale. Cette inhibition de la perception prolongée en action est au fondement de l'émergence.

pourquoi ne pas considérer la vérité. je ferai l'hypothèse que l'expérience des images actées. De la conformation des fonds sousmarins à la vitesse du vent. Cette vision ne dépasse qu'en apparence le conflit entre subjectivisme et matérialisme. Rejoignant des vues antérieures développées dans Logique du sens. de manière inédite.. "son devenir" et sa définition perceptuelle. s'exprime alors dans le passage audelà de l'apparence. La vérité. composer le voir avec le mouvoir. dans un sens. ses projections s'éteindraient aussi. invisibles.. et complexe. Définir l'objet comme l'ensemble de ses projections tend à confondre appréhension perceptive et manifestation objective. surgit alors comme la preuve de la réussite de l'opération modélisatrice. De multiples travaux de modélisation physico-mathématiques concrétisent cette exsudation de l'apparence à partir des modèles. ne favorise que superficiellement le relativisme.] la vérité traversait une crise définitive" et "tous les centres [.] s'écroulaient"[112]. et de manière plus restrictive. où le simulacre est défini non pas comme une copie dégradée mais comme ce qui interdit de discerner la copie de l'original. explique-t-il. Waves d'Alain Fournier[115] en est certainement l'un des premiers exemples aussi parlant. c'est dépasser. La vérité visuelle. L'idée de Godard selon laquelle les meilleurs films de fiction sont les documentaires sur leur propre tournage s'applique naturellement à l'univers de l'image actée puisque chaque scène contient explicitement ses logiques scénographiques .Crise de la vérité L'éloge des puissances du faux s'accompagne d'un joyeux constat de la relativité de toute référence stabilisée. Au contraire. Michel Serres et ses considérations sur le XVIIe siècle. qui offre la vision d'une plage en images de synthèse obtenues par modélisation physique du mouvement de la houle animant d'innombrables gouttes d'eau formant l'étendue maritime. c'est cela qui n'est ni vérité ni apparence"[114]. Dans la sphère des images actées. Définir l'objet par l'ensemble des perceptions qu'acquiert un observateur situé à l'intérieur.. ou plus précisément dans la synthèse de l'apparence à partir de la morphogenèse de l'objet. avec Welles. . logiques que le spect-acteur doit découvrir et pratiquer pour. unique comme scène et multiple comme perspectives réglables.. En déduire une crise définitive de la vérité est discutable. Gilles Deleuze affirme : "Les perspectives ou projections. Sans prolonger cette controverse récurrente. ou plutôt une vérité expérimentale et non axiomatique. elle-même. c'est une conception qui assure à la fois la mutabilité de l'objet. Si l'objet "unique" n'existait pas. qui se présentent comme "métamorphose d'une seule et même chose en devenir". etc. droites. comme multiple. viennent à l'appui : "Y a-t-il un centre quelconque ou pas du tout ?" Et Deleuze d'ajouter : "[. La vérité ne se situe pas au pôle opposé à celui de l'apparence. Ce faisant. tout y est simulé pour recréer l'apparence visible d'une mer parcourue par des vagues. ellipses. c'est ce qui partage l'apparence de l'essence (dans la formule cartésienne classique). des phénomènes d'écrêtage de l'écume à l'amortissement des ondulations. le regard devient méta-regard (regard qui observe ses propres opérations pour deviner ce que dissimule la surface visible et comment y accéder). Elle en devient un bénéfice secondaire. Offrir le réglage de l'observation et de l'activation du modèle au spect-acteur. Le cinéma de Welles redécouvre le mouvement perspectiviste et la perte de la notion de "centre". le point de vue est constant mais intérieur aux objets. cercle. c'est le regard qui se redéfinit : non plus appréciation d'une surface mais recherche des dimensions cachées. Mais faut-il opposer vérité et apparence ? Plutôt que de concevoir les projections multiples comme ce qui altère l'idée d'une vérité unique. L'image devenant méta-image (image qui contient et explicite ses principes de construction). un cadeau "de surcroît".. qualifié de "siècle baroque". l'opposition entre dispersion des références et centralité de l'espace d'observation. d'une scène. ces dimensions méta-scopiques s'assèchent et le regard se conforme alors à ses habitudes séculaires non-interventionnistes). nous verrons plus en avant qu'on peut considérer que la "vérité" fait dériver l'apparence du modèle. Le perspectivisme de Welles ne se définit plus alors "par la variation des points de vue extérieurs sur un objet supposé invariable (l'idéal du vrai serait conservé)". dans celle des simulations réalistes. D'où l'allusion à la géométrie projective : l'œil au sommet du cône donne des "projections".. "L'objet n'étant plus à la limite que la connexion de ses propres métamorphoses"[113]. (Précisons que lorsqu'on observe Waves par le truchement d'un film vidéo.

que servir d'analogie pour appréhender la perception. enveloppe ou réfléchit le réel : il y a <<coalescence>> entre les deux. Et c'est bien ainsi que Deleuze le conçoit lorsqu'il énonce : "En termes bergsoniens. en complète autonomie. Il semble que Deleuze nous invite lui-même à dépasser le stade du miroir. l'objet réel se réfléchit dans une image en miroir comme dans l'objet virtuel qui. Dans l'un de ses derniers articles publiés. transparence (vitre. dans l'ancien moule de l'image enregistrée.). la découverte bergsonienne concernant la temporalisation. tout au plus. La référence de Deleuze à l'optique doit être discutée plus finement. car il serait injuste de lui attribuer un usage naïf de l'optique physique. on le sait. une imprimante. sur une gamme de combinaisons dans le temps beaucoup plus vaste que l'optique. Séparer l'image de son support pour la faire vivre.est trompeuse. avatars. actuelle et virtuelle"[121]. aujourd'hui. une carte postale s'animaient. On peut d'ailleurs noter qu'outre le miroir. De même l'objet dont il est question chez Deleuze. une photo. Un autre exemple me vient à l'esprit de ce qu'on pourrait appeler. inscrit sur le papier la trace de sa visite furtive à la Vénus au miroir de Vélasquez en lui fournissant le témoignage irréfutable de sa présence dans le tableau. Ce concept d'<<objet>> nous fait quitter l'ordre optique qui ne peut. quitte à ce que l'image actuelle revienne dans le miroir. versus de l'image virtuelle du miroir à l'avatar virtuel La ligne d'analyse de La dame de Shanghaï. et à le capturer. dessinant ainsi une parabole de tous les mouvements qui affectent l'image numérique aujourd'hui. prenaient de l'indépendance et passaient dans l'actuel. le stade acté de l'image. à leur manière.. Mais l'analogie[119] avec les images virtuelles de l'optique -ou du numérique. la distinction du virtuel et de l'actuel correspond à la scission la plus fondamentale du Temps. Cette installation rend compte à merveille du sens profond des images actées -dont on rappelle qu'elles enchaînent pratiquement les visions aux actions. Peut-on mobiliser ce couple virtuel /actuel en regard des dernières générations d'images et spécialement des créatures virtuelles (modèles simulés.. Il s'agit du dispositif Watch yourself.B . Il y a formation d'une image biface. les métaphores techniques qu'utilise Deleuze relèvent très souvent de milieux de type optique : cristal (et cristallisation comme mouvement de développement du cristal). "Actuel" est évidemment un terme temporel et non pas spatial (et c'est toute la portée des technologies de Téléprésence que de tendre à fusionner. etc. dans une relation avec une spectatrice. film qui illustre parfaitement. la recomposition de l'espace perspectif : multiplicité de scènes. quant à elle. à l'acteur du film de Woody Allen. Son commentaire conviendrait à merveille à La rose pourpre du Caire. Et logiquement il rappelle avec insistance. L'effet est majoré par l'emprunt à des classiques de l'art pictural qui avaient déjà exploré. fenêtre. mélanges d'animation actuelle et de modèles stockés comme dans le clonage virtuel[117]). Deleuze revenant sur le statut de l'image et de l'objet virtuel. miroir. L'optique géométrique ignore la temporalité. clones) ? Ce genre d'images joue. ces deux qualités). S'il doute de la réalité de ce voyage. eau vive (le flux vital). amorphe du sens commun). cette fois. écrit : "Les images virtuelles ne sont pas plus séparables de l'objet actuel que celui-ci de celles-là. n'inclut pas "l'actuel" dans son vocabulaire et lui substitue les notions d'image et d'objet réels. Véritable machine à transporter le spectateur. . "Dans tous les cas. tout au long de son livre. Les images virtuelles réagissent donc sur l'actuel"[118]. distribuant les valeurs vie/mort sur le couple virtuel/actuel s'harmonise parfaitement à l'opérateur instantané qu'est le miroir. reprise actuelle de modèles sédimentés par des expérimentations antérieures.De L'image-temps aux concepts de l'image actée. suivant un double mouvement de libération et de capture"[122]. propulsé par les technologies numériques. il s'agit plutôt de souvenirs et non pas d'images objectivées. Lorsque Deleuze parle d'images virtuelles. c'est plus la perception actuelle qu'une entité matérielle indépendante (l'objet inorganique. simultanéité. Toute son analyse de la virtualité repose en fait sur cette conception temporelle. Et il image le processus : "C'est comme si une image en miroir. parce qu'elle travaille les opérations temporelles de manière plus mobile (contemporanéité. spatiale par construction. faire passer le présent et conserver le passé"[120]. ce dispositif incorpore l'image du visiteur dans les ouvertures du tableau (fenêtres. C'est pourquoi l'optique physique. enregistrement.en révélant le dédoublement spéculaire du regardeur qu'elles induisent. de Tim Binkley[123]. voilà ce qui advient. eau gelée)[116]. de son côté et en même temps. un miroir numérique.

Viser la vie et non la vie des signes (de l'écriture). ce lien. ce surgissement d'un milieu médian. à concrétiser une forme de cristal (bien que le circuit court perception/souvenir se manifeste aussi. . devenir acteur du spectacle et spectateur de ses actes. regarder le tableau à partir de son intériorité. plus. Par exemple. on peut faire jouer l'analogie avec cet échange virtuel/actuel afin de décrire le mouvement de l'image. puisqu'alors. se compose un espace propre de vie qui ne saurait être appelé à fusionner avec un flux vital supposé premier et essentiel. à la doubler authentiquement. personnalisée. c'est-à-dire doter les images de qualités décalquées de celles des objets. tel est bien le programme de l'ingénierie informatique. le modèle de l'arbre que l'on fait croître par simulation contient. alors cet ajustement est génétique. Il découle des liens structurels entre image et action. voilà une critique cinglante de la médiation. fait apparaître ce que voient les personnages dans le tableau. Mais dénier l'espace propre de la représentation. mortifiée et l'écriture. jusqu'à les doter d'une quasi-vie artificielle[127]. mais qui demeure caché pour le peintre. outil. se dispenser d'une telle exigence.incorporation de plans décalés. Ici. de conversation. de coopération. cinéma) qui maintiennent. abaissée. précisément. "la vision est prise ou se fait au milieu des choses"[124]. quant à elles. à travers les combinaisons qu'elle tire. car elle sent que pour la première fois elle est arrivée au but. révéler le paysage à lui-même grâce à sa description.. ou le film) tout en affirmant la vanité et l'agressivité mortifère de ce "moyen". Le contraire de la <<névrose>> où. s'il y a moyen. La métaphore du miroir incite à postuler une telle solidarité. lorsqu'on négocie avec ces hybrides image-objets).. un ajustement sensori-moteur génétique Deleuze : "L'écriture a pour seule fin la vie. Cette méfiance à l'égard d'une écriture qui viserait un espace propre d'existence est contradictoire à une motivation que Deleuze exprime distinctement à de multiples reprises : fusionner la représentation et la réalité pour donner naissance à un couple représentation/réalité qui acquiert ainsi un surplus d'énergie. mais comme instrument mobilisé pour rejoindre la vraie vie. le regard du visiteur qui est piégé. et c'est un bond de joie. qui ne saute jamais. thème récurrent de la fenêtre présentant l'ailleurs de l'image dans le cadre même du tableau. Comme l'écrivait Merleau Ponty. faire coïncider la description et le paysage. truchement. une certaine autosuffisance à coaliser l'actuel et le virtuel. là où elle comprend qu'en jouant avec la vie et le devenir elle avait eu affaire à trop forte partie"[126]. Ce qui fait discussion. Plus généralement. c'est une critique de l'opération médiatrice symétrique à celle consistant à souligner son incapacité à décrire fidèlement la réalité. ne soit qu'un hasard dans son siècle. Nietzsche vient à l'appui : "Il semble parfois que l'artiste. l'ajustement des mouvements sensori-moteurs et de la perception optico-sonore se réalise de lui-même. fait un bond unique. par construction. Or. L'image-objet ou le virtuel dissocié de l'actuel L'échange virtuel/actuel. il en fait partie. de se prendre elle-même pour fin"[125]. parfois. et en particulier le philosophe. tout comme la référence à toutes les techniques d'enregistrement (photographie. À son apparition. à condition qu'on leur reconnaisse un niveau supérieur d'autonomie. Devenir toujours plus vivant. le paradoxe consiste à rejoindre la vie par le truchement de son soi-disant autre (l'écriture. Il s'en suit que l'autonomie revendiquée de l'écriture ou de l'image ne vaut plus pour elle-même. ni pure image et dont l'artificialité ajoute de nouvelles dimensions à nos compositions perceptives. Les images-objets mues par la modélisation numérique peuvent. la nature. S'il s'agit bien d'image-objets existants comme telles dans un processus d'usage. affirmant ainsi un nouvel âge de l'image. c'est le mouvement symétrique (l'image actuelle doit revenir dans le miroir pour remplacer l'image virtuelle qui s'est autonomisée) comme si une solidarité devait être maintenue à tout prix entre image actuelle et virtuelle. et le retour futur.actée. La présence du miroir dans le tableau (comme dans les fameuses Ménines). Ici. la vie ne cesse pas d'être mutilée. ni pur objet. dans certains moments de flottement. Par là s'affirme une propension à animer les récits de l'intérieur de la scène : pénétrer dans l'image. affirmation qu'il faudrait compléter en ajoutant que ce programme va. Dans ce cas. d'autonomie et qui le transforme en puissance quasi vivante. mouvement considéré comme processus d'autonomisation croissante de l'image. de manière ironique. C'est ce qui nous passionne dans l'image actée. L'image-objet. C'est l'espace créatif propre de la médiation qui est alors dévalorisé. ce serait la sortie de l'écran. c'est.

l'action prolongeant l'image. à juste titre sur le plan scientifique. On pourrait conclure qu'il ne s'agit là finalement que d'une image-mouvement. Et de l'autre. Ce serait la course poursuite incessante entre l'image actuelle et l'objet en retrait (le modèle) qui manifesterait ce cristal qu'on peut nommer image-modèle. L'image actée relève donc à la fois d'une saisie imaginaire. d'une part et les figures numériques actives. mais perception dans l'image actuelle d'une incomplétude renvoyant à une image-souvenir lancée à la recherche de l'objet. Le faire croître sur l'écran. les uns étant causes des autres. on peut caractériser l'image actée comme à la fois noématique et haptique (de haptein. c'est agir et actualiser ainsi le modèle qui va développer sa forme finale. interprétative et d'une saisie physique. Elles sont devenues le lien sensible. toucher en grec)[128]. Répudié. comme dirait Merleau-Ponty). non plus coalescence de l'actuel et du virtuel. Ces situations d'immersion engendrent. l'image actée est aussi soumise aux variations imaginaires -à la corrélation.d'un nouveau type.). telle que la définit Deleuze. toujours perçu. de l'autre. audition et action est restituée. mais présent en surplomb et dont on "ressent" la présence à travers toutes ses actualisations. qu'on ne peut appréhender par l'expérience et qui se tient en retrait. immergeant l'acteur. le caractère "artificiel" -techniquement produit. comme une perception sublimée et indéterminée.par principe. pour modeler la perception. s'incarnerait assez bien dans les simulations interactives classiques (Conception Assistée par Ordinateur. entre la noèse-haptèse (le corps sensible de la phénoménologie : voyant parce que se voyant voir. interventionniste. car en suivant la conception imaginée par Husserl. par l'optique physique. simultanément. L'image se poursuit alors en mouvements. une application attentive. En radicalisant le propos. non totalement exprimable. Image-souvenir et Réalité Virtuelle L'image sensori-motrice. car ce qu'elle vise n'est plus un objet réel mais un modèle protéiforme.par lesquelles nous exerçons notre perception. Décrire ce processus consiste à noter les enchaînements de gestes -réalisés grâce aux interfaces. l'écran étant brisé. jeux vidéo.). ne serait-ce qu'à travers le rituel inaugural de l'ajustement des interfaces (casques. etc. la mobilité naturelle qui relie vision. On dira que l'origine de ce cristal c'est ici le modèle mathématiques. eux partiellement. la mise entre parenthèse du monde objectif. l'image-souvenir. les décisions préalables des agronomes qui ont élaboré ce modèle.de l'univers est. d'autres réclament une pensée de l'usage des interfaces. Et c'est par elles que nous touchons et transformons les images actées. Ces deux catégories de sensations agissent comme deux couches parallèles. une double perception. Les visions/auditions/préhensions d'objets dont les images flottent dans l'espace font signe vers un univers onirique fait d'actes et de sensations mémorisés (image-souvenir) mais qu'on mobilise pour identifier et animer ces objets-images (image-action). fonctionnant dans les deux sens. prendre. véritable sas de passage vers l'immersion. au sens de Deleuze (image prolongée par des actions). le faire fructifier. Certains gestes et activités perceptives automatiques -pointant vers les images-souvenirs indéfinies et mobilisables. D'une part. en effet. Mais on peut tout aussi bien considérer que c'est l'inverse qui se produit. Invisible. invisible comme la source réelle/virtuelle du visible et de l'expérimentable. dessiner les ombres que ses branches projetteront au sol. (Noématique. . qui sur l'écran. L'image-souvenir doublerait ainsi en surplomb l'image-action. Dans le cadre de l'expérience de la "réduction phénoménologique" -la suspension. on dira que l'univers de l'image actée appelle naturellement la "réduction phénoménologique"). le "rayon visuel" s'est finalement concrétisé dans nos interfaces modernes. en actions mais demeure une image frontale. traduiraient. En fait l'indécision qui en résulte laisse entendre qu'il pourrait s'agir d'un cristal -pour reprendre l'expression de Deleuze. fait face à l'interactant.qu'on accomplit quotidiennement sans y penser sont ici accomplies avec la même facilité. par interfaces interposées : cette double détermination en constitue la singularité en regard de toutes les autres formes d'images.il s'agit bien de remonter de l'objet donné aux principes qui le constituent. gants. On connaît la théorie antique de la vision. Objet qu'elle ne peut atteindre. En résumant à l'extrême.et d'actes de vision. etc. Les environnements virtuels. celle du "rayon visuel" émis par l'œil et qui va ausculter la réalité pour ramener à la rétine des informations vivantes sur le monde ainsi touché (au sens propre)[129].

comme dans les Téléprésences virtuelles où un exo-squelette situé dans l'espace interplanétaire double un opérateur à terre. qu'elle se déplace avec lui. Immergé dans l'univers virtuel. sur des avatars virtuels. pour la première fois. de l'attention disponible. le départ et le retour. cher à Deleuze.agent. doté d'une vie propre. le sentiment de présence/absence à soi se moule totalement sur le dispositif. l'opérateur se voit sous la forme d'une silhouette doublant ses mouvements. qui se tiennent en . dans les situations de transports (téléphone. et ne nous appartient plus totalement. déplacement d'espaces plutôt que déplacement dans l'espace. sensation du retour. Le "souvenir pur" bergsonien devient le modèle comportemental de la scène. Les sensations physiques sont perçues de manière corporelle. construite. par exemple). le cristal présentiel s'illumine. conserver le passé). Le cristal "présentiel" On se propose ici de faire jouer cette notion de cristal actuel/virtuel sur la thématique de la présence à distance. Lorsque l'ici télescope l'ailleurs. sur un autre soi-même. impalpables. Le canal que ces appareillages imposent à la perception complexifie donc les mouvements décrits précédemment.C . mais grâce à la médiation visuelle d'un spect-agent. perception de l'évasion. à chaque instant. le spect-agent réalise une augmentation motrice aussi bien que cognitive (déplacement par la vue ou la voix. Elle s'adosse à l'opération temporelle qui définit le sentiment de présence : allerretour entre évasion hors de soi. quant à elle. Il éprouve à même son corps. perception des flux aérodynamiques simulés s'écoulant autour d'une navette spatiale modélisée). écart manifesté dans et par un dispositif de transport. Cette auto-perception s'opère à distance de soi-même. que nous avons nommé spect.Image-temps et image-présence : l'hypothèse du cristal "présentiel" Le concept d'image-cristal est. la composition chimique des rapports action/perception musculaire/interprétation se modifie. Ce plus petit écart entre l'ici et l'ailleurs serait ce cristal où actuel résonnerait avec ici et virtuel avec ailleurs. il est "rafraîchi". Le cristal temporel deviendrait ici le plus petit circuit de déplacement de présence. telle est l'originalité de ces déplacements.). dans un réseau par exemple. instrument d'extraction de l'apparence à partir de la forme. Avec le retour d'effort du virtuel sur le réel. la sensation que notre image se glisse dans les formes d'un avatar constitué par les moyens de l'informatique. Si le transport est physiquement instantané. Les dispositifs de transport canalisent ces mouvements en capturant à leur profit une part. solidement articulé à la conception bergsonienne du temps fondée sur le dédoublement qui. Une part seulement.en s'enroulant sur elle-même. par exemple. La présence physique est dédoublée en présence actuelle (corporelle?) et image-objet de soi. Or la présence à distance est aussi un jeu avec le temps. et une part seulement. invisibles. fait passer le présent et conserve le passé. on substitue l'appareillage de téléportation (transport instantané des signes de la présence à distance. et non pas reflet passif. Se percevoir percevant. Cela reviendrait à postuler l'unicité phénoménale de la présence et par conséquent faire sienne une définition purement spatiale de la présence. les effets d'un déplacement dans les lignes de flux de l'écoulement aérodynamique. une vague en rouleau qui se déplace -et donc permet l'oubli. ces expériences ouvrent au dédoublement spatial. une forme d'ubiquité réelle. car rien ne permet de supposer que. etc. D'où un dédoublement présentiel dans la problématique de la dissociation du temps (faire passer le présent. c'est hybrider les vagabondages ordinaires du flux représentatif aux voyages outillés par les technologies. Comme si le spect-agent percevait et nous transmettait instantanément cette perception : dédoublement réel de présence. espace d'interaction sont organisés par des modèles abstraits. laquelle provoque une nouvelle évasion construite sur la perception du retour et tout ceci dans un mouvement perpétuel. Concrétisant. reliant ainsi l'objet réel et son image virtuelle. En regard du sujet humain réel. communication par réseau. Au miroir. la perception de l'instantanéité est. Altération des objets. Cette perception se constitue dans les circuits reliant l'action et la réponse. forme de présence du sujet. non plus seulement audiovisuel mais proprioceptif. On définirait le cristal présentiel comme le plus petit circuit reliant présence et départ. S'engager dans un déplacement partiel de présence. rappelons-le. la plus faible perception d'un écart de soi à soi. le spect-agent. image de soi à distance. Ici le passé ne passe pas.

telles que certaines œuvres en Réalité Virtuelle. contemporain du présent lui-même. notre attention sur le fait que l'échec de la reconnaissance attentive est souvent plus riche que son succès[132]. Cette augmentation de liberté. compossibilité À propos de la crise de la vérité dans ses rapports au temps et donc aux bifurcations irréversibles du passé. de l'autre. aussi bien accolé qu'un rôle à l'acteur"[130]. L'exemple matriciel de cette situation cristalline serait la vision d'une image de soi dans une situation de Téléprésence virtuelle : partie de son propre corps qu'on aperçoit dans le casque de réalité virtuelle lorsqu'on baisse la tête. Paradoxe. désir et projet constamment revendiqués par Deleuze. On pourrait proposer une analogie -un peu forcée. sur un plan esthétique. lieu. par l'intervention humaine. Le philosophe allemand affirme que les deux possibilités peuvent se concrétiser simultanément. certaines situations privilégiées de transports concrétisent le cristal présentiel. et celui qui enchaîne. "le prolongement sensori-moteur reste suspendu". comme Ménagerie. Cristal actuel/virtuel. Elle rallie des éléments virtuels. (J'ai en vue. ou ne pas avoir. Demain. Cet échec coupe les amarres de la reconnaissance et la rend mobile. ubiquité. Si certains films rendent manifeste le cristal temporel. c'est l'image virtuelle. Deleuze attire. des environnements qui interprètent. les troubles et les échecs de la reconnaissance constituent "le plus juste corrélat de l'image optiquesonore"[133]. déjà-vécu) ne fait que rendre sensible cette évidence : il y a un souvenir du présent. c'est nous-mêmes qui prolongeons la perception en action et l'action en perception. une réminiscence (on ne sait si l'événement s'est réellement déroulé.entre le mouvement qui relie les images-souvenirs aux images purement virtuelles qui "n'ont pas cessé de se conserver le long du temps". Là. disponible pour toutes sortes de voyages reliés à une grande variété d'autres souvenirs virtuels. Deleuze se réfère à Leibniz et à sa notion de "compossibilité". Ce souvenir dédouble en permanence la perception actuelle et le souvenir immédiat virtuel (passé immédiatement accolé à la perception actuelle). Cet événement s'est-il déroulé avant ou après celui-ci ? Ou en même temps ? La série temporelle peine à se dévider. transport et cristal "présentiel" "Le présent c'est l'image actuelle. la bataille peut avoir. mais on ne sait de quoi. mais pas de manière figurée comme au cinéma où seuls agissent les personnages incarnés sur l'écran. c'est la reconnaissance temporelle qui échoue à se maintenir distinctement. forment l'espace des possibles et constituent la source des images actées. "sentiments de déjà-vu". peut-être. la série d'images numériques avec leur modèle abstrait. Avec les images numériques interactives. C'est un souvenir. silhouette de soi découpée selon la forme du costume-capteur qu'on a revêtu et qu'on découvre sur une surface réfléchissante ou encore reflet de soi-même surajouté à l'image virtuelle dans certains dispositifs en cours d'expérimentation. Le souvenir d'un enchaînement précis se trouble et va rejoindre les autres impressions détachées de leur contexte. Selon Bergson. ici. L'image-présence se prolonge en actions. peut-on en trouver trace dans l'image actée ? Dans cette perspective. mais pas dans .[131] d'une part.retrait. Le dispositif de transport est aussi essentiel au cristal présentiel (mais peut-être pas suffisant. non plus dans un circuit (perception/action ou actuel/virtuel pour l'image-temps) mais dans un cycle (action/interprétation/perception/action). dont il sera question plus loin). l'image en miroir. nous le verrons) que le dispositif cinématographique et ses "images optiques et sonores pures" l'est au cristal temporel de Deleuze. la <<paramnésie>> (illusion de déjà-vu. par ailleurs. si on l'a rêvé ou encore si on l'a déjà imaginé). il s'agit d'image-présence et non plus d'image-mouvement ou d'image-temps. En effet lorsque cette reconnaissance ne parvient pas à rejoindre l'image-souvenir. Les cercles concentriques qui joignent les niveaux croissants de virtualité aux profondeurs croissantes de l'objet (Bergson) s'expriment alors sur un mode non plus seulement temporel mais aussi spatial : déplacement dans l'espace et par conséquent dans le temps. de passé non situé. et son passé contemporain. non totalement visible parce qu'incluant toutes ses actualisations possibles. ces déplacements de présence. Plutôt que l'image-souvenir ou la reconnaissance attentive.

ou parallèles. surcharge le présent d'un passé spectral "compossible". inscrivent des déplacements d'existence. prennent la forme de ces souvenirs dont on ne sait s'ils réfèrent à des événements réels. dans un autre. au même moment souhaiter rencontrer le détective devant la grande serre du jardin des Plantes.. On pourra.sont possibles. Lequel met en jeu une autre forme de transport interne. On l'attend d'emblée . renvoie à "une nature physique innocente.le même monde. le cri des révoltés"[140]. entre souvenir et reconstitution imaginaire. à la limite. mais dans l'un des passés possibles.. et ses "futurs contingents" prenant forme d'une "pyramide de cristal" où "dans un appartement. Elle .alors il réintègre la pluralité des déroulements possibles comme formant l'unité de sa composition. L'image actée. pour certains contradictoires entre eux. La force corruptrice du sens commun contenue dans la proposition de Borges provenait précisément de la linéarité du texte. Les bifurcations qui spécifient les différentes versions -on décide de continuer la promenade sur les quais de la Seine plutôt que de pénétrer dans le jardin des Plantes. s'accouple à la séquence observée. celle qu'on a refusée. et de l'intertitre qui est lu (seconde fonction de l'œil)". mais pas "compossibles". Le déroulement de l'action qui résulte d'une décision contient son autre. contradictoires. Le moment de la décision inclut alors une réédition future possible de ce choix dans une reprise du récit. la tendance à établir le primat de la vie sur la médiation -langagière. L'image muette peut "nous faire voir. indirectement. il est inscrit dans le fonctionnement du récit. puisqu'elles deviennent alternatives."[135] ou de rappeler. On peut préférer suivre la fille sur les quais de la Seine. le Théodicée. dit-il. Gilles Deleuze insiste d'abord sur la naturalité de l'image purifiée de la présence langagière. et non pas. Dans certains exercices de narration interactive."[139]. On pourrait dire qu'alors le temps se fractionne. non seulement il conserve le passé et fait passer le présent.. Mais avec une différence de taille. manifeste un déplacement de présence qui double et affecte la perception de la séquence préférée. Plusieurs développements d'un même germe. dans une note.. comme cumul des affects provoqués par sa perception[137]. L'adjonction de l'action à l'image sonore Le passage du film muet au film sonore on le sait. Si on postule une telle définition du récit interactif -qui ne fait que prolonger une définition classique du récit textuel ou filmique. dans un autre. à terme. Si bien que le récit se densifie de ces bifurcations non suivies qui. mais de plus. laquelle soulignait le paradoxe de l'ubiquité. Elle nous confronte à d'autres occurrences pouvant toujours doubler celle qui a été choisie. de Leibniz. constituent un récit fantôme et."[136]. "Ce que le parlant semblait perdre. est incontestable. Mais la perte d'énergie en regard des évocations à la Borges.ne sont plus compossibles. telle une ombre. dans ce casallant jusqu'à désavouer l'espace propre de celle-ci). L'image sonore. comme une séquence imaginée qui. Et d'appeler Borges à son secours : "Vous arrivez chez moi. simultanément. a bouleversé le cinéma.. Les récits actés prolongent le genre.. ils font cœxister plusieurs récits. à une vie immédiate qui n'a pas besoin de langage. Sextus ne va pas à Rome et cultive son jardin à Corinthe. indépendants. rééditer le choix et rentrer cette fois-ci dans le jardin. rêvés ou imaginés. le paradoxe est dissout par le principe même du dispositif. nous fait sentir l'action. bien sûr. de même que. L'existence spectrale dans cette autre séquence possible. la même. Deleuze propose d'aller au delà de cette distinction des deux mondes et écrit : "Car rien ne nous empêchera d'affirmer que les incompossibles appartiennent au même monde"[134]. L'adjonction actuelle du geste à l'image de même que la mise en interaction du récit ne présentent-elles pas quelque analogie avec cette première amplification perceptive dont a été sujet le cinéma ? à propos de la sonorisation du cinéma. vous êtes mon ennemi. À moins d'en appeler à une autre conception du récit où celui-ci devient la somme de toutes les itérations effectuées cumulant des expériences actualisées dans les cheminements suivis et totalisant les transports mentaux ainsi provoqués. Avec le récit interactif. Ces deux mondes -dans l'un la bataille a lieu et dans l'autre. D'où l'idée que l'intertitre langagier exprime une loi alors que l'image visuelle sauvegarde le naturel. rappelant l'indiscernabilité souvent éprouvée dans la psychanalyse. nous met en présence. et la toute-puissance du montage"[138] et : "L'image muette est composée de l'image vue... il devient roi en Thrace. mais aussi. ajouterons-nous. c'était la langue universelle. non. La "compossibilité" des versions du récit est une ubiquité du sens. mon ami. d'une virtualité. Mais c'est une autre expérience. (On retrouve le thème "vital" récurrent.

l'action sur l'image exprime le mouvement interne aux composantes de la scène. Une vision chirurgicale se construit. ou plutôt précise Deleuze. Une réalité s'annonce qui ne dévoile jamais totalement ses prolongements. La poursuite des zones activables dans les mises en scène d'images actées (des jeux vidéo aux œuvres de l'art numérique) manifeste la présence muette d'êtres invisibles mais actifs : pouvonsnous faire croître l'arbre. ou le sound surrounded. car l'action dans l'image nous fait affronter le non visible. Cette interaction est guidée par les sujets réels qui règlent les mouvements de leurs avatars. il le "restitue"[141]. L'écran -au sens littéral d'un masque. qu'on se demandera toujours ce qu'ils sont devenus après qu'ils auront disparu de notre champ de vision ? Gilles Deleuze écrit : "Le son n'a pas d'image". Il transforme l'image visuelle. Mais elle est aussi prise en charge par des règles comportementales internes gouvernées par des programmes automatiques. permet d'enchaîner sur d'autres scènes. Elle ne se réduit pas. ces programmes assurent. interactive) dès qu'elle met en scène les relations entre les avatars présents dans l'univers virtuel. Aurat-on suivi le vol d'oiseaux qui s'enfuient. opérations que la Conception Assistée par Ordinateur. Mais le son provient du centre de l'image visuelle. Certes cette opacité est trouée à certains endroits. Avec le cinéma parlant.révèle les dimensions abstraites de la perception. allant jusqu'à représenter visuellement des graduations d'intensités relationnelles[144]. et bien d'autres formes d'imagerie numérique nous ont déjà habitués à décrypter. dégagée de cette naturalité première se met à exprimer les "interactions humaines"[143].support de l'image actée opacifie toujours une réalité sous-jacente. la visualisation automatique de relations telles que l'affinité entre avatars et objets ou entre avatars eux-mêmes. Avec l'image actée. par exemple. ce qu'autorise le multifenêtrage ainsi que toutes les formes d'affichage mixant la vision de la surface et de l'intérieur des objets . serons-nous assaillis au coin de la rue si nous poursuivons ce chemin ? Cette quête s'exprime dans toute sa plénitude avec les premières expériences visuelles de communautés virtuelles et dans certaines recherches sur les déplacements virtuels dans les univers coopératifs de travail."[142]. L'œil au bout de la main caresse la surface à la recherche du moindre frémissement révélant une cavité. elle-même qui devient une composante de l'image (déjà sonore. mais aussi terriblement incertain. sonde les zones prometteuses. L'attention sélective et toutes les opérations qui objectivent des mouvements subjectifs d'ordinaire latents sont graphiquement et dynamiquement inscrites. prolongeant la stéréophonie. c'est l'interaction sociale. Elle devient une sociologie interactionniste. là où précisément un cliquage. D'où l'importance et la récurrence des thèmes de la rumeur (qui passe entre les personnages et les constitue. le cinéma ne le "représente" pas. car elle n'est pas spatialisée. dissimuler le héros derrière ce mur. on l'a remarqué. le sonore est entendu comme "une nouvelle dimension de l'image visuelle. c'est l'interactionnisme qui devient un cinéma parlant. Agir dans l'image. la Réalité Virtuelle est la seule technique qui peut réellement spatialiser le son en le diffusant selon les mouvements relatifs des sources sonores virtuelles et du spect-acteur). au percement de la surface. les éléments qui peuvent être affectés par notre présence dans la scène. Malgré toutes les tentatives pour s'en approcher. colorée. Elle s'épanouit comme prévision des mouvements légaux et illégaux dans la scène. l'émission sonore n'est pas entendue dans les conditions naturelles. comme l'image projetée ou le son diffusé pour le cinéma. À ce moment-là. leur vie propre. espère (et craint peut-être aussi) une révélation. non pas seulement au sens de la perception d'une profondeur de champ (ce qu'assurait déjà la perspective). Laquelle ? Si la sonorisation intègre à l'image "une nouvelle composante de l'image". c'est à la fois très (trop ?) manifeste (on agit vraiment). non plus. Dans l'expérience de Téléprésence virtuelle collective DIVE.que l'action sur l'image est perçue comme une nouvelle dimension de l'image. . dans un mouvement paradoxal. l'interactionnisme devient une condition matérielle d'existence du média. Il s'en suit que l'image visuelle. C'est donc un nouveau régime de perception de l'image qui s'instaure incluant la capacité à deviner quels sont.. présentant et occultant simultanément les relations cachées entre les différentes phases du récit. plus qu'ils ne la propagent eux-mêmes) et de la conversation. à chaque instant. Que peut-on en conjecturer ? Par exemple -en reconduisant ce que Deleuze dit de la sonorisation de l'image. "il fait voir en elle quelque chose qui n'apparaissait pas librement dans le muet". par exemple. objet non identifié qui porte les acteurs là où elle les entraîne plus qu'ils ne l'alimentent. (Remarquons que..

pour lui. L'automaticité passe dans l'image actée. dans une voie suivie parallèlement par nombre d'artistes vidéastes. Gilles Deleuze aborde les "nouvelles images" (électroniques et numériques). une question lumineuse. en effet. mi-réel (réel. Et son analyse rencontre les automates. Que cet art puisse se développer de manière autonome ou en prolongeant des aspects inédits de l'image-temps. Il pose. non pas accidentellement mais essentiellement. une réponse : en déléguant le choix de poursuivre. mais plus essentiellement. dans une coopération et non . spécifique à cet univers. pour le pire et le meilleur. certes encore balbutiante mais néanmoins palpable. Vérifier cette effectivité est devenu la condition spect-actorielle. Ces prolongements ne sont pas effectifs de la même manière qu'avec des objets de première réalité. qui penserait à notre place et la référence à L'homme ordinaire du cinéma de Jean. Quelle serait la psychomécanique propre à l'image actée ? Elle s'établirait dans les liens entre action effective sur l'image. Il n'en demeure pas moins que cette poursuite est toujours potentiellement. L'automatisme y est "devenu art spirituel"[149]. car une fois de plus une épistémé s'articule sur une évocation d'une série précise de films. Comment. les images numériques actées lorsqu'il évoque le statut des images électroniques ? Ou n'a-t-il pas plutôt en ligne de mire les images vidéos. Rappelons que c'est encore Godard qui posait la question décisive. Mais que signifie psychomécanique ? Que le cinéma est lui-même un automate technique qui déroule mécaniquement la pellicule et que l'enregistrement est une opération automatique ? Sans doute. qui contient ses propres principes génétiques qu'elle négocie avec le sujet qui l'agit. des films à automates. perception de cette action effective et prolongement sensori-moteur naissant. en confrontation avec ce monde et doit trouver sa place par une série d'essais. Malgré une ouverture finale plus riche. On passe de l'automate psychologique à l'automate réflexif (comme le sont les programmes informatiques). mi-imaginaire. Son champ de vision privilégie. il n'envisage pas la nécessité de faire prendre aux concepts propres aux "nouvelles images" une distance non seulement spatiale mais aussi axiomatique. dépositaire d'un savoir sur son monde. et contient à la fois sa genèse et sa fin. Ils naissent dans un espace intermédiaire. tels que Le testament du docteur Mabuse. Nous penchons pour cette dernière hypothèse. on pourra toujours invoquer la scénarisation préalable de cette possibilité par le concepteur de la scène. Ou plutôt. appelant de ses vœux une "autre volonté d'art"[145]. D'où l'idée suivante : le cinéma est un automate spirituel. C'est dans cette voie qu'une analyse fructueuse des "nouvelles images" peut être poursuivie. C'est la scénographie qui se charge d'automatisme et c'est l'image qui devient active. à l'interactant. Entre les deux. demeure ouverte. se voit reconnaître une place. Je renforce le marquage. l'écran opaque. du cinéma : où commencer et où finir un plan ? Question à laquelle l'image actée apporte. concernant les images électroniques. perte du privilège de la verticalité. envisageable. Sauf dans cette formule. invitant à dépasser "l'inefficacité" dangereuse de l'information (sa toute-puissance fondée sur sa nullité) en posant la question "godardienne" : "quelle est sa source. d'échecs et d'ajustements. transformation de l'écran en surface opaque où l'information remplace la Nature). Alors que l'interactant entre. l'espace de l'image s'ouvre.Louis Schefer est explicite. où d'interrompre. ne lui apparaît pas distinctement. elle l'inverse. qualifier le régime de l'image actée ? Elle brise assez violemment ce mouvement de l'automatisme psychologique. selon lui. Certes. la question. "Psychomécanique" de l'image actée Lorsque le philosophe tente de définir. au sens de la constatation de l'effet des actes sur l'image). l'interactant. Ne plus les définir comme images mais comme intermédiaires entre image et objet. et non pas effectivement. sur un plan sémiotique. autonomie du visuel et du sonore. celui qui perçoit et agit l'image. et quel est le destinataire ? "[146]. voire psychologique. il le rapporte à "ses vertus automatiques ou psychomécaniques"[148]. ou Métropolis. alors. qu'on doit considérer comme psychomécanique. par construction. lui. il devient processus. Il ne s'en écarte que pour prendre en compte la matérialité de la surface d'inscription. incluant une spécificité humaine d'imprévisibilité. le cinéma comme "système des images et des signes prélinguistiques"[147].Sur les "nouvelles images" Dans la continuité de l'analyse des nouvelles figures de l'automate. le cadre formel de l'image (organisation de l'espace. psychomécanique renvoie au cinéma comme "automate spirituel". Le philosophe a-t-il en vue. À ce moment.

pessimisme. lequel. Les limites de l'analogie avec le cinéma Pour faire émerger la notion d'image-cristal. établit une correspondance entre la reproduction automatique (photographique et cinématographique) et l'automatisation des masses dans l'hitlérisme[151]. les situations optiques et sonores pures ont fait place à des situations sensori-motrices. par exemple. Ainsi. par exemple. et celui de la description de certains films ou scènes. L'analyse du récit filmique sert alors de vérification. de validation d'une thèse -et d'un désir. avec lequel on fuit pour entrer dans une réalité décantée"[150]. celle où l'on ne dissimule pas qu'on raconte des histoires. d'une "nouvelle race" d'automates. Celui du circuit actuel/virtuel (ou présent/passé ou encore perception/souvenir). L'exportation. les anomalies du mouvement deviennent essentielles. rappelle-t-on. scientifiques. que c'est la forme séquentielle qui engendre. didactiques ainsi que la télévision. on l'a vu. Un exemple : "la narration cristalline" opposée à celle de l'image-mouvement. Les personnages sont essentiellement "voyants". nous nous trouvons. plusieurs plans.est problématique. hors du champ cinématographique. par exemple. le philosophe fait sourdre le concept du film lui-même et l'utilise ensuite pour y entrer à nouveau : ". Dans la même logique surgit le thème de la fuite. Deleuze traite du cinéma. de la finitude de la fiction.. leur mouvement "peut tendre à zéro". La difficulté consiste à devoir faire abstraction de la fonction narrative. de traitement. Tout se passe comme si le circuit servait à essayer des rôles jusqu'à ce qu'on ait trouvé le bon. mais ces œuvres sont encore rares et embryonnaires. un nouveau Réel en ressortira pardelà l'actuel et le virtuel. catégorie dans laquelle il faudrait ajouter les films documentaires.qui court. Le passage à la deuxième phase du cinéma. par construction. flux vital) s'ajoute aux autres couches pour étayer l'analyse. Certaines indiquent assez clairement des directions. des genres cinématographiques sont sollicités pour indiquer le passage à l'ère de l'image-temps. L'indiscernabilité actuel/virtuel est exploitée ici pour recoller fiction et vraie vie. où les contenus sont métabolisés et viennent étayer les concepts. celle de "l'image-temps". du ligotage du récit. simultanément. quelque chose sortira du cristal. s'exprime dans l'émergence (et Deleuze cite aussi bien Alphaville de Godard que 2001 de Kubrick). plan de l'instrument théorique. Le cinéma n'en est qu'une région. L'image-temps naît. des travaux de Deleuze -ou d'autres discours sur des formes stabilisées comme la littérature. Dans La règle du jeu de Renoir. etc. narrations de scènes de films. d'où la référence à Walter Benjamin. pour faire court. avec l'image actée dans une situation expérimentale où le vocabulaire et la syntaxe se cherchent encore. Précisons. à la différence de Gilles Deleuze avec le cinéma. la narrativité du cinéma). on le rappelle. les images-mouvements sont rapportées aux automates d'horlogerie ou aux moteurs. pas de l'enregistrement visuel du mouvement ou des films en général. automates de régulation. nommée "organique"[153]. de la "fêlure" du cristal par laquelle on "s'épanouit librement". Le plan fixe est redécou- . Parallèlement. requis comme traductions/exemples des mouvements théoriques. qui nous porte à sortir du théâtre et entrer "dans la vie". pour illustrer la nature du cinéma d'après guerre. diluant le pouvoir dans des réseaux que des décideurs régulent au lieu de le faire converger vers un chef suprême[152]. sentimentaux (violence. rappelons-le. la vidéo.plus simplement une interprétation. quantité de questions. dans de multiples descriptions. Thématique de l'expérimentation des rôles. mais ne permettent pas de répondre clairement à la question : par quel genre d'histoires et de scénographies peuvent-elles nous affecter ? Indications pour une théorie de "l'image actée" D'où les obstacles qui se dressent si l'on veut mobiliser les concepts deleuziens dans l'univers des images actées. Le recours aux états affectifs. de ce que les images transmettent comme récit et dont Deleuze fait un abondamment usage dans son analyse des opérations proprement cinématographiques. Non pas qu'il n'existe des œuvres sur lesquelles étayer une analyse des concepts de l'image actée et de son rapport à la culture contemporaine. informatiques et cybernétiques. Deleuze sollicite. (Cette affirmation suscite. tout au long du livre : le récit doit rejoindre la vie dans une indistinction libératrice. Dans la narration "cristalline".. bien entendu. c'est-à-dire où l'on se libère du corset des représentations. Et Deleuze étaye son analyse en renvoyant à une opération proprement cinématographique.

par exemple. ou indépendante de ce souci. Instinctivement. une forme image pure qui tendrait à rejoindre celle qui apparaît dans l'espace magique. Plus que d'un "devenir" objet de l'image -formule qui pourrait convenir aux images enregistrées. de la coupe ou du plan fixe ? C'est dans la scénographie de l'expérience interactée qu'on doit les rechercher.. Quelles seraient donc les outils appropriés à l'analyse des cadres perceptifs et affectifs propres aux modèles numériques actés ? Où trouver l'équivalent du miroir. qui me servira de conclusion. Ménagerie[156] de Susan Amkraut et Michael Girard en est l'une des démonstrations artistiques parmi les plus convaincantes. une forme dotée de pouvoirs. car la continuité narrative elle-même s'est évanouie. par exemple lorsque s'ajustent des espaces libres de navigation avec des contraintes prescrites par le programme. résonnant. tout comme les faux raccords (Dreyer)[154]. Avec l'image actée. exprime et fait partager l'expérience d'une ubiquité réelle. illustre assez bien cette hypothèse.. pour la première fois peut-être. les fantasmes. Une proposition artistique. parce que l'image numérique actée est construite à partir d'un principe d'opérativité. Au-delà d'une indistinction image-objet. le changement d'échelle d'un élément ou l'accélération de l'action. sans concrétisation particulière. plan fixe) disparaît. Tous les animaux gardent cependant un degré d'autonomie. coupe. Quels seraient les équivalents du montage. Des algorithmes de vol et de regroupement sont utilisés pour les modèles de flux des animaux en groupe. de fonctionnalité. d'un pouvoir de principe. uniquement intéressée à son opérativité génétique.vert. Tous ces antagonismes et ces désajustements (au sens où la cœxistence de l'image et de l'objet est un aussi une désarticulation) font parfois émerger. peut-être. Voici comment les auteurs présentent ainsi leur œuvre : "[. qui arrivent d'eux-mêmes) et les perturbations possibles fondées sur la présence d'un spect-acteur.il s'agit d'un être objet de l'image. le rêve. de telle manière que le temps soit suspendu. Génétique. mais simultanément (ce qui ne veut pas dire forcément pacifiquement). l'image et objet cœxistent. Cette œuvre. On pourrait facilement poursuivre la liste des allers-retours entre "concepts" et films particuliers. des zones d'intemporalité. notamment en programmant les mouvements corporels. l'apparition d'un acteur dans la scène. ils peuvent prévoir des prises sur le terrain. et des actes proprement cinématographiques tels que le montage ou le cadrage ? On fera l'hypothèse que c'est la forme même de ces images-objets qui concrétise le jeu de poursuite entre action.] En avançant ou en courant à des vitesses différentes. supportent ces messages muets qui conditionnent les enchaînements de l'aventure exploratoire. "Ménagerie" ou l'ubiquité conquise L'irruption dans l'image. il montre comment le temps apparaît directement dans "les pointes de présent désactualisées"[155] en s'appuyant sur la tendance à la disparition du montage au profit du plan-séquence. Les interfaces. tout au moins dans sa forme séquentielle. avec la présentation directe du temps évoquée par Deleuze. Ils modifient leur déplacement selon l'environnement et évitent d'entrer en collision entre eux ou avec l'utilisateur de l'environnement . On devrait la retenir comme un véritable morceau d'anthologie. Autre exemple : référant à Resnais ou Ozu. comme. perception et souvenir. les animaux à quatre pattes réagissent à un champ gravitationnel simulé. dans la recherche d'un élément de la scène dont l'activation va permettre de rompre l'immobilité présente. La collaboration entre le programme et le spect-acteur dans la construction du récit peut révéler ce genre de distorsions. moteur profond de multiples réalisations et signification essentielle du régime actuel des représentations. La conception de l'espace d'interaction participe aussi de ces mouvements temporels. l'un des témoignages de la naissance de l'art virtuel (de la même manière que l'entrée dans la gare de La Ciotat a pu symboliser l'origine de l'expérience cinématographique). Une forme pure de cristal. cette possibilité de renvoi aux procédés narratifs (montage. telles que la survenance d'une question qui lui est adressée. non pas alternativement. La visibilité de l'image se révèle dans le rapport entre les mouvements propres du programme (les événements naturels. délivrée du souci narratif. donnant ainsi l'impression d'être en équilibre dynamique. sans préoccupation d'utilité. par exemple. trouve sa pleine mesure avec la Réalité Virtuelle.

1989 ou "Sous les vagues. spect-acteur et non pas témoin. Si bien que. op.il cristallise d'autant plus fortement le trouble présentiel .. étrange ballet aérien qui mène ces animaux vers d'autres portes par lesquelles ils disparaissent. cit. La durée de l'expérience (activer une interface n'est jamais un acte instantané) disparaît dans la perception continue de ses effets. Le plus petit circuit temporel joignant départ et retour se relie alors avec le plus grand dédoublement entre présence corporelle externe et présence virtuelle interne au spectacte. Paris. film. Sitôt esquissé un déplacement dans l'espace. à la fois indépendante et sensible aux perturbations que provoque notre présence. et. Mais surtout s'inaugure ici un dédoublement de présence absolument inédit. [86] Gilles Deleuze. le temps -dont on se rappelle que Bergson affirmait que sa formule consistait à se dédoubler pour faire passer le présent et conserver le passé. L'image-mouvement. 1988. Cavalcade volatile. Paris. 1985. Fondu dans l'enchaînement de l'un avec l'autre. Des chiens l'un après l'autre. d'une situation où l'image virtuelle s'ajustant aux mouvements sensori-moteurs (c'est là une différence notable avec "l'image cristal" cinématographique. p. Allers et retours permanents. panorama. On se situe aux deux pôles simultanément. numérisées et traitées à des fins scientifiques ou esthétiques. L'espace est ténébreux. Elle rend plus improbable l'oubli de soi caractéristique de toute présence dans un récit. transporté corporellement par le truchement des actions effectuées : zoom. venant de l'arrière-monde virtuel. Mais l'interface de réalité virtuelle va nous projeter dans le spectacle. [82] Je renvoie à des ouvrages déjà publiés tels que Les chemins du virtuel. organisée par des mouvements psychologiques projectifs et imaginaires. loc. Les Éditions de Minuit. comme au cinéma. [85] Gilles Deleuze. Le souvenir immédiat du présent coagule avec le présent lui-même parce que ce présent à la forme d'une expérience corporelle.virtuel"[157]. [83] On différencie ainsi l'image actée à la fois des images de synthèse calculées et affichées sur support stable (papier. Bientôt d'autres les remplacent. sur leur dissociation) déstabilise d'autant plus les repères temporels : le départ vers l'environnement simulé et le retour au corps du spect-acteur ne rime plus avec avant et après. Deleuze dirait peut-être l'échec de la reconnaissance.). consomme naturellement la durée parce qu'elle entrelace la vision et l'action. à la différence de l'expérience cinématographique. Elle devient aussi pragmatique. [84] L'image-temps. s'exprimant par la perception des effets concrets de nos propres déplacements. modifications d'angles d'observations avec à chaque fois la perception des incidences de ces gestes. s'enfuient ou accélèrent leur course. 278. le franchissement continuel de la barrière représentative du spectacte annule la distance qui sépare la perception présente du souvenir.ne conserve qu'un passé provisoire. 366. densifie encore l'ubiquité. la plage" in Paysages virtuels. . Centre Georges Pompidou. et des images enregistrées. Les émissions sonores émanent de sources spatialisées. etc. La dimension sonore accentue l'effet de présence. Dès qu'on plonge son regard dans l'espace virtuel en collant nos yeux sur les lunettes du système BOOM[158]. L'extrême simplicité de la scénographie et le minimalisme figuratif favorisent puissamment cet effet de déplacement spatio-temporel. toujours en passe d'être remplacé par d'autres investigations pratiques. La perception d'une quasi-vie installée dans la scène. et c'est surtout affaire de sensibilité et d'intelligence scénographique -comme dans Ménagerie. fondée. cit. p. Cette pluri-présence spatiale se traduit par un trouble temporel qu'on peut rapprocher de la présentation directe du temps. Flammarion. l'horizontalité est à peine marquée par la ligne d'horizon et le spectacte commence. des oiseaux en groupe font leur entrée en scène à travers des portes. On est simultanément et effectivement présent dans la scène et hors de la scène. Ce dédoublement devient alors une co-présence et non pas une présence alternative extérieur/intérieur. elle. Les Éditions de Minuit. inclinaison. la dissociation impossible nous confronte au sentiment de suspension du temps. à ce moment. L'expérience de l'image actée. Paris. on s'aperçoit que les animaux ressentent cette intrusion et s'écartent. [87] Gilles Deleuze. 1983. lorsque cet oubli survient. synchronisées selon les mouvements relatifs de l'observateur et des personnages de l'environnement virtuel. Dis-Voir. une curieuse impression de flottement nous saisit. Notre existence dans leur univers n'est plus fictive.

189. cit. ont montré que les technologies ne sont pas simplement des instruments de production mais qu'elles façonnent nos sens. [92] Henri Bergson. 26/27).. 93. les étoiles" (Maurice Merleau-Ponty. op. Paris. P.. L'image-temps. [93] Henri Bergson. Ainsi nous conseille-t-il de "prendre à la lettre ce que nous enseigne la vision : que par elle nous touchons le soleil. cit. op. op. 115. cit. Rappelons. est à la source du schéma bergsonien. op... op. n°16. par exemple. 122. 35/46. 1964. Champs. L'image-temps. p. p. [100] Henri Bergson. Op. aussi bien de l'idée d'une autonomie absolue de l'esprit. [106] Gilles Deleuze.un délire qui est la vision elle-même. cit. 183/184.[88] Maurice Merleau-Ponty. cit. op. 117).. 94. Paris. op. [96] Henri Bergson. L'image-temps. op. p. p.U. [91] Gilles Deleuze. op. pour ce philosophe.. cit. les premiers. mais aussi dans Le visible et l'invisible.. cit. 114. p. p. L'image-temps... pp. 356. 365. [99] Henri Bergson. [95] Henri Bergson. cit. cit. [107] Gilles Deleuze. [89] Voir "Virtualités réelles : une phénoménologie appliquée". 1985.. loc. p. [105] Gilles Deleuze. cit.. p. 70/71). 93. cit... de "l'hypothèse d'un cerveau où pourraient se déposer. Les Éditions de minuit.. p. L'actuel et le virtuel in Dialogues. [109] Gilles Deleuze. cit. été 1992. [111] Voir pp. p. particulièrement dans L'œil et l'esprit. Gallimard. [104] Gilles Deleuze. p.. cit. Et aussi : "la peinture réveille. p. invente un cadre d'interprétation de la vision à la fois comme interaction des perceptions (et notamment avec le toucher) mais aussi comme présence à distance.F. [94] Henri Bergson.. op. comme de celle qui consiste à faire "des processus imaginatifs autant d'effets mécaniques de la perception présente " ou symétriquement. L'œil et l'esprit. L'actuel et le virtuel. -et plus précisément cet effet retour des technologie sur la perception. p. cit. op. 112. p. op. [97] Henri Bergson. Logique du sens. 1996 [108] Gilles Deleuze. p. cit. non seulement de la perception mais aussi de l'imagination. pp. 187.est à la source des travaux les plus stimulants de Walter Benjamin puis de Marshall McLuhan. [98] Henri Bergson. Matière et mémoire. . op. [112] Gilles Deleuze. 1969. cit. 117. le rejet.. actuelle et sédimentée. [102] L'expérience corporelle. qui. On comprend pourquoi j'ai placé ces citations en exergue de ce livre. 179/186. [110] Gilles Deleuze. [101] Henri Bergson. Paris. p. p. 121.. cit. op. sommeiller et se réveiller des états intellectuels" ( Henri Bergson. [90] Ce lien fondamental entre technologie et perception. in Chimères.. Flammarion. p. cit. cit. 116. op. [103] Gilles Deleuze.. L'image-temps.. 115. op. puisque voir c'est avoir à distance" (op.

loc. cit.. qui l'applique aux hypertextes. par exemple. [117] Pour une discussion sur les modalités de mixage des images analogiques et numériques et sur les régimes temporels inédits qui en découlent. p. 171. Claire Parnet. (Borges. Les concepts fondamentaux sont "réel" et "virtuel" (et non pas actuel et virtuel). les notions d'objet et d'image sont définies en fonction de la perception visuelle humaine : là où les rayons convergent se trouve l'objet et il est réel si cette convergence se produit devant le miroir. loc. [116]Voir les descriptions p. [118] Gilles Deleuze. [114] Gilles Deleuze. ces perturbations de la linéarité sont fréquentes. op. cit. [132] Gilles Deleuze. [127] Les exemples abondent d'œuvres dont la formule consiste à installer des cadres scénographiques où des créatures du calcul. Éd. loc. 171. dans une perspective assez similaire.. p. 1998. p. op. Je renvoie aux deux articles . les productions morphogénétiques de Karl Sims simulant "l'évolution darwinienne" de strates générationnelles d'images (installation présentée à la Revue virtuelle. Paris. loc. 106. voir notre article "Images hybrides : virtualité et indicialité". [120] Gilles Deleuze.. cité par Gilles Deleuze. p. in Dialogues. cit. Paris. l'être et l'apparence dans l'Optique de l'Antiquité. Paris. que dans l'optique géométrique. Le Seuil. op. note 5. p. cit. Remarquons cependant.. Gallimard.. 130) [136] Gilles Deleuze. cit. 1988. Champs. cit. [123] Cette réalisation a été présentée au festival Vidéoformes à Clermont-Ferrand en 1994. p. Paris 1996. Flammarion. [115] Voir "Sous les vagues. in Image & média. Champs. <<Le jardin aux sentiers qui bifurquent>>. op. [134] Gilles Deleuze. p. [137] Dans la littérature "classique" aussi. L'actuel et le virtuel. [122] Gilles Deleuze. 75. cit. cit. On rappelle des exemples déjà cités. sous la direction de Bernard Darras. la plage" in Paysages virtuels. [119] La note 5. 92/93. [125] Gilles Deleuze. 19. cit. Dialogues. p. Flammarion. Certes ces œuvres explorent le plus souvent la situation morphogénétique elle-même sans être dupes de leur production. op. de Minuit. cit. [130] Gilles Deleuze. p. 180. Flammarion. 116. Paris 1996. Fictions. 184 fait allusion aux notions d'objet et d'image virtuels de l'optique. p. cit. Schopenhauer éducateur. Paris 1996. tels que la littérature génétique de Jean. cit.. L'image-mouvement. virtuel derrière. 184. 1983. Mais les commentaires qui les accompagnent ne souligne que rarement cette différence. Centre Georges Pompidou en mars 1993). Champs. 188. 107. [126] Nietzsche. développent. L'actuel et le virtuel. avec la coopération des spect-actants.Pierre Balpe ou dans le domaine de l'image calculée. p. [133] Gilles Deleuze. [121] Gilles Deleuze. [129] Voir l'indispensable livre de Gérard Simon sur la question : Le regard. MEI n°7. op. 12. [131] Gilles Deleuze.[113] Gilles Deleuze. mues par des programmes génétiques. des formes de "vie artificielle". in Dialogues. [128] J'emprunte cette double caractérisation (noématique et haptique) à Jean Clément. [124] L'œil et l'esprit. p. op. p. cit. L'Harmattan. loc. op.. [135] Gilles Deleuze.

visite de musée par CD-Rom. 293. . 114. cit. [156] Œuvre en Réalité Virtuelle présentée notamment à la Revue Virtuelle. p. Le risque existe. 342. [153] Gilles Deleuze." note 2. loc. ce n'est pas l'appréciation des qualités esthétiques ou dramatiques des scénographies d'images actées aujourd'hui proposées (jeux vidéo. 346.. p. d'effectuer des zooms et des panoramas. 294. il affirme que le cinéma n'est pas une langue. cit. 163. de Fontenay/Saint-Cloud. Carnet n°4. cit. [140] Gilles Deleuze. une condition. p. ni universelle. 345. op. [150] Gilles Deleuze. op. [143] Gilles Deleuze. cit. Mais ce risque n'est pas congénital. [154] Deleuze mentionne aussi. E. cit. p. op. op. bien sur.. d'un surcodage conventionnel des comportements de nos avatars virtuels. 168 [155] Gilles Deleuze. [139] Gilles Deleuze. ni primitive. p. p. [158] Le dispositif BOOM (pour Binocular Omni-Orientation Monitor) a été mis au point par la société américaine Fake Space Labs.. [152] Gilles Deleuze. Il se présente comme une paire de jumelles offrant une vision stéréoscopique interactive dans des environnements générés par ordinateur grâce à une optique grand angle et deux petits écrans cathodiques couplés dans les viseurs. cit. qui est comme un présupposé. p.. cit. sur Balazs. Centre Georges Pompidou.S. décembre 1992.. 170. 292. p.. circulation dans les sites du Web).. p. p. [151] Gilles Deleuze. cit. cit.. 347. 294. op. cit.. cit... Des manettes et des boutons permettent d'orienter le point de vue. le commentaire de Sylvette Baudrot : le film "est entièrement composé de faux raccords. p. Ce qui nous intéresse ici. n° 10. Centre Georges Pompidou. ni même un langage. op. cit. op.. 353.. 1992. op.N. p. cit. [147] Gilles Deleuze. [146] Gilles Deleuze.à travers lequel le langage construit ses propres <<objets>>".. cit. 344. [157] Revue Virtuelle. Ce que nous visons c'est l'élaboration des concepts appropriés pour les apprécier. [138] Gilles Deleuze. 343. op.Aux frontières du virtuel. Dans cette partie finale du livre. [149] Gilles Deleuze. p.. loc. [141] Voir la note 5 p.. p. op. récits interactifs. mais qu'il "met à jour une matière intelligible. [144] Nous avons décrit le projet DIVE au Chapitre I en mettant en perspective des horizons inédits qu'il ouvre. [145] Gilles Deleuze. op.. p. op.déjà cités au chapitre V de Christèle Couleau. [148] Gilles Deleuze. mars 1997. op. 343. "Diderot. Kundera et les romans virtuels : le récit des mondes possibles" in La voix du regard . [142] Gilles Deleuze. "Balzac interactif ou la virtualisation du sens" et de Jocelyn Maixent. cit. à propos de L'année dernière à Marienbad.

Elle insiste. et notamment technologiques. Si nous nous arrêtions à cette affirmation. Nous espérons que la suite du propos contribuera à poursuivre une définition de la culture dans ses rapports aux télé. mais parce qu'elle diffuse un milieu indissolublement matériel et intellectuel dans lequel se construisent à la fois les questions et les réponses. dans plusieurs pays du Tiers. nous ne nous confrontons pas à une matière formelle ou axiomatique.monde. nous renforcerions la doctrine de l'efficacité culturelle unilatérale (c'est-à-dire se déployant sans contradictions) des technologies intellectuelles en général et. Cette thèse a souvent été invoquée. à leurs mythes. on dira. à leur monde affectif et construisent ainsi leur éco-système culturel et technique. Si l'on considère que l'effet majeur d'une technologie intellectuelle inédite est d'instituer. La réflexion proposée se donne pour objectif d'examiner les incidences culturelles des technologies intellectuelles actuelles basées sur la programmatique (disponibilité et diffusion de programmes informatiques) et la Téléprésence. de la programmatique (organisation des activités sociales par programmes informatiques) inscrirait. la question du caractère structurant des technologies intellectuelles ne se pose pas . de la spatialisation planaire. Principale technologie intellectuelle contemporaine. Ce chapitre montrera en quoi. mais à des pratiques culturelles collectives. celle du calcul. de la téléinformatique en particulier. à . une technologie intellectuelle) ? Pour l'ethnométhodologie. ou l'unicité de la logique. que ce postulat d'efficacité unilatérale doit être discuté. non pas parce qu'elle serait porteuse d'une rationalité supérieure. elle transcenderait les cultures. croyances. Mais c'est justement cette éviction. Mais revenons à la téléinformatique. Affirmer l'universalisme des télé. du résumé . la victoire du "temps réel" ou. une colonisation mentale. dans l'ethnométhodologie une approche qui tranche avec les logiques technocentristes. sur la manière dont les acteurs plient le matériel cognitif qui leur est offert à leurs jeux d'intérêts. aujourd'hui.technologies procède précisément de cette observation. en effet. "par méthode". toujours selon la thèse énoncée.elle. Nous tenterons de montrer. On en déduit donc une transformation directe des cadres perceptif et cognitif. Il n'y a pas de possibilité de "dés-alphabétisation" ni de "dé-numérisation". par exemple. Focalisant son attention sur la manière dont les acteurs construisent socialement leur réalité. des conceptions du monde univoques sous les auspices de discours convenus annonçant la catastrophe d'un temps mondial. par méthode. par exemple.présupposer la manifestation "d'universaux". Dallas. par exemple. culture qui se fonde sur des programmes de mémorisation tels que catalogage. La nocivité ou la bienfaisance des différents personnages s'apprécient différemment selon les structures familiales dominantes[159]. l'assomption de la vitesse. à propos de la télévision pour rendre compte des multiples modalités à travers lesquelles des récits identiques sont interprétés par des cultures locales. De même la diffusion de l'hypermédiation. représentations et pratiques qui structurent "l'être ensemble" d'une société. On trouve. Nous nous en tiendrons donc au sens commun qui considère la culture comme l'ensemble des connaissances. elle ne peut -ni ne veut. Dans cette voie. Précisons qu'il s'agit là d'un tout autre débat que celui qui concerne le caractère occidental de la raison. que nous regroupons sous le vocable de téléinformatique. (Mais la télévision est. dont toute tentative de définition met en abîme les concepts qu'elle mobilise. se moule selon des filtres locaux. Une étude a montré. de fichiers documentaires. à l'intériorisation d'horizons qui façonnent notre être au monde. a contrario. transformation qui s'imprimerait unilatéralement sur les visions du monde et dans les rapports sociaux. du repérage. à l'incubation de paradigmes. d'ouvrir une nouvelle manière d'accomplir certaines activités et de résoudre des problèmes. On s'accorde ainsi à considérer que la diffusion du livre imprimé engendre une culture de l'organisation hiérarchique. nous nous confrontons à la notion même de culture. méta-mémorisation par la réalisation d'index. alors on comprend que son extension est une conquête. de la question de l'universalisme technique qui résout le problème avant de l'avoir posé.technologies. à proprement parler.Chapitre VII Les paradoxes de la téléinformatique Une société de l'immatérialité et de la vitesse : cette apparente constatation m'apparaît être une hypothèse discutable. Avec les technologies intellectuelles. à la différence près qu'il ne saurait y avoir de décolonisation. comment la réception du même feuilleton.

ou des logiques culturelles. par-delà la problématique des résistances. manifestant une distorsion de la problématique des effets culturels. se diffuse non pas une culture. A . Toutes les cultures modernes sont. on annonce que la culture du réseau provoquera sa disparition.Réseaux et présence à distance : une disparition de l'inscription territoriale ? Le transport de la présence à distance -l'un des principaux paradigmes qui justement orientent les cultures contemporaines et pour lesquels l'informatique crée simultanément l'offre et les moyens de la satisfaire. logistiques. la suprématie du savoir comme nouvel espace anthropologique laissant entrevoir la fin de toute transcendance sous les horizons radieux d'un cyber-communisme. éducatives. Les propositions qui tendent à nous persuader que nous sommes entrés dans une culture de l'immatériel. Nous tenterons de faire apparaître ces incidences contradictoires. Bref. imprégnées de cette tendance .que d'observations soucieuses de la pluralité des logiques en cours.Internet : l'évanouissement des intermédiaires dans l'espace public ? . à des titres divers. en les prolongeant mécaniquement. cela. relève plus d'une certitude de principe -ou au mieux de hâtives généralisations. Nous souhaitons inquiéter ces considérations qui semblent faire consensus et attirer l'attention sur la difficulté de déduire des technologies intellectuelles contemporaines.. pour reprendre le néologisme de Paul Virilio) orientent nombre d'activités relationnelles. Elles en appellent à des sentiments partagés qui reposent sur un jeu de renvois entre des évidences incontestables et leur surévaluation.La retraite de l'auteur ? . Ainsi procède la mécanique quasi mystique du bouleversement culturel adossée au constat de l'accélération techno-scientifique. et cela selon six interrogations principales : . Elles nous assurent à la fois de l'efficacité majeure des technologies intellectuelles dans le paysage culturel et de sa propension à s'imposer comme logique transcendant les diversités culturelles. Tisser le nouveau avec. telle est l'observation commune qui réunit les différents parcours proposés.interroge le rapport au territoire.La représentation de l'espace : réglage individuel des trajets et nouvelle formule panoptique. mais une méta-culture avec des incidences contradictoires enclenchant des dynamiques moins lisibles qu'il n'y paraît de prime abord. . L'idée selon laquelle l'écriture et le livre organisent une temporalité de la différance (au sens où Jacques Derrida a constitué ce concept) fait désormais partie de notre héritage culturel. Mais que ces observations soient érigées en quasi-théorèmes qui régleraient le devenir de notre monde. bien sûr. les effets des bouleversements technologiques antérieurs. et non pas contre. La plupart des pensées du changement provoqué par la téléinformatique ne font que rééditer. productives. un modèle culturel univoque.Le régime temporel des télé-technologies : accélération et ralentissement. ne saurait être négligé. On affirme donc que les réseaux numériques y substituent le règne du temps réel. Nous creusons l'hypothèse qu'avec ces technologies. Qu'à cela ne tienne. l'ancien. Que la visée "dromologique" (logique de l'accélération. faire resurgir au cœur des conjectures actuelles d'anciens principes qu'on a pu croire obsolètes.Le contexte de l'hypermédiation : une éclipse de la séquentialité ? . On découvre que l'auteur individuel est un sous-produit de la culture du livre. suivre les contradictions constitutives des nouveaux paysages culturels en émergence. etc.Les réseaux : une disparition de l'inscription territoriale ? .l'inverse. (On aura reconnu les positions diamétralement opposées de Paul Virilio et de Pierre Lévy). de la vitesse et de l'instantanéité abondent.

les Systèmes d'Information Géographique sont "géostratégiques". a radicalisé cette tentative. thématiques par nature. ceci en attendant la généralisation des calculs individualisés d'itinéraires à bord des véhicules. courrier.transmise. Auxerre ou Avallon. l'exploration s'accomplit sans discontinuité. étaient déjà reliées par d'autres canaux (documents postés. voie télé-portée. de l'ordinateur). outre la fonction de visualisation territoriale. les entreprises du Web se regroupent aujourd'hui dans le même quartier -le Sentier. et ceci. même si les déclinaisons locales prolifèrent. image télé. une pluralité de couches sémantiques permettant de commuter les . Les communautés scientifiques.) permettent d'organiser et de visualiser l'évolution temporelle d'une situation : planifier l'intervention des Canadairs lors d'incendies. Une attention plus mobile permet de faire l'hypothèse que. Lorsqu'on examine les premiers effets des réseaux comme Internet. loin de dissoudre l'importance de la localisation. C'est précisément l'intensification de l'alliage entre la topographie traditionnelle. dialogue par avatar corporéisé. on l'a vu. etc. plein écran. N'oublions pas que la carte traditionnelle concentre déjà en une seule figure. comme jamais aucun autre projet ne l'avait fait auparavant. etc. Le développement des systèmes cartographiques informatisés. Mais. plus que toute autre activité. Faire de la présence à distance son métier exige et engendre des communautés fondées sur la proximité géographique . par concentration et agrandissement de la zone choisie. on peut faire l'hypothèse. Systèmes d'Information Géographique et spatialisation de l'information Les Systèmes d'Information Géographique (S. D'où l'idée que la localisation géographique. la territorialisation tendrait à devenir archaïque sous les feux croisés de la mondialisation et de l'efficacité croissante des télé-technologies. vérifiée par quelques observations[160] que des collectifs territoriaux trouvent dans Internet un moyen de renforcer leurs liens.). etc.à la duplication de la présence. dans les quartiers d'affaires des grandes villes. stricto sensu. Par exemple. On doit considérer le mouvement d'augmentation tendancielle du cœfficient charnel dans le transport de la présence comme relevant de technologies intellectuelles. De la carte de France. on renforce donc souvent. Rappelons d'abord quelques attendus déjà discutés. Ils croisent l'information cartographique avec l'analyse de données stratégiques (économiques. L'informatique. Ces systèmes couplés à des capteurs de trafic[161]. militaires. l'importance de la localisation géographique. les communautés qui voient leurs liens les plus affectés par Internet sont des collectifs de proximité territoriale. En revanche. sur toute la planète.et que les activités boursières. colloques. voire comme sa négation. et paradoxalement. car il opère essentiellement sur et par des signes.G. par exemple).I. Par ailleurs. ou à des dispositifs de localisation de véhicules par satellites géostationnaires (comme le fameux G. écologiques.) concrétise cette orientation fondamentale. Bref. savoir où habitent les plus fidèles clients d'un supermarché. d'augmenter l'intensité et la fréquence de leurs rencontres de visu. La génération actuelle de réseaux (perfectionnement d'Internet dans la voie de la réalité virtuelle. Or l'appréciation de ce mouvement tend à considérer que le transfert des signes de la présence équivaut -ou équivaudra dans de brefs délais. souvent à caractère commercial (connaître les ventes de journaux rues par rues. se localisent géographiquement. (Les premières expériences de calcul à distance précèdent même l'invention. Le transfert de la présence opère bien entendu sur cette matière sémiotique : lettres acheminées. niant par là même l'opération de transport qui deviendrait ainsi totalement transparente aux acteurs.S. À travers une localisation dans l'espace informationnel.P. éminemment consommatrices de réseaux.technique universelle fondamentale. on en déduit que la croissance du transport de la présence se traduit par une déterritorialisation conçue comme mise entre parenthèses du territoire. sociologiques. les réseaux ne font que l'accroître. historiques) qui est remarquable.). matérialisée par la carte et le traitement d'information abstraites non spatiales (économiques. traiter les demandes d'itinéraires. signalons à nouveau. l'exploration géographique ajoute une présentation de données thématiques. du repérage spatial et de la communication mobile permettent de conforter ces premières hypothèses.) participent d'une recomposition du rapport au territoire. corps modélisés et transférés dans la téléprésence contemporaine. qu'à Paris. peut-être. aux villes de Caen. avec les réseaux larges bandes et autres perfectionnements à venir.

on espère qu'elle ajoute quelque chose aux informations produites : la saisie d'un détail moléculaire significatif. Le succès remporté par ces systèmes de spatialisation informatique des informations s'explique non seulement par la possibilité de mobiliser dans une seule surface de vastes corpus cartographiques. ici. et. Nous en proposerons quelques enjeux ultérieurement. il déchiffre ces paysages et découvre un hybride territoire/espace informationnel abstrait. Mais ce qu'ajoute ce type de vision. par exemple). quels types d'informations ne se prêtent-elles pas à une vision spatiale ? Assez peu échappent à cette injonction territoriale notamment dans les domaines commerciaux. en comparant par le calcul les différents parcours ou en fournissant au consultant des outils paramétrables d'interrogation. les appels commencent. dans quelles rues habitent les lecteurs d'un journal. une forme de relevés topo-informationnels. d'acquérir une plus-value informationnelle. dépassant l'opposition présent/absent. d'interpréter la croissance des S. la manifestation de causes dissimulées que la vision spatiale révélerait. Elle s'exprime aujourd'hui à travers le traitement synthétique informatisé qui devient un organe de saisie et d'organisation géostratégique. Ces recherches raffinent la notion de localisation. lesquels luttent déjà contre la coupure temporelle du flux communicationnel[163]. la perception directe des grandes tendances qui orientent un paysage de données. Mobilité et localisation Le développement de la communication mobile a pris le relais des simulateurs de présence.. c'est la puissance de traitement informatique : par exemple.. Ainsi dans son étude sur les technologies mobiles. sous un autre angle." Les premières études effectuées sur les technologies mobiles mettent l'accent sur le renforcement du contrôle spatial qu'elles induisent. nourriture de base alimentant l'espace informationnel qui tendrait à l'oblitérer. un révélateur carto-sémantique. Radicalisant les calculs analogiques qu'autorisaient déjà les cartes imprimées (repérer l'importance de la proximité du littoral dans la répartition mondiale des grandes villes.I. logistiques en général. pouvoir joindre quelqu'un en tout lieu et à tout moment augmente paradoxalement. donc.cheminements du regard. comme l'indice d'une force qui pousse vers la spatialisation de l'information (et tout particulièrement pour la consultation d'informations qui n'ont pas d'attaches spécifiques avec le territoire. on pourrait penser que le territoire a été colonisé par l'univers informationnel. Mais au fait. qu'il se manifesterait.G. notamment dans l'univers professionnel. les S. mais surtout par leur capacité à automatiser cette extraction du surplus informationnel en multipliant les strates d'images d'un territoire. composent directement des paysages informationnels à plusieurs dimensions. c'est la question de la localisation qui nous retient.ou d'absence que sont les répondeurs/enregistreurs téléphoniques. De cette inscription territoriale. Dominique . Le territoire n'a donc pas disparu sous la poussée des réseaux informationnels. médiatiques. par une identification spatiale : "Je me trouve au Luxembourg. car.. militaires. comme sur les cartes traditionnelles. Plutôt que de suivre cette voie -celle du recouvrement du territoire par la carte. Dès lors. de faire travailler l'inscription pour qu'elle exsude plus de connaissances que celles qui y ont été déposées[162]. à bas salaires et qui achètent leur quotidien tôt le matin ? L'exploitation numérique de la carte ne relève plus seulement de la spatialisation de l'information (un cercle étendu pour une grande ville. À l'heure des constellations satellitaires ceinturant la planète.il me semble plus intéressant de mettre l'accent sur la reterritorialisation des informations. l'assignation territoriale. D'ailleurs. L'activité scopique et la saisie de l'espace se trouvent redéfinies par ces appareillages. comme simple substrat. Où a lieu un événement ? La réponse est rarement indifférente. presque toujours. La cartographie du territoire réel et la localisation géographique se combinent à l'abstraction du traitement informationnel.G. l'équivalent d'un cheminement réel.I. un trait large et bicolore pour une autoroute).. comme certaines données commerciales apparaissant visuellement sous forme de zones colorées). La localisation ne perd pas sa puissance. Le regard n'accomplit plus.

Ce qui en dit long sur l'insistance avec laquelle l'affiliation au réseau persiste à situer.Carré insiste sur deux figures de la mobilité : l'ubiquité et l'omniprésence : "Alors que l'ubiquité met l'accent sur la coïncidence entre déplacement et communication (l'utilisateur communique pendant son déplacement. Tout se passe comme si un processus d'hybridation était en train de se développer"[165]. C'est par assimilation de la continuité temporelle du lien communicationnel à une pluri-localisation instantanée. La tentative de rapprocher le lointain s'étend à la réorganisation du proche dans le même mouvement qui a rendu évident l'usage local de la communication à distance (courrier interne. Dans un cas comme dans l'autre il s'agit bien d'effacer les séparations pour créer un espace collectif unique muni. mais désigne au sens strict. Tout en pointant une incontestable relativisation de la localisation spatiale. Les étudiants. équipements vidéos des locaux. à plusieurs reprises et notamment à propos des réseaux d'échanges de savoir. multipliant ainsi les localisations possibles. De même. qui s'émancipent de la géographie physique tout en assurant la localisation. mobilisant éditeurs partagés. etc. etc. l'expérimentation des mediaspaces (espace de travail commun entre des collectifs à distance. qu'on peut parler d'ubiquité à propos de la communication mobile. mais intègrent les deux. une fois remportées.).maintenant et la pure télérelation. téléphone pour se former à leur usage sur des études de cas. même si "l'omniprésence" permet de s'affranchir de la localisation unique. préparation d'une réunion par télé-relations. permettent aux vainqueurs de s'approprier les valeurs des vaincus. le montre bien.P. la carte géographique reprend ses droits. télé-textuelle. En ce sens.) le montrent bien. mais dans un hybride territoire/réseau communicationnel. notamment) concerne tout autant des équipes séparées par l'Atlantique[168] que des communautés de travail occupant les bureaux d'un même laboratoire. combinant ainsi espace physique et espace informationnel. ces notions d'ubiquité et d'omniprésence signalent. etc. Il s'agit là d'un des nombreux exemples où présence et télé-relation se combinent[167]. avec l'affichage de la localisation. La notion de glocalisation a justement été forgée pour désigner l'usage local d'un média "global". dans son étude sur la formation à distance. bien sûr. utilisent. on peut considérer qu'elle accroche les lieux de labeur aux épaules du travailleur nomade. visiophonie. fax. À propos des dispositifs de formation actuels qui intègrent les nouvelles techniques de communication. de fonctions séparatrices réglables (protection. télévisuelle. le réseau surplombe le territoire sans l'assujettir. mais il la retravaillerait en mêlant uni-présence physique et pluri-présence médiatisée. Le préfixe "télé" (à distance) indiquerait une liaison paradoxale -téléphonique. réseau téléphonique et messagerie locaux. par exemple. Cependant. entre Internautes se rencontrant épisodiquement. en groupe.et. disponibilité. La communication à distance est ainsi préparée et ponctuée par des exercices collectifs en proximité. précision ajoutée). "Ubiquité" n'est pas synonyme de mobilité. ces systèmes n'opposent plus présence et distance. le partage simultané de plusieurs lieux. Plus radicalement encore et aux antipodes du "village global".où l'importance de la situation spatiale est majorée parce qu'elle est niée. Elle mériterait d'être attentive aux multiples strates qui jalonnent les liens entre participants à un même réseau : échange épistolaire entre chercheurs partageant les mêmes locaux. les techniques de communications telles que messageries.). Le spécialiste de l'enseignement à distance souligne. Jacques Perriault. en présence d'un tuteur.S. il écrit : "Contrairement à ce qui a été fait dans le passé. la persistance d'une préoccupation territoriale. l'importance des formules mixtes associant communications à distance et rencontres collectives[166]. en creux. Les systèmes de positionnement satellitaire (tel G. Par ailleurs. comme ces victoires qui. l'omniprésence au contraire occulte le déplacement et permet au télé-communicant de continuer ses activités communicantes quand il est dans d'autres lieux que son travail habituel"[164]. D'ailleurs une description fine des rapports entre l'ici et l'ailleurs ne devrait que rarement opposer présence et absence. Entre proximité et éloignement Le réseau ne dissoudrait donc pas la notion de lieu. Elle rend compte d'un des multiples agencements possibles entre le partage de l'ici. L'affiliation au réseau vaut localisation dans un espace à la fois non géographique et territorial. le concept de "ville numérique" tend à . non plus dans un espace strictement territorial.

L'extension des fonds documentaires.)[169]. mairies. de revues. et plus fondamentalement. etc. La croissance explosive du réseau (des milliers de banques de données. en création d'une nouvelle couche de mécanismes médiateurs automatisant la médiation. d'une volonté de se rendre "maître et possesseur" d'un appareil communicationnel. sans passer par les hiérarchies". Faire de chaque acteur aussi bien un récepteur qu'un émetteur : en ce sens le réseau des réseaux est bien une réaction au principe des massmedia. directeur exécutif de l'Internet Society en 1995[171]. (Nommés aussi Webcasting. trafic local.) n'a sans doute pas qu'une valeur métaphorique. institution de l'audiovisuel). Rutkowski. d'une communication immanente supprimant les intermédiaires spécialisés (éditeurs. météo locale. en faire une construction collective. toutes ces dispositions. de par son propre mouvement. organiser sa croissance. Cependant. ou encore les codes de comportements (comme la fameuse netétiquette. résonne avec la valorisation de l'individualisme dans la sphère communicationnelle. salon.. immanent ayant pour finalité son auto-développement. le désir d'une communication transparente où les acteurs maîtrisent à la fois l'information et le média qui la fait circuler. on constate déjà l'émergence de procédures qui expriment les normes relationnelles élaborées par les collectifs sur le réseau. Par ailleurs.. intime) demeure une condition sociale de repérage des acteurs engagés dans l'échange à distance. commerces. l'obligation de consulter les Frequently Asked Questions). Rappelons les observations déjà mentionnées dans le chapitre III : ces contraintes sociales témoignent du surgissement de fonctions médiatrices suscitées par l'usage du réseau alors même qu'il s'agissait d'en affaiblir les pressions. dans la sphère de la communication interindividuelle et collective. de journaux accessibles) a progressivement rendu impossible le projet initial d'une information transparente et d'une communication immédiate. dès sa prise main par les chercheurs américains dans les années soixante-dix. et non annihilés. B .. salle. par les nouvelles mises en relation du proche et du lointain. On en est bien loin. aussi bien qu'en opposition aux entreprises et institutions qui souhaitent privatiser la communication sociale. au sens littéral "d'auto-commandement". progressivement à partir des acteurs. Connecter entre eux tous les ordinateurs du monde apparaît comme un projet social où se dessine la figure d'une transparence informationnelle. de territoire qui sont redéfinis. Elle indique que le marquage de la nature de l'espace désigné (public. pour les novices. Un exemple parmi cent autres : présentant le site Parthénia. Au terme de ces mixages. code de bonne conduite sur le réseau).désigner un moteur de recherche sur Internet repérant les prestataires de services situés à proximité géographique du demandeur (syndicats d'initiative. contre l'état et ses tendances naturelles à l'inquisition. ces logiciels recueillent les thématiques sélectionnées par l'abonné. Tisser le réseau par coopération. nous l'avons déjà mentionné dans le chapitre consacré à l'auto-médiation sur Internet. etc. ce qui n'est plus vraiment son sens usuel) de cette médiation. Citons l'établissement de protocoles spécifiques de participation à des groupes de discussion (tel que. "La connectivité est sa propre récompense" affirme A. La présence cesserait totalement d'être territoriale si le transfert à distance devenait duplication de la présence et si la proximité pouvait. l'objectif de suppression des intermédiaires se transforme. Le caractère auto-gouverné (cybernétique[172]. le nombre d'ordinateurs connectés et les facultés de navigations . le rôle dévolu aux animateurs de ces groupes. centré sur l'Internaute.. La terminologie utilisée sur Internet (site. dans une émission de télévision[170]. sans passer par les pouvoirs. presse locale. recherchent les informations et les assemblent en de véritables journaux parfaitement individualisés). Mgr Gaillot explique ce qu'il apprécie dans Internet:"[. En témoigne la vogue des logiciels de personnalisation de l'information. rappelons-le affirment un modèle institutionnel ascendant. privé.] c'est le réseau horizontal qui se tisse. groupe de presse. de localisation. Il témoigne. ce sont les concepts de proximité.Internet : l'évanouissement des intermédiaires dans l'espace public ? L'une des sources où Internet puise son dynamisme est. de ce fait. se jouer totalement des confrontations corporelles.

de sons. Nous envisagerons cette question sur trois axes : . Des instruments extérieurs -transcendants ?. dans un mouvement itératif naturel. radiophonique ou télévisuel. tirant profit des caractéristiques de l'informatique pour. ce qui se profile institue à nouveau. Mais elle dénature le projet d'une relation directe. etc. linéarité.représente. sonder les milliers de sites.. ici. On en déduira que les formes contemporaines d'organisation et de présentation des connaissances. Nous souhaitons montrer que la structure linéaire n'est peut-être pas si obsolète qu'on le dit souvent et que les modalités de fréquentation des corpus numérisés soulignent assez distinctement les qualités qu'elle véhicule. d'images contraintes par un support. et dans le langage. L'auto-médiation -déjà contenue en germe dans les pratiques de consultations de corpus imprimés (index. . l'apparition d'une médiation automatisée. de banques de données et en extraire les denrées recherchées. continuité.la circulation hypermédiatique. se doivent d'articuler -et non d'éliminer.hypermédiatiques ont rendu encore plus nettement incontournables les questions de l'aisance de la recherche. consultation interactive de CD-Rom. accès direct (comme sur un disque numérique).. autour de l'automédiation.en donne un premier exemple et les conversations d'une réception mondaine. bousculée par l'hypermédiation (parcours chaîné de d'informations sur le Web par hyperliens.). un autre. C . et ceci à l'encontre de ce que suggère la métaphore du surf souverain et opportuniste sur l'océan informationnel. On peut d'ailleurs penser que la disponibilité de ces instruments va accroître l'importance des idées directrices qui forment l'horizon de sens de toute recherche d'informations. Ces expressions relèvent d'une spatialisation (comme dans l'écriture alphabétique basée sur la ligne ou l'imprimé organisé en pages numérotées) ou d'une linéarité temporelle comme dans le flux cinématographique. fichiers documentaires.. presse..). de figures. de l'évaluation. limpide avec des corpus d'informations. Cette auto-médiation a induit. en position de survol. afin d'assurer la recherche et l'évaluation des informations acquises.. la séquentialité (ou la linéarité) comme une structure d'appropriation fondée sur la succession d'expression orales ou écrites. Si le projet initial consistait à promouvoir une relation directe de tous avec tous.la réception des récits interactifs. .les mérites propres de la séquentialité avec ceux de l'hypermédiation.). L'accès direct s'est estompé au profit d'agencements plus complexes. surtout lorsque ces qualités se combinent à la puissance des outils de recherche issus de l'informatique documentaire. et de la pertinence de l'information. à première vue. ce qui n'est pas le moindre des enjeux. décuplant la puissance des dispositifs de circulation dans les corpus. un rapport social qui se distingue nettement des formes professionnelles classiques de la médiation (éditeur. Séquentialité rime avec ordre univoque. Qu'il s'agisse donc de la sphère interpersonnelle (bilatérale et de groupe) ou bien de la communication automatisée. La séquentialité s'oppose à la présentation parallèle d'un ensemble d'informations telle que la page d'un quotidien -contenant simultanément plusieurs articles de poids éditorial équivalent ou inégal.L'univers de l'hypermédiation : une éclipse de la séquentialité ? On définira. accès par exploration systématique du support (comme sur une bande vidéo) et s'oppose à parallélisme. Cette structure séquentielle serait. etc. . on l'a vu. Les robots-chercheurs symbolisent nettement. la fonction médiatrice se renouvelle plus qu'elle ne disparaît. une fonction séparatrice singulière et prometteuse.s'interposent désormais entre l'Internaute et l'immense marée informationnelle en crue permanente. certes. tout en s'inscrivant dans le cadre général d'une visée à l'élargissement des espaces d'autonomie individuels et collectifs.l'inscription de la pensée dans ses rapports avec l'ingénierie numérique. simultanéité. la mise en service de méta-robots qui sélectionnent les robots les plus adaptés à prendre en charge une requête.

lui aussi. en considérant que la réception de la connaissance hypermédiatique -qui consiste à métaboliser le traitement de l'information pour en s'en fabriquer de nouvelles connaissances. etc. hypermédias conçus et décryptés selon des situations singulières. parce que le choix d'une succession. dans le champ de la télévision. différant le moment de la réception.. Mais quel intérêt présente une activation continue des multiples liens qui rapprochent des thématiques dont les rapports. de toute circulation dans un ensemble de connaissance. totalement et librement offert des prosélytes du réseau. qui est à la base de toute construction cognitive. Elle ignore le volet subjectif. impossible. Ses analyses procèdent par comparaison avec des problèmes similaires engendrés par la pratique de l'écriture. édition électronique de revues scientifiques. de journaux. va revêtir un caractère "luxueux". À la figure du grand tout. On sait que la décontextualisation provoquée par l'écriture entraîne une recontextualisation des interprétations par la lecture. L'écriture hypertextuelle effacerait l'obligation de contextualiser l'information présentée parce que ce contexte serait toujours déjà présent dans les liens mobilisables. . bien sûr. au bout de trois ou quatre générations de sélection de liens. Bernard Stiegler oppose. le lecteur pondérera les chemins suivis. satellitaire. contester la linéarité d'un récit.une rythmique quasi-intégralement délocalisée. La continuité référentielle découlerait des liens hypermédiatiques reliant chaque item à tous les autres sur la "toile". circulation hypermédiatique et décontextualisation Les gains cognitifs liés à l'exposition hypertextuelle de connaissances sont fréquemment rapportés à l'économie de contextualisation qu'elle permettrait. Finalement. par les réseaux de télécommunications. recontextualisante. locales) possèdent une dynamique relocalisante. à raison. plus ou moins volontaire. On suivra ici Bernard Stiegler. intentionnel et non intentionnel. la question de la contextualisation. celle du grand "autre"..Séquentialité.) réaliserait l'idéal encyclopédique d'une totalisation de la connaissance passée. pondération. Mais la circulation hypermédiatique par liens associatifs va probablement renforcer le caractère stratégique de l'énonciation séquentielle. Cette structure en deux temps. d'un point de vue. est bouleversée par l'instantanéité des télécommunications modernes. dont on s'est déjà expliqué. La numérisation hypermédiatique peut. hypertextes. il laisse entendre. en rapport avec l'affirmation d'un regard. Bernard Stiegler a tendance à projeter la délocalisation de l'émission sur le destinataire (".. l'élection d'un chemin unique enchaînant des idées et constituant une démonstration. et dont nous avons tenté précédemment de situer les enjeux.. La mise en ligne par les réseaux numériques de la connaissance produite (banques et bases de données. tyrannique et prescripteur. hétérogène à celle des produits de la culture de flux. rétention sélective. sans ici ni maintenant. selon toutes les combinaisons possibles[176]."[175]) comme si la réception n'était pas aussi une activité dans laquelle est impliquée le tout de l'histoire d'un sujet et des communautés qui le constituent. formellement. pour autant. sites d'information de toute nature. qui donne sens à la multitude des propositions qu'offre un hypermédia. mais à partir des médias fondés sur le flux instantané : "Les objets temporels industriels (les produits des industries de programmes : radio et télévision principalement) dans la simultanéité et la mondialité de leur réception. Nombre d'analyses contemporaines[173] insistent sur la décontextualisation ainsi obtenue par omniprésence du contexte qui ne requerrait plus une délimitation ferme entre un énoncé et les références qui lui sont connexes. tendent à suspendre toute contextualité. Et surtout. le contexte actuel de la crise de confiance. majore fortement cette activité. Bernard Stiegler aborde. d'un ailleurs anonyme. Mais doit-on dénier. augmentée d'une actualisation quasi instantanée. retrouvant la nécessaire sélection.relève d'un nouveau régime de construction de la croyance. L'idée d'une décontextualisation totalement explicitée et que l'on pourrait s'approprier complètement rabat la question du contexte sur la pure matérialité de son inscription. d'une explication. y compris celle d'une émission de télévision opère aussi par tri. deviennent opaques ? Suivre tous les liens est. toute composante herméneutique à la réception des flux médiatiques sous prétexte que le destinataire ne peut plier le déroulement temporel du flux à son interprétation ? Négligeant le fait que toute réception. œuvrant à l'encontre d'un couplage mécanique du récepteur avec l'industrie télévisuelle normalisée. Bien sûr. provenant. d'une circulation dans un ensemble d'informations. L'industrialisation de la mémoire accomplit la décontextualisation généralisée"[174]. que les "idiotextes" en cours d'émergence (textes. marqué par l'expérimentabilité.

La parade consiste. Les écrire les unes après les autres -et l'ordre adopté n'est jamais le seul possible. par exemple.T. obligent d'ailleurs les concepteurs de sites à imaginer des procédés destinés à capter le consultant afin qu'il ne quitte pas le site en cliquant sur la première zone colorée venue. Sinon une lecture devient un vagabondage sans principe. de nombreuses recherches portent sur la visualisation tridimensionnelle de "paysages de données". WW Movie Map présente des informations organisées sous forme de "paysages de données" : Galaxy of News pour la presse. Le système CAVE. développé à l'Université de l'Illinois. C'est parce que Mendeleïev classe spatialement les éléments chimiques selon deux critères. mais à l'Institut de la visualisation et de la recherche sur la perception de l'Université Lowell. que le lecteur y gagnerait en compréhension des idées développées et de leur articulation. La tentation permanente que représente la possibilité d'activer des liens hypertextuels. par exemple. Leur capacité à augmenter des connaissances ne procède jamais par une libération des contraintes qui président à leur inscription. Ce texte. être modifiées par les cheminements empruntés. s'affranchir de ces contraintes de séquentialité au profit d'une circulation/vagabondage dans des ensembles corrélés d'informations n'est pas une garantie d'augmentation cognitive.transcrit un choix d'enchaînement ainsi que des pondérations qui expriment le sens. et deux seulement. Exploitant des capacités humaines. par exemple. Il est vrai qu'une lecture est aussi une recherche et que les orientations qui guident cette recherche peuvent. la vue et le toucher (grâce à des interfaces à retour d'efforts qui permettent de ressentir physiquement des objets virtuels)[177]. des propos présentés. L'effort du rédacteur s'en serait trouvé notablement allégé. Chaque passage dans un site se réduit à une commutation vers un autre et "surfer" dans des sites et des banques de données devient assez rapidement compulsif ou ennuyeux. Pickett développe des programmes d'appréhension sensorielle de grands gisements de données. Pour le lecteur. Il n'est pas sûr. dans un environnement de réalité virtuelle. telles que celles qui nous permettent de reconnaître facilement une personne. visent à traduire en musiques spécifiques certaines séquences d'images d'acides aminés. pour l'auteur comme pour le destinataire. relatives au séquençage du génome. D'autres recherches. à supprimer la possibilité de cliquer immédiatement sur un lien et à hiérarchiser les liens en ne donnant que les adresses électroniques non cliquables de certains sites jugés d'intérêts secondaires. Au Medialab du M. ces chercheurs préconisent de transformer. La force des contraintes. des chercheurs ont mis au point une interface qui.I. Toujours dans le Massachusetts. des images de données avec lesquelles on peut interagir. ces orientations doivent. c'est dans un travail contraint indexé sur ces inscriptions que gît leur vertu d'accroissement cognitif. qu'il invite à parcourir en utilisant à la fois l'ouïe.Ces affirmations reposent sur l'un des enseignements à forte teneur heuristique issus de la problématique des technologies intellectuelles. Bien au contraire. sinon préexister formellement. pour conserver leur productivité intellectuelle. Mais. c'est une interface de visualisation du Web en réalité virtuelle qui est étudiée. Le zapping hypermédiatique est une affection que les producteurs de sites doivent combattre comme leurs homologues à la télévision. L'idée centrale est d'appliquer à de grandes quantités d'informations brutes des procédures qui les organisent pour elles-mêmes et de constituer ainsi automatiquement des systèmes d'interprétation qui préparent la reconnaissance et l'exploration humaine. en revanche. sous cet angle. Une cartographie intensive des chemins de navigation Afin d'offrir des outils intellectuels synthétisant les explorations de grands corpus de connaissances. afin de la renouveler automatiquement. . Financial View Point pour la finance. est une figure imposée. la concision de l'expression est dans un rapport direct avec la puissance d'élucidation obtenue. à Boston. bien sûr. pourrait fort bien être présenté sous forme d'ensembles d'énoncés reliés par des liens hypertextuels. des ensembles de données en visages afin qu'on puisse facilement les identifier et les regrouper en familles. Geo Space pour la géographie. si tant est que l'intérêt d'une recherche dépend de la consistance des orientations qui y préside. par "copier/coller" permet d'associer à une requête. La séquentialité. du moins procéder d'une interrogation préalable et se construire dans l'exploration. expressive en tant que telle. affiche. R. une portion du graphe de circulation dans des sites Web. À Montréal. qu'il peut prévoir l'existence d'éléments non encore découverts.

reconduit une forme de séquentialité sécrétée au cœur même de l'hypermédiation. par exemple. cette tension disparaît et sa productivité avec elle. Mais exploiter une carte. puisqu'elle inscrit la succession des choix propres à un parcours et disparaîtra ensuite. des nationales et des chemins vicinaux reflétant la vision subjective des concepteurs. dans le contexte de l'hypermédiation. En effet. Ces possibilités commencent à se concrétiser sur le Web[178].est sans doute aussi à verser au dossier de la résurgence de la linéarité. pratiquer des enchaînements de cause à effet. trop souvent ignorée dans l'enthousiasme hypermédiatique actuel. la linéarité est une force de rappel. L'objectif consiste à faire sentir. il ne faudrait pas penser cette question de la linéarité de manière régressive. une image à une autre. L'inscription des chemins suivis de site en site par la mobilisation de liens hypermédiatiques. hiérarchisés et dont il a précisé les relations avec la thématique centrale. ce type de site devient. Le caractère fondamental de la linéarité tient au rapport entre la structure temporellement fléchée de notre perception et la malléabilité temporelle de nos mises en scène mentales individuelles et collectives.de pouvoir graduer l'intensité du lien reliant une connaissance à une autre. ainsi. à nouveau. la séquentialité qu'on a cru pouvoir chasser par la porte fait retour par la fenêtre. Ce marquage automatique ne sera vraiment exploité que si une orientation directrice préalable fonde le cheminement. non pas des items massivement interconnectés. la nécessité de cataloguer les liens en précisant leur degré d'intérêt et surtout la nature de l'association dont ils sont porteurs.peut. les colonnes vertébrales essentielles. la pertinence d'un métaparcours séquentiel. l'autre du guidage linéaire. etc. en effet être associé à un autre selon une multitude de relations (caractère exemplaire ou au contraire généralisation. La vogue récente des "anneaux" -groupements thématiques par affinité de sites dans lesquels on passe nécessairement d'un site à son successeur dans la chaîne bouclée[179]. ainsi que l'on nomme cette mémorisation. en la rabattant. Bien qu'épousant en apparence l'écoulement fléché de la temporalité. S'y exprime le désir de pouvoir bénéficier d'une visite commentée par un spécialiste. simultanée. y compris intellectuelles. expriment aussi avantageusement la richesse de ces médias. cette linéarité est éminemment subjective. etc. Par de multiples canaux. des sites qu'il a sélectionnés. puisqu'elle manifeste l'intérêt reconnu à conserver une trace de passage dans le foisonnement des sites parcourus. Certains langages hypertextuels le permettent. connexité faible ou forte. Prolongement de la bibliographie commentée. de compacter. pour certains domaines. Bien entendu.). Si l'on prétend l'ignorer. De la même manière. La "traçabilité". décrits. mais des autoroutes. en particulier. d'exprimer les structures organisatrices d'un champ de connaissances dans un schéma qu'on peut saisir par le regard. l'intérêt d'une ligne directrice se fait particulièrement jour dans le cadre des consultations "savantes" sur Internet. sans substituer la deuxième à la première. les chemins structurants. elle assure une tension productive entre ces deux structures. Se fait jour. comme en témoigne l'intense parallélisme de nos activités mentales. Et c'est précisément cette "artificialité" qui doit être exploitée comme contrainte heuristique.D'autres outils. transformant celle-ci en horizon indépassable. Il serait très productif aussi -en conception de sites comme en navigation. notamment par l'ouverture de fenêtres associées au lien. Sinon. d'une urgente nécessité. On découvre. c'est aussi se construire des chemins. par nostalgie. y compris si cette exploration s'opère à travers une saisie multi-sensorielle et s'ouvre à une multi- . à la différence d'autres supports (pages numérotées de livre ou bande vidéo. sur la culture de l'imprimé. La question de la séquentialité est intimement liée à celle de la causalité : "après" sous-entend souvent "par conséquence". la trace inscrite n'aura d'autre fonction que de témoigner du papillonnage effectué. On devrait pouvoir tester différents systèmes de catalogage des liens hypertextuels. Sous cet angle. parallèle. apparemment. en est un témoignage. Un site -ou une information. sauf action volontaire visant à la conserver. Comme contrainte. Apparaissent. la linéarité n'est en rien "naturelle". Elle se consulte par saisie globale. La carte. est. de facture plus simple. dans le graphe ou la carte d'un ensemble hypermédia. Des cartographies d'ensembles d'informations feraient alors apparaître. de nouveaux alliages entre linéarité et hypermédiation qui renforceront probablement les deux qualités. Celui qui consulte ces informations gagnerait à se voir préciser le type d'associativité mobilisé. par exemple). Fondamentalement il s'agit de résumer.

s'hypertextualiser. Les outils d'analyse automatiques mis au point dans ce cadre (indexation et génération de mots-clés. par exemple. à partir des caractéristiques de l'électricité.) nourrit l'espoir d'une représentation des situations et de la résolution de problèmes qui nous émanciperaient des contraintes propres à la séquentialité. bref. Marshall McLuhan traçait déjà. il écrira : "Le problème de l'intelligence collective est de découvrir ou d'inventer un au-delà de l'écriture. des perspectives similaires : "La technologie électrique n'a pas besoin de mots. un au-delà du langage tel que le traitement de l'information soit partout distribué et partout coordonné. théorise des propositions qui exploiteraient ces modalités cognitives. et surtout pratique des programmes quasi réflexifs. cartographie) ont ceci d'original qu'ils appellent une intervention ultérieure de l'utilisateur pour éliminer ou filtrer certains résultats ou encore ajouter facilement des documents sans remettre en cause l'analyse déjà effectuée. scripturale de la pensée (quel que soit le degré de spécialisation de l'écriture). sans devoir l'interpréter[181]. de la possibilité de sélectionner certains sous-ensembles de documents et de termes en fonction de divers critères. Les technologies intellectuelles contemporaines initient d'autres types de violences. etc. ou V. Viser le sens indépendamment de sa transcription. destinés à compacter le corpus documentaire selon plusieurs modèles possibles. contraintes à tisser du sens avec et contre .L. il en ira ainsi de l'appel à des outils d'indexation automatique ou assistés.Roms. sur Internet). et qu'il sera donc indispensable "que l'utilisateur final puisse maîtriser l'appel aux diverses ressources. non-langagière. expertise assistée par ordinateur. Ainsi souhaite-t-il éviter la littéralisation et la rationalisation des problèmes en leur substituant un décalque charnel de l'univers concerné qui le modéliserait automatiquement.. et sans verbalisation aucune. engrammation de spatialisations à plusieurs dimensions. L'électricité ouvre la voie à une extension du processus même de la conscience. Il insiste tout particulièrement sur le fait que la navigation à travers des corpus textuels étendus exige de cartographier ceuxci en offrant à la fois une vue d'ensemble ainsi que des cartes locales. à leur manière. à une échelle mondiale. pour accéder à une phase idéographique post-langagière prétendant dépasser l'obstacle alphabético-centriste grâce aux possibilités ouvertes par l'automatisation de la gestion des inscriptions numériques. Dans le domaine de la recherche documentaire sur de vastes corpus. Le projet d'un saut par-dessus la phase langagière. . etc.. Pourtant l'organisation et la présentation de connaissances dans des environnements multimédias nécessitent bel et bien l'appropriation d'ensemble de savoirs syntaxiques dont on peut citer quelques linéaments : nouvelle grammaire des hyperdocuments (comme les langages de programmation H.. Par la suite.L. de la pensée ? L'utilisation des outils intellectuels contemporains (modélisation numérique...M. aux exigences de causalités locales et générales tout en respectant la pluralité des inférences possibles. comme sur les CD."[180]. calcul de cartographie sémantique selon les requêtes composées. Le mode de navigation est ainsi réglé par l'utilisateur qui peut combiner requêtes booléennes classiques.M. c'est pointer vers une idéalité intangible[184]. D'où le projet d'une transmission infra-langagière transcendant les cultures nées de l'écriture et promettant un paradis communicationnel sans codes ni règles. Une inscription directe. pas plus que l'ordinateur numérique n'a besoin de nombres. Pierre Lévy.T.. qu'il pourra paramétrer à sa guise .. Les cadres actuels d'élaboration. de stockage et de transmission de la pensée ne semblent nullement délivrés des pesanteurs de l'extériorisation dont les phases orales ou scripturaires traduisent des violences spécifiques. celle-ci se forme grâce aux pressions qu'elle subit pour s'extérioriser.R.plicité de séquences linéaires. Les outils cognitifs qui offrent des traductions cartographiques intensives par traitements automatiques répondent. s'écrire ou. et productrices. un véritable arsenal d'outils d'ergonomie cognitive. En effet."[182]."[183]. méconnaît la nature de la pensée. métabolisant sans les renier celles des phases antérieures... calculs statistiques de proximité.. cartographie dynamique. Alain Lelu assure qu'on ne saurait se contenter d'interfaces de navigation définie une fois pour toutes.

). l'auteur. le découvreur devient un nœud singulier par lequel passent des groupes sociaux . En revanche.La retraite de l'auteur et l'amour des génériques La culture des réseaux rend-elle obsolète le statut de l'auteur individuel ? On sait que la notion d'auteur individuel et le souci de l'attribution personnelle des œuvres (écrites ou picturales) prennent leur essor à l'ère de l'imprimerie[185]. que dans cette perspective. plus nettement même qu'à . un alliage humain/nonhumain mêlant des personnes. Il devient un élément composite. des stratégies de prélèvements sur la "nature" et des systèmes techniques.si l'on conçoit que chacun des multiples parcours doit être porteur de significations ou d'émotions particulières. ou hypermédiatique. une altérité constituée. élargissant cette démarche. Mais elle s'exprime plus difficilement que dans les formes séquentielles. On a vu comment. elle la radicalise. À l'ère des réseaux et de la complexification des alliages numériques façonnant notre outillage intellectuel. Nous avons déjà discuté la validité de cette assertion. il se réduit à une interface entre des réseaux. on ne le contestera évidemment pas. scientifique. ces courants s'en séparent cependant dans la mesure où ils n'ont pas recours à des structures universelles qui "surdétermineraient" les acteurs. la culture du livre ne dépasse pas celle de l'écriture. doit-on tenir pour argent comptant l'idée que les télé-technologies annihilent le sujet créateur sous sa forme personnelle ? Ces vues -qui font signe (de manière nostalgique ?) vers l'époque classique où l'auteur. Réactualisant une forme de pensée structuraliste (le locuteur prête ses lèvres au langage. l'auteur singulier disparaît au profit d'agencements collectifs qui seraient devenus la seule source productrice des connaissances[186]. au mieux un agent capable de potentialiser la rencontre de lignages hétérogènes. Qu'il faille prendre la mesure du caractère culturellement et techniquement distribué de toute création (artistique. explicitant les choix subjectifs d'un montage textuel ou cinématographique arrêté. De la même manière que. sous l'angle de la conservation.l'instantanéité. Dans la "sociologie de la science". un point de passage stratégique. On rappelle. le sujet individuel me semble devenir. C'est pour cette raison que la forme narrative linéaire ne s'effondrera pas sous la pression de l'hypermédiation. D . Linéarité et réception des récits interactifs L'interactivité transforme le spectateur en spect-acteur et autorise l'intervention sur le déroulement des récits. même si elle en accueille l'influence. Mais la narration interactive n'a pas fait disparaître le récit séquentiel de l'horizon de nos désirs. Et l'on pourrait ajouter : contre et avec la linéarité. l'idée des grandes Idées fait place à l'étude des bricolages astucieux et des manipulations rusées qui permettent de contrôler et d'enrôler d'autres réseaux d'acteurs. de la découverte du vaccin par Pasteur est un modèle du genre). L'acteur lui-même perd son individualité anthropologique. avec et contre l'hypertextualité. et ceci pour des raisons fondamentales qui tiennent à ce que le récit séquentiel. Certes. des courants de l'épistémologie contemporaine ont mis en lumière l'importance de la mobilisation de réseaux sociaux dans l'élaboration des connaissances nouvelles (l'étude. Une vue superficielle pourrait laisser croire. qu'à travers les réseaux. vu comme sujet individuel.et plus indirectement. a contrario. avec et contre la simultanéité. si le spect-acteur doit appréhender les qualités singulières des moteurs narratifs à la source des différentes propositions qu'il actualise. la subjectivité des concepteurs s'exprime dans les cadres narratifs interactifs. n'a pas d'espace propre. La culture hypertextuelle. ici l'inventeur prête son cerveau et ses instruments aux réseaux socio-techniques). etc.font de la création un processus d'émergence absolument collectif. manifeste clairement une intentionnalité. mais la radicalise en réalisant les promesses qu'elle ne faisait que murmurer (le vœu d'une inscription définitive. vœu que seule la multiplication à l'identique de l'imprimé viendra exaucer). par Bruno Latour. Elle exprime le désir qu'on nous raconte des histoires et non pas qu'on se les raconte soimême en enchaînant des libres choix agencés par des machines narratives. ne dépasse pas l'ère alphabétique.

en continuité. Il ne s'agit pas seulement de l'hétérogénéité des échelles. valorisent le réglage des échelles de vision et confèrent un nouveau statut au détail. notamment. d'un quartier. De nouvelles formules de visibilité se découvrent. À cela. Il n'est que de constater à quel point notre époque est amoureuse des génériques -et en particulier dans le multimédia. Le dispositif T-Vision[187] se rapproche progressivement d'une carte régionale. et à un atterrissage qu'à la saisie d'un panorama. plus exactement. on ne saurait trop le souligner. transforment la cartographie.pour s'en convaincre. les dispositifs optiques nous avaient déjà . La planète numérisée offre chacun de ses continents à une descente (aux enfers ?) par un zoom continu (ou presque. Dans le moindre CD-Rom. La profusion des sources de production d'informations et la densification -hypermédiatique. enfin d'une vue aérienne (issue d'images satellitaires mapées sur ces cartes). par exemple.Panoptisme et réglage individuel des trajets Corrélativement à l'expansion des technologies de l'image. on l'accordera sans peine. la disparition de l'auteur. d'une ville.l'époque de l'imprimerie triomphante ou de l'audiovisuel conquérant. on circule. puis locale. car les cartes qui correspondent aux différents niveaux de vision se raccordent avec un certain temps de latence). Après avoir décrit quelques propositions particulièrement exemplaires des nouvelles scènes spatiales en construction. de la production d'idées réorganisatrices originales. pour autant. Comme dans le film Les puissances de dix. des carrefours et des rues. nos représentations de l'espace sont en mutation. personne ne doit être oublié (comme dans l'audiovisuel). mais comme représentation de l'espace ? S'agit-il d'une abdication de tout dessein panoptique par prolifération des vues ? À moins que l'on y décèle une revanche d'un panoptisme d'auto-contrôle.ainsi que le développement des logiques citationnelles (comptage du nombre de citations faites à un auteur dans les publications d'un domaine) abondent dans le même sens. E . c'est bien une hypertrophie de la signature qui se propage. mues par de puissants mouvements inséparablement culturels et techniques qui. on tient la terre entière sous sa main. On verra donc comment la fragmentation et l'individualisation autorisent le maintien d'un nouveau genre de point de vue panoptique global. (Certains logiciels sur Internet s'attachent même à débusquer les renvois systématiques d'ascenseurs pour éviter que des légitimités s'établissent sur le dénombrement automatique des références). du plan local à la carte de France. la plongée dans l'image ressemble plus à un survol. sur ce terrain aussi. dès qu'un site sur le Web semble relever de la création artistique. Que les maillages actuels des réseaux densifient ces chaînages comme jamais auparavant et qu'ils mobilisent l'automaticité des programmes informatiques à un degré inédit. L'importance croissante de la signature des articles scientifiques -de la hiérarchie des signatures. non plus sous l'angle des rapports entre territoire et inscription. du jugement subjectif personnel. S'y expriment aussi des confrontations originales entre individualisation et collectivisation du regard. depuis l'observation à partir d'un satellite jusqu'à la focalisation rapprochée. nous montrerons que. Le contexte de l'hypermédiation devrait plutôt inciter à penser un concept d'auteur en collectif (et non d'auteur collectif) qui dépasse la dénégation de l'individualité au profit d'un renforcement parallèle des deux pôles. grâce à une manette de commande. Échelles de vision et libres ballades urbaines Face à un écran géant. sous les auspices d'une dissolution de toute expérience collective au profit d'une perception purement individuelle de l'espace. c'est aller bien vite en besogne. plutôt qu'un évanouissement. Les Systèmes d'Informations Géographiques mettent en œuvre les mêmes procédés.des relations entre ces corpus majore l'importance du moment de la synthèse individuelle. dans laquelle on pénètre jusqu'à apercevoir des détails tels que des immeubles. Que ce moment soit pris et produit dans un chaînage techno-culturel. Mais diagnostiquer. L'effet de simulation réside ici dans l'irréalité d'un franchissement accéléré des échelles de vision. des régimes inédits combinent unicité collective et définition subjective individuelle des représentations spatiales. Comment interpréter ces figures visuelles. Par zooms ou agrandissements d'une rue. depuis l'espace. Parallèlement à la systématisation de la coopération productive.

La scène cylindrique princeps (celle d'où le visiteur déclenche l'exploration). Cette déambulation est assistée par les fonctions propres au visionnage numérique (déplacement sur plan. à l'échelle d'une ville le même type de projet. Rotation d'un tour sur soimême pour découvrir le panorama. le visiteur manipule une caméra-interface qui fait tourner la plate-forme motorisée. Placé sur une plate-forme. au centre d'un cylindre. Sa rotation délimite une portion de l'écran circulaire. L'image projetée représente une série de cylindres (une dizaine en tout) sur lesquels des panoramas (numérisés à partir de photographies prises avec de très grands angles). d'une densité aussi serrée qu'on voudra n'y suffirait pas plus. qu'on pourrait nommer le lieu réel de la visite. Mais est-il possible de s'engouffrer dans une ruelle entr'aperçue au détour d'une promenade. par exemple.Rom. tous les escaliers et tous les intérieurs d'appartements. toujours en face de lui. ne parviendra pas plus à capturer toutes les cours d'immeubles avec leurs recoins. Faire reculer sans cesse les contraintes qui enserrent nos déplacements. sont affichés[190]. on se ballade dans Paris . La caméra-interface permet de contrôler le déplacement. signalétique surimprimée par des flèches. par exemple). "Place" ou l'intérieur et l'extérieur en court-circuit Avec Place-A User's Manual[189]. derrière le paysage affiché. Vision d'un espace paradoxal où l'intérieur contient l'extérieur et où l'extérieur s'affiche à l'intérieur. augmenter sans répit nos latitudes exploratoires. en un infini planséquence qui nous amènerait. à l'image de la métaphore de la "toile".mémoire des supports ni de la quantité d'équipements de transmission télécommandés nécessaire. Une fois que toutes les données cartographiques et topographiques terrestres seront réunies et stockées dans la mémoire de la machine -ce qui est loin d'être le cas. À chaque carrefour. L'élision de la frontière entre ces deux types de saisie dessine un espace lisse et partout disponible. se redouble dans la forme cylindrique des lieux visités. par zoom. le lissage est continu entre ce que le regard humain peut saisir (une rue. ce faisant. une place) et ce qui exige un artifice technique (voir simultanément la rue et le plan de la ville ou contempler la terre depuis l'espace. enserrant le globe dans ses mailles en constante densification. monuments. Car les capacités de stockage limitées du CD-Rom ne permettent pas d'emmagasiner toutes les rues de Paris. zoom avant dans la direction indiquée par une flèche. Lesquels sont parcourus. Mais en arrière-fond. Ici. mais de l'impossibilité constitutive d'envisager l'explosion fractale des curiosités potentielles : curiosités qui se révèlent. la visite se poursuit selon ses inclinations. reculant les limites. se dessinent les autres cylindres aperçus précédemment. découvrant le paysage sur la surface englobante du cylindre devenu enceinte. en tous points de l'espace visible. l'artiste Jeffrey Shaw renouvelle. se voulant approcher la vraie vie. L'exploration librement interactive de l'univers virtuel englobant prend la forme d'un franchissement permanent de la frontière entre intérieur et extérieur des cylindres. une rupture se produit et on se retrouve à l'intérieur du panorama circulaire. deux boutons commandant les zooms dans les panoramas. selon notre choix.). là juste à droite ? Fameux désir de transcrire l'infinie profondeur de la réalité dans un média nécessairement fini. sorte de flânerie urbaine sur écran. ou d'entrer dans l'échoppe. Cet espace . etc. Face au plan de la ville. par leur surface externe ou interne. non pas en tant que projets préalables à l'exploration. Un autre zoom et l'on franchit à nouveau la surface pour retrouver le paysage panoramique initial des cylindres.le mythe panoptique serat-il réalisé ? Le CD-Rom "Paris"[188] poursuit. à partir d'un site. Et la génération des DVD. avec les moyens de l'imagerie interactive. On comprend qu'il ne s'agit pas là d'une limitation de l'espace. Ici. ouvert à tous les trajets visuels. le promeneur choisit son point de départ : le pont Neuf. le flâneur peut choisir sa direction. Un système mondial omniprésent de Webcams. mais dans son cours même. D'où la promesse de cette réalisation : un déplacement.habitué. en revanche. eux-mêmes circulaires. nourrit parallèlement notre insatisfaction face à des promesses qui. fenêtres d'informations sur les sites. nous font miroiter toujours plus de libertés. avec des fonctions de déplacement et de vision assez évoluées. le genre "diorama" et imagine ainsi une nouvelle formule panoptique. La frustration en est d'autant plus vive . prenant comme modèle la libre déambulation dans un espace urbain. Arrivé très près du cylindre. elle devient un moteur pour relancer une quête que l'on sait sans fin.

laquelle orienterait la succession des signes mis à jour. rappelons-le. Les limites temporelles sont. des associations pour s'en fabriquer autant qu'on veut. Mixte de labyrinthe (où l'on revient sur ses pas sans s'en apercevoir). tout l'intérêt de la réalisation : montrer qu'un moteur narratif fonctionne toujours en nous). Il n'y a pas de trame narrative. objets et personnages. Le regardeur acquiert des indices relatifs aux événements qui ont abouti à la vue de départ : séquences vidéo. plans de situation. non pas dans le point de fuite de l'espace perspectiviste. si bien que naît le sentiment de découvrir à l'infini de nouveaux paysages d'un même lieu. Toutes sont valides et consistantes puisque c'est nous qui les imaginons. cartes. découvrir et actionner. la contradiction entre narration et interactivité. Mais. analyse d'empreintes digitales. où les chemins liant des sites sont parcourus plusieurs fois à partir de sites différents. Un sommaire et un instrument d'exploration tout à la fois. en particulier.mais selon un schéma qui se reproduit à l'identique (alors que dans une fractale pure. avec leurs incongruités éventuelles. La grille matricielle en fil de fer. par exemple. provoqué.courbe se dérobe au contrôle panoramique (indissolublement visuel et moteur). ce sentiment est tempéré par le rappel constant à une représentation centrale. l'explorateur raccorde certaines bribes et établit des chaînes associatives reliant événements. de figure paradoxale à la Escher. Si bien que le sentiment d'une réalité de complexité insondable. mais on s'aperçoit que des indices appartiennent à des familles de faits. sonogrammes d'un tir de fusil. et le maintien d'un certain contrôle panoptique global. l'année où la photographie fut inventée).est homogène à l'espace de la circulation hypermédiatique dans les réseaux. photographies. criminologie scientifique. puisque que la photographie centrale contient les moyens de sa propre dissection. les générations de formes sont de même complexité mais toutes différentes).). et qu'aucune n'a été conçue en particulier. Une forme fractale -la partie contient bien le tout. à l'infini. en creux. vidéos. (Même si ce n'est pas son objectif. "18 h 39" ou le panoptisme en surplomb Le CD-Rom "18h39" propose de consulter "un instant photographique" présenté sous forme d'un quadrillage en seize pavés. La photographie apparaît alors comme une lucarne dont il est possible de déplacer les limites : repousser les bords. en réalité. de l'autre. l'exploration rappelle la circulation hypermédiatique sans fin. de successions hiérarchisées de plans. Mais cette histoire n'existe pas. fiches signalétiques d'objets. changer de point de vue pour découvrir ce qui se cache derrière un personnage ou un meuble. les genres se mêlent pour tenter de comprendre ce qui s'est passé à 18 h 39 (1839 est. etc. inversées.s'en fabriquer une. en effet. plus un sommaire multimédia qu'une surface opaque. des instruments de visionnage (dénommés "machine de vision" tels que panoramas. Pas d'histoire. C'est. visionneuse de diapositive. bien sûr. mobiles puisque certaines informations glanées au cours de l'exploration (films vidéo. chacun d'eux se prêtant à des avancées possibles sur quatre niveaux de profondeurs[191]. faire fonctionner un objet. Fouille archéologique. simulation d'objets). par la multiplication des niveaux d'analyses. dans une même enceinte. La scénographie d'ensemble combine astucieusement des plongées qu'on peut croire infinies dans des détails avec un retour régulier à l'image initiale. appliquée sur cette image symbolise assez bien l'alliance entre l'autonomie de chacune de ses parties d'une part. Cumulant tous les formes d'archives (fiches documentaires. D'où l'idée qu'une histoire se tient en arrière plan. séquences vidéo. elles aussi. des trames. Le spectacteur s'aperçoit très vite que le photogramme de départ est. l'œuvre de Jeffrey Shaw -parfaite réunion de monades leibniziennes. mises en abîme dans ce qui n'est plus une visite mais une circulation où chaque paysage contient tous les autres. par exemple) présentent des événements antérieurs. analyse spectrale d'objets. Un panoptisme distribué Nous avons volontairement choisi des champs d'activités hétérogènes (œuvres artistiques et outils d'informations logistiques) pour questionner le statut de l'espace tel que les technologies numériques le modèlent et le . cette proposition résout de manière astucieuse. d'avant et d'après sont confondues. On peut -on ne manque pas de. il s'agit là d'un panoptisme original qui nous confirme qu'une image dissimule autant qu'elle révèle. Finitude des composants spatiaux et multiplicité des trajectoires. enquête policière. mais parce que les notions de proximité et d'éloignement. Le viseur photographique (ou celui de l'arme de précision) sert de pointeur et on peut. mais des matériaux. à l'intérieur de l'image.

Le panoptisme est logiquement sollicité dans une version inquisitrice classique. seul leur champ d'opération est maintenu commun (le globe. à l'aide de puissants robots. Au tout visible. Mais. monadologique. à première vue. Elle devient un horizon abstrait : la même Terre.présentent. aujourd'hui indépendantes.n'a probablement pas fini de nous étonner L'œuvre de Jeffrey Shaw (Place) manifeste. eux. Les Webcams deviendraient "des régies vidéo des comportements". via Internet. ne semblent pas rendre compte des scénographies spatiales qui s'installent dans nos modernes fenêtres. il faudrait postuler l'émergence d'une industrie du rassemblement des images de Webcams. de régler les échelles de vision. Les trajets sont multiples. "Vu sans savoir qui voit" (et non plus seulement "voir sans être vu") pourrait en résumer le fonctionnement . pénétrable. interprète unilatéralement le développement des Webcams dans une perspective de contrôle généralisée. correspondant à ses trajets. Et l'exhibitionniste. etc. l'impossibilité d'un point de vue unique dès lors qu'au- . Le panoptisme moderne est distribué. l'unicité de l'espace -que symbolisaient les cartes imprimées . à partir d'un lieu unique et surplombant. avec le "marché du regard" ouvrant au "panoptique de télésurveillance généralisée". Mais d'autres équipements. mais grâce aux décisions du regardeur. Mais ce diagnostic présuppose qu'un œil unique est en position sommitale pour totaliser toutes les observations (et symétriquement qu'un corps unique produit toutes les exhibitions). d'une photographie satellitaire de n'importe quel point du globe avec une précision digne des services de renseignements militaires[192]. ou le krach des images"[194]. lieu du pouvoir. Mais ces lucarnes ouvertes à qui veut bien s'y glisser délivrent une vue fragmentée de l'espace. sortes de viseurs démultipliés par lesquels chacun peut voir ce qu'un autre a décidé de lui montrer. La dialectique diffraction/réunion -autre manière de nommer la question du mode de collectivisation de l'expérience sociale. elle aussi. celle. le tout réglable. s'apprêtent. Les Webcams[193] sur Internet. en sachant qu'une portion seule de l'espace lui est visible . notamment de guidage routier. Paul Virilio. Or c'est bien à l'opposé du rassemblement des points de vues qu'œuvre la diffraction des télé-regards par Webcams interposés. tout comme la perspective strictement individualiste. finie. Mais alors pourquoi continuer à parler de "panoptisme" et ne pas y substituer la diffraction individuelle de l'observation ? Une telle interprétation ne rendrait pas compte d'un phénomène essentiel : l'obsession d'une saisie commune de l'espace. conserve le contrôle des champs de vision. thématiques. Mais comment comprendre ces diverses propositions ? Quel cadre d'analyse permet d'en révéler les mouvements princeps ? On se souvient que Foucault symbolisait la société de surveillance par le panoptisme. de son rassemblement dans une même vue techniquement organisée. relèvent d'une exposition généralisée. Et. L'interprétation orwellienne (le contrôle absolu par un regard anonyme et omniprésent). Ce n'est plus l'œil du maître qui en est le siège. chacun peut s'y exercer. subjectifs. On pourrait. outre la localisation dynamique. affirmer que le nouveau panoptisme qui s'invente illustre parfaitement l'omniprésence du réglage individuel des parcours. le "tout visible" cher au projet panoptique est remplacé par une autre formule. est le pendant visuel de la conversation multipolaire. de la caméra. à offrir largement leurs services. une improbable saisie de toutes les images du monde où chacun met son regard à la disposition de tous. La multiplication des Webcams fait signe vers une couverture instantanée complète des vues possibles sur la planète.n'est plus une donnée évidente. Ètudiés selon les mêmes principes. truffé d'instruments de navigation à l'image de la possible commande par tout un chacun. ils permettent. différence fondamentale. Ici. idéal d'un panoptisme réparti en autant de volontés assurant la diffusion d'un morceau infime du grand puzzle non-totalisable. avec toutes sortes de focalisations spatiales. Il est vrai que T-Vision reste un prototype nullement appelé à s'installer dans nos foyers. la même ville mais qui se déforme selon les inclinations de chacun. surtout le centre panoptique est potentiellement démultiplié puisqu'il se confond avec la disponibilité du dispositif. Et si l'on osait une prédiction socio-technique. Cet exercice "d'omni-diffusion". par l'Internaute. au régional puis au mondial. Lequel supposait un centre unique de vision. "postes de contrôle de la perception du monde". éclatée qui s'alimente sans cesse sur le réseau. Paris ou une zone géographique). fait place un panoptisme collectif. dans son article "Œil pour œil. En revanche.chercheurs visuels organisant l'affichage gradué des visions du local. même s'il autorise la manipulation.

Mûri.la réception épouse l'écoulement linéaire de l'émission. (On pourrait d'ailleurs faire remonter la notion de temps réel au processus "indiciel" de la prise d'empreinte. dès que les temps d'exposition eurent été réduits à la commutation de l'objectif). Du traitement de texte à l'usage d'un photocopieur. En caractérisant le régime temporel contemporain par ce concept de "temps réel". d'attention propre au traitement de l'information. n'érige-t-on pas trop rapidement -c'est le cas de le dire. télévision). la notion de "temps réel" s'est socialisée dans l'univers de l'informatique des années soixante-dix lorsque la mise en œuvre des programmes est devenue "conversationnelle". de manipulation d'interfaces.Le régime temporel des télé-technologies : ralentir la communication Lorsqu'on diagnostique. là aussi. Dans la communication de flux (radio. tous les réseaux fonctionnels d'une commune mémorisés sur un même support : comment ne pas y déceler la marque d'une inquiétude. Sous les espèces de la fusion de l'intérieur et de l'extérieur. Cette désignation qualifie des applications (machines et logiciels) dont le temps de traitement est compatible avec le phénomène à contrôler (quelques secondes pour une billetterie automatique. on ne sort pas du paysage. poussant. il exprime parfaitement le régime des télécommunications dès lors que la réception coïncide avec l'émission. Avec l'installation massive des procédures informatiques.la vitesse en ordonnateur de civilisation ? Ne néglige-t-on pas une composante essentielle de la programmatique. Bien qu'on y voyage librement et indéfiniment. d'espacement. les doutes qu'on peut avoir sur ces diagnostics. L'usage du concept de "temps réel" révèle. Tous les lieux de la Terre rassemblés dans une même base de données et liés continûment les uns aux autres. à ralentir le régime social de la communication. On fait trop souvent un usage décalé du concept de "temps réel". celle de la temporalité humaine de saisie.était dangereusement chronophage. tout le monde a pu se convaincre que le perfectionnement des versions -rimant avec automatisation grandissante. l'assomption de l'instantanéité (l'arrivée précédant le départ) comme forme dominante régissant les espaces public et privé. tous les sites d'une ville accessibles par les mêmes procédures. La formalisation des savoirs dans des logiciels spécialisés a pour conséquence d'augmenter la longueur et la difficulté de leur mise en œuvre. comme Paul Virilio. au cours des années cinquante dans les arcanes du M. de réglages. Sur un plan temporel -et non sémiotique ou affectif. malgré l'accélération de l'acte communicationnel lui-même. si le traitement interne s'effectue bien en "temps réel". le régime temporel dominant s'infléchit à nouveau en redécouvrant des modalités de différance. Or. Survivance de la logique de l'enregistrement et parfaite expression de la télédiffusion (de textes. Mise en œuvre de logiciels de traitement de texte. mais qui dépend du jeu de l'interaction.épouse une toute autre logique.cune position ne permet une véritable vision panoptique. activation de jeux vidéo. impliquant le contrôle d'un espace devenu réversible. Ces fréquentations se déroulent dans une durée qui n'est plus programmée par un flux indépendant des acteurs. F . par exemple). le traitement externe -qu'on nomme aussi interaction. sous la forme d'un compromis ingénieux maintenant le cadre collectif tout en organisant la dispersion des saisies et des trajets. on identifie la quasiinstantanéité du calcul informatique avec les conditions d'usage des programmes. exploration interactive de CD-Rom. l'adéquation est parfaite. celle d'une fuite des repères communs ? Mais aussi une réponse assez forte à cette inquiétude. de sons et d'images). L'automatisation (dont Gilbert Simondon nous a appris qu'elle ne simplifie pas les processus auxquels elle s'applique mais les complexifie) accélère le traitement de l'information mais ralentit son appropriation. tout particulièrement. navigation sur Internet. l'obsession de la clôture de l'espace est évidente. parfois de doute. pour ne citer que quelques activités phares de l'ère du traitement de l'information : toutes pratiques qui nécessitent une série de choix. modalités qui exigent une durée et non pas une simple affiliation à un flux.T. l'instantanéité ne caractérise plus le paradigme temporel qui émerge à l'ère du traitement de l'infor- .I. avec la capture photographique de l'apparence. En fait. de questionnement. de décision et finalement d'action. à travers les recherches militaires d'automatisation de la couverture radar du territoire américain (le fameux programme SAGE). quelques millièmes de secondes pour des dispositifs de sécurité dans les transports..

par certains aspects.mation et des connaissances. Faut-il en conclure que dans la sphère productive et commerciale la recherche de l'instantanéité orienterait fondamentalement les restructurations en cours. disqualifient les capacités humaines de décision. tout le régime politico-militaire de "l'équilibre de la terreur" a reposé sur ces déplacements de primauté. ajournement des effets immédiats d'une diffusion de programmes dont il appartient à chacun d'actualiser les règles. En effet.d'absence à soi exprimée dans une invitation projective. et nous voilà prêt à signer toutes les thèses sur la prédominance de l'immédiateté. et de décrochage recherche aveugle par cliquages exploratoires. On le sait. elle offre l'avantage de ne pas les opposer. aussi. de vision. de l'action est préparé par un gigantesque compactage temporel. Ce faisant. imaginaires (si on fait abstraction du rapport mécanique. Paul Virilio avait déjà attiré notre attention sur ces mécanismes à propos des stratégies militaires de la dissuasion. Avec la posture interactive. avec ceux de la lecture/écriture et des logiques éditoriales : temps différé. où encore à l'exploration de l'écran. le transport imaginaire s'articule plus nettement avec les dimensions corporelles (enchaînements de gestes. est la condition du déchaînement instantané. automatique à la conformation matérielle du livre ou d'autres supports imprimés). dont chacun imagine la quantité d'hommes-années qu'elle rassemble. à la décision. La planification de la machine militaire précède le déclenchement des opérations et le moment stratégique se déplace de l'actualité du champ de bataille vers l'antériorité de la programmation militaro-économique des systèmes automatiques qui. alors qu'elle déclinerait dans l'espace public organisé par les médias ? C'est une hypothèse plausible. les transports obligent le spect-acteur à se prendre comme objet de questionnement. On peut discuter cette vision d'une guerre d'automates pré-programmés (les plus récentes doctrines militaires américaines semblent. en revanche. si on prend un peu de recul face à la scène de l'instantanéité telle que les opérateurs tétanisés sur les marchés financiers nous en offrent un spectacle exemplaire. interconnexion mondiale des places boursières. Toutes ces postures provoquent une interpellation beaucoup plus nette qu'avec le récit audiovisuel et donnent une vigueur nouvelle à la durée locale. que l'on nomme habituellement "programme automatique". Par opposition. redonner une place importante à l'initiative sur le terrain). Tout en reconnaissant la spécificité des régimes de durée propres aux sphères médiatiques et productives. Instantanéité. la prédominance de l'immédiateté s'altèrent progressivement au profit de régimes qui renouent. (Un programme aussi couramment utilisé que Word représente environ deux cents hommes-années de travail). variabilité des durées. on l'a vu. La toute-puissance du "temps réel".ou de prise de décision dans une série explicite d'enchaînements possibles. Mais elle recèle . La précession programmatique. Une autre approche permet de rendre compte de cette apparente disjonction de formes temporelles dans ces champs sociaux. Cette confrontation fait alterner les phases d'adhésion/pénétration dans le récit.). on néglige peut-être l'essentiel : le temps passé à réaliser et à tester les programmes d'interventions automatiques. en assumant l'engagement. par opposition à la culture du "temps réel" fondée sur une sollicitation -jamais totalement réalisée. d'audition propres à l'exercice de l'interaction). véritables réserves. Dans l'univers des récits interactifs. etc. de données. organisation des entreprises en réseau. réactivité et programmation : une temporalité mise sous pression Nous n'ignorons pas qu'un pan entier des usages de la programmatique vise à augmenter la réactivité (c'est-àdire la vitesse de réaction) des acteurs et des systèmes engagés dans les mêmes activités (automatisation industrielle. par exemple. de calculs et de raisonnements formalisés. qu'un diagnostic adéquat libère dans une fulgurance. Nous avons proposé de nommer "présentielle" cette confrontation locale. à la lecture où les dimensions de "présence" dans le récit sont quasiexclusivement interprétatives. l'assignent au choix. on découvre une organisation temporelle où le moment de la décision. sous pression. tout ceci ordonné par un moteur narratif organisant la pluralité des parcours possibles. Le nez collé sur les transactions boursières déclenchées automatiquement par un Program trading basé sur l'analyse instantanée des différences de cotations entre les Bourses de New-York et Chicago.

dix. Internet. Ces durées considérables. que l'automatisation de l'observation géographique. sa capacité à organiser la structure temporelle de l'espace public. croît le caractère stratégique de la maîtrise des communications. Le fonctionnement de cette programmation sous pression. Et enfin. il ne recèle plus la puissance irradiante qu'il possédait à l'ère de la télédiffusion triomphante. voire vingt ans. on l'a vu. Le vocabulaire législatif suit la même logique d'accumulation lorsque les parlements votent régulièrement des lois de "programmation militaire" à cinq. ou encore dispositifs de sécurité industrielle[195]. mettent en réserve une temporalité sous pression. font. de marketing.le système et réalise la capitalisation temporelle préalablement accumulée. leur apparition. éventuellement d'un appartement. des formules de mixité des régimes temporels du "temps réel" et du "temps différé".déclenche une sorte de court-circuit où l'énergie accumulée se décharge en contractant à l'extrême la durée de l'opération. Le réseau peut accueillir l'émission de flux radiophonique ou télévisuel. tout en demeurant notable. En revanche. ici aussi.incontestablement une part importante de vérité. (On pourrait affiner les distinctions en analysant plus précisément. par exemple. L'une des résultantes de ce processus est l'augmentation des durées d'étude et de conception (dix ans ou plus pour les programmes militaires. d'un costume. en effet. intégration industrielle des fonctions de conception. avec la crise de confiance qui affecte les massmedia et la croissance corrélative des principes d'expérimentabilité qui en prennent la relève. de commercialisation. n'en est pas moins déclinante. Des applications sont aujourd'hui proposées qui mixent l'intervention instantanée convoyée par réseau. c'est-à-dire la prise de décision et l'action détend -au sens de la détente d'un volume gazeux. Ce modèle est puissamment installé dans notre paysage et il ne s'évanouira pas dans un avenir prévisible. parler d'un ralentissement de la "communication" sous l'effet de l'augmentation de la charge de travail que représente la programmation de systèmes à complexité croissante. avec des traitements locaux sur supports opto-numériques (CD-Rom. du déroulement des missions aériennes et du dépouillement de l'information acquise confirme. vingt ou trente ans pour les institutions japonaises de programmation économiques. la temporalité différée propre à l'usage des robots chercheurs. hétérogènes à la séparation "temps réel"/"temps différé". On pourrait. Ainsi voit-on émerger une temporalité dissociée où la rapidité de la décision-action est en rapport avec l'immensité du temps passé à la préparer. Les mêmes principes sont à l'œuvre dans toutes les activités fondées sur la réactivité quasi instantanée des systèmes ou des organisations : commutations automatiques dans les réseaux de télécommunications. allant de pair avec la rationalisation de l'activité des véritables usines intellectuelles techno-scientifiques assurant ce travail. Le Deuxième monde[196] illustre parfaitement ce type de mixage. sur les réseaux notamment. fait cœxister plusieurs régimes temporels. Loin de nous. l'idée que le modèle de l'émission/réception immédiate soit balayé par les formes programmatiques émergentes. Des formules d'hybridation absolument inédites. installation des . à propos de la programmation militaire ou industrielle). que nous avons mise à jour plus haut. il abrite une temporalité du traitement différé s'étageant des formes classiques de lecture aux circulations hypermédiatiques les plus raffinées. Aujourd'hui. L'expérience débute par l'auto-composition d'un avatar : choix d'un visage. lorsqu'il se matérialise dans l'action -à la différence du régime ralenti de la communication sociale dont nous avons fait état précédemment. Ce passage en revue rapide des régimes temporels du réseau mondial ne constitue pas encore une typologie organisée. temporalité qui procède de la logique de l'accumulation/décharge. De même. de production. car l'écriture télé-textuelle s'opère en deux temps : rédaction puis validation). programmes d'investissement boursier. Notre espace public voit émerger. par exemple. aujourd'hui en attendant le DVD et autres "galettes" démultipliant les volumes d'informations stockées). Avec la conversation écrite -lorsque les partenaires sont connectés simultanément -il héberge une semi-instantanéité (semi-instantanéité. par exemple). Et cela n'est pas sans rapport. Temps réel et temps différé en confrontation La réévaluation que nous proposons n'implique pas que l'instantanéité soit appelée à disparaître de notre horizon et soit systématiquement remplacée par l'épaisseur temporelle d'un traitement. Le "temps réel". modelage des espaces.

sa présentation publique (choix de visage. Et il ne s'agit pas seulement des cours de la Bourse. dans certains contextes. Outre la diffusion de chaînes. La version électronique du Wall Street Journal est réactualisée quatre à six fois par jour. Mais ce faisant. conclu en juillet 1997. Ainsi. en visionnant un film. modélisé en trois dimensions de manière étonnamment réaliste. une firme américaine met au point un projet de "CD-Rom infini" contenant mille cassettes vidéo. Avec le Webcasting. Instantanéité de la réception. de l'information audiovisuelle. ces techniques combinent les outils de recherches (type moteurs) avec le téléchargement en continu d'informations.agents branchés au même moment sur le site d'Internet. dans une autre partie de ce travail. le Webcasting redistribue les polarités temporelles en bousculant l'opposition classique entre l'instantanéité propre à la culture de flux et la temporisation de l'hypermédiation. on gouverne.[198]. le "temps réel" ne se juxtapose pas au traitement différé. par exemple. une . Ces alliages temporels sont d'ailleurs loin d'être figés. l'usager sélectionne des thèmes qui alimentent des moteurs de recherches lesquels lui ramèneront une information préalablement triée et parfois même évaluée[197]. momentanément isolé.).L. Dans une perspective voisine.T. par exemple. Par exemple. la confrontation avec une présence instantanée. y ajouter des informations personnelles et s'y déplacer de manière intuitive[199].). et dans lequel l'abonné peut faire son marché. lieux visités. en effet. L'ordinateur qui réceptionne ces fichiers se charge de construire l'image affichée sur l'écran puisque le CD-Rom local contient déjà tous les matériaux nécessaires à cette reconstruction (formes de visages. L'idée se fait jour d'une temporalité trouée. Alors que les flux de l'émission de la radio et de la télévision se diffractent dans leur mise en ligne. DirectTV (leader américain de la diffusion numérique par satellite) et Microsoft ont annoncé la mise sur le marché d'un ordinateur-récepteur mariant la réception télévisuelle et la navigation sur le Web. les dynamiser. etc. le télénaute pourra rechercher les biographies des acteurs ou des indications sur son tournage. actualisé en permanence. la mise à jour directe de logiciels sur les disques durs des abonnés au service. Prolongeant cette forme d'usage. Mariant l'instantanéité de la télévision avec la navigation multimédia. etc. Ici. en soulignant la rupture qui s'ensuit avec le mode de réception habituel de la télévision.. costumes. Mais dans ces univers. ces logiciels permettent.ameublements. L'utilisateur pourra.M. On y rencontre d'autres avatars connectés au même moment sur Internet. La mixité des sources événementielles soustend une dialectique entre processus pré-programmé local et événement inattendu sur le réseau. l'immédiateté d'une présence lointaine peut se figer et chuter vers l'exploration sédentaire.. la diffusion électronique de l'écrit est sujette à un mouvement inverse. de costume. L'apparition de nouvelles normes d'édition de documents appelées à succéder à H. l'apparition de chaînes multimédias distribuées sur Internet (Webcasting). où à tout moment la durée d'une exploration peut basculer dans l'instantanéité d'une confrontation avec un spect-agent éloigné. L'univers maîtrisé de la scénographie interactive locale s'expose à l'irruption intempestive des spect. par un accord. Les fichiers transmis ne contiennent qu'une information limitée décrivant leur aspect physique et leur position géographique..) et l'on sélectionne sa disponibilité à l'interpellation (la possibilité de ne pas répondre est facilitée par la décorporéisation de l'avatar tiers). convoyée par le réseau avec un travail sédentaire. les push technologies inaugurent une nouvelle forme médiatique. etc. rapidité de la navigation et temps de réglage de la composition personnelle se combineront d'autant plus. modifier la composition des pages qu'il reçoit. plus systématiquement que dans la vie ordinaire. Hypermédiation et réception de flux sur Internet Nous avons déjà évoqué. Dans le on line l'écrit connaît une mise un mouvement qui le rapproche. sports. finances. rendront encore plus complexe la consultation des sites. transformant l'écran de l'ordinateur en récepteur de chaînes multimédias thématiques (météo. L'expérience d'une interaction allie. Elle se poursuit par la libre déambulation dans le centre de Paris. À l'inverse. On pourrait comparer cette temporalité à un modèle simplifié de notre existence quotidienne faite d'alternances (ou de combinaisons) de moments d'ouverture au monde et d'isolement. il s'y mélange.

Nous ne prédisons pas le succès automatique de ces formules qui se confrontent à de solides ancrages. . que les fonctions de protection (simuler l'absence) et de filtrage des répondeurs sont progressivement devenues essentielles. AFETT/EUROCADRES. [165] Jacques Perriault.sont commercialisés. organise aussi les relations locales des chercheurs anglais. corriger les dominantes de couleurs. Dallas et les séries télévisées. Dopo ze bip. [160] Howard Rheingold. "La carte comme modèle des hypermédias". voilà d'ailleurs la pénétrante suggestion de Françoise Agez dans son article. Plus généralement. Howard Rheingold mentionne notamment le rôle social du réseau WELL (pour Whole Earth Electronic Link). Quelques observations sur les usages du répondeur téléphonique. l'un des spécialistes mondiaux du design des journaux électroniques. et notamment l'article de J. Mais. les cadrages ou assembler plusieurs images. quels enjeux ?. dans son livre. nous constatons qu'un virage est pris. Carminat intègre un récepteur G. Les technologies mobiles. 1996. on l'a vu. (Addison. localisant le véhicule. c'est entre les deux" affirme M. fév. Mais rien n'est consolidé en la matière et les premiers enseignements de la presse électronique ne permettent pas d'affirmer avec certitude que le renouvellement des informations séduira plus les lecteurs que. p. Un industriel des pellicules photos propose. d'une autre manière. et sous quelles formes ? Tout est ouvert. ou instantanéité et temporisation. [164] Dominique Carré. ces propositions techniques seront-elles favorablement accueillies. [163] Voir l'intéressant article de Pierre Alain Mercier. [167] Certains usages d'Internet illustrent aussi. deux services de guidages -Carminat Infotrafic et Skipper développés respectivement par Renault et Europe Grolier. 1996. 54/59. Ville de SaintDenis. Garcia. Les communautés virtuelles. pp.. virage qui confirme que les structures temporelles émergentes ne sauraient opposer séquentialité et hypermédiation. [162] Que la carte puisse être lue comme une préfiguration de l'hypermédiation.. 1995) véritable hymne à la vie virtuelle. cit. une demande de regroupement de plus en plus forte " (Jacques Perriault. Il y montre.part significative des articles sont réécrits au fil de l'actualité. via Internet. la haute définition à domicile.. p. multiplie les exemples où l'usage des réseaux consolide. Paris. n° 12. [161] Depuis septembre 1997. village virtuel en vogue dès les années 87. d'accéder par Internet au fichier de la pellicule envoyée au laboratoire pour développement. 21/28. Une nouvelle connexion. n° 82/83. SIC Université Paris-Nord. depuis 1997. in Réseaux. [166] "Les institutions de formation à distance connaissent aujourd'hui...P. en particulier. 1985. mais plutôt les assembler en les insérant dans des configurations qui font cœxister (pacifiquement ?) leurs régimes spécifiques. Paris. in Catalogue d'Artifices 4. L'horizontalité de la page imprimée se moule dans le flux de la diffusion temporelle. par exemple. voire même engendre. en temps réel. Ici. la recherche "motorisée" dans des banques de données. L'utilisateur peut accéder.S. ce n'est pas la télévision. CNET. aux vignettes composant sa pellicule. bien sûr. 227). Autre témoignage des mixages en cours entre les logiques éditoriales (stock) et de consultations en ligne (flux) : l'abonnement à des services spécialisés téléchargeant à date fixe.Wesley. et il renvoie les images modifiées qui corrigeront automatiquement les fichiers haute définition détenus par le laboratoire. 9. la permanence de l'écrit s'allie à son rafraîchissement instantané. op. La communication du savoir à distance. CNET. lequel redistribue les rapports spécifiques entre réception et navigation. Dans sa version complète. en attendant. fréquenté essentiellement par des Internautes habitant autour de la baie de San Francisco. notamment en matière de réception télévisuelle[201]. il propose un trajet optimisé et calcule sa durée. l'intégralité d'un site afin de permettre une consultation locale hors connexion[200]. ce n'est pas le journal. des collectifs locaux. Dallas. Lab. les retravailler sur son ordinateur. [159] Voir la revue Réseaux. mars/juin 1997. 1997. Bianchi. Collectant. pp. [168] Le mediaspace d'Euro PARC en Angleterre couplé à celui de Xerox PARC à Palo. 78. les rythmes et l'ampleur. quels qu'en soient les modalités. Les feuilletons et la télévision populaire. toutes les informations sur le trafic (et la disponibilité des parkings). ces mixages de relations à distances et de déplacements géographiques. L'Harmattan.Alto en Californie. Il lui restera à aller chercher les tirages papiers dans son quartier. p. "Le Web.

. 99. La technique et le temps . 69/80. relationnels. édite au fur et à mesure de la consultation de pages Web. avril 1997. dans La révolution de l'imprimé dans l'Europe des premiers temps modernes. Un simple clic suffit pour passer immédiatement au site suivant (et ainsi de suite jusqu'à revenir au départ). [171] Cité par Christian Huitema. etc. 110. cit. 277 [176] L'écriture multimédia recherche toujours un équilibre -variable selon les genres et les auteurs. déjà cité au chapitre V. 1968. p. La Découverte. [181] "L'exposition des connaissances perdra le caractère unidimensionnel. 1996. [170] La révolution Internet. 1997.. Nouvelles technologies intellectuelles. le compilateur qui croise différents écrits. Eyrolles. Centre Georges Pompidou. "Les nouvelles formes d'attribution de la qualité d'auteur et les droits de la propriété littéraire sapèrent les idées anciennes d'autorité collective non seulement en matière de composition des livres bibliques mais aussi de textes philosophiques.. Ainsi Philippe Quéau affirme : "Les mondes virtuels permettent de fait d'exprimer des idées abstraites d'une manière entièrement nouvelle.]"...I. Ce ne seront plus seulement les mots. L'Harmattan.. Descartes et Cie et Cité des Sciences. Paris. pp. le 19/11/96. [174] Bernard Stiegler. le commentateur qui ajoute des explications. Paris. (La Découverte. etc. Interfaçages automatiques d'hypertextes. [184] Pour une critique plus détaillée de ces hypothèses.. Ici. .. p. mais des interactions de toutes natures entre des mots et des énoncés figurés. pensée et langage.. n°74. Paris. p. 109). [175] Op. Le Seuil. Paris. alors que ces deux dimensions ne sont pas de même ordre. hiérarchies de classes et de sous-classes. Elle cite notamment saint Bonaventure. tous les sites concernent le même sujet. [172] On pourrait postuler que la "cyberelation" combinant présence à distance et modélisation numérique (travail. Le Virtuel.P. [182] Pierre Lévy. p. absolument immanent. supprimant ainsi les temps d'attente inévitables lors de l'activation des liens classiques. in Le Monde de l'éducation. 89/96. Paris. Champ Vallon/INA. etc. [173] Pierre Lévy est l'un de ceux qui ont thématisé. qui donneront sa densité au savoir. 1994. Paris. [179] La circulation dans un "anneau" est une alternative au surfing ainsi qu'à l'usage souvent imprécis des moteurs de recherche. voir notre article. Les interactions elles-mêmes ne seront pas seulement logiques (implication. 98. cette idée de gain cognitif par disparition d'une concrétisation du contexte. On estimait.) définit en tant que tel l'idéal intangible d'un rapport social totalement auto-gouverné. jeux. 1993. Paris. p. causalité. [178] Le logiciel Umap Web. au fil du discours. 99. p. 125. [180] Alain Lelu. La Découverte. il y a au moins quatre manières de faire des livres : le scribe qui copie. in Communication et lien social. 1991) montre que la notion d'auteur est typiquement typographique. Ainsi écrit-il : "La structure en collecticiel permet en effet de faire une fantastique économie d'écriture. Le contexte et les références sont toujours déjà là. Éd. L'Harmattan. pp. Seyssel. in Terminal n°68. 34. à partir des sélections effectuées par l'utilisateur. Pour comprendre les média. in Rencontres Médias 1. des cartes répertoriant les proximités entre thèmes ou concepts. [185] Elisabeth L Eisenstein. p. lequel nous rappelle. En effet les tenants et aboutissants d'un énoncé n'ont plus à être explicités par du discours puisqu'ils sont impliqués dans des liens hypertextuels. en septembre 1998. scientifiques et juridiques" p. d'une manière radicale. B. Paris. à plus de 700 000 le nombre de sites fédérés en près de 50 000 "anneaux". été-automne 1997. [177] Sur ces questions voir Sally Jane Norman. 46. L'empire des sens.La désorientation.) mais topologiques". 1992. 276." L'intelligence collective. p. sur Arte. 1994. et enfin l'auteur qui cite d'autres textes (voir p.entre libre exploration et axes directeurs structurants. Paris. qu'à l'ère du manuscrit. Les zones contenant des mots principaux y apparaissent grossies. Et Dieu créa l'Internet. D'autres analyses suivent la même inspiration. L'intelligence collective. animés. 15 [183] Marshall McLuhan. Les paradoxes de l'Internet. formation. in Terminal. Pierre Lévy. Galilée. 1996. 102. p.. Métamorphoses de l'écriture. p. en utilisant des configurations spatiales d'objets concrets ou de symboles imaginaires [. jouant le spatial contre le linéaire.[169] Voir Bernard Prince.

via Internet. privilégiant. dialoguer. Une fois connectés. Cryo a préféré prendre son autonomie et s'attache plutôt. lancé depuis décembre 1997 par une société américaine. 83/105) convoque à nouveau l'antienne foucaldienne de la disparition de l'auteur-sujet au profit de l'auteur-actualisateur de "nappes discursives". le logiciel détecte l'ordre dans lequel l'abonné lit les articles et affichera donc. Saint-Denis. (eXtensible Mark up Language). les concerts avant les films et les critiques de livres. costumes. Par ailleurs. Seul Canal + continue le Deuxième monde. les dimensions subjectives singulières qu'il exprime. un système de vote. à tout moment. intérieur privé. la sécurité du métro VAL est assurée par un logiciel comportant quelque dix mille lignes de codes dans les équipements au sol et cinq mille dans la rame. 82/83). les images des trois Webcams installées. le satellite Earlybird I. [192] On peut désormais mobiliser de chez soi. la tectonique des flux discursifs. BPI." Le visiteur compose son apparence grâce à une bibliothèque de formes : visage. Odile Jacob/Conseil de l'Europe. L'expérience a été rééditée sur le tournage de Regarde mon père. non sans légitimité. pp. [193] Une Webcam diffuse en permanence l'image d'une scène (carrefour. basket-ball. Moyennant quelques centaines de dollars.. 1997. Elle permet- . mis au point au M. qui proposera une connexion à Internet. peau.. [188] Ce CD-Rom est édité par Hazan et 3e Vague. aller dans les cabarets de jazz ou au cinéma. Le serveur actualise constamment sa base documentaire à partir de quotidiens californiens et des dépêches d'Associated Press. en perpétuelle transformation. à Franconville. Une nouvelle forme de promotion ? [194] Article paru dans Le Monde diplomatique.[186] Yves Maignien. et à intervalle régulier. Il permet à l'utilisateur de sélectionner des rubriques composant son journal (politique nationale. New York. 1997. yeux.Elysées aux quais en passant par la place de Grève. [191] Réalisation de Serge Bilous. par exemple. Paris. [198] Ces langages déclineront la norme X. Mais le regard archival.M. Le monopole militaire du renseignement spatial est ainsi brisé. dans la rubrique culture. Fabien Lagny et Bruno Piacenza.. théâtre. Tenant à la fois du jeu vidéo. Paris. article par article. par exemple. dans son article. etc) sur un site Internet."La bibliothèque de Michel Foucault" sur le projet de "Poste de Lecture Assistée par Ordinateur " à la BNF (in Rencontres Médias 1. à diffuser SCOL (voir note 41). à Boston. etc.). On peut. Paris 1997. des Champs. pp. Par exemple. une circulation financière. Centre Georges Pompidou. [189] L'installation a été montée à Artifices 4. par constitution. mars 1998. sur la scénographie. définie comme métalangage. 4/8 octobre 1995 à Paris. afficher la dernière édition du journal. Flammarion "Art & Essais".. est l'un des logiciels de personnalisation les plus perfectionné. a été coupé pour préserver l'intimité des rapports entre le réalisateur et les acteurs. Foucault se réduit-il à la "nappe discursive" structuraliste ? [187] T-Vision a été installé dans l'exposition Voyages virtuels. ma mère. n'est pas le seul possible. sur ce terrain. du film La Patinoire s'est accompagné de la création d'un site. de la messagerie visuelle et de l'agora. (Interview au supplément multimédia de Libération. on obtiendra une photographie d'une précision de l'ordre de 3 mètres (les prochains succcesseurs d'Earlybird promettent de descendre à 1 mètre). On pourra emprunter des sas pour déambuler dans d'autres métropoles (Berlin. Enfin. L'obsession du doublage va jusqu'à imaginer une monnaie. [196] Laissons son promoteur Philippe Ulrich. où l'on pouvait consulter le scénario in extenso mais aussi la feuille de service quotidienne. en revanche. intensifié par l'informatique documentaire.. 26/27.L. ce "deuxième monde" est appelé à se perfectionner constamment. le tournage. Il est même envisagé de pouvoir faire "naître" un enfant qui sera incarné par un nouvel avatar. Érigé en vérité ultime d'un texte particulier. d'épistémés traverse les auteurs plus qu'elle ne les suscite. (Question structurellement identique à celle du regard unilatéralement socio-technique porté par la nouvelle anthropologie des sciences sur l'activité scientifique). [195] Par exemple. I ). visiter les monuments. présenter le projet : "Le CD-Rom. cheveux. du jeu de rôle. est à la source de la production d'un journal unique reflétant les goûts majoritaires des lecteurs. Évoluer dans Paris. car continuellement rafraîchi par de nouvelles informations et nettoyé des nouvelles obsolètes. co-fondateur de Cryo Interactive. pp. Le son.. [190] Voir le commentaire kabalistique qu'apporte Pierre Lévy. Substituer "l'ordre du discours" à l'irruption intempestive d'une pensée réorganisatrice relève d'un parti pris peu explicité. les abonnés pourront se promener de l'île de la Cité à Notre-Dame. 24 mai 1996. il ignore. homogène au symbolisme de l'arbre séphirotique de la tradition mystique juive (Cyberculture. Il séjourne dans un appartement conforme à son style. [197] Fishwrap. L'activité bibliologique privilégie par nature la "transdiscursivité" où l'émergence de convergences. la perception d'aide sociale voire une Constitution et des codes de comportement moraux. p. contiendra un Paris contemporain entièrement redessiné.I. film de Charlotte de Turckheim.).T. novembre 1996.

Voir Yves Eudes.. p. in Le Monde. Toutes les composantes des scènes conçues sont cliquables et peuvent renvoyer par liens à d'autres lieux. une multitude de mondes indépendants. supplément multimédia. par exemple.. avec une panoplie de fonctions connexes : contrôle des sites reliés. 1 et 2/03/1998. par exemple. le magazine Les enfants du Web à destination des 8-12 ans. . afficher des sources documentaires ou lancer des applications. 29). et rapidement. L'introduction de nouvelles normes enrichit le contenu d'Internet.tra aux concepteurs de pages de définir leurs propres langages de programmation selon qu'ils mettent en ligne des partitions musicales. est téléchargé automatiquement chaque mois. (Voir Michel Alberganti. 14/10/97. limitation de la durée de connexion.. des plans industriels. p. [199] Le logiciel SCOL. [201] À l'inverse.. [200] Par exemple. apparemment mineure. in Le Monde. on a vu comment une innovation. 34. des représentations spatiales de molécules ou des parchemins antiques. développé par la société Cryo devrait permettre aux Internautes de créer assez facilement leurs propres mondes virtuels en 3D et d' y déposer leur avatar en scannant une photo.. bouleversé la réception de la télévision. telle que la télécommande a profondément. moyennant un abonnement. Scol.

par exemple. Et on pourrait allonger la liste des paradoxes repérables dans l'horizon des technologies numériques[202]. les incidences culturelles des technologies numériques sont donc souvent paradoxales. de co-définition du local et du global). La relativisation se traduit notamment par des formes inédites de cœxistence entre récentes et anciennes modalités. en effet. Jack Goody. l'unicité de l'œuvre écrite. (La notion de glocalisation -qui.résume assez bien ces rapports d'ajustement. L'exemple des communautés virtuelles est. De l'indétermination des télé-technologies On sait que toute culture est une méta-culture en ce que les contenus élaborés ne peuvent s'abstraire des chaînes matérielles. emblématique. formulées. un nouveau rapport au territoire à travers -et non pas contre ou indifféremment à. se modifient et se transmettent. à cet égard. De tels effets paradoxaux pouvaient déjà être décelés avec les technologies intellectuelles classiques. par principe. à l'ombre et en résonance avec les mutations évoquées précédemment. par exemple. voire contradictoires. etc. nombre d'études portant sur les conséquences intellectuelles de l'inscription du langage ménagent une zone d'indétermination bien éloignée de toutes les tentations réductionnistes. dans ces exemples. On fait ici l'hypothèse que les nouvelles technologies intellectuelles ont une efficacité paradoxale qui consiste. par exemple. locale. sans qu'on puisse pressentir une forme dominante qui révélerait la formule chimiquement pure de la temporalité des télé-technologiques. en effet. dans le cyberespace les oppositions frontales entre principes commerciaux et logiques d'espace public. La temporalité du "direct" -le temps réel. se fraye une voie à travers le maquis complexe des réglages individuels. Nouveau milieu ne signifie pas effacement des anciens. livrer la formule ultime des enjeux de la programmatique. Si. Qu'il s'agisse de la suppression des intermédiaires dans l'espace public. L'hypothèse de la relativisation généralisée ne s'identifie donc pas à celle de l'obtention de consensus. de résistances (toutes réactions qui se manifestent par ailleurs). Le ralentissement de la communication est l'autre face de l'augmentation des vitesses de computation. expérimentale. mais décrire l'un de ses mouvements majeurs. Les télé-technologies revivifient les anciennes formes de présence. (L'originalité. interrogeant. mais reprise. Ainsi. refus et détournement des propositions d'innovation. l'usage local d'un média global. l'apparition de contradictions fortes telles que. est un effet de la multiplication à l'identique des imprimés et non pas son origine).côtoie celle du temps différé au cœur des applications les plus récentes qui allient l'usage local et le recours aux réseaux informatiques. on le rappelle.l'expérience d'un réseau trans-territorial. Il ne s'agit pas là de survivances. Elle ne prétend pas. de ce fait. À propos de l'écriture.Conclusion Une culture de la relativité élargie s'annonce. dans La . u-chronique. Il n'y a pas lieu de s'étonner que de tels processus soient aussi à l'œuvre aujourd'hui. entre propriété intellectuelle et domaine public ou encore entre intégration. Les processus de mixages temporels se complexifient. matrices méta-culturelles par lesquelles ils se créent. Une forme de saisie unifiée de l'espace. ou encore relativisation du récit unique par l'injection du destinataire dans le moteur narratif. non plus. relativisation de la temporalité par l'obsolescence de la vectorisation passé/présent/futur au profit d'une temporalité de la simulation. Peut-on identifier des principes généraux qui permettraient d'appréhender le statut du nouveau milieu qu'érige la téléinformatique ? Quelques conjectures peuvent être. du régime temporel propre à la programmatique. cela n'épuise pas les significations potentielles de ce processus. d'archaïsmes. La suppression des intermédiaires engendre l'apparition de mécanismes médiateurs. non pas à redéfinir l'ancien par négation. dans l'univers des médias désigne. Il ne faut pas exclure. On redécouvre la puissance de la linéarité grâce à la luxuriance de l'hypermédiation. mais par relativisation généralisée : relativisation de l'espace par la mise en proximité. de durée. de récit. relativisation est synonyme de passage en position surplombante et d'inclusion des différences. Le réglage individuel des prises de vues donne naissance à une formule panoptique inédite. Une autre localisation est provoquée par la déterritorialisation. Mais ces rapports entre matrices et contenus ne sont pas mécaniques. Elles inaugurent. de la saisie de l'espace. redéfinition. se conservent. du statut du récit dans le contexte de l'hypermédiation.

avait existé"[204]. On sait qu'au XVIe siècle. cette autonomie relative serait -c'est notre hypothèse. que le développement du courrier électronique "ne peut pas ne pas s'accompagner de transformations juridiques donc politiques"[206] de l'espace public. à juste titre. perte de la séquentialité. L'appréhension de la sphère des "outils". de la combinatoire. pourtant en général attentif à ces dangers. Cette ingénierie s'apparente à une méta-machine. massmédia. de déplacements de présence. Jacques Derrida souligne. Rien n'est évident en la matière et. télévision) une multiplicité d'accomplissements singuliers ainsi que des affirmations identitaires différenciées. Surplomber sans dominer Nous conjecturons que la culture programmatique et hypermédiatique accroît les traits méta-culturels de nos cultures et augmente leur réflexivité[207]. quant à sa nature. Jacques Derrida. par l'ingénierie informatisée de la connaissance. grâce à l'essor de l'imprimerie (laquelle. L'ethnologue nous prévient donc d'un usage du concept de technologie intellectuelle qui déduirait. paradoxalement. de la formalisation. La malléabilité de la téléinformatique pourrait. la technologie "courrier manuscrit" conditionne le fonctionnement de l'institution.majorée. "théoriques" de la psychanalyse.. consolider des cultures locales. lorsqu'il fait l'hypothèse que ". il resterait à montrer comment précisément. par exemple. une forme culturelle à partir d'un système technique. des langues vernaculaires se sont conservées et parfois même créées. les conditions de production des livres. dont la mise en œuvre produit d'autres machines d'écriture. des méthodes devrait respecter une certaine autonomie qui interdit d'en inférer directement des formes de pensée.elle pas directement dans les cures. dans l'édification théorique freudienne. à l'heure d'Internet. par exemple. Demeure l'idée générale et invérifiable que si le passé avait été différent. Une certaine unification procédurale se concrétiserait alors à travers une diversification des pratiques. Le même malaise nous saisit quand on essaie de caractériser une pensée propre aux réseaux en suggérant des notions telles que décontextualisation. Ceci n'empêche pas que naissent des collectifs déterritorialisés. dont la technologie est basée sur la parole. à sa vitesse de circulation dans l'Europe d'avant-guerre . l'émergence de la pratique et de la théorie psychanalytique. les incidences de l'écriture sur les processus cognitifs. tout en les faisant passer par l'orbite de la programmatique et de la Téléprésence.. "rien n'est jamais indépendant de ce délai"[205]. directement. Et aujourd'hui. En effet. que l'on sache. on dira que les modes de repérage s'unifient sous les logiques de la délocalisation. quelques lignes plus loin. les "technologies" des cures ne se distinguent pas fondamentalement de celles élaborées dans la Vienne d'avant guerre. Mais la psychanalyse ne s'insère pas directement dans cet espace. même si le fonctionnement des écoles`psychanalytiques. alors la psychanalyse l'aurait. il est vrai. S'il est vrai que les "délais" conditionnent l'échange épistolaire. l'accès aux corpus sont touchés par la téléinformatique. déduisant sans ambages. de déplacements dans des récits. l'instantanéité de ces transferts aurait modifié.dans le passé la psychanalyse (pas plus que tant d'autres choses) n'aurait pas été ce qu'elle fut si le E mail. elle fait même de cet écart tendanciel l'un de ses fondements. lorsque l'on tente de dessiner les traits saillants de la "culture informatique" et que l'on répond : culture du calcul. collectivisation. et non amoindrie.raison graphique. autant n'interfère. mais que cette homogénéisation des méthodes engendre. C'est le travers auquel prête le flanc. Qui n'a jamais éprouvé un malaise. de la numérisation et de la programmatique. de création d'univers. ni même peut-être.t. effets propres de la tendance à l'augmentation de la présence à distance. Mais ces collectifs ne sont que rarement tota- . sans doute. plus qu'avec les anciennes technologies intellectuelles (imprimerie. provoquera aussi une déperdition des langues littéraires non imprimées). par exemple. aussi été. Et Derrida d'insister sur les "raisons historiques et non accidentelles" qui ont relié l'institution psychanalytique à la forme courrier manuscrit. ou de la construction de ses institutions ? Autant. Pour faire image. notait immédiatement dans une parenthèse : "quoique à mon avis la nouvelle technique fournisse seulement des outils sans pour autant déterminer les résultats"[203]. les fruits du travail intellectuel à partir de ses équipements : pratique coutumière. l'ingénierie informatique consiste essentiellement en la diffusion de machine de production de micro-mondes. Parle-t-on des dimensions "pratiques". principalement. Ces propositions méritent un examen plus soucieux de la préservation d'une certaine autonomie des processus cognitifs et des champs disciplinaires dans leur rapport aux technologies qu'ils mobilisent. qui relève d'une démarche réflexe.

présence corporelle) au cœur des espaces cognitifs. J'ai le sentiment que la téléinformatique crée un milieu favorable à un désajustement entre traits culturels héri- . convergence technique/divergence ethnique). ajustement indispensable pour injecter de la souplesse dans des mécanismes formalistes risquant de devenir. Elle secrète une diversification qui est son double. Régis Debray développe une analyse voisine. de la morale) pour contrebalancer un supposé universalisme technique réglé par la performativité. en revanche. Dans ces effets en retour d'une technologie nouvelle sur celles qui la précèdent on sauvegarde la cœxistence des deux formes. Il n'est peut-être pas indispensable de requérir un pôle intemporel de l'existence humaine (le relativisme de la culture. la différenciation est la fille de la mondialisation télétechnologique. sinon. dans les nouveaux contextes installés par la téléinformatique.). On s'accorde à considérer que l'image de synthèse ne se substituera pas aux techniques d'enregistrement. différance) propres aux technologies classiques (écriture. Notre culture. durée. Aujourd'hui. à des débranchements volontaires bouleversant la structure ordonnée du livre.lement émancipés de leurs attaches territoriales. se définit par un couplage entre l'équipement techno-intellectuel hérité et les nouvelles propositions émergentes. tout en reconnaissant les contraintes inédites qui pèsent sur la première. point n'est besoin de localiser la tribalisation à l'extérieur de la sphère technique. de la réception de la technique obéissant à la logique de la communication (bien que cette perspective risque d'engager une pensée de la technique dissociée de l'univers culturel : "deux régions de l'être irréductibles l'une à l'autre"[209] où l'on retrouve les fameuses dichotomies éthique/technique. Elle affirme que ces agencements n'oblitèrent pas les anciennes organisations cognitives mais les revivifient dans de nouveaux costumes. Si on oppose la mondialisation des objets et des signes à "une tribalisation des sujets et des valeurs"[210]. non seulement se manifestent. etc. par exemple. mais se renforcent certains traits (séquentialité. les mouvements qu'on repère d'ordinaire dans sa périphérie culturelle : vitesse/ralentissement. déterritorialisation/localisation. en son sein même. Mais cela n'autorise pas à confondre un hypermédia avec un livre et à oublier sa puissance organisatrice. Si l'on retient l'hypothèse de la longue durée chère à Bernard Miège[211]. qu'une séquence de lecture d'un texte -ou d'une vidéodans un hypermédia reconduit la linéarité de la lecture d'un imprimé. De même que toute formalisation procédurale engendre un ajustement par négociation entre les acteurs. On a coutume d'affirmer que la photographie n'a pas détruit le dessin à la main. Tout comme le bricolage est le fils de l'algorithmisation et non une survivance anachronique. Ce module linéaire s'accouplera. photographie. mais que l'enregistrement tend à devenir numérique. donc la peinture elle-même qui s'est dès lors attachée à rendre visible l'invisible (ce qui. Peut-être a-t-il raison de dissocier ainsi l'héritage culturel. trop rigides. ni uniforme. en pointant l'hétérogénéité des temporalités propres aux "aires de civilisation" et aux logiques techniques[208]. Notre hypothèse concernant l'incidence des technologies intellectuelles contemporaines ne se limite pas à noter ces effets de réinterprétation. imprimerie. La diffusion mondiale accélérée de méta-conception du monde fondée sur ces environnements socio-techniques provoque finalement une crise de la problématique des effets culturels des technologies. sur les distorsions culturelles internes à l'aire technique. l'alliance de la programmatique et des réseaux convoyant la présence à distance aboutit à une configuration inédite. fruit d'une transmission symbolique. de même la diffusion mondiale de la programmatique et de la Téléprésence n'est pas mécaniquement homogénéisante. relativisme culturel/universalisme technique. a influencé la vision ordinaire). Dans Transmettre. en effet. Ce faisant une vie nouvelle s'ouvre à la linéarité. comme les précédentes. de l'art. et plus précisément à l'aire télé-technologique. On peut discerner. etc. on conjecturera que ce couplage est un processus ni linéaire. sensibles et relationnels actuels. par effet retour. L'idée à laquelle nous tentons de donner forme ne contredit pas formellement cette conception de l'hétérogénéité des temps techniques et culturels. notamment) et formes de rapports sociaux (échange en face à face. Cet exemple montre comment. Il est vrai. Elle insiste. mais qu'elle a contraint les peintres à redéfinir l'acte de vision (et aussi le mouvement). Comme si le niveau d'efficience atteint par l'intensification cognitive avait pour résultat d'injecter les anciennes modalités intellectuelles (temps différé de la lecture/écriture.

tés et émergents. nous avons maintes fois insisté sur la méfiance nécessaire face aux affirmations unilatérales pronostiquant une substitution des conditions habituelles de "l'être ensemble" par la Téléprésence. l'hybridation de ces deux mouvements. fragmentation et unicité de la perception spatiale. par exemple. Mais d'articuler plus finement cette tendance aux autres processus à l'œuvre. en façonner une cartographie est un jalon indispensable pour comprendre les mouvements complexes qui animent notre techno-culture . par exemple. par exemple). Mais certaines hypothèses et observations fragmentaires relevées dansce mémoire gagneraient à faire l'objet d'études de terrain plus systématiques afin de mieux comprendre comment les relations de proximité interagissent avec les nouveaux rapports à distance : . Je poursuis l'idée -ou peut-être est-ce elle qui me poursuit. du statut de sujet d'investigation. séquence de flux insécable et libre navigation.le renforcement de certains traits antérieurs dans les nouveaux contextes : le numérique redonne vigueur au temps différé de la lecture/écriture. Ce sont donc des alliages inédits qui s'instaurent. Renforcer certains caractères temporels hérités d'anciennes technologies provoque de nouveaux agencements dans les environnements cognitifs et sensibles actuels. non pas parce qu'elles n'en auraient pas. Il ne s'agit pas de tempérer l'importance de la tendance culturelle à la présence à distance. de l'enregistrement et des télécommunications sans les assujettir. ou comme on l'a vu. tend à la faire passer. par exemple dans ce que j'ai appelé le "home multimédia". En schématisant le propos on pourrait affirmer qu'aujourd'hui quatre phénomènes cœxistent : . tels que les alliages entre linéarité et hypermédiation. de l'apparition des traits inédits ou du renforcement des caractéristiques traditionnelles.) et non de cultures concrètes (occidentale ou chinoise.. cette perspective ne saurait se confondre avec on ne sait trop quel paradoxe circulaire dans lequel les nouvelles conditions équivaudraient aux anciennes. on le voit en particulier sur Internet). instantanéité et différemment. de l'imprimerie. . mais parce que ces effets ne font pas système. Et je parle bien de traits culturels (la linéarité. conjecture plus mobile qu'une supposée révolution de nos conditions expressives et cognitives. la vitesse de la communication sociale décroît. l'emporte ? Cette question n'a probablement pas de sens.conduisent à penser un concept de position surplombante sans domination. etc. la malléabilité des technologies du virtuel accueillent. comme de toute question à caractère général.la translation apparemment inerte (comme ce qui s'est produit entre le CD et le disque vinyle et qui relève de la traduction/réinterprétation puisque la musique enregistrée coule maintenant dans le lit du fleuve numérique et nourrit donc le multimédia. Pour suivre Traiter de la Téléprésence. la saisie panoptique. Entendons-nous bien.l'apparition de traits inédits : des outils automatiques ouvrent à de nouvelles pratiques de recherches. D'où l'idée de relativisation généralisée.et enfin. c'est aussi une aventure intellectuelle passionnante. à celui d'instrument d'observation. de la linéarité et de l'hypermédiation. La souplesse. l'exigence de linéarité se renforce.que la notion d'effet culturel des technologies numériques serait en crise. ces observations -à propos de la temporalité. du panoptisme et de l'individualisation de la saisie. les anciennes logiques symboliques beaucoup plus respectueusement que la tradition écrite n'a accueilli la tradition orale ou que l'imprimerie n'a abrité le manuscrit. Mais accueil ne signifie pas duplication. par on ne sait trop quel mouvement de balancier. Ausculter notre société à l'aide de cet outil engendre mécaniquement une opération de sélection et un effet de loupe. l'accélération. Loin de tout fixisme. entre linéarité et hypermédiation. . Suivre ces chevauchements et rebroussements. L'hypothèse est plutôt que la singularité de la situation réside dans le couplage. de l'écriture. . En fait. etc. l'hybridation des traits inédits avec les anciens. Par exemple. se déploie une percolation de la réception et de la production. Qui. où les logiques de la téléinformatique envelopperaient celles de l'oralité.

travail coopératif. Paris. p. réalité et présence). des relations assez inédites entre actualité. sont immédiatement réinvestis dans les pratiques sociales. jusqu'à présent. [208] "Un système technique traduit les cohérences qui se tissent. un système culturel assure. De même. La manière dont les discours d'expertise informent les pratiques qu'ils visent. Mais la Réalité Virtuelle a injecté le corps au centre du couplage homme/machine pour donner forme à un genre de déplacement de présence incomparablement plus charnel et engagé que les anciens dispositifs de simulation. p.. 1997. cit. 143. [210 ]Régis Debray. La Raison graphique. 34. [206 ]Jacques Derrida. Mais il n'a pas le sentiment. qu'une publication en flux sur le réseau constituerait une solution parfaitement satisfaisante : il faut savoir terminer un livre pour comprendre. Les commentaires qui précèdent ne forment. Galilée.et en tous les points de l'espace . par exemple. p. Le rédacteur de ce livre ne peut d'ailleurs dissimuler sa frustration à encapsuler son propos dans un imprimé clos -facilités du traitement de texte aidant. D'où la subversion de l'idée de "raison". Il faudra. Approfondir les enjeux de la Téléprésence. une conclusion de ce livre que parce qu'elles surgissent. 1994). de nombreuses questions à peine effleurées restent à approfondir. [202] Par exemple. comment les effets de connaissance des sciences sociales. les transformant immédiatement. Il serait quelque peu artificiel de leur faire jouer un rôle de clôture logique. 35. Odile Jacob. concrétisation qui ne se confond évidemment pas avec l'ancienne matière physique de l'expérimentation traditionnelle. on pourrait se demander si Anthony Giddens n'accorde pas une trop grande importance à la conscience que se forment les acteurs des motivations de leurs comportements. ne tend-il pas à confondre exagérément perception. les cohérences qui se tissent entre les époques et les générations". comprendre quelles peuvent être les incidences de la situation de "multi-présence" -être à la fois ici et partiellement ailleurs. Paris. pour chaque époque donnée. cit. plus tard.sur les formes d'exercice du pouvoir fondées. sur la séparation physique des représentants et des représentés. Les Éditions de Minuit. 1979. [203] Jack Goody. etc. en réalité. le mouvement de virtualisation basé sur la modélisation numérique pouvait laisser croire qu'il signait le triomphe de l'abstraction ainsi que la primauté de la vision. Mal d'Archive. peuvent-elles masquer des conflits profonds d'intérêts lesquels se frayent toujours une voie pour polariser les terrains de confrontation ? Bref.. par exemple. quels en sont les points faibles. L'objet et le sujet de la connaissance se conditionnant mutuellement. affiner les outils méthodologiques proposés . De même. bref. Il y montre. en particulier. Régis Debray. comme l'auteur de travaux majeurs sur l'invention de l'écriture comme technologie intellectuelle. l'attention portée à la réflexivité met incontestablement en lumière un phénomène majeur qui qualifie profondément les principes de fonctionnement de l'Occident. Jack Goody est souvent cité. chronologiquement. cit.alors que le champ de l'hypermédiation s'enrichit sans cesse de nouvelles problématiques et réalisations obligeant à repenser certaines conclusions et à ouvrir de nouveaux chantiers interprétatifs. loc. discours et pratiques ? Cela étant. vérifier ou infirmer des conjectures. op. cit. et renouveler alors les approches. [205] Jacques Derrida. Paris. [209] Régis Debray. . Transmettre. l'idée d'un savoir stable apparaît comme dénuée de fondement. Anthony Giddens considère même que cette réflexivité croissante constitue l'un des traits dominants de notre époque (voir en particulier pp. l'autre grand fondement de la modernité étant la dé-localisation. 1995. ce travail appelle prolongements. leur reprise par les acteurs sociaux. Tout en reconnaissant l'acuité de son analyse. à juste titre. Enregistrons-les donc comme une incitation à poursuivre l'enquête. loc. au sens où elles en délivreraient la signification condensée. op. dans le domaine politique. il est vrai. pp. pour un lieu donné et un seul. [207]Dans son livre Les conséquences de la modernité (L'Harmattan. Paris.enseignement. mais qui ne relève pas non plus d'un univers éthéré et de pures abstractions logiques. la radicalisation de la simulation va de pair avec une concrétisation croissante dans l'élaboration des modèles (qui engage. 99/100. [204 ]Jacques Derrida. 83. entre ses différents appareillages . non plus. 43/60). tout particulièrement. à la fin de sa rédaction. p.

p. en effet notre attention sur la nécessité de ne pas céder à l'idéologie de l'explosion -qui se donne libre cours dans la quasi-totalité des analyses.[211] Sur cette question de la temporalité propre aux techniques de communication. Tome II : La communication entre l'industrie et l'espace public. tout simplement parce qu'ils restent en "correspondance" avec l'évolution des pratiques sociales. Ainsi écrit-il : ". une fois encore s'impose à nous l'intérêt d'une approche par le temps long qui seul peut nous permettre d'inscrire les changements observés dans le cadre de mouvements de la société repérables. et pour le cas qui nous intéresse présentement.. Presse Universitaire de Grenoble.Les usages sociaux des techniques connaissent rarement de brutales modifications." Bernard Miège. 1997. avec les formes prises par la médiation sociale. Il attire.pour envisager les transformations d'usages mais aussi de façonnages des objets communicationnels sur une longue période. 167. Ainsi.. Bernard Miège suggère de prendre en compte la question de la "longue durée". La société conquise par la communication. par définition inaccessible à notre regard actuel. Table des matières .

21. 30n Benayoun. 71 C . 182 Benjamin. Françoise. 94 Brauman. 49 (note) Borges Jorge Luis. 135 Bergson.. Hannah. 154 (note) Atlan. 196 (note) Arseneault. Tim. Jean-Louis. Tony. 24 Arendt. Rony. 46 (note). 212. 228 Bougnoux. 225. Jean.. 277 (note) Allen. 200. Susan. 135 Barlow. 95. 72 Armanetti. 22 (note). Woody. 145 (note) Aumont. 59 Breton. 213 (note). 74 Amanpour. 211. 17. A Agez.. Michel. André. 227. 209. 97 (note) Barel. 202. Édouard. Michel. 194 (note). 120 Boissier. Philippe. 20. 156 Baudrot. 23.P. 205. 198. Sylvette. Yves. Gilles. 47. 24 (note) Bullimore. Christiane. 81 (note) Barnu. François. 209 (note) Bergeron. Henri. 221 (note) Balzac. 238 Bianchi. 17. Honoré de. Pierre. 194. Michel. 52 (note) B Balazs.. 219 Alphonsi. 22. 208. F. 158 (note) Briançon. Serge. 141. 239 (note) Bilous. Philippe. 103 (note) Apollinaire. A. 201. Jacques. Jean-Pierre. 69 Amkraut. Michel. 114 (note) Ascher. 74 Aigrain. 228 (note) Barboza. Béla. 89. 174. 25 (note). 237 André. 68 Balpe. Franck. Henri. 203. 174. 82 (note) Brun. Maurice. 192 Bateson. 60 (note). P. Daniel. J. 38 Breton. 72 Bret. 235 (note) Beaudoin-Jafon. 58. 219 Blair. R. Gregory. 178. 199. 182. Philippe. 195. J. 181 (note) Alberganti. 96. 29. 244 (note) Agret. Guillaume. 45 (note). 174. 229 (note) Balladur.Index Les numéros renvoient aux pages de l'édition papier. 34 (note) Barthes. Roland. 197. 266 (note) Binkley. 210 (note).. 61.. Walter.

214. Georges. 228 (note) Dousset. 218 (note) Debord. 194 (note). 216. 189 Freud. 50 Deleuze. 39 Callon. Fidel. Patrice. 215. 42 (note) Feiner. Lennart E. Dave. Fédéric. Clive. 232 (note). Bernard. 34 Duvignaud. Michel. Denis. Steven. M. 226. 283. 70. René. Umberto. 60. 196 (note) Duplat. 59 (note). 110. Patrick. 25 (note). 208. 148 (note). Bernard. 60. 269 (note) Diderot. Dominique. 58. 281. 278 Giddens. 72 Eisenstein. Régis. 153 (note) Foucault. 233 (note). 193. 236. 268 Fournier. 110 (note) Duby. 154 (note) Dufour. 127 Chartier. 213. 61 Debray. 282 Descartes. Jean. 67 Charron. Matt. 166. 130 Clément. Jacques. Francis.. 180 (note) Darras. Giuseppe. 227. 17. Maurice Cornelis. 47. Michel. Chantal. 168 (note) Derrida. 136 de Gournay. Christèle. 121 (note) Dreyer. 224. 166. 139. 246 Castro. 249 Garcia. Célestin. 199 Eichmann. 241. 31 (note) Flichy. 180 (note) Denel. 266 Eudes. Jacky(note) Clark. 38. 194 (note). 64. 222 (note) Clinton Bill. 96. Carl. 228 (note) D Dajez. 261 (note) Escher. 234. 19 (note). 120 (note) Cocco. 209. 147 (note) Carré. 194. Yves. 154 (note) E Eco. Gilles 12. 70 (note). Jacques. 97. 217. 147 (note). Anthony. Guy. 229. 167. 262 (note). B. 82 (note). 277 (note) F Fallen. 41. 238 Delmas. 57.Cadoz. Elisabeth L. 235 Drudge.. 219. 231. Franck. 169. 76 (note). Sigmund.. 38 Couleau. 65. Roger. 222. 114 (note). 62 Chiffot. 216 Freinet. Charlotte. 119 (note) de Turckheim. 218. 169 G Gaillot. 284 (note) de Certeau. 81. Jean. 38 (note). Alain. Claude. 58. Edmond. 55 (note) Couchot. 57. 84 (note). 220. 91 (note). 282 (note) . 165. 165 (note) Cookson. Michel. 140 (note). 98. 230. 62. 223. Jean-Marie. 207. 235. 168. Adolf.

K. 174 Hudrisier. 53. H. Fabien.. 68 (note) Klein. Monica. Roger. Edmund. André. 217. Jocelyn. 134 (note). 234 Goody. 194n. 222 I Ishii. Jean-François. Henri. 143 Lévy. 130. Milan. Jean-Luc. 159 Laufer. 117 (note) Kundera. Alain. 38. 234 Krumeich. 154 (note) Leibniz. 249 (note) Husserl. 33 Huitema. Eric. 67 Lyotard. 144. 190 (note) Jörg.. Cristoph. 13 (note) Kubrick. 66 Le Bot. Yves. 237 Giussi. A. Mélanie. 228 (note) . Michael. Jürgen. David. 266 (note) Lanoue. Philippe.. 194 (note). 110 Lionet. C. 173. 131 Hegedüs. 265 (note) Lévinas. 108 Godard. 131. 63 Hulten. 203 (note) Granier-Deferre. 185. 151 King. 174 M Maignien. 241.Girard. 227 Lelu. 259. Alain. Jack. 252 (note). 121 (note) Lagny. 96 Lewinsky. B. 52 H Habermas. 187 (note). Gary. 145. 146. 262 (note) Maixent. C. 111 (note) Guillaume. 115 Latour. 30 (note) J Jarre. Christian. Bruno. 232. 115 (note) Lumière. Gérard. Stanley. 106 (note) Khamenei. 105. Agnes. 141. Pierre.. Gottfried Wilhelm. 158 (note). 75 Lefebvre-Desnouettes... 140. 74 Joubert. 174 Leblanc. Marc. Isaac 19 (note) Juppé. 208. 228 (note) L Labbé. Marc. 258 Leroy-Gourhan.. Emmanuel. C. 281 Goujon. 174. Louis. 147 (note). 68 K Kasparov. Jean-Michel.

Alex. 192 Q Quéau. 140. Philippe. 243 (note) . 85 (note) Pousseur. 254 Mercier. 115 (note). 220 Nonogaki. 193 (note) N Negri. 248 Proust. Hajime. 220. 91 (note) Munari. Jean-Louis. L. 74 (note) Malesherbes. 201. Claire.. 209 (note). 146. Octave. Friedrich.. 208. 222 Miège. 170.. Robert. 199 R Regaya. Charles S. 235 Rheingold. Louis. Christian. 266 (note) Pickett. E. 162 (note) Nietzsche. 147. Catherine. Bernard. Marcel. 235 P Papert. Maurice. 51. 52 Poguszer. Mathieu. 44 (note).-P. 32 Perriault. 142 Mannoni. Kamel. 186. Sally Jane. Howard. 284 Missika. Georges. Jean. Jean-Louis. 52 (note) Marazzi. 13 (note) Ozu Yasujiro. 162 (note) Marin. Stéphane. 110 McLuhan. Maurice. J. 17. Bernard. 246 (note) Merleau-Ponty. 52 (note) Reich. 204. Louis. 96. 259 (note) Queneau. Jean-Marie. 22. 59. 16. Bruno. Henri. 259 Méliès. 177 Papon. 220 (note) Parody. 67 Mendeleïev.. Marshall. Dimitri Ivanovitch. Toni. R. 193 (note) Prince. 261 Peirce. 135. Raymond. 154. 115 (note) Pasteur.. Pierrre Alain. 127 (note) Oury. Alain. 161 (note) Renoir. Jacques. 151 (note) Piacenza. 255 (note) O O' Neil. Chrétien 19 (note) Mallarmé. Seymour.Malaval. 44 (note) Norman. 233 Resnais. 110 Parnet. B. Jean. 255 Platon. 96 Pentland. 118 (note) Parrish. 247 Perrin. 50 Matisson. Franck. 199 Mandel. 17..

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