Jean-Louis WEISSBERG 1 PRÉSENCES À DISTANCE Déplacement virtuel et réseaux numériques : POURQUOI NOUS NE CROYONS PLUS LA TELEVISION

ÉDITIONS L'HARMATTAN 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris Tél 01 40 46 79 20 email : harmat@worldnetfr 304 pages Prix : 160 F

Présentation Ce livre propose une analyse des incidences culturelles de la cyber-informatique autour de la présence à distance, selon trois idées directrices - Tendance anthropologique fondamentale (indissolublement culturelle et technique), la Téléprésence voit augmenter son caractère incarné Désormais, c'est avec notre corps entier que nous communiquons à distance ou avec des environnements virtuels (jeux vidéo, par exemple) Au-delà de l'opposition entre présent et absent, se construisent de fines graduations qui incitent à repenser la relation aussi bien lointaine qu'immédiate - L'incarnation dans la présence à distance, alimente la crise de confiance envers la télévision, en particulier Téléprésents, nous exigeons désormais des images incarnées, vivantes : des moyens pour expérimenter l'actuel ou le passé- et non plus pour en reproduire de simples traces Les médias numériques offrent naturellement leurs services pour cette expérimentation directe de l'information modélisée Mus par un puissant attracteur technoculturel, nous substituons progressivement, à l'ancienne figure "cru parce que vu", la formule "cru parce que expérimentable" - Les incidences culturelles de la téléinformatique sont paradoxales Et les visions convenues (catastrophe du "temps réel" ou, à l'inverse, suprématie du savoir comme fondement du lien social) sont, au mieux, simplificatrices En effet les réseaux numériques fabriquent une forme de localisation Le temps différé se tisse à l'instantanéité La linéarité est vivifiée par l'hypermédiation et l'accélération nourrit le ralentissement de la communication Loin de dessiner un paysage univoque, la téléinformatique métisse anciennes et nouvelles logiques Ces trois questions offrent autant de vues sur le statut de l'interactivité informatique, les enjeux politiques de l'apprentissage des langages hypermédias, l'automatisation de la médiation sur Internet, ou encore certains aspects de l'art numérique en passant par une relecture de L'image-temps de Gilles Deleuze

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Jean-Louis Weissberg est Maître de conférences en Sciences de l'Information et de la Communication à l'Université Paris XIII. Il enseigne aussi en INFOCOM et au département HYPERMÉDIA de l'Université Paris VIII.

Table Introduction Chapitre I : Entre présence et absence A - Éléments pour une archéologie de la Réalité Virtuelle C - Les interfaces : la commutation homme/univers virtuel D - Le retour du corps E - Graduations de présence F - Simulation, restitution et illusion Chapitre II : La crise de confiance des massmedia et le principe d'expérimentation A - Du spectacte au spectacte B - La crise de confiance des massmedia C - La demande de participation traduite par le système télévisuel D - Vers l'expérimentation de l'information E - Une expérimentation véridique, sans mise en scène ? Chapitre III : L'auto-médiation sur Internet comme forme politique A - L'auto-médiation versus autonomisation B - L'auto-médiation versus automatisation C - L'auto-médiation, un concept paradoxal D - Scénographie de l'auto-médiation Chapitre IV : La téléinformatique comme technologie intellectuelle A - Technologies intellectuelles, activité scientifique, dynamiques sociales B - Réseaux, information, travail symbolique et travail "immatériel" C - Archive virtuelle, archive "spectrale" Chapitre V : Retour sur interactivité A - L'interactivité : quelques réévaluations B - Éloge des savoir-faire intermédiaires ou le home multimédia, un enjeu politique C - Récit interactif et moteur narratif Chapitre VI : Commentaires sur l'image actée, à partir de L'image-temps de Gilles Deleuze A - De Matière et mémoire au concept de cristal dans L'image-temps B - De L'image-temps aux concepts de l'image actée, versus de l'image virtuelle du miroir à l'avatar virtuel C - Image-temps et image-présence : l'hypothèse du "cristal présentiel" Chapitre VII : Les paradoxes de la téléinformatique A - Réseaux et présence à distance : une disparition de l'inscription territoriale ? B - Internet : l'évanouissement des intermédiaires dans l'espace public ? C - L'univers de l'hypermédiation : une éclipse de la séquentialité ?

D - La retraite de l'auteur et l'amour des génériques E - Panoptisme et réglage individuel des trajets F - Le régime temporel des télé-technologies : ralentir la communication Conclusion Index Bibliographie

et que même notre pouvoir de nous imaginer ailleurs ." Maurice Merleau-Ponty. L'œil et l'esprit . nous sommes en même temps partout. ses travaux ont inspiré certaines de mes réflexions. je ne saurais oublier à quel point au cours de ces dernières années de réflexions communes. Pierre Barboza. fait entrevoir de nouveaux horizons pour penser à la fois la dynamique propre des télétechnologies et leur efficacité dans les mutations sociales en cours."Je suis à Pétersbourg dans mon lit.de viser librement. de Villetaneuse. ainsi qu'en témoigne l'un des chapitres de ce livre. les vues pénétrantes de Toni Negri m'ont. latéralement. De plus.U. à Paris. et que la peinture étend cette bizarre possession à tous les aspects de l'Être. Frédéric Dajez et Patrick Delmas. aussi près des lointains que des choses proches. Enfin.À Rose REMERCIEMENTS J'adresse mes remerciements à Jean-Pierre Balpe dont les judicieux commentaires m'ont permis de clarifier certaines questions alors que cet ouvrage était encore dans une phase intermédiaire. qui doivent de quelque façon se faire visibles pour entrer en elle. mes yeux voient le soleil" [Robert Delaunay. remploie des moyens que nous tenons d'elle. les étoiles. puisque voir c'est avoir à distance." "La peinture réveille. emprunte encore à la vision. "Il faut prendre à la lettre ce que nous enseigne la vision : que par elle nous touchons le soleil. des êtres réels.T. Je remercie aussi Claude Poizot pour son travail de correction de ce livre. où qu'ils soient. Le cadre de travail élaboré en commun pour imaginer et mettre en place de nouvelles formations au multimédia a été une incitation permanente pour ouvrir de nouvelles directions de recherche et préciser mes analyses. Du cubisme à l'art abstrait] . porte à sa dernière puissance un délire qui est la vision même. Ma gratitude va aussi à mes collègues et amis de l'I.

cependant. Nous aurons bien sûr. mémoire.). souvenir). On le conservera néanmoins pour marquer la spécificité des technologies dures face aux technologies mentales "molles" (imagination. parfaitement justifié . s'interpénètrent et se contraignent mutuellement. la notion de "forme culturelle" vient apporter un cadre. Ce serait. conserver la notion de "forme culturelle" pour ne pas laisser entendre que la Téléprésence relève essentiellement de techniques. Il s'agit bien d'un lieu de mixage où se négocient. Transporter suppose alors de modéliser préalablement l'événement. des rapports explicites avec la Téléprésence. mais de manière à la fois plus distante et plus intime. celle des déplacements fluides gérés par les technologies numériques. pour réelle qu'elle soit. Quelles formes politiques pourront-elles bien correspondre à une situation où l'on peut être à la fois ici et ailleurs ? À ce commerce entre le technique (la maturation. La crise de confiance qui taraude les massmedia dans leur fonction informative entretient. La Téléprésence agit comme une "forme culturelle" qui redéfinit la notion même de rencontre (comme d'autres. quel qu'en soit le vecteur. tente. si l'on admet que la croyance. en effet. et surtout. ici. exige un transport de l'événement (article de presse. vision. ni d'une lecture généalogique. On est témoin par œil et oreille interposés quand on regarde un reportage sur ce même conflit. croyances. Avec les vecteurs numériques. en revanche. enregistrement vidéo. notamment. Et c'est au niveau le plus général. la séparation entre elles.Introduction Pourquoi mettre Présences au pluriel dans le titre de ce livre ? Les "présences à distance" visent une région particulière. éléments indépendants avec lesquels nos sociétés devraient négocier comme avec une contrainte imposée de l'extérieur. Le chapitre VI. et doit-on les différencier ? Je préfère. l'ont déjà accompli).). imprimerie.). enregistrement. la disponibilité des techniques de modélisation numérique) et le culturel (l'exigence d'expérimentation que personne n'exprime en propre et que tout le monde partage). si on admet que la notion même de déplacement de présence l'inclut implicitement. habitudes. etc. le cœfficient corporel augmente dans ces transports. pouvant accueillir des voies de passages. secrète les appétits que les dispositifs viennent satisfaire. mais conçus dans leur dépendance aux "machines" intellectuelles et corporelles (langage. la "culture" se constitue fondamentalement dans le technique. désirs collectifs. dès lors qu'il devient possible d'expérimenter l'événement par le truchement de son modèle. Ainsi -c'est l'une des propositions principales de ce livre. D'où le pluriel qui affecte le terme "présence". le terme "technologique" pourrait être supprimé. quelques logiques homogènes aux procédés actuels de déplacements des signes de la présence en les comparant à celles qui ont gouverné leurs prédécesseurs. Notre monde. on est présent aussi. numérisation) aux transferts et traitements propres à l'activité mentale (imagination. visions du monde. modes de travail. fantasme éveillé. la culture (orientations. à nous expliquer sur cette notion de "forme culturelle" dans ses rapports à la technique en général et aux techniques particulières qui la sous-tendent. On pourrait aussi bien parler de "forme technoculturelle". consacré à une discussion du travail de Gilles Deleuze sur le cinéma. de relier les segments durs de circulation des signes (écriture. en effet. Et l'on voit bien que ces questions pourraient être prolongées dans le domaine politique puisque le système de la démocratie représentative repose sur la séparation entre représentants et représentés. telles que la photographie ou la télédiffusion audiovisuelle. Il ne s'agit. Nous explorons. usages sociaux et désirs collectifs. non pas seulement pour transporter l'information mais pour la mettre en forme et la rendre ainsi expérimentable. audition. par exemple. et non plus d'apprécier la transposition écrite ou la capture audiovisuelle pratiquée par autrui. au plan épistémologique. Et c'est là qu'interviennent les technologies numériques. Nos investigations tentent.la Téléprésence transforme l'exercice de la croyance telle qu'elle se concrétise aujourd'hui encore dans la télévision. dispositifs. exprimant le développement de solutions intermédiaires entre l'absence et la présence strictes : les modalités de la présence à distance se multiplient. comme on voudra) que le frayage s'opère. geste. parce qu'elle affecte les conditions du déplacement de la présence. Dans l'étude de la présence technologique à distance. Nous ne présupposons pas que la Téléprésence est appelée à se substituer aux rencontres charnelles dans les activités humaines. ni d'une description fidèle du paysage technique et politique des télécommunications. etc. en parti- . etc. On est présent par procuration en lisant un article de presse qui décrit un affrontement militaire.

de déplacements identificatoires. imprimerie. Archéologie de la Réalité Virtuelle. pour clore cette partie. dans ces conditions. Cette question est d'une grande complexité dès qu'on refuse d'identifier présence corporelle et présence psychique et qu'on dissocie l'unité de lieu et de temps dans la multiplicité des espaces-temps mentaux[1]. L'ordinaire de notre existence se tisse dans d'extraordinaires enchevêtrements de voyages imaginaires.). rapports auxquels il faudrait ajouter ceux que nous entretenons avec des objets intermédiaires. on ne proposera pas une cartographie précise. C'est dire la difficulté d'élaborer une réflexion sur les rapports entre présence corporelle et déplacement des signes de la présence. apprécier les craintes d'une possible confusion des registres "réels" et "virtuels" ? Peut-on imaginer des transactions à distance qui rendraient transparents les procédés relationnels au point de les effacer de la perception des acteurs ? Nous esquissons. L'invention. inassouvies par la restitution inerte des prélèvements opérés par les divers systèmes de l'ère de la capture directe (photographie. la Téléprésence les réinjecte au centre de l'expérience humaine. propose de relier la crise actuelle des médias de masse à l'accentuation de l'incarnation de la communication. particulièrement sensibles dans le travail coopératif à distance. remplaçant sur un plan imaginaire. Mais sans doute est-il temps de montrer comment s'articulent les différentes parties composant ce livre dans leurs rapports. à la Téléprésence. historiques et philosophiques. ou des télétechnologies inspirent nos investigations. etc. à la faveur de l'incontestable accélération du mouvement de Téléprésence. Nous croiserons dans cette tentative des perspectives variées. nous proposons une définition du mouvement actuel de Téléprésence dans ses relations aux formes antérieures de déplacement des signes de la présence (écriture. télévision. des techniques d'enregistrement avait déjà suscité une prémonition de leur dépassement. telle pourrait être la définition de la Téléprésence. ces visions s'étaient asséchées avec la sédimentation de la radio et de la télévision. L'hypothèse centrale d'une augmentation tendancielle du caractère incarné du transport de la présence y est affirmée en regard de ce qu'offrent les technologies numériques. De les relire rétrospectivement. etc. la présence[2]. Dupliquer non seulement l'apparence de la réalité mais sa mise en disponibilité -c'est-à-dire le mode d'accès à cette réalité transposée-. entrent en crise. ce retour du corps dans l'expérience virtuelle s'accompagne d'une redéfinition de la kinesthésie. un rapport plus intime avec l'événement. Doit-on appréhender la réalité transposée comme une réalité en compétition globale avec notre monde empirique habituel ? Ce qui est en cause dans cette discussion concerne d'abord la notion de déplacement dans ses rapports à la présence. de l'écriture. Comment. Au . Numérisation. Le deuxième chapitre. Dans un premier chapitre. téléphone. Nous tentons en particulier de montrer que loin d'éliminer le corps et les sensations physiques dans une supposée fuite en avant de l'abstraction. On l'a dit. Les techniques de simulation numérique les ont fait passer de l'état de fictions à celui de premières réalisations. mise en réseau constituent en effet la chimie de base de la Téléprésence. Elle invente un autre milieu perceptif dans lequel se concrétisent notamment des mouvements relationnels entre objets et sujets humains. radiodiffusion. De ce mouvement. Elle consiste à proposer quelques outils méthodologiques pour en saisir les enjeux. le développement de nouvelles formes de présence à distance (réseaux. parfois indirects. modélisation. La Téléprésence ne restitue pas à l'identique les performances que nous accomplissons habituellement. se construisent donc des graduations sans cesse plus fines qui incitent à repenser nos conceptions héritées. sur la naissance de l'outil. Nous centrons notre enquête sur la commutation entre l'activité humaine et les univers virtuels. Notre ambition est autre. c'est-à-dire sur la notion d'interface. une réponse à ces questions. de migrations incorporelles.culier de concrétiser cette direction d'étude. supports numériques interactifs) permettent. Entre la présence en face à face et l'absence.). S'ouvre dès lors la controverse sur l'ampleur et l'intensité possible de cette mission. en quelque sorte. qui ont assuré les beaux jours des techniques d'enregistrement. de la tentative médiologique au concept de "technologie intellectuelle". en effet. de l'histoire des techniques de représentations à la phénoménologie. qui offre son sous-titre à ce livre. Cependant. Certains travaux fondamentaux. Les formules reliant croyance et mise en forme visuelle du monde. à la fin du siècle précédent. relatives au partage commun de "l'ici et maintenant" et corrélativement à la séparation. Nous y sommes aidé par une série de recherches et d'acquis sur les déplacements des signes dans leurs rapports à la production matérielle et intellectuelle. L'objectif est d'en approfondir certaines logiques. Les modalités de la croyance sont alors recomposées sous la pression de ces exigences de participation plus intime.

Poussé par une puissante vague visant à supprimer les intermédiaires traditionnels (édition. avant d'aborder la question de l'efficacité culturelle de la Téléprésence. On comprend la multiplication des tentatives d'intégration. Internet serait. mais aussi les limites. en effet. de préciser. dans l'aire du multimédia. considérer Internet comme un modèle politique d'organisation sociale anti-hiérarchique. recherche d'information. qui permettent d'intervenir pratiquement dans des scénographies narratives installées ? Telles sont les principales questions abordées dans le chapitre V. nous examinons l'évolution de la notion d'interface dans ses rapports à la posture interactive. réseaux. par les "télé. alliance que l'espace Internet suscite et fortifie. de même que l'on constate les limites intrinsèques des réponses fournies à la quête de réalisme. Cette observation est de la plus haute importance pour reconnaître et développer les savoir. certaines tentatives de formalisation du concept d'interactivité. De même nous attacherons-nous à l'une des dimensions prometteuses de l'interactivité : l'animation autonome de scénarios évolutionnistes. de manière critique. en particulier.prélèvement événementiel. de cette demande participative. Quel sens donner à l'utopie Internet ? Et de quel type d'utopie s'agit-il ? Il nous a semblé nécessaire. dans le quatrième chapitre. grâce à la Téléprésence.) des segments "mous" (idée. en quelque sorte. Internet sera envisagé comme espace politique propre. et de la téléinformatique en particulier. Notre attention est. Le développement des scénographies interactives est l'un des cadres où s'expérimente une forme de présence. Comment les principes démocratiques prônés dans le réseau sont-ils appliqués au gouvernement du réseau lui-même ? Enfin. dites interactives. qu'un accès pur de toute médiation serait désormais possible ? La propension expérimentatrice trouve-t-elle son origine dans l'existence de technologies qui lui fournissent l'occasion de s'exprimer ? Peut-on relire d'anciennes analyses élaborées à propos de la photographie. nous comparerons les deux grandes postures de la navigation interactive (CD-Rom et réseau) dans leurs rapports à l'idéal d'une autonomie revendiquée. . sur un tout autre plan. que les massmedia ne souffrent pas d'un trop-plein de participation mais d'un déficit. succédant au spectacle. Qu'est-ce qu'être présent dans un tel cadre ? Comment thématiser les configurations. et que progressivement se mettent en place. ce nouveau média peut-il tenir les promesses qui le soutiennent ? Peut-on. non seulement de par sa diffusion planétaire. etc. sous un angle particulier : la question de la médiation. aujourd'hui. nos positions quant au statut des technologies intellectuelles en général. prolongeant les dynamiques vivantes auxquelles ils réfèrent. sous trois éclairages différents. valorisant les relations latérales ? On discutera. à la lumière de l'importance prise. mais dans l'inscription interne à un cadre d'action. Après avoir réexaminé. Cette délimitation réfère aux travaux de l'école épistémologique d'anthropologie des sciences et des techniques. etc. que ce soit un musée formalisé. la tendance à l'affaiblissement des médiations. mais surtout comme illustration de la sociologie constructiviste. pensée. laquelle privilégie les réseaux sociaux dans l'étude du fait techno-scientifique. D'abord en observant qu'un autre type de médiation émerge avec le développement du réseau mondial : l'automédiation. Les programmes "génétiques" en sont un parfait exemple. Non pas dans la séparation géographique. Nous les discutons en insistant sur la difficulté de séparer. dont les "avatars virtuels" sont l'une des illustrations. L'hypothèse développée affirme.contacts" ? D'où l'occasion d'avancer quelques hypothèses sur les nouvelles scénographies qui se construisent dans le contact à distance. à la faveur d'exemples d'usages d'Internet. un jeu vidéo ou un récit fictionnel. les segments durs (machines. dans le travail symbolique lui-même.). à l'encontre des discours érigeant la télévision en pouvoir fascinant absolu.faire intermédiaires de l'hypermédiation. Le chapitre III est spécifiquement consacré à Internet. Ensuite. succède l'épreuve d'une animation simulée de modèles. apparemment. de solutions de continuité entre réception et production. parfaitement avec le caractère stratégique de l'informatique et des réseaux numériques. la parabole de la mondialisation. L'idée que les technologies intellectuelles sont les facteurs décisifs du dynamisme social global s'accorde. distribution. affect). les moyens d'une expérimentation plus directe de l'information. Est-ce à dire qu'il n'y aurait plus de mise en forme de l'information. par le système télévisuel. D'où l'avènement d'un spectacte. à la sphère du traitement des signes alimente les thèses convenues sur la société de l'information et du travail immatériels. attirée par le développement. La suprématie souvent accordée depuis Marshall McLuhan. fondée sur l'alliance de l'autonomisation et de l'automatisation de la médiation. Nous essayons d'en évaluer l'apport.

Nous la discutons en montrant comment différents modes de construction de récits se rattachent implicitement à des conceptions de la vie. quelques questions communes. Poursuivre ces constructions conceptuelles en se tenant au plus près possible des propositions artistiques qui émergent. Il m'est. Par exemple. accélération et ralentissement. Et ces manifestations semblent particulièrement virulentes dans l'univers des télétechnologies. cette dissociation devient pa- . Nous faisons effectivement l'hypothèse que la télé-informatique diffuse plutôt une méta-culture. des logiques hétérogènes. Cela dit. La question de la perception est en effet au cœur de cette interrogation sur les enjeux de l'image actée. Gilles Deleuze analyse des films singuliers d'une période historique. à propos du cinéma. de Maurice Merleau-Ponty.apporte une réponse originale à cette interrogation. sur l'adjonction du son à l'image lors de la naissance du cinéma sonore. cependant. disjoignant. Elle tente de thématiser les déplacements de présence qui fondent certaines œuvres télé-technologiques. Réinterprétant les situations héritées. les méthodes et les contenus. à une suppression galopante des intermédiaires. L'enquête phénoménologique ouvre une voie précieuse pour apprécier comment la liaison de l'action et de l'image -l'image actée. Elle se heurte. J'y ai poursuivi une direction d'analyse sur l'image simulée. plus que d'autres grandes vagues technologiques passées. loin d'œuvrer dans un sens univoque. répondant à "l'image-cristal" de Gilles Deleuze. Celles-ci affrontent. être prolongées lorsque l'action se compose à l'image sonore dans l'image actée. à la différence de nombreuses analyses. Elle laisserait donc croître et se diversifier. La place qu'accorde le philosophe à Bergson pour bâtir sa théorie de l'image-temps ne pouvait que m'inciter à m'engager dans cette direction. L'hypothèse centrale consiste. je crois. Plus philosophique et d'une lecture moins facile. à l'accélération absolue et à la conquête achevée de l'instantanéité. est une indication dans cette direction. hybriderait anciens et nouveaux principes. laquelle chez Maurice Merleau Ponty est explicitement une présence tactile à distance. et non pas le cinéma comme technologie en général. Une orientation très riche s'en dégage pour aborder les rapports technologie/perception dans la lignée des propositions de Walter Benjamin ou de Marshall McLuhan. séquentialité et hypertextualité. Dans ses formes extrêmes. temps différé et temps réel. peuvent. au déclin manifeste de l'auteur individuel ou encore à l'affaissement du panoptisme ? Sur ces différents plans. mais surtout. la direction qu'indiquent les défrichages fondateurs de Gilles Deleuze. Il s'agira enfin. les technologies conservent souvent les anciennes logiques en les hybridant aux nouvelles plutôt qu'elles ne les effacent totalement. ni de manifestations de résistances. Une telle démarche est-elle concevable à propos de l'image actée ? Peut-on dégager des concepts spécifiques à cette expérience ? Notre proposition de "cristal présentiel". Somme-nous vraiment confrontés à une déterritorialisation radicale. de reprendre de manière unifiée les principaux résultats obtenus auparavant. ponctuée notamment par les écrits d'Henri Bergson. apparu que la tentative. La direction bergsonienne exploitée par Gilles Deleuze pour rendre compte du cinéma d'après-guerre exprime les mouvements abstraits à l'œuvre dans la vision. à l'éclipse évidente de la linéarité. fantasmes et rêves déclinent toute la gamme des combinaisons possibles. nous tentons de montrer que. la télé-informatique engendre elle-même des tensions entre des logiques antagonistes : délocalisation et inscription locale. au caractère encore mal délimité du genre. voire antagonistes. telle est.redéfinit la vision. Souvenirs. [1] Dissocier lieu et temps : l'état de rêverie éveillée nous en donne l'expérience. et qu'un certain cinéma révèle distinctement. dans le dernier chapitre. autour de la question des enjeux culturels de la téléinformatique.Par ailleurs. pouvait être mise à profit sur le terrain des images actées. à affirmer qu'il n'y a pas d'incidences culturelles unilatérales et globales repérables dès lors qu'on examine attentivement les différentes strates dans lesquelles les télé-technologies inscrivent leurs opérations. on le verra. sous sa portée. mouvements relatifs à la temporalité. Il ne s'agit pas là essentiellement de gestion des survivances. d'en "faire la théorie comme pratique conceptuelle". les logiques et les manifestations. par exemple. en effet. le savoir accumulé en matière d'inscription du spect-acteur dans le récit s'est concrétisé dans de nombreuses réalisations. avec des réponses différenciées. et que les livres de Gilles Deleuze sur le cinéma sont venus revivifier. qu'une culture. sur la manière dont elle suscite et traduit une posture perceptive. ses remarques. Le chapitre VI a un statut particulier. comment la succession des choix dans une scénogaphie peut-elle orienter le déroulement futur d'une trajectoire ? La proposition d'une littérature génétique -en décalage avec l'interactivité. il expérimente quelques hypothèses plus qu'il ne propose des résultats.

.Machines . à côté des canards. 1994). à la côte tissée par Pénélope.thologique. [2] Toute une dimension mythologique et fantasmatique de la téléprésence symbolique pourrait ici être invoquée. le psychiatre Jean Oury éclairait la psychose en la décrivant comme un trouble de la présence : un patient qui parlait avec lui dans son bureau. resté près de l'étang.Département des Sciences politiques de l'Université Paris VIII. était. Paris.Utopie" (Université Européenne de la recherche . Dans une intervention orale au séminaire "Pratiques . de la "téléprésence" divine incarnée dans un messager. en fait. et aux "objets transitionnels" chers à la psychanalyste Mélanie Klein.

aujourd'hui. Sur les réseaux numériques s'expérimente. se défaire à nouveau de ceux-ci pour toujours recommencer. toujours plus. L'écriture manuscrite. une désincarnation voire une réincarnation. Sa thèse centrale se résume ainsi : la science et la technique sont filles de l'activité onirique. formalise à l'extrême la corporéité de l'auteur. la télévirtualité immerge les partenaires dans le même espace virtuel. Tentative désespérée. Les signes de la présence dans de telles situations s'incarnent. et ceci dans deux directions. nous préciserons les conditions de ce partage. Le rêve et la machine [3] contribue à dégager une archéologie de la Réalité Virtuelle. quelques jalons pour une archéologie de la Réalité Virtuelle. tirant profit des ressources abstraites de la télévirtualité. tout en créditant la simulation numérique d'un pouvoir imitatif probablement démesuré.Chapitre I Entre présence et absence La Téléprésence moderne se caractérise par l'augmentation du cœfficient charnel dans la communication à distance. premier transport à distance du langage. craintes qui. méconnaissent les dimensions proprement créatives des télé-technologies. Nous prolongerons. ne la laissant transparaître qu'à travers la calligraphie. selon l'auteur. directe ou indirecte. tout comme les motivations apparemment rationnelles des acteurs ne servent. mais relationnel. Elle ajoute le canal gestuel au canaux visuels et sonores et ouvre à l'échange kinesthésique. on le sait. Se tenir à distance de soi. L'opérationalité des applications. Le chapitre intitulé "Télé-présences et réalités virtuelles" concentre assez bien les enjeux de l'épopée technicienne considérée comme tentative de sortie de la condition humaine. la proportion charnelle dans les canaux expressifs est très lisible. en effet. Ce qui est remarquable dans le développement de l'argumentation. Cette dimension "haptique" (du grec haptein. L'expansion de l'imprimé réalise ce que l'invention de l'écriture annonçait. dans le sillage de la Réalité Virtuelle. Mais le mouvement qui augmente. Enfin. Il ne s'agit plus de transmettre des informations mais de créer les conditions d'un partage mutuel d'un univers. Ce partage. tentative de dépassement -vouée à un échec dramatique. pour la première fois. Après avoir posé. cette enquête en interrogeant les craintes d'un éventuel doublage virtuel de notre environnement . ne se limite pas à l'échange de signes verbaux et non verbaux. ensuite. L'enjeu n'est alors plus seulement communicationnel. se transpose ainsi dans l'espace et devient la référence de la communication à distance. et sa réception instantanée. que d'alibis à cette tentative. réaliser l'ubiquité. pour Jean Brun inspiré par la théorie chrétienne du salut [4]. L'instantanéité de la transmission orale -sans la réactivité. A . approcher une transsubstantiation. Il est tissé de gestes. modèle principal de la relation humaine. une communication collective. le son. c'est l'identification des traits essentiels de la tentative de déplacement sans fin des limites marquant l'existence humaine. mais uniquement comme promesse abstraite : la formation de communautés de lecteurs éparpillés sur un territoire et réunis par les mêmes livres [1]. l'image sans pouvoir s'appuyer sur une interaction corporelle. charge la relation d'une dimension visuelle incontournable. éventuellement anonyme. de contacts corporels concrets ou potentiels et de manipulations conjointes d'objets. Avec le téléphone qui assimile les canaux vocaux et auditifs. dans une première partie. selon lui.éléments pour une archéologie de la Réalité Virtuelle [2] L'essai pamphlétaire de Jean Brun.est atteinte grâce au télégraphe. le perfectionnement des interfaces de communication et la naissance de nouveaux milieux de présence partagée.des cadres spatiaux et temporels propres à l'humain. "Le désir de l'homme de métamorphoser son temps et son espace pour aller habiter d'autres moi. té- . La Téléprésence n'a pas attendu les réseaux numériques pour se déployer. la simultanéité de l'émission et de la réception épouse un peu plus le modèle de la communication en "face à face". Le partage commun de "l'ici et maintenant". toucher) lutte contre l'affadissement inévitable d'une communication contrainte à ne s'extérioriser que par le texte. voilà les objectifs aussi vains (selon Jean Brun) qu'affirmés par la saga technicienne [5]. rappelant l'échange multipolaire des groupes rassemblés dans un même lieu et rompant avec le modèle pyramidal des massmedia. L'émission de l'image.

tout juste atteint.moigne de la détresse de celui qui voudrait s'arracher à lui-même afin de pouvoir tout savoir et pouvoir tout posséder" [6]. l'informatique commencera à concrétiser ces pressentiments.le cinéma en est aux Ombres de Platon. On quitte alors le terrain de la fiction ou de l'extrapolation pour investir celui du projet scientifique. et les propriétés de résistances par lesquelles les aveugles en acquièrent la notion. cinématographie). Jérusalem ou Melbourne. La dénonciation des transgressions qui en résultent s'accompagne d'une piquante revue d'essais littéraires préfigurant l'actualité des télé-transports et de la Téléprésence. pourquoi à la chambre noire ne succéderait pas une chambre blanche ?" Le cinéma s'emploiera "à capter le désir collectif et à en objectiver le motif" [12]. peuvent se transmettre. pourquoi n'atteindrait-on pas l'apparition de son original. Son "idéoréalisateur" devrait pouvoir créer des "êtres-images" et les déplacer à distance sous forme d'"ondes carnifiées". L'essence de l'entreprise technologique réside précisément dans la tentative de vivre "plusieurs existences ayant pour auditorium des espaces multidimensionnels" [7] afin d'échapper à l'unicité de la localisation dans l'espace et à la linéarité du déroulement temporel. d'une synthèse."On surcréera les autres. . Dante". On soulignera aussi l'énergie révolutionnaire issue du "miracle" photographique. Grâce à son émetteur de présence. à notre table. Comme si l'horizon découvert autorisait tous les vagabondages visionnaires. irriguant d'autres projets de transport bien plus audacieux. de même l'apparence d'un corps. il doit sortir de la Caverne. et magistralement. les leçons. Dans Le toucher à distance. On peut noter l'inspiration organique de "l'idéoréalisme". phonographie et cinéma) féconde l'imaginaire littéraire et lui fait entrevoir de somptueuses perspectives. non plus de l'apparence mais de la vie même. car le baron assassiné mourra autant de fois que ses doubles délocalisés. dans son essai Cinéma vivant : ". va se corporiser. il pouvait retrouver sa maîtresse tous les mercredis à Paris alors qu'il se trouvait à Chicago. la naissance des techniques d'enregistrement (photographie.. Le baron avait disposé dans huit cent quarante grandes villes des récepteurs de présence (et particulièrement sur les façades des synagogues. la prémonition rencontre la réalisation technique. "le Destin va se cristalliser. C'est plutôt en radicalisant la photographie qu'il espère engendrer une "surcréation" tridimensionnelle. "Puisqu'on est parvenu à la photographie à distance. Ils s'inscrivent dans le cadre d'un rejet affirmé de l'écrit et d'une valorisation de l'oral que véhiculent les techniques d'enregistrement (phonographie. L'"idéoplastie" ouvrira le champ du transport spatio-temporel : "on invitera des célébrités chez soi. Paul Valéry en tirera immédiatement. Le prisonnier doit se libérer" [9] et donc le cinéma actuel n'est que "le Cro-Magnon du cinéma futur" [10]. sans qu'il soit nécessaire que rien relie l'ubiquiste aux corps qu'il projette" [8]. de la capture d'empreinte. avec les premiers simulateurs numériques de pilotage d'avions. Avec le développement de la diffusion radiophonique. voire de réincarnation. À propos du cinéma. Saint-Pol-Roux. Au XIXe siècle finissant. La perspective de Saint-Pol-Roux est en fait assez éloignée d'une recréation artificielle. on s'attachera aussi à imaginer des formes de télé-déplacement de substance. Tout cela finit mal. c'est l'anticipation sur le stade. Apollinaire décrit l'étrange appareil qu'utilise le baron d'Ormesan : "De même que la voix peut se transporter d'un point à un autre très éloigné. Quelques années plus tard. D'Apollinaire à Saint-Pol-Roux Guillaume Apollinaire imagine un procédé d'enregistrement et de transmission d'existence. "dans nos meubles. huit cent quarante fois mal. on se surcréera soi-même" [13]. Ce qui est remarquable dans ces fictions. Le cinéma sera organique" [11]. espérances tangibles d'une poursuite de la vague innovatrice vers toujours plus de réalisme dans la concrétisation des représentations. Il s'agit bien d'incarnation.. comme si la séparation de l'apparence et de la forme autorisait l'espoir d'extraire la forme elle-même par un procédé similaire [14]. Saint-Pol-Roux poursuit les mêmes desseins avec sa conception "idéoréaliste". Dans le cadre du mouvement de la cybernétique. il y aurait à domicile des soirées César. puisqu'il souhaitait se faire passer pour le messie).

ce changement de registre mérite d'être souligné. Mais les espaces-temps mentaux -ce à travers quoi on est physiquement présent. cinquante ans auparavant. "L'individualité du corps est celle de la flamme plus que celle de la pierre.. comme Apollinaire. [.que dispense en un lieu quelconque un objet ou un événement quelconque" [15].] l'idée selon laquelle on pourrait imaginer non seulement le voyage par train ou par avion. si loin qu'elle doive être de sa réalisation" [20]. Wiener ne décrit pas simplement le projet. de le transmettre et de le reconstituer à distance par une sorte de synthétiseur de présence. bien entendu. paru aux États-Unis en 1950. L'idée générale est de remplacer un corps humain par son double informationnel. Il s'agit là d'un tournant dans le projet de transfert de présence. Indépendamment du degré de pertinence du propos. Observons que les voies imaginées par Wiener ne sont pas du tout. Avant de décrire et d'analyser la télé-diffusion de la musique et du son. eux. électricité) et des futurs réseaux informationnels. Ils œuvrent dans le champ de la synthèse de la présence perceptive (image. recèle une vision prémonitoire. La présence à distance : un concept charnière La présence est une notion à la fois évidente et floue. La conquête de l'ubiquité. effort) et n'envisagent pas le moins du monde de se lancer dans des projets de synthèse et de transport substantiel du vivant (aujourd'hui. non-substance qui demeure. n'est pas absurde en soi. tactilité. La construction même du célèbre article. bien incapables). Unité de lieu et de temps définissent la présence physique. de toute manière. soutenu par une intelligence profonde du phénomène. On saura transporter ou reconstituer en tout lieu le système de sensations (italique ajouté par le rédacteur). il désigne. La définition énergétique de la matière annonce sa définition informationnelle : "Nous ne sommes que les tourbillons d'un fleuve intarissable. l'un des principaux créateurs du mouvement de la cybernétique. Leurs topo. il commence par abstraire la forme fondamentale du phénomène : "Sans doute ce ne seront d'abord que la reproduction et la transmission des œuvres qui se verront affectées. qui est avancée. Paul Valéry ne se situe plus. Les majuscules élèvent l'intuition au rang de concept. Un tel projet se rapproche clairement de la synthèse numérique. lui aussi anticipé la télévirtualité. -la comparaison avec la chrysalide atteste qu'il s'agit toujours de mutation organique. propose une argumentation visant à établir la possibilité théorique de l'enregistrement et de la transmission du vivant. un Titien qui est à Madrid ne viennent pas encore se peindre sur le mur de notre chambre aussi fortement et trompeusement que nous y recevons une symphonie. repose sur une conception "immatérielle" du corps.sont. il s'interroge : "Je ne sais si jamais philosophe a rêvé d'une société pour la distribution de Réalité Sensible à domicile" [18]. et non une spéculation visionnaire. son. multiples.De Paul Valéry à Norbert Wiener Jean Brun aurait pu également solliciter Paul Valéry qui a. après la musique [16]. Dans Cybernétique et société. sur le terrain de la fiction littéraire mais sur celui de l'extrapolation socio-technique. L'idée maîtresse. le système d'excitations. mais aussi par télégraphe. énergétique. On n'est jamais là et à l'instant où l'on croit. cette forme peut être transmise ou modifiée. Il demeure partiellement organisciste : on s'attache à la constitution d'une matière modélisée. ou doublée" [19]. "Un soleil qui se couche sur la Pacifique. il indique comment il faut le réaliser. sa définition informationnelle. Pressentant la continuité entre le développement des réseaux énergétiques (eau. Norbert Wiener. actuellement tout au moins.chronologies ne sont pas descriptibles. On . de la forme plus que celle d'un fragment matériel . celles qu'empruntent les ingénieurs de la Téléprésence. Mais l'évocation de la synthèse informationnelle rapproche le projet de la logique numérique et même de la Réalité Virtuelle.. gaz. En cela. Cela se fera" [17]. et encore [22]. car pour la première fois c'est une argumentation scientifique. -ou plus exactement. Radicalisant encore son pressentiment. il ajoute que cette reconstitution totale d'un organisme vivant ne serait pas "plus radicale que celle subie effectivement par le papillon au cours de sa métamorphose" [21]. conforme à l'esprit conquérant de la cybernétique. les mêmes marquages typographiques qui affectent la Réalité Virtuelle lorsque les ingénieurs américains des années soixante-dix la baptisèrent et signifièrent ainsi l'invention d'un nouveau milieu de "Réalité Sensible". le prochain milieu candidat à la télé-exportation : les images visuelles. mais modèles qui se perpétuent. rejoignant.et on l'expédie grâce à une transmission substantielle. Affirmant que l'obstacle technique n'est que provisoire. ils en seraient.

à distance.. ces quelques références devraient être complétées par de plus amples investigations.s'expatrie continuellement. Notre investigation de la Téléprésence est fondée sur un mouvement en quatre temps qui explicite la notion de déplacement informationnel et caractérise ses phases : . B . tout comme ses prédécesseurs de l'avant-dernier siècle. etc. Nous envisageons les relations entre les phases . à partir d'eux. moderne avant la lettre : image qui se donne comme telle appelant à être appréciée pour ses qualités sensibles et non pour sa signification).à l'espace langagier : mise en commun entre des sujets s'opérant toujours par le détour abstrait d'un tiers symbolisant. . . Il prévoyait ainsi l'interdépendance entre la simulation informatique et l'expansion des réseaux numériques. hybride entre la multiplicité des espaces d'un bureau réel et la bidimensionalité de l'écran ou encore l'usage du regard pour se déplacer dans les espaces de Réalité Virtuelle). de nouveaux mondes. mais poursuite du mouvement pour s'en approcher.techniques de la Téléprésence. d'opération langagière ou de substitution maternelle grâce à un "objet transitionnel").l'impossibilité. par exemple). et rendant de ce fait illusoire tout espoir d'une communication im-médiate.dans cette tentative mimétique déjouée. Pour élargir les fondements d'une archéologie de la Réalité Virtuelle. de faire coïncider le représentant et l'original. . ajustement plus ou moins spontané des acteurs économiques sans qu'ils soient directement en contact. Il s'agissait bien de reconstitution à l'identique. demeurait prisonnier d'une vision réaliste du doublage. . naissance d'un espace propice à la création de formes hybrides soumettant le double informationnel de l'objet source -rendu transportable. une définition Wiener avait vu juste lorsqu'il préconisait de réaliser le doublage informationnel d'un corps pour. surtout à l'état immobile. Mais le cybernéticien.l'accroissement des caractères incarnés des représentants ainsi obtenus (ajout de l'image au son pour accéder à la visiophonie. qui constituent aujourd'hui les deux cas d'emploi du terme "virtuel" [23]. Il s'agit donc de préciser et d'illustrer ces quatre opérations. le télé-déplacer. .au fétichisme : prendre la partie pour le tout est une forme de présence à distance opérant par mobilisation d'un objet partiel remplaçant la totalité (qu'il s'agisse de satisfaction sexuelle. incarnée et imagée (tradition chrétienne en n'oubliant pas la position jésuite. -à la présence divine (vue comme présence à distance) dans ses différentes versions : prophétique et donc portée par le discours ou le texte (tradition juive). relatives notamment : .à l'action à distance : la notion physique de champ de forces (gravitationnel. électrique. nous rencontrerons certaines de ces directions même si nous privilégions plutôt les traits socio.à la notion de marché. de la cause. Or les réalisations actuelles démontrent que la virtualisation ne réplique pas des univers de référence. elle invente.à de nouvelles modalités cognitives et actives (comme le multifenêtrage. . Dans notre enquête. passage à la troisième dimension dans Internet. magnétique..) concrétise une projection. ensuite. Ainsi exprime-t-elle sa puissance générative.la production d'une représentation formelle de l'objet à déplacer pour qu'il puisse passer par le filtre d'un réseau numérique. toutefois.La Téléprésence.

d'imitation et d'invention comme une manière d'analyser les réalisations et les projets en cours, de les soumettre à une même interrogation discriminante. Cette interrogation, relève, par ailleurs, d'une problématique beaucoup plus vaste, que nous ne ferons que suggérer, englobant le champ de la dynamique technique, comme mouvement de création en tant que telle : imitation, détournement, inflexion de la nature, par d'autres moyens que la nature, et donc création, de fait, d'un nouveau milieu naturel/artificiel [24]. Modéliser et transporter La première opération de la Téléprésence consiste à traduire numériquement les composantes appelées à être déplacées (voix, image, éventuellement efforts physiques) [25]. De même, les éléments de l'environnement sujets à interactions sont transcrits (espaces documentaires, lieux de travail comme dans la Bureautique virtuelle). Enfin, les interfaces spécifiques nécessaires sont installées pour animer ces univers (de la définition des zones sensibles dans l'écran aux organes de commandes gestuels tels que les souris et joysticks - jusqu'aux interfaces de Réalité Virtuelle comme les gants de données, casques d'immersion, etc.). Ce premier mouvement s'adosse à la simulation informatique qui affine sans cesse ses capacités à produire des modèles numériques fonctionnels des objets et systèmes qu'elle prend pour cible. Dans un deuxième temps, on transporte, via des réseaux adaptés, ces éléments modélisés. Une grande variété d'applications concrétise cette double opération qui, de l'enseignement à distance au télétravail en passant par le déplacement d'œuvres ou de musées et les facultés inédites de travail coopératif à distance, combine différents composants (textes et graphismes avec ou sans image de l'interlocuteur, réception des efforts physiques à distance, etc.). On ne fera pas ici la typologie de ces configurations, nous réservant par la suite d'approfondir certains exemples, en particulier dans le domaine de la Réalité Virtuelle, qui concentre le plus grand nombre de canaux perceptifs. Déplacement d'existence et déplacement de présence Simuler et déplacer, ces deux opérations recouvrent les deux cas d'emplois du terme "virtuel". Le premier, la modélisation numérique, désigne une variation d'existence. De la réalité de premier ordre, empirique, on passe à une réalité de deuxième ordre, construit selon les règles de la formalisation physico-mathématique. La deuxième acception du terme"virtuel" relève d'une variation de distance, et c'est là que prend place le transport par réseau. On parle d'entreprises, de casinos, ou de communautés virtuels pour désigner des institutions, ou des personnes, éloignées et qu'on ne peut atteindre qu'à travers le réseau. Et cet éloignement est le fruit de leur modélisation numérique préalable, condition pour qu'ils puissent se glisser dans les mailles du réseau. On entre en rapport effectif avec un ensemble de signes traduisant leur présence (textes, voix, images, etc.) dans une forme mue par des programmes informatiques. Cette animation automatique par programmes donne consistance à l'appellation "virtuel". Sinon, il s'agirait d'une simple télé-communication, comme avec le téléphone. (On peut parler, par exemple, de "casino virtuel" sur Internet parce qu'un modèle de casino fonctionne sur un serveur, à distance). Le "virtuel" de la simulation ne s'oppose pas au "virtuel" des réseaux, il le prépare. Ces accommodations numériques ne sont certes pas anodines et il ne faudrait pas laisser croire qu'elles se contentent de répliquer les phénomènes et les relations situés à leur source. Elles ne se limitent pas à filtrer la communication à distance. Elles sélectionnent, surtout, les matériaux qui se prêtent à une transmission (ainsi l'odorat, malgré les récentes recherches en cours, est couramment délaissé au profit de l'image plus valorisée culturellement et... facilement modélisable). La forme des entités déplacées, tels les "avatars virtuels", est strictement dépendante de ces sélections opérées. Tel "avatar" privilégiera la qualité graphique des costumes, un autre la qualité sonore, un autre encore la conformité photographique du visage. C'est dire si ces transpositions altèrent et redéfinissent les acteurs engagés ainsi que leurs relations.

C - Les interfaces : la commutation homme/univers virtuel Avec le développement des organes intuitifs de commande des ordinateurs, dans les années quatre-vingt, la notion d'interface a d'abord désigné les organes matériels de communication homme/machine (tels que le clavier, la souris ou les leviers de commande) ainsi que l'organisation dynamique des affichages à l'écran (multifenêtrages et menus déroulants). Dix ans plus tard, avec la vague du multimédia, la diffusion du CD-Rom et d'Internet, une autre signification s'y est adjointe, dès lors qu'il devenait possible d'activer directement les objets sur l'écran. La notion d'interface graphique est apparue, désignant à la fois les outils de navigation dans un programme multimédia ainsi que l'organisation logique de l'application, telle qu'elle apparaît sur l'écran. Nous réservant de reprendre plus avant cette dernière acception de la notion d'interface, nous centrerons, ici, notre analyse sur son versant externe, matérialisé par les équipements de commutation entre l'expression humaine et les univers virtuels, tels que : éditeurs partagés, affichage vidéo, visio et audio-casques, gants capteurs, costumes de données, senseurs, exo-squelettes, systèmes à retour d'efforts ou leviers de commandes multiusages. Espaces de travail partagés Le travail de groupe sur les mêmes sources numériques (architecture, dessin industriel, etc.) a rendu nécessaire la mise au point d' « éditeurs partagés » assurant la collectivisation de toute modification individuelle apportée au projet, ceci afin d'échapper à l'imbroglio résultant de la circulation simultanée (par disquette ou courrier électronique) de plusieurs versions d'un même travail. Manipuler des objets communs est une chose, échanger à propos de cette activité en est une autre. Comme l'explique Michel Beaudoin-Lafon, directeur du Laboratoire de Recherche Informatique à l'Université Paris-Sud : "En effet, le processus de production de l'objet est aussi important que le résultat de ce processus, particulièrement dans les tâches à couplage fort (nécessitant une très forte interaction entre les participants, comme dans le brainstorming). Par exemple, lorsque l'on fait un croquis pour expliquer une idée, on fait constamment référence à cette figure par des gestes. Il faut donc donner les moyens à chacun de percevoir les actions des autres et pas seulement le résultat de ces actions" [26]. Plusieurs systèmes prennent en compte cette dernière faculté en affichant sur les documents, les positions des pointeurs activés par les participants ou encore en délimitant, par des dégradés de couleurs, les zones que chacun affiche sur son écran, de telle manière que chacun puisse voir ce que regardent les autres. Le partage, à distance, d'espace de travail est aussi l'objectif visé par le système ClearBoard [27]. L'image vidéo de l'interlocuteur est superposée à la surface de travail sur l'écran de l'ordinateur, si bien que les deux personnes ont l'impression de travailler à modifier un plan, par exemple, en étant situées de part et d'autre d'une vitre transparente sur laquelle s'affiche ce plan. L'espace de travail se confond alors avec l'espace de communication. C'est l'une des concrétisations de la notion de mediaspace, espace commun de travail à distance sur des ressources multimédia, mobilisant principalement ordinateur, caméra vidéo et microphone, prolongeant des équipements habituels (courrier interne, téléphone, messagerie, etc.). Ces recherches ont mis en lumière la nécessité de respecter les échelles de disponibilité de chacun des participants à un médiaspace, en particulier lorsque tous partagent des locaux contigus (laboratoire, ensemble de bureaux d'un service, etc.). Dans ces conditions, autant les espaces communs (cafétéria, bibliothèque) sont toujours accessibles, autant les postes de travail personnels peuvent alors être protégés d'une incursion intempestive par de subtiles procédures qui vont de l'affichage d'une porte sur l'écran (ouverte, entrouverte -il faut alors frapper- ou fermée) au "coup d'œil" lancé vers l'écran d'un collègue pour le saluer brièvement ou vérifier qu'il est disponible. D'autres codes sociaux gouvernant l'établissement d'un contact, telle la graduation de l'approche permettant progressivement l'installation de la relation, se révèlent plus difficile à reproduire. Avec les écrans, les transitions sont difficiles à ménager : l'image apparaît soudainement. Des propositions sont à l'étude pour y remédier.

En tout état de cause, on peut déjà observer que le doublage des relations de proximité ordinaire par des dispositifs techniques, tout en tenant compte des contraintes sociales locales, les modifie en instaurant un double système de relation. Ces systèmes imprégnés des contraintes dues à la séparation physique, inventent de nouvelles mises en forme des espaces de travail ; c'est cela qui les distingue d'une simple télétransmission et qui rend indispensable une modélisation préalable du fonctionnement des interfaces élaborées. On retiendra, de plus, que les mediaspaces -a priori conçus pour donner la sensation d'un espace commun entre des équipes éloignées- sont aussi expérimentés dans des institutions à localisation unique. Réalité augmentée, réalité ajoutée, doublage virtuel des interfaces Toute invention d'interface est un nouveau circuit reliant réalité de premier ordre et réalité modélisée. Les exemples qui suivent indiquent différentes voies par lesquelles la commutation réel/virtuel s'établit. On ne saurait trop souligner l'importance de l'une de ces directions : l'alliage de l'objet matériel et de sa modélisation virtuelle. Le projet Karma, développé par une équipe de l'Université de Columbia (New-York) permet d'ajouter à la vision ordinaire d'un équipement, une vue synthétique tridimensionnelle permettant de faire fonctionner celui-ci. L'imprimante tombe-t-elle en panne ? Il suffit de mettre une paire de lunettes, forme simplifiée d'un casque de vision de Réalité Virtuelle. Le squelette fonctionnel apparaît. Il ne reste plus qu'à manœuvrer les boutons, leviers et autres manettes virtuelles permettant d'ouvrir un capot, faire glisser un tiroir, activer un mécanisme et en observer les conséquences ; le tout en simulation, bien entendu [28]. Ainsi, la Réalité Virtuelle surimpose à la vision ordinaire de l'objet une vue chirurgicale fonctionnelle, autorisant la manipulation simulée de l'objet. Les interfaces matérielles (organes de commandes de l'appareil) ont ainsi été doublés par leurs équivalents virtuels. Dans le même registre, d'autres recherches ont pour objectif la disparition du support d'affichage lui-même : plus d'écran à regarder ni de lunettes à porter. Dans la filiale européenne du P.A.R.C. de Xerox, installée à Cambridge (Grande-Bretagne), P. Wellner dirige un projet nommé Digital Desk qui élimine les interfaces habituelles (clavier, souris, etc.). Sur le bureau s'affichent directement les données issues d'un projecteur numérique en surplomb relié à un système élaboré de vision artificielle capable d'interpréter certains gestes et de reconnaître des données montrées du doigt sur le bureau, par exemple. Les activités médicales constituent aussi un important champ d'expérimentation pour ces interfaces plus naturelles. Ainsi, un institut allemand a conçu une table de consultation destinée à l'initiation à l'anatomie [29]. Plusieurs étudiants, équipés de lunettes à cristaux liquides, peuvent observer l'un d'entre eux, disposant d'un "gant de données", manipuler une image tridimensionnelle d'un corps humain projeté sur la table lumineuse. Squelette, système circulatoire, respiratoire, etc. peuvent être, tour à tour et simultanément, visionnés ou auscultés. Ici, l'écran individuel a été remplacé par un équipement permettant de collectiviser l'apprentissage. Réalité animée Les "réalités prolongées" assouplissent des objets qu'on plie selon nos quatre volontés, c'est-à-dire incorporent certaines dimensions subjectives humaines dans leur mode de manipulation. Dépositaires d'une réactivité, d'un réglage comportemental, ils s'ajustent à nos comportements et s'auto-définissent dans un rapport adaptatif. Les recherches sur les smart rooms et smart clothes élargissent ainsi la notion d'objets interactifs. Citons Alex Pentand, l'un des responsables de ce programme de recherche au Medialab du M.I.T. à Boston : "It is now possible to track people's motion, identify them by facial appareance, and recognize their actions in real time using only modest computational resources. By using this perceptual information we have been able to build smart rooms and smart clothes that have the potential to recognize people, understand their speech, allow them to control computer displays without wires or keyboards, communicate by sign language, and warn them they are about to make mistake" [30]. Au-delà de l'usage d'ordinateurs, de vastes perspectives sont ouvertes pour élaborer des objets sensibles, cartes de crédit qui reconnaissent leur propriétaire, sièges qui s'ajustent pour nous garder éveillés et à l'aise, chaussures qui savent où elles se trouvent. Transformer les objets qui nous entourent en assistants personnels, tel est l'objectif poursuivi.

dans la transposition virtuelle de la navette spatiale réalisée par la NASA.popularisés par le bureau du Macintosh. de mieux comprendre le fonctionnement de systèmes complexes tels que la modélisation moléculaire (utilisé chez Glaxo) ou l'analyse de données financières.) [33]. nos ressources et dépenses. Le maître mot est celui de délégation.. point n'est besoin d'un programme de résolution global. On installe une scénographie et un jeu d'acteurs qui. en effet. explique : "De fait. enchaînent eux-mêmes les actions nécessaires pour résoudre le problème. La mise au point de tels agents "intelligents". L'objectif est de maîtriser des systèmes d'informations complexes et de grande dimension (supervision de processus industriel. etc.. Il s'agit de fournir à des agents autonomes certaines compétences limitées leur permettant de conduire une activité de manière autonome. ce qui est impossible avec tout autre moyen. Symbolique amplifiée Parallèlement aux dimensions strictement fonctionnelles. directeur de Virtools..inventer des métaphores intuitives qui permettent une utilisation pragmatique de la réalité virtuelle.). responsable du Human Interface Group dans ce laboratoire d'Apple. au centre des activités de l'Advanced Technology Group d'Apple visant à enrichir les interfaces graphiques -basées sur le multifenêtrage et les menus déroulants. l'Institut Français du Pétrole utilise une interface de navigation permettant de circuler dans une base de données scientifiques tridimensionnelle. depuis plusieurs années. Ces méthodes. dessin industriel. pour modéliser l'évolution d'une situation aussi complexe que la vie d'une fourmilière ou étudier la dynamique d'évolution de robots adaptatifs dont la morphologie évoluera en rapport avec l'accomplissement plus ou moins réussi de certaines tâches comme la recherche dans leur environnement et le transport de certains matériaux (minerai. au voisinage de cette navette visualisent ces écoulements aérodynamiques sous la forme d'êtres mathématiques répartis dans l'espace. etc. Connaissant les centres d'intérêt du demandeur. etc. une fois définies les conditions initiales et l'objectif souhaité. donnent forme à des mixages de représentation réalistes et d'espaces cognitifs. On demande. débris. Ces outils symboliques. Ajoutons "de compétence". Comme l'explique Bertrand Duplat.. à un programme de traiter une requête telle que : "Trouvez-moi les trois livres les plus intéressants sur les nouveaux projets d'interfaces". Eric Hulten. plus que le recours systématique à l'immersion.C'est ce même objectif que visent les "robots chercheurs". loin d'imiter la réalité empirique. radicalisant ainsi ce qu'ont préparé. dites de programmation multi-agents. est. nombre de techniques d'inscription (dessins d'architecture. consultera les "abstracts" et autres listes de mots-clés dans les bases de données qu'il jugera les plus appropriées. Ils pourraient en apprendre encore plus dans notre courrier électronique" [31]. affichées dans un espace tridimensionnel. de l'air autour de la navette spatiale. qui garantira le développement de ces nouvelles interfaces et donc des applications professionnelles de cette technologie" [32]. les articles qu'il écrit. nos ordinateurs savent déjà bien des choses sur nous : leurs disques durs contiennent les coordonnées de nos interlocuteurs. Car c'est la simplicité d'utilisation. invisible. . celui-ci parcourra un ensemble de banques de données. outils de vigilance ou de décision pour les contrôleurs aériens. toute une symbolique spécifique s'élabore pour amplifier la portée cognitive des systèmes conçus. Dans cette approche. Autre exemple. La mise au point de ce type d'outil peut ainsi faciliter l'analyse de systèmes à plusieurs paramètres. Par exemple. Les ingénieurs qui circulent.). sont utilisées. il faut ". en particulier. dont nous utilisons des versions simplifiées sur Internet. l'association de ces conduites pouvant aboutir à résoudre des problèmes (comme le jeu du pousse-pousse ou le Rubix's cube). notre agenda. Ces recherches sont à rapprocher de celles entreprises dans un autre cadre : l'intelligence artificielle distribuée. des flèches stylisées viennent figurer l'écoulement. dans le domaine documentaire. avant eux. afin de doter des programmes de capacités à reconnaître et à interpréter les actions de l'opérateur dans le balayage de banques d'informations. par immersion virtuelle. la nature de ses requêtes récentes. Il faut pour cela que des programmes puissent avoir accès à nos habitudes et soient en mesure d'acquérir des informations sur nos centres d'intérêt sans que nous soyons obligés de leur faire subir un fastidieux apprentissage sur le modèle des systèmes experts actuels. L'interaction avec un modèle virtuel abstrait permet. par exemple.

Cette solution -la "patinette immobile". etc.Le retour du corps On a souvent mis l'accent sur le versant "immatériel" des technologies du virtuel. d'interfaces de " retour d'effort" qui étaient. le dispositif SideWinder -manche à balai rétroactif contrôlé par repérage de position optique et muni de deux moteurs. il propage les efforts selon les conditions de vol et le type d'avion utilisé et. Nous en voulons pour preuve. Au delà de la maturation et de la sélection des systèmes qu'assure le champ des jeux vidéos ainsi que l'expansion des technologies mobiles (téléphonie évoluée. vitesse de commutation des états (avec le méga-hertz comme unité). pour les courses d'automobile. écran visuel portatif connecté à un DVD. En simulation de vol. Nous savons bien que les voies qui conduisent une innovation de laboratoire à un usage étendu sont impénétrables. les systèmes de Réalité Virtuelle qui jusqu'à présent demeuraient l'apanage de laboratoires scientifiques ou de lourds équipements de jeux d'arcades. provoque un recul variable selon qu'on actionne une arme à répétition ou un canon. par exemple) ainsi qu'une spectaculaire baisse des prix [35] laissent entrevoir l'ouverture des marchés grands publics.permet de visiter. une société américaine mettait sur le marché The Intensor Tactile Chair. le constructeur américain ACT Labs propose un volant sensible qui transmet les moindres cahots du bolide engagé dans l'épreuve. un tout autre volet se découvre.) ce qui nous semble pouvoir être retenu. semblent pouvoir se répandre dans les foyers. Elle indique une direction générale. lorsque les chercheurs de l'Université de Caroline du Nord ont réalisé leur prototype de visite virtuelle d'un vaste espace architectural -en l'occurrence. Mais notre recension n'a pas un objectif prospectif. Avec la Réalité Virtuelle. Dans la même perspective générale. Équipée de haut-parleurs. Dès 1998. Et en décembre 1998.Mais ici la fonction représentative est augmentée d'une mission directement opérationnelle. avec des lunettes spéciales en guise d'écran d'affichage. mais auraient alors perdu la di- . Les jeux vidéos sont. Chaque projet d'envergure se doit d'inventer l'équipement de commutation approprié. Des améliorations techniques notables (suppression des retards d'affichage des images lors des mouvements brusques. des espaces de très grande dimension (hall d'exposition d'aéroport. un hall d'hôtel. postes légers de connexion à Internet. l'apanage de laboratoires ou de professionnels spécialisés [34]. Ainsi. Recherches spécialisées. chaise conçue pour les jeux vidéos. Microsoft. il y a peu encore. Une partie majeure du savoir-faire des ingénieurs s'investit dans l'invention et la mise au point d'interfaces destinées à assurer la conjonction entre les univers virtuels et notre corps. mais orientation généralisable Nous avons décrit et commenté des recherches avancées qui donnent le sentiment. laquelle se concrétisera selon des trames encore mal dessinées. Par exemple. situé à deux mètres de distance .ils ont imaginé un tapis roulant. c'est la direction générale prise vers le prolongement virtuel des objets quotidiens d'une part et la multi-sensorialité de l'autre. capteur du déplacement longitudinal. approche de certaines limites physiques des composants.). La liste est longue des trouvailles et autres ingénieux dispositifs qui assurent ces fonctions [37]. IBM présentait un micro-ordinateur portable (moins de trois cents grammes) contrôlable à la voix. l'image est paraît-il de grande qualité et l'impression saisissante [36]. D . Ils auraient pu se contenter d'un levier manuel de commande. Déjà en Novembre 1998. elle réagit aux différentes phases du jeu grâce à ses vibreurs disposés dans le dos et sous le siège. dans les jeux guerriers. En fait. etc. pour sa part. l'un des principaux vecteurs de diffusion de l'augmentation sensorielle.qui vibre si l'on roule sur une chaussée déformée et oppose une résistance croissante dans les virages si la vitesse augmente. la mise sur le marché des jeux vidéos. commercialise depuis décembre 1997. c'est le type de matérialité qui se modifie : miniaturisation. muni d'un guidon enregistrant les inflexions directionnelles. rien de tout cela n'est vraiment immatériel. qu'il s'agit de prototypes nullement stabilisés sur le plan technique et dont la large diffusion est loin d'être garantie. récréant à quelques centimètres des yeux l'impression d'une écran de plus de plus d'un mètre de large. par exemple. évidemment. Sony annonçait la mise sur le marché de Glasstron. flux opto-électro-magnétique. justifié. dans un laboratoire de taille modeste. fluidité de l'imagerie informatique.

Le geste et le sens [40] Claude Cadoz. Le visiteur introduit. images. Des applications à caractère fonctionnel. lasers inscrivant directement l'image sur la pupille. c'est la prise d'information directe sur le flux perceptif : capteurs bio-électriques destinés à enregistrer la contraction des muscles et à en déduire les trajectoires gestuelles. comme le dit Edmond Couchot. sous l'impulsion de leur traduction numérique. L'intelligence sensible de nombre d'artistes s'investit ainsi dans la création de situations propices à induire une suspension du temps ou un trouble dans la situation spatiale. On doit ici faire mention d'une tendance des recherches actuelles visant à diminuer la lourdeur de ces interfaces : caméras analysant la position tridimensionnelle des mains. grâce aux interfaces conçues. efforts physiques. inventent des modalités inédites de fréquentation d'univers virtuels. dispositifs déterminant la direction du regard. Bien que ne relevant pas directement de la Réalité Virtuelle. qui revient au centre de ces recherches. hybridant nos sens aux expériences virtuelles. La mise en correspondance généralisée avec les environnements simulés par la Réalité Virtuelle souligne l'importance des équipements de connexion. Ces interventions ont souvent en commun d'échanger ou de combiner. rappelle les trois fonctions principales du canal gestuel [41]. Le souffle. les activités perceptives. Ce qui retient l'attention. en fait. dans la communication dite "multi-modale". le canal gestuel possède aussi . l'installation Handsight d'Agnes Hegedüs [38]. perception tactile. tel est le collage perceptif que nous propose l'artiste. Plus on souhaitera affirmer le réalisme des interactions avec ces mondes (et ceci est une logique majeure). indiquant ainsi qu'un vaste mouvement d'échange et de combinaison des perceptions est aujourd'hui en cours. Citons. qui retombe conformément aux lois de la résistance de l'air. mouvement. enregistrement des mouvements oculaires. métaphore de la vie corporelle s'il en est. ces appareillages ne pourront s'effacer totalement.] le souffle. dans une très intéressante étude sur la place des sensations physiques dans la communication avec l'ordinateur. dans le même mouvement. considéré comme sujet de la perception. Il n'est pas étonnant que les investigations artistiques de l'univers de la Réalité Virtuelle. etc. "implique le corps de manière discrète mais très profonde". exploitent les mêmes directions : saisir avec l'œil (tir des pilotes de chasse) ou commander à la voix. Avec La plume et le pissenlit d'Edmond Couchot et Michel Bret [39. C'est bien notre corps. D'où la vitalité des recherches en matière d'interfaces. indispensable à la restitution des sensations éprouvées lors d'une visite d'un bâtiment. privilégient l'invention. avec sa main. recherches qui. Outre une mission sémiotique évidente (le geste accompagnant la parole afin de situer la nature du propos). Les déplacements manuels provoquent le calcul d'images affichées sur un grand écran. Même s'ils s'allègent. Tenir son œil au bout de sa main. un globe oculaire dans un globe en Plexiglas vide et transparent. décalé d'une bouteille "de patience" de la tradition hongroise (exposée à coté). à titre d'exemple. devient l'interface d'effeuillage de l'image numérique. etc. un capteur qui explore un univers virtuel. caméras alimentant des réseaux neuronaux pour reconnaître la disposition des mains devant un écran. on ne peut plus visibles et palpables. plus cette commutation occupera le centre de la scène virtuelle. signalons que des logiciels de simulation permettant l'exploration sensible de la résistance d'objets tridimensionnels grâce à la souris sont déjà expérimentés. L'extrême malléabilité des productions simulées (sons. l'adaptation ou le détournement de telles interfaces.mension corporelle déambulatoire. la souris restitue les sensations de résistances lors de l'auscultation d'objets modélisés apparaissant à l'écran. car ils organisent la commutation de nos actions perceptives avec les mondes virtuels.) exige des interfaces matérielles. Équipés de systèmes à retour d'effort. On aura compris qu'il s'agit de souffler sur un capteur pour détacher les fleurs du pissenlit ou faire s'envoler la plume. Le globe est.

Graduations de présence Mobilisant nécessairement des interfaces. peut être encore plus fondamentale. aide pour surmonter une épreuve. La spécificité du canal tactile est de modifier l'état de la source qui le stimule. c'est précisément l'intégrité dont elles bénéficient lors de tout acte contemplatif. Les notions d'interaction. De même. aussi. satisfaction d'un désir. . L'iconophilie contemporaine se soutiendrait donc. de la présence à distance non interventionniste. encore assez dégradée. L'écriture mobilise ses codes graphi- . La dimension "ergotique" (de "ergon". La Réalité Virtuelle assure. où l'image est une médiation active dans l'accomplissement d'un acte : vengeance. E . Il est vrai que le toucher. etc. de retour d'effort du virtuel vers le réel [42] illustrent notamment ce mouvement. les transpositions virtuelles échouent à rendre compte pleinement de la simplicité des interactions ordinaires. souffre de connotations négatives qui mêlent les interdits sexuels à cette dimension. Nouvel âge des représentations. de nouveaux modes de relation combinant : . de manière emblématique. "Il existe des situations communicationnelles où la dépense d'énergie est nécessaire" [43] comme la communication musicale. de ce que la vue est une présence à distance qui respecte. L'image actée. à son modèle) et la sauvegarde d'une réalité tenue en retrait. elle renoue avec l'interventionnisme de l'image. d'altération de l'objet.des fonctions épistémiques et "ergotiques". au détriment du contact physique va de pair avec un certain puritanisme qui n'est plus de mise. Elle permet d'apprécier des qualités telles que la température. Si l'on serre un gobelet en plastique.et des procédures abstraites (comme le simple adressage automatique par liste de diffusion sur Internet. son objet. Elles découvrent. il est aussi énergétique. la jonction entre l'univers informationnel et l'univers énergétique/mécanique. On semble ici aux antipodes d'une réflexion sur le statut des images si tant est que ce qui caractérise notre relation aux images optiques (aussi bien qu'à celles qui sont faites à la main). avec l'invention d'indicateurs abstraits de présence. aussi simplifiées soient-elles. dans les réseaux actuels -téléphone. Télétel. notamment lorsqu'elles revêtent un caractère collectif. par définition.une direction extensive (d'une présence. la forme. La fonction épistémique prend en charge la "perception tactiloproprio-kinesthésique". la fonction ergotique du geste ne peut être séparée de sa fonction sémiotique. rappelle Claude Cadoz. Internet. comme la danse. Que sont ces indicateurs ? Il est bien connu que toute communication à distance nécessite des marqueurs spécifiques qui suppléent aux incertitudes nées de l'absence de contacts directs. stade magique des temps anciens (non totalement révolus). jusqu'à l'affichage de la cartographie des échanges entre plusieurs participants).la transmission plus ou moins dégradée des vecteurs de communication (comme la représentation des intervenants par un "avatar" schématique). la texture. . les mouvements d'un corps. Le primat du contemplatif. Celles-ci étagent des niveaux de présence selon deux lignes non exclusives : . relativisant ainsi la coupure que la cybernétique des années cinquante avait établie entre énergie et information. travail en grec) tient à ce que le rapport à notre environnement n'est pas exclusivement informationnel.constitue un compromis ingénieux entre l'accès direct à l'objet (en fait. L'impossibilité d'imiter les relations ordinaires des humains entre eux et avec leur environnement matériel s'allie avec ces procédures abstraites pour donner forme à de nouveaux milieux où la présence ne se conjugue plus au singulier mais selon des graduations. dans certaines activités. on le déforme.aux figures plus expressives promises par la Réalité Virtuelle en réseau [44]). comme le geste. en revanche. -si l'on appelle ainsi une image chaînée avec des actes.une direction intensive.

Mais la tendance à l'augmentation s'affirme nettement [45]. de couleur différentes.. Mais DIVE organise aussi les interactions entre des acteurs humains et des objets (livres. Les autres dossiers dispersés. par exemple. sur l'environnement. quant à elle. équipés de systèmes de Réalité Virtuelle. Notre ambition n'est pas de décrire. C'est ce genre de rapports que les concepteurs de DIVE tentent de matérialiser dans l'espace commun. dans le détail. Le focus est le centre d'attention qui agit comme sélecteur d'informations. les réseaux actuels (Télétel.S. ils apparaissent avec des corps schématisés surmontés d'une vignette photographique affichant leur visage). À ce moment. jouiront en revanche d'un cœfficient de présence plus soutenu. met à profit l'ingénierie numérique pour intensifier la présence (capteurs corporels. Des concepts-clés ont été forgés. ou plus exactement mentaux. monter sur une estrade pour se rendre plus facilement visible.) se fondent dans un décor vague. pouvant être affiché par programmes informatiques. Des programmes particuliers peuvent transformer les sousespaces pour amplifier. l'un des responsable du projet : "Nous proposons un modèle d'interaction qui utilise la proximité dans l'espace.C. accrochées aux "avatars"). Par comparaison avec le monde réel. livres. Cela peut être une projection de qualité ou de propriété comme la présence. etc.I.. la position et l'orientation comme des mécanismes de traitement de l'information. nimbus rayonne du <<je ne sais quoi>> qui émane de la star de cinéma -ce qui fait que chacun s'arrête et que tous portent attention sur elle" [47].de cet espace coopératif de travail. DIVE ou l'invention de marqueurs relationnels abstraits Le projet DIVE (Distributed Interactive Virtual Environment). par exemple. ordinateur. à utiliser un microphone pour amplifier la voix. protubérances visuelles. Or. s'adresser à quelqu'un nécessite d'intercepter son champ visuel -augmenter le potentiel d'interaction avec cette personne. qui gouvernent nos rapports à un environnement matériel et humain. sources audiovisuelles). mélanges de présences physiques et de traitements abstraits. L'objectif est de reconstituer un espace de travail commun pour des acteurs humains éloignés. en Suède. est un système multi-utilisateur de télévirtualité qui expérimente des mécanismes d'interaction pour des tâches effectuées. dira-t-on dans le vocabulaire de DIVE. tel un faisceau lumineux. aboutissant à la création d'hybrides. développé au S. Par exemple. On le sait. documents. Elle vise plutôt à montrer en quoi ce travail est exemplaire. Ces derniers sont dotés de propriétés qualifiant leurs modalités d'interactions avec les usagers. respect plus strict de la grammaire. Par exemple. l'aura est un sous-espace lié à l'objet qui augmente le potentiel d'interaction entre objets. Internet) sont encore faiblement incarnés. Nous pensons qu'un système qui correspond aux métaphores naturelles du monde réel sera facile et naturel à utiliser" [46]. Ainsi que le déclare. ou d'horizon de recherche. Les concepts. Lennart E. La Téléprésence. c'est l'image de ce dossier que nous projetons. . L'exemple du projet DIVE aidera à les situer. Il vise aussi bien à reconstituer un cadre de travail de bureau (muni des outils bureautiques) qu'un laboratoire de recherche. atténuer ou étendre certains champs. et entre eux. Ainsi en est-il de la notion de "centre d'intérêt".ques et sémantiques pour diminuer la flottaison du sens (mise en page. les autres objets (chaise. Le nimbus est "le lieu où un objet met à la disposition des autres objets un aspect de lui-même. retour d'effort) en inventant de nouveaux marqueurs. La communication téléphonique majore les caractères formels de l'échange et use abondamment de la redondance. et c'est cela qui est novateur. l'identité ou l'activité. Car il ne s'agit plus de restitution mais d'invention de marqueurs abstraits d'interaction (signes graphiques. Lorsque nous recherchons un dossier dans un bureau. par des acteurs éloignés.). en coopération. Ils explicitent des mouvements abstraits. Ces opérations rapportées au monde réel consisteraient. qui gouvernent DIVE restituent nos habitudes de fréquentation d'univers sociotopologiques. Fahlen. DIVE gère leur signalisation respective dans l'espace sous la forme d<<'avatars>> (dans la version actuelle. le fonctionnement -complexe. le phénomène le plus radical est encore d'un autre ordre : c'est la combinaison des deux lignes extensives et intensives. assez abstraits. Les concepteurs parlent à la fois "d'ensemble de mécanismes fortuits" et de "conventions sociales classiques qui relèvent du <<monde réel>>".

formation ou relation libre) bien qu'un strict partage entre ces postures soit difficile à imaginer. substituts. à la source. . il ne faut pas l'oublier. mais qui offrent l'énorme avantage de se prêter au calcul par programme et de se surajouter ainsi à la perception spontanée. On voit s'ébaucher une démarche visant à objectiver. en tous cas. représentants numériques. Cela exige de prendre en compte les dimensions psychosociales des relations de travail [48]. nos états mentaux. On peut prédire un bel avenir à cette direction de recherche. Nous regroupons ces créatures sous le vocable de spect-agent. par un agent humain. les créateurs de DIVE ont défini des instruments. Les acteurs -humains et non-humains. crée des outils formels pour une cartographie dynamique relationnelle. On peut tirer quelques enseignements à caractère plus général de ce projet. Peut-être leur faudra-t-il spécifier les formes matérielles de ces mouvements selon le degré d'opérationalité souhaité (travail. bien sûr. pour une part. En effet. Restituer les dimensions affectives dans la communication à distance est un objectif partagé par de nombreuses recherches. Les relations d'usages. Les spect-agents L'ingénierie de simulation. où il s'agit de doubler la vie réelle. C'est donc une dénomination plus respectueuse de la spécificité de ces représentants que le terme "avatar" (signifiant "copie dégradée") fréquemment employé.Plus les champs visuels sont interpénétrés. etc. nécessairement rigides et peu malléables. en imaginant une ingénierie infographique socio-topologique. continue à interpréter et à ajuster les interactions à l'œuvre. pour ce faire d'inventer une générativité. due. préhension. grâce à des traitements par programmes. dont la caractéristique essentielle consiste à être animée. et ce. d'intérêts. une envie. en revanche. Ils ont finalement inventé un nouveau milieu d'interaction sociale dont il serait absurde d'imaginer qu'il traduise la souplesse des interactions ordinaires d'une communauté en co-présence mais qui. une aversion. on ne saurait se limiter à convoyer des informations. Il se confirme.de ce monde virtuel possèdent un différentiel de présence qui traduit la nature et l'intensité des relations qui les unissent (ou les séparent). Comment traduire un désir d'en savoir plus. alors que d'ordinaire ces mouvements sont intégrés automatiquement dans notre perception spontanée de la situation. Encore moins peut-on espérer restituer ce qui est le plus mobile et fugitif. spectres. doubles. on ne peut traduire à l'identique nos activités perceptives (vision. pour ensuite cartographier les interactions à l'œuvre. Les spect-agents procèdent d'une co-construction. qui. synthétique (mue par les programmes informatiques) et humaine (alimentée par l'activité immédiate d'un sujet). Plutôt que de s'y essayer. car ici encore faute de reproduire on invente. une habitude d'usage ? Un passionnant champ de recherche s'ouvre aux "psychomécaniciens" des environnements communautaires afin de traduire la diversité de nos mouvements relationnels. à imager métaphoriquement des mouvements subjectifs latents. mais une graduation d'existence.des investissements psychologiques habituels. ni une copie dégradée. On est donc conduit à densifier les fonctions de présence et à ne pas se contenter de les transporter. et. à la résistance qu'oppose le réel à sa duplication mimétique. Ce néologisme désigne ce qui n'est ni un double. dans sa quête de densification des relations à distance fait naître une génération d'avatars. Telles sont bien les limites et la portée de la Réalité Virtuelle.). Les concepteurs auraient pu se contenter de dupliquer les conditions du travail coopératif. plus l'affinité est importante. des désormais célèbres "émotikons" sur Internet au modelage expressif des "avatars" des communautés virtuelles (comme dans l'expérience HABITAT au Japon). Cette couche abstraite traduit partiellement. de même que la fréquence des rapports sont concrétisées. Le vocable spect-agent exprime l'alliance de la fluidité du spectre et du caractère actif du représentant lié à son origine humaine mais aussi aux automatismes qui l'animent (on a vu comment des "représentants" peuvent exprimer des fonctions abstraites de présence). Mais elle les exprime à travers des jeux scénographiques agençant les propriétés modélisées des différents acteurs (objets et humains). Une sorte de couche relationnelle est projetée sur la scène matérialisant graphiquement les interactions à l'œuvre. que pour faire coopérer des communautés à distance de manière régulière et fructueuse.

par exemple) mais ajoute la plasticité de la sphère non-humaine (modifications de l'environnement. et gagner. comme toutes les associations humaines. ainsi que des comportements à vocation imitatifs ou prédictifs (la simulation réaliste. la modélisation scientifique). avec les moyens actuels de l'ingénierie numérique. Un ingrédient original -des oxymores spectagents. ni n'envisage d'adresser la parole à un acteur sur . etc. apprentissage d'une langue. expérience à distance sur les mêmes objets. cognitives. Le joueur les rencontrera et il devra comprendre. pour être accessibles à distance. ces agents commencent à être déclinés. vision qui se poursuit en action comme dans le tir par viseur tête haute où repérer la cible sur la visière virtuelle permet de déclencher le tir par la voix). disposition affective comme les Kansei d'HABITAT [52]). la C. Celle-ci associe librement les vecteurs perceptifs et effectifs de l'action humaine (déplacement par le regard. De même. etc.) . [51] sur Internet.A. l'ouverture d'un espace de possibles dynamisé par la confrontation avec ces obstacles rédhibitoires.). de manière simplifiée. Capables de répondre aux questions de l'élève. diagnostic et intervention médicale. On pourrait parler de greffes mêlant des génotypes différents..des actions humaines (comme le ferait la visioconférence. leurs caractères (recherche d'affection. de la communication à distance. les troisièmes types de composants pour la synthèse en milieu virtuel sont les dimensions affectives. F . L'intelligence des dimensions socio-affectives deviendra alors un enjeu essentiel pour participer au jeu. des émotions. s'agira-t-il de permettre à "l'enseignant virtuel". relationnelles entre spect-agents d'une part.agressivité. attitudes. et par.vient donc s'ajouter à la scénographie. dispositifs) analogues à notre niveau de réalité. de percevoir et de réagir aux comportements non-verbaux de l'élève (expressions du visage. invention de marqueur des qualités des rapports entre les acteurs et avec les objets). objets et dispositifs simulés de l'autre. (intervention par "avatars" interposés).. des assemblées d'agents humains et non humains (objets. déjà complexe. via Internet [53]. par exemple) et leurs spécificités comportementales (serviabilité. les communautés virtuelles ainsi réunies sont. une représentation formelle du monde pose tout simplement la question de son caractère prétendument illusoire.).Ainsi. actuellement.O. promettent de renouveler les relations entre apprenants et systèmes informatiques. ceci pour s'en faire des alliés. objets. par exemple).des formateurs présents dans la scène et médiatisent les démarches cognitives. par exemple. etc. on retrouve très nettement les trois mouvements constitutifs de la dynamique inventive : la tentative d'imitation. les premières réalisations de séquences de formation mobilisant des "enseignants virtuels" dits "intelligents". Aucun esprit occidental ne confond le portrait photographique d'une personne avec cette personne elle-même. environnements.).L. La ductilité du milieu virtuel permet ces agencements qui allient plusieurs composants. Conçus en Réalité Virtuelle. le milieu virtuel. dans une perspective d'apprentissage. Les premiers types de composants sont des formes (agents humains. gestes. "l'enseignant virtuel" devient un véritable tuteur personnalisé. l'impossibilité intrinsèque d'un tel projet de duplication à l'identique et en dernier lieu. ces agents incarnent -au sens propre du terme. dans des projets tels que DIVE.Simulation. scènes. pragmatiquement. Enfin. restitution et illusion Produire. possédant une "intelligence" du domaine (dépannage d'un dispositif. sur plate-forme locale. etc.. Les deuxièmes sont constitués par des interactions ouvrant à ce qu'on pourrait appeler une perception synthétique. toujours disponible. Créatures anthropomorphes. D'une manière générale. qui naissent dans.M. Signalons que dans le domaine des jeux vidéos. et plus généralement dans les récents travaux utilisant le langage V. les game designers ne jurent plus que par l'autonomie comportementale des acteurs virtuels injectés dans la scène. matérialisant ainsi certains états mentaux (intention. la restitution formelle et empirique (imitation de l'apparence tridimensionnelle et simulation comportementale d'objet) avec la construction inédite d'un milieu cognitif et relationnel objectivé (inscription graphique des relations. HABITAT au Japon [49] ou "Deuxième monde" en France [50].R. La communication médiatisée par des spect-agents transcrits -de manière souvent encore assez frustes. De même. L'un des objectifs consiste même à inverser le processus afin de faire apprendre à l'agent de nouvelles tâches en observant les gestes d'un instructeur humain. Ces applications et recherches combinent.

Il faut à la fois établir la différence radicale de l'imagerie informatique interactive avec les techniques d'enregistrement. Mais pourquoi décider de supprimer les moments d'évaluation humaine et de choix. de nos ethnocides ou de nos crimes contre la nature. des points de vues. et aussi. on est conduit à durcir la ligne qui sépare la simulation numérique de l'enregistrement indiciel. de dissoudre la spécificité des images ainsi obtenues. C'est ignorer le singulier commerce qu'entretiennent les réalisateurs d'image de synthèse avec leur production [55]. telle qu'elle est. (La suppression de cette impossibilité est précisément la trame du chef-d'œuvre de Woody Allen. s'imprimer sur le support. s'interrogeant sur les rapports respectifs qu'entretiennent la photographie et l'image de synthèse avec la mort. Il ne faudrait pas non plus sous-estimer l'automaticité partielle de la production (lancer une procédure de calcul d'une ombre. Elle constitue alors une interface de manipulation d'objets virtuels. La rose pourpre du Caire). moments omniprésents dans une telle élaboration ? S'il faut invoquer un deuil impossible. animer une forme par un programme. mais singulièrement malaisée. de surprise. car ainsi le grand partage entre réel et virtuel devient possible. par essence. l'imaginaire du réalisateur. à notre appréhension. subrepticement. trouve dans la numérisation un outil providentiel. comme nous y invite une vulgate répandue. le travail de programmation. Mais le stade numérique (digitalisation de la réalité visuelle. ses évaluations intermédiaires. le choix des textures. simulation de modèles idéels rendus ainsi visibles) manifeste une rupture avec le stade "indiciel" propre à l'enregistrement. d'interroger le choix du dispositif. le deuil de l'invisible source . totalement réductible aux procédés logico-mathématiques qui la constituent. travaillé par l'imaginaire dans le dessin et la peinture. pourrait miraculeusement effacer cette origine pour sembler ne provenir que de froides procédures (elles aussi absolument auto-engendrées. toute mise en forme langagière. L'émergence du "virtuel" dans la culture visuelle contemporaine mêle deux évolutions simultanées. Il y a lieu de douter de telles vues. de négliger les moments de dépossession. L'image affaiblit son lien privilégié avec le passé. serait-elle automatisée. Le mouvement d'imitation exacte de la réalité. réductible à la maîtrise technique. cinématographique) est ce miroir de l'invisible qui nous aide à faire le deuil de nos morts. Maîtrise ? Peut-être.l'écran dans une salle de cinéma. initié par le dessin perspectiviste et radicalisé par la photographie. L'indicialité. paradoxalement. Il ne s'agit pas. serait la seule modalité où les scories du réel. Tout comme avec l'image enregistrée. la sélection des éclairages. avant même tout regard.pour devenir une forme de contact avec une néo-réalité numériquement modélisée. celui de la tentative de se passer d'une référence à la réalité. qui enregistre la réalité. les graduations de finitions possibles et la décision d'arrêt. D'où viendrait ce statut d'exception de l'image informatique qui. et par là. inhumaines ?). etc. et s'offrir. la réalisation éventuelle de maquettes en dur. etc. pour autant. ce serait bien. Par exemple. Croit-on à l'automatisation intégrale d'une telle production ? (Et encore.) et surtout tenir pour négligeable l'usage de procédures programmatiques [56]. etc. viennent s'inscrire. par miracle ou par décret. une extinction du référent ? Si on prend pour argent comptant la vocation substitutive du "virtuel". de quoi peut-on faire le deuil avec une image de synthèse ?" [54] Le présupposé de cette question affirmative consiste à considérer qu'une image de synthèse serait. et penser cette distance comme un écart non moins important avec notre niveau habituel de réalité. on fait. sa fonction de témoignage -témoignage mental. Chantal de Gournay se demande : "Car si l'image (photographique. qu'il conviendrait de remonter la chaîne des investissements. La gestation algorithmique tracerait une barrière définitive avec l'autre régime de l'image. Affirmer sa réussite est un acte de foi aussi arbitraire que commode. la projetterait hors du cycle vivant et de l'altération qui en résulte. L'image de synthèse. Comment peut-on imaginer une telle activité où s'abîmerait. des logiciels. indiciel. dont elle affiche des vues contrôlables. plus instrumental avec l'invention des techniques d'enregistrement. coordonnées et parfois divergentes. ce qui échappe à toute formulation. à l'abri de toute contagion référentielle. Le mode de production de l'image informatique. production humaine. Pas plus d'automatisme dans les arrangements temporaires. symétriquement. Mais ici nul automatisme à l'œuvre dans le dessin des formes. de nos terreurs. ici aussi. Si tant est que la simulation n'est pas effacement du réel mais seulement tentative. ses hésitations.).

morphogénétiques. en référence à une organisation "transcendantale" de la vision qui permet la formation d'une communauté d'observateurs. La notion de dimension offre une entrée intéressante dans la thématique de l'imitation. engageant la construction d'ordres spécifiques de réalités plutôt que la substitution du niveau empirique. sur le versant abstrait de l'opération modélisatrice. ce qui arrive plus souvent qu'on ne le croit. Ces méthodes matérialisent des théories expérimentales sur le fonctionnement de la réalité qu'il s'agisse de croissance de plantes ou de vagues croulant sur une plage. on l'a vu. est un monde placé hors d'atteinte de la mort [. Assouplissant les repères. interfaces) qui permettent de l'afficher. des mille décisions qui président à leurs naissances et qui demeureront opaques. Tout en semblant viser une "construction légitime" de l'image respectant le fonctionnement de la vision. dans la mise en image des modèles. multipliant les actualisations. on viserait une restitution. on les pressent dès le projet initial (toujours une idée accrochée au fil d'une histoire individuelle et collective). en trois dimensions. si toutefois c'était le cas.. on manquerait leur spécificité en leur assignant cet objectif. de l'impossibilité de les terminer. celui d'abolir les limites. d'ausculter la réalité. Mais bien souvent. mais de former son regard dans la vision d'autrui. La Réalité Virtuelle poursuit ce programme en le radicalisant puisqu'elle fonctionne selon les principes dyna- .. Résultat considérable. qu'une image de synthèse peut sombrer dans l'oubli ou le mystère d'une intangibilité pour peu qu'on ait laissé s'éteindre les lignées technologiques (ordinateurs. la simulation informatique. c'est les magnifier. au plus près possible de la réalité. nous ne finissons pas d'éprouver les paradoxes croisés du désir de liberté. Du souci d'imitation à l'invention d'un nouveau milieu perceptif Malgré les apparences. présentant la profondeur sur la surface est au fondement de l'illusion. Il est vrai que l'étude de phénomènes non visibles en tant que tels -comme le comportement d'équations mathématiques. On les sent dans les méthodes et outils : lancer de rayon et autres artifices constructifs. Elle devient alors machine à fabriquer d'autres machines intellectuelles et matérielles (de la géométrie descriptive au dessin industriel). se heurte à des obstacles permanents et surtout découvre des horizons inattendus. leur attribuer un surcroît de puissance.des projets. aussi. et par là une expérimentation potentielle de l'espace. sa réalisation. parfois à juste titre. heureusement. Toujours déçu. Mais pourquoi parle-t-on d' « illusion perspectiviste » ? Est-ce parce que la troisième dimension est figurée sur le tableau ou bien. Enfin. Qui se tient attentif au processus de création d'une "image de synthèse". Ces scories. la réalité. plutôt.. Cette fameuse troisième dimension. des sentiments d'inquiétude devant ces conquêtes et aussi des déceptions face aux contraintes ressenties. L'imagerie numérique joue avec la notion de limite.et surtout. livré à l'appréciation de sensibilités humaines. un vecteur d'étude irremplaçable. nous serons déçus. Croire en l'immanence des montages numériques. décuplant les cheminements.. ce n'est pas l'illusion du réel que visent les techniques de Téléprésence -elles en sont bien incapables. on s'est mentalement fabriqué un plan. mais toujours en quête de recul des bornes. Ajoutons enfin. systèmes d'exploitation. devient une manière d'éclairer. de la mort si. On insiste. À première vue. Mais là encore. comme l'affirme Chantal de Gournay.]" [58]. parce que le tableau se rapproche de l'image visuelle ? "L'illusion" se situerait plus en référence à l'acte de vision qu'à son objet. mais dont quelques heures plus tard et après moult déambulations. ne peut ignorer à quel point elle métabolise "les scories du réel" qui l'assaillent de toutes parts et ceci à toutes les phases de sa constitution. Comme le signale Louis Marin [59]. loin de se borner à étudier le comportement futur d'un système. Comme dans une fête foraine. la perspective invente un autre monde visuel. l'enjeu de la perspective n'est pas de donner l'illusion de la présence.] le monde virtuel de l'ordinateur. " [. et non pas de construire une néo-réalité à vocation substitutive [57]. on ne sait où donner de la tête. on ressent les "scories" dans le résultat final. Mais. Oserait-on suggérer qu'ainsi s'investit l'espoir qu'ils détiendraient un tel pouvoir ? Le pouvoir faustien de nous placer hors d'atteinte de la ruine. ces scénographies intensifient la question. des personnages couchés sur la toile. régi par la logique de la simulation et du simulacre.trouve.

substituant progressivement le contact à distance à la co-présence hic et nunc. carrefour des entreprises de la confection depuis longtemps. plus la médiation mime la .. les interfaces sont le véritable lieu de la transubstantialisation. c'est la conviction fortement partagée que nous serions entrés dans une ère nouvelle (ou en tous cas que le processus serait bien engagé). imitation qui a conscience d'elle-même. On peut étendre cette conception au principe de la représentation. elle serait extraordinairement complexe et des études récentes ont montré qu'évidemment. téléphone. Nourrit par le projet d'imitation. toucher. le constat du développement de la Téléprésence et l'intensité croissante des relations à distance. Nul étonnement à voir les moteurs de recherche Yahoo. l'illusion et ses moyens. il ne s'agit donc pas d'une immédiation. [. dans ce transfert. Les agents ne peuvent se passer des rumeurs. est néanmoins localisée dans les quartiers d'affaires. échanges et confrontations . aliments indispensables pour prendre le pouls d'une situation [61]. puis de l'immersion et de la synthèse des perceptions kinesthésiques). Plus généralement. Proche de la Bourse et des grandes agences de presse (dont l'A. Dans la même perspective. cinéma et aujourd'hui image numérique relient. les groupes sociaux qui font le plus fréquemment usage de techniques de communication sont aussi ceux qui ont des relations sociales les plus denses. structurée par le recours permanent aux réseaux spécialisés. Trier et fabriquer de l'information dans le cyberespace déterritorialisé exige de fréquenter les mêmes cafés et restaurants. c'est-à-dire d'être physiquement aux côtés les uns des autres. Mais.).. le Sentier est le quartier de Paris où s'échange le plus d'information. stricto sensu.miques de la vision. à chaque fois singulièrement. engage à s'interroger sur les incidences de cette situation en regard des relations de visu. le média tente de se faire oublier par toutes sortes de perfectionnement (adjonction du son. espace clivé. caractérisé désormais par la prégnance des techniques de l'information et de la communication et corrélativement par la réduction des occasions de communiquer en face à face. Avec le déplacement de la présence par réseau numérique. Toute présence s'appuie sur un horizon de métaprésence combinant présence et oubli du lieu de la présence. de l'image animée. L'hypothèse domiciliaire Affirmer la croissance de la Téléprésence n'implique nullement d'augurer une vie sociale totalement organisée par des télé-relations.]" [60]. devienne la plaque tournante des entreprises du Web. d'un film ou d'un multimédia. action. Notre vision s'effectue par le déplacement corporel dans l'épaisseur d'une durée et elle s'hybride aux autres acquisitions perceptives effectuées simultanément (audition. permet le transport dans le récit selon des modes différents selon qu'il s'agit d'un livre. Une sorte d'arrière-fond de l'expérience du dispositif transactionnel (lecture. etc.P. Lokace.. photographie. grâce au corps qu'une saisie oculaire est possible. qui. Et. c'est-à-dire sur la combinaison des deux modalités de rapport et non pas leur prétendue équivalence. Marc Guillaume signale. Dans toutes les formes de présence à distance. Expérience du dispositif qui. Même pour ce qui est des fonctions purement "mécaniques" -car la vision humaine est avant tout un acte mental -c'est. Nous rejoignons Bernard Miège lorsqu'il écrit : " [. accommodation au dispositif artificiel [62]. par exemple.).. indémontrable. Il nous apparaît que cette perspective est. olfaction. ce savoir/sensation est actif. groupe de discussion sur Internet.] ce qui frappe dans les approches contemporaines. S'il fallait tenir une comptabilité. Il est significatif qu'un quartier central de Paris comme le Sentier. que l'activité de salles de marché. Bernard Miège a parfaitement raison de signaler qu'il ne peut s'agir d'une perspective quantitative où des relations in situ seraient systématiquement substituées par des contacts à distance.. Dans le réseau. évidemment. sujet humain et dispositif scénographique. On oublie trop souvent que tout l'intérêt de la Réalité Virtuelle réside dans un transfert de support : de la réalité vers le visio-casque. perception et connaissance. à la fois constamment rappelé et oublié.F. par exemple. présente toujours simultanément le contenu et le procédé. un nouveau milieu perceptif s'invente qui outrepasse cet objectif initial pour inaugurer d'autres configurations liant vision.. Réalité Virtuelle). savoir et sensation mêlés de la mise en scène spectaculaire. pour le dire sommairement. Perspective. non directement perceptible. Lycos ou Nomade s'y installer aux côtés d'une myriade de petites entreprises du multimédia. "Double réalité" de l'image et métaprésence Platon définissait l'art comme mimesis.

mais aussi anthropologue. Le système artificiel de capture est un puissant instrument de Téléprésence. une donnée anthropologique On peut établir une analogie de principe entre le mouvement de naturalisation des représentations et la notion de "tendance technique" qu'élabore André Leroy-Gourhan [63]. le libère du contrôle de l'espace. s'originent. Et si on recherche la transparence. de la même manière. qui à la fois engage -dans une perspective téléologique. faiblement distribuée. on peut y découvrir un principe d'analyse liant les étapes successives : chaque invention majeure tient la promesse de la précédente et annonce une promesse qu'elle ne peut tenir. C'est pourquoi la présence à distance n'est pas une réalisation de la présence. Là. Rappelons que l'une des idées maîtresses qui orientent le travail du célèbre préhistorien.les pratiques de contrôle du temps et de l'espace et les intériorise comme horizon de la conscience humaine. la tendance déploie ses principes et "pousse le silex tenu à la main à acquérir un manche" [64]. puisque c'est l'énergie potentielle ou cinétique de l'animal qui permet son auto-capture. qui plus est. La Téléprésence. avec la simulation. on dirait "qui secrète automatiquement".transparence. la tendance à l'incarnation croissante pousse la photographie à se doter du mouvement et celle-ci à s'émanciper de l'enregistrement en devenant. conserver la parole exigeait de la mémoriser. Le rôle du piège du chasseur est à cet égard paradigmatique. l'imprimerie tient la promesse d'une inscription permanente que l'écriture manuscrite. on comprend en quoi le langage (mettre des sons à la place des choses). le cinéma amplifie la saisie vivante du monde que la photographie maintenait figée. une libre exploration de l'espace puis un univers d'expérience physique. elle-même chevillée à l'émergence de l'outil et du langage. cybernétique. mais on laisse alors de côté l'essentiel. Affirmer que l'hominisation est co-extensive à la Téléprésence n'est en rien céder à un effet de mode. La photographie concrétise l'exactitude de la prise de vue exprimée par la peinture réaliste et concrétise l'instant comme élément du mouvement. Par la multiplication à l'identique d'un original. tout en annonçant (grands écrans.) l'immersion dans l'image. établit que le processus d'hominisation se caractérise par la domestication du temps et de l'espace grâce à la symbolisation. Le piège fonctionne à sa place. souvent en la liant à des séquences de gestes). on interposera toujours plus d'interfaces sophistiquées pour concrétiser cette transparence. On peut certes considérer le piège comme un pur système opératoire. Mais au delà de ces variations. On pourrait affirmer que. Promesses de la Téléprésence Lorsqu'on porte un regard rétrospectif sur l'histoire des technologies de Téléprésence. C'est le premier dispositif automatique de l'humanité. pré-vu. par exemple. au sens littéral (pro-gramme signifie "inscrit à l'avance") [65]. Installer un piège engage le chasseur dans une pratique de substitution. Si l'on entend par symbolisation la capacité de faire valoir une chose pour une autre. l'outillage (mettre des instruments à la place du corps) ou encore la figuration graphique (dessiner des formes à la place des animaux) sont des processus solidaires et qui expriment une proto-Téléprésence. etc. Se tenir en contact passe toujours par une médiation. L'écriture étend la mémoire sociale que la phonation langagière tenait emprisonnée dans les capacités mnésiques individuelles (avant qu'on la note. avec l'inscription dans un dispositif artificiel d'un projet formé à l'avance. plus la prégnance de sa fonction est massivement ressentie et plus ses logiciels et ses matériels deviennent complexes et substantiels. tout au plus ajuster le vocabulaire à ce que les temps actuels développent de manière extrême. Par l'animation. n'avait qu'esquissée. les principes de la programmation. Chaque pas qui fait avancer ce projet éloigne alors d'autant la cible. Le piège suppose et secrète une symbolisation portant sur le sujet humain lui-même (remplacer le chasseur). spatialisation du son. L'image tridimensionnelle interactive réalise la promesse de la perspective et des techni- . de l'assignation territoriale ainsi que de l'affectation temporelle. comme mouvement universel traversant les cultures et les ethnies et que chacune d'elles interprète et développe à leur manière.

Mais peut-être la formulation de la question sur les promesses de la Téléprésence véhicule-t-elle une métaphysique du redoublement à l'identique. par la technique. 224. (La révolution de l'imprimé dans l'Europe des premiers temps modernes. [9] Saint-Pol Roux. la perspective circulaire antique pratiquait déjà l'immersion dans l'image. que nous nous situons dans une perspective assez différente de celle de cet auteur. toute forme réalisée de Téléprésence. 1991). que. La Table ronde. [5] On ne peut s'empêcher de penser que Jean Brun discrédite. [8] Guillaume Apollinaire. L'hérésiarque et cie. Elle cite par exemple Isaac Joubert. Elisabeth L. cit.. pour faire court. de sites préhistorique ou..de formes corporelles [66]). [3] Jean Brun. op. les thèses de Jean Brun sur la signification du fait technique. par avance. il conviendrait d'y ajouter quelques boucles historiques : par exemple. Cité par Jean Brun.. du monde humain. Passera-t-on au stade de l'enregistrement automatique de modèle comportementaux de systèmes en évitant leur formalisation physico-mathématique ? La Téléprésence maintient une distance entre description informationnelle et existence concrète des objets qu'elle manipule et transporte.229. "L'amphion faux messie ou histoires et aventures du baron d'Ormesan". Paris. cit. a contrario.. p. op. Quelle promesse la Téléprésence actuelle ne peut-elle tenir ? Elle demeure. qui parlant des livres les qualifient "d'instructeurs silencieux qui. de notre temps. 1992. à distance. de manière richement illustrée. Cinéma vivant. cit. d'un libre parcours à l'intérieur de l'image. p. par ailleurs. cit. p. p. Nous analysons plutôt la tentative de débordement. 226. 69/83.. les espoirs d'un Norbert Wiener prophétisant l'analyse et la reconstruction moléculaire. ce que la Réalité Virtuelle en réseau laisse entrevoir. p. si bien que toute surprise est déjà inscrite dans les formes de transpositions choisies qui déterminent les genres d'imprévisibilités possibles. cit. p. Paris. in Terminal ndeg. et non corruption. 1972. les développements futurs de la modélisation automatique d'objets. Ce travelling historique ne présente aucun caractère téléologique. Paris. [11] Op. Il faudra suivre.ques d'enregistrement. comme une aporie ? [1] Dans son remarquable travail sur l'imprimerie. p. cit. des cadres spatio-temporels hérités. p.. [12] Op. de scènes déjà engagée dans certains domaines (comme la capture tridimensionnelle automatique d'objets architecturaux. [2] Cette amorce d'archéologie de la Réalité Virtuelle provient d'une partie d'un article déjà publié : L'augmentation tendancielle du taux de présence à distance. Disons. automne 95. . L'Harmattan. Pour rendre cette lecture rétrospective plus affinée.. p. par exemple. baigné qu'il est par une Téléprésence divine autrement prometteuse. 62. ici. bien avant les écrans panoramiques du cinéma. 63. que je dénonce. 120). La simulation numérique matérialise la sortie hors de la représentation audiovisuelle vers l'expérimentation empirique de l'environnement. cit. 58. comme constitutifs. les évangélistes et autres discoureurs publics virent leur public s'élargir du fait de la disponibilité d'annonces imprimées. Eisenstein analyse les effets de mise à distance provoqués par le livre imprimé. Tout au plus permet-il de questionner les développements actuels. Il n'en demeure pas moins que le livre de Jean Brun nous intéresse parce qu'il présente et radicalise. 118) ou encore Malesherbes. dans son discours de réception à l'Académie : "Les Gens de Lettres sont au milieu du public dispersé ce qu'étaient les orateurs de Rome et d'Athènes au milieu du peuple assemblé "(op.. cit. cit.. [4] Il n'entre pas dans nos objectifs de réfuter. La Découverte. [10] Op. la thèse de la corruption. Elle signale aussi. 96 . [6] Op. pp. Rougerie. Ces limites sont-elles inamovibles ? On retrouve ici. Le rêve et la machine.cité par Jean Brun. Le réseau multimédia ne peut tenir la promesse de l'expérience corporelle partagée. [7] Op. prisonnière de la modélisation préalable des univers d'interaction. p. portent plus loin que les cours publics" (op. des corps. ici. professeur de médecine à Montpellier au XVI [e] siècle. 221. 69.

128. fut la télé-robotique spatiale basée sur le couplage des mouvements d'un opérateur au sol et de son exo-squelette virtuel dans l'espace. 212 cité par Jean Brun. op. simulation numérique interactive et déplacement informationnel étaient déjà condition l'un de l'autre. NRF Gallimard. [24] Le courant de recherche pratique et épistémologique autour de la "vie artificielle" porte aujourd'hui cette interrogation à un point critique. et de les avertir lorsqu'ils sont sur le point de commettre des erreurs. dans l'attention présente. 50. 118. p. réalisée par la NASA à la fin des années soixante-dix. [17] Paul Valéry.126. mini-puces communiquantes ... [18] Paul Valéry.[13] Op. notamment dans Matière et mémoire. Paris. 50. en temps réel. est ici incontournable. 1962. nous avons pu mettre au point des "chambres intelligentes" et des "vêtements intelligents" qui peuvent reconnaître des gens. [16] Nulle incitation romantique dans l'évocation de la nouvelle mobilité de la musique. [19] Norbert Wiener. Voir l'article de Michel Beaudoin-Lafon déjà cité. in SVM MAC. La conquête de l'ubiquité. sur les "sensors". réseau à bande passante pourtant faible. [20] Op.. [15] Paul Valéry. [25] Certaines activités se limitent à une phase de traduction/codification numérique pour rendre possible une télé-relation. leur permettre de contrôler des affichages sur écran sans câbles ni claviers. p. Par exemple. (Il est maintenant possible de suivre les mouvements de quelqu'un. p. 1286. pp. cit. véhiculant des compositions réalisées sur un clavier aux normes Midi. tel que Distributed Real Groove Network. [30] Alex Pentand. En utilisant cette information perceptive. Les habits neufs du travail en équipe. op. Le rêve et la machine. 1284. le souvenir et la perception se co-définissent sans qu'il soit possible. Bibliothèque de la Pléiade. Ishii aux laboratoires de N. pp. L'image-Temps. cit. de l'identifier en reconnaissant son visage et de reconnaître ses actions.. 130. p. où nous verrons comment la notion de cristal actuel/virtuel s'appuie sur la théorie bergsonienne de la temporalité dans ses rapports à l'action. "Smart rooms. à propos de l'étude de Gilles Deleuze sur le cinéma. Rappelons que Paul Valéry écrit cet article en 1928. In Œuvres II. smart clothes". cit. en ne mobilisant que de modestes ressources informatiques. peuvent jouer ensemble en se connectant à Internet.. 285. Monaco. p. de communiquer par signes.T. Mais plutôt le sentiment que la disponibilité d'écoute conquise rapproche des conditions vivantes de la création du compositeur. 1286. cette voie. 10-18. [23] L'une des premières recherches pour la Réalité Virtuelle. Il montre à quel point.. Il leur faut utiliser un logiciel d'interconnexion musicale. quelques années seulement après les premières expériences de diffusion radiophoniques. p. timidement encore.T. [22] Le travail effectué par Henri Bergson. Collecticiels et médiaspace au service de la communication formelle et informelle. Paul Valéry écrira même que le travail de l'artiste musicien trouve dans l'enregistrement "la condition essentielle du rendement esthétique le plus haut". Spécial La Recherche. [14] Certains dispositifs actuels de numérisation automatique de formes tridimensionnelles par auscultation laser concrétisent. 1285. p. Dans ce projet. 94. [29] Ces travaux ont été réalisés par le département de "visualisation scientifique" du Supercomputer Center au German National Research Center for Computer Science. [26] Michel Beaudoin-Lafon. coll. avril 1994. comprendre leur langage. à la limite. 176. 21 au 23/02/1996. Mars 1996. Cybernétique et société. cit. la perception et la mémoire.) Sans doute peut-on rapprocher ces recherches de celles. au Japon. Nous y reviendrons au chapitre VI. cit. 231. [28] Voir l'interview de Steven Feiner. près de Bonn. cit. de les distinguer. in L'ordinateur au doigt et à l'œil. ndeg.. encore plus prospectives menées au Xerox Center de Palo Alto. [27] Ce système a été développé par H. [21] Op. in Actes d'Imagina. ndeg. 1960. un groupe de musiciens dispersés aux quatre coins du monde. p. p. op. p.

Fahlen. 1998.L.7. [44] La spatialisation du son est un bon exemple de ce mouvement extensif. [40] Cette partie provient de notre article "Les images hybrides : virtualité et indicialité. une interface gérant des sources d'informations multiples et complexes.R. La stéréophonie. Ndeg. Fahlen. c'est-à-dire à calculer. Le téléphone. le projet "Rutgers Portable Force Feedback Master" permet à un ordinateur de régler la pression dans des petits pistons à air comprimé afin d'exercer une force entre la paume et l'extrémité des quatre doigts. micro-machines et autres piézo-matériaux. ndeg. [31] L'ordinateur. Programmer le virtuel. Philips propose pour sa part Scuba. à partir de haut-parleurs. p. qui inscrira l'image directement sur la rétine grâce à un dispositif de projection holographique. in Image & média. 265. La panoplie du virtuel. A l'Université de Rutgers dans le New Jersey. [35] La société californienne au nom évocateur de Retinal Displays prépare la commercialisation. [46] Lennart E. [45] La possibilité de créer des espaces interactifs tridimensionnels sur Internet grâce aux applications V.. [43] Claude Cadoz. p. L'Harmattan. Mais seule la Réalité Virtuelle parvient à spatialiser réellement le son. ndeg. p. 82. [47] Lennart E. [41] Claude Cadoz. [42] Plusieurs laboratoires utilisent de tels systèmes. mai 1994.mêmes aux conditions ambiantes par des ajustements "intelligents" sans dépendre d'un ordinateur central. de diffuser l'informatique au cœur même de la matière pour que les objets s'adaptent d'eux. avril 1994. décembre 1994. in La Recherche. ndeg. Citons le programme GROPE. la position relative de l'auditeur et des sources d'émission dans l'espace. 80. 218. en fait. le dote d'un certain relief.T. 127. tels que des molécules par exemple.I.. le M. [38] Réalisé au Zentrum für Kunst und Medien de Karlsruhe (Allemagne).. casque de Réalité Virtuelle qui s'adapte sur les principales consoles de jeux. 499/503. comportant 14 boutons de contrôle et des capteurs qui repèrent la position des mains sur le volant et transmet les chocs côté gauche ou droit de la route ou encore les sensations de cisaillage provoquées par les joints métalliques lorsqu'on franchit un pont. prévue pour l'an 2000. Actes d'Imagina 1994. et d'autres procédés comme le Dolby. des sons modulés selon ces positions. comme la télévision restitue le son de manière directionnelle. Paris. p. "Réintroduire les sensations physiques". a développé depuis le début des années quatre-vingt. Mai 1994. [37] On en trouvera une description détaillée sous la plume de Jean Segura. Elle travaille déjà à la prochaine génération de systèmes immersifs. en temps réel. op. MEI ndeg. Handsight a été présenté à Artifices 3.285. Des informations détaillées sont fournies sur ces recherches dans l'article précité. cit. c'est-à-dire qui vise à imiter toujours au plus près la communication hic et nunc. INA. in La recherche. in SVM MAC. dans chaque oreille. 219. p. en est un exemple frappant. in La Recherche. [34] Ces interfaces ont été présentées à Electronic Entertainment Exhibition. spécial. [36 ]Ce dispositif est connectable à un micro-ordinateur ainsi qu'à une console Playstation.M. 17/20 Juin 1997. 506. . à l'Université de Caroline du Nord : un bras articulé à six degrés de liberté permet de manipuler des objets virtuels sur un écran et de restituer les forces d'interaction entre les objets déplacés. Salon international du jeu vidéo à Atlanta (États-Unis).dotées de capteurs. qui sera assurée par Philips et des industriels japonais. 50. [33] Avec le Dataland. À voir. Op cit. sous la direction de Bernard Darras. délégateur zélé.. Signalons aussi la Feedback Racer de Guillemot International. En fin le Laboratoire ACRŒ à Grenoble a développé plusieurs systèmes à finalité musicale dont le clavier rétroactif modulaire (CRM). [32] Franck Barnu. p. [39] Installation présentée à l'Espace Landowski à Boulogne-Billancourt. décembre 1998. pour diffuser. Mars 1996. p. Il s'agit. SaintDenis. d'un appareil léger et performant pour environ 800 dollars. qui pourraient se fondre dans les composants élémentaires d'un pont pour éviter qu'il ne s'effondre lors d'un tremblement de terre ou revêtir les ailes d'un avion d'une sorte de peau capable de stabiliser l'appareil en toute circonstance.

1997 ainsi que le Ndeg. le très stimulant livre de Christian Marazzi sur le rôle directement productif du travail linguistique. La nouvelle productivité. D'où le développement de recherches sur ces dimensions subjectives exigées et valorisées dans la nouvelle configuration productive post-fordiste. 1991. Paradigmes du travail. Paris. L'éclat. Philippe Zarafian. Citons. Paris. Paris. [49] L'expérience HABITAT . L'Harmattan. La place des chaussettes. marquée par l'accentuation du caractère coopératif du travail. l'importance des ajustements interindividuels et la croissance du travail intellectuel. L'Harmattan.[48] Cette prise en compte entre en résonance avec l'importance que de nombreux courants de la sociologie du travail attachent aujourd'hui au facteur subjectif dans les relations de travail.16 de Futur antérieur. 1993/2. à titre d'exemple.

A . André Breton. Le passage du cinéma à la télévision. succèdent d'autres régimes temporels engageant le passage à l'ère du spectacte. soit verbalement. Dans cette perspective.Du spectacle au spectacte On instruit assez souvent le procès de la fonction informative de la télévision en l'accusant d'un excès de subjectivité. Le diagnostic de Régis Debray est.plein de participation mais d'un déficit. je veux dire du direct. Supprimer la distinction entre la vie. voire tous les points de vue possibles. "SURRÉALISME. Nous proposons d'inverser la perspective en montrant comment de nouveaux rapports à l'événement tentent de tenir les promesses que les massmedia ont murmurées sans pouvoir les assumer pleinement. Il s'agira d'abord de spécifier ce nouveau principe en regard de ceux qui le précèdent. à cet égard. Il s'ensuit qu'à l'instantanéité propre à la télédiffusion. "Le problème aujourd'hui n'est nullement la distance spectaculaire. à nos yeux. comme une camisole enserrant le mouvement vital. et tout particulièrement la vie de la pensée d'une part.m. définit l'une des visées essentielles du mouvement surréaliste. On lui fait grief de ne pas contenir une pluralité de point de vue. et la représentation de l'autre. soit de toute autre manière. la vie et la littérature. le reproche fondamental que nous adresserions collectivement à la télévision. l'exprime clairement dans sa définition. emblématique d'analyses fréquemment produites. et notamment en le comparant au régime de croyance issu de l'enregistrement optique. marque précisément le moment où l'image cesse d'être un spectacle pour devenir un milieu de vie. soit par écrit. un "milieu de vie". la séparation représentation/réalité est toujours vécue comme un frein à l'augmentation de liberté. Fusionner le spectacle et la vie Le désir de fondre ensemble la vie et le spectacle. c'est-à-dire comment il corrompt le théorème central de cette période : "cru parce que vu". la vie et l'art a inspiré nombre de courants philosophiques et artistiques. Nous préciserons ensuite comment il contribue à défaire les évidences qui fondaient nos régimes de vérités à l'heure de la télévision triomphante. Dans cette hypothèse. trop plein et insuffisamment malléable. malgré tous ses efforts. supprimant la différence fondatrice entre le vu et le vécu"[1]. Mais dans une perspective quasiment symétrique de celle que Régis Debray dénonce dans la télévision. ce n'est pas d'un excès d'intimisme mais plutôt d'un défaut de proximité. Ce dont elle souffre. En témoignent certaines analyses actuelles sur la photographie. comme celle de Jacques Derrida en particulier. qui souligne à quel point la question du contact direct. Manipulation procédant moins d'un travers idéologique que d'une propension à mettre en scène l'information comme un spectacle envoûtant qui invite à une participation charnelle. c'est précisément de ne pas réussir à faire suffisamment coïncider l'information et l'événement. d'engagement en maintenant le destinataire séparé de l'émetteur. Se dégagera alors l'axe principal de ce chapitre`. du live et de la "performance". c'est de ne pas constituer. Le règne du spectacle céderait alors sa place à celui du spectacte. d'un dispositif de projection domestique. Nous verrons que la crise du spectacle n'est pas celle d'un trop. Ce dont se rapproche évidemment un peu plus la représentation virtuelle dont l'interactivité constitutive implique nécessairement qu'elle soit expérimentable.Chapitre II La crise de confiance des massmedia et le principe d'expérimentation Un nouveau paradigme -l'expérimentation. de l'œuvre en différé au document en temps réel. Elle serait un porte-parole trop peu fiable parce que travesti par l'idée que se font les responsables de leur propre mission. Qu'il s'agisse du mouvement surréaliste. mais les communions englobantes et charnelles du non-spectacle. ce qu'on nous offre comme dispositif projectif est bien trop plat. du situationnisme ou encore des positions exprimées par Gilles Deleuze dans toute son œuvre. montrant comment les régimes d'expérimentation portés par les médias numériques tentent de combler ce passif. La déception viendrait de son incapacité à tenir les promesses d'incarnation. du toucher devient une dimension majeure de l'assurance réaliste. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer.tend à fonder la croyance dans les régimes actuels de la communication. dans le Manifeste du surréalisme. le fonctionnement . n.

Peirce[7]. deux chemins se dessinent : la poésie et la politique. vue comme corruptrice du lien social. émotions et visions intérieures ? Qui plus est. proposée par Régis Debray. Dans la défense des principes "autogestionnaires" d'Internet. en déniant le monde de la sémantique par l'intermédiaire de mots[8]. Dans le chapitre 6. comme espace médian valant pour lui-même et participant du flux vital général ? Un risque de dispersion ? L'analyse de la présence à distance se confronte à la critique de la communication. le poids de la réalité. nous retrouverons ce mouvement particulièrement sensible dans son travail sur le cinéma. de toute contrainte logique telle est la charge du Manifeste. Sur ce chemin. les institutions et techniques de communications contemporaines sont désignées comme responsables de la montée de l'individualisme et la réflexion politique qui accompagne leur essor est accusée de s'inspirer et de nourrir exclusivement une idéologie anarcho-libérale. à la toute-puissance du rêve. Mais s'émancipe-ton vraiment de la représentation dès lors qu'on s'impose pour ce faire une forme (un média). au jeu désintéressé de la pensée"[3]. Or s'il y a un instrument.réel de la pensée. Breton les assigne à convoyer la tradition. s'oppose à la glorification d'une expression pure de tout intermédiaire ("l'enfance qui approche le plus de la vraie vie"[5]). à exprimer l'ordre du monde.est clairement affirmé. bien sûr. Breton projette des rapports entre réalité et surréalité qui dépasseraient la problématique contenant/contenu. écriture et pouvoir de la vie. tous les biens . Forme indicielle -au sens de Charles S. s'allier contre le contrôle étatique. Le premier manifeste se termine par cette phrase : "L'existence est ailleurs"[6]. La métaphysique négative de l'artifice. Le paradoxe consiste à rallier la vie par l'intermédiaire de son double (l'écriture. se dressent évidemment la pesanteur des artifices de toutes sortes. entre la métaphysique situationniste de la séparation vie/spectacle et la logique feuerbachienne d'une essence humaine aliénée dans l'illusion religieuse[9]. le poème. ou le film) tout en affirmant la violence mortifère de ce détour. Et quelques lignes plus loin : "le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d'associations négligées jusqu'à lui. sans avoir à la représenter par le recours systématique aux significations déposées dans les règles grammaticales et les usages sociaux du langage. lui aussi. dont la seule forme digne d'intérêt. on voit bien effectivement les courants techno-libertaires et libéraux. aussi bien que de placer la vie sous l'égide de la pensée"[4]. voire la fusion entre production conceptuelle et flux vital. Elle rend immédiatement présente la signification par les distorsions de la langue. Habiliter les vertus d'une pensée directe. Ces médiations. médiation corruptrice propre au capitalisme contemporain. par exemple. sur ce point. Dans cette perspective. pour l'inspirateur du mouvement. Gilles Deleuze. On pourrait poursuivre la même discussion à propos du situationnisme et de son rejet du "spectacle". mais en tant que tel. Dans La société du spectacle. Le mouvement de Téléprésence est donc dénoncé comme brisant les liens sociaux et séparant les collectifs. sans détour sémantique. ou encore description et nature. La politique transformera le monde et la poésie exprimera directement la pensée. à la pénétrante mise en parallèle. à rejeter le langage et la communication et il s'exprime dans une forme syntaxique excellente. Dictée de la pensée. du média. un moyen pourquoi ne pas lui reconnaître une vie propre.] de l'automobile à la télévision.. par Philippe Breton[10] qui convoque Guy Debord comme visionnaire de ce mouvement séparateur. comme on le sait. extraire les concepts du cinéma pour rejoindre les personnages du film et aller vivre avec eux : le projet -d'inspiration explicitement nietzschéenne. fait courir tout le long de son œuvre une ligne conductrice glorifiant la rencontre. non réductible à l'extinction de la séparation représenté/représentant. Je renvoie. Pour parvenir à cette autre "existence". en l'absence de toute préoccupation esthétique ou morale"[2]. Breton hésite. la récitation intérieure du poème fait surgir immédiatement le sens par le jeu des motifs sonores et des analogies émotionnelles engendrées. repoussant toutes les tentatives de "soustraire la pensée de la vie.de la pensée.. Viser la vie et non la vie des signes. l'inspirateur du situationnisme conclut en effet : "[. par lequel on fait jaillir affections. la présence incontournable des instruments d'extériorisation de la pensée ainsi que les pressions contraignantes des techniques. en l'absence de tout contrôle exercé par la raison. est de s'appliquer au fonctionnement de la pensée. très éloignée des "associations libres" préconisées dans son essai. libre de toute mise en forme. favorables à la dérégulation. Ce point de vue est défendu.

Dans l'écriture multimédia. Elle explore une autre hypothèse où l'ère flamboyante de la séparation serait progressivement asséchée par cela même qui la nourrit. schémas. Roger Chartier apporte des vues qui complexifient notablement les frontières[11] en distinguant deux régimes de la vidéosphère : celui où l'image se singularise sans co-présence du texte (cinéma et télévision) et celui "du texte donné à lire dans une nouvelle représentation (électronique). notes. Ce détour par la critique de l'organisation des médiasphères intéresse notre enquête parce qu'il débouche précisément sur le statut de la numérisation du texte. Elle laisse. gestion des balises sur le Web) et mobilise des instruments informatiques de recherches adaptés à ce nouveau milieu.s'élabore à partir d'un travail collectif et international de définition de normes. etc. "agents . l'enveloppe individuelle s'écarterait. ni à la vidéosphère. enfin. de l'environnement immédiat pour se mettre en prise directe avec le lointain. celui où le lien à distance se combine au contact direct. Elle crédite les réseaux d'une véritable puissance de substitution aux relations de proximité.).dans un continuum de liaisons sensibles avec l'éloigné . que ce type de critique de la séparation prend finalement à la lettre les mots d'ordre de ce qu'elle dénonce. les deux mutations fondamentales qui caractérisent la vidéosphère seraient "la prolifération des images sans écrit. sur un support nouveau (l'écran) et selon des modes de contextualisation et de maniement sans précédent dans l'histoire longue des supports de l'écrit". l'obstacle à l'expérience conjointe hic et nunc. images numérisées. La deuxième concerne la pertinence de l'idée selon laquelle la vidéosphère -dont les caractéristiques (pouvoir englobant de l'image télévisuelle.définirait le régime médiatique actuellement dominant. par moments. liaisons qui diminuent. imagées ou sonores. La numérisation des signes distingue notre époque comme étant la première où tous les types d'informations transitent par les mêmes codages (binaire). Deux controverses polarisent la discussion des thèses du "médiologue". cette activité radicalise les opérations d'organisation et de recherche des contenus déjà sédimenté dans la conception des textes (sommaires. de côté tout un pan des télé-relations . où la disjonction dans l'espace ne serait plus synonyme de séparation. etc. mais aussi la transformation de la représentation de l'écrit"[12]. réductible ni à la graphosphère. (Et Philippe Breton d'acquiescer : "On peut ajouter sans peine Internet et les futures "autoroutes de l'information" à cette liste"). nous tenterons de montrer en quoi l'hypermédia constitue un régime médiatique à part entière. aussi bien textuelles qu'illustratives.sélectionnés par le système spectaculaire sont aussi des armes pour le renforcement constant des conditions d'isolement des foules solitaires". Ajoutons. La vidéosphère : une évidence discutable La discussion sur la crise de crédibilité dont souffre la télévision peut être utilement éclairée à partir d'une discussion des propositions de Régis Debray pour qui le petit écran symbolise le nouveau régime médiatique dominant. la vidéosphère. Nous ne ferons que l'évoquer. liens hypermédias. partiellement. vidéosphère) n'est pas aussi évidente qu'il y paraît. et parfois le fonde. Cette grammatologie dessine notamment une carte des circulations possibles dans les corpus (arborescences. La gestion de la circulation dans ces inscriptions devient une question centrale. par exemple. etc.) ont été rappelées plus haut. en général. où les promesses d'une communion à distance commenceraient à se concrétiser. Faut-il être sensible à la critique et suivre Guy Debord dans sa charge contre la corruption des solidarités ? Sommes-nous toujours dans la même période marquée conjointement par la consommation de masse et la montée de l'idéologie individualiste ? La perspective présentée ici s'écarte de ce schéma. Ainsi. Sur ce point. index. comme changement radical des pratiques de lecture et d'écriture. enfin. ce faisant. Les pratiques d'écriture et de lecture sont alors plongées dans des agencements d'une grande variété (dessins. car elle montre que la tripartition proposée (logosphère. séquences sonores. l'isolement s'assouplissent alors progressivement -sans disparaître totalement. c'est-à-dire qui a trait aux langages. La séparation. les mêmes équipements (ordinateur) et surtout les mêmes types de traitements (programmes informatiques). Une nouvelle "grammatologie du document hypermédia" -selon l'expression pertinente de Henri Hudrisier. Modifications qui bouleversent l'unité même de ces activités en les mélangeant directement aux pratiques d'inscriptions. tels que les "moteurs". tableaux. et où. Il s'agit d'un saut où le technique renvoie au symbolique dans un sens fort du terme.). Nous aurons l'occasion de cerner plus en avant ces rapports inédits qui se tissent entre proche et lointain. La controverse portant sur le nombre de médiasphères est intéressante. La première porte sur le nombre ainsi que sur le découpage des médiasphères. graphosphère.

brisant le flux uniforme de la disposition régulière le long des pages d'un livre. Le régime médiasphèrique-roi de la vidéosphère. "Telle serait l'hallucination-limite de l'ère visuelle : confondre voir et savoir. relectures et flux rapides se succèdent. il n'est quasi exclusivement question que des techniques de traitement d'image (imagerie scientifique. bouleversant les modes antérieurs d'approche de l'image. Considérant que la capture vidéographique supprime le travail d'élaboration. Sont délaissées. Les modalités techno-culturelles qui dérivent de l'image numérique interactive. signifiant par là qu'elles s'enchaînent à partir d'actions accomplies par un sujet provoquant.visage de la temporalité réglant les fonctionnements de l'espace public. etc. "La preuve par l'image annule les discours et les pouvoirs"[18]. la dénomination image actée à celle. nous y reviendrons. Le postulat implicite sur lequel est fondé toute l'analyse se construit sur la suprématie d'une vision devenue "ère du visuel" plaçant en position sommitale une modalité particulière de l'appareil médiatique : l'image vidéo et son vecteur institutionnel et technique central. Mis en mouvement par la numérisation. la télévision. Cela justifiera qu'ultérieurement. bizarrement. Mais la matrice séquentielle régulière qui ordonne l'inscription typographique forme néanmoins la structure objective principale du texte auquel toute lecture se confronte. D'autant que le texte numérisé peut s'accoupler à des messages sonores ou imagés dans une perspective multi. L'univers de l'action sur l'image est ainsi ignoré.. unimédia ou non"[17]. La lecture obéit à des inflexions temporelles évidentes.. Il ne s'agit pas ici de supposer que le rythme de la lecture individuelle s'accordait mécaniquement à la linéarité du texte sur support stable. L'état séducteur[14]. paradoxalement. lesquelles n'instaurent pas. circulation dans les réseaux. en effet. médicale. multimédias de visites virtuelles ou d'apprentissage. le texte est. plus nettement l'existence d'un acte intentionnel comme fondement d'existence de ces images. un livre entier. toutes les régions (jeux vidéo. place -à travers sa dénomination même. fondamentalement. en effet. Il est symptomatique que dans les pages où Régis Debray appréhende les enjeux de l'image numérique[16]. le "temps réel". tracent des lignes de fuite qui contredisent celles qui s'originent dans la télévision.intelligents" et autres logiciels d'indexation automatique. régulier de l'imprimé qu'avec les ruptures (zapping). Dans sa réponse aux critiques qui lui sont faites. (Je préfère.) où des pragmatiques inédites s'installent. Une virtuosphère ? La vidéosphère. en retour. où immobilisations. serait-ce pour la contester. télévision interactive. en institution-reine distribuant nos régimes de croyances et de vérité. en règle générale. L'hypothèse que nous mettons à l'épreuve. Régis Debray admet. régions que nous regroupons sous le vocable d'image actée.ou hypermédiatique. Elle marque.d'"image interactive". leur pertinence mais il ajoute une croyance : celle selon laquelle "le message sans code (l'image électronique).. Dans ce nouvel état du texte.l'audiovisuel moderne. fore et ratisse plus large que l'autre ("la transmission numérique des textes"). fruits d'une traduction d'un texte stable en discours intérieur fluctuant selon la subjectivité du lecteur. de mise . l'auteur avait déjà crédité l'image d'un don qui se pare du costume de l'évidence. télévision) est considéré comme l'ultime -et dramatique. en fondateur de l'espace public ainsi que du lien social. l'éclair et l'éclairage"[13]. et principalement la télévision. une nouvelle modalité de fréquentation des images. soit consacré au renversement de sujétion entre télévision et pouvoir politique. Le primat de l'immédiateté propre à la logique de "temps réel" des médias de flux (radio. Parallèlement de nouveaux régimes temporels d'appropriation s'annoncent. La thèse défendue consacre le dispositif télévisuel en ordonnateur de la vérité. serait ainsi. ralenti par une appropriation hésitante.). plus courante -et valide. les arrêts et finalement le ralentissement des flux propre à l'ordre numérique . Dans ses travaux antérieurs. énonce que précisément le régime télévisuel connaît une crise de légitimité profonde qui interdit d'en faire l'attracteur principal de nos régimes de vérité comme de notre espace public[15]. la frontière avec les autres types de signes n'est plus aussi bien dessiné qu'à l'ère de l'imprimé. de fait. Il ne vient pas à l'esprit du "médiologue" que l'ordre numérique véhicule une autre distribution temporelle chevillée aux règles de mise en œuvre des programmes informatiques. plus en adéquation avec le temps continu. définie comme "l'ère du visuel" dans le livre que Régis Debray consacre à l'image. où les respirations se règlent sur la matérialité de la mise en espace et des scénographies dynamiques du texte. d'autres actions). hachée. Une image numérique satellitaire se regarde comme une photographie prise d'avion.

Bien que la notion de programme soit bien antérieure à celle d'informatique.puisse continuer à assumer. L'état de méfiance On se souvient de l'effondrement de l'émission La preuve par l'image sur France 2. à l'époque journaliste au Monde. Nous soulignons tout particulièrement le défaut d'expérimentation qui transparaît dans les reproches adressés à tel ou tel projet. sonore. malgré la sonorité disgracieuse. au cœur de la logo-graphosphère informatisée"[20]. mais la disponibilité généralisée de machines fiables capables d'exécuter des programmes automatiques. on peut postuler qu'aujourd'hui une accélération définitive a été enclenchée par la délégation de traitements intellectuels à des programmes d'ordinateur. des logiques univoques de partage spatio-temporel sont à l'œuvre. caractéristique des régimes d'inscriptions antérieurs. ad vitam eternam. et mettons en perspective les premières réalisations qui prennent le relais des médias handicapés par leurs difficultés à assumer des missions expérientielles. un moyen.. imprimé. B . elle conteste la possibilité de réunir sous un même vocable -vidéosphère. sur ce point. Elle porte d'abord sur l'idée que la télévision -média déclinant dans ses formes actuelles. de la crise qui affecte les massmedia. fissurant l'ancien pacte de croyance. On proposerait donc volontiers. plus en avant.] sans doute parce que la conscience est désormais solidement ancrée que les images de télévision ne sauraient constituer quelque preuve que ce soit"[21].La crise de confiance des massmédia Nous commenterons ici quelques faits et controverses qui sont autant d'indices assez explicites. tout comme celle d'automatisme. ce n'est pas tant la victoire du code binaire. Le terme de numérosphère vient à l'esprit. Roger Laufer insiste sur les linéarités partagées de la télévision et de l'écrit. La proposition est alléchante. Comment conviendrait-il de nommer cette deuxième composante de notre "médiasphère" ? Dans la même livraison de la revue Le Débat consacrée à la médiologie. Ce qui est central à notre époque. une forme technique (et c'est bien ce à quoi s'intéresse la médiologie) dont la fantastique explosion est la conséquence directe de l'informatisation. Elle possède l'avantage de souligner l'importance d'une codification désormais commune à tous les types de signes (manuscrit. "programmosphère". etc. une fonction structurante de notre espace public. outre l'insuffisante spécificité du concept général de programme pour désigner l'informatique. en expliquant. Ce serait donc quasiment un fait naturel qui expliquerait le lien entre vérité et vision. qu'il est emblématique d'un état d'esprit "[. retirée de l'antenne après que furent révélées les conditions douteuses de tournage d'un reportage censé saisir sur le vif un épisode de ventes d'armes dans les caves d'une cité de la banlieue parisienne. est total. commentait ce tête-à-queue. Alors virtuosphère ? Mais peut-être faut-il se résigner à ne pas inscrire la complexité du régime actuel de la communication dans une seule sphère. non finale"[19]. il affirme la naturalité de la puissance de l'enregistrement : "La vérité en vidéosphère est originelle. Et. Le codage numérique existait bel et bien avant l'invention de l'informatique. en révèle la contingence.de la capture optique sur toute attitude réflexive.. Daniel Schneidermann.les logiques contradictoires de la vision basée sur l'enregistrement indiciel avec celle de l'expérimentation basée sur celle du traitement par programme. l'inconvénient d'une telle proposition réside dans le message qu'elle véhicule. tendant à certifier qu'avec l'informatique. en y opposant l'hypertexte dans lequel "commence à se développer aujourd'hui un mode d'organisation non linéaire de la pensée. Il est d'ailleurs évoqué par Régis Debray lui-même accordant crédit aux remises en cause de Roger Laufer et amorçant ainsi la reconnaissance du nécessaire clivage interne à la vidéosphère entre les logiques du "temps réel" et celles du temps différé. Mais sans l'ordinateur. images .). Notre critique est donc double. ce code est un fardeau inutile. comme souvent. Ainsi la force de conviction du message visuel semble être fondé sur un critère quasi physique : le privilège de l'indicialité -peircienne. Elles le découvrent alors comme une construction sociale et altèrent sa supposée naturalité. en quoi une telle proposition est discutable.en forme. imagé. et donc la possibilité de traitements par programmes automatiques. On verra. En deuxième lieu. Mais le numérique n'est qu'un codage. Notre désaccord. ce sont précisément les dynamiques actuelles qui. à juste titre. Quelques fameux scandales (faux massacre de Timisoara. Mais.

] les télévisions se ruent sur le spectaculaire. Ce n'est évidemment qu'un régime particulier et actuel de vérité plus adéquat à nos attentes culturelles que la conformité indicielle. en tant que telle. c'est parce que le soupçon précède toute présentation purement audiovisuelle désormais trop affaiblie pour établir une référence solide. Elle constitue..il faudrait distinguer les périodes et les régimes politiques-. où les journalistes américains racontent pour la première fois à cette échelle et le plus souvent de manière anonyme. Le soupçon généralisé ne porte pas tellement sur la conformité des images enregistrées à leur référent -où s'apprécierait un défaut d'indicialité de la capture optique. l'ordinaire des pratiques de reportages[23]. Et les massmedia ont déjà perçu cette limite. Car. répétons. fausse interview de Fidel Castro. Même si l'aisance qu'offrent les technologies numériques nourrit la tentation d'en abuser. bref la mise en scène de la vérité télévisuelle est désormais sous le feu du soupçon et le chroniqueur intitule précisément son propos : "L'état de méfiance". par exemple.d'archives lors de la guerre du Golfe. Cette crise de confiance ne peut être mise sur le compte de l'existence des trucages. les arrangements. le passé chargé de la photographie et du cinéma. Cent vingt mille visites . En revanche. On pourrait. Mais là n'est pas l'essentiel. à la différence du conte. etc. en décembre 1998. nous signale qu'un ancien régime de légitimation décline sous la poussée de nouvelles exigences. les mises en scènes et mensonges audiovisuels ont toujours été. affirmait en octobre 1998. Ces déclarations jouxtent un article qui présente Newsblues -site Web impertinent. On précisera cela ultérieurement. Instantanéité et véracité Christiane Amanpour. la culture contemporaine du montage photographique et cinématographique nous a rendus disponibles à toutes les distorsions visuelles et a peut-être rendu moins coupables les travestissements qui nous choquent aujourd'hui[22]. est d'emblée suspect"[25]. que la baisse d'audience de la chaîne était due à la montée en puissance des sites d'informations en ligne sur Internet. Howard Rosenberg. etc. D'où le démontage en cours des anciens mécanismes qui assuraient. les turpitudes de leurs directions : sensationnel à tout-va. malhonnêteté financière. interpréter le culte nostalgique que vouent régulièrement des émissions à l'histoire de la Télévision[24].mais plutôt sur l'incapacité des images enregistrées (ou transmises en direct. Ici.) ont puissamment façonné cette conscience. c'est parce que le pouvoir du roi est vacillant qu'on peut s'écrier "le roi est nu".. De plus en plus de gens préfèrent regarder le câble et s'informer sur Internet"[26]. quiconque inscrit son visage sur l'écran familier. accueil enthousiaste du plan Juppé sur la Sécurité sociale à l'automne de la même année. Un cadavre encore tiède. les tromperies. laquelle provient d'un prélèvement direct à la source de l'événement. S'agitil d'y vénérer un agonisant ou déjà un disparu ? Si le chroniqueur du Monde constate que "La France ne croit plus ce qu'on lui montre" et que "quiconque prétend s'adresser à elle. Les artifices. sans toutefois pouvoir la déjouer. Voici ce que déclarait. On retiendra l'hypothèse que la méfiance n'est pas le produit de la tromperie. un flic et c'est dans la boîte. un symptôme.exutoire.le. comme dans toutes les formes d'enregistrement. reporter phare de CNN. plus ou moins . L'enregistrement du mouvement (Lumière) engendre immédiatement l'illusion (Méliès). non pas l'objectivité de l'information. mais l'efficacité de la formule "cru parce que vu". Précisons que cette vérité "expérimentale" ne saurait posséder un caractère ultime. ni sur leur multiplication. La vérité exige aujourd'hui de pouvoir la vérifier soi-même. critique de télévision au Los Angeles Times : "Les infos à la télé n'ont jamais été aussi mauvaises [. en la matière. D'où l'affectation un tantinet masochiste avec laquelle ils se plaisent à souligner leurs propres erreurs d'appréciation : victoire programmée de Balladur à la présidentielle du printemps 1995. comme les courses d'hélicoptères [poursuites policières transmises en direct] et sur les sujets les plus faciles à couvrir : les meurtres. mais qu'à l'inverse la tromperie est débusquée parce que règne désormais "l'état de méfiance". Que "la preuve par l'image" devienne la preuve que l'image trompe. dans la même perspective. rongée par le trucage et la mise en scène. là n'est pas la différence essentielle) à offrir un instrument d'expérimentation. il ne faut pas oublier.

Plus que la baisse d'audience. Désormais pour croire. lors de la course Vendée Globes 96.celle-ci ne sera plus garantie que par leur rapidité de transmission : plus bref le délai. Observons que l'instantanéité d'un tel partage constitue encore un gage de confiance dans la véracité du reportage. l'Agence France Presse propose un nouveau service d'information infographique tridimensionnelle destiné aux chaînes de télévision. des images de synthèses dynamiques dans des reportages de télévision . On peut s'en désoler où s'en réjouir. Cette question de la valeur "cultuelle" de la télévision risque d'être fortement déplacée sous l'effet des profondes modifications du système de diffusion. Le partage simultané d'événements. de pouvoir recevoir. par exemple) ou à clarifier des images confuses comme un départ de course automobile enfumé par les gaz d'échappement. etc. Notons que cette situation. Si un événement est télédiffusé instantanément à un vaste public. dans son étude sur "l'Histoire du regard en Occident"[29].. ce procédé est utilisé aujourd'hui pour des publicités virtuelles lors de retransmissions sportives. mais force est de constater que la valeur "cultuelle"[27] cède la place au décodage distancié. par exemple[31]. En France. le skipper Bullimore se trouvait incarcéré sous la coque de son voilier retourné. Bref. débat entre les candidats à l'élection présidentielle. pour ce rendez-vous quotidien. des images optiques enregistrées avec des images totalement calculées sont d'ores et déjà en fonctionnement. en France. mais sous un angle différent. tend à devenir la condition spectaculaire. Entre l'enregistrement et la simulation Depuis mars 1998. effective depuis des années aux États-Unis. sport. plus de cent chaînes risque de transformer considérablement la notion de partage collectif de l'événement. on regarde le "vingt-heures" aussi comme un spectacle. La persistance de telles télé-rencontres de masse nous interroge sur leur fonction. On voit donc se construire une . n'a pas jusqu'à présent supprimé les quelques occasions où les téléspectateurs se trouvent rassemblés par dizaines de millions pour suivre simultanément des retransmissions à valeur fusionnelle[28] : super-bowl aux états-Unis. Et ce tournant. ou bien dans une version "châssis d'image" qu'elle peut ensuite personnaliser.. participe aujourd'hui à la structuration de toute communauté. pratiquée collectivement. déjà sensible dans notre suspicion à l'égard des massmedia. accident. en "temps réel". relevant d'un événement particulier de la journée.F. tendancielle. Parmi les premières images réalisées en 3D à titre de test. Elle peut également solliciter l'A. que l'on veut tester. il va falloir faire notre deuil d'une confiance inébranlable dans la vérité "indicielle" et du sentiment d'authenticité qu'assurait la télétransmission instantanée. Ainsi. notamment grâce à la numérisation. Citons. c'est-à-dire dans sa capacité à oblitérer tout questionnement sur ses effets de mise en scène. Or des traitements numériques d'images qui permettent d'hybrider.P. Le sentiment commun du partage de la retransmission de l'événement tend à faire de la retransmission un événement en tant que tel. fait divers.. Ces animations sont destinées à compléter des séquences tournées et peu compréhensibles (accident. La chaîne qui achète le document peut l'obtenir dans sa version standard.véridique. Ce qui ne veut pas dire -on s'en doute. Désormais.. Régis Debray affirme-t-il que la question de l'authenticité des images. attentat. Et cette attitude évaluatrice. De même a-t-on vu la localisation du bateau naufragé au milieu de l'Atlantique. Une pâte malléable. ductile. La perspective. il paraît être à l'abri des soupçons de montage ou de trucage. Instantané n'est plus synonyme de vérifiable. serait-ce par télé-relation. Cette observation semble pérenniser la télévision dans sa fonction de principal instrument du lien social à distance. il va falloir mettre la main à la pâte. il n'est pas certain que la grande messe du vingt-heures attirera toujours autant de fidèles. c'est la transformation de la réception qui doit être soulignée. exprimée cette fois de l'intérieur de l'appareil télévisuel. quasi instantanément. infalsifiable ou irresponsable. éprouver.dès le premier jour : cette expression publique est un signe évident de la crise de confiance. à titre d'exemple le procédé Epsis mis au point par Matra qui permet d'incruster. Chaque jour une animation en images de synthèse 3D leur est soumise. loin de renforcer les duperies médiatiques ouvre à une mise en doute généralisée de toute information rapportée. Jeux Olympiques. pour lui fournir la même scène. c'est-à-dire de leur conformité au référent va être déplacée vers celle de leur "vraisemblance" et que ". moins de possibilité de truquage (qui demande des machines et du temps)"[30]. bref une pâte virtuelle. on a pu voir comment.

par exemple. se tourne vers son passé immédiat. sur la pellicule. comme ces photographies d'enfants disparus que des logiciels font vieillir au fur et à mesure que le temps passe[36]. totalement bâti à partir d'un corpus. Ce régime est révolu. Ces images forment une sorte de banque de données à partir de laquelle de nouvelles prises ont été reconstituées (ce dont les spectateurs seront avertis dès le début du film). dont on ne peut affirmer qu'il s'agit d'un trucage pur et simple. qu'à une phase ultérieure. publié en 1963 par Hannah Arendt : Rapport sur la banalité du mal[34]. commence à se concrétiser. Des mouvements virtuels de caméras (panoramiques. Tout travelling. Non pas un bourreau sanguinaire. par exemple. À partir des centaines d'heures composant les archives. les fichiers numériques sources puissent être transmis par réseau à des fins de mise en scène directe par le téléspect-acteur à son domicile. paradoxalement renforcée par le fait que le résultat est un film : le numérique est. mais compossible. ont été calculés en tenant compte de la géométrie de la salle (qui existe encore à Jérusalem). capturée. Le rêve ancestral consistant à obtenir d'une image plus qu'elle n'en exhibe de prime abord. Mais la portée de cet étonnant travail va bien au delà de cette constatation. un film de deux heures est né qui mobilise des techniques de retraitement numériques originales[35].industrie de "l'arrangement". L'image de synthèse réinterprète ainsi l'image enregistrée. La démonstration est. auparavant définitive. S'il est possible de tirer des images enregistrées de leur torpeur. Le matériau de base de la refonte numérique devient l'image enregistrée isolée. Leur intention est de faire revivre le regard que portait la philosophe sur Eichmann. avocats et accusé sont réinsérés dans une maquette tridimensionnelle des lieux. en réflexion. Il se vérifie que l'image numérique révèle (au sens photographique) l'image enregistrée. tout film classi- . Elle remonte l'entropie de la pente temporelle en recomposant à volonté les durées et les enchaînements déposés une fois pour toutes dans la succession des prises de vues. pour faire coïncider. intermédiaire entre la prise de vue et la synthèse d'images. On creuse derrière l'enregistrement pour en extraire une autre actualisation. l'image vidéo. La redéfinition de l'espace (et du regard) concerne la finitude de la capture optique dans ses rapports au temps. juges. D'où les distorsions qui découlent de ces opérations qui mixent capture optique et synthèse numérique. comme celle-ci révèle son référent réel. mise en série pour devenir un méta-film. les réactions d'Eichmann aux témoignages. sur la vitre blindée de la cage de verre qui séparait Eichmann du tribunal alors qu'elles n'apparaissent pas dans les bandes originales. Le film numérique L'expert[32] est en effet. beaucoup plus près que ne le permet la capture optique. les réalisateurs de L'expert ont. Les images d'archives ont été tournées par quatre caméras fixes. Et la logique veut. l'image numérique. Désormais. mais un citoyen ordinaire obéissant à un appareil de pouvoir. Ces documents inédits ont donné à Egyal Sivan et à Ronis Brauman (l'ex-Président de Médecins Sans Frontières) l'idée de se pencher sur la personnalité de l'ancien chef nazi à la lumière du livre-reportage sur le procès. formé par les trois cent soixante-dix heures de bandes du procès Eichmann. Des changements virtuels de focales modifient les vues. non pas fausse. en l'occurrence. elle lui donne une profondeur de champ que celle-ci s'était vu confisquer par le caractère indélébile de la prise d'empreinte. à Jérusalem . démontrant peutêtre ainsi sa maturité. Des images des témoins s'affichent. à la manière d'une fouille archéologique. un principe d'expérimentabilité les domine. soigneusement sélectionné et mis en scène certains effets signifiants illustrant leur thèse). Trouant les surfaces. ici. qu'aujourd'hui. Ce qui a été capturé n'est que l'un des possibles que sa mise en traitement numérique va libérer de son inscription. bandes que personne pour ainsi dire n'avait jamais revues[33]. (Pas d'interactivité dans ce cas . opérant alternativement. Les acteurs du procès. L'image enregistrée nous a habitués à sa stabilité qui renvoie elle-même à l'immuabilité apparente du passé. L'expert en est l'un des plus purs témoignages. Des effets complexes (modifications d'éclairage et de texture) affectent les images. en effet. Du "ça a été" on est passé au "ça pourrait être ça aussi". travellings). lourd s'il en est. "L'expert" : l'éveil de l'image enregistrée Après s'être investi dans la fabrication d'un néo-réalité à vocation réaliste. puisqu'il s'agit d'être plus près de l'événement . relancée dans l'actuel. Le son est aussi retravaillé. c'est bien. un rebond qui ramène à la forme filmique initiale. à la faire exsuder ses constituants dissimulés. en gommant le temps de latence pris par la traduction. La trace du passé est. sculptée. témoins. zoom ou effet optique étaient donc impossibles.

avec le modèle spectaculaire des actualités cinématographiques. Mettre en cause le pouvoir judiciaire en le doublant par une reconstitution. un juré. à un moment donné d'un parcours. TF1. elles sont perçues comme barrières infranchissables. de nouvelles réalisations viennent tenter de recoudre la vie et la fiction. en particulier dans une période fertile en démêlés juridiques. sinon qu'ils renforcent le désir. bornes déposées par les concepteurs du micro-monde simulé. au grand désespoir du principal protagoniste et de Philippe Alphonsi. La disgrâce des reality shows creuse. Dans les micro-mondes simulés. les informations à la télévision sont sujettes à cette tension. Nous ne sommes pas surpris de voir. et transformer un reportage en instrument destinée à modifier le cours de la justice. Mais ils ne peuvent l'étancher. des moyens autrement plus efficaces que le petit écran se font jour. ce déficit. celles-ci n'ont pas disparu. non contradictoire. L'animatrice s'appuyait sur la contre-enquête entreprise par l'équipe qui avait préparé l'émission. Ces limites relèvent d'une double définition. etc. renonçait à la diffusion. les avocats de la partie civile et de la défense. non pas comme genre télévisuel. D'autre part. faute de l'avoir satisfait. Élargir ne signifie pas supprimer les limites. Régulièrement. comme l'explique Christoph Jörg[37]. Proposons une autre hypothèse. D'où l'exemple suivant de justice-fiction. Ajoutons que s'il s'agit d'"immerger le téléspectateur". après guerre. Comme le dit Gérard Leblanc : "Rien n'a absolument changé avec les reality shows. potentiellement.. dans le dossier de presse. Sur le plateau. Ainsi Jean-Claude Soulages montre comment. "le but de la scénarisation est d'immerger le téléspectateur dans le réel selon trois méthodes : filmer en direct. R. ou scénariser l'événement en suivant des personnages"[39]. d'une ouverture sur le réel qui ne serait pas jouée d'avance"[38]. Le reality show est cardinal. nous prolongeons le diagnostic par un pronostic. chargé des docusoaps sur Arte. expert médecin légiste. inventeurs du genre. Les fictions réalistes sont. c'est une autre séquence temporelle qui s'ouvre. tels qu'ils se figent dans la construction et la rhétorique de l'émission de télévision. Je ne peux pas sortir du musée pour aller me promener dans la rue si les concepteurs ne l'ont pas "joué d'avance". nous dit-il. Il avait été ensuite gracié. semblait dangereux pour la chaîne. de manière symptomatique. elles sont construites par l'interactant. Agret avait été condamné pour un double meurtre dans les années soixante-dix.. C . aussi professionnelle soit-elle. flairant peut-être la chausse-trappe.que est. Mais. Si on revient en arrière. inscrit une limite irréversible. un gendarme partie prenante de l'enquête. Les "feuilletons documentaires" -docusoaps comme les nomment les réalisateurs anglais après les avoir importés de leurs homologues néerlandais. une matrice d'où peuvent naître des séries. mais en tant que métaphore de la recherche de réalisme.La demande de participation traduite par le système télévisuel Des fictions réalistes toujours décevantes Les affaires judiciaires sont un filon inépuisable pour tenter de rapprocher le spectacle et la vie. les fictions réelles commençaient à sentir le soufre. Puis le langage se délie dans les années 1960 et vers les années 1980. Faire jouer à l'infirmière ou à la vendeuse de grand magasin sa vie sociale réelle en la ponctuant d'intrigues ou de gags : ainsi se rejoignent la réalité "brute de décoffrage" avec "l'humour et l'émotion". repérant les incohérences et les faiblesses du dossier pouvant conduire à réviser le procès. L'émission débutait par une fiction réaliste reconstituant le cadre familial et social. reconstituer le fait comme il a eu lieu. Mais l'échec n'est apparemment jamais considéré comme définitif. On l'a compris. La télévision aurait désormais tiré les leçons de son échec à proposer l'expérimentation de la réalité par les moyens du spectacle. Déplacer les limites. mais cette fois avec le vrai supposé coupable. débats en direct. Enfin. élargir l'espace du jeu avec le réel : tel serait le projet que les médias numériques promettent de concrétiser. Mais là gardons-nous de tout emportement mécaniste. Bref. On débute. la réponse exacerbée à cette soif de réalisme et d'implication qu'une puissante vague culturelle fait déferler.). aujourd'hui. D'une part. Toute décision. on reconnaît la prise de parole du citoyen (micro-trottoir. elles deviennent le produit de l'action et de la perception et non plus leurs présupposés. en effet. En revanche. Si j'ai poursuivi la visite du . depuis sa naissance.en sont les derniers avatars. les acteurs du drame : parents et proches de l'accusé. puis acquitté. qu'il s'agit de "construire des histoires au plus près de la vie".

en effet si un spot est retenu. la convergence entre l'univers de la télévision et celui du multimédia en ligne est une orientation majeure que la plupart des industries de ces secteurs concrétisent à leur manière. télé-achat (six mille produits) puis. retour au réel oblige. dans le cadre télévisuel. Mais. En France. Des modem-câbles sont proposés qui devraient permettre d'afficher des séquences vidéos sur Internet de qualité similaire à celle de la télévision. Shoppervision. loin d'assouvir le désir de participation et de rupture de la barrière représentationnelle.deuxième étage de l'aile Richelieu au Louvre.conçu avec la rédaction de Time. nom donné à l'expérimentation de télévision numérique d'Orlando). compressées. L'opérateur national développe des canaux multimédias à grande vitesse et des accès rapides à Internet. et en tous cas pour ce parcours. la publicité interactive s'apprête à offrir ses écrans sur les chaînes numériques câblées[45]. l'affichage de photographies ou d'informations en vidéotexte. En recul en Floride. pour les autres.[42]. puis collective). revoir des séquences passées. permettait d'effectuer une sélection thématique automatique en compilant un ensemble de sujets diffusés par les grandes chaînes de télévision ou les stations locales. météo. . Les premières armes de la télévision interactive La télévision interactive exprime la recherche. les matches de la journée ou de la semaine ou. Toujours sur FSN. Ces émissions étaient numérisées. loin s'en faut. on a vu se profiler de nouveaux alliages entre émission et réception[41]. on consultait des catalogues. Enfin. ne renforce. la généralisation de l'immersion pluri-sensorielle individuelle.. voir le match en surplomb ou derrière les filets de l'équipe adverse. L'un des services du FSN -TNX News Exchange. j'ai perdu -peut-être définitivement. de l'expérience FSN montre que rien n'est encore vraiment stabilisé dans ce domaine). au contraire. les entretiens avec sa vedette préférée. pour les uns. son exploration interactive mordra sur les autres messages publicitaires qui lui succèdent. On peut faire l'hypothèse que l'assouplissement des bornes de la présentation. des chaînes interactives de jeu ou d'opérations bancaires et. Bosnie. exhibait ses galeries tridimensionnelles. Le marketing. Ainsi se révéleraient les fondements de la tendance à l'incarnation croissante des représentants (la prochaine étape étant. La chaîne NBC Sports envisageait d'offrir aux téléspectateurs l'équivalent d'une régie à domicile. à l'automne 1997 et après trois années d'expérimentation. déclencher un ralenti. si l'abonné le désirait. prolongement logique. On pénétrait dans les boutiques. les réactions des publics ainsi que la maturation d'autres solutions techniques[43] détermineront les rythmes de mise en service de ces innovations (L'abandon.. d'un compromis entre émission collective et réception personnalisée. de véritables services de télévision interactive[44] tels que vidéo à la demande (plus de cent films dès l'ouverture). les opérateurs de chaînes par satellite proposent. découpées par thèmes et stockées sur les batteries d'ordinateurs du centre informatique. Avec FSN (Full Service Networks : "réseaux de services complets". expression plus nette encore de la formule spect-actrice en gestation. la télévision interactive a refait surface à Hongkong où l'opérateur de téléphone Hongkong Telecom lançait. etc. Sports-on-demand offrait. la consultation de sites Web avec hauts débits via le satellite pour l'arrivée et téléphone pour le départ. Mais la maîtrise technique ne décide pas de tout. programmes éducatifs et connexion à Internet. tourisme. Télévision et multimédia en ligne Quelles qu'en soient les formes. non sans illustrer immédiatement la contradiction fondamentale qui oppose média de flux et réception à la demande .l'accès à l'escalier vers le troisième étage. au grand dam des responsables des régies. centre de télé-achat virtuel. sport par sport. par exemple. la télévision numérique offre un accès à des univers simulés simplifiés. Symétriquement. Il ne restait plus aux abonnés qu'à choisir le (ou les) thèmes : Bourse. progressivement. Suivre tel joueur plutôt qu'un autre. économie. avec la Réalité Virtuelle. comme le réglage du hors-champ[40] par le spectateur. tout cela finissait par un bon de commande sur lequel la frappe d'un code d'identification réalisait l'achat et déclenchait la future livraison à domicile. arts. Très logiquement. France Télécom étudie différents moyens d'acheminer de la vidéo de bonne qualité sur les écrans des ordinateurs. on manipulait des objets pour les observer sous toutes leurs coutures. l'appétence pour un jeu ouvert avec le réel et n'aiguise encore plus le goût du franchissement de la barrière représentative.

que seule la spécificité musicale marque comme station de radio. une navigation pour visionner des interviews des acteurs. dernier. et non des moindres. en 1997. dans chacun de ces domaines. voire des séquences non montées dans le film original. Elle est aussi reliée aux principales agences de presse. câblées ou par satellites. Avec l'ajout de reportages sur les pilotes et les écuries. de "pousser" l'information vers l'utilisateur et non de "tirer" celui-ci vers l'information. Sous la pression des push technologies. Ce journal multimédia combine textes. Ainsi. En octobre 1998. à l'inverse. le pilotage (grâce à des caméras embarquées dans le cockpit) ou encore l'activité dans les stands. Cette évolution affecte aussi la radiodiffusion. L'interactivité est l'une des principales directions visées. des chaînes multimédias spécialisées. et donnent accès. un forum de discussion rassemble les auditeurs et les animateurs de la chaîne. la chaîne affiche un journal personnalisé qu'il est encore possible d'affiner en indiquant quelques mots clés supplémentaires. des "making of" du film. BD par exemple)[47].cam (caméra vidéo installée en permanence dans le studio) qui ne permette à l'auditeur-Internaute curieux de s'introduire à tout moment dans les locaux de la station. Il s'agit bien. des nouvelles fraîches. La couche multimédia fait office de fenêtre approfondissant le sujet de l'émission. Il n'est pas jusqu'à l'existence d'une Web. de même que des prises non retenues ou encore des fins différentes de la version connue.un reportage personnel. dans la logique des médias de flux. la possibilité de choisir un angle de prise de vue ou d'influer sur le déroulement d'une intrigue. outre des films d'une très grande qualité visuelle et sonore. Outre l'écoute directe sur le site. par exemple. apparaissent sur Internet. Les abonnés à la chaîne C:. l'abonné voit défiler.est d'emblée conçue pour être déclinée en ligne sur Internet. Reuter annonçait le lancement de NewsBreaker. d'articles de presse ou d'extraits d'autres enregistrements. Balayant ces gigantesques sources documentaires. suivre une course de Formule 1 sur CanalSatellite revient à sélectionner. on prélève -par un zapping permanent. de la nouvelle station de Radio-France -Le Mouv'. dont il nous appartiendra d'évaluer. six canaux diffusant simultanément la tête de la course. totalement numérisée. la sélection possible des textes des chansons tout comme l'affichage des jaquettes des disques ou la sélection des reportages récemment diffusés transforment la station en chaîne multimédia. Dans la même perspective. par CNN (CNN Custom-News). Bref. courtes vidéos et séquences sonores. diffusée jusqu'en 1998 sur CanalSatellite. ultérieurement. De nouveaux alliages temporels entre réception de flux et navigation interactive apparaissent. Enfin.) et recevoir des véritables magazines multimédias en liaison avec les émissions vidéo diffusées sur la chaîne (science-fiction. comme dans la navigation classique. d'une discographie. démultipliant la quantité d'information inscrite sur le disque[46]. services sur le Web et opérateurs du téléphone des alliances mouvantes se trament. Un concert. en bas de page. entre chaînes de télévision. ont pu télécharger des logiciels sur leur ordinateur (jeux. chaîne multimédia à destination aussi bien . Ce support. exemple. "poussées" sur son écran. est accompagné. il peut préciser jusqu'au détail ses préoccupations. Depuis le mois de mars 1997. approfondit le Webcasting dans des proportions inégalées. pousse déjà les éditeurs à offrir. avec la télécommande. selon les thèmes retenus. constamment alimentée par les nouveaux reportages effectués. etc. Enfin. La chaîne est bien sûr alimentée par l'énorme fond documentaire de CNN. ceux-ci convoitent. à des sites extérieurs. la nouvelle chaîne multimédia audiovisuelle éditée. dès la conception du film. Des liens hypermédias permettent de parcourir la base de données. avec ses centres d'intérêt. de devenir l'un des supports de télédiffusion. sur le supplément multimédia. Alors qu'il consulte son journal. le zapping s'approche un peu plus de la navigation dans un hypermédia (CD-Rom ou Web). signalons que la nouvelle génération de supports numériques (DVD-Rom) incite des réalisateurs à inclure. et à diffusion permanente. en rapport. logiciels en promotion. la programmation. la nature.Alors que les réseaux télévisuels tentent de conquérir l'interactivité des réseaux numériques. Apparaît une nouvelle forme de télévision à deux couches en quelque sorte. On ne regarde plus la transmission de l'épreuve. à quelques grands titres de la presse quotidienne et à une quarantaine de magazines thématiques (des sciences et techniques à la chasse en passant par l'alpinisme et l'arboriculture). L'abonné commence par répondre à une centaine de questions portant sur ses domaines de prédilection et.

Il n'est certes pas anodin. une extension progressive aux particuliers semble."[51]. les jeux de gouvernement (dans la lignée de Sim City) et les jeux vidéo[53]. pour des liens moins hiérarchiques est sans doute l'une des principales raisons du succès d'Internet. probable. D'autant que les nouvelles générations de langage de conception de site (X. Trois sources d'activités peuvent venir donner chair à cette perspective : les simulations stratégiques militaires. et il permet d'amener à la politique des gens qui ne s'y intéressaient pas par le passé. Interroger les candidats et recevoir des réponses circonstanciées relève déjà d'une circulation d'information moins unilatéralement polarisée. Cela ne signifie pas qu'il va être absorbé dans les réseaux numériques et perdre toutes ses spécificités.). la défense et l'illustration des programmes respectifs ont redoublé les classiques moyens de propagande. est terminée ? Rien n'est moins sûr. qui proposent dans les dernières versions de leurs navigateurs.L. tracts et lettres] sans aller à une réunion électorale ou passer au siège de la campagne. un conseiller spécial de Clinton tire de cette économie de mobilité. par exemple. notamment sa valeur "cultuelle" (rassemblement autour d'événements phares assurant une participation sociale commune). Même si. dans de multiples domaines de la vie sociale. l'inanité d'une légitime . que nous aurons l'occasion de retrouver pour en apprécier les formes temporelles inédites. Fortes de cette nouvelle démonstration.. Les tribunaux.M.des opérateurs de chaînes de télévision que des particuliers via Internet. et précisément par ses modes internes de gouvernement[52]. etc. Faut-il en conclure que l'ère des grands rassemblements qui font vibrer à l'unisson des milliers de supporters. pour une part. par exemple. renforceront la liberté de mise en forme des pages reçues. tout le monde. D'ailleurs. montrent assez clairement. Nous n'avons pas encore d'exemples frappants de simulations de scénarios politiques proposées au grand public. des abonnements à des bouquets de chaînes. que ces demandes d'information. La "pulsion" expérimentatrice s'exprime. à terme. Netscape et Microsoft[48] ne sont pas en reste. ont de plus en plus fréquemment recours à des simulations en images de synthèse tendant à démontrer. Ces évolutions. Certes. aux états-Unis. Sur les sites ouverts par les deux concurrents. que le média télévision (comme la radio) est en redéfinition sous la pression des réseaux numériques. via les réseaux Intranet. l'usage du réseau ne fait que translater. D . dans un premier temps tout au moins.. Mais son unité technologique est en passe de se fractionner et ses modes d'usages en seront sans aucun doute redessinés[49]. bien entendu dans d'autres sphères que l'information politique. et permettront d'y insérer des informations élaborées par l'internaute lui-même. où les formes même de la vie politique serait redéfinies par Internet. on voit se multiplier des extrapolations. Mais l'éclosion de multiples sites accueillant des forums de discussions transversales entre citoyens signe l'émergence d'autres modalités de participation[50]. où qu'il soit. L'Internet a créé un nouvel espace de débat politique.) succédant à H. de multiples observateurs ont souligné l'importance nouvelle d'Internet. Baigné dans l'atmosphère éthérée du cyberespace. la discussion publique et les initiatives locales. Mais désormais l'argumentation dans la controverse politique se voit renforcée grâce aux médias qui facilitent les relations personnalisées.M. et notamment dans le domaine judiciaire. Et.. les idées -anciennes. des formes antérieures de propagande (spots télévisés. peut les obtenir [les brochures.L. ce sont les entreprises. des conclusions radieuses : "En plus. ce goût renforcé pour une expérimentation directe des propositions. qui formeront la clientèle principale des technologies push. c'est le moins que l'on puisse dire.de référendum gouvernemental électronique refont surface.T. contacts et confrontation se déroulent sans déplacements physiques. Le média devient lui-même un terrain d'affrontement entre les militants qui créent des sites et rivalisent d'ingéniosité pour afficher leurs convictions. Parions que ceci ne saurait tarder.Vers l'expérimentation de l'information Balbutiements d'expérimentation politique Dans la dernière campagne présidentielle américaine. (Nous aurons l'occasion d'approfondir ces questions dans le chapitre suivant qui traite plus spécifiquement d'Internet comme modèle politique). pourfendre les idées adverses et convaincre les hésitants.

portant sur la connaissance qu'ils avaient de l'affaire. l'expérimentation de l'information commence à investir les supports adaptés à ses logiques. avait déjà été atteinte. de nombreux groupes de discussions ont vu le jour. on trouvait aussi les questionnaires que les jurés avaient dû remplir. Ils posent. Exploitant la dimension naturellement interactive de l'échange langagier. pour ce faire. Hors services privatifs. Les abonnés à Compuserve pouvaient aller chercher directement les documents publics de l'affaire sur des bases de données : photos officielles. le confirme. l'autre grand service d'informations en ligne. Deux clics sur le dossier "L'arrestation". les réponses des experts aux questions juridiques posées. Le spect-acteur poursuit son exploration entrant dans les méandres de la procédure. Sur ce terreau fertile. à l'occasion de grandes affaires judiciaires. appelle les urgences policières. ce marché est soumis à une pression innovatrice pour la mise au point d'interfaces idoines. spécialement autour de la fameuse question du supposé parti pris raciste des enquêteurs. comme des sexes virtuels clonés à distance. et s'affiche la course poursuite sur les autoroutes de Los Angeles. préalablement à leur nomination. Une autre reconstitution virtuelle a prouvé qu'un accident de circulation ne pouvait qu'impliquer la responsabilité du conducteur. épreuves érotiques Demeurons dans l'aire "sulfureuse" en élargissant le champ de l'épreuve interactive aux CD-Rom pornographiques. déplacement de point de vue. Des clips audio des moments forts du procès (témoignages. et la controverse y a battu son plein. La reconstitution du procès relatif à "l'affaire Simpson" a considérablement accéléré le processus. On peut aussi écouter une ancienne bande audio où la femme du footballeur. par exemple. réquisitoires) étaient disponibles ainsi que. dessins des médecins légistes incluant les traces de coups de poignard ainsi que le texte intégral des comptes rendus du procès. un CD-Rom édifiant[55]. on le sait. "L'affaire Simpson" Le traitement télévisuel des affaires judiciaires de mœurs exercent. ont adapté un logiciel pour converser librement avec une créature à l'écran. A coup de clic. On pouvait aussi accéder à des banques de données juridiques ou participer à des groupes de discussions. Sur America On Line. la police. fatalement. On constate que. fin 1994. etc. bien entendu quantité de problèmes (notamment financiers et d'égalité face à la loi). à terre. terrorisée. bien que de nature plus informative. des pièces du dossier telles qu'une photographie du visage tuméfié de la victime après l'une de ses confrontations musclées avec son mari. mais le dynamisme du marché de "l'animation judiciaire" peut nous persuader que la démarche expérimentatrice est dans l'air du temps. Le développement d'une véritable industrie de la preuve expérimentale par reconstruction simulée -une cinquantaine d'entreprises s'y sont déjà spécialisées[54]est d'autant plus remarquable qu'elle est souvent sollicitée par les procureurs eux-mêmes. CNN a édité. Et des prothèses encore plus proches des organes sexuels sont à l'étude. conçus selon la logique des systèmes à retour d'efforts expérimentés dans les applications d'arrimage mo- . conçoivent des interfaces adaptées : bracelets qui permettent de diriger les mouvements des belles virtuelles. plaidoiries. Ces développements sont loin de convaincre systématiquement les jurys. Les CD-Rom érotiques deviennent une plate-forme d'essai pour des interfaces et des scénographies beaucoup plus "impliquantes" que la simple navigation dans des images ou des séquences vidéos. examinant. Des conversations directes avec des experts leur étaient proposées. on chemine dans des vidéos montrant l'état sanglant des lieux découverts après le meurtre. à la demande. bagues fixées sur le doigt dirigeant une main modélisée qui parcourt l'image à volonté[56].défense invoquée par la Police alors que la victime. La modification interactive des paramètres de vision des scènes (vue subjective. Des concepteurs américains préparent d'autres jeux roses très interactifs. un attrait considérable aux ÉtatsUnis. mais parfois ils jouent un rôle de premier plan. des ingénieurs spécialisés en Intelligence Artificielle.) assure une confrontation concrète des thèses opposant les parties. S'y bousculent la foule. et. La création de sites Web ou l'édition de CD-Rom. l'interroger et lui donner des ordres (dont on devine la teneur).

l'objectif n'est plus de produire des émissions mais des ressources documentaires déclinables dans plusieurs directions : films. Il s'agit là d'une réorientation majeure pour les auteurs qui devront. grâce aux logiciels idoines disponibles. CD-Rom. Miser sur "l'auteur collectif" est peut-être. au delà de l'émission diffusée. et. Le partage. Évidemment dispositions inédites. Mais sans doute aussi faut-il imaginer une redistribution plus collective du travail dans un tel cadre. en organisant pour cela une navigation documentaire. bandes dessinées. Que le fantasme puisse être considéré comme une" technologie" érotique ne surprendra personne. directeur du département Innovation à l'INA explique : "Si nous avons dix heures d'interview de Nathalie Sarraute. Aujourd'hui apparaissent des propositions qui signent une radicalisa- . à l'antenne.) et qui distinguerait les modes de sollicitation fantasmatique dans leurs rapports aux différents types d'inscriptions et à leur mise en jeu fantasmatique. images de synthèse interactives. photographies. Et c'est bien cette structure d'appropriation largement diffusée dans les champs narratif. avec ces propositions. Plus radicalement encore. des outils logiciels entre professionnels et amateurs avertis[59] est. récits littéraires. À cet égard. communications téléphoniques. c'est-à-dire à l'ensemble des rushes. mais construire des scripts exploitant les ressources documentaires rassemblées. un large espace d'expansion. sur ce point.léculaire en Réalité Virtuelle. etc. il est envisagé qu'à terme. archives et images associées. publications qui "entourent" l'article publié dans le titre papier et devienne accessibles dans l'édition électronique). même inégal. le public puisse avoir accès aux outils utilisés par les auteurs afin de fabriquer d'autres programmes hypermédias avec le stock de matériaux rassemblé par l'équipe initiatrice. tirant profit des compétences de chacun). de ce point de vue. par exemple). derrière telle séquence. pourquoi ne pas les proposer aux téléspectateurs intéressés ? Une bonne partie pourrait être mise en ligne en accompagnement de l'émission de 45 minutes. films. par exemple. Lors de la présentation du programme sur une banque d'images. érotique qui se répand aujourd'hui dans les domaines de l'information socio-politique et culturelle. ici aussi. Bref l'équivalent "audiovisuel" de la consultation de l'environnement documentaire dans la presse en ligne (dossiers. la production multisupport brise la finitude de l'émission de télévision. Nul étonnement à ce que l'activité sexuelle soit l'objet de recherches visant la présence à distance. un sujet plus long est disponible. pour le téléspectacteur qui passera d'un régime réglé sur le flux linéaire temporel à une proposition d'exploration en profondeur rejoignant celle qui s'impose avec les hypermédias (CD-Rom et sites Internet). Mais faut-il conserver les guillemets à "technologie" ? On peut aussi appréhender le fantasme. dont une infime partie seulement est diffusée. échelonnée sur chacun de ces supports (contes. ainsi que le souvenir ou encore l'imagination comme des technologies de mise à distance et de transport qui empruntent les voies tressées du langage et du souvenir perceptif inscrit. Ainsi Bernard Stiegler. les composantes élémentaires de la culture de l'image actée. (Revivre le passé. par exemple. Le cadre scénographique de l'image actée L'expérience interactive s'impose comme scénographie hors de l'aire strictement informative. Dès la phase de production. Réalité Virtuelle en réseau). aussi. c'est le redéfinir : toute remémoration est aussi une interprétation actuelle). ludique.. source de remaniements profonds dans la structure des rapports auteurs/public et l'expérimentation de l'information trouverait. si la "patte" d'un réalisateur. Le cybersex. éducatif ou. À terme. parviendra aussi bien à s'imprimer dans ce nouveau système de contraintes : un excellent auteur de films peut se révéler un piètre concepteur de CD-Rom. les jeux vidéos ont servis de plate-forme expérimentale diffusant. qui lui-même renvoie à un ensemble de documents"[57]. auprès de dizaines de millions d'adeptes. un indicateur pourra signaler que.[58]. Minitel rose. à terme. On pourrait d'ailleurs construire une histoire des transports sexuels à distance. à la production "grise". (On peut se demander. un raccourci trompeur. faute de temps. en effet.. le téléspectateur pourra accéder. etc. banque d'images. rapports. La production "multisupport" Développée notamment par l'INA. prolonge les formes antérieures de transports sexuels (contes. films. non plus sélectionner des matériaux pour servir un propos unique dans un format délimité (le fameux 52 minutes.

Fonction miroir de l'expérimentation : en cela elle n'est ni plus véridique. La formation d'une légitimité. permet aux "mordus" de concevoir de nouveaux circuits dans lesquels ils peuvent inviter des concurrents. y compris les experts. Quels partis pris le CD Rom modélisant le procès Simpson aux États-Unis exprime-t-il ? Sur quelles ignorances est-il édifié ? Quelles interprétations juridiques sont-elles à sa source ? Ces questions affleurent obligatoirement dès lors que l'interrogation et les choix de circulation sont délégués à l'interactant. une épreuve opérationnelle. par nature. l'idée . et que la séparation entre l'information et l'événement serait abolie. Nouveau régime de vérité et de légitimation "relativiste" Si elle devient plus charnelle. Mad Max. expérimentateur en diable. sans mise en scène ? Le spectacte est-il à l'abri du soupçon ? Doit-on lui reconnaître une meilleure aptitude à convoyer la vérité grâce à son expérimentabilité ? Peut-on considérer que l'ingénierie interactive serait. sans médiations. On n'expérimente que ce qui a été modélisé de manière pertinente. qu'elle ne recèlerait aucune mise en scène ? Non. bref. braquage. on parviendrait à une présence directe -im-médiate. plus expérimentable. fonctionne selon la formule "cru parce que vu" et. On renvoie au public le soin de choisir ses présupposés : un procès pour les Blancs. Le processus informationnel sera l'aboutissement d'une épreuve publique de légitimité (au sens où la légitimité scientifique s'acquiert à travers la confrontation publique des hypothèses). transparente. exactitude et similarité des représentants.) et multipliant les degrés de réglage des engins (accélération. c'est le cas de le dire. l'information sera moins indicielle. plus véridique. de légitimitation. authenticité et réalisme des doubles. etc. par constitution. Mais cette construction individuelle recèle des limites. Gardons-nous des mirages objectivistes qui assimileraient vérité et expérimentabilité. qu'elle approcherait de plus près l'événement qu'une narration ou un reportage filmé .Une expérimentation véridique. qui. Ainsi. autant d'intérêt. l'interactivité se joue dans un théâtre. bouclant le circuit. un jeu de course automobile d'un réalisme surprenant déployant l'arsenal du décorum des circuits (seize circuits évoquant les univers de Blade Runner. E . adhérence. viendrait s'inscrire. d'un jeu vidéo à une expérimentation collective d'un cadre scénographique. etc. L'exemple du jeu Pod illustre parfaitement cette évolution. Ces modèles sont-ils de fidèles représentants ? Où se situent leurs limites. Les voitures concurrentes sont dotées d'une "intelligence propre" de la course assez évoluée. sur l'écran des ordinateurs. apparaît comme la mise à l'épreuve d'un ensemble d'a priori. Un forum sur Internet. Mais ces formes obéissent à de nouvelles distributions de rôles ainsi qu'à des systèmes de valorisation inédits. La maxime émergente "cru parce que expérimentable" pose des problèmes bien plus complexes. au départ. leurs points aveugles ? La modélisation est. De nouveaux véhicules peuvent aussi être fabriqués avec des caractéristiques techniques propres. articulé en rhétoriques cohérentes. ce n'est pas qu'il serait plus "réaliste" que l'ancien mais qu'il est construit selon des procédures plus homogènes aux exigences de l'incarnation croissante et à l'espérance d'une élaboration individuelle d'un point de vue. dans le domaine de l'ingénierie. Mais l'innovation fondamentale réside ailleurs. ni moins. S'éloigner du circuit et visiter les paysages présente. qui. et dans le domaine social une épreuve herméneutique.dans la vie réelle. Évitons de distiller l'illusion qu'avec ces formules d'expérimentation. Ce qui diffère dans le nouveau régime de légitimation de la croyance. l'émergence d'un point de vue. on est passé. elle est tout simplement plus adéquate à l'esprit du temps. que la preuve télévisuelle. plus construite. Curieux procès. Gagner la course n'est plus alors l'unique objectif. la présence à distance demeure une scénographie. peut voir. sans travail de construction. par touches successives. un autre pour les Noirs.tion de cette scénographie de l'interaction. les créateurs de Pod vont concevoir les nouvelles versions du jeu en s'inspirant de l'imagination des adeptes du site. L'expérimentation virtuelle est aussi une médiation. où les participants sont à la fois acteurs de leur spectacle et spectateurs de leurs actes. pour certains. L'événement est mis en maquettes. précisément cru parce que tout le monde. Elle altère. elle.). Dissipons toute croyance en la possibilité d'une expression directe de la réalité. Pod est. Et finalement.

d'une vérité unique et engendre, le plus naturellement du monde, la relativisation de toute démonstration, de tout jugement. Ce qui est essentiel, c'est le mouvement de consolidation réciproque entre progrès dans l'incarnation tangible des représentants et fondation culturelle de la vérité sur l'expérimentabilité. La figure du réalisme aurait ainsi changé de costume : d'une facture essentiellement liée à la capture visuelle, elle est en passe de se lier au test pratique. Et la représentation virtuelle numérique permet, à la différence du spectacle audiovisuel plat et plein, d'inclure dans le spectacte, une multiplicité de vues, éventuellement contradictoires. À charge pour le spectacteur de choisir, l'angle (ou les angles) d'éclairage qui lui convient. Transfert de source de légitimité, de l'émetteur vers le récepteur, telle serait la mission, ou le fantasme de la présentation virtuelle. Et l'on perçoit immédiatement certaines apories qui en découlent. Le récepteur peut-il devenir la seule source de légitimation des informations et de leurs mises en récits ? Évidemment pas. Le paradigme de l'expérimentation n'affirme pas l'extinction des foyers qui surplombent l'acteur individuel et irradient les normes sociales, foyers à travers lesquels l'expérience est à la fois vécue et construite. La référence au groupe n'a pas disparu dans ces jeux expérimentaux, elle s'est simplement assouplie, libérant des espaces de parcours singuliers. On ne saurait substituer une caricature à une autre en échangeant le modèle hétéronome des massmedia supposés conditionner le social avec celui de l'expérience, laquelle assurerait la parfaite autonomie d'une subjectivité individuelle. Il faut, en revanche, prendre la mesure de la mise en critique généralisée et du relativisme que le dispositif expérimentateur du spectacte véhicule et induit à la fois. Vouloir croire : la fonction "communautaire" vaccine-t-elle la télévision contre la crise de confiance ? Pour caractériser la crise du régime classique d'adhésion, j'ai surtout insisté sur l'affaiblissement du pacte visuel, le vacillement du régime de vérité fondé sur le "voir pour croire". Deux aspects de la question méritent une discussion : l'accompagnement langagier de l'image télévisuelle et surtout le sentiment communautaire, qu'on peut aussi appeler la valeur "cultuelle" de la télévision. En effet, l'image télévisuelle apparaît rarement isolément. Elle est mise en scène par un discours, un commentaire omniprésent qui cadre, définit, contextualise les images montrées. Le régime de croyance propre à la télévision serait donc non pas "croire ce qu'on voit" mais "croire ce que le commentaire fait voir ". C'est un fait universel, le cadrage langagier ne contraint pas mécaniquement la signification. Par ailleurs, lorsque le sujet est brûlant, le commentaire se heurte -et ceci, depuis toujours- aux horizons d'attente basés sur les convictions et engagements préalables des publics. Outre ces données générales, l'activité discursive est majorée dans le contexte actuel de la crise de confiance, dans la mesure où elle doit vaincre en permanence le sentiment partagé que "les médias nous trompent". D'où une surcharge souvent pénible, -un appareil de persuasion redondant- qui tente désespérément de rattraper le déficit d'adhésion et qui participe finalement à notre désaffection[60]. Venons-en maintenant à la valeur cultuelle de la télévision, soit encore sa fonction de lien social. Cette question ouvre à une discussion plus complexe. Le sentiment que des millions de personnes sont rassemblés dans une même vision à distance leste l'événement télévisuel d'un crédit incontestable. Croire c'est aussi faire partie d'une communauté, avant d'être un exercice intellectuel. L'adhésion procède d'un mouvement volontaire, ou plutôt nécessaire : "entrer dans l'orchestre" comme le dit Daniel Bougnoux. Appartenir à une communauté, serait-ce une communauté séparée comme celle des téléspectateurs, engage, selon de toutes autres modalités (l'intérêt, le maintien des liens,...), qu'une opération raisonnée dissèquant la validité d'une proposition. La dimension cultuelle, religieuse de la télévision, au sens propre du terme, la prémunirait-elle donc de l'altération "fiduciaire", au sens de la perte confiance dans la "monnaie" du visible ? Et la formule émergente "cru parce que expérimentable" demeure-t-elle valide dans ce contexte de l'adhésion engagée ? Je le pense, pour l'essentiel. S'il est vrai que la fonction communautaire assure pour une grande part la pérennité du modèle massmedia -et la réception simultanée a donc encore de beaux jours devant elle- cette fonction n'est pas à l'abri des transformations en cours. J'ai le sentiment que cette fonction communautaire joue plus sur la dimension narrative -le besoin que l'on nous raconte les mêmes histoires- que sur un plan informatif ou cognitif : croire les experts ou les

médiateurs patentés. C'est plutôt cette deuxième opération qui est taraudée par le désir d'expérimentation. Et la force de cette option, c'est qu'elle assure un compromis acceptable entre une participation intime -par l'entremise de modèles- et un risque limité, c'est-à-dire un engagement protégé par la distance. Mon hypothèse ne conclut d'ailleurs ni à la disparition future de la télévision, ni à celle du "grand public", mais à l'effritement de son pouvoir référentiel et persuasif au profit d'autres régimes de croyance appuyés sur les pragmatiques socio-techniques de l'expérimentation. Par ailleurs, la fonction cultuelle est à la source de controverses sur les rapports média de masse/espace public. En effet, au moment où se multiplient les signes annonciateurs d'une baisse de régime "fiduciaire" des massmedia, se font jour des évaluations quelque peu nostalgiques. Elles suggèrent que les massmedia, comme forme, sont peut-être inséparables de l'idée de démocratie (c'est le point de vue, par exemple, de Dominique Wolton[61]). Dans cette perspective, en ces temps de rigueur individualiste, le grand public serait plutôt une réserve de liens sociaux à protéger qu'une survivance totalitaire à dissiper. Comment en effet penser un espace public qui ne serait plus construit selon le modèle de la pyramide ? D'où viendraient les références communes à l'expérience, les normes réglant l'échange ? Ceux qui partent en guerre contre les formes diffractées de l'espace public -telles qu'Internet- défendent, je crois, une conception rigide et archaïque de l'espace public. Présupposant un lien consubstantiel entre média de masse et démocratie, ils restreignent la crise de la démocratie représentative à ses aspects régressifs (le Monicagate, par exemple), oubliant que même à travers cet épisode scabreux se manifeste une véritable recherche de rapports latéraux, non ou antiétatiques. Ils ramènent les modalités actuellement encore dominantes de la médiation, à des formes absolues et veillent jalousement sur le monopole professionnel dont ces formes jouissent encore et que certains usages d'Internet, notamment, menacent (ce qui -on s'en expliquera- ne signifie pas un épuisement de la médiation comme principe). Demeure la question des formes de l'espace public que dessineraient les scénographies hybrides mêlant simulation, réception directe, accès à des banques de données et échanges latéraux. Qu'induiront ces nouveaux cadres de réception/action ? Ils posent effectivement nombre de questions quant à la détermination de références communes dans l'échange social. Ne concluons pas trop vite à leur disparition, si tant est que ces références "transcendantes" qu'on croyait disparues ressurgissent souvent à travers le processus même qui les disperse. On doit même constater que ces processus sont inducteurs de relations spécifiques, y compris locales, à l'image des regroupements, associations, communautés nés de la fréquentation des réseaux. Ils sont aussi à l'origine de liens collectifs, comme l'automatisation de la médiation sur Internet, dont nous reparlerons. Ces processus définissent des normes communes, y compris morales, dans l'affrontement à l'État et aux groupes privés. Et l'on pourrait même aller jusqu'à considérer la présence à distance comme l'un de ces ciments collectifs. Ces nouvelles formes de lecture par navigation -qui s'opposent, par nature, aux logiques du l'instantanéité- enrichissent l'éventail des pratiques de communication. Elles réévaluent ce que signifie "s'approprier", rajeunissent la notion de durée. Et ce n'est pas la disponibilité technique de ces nouvelles formes de lectures qui, par contagion d'usages, transformerait le "grand public" des massmedia en enquêteurs attentifs, recoupant les sources et testant des interprétations. C'est plutôt l'inverse qu'il faut considérer : l'émergence de ces dispositifs expérimentaux comme indice d'une redistribution des normes de croyance. Et finalement, pour évaluer ces conclusions, il conviendrait de les appliquer récursivement à elles-mêmes. Ce qui revient à observer dans quelle mesure elles peuvent servir à nourrir de nouvelles expérimentations de l'information modélisée. La tendance à l'incarnation des représentants est-elle d'origine technologique ? La formulation de notre question sur les fondements techniques du mouvement d'incarnation laisse effectivement entendre qu'il serait possible d'autonomiser le facteur technologique dans l'ensemble des déterminations à

l'origine du phénomène. Laissons de côté, ici, une discussion sur la possibilité même d'isoler le technique du symbolique et admettons, sous réserve d'inventaire, cette hypothèse. Dans quelle mesure cette critique d'un déterminisme technologique pourrait-elle alors s'appliquer à notre hypothèse centrale postulant l'émergence d'un paradigme de l'expérimentabilité virtuelle comme nouveau régime de croyance ? Serait-ce un mouvement technique -la réflexivité des programmes informatiques et la numérisation de l'information- qui provoquerait la déstabilisation de notre régime visuel de croyance[62] ? Ou, dit autrement, la tendance à l'augmentation de l'incarnation des représentants puise-t-elle son énergie dans la sphère de l'innovation technologique ? Notons d'abord que la vocation expérimentatrice n'est pas né avec les technologies numériques interactives. Ce désir a sous-tendu toutes les technologies de représentation : dessin, perspective, photographie, cinéma muet, parlant, etc. On peut en effet considérer que l'appétit pour l'expérimentation est déjà manifeste dans la production de représentants analogiques. Cette tendance s'est adossée à un mouvement social et culturel, en Grèce antique avec l'émergence de l'apparence comme question éthique et pratique. Elle s'est renouvelée et accentuée lors de la Renaissance (imprimerie, perspective), et a été décuplée par la révolution industrielle (photographie, enregistrement). On peut en effet lire l'histoire des techniques de représentation, au moins depuis le XIXe siècle, comme une quête de modèles sans cesse plus proches de la réalité référentielle, et pour cette raison plus ductiles. L'invention de la photographie a joué un rôle majeur dans cette accélération. L'enregistrement est, à cet égard, une rupture essentielle. Mais on ne saurait comprendre les intentions profondes -explicites et muettesqui sont à la source de la photographie en ignorant la dimension proprement expérimentatrice de la perspective, de la lanterne magique ou encore de la géométrie descriptive, véritables technologies propices à inventer d'autres technologies, torpilles exploratrices lancées pour investir à la fois le monde et la perception humaine. La dimension représentative -imiter le monde- n'est que l'une des faces de ces exercices démiurgiques. L'autre réside dans leur fonction poïétique : l'émergence d'un univers inouï, totalement hétérogène à ce que l'expérience humaine avait conçu jusque-là. L'inscription visuelle permanente d'une co-présence passée dans la photographie en est un exemple type. La prise de vue photographique est d'emblée une prise de temps. Ce geste participe de l'auto-construction d'un rapport au temps, où le passé peut être re-présenté. Il constitue aussi une expérience sociale princeps de l'automatisme et, depuis la fin du XIXe siècle, de l'instantanéité de l'enregistrement. Ainsi le mouvement d'expérimentation dans la production de représentants possède des dimensions tout à la fois corporelles, mentales et axiologiques : blocs de gestes, d'attitudes corporelles, de dispositions d'esprit, d'épreuves perceptives et de systèmes de valeur. Ce serait donc plutôt une tendance techno-culturelle profonde, de nature anthropologique, qui serait à la source du mouvement d'incarnation croissante des représentants. "Techno-culturel" désigne ici une dynamique née, non pas directement dans la sphère de la production de biens matériels mais dans celle des activités scientificoartistiques (la photographie ne se rattache pas directement à la lignée des machines énergétiques, ni le cinéma). Nous avons déjà tenté, dans le 1er chapitre, de montrer dans quel complexe de déterminations -langagières, scientifiques, imaginaires- il convient de situer la notion de présence à distance. Cette tendance constituerait même, répétons-le, un fondement anthropologique, si on considère que le mouvement de substitution et de transport de la présence à distance se confond avec le processus d'hominisation lui-même. De nouvelles distanciations La forme télévisuelle borne les limites de la tentative de faire se rejoindre le spectacle et la vie. Impliquant ce que, par abus de langage, on nomme le "temps réel"[63] (quasi-coïncidence de l'émission et de la réception), elle interdit un retour sur le message autre que mental. Et l'on connaît la difficulté d'un tel exercice. Que la télévision tente de mettre fin à la séparation entre spectateur et spectacle, c'est une chose mais qu'elle y parvienne, c'en est une autre. Et on a vu les apories de cette tentative. Il est courant d'entendre et de lire que les images électroniques sont indicielles, fascinantes, séductrices, charnelles, obsédantes, aveuglantes, hallucinantes et qu'elles tiennent de ce fait une place déterminante dans notre système politico-médiatique. Or, selon notre hypothèse, les images électroniques de télévision ne sont pas trop charnelles, mais plutôt insuffisamment. D'où le

désenchantement qui commence à les assaillir. La forme moderne de spectacle que constitue la télévision incite à revisiter, sous l'éclairage de l'incarnation, des figures plus anciennes. Il est remarquable que dans la première livraison de la revue Les Cahiers de médiologie[64], intitulée : "La Querelle du spectacle", une proportion quasi majoritaire des articles prend, totalement ou partiellement, le théâtre comme référence du spectacle. Ce qui revient à considérer que la forme matricielle du spectacle est le spectacle vivant, plus précisément encore -car la danse ou le concert possèdent aussi cette qualité- le spectacle vivant parlant, la mise en scène des récits. La question de la séparation entre le spectacle et le spectateur est l'un des axes cardinaux des réflexions développées. De multiples exemples d'assauts livrés contre le clivage scène/salle, acteurs/spectateurs viennent illustrer la tendance à l'immersion dans le spectacle. Dans un article d'ouverture de la revue, Daniel Bougnoux[65] érige même la rampe, matérialisation de la séparation entre la scène et la salle, en symbole de la coupure sémiotique. Mettre la scène au milieu des spectateurs (Mnouchkine), faire le spectacle avec les spectateurs (Living Theater), transformer le spectacle en agitation politique (agitprop), les formules n'ont pas manqué qui participent de cette volonté d'abroger la loi qui cloisonne physiquement l'espace fictionnel (rappelons que ces assouplissements scénographiques sont déjà présents dans le théâtre grec classique avec l'installation des chœurs qui représentaient les spectateurs dans le spectacle et signifiaient ainsi l'existence d'un ailleurs du récit, lieu permettant son interprétation et sa critique). Glissons une hypothèse. Ce serait le mouvement d'incarnation croissante dans le transport de la présence à distance qui fonde ce recours nostalgique à la co-présence charnelle hic et nunc. Curieusement, ce n'est pas la télévision, forme spectaculaire massive, qui est prise comme archétype, ni le cinéma. Avec le spectacle vivant, l'idée d'une parenthèse insérée dans le flux quotidien, un moment inédit et non reproductible de communion -spectateurs/acteurs et spectateurs/spectateurs- s'impose comme définition du spectacle pur. L'enregistrement, entraînant la reproductibilité audio-visuelle à l'identique (cinéma, télévision) souille cette co-présence, ce souvenir d'un événement original et unique[66]. Prise d'empreinte d'un instant, par constitution, passé, l'enregistrement se situe à l'un des deux pôles opposés au spectacle vivant (l'autre est le spectacte). Photographie, toucher et co-présence La photographie a ceci de paradoxal que, dissociant la temporalité du partage de l'expérience, elle fonde néanmoins son "réalisme" sur une co-présence passée et constamment revivifiée. La nature de la certification réaliste propre à la photographie demande à être questionnée. Dans cette accréditation d'authenticité -la photographie comme inscription indubitable d'une co-présence passée- le contact et le toucher à distance jouent, on le verra un rôle central. Bernard Stiegler aborde ces questions dans La technique et le temps : "L'intentionnalité de la photographie est la Référence comme certitude que la chose photographiée a été"[67] et d'enchaîner sur Roland Barthes : "J'appelle 'référent photographique' non pas la chose facultativement réelle à quoi renvoie une image ou un signe, mais la chose nécessairement réelle qui a été placée devant l'objectif, faute de quoi il n'y aurait pas de photographie. La peinture, elle, peut feindre la réalité sans l'avoir vue"[68]. Nous décelons une hésitation dans cette certitude de réalisme. Et d'abord dans l'identification, qui semble aller de soi, entre réalité et réalité visuelle. La seule réalité dont peut se prévaloir le "référent photographique" est chevillée à la perception visuelle, c'est-à-dire au sentiment que voir équivaut à s'assurer de la réalité physique, tactile, sonore [...] de l'objet, même si on n'en fait pas l'expérience kinesthésique. La photographie engage une théorie prédictive qui opère par réduction phénoménologique de la sensorialité à la vision. Que cette équivalence fonctionne comme évidence en dit long sur le primat actuel de la vision sur tout autre vecteur perceptif. Roland Barthes : "dans la photographie, je ne puis jamais nier que la chose a été là. Il y a double position conjointe : de réalité et de passé"[69]. L'auto-conviction réaliste fonctionne, en fait, en parcourant une chaîne complexe d'accréditations successives. Au nombre desquelles il faut compter l'habitude que la vision d'un objet soit un gage de sa présence (habitude pourtant mise en défaut par les illusions optiques) ou l'accoutumance à ce qu'une photographie prise renvoie à une co-présence passée de l'objet, de l'image, du dispositif de capture et du sujet prenant le cliché, donc une

Dans cet entretien. Ce que je touche. appelée à disparaître. que le toucher assure l'irremplaçabilité : donc la chose même dans son unicité"[76]. Jacques Derrida enchaîne une réponse qui constitue une voie d'entrée fondamentale sur la "spectralité" moderne.. Être écartelé. par exemple. non. mais un toucher sensible cependant[71]. Contact à distance de temps. transfert photo-énergétique de la surface de l'image enregistrée. a réellement touché la surface qu'à son tour mon regard vient toucher"[70]. "la technologie moderne [. un toucher différé qui transforme la photographie en médiateur de l'effet de la lumière. La chose d'autrefois. Ce que je vois peut être remplacé. D'ailleurs. la forme d'une distanciation : Proust entend son aïeule ici. provoque une distorsion dans l'équivalence de l'ici et du maintenant. Bernard Stiegler rappelle ce que Proust écrit à propos du téléphone : "usant de cet appareil pour la première fois.de la photographie : "D'un corps réel qui était là sont parties des radiations qui viennent me toucher. à distance de temps. ici. La distance spatiale engendre une distance temporelle. prenant. illusoire ou non. Inversement. la confirmation que la vision d'une photographie de quelqu'un qu'on ne connaît pas. moi qui suis ici. entre un ici et un là-bas. mais la voit plus tard. Derrida précise d'abord que le spectre. c'est un sentiment dont on a du mal à se défendre. une dissociation spatiale peut provoquer un trouble temporel. Le "nécessairement réelle" provient d'un consensus basé sur l'expérience (ayant partie liée avec le phénomène indiciel. il n'est pas tangible (marqué par nous)"[75]. trouble que l'idée d'un contact matériel différé tente d'effacer. "c'est toujours du visible [. Barthes affirmera le caractère indiciel -toujours au sens de Charles S. puisse être un préalable à une rencontre ultérieure avec cette personne. ne pouvait s'opérer qu'au prix d'une déliaison temporelle. Le phénomène de "hantise" est donc constitué par la privation du toucher. Peirce.le philosophe affirmera clairement quelques pages plus loin : "On a l'impression. la perspective peircienne de l'indice est omniprésente[77]. Il se refuse à l'intuition à laquelle il se donne. pour appuyer sa démonstration. qu'une substitution peut suppléer à tous les sens.. comme si la simultanéité dans la distance spatiale. comme "source d'une vue possible"[74]. décuple le pouvoir des fantômes"[78] . Le réalisme est adossé au toucher.mise en scène de l'acte de vision. à la différence du revenant.]. sauf au toucher. Inspiré par Lévinas. On comprend alors l'effort conjoint de Bernard Stiegler et de son interlocuteur pour fonder le réalisme photographique sur la tactilité. Peu importe la durée de la transmission. Comme le suggère Derrida. au même instant. La "spectralité" de la photographie Dans un livre d'entretien ultérieur avec Jacques Derrida[73]. Bernard Stiegler reprendra ce thème du toucher différé. Et la liste des accréditations pourrait être allongée... de transfert d'existence par prise d'empreinte) et sur la réduction de la réalité à sa perception visuelle.] bien qu'elle soit scientifique. il entendit la voix lointaine de sa grand-mère qui lui apparut déjà morte "[72]. d'ailleurs. ou encore. ou en tout cas on a le sentiment. Derrida souligne l'effet de réalité de la photographie en singularisant les cas où ce sont des visages qui nous adressent leur regard. déliant ainsi la vision de la tactilité. la disjonction spatiale impliquant un dérèglement temporel. par ses radiations immédiates (ses luminances). Enchaînant sur la présence essentielle de la mort dans tout acte d'enregistrement (capture ou lecture) -comme prémonition de notre présence actuelle. rencontre différée du regard de l'autre. La dissociation temporelle engage un trouble spatial.

en effet. se renouvellent ici. légitime que s'il est immanent et toute transcendance. est vigoureusement combattue. dans une sorte de "village planétaire" bâti dans un tissu aux mailles aussi serrées que le réseau téléphonique mondial ? Il y a lieu d'en douter. économiques. L'immanence est donc déjà encadrée par ce désir implicite. on rencontrerait. alors. des millions de personnes connectées. Internet symbolise incontestablement des dynamiques sociales qui assouplissent le modèle descendant du pou- . que le réseau est le fruit d'un puissant mouvement social coopératif. dans Cyberculture. Les hiérarchies socio-économiques émergent à nouveau. par exemple.Chapitre III L'auto-médiationsur Internet comme forme politique L'usage public d'Internet -nous laissons de côté.concrétise l'idéal d'un fonctionnement social fondé sur la pure circulation et sur l'inexistence d'intérêts contradictoires. Le versant libertaire d'Internet doit-il être considéré comme une utopie malsaine ? Nullement. pour les éditeurs de sites. ni ignorer que le développement du réseau ne garantit pas mécaniquement la poursuite du projet initial d'une démocratie informationnelle. ne risque-t-elle pas de faire retour par la fenêtre ? La rencontre sur un même terrain (l'échange déterritorialisé) procède déjà d'un consensus aveugle : le désir de construire une association alternative et non de se replier sur une existence en pure autarcie. Bien qu'il soit soumis à l'idéologie individualiste (seul et libre face à des millions de partenaires). Les espoirs de Norbert Wiener. La recherche de la vérité. la "visibilité" des services offerts devient une qualité essentielle : pages d'accès chatoyantes. ici. l'esprit d'Internet mérite d'être défendu et Pierre Lévy a raison de rappeler. entre individus et collectifs censés être autonomes. peuvent-ils exister comme collectifs sans une référence qui les dépasse et les fonde ? Sur quels principes (épistémologiques. une conception pragmatique de la vérité scientifique basée notamment sur l'expérimentabilité. Il y en. La forme politique absolue qu'Internet promeut consiste à fonder directement la légitimité du pouvoir sur l'association de collectifs de base. moraux) peuvent-ils fonder leurs rapports ? (La communauté scientifique. des collectifs autonomes. Par exemple. la diffusion du savoir ou le partage des connaissances n'ont aucun sens sans que soit reconnue préalablement une valeur -même locale et temporaire. par une poussée ascendante. avec Internet. Mais la transcendance. dès lors qu'Internet devient une surface commerciale stratégique. né aux États-Unis dans les années soixante-dix. La distance permet un refroidissement des conflits : ils se traitent alors comme de purs enjeux intellectuels et non comme des contradictions sociales. Mais cette défense des principes généreux qui ont présidé à l'émergence de la Toile. morales) renforcent le sentiment qu'une nouvelle politique doit émerger. S'agit-il vraiment. sur un terrain technologique.à l'authenticité et aux normes morales qui permettent de parler un langage social commun. Le social y est conçu précisément comme un ajustement progressif. formulés dans Cybernétique et société. la réitérabilité. uniforme où. L'océan calme qui baigne les rives des modemS est en train de révéler quelques aspérités. Les concepts de négociation et de contrat se substituent alors à ceux d'antagonisme social et de divergence d'intérêts[2]. Internet peut servir de parabole à des processus plus généraux[1]. sans résistances. la régularité des résultats obtenus). En outre. le pouvoir n'est. d'un espace lisse. chassée par la porte. non sans conflits. La montée du relativisme. sans référence à une instance qui les dépasse. du scepticisme devant les vérités révélées (religieuses. ses fonctions purement commerciales. luxuriance de la navigation hypertextuelle. d'un mouvement brownien de contacts et contrats sociaux passés entre collectifs autonomes. une profonde convergence entre une philosophie politique édifiée autour du concept de réseau et le constructivisme sociologique. et à la pression libérale. Lequel consensus devient un mécanisme social idéal. étatique ou privée. Mais il est truffé des contradictions sociales actuelles[3]. soigneusement designées. une forme de pensée politique anarchiste. Une prolifération des flux d'informations permettrait la libre discussion et l'obtention de consensus. par glissements diaphanes. "visant la réappropriation au profit des individus d'une puissance technique jusqu'à lors monopolisée par de grandes institutions bureaucratiques"[4]. Actualisant. ne saurait dispenser de trier les propositions. partage.

un plurimédia Mais avant de poursuivre. comme l'étude de types idéaux et non comme une analyse factuelle. On suivra ces mouvements dont la synthèse donne corps au concept d'auto-médiation. Mais cette juxtaposition de ces trois grands types de communication n'épuise pas la spécificité d'Internet. Dans un deuxième temps. mais il continue d'inspirer massivement le développement du réseau. de la modification de leur rôle ou de l'apparition de nouvelles fonctions médiatrices. il convient de préciser le statut d'Internet en termes de relation médiatique. par certains aspects.de médias construits par mouvements concentriques et contrôlés par les agents sociaux qui l'utilisent.voir. un système de communication de masse ne distingue pas. dans l'évitement d'institutions par des relations horizontales.) et une production plus informelle (groupe de discussion. doit être comprise.d'engendrement et de contrôle social d'un réseau de communication. mouvements qui s'expriment dans la substitution directe d'intermédiaires mais aussi. Ce n'est pas le lieu d'approfondir ces questions. formes que la culture des réseaux annoncerait. à ce titre. etc. L'expression publique. l'interrogation sur l'éviction ou le déplacement des intermédiaires en comparant les deux grandes figures qui remettent en cause les formes usuelles de la médiation : le parcours interactif sur support local et la navigation sur réseau. La crise du modèle des massmedia est en profonde convergence avec la recherche -annoncée par la Citizen Band et les premières messageries télématiques. le réseau des réseaux cumule dans un seul espace les trois principales relations médiatiques. (notoriété. de télévision. dans son principe (et seulement dans son principe). sur un même support. directe de tous vers tous est-elle pour autant audible ? On verra à quel point un tel idéal est soumis à de vives contradictions. la description constructiviste du champ social est discutable. Et la question des intermédiaires -qu'il s'agisse de leur disparition. c'est-à-dire reconnaître les valeurs démocratiques qu'Internet représente et développe tout à la fois. On parlera d'autonomisation lorsque l'acteur médiatise lui-même l'événement et construit ainsi directement l'espace de sa communication/diffusion. La parenté des mouvements qui les ébranlent a maintes fois été soulignée. sans pour autant succomber aux champs de sirènes des chantres de l'anarcho-libéralisme ? Autant. Internet. On doit remarquer la cœxistence. Nous proposons de qualifier Internet de plurimédia. la séparation entre émission et réception. Ce sont ces mouvements que nous approchons par la notion paradoxale d'auto-médiation dans ses deux dimensions -en partie contradictoires. Bien qu'à réception interactive. sites personnels). tout juste d'en rappeler certains fondements.est au cœur de ces enjeux. documents en version intégrale.) avec une offre d'information plus spécialisée (banque de données. Enfin. de radio. logique publicitaire de l'Audimat) du fonctionnement des massmedia[5].d'autonomisation et d'automatisation de la médiation. quelque peu rigide dans cet énoncé. nous poursuivrons. forum). La pluralité des logiques éditoriales. Pour la première fois. Internet est. des modes de traitement ainsi que des niveaux de légitimation de l'information ne sont pas les moindres des particularités du réseau. se concrétise avec le courrier électronique. etc. emblématique d'une tentative partiellement réussie -jusqu'à présent. autant on peut afficher sa sympathie pour de nouveaux rapports démocratiques anti-étatiques dont le mérite est de déplacer et d'affaiblir certaines formes de domination devenues insupportables. Et la question des intermédiaires en est l'un des points cardinaux. car. Les uns comme l'autre sont actuellement déstabilisés. Internet étend la communication collective (groupe de discussion. rompant potentiellement. pour la première fois à cette échelle. sous un autre angle. On a souvent éclairé les convergences structurelles entre la forme pyramidale des massmedia et le fonctionnement ascendant de la démocratie représentative. d'une production issue du monde des médias (sites de titres de presse. Cette dichotomie. Comment ne pas jeter le bébé avec l'eau sale du bain. La communication d'individu à individu. l'émetteur et le récepteur. on le verra. bien que moins explicitement. La déstabilisation de l'état fordiste et du type de régulation des conflits qui l'accompagnent nourrit une recherche d'autres formes de gestion des antagonismes. c'est inédit. On caractérisera l'automatisation de la médiation par l'usage direct de logiciels permettant d'accomplir directement une tâche (par exemple. l'édition commerciale de sites se rapproche. développée par le courrier postal et le téléphone. rechercher des informations sur Internet). .

d'édition de documents sur Internet (de type X. Des services apparaissent. Elle offre de plus en plus. De plus. Deux mouvements semblent donc affecter la médiation journalistique. des adresses de banques de données consultables ainsi que des espaces de discussion. de recoupement des sources. J'écris un livre. il n'en reflète pas moins une part de vérité qui alimente les espoirs visant à contourner les médias établis. avant qu'il n'épouse sa forme définitive. je le distribue on line. promotion. des documents in extenso qu'on ne peut publier faute de place. vérifier par eux-mêmes certaines informations. les nouveaux langages annoncés. dans le contexte de l'édition électronique. le rôle de passeur s'affaiblit au profit de celui d'expert détenteur d'une connaissance en surplomb.avec une intervention directe des lecteurs encourageant ou critiquant les romans et nouvelles publiées. distribution. "le rôle du journaliste en tant qu'expert décline" et que le réseau confère à chacun "le même pouvoir communicationnel"[7]. bref tout ce qui constitue le savoir-faire d'un rédacteur. amené à renoncer à une partie de son pouvoir traditionnel pour devenir animateur.M. du regard des lecteurs. l'auteur le soumet à la discussion. de comparaison. succédant à H. rédacteur en chef de l'hebdomadaire en ligne LMB Actu[8] : "Le journaliste ne peut plus se placer comme celui qui révèle des informations qui lui étaient réservées. C'est ce qui fait dire à Alain Simeray. il ajoute : "les faits et les informations circulent souvent sans médiation du journaliste.A . mise en vente. comme tout nouveau média. Je court-circuite ainsi des fonctions séparées : édition. etc. outre le journal. (La fonction de l'éditeur classique ne se limite pas au rôle de filtre -parfois exagéré. je fais sa promotion. garantissant ainsi à sa publication une visibilité dans la communauté des chercheurs concernés. en quelque sorte. Internet commence aussi à modifier sérieusement les conditions de la publication scientifique. en débusquer d'autres ou solliciter directement des experts. donnant ainsi forme à une sorte de salon littéraire disséminé. leur demande des commentaires. j'anime un groupe de discussion sur son contenu. dans la version classique. Ajoutons que la presse en ligne tend à s'émanciper de la pure restitution numérique.T. C'est tantôt un agent qui dirige le trafic.explique que. par exemple à de jeunes talents d'éditer leur première œuvre sur le réseau. Les lectures croisées y remédient.L. Ceux-ci peuvent. À ce titre. D'une part. Des logiciels permettent à chacun de composer. des hypermédias dont les graphes deviennent vite très complexes : on devient à la fois imprimeur. Internet élimine ou redistribue le rôle des intermédiaires traditionnels. Il peut ensuite enrichir son article par un dossier joint. contenant ses répon- . assez facilement. des liens avec d'autres sites. souvent un <<facilitateur>> de discussion". mais la transforme. comme Cylibris[6] qui proposent. B. parfois un explorateur. Internet ne supprime donc pas la médiation journalistique. critique sur d'autres supports éditoriaux. Dans son article sur la presse face aux enjeux d'Internet. Giussi -cyberjournaliste ayant mis sur le Web le magazine L'Hebdo de Lausanne. par publication d'articles on line. Cylibris enchaîne d'ailleurs -par le biais de forums. à tout moment. dans l'autoédition. responsable d'un standard téléphonique et metteur en scène de textes audiovisuels. mais en partie seulement). Il participe. Un mouvement destiné à contourner le filtre des comités de lecture des revues prestigieuses se dessine. Affirmant que les fonctions de producteur et de consommateur d'informations tendent à se confondre.L'auto-médiation versus autonomisation L'autonomisation de la médiation s'exprime dans l'exercice direct d'une fonction sociale exigeant auparavant des savoir-faire spécialisés. n'est donc pas sans poser problèmes. Son absence.L. il devient le médiateur d'une ressource partagée"[9]. La rupture avec le mode de consultation de la presse classique en sera encore approfondie. De l'autre la médiation tend moins à s'exercer entre des informations et des personnes qu'entre les personnes elles-mêmes. Même si ce diagnostic demande à être discuté plus finement. La profusion d'informations disponibles majorera l'importance du travail de tri. Mais il fera ce travail sans pouvoir se mettre à l'abri.dans les procédures de sélection. Il questionne des spécialistes.M. à l'édition de l'ouvrage en aidant l'auteur à mieux exprimer sa pensée et en lui faisant bénéficier de son savoir-faire éditorial.) autoriseront le récepteur à modifier les pages et lui permettront d'y intégrer ses propres informations. Parfois. j'annonce sa parution. en ayant éventuellement recours à la communauté des Internautes intéressés par les mêmes sujets.

qu'à l'heure actuelle. parfois bien au contraire[11]. Ici.on peut atteindre une audience sans commune mesure avec ce que coûterait une diffusion par les médias classiques. un site du syndicat américain AFL-CIO propose aux salariés de comparer leur feuille de paye avec celle des patrons de plusieurs centaines de grandes entreprises. et spécialement par l'ouverture de sites événementiels. Ici. en l'occurrence. Par ailleurs. Par exemple. En particulier. Mais parallèlement. la présentation des familles plaignantes. parmi les sites qui ont couvert le procès Papon. en mal d'inspiration. une double évolution. Notons cependant. Dans cette course-poursuite rien ne garantit le succès final des industries informationnelles. Jean. On s'accorde à constater que la médiatisation accomplie par des institutions spécialisées (presse. s'adressent à des . Le devenir-médiateur de l'acteur L'empressement avec lequel des médias traditionnels (presse. Tout au plus peut-on considérer qu'il s'agit de moments particuliers dans un même processus. employé même par ceux qui avaient ouvertement pris parti. Cependant. Plus même que l'abondance de l'information. L'industrialisation de l'auto-médiation devient l'un des principaux enjeux socio-techniques d'Internet. qui ont annoncé et validé ce site.ses et les modifications effectuées. Dans le contexte de l'auto-médiation. la palette des initiatives est large. Là. le résultat des simulations des effets de El Nino sur le climat actuel et futur du continent américain ainsi que des principales régions du globe. incluant leur prime et autres émoluments adjacents. chaînes de radio et télévision) se précipitent sur Internet ne saurait surprendre. C'est leur propre fonction d'intermédiaire spécialisé dans le traitement de l'information qui se joue. Avec de faibles moyens -et une grande dépense d'énergie. etc. chaînes d'information comme CNN. rapidité et convivialité aux utilisateurs. évoluant au gré des interventions successives. sur le site d'un organisme de prévision météorologique[13]. De la mise en ligne des titres de presse (changement de support à contenu invariant) à l'animation de sites ponctuels. on peut suivre quasiment en direct. télévision. à être contextualisée finement au cas par cas). les témoignages tout aussi bien que des forums ou l'intervention de spécialistes . la mise sur le Web des journaux n'a pas cannibalisé leur édition papier. Ce qui en dit long sur les nouvelles possibilités éditoriales ouvertes par ce nouveau canal d'expression. toutes propositions hors de portée des médias traditionnels et qu'à lui seul il offrait. événement et médiatisation sont inséparables puisque ce sont les mêmes acteurs qui les portent. On voit se dessiner. La notoriété du site Matisson était fondée dans une large mesure sur des médias traditionnels : ce sont des articles de presse. cette idée demande alors révision. et l'on sait à quel point cette augmentation conditionne l'acuité de toute recherche (cette affirmation générale demandant. participe de la construction de l'événement. Mais cette industrialisation porte dans ses flancs des outils facilitant l'expression directe des acteurs sociaux. la vitesse de rétroaction entre l'auteur et ses lecteurs augmente considérablement . Quantité d'illustrations peuvent être invoquées. en fait.). Mais ce qui se profile remet en cause de manière bien plus profonde encore la structure de la médiation puisque le réseau permet aux acteurs d'un événement de devenir les producteurs et diffuseurs naturels de l'information qui concerne cet événement. Il ne faut donc pas pronostiquer mécaniquement la disparition des massmedia. c'est la tonalité qui était remarquable. il ne faut pas opposer mécaniquement médias de masse et édition de sites. Le on line devient une modalité idéale de service personnel. des étudiants. (où il se vérifie que le changement de média modifie les formes de validation de la connaissance scientifique)[10].Marie Matisson. Il proposait la consultation du dossier d'accusation. Acteur engagé. en effet. l'un d'entre eux a été créé et tenu seul par l'un des plaignants. bien sûr. de compétence ou de temps. Là encore. ces derniers -notamment dans leur quête du scoop comme dans l'affaire Monica Lewinsky[12]-se voient concurrencés par la relative facilité avec laquelle il devient possible de diffuser largement l'information à toute échelle grâce au Web. les principaux acteurs de l'édition en ligne (grands quotidiens. etc.) investissent des sommes importantes dans des programmes et moteurs de recherche offrant exhaustivité. C'est finalement un dossier "vivant" qu'il édite. Jean-Marie Matisson ne s'encombrait pas du style impersonnel des médias de masse.

le jeu d'argent (cybercasino) ou les enchères en temps réel. Un double-pouvoir alternatif aux logiques marchandes et hiérarchiques. leur ordinateur en juke-box. une introduction en Bourse. indépendants de l'industrie financière installée. en toute illégalité. aux États. Des dizaines de milliers de personnes transforment. mais plutôt d'imaginer des formes de rapports sociaux plus horizontaux. Évitement d'institutions Délaisser des institutions traditionnelles (justice. Mais parce qu'avec deux logiciels gratuits disponibles sur le Web. conscients du risque de perte de leur monopole. Chaque artiste qui le souhaite peut alors distribuer directement sa production[18]. les ultra-libéraux prisent assez peu. Les enjeux sont multiples et sérieux (laissons ici de côté l'épineuse question des droits d'auteur). "Do it yourself" Le domaine musical est particulièrement exemplaire. pour le coup. L'affrontement des puissances établies devient un rapport social positif. substituant une ancienne domination. tels que MP3[17]. la banque. telle est l'une des dimensions du mouvement d'évitement des intermédiaires spécialisés. De grands opérateurs (ainsi que certains fonds de placement). Il ne s'agit pas de substituer ces fonctions par des programmes automatiques. ou encore qui affirme l'antagonisme et le supprime en instituant une alternative dans une logique proche. La substitution du courtage financier par des instruments automatiques commence à concurrencer. elle devient économique et plus rapide sur le Web. Non pas seulement parce qu'il se prête assez facilement à l'envoi de fichiers sur le Net (des formats de codages. lesquels étudient les différents moyens d'une riposte (notamment par la mise au point de robots de recherche spécialisés ainsi que par le tatouage numérique des titres). fastidieuse (des formulaires de plusieurs centaines de pages) et longue lorsqu'elle est réalisée par des institutions spécialisées. Les activités boursières trouvent avec Internet un fantastique moyen d'effectuer directement des transactions en évitant les maisons de titres et de courtage[15].Unis. de celle du double-pouvoir des périodes révolutionnaires. Le média incite à la création de services spécifiques. Il est désormais possible de réaliser directement. c'est bien ce que visent explicitement les courants les plus radicaux du cybermonde et qu'instaurent. On pourrait multiplier les exemples et convoquer d'autres réalisations dans des activités aussi variées que la formation.sites spécialisés pour télécharger des devoirs prêts à l'emploi[14]. eux aussi. formation) pour assumer plus directement leurs missions. la télécopie ou le courrier. Par exemple. L'éviction des anciens intermédiaires au profit d'un modèle fluide de rapports directs est l'un des messages centraux d'Internet (le vocable barbare de désintermédiation a même été forgé pour désigner ce phénomène). participer à la diffusion de titres musicaux gratuits sur le Web met en cause pratiquement un rapport marchand établi et on comprend d'où vient la formidable énergie sociale qui s'y investit : il s'agit bien d'une forme de militantisme que. grâce à l'assistance de programmes spécialisés[16]. santé. ouvrent. offrent le téléchargement gratuit des logiciels nécessaires et améliorent régulièrement tous ces outils. accélèrent aujourd'hui notablement de tels échanges). Le combat contre toutes les formes de transcendance qui rassemble des courants ultra-libéraux et anarchistes trouve dans la suppression des intermédiaires un objectif majeur. les dizaines de milliers d'adeptes de la version cyber du "Do it yourself". le coût d'une opération est en effet près de huit fois plus faible que par l'entremise d'un courtier utilisant le téléphone. Opération coûteuse (jusqu'à plusieurs centaines de milliers de dollars).Unis. n'importe quel amateur peut proposer à la ronde ses CD favoris. via le Web. des sites Web pour permettre aux épargnants de placer directement leurs fonds. Mais plus significative encore est l'activité moléculaire des milliers d'entre eux qui montent des sites spécialisés. toutes proportions gardées. les sociétés boursières. Chacun devient ainsi un agent effectif d'une mise en cause pratique des majors de l'industrie du disque. Le visage public d'Internet s'y dessine et c'est ce qui alimente son dynamisme conquérant. Bien entendu ce . C'est un modèle d'organisation sociale à peine voilé qui se fait jour. de fait. On peut parler d'une logique performative qui accomplit sa visée. la culture (visite de musées). plus souples et dont le fonctionnement est négocié entre les acteurs. Réalisée sur Internet aux États.

à l'hôpital Rothschild. dans le cadre de l'expérimentation du réseau FSN à Orlando. l'accord des parties. jouant la logique du certificat de bonne conduite. dans un premier temps. Ainsi. l'État. Radicalisant cette perspective. Ajoutons à cela un système de vidéoconférence pour se faire examiner à distance par un spécialiste et nous avons les premiers segments d'une offre d'équipements de télé-médecine que la réalité virtuelle en réseau et la télérobotique médicale viendront progressivement compléter. Cybertribunal incite les entreprises à afficher un logo indiquant aux clients qu'elles s'engagent à faire appel à cette cour virtuelle en cas de différend. voire contre. Tenter de régler les conflits privés ou commerciaux en trouvant d'autres espaces neutres plus proches des justiciables que les institutions étatiques. suppose. risquant d'entamer le crédit d'une entreprise commerçant sur le Net. Dénuée de tout contenu légal. le Cybertribunal rendra un arrêt. les jurés disposent de forums de discussion et leurs votes sont sécurisés[19]. cette décision puisera sa force dans la publicité donnée à la condamnation. motivée par le souci d'éviter les longues et coûteuses démarches traditionnelles. d'un commerçant. les efforts du médiateur s'avèrent infructueux. Time Warner. la visioconférence permet d'ores et déjà de rassembler autour d'un patient des équipes médicales interdisciplinaires localisées dans plusieurs hôpitaux parisiens. Sur des sites Web aux États-Unis. semble être la principale motivation qui anime aussi bien les initiateurs des cours virtuelles que ceux qui y recourent. par exemple. Autre exemple.mouvement ne menace pas la légitimité de ces institutions en tant que telles . N'importe qui peut le saisir s'il s'estime victime. Plusieurs types de cours de justice "virtuelles" existent déjà sur le réseau. à l'écart de. à Paris. Si. cour virtuelle spécialisée dans les litiges relatifs au commerce électronique mais aussi au droit d'auteur ou au respect de la vie privée. avait déjà conçu un service nommé Health TV . il manifeste cependant un désir d'autosuffisance. Leur saisie. Par exemple. En fait. des juristes québécois ont ouvert en juin 1998. Aux États-Unis. le Cybertribunal. bien entendu. la justice se voit-elle contournée par des relations plus directes entre justiciables. Le secteur de la santé est lui aussi soumis à la même pression où se combinent télé-médecine et tendance à l'élimination des intermédiaires. certaines autorités médicales pensent à installer en ville des bornes multimédias afin de pratiquer des check-up et même une auto-délivrance de médicaments. l'installation de capteurs sensoriels à domicile permettant l'auscultation à distance est envisagée.

notamment). Après quatre siècles. l'invention de l'ordinateur mêle indissolublement une généalogie de recherches théoriques sur l'automatisme et une exigence stratégique militaire.Le travail symbolique repose-t-il principalement sur les déterminations matérielles des outils qu'il mobilise ? . spatialisée. elle a créé un nouvel espace intellectuel et fait naître des notions aussi inédites que celle d'auteur individuel. Enfin. Quelques millénaires après leur utilisation courante comme mémoire additionnelle à l'oralité. Ceci nous offrira l'opportunité d'évaluer. face à ces questions complexes. plus largement les thèses de la nouvelle école épistémologique sur la nature du travail scientifique dans ses relations aux autres sphères de l'activité sociale (politique. un commentaire des travaux de Jacques Derrida à propos de l'archive clôturera ce chapitre : archive en général -modalité de mémorisation collective. C'est. laquelle est l'objet d'une pénétrante interrogation sur le dépassement de l'opposition présence/absence. dont Bruno Latour est l'un des meilleurs . prolongeant l'enquête du philosophe sur la spectralité. de datation et de catalogage[3]. philosophique et scientifique mais aussi la formation des premières cités-États[2]. Précisons que notre démarche n'est pas démonstrative. auxquels il faudrait ajouter quantité d'autres déterminations comme les affrontements internes à l'équipe des inventeurs.dire comment. Elle s'intéresse à la matérialité des truchements et se demande en quoi leur constitution physique les prédestine à ouvrir de nouveaux champs de connaissance ? Dans cette perspective. on le sait. une vocation gestionnaire. Plus que son contenu. Nous les aborderons dans la perspective de développements ultérieurs concernant notamment les enjeux culturels de la téléinformatique. un courant de l'épistémologie contemporaine. activité scientifique. est mesurée. ont conditionné la naissance de la pensée réflexive. et la production industrielle par série est la descendante de la presse à imprimer. Si elle reprend quelques problèmes fondamentaux. dynamiques sociales Les technologies intellectuelles. calendaire ou généalogique. en industrialisant la mémorisation de l'écrit. à rebours de la tradition philosophique réflexive. permanente et réflexive. c'est plus dans l'intention de mieux faire comprendre au lecteur les présupposés qui gouvernent nos analyses que pour en détailler les articulations. Une longue lignée initiée notamment par Walter Benjamin et Marshall McLuhan a développé. maintes fois souligné en quoi l'écriture et les opérations symboliques. Prolongeant ces travaux. On a.à.Chapitre IV La téléinformatique comme technologie intellectuelle Quel profit pouvons-nous faire du concept de technologie intellectuelle pour apprécier les enjeux du développement de la téléinformatique ? Cette question a partie liée avec deux autres interrogations plus générales : . notamment sur les figures et les nombres. d'authenticité. Ainsi. nous commençons à comprendre assez clairement pourquoi une technologie bien matérielle comme l'imprimerie doit être qualifiée de technologie intellectuelle. Certains travaux vont même jusqu'à faire reposer la stabilisation de la Renaissance sur l'invention de l'imprimerie[4]. Jack Goody[1] a pu y détecter l'émergence d'une raison graphique.Les technologies intellectuelles fondent-elles les dynamiques sociales ? Notre ambition. par ailleurs. déduisant les finalités à partir des déterminations concrètes des instruments et de la manière dont les acteurs les enrôlent dans leurs projets. la philosophie ainsi que les mathématiques sont les enfants de l'écriture. quelques principes Les premiers usages de l'écriture avaient. cette enquête sur l'efficacité propre des supports et des moyens. cette méthodologie interroge l'activité symbolique à partir des instruments concrets avec lesquels elle opère. A .Technologies intellectuelles.et archive "virtuelle" en particulier.

permet. le nombre de serveurs dédiés à l'information génétique se multiplie. De puissants logiciels compareront son clone aux millions déjà déchiffrés depuis des années et lui indiqueront que sa séquence est apparentée à tel gène. Mais. Un lien le renverra.représentants en France. Inscrites dans une symbolique complexe. Seul un support informatique peut les accueillir. la revue Science a publié la cartographie de seize mille gènes humains. le numérique assure cette conversion entre quasiment tous les types d'information (textes. de transports et de travail sur les données en milieu contrôlé. leurs traductions en inscription et les traitements concrets de ces inscriptions ainsi extraites sont devenus le centre de l'étude de la production de la science. ces cartes ont un volume tel qu'elles sont impubliables. Le réseau devient une gigantesque bibliothèque en expansion accueillant quotidiennement les millions de nouvelles lettres génétiques décryptées dans les laboratoires du monde entier par des programmes de séquençage automatiques. Et la fonction du réseau ne se limite pas à stocker l'information dans une gigantesque bibliothèque numérisée. Celui-ci interroge. porte son attention sur les procédures concrètes à travers lesquelles le fait scientifique se construit. Aujourd'hui. les modalités d'inscription augmentant l'acquisition de connaissances : ceci constitue la visée des technologies intellectuelles opérant toujours par une modélisation à gain cognitif. En France. Dans cette perspective. leurs transports. chaque année. Sur le Web. La portée essentielle du concept de "technologie intellectuelle" réside alors dans la potentialisation de la pensée qu'elle autorise. ajoute-t-il. Il permet. d'organiser la recherche. D'où la tendance à le définir comme moyen de communication en oubliant que toute transformation saillante dans les modalités de circulation des connaissances est porteuse. Ces variations virtuelles permettent d'augmenter plus facilement le stock de connaissances acquises. images. il obtiendra une description détaillée dudit gène. Certains sites sont spécialisés sur tel ou tel chromosome : le numéro 3 à San Antonio au Texas. laquelle est devenue ingénierie de conception et d'usage d'instruments de prélèvements. Leur mobilisation grâce à des programmes automatiques. l'identification et le classement d'un clone isolé par tel ou tel chercheur. Les inscriptions infographiques se révèlent particulièrement propices à ces jeux de comparaisons et de modifications d'échelles. L'article comptait trois pages et s'attachait à décrire les méthodes utilisées.). les techniques de prélèvements des faits en milieu naturel. G. réalisée par une équipe internationale. afin de faciliter des interrogations locales par des logiciels maison. éventuellement. La cartographie. Le volume phénoménal d'information rassemblé rendrait sa manipulation physique impossible : il s'agit finalement d'obtenir la séquence totale des . Chaque nuit. des dizaines de millions d'octets transitent sur Internet afin de mettre à jour ces banques. grâce à la mobilisation à distance de logiciels spécialisés. En cliquant sur ce code. en décuplant les informations préalablement déposées dans les modèles. à une autre base de données qui décrit les maladies liées à une anomalie du gène en question. sons. Tout ce travail serait doublement rendu impraticable s'il devait s'accomplir sur support imprimé. et négocie sa reconnaissance. n'était accessible que sur Internet. se maintient. Les simulations numériques opérant sur des modèles -véritables théories objectivées. C'est ce qu'on peut une nouvelle fois vérifier en examinant comment l'usage d'Internet conditionne le décryptage du génome humain. Trouver les formes de cartographie adéquates. les qualités des programmes permettant d'analyser et de corréler ces données feront la différence entre les différentes banques mondiales. de bouleversements dans leur élaboration. instantanément l'une des principales banques de données. dont le code d'identification s'affiche alors sur l'écran. de les recombiner selon une variété inégalée de paramètres. Vaisseyx. Des jeux inédits sur les inscriptions permettent d'augmenter les connaissances qu'elles rassemblent. etc. à terme. Internet comme espace coopératif distribué On a coutume de considérer que le réseau facilite et accélère la communication entre chercheurs. quant à elle. l'Institut Pasteur ou des laboratoires du Généthon dupliquent des grandes banques de données sur leurs propres ordinateurs. son centre devra héberger un téraoctet (mille milliards de caractères) de données en ligne. le 9 à Londres. En France. via le réseau. nommé laboratoire. les symbolisations à plus-value informationnelle. en effet. l'un des directeurs d'Infobiogen estime qu'en l'an 2000. le nombre de séquences accueillies. La célèbre banque Genbank voit doubler. mouvements.de devoir sans cesse revenir au laboratoire pour faire des expériences. La notion de "technologie intellectuelle" a ainsi été élevée au rang de principe ordonnateur de la pensée scientifique . Le généticien Jean-Louis Mandel rapporte qu'en octobre 1996.

est profondément lié à Internet qui agit comme une force productive directe provoquant et organisant l'association coopérative de centaines d'acteurs. comme d'autres logiciels libres[6]. jusqu'à présent. cet exemple nous éclaire sur la constitution du réseau en technologie intellectuelle originale. il est difficile de rapporter directement l'émergence de nouvelles théories scientifiques à l'usage de la téléinformatique. Mais la cartographie du génome comme la coopération productive distribuée relèvent d'activités techniques ou technologiques. Autant les mutations technologiques sont. Linux. juste retour des choses. bénéficier d'une ligne de crédits. sur le statut épistémologique de l'expérimentation virtuelle comme nouvelle pratique scientifique. la science est une activité sociale. L'alliance de la programmatique et de la mise en réseau qualifie ici le média Internet. comparaison. générique. La science expérimentale est donc nécessairement publique et "publicatrice". par exemple. par exemple. mais rien ne ressemble encore aux liens fondamentaux des mathématiques à l'écriture ou des sciences expérimentales à l'imprimerie. quant à elles. en outre. Sans doute peut-on mettre l'accent. Mais qu'en est-il . Il faut observer. mais aussi des carnets d'adresse bien remplis listant les bonnes relations qui assureront la légitimité des projets expérimentaux. Internet devient même parfois une technologie inédite de production distribuée. il est indispensable de convaincre des institutions pour débloquer les budgets .. Enfin. autant n'avons-nous peutêtre pas encore assez de recul pour évaluer les bouleversements épistémologiques à attendre de ces nouveaux canaux d'élaboration et de diffusion des savoirs techno-scientifiques. Ne sauraient faire défaut.trois milliards et demi de "bases" formant le message génétique de l'Homo sapiens sapiens.. L'idéal d'objectivité scientifique L'idéal scientifique. André Leroi-Gourhan rappelait qu'à la différence du fichier bibliographique -permettant déjà de recombiner des informations indépendamment de leur inscription dans des livres. il faut faire de la politique. Oui. certes qualifiés mais en nombre limité et toujours soumis aux contraintes d'urgence. Si bien que ce programme est aujourd'hui moins gourmand en puissance et plus robuste que. via le réseau.Bruno Latour. et pas au nom d'une personne physique. Comment ? En publiant non seulement ses résultats mais ses protocoles. Au terme de l'empilement de ces conditions pratiques. il faut disposer d'un laboratoire. la condition de la légitimation du labeur scientifique. d'en améliorer les performances et d'échanger. c'est que la Science parle de manière anonyme. attirent notre attention sur le fait que "refaire l'expérience" est une proposition abstraite. traversée par la politique et orientant les politiques possibles. De manière iconoclaste -c'est ce qui épice le propos et assure ses valeurs de vérité. bien évidentes. La consultation de ces informations obligerait les chercheurs à se déplacer vers les centres de stockages dont la mise à jour exigerait un temps de travail sidéral. les activités basiques de recherche. Diffusé libre de tout droit sur Internet. identification seraient tout bonnement impossibles à exécuter sur de tels supports. Celui-ci assure bien l'intensification de cette fonction prothétique mémorielle. bref. leurs résultats. Question à suivre. que. les tours de main assurant la solidité des bricolages montés. et les courants qui étudient la production sociale de la science. pouvoir accéder aux banques de données mondiales. Dans ses analyses sur la mécanisation du travail de remémoration. qui n'ont eu de cesse que de le tester sous tous ses aspects. Pour la concrétiser. Parfaite illustration d'une "intelligence collective" chère à Pierre Lévy.les fichiers électroniques accédaient au statut de mémoires possédant leurs moyens propres de remémoration[5]. Utilisé. Le système d'exploitation Linux en est l'un des meilleurs exemples. le code source de ce logiciel de base a été progressivement pris à bras le corps par des centaines d'informaticiens de par le monde. de telle manière que chacun puisse refaire l'expérience et se convaincre de la validité des résultats. De plus. les produits standards de Microsoft. voire "publieuse" puisque c'est aujourd'hui comme jamais. par le quart des sites de la Toile. étendant les chaînes de transfert et rapprochant comme jamais les acteurs engagés dans une même activité. on ne peut que se rendre à la démonstration. Le tamisage méticuleux auquel a été soumis ce logiciel surpasse le travail d'équipes d'ingénieurs appointés.

La notion même de "chaînage humain/non-humain/humain" s'efface au profit d'une collusion asphyxiant à la fois objet et sujet. nous appelle à prendre avec la plus grande méfiance le supposé "génie" de Pasteur[9]. démontre le caractère profondément humain des sciences et des techniques[8]. Bruno Latour. Bruno Latour ne tord-il pas le bâton exagérément en sens inverse ? La science devient une activité purement mécanique d'asservissement à l'amélioration des rapports de forces où l'intentionnalité du chercheur a totalement disparu[11]. Cette démarche. ministres. hygiénistes alliés. et c'est l'un de ses bénéfices incontestables. La "pensée" des chercheurs est ainsi constamment rapportée à ses conditions matérielles d'exercice. La tentative de domination fait signe aussi vers les forces physiques qu'il doit contrôler pour assurer l'inaltérabilité du vaccin et imposer les protocoles d'usages[10]. Dans cette appréhension du concept de "technologie intellectuelle". Le rapport de forces devient prédominant. dans cette logique. Sans doute est-ce salutaire de sauver la "matérialité" du travail scientifique et de mettre à jour les réseaux socio-techniques qui le rendent possible. leurs diffé- . qui disparaît. etc. Pasteur doit vaincre pour convaincre (littéralement : "vaincre ensemble") ainsi qu'aux forces logistiques qu'il doit mobiliser pour établir la double circulation. même si ces règles de jeu ne peuvent être parfaitement satisfaites[7] ? La sociologie de la science et l'obsession du pouvoir Les études sociales de la science mettent au cœur du processus d'élaboration des connaissances scientifiques. Ou alors on l'envisage comme réponse paranoïaque au désir de contrôle et de pouvoir. mais pas non plus sans le travail imaginaire. "L'idée nouvelle" comme le "génie créateur" source d'une découverte constituent. par exemple. et inversement. Mais au terme de ces alliages humain/non humain. D'où l'accent mis sur l'idée que la découverte résulte principalement d'agencements complexes où le hasard. Elle fonde la possibilité d'une anthropologie des sciences. institutionnels et politiques par lesquels le chercheur parvient à enrôler une matière première "naturelle" dans ses montages expérimentaux. l'anticipation créatrice d'ordre. Il réfère aux forces sociales que. L'encerclement quasi militaire des concurrents.ne se conçoit certes pas sans les techniques de traitement des inscriptions. agencé aux autres collectifs et à la machinerie socio-technique. considérer la tentative d'objectivité comme une pure construction idéologique assurant la fiction de la séparation science/politique ? Cette tentative. péniblement. l'expérience de pensée. une digue élevée garantissant le partage de la science et de la politique ? Faut-il. Elle concerne enfin. des instruments ou des institutions) est cardinale pour définir la structure en réseaux des faits techno-scientifiques. par le montage de "boîtes noires" indéformables et l'effort pour circonvenir les centres de pouvoir tiennent lieu de motivations décisives des décisions prises. par production "buissonnante" comme la vie engendre l'inédit. le surgissement ou l'émergence dans une perspective vitaliste -un esprit collectif. plusieurs figures. du territoire vers le laboratoire. Ainsi pourra-t-il construire de solides réseaux de diffusion et réussir à convaincre ses interlocuteurs de la pertinence des résultats obtenus.le versant matériel/politique du travail scientifique. Mais pourquoi radicaliser ainsi le propos au point d'évacuer la subjectivité des chercheurs et des équipes. Mais en éclairant -contre l'abord spiritualiste et idéaliste. un effet idéologique. de fait. Désormais. exhaustives ? Le "coup de génie" -ou. c'est le chercheur. c'est le réseau associant les chaînages qui pense. reconstruit a posteriori. Il possède. par exemple. les forces humaines (collègues. le désir de convaincre et l'appétit de pouvoir jouent un rôle majeur. de méthodes systématiques. pour autant.) qu'il doit "enrôler" pour construire l'artefact "vaccin". les contacts avec les collègues. comme agent différencié de son environnement. crée "naturellement". les scientifiques tentent d'assumer. dans son travail sur Pasteur. plus modestement. on pense la création. une idée organisatrice qui redistribue les acquis. ne recèle-t-elle pas une puissance créatrice incontestable tenant précisément aux contraintes protocolaires de réitération que. indissolublement instrumentale et institutionnelle. les dispositifs pratiques. quasi structuraliste.de l'idéal d'objectivité ? Une protection. La notion de chaînage humain/non humain (les non-humains sont des êtres "naturels". D'où vient le projet d'expérience qui recomposera l'horizon d'une discipline ? Du hasard.

aucune force générale. à mélanger les inscriptions de telle façon qu'il en résulte un gain cognitif décisif ? On peut se demander pour quelles raisons la dimension imaginaire et personnelle de l'activité scientifique (projets expérimentaux. Le constructivisme associationniste recherche. à faire telle comparaison. que chaque séquence élémentaire condense les enjeux de l'ensemble des réseaux qu'elle dessert. fugitivement. La systématisation du concept de réseau vient. Ce deuxième mouvement est délaissé dans la logique de la "construction sociale de la science". ou une forme originaire (la domination. on s'évite le souci d'évaluer leurs usages. instruments. et sa complexification croissante. paradoxalement. mais qu'elle tente de circonscrire en faisant comme s'il était théoriquement possible d'en démêler l'écheveau.) est-elle. l'isolement mental est une dimension. C'est comme si on voulait définir le sens d'une phrase à partir de celui des mots qui la compose. fugitive mais puissante. Cette quête pistant. par exemple) mais en construisant méticuleusement l'écheveau des relations entre groupes humains. oblitérer la reconnaissance de l'espace subjectif. déniée ? La liberté de mouvement interne du sujet. importation de concepts. du surgissement du nouveau. le matériau social ultime et croit l'avoir trouvé dans la séquence relationnelle élémentaire du réseau. ne recèle-t-elle pas d'une puissance heuristique indispensable ? Ne suppose-t-elle pas de dégager en soi. le social est toujours déjà présent dans la chaîne associant les humains et la technique. dans cette perspective. Question méthodologique complexe à laquelle nous n'apportons pas de réponse élaborée. etc. L'humain. délimité des objets (êtres naturels prélevés. comment les apprécier ? Tout se vaut : Hiroshima. n'est-ce pas refuser la différence des modalités de manifestation de l'un et de l'autre ? Par ailleurs. Fusionner objet et sujet. opère comme si chaque chaînon était indépendant des autres. à ce point. orientent et déstabilisent l'activité de connaissance. qu'il faut recourir à un ailleurs du langage. La mise en cause légitime des miracles d'une "pensée" scientifique toute-puissante autorise-t-elle ce retournement ? Symétriquement. Qu'est ce qui pousse un chercheur. en déniant ou en ignorant le caractère formellement rigide. ne pouvant. fut-ce pour imaginer de nouveaux montages expérimentaux. Car l'intériorisation est un métabolisme mystérieux. Symétriquement. ici. le fichage informatique aux côtés du traitement de texte et de l'ingénierie écologique ? La quête de l'atome relationnel La nouvelle épistémologie s'apparente au positivisme sociologique : trouver la matière première du lien social. et sous prétexte que les techno-sciences sont "civilisatrices ". de proche en proche. Quel est l'ailleurs de la chaîne humain/non. à l'expérience vécue en l'occurrence. etc. leurs spécificités ? La suspension des chaînages. un espace libre où viennent se combiner des idées et des mouvements psychiques oubliant et commutant à la fois les technologies intellectuelles ? L'occultation provisoire des déterminations socio-techniques. ni d'intérêt repérable dans leurs genèses et leurs appropriations. les mailles du réseau. conditionner leur agencement. la possibilité d'abstraire. plus aucun espace[12]. par principe. On ne la recherche plus dans une activité fondamentale (le travail).) on imagine la dynamique interprétative portée par un tourbillon permanent. que l'école des réseaux socio-techniques n'ignore pas d'ailleurs. ou une équipe. vérification.rences. dans ce qu'on appelle communément la "réflexion" personnelle. mêlant sujet et objet. notamment selon des critères éthiques. est un être pris dans le mouvement d'extériorisation et d'intériorisation de la technique. ne trouve. Comment orienter un jugement de valeur à propos de tel ou tel projet si l'on se contente de tenir le livre de comptes des conflits d'intérêts et de pouvoir qu'il engendre ? S'il n'y a pas d'intentionnalité. pour asseoir la signification. dans une perspective "fractale". Or. institutions et instruments techniques. toujours techniquement équipé.humain ? C'est l'ensemble des rapports sociaux. on pourrait tout aussi bien montrer. un moment privilégié dans la ronde sans fin des interactions qui assaillent. . Mais il nous semble que l'associationnisme intégral ne contribue pas plus à expliciter la complexité de ces jeux de renvois. On sait qu'une telle entreprise est une aporie. les autoroutes.

ce mouvement prend une dimension particulière avec les technologies intellectuelles. L'exégèse assure donc un pouvoir irremplaçable. ultérieurement.s'appuient. afin de poursuivre. Leurs mémoires rassemblent plus de deux mille volumes relatifs au fiqr (droit musulman. des mécanismes mixant des schèmes opératoires et des orientations psychologiques. Dans la mesure où ils conditionnent les formes de la mémoire sociale et constituent les technologies de la connaissance. Si tout un chacun. d'y perdre le monopole de l'interprétation des textes (ce qu'il accomplissait avec peu de compétences. une réflexion sur les enjeux culturels des technologies numériques. implicitement ou explicitement. À leur encontre. Ces analyses ont eu un effet décapant et ont nourri une réflexion innovante dans plus d'un domaine.Les technologies intellectuelles fondent-elles les dynamiques sociales ? La discussion sur les technologies intellectuelles ne se limite pas au champ de l'activité scientifique. Comment expliquer que Qom. l'une des plus conservatrices de Qom (la capitale religieuse de l'Iran) s'est équipée de batteries d'ordinateurs. Or autant ces vues ont une vertu heuristique enrichissante dans l'aire épistémologique. de nombreux courants estiment que la fonction socialement structurante des technologies intellectuelles surpasse celle des technologies énergétiques/mécaniques. les systèmes symboliques et les technologies intellectuelles qui les mettent en œuvre seraient la source première de la dynamique des civilisations. Elles suscitent. l'usage de ce concept est adossé à une conception générale du dynamisme social qui fait jouer à l'activité symbolique (traitement des signes) un rôle central. plus que toute autre technologie. S'ouvrent alors de nouveaux champs à l'investigation scientifique. Nous nous limiterons à résumer leurs lignes de forces. chi'ite et sunnite). par exemple. tels que les mathématiques expérimentales ou la modélisation numérique de comportement d'objets. Elles instituent un nouveau milieu intellectuel et mental (mental désigne des dispositions plus générales qu'intellectuelles. pour atteindre cet objectif opérationnel. En effet. des "conceptions du monde"). mais d'en énoncer de nouveaux. des prosélytes d'Internet. les réseaux numériques aujourd'hui. l'objectif n'est pas de résoudre à moindres frais d'anciens problèmes. ne les marquent-ils pas aussi profondément ? Enfin. les dynamiques techniques sont cumulatives et engendrent. Pourquoi ? Parce que. l'ordinateur ne se contente pas de calculer plus vite. de même que la communication téléphonique mobile en Iran. Le haut clergé risque. La fondation théologique Golpayeni. Depuis 1995. le centre s'est abonné à Internet. par conséquent. stade que nous nommons quasi réflexif[13]. à nouveau prend ses distances à l'égard d'un abord purement empirique du fonctionnement des médias. peut accéder directement au corpus consignant le fiqr. autant leur généralisation au fonctionnement social pose d'épineux problèmes. dans ce nouveau milieu. les mêmes enjeux ? Dans quelle mesure les systèmes sociopolitiques qui les accueillent et les développent. Très souvent. de gestion. même s'il a été inventé pour cela. semble-t-il). Par exemple. Il n'est pas dans notre intention d'analyser ici dans le détail ces hypothèses mais de rappeler que nombre d'analyses contemporaines -sur le phénomène de mondialisation. On rappelle que la dimension juridique dans l'islam (ce qui est autorisé ou non dans la vie sociale) comme dans d'autres religions d'ailleurs. Si. est centrale. Poussant à l'extrême cette logique. de manière générale. une compétition dans laquelle la performance (rapport entre input et output) tranche en faveur des systèmes techniques les plus récents. auxquels les équipements récents viendront offrir leur efficacité. Dès lors. Sans doute cela est-il vrai pour toutes les techniques. via les réseaux. ce ne sont pas des outils mais des milieux. en effet. mais cette caractérisation vaut tout particulièrement les concernant. d'origine américaine[15]. ont-ils partout et à toute époque. le reproche (fondé nous semble-t-il) de positivisme affleure. un nouveau stade dans l'histoire des automatismes a été franchi. et de transport des signes sont-elles les facteurs premiers qui rendent compte de leurs significations comme de leurs fonctions sociales ? L'écriture hier. se précipite sur l'informatique documentaire en réseau ? Les affrontements qui opposent le "clergé politique" au haut clergé traditionnel sont à l'origine de cette initiative. sur cette prépondérance. aujourd'hui un mouvement de balancier qui. ceux qui en ont le . Les techniques de production. spécialement[14]. Cette idée est le présupposé explicite ou implicite. qui a réussi à faire interdire la réception satellitaire. ne doit-on pas considérer que des technologies particulières s'imposent parce qu'elles sont utilisées par certains centres de pouvoir dans les affrontements qui les opposent à leurs concurrents ? L'exemple qui suit illustrera cette hypothèse.

les ordinateurs participent au dessein du régime islamique qui est de prendre le pouvoir religieux aux grands ayatollahs. dont on ne peut prévoir toutes les fonctions. devenu à l'époque président de la République. Après tout. des intermédiaires spécialisés est une question assez fondamentale. Peut-être pourra-t-on lire dans trente ans que les réseaux ont joué un rôle fondamental dans la laïcisation de l'État iranien. Plutôt que de considérer la forme concrète du média comme déterminant un usage. à terme. on privilégie alors la malléabilité des instruments dont l'usage transforme le programme de fonctionnement.une technologie intellectuelle est utilisée par l'un des camps pour asseoir son pouvoir. définie comme relation qui .monopole. Et cette logique est particulièrement sensible à notre époque où un nombre croissant d'objets et de dispositifs ne contiennent plus en propre leurs fonctions. on peut aussi observer que la consistance matérielle d'un instrument. Si la forme ne rend plus compte du projet. lesquelles s'inventent avec l'évolution du système lui-même soumis à la pression des usages et des détournements.une technologie intellectuelle (les banques de données accessibles par réseaux) est l'agent essentiel d'une redistribution des rapports de force. L'enjeu est aussi très matériel : il s'agit de faire rentrer dans les caisses de l'État les sommes considérables récoltées par le clergé. cherchait à mettre au pas le clergé chi'ite en l'assujettissant à l'État. mécaniquement. à terme. dans les procédés de fabrication et de diffusion ? Tout en maintenant la pertinence d'une telle interrogation sur les supports médiatiques et les réseaux d'expansion. il souhaitait affaiblir le contre-pouvoir religieux en favorisant le clergé intermédiaire. C'est. est-on sûr que cette initiative ne joue pas. contre ceux qui la mettent en œuvre ? Démocratiser l'accès aux textes consignant l'exégèse de l'Islam. L'ordinateur en est l'exemple type : système évolutif. Le chaînage (chaîne du froid. constitutivement paramétrables. mais les font émerger dans une mise en réseau avec d'autres systèmes. de certifier la première hypothèse. d'un média n'est pas une donnée aussi évidente qu'il y paraît. On peut parfaitement considérer que l'usage de l'informatique documentaire recompose les rapports de force dans le clergé parce que l'un des protagonistes prend le risque de faire jouer cette force. sur quoi fonder une analyse "médiologique". D'ailleurs. D'où la mise en place d'une machine de guerre pour substituer au "pouvoir des religieux conventionnels" celui des "religieux politiques". finalement. Et pour ce faire. mais qu'il se contraint. Où commence et où finit la matérialité d'un média ? Celle-ci n'est-elle pas aussi un enjeu de pouvoir et un effet culturel ? Ou. voient leurs prérogatives vaciller. la mise en cause. que le clergé politique creuse sa propre tombe. On entre dans un cercle vicieux. L'objectif était de faire émerger de nouvelles instances basées sur le moyen clergé et de concurrencer ainsi celles que contrôle le clergé traditionnel. Il serait assez imprudent. sans approfondir. Par ailleurs. à devoir s'adapter à ce futur contexte. c'est-à-dire en l'occurrence le haut clergé. en effet. chaîne informatique) devient le mode privilégié d'existence d'objets déformables. un affaiblissement du pouvoir des intermédiaires en général ? Ceci n'implique pas. ici. que le concept de relation transductive. Un chercheur iranien explique qu'en fait. cela n'engage-t-il pas. l'un des caractères majeurs d'Internet dont nous avons déjà eu l'occasion d'apprécier l'ampleur et la portée. par exemple ? Signalons. Khamenei. Ces affrontements peuvent être interprétés de deux manières : . par les technologies numériques. dit autrement. indépendamment des fonctions sociales qu'il accomplit ? Toute une tradition de la sociologie des techniques s'est attachée à l'étude du mouvement inverse qui façonne les outils à travers leurs usages. On comprend aisément pourquoi l'ouverture à Internet est favorisée par le gouvernement. pliables. proposé par Gilbert Simondon (que reprend Bernard Stiegler dans La technique et le temps[16]). doit-on refermer un système symbolique sur sa constitution matérielle. rien n'oblige à choisir l'une de ces thèses contre l'autre. si l'objet ne détermine plus fidèlement son usage. chaîne audiovisuelle. Conformation physique d'un média et efficacité symbolique Les significations et fonctions d'un système symbolique sont-elles principalement déposées dans sa constitution physique. .

La mise en cause du déterminisme technologique participe du même refus d'un simple renversement de causalité entre le technique et le social. n'est pas le servant d'un système technique médiatique.Réseaux. permet de lever l'aporie qui se présente dès que l'on renverse les causalités habituelles pour y substituer une détermination par les conséquences[17]. en particulier. Face à ces vastes questions..centré du territoire. instantanéité. Les réseaux territoriaux classiques (routes. maillage a. On isole alors leurs caractéristiques techniques et on les transforme en principes d'organisation sociale[19]. C'est au moins une leçon épistémologique qu'on peut retenir du connexionnisme moderne qui a permis de concevoir le phénomène d'émergence d'ordre comme produit de l'interaction coopérative d'agents autonomes. On voudrait discuter ici plus en avant la notion d'immatérialité de l'information.. télégraphe.. on ne comprend pas d'où viennent les forces qui amplifient. souvent brillantes et stimulantes. Or. lui seul. images. l'idée générale de la suprématie des systèmes symboliques se renforce d'une série de partis pris qui se veulent de pures constatations telles que la croissance des transactions dites "immatérielles". le politique.) qui assurent le transport des marchandises-choses convoient indissolublement des agencements matériels et l'information qu'ils emprisonnent.) et de signes (écriture. fleuves. ruralisée où l'on croît reconnaître l'inspiration des contempteurs comme celle des adorateurs des réseaux numériques. Elle plaide pour la prise en compte d'une pluralité de facteurs dans l'émergence d'un système technique[18].constitue ses termes. Les analyses médiologiques. Cette objection dénie que les dimensions symboliques soient ciselées par l'ordre technique. par exemple. le transport des signes devenant. l'urbanisation. On passe de l'affirmation d'un lien entre les techniques de déplacement matérielles (routes.. au point de sembler occuper tout l'espace public (et privé). on peut opposer qu'il n'y a pas lieu de chercher des causes premières -et encore moins unique. Avec ce type de déduction. Nous verrons. stratégique. une étude attentive montrerait une croissance conjointe des flux informationnels sur les inforoutes et matériels sur les grandes voies du commerce mondial. graphiques.un modèle théorique de ville décentralisée. tout passe évidemment par des systèmes de signes (textes. par exemple. Dans cette optique. Ainsi la forme s'harmonise au contenu : le réseau vu comme espace élargi d'échanges symboliques -le multimédia. Or dans les réseaux numériques.accueille l'enveloppe du lien social. chemin de fer. déterminant dans l'organisation des échanges (de signes et de choses). À cette problématique... imprimerie. sauf à les considérer comme de purs archaïsmes. la part symbolique dans les flux d'échanges. Il est vain de rechercher un supposé facteur "immatériel". McLuhan inférait déjà. dans le dernier chapitre. autre manière de décrire la tendance à l'augmentation de l'incarnation dans la présence à distance. épurée de ce qui résiste à un conditionnement numérique : la présence corporelle. Expédier une machine. En revanche notre attention doit se concentrer sur les mutations qui saisissent le transport des signes pour tenter de le rapprocher du transport des choses. Aucune théorie générale ne dispense de l'étude de configurations historiques particulières et ce qui vaut pour l'imprimerie ne se déplace pas automatiquement à la photographie ou à Internet.. sociales et systèmes symboliques interfèrent. réseaux numériques) à une inversion de priorité. travail symbolique et travail "immatériel" L'information est-elle immatérielle ? Aujourd'hui. contentons-nous d'une remarque générale. mais le façonne aussi.. par exemple. Le mouvement dès lors s'auto-entretient : "l'immatériel" abreuve les réseaux et ceux-ci se gonflent en irriguant cette matière ductile à souhait..). qu'il est discutable de postuler que les télétechnologies marquent culturellement nos sociétés de manière univoque. considèrent que les faits socio-techniques possèdent une vocation automatique à se généraliser en conservant leur pureté. alors que les mouvements d'extension des innovations sont incomparablement plus complexes[20]. B .. l'assomption des connaissances comme vecteur d'orientation décisif de nos sociétés. sons. information.dans une dynamique d'émergence interne à des systèmes complexes où logiques techniques. des propriétés de l'électricité -disponibilité. liens hypermédias. c'est envoyer l'informa- . comme jamais..

provoque l'émergence du sens. son transport sur une ligne du réseau.et de l'autre que je dispose d'une confiance reposant sur une longue chaîne d'accréditations préalables. il convient de substituer -comme le font de nombreux courants de recherche. s'il peut le déplacer jusqu'au cerveau des destinataires. relève d'une vue assez idéaliste. On élimine les chaînages qui traduisent et conduisent les messages d'un point à un autre. par le même mouvement. Je peux. Lorsqu'on couple l'information aux réseaux qui la produisent. Le son émis qui atteint l'oreille déclenche des influx.n'empêche nullement qu'elle soit le fruit d'un travail personnel et institutionnel inséparablement matériel et subjectif. son affichage sur un autre écran. La supposée qualité immatérielle de l'information s'appuie aussi sur l'idée que l'information véhicule l'événement et donc le remplace dans une certaine mesure. de l'ordinateur pour effectuer ces calculs et conduire les commutations sur le réseau. etc. se réalise comme rapport social grâce à la mise en commun d'un élément tiers qui assure le lien. détachée de ses rapports à l'action collective. Il faut mettre fin à l'idéalisation de la communication et donc. sans quoi le lien devient une opération totalement mystérieuse. indissolublement technique et sémantique (donc affectif). par franchissement d'un saut.tion qu'elle encapsule dans ses rouages. L'appropriation de l'information ne relève pas d'une logique de l'usage (unicité. réception de l'information. Métaphore chimique : la mise en commun d'électrons. L'information.). Cette deuxième opération peut avoir lieu éventuellement sur le réseau s'il s'agit d'apprentissage symbolique (étudier une langue. on conçoit plus facilement que la nature relative de l'information -non pas une chose mais un rapport social par l'intermédiaire de choses. Mais si le message peut représenter l'événement. comme la communication. c'est-à-dire le fait qu'il en soit affecté. Sans partage d'un même. c'est l'opération symbolique en tant que telle. par "sublimation". L'objectif devient alors.convoient de l'information comme pure immatérialité. sur Internet. transports. Couper le message des réseaux potentiels de diffusions. À ce stade. la propagation de différence. c'est uniquement grâce à l'existence de réseaux de diffusion déjà engagés dans l'émergence de l'événement lui-même et qui construisent l'information afférente. assure la liaison entre atomes. l'entretiennent. Dans cette propagation. si l'on fait abstraction de la numérisation comme technologie intellectuelle. le media (réseau numérique) est approprié pour convoyer à la fois l'informa- . de l'institution France Télécom pour concevoir. et surtout si l'on élargit l'éclairage aux dispositifs de transport de l'information. de la ligne téléphonique pour la transporter. et là. La prise de la Bastille annoncée aux Indiens d'Amérique n'aurait eu aucun effet. informer tout le monde que la Terre va être détruite dans vingt ans par une énorme collision avec un astéroïde géant. Pour être cru. combine une transmission (proposition sur le réseau) et une offre d'action (transfert effectif d'informations). programmer dans un nouveau langage informatique. de l'information[22].l'examen des dispositifs de production. Mais sa diffusion n'est pas pour autant "immatérielle". À l'analyse de la communication comme forme supposée pure. à chaque étape. de rapports de forces. et donc d'un complexe de désirs. à ce stade. d'intérêts. car sans les réseaux qui l'acheminent. par exemple. suppose ce partage d'un même. c'est adresser un programme d'usage. son interprétation par un sujet. il faut d'une part que j'aie accès au média -et que celui-ci fonctionne. subjectif. L'existence d'un milieu accueillant ce même conditionne. Cette conception matérialiste de la relation suppose un entre-deux concrétisant l'union d'entités séparées. l'information demeure une promesse en attente de réalisation. En revanche. altération. vendre ce transport. sa conversion numérique. par exemple. pas de liaison. dégradation) car ce n'est pas une chose. installer. Un réseau informatisé d'échanges de savoir. perte. la conservent et la diffusent. L'affirmation de la suprématie de la connaissance dans les fonctionnements sociaux véhicule souvent une conception purement transactionnelle de la connaissance. dits "covalents". Dans cet exemple. tout est matériel jusqu'à la sémiose (l'émergence du sens)[21] : l'image affichée sur l'écran. Relier ce qui est disjoint. on se laisse souvent aller à affirmer que les réseaux informationnels séparant l'information d'une matière qui la contiendrait. l'information ne se distingue pas de la matière. alerte des circuits neuronaux. On oublie alors la matérialité des réseaux eux-mêmes pour ne retenir que l'encombrement matériel infime de l'information numérisée ou l'extrême rapidité de traitement des flux électromagnétiques et photoniques. Qu'est ce que la transmission d'une image sur le Web. et d'une quantité d'autres médiations dont la liste occuperait des pages entières ? Or l'information. définie comme différence produisant une autre différence (Bateson).

tion (l'offre de formation, la demande d'un apprentissage) et l'action d'apprentissage. Lorsque cet apprentissage s'effectue sur une matière symbolique (travail sur des signes), le réseau cumule donc les fonctions de communication et d'expérimentation. Mais s'il s'agit d'apprendre la poterie, ou la soudure à l'arc, l'information, même si elle se rapporte à l'action, s'en distingue nécessairement. De même, par exemple, s'il s'agit de prendre des décisions politiques dans une communauté territoriale. Il n'y a pas d'intelligence sans rapport entre transmission de connaissances et expérimentation en actes. Il est entendu qu'un échange d'informations (formule par laquelle la cybernétique des années quarante définit la communication[23]) est aussi une action, mais limitée au cadre formel du canal qui héberge la transmission. Information, subjectivité et permanence Y aurait-il donc un "autre" de l'information ? Ce serait tout simplement la part de l'expérience qui échappe à la formalisation, à la capture par un système de signes, ou plutôt qui ne se confond pas avec cette capture : résistances dans l'affrontement à la matière, perceptions, imprévisibilité des rapports sociaux, destin des subjectivités en relation dans des collectifs, etc. Même si l'univers de l'échange formel d'informations à distance accueille une part croissante de l'expérimentation collective, il ne la résume pas complètement. Il délaisse ce qui appelle le rapport physique, la co-présence des corps (même si cette co-présence se redéfinit aussi dans le développement de la présence à distance) ainsi que, aujourd'hui encore, de nombreux secteurs industriels œuvrant dans la transformation de la matière. Les segments qui relient information et action s'inscrivent de plus en plus dans des réseaux, mais ils ne se confondent pas avec cette inscription. La propension à projeter un doublage, par réseau virtuel, de la vie sociale élimine la multi-dimensionalité de l'activité collective. Elle la réduit à son versant informationnel et, bien souvent, détache ce versant du cadre pratique (institutionnel, relationnel, affectif) sans lequel cette activité s'asphyxierait. Il faut tout un système d'accompagnement relationnel plus ou moins direct (coup de téléphone, téléconférence... ou visite) pour que la relation par réseau ne s'assèche pas. Une autre conception de l'information est apparue, propulsée par le développement du cyberespace. L'information serait, en tant que telle, une subjectivité en acte. Et ses caractéristiques essentielles deviendraient la mutabilité, la malléabilité, l'obsolescence, l'hybridation. Bref, sa valeur s'accroîtrait au fur et à mesure qu'elle se rapprocherait d'une existence vivante[24]. Il y a une métaphysique de l'incorporation qui fait l'impasse sur les modes d'existence de la subjectivité, comme si celle-ci pouvait transfuser avec l'objet créé et éliminer la phase personnelle. Ce qui se déplace (ou qui déplace) c'est le média, pas le médiateur. Dans cette logique, l'information joue contre ses supports, contre tout ce qui fixe, retient, fige. Elle s'accomplirait dès lors qu'elle rejoindrait le mode d'être de l'affect. Message et messager sont alors reliés sans rupture de continuité, dans une logique qui n'est pas sans rappeler les réseaux pensants, tissés de chaînages humains/non humains, chers à Bruno Latour. L'univers du cyberespace révélerait le stade suprême d'existence déterritorialisée de l'information. Or nous verrons plus loin, que les questions de la permanence, de la séquentialité, des limites, de la sélection et du contexte s'y posent toujours. Finalement, on ne reconnaît pas l'immobilité, la permanence et la finitude formelle d'une proposition (artistique, philosophique, littéraire aussi bien que d'un mécanisme technique) comme source de puissance générative. Le passage où la vie humaine s'incarne dans l'inorganique n'est alors qu'une dégradation. À dissoudre ce moment dans le flux ininterrompu des échanges, à dénier son caractère spécifique de suspension du temps (l'objet comme fixation temporelle) pour ne porter l'attention que sur les processus herméneutiques qui progressivement écrivent, hors de l'objet, son avenir, on refuse à l'objet ou au message son genre spécifique : finitude formelle et infinitude herméneutique. Mais la deuxième serait mort-née sans la première. Par exemple, si le programme de jeu d'échecs (activité humaine extériorisée, encapsulée dans un programme) invente une nouvelle dimension de ce jeu (de nouvelles règles de compétition homme/machine, par exemple), c'est parce qu'il se matérialise dans un système inorganique, extérieur, indépendant et qui peut être mobilisé à souhait, égal à lui-même (ce qui ne peut être le cas pour un joueur humain). La multiplicité d'usages potentiels du même objet, permet le développement de son destin. De même, l'infinité des interprétations possibles du même message formel est à la source de l'intersubjectivité.

Le travail intellectuel est-il immatériel ? En quoi le travail intellectuel fonderait-il la diffusion d'une supposée culture de l'immatériel, et notamment du "travail immatériel" ? Affirmer le caractère instituant des instruments du travail intellectuel nécessite d'éviter un malentendu : ceux-ci reposent sur des facteurs bien matériels (stylet, papier, presse à imprimer, ordinateur, serveur de réseaux, etc.) et nécessitent un labeur. Le travail sur les signes est bien, pour partie, un travail matériel, de même que tout travail sur la matière est pour partie intellectuel. Seule la cible change : des signes à la place d'objets pesants. La définition axiomatique de la production informationnelle se dérobe toujours : une information doit s'inscrire sur une matière, sinon elle demeure pur acte de pensée. Et symétriquement, la production industrielle d'objets pesants, indéformables (automobiles, maisons, etc.) inclut toujours une dimension informationnelle. Cela dit, on doit différencier, sous cet angle, un roman et une poutrelle d'acier, par exemple. Une fois qu'est stabilisé un système de publication (pages, chapitres, sommaire, par exemple) en symbiose avec des modalités collectives de diffusion et d'appropriation, la portée littéraire du roman ne dépend pas mécaniquement du type de papier sur lequel il est imprimé. (Bien que la nature du papier, la typographie, le type de reliure ne soient pas non plus des éléments à négliger dans sa portée sémantique et dramatique. Mais admettons ici ce raccourci, discutable selon d'autres critères). La démonstration pourrait être encore plus convaincante à propos de la musique enregistrée (disque vinyle et CD). Une poutrelle, quant à elle, ne peut être appréhendée en dehors de son matériau et de sa forme propre, lesquels sont cœxtensifs à son existence comme poutrelle. Dans la production informationnelle, ce qui prime c'est le système de signes et non le type de support. Cette -relative- distinction entre forme et sens ne vaut précisément que pour les productions intellectuelles (textes, graphiques, images, hypermédias, etc.)[25]. La notion de travail "immatériel" trouve en revanche, une pertinence lorsqu'on la rapporte aux segments purement relationnels du travail collectif, au travail communicationnel dans ses dimensions interpersonnelles, non directement, médiatisé par des appareils techniques et institutionnels. Nous sommes ici en présence de deux positions radicalement opposées. La première, à la suite des travaux de l'école d'anthropologie sociale de la science, insiste sur l'impossibilité de différencier, dans une activité productive, subjectivités humaines d'une part et dispositifs techniques et cadres institutionnels, de l'autre. La deuxième position met l'accent, en revanche, sur le contenu relationnel, affectif, subjectif de cette activité dans le contexte du post-fordisme, sans toujours accorder la place qui lui revient aux réseaux socio-techniques. On le verra, l'invocation des réseaux numériques et de l'informatisation vaut alors, dans ce dernier contexte, assurance de l'immatérialité du travail et suprématie de la connaissance comme force productive. Il nous semble, qu'effectivement, on doit faire sa place à l'intersubjectivité dans le travail coopératif et ne pas le réduire à la mise en œuvre de procédures "matérielles", comme nous y conduit la logique des "réseaux pensants". Mais tout en reconnaissant l'autonomie non réductible du travail relationnel on ne saurait l'isoler, ni même peut-être l'appréhender, hors de son outillage pratique, c'est-à-dire techno-institutionnel. Les conditions contemporaines de ce travail communicationnel exigent, sans doute plus qu'auparavant, d'étudier simultanément ses versants techniquement médiatisés et ses versants informels. Travail en réseau et subjectivité productive Le développement des réseaux est couramment rapporté au caractère stratégique du travail intellectuel dans nos sociétés. De nombreux travaux ont défriché ces transformations en cours. Mais revenons d'abord sur cette question : le travail intellectuel -dont une partie croissante consiste en opérations sur les signes- peut-il être identifié à un travail "immatériel" ? On l'a vu, le travail sur les signes[26] met en œuvre des moyens, on ne peut plus matériels (imprimés, téléphone, enregistrements, ordinateurs, réseaux numériques, etc.). Ceux qui parlent de "travail immatériel" ne visent pas exactement cela. Ils désignent une activité de type réflexif, relationnel et affectif : l'intelligence dans ces dimensions imaginatives, créatrices, culturelles et relationnelles mise au service des nouvelles conditions productives (réactivité, anticipation, capacités d'adaptation, etc.). Dans cette perspective, le travail vivant serait devenu plus indépendant de la régulation fonctionnelle[27] déposée dans la machi-

nerie industrielle et mobiliserait, en revanche, plus nettement qu'auparavant des technologies mentales, symboliques et des comportements communicationnels. Dans cette perspective, des qualités proprement sociales, détenues en propre par les agents (intelligence des situations, compétences cognitives, capacités relationnelles, imagination) rendraient compte de leur productivité au sein d'organisations collectives à même de les faire fructifier[28] dans et en dehors du temps de travail (si tant est que cette séparation soit toujours pertinente). Par ailleurs, "l'immatérialisation" du travail est quasiment toujours rapportée à l'emploi intensif de la téléinformatique[29]. S'effectuant toujours plus en mobilisant des technologies intellectuelles numériques (traitement de texte, courrier électronique, logiciels de travail collectif, etc.), il tend à se concrétiser à s'inscrire dans des formes que l'informatique peut traiter, transporter, intensifier. Tout un pan de la communication informelle est traduit et mémorisé. Les numéros téléphoniques des destinataires des appels sont enregistrés par les autocommutateurs, le courrier électronique tend à se substituer aux conversations téléphoniques et s'archive automatiquement, etc. D'où ce paradoxe : plus le travail intellectuel devient stratégique, plus il se concrétise dans des dispositifs matériels et plus on l'appréhende comme travail immatériel. Ce paradoxe n'est peut-être qu'apparent, car si l'on examine le contenu de ce travail "communicationnel", on s'aperçoit qu'il suit une double logique de formalisation et d'invention. Cette voie de formalisation, on la repère dans toutes les activités (gestion, comptabilité, etc.) où des programmes informatiques viennent substituer, et souvent contrôler, le travail humain. Mais, dans les pores de ce travail et à sa périphérie, s'inventent des procédures communicationnelles inédites qui appellent, en permanence, des compléments humains informels. (On retrouve, ici encore, le mouvement aperçu au chapitre I, qui relie l'imitation imparfaite et l'invention cognitive). Observer une tendance à formaliser le travail communicationnel n'implique ni que la formalisation ne le capte totalement, ni que de nouvelles zones informelles n'apparaissent parallèlement. D'où l'hypothèse selon laquelle la matérialisation du travail intellectuel -fruit de sa technologisation- irait de pair avec le développement de procédures relationnelles humaines d'ajustement, de négociation, de conviction ou de séduction, procédures effectuées en proximité ou à distance, dans l'espace formel du travail (lieux et horaires) ou en dehors de ce cadre. Présence à distance, appartenance et relation de proximité On a vu -en particulier au chapitre I- à quel point se raffinent les dispositifs gérant le travail collectif et s'accroissent leurs capacités à exprimer les conditions sociales de la coopération. Soulignons une nouvelle fois que la mise à distance contraint à formaliser une part des relations sociales auparavant "naturelles" et que, parallèlement, elle invente de nouvelles modalités communicationnelles. La coopération à distance offre donc un cadre inédit à l'étude de l'intersubjectivité en situation d'éloignement. L'approche dite de "proxémique virtuelle"[30] -notamment à propos des espaces collectifs de travail- offre un cadre stimulant pour mieux observer comment le travail linguistique et relationnel se concrétise lorsqu'il s'effectue, justement, à distance et par le truchement de réseaux numériques. Nous avons ici en vue les travaux -tel que DIVE, déjà cité- qui mettent à profit l'ingénierie informatique pour concrétiser (et inventer) des fonctions abstraites de présence. Cette approche déploie une série de questions vives : comment se combinent les segments durs et les segments mous dans le travail relationnel, comment s'établit la coopération, comment se métabolisent les dimensions affectives dans le filtre des réseaux numériques ? La formalisation des transactions l'emporte-t-elle sur la spontanéité et l'invention de protocoles relationnels inédits ? Porter une attention particulière au fonctionnement des interfaces dispositifs et logiciels- autour de la synthèse des activités communicationnelles semble être aussi une direction prometteuse. Cette abstraction des fonctions de présence risque-t-elle de jouer à l'encontre des dimensions psychoaffectives ? Comment sont-elles contournées et complétées par des relations traditionnelles (rencontres, séminaires, par exemple) ? Ces aspects rendent concrète la mobilisation relationnelle et affective croissante qu'exige le travail intellectuel coopératif, dans le contexte du travail en réseau. Par ailleurs, ces questions relatives à l'univers du travail entrent en résonance avec des interrogations plus générales concernant les rapports entre l'échange à distance d'une part et l'engagement relationnel et institutionnel,

comparaison). C . observation des effets du message sur les autres personnes connectées. À quoi s'engage-t-on par un acte de communication à distance ? On sait que. éducative. à une expérimentation collective des effets de telle ou telle proposition. engage l'énonciateur. objectivité. etc.). telles que la rencontre fortuite et (cas extrême) unique. écrit Jacques Derrida. à des jeux en réseaux. De même la garantie de réédition de l'acte de communication en modifie-t-il profondément la teneur. contrôle de la transmission de la mémoire. En cela. Il est donc difficile donc de qualifier. Mal d'Archive[32] ? Le texte de la conférence du philosophe "déconstructionniste" représente une tentative inédite. c'est "consigner". le déroulement et l'intensité de la communication en seront redéfinis. mémoire objectivée). Finalement. même anonyme. enregistrement (actualisation . au culte de l'éphémère. etc. imprimerie (multiplication des sources. de mise en rapport de la mémorisation vivante et des techniques "archivales" prolongeant. par exemple) aux plus fortes (combinaison de rapports de proximité et d'usage de réseaux locaux) en passant par toutes sortes d'engagements limités (participation à des groupes de discussion. dans la perspective d'une réflexion sur l'inscription. On n'appartient pas de la même manière à un "groupe de discussion" et à un séminaire professionnel permanent. par exemple.Archive virtuelle. un nouvel éclairage. Question politique.) peut se recouper avec la présence collective à distance (c'est le cas des mediaspaces installés dans un même bâtiment). Cette approche offre. "Nul pouvoir politique sans contrôle de l'archive. de manière générale. ou encore le doublage d'une relation sociale classique par une télé-relation virtuelle (comme avec le téléphone). L'appartenance forte basée sur la proximité (professionnelle. Et on pourrait ajouter. de plus. dit Jacques Derrida. les incidences sont d'une grande variété. le livre fait apparaître que l'archivage. dans l'horizon freudien. produisant ainsi des modalités temporelles différenciées si tant est que chaque type d'archive est dépositaire d'une temporalité spécifique : écriture (mise à distance de soi. en dehors même des situations à caractère performatives. Geste systémique. C'est la notion de degré d'appartenance qui est ici décisive. Quelles incidences.de l'autre. elle s'oppose à l'accélération de la rotation des inscriptions. comment elle redistribue leurs activités cognitives et relationnelles et influe sur leur productivité[31]. Les relations entre le dire et le faire offrent. bref. solliciter le livre de Jacques Derrida. La communication exclusivement par réseau peut donner naissance à des appartenances fortes (idéal des "communautés virtuelles"). ajouterons-nous. l'occasion de poursuivre une réflexion sur la "spectralité" à l'heure des spectres numériques modernes. à la valorisation de la circulation au détriment de l'interprétation . fonction miroir. associative. sinon de la mémoire"[34]. la fixation mémorielle. "coordonner en un seul corpus". l'éventualité d'un contact de visu a-t-elle sur la communication à distance ? Si l'échange se déroule dans un même cadre institutionnel. dans ses rapports aux techniques archivales. la nature de la rétroaction dans un réseau. On devrait pouvoir construire une graduation des intensités relationnelles. archive spectrale Pourquoi. donc en un même temps. auto-dialogue. rétention vivante et consignation matérielle Archiver. qu'elle est productrice d'un dialogue intérieur. sur Internet et d'autres réseaux. elle balance l'éloge du réseau par l'insistance sur le travail herméneutique local. n'importe quel énoncé lancé dans une messagerie. On peut néanmoins penser que cette communication est d'autant plus chargée d'enjeux qu'elle est chevillée à une participation concrète. mettre en réserve en "rassemblant les signes"[33]. des schèmes opératoires. de la mise à distance. le regroupement autour d'un centre d'intérêt (et donc le renouvellement régulier de l'échange). La notion de communauté virtuelle regroupe des relations d'une grande hétérogénéité. allant des plus faibles (contact aléatoire. est une condition de la "ré-flexion" proprement dite. Mais il est encore difficile d'énoncer des principes généraux sur la manière dont la communication collective à distance rejaillit sur le fonctionnement de collectifs à fort degré d'appartenance. Ces graduations ne se situent pas totalement sur l'axe proximité/éloignement. rendre accessible en un même lieu. à l'extérieur. Mais à quoi ? Auto-évaluation. Archive. justesse. mais aussi temporel "synchronique". dans ce contexte.

qui lui exige un partage entre rétention et délaissement) permise par l'informatique apparaît alors comme le symptôme de cette menace qui pèse sur "l'avoir eu lieu" de l'événement. Que veut dire Jacques Derrida ? Logique de l'inconscient : ce qui s'enregistre mais dissimule les traces du passage et rend ainsi certains contenus irrécupérables (comme des photographies dont on a même oublié qu'on les a prises). on ne peut plus clairement. Latéralement à ces considérations. un "bloc magique". d'indexation. écriture. dessin.du passé). L'archive ne se contente pas de figer et de rendre disponible l'information ou l'histoire. et perdue d'avance. Jacques Derrida ne met pas en opposition la machine d'inscription (machine à conserver des traces matérielles. doit pouvoir être atteint par une énergie vivante. Tout conserver dans le détail : les indices d'un appel téléphonique dans un autocommutateur d'hôtel. Lutte sans fin. L'automatisation intégrale du prélèvement des traces (et non pas de la mémoire ou de l'archivage. Tout le contraire. dans ce nouveau cadre sa pertinence douloureuse[39]. elle les conditionne : "L'archivation produit autant qu'elle enregistre l'événement"[35]. C'est pourquoi Jacques Derrida associe toujours l'archive et la "technique archivale"[38]. L'enregistrement automatique du détail est le versant inquiet de la rotation accélérée de l'événement médiatique : accumulation contre obsolescence. sa ressemblance avec l'appareil psychique. D'où la course- . pour figurer le fonctionnement du psychisme. "Le moment sera venu d'accepter un grand remuement dans notre archive conceptuelle. en déguise certaines et en efface d'autres permettant l'oubli et le refoulement. ajoutons quelques observations à propos de l'obsession accumulatrice propre à nos sociétés. modèle de l'appareil psychique qui enregistre et mémorise (c'est-à-dire retient tout en étant capable de recevoir). dans le doute. de l'autre : "Loin que la machine soit une pure absence de spontanéité. D'où le déploiement d'une tentative de relier mémorisation psychique et rétention prothétique. L'archive virtuelle apparaît comme archivage d'événements qui n'ont pas eu lieu (mais qui auraient pu survenir) ou qui en sont restés au stade de l'intention. cet adage se vérifie. son existence et sa nécessité témoignent de la finitude ainsi suppléée de la spontanéité mnésique. sinon tout effacerait tout). de ses milliers de banques de données et de ses moteurs de recherches. en tendance. avait pensé à une machine-outil d'écriture. L'archivage (comme la mémorisation individuelle) conjoint l'acte de conservation avec un programme de sélection. L'automatisation du prélèvement nous place dans une situation ambiguë de délégation de la décision de conservation à des automates. sélectionner. à ne pas trier. tables. si tant est qu'archiver suppose de délaisser[41]. et. Car tout système de signes. outils de circulation index. d'organisation. c'est-à-dire comme événement qui peut (mais pas nécessairement) parvenir à s'exprimer distinctement dans l'avenir. Toute la question de l'archive se situe dans une tension entre la rétention vivante et l'inscription extérieure permanente. de la consignation automatique. Ce qui mérite d'être conservé dépend toujours d'une projection dans l'avenir. pour être consulté. Freud. L'archive virtuelle Dans ce dessein d'une pensée conjointe de la rétention/traduction vivante avec l'inscription extériorisée. Logique de l'inconscient.. gardons tout. À l'heure d'Internet. La machine -et donc la représentation. Mais on voit bien l'aporie qui guette une propension à doubler la vie sociale par son enregistrement permanent. le paiement de carburant sur l'autoroute à la seconde près. inscrit des voies d'accès. et. non pas tellement contre le flux temporel et l'oubli mais contre le tri. pour garder. La monstruosité des empilements qui en résulte oblige à sélectionner. etc. Cette décision instaure une "technique archivale" singulière consistant. et d'y croiser une « logique de l'inconscient » avec une pensée du virtuel qui ne soit plus limitée par l'opposition philosophique traditionnelle de l'acte et de la puissance"[37]. dans le sens aussi où le passé s'archive comme futur virtuel.c'est la mort et la finitude dans le psychisme"[36]. depuis l'imprimerie. et la question des critères conserve. c'est-à-dire la mémorisation en tant que telle. Ces gigantesques empilements de micro-actions nous protégeraient contre l'incertitude de "l'avoir eu lieu". Ainsi en va-t-il. presque. Une logique qui accouple la mémorisation et l'oubli comme condition de la mémoire (il faut trier.qui font partie de la mémoire objectivée) d'une part. de l'obsession patrimoniale qui transforme notre environnement en conservatoire du quotidien[40]. il est remarquable que surgisse la thématique du virtuel accordée à celle de l'inconscient. tout en respectant leur autonomie respective. prothèses techno-mnémoniques : graphies. aussi. et l'appareil psychique. etc.

toujours ouverte. le cinéma comme matérialisation du rêve éveillé. ni visible ni invisible. pratique (ce qui peut être aussi considéré comme un apaisement). son "spectre de midi". on ne saurait identifier une production hallucinatoire interne avec une sollicitation perceptive déposée sur des supports externes (écrans. ce n'est pas seulement la technique archivale qui projette ses opérations dans le futur. parle avec Gradiva. avec l'enregistrement systématique des traces.poursuite qui oblige à surplomber les programmes de prélèvement. imagination. Course-poursuite vaine pour une raison essentielle qu'explicite Jacques Derrida. Mais le lien vaut d'être testé dans une direction plus mobile.. de méta-archive concevable.. certes rigide et pesante. à la suite de Freud. espaces dans lesquels s'originent aussi les projets technologiques. . sous forme numérique). finalement. c'est l'augmenter. Découvrir ou commenter l'archive c'est s'y inscrire. bien entendu. On se situe ici à la frontière entre les manifestations de la vie psychique (rêves. c'est "l'anticipation" d'un retour du prochain futur vers le présent actuel qui motive d'enregistrer tous les sédiments contemporains. Mais sans doute aussi. Et là. L'archive est donc interminable. Elle l'est a priori : ni présente.) et les croyances magiques (réincarnation.). laquelle est ensevelie depuis longtemps déjà).. la disponibilité supputée et l'utilité de l'archive : "La technique archivale a commandé ce qui dans le passé instituait et constituait quoi que ce fût comme anticipation de l'avenir"[43]. dissociation corps/esprit. il n'y a pas. "Réalités Virtuelles" s'ajustant sur le modèle des "spectres". au sens de la signature programmatique d'une réalité. de la fantasmatique ordinaire qui double notre présence au monde . capture visuelle du passé par la photographie."[45]. Sédiments. de ce que Freud nomme "fantôme réel" pour désigner l'hallucination visuelle (l'archéologue. alors que l'hallucination vise la satisfaction primitive des pulsions par reconstitution imaginaire de l'objet manquant. on pouvait en avoir besoin ? La conservation est une préfiguration. casques. et en restant attachée au substitut déformé de la vérité refoulée"[44]. et lui faire perdre "l'autorité absolue et méta-textuelle à laquelle elle pourrait prétendre"[42]. fantasmes éveillés. L'archive est toujours performative. ubiquité.). écrit-il dans L'œil et l'esprit[46]) il actualise une perspective voisine. D'où le mécanisme de l'hallucination démonté par Freud : "la forme déformée. transport de la voix et de l'image à distance : les correspondances entre technologie et activité magique sont indéniables. depuis le futur de ce qu'elle porte dès son installation comme archive. au sens fort. Ceux-ci ne sont pas de pures illusions. L'archive "spectrale" Jacques Derrida. constituerait alors la forme actuelle de la "spectralité" instrumentale. Et lorsque Merleau-Ponty qualifie la vision de délire ("voir c'est avoir à distance". Mais l'automatisation du prélèvement signe aussi la protection contre la vengeance du futur : et si.. En effet..pour signifier qu'il s'agit d'une réalité modélisée par et dans un programme. avec une force de conviction intensifiée par la compensation.. ses limites . que finalement.. Bien sûr.. On pourrait dire comme les "Réalités Virtuelles". insiste sur la part de réalité des spectres. mais des "vérités du délire" issues d'un retour d'événements refoulés. (On emploie ici le terme programmatique -plutôt qu'informationnel. Hanold.. si on suit une logique qui interprète les technologies de représentation comme des tentatives d'objectivation de la vie psychique (la photographie comme parabole du souvenir de l'instant. Il n'y a pas de totalisation possible de l'archive. qui interprète la perception comme une mise en forme instable du monde. La "Réalité Virtuelle". elle anticipe la permanence. par des méta-programmes.la structure de l'archive est spectrale.parvient à la conscience.. interfaces). intermédiaire entre réalité et imaginaire. peut-on les appréhender comme matérialisation. de la "hantise". ni absente <<en chair et en os>>. indexant les précédents. la "Réalité Virtuelle" pourrait être considérée comme une traduction objectivée des "spectres" et autres "revenants". toujours "à-venir" et depuis "l'à-venir". et collectivement. comme une concrétisation technique de cette zone "fantomatique" virtuelle. les "Réalités Virtuelles" jouent la satisfaction expérimentale. nous oublions mais dont l'obsession de récolte nous rappelle l'angoissante (et épuisante) tentative de maîtrise qui anime nos sociétés. La comparaison a. etc. etc. Séparation de l'apparence et du corps par le miroir. Jacques Derrida fait dériver cette qualité opérative des spectres vers l'archive : ". comme concept général.

propre à l'exécution du programme. Par ailleurs. Paris. Bruno Latour. 1993. La raison graphique. Paris. Paris. La Découverte. La Découverte. Eisenstein. dans son livre A tort et à raison (Le Seuil. Albin Michel.a été introduit dans une machine. médiées.[1] Voir en particulier. Cette posture redonne une place spécifique à l'humain. cit. Paris. Cette pompeuse abstraction désigne pour le médiologue l'ensemble matériel. 21. La Découverte. .. modifie lui-même l'ordre dans lequel il exécute ses différentes séquences. Gallimard. 1991. généalogie). p. 1979. dont Jack Goody a montré qu'elle sert d'abord à conserver des inscriptions gestionnaires (comptes. construction commune du milieu extérieur et de l'activité humaine appareillée. ou. 226 et 228/230. à faire des coups. par exemple. 1995. des supports. On retrouve la notion. [5] André Leroi-Gourhan. cela n'existe pas. de la réflexivité naturelle du cerveau humain. masquées. l'état dans lequel se trouve la machine afin d'exécuter l'opération suivante prescrite. naît dans et pour les premières cités-État. Patrice Flichy a parfaitement analysé cette dernière dimension : "Une autre critique que l'on peut faire aux recherches de Callon et Latour est d'éliminer la question de l'intentionnalité des acteurs. à <<resserrer les boulons>> du réseau". Le village se transforme en ville dans le même mouvement où la mémoire sociale qu'exige son gouvernement dépasse celle qu'un chef peut gérer avec son seul cerveau. L'accès à un niveau supérieur d'automatisme ainsi obtenu est fondé sur le fait que le programme doit être chargé dans la mémoire centrale de l'ordinateur. et plus précisément dans la partie consacrée à la critique de l'anthropologie des sciences. p. 17). Paris. d'enaction. 1965. éd. de Minuit. rares. Il en résulte que ses propres instructions peuvent être traitées comme des données. Bruno Latour. Paris. [4] Voir l'ouvrage cité ci-dessus. [12] Dans le même ordre d'idées Régis Debray explique que "la pensée. [8] Les sciences et les techniques sont : "fragiles. La mémoire et les rythmes. selon les changements d'états qu'il provoque dans la machine. rapports et moyens de transport qui lui assurent. La notion de programme quasi-réflexif trouve ici sa base matérielle. on l'a vu précédemment. La science n'est plus alors la connaissance d'une réalité ultime. 1986) avait précisé l'intérêt des contraintes spécifiques au "jeu de langage" scientifique. [6] On peut citer The Gimp (logiciel de manipulation d'images). 139/180. La prochaine instruction à exécuter n'est pas forcément celle qui suit dans la liste du programme. [7] Henri Atlan. p. op. L'ordinateur rayonne sa puissance à partir de cette qualité fondamentale.. dans ses recherches fondatrices pour augmenter le niveau d'automatisme des calculateurs. Le programme. Là aussi "la pensée" est réduite à ses outils matériels d'exercice. Métailié. Mais la liste s'allonge chaque mois. éd. troubles. civilisatrices". Ce premier élément de réflexivité s'articule à un deuxième. pour chaque époque son existence sociale" (Cours de médiologie générale. pp. impôts. La clef de Berlin. p. En effet certaines instructions (dites de débranchement) ont pour effet exclusif d'inscrire dans un registre spécialisé une adresse différente de celle qui suit la dernière dans l'ordre séquentiel. dit autrement. Ce livre est pour nous une référence exemplaire qui démontre comment une technologie intellectuelle particulière -l'imprimerie-redéfinit l'exercice de la pensée. à côté des dispositifs techniques et des institutions. [13] La spécificité des programmes informatiques consiste à prendre en compte. mais procède d'une interaction assumée entre le sujet connaissant et la réalité. conscription. dans les processus de connaissance. 105. 1991. [10] Sur ce dernier aspect. John Von Neumann avait explicitement rapproché l'architecture préconisée des futurs calculateurs. [2] L'écriture. 1984. p. L'innovation technique. A. [3] Voir notamment Elisabeth L. 102/103. la stratégie de la firme Netscape livrant le code source de son prochain navigateur pour échapper à l'étreinte de Microsoft s'inspire directement de l'exemple de Linux : on ne saurait admettre plus explicitement la supériorité des logiciels obtenus grâce à une telle méthodologie collective d'élaboration et de perfectionnement.. Paris. techniquement déterminé. mêlées. chère à Francisco Varela. Paris. à chaque instant. notamment pp. La révolution de l'imprimé. [11] Dans L'innovation technique. 63/76. pp. intéressantes. Sendmail (gérant la commutation du courrier électronique) ou encore Star Office (ensemble bureautique). qu'un principe minimum de réflexivité -à mille lieux cependant des propriétés du cerveau. Rappelons que. M. au profit d'une simple capacité tactique à saisir les opportunités. Bruno Latour. Voir plus précisément le chapitre IX (La mémoire en expansion). Apache (adopté par la moitié des sites pour distribuer les documents aux Internautes). Les microbes : guerre et paix. 11 [9] "Il y a en effet de quoi tomber à genoux d'admiration puisqu'on attribue à la <<pensée>> d'un homme la transformation rapide et complète d'une société".

spécialement)." Jean Duvignaud. et ceci. on ne saurait le contester. De même. est un phénomène récent. La Découverte." (Qu'est ce que le virtuel ? . qui permet à l'animal de tirer des poids bien plus importants que ne le permettait le simple mors. à l'examen des actes de langages socialement situés. de côté. la renaissance urbaine étant elle-même due selon G. le message ou l'œuvre fonctionnent comme un esprit. 21/12/95. refusant la logique représentationnelle du cognitivisme. C'est le même type de conversion qui a été réalisée dans l'analyse du langage. [25] La relation entre forme et essence dans la production artistique pose d'autres problèmes que nous laissons. l'intégration des systèmes productifs. p. Paris. il n'y a pas d'autre réalité que celle constituée par les relations entre les phénomènes (Une histoire de l'informatique. que les qualités affectives.) [24] Ainsi Pierre Lévy écrit-il : "Le message est lui-même un agent affectif pour l'esprit de celui qui l'interprète. Ce niveau d'intégration est évidemment lié à l'expansion mondiale des logiques industrielles capitalistes d'où découlent les principes de rationalisation mondiale (recherche des meilleures localisations d'investissements). cela paraît indubitable et toutes les analyses de la mondialisation soulignent le rôle majeur qu'y joue la téléinformatique (dans la financiarisation des économies. et de circulation planétaire des flux financiers. 1995. laquelle s'est déplacée de la recherche de procédures logico-formelles. "Le virus informatique divise le clergé iranien". [26] La manipulation de symboles chère à Robert Reich (L'économie mondialisée. 88. en Europe tout au moins. et des cultures à l'échelle mondiale est constitutive de nos sociétés.-P. 129/134. on peut aussi comprendre. culturel) qui rendrait compte de la multiplicité des causalités à la source du processus innovateur. in Alliages. 1987. Eleanor Rosh. 1993. lieu et non-lieu du "moi". par exemple. Francisco Varela. [19] Exemple de déterminisme technologique : "le déclin de l'esclavage et le développement du salariat.[14] Il y a consensus pour considérer que la mondialisation. ici. L'Harmattan. Vaste question sur la nature de la subjectivité et le statut de l'esprit qu'on ne fait ici qu'effleurer. [21] Que la sémiose comporte un substrat matériel (la circulation neuronale). 105). n° 23. Evan Thompson. voire de la mise au jour d'éventuels soubassements génétiques (Chomsky). importés. [23] Philippe Breton attire notre attention que le fait que pour Norbert Wiener et les premiers cybernéticiens. Mais ce niveau de description est inadéquat pour la définir. Paris. de manière convaincante. [16] Édité chez Galilée. sociologique. [17] La théorie de la connaissance proposée par Francisco Varela autour du concept d'enaction. Or. Mais on ne peut aborder la question de l'efficacité propre de la téléinformatique dans la mondialisation en supposant qu'elle en serait la cause. 1994. Perrin. traduits. compris. L'inscription corporelle de l'esprit. [15] Voir J. Duby à celle des campagnes.. débouche sur le même type de proposition d'une co-détermination de l'objet et du sujet de la connaissance. Dynamiques métropolitaines et enjeux socio-politiques.Desnouettes. les innovations routières au XVIII[e] siècle n'ont pas transformé le "système urbain" mais sont venues "habiter l'ancien" et doter d'un contenu fonctionnel nouveau des distributions spatiales anciennes". L'enaction est définie comme "l'avènement conjoint d'un monde et d'un esprit à partir de l'histoire des diverses actions qu'accomplit un être dans le monde". Le miroir. sont transférées au message en tant que tel. p. marchands et culturels. Si le texte. Qu'il y ait accélération de ce processus. 1993). Si on ne peut qu'approuver cette affirmation pour ce qui est du moment de l'interprétation.. la réception étant elle-même conçue comme une phase d'un cycle global. dans l'intériorisation du message. Libération. l'impossibilité d'un modèle unique (économique. assimilés à une matière mentale et affective. pp. 1995/3. in Futur Antérieur. des marchandises (informationnelles ou non). technique.la socialisation coopératrice est en train de basculer d'une coopération réglée sur des bases fonctionnelles vers une communication intersubjective pour des raisons propres à l'efficience contemporaine du . Paris. 156. résumé par Lefebvre. [27] Philippe Zarafian écrit à ce sujet : ". [20] Par exemple. Paris. p.cit). depuis la révolution industrielle au moins... fille putative des télécommunications. François Ascher explique : "La résurrection des villes au XII[e] siècle n'a pas été le "résultat" de la renaissance routière mais plutôt sa cause. en revanche. Le Seuil. n° 29. Dunod. L'émotion. [22] Ainsi la sociologie de la communication massmédiatique s'intéresse-t-elle de plus en plus à la réception plutôt qu'à l'émission. c'est qu'ils sont déjà lus. 12. été 1995. p. p. La Découverte. serait dû à l'invention du collier de cheval. Paris. quasiment l'une de ses propriétés ontologiques. semble congelée dans le message. Paris. Patrice Flichy discute les principales théories de l'innovation technologique et montre. 35 [18] Dans L'innovation technique (op.

Les archives de radiotélévision. mais l'institution même de l'événement archivable". des relations sociales dans les environnements simulés. p. sans distance de temps. dans son cerveau et dans son âme.. [35] Jacques Derrida.) [28] Ainsi. 81. p... des adresses.Perméabilité du musée aux technologies numériques".les dimensions productives de la communication. op. 15. cit. 36. à cet égard. Pompidou. l'automation dans les usines. p. [34] Jacques Derrida. 1993/2. . 14.." (La place des chaussettes. cit. est l'un des problèmes majeurs de l'art contemporain. d'occurrences de décors. p. et ne l'aura jamais fait. cit. etc. in Futur antérieur. 30. notamment topographique." (Travail industriel. L'INA expérimente déjà des programmes de reconnaissance et d'indexation automatique de la parole pour numériser les fonds sonores radiophoniques et télévisuels. [40] La mise en patrimoine permanente. p. [38] ". il rapproche directement "l'innovation technologique" dans la production des "phénomènes d'immatérialisation du travail à grande échelle" (La première crise du post-fordisme. Rio de Janeiro. par exemple. op.) avec une certaine dévalorisation de la mémorisation (échanger puis oublier. 1996). 107. 107/123.les problématiques du design et de l'innovation face à la dématérialisation des processus productifs" (Giuseppe Cocco. [41] Internet offre.. Galilée. 1997. 1995. le seul moment de l'enregistrement conservateur. Toni Negri. 1998. l'hégémonie croissante du travail immatériel". qui fait produire l'ouvrier. Au-delà de l'aspect strictement spatial. Quant à l'indexation automatique de l'image -beaucoup plus complexe encore-.. 34. [33] Jacques Derrida. Paradigmes du travail. [37] Jacques Derrida. p. pp. . cit. Centre G. Paris. n° 16.I. décrivant les difficultés de la gauche à affronter la "nouvelle phase de l'organisation du travail et de la société" exprime ainsi "l'évidence qui s'imposait" : "l'informatisation du social. la dite technique archivale ne détermine plus.. Université de Bourgogne. (Voir Francis Denel. des chemins empruntés. Op.) [29] "Travail immatériel" devient parfois quasiment synonyme d'informatisation ou de "transmissible par réseau". cit. la nouvelle machine qui commande le travail vivant. Paris. [39] La question du dépôt légal de l'audiovisuel pose des questions voisines... p. Paris. par exemple) commencent à en être maîtrisés. op. cette notion s'élargit à la construction. in Futur antérieur. Mal d'Archive. [30] La "proxémique virtuelle" étudie la manière dont des acteurs situés dans des espaces virtuels façonnent les relations spatiales. [36] Jacques Derrida. patrimoine et objet/sujet de recherche.) L'automatisation du prélèvement s'y concrétise dans la perspective de l'analyse documentaire. 1993/2. Christian Marazzi écrit-il : "Le nouveau capital fixe. Jacques Derrida. cit. p. Lettre de présentation du projet de recherche. socialisations et liberté.Les nouvelles articulations territoriales de l'organisation industrielle.travail coopératif. B. pour qualifier le "travail immatériel". 1997. Elle développe des projets dans trois directions : " . op. in Rencontres Médias 1. 11). 107. [31] Un certain nombre de recherches en sociologie du travail et des organisations sont engagées sur ces questions. le travail diffus. op. Paradigmes du travail. Quelques lignes plus loin. Italie et Allemagne). conservation automatique des paramètres des connexions. note 1 p. comme des musées de même nom : difficultés d'une critériologie et obsession patrimoniale s'y conjuguent. l'émergence du multimédia et les nouvelles figures productives de l'industrie culturelle. L'éclat.P. C'est le cas notamment du programme de recherche international "Territoire et Communication dans le Post-Fordisme" débuté en 1997 qui rassemble des institutions universitaires brésiliennes et européennes (France. rafraîchir l'information sans conserver . selon la passionnante thèse de Corinne Welger-Barboza : "Le devenir documentaire du patrimoine artistique . [32] Jacques Derrida. certains aspects (repérage automatique de changement de plans. aussi bien entre eux qu'avec les dispositifs qui les entourent. pour être tendanciellement toujours plus dans le travailleur même. n° 16. un exemple assez clair de mixage d'une obsession accumulatrice (rassemblement de la mémoire mondiale en ligne. perd sa caractéristique traditionnelle d'instrument de travail physiquement individualisable et situable.

Délire et rêves dans la <<Gradiva>> de Jensen. cité par Derrida. p. p. p. cit.. L'œil et l'esprit.. cit. etc.. Idées. 27. 132. op. 36/37. 1906-1907. 225. op. cit.). Op.. Paris. Folio. Gallimard. p. p. op. 109. . NRF. [46] Maurice Merleau-Ponty.les anciennes versions. p. cit. 1964. [45] Jacques Derrida. [43] Jacques Derrida. [42] Jacques Derrida. [44] Freud. 137.

des transactions bancaires à l'éducation. le récit interactif délivre cependant de précieuses indications sur les spécificités du régime de la communication interactive. Ces considérations forment le premier volet de ce chapitre. Il contraint. Elle tentait de désigner une forme de communication entre programmes et sujets humains au moment où les concepteurs parvenaient à déposer dans les programmes des fragments d'autonomie comportementale. de récepteur. Elle n'y est pas non plus totalement étrangère. une troisième partie concernera le récit interactif. les catégories classiques d'émetteur. par ailleurs. Au delà de l'utilisation en tant que technologie éducative. D'où notre proposition d'un soutien systématique à un home multimédia personnel et collectif. En insérant un agent actif -le programme.favorise alors naturellement la production d'applications interactives. que nous évoquerons plus avant) aucun concept n'est venu substituer son caractère général. au deux sens du mot. ou encore entre l'interprétation et l'orga- . smarts technologies. de nouvelles propositions sont apparues autour de la notion de "programmes génétiques". Une deuxième partie s'attachera aux enjeux plus particulièrement éducatifs de l'interactivité. lesquelles ont permis l'éclosion d'une grande variété d'activités sociales. On en discutera sous trois éclairages. etc. de message et de canal de communication entraient en mouvement et se bouclaient. On s'appuiera sur l'analyse des logiques propres au multimédia qui transforment profondément déjà les postures lectorielles en les chargeant de nouvelles dimensions éditoriales. à mettre à l'épreuve certaines épistémés majeures de la narration classique telles que les rapports entre l'auteur et les personnages. est un concept toujours productif.entre l'usager et la machine. Alliée à l'individualisation des usages des ordinateurs cette situation allait provoquer des bouleversements dans les schémas traditionnels de la communication. mais elle souffre d'un excès d'usage lié à sa considérable extension pratique. campait le paysage. on montrera pourquoi et comment devrait s'imposer un objectif central consistant à favoriser le "devenir auteur" des générations montantes (et des autres aussi. "agents intelligents". renouvelant les formes de rapports homme/programme ("vie artificielle". d'abord. Non pas qu'elle serait devenue inopérante. Notre hypothèse sous-jacente est donc que l'interactivité comme forme générale. En résultaient des scénographies de commerce inédites avec les ordinateurs. Enfin. des logiques de la communication numérique et de l'hypermédiation dans une perspective éducative. par exemple. On y prônera la nécessaire reconnaissance. l'interactivité est-elle un concept toujours pertinent ? Et sous quelles conditions ? Cette notion a mûri et ne se trouve plus couverte par la garantie de l'innovation communicationnelle. Mais.Chapitre V Retour sur interactivité L'interactivité est une catégorie propre à l'informatique des années quatre-vingt. même si de nouveaux champs de recherche sont apparus. bien sûr). Dans ce sens. de resserrer la définition de l'interactivité dans ses rapports à la simulation de la présence humaine comprenant ses dimensions à la fois langagière et corporelle. menus déroulants. En effet. Un bouillonnement dans l'invention de nouvelles d'interfaces dites "intuitives" (souris. On tentera. La notion d'interactivité s'accorde assez mal à ces nouveaux cadres narratifs ou scénographiques. l'interactivité est l'un des costumes possibles du concept "d'autonomie intermédiaire" propre à l'automatisme informatique : stabilité du moteur (le programme) et multiplicité des figures qu'il déploie et interprète. renouvelant ainsi les séparations fondées sur la culture du livre.) allant de pair avec le développement de la micro-informatique. On décrira comment la culture de l'interactivité -redistribuant les notions de message et de récepteur. On y envisagera quelques réévaluations afin de renouveler le concept. Région plus délimitée. entre l'activité d'écriture et le récit produit. revue et corrigée. Je suggère pourtant que nous ne rangions pas l'interactivité dans la remise des concepts obsolètes. des jeux à la bureautique. Aujourd'hui. L'essor de ce qu'il est convenu d'appeler le "multimédia" a considérablement accéléré et radicalisé ce mouvement. qui pourrait constituer l'objectif fondamental d'une politique éducative en harmonie avec la culture de l'interaction numérique. en effet.

par exemple. c'est son auto-constitution comme sujet actif par rapport à ce qu'on lui adresse"[47]. liberté en cage ? Ouverture illusoire. Être "passible" de l'œuvre d'art. c'est-à-dire y être confronté comme membre d'une communauté. conception de la navigation hypermédiatique gouvernant les trajectoires dans l'espace du récit. Des œuvres "interactives" sont venues confirmer. de surcroît. Ainsi écrivait-il : "On ne demandait pas des "interventions" au regardeur quand on faisait de la peinture. comme l'explique Jean-Pierre Balpe. Il est vrai que. qu'à travers ces œuvres et quelques autres. nature des programmes qui organisent la production narrative et ancrent la posture du spectacteur).nisation matérielle du support. qu'elles pouvaient provoquer. des théories fictionnelles de la vie qui se tiennent en arrière plan. avant d'entrer dans le vif du sujet. le récepteur est l'un des paramètres du modèle global organisant le système interactif. travaux dont il sera fait mention ultérieurement). au sens théâtral ou encore l'acteur dans une acception sociologique (l'acteur social). Alors. ni programmation univoque) pour la reléguer -comme le fait Jean-François Lyotard.de Jean-François Lyotard rejoint. par certains aspects. implicite. on alléguait une communauté. c'est qu'il ne se laisse pas décontenancer.. puisqu'il accouple la fonction perceptive "spect" (regarder) à l'accomplissement de l'acte. La dimension gestuelle de la posture interactive apparaît alors comme synonyme de maîtrise. On adresse alors un grief. par opposition à l'appréciation mentale. Place . par habitude. pour Jean-François Lyotard. "une catastrophe des sens". Je précise que dans mon esprit. Et pourquoi ne pas imaginer. (On pense.. dans la scénographie de l'interaction (design des interfaces. La notion d'interactivité est alors perçue comme incitation/valorisation de "l'activité" au détriment. l'interactivité est critiquée comme illusion de réciprocité. par divers éclairages. il me semble nécessaire de délimiter plus précisément la signification du néologisme proposé de spect-acteur. à des installations en Réalité Virtuelle comme Handsight d'Agnès Hegedüs. le récit interactif révèle qu'à travers les questions de la séquentialité du récit. consistant à lui reprocher son incapacité à simuler pleinement les relations vivantes. Rien pourtant ne permet de fonder l'antinomie gestuelle/suspension possible de la signification. ce sont toujours. c'est. comme si la projection active dans une scène avait obligatoirement comme corollaire une abdication de la sensibilité.dans le champ de la communication instrumentale. c'est au contraire. une prétention à la maîtrise ? Depuis assez longtemps. tout comme les œuvres classiques. Et le trait d'union est essentiel. Sur l'autre versant. une communauté "d'interactants" serait en train de se rassembler. par exemple. selon l'expression imagée de Marc Le Bot[48]. mais mobile. que celui qui reçoit ne reçoive pas. Mais de manière peut-être plus essentielle encore. affirmait Jean-François Lyotard. On lui refuse alors son statut d'entre-deux (ni rencontre directe avec une subjectivité. le spect-acteur se trouve dans une situation inédite d'ouverture limitée : contraint. Enfin. de la "passibilité".A User's Manual de Jeffrey Shaw. Ménagerie de Susan Amkraut et Michael Girard ou encore Tunnel sous l'Atlantique de Maurice Benayoun. Mais cette restriction vaut surtout pour le concepteur.dans la relation auteur/lecteur. Alors que dans les récits linéaires ces théories s'expriment surtout dans la matière narrative. à la situation interactive. Ce qui est visé aujourd'hui. redevable de l'opérationalité technique. de la présence du spect-acteur dans la narration ou de l'irruption d'un tiers -le programme. des temporalités de sa réception. la notion d'acteur ne désigne pas ici les espaces de liberté dont jouit l'interprète. un autre genre de réfutation qui prétend souligner l'impuissance de l'interactivité à se faire l'écho de l'infinie souplesse des comportements humains. Il renvoie directement à la notion d'acte. C'est pourtant ce caractère d'entre-deux qu'il faut reconnaître et que je revendiquerais comme posture spécifique passionnante. une position qui tranche radicalement avec l'interactivité. quasiment au sens gestuel. on le verra. "passibles" d'émotions esthétiques en partie communes ? La critique -voire le mépris.L'interactivité : quelques réévaluations L'interactivité. comme l'affirment ceux qui craignent le piège d'un affranchissement surveillé (et qui font mine de reprocher à l'interactivité ses limites alors qu'ils préfèrent. ici elles se font jour. A . les barrières traditionnelles qui enserrent les œuvres indéformables classiques) ? Je préfère retenir l'idée que interactivité apparaît comme une nou- . un renoncement à une exigence de confrontation et l'impossibilité d'une suspension du contrôle ("se laisser décontenancer").

est-ce une bonne approche ? Épurons toute illusion quant à une possible simulation adéquate du sujet humain. en effet. les visites de villes ou de musées. Simulation ne veut pas dire reproduction à l'identique. parcours qu'on adresse à soi-même où le programme fonctionne comme un stimulateur de composition de rôle.de l'interaction. si elle peut exprimer une assez grande variété de situations où l'interaction se déroule à travers l'activation d'interfaces. histoire. une épreuve de pilotage d'engins. est un horizon. Or. créativité.mais exige qu'on la reconnaisse comme telle. intentionnalité. Méta-communication : on actualise les programmes conçus par d'autres pour se fabriquer ses propres programmes d'écriture. Auto-communication : message. il résulte que les activités corporelles sont simplifiées. la spécificité de ces cadres d'actions résulte de la modélisation préalable des micromondes imaginés ainsi que de l'usage indispensable d'interfaces adaptées. désignant par là les situations où le langage n'est pas le vecteur principal -ni même obligatoire.velle condition de la réception et l'interpréter comme l'indice d'un désir collectif d'assouplissement des limites nous y reviendrons. Elle ne désigne pas avec une précision suffisante une grande diversité d'applications où l'activité corporelle est. Dès lors l'analyse de la confrontation interactive ne saurait se limiter aux références empiriques (simuler les compétences langagières et comportementales humaines). de menus ou de zones sensibles sur l'écran. Ce désir est la condition spectatorielle actuelle -ce qui ne dévalue pas ses anciennes formes. des activités corporelles telles qu'un déplacement dans l'espace. dans nombre de cas. elles sont aussi reconstruites. compréhension partielle des énoncés.). Dans une perspective complémentaire. de consultation de banques d'informations. reposent sur de telles "simulations corporelles". au sens informatique du terme. L'interactivité est alors considérée à la fois comme auto-communication et comme méta-communication. dont leur "programmaticité". réinterprétées. on doit considérer que l'interactivité construit son spect-acteur. etc. c'est-à-dire un mode singulier de commerce entre des subjectivités et des supports obéissant à des contraintes particulières. et éventuellement prolongées par des outils cognitifs puissants. un combat de rue ou une compétition sportive ? La grande majorité des jeux vidéos. Cette notion doit. de mise en scène d'espaces. ce cadre d'analyse[49] m'apparaît valide. Même si la tentative de simulation de l'autre demeure une première ligne d'analyse valable. la notion "d'interactivité de commande". etc. Mais. de restituer. de circulation dans les récits. une référence pas une présence susceptible d'être dupliquée à l'identique. D'où l'analyse de la posture interactive comme relevant d'une double détermination. "L'autre". bande dessinée. directement l'objet de l'interaction. l'articulation centrale qui organisait l'analyse de l'interactivité comme "simulation de l'autre" séparait l'interactivité langagière (échanger du langage contre du langage) de ce que j'ai appelé "l'interactivité de commande". dans la situation interactive. n'est pas assez spécifique. cependant. Simuler l'autre. Interactivité "de commande" ou "simulation corporelle" ? Dans cette perspective. elle doit éviter une dérive mimétique. pour le pire et le meilleur (qui nous intéresse principalement). comme dans les visites de villes. en tant que telle. intelligence parcellaire de la situation) mais pas l'intégralité de sa personne (réactivité. déformées afin qu'elles puissent s'exprimer dans ces conditions. afin de tirer partie de la malléabilité des univers numériques fictionnels et de leurs potentialités. En effet. Ne s'agit-il pas.). les univers virtuels basés sur la communication par avatars interposés. récit. est certainement la principale. qui n'ont pas de référent dans la confrontation avec d'autres supports (livre. être maniée avec une certaine prudence. de la même manière que le livre construit son lecteur et un public de lecteur. Moyennant quelques rectifications. Ouvrir . par exemple.que du récepteur. de musées ou la plupart des jeux vidéos. De cette double contrainte. film. etc. L'interactivité matérialise alors des rapports au récit. Il faut l'appréhender comme une catégorie de la communication. Certains signes de sa présence sont manifestes (réponse. dans le cadre d'un espace contrôlé par programme.et ceci aussi bien du point de vue du concepteur -qui vise une maîtrise en surplomb.

L'interactivité s'exprime alors non pas dans un échange avec un programme fermé. lesquelles ordonnent ses réactions. une image bordée. c'est qu'elle est devenue sensorimotrice par l'effet de l'incorporation du geste. dans sa mise en mouvement par les spect-acteurs. de l'action. on le rappelle. Un corps virtualisé face à des quasi-sujets La place du corps dans les démarches d'apprentissage n'est certes pas un thème inédit. combiner des agents procéduraux) pour que l'automate se comporte selon le projet anticipé. dans une démarche à la fois analytique (réduire le complexe au simple. Avancées que le développement en cours d'interfaces à retour d'effort -tel que le manche à balai rétroactif SideWinder de Microsoft décrit au chapitre I.ne manquera pas encore de prolonger. le cliquage ou le maniement des commandes à l'intérieur des scènes explorées apparaissent alors comme des mouvements corporels esquissés et accomplis dans le système de contraintes propre aux diverses scénographies. films). pratiquement. Déjà Seymour Papert promouvant l'environnement LOGO dans une stricte filiation piagétienne.l'activité de programmation est un apprentissage au modelage de micro-mondes. l'inconnu au connu) et synthétique (fabriquer du complexe avec des séquences simples. érigeait les échanges corps/intellect en articulation centrale de la formation à une posture d'épistémologue[50]. ou tête. afficher les actions passées. On le sait. toutes actions possibles dans ces univers. Le déplacement de la souris. c'est-à-dire selon son expérience singulière de l'espace. prolongeant celui-ci.. L'autre sens. Ce serait ces "sensations musculaires naissantes" qui régleraient notre présence dans ces univers. Les jeux d'aventure confrontent -par une voie symétrique..afin de se mouvoir dans les espaces virtuels mis en scène (ville. où le corps propre sert de milieu d'expérience pour. terrain de sport. On rejoint ici la problématique de la présence du corps à distance. .). à la différence qu'il ne s'agit plus là seulement de perception mais aussi d'action. la qualité graphique des espaces tridimensionnels conçus dans ces jeux ainsi que le raffinement des interfaces augmentent le réalisme des déplacements dans les situations de découvertes -quasiment corporelles.). par une incarnation non strictement imaginaire (à la différence des autres régimes iconiques : dessins. Il s'agit de programmer les comportements souhaités d'un automate graphique. proprement phénoménologique. mais dans la construction d'un micro-monde par création de programmes (LOGO) ou à travers la découverte des principes d'une quasi-vie artificielle (jeux d'aventure). C'est une image kinesthésique. mais les environnements interactifs ont renouvelé l'approche des échanges entre le corporel et l'intellect. Le corps est alors réduit à un ensemble de compétences limitées. Démarche inductive expérimentale. Aujourd'hui.l'exploration corporelle et la symbolisation. etc. une géométrie à partir de son propre schéma corporel. La méthode ? S'identifier à la "tortue" afin d'imaginer. de ce modèle élaboré). en sortir . musée. la principale caractéristique de l'image numérique actée. photographie. Bâtir des programmes d'animation pour "apprendre à apprendre" : c'est bien en invoquant la puissance virtuelle et interactive inégalée du milieu informatique que Seymour Papert. etc. visionner le panorama du champ de bataille. c'està-dire abstraire des régularités générales par l'auto-construction des connaissances en milieu favorable. Il est déplacé à distance par formalisation -c'est-à-dire simplification et amputation. ses collaborateurs et les équipes éducatives conquises par cette démarche affirmaient l'actualité de la révolution éducative qu'ils appelaient de leurs vœux.tout en alimentant la sophistication des univers sémantiques à explorer et à ordonner.une fenêtre sur l'écran pour prendre connaissance de la position des adversaires. par exemple. bras. (C'est. On pourrait évoquer les fameux "schèmes moteurs" situés à la frontière du corporel et du mental. Mais c'est un corps articulé à toute l'ingénierie des interfaces. Le corps propre est à la fois réduit et retravaillé par les interfaces spécifiques à chaque application (joysticks manipulant jambes. capteurs de position de la main ou du corps pour les jeux en Réalité Virtuelle. via réseaux. étant le déplacement de présence. que Bergson invoque pour établir sa théorie de la perception. Dans la philosophie éducative bâtie autour de LOGO -construire ses connaissances dans des milieux favorables à leur croissance. à l'intérieur des cadres d'actions simulés. le premier sens de "virtuel" : l'objet virtuel résulte d'une modélisation numérique et matérialise un déplacement d'existence.

comprendre les effets de nos actions et s'approprier le sens des environnements qu'on modèle et qui nous modèlent. Il s'agit bien. Il faut imaginer des régularités dans ce qui paraît mystérieux et insaisissable. ici aussi. de devenir épistémologue. Ces jeux font dériver les conjectures de l'incubation psycho-corporelle dans un milieu virtuel fortement réaliste.) poursuivent le mouvement enclenché dès l'invention par Türing du premier langage d'assemblage. mais de manière moins "scolaire". Les couches actuelles (Windows.L. la notion d'interface. que s'élabore finalement le travail "ethnologique". incorpore sans cesse ce qui à l'étape antérieure se situait à l'extérieur. L'induction.T.L. bureau Macintosh. organisation générale des informations. C'est par une immersion dans un monde aux formes visuelles et sonores particulièrement soignées et aux interactions comportementales précisément construites. la symbolisation des relations entre les acteurs humains et non-humains sont bien entendu des activités intellectuelles. au cours de son histoire. qu'on appelle désormais "graphique". de manière normative. la création du code H. Et ce mouvement ne se dément pas aujourd'hui. le pointeur prend la forme d'un viseur. Par exemple. dans cette même direction. Myst ou Riven. avec ce que cela comporte de résistances et de vertiges. Interactivité et interface L'interface se définit comme un organe de communication entre l'homme et l'ordinateur. elle est devenue outil de manipulation posé à la surface du programme. etc. alors que le langage de rédaction de pages Web. les programmes multimédias ont modifié.M. plus vivante : une analogie -très. instrument de navigation. voire épistémophiliques : induire les règles implicites pour sémantiser l'univers. s'agissant de l'exploration d'une photographie. l'excitation de la découverte et la jubilation lièes à l'accroissement progressif des espaces de libertés. en point de passage obligé vers les rivages de "l'épistémophilie". à condition. Par exemple. Ils exigent de conceptualiser progressivement les interactions avec les univers virtuels scénarisés et de contextualiser les connaissances acquises (ce qui paraît anecdotique dans une phase du jeu peut se révéler décisif dans une autre). Dans les deux cas. Alors que LOGO met en jeu un corps intellectualisé (il s'agit de trouver les règles abstraites permettant les déplacements corporels de la "tortue" afin d'accéder "naturellement" aux démarches d'apprentissages inductives et déductives). exprime directement les mondes qu'elle permet de découvrir. en effet. Or. c'est l'inverse. Il ne s'agit plus de programmer des automates. D'organes externes permettant l'interaction homme/ordinateur. Avec le développement des progiciels. se popularise. Ainsi en est-il. ou du plaisir de dénouer des intrigues (jeux d'aventure). bien sûr. une tendance très nette à ce que l'interface.T. H. Ainsi que le signale Jean-Pierre Balpe[51]. L'interaction avec des quasi-sujets (l'automaticité des programmes qui animent la tortue LOGO ou la quasi-vie des mondes virtuels dans les jeux d'aventure) médiatisent souvent ces situations déstabilisantes. pas son préalable. sont des formes différentes de distanciations.. par exemple. Qu'il s'agisse de vérifier la pertinence de ses anticipations (LOGO). les jeux d'aventure sont des milieux propices à l'induction. mais d'induire les règles de fonctionnement de mondes inconnus à partir de leur fréquentation. font appel à ce qu'on pourrait appeler un intellect corporéisé. en revanche.Avec les jeux d'aventure -Myst ou Riven sont parmi les meilleurs exemples-. lorsqu'on découvre un pays étranger avec ses mœurs. de manière quasiment transparente à l'utilisateur. à la fois moyen de sélection des commandes.ou induire. etc. sont de puissants moteurs cognitifs. il s'agit d'environnements qui incitent à une mise à distance de soi.simplifiée de la "vraie vie" où il n'y a pas de différence entre agir. Dans les deux cas (LOGO et les jeux d'aventure) la visée est épistémologique. ce qui ne saurait être érigé.. faire des hypothèses et vérifier leur consistance. percevoir. mais ici elles sont favorisées par une présence corporelle virtuelle. l'interface tend à disparaître comme . symbolisation des univers délimités et prescription de comportements pour l'interactant. On note.M. Anticiper -"programmer" veut bien dire étymologiquement "écrire à l'avance". : comprendre les règles de fonctionnement est le résultat des interactions. ses coutumes. de nouveaux langages en surplomb assurent. schématiquement. qu'on se reconnaisse dans ces aventures et qu'on s'y risque . Plus même. l'informatique a constamment déplacé la frontière entre l'intérieur et l'extérieur selon un mécanisme qui.

Désir et déception Au fondement de l'image interactive gît le désir de faire reculer les limites imposées par l'enregistrement. Les programmes multimédias accroissent le trouble de la finitude alors même que leur principe consiste à élargir le champ des possibles (mille images actualisables à partir d'un modèle. mais que dissimule sa surface visible ? "Derrière chaque caverne. produit éducatif. la troisième exploite les potentialités propres de certains programmes informatiques[54].fonction séparée et à s'intégrer aux constituants de la scène. il s'anime. chaque titre de CD-Rom. des milliers de trajets envisageables dans une scène). passer en roll over sur un tableau. toute liberté nouvelle secrète des angoisses et des défenses. glisser sur le bord inférieur d'une page. En prolongeant ce propos. Tout en tenant compte des interventions de l'interactant. ils calculent des trajectoires dans des univers selon des programmes matérialisant les principes "vitaux" à l'œuvre dans ces mondes installés et réagissent selon les actions déjà entreprises. de sortir de la culture de l'audiovisuel. plus de barre de menus en haut de l'écran : ce sont les objets de la scène eux-mêmes qui deviennent sensibles. quelles investigations peuvent-elles s'y développer ? Bref. Outre ces fonctionnalités. l'interface définit un mode de fréquentation de l'univers façonné. La présence de l'interactant dans la représentation en est majorée d'autant. Comme dans le monde réel. elle se tourne. on le sait. Les jeux vidéo d'action excellent à éliminer toute enveloppe graphique et relient directement les organes de commandes aux acteurs eux-mêmes. connotations repérables. Dans cette perspective. chaque site Internet. En effet. D'où l'anxiété induite par la recherche endiablée d'une augmentation des degrés de libertés dans le déplacement interne aux corpus. leur origine comme leurs déroulements. . alors. déformables. Pour le spect-acteur il s'agit alors de s'approprier tout à la fois les significations et les codes pour les enchaîner . non pas que montre-t-elle. On ne se demande plus. promettant un parcours sans fin. Désir d'un accroissement des espaces de liberté. on pourrait soutenir que l'image actée engendre une forme d'iconoclasme par excès d'iconophilie. sur une fenêtre. un peu comme s'il fallait reconstituer un livre à partir des lignes en vrac grâce à un vague manuel propre à chaque volume. elle s'ouvre. reportage. Cliquer sur le bouton du poste. encore assez sommaire. Ces deux branches -référant à la simulation de l'humain dans ses dimensions langagières et comportementales. Sur une palette de contraintes et d'habitudes plus ou moins communes. mais où se situent ses limites. il émet de la musique.). L'interactant est alors appelé à adopter une disposition archéologique. Les programmes "génétiques" illustrent assez bien cette perspective. alors que les deux premières dimensions référent à l'interactant. la déception est peut être salutaire. Une nouvelle série de jeux. si l'image exprime ou déforme son référent. hiérarchies entre les personnages. dont "Créature" est un premier exemple. Elle précise la posture suggérée à destination de l'interactant et institue le cadre de référence du monde proposé à l'exploration[52] : type de décryptage souhaité (fiction. invente ses interfaces graphiques et s'ingénie à proposer des modalités de circulation inédites. Il s'agirait de faire rendre à l'image plus que ce qu'elle ne peut apparemment accorder.ignorent un type d'interactivité qui ne se rapporte pas à l'activité humaine et qu'on pourrait qualifier d'automatique. jouant probablement comme une réassurance face aux vertiges de l'affranchissement du parcours unique. questionnant la surface qu'il sait gouverner l'accès aux mondes sous-jacents. découvrant que des frontières bornent toujours ces parcours. de voir reconnaître au spect-acteur ou au lect-acteur une présence dans les scénographies. Un modèle à trois branches La dichotomie interactivité langagière/interactivité de commande ne permet pas d'appréhender l'une des dimensions possibles de cette relation. exploite cette nouvelle direction. L'interface devient interne à l'événement . Le mode d'emploi devient un enjeu sémantique et dramatique (d'où certaines résistances du grand public à s'approprier ces propositions[53]). Mais aussi. les objets sont devenus mobiles. jeux. les scénographies numériques approfondissent la déception de buter sur des limites. etc. etc. actifs. une caverne plus profonde". qu'ils soient à caractère narratif ou consultatif ? Or.

on le sait. et finalement agissent avant même qu'on ne leur demande. On retrouve des séquences de dialogues interactifs lors des phases d'initialisation (paramétrages) et d'échec (nouvelle programmation).et pour cela lire les textes des autres comme les siens. Le programme ne se contente pas de réagir aux actions de l'interactant. produirons des "descendantes" remplaçant les images éliminées. avance dans un univers de briques qui se creuse au fur et à mesure de sa progression. Il s'agirait là d'une interactivité voilée (du point de vue de l'interactant) . Une communication implicite prend la place d'un échange intentionnel explicite : une modalité d'une relation maître/esclave. les apprentis-auteurs explorent. Karl Sims qualifie l'installation "d'interactive" et écrit : "Ainsi. d'un réglage comportemental les "objets intelligents" s'ajustent à nos comportements et s'auto-définissent dans un rapport adaptatif. Les visiteurs sélectionnent celles "qui seront amenées à survivre" lesquelles. On peut considérer que le visiteur collabore avec le programme pour déclencher un processus évolutif. l'humain se sait épié et aidé par l'agent logiciel sans qu'il le sollicite volontairement. Dieu est-il plat ?[55] peut être qualifiée d'interactive. en manipulant une souris. avec Genetic Images[56]. un enjeu politique "Devenir auteur" tel devrait être la devise inscrite au fronton du multimédia à vocation éducative. Le spect-acteur. Pour rendre compte de l'interactivité comme forme de communication homme/machine. B . c'est la déambulation qui crée elle-même la topographie de l'exploration. non pas d'un commerce bilatéral mais d'une sorte de capacité réflexe déposée dans des logiciels. Il s'agit de créer une vie "artificielle". mais en y incluant l'activité propre du programme qui influe de manière déterminante sur les choix proposés. il s'agirait là moins d'une interactivité avec des "contenus" déjà constitués que d'une interactivité qui confronte à des logiciels-outils. Tout changement de direction provoque la création d'un nouveau couloir dans lequel il découvrira des représentations de Dieu. mais surtout à provoquer naturellement une mise à distance de soi. cependant. c'est-à-dire qui se veut non intentionnelle (mais qui. L'ordinateur (un supercalculateur massivement parallèle de Thinking Machines) affiche une série de seize images sur des écrans vidéo. nous scrutent. En dehors de ces moments. au sens darwinien du terme. il est sans doute nécessaire de substituer à un modèle binaire (interactivité langagière/corporelle). il fabrique les choix de circulation selon les trajets déjà effectués. Le processus peut alors être réédité à l'infini. On rappelle d'abord que l'apprentissage de la lecture n'a de sens que conjointement à celui de l'écriture. muet qui n'affirme explicitement son existence qu'autant qu'il échoue à satisfaire nos besoins. La visée ne consiste pas seulement à permettre l'expression écrite de la pensée. de même que le déplacement dans les images de certains mondes virtuels ou les générateurs d'images illustrant les principes de la "vie artificielle". On le verra. dans cet écheveau de règles et de contraintes. s'inspire directement de la "vie artificielle".Le générateur littéraire de Jean-Pierre Balpe -sur lequel nous reviendrons. ce sont les visiteurs qui déterminent interactivement <<l'aptitude>> des images à survivre"[57]. ne peut se passer de l'installation -nécessairement intentionnelle. ces programmes substituent un rapport docile.se rapproche de cette voie. Ainsi l'installation de Maurice Benayoun. Rien de moins que transformer de jeunes enfants en auteurs. par combinaisons et mutations algorithmiques. par exemple). dans cette évolution artificielle. Une interactivité voilée Avec les nouvelles générations d'objets "intelligents" évoqués au chapitre un (smart rooms ou smart clothes. apprennent nos habitudes. raffinent et finalement . Karl Sims. car dans cette situation. Dépositaires d'une réactivité. au sens plein du terme : devenir auteur écrire. Conduire le passage à l'écriture. se fait jour une autre modalité de la communication homme/machine.d'un moteur non intentionnel). l'une des missions essentielles de l'éducation. afin qu'à travers cette extériorisation. c'est. l'esclave n'est remarqué par le maître que s'il défaille.Éloge des savoir-faire intermédiaires ou le home multimédia. un modèle à trois branches incluant cette dimension de composition automatique. À la notion d'interaction (entre un programme et un sujet humain). Les chemins ne sont pas déterminés a priori. Ces objets nous écoutent.

"prendre en soi"). L'interactivité est considérée ici comme espace techno. avec effacement de la séparation entre lecture et écriture. je suggère de reconnaître et de consolider le statut intermédiaire entre ces positions : ni lecture -qui laisse inchangé le texte lu. pour autant parler. que les nouveaux systèmes symboliques numériques se doivent de prolonger. proche de "réception" et "production"). Radicalisant ce qu'annonçait déjà l'écriture et l'imprimerie -l'utopie de la République des Lettres. par exemple.produisent. s'agit-il alors toujours d'écriture ? Incontestablement. pour le lecteur suivant qui parcourra l'hypertexte transformé. C'est le point de vue. par exemple. d'écriture ? Bien sûr. ("Lecture" et "écriture" sont à considérer ici dans un sens élargi.ni écriture.la création en tant qu'auteur. il me semble judicieux de situer trois types de fréquentation des programmes multimédias interactifs dans leurs rapports à la "réception/production". la navigation dans des contenus stables (CD-Rom ou sites Internet) où. s'il est vrai que l'interactivité dans le contexte de l'hypermédiation fait émerger de nouvelles pratiques d'expression/réception (que. en créant de nouveaux liens. Mais.. Vers une lectacture La navigation interactive n'est pas une écriture. modifiées. peut être sera-t-il enclin à les emprunter (ou à s'en détourner). par ré-flexion. où chacun est aussi bien lecteur qu'écrivain. Certains systèmes enregistrent les chemins de lecture et renforcent. artiste ou professionnel. Pour aller à l'essentiel. même si leurs frontières sont mobiles : . me semble-t-il. Lire un texte.deviendrait. tentent de circonscrire).enfin. stratégique. ou affaiblissent les liens en fonction de la manière dont ils sont parcourus par la communauté des navigateurs"[58]. on franchit un pas de plus en tentant de faire fusionner l'auteur et le lecteur. Une forme de cette tentative consiste à considérer. . la production de type home multimédia. . Utopie démocratique. De toute manière sa circulation en sera remaniée. dont l'idéal consiste à demeurer inaltérée . qui on le verra. le comprendre (étymologiquement. qui stabiliserait une production intermédiaire entre réception et expression. possèdent tous leur légitimité propre. si tant est que la première ne souffre pas de remise en cause fondamentale.culturel singulier où commercent auteurs et récepteurs par programmes-outils interposés. de Pierre Lévy lorsque qu'il écrit : "Le navigateur peut se faire auteur de façon plus profonde qu'en parcourant un réseau préétabli : en participant à la structuration de l'hypertexte.symétriquement à la position d'auteur. Mais avant de poursuivre cette réflexion. notions qui n'ont de sens historique que relativement à des supports stables. la situation de lecture doit être différenciée de l'activité d'écriture même si les supports numériques ouvrent à un concept de lectacture. consiste effectivement à le réécrire intérieurement par une série d'aller retour entre prédiction de ce qui va suivre et réajustement du sens de ce qui précède (comme pour l'appropriation orale). les significations du document seront.. ou de home multimédia présentées plus en avant. L'invitation à la navigation hypertextuelle se conjugue pour nombre de commentateurs. typique d'une activité à finalité clairement éditoriale. Ayant affaibli la distinction entre lecture et écriture. de ce fait. Mais peut-on. leurs idées. on peut arguer du fait que l'écriture ne se confond pas .l'interactivité informatique nous plonge dans un milieu encore plus favorable pour expérimenter des agencements inédits entre ces deux postures. L'argumentation se construit en commençant par souligner que toute lecture est une réécriture interne du texte lu. même si elle se confronte à la recherche de langages inédits. les notions de lectacture. Nous concentrerons notre attention sur les deux dernières situations. une écriture. Si certains chemins sont soulignés. elles aussi. renforcer des chemins). par exemple. que la navigation hypertextuelle -pour peu qu'elle puisse modifier le graphe de circulation (ajouter des nœuds. même si le lecteur peut modifier des liens ou ajouter des nœuds.

peut-on lui décerner le titre d'écriture ? À ce compte n'importe quelle succession de mots tirés au sort et alignés sur une page (ou un écran) peut déclencher une vague d'associations. Des home studio aux pratiques de copier/transforme/coller musicales (techno. par exemple). dessinent d'autres perspectives. ces deux pôles s'agencent mutuellement dans des contextes toujours collectifs. (Les jeux calligraphiques ou typographiques intentionnels peuvent. logiciels de traitement d'image fournis avec les appareils photographiques numériques et décalqués des outils professionnels de type Photoshop. n'est générateur de productions sémantiques et de postures sensibles passionnantes. et même si une instanciation suscite une modification interprétative pour un futur lecteur. De multiples développements (indexation de textes. en soi. c'est réécrire pour soi le texte. Lire. aujourd'hui. formalisation de chemins de navigations. etc. ni un poème. Non. Oui. ouvrir des champs d'expression sémantiques et esthétiques originaux). Mais la notion de lectacture n'est-elle pas trop fortement connotée par celle de "lecture". c'est enchaîner sur des lectures. éloignés. collages. conservations. juste un exercice automatique ou un test projectif . rabattant exagérément le sens sur le langage écrit. l'alliance des technologies d'inscription numérique et d'usages sociaux plus répandus qu'on ne le croit. sans toutefois les condamner à fusionner. le domaine musical offre un bon écho de ce qu'une réception/production mul- .avec la production sémantique (on peut noter des listes de mots ou de nombres sans rechercher à transcrire la pensée. alors qu'avec l'hypermédiation prennent consistance les pratiques croisées d'expression/réception iconiques. augmente la lecture sur supports stables. la lecture hypertextuelle multiplie. marquage de circulations. Indubitablement lecture et écriture. Par ailleurs. hypermédiature ? Le guichet pour déposer les néologismes est encore ouvert. Une offre logicielle grand public accompagne et fortifie cette alliance : boîtes à outils de toute nature. une écriture. progiciels de design d'hypermédias. surtout lorsqu'on vise des textes argumentatifs ? Agencer différemment l'organisation physique d'un texte. Un concept de lectacture est probablement à thématiser. eux aussi. de sampling etc. La lectacture. pôles que la lecture et l'écriture tenaient jusqu'à présent. Le home multimédia. ne sauraient être isolées l'une de l'autre. intermédiaires entre consultations. production d'agencements formels. logiciels d'échantillonnage musicaux. serait-ce à travers des négations trop rapidement posées (par exemple. et là c'est ce geste qui devient proprement une œuvre (les Cent mille milliards de poèmes de Queneau n'ont d'intérêt que par le dispositif imaginé pour les produire et non en tant que contenus). Mais dans ce cas. Mais comment éliminer. sauf si le dispositif de tirage est pensé en tant que tel par l'auteur. que si le dispositif de réagencement devient lui-même la composante essentielle d'une œuvre interrogeant ses différentes instanciations possibles et bousculant les coutumes lectorielles. house music)[59] en passant par les mix des raves. mobilisation de moteurs ou guides de recherche. comme dans la production audiovisuelle. citations. même sur supports stables. une activité en émergence On détecte une tendance malheureuse à analyser les nouvelles postures et les productions permises par la numérisation en les ramenant à des formes anciennes. Une lectacture permise par des supports dynamiques augmenterait encore les proximités entre les deux pôles. Or. le lecteur est devenu auteur). et dans une certaine mesure seulement. mais pas le compositeur. mais surtout réduisent les pratiques d'expression/réception sur supports numériques à celles qui se sont sédimentées dans la culture de l'imprimé. un enjeu politique Ceux qui considèrent que la lecture hypermédia s'identifie à une écriture simplifient par trop la question. d'arguments ou d'expressions d'états affectifs. au sens musical du terme . On pourrait alors envisager que cette lectacture puisse agir dans une zone intermédiaire entre la production et l'appropriation de sens.) font plus ou moins signe dans cette direction. On peut considérer que l'interactant devient en quelque sorte l'interprète de l'hypertexte ou de l'hypermédia. c'est même cela que visaient les premières inscriptions). éventuellement un virtuose. on tirerait profit de la définition de nouveaux concepts remplaçant celui d'écriture : balisage de chemins. émissions de liens et création originale de contenus. du champ de l'écriture la production d'idées. sonores et linguistiques ? Comment qualifier cet acte d'expression/réception ? Spectacture. Ce n'est pourtant ni un texte. et écrire. Même les notions de coauteur ou de co producteur paraissent trop imprécises (elles réfèrent à la collaboration de plusieurs auteurs approximativement de même statut. ce n'est pas. En fait. il me semble que par de nombreux canaux.

en trois dimensions. l'auteur multimédia n'est pas appelé à maîtriser les savoir-faire spécialisés qui demeureront l'apanage de professionnels.augmentera l'initiative des Internautes. L'usage de robots chercheurs est. Le développement de nouvelles normes d'édition de documents appelées à succéder à H. ici. lieu de la créativité dans un sens plus traditionnel. écrivain.). L'évolution propre des langages du multimédia incite à prendre résolument l'orientation du home multimédia. personnelle. et.T. SCOL devrait permettre aux Internautes de créer assez facilement leurs propres mondes virtuels en trois dimensions et d'y déposer leur avatar en scannant une photo. L'auteur-citoyen dans l'aire de la culture de l'écrit n'est pas obligatoirement un auteur au sens académique du terme (journaliste. chacun est conduit à utiliser des outils de complexités graduées pour des usages eux aussi gradués. par exemple.L. design d'interfaces graphiques. version moderne de l'imprimerie à l'école). afficher des sources documentaires ou lancer des applications. par la société Cryo. du langage SCOL est un bon exemple d'usages échelonnés d'un même logiciel. Le deuxième monde distribue à ses "habitants" des outils simples pour configurer. Et l'on voit bien que ces dernières compétences sont majorées au fur et à mesure qu'on évolue vers les univers professionnels. Mais. hier. Et si. notamment avec l'usage renouvelé de la pédagogie de projet autour d'Internet (réalisation coopérative de sites. De même.. le passage à la "home" exploitation dynamique des paysages d'informations est amorcé. etc. -tel que X. Levons. homme de lettres ou de sciences. par exemple. rédaction de textes où il se vérifie que les savoirs de la lecture/écriture "classique" demeurent fondamentaux dans ces nouveaux espaces expressifs. parallèlement les versions professionnelles se complexifient). limité dans la version antérieure à un appartement type dont ils ne pouvaient que personnaliser la déco- . tout le monde n'était pas appelé à écrire dans un journal et à l'imprimer. d'espaces de communication. il s'agira non plus de "consulter" des sites mais de transformer les pages reçues.l'école doit prendre en charge le devenir-auteur multimédia des enfants. de les recomposer et d'y ajouter des informations personnelles. De la même manière. Sur ce terrain aussi. langages de conception de sites sur Internet. etc. dans une perspective d'éducation et d'apprentissage. traitement d'images photographiques.M. La mise au point. gestion d'hyperdocuments.timédia est en passe de généraliser : un home multimédia élargi aux agencements conjoints des univers textuels. dans sa version de 1998. étendant ainsi des savoir-faire d'organisation de connaissances aujourd'hui encore spécialisés. Plus généralement. Dans ce sens -celui du home multimédia. Bien entendu. les premières strates documentaires.M. une manière naturelle de se déplacer sur le réseau : la mobilisation de tels automates devient une pratique de lecture/recherche "grand public". de sélection et d'agencements sont d'une richesse heuristique considérable.est proposé dans plusieurs versions de complexité et de prix différents selon qu'il s'adresse au grand public ou à des professionnels. la transformation de sources originales occupent une place considérable. complète ces activités : établissement de chemins de navigation.L. et ce n'est pas contradictoire. méta-langage permettant d'adapter les langages de conception selon la nature des sites.) rendant de plus en plus transparent aux utilisateurs l'usage d'outils élaborés[61] (même si. Toutes les composantes des scènes conçues sont cliquables et peuvent renvoyer par liens à d'autres lieux. demain. comme Célestin Freinet avait pris en charge leur devenir auteur à travers la fabrication de journaux. par ailleurs. la citation. une éventuelle méprise.. l'emprunt non référencé. on découvrira une nappe graduée d'activités où la recherche documentaire automatisée par moteurs et guides. le collage. Ce langage de conception d'espace tridimensionnel et interactif sur Internet -véritable prodige technique permettant le design personnel. De multiples propositions s'amorcent pour cartographier et exploiter les gisements de données ainsi collectés[60]. L'offre de logiciels-auteurs se renforce (maquettisme. iconiques et sonores dans le contexte de la communication collective et de la documentation partiellement automatisée. Mais à des niveaux différenciés. (pour eXtensive Mark up Language). en revanche tout le monde sera plus ou moins conduit à se mouvoir dans le milieu de la téléinformatique. graphiques. Et c'est bien ce que nombres d'expériences en France et dans le monde indiquent. par exemple. leur home page ainsi que leur domicile virtuel. une part plus originale. Si on décrit concrètement ce que signifie réaliser une home-page sur Internet ou un site collectif dans une classe.

pour produire des programmes multimédias eux-mêmes à fréquentation interactive. en somme. On voit se multiplier sur le réseau des offres d'outils "grand public" de création de sites proposant aux Internautes néophytes des formats préétablis qu'il s'agit de paramétrer et d'illustrer grâce à des banques d'images libres de droits[62].d'hyper-images. Même sans démarche volontariste.du règne iconique sur le scripturaire. si l'on comprend que se construisent ici les formes et les outils expressifs de la démocratie. langage de conception interactif tridimensionnel. La seule manière de dégonfler la baudruche de la manipulation par les images consiste à faire de chacun des manipulateurs -au sens premier du terme. celles du multimédia évoluent rapidement. par exemple. Ces zones médianes forment le terrain fertile de projets individuels et collectifs formateurs. de surcroît. à savoir que toute image est bordée par du langage -souvent écrit. Pour former des citoyens capables de déjouer les prétendus pièges des images numériques. c'est-à-dire leur mobilisation expressive. tout à la fois maniement d'un ensemble corrélé d'outils de réception et d'outils de production. donner un contenu concret à l'appel au décryptage des images. il est de la responsabilité . les compétences exigées et développées à la fois par les outils de la "home production" enrichissent la problématique de l'interactivité. Œuvrant naturellement dans les savoirs croisés de l'écriture. l'hypermédiation est une propédeutique sémio-critique naturelle.). même si les frontières se déplacent avec l'évolution techno-culturelle. C'est aujourd'hui exact. Tendance fondamentale qui pousse à accroître. par tous ceux qu'inquiète une supposée domination -à démontrer. mais cela risque demain de devenir un faux dilemme. Cette perspective pourrait. ici et là.ration. rien ne vaut tant que de développer leur réception/production. Nous conjecturons que.et autres plug'ins.L. des pratiques de simples consultation et navigation soient appelées à devenir obsolètes ni que l'hypermédiation doive effacer les frontières entre les activités triviales et expertes d'édition multimédia. mais plus lentement et sans que soit mise en lumière leur valeur. dès lors que les savoirs de l'écriture s'hybrideront à ceux de l'hypermédiation. Nous ne supposons pas qu'au nom d'on ne sait quelle injonction normative. savent bien que l'usage du réseau met en œuvre des compétences variées passant du simple "surfing" (l'équivalent de la lecture classique) à la maîtrise des téléchargements de logiciels et à l'exploitation de grandes masses d'informations acquises grâce aux robots et autres guides de recherches. de l'icône et du son. bien entendu. On dira. entre ces deux positions[64]. par ailleurs. bien sûr. et surtout en harmonie techno-culturelle avec le milieu du multimédia. Tous les Internautes. ces deux pôles et donc aussi les zones intermédiaires maintiendront leurs spécificités. une interactivité au carré. Il suffit d'agencer ces textes. parmi les usages du réseau. à la différence des technologies de l'écriture. En revanche. l'habileté et les motivations des usagers donneront forme à des réalisations de qualités différenciées. etc. Répétons-le. réception de chaînes multimédias en continu.(de même que le langage engendre des images). Faire fructifier les savoir-faire intermédiaires du multimédia est un enjeu éducatif. Il s'agit ici de mobiliser une interactivité -propre aux logiciels. L'usage documentaire dérivera alors fréquemment vers la production multimédia. Ainsi se fait jour la nécessité d'une acclimatation raisonnée au milieu téléinformatique. objectif récurrent proclamé. dont les langages de requêtes se font sans cesse plus acérés et complexes. les pratiques du "home multimédia" se développeront nécessairement. photos et liens hypermédias pour construire un site personnel sans rien connaître à la programmation. Au terme de ces entrelacements. que nul n'est tenu de devenir rédacteur hypermédia et que la rédaction de textes linéaires sur papier n'est pas condamnée à quitter l'horizon éducatif. et ne sont peut-être pas appelées à se stabiliser. mais nous imaginons toutes sortes de strates. On s'apercevra alors que l'hypermédiation fait apparaître en pleine lumière ce que savent tous les professionnels de l'image. Les réglages et manipulations logiciels sur Internet dérivent parfois même vers des savoir-faire quasi-experts (chargement d'applications en V.R. aujourd'hui déjà observables.M. réception et production multimédias s'enchaînent -sans se confondre-. ceux qui tendent à la production d'hyperdocuments. même si. mais plus fondamentalement politique. comme se font écho aussi lecture et écriture et se couplent fondamentalement les activités de réception et d'expression dans les environnements mus par l'interactivité informatique[63]. Là encore.

déclencheur d'association d'idées. on détermine les chemins possibles qui relient ces événements moléculaires et que l'interactant actualise librement. L'inachèvement du roman et "l'ouverture" d'Umberto Eco La manière dont Umberto Eco présente L'île du jour d'avant est symptomatique d'un questionnement général. On retrouve alors une confrontation à deux partenaires principaux : l'auteur et le lecteur. Les événements insécables forment le premier matériau. se concrétise une collaboration formelle du lecteur avec l'auteur. dans Le plaisir du texte : "Bonheur de Proust : d'une lecture à l'autre. le deuxième type d'altérité. etc. Cette appropriation transforme le cadre narratif en moteur herméneutique individuel ouvert. la lectacture fait osciller liberté et contrainte. exprimée par les codes d'interaction (interruption. il leur appartient de les systématiser. les pratiques du "home multimédia" comme condition actuelle de la citoyenneté . On pourrait dire que l'ouverture d'espace de libertés par le concepteur permet la confrontation du spect-acteur avec lui-même. . deuxième composant. à la différence des supports formellement transparents (livre) ou à déroulement temporel fixe (film). c'est-à-dire au cheminement d'un sujet qui parcourt et s'approprie la narration. producteur de scènes imaginaires. Ce sont les donnés (matériaux et modes de circulation) que l'interactant reçoit et qu'il ne peut négocier. On le définira par l'alliage de deux composants (rappelant celles de l'hypermédia) qui définissent le "cadre narratif formel". d'analyser un genre d'application interactive particulier. si on la conçoit comme une auto-référence absolue. dans les récits à cadre formel fixe. réponse à une proposition de débranchement) renvoie à l'auto-communication. quel qu'en soit le support. (Roland Barthes. recherche d'ouverture telle que le cliquage exploratoire. Le cadre narratif formel. chose négligeable. d'appropriation et d'interprétation des récits. Ici. textes composés. représente le pôle opposé à l'actualisation.de ceux qui ont en charge les politiques éducatives de commencer par reconnaître. il s'agit donc d'un jeu à trois personnages : le concepteur. "L'autocommunication". se prend comme sujet de questionnement. au sens fort du terme. Car se prendre comme sujet de questionnement (vais-je ouvrir cette porte?) est toujours négocié en référence à une intentionnalité déjà installée (celle du concepteur). manifeste la subjectivité du (des) concepteur. cela n'est pas. Situation plus classique. on ne saute jamais le même passage"). elle porte sur la configuration même du récit (l'enchaînement des scènes par exemple). le récit. ne saurait se confondre avec sa conception). ils ne peuvent être découpés par les actions de l'interactant : séquences sonores. laquelle se déploie dans l'ensemble du cadre narratif formel installé. La variété des supports. ici. alors. C'est-à-dire à l'activité d'un spect-acteur qui. autonomie et dépendance.Récit interactif et moteur narratif Le cadre narratif formel Nous nous proposons. Même dans ses dimensions de libre choix. ensemble clos formé par ces deux constituants. Si l'on suit ce schéma. Bref. Soulignons que. générateur sémantique. dans cette activité d'interprétation. Avec le graphe de navigation. l'ordinaire de nos états mentaux dans les situations toujours couplées de circulation. C . cet arrière-fond se manifeste. Ce dont il ne peut s'agir ici. À cet instant. rappelons-le. Constitués par l'ensemble des segments inaltérables. et ensuite. nous serions confrontés à deux modalités de l'altérité dans la scénographie interactive. interne. auto et métacommunication. dans le cadre préconçu des propositions déposées dans les programmes qui gèrent l'interactivité. on retrouve alors. Entre ces deux pôles (les deux modalités d'altérité). images chaînées dans un ordre toujours identique. loin s'en faut. dédoublé dans le récit. la coproduction est uniquement de nature imaginaire. La première. le programme et le spect-acteur. des séquences moléculaires compactes. qu'ici. externe. collaboration certes non symétrique (l'activation d'un récit interactif. n'est-ce pas le contraire de l'altérité ? Oui.

Cela n'implique pas qu'un autre type de talent fondé sur l'installation de moteur narratif et de cadre scénographique appelant le spect-acteur à s'inscrire -cette fois-ci formellement. où. ne pourrait pas être traduit en récit interactif. Le procédé. communication par avatars interposés.dans le récit. masqué. que ces propos soient tenus par l'auteur de L'œuvre ouverte. Dans le premier type d'interruption. Le réalisme nécessaire du film interdit qu'un personnage soit simultanément à deux endroits. lui aussi. Une scénographie à trois acteurs principaux est installée. l'écrivain revient sur l'absence de dénouement du roman. Les deux premiers sont volontaires. marionnettiste muet. Si on clique sur un agenda dans la mallette ouverte -alors que rien ne signale que cet objet est "actif". "Cette fois. lui aussi. l'archéologue. que "son auteur utilise un langage plus neutre". Mais un tel talent obéit à d'autres réquisits qu'un récit linéaire.les pages de . le romancier en vient à dire. l'interactivité (entre la spectatrice et l'acteur dans l'écran) et. parlant du protagoniste. D'où une mise en scène des paradoxes de l'ubiquité dans ses liens à l'uchronie. de manière prémonitoire -en 1964. ici. S'exprimant donc à propos de son roman. roman inachevé. formellement inachevé. conçu un mécanisme interactif interne au récit filmique. était clivé entre sa fonction d'acteur cinématographique et son rôle d'amoureux réel. etc. redouble ainsi la trame interne du roman : "un roman que le narrateur n'arrive pas à construire et auquel collabore le personnage"[67]. échangeant ainsi leurs positions respectives. se confond.certains matériaux pour apprécier la future interactivité informatique étaient déjà rassemblés[65]. Le troisième. Son personnage principal. Dépassant la controverse récurrente entre le double et le faux. parce qu'aucune réponse ne vient dénouer l'intrigue. que toutes les fictions interactives. La vie fictive. c'est-à-dire le génie propre du metteur en scène. dans une certaine mesure. je n'avais pas de plan global ni de final : j'ai inventé chapitre par chapitre. au sens où le moteur narratif installé continue à tourner dans l'esprit des lecteurs bien après que le livre est refermé[68]. Il n'est certes pas anodin. On ne s'étonne pas que le doute flotte une fois le livre refermé . de plus. Le film scénarise. "La rose pourpre du Caire" ou le récit séquentiel de l'interactivité Le réalisateur new-yorkais avait. Et le récit de l'interactivité. Même s'il figure l'interactivité mieux.ce que Woody Allen avait fait. par ce qu'Umberto Eco appelle "son protagoniste" ou "son personnage". soit d'avance disqualifié. il quitte son incarnation réelle et pratiquement. On y perdrait l'enchaînement temporel qui porte l'histoire. Le deuxième type d'interruption exige l'exploration "aveugle" de la scène pour rechercher une zone active. mais en outre. il disparaît du tournage d'un autre film. en laissant le récit se faire tout seul"[66].) incarnent aujourd'hui. s'exécute à l'insu de l'interactant. Le moteur narratif du film fonctionne à plein rendement tant que le conflit entre la fiction (continuer à faire l'acteur) et l'incarnation (franchir l'écran pour retrouver la spectatrice) ne se dénoue pas. lequel est doublé. Trois modalités de circulation interactive dans les récits On peut distinguer trois types d'interruptions dans la trame d'un récit. pénétrer dans le jardin des Plantes ou bien longer la Seine. à l'intérieur d'un roman -et ce n'est pas le premier à utiliser le procédé. Umberto Eco réédite. dans un récit séquentiel. tel que l'écrivain le décrit. dans La rose pourpre du Caire. Mais c'est un film. Le romancier. ne pas se terminer. Le sémiologue construit un mécanisme narratif qui semble lui échapper. potentiellement. anime deux créatures romanesques : le narrateur. diégétique. tel que Woody Allen le scénarise. Le récit pourrait. Évoquant les langages dans lesquels s'expriment ses deux créatures. donc si l'acteur sort du film. il ne fait que la représenter et non la réaliser. avec la vie réelle : on peut quitter le récit et s'incarner. pressent l'accélération d'une ubiquité technologique que de multiples systèmes (télévirtualité. il souligne que sa structure est bien celle d'un moteur de construction du récit qui fonctionne à l'intérieur même de l'histoire. et de ce fait ne cessait de franchir la barrière physique de l'écran.induit par ce qu'on pourrait appeler une subjectivité interactive. dans le récit. au cinéma. un choix explicite se présente entre plusieurs prolongements. Le récit s'interrompt et on doit. comme tout roman. par exemple. sans doute. c'est-à-dire un spectacle dont la durée est déposée une fois pour toute sur la pellicule.

ni fin. les textes engendrés). passionnel.. lorsqu'elle influe de manière décisive sur le cours du récit. à l'insu de l'interactant. donc une modification des chapitres et une redéfinition des séquences"[72]. Plus question d'offrir au lecteur un espace de choix dans un réseau de chemins déjà balisés. il génère des pages dans ces chapitres. Comme dans la vie. ces pages concernant les mêmes thèmes que ceux des chapitres mais traités de façon différente . Seule la sagacité des concepteurs peut les éviter et donner alors consistance à une histoire démultipliée en autant de variantes fertiles que de parcours singuliers. c'est-à-dire qu'il ne puisse relier ce qui arrive à ses choix antérieurs.est aveugle pour l'interactant[70].puisque toute action du lecteur provoque la génération de nouvelles pages. particulièrement élaboré avec Le roman inachevé. Ce roman n'a ni début.. Ce principe de production de texte interdit toute relecture (sauf à les imprimer.on ne peut engendrer deux fois la même page. Il serait judicieux. le générateur construit des séquences. Si le spectacteur a choisi de s'intéresser à Marguerite. Suggérons que l'enregistrement de ces marquages successifs pourrait se concrétiser dans la formation d'un "caractère". Méta-écriture et méta-lecture : un couple logique L'auto-génération littéraire altère radicalement l'idée de finitude du roman. mais aussi sans relecture possible (sauf à fixer. Elle n'est peut-être pas la première lue. intuitif de son personnage et la suite de l'histoire traduira ce marquage. par impression. ces écueils. il génère des chapitres sur un thème.. comment éviter des typologies psychologiques réductrices et comment rendre compte de la complexité des déterminations qui président à des choix effectués ? La suggestion d'une trace signifiante qui s'inscrirait progressivement ne lève évidemment pas. ce qui pervertit le principe littéraire) car chaque lecture nouvelle supprime des pages et les substitue par d'autres. une variable augmentera le cœfficient amoureux. dans la quasi-totalité des récits interactifs. les .. afin qu'il puisse interpréter la chaîne des événements qu'il a "vécus". "Le générateur fonctionne sur trois articulations principales : d'une part. chapitres et séquences sont toujours à lecture unique. enfin. À nous de trouver la zone cliquable qui nous fournira des indications plus précises sur l'emploi du temps du possesseur du calepin. si on retient l'idée d'une mémorisation signifiante du passage dans le réseau narratif. Enfin. le programme peut recueillir des indices comportementaux qui infléchiront le déroulement futur du récit. de manière totalement erratique). Qu'est ce qui rassemble. Jean-Pierre Balpe évite le "cadre narratif formel" en proposant le concept de "littérature générative". ce thème pouvant concerner l'un ou l'autre des héros dont la présence est virtuelle dans l'ensemble de l'œuvre ou des textes non précisément attribués . aléatoire ou anecdotique aux yeux de l'interactant. Le début est une page quelconque générée à un moment T. (L'anecdote. mécaniquement. Celui-ci est doublement inachevé : sans début ni fin. est une forme d'insignifiance qui menace la narration interactive sous les espèces d'un destin opaque orientant le futur. les différentes lectures accomplies par différents lecteurs ? C'est ce que Jean-Pierre Balpe nomme "le projet romanesque" (et qu'on pourrait nommer "cadre narratif non formel") : ". les décisions prises expriment la subjectivité et conditionnent le déroulement ultérieur des événements.. c'est-à-dire des articulations de pages et de chapitres. (Le CD-Rom Sale temps est construit selon cette dernière logique[69]). néanmoins.les mots..l'agenda s'affichent. Pages. mais plutôt de lui proposer des textes produits par un générateur littéraire[71]. Le risque existe qu'en l'absence de tels renvois. d'autre part.. Les pages étant elles-mêmes composées automatiquement par le logiciel générateur -et non pas puisées dans une base de données déjà constituée. Mais la variable comportementale -dans Sale temps ainsi que.. l'histoire actualisée apparaisse incohérente. jusqu'à présent. Elle oriente les choix ultérieurs proposés sans apparaître explicitement à ses yeux. dans certains cas. par ailleurs. Une sorte de méta-récit viendrait doubler le récit et gratifierait l'interactant d'une trace signifiante de son passage dans le réseau narratif. d'offrir à l'interactant l'accès à ce miroir comportemental. Mais. La littérature générative Les propositions de Jean-Pierre Balpe tentent d'échapper à une problématique restreinte de l'interactivité.

dans le roman interactif classique. le déclenchement d'une composition romanesque. Ainsi. que chaque mot appelle nécessairement le suivant et que chaque phrase détermine celle qui lui succède. sa lecture s'efforçant en permanence de le rattraper. en alliance -ou en confrontation. le moment du choix. d'une tournure syntaxique préfigure et détermine l'ensemble de l'œuvre. fondamentalement. mais qui assure une tension par l'incertitude de ce qui va advenir. sans lecteur si le programme pouvait se déclencher seul : est-ce finalement la proposition ? Le désinvestissement du texte au profit d'un procédé génératif opaque. qu'un dispositif de métaécriture (tel est bien le statut de la génération littéraire qui institue non pas une histoire mais une puissance de fabrication d'histoires) suscite une posture de méta-lecture. Nombre d'écrivains. d'anecdotique[74]. à la limite. en effet. bref se bricoler. avec ce qu'elle possède d'indécision et d'ouverture. ni totalement celui d'un autre ? L'entre-deux dissout l'intensité dramatique. Selon lui. avec son générateur textuel. être surpris par le comportement d'un personnage. Quelques autres. qu'il qualifie. conscient des difficultés. Ces incomplétudes. Enfin en aval. évite. lira les émissions textuelles comme des épreuves quasi anonymes avec pour seule ambition de détecter si la cohérence narrative. de fortes contraintes de consistance situationnelle : il s'agit bien de s'adresser à un lecteur culturellement déterminé. Le lecteur. L'indétermination de la suite. Queneau. un principe alternatif à l'interactivité qui suppose d'écrire à l'avance un méta-récit. finalement. si c'est nous qui prescrivons sa conduite ? Jean.concepts correspondent au monde que j'ai voulu créer. est de nature "fractale". en effet. C'est un retour de manivelle logique. le lecteur demeure à la fois le déclencheur indispensable et le destinataire explicitement souhaité. Il s'ensuit que ce type de dispositif suscite ce qu'on pourrait appeler une méta-lecture : rechercher dans les séries de rééditions. on l'a vu. tenter de repérer les invariants (et qu'on puisse les identifier ou pas. il est question. contribuent à la dramaturgie romanesque. En amont. à l'opposé de la littérature purement aléatoire. en revanche. Mais ira-t-il au-delà de quelques pages dans un roman qu'il sait n'avoir pas de fin ? Une littérature de flux qui s'afficherait. peut-être. une "théorie" du récit. Bref. de manière originale. dadaïsme. insistent sur l'étrange alchimie qui transforme l'auteur en co-producteur du texte. dans une filiation notoire (Mallarmé. d'inquiéter les habitudes littéraires du lecteur en s'inscrivant. la lecture nous confronte à une altérité. déposées par l'auteur du roman classique. respectant. La générativité immédiate des textes est. Comment se projeter dans un récit qui n'est ni le mien. Comment. et. etc. Cette conception déterministe de l'écriture pose problème en ce qu'elle pourrait faire penser que l'auteur détient totalement son texte avant de l'écrire. affirment. les principes fondateurs. Jean-Pierre Balpe sélectionne une certaine représentation de l'écriture et délaisse. puissance de formation d'une multiplicité de récits selon les choix de l'interactant. mais pratiquement néanmoins. Récit interactif et intensité dramatique Dans la posture interactive classique. affirmant et niant simultanément l'intérêt de la trame narrative ? Mais sans doute aussi le lecteur demeure-t-il un destinataire du système génératif. l'inscription du lectacteur fait problème. la dimension auto-générative de la production littéraire classique). à chaque reprise. participe néanmoins d'une démarche où le lecteur provoque la formation du récit. bien sûr. (En supposant que le texte linéaire est toujours pleinement maîtrisé par son auteur. à la limite. toujours averti de la disparition d'une intentionnalité directe. . au sens où le choix d'un mot. n'est-ce pas une position quelque peu paradoxale. le texte pourrait s'engendrer sans déclencheur humain .Pierre Balpe. tel Umberto Eco. la littérature classique. fortement revendiquée par l'auteur. est bien au rendez-vous. Chaque mot "contiendrait" l'intégralité du texte de la même manière qu'un détail d'une fractale contient l'ensemble des formes dont il n'est qu'une infime partie. telle est bien la marque que le récit nous échappe. Jean-Pierre Balpe rejette l'interactivité en ce qu'elle risquerait de gommer la frontière entre auteur et lecteur. car dans le principe génératif.avec la dynamique propre qu'il a installée. Non pas intentionnellement. en revanche. bien qu'étranger à l'interactivité. chaque lecteur lira une histoire différente mais tous retrouveront ce monde"[73]. et ceci pour trois raisons. Avec le générateur textuel. car la composition du récit dans une histoire classique repose sur une construction subjective. surréalisme.). le programme textuel s'inscrit dans des horizons de sens déterminés. peu importe).

passé les premiers retours. alors que la machinerie scénographique demeure prisonnière de ces répétitions[76]. théorie des catastrophes et théorie de la vie Si la composition du récit n'est plus l'objet d'un choix de la part du lecteur. Finalement entre le "cadre narratif" de l'interactivité et le "projet romanesque" du roman poiëtique. Mais comment . face. Et c'est probablement. disparu du champ de l'intention. Mais les différentes vies du couple apparaissaient comme un pur effet du hasard : pile je meurs. bref tout ce qui n'engage pas une détermination psychologique forte d'un personnage). par exemple)[75]. je vis encore quarante ans. les lieux. Modalités narratives.qui lui donnerait la possibilité de participer. Même s'il n'y a pas présélection par l'auteur d'un paysage d'arborescences. une illustration de cette recherche de bifurcations -au sens de la théorie des catastrophes. Cette situation de partenariat -inégal.t. Quel type d'altérité -et. dans une autre perspective. en partie aléatoire. incontestablement. son monde propre -ce qui relie entre elles toutes les générations de textes. L'édition du texte s'enchaîne sans qu'aucune action explicite ne soit exigée de la part du lecteur. leur donne un air de famille et constitue le style propre du roman.ne saurait laisser entendre que le lecteur deviendrait coauteur. et s'il ne s'était pas marié avec elle. le lecteur n'a plus à choisir entre des développements proposés ou à cliquer sur tel ou tel mot. La perspective de Jean-Pierre Balpe est au fond assez différente : les modifications de détails n'engagent pas des bifurcations irréversibles puisque l'auteur du logiciel textuel affirme la primauté du projet romanesque. no smoking. la différence. leur sensibilité aux conditions initiales devenant ici des choix de détails : smoking. puisque la machine de lecture envisagée devrait nécessairement être conçue par l'auteur.". pour que le lect-acteur oriente les scénographies relationnelles déposées. d'ouvrir un espace d'itération en distribuant au lecteur une certaine autonomie dans le mode de production du texte (influer sur les caractères. ce ne sont pas les modifications de détails qui altèrent cette matrice.il ? En quoi consiste le monde que l'auteur a "voulu créer" ? Se réduit-il aux mots et concepts ? N'est-il pas profondément lové dans le moteur informatique démiurge créé ? En effet l'ensemble des contraintes relationnelles agissant sur les "acteurs" (mots. c'est-à-dire l'installation d'un univers sensible. phrases) et décrivant les scénarios licites reliant ses "acteurs" -ce en quoi consiste la programmation du générateur littéraire. Resnais avait. dans la situation de construction générative de textes. ne s'est-il pas logé dans celui du mécanisme aveugle de composition du récit ? Le lecteur ne ressent-il pas ce mécanisme génératif aveugle. lui aussi. tout juste interprète. Mais Smoking. en quelque sorte. etc. Non. elle existe. auquel on demanderait de complexifier son dispositif. lire un quotidien et non pas un magazine.rencontre.Avec la littérature générative. est-elle fondamentale ? Pourrait-on. par ailleurs. Le film d'Alain Resnais. les relations entre personnages. concepts. comme un horizon opaque ? Peut-il lire cette composition en lui affectant un sens alors que l'unicité de la production a disparu au profit d'une émission. d'un cadre sémantique. dans une certaine mesure. Mais le choix. délimité son cadre narratif. que celle revendiquée par Jean-Pierre Balpe lequel s'attache à inventer une figure véritablement "ouverte" de production littéraire échappant à la téléologie d'un récit orienté et construit pour sa fin. En revanche.dans des comportements quotidiens. au point même de faire jouer tous les personnages par les deux mêmes acteurs. sorte de matrice primitive où sont engendrés tous les récits. Mais sans doute s'agirait-il alors d'une autre forme de littérature. L'idée de bifurcation contient la possibilité de la réversibilité : "et s'il ne fumait pas.peut alors échoir aux options de détails (prendre un taxi plutôt qu'un autobus. la réédition permanente de ces itérations qui surcharge le procédé. incontestable. Smoking.matérialise l'horizon romanesque de l'auteur. puisqu'elle les précède dans la conception du programme générateur. alors la facture de la narration. suggérer à Jean-Pierre Balpe d'offrir au lecteur une machine générative symétrique -et non pas interactive. des lucarnes dans la boîte noire. No smoking est. sa conception du monde romanesque légitime (ce que peuvent faire ou ne pas faire les acteurs humains et non humains dans le roman) est néanmoins décrite dans ces choix de contraintes relationnelles. à la composition du roman et qui lui permettrait d'investir plus fortement le texte ? D'ouvrir. Les deux films de Resnais sont d'ailleurs construits sur des reprises de bifurcations. No smoking admet comme présupposé que les trajectoires de nos vies obéissent aux logiques des systèmes catastrophiques.

ces expériences permettent d'observer les dynamiques engendrées par les lois qui définissent ces univers. Ni soumission à des processus "objectifs" extra-humains (l'évolution. lesquels sont dotés de compétences simples. les rapprochant par certains aspects. sans programmation intentionnelle directe. dans la conception classique du "cadre narratif formel". Ce processus est le plus souvent basé sur l'interaction d'un nombre important d'acteurs autonomes. Dans certaines conditions. Ils stabilisent alors parfois des situations d'équilibre. Il ne s'agit même plus de cognition. au sens d'un projet d'appréhension et de transformation."[77]. par exemple. "computationnels" ? Que ces expériences parviennent à simuler la vie dans toutes ses dimensions -notamment sexuelle. Mais. Roman génératif et "vie artificielle" La démarche générative s'apparente quasi explicitement à la logique de la vie artificielle. et ceci de manière non téléologique. institue. le déterminisme n'est pas rejeté. On rappelle que. Il ne s'agit pas d'intervenir pour orienter. en revanche. etc. de la "vie artificielle". (Mais. Dans cette perspective. Nulle obligation. mais on ne connaît pas la même chose de lui. à propos des rééditions de passages identiques dans des suites. à chaque fois originales parce que inclus dans des "univers mobiles". En effet. Jean-Pierre Balpe propose l'analogie suivante : "Pour moi. de supposer une capacité de prédiction de l'évolution du système ainsi engendré. ainsi que Jean-Pierre Balpe le laisse plutôt entendre.auteur. "Le but -écrit JeanPierre Balpe. nul besoin d'invoquer un processus aveugle. du moment. Pour situer la position du sujet humain dans le cadre de ces expériences. Pour les tenants de cette conception exploratoire. dans cet horizon de recherche.que. les structures invisibles de l'action collective). et toutes ces lectures dépendent du temps. le langage. La situation de lecture provoquée par ce programme qui produit ces rééditions de fragments s'approcherait ainsi de l'indétermination propre à la vraie vie . la "vie artificielle" offre. cher aux structuralistes des années soixante. pourquoi doit-elle s'accommoder des cadres contraignants -le projet romanesque. ce qui est la problématique commune des créateurs de moteurs génératifs.est d'arriver à terme à un échange suffisant de paramètres pour que de nouveaux romans absolument originaux émergent de l'espace et vivent leur vie autonome"[78]. ceux-ci coopèrent. moins interventionniste. On a perdu en chemin l'opérationalité et l'intentionnalité au profit d'une attitude expérimentale. X dépend de la personne qui le lit. et la revendication de l'installation d'un projet romanesque. mais bien d'imiter le mouvement vital (ou certains de ses aspects) par d'autres moyens que la biologie.concilier l'affirmation d'une imagination artificielle déposée dans le générateur de textes qui reproduirait l'indétermination et les variations des perceptions individuelles face aux mêmes sujets.est loin d'être évident. la discussion ne porte donc plus sur les limites des modèles de simulation mais sur la possibilité d'expérimenter des phénomènes quasi génétiques. mais d'observation des conséquences du développement artificiel d'un processus mimant la vie. programmant les compétences des acteurs. contraindre. sur le modèle des insectes sociaux. et non imitative.X. L'expérimentateur. d'agents à la fois indépendants et en interaction. outre ces visées éventuellement opérationnelles. voire résolvent des problèmes. plus observatrice et accueillante à l'inédit. Mais si. en regard de cet antagonisme classique. "sans sujet ni objet". une vie reflétée par la métaphore des théories du chaos. le concepteur de l'environnement installe un univers peuplé d'acteurs. légitimement. ni position de contrôle opérationnel de l'évolution artificiellement déclenchée. Jean-Pierre Balpe revendique en tant qu'espace fictionnel ? Ce serait donc une vraie vie supervisée ? Comme la nôtre. peut-on mimer la créativité intrinsèque du vivant par des moyens totalement synthétiques. de fait. une position de compromis intéressante. compléter les processus biologiques. La suggestion consistant à déléguer au lecteur une influence sur le générateur textuel matérialiserait ce compromis entre une "vie artificielle" du texte et ce que l'interactivité véhicule d'intentionnalité. et chaque lecture de M. D'où la dénomination de "vie artificielle". aléatoire et adaptative. des théories de la "vie artificielle". avec ses espaces d'ouverture et de contrainte ? Ou alors. dans une autre perspective plus "duplicatrice". non plus. la nature de leur collaboration future. de l'autre ? C'est sans doute cette difficile confrontation qui passionne le génér. mais ceci est une autre question[79]). c'est la vraie vie qui est recherchée comme modèle. rappelons-le. c'est un peu l'image de la vie : vous connaissez M. il est inconnaissa- . d'une part. installant le dispositif. je le connais.

de la manière dont nous avons construit nos biographies avec les matériaux du bord ? Que penser des inclinaisons par lesquelles nous avons inscrit nos trajets dans la multiplicité des possibilités théoriques. Paris. La simulation de l'autre. s'il n'arrive pas au bon moment. les vues convoyées par la littérature générative. c'est-à-dire comme puissances de productions de familles. nous émancipant de l'inertie des habitudes prises. L'idée d'une continuité causale. Paris. [48] Marc Le Bot invoquait -à l'encontre de l'art numérique relevant. pp. Comment rendre compte de ces logiques. (tout aussi bien que les game designers des nouvelles générations de jeux vidéos[81]). ou de manière différente par le film de Resnais. à l'image des flots textuels produits sans relâche par le programme romanesque rassemblant les mêmes personnages dans les mêmes lieux. sans doute ne faut-il pas prendre à la lettre ces propositions. Comment être surpris par ce qu'on a façonné. Mais. approche de l'interactivité informatique. Osiris. des versions de nos biographies et de celles de nos proches. Explorant des espaces et des constructions fictionnels. Paris. 1981. 127/128. pp. Et.) et par l'incitation qu'elles déploient à interroger la structure apparemment linéaire de nos histoires et de leurs rétentions mémorielles. de ces théories fictionnelles[80]. par exemple. une fois pour toutes). par l'écart qu'ils manifestent avec la structure temporelle orientée de la vie (le temps qui passe. 1988. il s'agit bien de faire passer la littérature du stade de la représentation de la vie à celui de sa modélisation . où. Finalement. "L'art ne communique rien à personne" in Art et communication. de tribus. CNET. vue comme une trame symptomatique. Parallèlement. Paris. sinon en lui injectant des principes vitaux ? Mais sans que la créature puisse s'échapper (cadre romanesque aidant) : d'où un jeu entre dépossession et maîtrise (et peut-être même maîtrise au carré). a des effets ultérieurs mais nous ne pouvons savoir quand. avec les mêmes objets mais selon des occurrences et des modalités relationnelles toujours inédites. Le jaillissement de l'esprit . La réédition inépuisable d'épisodes jetant les personnages dans des configurations scénaristiques toujours originales sont un peu à l'image des "possibles" non actualisés.. Sous cet angle aussi. in Réseaux n°33. 1986. peut-être. . ces mécanismes d'écriture n'ont pas pour ambition de devenir des traités de psychologie. des développements fantasmatiques jaillissant en variantes innombrables des moindres situations quotidiennes ainsi que des libertés qu'on s'accorde pour "réécrire". ne percevra pas l'essentiel de ce qui se trame entre les personnages. éd.Ordinateur et apprentissage. Tout ce que nous faisons. L'inhumain. [50] Voir Seymour Papert. [49] Voir notre article. non plus aménager une scène indéformable mais installer un micro-monde doté de lois comportementales où les acteurs peuvent vivre leurs vies (et pas forcément celle que l'auteur a envisagée pour eux.Pierre Balpe (dispositifs générateurs et fragments produits) sont de véritables œuvres littéraires. de trames principales ou de structures psychologiques n'a alors plus de sens.cette dimension insensée propre aux œuvres majeures. dont on se plaît à penser qu'elle nous guette à tout moment au coin de la rue.. Galilée. de l'idéologie communicationnelle. 141/144. les travaux de Jean. Nul étonnement à constater que ces conceptions de la vie forment l'arrière-plan de ces différents mécanismes d'écriture. ni lesquels. de notre façon particulière de répéter les mêmes erreurs ? Sans même aller jusqu'à invoquer l'idée d'un gouvernail inconscient. Que je prenne ou pas le stylo sur mon bureau. le lecteur. à créer des œuvres directement comme méta-œuvres. La littérature générative s'inscrit dans une perspective démiurgique de jeux avec l'autonomie relative des créatures engendrées par les moteurs. de sociétés d'œuvres auto-matiques (littéralement : qui sont cause de leur propre mouvement). Le roman génératif se trouve en harmonie avec un mouvement culturel profond qui pousse les auteurs et artistes de l'univers numérique. jusqu'au geste le plus insignifiant. sont anti-psychologiques au sens banal du terme. pp. Flammarion.ble. et c'est à mes yeux l'essentiel. 73/109. janvier 1989. selon lui. la proposition générative alimente l'affirmation d'une ouverture à l'aventure. de ce qui est indéformable dans notre rapport au monde. sans fin. Mais ces exceptions ne sont-elles pas métabolisées par quelques logiques assez fortes qui nous font interpréter justement ces événements comme des exceptions. à la limite. Voir. [47] Jean-François Lyotard. cela peut-il influer notablement sur la date de ma mort ? Jouons-nous notre avenir dans les hasards de la vie quotidienne ? Exceptionnellement.

nous relevons le logiciel ingénieux mis au point par la société Realiz. dans les années soixante.. car son interprétation/perception suppose une collaboration "axiologique et théorétique".R. à faire l'œuvre avec l'auteur. 1995. (Actes d'Imagina 98. Strasbourg les 8/10 avril 1998. Odile Jacob.A. Dans le même ordre d'idées. lequel bloque l'affichage des bandeaux publicitaires. L'Internaute construit ainsi un paysage graphique de données.C. La Découverte. Notre option pour des "savoirs médians" ne recouvre pas exactement cette confrontation. Centre Georges Pompidou. INA. 5). Celui-ci produit une image tridimensionnelle à partir de quelques photographies d'un même objet (meuble. n'est pas du tout du goût des aficionados. Paris. tout en mettant l'accent sur la diffusion des outils intermédiaires de création qui déplacent les savoirs requis. [54] Lors d'un séminaire à l'I. à l'écran. Le logiciel Xpose LT commercialisé par Arkaos permettra à ses acquéreurs de "jouer" leurs propres images sur des musiques de leur choix [64] On retrouve. de l'informatique classique (algorithmique. Nemo ne s'adresse pas au grand public. installation présentée à la Revue virtuelle. [62] De tels services existent depuis des années aux États-Unis. Mais les "œuvres en mouvement" invitent. [56] Genetic Images. le CD-Rom Odyssey.A. Ses concepteurs envisagent de l'associer aux logiciels de retouche livrés avec les appareils de photographie numérique. Visant dans un premier temps des usages professionnels. [61] Parmi les récentes annonces. cartographie les proximités entre les thèmes consultés au fur et à mesure de la navigation dans des pages Web. nov.[51] Intervention orale aux Rencontres de l'Association des Auteurs du Multimédia. comme on joue d'un instrument.). sur "Interactivité et Simulation" (Centre Georges Pompidou. et à titre d'exemple. pp. Carnet 5. 19 juin 1997. entre les partisans d'un large enseignement des principes de la programmation (ce qu'assumait LOGO. offre aux utilisateurs un environnement pour "jouer" de l'ordinateur sur sa musique. miroir explicite de ses inclinations. [65] On se rappelle qu'Umberto Eco avait proposé le concept "d'œuvre en mouvement" pour caractériser des "œuvres ouvertes" particulières. cet outil démocratise incontestablement l'image 3D. Ce qui. [59] Dans son introduction au catalogue d'Imagina 98.C. Images génétiques. [57] Karl Sims. Université Paris XIII. Elle retient le côté "productif" des premiers. lesquels ont réagi en proposant un programme à intégrer aux pages Web. Bry sur Marne.Denis. écrivait-il. lesquels comportements peuvent être puisés et combinés dans une bibliothèque étendue. en outre. visage ou monument). in Revue Virtuelle.M. soi dit en passant. Qu'est que le virtuel ?. notamment) et ceux qui optaient pour les usages pédagogiques de l'informatique (E.O. simulation. [52] Ces aspects ont été développés par Patrick Delmas lors d'une communication orale au séminaire du G. mais tout porte à croire que des versions simplifiées permettront aux passionnés de fabriquer bientôt leurs propres jeux. conçu par la société Trivium. mars 1993. Centre Georges Pompidou. Avec Nemo. 168/172. 43. la société Multimania ainsi que le moteur de recherche Lycos proposent gratuitement ces instruments. Cette catégorie visait des propositions fondées.. [55] Installation présentée à Artifices 3.Michel Jarre. par exemple.E. 6. sous certains aspects seulement. p. etc. Bien sûr. En France. [63] Par exemple. Université Paris XIII.R. 1998. Saint. la société Virtools propose aux designers de jeux vidéos un logiciel interactif 3D "temps réel" -Nemopermettant de s'affranchir de la programmation informatique. programmation) vers les langages applicatifs et les pratiques généralisées du couper/coller/relier/créer. 18 mai 1998. UFR des Sciences de l'Éducation. [60] Le logiciel Umap Web. Bernard Stiegler développe une argumentation similaire balançant la puissance des industries mondiales du "broadcast numérique" par le traitement local des images : la "house vidéo" qui devrait conduire à "un changement profond de l'attitude comportementale du consommateur". 20/02/1988). Phi- . des scènes en attachant des comportements à des objets. Les touches du clavier commandent l'affichage d'images que l'on peut déformer en utilisant des effets spéciaux et dont on peut régler le rythme. Toute œuvre est ouverte. conçu par la société Arkaos pour Jean. Voir aussi l'excellent commentaire que Pierre Lévy fait de la musique techno dans Cyberculture. 4/03/93. on peut animer directement et interactivement. novembre-décembre 1994. sur des technologies opto-mécaniques (travaux picturaux de B. [53] Frédéric Dajez a développé ces questions lors du "Salon de discussion multimédia de Paris XIII". p. lippe Aigrain avait développé un point de vue voisin. 1997. p. non sans lorgner sur la surface publicitaire ainsi créée par la multiplication des sites hébergés. [58] Pierre Lévy. la querelle qui avait enflammé le milieu de l'informatique éducative dans les années quatre-vingt.

Voir Christèle Couleau. éd. Un roman inachevé. 71/100. p.interactive produite par Canal+. pp. Chacun des quatre actes possède quatre versions qui expriment quatre attitudes typiques face à la corruption (le sujet de la fiction).Munari). interview dans Le Monde des livres. signifiants. n°64.). est une sorte de balbutiement de ce que pourrait être le marquage d'un caractère.. mais son "atmosphère".S. CD-Rom édité par Microfolies. les quatre attitudes se traduisent par quatre scénarios. "Diderot. certains tropismes dominants. du côté des auteurs comme du public. Balzac..aux individualistes mous considérant les infractions à la loi comme le fait d'individus malfaisants. Il sera cependant. L'Affaire. Bien qu'à mon sens on ne puisse caractériser ces œuvres d'<<interactives>>. Kundera et les romans virtuels : le récit des mondes possibles". Paris. E. Il s'agit là d'une interactivité quelque peu brouillée (et sans doute volontairement).Cloud.58. mais le texte obtenu est à chaque fois différent. appétence que l'interactivité informatique viendra naturellement radicaliser dans la décennie suivante. en tant que tels. 1996. l'animation automatique de micro-mondes relationnels renforce souvent. de Fontenay/Saint. électro-acoustiques (intervention à caractère combinatoire dans l'audition des œuvres musicales de Henri Pousseur) ou encore plus directement sociales (Living Theater. Des durs -définis comme rejetant "le système pourri". en regard des fictions sur supports stables. Larousse. . Saint-Denis. N. [75] Avec le téléchargement prévu. qu'on ne saurait réduire à des motivations sous-jacentes. cit. En revanche.Aux frontières du virtuel. par exemple. loc. intéressant d'observer ce que l'usage élargi du générateur induira quant à l'évolution future de la proposition. comme dans toute fiction. in Raison Présente "Autour du chaos". une appétence pour l'interaction s'exprimait déjà.. Le public choisit. 16/02/1996. Mais le titre de l'article est un contresens commis par le journaliste. elle aussi. nov/déc 1995. ce jeu démiurgique. [80] Il ne s'agit pas forcément. [78] Jean-Pierre Balpe. [70] La fiction -faiblement. 25 et 26 février 1996. Paris. [79] L'obstacle principal pour une telle simulation "totale" résulte de la réduction fonctionnaliste opérée par le programme de la vie artificielle "forte" qui identifie sa représentation "computationnelle" à la dynamique de la vie.. interview parue dans Le Monde. [77] Op. Dossiers de l'audiovisuel. Philippe Goujon. 50/51. "Balzac interactif ou la virtualisation du sens" et Jocelyn Maixent. la bifurcation comme modèle du choix révèle ses limites. dans la mesure où les effets du choix ne sont pas. La rose pourpre du Caire présente un puissant modèle de progression du récit : le personnage qui interagit avec la spectatrice du film augmente la complexité du récit par rétroaction sur son cours. [68] La littérature "classique" recèle.E. "Les limites de la vie artificielle <<forte>>". ignorant alors l'infinie complexité de la matière vivante. in Littérature n°96. agit-prop). si toutefois on définit l'interactivité par la circulation dans un méta-récit déjà constitué.N. ni de mettre obligatoirement en scène leurs "conceptions de monde". de Franck Dufour. non pas le déroulement du récit. [72] Jean-Pierre Balpe.R. Langages en perspective. la générativité se combine à une certaine interactivité. mars 1997. même si on peut aussi y lire. in La voix du regard . Ici. énoncés d'une pluralité de lignes de poursuites possibles. II. Jacky Chiffot et Gilles Armanetti. La revue La voix du regard a publié deux passionnants articles décryptant les stratagèmes qui perturbent la linéarité de la narration chez Diderot.. Voir. p. Le lecteur choisit une période dans la durée linéaire du récit. p. n° 115. de somptueuses archéologies du récit interactif. Fiche signalétique de Romans (Roman). [76] Sur un plan strictement cinématographique. p. [71] Dans le roman Prière de meurtres. [67] Umberto Eco. pour les auteurs. 1994. Bien plus qu'une simple bifurcation. [66] Umberto Eco. Les dimensions ludiques ou expérimentales des rapports avec les moteurs narratifs forment une strate autonome. [74] Interview publiée dans Multimédia : l'écriture interactive. ou Kundera (inclusion du lecteur auquel on soumet une multiplicité d'interprétations d'une situation donnée. via Internet. pp. quatre éclairages subjectifs sur le même scénario général. [69] Les exemples qui suivent sont tirés du roman-photo interactif Sale temps. p.. il ne s'agira toujours pas d'interactivité. 1995. par votes téléphoniques majoritaires. dans le catalogue de l'exposition Artifices 4. 29. [73] Le nouveau roman sera interactif. de proposer des modèles réalistes. 73. 59. du générateur littéraire. n° 10. Les propos de JeanPierre Balpe élargissent considérablement la notion d'interactivité mentionnée dans le titre de l'article. cit.

à charge pour lui d'infléchir dans un sens favorable les opportunités qui se présentent. Le joueur devient un ethnonologue . il se branche sur un monde qui vit indépendamment de sa présence. Le joueur doit comprendre les logiques comportementales qui animent ces agents : celui-ci deviendra-t-il un ennemi. un allié. combinant. contrainte et liberté. Comme dans la vraie vie ? . De plus. etc. puis-je faire de cet autre. la manière avec laquelle il les abordera les personnages influera sur leurs comportements. là encore.[81] Une société d'acteurs virtuels avec lesquels il va falloir nouer des relations si on veut atteindre un objectif : telle est la scénographie générale de ces jeux.

en particulier. mobilité.) des opérations corporelles et mentales. à leur manière -c'est-à-dire sans les transcrire mécaniquement. L'image-temps [84]m'intéresse en ce qu'elle rencontre cette problématique des rapports image-objet. Deleuze ira même jusqu'à évoquer "le bergsonisme profond du cinéma en général"[87].. le philosophe adosse fortement sa construction aux travaux d'Henri Bergson. Elle suscite mon attention pour d'autres raisons. j'avais déjà tenté d'exploiter ces conceptions de la vision pour analyser les nouveaux cadres de vision/action engendrés par l'informatique. Les concepts centraux d'<<image-mouvement>> et d'<<image-temps>> sont élaborés à partir des notions de prolongement sensori-moteurs exprimés (ou inhibés dans le cas de l'image-temps). poursuivent. faudra-t-il montrer en quoi le défrichage berg- . reproductibilité) et celles de l'objet (consistance. dont la philosophie doit faire la théorie comme pratique conceptuelle"[85] et.les mouvements latents à l'œuvre dans la perception. En effet. et dans la perception visuelle. par un autre biais. de manière significative. et surtout en les forgeant dans une perspective descriptive et explicative. conquête progressive de l'espace qui sépare l'image de l'objet. ce travail de "phénoménologie appliquée". Contribuer à faire émerger les concepts propres de l'image actée. Aussi. que je propose de dénommer. L'analyse bergsonienne de la perception dans ses rapports à la temporalité prolonge les théories phénoménologiques du temps. Rappelons que Bergson dans Matière et mémoire. à la fois comme champ expérimental et comme validation de la conceptualisation proposée. indépendance).. sur la psychopathologie de l'aphasie. après la photographie et le cinéma. de la mémoire et donc du temps chez Bergson.Chapitre VI Commentaires sur l'image actée. L'essentiel de l'appareillage conceptuel construit dans les deux tomes consacrés au cinéma. par Maurice Merleau-Ponty dans un sens qui préfigurait la Téléprésence technique actuelle[88]. opérationalité. conscience réfléchie. prolonge et illustre la théorie bergsonienne de la constitution du temps. La mobilisation de ces analyses s'agence assez bien avec le souci de saisir la perception dans ses dimensions aussi bien expérimentales qu'abstraites. j'avais tenté de mettre à profit les conceptions bergsoniennes pour montrer comment le stade virtuel de l'image réalise. images actées si on désigne ainsi les images numériques appelées à être chaînées avec et par des actes[83]. notions qui fondent la théorie de la perception. Je souhaite y revenir. dans des travaux antérieurs[89]. les mouvements abstraits latents à l'œuvre dans la perception en général. telle pourrait être la visée de cet essai. J'ai fréquemment dénommé ces entités composites par le vocable image-objet en focalisant l'analyse sur les modalités dites interactives de leur fréquentation. s'appuie. modalités dont j'ai tenté de montrer qu'elles constituent leur essence[82]. unicité relative. Elles les traduisent. connexes à celle-ci et peut-être plus essentielles. c'est-à-dire en abstrayant les concepts (tels que souvenir pur et inscrit. les laboratoires de la Téléprésence. Autonomisation veut dire ici. d'une autre manière. encadrées par le travail fondateur de Husserl et développées notamment. franchissement de degrés qui amenuisent les distinctions entre les qualités de l'image (faible matérialité. En synthétisant les perceptions "naturelles" et en inventant de nouveaux dispositifs perceptifs. pour une part importante. propriétés physiques. Une observation fondamentale fait pressentir qu'une appropriation du dispositif analytique construit par Deleuze à propos du cinéma pourrait être fructueuse dans cette perspective. la dernière phrase du livre est un appel à "constituer les concepts du cinéma"[86]. à partir de L'image-temps de Gilles Deleuze L'univers des images numériques étend son emprise en accélérant le mouvement d'autonomisation de l'image. Dans quelle mesure la démarche de Deleuze peut-elle nous aider à faire surgir ces concepts ? J'ai le sentiment qu'œuvre dans "L'image-temps" un mode de questionnement partiellement transférable à l'univers des images actées. quant à la vision. et ce faisant. car la perception humaine est toujours informée et infléchie par les technologies qui la baignent[90]. Celle-ci tente toujours de fonder ses interprétations en élucidant les phénomènes perceptifs concrets. "Le cinéma lui-même est une nouvelle pratique des images et des signes. C'est la raison pour laquelle. elles les transforment tout aussi bien. Cette direction s'éclaire si l'on admet que les technologies de perception actualisent. Dans cette perspective. en tentant de spécifier le régime perceptif singulier qu'engagent et qu'expriment les représentations contemporaines. Deleuze aborde le cinéma avec le souci d'en faire une théorie philosophique. Ces travaux sur les rapports entre mémoire et perception offrent un cadre privilégié pour développer une théorie des images actées virtuelles.

Est-il envisageable que les concepts de l'image actée puissent faire. sur le développement massif de la présence à distance comme modalité d'organisation sociale. c'est accorder ce schème moteur aux images acoustiques fournies par l'oreille : "coordonner les tendances motrices de la voix aux impressions de l'oreille. c'est revoir et prévoir. l'influence d'un objet virtuel. la cœxistence de logiques temporelles hétérogènes dans l'espace public.De Matière et mémoire au concept de cristal dans L'image-temps L'une des idées maîtresses du schéma bergsonien de la perception. cette fonction primordiale du corps dans la compréhension auditive du langage. et de parler ainsi à l'intelligence du corps"[95]. Cette notion de "schème moteur" éveillé par les "images" extérieures. L'intellect et le corporel se font alors singulièrement écho. Les exemples abondent : depuis la deuxième guerre. Les schèmes virtuels offrent alors leurs mouvements à la réception des impressions d'origines externes. modèle la représentation finale. Mettre en rapport les concepts du cinéma avec d'autres concepts. Non pas faire une théorie "sur" le cinéma. On comprend ainsi parfaitement comment ce qui se tient du côté de l'idée. de marques politiques saillantes caractérisant des périodes historiques). on peut figurer le système de la reconnaissance perceptive par une sorte de membrane. Elle va de l'idée à la perception. par projection extérieure d'une image activement conçue. Et les "saisissements musculaires" provoqués par les images extérieures. Les centres d'images internes manifestent. de recomposer ensuite. quelques agencements typiques tels que la croissance des formes de vie commune mêlant l'ici et l'ailleurs. ou bien. par devant. qu'il appelle "autres concepts" (mais s'agit-il vraiment de concepts ou bien. la jointure entre ces instances. c'est-à-dire des "sensations musculaires naissantes"[93]. La répétition intérieure du mouvement qu'on souhaite apprendre. permet de donner à chaque mouvement élémentaire son autonomie et assure sa solidarité aux autres. à l'évidence. analogue à l'objet et qui vient épouser sa forme. Selon l'auteur de Matière et mémoire. sensible sur ses deux faces. du dictateur omnipotent de Metropolis symbolisant la montée des régimes totalitaires dérive vers l'automate cybernétique des sociétés de contrôle et de surveillance distribuée. ce serait perfectionner l'accompagnement moteur"[94]. Deleuze précise sa visée à la fin du livre. et par conséquent du temps. qui. La proposition de "cristal présentiel". la pratique des concepts en général n'ayant aucun privilège sur les autres. de l'objet virtuel. Mais les enjeux proprement politiques d'une telle transformation me semblent encore difficiles à thématiser. par exemple. par exemple.sonien est-il essentiel à cette entreprise. par derrière. Les organes des sens impriment. est mesurée. de faire surgir les concepts du cinéma dans un regard qui embrasse simultanément le cinéma et la vie. pas plus qu'un objet n'en a sur les autres"[91]. mais "sur les concepts que le cinéma suscite et qui sont eux-mêmes en rapport avec d'autres concepts correspondant à d'autres pratiques. Il se sert du cinéma comme d'un instrument d'observation qui révélerait l'état du monde et inversement. un pas de danse par exemple. Et Deleuze privilégie les dimensions proprement politiques. comme nous le verrons dans le chapitre suivant. et pourquoi diffé- . que cache cette formule ? Il s'agit. exposé dans son ouvrage Matière et mémoire[92]. prédiction qui vient chercher dans l'épreuve réelle son ajustement à l'objet : voir. Mon intuition se limite à marquer. De même peut-on invoquer la mutation des figures de l'automate. On retrouve. La perception n'y est plus considérée comme centripète (de la perception à l'idée) mais centrifuge. dans le contexte social de la téléinformatique. est fondée. A . office d'analyseurs de l'état du monde contemporain ? Mon ambition. qui va suivre. il repère l'émergence des "concepts" du cinéma dans une mise en rapport avec ces autres signes cliniques. dans toutes ses dimensions. L'audition de la parole met en branle un "schème moteur ". La perception est une prédiction mobilisant la mémoire. aussi. Comprendre une langue nouvelle. La place centrale du corps est spécialement affirmée lorsqu'on apprend un mouvement physique. comme celui de 2001. Ce schéma conditionne la conception bergsonienne du souvenir. ici. Le philosophe affirme que la répétition intérieure "a pour véritable effet de décomposer d'abord. qui sépare le règne de l'image-mouvement de celui de l'image-temps. se situe à la frontière du corporel et du mental. plutôt. concerne la place et la fonction du corps. assurent selon Bergson. l'image d'un objet réel. en fait.

De même dans la reconnaissance automatique (ou habituelle) : la perception se prolonge en mouvements d'usages. tantôt des détails concomitants pouvant contribuer à l'éclaircir"[99]. ils le gagnent en "voyance". comme un outil que l'on sait mobiliser. ensuite.] suppose véritablement. dans le cinéma d'après-guerre. actuelle/virtuelle : l'imagetemps. Dans la perception attentive. indifférents aux enjeux de la scène. telle est la chaîne caractéristique de l'image-mouvement..on fait retour à l'objet et on en extrait quelques traits spécifiques. confrontés à de "pures situations optiques et sonores"[103]. Perception. Entre perception et sensation la continuité est assurée. Ainsi se construit le schéma bergsonien de la perception attentive.rentes cultures visuelles ont pu et peuvent exister. Le souvenir spontané est d'emblée parfait. échappant à l'application volontaire. apparaît. quasiment considérée comme une image. dès que les situations ne se prolongent plus en action. Les cercles représentant la dilatation progressive de la mémoire sont couplés aux cercles qui traduisent les détails immédiats de l'objet et. De l'image-mouvement à l'image-temps : le cristal Exploitant l'héritage bergsonien dans sa tentative d'élaborer les concepts philosophiques du cinéma. Des schèmes sensori-moteurs se sont accumulés que la vue de l'objet suffit à déclencher. en revanche. impersonnel et donc toujours disponible . Deleuze exploitera la coalescence entre souvenir et perception dans une autre direction. action. ce qu'ils perdent en réactions. s'extériorise. Le souvenir appris par répétition.action. Alors. ajoute Deleuze. Mais ils sont plus mobiles. tend à devenir indépendant.. Leur abstraction les rend disponibles pour se mouler sur la perception présente. bien que la neurophysiologie de la vision soit à peu près invariante depuis des dizaines de milliers d'années. ajoute Bergson. Ceux-ci sont eux-mêmes inscrits dans notre corps comme sensations. Dans la perception. Alors que l'image-souvenir spontanée est aussi fidèle que capricieuse. nous sollicitons nos souvenirs. À ces cercles de la mémoire correspondent des "causes de profondeurs croissantes. Bergson s'intéressera tout particulièrement au circuit le plus intérieur qui se forme lorsque les cercles de la mémoire se rétrécissent. Les cercles dérivées expriment des mouvements toujours plus vastes de productions intellectuelles. Et Bergson en distingue deux types : les souvenirs appris et les souvenirs spontanés. une réflexion. en revanche. Ce qui préside à la reconnaissance attentive.] le souvenir ainsi réduit s'enchâsse si bien dans la perception présente qu'on ne saurait dire où la perception finit. où le souvenir commence"[101]. C'est toute la mémoire qui pénètre dans ces circuits et c'est elle qui "réfléchit sur l'objet un nombre croissant de choses suggérées. il s'inscrit et enregistre les éléments constitutifs de notre existence avec leurs marquages spatio-temporels. (c'est-à-dire une image inséparable de l'action qu'elle montre). en diffère considérablement. . interdits de réaction. À ce moment "[. le corps fabrique une "esquisse" de l'objet et pour donner chair à cette esquisse.. s'éloignent de leur charge personnelle et originale pour devenir mobiles et abstraits. les systèmes dérivés de cet objet. Et le philosophe dévoile le mouvement essentiel de ce type de reconnaissance : "[. "Nous en recréons le détail et la couleur en y projetant des souvenirs plus ou moins lointains"[97]. car coupés . figuré par deux séries de cercles symétriques formant des circuits.. et virtuellement données avec l'objet lui-même"[100]. L'image-temps. Deleuze définit l'image-mouvement comme chevillée aux enchaînements sensori-moteurs. en revanche.] toute perception attentive [. On renonce à prolonger notre perception -explique Bergson. La reconnaissance attentive prolonge le souvenir appris.. celle où l'image cesse de se prolonger en mouvement et cristallise dans une image bi-face. la mémoire perd sa mobilité fantaisiste et se règle sur le détail des mouvements corporels[102]. Mais. au sens étymologique du mot. Les personnages sont alors suspendus.tantôt les détails de l'objet lui-même. différents cercles de la mémoire enveloppent le premier circuit fermé qui tient en tension "l'objet O lui-même avec l'image consécutive qui vient le couvrir"[98]. c'est-à-dire la projection extérieure d'une image activement créée. Dans son travail sur le cinéma. Des "souvenirs diminués" se forment par extraction de ces épreuves rééditées. Ces souvenirs sont affaiblis en regard des inscriptions spontanées précisément situées dans le temps et l'espace. identique ou semblable à l'objet et qui vient se mouler sur ses contours"[96]. parce que la continuité entre perception et mouvements naissants est alors brisée.. Aux plus hautes couches de la mémoire se rapportent des couches plus profondes de la réalité. situées derrière l'objet. affection.

D'abord. à "absorber" le personnage dans son reflet spéculaire et à lui faire rejoindre ainsi son essence (laquelle consiste à être double : actuelle et virtuelle) ? Trouble de l'échange. impose un seul et unique personnage. qui "juge la vie comme une maladie". La rupture sensori-motrice d'une part et la problématique temporelle. Dans l'important commentaire de La dame de Shanghai. volonté décisoire. reconquérir l'actualité. réversibilité que Deleuze voit surgir à l'état pur dans La dame de Shanghaï et dont il fera une pierre de touche de son commentaire (sur lequel il reviendra dans son dernier texte. accroissement d'énergie dans la forme virtuelle et postulat d'une plus grande mobilité du virtuel. la vie se libérait des apparences autant que de la vérité : ni vrai ni faux. "Par delà le bien et le mal" s'élance la puissance créatrice. même si dans la scène finale il nous est évidemment impossible de distinguer laquelle est l'objet. son 'image en miroir'. ou encore désir de faire se rejoindre la représentation et la réalité ? (On verra que la fusion tendancielle de l'image et de l'objet définit l'image actée. mais puissance du faux. vitale. C'est Welles qui. un fondement "réel" : la mort. de l'autre. aux deux sens du terme. y a-t-il coalescence et scission. elle entrait en communication avec ce qui pouvait apparaître comme des images-souvenirs. Et Deleuze fait l'éloge de la capacité à se transformer. Le commentaire du film de Welles est dominé par l'idée de "puissance du faux" : "En élevant le faux à la puissance de la vie. l'accroissement d'énergie s'opère en deux stades.des prolongements actifs. Puis l'actuel passe au virtuel et réciproquement. Pourtant le dénouement tragique de l'ultime scène aux miroirs remet en jeu une vérité. Dans cette "image-cristal. Deleuze affirme que "l'indiscernabilité constitue une illusion objective". éteindre les apparences. et ne lui laisse plus à son tour qu'une virtualité.. il s'agit bien d'opérations spéculaires dans lesquelles les images sont strictement sous la dépendance ontologique de l'objet. dans le cinéma d'après-guerre. l'augmentation de mobilité. Elles font signe vers les "souvenirs purs" bergsoniens abstraits. des images-rêves. Toutes ces hypothèses se tiennent. mobiles et disponibles qui coalisent perception et souvenir. Le déchaînement multiplicateur efface temporairement cette dépendance. D'où aussi la réversibilité possible entre actuel et virtuel. composait de grands circuits. il est impossible d'assigner une place aux deux faces. Cet échange perpétuel du virtuel et de l'actuel définit un cristal"[108]. Mais cette image "trouve son véritable élément génétique quand l'image optique actuelle cristallise avec sa propre image virtuelle. en tendance. à ne pas se recroqueviller dans une écorce. Dans cette logique. son double. à partir de La dame de Shanghaï. Aussi.. "une présupposition réciproque"[106]. est une réponse à la démarche de l'homme véridique. ils absorbent toutes les intensités affectives et les convertissent en capacités de voyance et non plus en activités.. On retrouve un thème cher à Deleuze (développé en particulier dans Logique du sens[109]) : le simulacre comme impossibilité de séparer le vrai du faux. Cette inhibition de la perception prolongée en action est au fondement de l'émergence. par la prolifération virale des images toutes rapportées à un objet unique. son autre face. à la manière de La dame de Shanghaï. "L'actuel et le virtuel"[107]) : "Le souvenir est l'image virtuelle contemporaine de l'objet actuel. entre l'objet actuel et son image virtuelle : l'image virtuelle ne cesse de devenir actuelle. de l'image-temps. Ces forces se trouvent du côté de la cristallisation actuel/virtuel. c'est se brûler les yeux dans la mort.. La "puissance du faux". le faussaire"[110]. des imagesmondes"[104]. dans un processus d'autonomisation où l'image s'approprie progressivement les qualités de l'objet). film considéré par le philosophe disparu. comme un symbole du passage à "l'image-temps". Le virtuel devient alors le complément naturel de l'actuel. Dans cette scène terminale du film d'Orson Welles. détachées des logiques immédiates de l'action. . L'image virtuelle absorbe toute l'actualité du personnage. comme dans un miroir qui s'empare du personnage. et à de multiples reprises. mais le dénouement tragique contracte cette durée par l'effondrement réciproque des adversaires. en même temps que le personnage actuel n'est plus qu'une virtualité. de mutabilité.l'image actuelle coupée de son prolongement moteur. alternative indécidable. d'intensité insupportable. l'actuel du virtuel. image et objet sont d'abord rendus. sont au cœur de l'analyse : ". N'oublions pas cependant que l'image spéculaire est dans un rapport de stricte contemporanéité avec l'objet. Puis par la mise en abîme qui en résulte et l'impossibilité de distinguer la série d'images de l'objet qui lui donne naissance. Le virtuel privé d'actuel devient un élément catastrophique. Supprimer un à un les exemplaires virtuels assure la durée de la scène finale. à s'hybrider à d'autres forces vitales[111]. équivalents. Briser un à un les miroirs. sur le petit circuit intérieur"[105]. Mais d'où vient cette attirance à sublimer l'actuel dans le virtuel. l'engouffre. images purement optiques et sonores.

ou plus précisément dans la synthèse de l'apparence à partir de la morphogenèse de l'objet. ses projections s'éteindraient aussi. viennent à l'appui : "Y a-t-il un centre quelconque ou pas du tout ?" Et Deleuze d'ajouter : "[. avec Welles. Elle en devient un bénéfice secondaire. cercle. Au contraire. surgit alors comme la preuve de la réussite de l'opération modélisatrice. Dans la sphère des images actées. La vérité ne se situe pas au pôle opposé à celui de l'apparence. dans un sens. (Précisons que lorsqu'on observe Waves par le truchement d'un film vidéo. etc. c'est dépasser. qualifié de "siècle baroque". Mais faut-il opposer vérité et apparence ? Plutôt que de concevoir les projections multiples comme ce qui altère l'idée d'une vérité unique. Rejoignant des vues antérieures développées dans Logique du sens. "L'objet n'étant plus à la limite que la connexion de ses propres métamorphoses"[113]. . tout y est simulé pour recréer l'apparence visible d'une mer parcourue par des vagues. l'opposition entre dispersion des références et centralité de l'espace d'observation. Sans prolonger cette controverse récurrente. invisibles. logiques que le spect-acteur doit découvrir et pratiquer pour. Définir l'objet par l'ensemble des perceptions qu'acquiert un observateur situé à l'intérieur. Ce faisant. Le cinéma de Welles redécouvre le mouvement perspectiviste et la perte de la notion de "centre". et de manière plus restrictive. c'est cela qui n'est ni vérité ni apparence"[114]. ellipses.. De la conformation des fonds sousmarins à la vitesse du vent. s'exprime alors dans le passage audelà de l'apparence. "son devenir" et sa définition perceptuelle.] s'écroulaient"[112]. c'est ce qui partage l'apparence de l'essence (dans la formule cartésienne classique). La vérité visuelle. elle-même. des phénomènes d'écrêtage de l'écume à l'amortissement des ondulations. Cette vision ne dépasse qu'en apparence le conflit entre subjectivisme et matérialisme. Gilles Deleuze affirme : "Les perspectives ou projections. ne favorise que superficiellement le relativisme. de manière inédite. qui offre la vision d'une plage en images de synthèse obtenues par modélisation physique du mouvement de la houle animant d'innombrables gouttes d'eau formant l'étendue maritime. Offrir le réglage de l'observation et de l'activation du modèle au spect-acteur. La vérité. d'une scène. De multiples travaux de modélisation physico-mathématiques concrétisent cette exsudation de l'apparence à partir des modèles. où le simulacre est défini non pas comme une copie dégradée mais comme ce qui interdit de discerner la copie de l'original. En déduire une crise définitive de la vérité est discutable. D'où l'allusion à la géométrie projective : l'œil au sommet du cône donne des "projections". comme multiple.. pourquoi ne pas considérer la vérité. dans celle des simulations réalistes. Waves d'Alain Fournier[115] en est certainement l'un des premiers exemples aussi parlant. le point de vue est constant mais intérieur aux objets.. c'est le regard qui se redéfinit : non plus appréciation d'une surface mais recherche des dimensions cachées. L'image devenant méta-image (image qui contient et explicite ses principes de construction). c'est une conception qui assure à la fois la mutabilité de l'objet.] la vérité traversait une crise définitive" et "tous les centres [. ou plutôt une vérité expérimentale et non axiomatique.. Michel Serres et ses considérations sur le XVIIe siècle. Si l'objet "unique" n'existait pas. droites. Le perspectivisme de Welles ne se définit plus alors "par la variation des points de vue extérieurs sur un objet supposé invariable (l'idéal du vrai serait conservé)". le regard devient méta-regard (regard qui observe ses propres opérations pour deviner ce que dissimule la surface visible et comment y accéder). et complexe. composer le voir avec le mouvoir. ces dimensions méta-scopiques s'assèchent et le regard se conforme alors à ses habitudes séculaires non-interventionnistes). explique-t-il. L'idée de Godard selon laquelle les meilleurs films de fiction sont les documentaires sur leur propre tournage s'applique naturellement à l'univers de l'image actée puisque chaque scène contient explicitement ses logiques scénographiques . qui se présentent comme "métamorphose d'une seule et même chose en devenir". je ferai l'hypothèse que l'expérience des images actées. un cadeau "de surcroît". unique comme scène et multiple comme perspectives réglables. Définir l'objet comme l'ensemble de ses projections tend à confondre appréhension perceptive et manifestation objective...Crise de la vérité L'éloge des puissances du faux s'accompagne d'un joyeux constat de la relativité de toute référence stabilisée. nous verrons plus en avant qu'on peut considérer que la "vérité" fait dériver l'apparence du modèle.

la distinction du virtuel et de l'actuel correspond à la scission la plus fondamentale du Temps. faire passer le présent et conserver le passé"[120]. le stade acté de l'image.est trompeuse. Deleuze revenant sur le statut de l'image et de l'objet virtuel. c'est plus la perception actuelle qu'une entité matérielle indépendante (l'objet inorganique.. Toute son analyse de la virtualité repose en fait sur cette conception temporelle. . S'il doute de la réalité de ce voyage. l'objet réel se réfléchit dans une image en miroir comme dans l'objet virtuel qui. De même l'objet dont il est question chez Deleuze. un miroir numérique. film qui illustre parfaitement. suivant un double mouvement de libération et de capture"[122]. eau vive (le flux vital). car il serait injuste de lui attribuer un usage naïf de l'optique physique. C'est pourquoi l'optique physique.B . dans une relation avec une spectatrice. quant à elle. simultanéité. actuelle et virtuelle"[121]. "Dans tous les cas. à l'acteur du film de Woody Allen. prenaient de l'indépendance et passaient dans l'actuel. fenêtre. la recomposition de l'espace perspectif : multiplicité de scènes. la découverte bergsonienne concernant la temporalisation. transparence (vitre. de Tim Binkley[123]. parce qu'elle travaille les opérations temporelles de manière plus mobile (contemporanéité. sur une gamme de combinaisons dans le temps beaucoup plus vaste que l'optique. Cette installation rend compte à merveille du sens profond des images actées -dont on rappelle qu'elles enchaînent pratiquement les visions aux actions. Ce concept d'<<objet>> nous fait quitter l'ordre optique qui ne peut. n'inclut pas "l'actuel" dans son vocabulaire et lui substitue les notions d'image et d'objet réels. en complète autonomie. une photo. Lorsque Deleuze parle d'images virtuelles. écrit : "Les images virtuelles ne sont pas plus séparables de l'objet actuel que celui-ci de celles-là. La référence de Deleuze à l'optique doit être discutée plus finement. cette fois. que servir d'analogie pour appréhender la perception.en révélant le dédoublement spéculaire du regardeur qu'elles induisent. Les images virtuelles réagissent donc sur l'actuel"[118]. Dans l'un de ses derniers articles publiés. ces deux qualités). reprise actuelle de modèles sédimentés par des expérimentations antérieures. et à le capturer. L'optique géométrique ignore la temporalité.. Véritable machine à transporter le spectateur.De L'image-temps aux concepts de l'image actée. amorphe du sens commun). spatiale par construction. eau gelée)[116]. enregistrement. On peut d'ailleurs noter qu'outre le miroir.). les métaphores techniques qu'utilise Deleuze relèvent très souvent de milieux de type optique : cristal (et cristallisation comme mouvement de développement du cristal). distribuant les valeurs vie/mort sur le couple virtuel/actuel s'harmonise parfaitement à l'opérateur instantané qu'est le miroir. une imprimante. Un autre exemple me vient à l'esprit de ce qu'on pourrait appeler. tout au long de son livre. dessinant ainsi une parabole de tous les mouvements qui affectent l'image numérique aujourd'hui. "Actuel" est évidemment un terme temporel et non pas spatial (et c'est toute la portée des technologies de Téléprésence que de tendre à fusionner. à leur manière. on le sait. aujourd'hui. voilà ce qui advient. de son côté et en même temps. Et logiquement il rappelle avec insistance. inscrit sur le papier la trace de sa visite furtive à la Vénus au miroir de Vélasquez en lui fournissant le témoignage irréfutable de sa présence dans le tableau. Son commentaire conviendrait à merveille à La rose pourpre du Caire. enveloppe ou réfléchit le réel : il y a <<coalescence>> entre les deux. Séparer l'image de son support pour la faire vivre. ce dispositif incorpore l'image du visiteur dans les ouvertures du tableau (fenêtres. une carte postale s'animaient. Il y a formation d'une image biface. Mais l'analogie[119] avec les images virtuelles de l'optique -ou du numérique. versus de l'image virtuelle du miroir à l'avatar virtuel La ligne d'analyse de La dame de Shanghaï. clones) ? Ce genre d'images joue. miroir. propulsé par les technologies numériques. Il s'agit du dispositif Watch yourself. Et il image le processus : "C'est comme si une image en miroir. tout au plus. il s'agit plutôt de souvenirs et non pas d'images objectivées. dans l'ancien moule de l'image enregistrée. mélanges d'animation actuelle et de modèles stockés comme dans le clonage virtuel[117]). Il semble que Deleuze nous invite lui-même à dépasser le stade du miroir. L'effet est majoré par l'emprunt à des classiques de l'art pictural qui avaient déjà exploré. etc. quitte à ce que l'image actuelle revienne dans le miroir. avatars. Et c'est bien ainsi que Deleuze le conçoit lorsqu'il énonce : "En termes bergsoniens. Peut-on mobiliser ce couple virtuel /actuel en regard des dernières générations d'images et spécialement des créatures virtuelles (modèles simulés.

Cette méfiance à l'égard d'une écriture qui viserait un espace propre d'existence est contradictoire à une motivation que Deleuze exprime distinctement à de multiples reprises : fusionner la représentation et la réalité pour donner naissance à un couple représentation/réalité qui acquiert ainsi un surplus d'énergie. Par là s'affirme une propension à animer les récits de l'intérieur de la scène : pénétrer dans l'image.. L'image-objet. puisqu'alors. là où elle comprend qu'en jouant avec la vie et le devenir elle avait eu affaire à trop forte partie"[126]. car elle sent que pour la première fois elle est arrivée au but. dans certains moments de flottement. voilà une critique cinglante de la médiation. l'ajustement des mouvements sensori-moteurs et de la perception optico-sonore se réalise de lui-même. se dispenser d'une telle exigence. mortifiée et l'écriture. C'est l'espace créatif propre de la médiation qui est alors dévalorisé. à la doubler authentiquement. la vie ne cesse pas d'être mutilée. Plus généralement. mais qui demeure caché pour le peintre. ce surgissement d'un milieu médian. par construction. "la vision est prise ou se fait au milieu des choses"[124]. ni pur objet.incorporation de plans décalés. Mais dénier l'espace propre de la représentation. à concrétiser une forme de cristal (bien que le circuit court perception/souvenir se manifeste aussi. jusqu'à les doter d'une quasi-vie artificielle[127]. mouvement considéré comme processus d'autonomisation croissante de l'image. Le contraire de la <<névrose>> où. et en particulier le philosophe. abaissée. fait un bond unique. affirmation qu'il faudrait compléter en ajoutant que ce programme va. le regard du visiteur qui est piégé. et c'est un bond de joie. tout comme la référence à toutes les techniques d'enregistrement (photographie. de coopération. on peut faire jouer l'analogie avec cet échange virtuel/actuel afin de décrire le mouvement de l'image. Les images-objets mues par la modélisation numérique peuvent. c'est. c'est-à-dire doter les images de qualités décalquées de celles des objets. Ce qui fait discussion. un ajustement sensori-moteur génétique Deleuze : "L'écriture a pour seule fin la vie. S'il s'agit bien d'image-objets existants comme telles dans un processus d'usage. tel est bien le programme de l'ingénierie informatique. alors cet ajustement est génétique. C'est ce qui nous passionne dans l'image actée. Dans ce cas. parfois. et le retour futur. s'il y a moyen. affirmant ainsi un nouvel âge de l'image. thème récurrent de la fenêtre présentant l'ailleurs de l'image dans le cadre même du tableau. fait apparaître ce que voient les personnages dans le tableau. regarder le tableau à partir de son intériorité. cinéma) qui maintiennent. le modèle de l'arbre que l'on fait croître par simulation contient. Ici. Il découle des liens structurels entre image et action.actée. ni pure image et dont l'artificialité ajoute de nouvelles dimensions à nos compositions perceptives. ou le film) tout en affirmant la vanité et l'agressivité mortifère de ce "moyen". c'est le mouvement symétrique (l'image actuelle doit revenir dans le miroir pour remplacer l'image virtuelle qui s'est autonomisée) comme si une solidarité devait être maintenue à tout prix entre image actuelle et virtuelle. faire coïncider la description et le paysage. la nature. ce serait la sortie de l'écran. lorsqu'on négocie avec ces hybrides image-objets). La présence du miroir dans le tableau (comme dans les fameuses Ménines). Il s'en suit que l'autonomie revendiquée de l'écriture ou de l'image ne vaut plus pour elle-même. de manière ironique. ne soit qu'un hasard dans son siècle. à condition qu'on leur reconnaisse un niveau supérieur d'autonomie. La métaphore du miroir incite à postuler une telle solidarité. le paradoxe consiste à rejoindre la vie par le truchement de son soi-disant autre (l'écriture. L'image-objet ou le virtuel dissocié de l'actuel L'échange virtuel/actuel. outil. Ici. Viser la vie et non la vie des signes (de l'écriture). truchement. À son apparition. une certaine autosuffisance à coaliser l'actuel et le virtuel. c'est une critique de l'opération médiatrice symétrique à celle consistant à souligner son incapacité à décrire fidèlement la réalité. Par exemple. Comme l'écrivait Merleau Ponty. de se prendre elle-même pour fin"[125]. précisément. . il en fait partie.. de conversation. quant à elles. Or. se compose un espace propre de vie qui ne saurait être appelé à fusionner avec un flux vital supposé premier et essentiel. d'autonomie et qui le transforme en puissance quasi vivante. à travers les combinaisons qu'elle tire. mais comme instrument mobilisé pour rejoindre la vraie vie. devenir acteur du spectacle et spectateur de ses actes. ce lien. révéler le paysage à lui-même grâce à sa description. plus. Nietzsche vient à l'appui : "Il semble parfois que l'artiste. qui ne saute jamais. personnalisée. Devenir toujours plus vivant.

On dira que l'origine de ce cristal c'est ici le modèle mathématiques. interventionniste. etc. ne serait-ce qu'à travers le rituel inaugural de l'ajustement des interfaces (casques.par principe. en effet. Répudié.). L'image-souvenir doublerait ainsi en surplomb l'image-action.d'un nouveau type. d'autres réclament une pensée de l'usage des interfaces. Ces situations d'immersion engendrent. véritable sas de passage vers l'immersion. fonctionnant dans les deux sens. Certains gestes et activités perceptives automatiques -pointant vers les images-souvenirs indéfinies et mobilisables.de l'univers est. par interfaces interposées : cette double détermination en constitue la singularité en regard de toutes les autres formes d'images. la mobilité naturelle qui relie vision. Elles sont devenues le lien sensible.qu'on accomplit quotidiennement sans y penser sont ici accomplies avec la même facilité. L'image actée relève donc à la fois d'une saisie imaginaire.il s'agit bien de remonter de l'objet donné aux principes qui le constituent.et d'actes de vision. toujours perçu. Mais on peut tout aussi bien considérer que c'est l'inverse qui se produit. le caractère "artificiel" -techniquement produit. l'écran étant brisé. celle du "rayon visuel" émis par l'œil et qui va ausculter la réalité pour ramener à la rétine des informations vivantes sur le monde ainsi touché (au sens propre)[129]. comme une perception sublimée et indéterminée. Décrire ce processus consiste à noter les enchaînements de gestes -réalisés grâce aux interfaces. comme dirait Merleau-Ponty). Dans le cadre de l'expérience de la "réduction phénoménologique" -la suspension. qu'on ne peut appréhender par l'expérience et qui se tient en retrait. Invisible. D'une part. les uns étant causes des autres. gants. au sens de Deleuze (image prolongée par des actions). On pourrait conclure qu'il ne s'agit là finalement que d'une image-mouvement. en actions mais demeure une image frontale. s'incarnerait assez bien dans les simulations interactives classiques (Conception Assistée par Ordinateur. etc. Objet qu'elle ne peut atteindre. toucher en grec)[128]. En fait l'indécision qui en résulte laisse entendre qu'il pourrait s'agir d'un cristal -pour reprendre l'expression de Deleuze. l'image-souvenir. Ces deux catégories de sensations agissent comme deux couches parallèles. On connaît la théorie antique de la vision. le faire fructifier. pour modeler la perception. à juste titre sur le plan scientifique. l'action prolongeant l'image. l'image actée est aussi soumise aux variations imaginaires -à la corrélation. L'image se poursuit alors en mouvements. prendre. car en suivant la conception imaginée par Husserl. non totalement exprimable. de l'autre. jeux vidéo. les décisions préalables des agronomes qui ont élaboré ce modèle. car ce qu'elle vise n'est plus un objet réel mais un modèle protéiforme. Et de l'autre. une application attentive. telle que la définit Deleuze. on dira que l'univers de l'image actée appelle naturellement la "réduction phénoménologique"). par l'optique physique. mais présent en surplomb et dont on "ressent" la présence à travers toutes ses actualisations. Image-souvenir et Réalité Virtuelle L'image sensori-motrice. fait face à l'interactant.par lesquelles nous exerçons notre perception. En résumant à l'extrême. interprétative et d'une saisie physique. Les environnements virtuels. invisible comme la source réelle/virtuelle du visible et de l'expérimentable. non plus coalescence de l'actuel et du virtuel. c'est agir et actualiser ainsi le modèle qui va développer sa forme finale. eux partiellement. qui sur l'écran. Le faire croître sur l'écran. dessiner les ombres que ses branches projetteront au sol. (Noématique. simultanément. . la mise entre parenthèse du monde objectif. on peut caractériser l'image actée comme à la fois noématique et haptique (de haptein. le "rayon visuel" s'est finalement concrétisé dans nos interfaces modernes. d'une part et les figures numériques actives. immergeant l'acteur. entre la noèse-haptèse (le corps sensible de la phénoménologie : voyant parce que se voyant voir. traduiraient. audition et action est restituée. Ce serait la course poursuite incessante entre l'image actuelle et l'objet en retrait (le modèle) qui manifesterait ce cristal qu'on peut nommer image-modèle. En radicalisant le propos. Et c'est par elles que nous touchons et transformons les images actées. mais perception dans l'image actuelle d'une incomplétude renvoyant à une image-souvenir lancée à la recherche de l'objet. Les visions/auditions/préhensions d'objets dont les images flottent dans l'espace font signe vers un univers onirique fait d'actes et de sensations mémorisés (image-souvenir) mais qu'on mobilise pour identifier et animer ces objets-images (image-action).). une double perception.

dans les situations de transports (téléphone. Les sensations physiques sont perçues de manière corporelle. dans un réseau par exemple. Une part seulement. Il éprouve à même son corps. ces expériences ouvrent au dédoublement spatial. la perception de l'instantanéité est. sur des avatars virtuels. fait passer le présent et conserve le passé. instrument d'extraction de l'apparence à partir de la forme. perception de l'évasion. Or la présence à distance est aussi un jeu avec le temps. de l'attention disponible. reliant ainsi l'objet réel et son image virtuelle. mais grâce à la médiation visuelle d'un spect-agent. rappelons-le. Le "souvenir pur" bergsonien devient le modèle comportemental de la scène. Se percevoir percevant. Altération des objets. le cristal présentiel s'illumine. la composition chimique des rapports action/perception musculaire/interprétation se modifie. déplacement d'espaces plutôt que déplacement dans l'espace. Au miroir. sur un autre soi-même. Cela reviendrait à postuler l'unicité phénoménale de la présence et par conséquent faire sienne une définition purement spatiale de la présence. Cette auto-perception s'opère à distance de soi-même. quant à elle. le spect-agent. On définirait le cristal présentiel comme le plus petit circuit reliant présence et départ. une forme d'ubiquité réelle. le sentiment de présence/absence à soi se moule totalement sur le dispositif. l'opérateur se voit sous la forme d'une silhouette doublant ses mouvements. à chaque instant. par exemple). etc. Elle s'adosse à l'opération temporelle qui définit le sentiment de présence : allerretour entre évasion hors de soi. par exemple. Ce plus petit écart entre l'ici et l'ailleurs serait ce cristal où actuel résonnerait avec ici et virtuel avec ailleurs. comme dans les Téléprésences virtuelles où un exo-squelette situé dans l'espace interplanétaire double un opérateur à terre. la sensation que notre image se glisse dans les formes d'un avatar constitué par les moyens de l'informatique.Image-temps et image-présence : l'hypothèse du cristal "présentiel" Le concept d'image-cristal est. et non pas reflet passif. impalpables. telle est l'originalité de ces déplacements. communication par réseau. le spect-agent réalise une augmentation motrice aussi bien que cognitive (déplacement par la vue ou la voix. c'est hybrider les vagabondages ordinaires du flux représentatif aux voyages outillés par les technologies. Comme si le spect-agent percevait et nous transmettait instantanément cette perception : dédoublement réel de présence. Immergé dans l'univers virtuel. les effets d'un déplacement dans les lignes de flux de l'écoulement aérodynamique. cher à Deleuze. Le cristal "présentiel" On se propose ici de faire jouer cette notion de cristal actuel/virtuel sur la thématique de la présence à distance. que nous avons nommé spect. La présence physique est dédoublée en présence actuelle (corporelle?) et image-objet de soi. qui se tiennent en . perception des flux aérodynamiques simulés s'écoulant autour d'une navette spatiale modélisée). espace d'interaction sont organisés par des modèles abstraits. image de soi à distance. et une part seulement. Concrétisant. solidement articulé à la conception bergsonienne du temps fondée sur le dédoublement qui.agent. Le cristal temporel deviendrait ici le plus petit circuit de déplacement de présence. sensation du retour. construite. écart manifesté dans et par un dispositif de transport.C . doté d'une vie propre. invisibles. laquelle provoque une nouvelle évasion construite sur la perception du retour et tout ceci dans un mouvement perpétuel. S'engager dans un déplacement partiel de présence. Le canal que ces appareillages imposent à la perception complexifie donc les mouvements décrits précédemment. En regard du sujet humain réel. qu'elle se déplace avec lui. conserver le passé). Avec le retour d'effort du virtuel sur le réel. Si le transport est physiquement instantané. il est "rafraîchi". pour la première fois.en s'enroulant sur elle-même. Cette perception se constitue dans les circuits reliant l'action et la réponse. Ici le passé ne passe pas. D'où un dédoublement présentiel dans la problématique de la dissociation du temps (faire passer le présent. le départ et le retour. Lorsque l'ici télescope l'ailleurs. forme de présence du sujet. car rien ne permet de supposer que. Les dispositifs de transport canalisent ces mouvements en capturant à leur profit une part.). non plus seulement audiovisuel mais proprioceptif. et ne nous appartient plus totalement. on substitue l'appareillage de téléportation (transport instantané des signes de la présence à distance. la plus faible perception d'un écart de soi à soi. une vague en rouleau qui se déplace -et donc permet l'oubli.

comme Ménagerie. Elle rallie des éléments virtuels. l'image en miroir. mais pas de manière figurée comme au cinéma où seuls agissent les personnages incarnés sur l'écran. ubiquité. et son passé contemporain. (J'ai en vue. L'image-présence se prolonge en actions. ou ne pas avoir. silhouette de soi découpée selon la forme du costume-capteur qu'on a revêtu et qu'on découvre sur une surface réfléchissante ou encore reflet de soi-même surajouté à l'image virtuelle dans certains dispositifs en cours d'expérimentation. telles que certaines œuvres en Réalité Virtuelle. Là. déjà-vécu) ne fait que rendre sensible cette évidence : il y a un souvenir du présent. Ce souvenir dédouble en permanence la perception actuelle et le souvenir immédiat virtuel (passé immédiatement accolé à la perception actuelle). Le dispositif de transport est aussi essentiel au cristal présentiel (mais peut-être pas suffisant. compossibilité À propos de la crise de la vérité dans ses rapports au temps et donc aux bifurcations irréversibles du passé. L'exemple matriciel de cette situation cristalline serait la vision d'une image de soi dans une situation de Téléprésence virtuelle : partie de son propre corps qu'on aperçoit dans le casque de réalité virtuelle lorsqu'on baisse la tête. Cristal actuel/virtuel. Paradoxe. de passé non situé. Cet événement s'est-il déroulé avant ou après celui-ci ? Ou en même temps ? La série temporelle peine à se dévider. par l'intervention humaine.retrait. ici. et celui qui enchaîne. Deleuze attire. aussi bien accolé qu'un rôle à l'acteur"[130]. Les cercles concentriques qui joignent les niveaux croissants de virtualité aux profondeurs croissantes de l'objet (Bergson) s'expriment alors sur un mode non plus seulement temporel mais aussi spatial : déplacement dans l'espace et par conséquent dans le temps. transport et cristal "présentiel" "Le présent c'est l'image actuelle. Le souvenir d'un enchaînement précis se trouble et va rejoindre les autres impressions détachées de leur contexte. certaines situations privilégiées de transports concrétisent le cristal présentiel. notre attention sur le fait que l'échec de la reconnaissance attentive est souvent plus riche que son succès[132]. la série d'images numériques avec leur modèle abstrait. Demain. Selon Bergson. Si certains films rendent manifeste le cristal temporel. Deleuze se réfère à Leibniz et à sa notion de "compossibilité".entre le mouvement qui relie les images-souvenirs aux images purement virtuelles qui "n'ont pas cessé de se conserver le long du temps". disponible pour toutes sortes de voyages reliés à une grande variété d'autres souvenirs virtuels. désir et projet constamment revendiqués par Deleuze. non totalement visible parce qu'incluant toutes ses actualisations possibles. contemporain du présent lui-même. c'est la reconnaissance temporelle qui échoue à se maintenir distinctement. "le prolongement sensori-moteur reste suspendu". Plutôt que l'image-souvenir ou la reconnaissance attentive. si on l'a rêvé ou encore si on l'a déjà imaginé). par ailleurs.[131] d'une part. Avec les images numériques interactives. des environnements qui interprètent. Cette augmentation de liberté. mais pas dans . "sentiments de déjà-vu". c'est l'image virtuelle. peut-on en trouver trace dans l'image actée ? Dans cette perspective. une réminiscence (on ne sait si l'événement s'est réellement déroulé. la bataille peut avoir. dont il sera question plus loin). Le philosophe allemand affirme que les deux possibilités peuvent se concrétiser simultanément. non plus dans un circuit (perception/action ou actuel/virtuel pour l'image-temps) mais dans un cycle (action/interprétation/perception/action). C'est un souvenir. Cet échec coupe les amarres de la reconnaissance et la rend mobile. lieu. les troubles et les échecs de la reconnaissance constituent "le plus juste corrélat de l'image optiquesonore"[133]. forment l'espace des possibles et constituent la source des images actées. il s'agit d'image-présence et non plus d'image-mouvement ou d'image-temps. la <<paramnésie>> (illusion de déjà-vu. nous le verrons) que le dispositif cinématographique et ses "images optiques et sonores pures" l'est au cristal temporel de Deleuze. On pourrait proposer une analogie -un peu forcée. En effet lorsque cette reconnaissance ne parvient pas à rejoindre l'image-souvenir. de l'autre. sur un plan esthétique. peut-être. c'est nous-mêmes qui prolongeons la perception en action et l'action en perception. mais on ne sait de quoi. ces déplacements de présence.

et non pas. dans ce casallant jusqu'à désavouer l'espace propre de celle-ci). rappelant l'indiscernabilité souvent éprouvée dans la psychanalyse. Elle . ils font cœxister plusieurs récits. et de l'intertitre qui est lu (seconde fonction de l'œil)". (On retrouve le thème "vital" récurrent.sont possibles. On pourrait dire qu'alors le temps se fractionne. non. à terme. vous êtes mon ennemi. La force corruptrice du sens commun contenue dans la proposition de Borges provenait précisément de la linéarité du texte. puisqu'elles deviennent alternatives. L'adjonction de l'action à l'image sonore Le passage du film muet au film sonore on le sait.. et ses "futurs contingents" prenant forme d'une "pyramide de cristal" où "dans un appartement. Ces deux mondes -dans l'un la bataille a lieu et dans l'autre. À moins d'en appeler à une autre conception du récit où celui-ci devient la somme de toutes les itérations effectuées cumulant des expériences actualisées dans les cheminements suivis et totalisant les transports mentaux ainsi provoqués. dans une note.alors il réintègre la pluralité des déroulements possibles comme formant l'unité de sa composition. renvoie à "une nature physique innocente. Si on postule une telle définition du récit interactif -qui ne fait que prolonger une définition classique du récit textuel ou filmique. mais aussi. Deleuze propose d'aller au delà de cette distinction des deux mondes et écrit : "Car rien ne nous empêchera d'affirmer que les incompossibles appartiennent au même monde"[134]. de même que. dans un autre. non seulement il conserve le passé et fait passer le présent. a bouleversé le cinéma. le Théodicée. de Leibniz. L'image sonore.. à une vie immédiate qui n'a pas besoin de langage."[135] ou de rappeler. s'accouple à la séquence observée. Le moment de la décision inclut alors une réédition future possible de ce choix dans une reprise du récit. mais dans l'un des passés possibles. On pourra."[136]. laquelle soulignait le paradoxe de l'ubiquité. Gilles Deleuze insiste d'abord sur la naturalité de l'image purifiée de la présence langagière. On peut préférer suivre la fille sur les quais de la Seine. celle qu'on a refusée. d'une virtualité. On l'attend d'emblée . ajouterons-nous. L'image actée. Mais la perte d'énergie en regard des évocations à la Borges. il devient roi en Thrace. contradictoires. L'image muette peut "nous faire voir. est incontestable.. indépendants. la tendance à établir le primat de la vie sur la médiation -langagière. dit-il. la même. Plusieurs développements d'un même germe.. nous fait sentir l'action. Les récits actés prolongent le genre. Et d'appeler Borges à son secours : "Vous arrivez chez moi. La "compossibilité" des versions du récit est une ubiquité du sens. mon ami. et la toute-puissance du montage"[138] et : "L'image muette est composée de l'image vue. nous met en présence. Si bien que le récit se densifie de ces bifurcations non suivies qui. Le déroulement de l'action qui résulte d'une décision contient son autre. rééditer le choix et rentrer cette fois-ci dans le jardin. bien sûr. Dans certains exercices de narration interactive. constituent un récit fantôme et."[139]. il est inscrit dans le fonctionnement du récit.. le paradoxe est dissout par le principe même du dispositif. prennent la forme de ces souvenirs dont on ne sait s'ils réfèrent à des événements réels. rêvés ou imaginés. Avec le récit interactif. ou parallèles. mais pas "compossibles".. Mais c'est une autre expérience.ne sont plus compossibles. surcharge le présent d'un passé spectral "compossible". telle une ombre. L'existence spectrale dans cette autre séquence possible. D'où l'idée que l'intertitre langagier exprime une loi alors que l'image visuelle sauvegarde le naturel. Mais avec une différence de taille. manifeste un déplacement de présence qui double et affecte la perception de la séquence préférée. comme une séquence imaginée qui. Sextus ne va pas à Rome et cultive son jardin à Corinthe.le même monde. inscrivent des déplacements d'existence. Les bifurcations qui spécifient les différentes versions -on décide de continuer la promenade sur les quais de la Seine plutôt que de pénétrer dans le jardin des Plantes. à la limite. dans un autre. entre souvenir et reconstitution imaginaire. Lequel met en jeu une autre forme de transport interne.. c'était la langue universelle. au même moment souhaiter rencontrer le détective devant la grande serre du jardin des Plantes. comme cumul des affects provoqués par sa perception[137]. L'adjonction actuelle du geste à l'image de même que la mise en interaction du récit ne présentent-elles pas quelque analogie avec cette première amplification perceptive dont a été sujet le cinéma ? à propos de la sonorisation du cinéma. le cri des révoltés"[140]. mais de plus. pour certains contradictoires entre eux. simultanément.. "Ce que le parlant semblait perdre. Elle nous confronte à d'autres occurrences pouvant toujours doubler celle qui a été choisie. indirectement.

ce qu'autorise le multifenêtrage ainsi que toutes les formes d'affichage mixant la vision de la surface et de l'intérieur des objets . Avec l'image actée. À ce moment-là. ou le sound surrounded. Elle ne se réduit pas. interactive) dès qu'elle met en scène les relations entre les avatars présents dans l'univers virtuel. Mais elle est aussi prise en charge par des règles comportementales internes gouvernées par des programmes automatiques. C'est donc un nouveau régime de perception de l'image qui s'instaure incluant la capacité à deviner quels sont.révèle les dimensions abstraites de la perception. au percement de la surface. permet d'enchaîner sur d'autres scènes. Que peut-on en conjecturer ? Par exemple -en reconduisant ce que Deleuze dit de la sonorisation de l'image. on l'a remarqué.support de l'image actée opacifie toujours une réalité sous-jacente. c'est l'interaction sociale. mais aussi terriblement incertain. espère (et craint peut-être aussi) une révélation. "il fait voir en elle quelque chose qui n'apparaissait pas librement dans le muet". la Réalité Virtuelle est la seule technique qui peut réellement spatialiser le son en le diffusant selon les mouvements relatifs des sources sonores virtuelles et du spect-acteur). allant jusqu'à représenter visuellement des graduations d'intensités relationnelles[144]. sonde les zones prometteuses. Agir dans l'image. Avec le cinéma parlant. l'interactionnisme devient une condition matérielle d'existence du média. La poursuite des zones activables dans les mises en scène d'images actées (des jeux vidéo aux œuvres de l'art numérique) manifeste la présence muette d'êtres invisibles mais actifs : pouvonsnous faire croître l'arbre. elle-même qui devient une composante de l'image (déjà sonore. Cette interaction est guidée par les sujets réels qui règlent les mouvements de leurs avatars. Aurat-on suivi le vol d'oiseaux qui s'enfuient. leur vie propre. Il transforme l'image visuelle. dégagée de cette naturalité première se met à exprimer les "interactions humaines"[143]. le cinéma ne le "représente" pas. présentant et occultant simultanément les relations cachées entre les différentes phases du récit. c'est l'interactionnisme qui devient un cinéma parlant."[142]. prolongeant la stéréophonie. car elle n'est pas spatialisée. Elle devient une sociologie interactionniste. le sonore est entendu comme "une nouvelle dimension de l'image visuelle. c'est à la fois très (trop ?) manifeste (on agit vraiment). par exemple.. Laquelle ? Si la sonorisation intègre à l'image "une nouvelle composante de l'image".. Une réalité s'annonce qui ne dévoile jamais totalement ses prolongements. car l'action dans l'image nous fait affronter le non visible. Malgré toutes les tentatives pour s'en approcher. la visualisation automatique de relations telles que l'affinité entre avatars et objets ou entre avatars eux-mêmes. ou plutôt précise Deleuze.que l'action sur l'image est perçue comme une nouvelle dimension de l'image. qu'on se demandera toujours ce qu'ils sont devenus après qu'ils auront disparu de notre champ de vision ? Gilles Deleuze écrit : "Le son n'a pas d'image". comme l'image projetée ou le son diffusé pour le cinéma. (Remarquons que. D'où l'importance et la récurrence des thèmes de la rumeur (qui passe entre les personnages et les constitue. Elle s'épanouit comme prévision des mouvements légaux et illégaux dans la scène. plus qu'ils ne la propagent eux-mêmes) et de la conversation. là où précisément un cliquage. non plus. Dans l'expérience de Téléprésence virtuelle collective DIVE. dissimuler le héros derrière ce mur. Certes cette opacité est trouée à certains endroits. Mais le son provient du centre de l'image visuelle. par exemple. . Une vision chirurgicale se construit. il le "restitue"[141]. L'écran -au sens littéral d'un masque. objet non identifié qui porte les acteurs là où elle les entraîne plus qu'ils ne l'alimentent. colorée. dans un mouvement paradoxal. L'attention sélective et toutes les opérations qui objectivent des mouvements subjectifs d'ordinaire latents sont graphiquement et dynamiquement inscrites. l'action sur l'image exprime le mouvement interne aux composantes de la scène. les éléments qui peuvent être affectés par notre présence dans la scène. opérations que la Conception Assistée par Ordinateur. L'œil au bout de la main caresse la surface à la recherche du moindre frémissement révélant une cavité. ces programmes assurent. et bien d'autres formes d'imagerie numérique nous ont déjà habitués à décrypter. Il s'en suit que l'image visuelle. à chaque instant. non pas seulement au sens de la perception d'une profondeur de champ (ce qu'assurait déjà la perspective). serons-nous assaillis au coin de la rue si nous poursuivons ce chemin ? Cette quête s'exprime dans toute sa plénitude avec les premières expériences visuelles de communautés virtuelles et dans certaines recherches sur les déplacements virtuels dans les univers coopératifs de travail. l'émission sonore n'est pas entendue dans les conditions naturelles.

Certes. le cadre formel de l'image (organisation de l'espace. D'où l'idée suivante : le cinéma est un automate spirituel. en effet. car une fois de plus une épistémé s'articule sur une évocation d'une série précise de films. les images numériques actées lorsqu'il évoque le statut des images électroniques ? Ou n'a-t-il pas plutôt en ligne de mire les images vidéos. Comment. Il ne s'en écarte que pour prendre en compte la matérialité de la surface d'inscription. Son champ de vision privilégie. où d'interrompre. qui penserait à notre place et la référence à L'homme ordinaire du cinéma de Jean. L'automaticité passe dans l'image actée. Que cet art puisse se développer de manière autonome ou en prolongeant des aspects inédits de l'image-temps. concernant les images électroniques. Mais que signifie psychomécanique ? Que le cinéma est lui-même un automate technique qui déroule mécaniquement la pellicule et que l'enregistrement est une opération automatique ? Sans doute. l'interactant. dans une voie suivie parallèlement par nombre d'artistes vidéastes. qu'on doit considérer comme psychomécanique. voire psychologique. qualifier le régime de l'image actée ? Elle brise assez violemment ce mouvement de l'automatisme psychologique. L'automatisme y est "devenu art spirituel"[149]. Le philosophe a-t-il en vue. des films à automates. Gilles Deleuze aborde les "nouvelles images" (électroniques et numériques). Rappelons que c'est encore Godard qui posait la question décisive. il le rapporte à "ses vertus automatiques ou psychomécaniques"[148]. C'est dans cette voie qu'une analyse fructueuse des "nouvelles images" peut être poursuivie. ne lui apparaît pas distinctement. demeure ouverte. lui. au sens de la constatation de l'effet des actes sur l'image). C'est la scénographie qui se charge d'automatisme et c'est l'image qui devient active. Vérifier cette effectivité est devenu la condition spect-actorielle. perte du privilège de la verticalité. à l'interactant. alors. tels que Le testament du docteur Mabuse.Sur les "nouvelles images" Dans la continuité de l'analyse des nouvelles figures de l'automate. Ou plutôt. appelant de ses vœux une "autre volonté d'art"[145]. Entre les deux. incluant une spécificité humaine d'imprévisibilité. autonomie du visuel et du sonore. on pourra toujours invoquer la scénarisation préalable de cette possibilité par le concepteur de la scène. l'écran opaque. il n'envisage pas la nécessité de faire prendre aux concepts propres aux "nouvelles images" une distance non seulement spatiale mais aussi axiomatique. On passe de l'automate psychologique à l'automate réflexif (comme le sont les programmes informatiques). et quel est le destinataire ? "[146]. l'espace de l'image s'ouvre. Il pose. une réponse : en déléguant le choix de poursuivre.Louis Schefer est explicite. transformation de l'écran en surface opaque où l'information remplace la Nature). perception de cette action effective et prolongement sensori-moteur naissant. ou Métropolis. Ils naissent dans un espace intermédiaire. Malgré une ouverture finale plus riche. pour lui. spécifique à cet univers. le cinéma comme "système des images et des signes prélinguistiques"[147]. Et son analyse rencontre les automates. Nous penchons pour cette dernière hypothèse. celui qui perçoit et agit l'image. mais plus essentiellement. en confrontation avec ce monde et doit trouver sa place par une série d'essais. dans une coopération et non . psychomécanique renvoie au cinéma comme "automate spirituel". d'échecs et d'ajustements. Alors que l'interactant entre. par construction. la question. Ne plus les définir comme images mais comme intermédiaires entre image et objet. selon lui. mi-imaginaire. certes encore balbutiante mais néanmoins palpable. À ce moment. sur un plan sémiotique. mi-réel (réel. "Psychomécanique" de l'image actée Lorsque le philosophe tente de définir. Ces prolongements ne sont pas effectifs de la même manière qu'avec des objets de première réalité. il devient processus. pour le pire et le meilleur. Il n'en demeure pas moins que cette poursuite est toujours potentiellement. elle l'inverse. Quelle serait la psychomécanique propre à l'image actée ? Elle s'établirait dans les liens entre action effective sur l'image. et contient à la fois sa genèse et sa fin. dépositaire d'un savoir sur son monde. qui contient ses propres principes génétiques qu'elle négocie avec le sujet qui l'agit. invitant à dépasser "l'inefficacité" dangereuse de l'information (sa toute-puissance fondée sur sa nullité) en posant la question "godardienne" : "quelle est sa source. du cinéma : où commencer et où finir un plan ? Question à laquelle l'image actée apporte. et non pas effectivement. Je renforce le marquage. Sauf dans cette formule. non pas accidentellement mais essentiellement. se voit reconnaître une place. une question lumineuse. envisageable.

Celui du circuit actuel/virtuel (ou présent/passé ou encore perception/souvenir).. informatiques et cybernétiques. Les personnages sont essentiellement "voyants". Thématique de l'expérimentation des rôles. catégorie dans laquelle il faudrait ajouter les films documentaires. Précisons. plusieurs plans.est problématique. Dans La règle du jeu de Renoir. par exemple. des genres cinématographiques sont sollicités pour indiquer le passage à l'ère de l'image-temps. Les limites de l'analogie avec le cinéma Pour faire émerger la notion d'image-cristal. nommée "organique"[153]. requis comme traductions/exemples des mouvements théoriques. le philosophe fait sourdre le concept du film lui-même et l'utilise ensuite pour y entrer à nouveau : ". Le passage à la deuxième phase du cinéma. et celui de la description de certains films ou scènes. La difficulté consiste à devoir faire abstraction de la fonction narrative. Le plan fixe est redécou- . L'image-temps naît. nous nous trouvons. la vidéo. par exemple. (Cette affirmation suscite. diluant le pouvoir dans des réseaux que des décideurs régulent au lieu de le faire converger vers un chef suprême[152]. Le cinéma n'en est qu'une région. avec l'image actée dans une situation expérimentale où le vocabulaire et la syntaxe se cherchent encore. L'exportation. d'une "nouvelle race" d'automates. pour faire court. que c'est la forme séquentielle qui engendre. un nouveau Réel en ressortira pardelà l'actuel et le virtuel. pessimisme. établit une correspondance entre la reproduction automatique (photographique et cinématographique) et l'automatisation des masses dans l'hitlérisme[151]. par construction. rappelle-t-on. la narrativité du cinéma). L'analyse du récit filmique sert alors de vérification. d'où la référence à Walter Benjamin. par exemple. des travaux de Deleuze -ou d'autres discours sur des formes stabilisées comme la littérature. celle où l'on ne dissimule pas qu'on raconte des histoires. qui nous porte à sortir du théâtre et entrer "dans la vie". de ce que les images transmettent comme récit et dont Deleuze fait un abondamment usage dans son analyse des opérations proprement cinématographiques. etc. Deleuze traite du cinéma. bien entendu. rappelons-le. didactiques ainsi que la télévision. où les contenus sont métabolisés et viennent étayer les concepts. de validation d'une thèse -et d'un désir. flux vital) s'ajoute aux autres couches pour étayer l'analyse. les anomalies du mouvement deviennent essentielles. avec lequel on fuit pour entrer dans une réalité décantée"[150]. narrations de scènes de films. pour illustrer la nature du cinéma d'après guerre. automates de régulation. leur mouvement "peut tendre à zéro". on l'a vu. c'est-à-dire où l'on se libère du corset des représentations. les images-mouvements sont rapportées aux automates d'horlogerie ou aux moteurs. quantité de questions. Tout se passe comme si le circuit servait à essayer des rôles jusqu'à ce qu'on ait trouvé le bon.qui court.. les situations optiques et sonores pures ont fait place à des situations sensori-motrices. on le rappelle. scientifiques. Et Deleuze étaye son analyse en renvoyant à une opération proprement cinématographique. Dans la même logique surgit le thème de la fuite. Un exemple : "la narration cristalline" opposée à celle de l'image-mouvement. de la finitude de la fiction. mais ne permettent pas de répondre clairement à la question : par quel genre d'histoires et de scénographies peuvent-elles nous affecter ? Indications pour une théorie de "l'image actée" D'où les obstacles qui se dressent si l'on veut mobiliser les concepts deleuziens dans l'univers des images actées. s'exprime dans l'émergence (et Deleuze cite aussi bien Alphaville de Godard que 2001 de Kubrick). Ainsi. quelque chose sortira du cristal. Certaines indiquent assez clairement des directions. mais ces œuvres sont encore rares et embryonnaires. plan de l'instrument théorique. Non pas qu'il n'existe des œuvres sur lesquelles étayer une analyse des concepts de l'image actée et de son rapport à la culture contemporaine. de la "fêlure" du cristal par laquelle on "s'épanouit librement". simultanément. Dans la narration "cristalline". pas de l'enregistrement visuel du mouvement ou des films en général. Deleuze sollicite. dans de multiples descriptions. du ligotage du récit. Le recours aux états affectifs. hors du champ cinématographique. de traitement. tout au long du livre : le récit doit rejoindre la vie dans une indistinction libératrice.plus simplement une interprétation. celle de "l'image-temps". lequel. L'indiscernabilité actuel/virtuel est exploitée ici pour recoller fiction et vraie vie. à la différence de Gilles Deleuze avec le cinéma. Parallèlement. sentimentaux (violence.

donnant ainsi l'impression d'être en équilibre dynamique.. d'un pouvoir de principe. délivrée du souci narratif. tout comme les faux raccords (Dreyer)[154]. par exemple. une forme image pure qui tendrait à rejoindre celle qui apparaît dans l'espace magique. supportent ces messages muets qui conditionnent les enchaînements de l'aventure exploratoire. uniquement intéressée à son opérativité génétique. l'image et objet cœxistent. le rêve. Cette œuvre. La collaboration entre le programme et le spect-acteur dans la construction du récit peut révéler ce genre de distorsions. Autre exemple : référant à Resnais ou Ozu. On devrait la retenir comme un véritable morceau d'anthologie. Génétique. de la coupe ou du plan fixe ? C'est dans la scénographie de l'expérience interactée qu'on doit les rechercher.] En avançant ou en courant à des vitesses différentes. par exemple lorsque s'ajustent des espaces libres de navigation avec des contraintes prescrites par le programme. les fantasmes. tout au moins dans sa forme séquentielle. avec la présentation directe du temps évoquée par Deleuze. notamment en programmant les mouvements corporels. pour la première fois peut-être. Tous ces antagonismes et ces désajustements (au sens où la cœxistence de l'image et de l'objet est un aussi une désarticulation) font parfois émerger. de fonctionnalité..vert. l'apparition d'un acteur dans la scène. il montre comment le temps apparaît directement dans "les pointes de présent désactualisées"[155] en s'appuyant sur la tendance à la disparition du montage au profit du plan-séquence. perception et souvenir. La conception de l'espace d'interaction participe aussi de ces mouvements temporels. ils peuvent prévoir des prises sur le terrain. On pourrait facilement poursuivre la liste des allers-retours entre "concepts" et films particuliers. sans préoccupation d'utilité. les animaux à quatre pattes réagissent à un champ gravitationnel simulé. "Ménagerie" ou l'ubiquité conquise L'irruption dans l'image. des zones d'intemporalité. cette possibilité de renvoi aux procédés narratifs (montage. qui arrivent d'eux-mêmes) et les perturbations possibles fondées sur la présence d'un spect-acteur. résonnant. coupe. dans la recherche d'un élément de la scène dont l'activation va permettre de rompre l'immobilité présente. le changement d'échelle d'un élément ou l'accélération de l'action. plan fixe) disparaît. car la continuité narrative elle-même s'est évanouie. Quels seraient les équivalents du montage. moteur profond de multiples réalisations et signification essentielle du régime actuel des représentations. ou indépendante de ce souci. qui me servira de conclusion. Ménagerie[156] de Susan Amkraut et Michael Girard en est l'une des démonstrations artistiques parmi les plus convaincantes. et des actes proprement cinématographiques tels que le montage ou le cadrage ? On fera l'hypothèse que c'est la forme même de ces images-objets qui concrétise le jeu de poursuite entre action. Plus que d'un "devenir" objet de l'image -formule qui pourrait convenir aux images enregistrées. illustre assez bien cette hypothèse. Ils modifient leur déplacement selon l'environnement et évitent d'entrer en collision entre eux ou avec l'utilisateur de l'environnement . une forme dotée de pouvoirs. l'un des témoignages de la naissance de l'art virtuel (de la même manière que l'entrée dans la gare de La Ciotat a pu symboliser l'origine de l'expérience cinématographique). telles que la survenance d'une question qui lui est adressée. Des algorithmes de vol et de regroupement sont utilisés pour les modèles de flux des animaux en groupe. exprime et fait partager l'expérience d'une ubiquité réelle. La visibilité de l'image se révèle dans le rapport entre les mouvements propres du programme (les événements naturels. de telle manière que le temps soit suspendu. Une proposition artistique. peut-être. sans concrétisation particulière. Quelles seraient donc les outils appropriés à l'analyse des cadres perceptifs et affectifs propres aux modèles numériques actés ? Où trouver l'équivalent du miroir. non pas alternativement. mais simultanément (ce qui ne veut pas dire forcément pacifiquement). Instinctivement. Une forme pure de cristal. par exemple. parce que l'image numérique actée est construite à partir d'un principe d'opérativité.il s'agit d'un être objet de l'image. Les interfaces. comme. trouve sa pleine mesure avec la Réalité Virtuelle. Voici comment les auteurs présentent ainsi leur œuvre : "[. Tous les animaux gardent cependant un degré d'autonomie. Avec l'image actée. Au-delà d'une indistinction image-objet.

Centre Georges Pompidou. [84] L'image-temps. panorama. modifications d'angles d'observations avec à chaque fois la perception des incidences de ces gestes. densifie encore l'ubiquité. à ce moment. Elle devient aussi pragmatique. étrange ballet aérien qui mène ces animaux vers d'autres portes par lesquelles ils disparaissent. Mais surtout s'inaugure ici un dédoublement de présence absolument inédit. Sitôt esquissé un déplacement dans l'espace. Fondu dans l'enchaînement de l'un avec l'autre. le temps -dont on se rappelle que Bergson affirmait que sa formule consistait à se dédoubler pour faire passer le présent et conserver le passé. Dès qu'on plonge son regard dans l'espace virtuel en collant nos yeux sur les lunettes du système BOOM[158]. la plage" in Paysages virtuels.). et c'est surtout affaire de sensibilité et d'intelligence scénographique -comme dans Ménagerie. Si bien que. [86] Gilles Deleuze. sur leur dissociation) déstabilise d'autant plus les repères temporels : le départ vers l'environnement simulé et le retour au corps du spect-acteur ne rime plus avec avant et après. film. d'une situation où l'image virtuelle s'ajustant aux mouvements sensori-moteurs (c'est là une différence notable avec "l'image cristal" cinématographique. etc. La durée de l'expérience (activer une interface n'est jamais un acte instantané) disparaît dans la perception continue de ses effets. on s'aperçoit que les animaux ressentent cette intrusion et s'écartent. 278. Les émissions sonores émanent de sources spatialisées. L'image-mouvement. l'horizontalité est à peine marquée par la ligne d'horizon et le spectacte commence. le franchissement continuel de la barrière représentative du spectacte annule la distance qui sépare la perception présente du souvenir. 1985. Deleuze dirait peut-être l'échec de la reconnaissance. Le souvenir immédiat du présent coagule avec le présent lui-même parce que ce présent à la forme d'une expérience corporelle. [87] Gilles Deleuze. loc. Des chiens l'un après l'autre. Flammarion. Cette pluri-présence spatiale se traduit par un trouble temporel qu'on peut rapprocher de la présentation directe du temps. 1988. 1989 ou "Sous les vagues. Le plus petit circuit temporel joignant départ et retour se relie alors avec le plus grand dédoublement entre présence corporelle externe et présence virtuelle interne au spectacte. comme au cinéma. cit. L'expérience de l'image actée. Ce dédoublement devient alors une co-présence et non pas une présence alternative extérieur/intérieur. la dissociation impossible nous confronte au sentiment de suspension du temps. spect-acteur et non pas témoin.ne conserve qu'un passé provisoire. Elle rend plus improbable l'oubli de soi caractéristique de toute présence dans un récit. Paris. et. On est simultanément et effectivement présent dans la scène et hors de la scène. des oiseaux en groupe font leur entrée en scène à travers des portes. s'enfuient ou accélèrent leur course. La dimension sonore accentue l'effet de présence. 366. Les Éditions de Minuit. s'exprimant par la perception des effets concrets de nos propres déplacements. L'extrême simplicité de la scénographie et le minimalisme figuratif favorisent puissamment cet effet de déplacement spatio-temporel. et des images enregistrées. une curieuse impression de flottement nous saisit. L'espace est ténébreux. p. organisée par des mouvements psychologiques projectifs et imaginaires. à la fois indépendante et sensible aux perturbations que provoque notre présence. Dis-Voir. synchronisées selon les mouvements relatifs de l'observateur et des personnages de l'environnement virtuel. op. [82] Je renvoie à des ouvrages déjà publiés tels que Les chemins du virtuel. lorsque cet oubli survient. Bientôt d'autres les remplacent. . Notre existence dans leur univers n'est plus fictive. à la différence de l'expérience cinématographique. toujours en passe d'être remplacé par d'autres investigations pratiques. La perception d'une quasi-vie installée dans la scène. Paris. cit. p. numérisées et traitées à des fins scientifiques ou esthétiques.virtuel"[157]. Cavalcade volatile. transporté corporellement par le truchement des actions effectuées : zoom. inclinaison.il cristallise d'autant plus fortement le trouble présentiel . fondée. Les Éditions de Minuit. Paris. Mais l'interface de réalité virtuelle va nous projeter dans le spectacle.. On se situe aux deux pôles simultanément. 1983. venant de l'arrière-monde virtuel. consomme naturellement la durée parce qu'elle entrelace la vision et l'action. elle. Allers et retours permanents. [85] Gilles Deleuze. [83] On différencie ainsi l'image actée à la fois des images de synthèse calculées et affichées sur support stable (papier.

.. -et plus précisément cet effet retour des technologie sur la perception. de "l'hypothèse d'un cerveau où pourraient se déposer. Gallimard. p. sommeiller et se réveiller des états intellectuels" ( Henri Bergson. L'image-temps. p. p. p.est à la source des travaux les plus stimulants de Walter Benjamin puis de Marshall McLuhan.F. [100] Henri Bergson. 117). op. [103] Gilles Deleuze. p.. [95] Henri Bergson. op. Flammarion. [99] Henri Bergson. le rejet. invente un cadre d'interprétation de la vision à la fois comme interaction des perceptions (et notamment avec le toucher) mais aussi comme présence à distance. Paris. p. [98] Henri Bergson. 1969. Les Éditions de minuit. p... op. 183/184. op. ont montré que les technologies ne sont pas simplement des instruments de production mais qu'elles façonnent nos sens.. aussi bien de l'idée d'une autonomie absolue de l'esprit. p. L'actuel et le virtuel. op. 26/27). cit. puisque voir c'est avoir à distance" (op. Et aussi : "la peinture réveille. les premiers. 122. p. 179/186. L'actuel et le virtuel in Dialogues. [101] Henri Bergson. [96] Henri Bergson. Champs. p. op. op. L'image-temps. [89] Voir "Virtualités réelles : une phénoménologie appliquée". p. Rappelons. 365. 356. [109] Gilles Deleuze. op. cit.. Matière et mémoire. Paris. Logique du sens. n°16. op.. actuelle et sédimentée. cit. 93. On comprend pourquoi j'ai placé ces citations en exergue de ce livre. [93] Henri Bergson. L'œil et l'esprit. 1996 [108] Gilles Deleuze. op. 114. cit. Paris.. p. cit. cit. op.un délire qui est la vision elle-même. non seulement de la perception mais aussi de l'imagination. cit. [102] L'expérience corporelle. été 1992.. 115. [110] Gilles Deleuze.U. cit. L'image-temps. [92] Henri Bergson. comme de celle qui consiste à faire "des processus imaginatifs autant d'effets mécaniques de la perception présente " ou symétriquement. cit. in Chimères. cit.. est à la source du schéma bergsonien. P. cit. cit. cit. p. 112. cit.. p. qui. pp.. Op. p.. loc. op. cit. [106] Gilles Deleuze. [112] Gilles Deleuze. [97] Henri Bergson. [111] Voir pp. cit. [91] Gilles Deleuze. par exemple. [105] Gilles Deleuze. p. op. 94. op. 93.. op.. mais aussi dans Le visible et l'invisible. 187. p. 121. [90] Ce lien fondamental entre technologie et perception. particulièrement dans L'œil et l'esprit. 70/71). L'image-temps.[88] Maurice Merleau-Ponty. 115. [94] Henri Bergson. 189. [104] Gilles Deleuze. 1985.. L'image-temps. Ainsi nous conseille-t-il de "prendre à la lettre ce que nous enseigne la vision : que par elle nous touchons le soleil. les étoiles" (Maurice Merleau-Ponty.. 1964. cit.. pour ce philosophe. [107] Gilles Deleuze. pp. .. cit. 117. op. cit. 35/46.. 116. p.

p. cit. [124] L'œil et l'esprit. cit.. [137] Dans la littérature "classique" aussi. note 5. [118] Gilles Deleuze. 116. Champs. 75. l'être et l'apparence dans l'Optique de l'Antiquité. L'Harmattan. p. virtuel derrière. <<Le jardin aux sentiers qui bifurquent>>. Certes ces œuvres explorent le plus souvent la situation morphogénétique elle-même sans être dupes de leur production. Paris. Flammarion. [129] Voir l'indispensable livre de Gérard Simon sur la question : Le regard. Paris 1996. 171. tels que la littérature génétique de Jean. p. p. p. [127] Les exemples abondent d'œuvres dont la formule consiste à installer des cadres scénographiques où des créatures du calcul. Flammarion. [135] Gilles Deleuze.. 171. 19. 184 fait allusion aux notions d'objet et d'image virtuels de l'optique. 1983. [114] Gilles Deleuze. [133] Gilles Deleuze. Centre Georges Pompidou en mars 1993). Schopenhauer éducateur. 106. avec la coopération des spect-actants. Paris 1996. [131] Gilles Deleuze. cit. op. Paris. in Dialogues. p. loc. 1988. op. mues par des programmes génétiques. [119] La note 5. que dans l'optique géométrique. Je renvoie aux deux articles . développent. op. Éd. [117] Pour une discussion sur les modalités de mixage des images analogiques et numériques et sur les régimes temporels inédits qui en découlent. loc. voir notre article "Images hybrides : virtualité et indicialité". p. p. in Image & média. qui l'applique aux hypertextes.Pierre Balpe ou dans le domaine de l'image calculée. p. [132] Gilles Deleuze. Gallimard. les notions d'objet et d'image sont définies en fonction de la perception visuelle humaine : là où les rayons convergent se trouve l'objet et il est réel si cette convergence se produit devant le miroir. de Minuit. Fictions. 107. cit. [122] Gilles Deleuze. p. 180. op. cit. Champs. Paris. la plage" in Paysages virtuels. cit. cit. p. par exemple. Remarquons cependant. MEI n°7. p. [128] J'emprunte cette double caractérisation (noématique et haptique) à Jean Clément. 1998.[113] Gilles Deleuze. cité par Gilles Deleuze. loc. cit. Mais les commentaires qui les accompagnent ne souligne que rarement cette différence. des formes de "vie artificielle". ces perturbations de la linéarité sont fréquentes. op.. L'actuel et le virtuel. Dialogues. Claire Parnet. Flammarion. loc. L'actuel et le virtuel. cit. Le Seuil. cit. 130) [136] Gilles Deleuze. [134] Gilles Deleuze.. op. cit. dans une perspective assez similaire. cit. op. Les concepts fondamentaux sont "réel" et "virtuel" (et non pas actuel et virtuel). les productions morphogénétiques de Karl Sims simulant "l'évolution darwinienne" de strates générationnelles d'images (installation présentée à la Revue virtuelle. (Borges. [116]Voir les descriptions p. [121] Gilles Deleuze. [120] Gilles Deleuze. Paris 1996. 184. [126] Nietzsche. [130] Gilles Deleuze. [115] Voir "Sous les vagues. On rappelle des exemples déjà cités.. 92/93. Champs.. [123] Cette réalisation a été présentée au festival Vidéoformes à Clermont-Ferrand en 1994. loc.. in Dialogues. sous la direction de Bernard Darras. p. [125] Gilles Deleuze. 12. cit. 188. op. L'image-mouvement.

345. p. [140] Gilles Deleuze.. 294. 343. . cit.. p. Le risque existe. bien sur. p. p.. cit... 294. cit... "Balzac interactif ou la virtualisation du sens" et de Jocelyn Maixent. 353. 163. E. ni même un langage. cit. 168 [155] Gilles Deleuze. Ce qui nous intéresse ici. d'effectuer des zooms et des panoramas. récits interactifs.. "Diderot. 347. sur Balazs. p. op. [139] Gilles Deleuze. [157] Revue Virtuelle. 342. p. ni primitive. Il se présente comme une paire de jumelles offrant une vision stéréoscopique interactive dans des environnements générés par ordinateur grâce à une optique grand angle et deux petits écrans cathodiques couplés dans les viseurs. 343. cit. Des manettes et des boutons permettent d'orienter le point de vue. [150] Gilles Deleuze. 114. [142] Gilles Deleuze. loc. p. op. cit. 346. op.. cit. visite de musée par CD-Rom. [154] Deleuze mentionne aussi.à travers lequel le langage construit ses propres <<objets>>". 170. circulation dans les sites du Web).déjà cités au chapitre V de Christèle Couleau. Mais ce risque n'est pas congénital. Ce que nous visons c'est l'élaboration des concepts appropriés pour les apprécier. op. p.. 1992. [147] Gilles Deleuze. Centre Georges Pompidou. cit. p. [148] Gilles Deleuze." note 2. op. op. p. p. op. cit. Centre Georges Pompidou. d'un surcodage conventionnel des comportements de nos avatars virtuels.. cit. ni universelle. cit. op. ce n'est pas l'appréciation des qualités esthétiques ou dramatiques des scénographies d'images actées aujourd'hui proposées (jeux vidéo. [144] Nous avons décrit le projet DIVE au Chapitre I en mettant en perspective des horizons inédits qu'il ouvre. décembre 1992.. mars 1997.S. p. op.. cit. [156] Œuvre en Réalité Virtuelle présentée notamment à la Revue Virtuelle. 292. loc. [145] Gilles Deleuze. op. une condition. p. qui est comme un présupposé. [141] Voir la note 5 p. [152] Gilles Deleuze. [158] Le dispositif BOOM (pour Binocular Omni-Orientation Monitor) a été mis au point par la société américaine Fake Space Labs. [149] Gilles Deleuze. Kundera et les romans virtuels : le récit des mondes possibles" in La voix du regard . cit. Carnet n°4. à propos de L'année dernière à Marienbad. mais qu'il "met à jour une matière intelligible. [151] Gilles Deleuze. op. Dans cette partie finale du livre. p.. il affirme que le cinéma n'est pas une langue.Aux frontières du virtuel. [138] Gilles Deleuze. 344. le commentaire de Sylvette Baudrot : le film "est entièrement composé de faux raccords.N.. [146] Gilles Deleuze. de Fontenay/Saint-Cloud. n° 10. cit. cit. p. op. 293. [143] Gilles Deleuze. [153] Gilles Deleuze. op...

Dallas. celle du calcul. Affirmer l'universalisme des télé. Précisons qu'il s'agit là d'un tout autre débat que celui qui concerne le caractère occidental de la raison. culture qui se fonde sur des programmes de mémorisation tels que catalogage. non pas parce qu'elle serait porteuse d'une rationalité supérieure. On en déduit donc une transformation directe des cadres perceptif et cognitif. mais parce qu'elle diffuse un milieu indissolublement matériel et intellectuel dans lequel se construisent à la fois les questions et les réponses. à leur monde affectif et construisent ainsi leur éco-système culturel et technique. de la question de l'universalisme technique qui résout le problème avant de l'avoir posé. méta-mémorisation par la réalisation d'index. par méthode. croyances. en effet. Nous nous en tiendrons donc au sens commun qui considère la culture comme l'ensemble des connaissances. à propos de la télévision pour rendre compte des multiples modalités à travers lesquelles des récits identiques sont interprétés par des cultures locales. ou l'unicité de la logique. De même la diffusion de l'hypermédiation. Ce chapitre montrera en quoi. transformation qui s'imprimerait unilatéralement sur les visions du monde et dans les rapports sociaux. On s'accorde ainsi à considérer que la diffusion du livre imprimé engendre une culture de l'organisation hiérarchique. de fichiers documentaires.monde. Nous espérons que la suite du propos contribuera à poursuivre une définition de la culture dans ses rapports aux télé. par exemple. Avec les technologies intellectuelles. des conceptions du monde univoques sous les auspices de discours convenus annonçant la catastrophe d'un temps mondial. une technologie intellectuelle) ? Pour l'ethnométhodologie. de la spatialisation planaire. à leurs mythes. Si nous nous arrêtions à cette affirmation. Dans cette voie. Il n'y a pas de possibilité de "dés-alphabétisation" ni de "dé-numérisation". aujourd'hui. que nous regroupons sous le vocable de téléinformatique. à . (Mais la télévision est. de la programmatique (organisation des activités sociales par programmes informatiques) inscrirait. et notamment technologiques. toujours selon la thèse énoncée. nous renforcerions la doctrine de l'efficacité culturelle unilatérale (c'est-à-dire se déployant sans contradictions) des technologies intellectuelles en général et. dans l'ethnométhodologie une approche qui tranche avec les logiques technocentristes. par exemple.technologies. On trouve. se moule selon des filtres locaux. Mais revenons à la téléinformatique. à proprement parler. du résumé . Une étude a montré. La réflexion proposée se donne pour objectif d'examiner les incidences culturelles des technologies intellectuelles actuelles basées sur la programmatique (disponibilité et diffusion de programmes informatiques) et la Téléprésence. Elle insiste. l'assomption de la vitesse. du repérage. "par méthode". la question du caractère structurant des technologies intellectuelles ne se pose pas .Chapitre VII Les paradoxes de la téléinformatique Une société de l'immatérialité et de la vitesse : cette apparente constatation m'apparaît être une hypothèse discutable. une colonisation mentale. à l'intériorisation d'horizons qui façonnent notre être au monde. elle ne peut -ni ne veut.elle. par exemple. on dira. La nocivité ou la bienfaisance des différents personnages s'apprécient différemment selon les structures familiales dominantes[159]. nous nous confrontons à la notion même de culture. Si l'on considère que l'effet majeur d'une technologie intellectuelle inédite est d'instituer. mais à des pratiques culturelles collectives. à la différence près qu'il ne saurait y avoir de décolonisation. dans plusieurs pays du Tiers. Mais c'est justement cette éviction. de la téléinformatique en particulier. d'ouvrir une nouvelle manière d'accomplir certaines activités et de résoudre des problèmes. à l'incubation de paradigmes. Nous tenterons de montrer. la victoire du "temps réel" ou.technologies procède précisément de cette observation. nous ne nous confrontons pas à une matière formelle ou axiomatique. que ce postulat d'efficacité unilatérale doit être discuté. a contrario. représentations et pratiques qui structurent "l'être ensemble" d'une société. Cette thèse a souvent été invoquée. Principale technologie intellectuelle contemporaine. comment la réception du même feuilleton. sur la manière dont les acteurs plient le matériel cognitif qui leur est offert à leurs jeux d'intérêts. Focalisant son attention sur la manière dont les acteurs construisent socialement leur réalité. dont toute tentative de définition met en abîme les concepts qu'elle mobilise.présupposer la manifestation "d'universaux". elle transcenderait les cultures. alors on comprend que son extension est une conquête.

telle est l'observation commune qui réunit les différents parcours proposés. Toutes les cultures modernes sont. La plupart des pensées du changement provoqué par la téléinformatique ne font que rééditer. cela. les effets des bouleversements technologiques antérieurs.l'inverse. l'ancien.Internet : l'évanouissement des intermédiaires dans l'espace public ? . à des titres divers. Nous tenterons de faire apparaître ces incidences contradictoires.Le contexte de l'hypermédiation : une éclipse de la séquentialité ? . Nous souhaitons inquiéter ces considérations qui semblent faire consensus et attirer l'attention sur la difficulté de déduire des technologies intellectuelles contemporaines.Réseaux et présence à distance : une disparition de l'inscription territoriale ? Le transport de la présence à distance -l'un des principaux paradigmes qui justement orientent les cultures contemporaines et pour lesquels l'informatique crée simultanément l'offre et les moyens de la satisfaire. imprégnées de cette tendance . Ainsi procède la mécanique quasi mystique du bouleversement culturel adossée au constat de l'accélération techno-scientifique. se diffuse non pas une culture. ne saurait être négligé. et non pas contre. A . Qu'à cela ne tienne. suivre les contradictions constitutives des nouveaux paysages culturels en émergence.Les réseaux : une disparition de l'inscription territoriale ? . Tisser le nouveau avec. productives.que d'observations soucieuses de la pluralité des logiques en cours. Les propositions qui tendent à nous persuader que nous sommes entrés dans une culture de l'immatériel.. L'idée selon laquelle l'écriture et le livre organisent une temporalité de la différance (au sens où Jacques Derrida a constitué ce concept) fait désormais partie de notre héritage culturel. on annonce que la culture du réseau provoquera sa disparition. Nous creusons l'hypothèse qu'avec ces technologies.La retraite de l'auteur ? . etc. Mais que ces observations soient érigées en quasi-théorèmes qui régleraient le devenir de notre monde. un modèle culturel univoque. manifestant une distorsion de la problématique des effets culturels. . par-delà la problématique des résistances. ou des logiques culturelles. On découvre que l'auteur individuel est un sous-produit de la culture du livre. la suprématie du savoir comme nouvel espace anthropologique laissant entrevoir la fin de toute transcendance sous les horizons radieux d'un cyber-communisme. faire resurgir au cœur des conjectures actuelles d'anciens principes qu'on a pu croire obsolètes. relève plus d'une certitude de principe -ou au mieux de hâtives généralisations. pour reprendre le néologisme de Paul Virilio) orientent nombre d'activités relationnelles. Elles en appellent à des sentiments partagés qui reposent sur un jeu de renvois entre des évidences incontestables et leur surévaluation. bien sûr. Bref. Que la visée "dromologique" (logique de l'accélération. logistiques.Le régime temporel des télé-technologies : accélération et ralentissement.La représentation de l'espace : réglage individuel des trajets et nouvelle formule panoptique. (On aura reconnu les positions diamétralement opposées de Paul Virilio et de Pierre Lévy). On affirme donc que les réseaux numériques y substituent le règne du temps réel. et cela selon six interrogations principales : . mais une méta-culture avec des incidences contradictoires enclenchant des dynamiques moins lisibles qu'il n'y paraît de prime abord. éducatives. de la vitesse et de l'instantanéité abondent. Elles nous assurent à la fois de l'efficacité majeure des technologies intellectuelles dans le paysage culturel et de sa propension à s'imposer comme logique transcendant les diversités culturelles. en les prolongeant mécaniquement.interroge le rapport au territoire.

voie télé-portée. Lorsqu'on examine les premiers effets des réseaux comme Internet. par concentration et agrandissement de la zone choisie. L'informatique. Ces systèmes couplés à des capteurs de trafic[161]. C'est précisément l'intensification de l'alliage entre la topographie traditionnelle. une pluralité de couches sémantiques permettant de commuter les .transmise. dans les quartiers d'affaires des grandes villes. etc. En revanche. étaient déjà reliées par d'autres canaux (documents postés. niant par là même l'opération de transport qui deviendrait ainsi totalement transparente aux acteurs. Les communautés scientifiques. dialogue par avatar corporéisé. même si les déclinaisons locales prolifèrent. (Les premières expériences de calcul à distance précèdent même l'invention. courrier. Systèmes d'Information Géographique et spatialisation de l'information Les Systèmes d'Information Géographique (S. voire comme sa négation. loin de dissoudre l'importance de la localisation. À travers une localisation dans l'espace informationnel. par exemple). avec les réseaux larges bandes et autres perfectionnements à venir. signalons à nouveau. aux villes de Caen. éminemment consommatrices de réseaux.S. les réseaux ne font que l'accroître.). la territorialisation tendrait à devenir archaïque sous les feux croisés de la mondialisation et de l'efficacité croissante des télé-technologies. colloques. on renforce donc souvent.G. plus que toute autre activité. qu'à Paris. savoir où habitent les plus fidèles clients d'un supermarché. Le transfert de la présence opère bien entendu sur cette matière sémiotique : lettres acheminées. Or l'appréciation de ce mouvement tend à considérer que le transfert des signes de la présence équivaut -ou équivaudra dans de brefs délais. sur toute la planète. Ils croisent l'information cartographique avec l'analyse de données stratégiques (économiques. vérifiée par quelques observations[160] que des collectifs territoriaux trouvent dans Internet un moyen de renforcer leurs liens. outre la fonction de visualisation territoriale.I.) concrétise cette orientation fondamentale. on peut faire l'hypothèse. car il opère essentiellement sur et par des signes. historiques) qui est remarquable. De la carte de France. on en déduit que la croissance du transport de la présence se traduit par une déterritorialisation conçue comme mise entre parenthèses du territoire. Mais. stricto sensu. thématiques par nature.technique universelle fondamentale. ceci en attendant la généralisation des calculs individualisés d'itinéraires à bord des véhicules. image télé. etc. les entreprises du Web se regroupent aujourd'hui dans le même quartier -le Sentier. les communautés qui voient leurs liens les plus affectés par Internet sont des collectifs de proximité territoriale. militaires.) participent d'une recomposition du rapport au territoire. sociologiques. Faire de la présence à distance son métier exige et engendre des communautés fondées sur la proximité géographique . comme jamais aucun autre projet ne l'avait fait auparavant. peut-être. de l'ordinateur). On doit considérer le mouvement d'augmentation tendancielle du cœfficient charnel dans le transport de la présence comme relevant de technologies intellectuelles. La génération actuelle de réseaux (perfectionnement d'Internet dans la voie de la réalité virtuelle.à la duplication de la présence. Une attention plus mobile permet de faire l'hypothèse que. D'où l'idée que la localisation géographique. Auxerre ou Avallon. Bref.) permettent d'organiser et de visualiser l'évolution temporelle d'une situation : planifier l'intervention des Canadairs lors d'incendies. et ceci. et paradoxalement. ou à des dispositifs de localisation de véhicules par satellites géostationnaires (comme le fameux G. etc. a radicalisé cette tentative. on l'a vu. les Systèmes d'Information Géographique sont "géostratégiques". matérialisée par la carte et le traitement d'information abstraites non spatiales (économiques. souvent à caractère commercial (connaître les ventes de journaux rues par rues. Le développement des systèmes cartographiques informatisés.et que les activités boursières. traiter les demandes d'itinéraires. corps modélisés et transférés dans la téléprésence contemporaine. l'exploration s'accomplit sans discontinuité.). Rappelons d'abord quelques attendus déjà discutés. écologiques. l'exploration géographique ajoute une présentation de données thématiques. l'importance de la localisation géographique. se localisent géographiquement. d'augmenter l'intensité et la fréquence de leurs rencontres de visu. du repérage spatial et de la communication mobile permettent de conforter ces premières hypothèses. Par ailleurs. plein écran. N'oublions pas que la carte traditionnelle concentre déjà en une seule figure.P. Par exemple.

Elle s'exprime aujourd'hui à travers le traitement synthétique informatisé qui devient un organe de saisie et d'organisation géostratégique. dépassant l'opposition présent/absent. qu'il se manifesterait. un révélateur carto-sémantique. une forme de relevés topo-informationnels..ou d'absence que sont les répondeurs/enregistreurs téléphoniques. militaires.. par exemple). un trait large et bicolore pour une autoroute).I.cheminements du regard. quels types d'informations ne se prêtent-elles pas à une vision spatiale ? Assez peu échappent à cette injonction territoriale notamment dans les domaines commerciaux. Mobilité et localisation Le développement de la communication mobile a pris le relais des simulateurs de présence. à bas salaires et qui achètent leur quotidien tôt le matin ? L'exploitation numérique de la carte ne relève plus seulement de la spatialisation de l'information (un cercle étendu pour une grande ville. Où a lieu un événement ? La réponse est rarement indifférente. L'activité scopique et la saisie de l'espace se trouvent redéfinies par ces appareillages. Mais ce qu'ajoute ce type de vision. comme sur les cartes traditionnelles. et. Dès lors. D'ailleurs.G. Le succès remporté par ces systèmes de spatialisation informatique des informations s'explique non seulement par la possibilité de mobiliser dans une seule surface de vastes corpus cartographiques. La cartographie du territoire réel et la localisation géographique se combinent à l'abstraction du traitement informationnel. Dominique . les appels commencent. ici.il me semble plus intéressant de mettre l'accent sur la reterritorialisation des informations." Les premières études effectuées sur les technologies mobiles mettent l'accent sur le renforcement du contrôle spatial qu'elles induisent.. Le regard n'accomplit plus. d'interpréter la croissance des S. médiatiques. comme certaines données commerciales apparaissant visuellement sous forme de zones colorées). dans quelles rues habitent les lecteurs d'un journal. l'équivalent d'un cheminement réel. la manifestation de causes dissimulées que la vision spatiale révélerait. Radicalisant les calculs analogiques qu'autorisaient déjà les cartes imprimées (repérer l'importance de la proximité du littoral dans la répartition mondiale des grandes villes. notamment dans l'univers professionnel.. les S. par une identification spatiale : "Je me trouve au Luxembourg. la perception directe des grandes tendances qui orientent un paysage de données. on pourrait penser que le territoire a été colonisé par l'univers informationnel. pouvoir joindre quelqu'un en tout lieu et à tout moment augmente paradoxalement. d'acquérir une plus-value informationnelle. en comparant par le calcul les différents parcours ou en fournissant au consultant des outils paramétrables d'interrogation. l'assignation territoriale. Plutôt que de suivre cette voie -celle du recouvrement du territoire par la carte. nourriture de base alimentant l'espace informationnel qui tendrait à l'oblitérer. logistiques en général. comme l'indice d'une force qui pousse vers la spatialisation de l'information (et tout particulièrement pour la consultation d'informations qui n'ont pas d'attaches spécifiques avec le territoire. presque toujours. sous un autre angle. De cette inscription territoriale. on espère qu'elle ajoute quelque chose aux informations produites : la saisie d'un détail moléculaire significatif. il déchiffre ces paysages et découvre un hybride territoire/espace informationnel abstrait. Ainsi dans son étude sur les technologies mobiles. Nous en proposerons quelques enjeux ultérieurement.G. comme simple substrat. composent directement des paysages informationnels à plusieurs dimensions. car. donc. À l'heure des constellations satellitaires ceinturant la planète. La localisation ne perd pas sa puissance. mais surtout par leur capacité à automatiser cette extraction du surplus informationnel en multipliant les strates d'images d'un territoire. Le territoire n'a donc pas disparu sous la poussée des réseaux informationnels. c'est la puissance de traitement informatique : par exemple.I. Ces recherches raffinent la notion de localisation. Mais au fait. lesquels luttent déjà contre la coupure temporelle du flux communicationnel[163]. c'est la question de la localisation qui nous retient. de faire travailler l'inscription pour qu'elle exsude plus de connaissances que celles qui y ont été déposées[162].

comme ces victoires qui. le réseau surplombe le territoire sans l'assujettir. téléphone pour se former à leur usage sur des études de cas. disponibilité. Par ailleurs. Tout en pointant une incontestable relativisation de la localisation spatiale. une fois remportées. non plus dans un espace strictement territorial. mais désigne au sens strict. Tout se passe comme si un processus d'hybridation était en train de se développer"[165]. de fonctions séparatrices réglables (protection. qu'on peut parler d'ubiquité à propos de la communication mobile. l'expérimentation des mediaspaces (espace de travail commun entre des collectifs à distance. en présence d'un tuteur. mobilisant éditeurs partagés. on peut considérer qu'elle accroche les lieux de labeur aux épaules du travailleur nomade. Dans un cas comme dans l'autre il s'agit bien d'effacer les séparations pour créer un espace collectif unique muni. réseau téléphonique et messagerie locaux. bien sûr. le montre bien. Elle rend compte d'un des multiples agencements possibles entre le partage de l'ici. Les étudiants. fax.). préparation d'une réunion par télé-relations. La notion de glocalisation a justement été forgée pour désigner l'usage local d'un média "global". Ce qui en dit long sur l'insistance avec laquelle l'affiliation au réseau persiste à situer. Plus radicalement encore et aux antipodes du "village global". précision ajoutée). permettent aux vainqueurs de s'approprier les valeurs des vaincus. Jacques Perriault. à plusieurs reprises et notamment à propos des réseaux d'échanges de savoir. ces notions d'ubiquité et d'omniprésence signalent. La communication à distance est ainsi préparée et ponctuée par des exercices collectifs en proximité. Cependant. etc. etc. "Ubiquité" n'est pas synonyme de mobilité. Entre proximité et éloignement Le réseau ne dissoudrait donc pas la notion de lieu. Elle mériterait d'être attentive aux multiples strates qui jalonnent les liens entre participants à un même réseau : échange épistolaire entre chercheurs partageant les mêmes locaux. C'est par assimilation de la continuité temporelle du lien communicationnel à une pluri-localisation instantanée. ces systèmes n'opposent plus présence et distance. Le spécialiste de l'enseignement à distance souligne. avec l'affichage de la localisation. en creux. La tentative de rapprocher le lointain s'étend à la réorganisation du proche dans le même mouvement qui a rendu évident l'usage local de la communication à distance (courrier interne. mais dans un hybride territoire/réseau communicationnel. par exemple.S. utilisent. le concept de "ville numérique" tend à . L'affiliation au réseau vaut localisation dans un espace à la fois non géographique et territorial. dans son étude sur la formation à distance. D'ailleurs une description fine des rapports entre l'ici et l'ailleurs ne devrait que rarement opposer présence et absence. visiophonie. À propos des dispositifs de formation actuels qui intègrent les nouvelles techniques de communication. Le préfixe "télé" (à distance) indiquerait une liaison paradoxale -téléphonique. notamment) concerne tout autant des équipes séparées par l'Atlantique[168] que des communautés de travail occupant les bureaux d'un même laboratoire. télévisuelle.maintenant et la pure télérelation. En ce sens.et. il écrit : "Contrairement à ce qui a été fait dans le passé. Il s'agit là d'un des nombreux exemples où présence et télé-relation se combinent[167]. équipements vidéos des locaux. qui s'émancipent de la géographie physique tout en assurant la localisation. même si "l'omniprésence" permet de s'affranchir de la localisation unique. etc.où l'importance de la situation spatiale est majorée parce qu'elle est niée. De même. multipliant ainsi les localisations possibles. la carte géographique reprend ses droits. l'omniprésence au contraire occulte le déplacement et permet au télé-communicant de continuer ses activités communicantes quand il est dans d'autres lieux que son travail habituel"[164]. le partage simultané de plusieurs lieux. Les systèmes de positionnement satellitaire (tel G. télé-textuelle.). mais intègrent les deux. la persistance d'une préoccupation territoriale. combinant ainsi espace physique et espace informationnel. mais il la retravaillerait en mêlant uni-présence physique et pluri-présence médiatisée. en groupe. les techniques de communications telles que messageries.Carré insiste sur deux figures de la mobilité : l'ubiquité et l'omniprésence : "Alors que l'ubiquité met l'accent sur la coïncidence entre déplacement et communication (l'utilisateur communique pendant son déplacement. l'importance des formules mixtes associant communications à distance et rencontres collectives[166].P.) le montrent bien. entre Internautes se rencontrant épisodiquement.

et plus fondamentalement. directeur exécutif de l'Internet Society en 1995[171]. Rutkowski. institution de l'audiovisuel). presse locale. le désir d'une communication transparente où les acteurs maîtrisent à la fois l'information et le média qui la fait circuler. Elle indique que le marquage de la nature de l'espace désigné (public. Faire de chaque acteur aussi bien un récepteur qu'un émetteur : en ce sens le réseau des réseaux est bien une réaction au principe des massmedia.. de ce fait. L'extension des fonds documentaires.Internet : l'évanouissement des intermédiaires dans l'espace public ? L'une des sources où Internet puise son dynamisme est.. progressivement à partir des acteurs. ce qui n'est plus vraiment son sens usuel) de cette médiation. (Nommés aussi Webcasting.désigner un moteur de recherche sur Internet repérant les prestataires de services situés à proximité géographique du demandeur (syndicats d'initiative. En témoigne la vogue des logiciels de personnalisation de l'information. Citons l'établissement de protocoles spécifiques de participation à des groupes de discussion (tel que. commerces. On en est bien loin. code de bonne conduite sur le réseau). "La connectivité est sa propre récompense" affirme A. de journaux accessibles) a progressivement rendu impossible le projet initial d'une information transparente et d'une communication immédiate. ce sont les concepts de proximité. résonne avec la valorisation de l'individualisme dans la sphère communicationnelle. en faire une construction collective. rappelons-le affirment un modèle institutionnel ascendant. Connecter entre eux tous les ordinateurs du monde apparaît comme un projet social où se dessine la figure d'une transparence informationnelle. organiser sa croissance. le rôle dévolu aux animateurs de ces groupes. en création d'une nouvelle couche de mécanismes médiateurs automatisant la médiation. salle. de revues. Il témoigne. B . se jouer totalement des confrontations corporelles. Cependant. La terminologie utilisée sur Internet (site. de territoire qui sont redéfinis. de localisation. sans passer par les hiérarchies". trafic local. l'objectif de suppression des intermédiaires se transforme. contre l'état et ses tendances naturelles à l'inquisition. on constate déjà l'émergence de procédures qui expriment les normes relationnelles élaborées par les collectifs sur le réseau. nous l'avons déjà mentionné dans le chapitre consacré à l'auto-médiation sur Internet. le nombre d'ordinateurs connectés et les facultés de navigations . météo locale. l'obligation de consulter les Frequently Asked Questions). intime) demeure une condition sociale de repérage des acteurs engagés dans l'échange à distance. recherchent les informations et les assemblent en de véritables journaux parfaitement individualisés). toutes ces dispositions. d'une volonté de se rendre "maître et possesseur" d'un appareil communicationnel. Au terme de ces mixages. par les nouvelles mises en relation du proche et du lointain. pour les novices. centré sur l'Internaute.. Le caractère auto-gouverné (cybernétique[172].. mairies. Un exemple parmi cent autres : présentant le site Parthénia. au sens littéral "d'auto-commandement". La présence cesserait totalement d'être territoriale si le transfert à distance devenait duplication de la présence et si la proximité pouvait. de par son propre mouvement. etc. salon. Mgr Gaillot explique ce qu'il apprécie dans Internet:"[. et non annihilés. ou encore les codes de comportements (comme la fameuse netétiquette. Par ailleurs. etc. Tisser le réseau par coopération. dans une émission de télévision[170]. aussi bien qu'en opposition aux entreprises et institutions qui souhaitent privatiser la communication sociale.) n'a sans doute pas qu'une valeur métaphorique. d'une communication immanente supprimant les intermédiaires spécialisés (éditeurs. ces logiciels recueillent les thématiques sélectionnées par l'abonné. Rappelons les observations déjà mentionnées dans le chapitre III : ces contraintes sociales témoignent du surgissement de fonctions médiatrices suscitées par l'usage du réseau alors même qu'il s'agissait d'en affaiblir les pressions. privé. sans passer par les pouvoirs. dès sa prise main par les chercheurs américains dans les années soixante-dix.)[169]. La croissance explosive du réseau (des milliers de banques de données. dans la sphère de la communication interindividuelle et collective.] c'est le réseau horizontal qui se tisse. groupe de presse. immanent ayant pour finalité son auto-développement.

). La séquentialité s'oppose à la présentation parallèle d'un ensemble d'informations telle que la page d'un quotidien -contenant simultanément plusieurs articles de poids éditorial équivalent ou inégal. etc. C . radiophonique ou télévisuel. Nous envisagerons cette question sur trois axes : .en donne un premier exemple et les conversations d'une réception mondaine. fichiers documentaires. on l'a vu. ce qui se profile institue à nouveau. et dans le langage.. d'images contraintes par un support. dans un mouvement itératif naturel. L'auto-médiation -déjà contenue en germe dans les pratiques de consultations de corpus imprimés (index. bousculée par l'hypermédiation (parcours chaîné de d'informations sur le Web par hyperliens. sonder les milliers de sites. autour de l'automédiation. accès par exploration systématique du support (comme sur une bande vidéo) et s'oppose à parallélisme.L'univers de l'hypermédiation : une éclipse de la séquentialité ? On définira.. se doivent d'articuler -et non d'éliminer. l'apparition d'une médiation automatisée.hypermédiatiques ont rendu encore plus nettement incontournables les questions de l'aisance de la recherche. accès direct (comme sur un disque numérique). linéarité. etc. Séquentialité rime avec ordre univoque. certes.). Qu'il s'agisse donc de la sphère interpersonnelle (bilatérale et de groupe) ou bien de la communication automatisée. On en déduira que les formes contemporaines d'organisation et de présentation des connaissances. L'accès direct s'est estompé au profit d'agencements plus complexes. . de l'évaluation. . un autre. . Si le projet initial consistait à promouvoir une relation directe de tous avec tous. ici.l'inscription de la pensée dans ses rapports avec l'ingénierie numérique.les mérites propres de la séquentialité avec ceux de l'hypermédiation.. presse. et de la pertinence de l'information.).la circulation hypermédiatique.représente. de sons. Des instruments extérieurs -transcendants ?. On peut d'ailleurs penser que la disponibilité de ces instruments va accroître l'importance des idées directrices qui forment l'horizon de sens de toute recherche d'informations. Les robots-chercheurs symbolisent nettement. un rapport social qui se distingue nettement des formes professionnelles classiques de la médiation (éditeur. à première vue. consultation interactive de CD-Rom.la réception des récits interactifs. Ces expressions relèvent d'une spatialisation (comme dans l'écriture alphabétique basée sur la ligne ou l'imprimé organisé en pages numérotées) ou d'une linéarité temporelle comme dans le flux cinématographique. décuplant la puissance des dispositifs de circulation dans les corpus. tirant profit des caractéristiques de l'informatique pour.s'interposent désormais entre l'Internaute et l'immense marée informationnelle en crue permanente. surtout lorsque ces qualités se combinent à la puissance des outils de recherche issus de l'informatique documentaire. Nous souhaitons montrer que la structure linéaire n'est peut-être pas si obsolète qu'on le dit souvent et que les modalités de fréquentation des corpus numérisés soulignent assez distinctement les qualités qu'elle véhicule. simultanéité. limpide avec des corpus d'informations. de figures. et ceci à l'encontre de ce que suggère la métaphore du surf souverain et opportuniste sur l'océan informationnel. de banques de données et en extraire les denrées recherchées. en position de survol. tout en s'inscrivant dans le cadre général d'une visée à l'élargissement des espaces d'autonomie individuels et collectifs. continuité. ce qui n'est pas le moindre des enjeux.. la fonction médiatrice se renouvelle plus qu'elle ne disparaît. une fonction séparatrice singulière et prometteuse.. Mais elle dénature le projet d'une relation directe. Cette structure séquentielle serait. Cette auto-médiation a induit. la mise en service de méta-robots qui sélectionnent les robots les plus adaptés à prendre en charge une requête. la séquentialité (ou la linéarité) comme une structure d'appropriation fondée sur la succession d'expression orales ou écrites. afin d'assurer la recherche et l'évaluation des informations acquises.

formellement. lui aussi. totalement et librement offert des prosélytes du réseau. Bernard Stiegler a tendance à projeter la délocalisation de l'émission sur le destinataire (". de journaux. sites d'information de toute nature. au bout de trois ou quatre générations de sélection de liens.) réaliserait l'idéal encyclopédique d'une totalisation de la connaissance passée. dont on s'est déjà expliqué. retrouvant la nécessaire sélection. il laisse entendre. hypertextes. deviennent opaques ? Suivre tous les liens est.Séquentialité.une rythmique quasi-intégralement délocalisée. Mais doit-on dénier. . l'élection d'un chemin unique enchaînant des idées et constituant une démonstration. Elle ignore le volet subjectif.. rétention sélective. tyrannique et prescripteur.. que les "idiotextes" en cours d'émergence (textes. Bien sûr. provenant. le lecteur pondérera les chemins suivis. Mais quel intérêt présente une activation continue des multiples liens qui rapprochent des thématiques dont les rapports. circulation hypermédiatique et décontextualisation Les gains cognitifs liés à l'exposition hypertextuelle de connaissances sont fréquemment rapportés à l'économie de contextualisation qu'elle permettrait. intentionnel et non intentionnel. qui est à la base de toute construction cognitive. d'une circulation dans un ensemble d'informations. hypermédias conçus et décryptés selon des situations singulières. en considérant que la réception de la connaissance hypermédiatique -qui consiste à métaboliser le traitement de l'information pour en s'en fabriquer de nouvelles connaissances. marqué par l'expérimentabilité. On sait que la décontextualisation provoquée par l'écriture entraîne une recontextualisation des interprétations par la lecture. œuvrant à l'encontre d'un couplage mécanique du récepteur avec l'industrie télévisuelle normalisée.relève d'un nouveau régime de construction de la croyance. recontextualisante. selon toutes les combinaisons possibles[176]. mais à partir des médias fondés sur le flux instantané : "Les objets temporels industriels (les produits des industries de programmes : radio et télévision principalement) dans la simultanéité et la mondialité de leur réception. dans le champ de la télévision. toute composante herméneutique à la réception des flux médiatiques sous prétexte que le destinataire ne peut plier le déroulement temporel du flux à son interprétation ? Négligeant le fait que toute réception. Et surtout. À la figure du grand tout. est bouleversée par l'instantanéité des télécommunications modernes. tendent à suspendre toute contextualité.. d'un ailleurs anonyme. pondération. par les réseaux de télécommunications. d'un point de vue.. parce que le choix d'une succession. différant le moment de la réception. locales) possèdent une dynamique relocalisante. pour autant. le contexte actuel de la crise de confiance. Bernard Stiegler aborde. La numérisation hypermédiatique peut. L'écriture hypertextuelle effacerait l'obligation de contextualiser l'information présentée parce que ce contexte serait toujours déjà présent dans les liens mobilisables. augmentée d'une actualisation quasi instantanée. La mise en ligne par les réseaux numériques de la connaissance produite (banques et bases de données. majore fortement cette activité. en rapport avec l'affirmation d'un regard. On suivra ici Bernard Stiegler. La continuité référentielle découlerait des liens hypermédiatiques reliant chaque item à tous les autres sur la "toile"."[175]) comme si la réception n'était pas aussi une activité dans laquelle est impliquée le tout de l'histoire d'un sujet et des communautés qui le constituent. va revêtir un caractère "luxueux". etc. sans ici ni maintenant. satellitaire. impossible. Nombre d'analyses contemporaines[173] insistent sur la décontextualisation ainsi obtenue par omniprésence du contexte qui ne requerrait plus une délimitation ferme entre un énoncé et les références qui lui sont connexes. qui donne sens à la multitude des propositions qu'offre un hypermédia. bien sûr. celle du grand "autre". L'idée d'une décontextualisation totalement explicitée et que l'on pourrait s'approprier complètement rabat la question du contexte sur la pure matérialité de son inscription. de toute circulation dans un ensemble de connaissance. et dont nous avons tenté précédemment de situer les enjeux. la question de la contextualisation. Cette structure en deux temps. hétérogène à celle des produits de la culture de flux. L'industrialisation de la mémoire accomplit la décontextualisation généralisée"[174]. d'une explication. Finalement. plus ou moins volontaire. à raison. Bernard Stiegler oppose. Mais la circulation hypermédiatique par liens associatifs va probablement renforcer le caractère stratégique de l'énonciation séquentielle. édition électronique de revues scientifiques. Ses analyses procèdent par comparaison avec des problèmes similaires engendrés par la pratique de l'écriture. y compris celle d'une émission de télévision opère aussi par tri. contester la linéarité d'un récit.

Financial View Point pour la finance. telles que celles qui nous permettent de reconnaître facilement une personne. pour l'auteur comme pour le destinataire. être modifiées par les cheminements empruntés. expressive en tant que telle. Ce texte. de nombreuses recherches portent sur la visualisation tridimensionnelle de "paysages de données". Toujours dans le Massachusetts. Bien au contraire. Il n'est pas sûr. La force des contraintes. pour conserver leur productivité intellectuelle. par exemple. Exploitant des capacités humaines. Il est vrai qu'une lecture est aussi une recherche et que les orientations qui guident cette recherche peuvent. dans un environnement de réalité virtuelle. c'est dans un travail contraint indexé sur ces inscriptions que gît leur vertu d'accroissement cognitif. développé à l'Université de l'Illinois. des images de données avec lesquelles on peut interagir. une portion du graphe de circulation dans des sites Web. par exemple. à Boston. la vue et le toucher (grâce à des interfaces à retour d'efforts qui permettent de ressentir physiquement des objets virtuels)[177].transcrit un choix d'enchaînement ainsi que des pondérations qui expriment le sens. des propos présentés. L'idée centrale est d'appliquer à de grandes quantités d'informations brutes des procédures qui les organisent pour elles-mêmes et de constituer ainsi automatiquement des systèmes d'interprétation qui préparent la reconnaissance et l'exploration humaine. qu'il peut prévoir l'existence d'éléments non encore découverts. est une figure imposée.I. affiche. Pour le lecteur.T. par "copier/coller" permet d'associer à une requête. si tant est que l'intérêt d'une recherche dépend de la consistance des orientations qui y préside. La tentation permanente que représente la possibilité d'activer des liens hypertextuels. à supprimer la possibilité de cliquer immédiatement sur un lien et à hiérarchiser les liens en ne donnant que les adresses électroniques non cliquables de certains sites jugés d'intérêts secondaires. visent à traduire en musiques spécifiques certaines séquences d'images d'acides aminés. Geo Space pour la géographie. sinon préexister formellement. des chercheurs ont mis au point une interface qui. par exemple. Chaque passage dans un site se réduit à une commutation vers un autre et "surfer" dans des sites et des banques de données devient assez rapidement compulsif ou ennuyeux. ces chercheurs préconisent de transformer. Sinon une lecture devient un vagabondage sans principe. s'affranchir de ces contraintes de séquentialité au profit d'une circulation/vagabondage dans des ensembles corrélés d'informations n'est pas une garantie d'augmentation cognitive. R. Au Medialab du M. Les écrire les unes après les autres -et l'ordre adopté n'est jamais le seul possible. ces orientations doivent. relatives au séquençage du génome. Pickett développe des programmes d'appréhension sensorielle de grands gisements de données. obligent d'ailleurs les concepteurs de sites à imaginer des procédés destinés à capter le consultant afin qu'il ne quitte pas le site en cliquant sur la première zone colorée venue. C'est parce que Mendeleïev classe spatialement les éléments chimiques selon deux critères. WW Movie Map présente des informations organisées sous forme de "paysages de données" : Galaxy of News pour la presse. Le système CAVE. c'est une interface de visualisation du Web en réalité virtuelle qui est étudiée. .Ces affirmations reposent sur l'un des enseignements à forte teneur heuristique issus de la problématique des technologies intellectuelles. des ensembles de données en visages afin qu'on puisse facilement les identifier et les regrouper en familles. D'autres recherches. mais à l'Institut de la visualisation et de la recherche sur la perception de l'Université Lowell. en revanche. et deux seulement. du moins procéder d'une interrogation préalable et se construire dans l'exploration. afin de la renouveler automatiquement. L'effort du rédacteur s'en serait trouvé notablement allégé. la concision de l'expression est dans un rapport direct avec la puissance d'élucidation obtenue. pourrait fort bien être présenté sous forme d'ensembles d'énoncés reliés par des liens hypertextuels. sous cet angle. bien sûr. Une cartographie intensive des chemins de navigation Afin d'offrir des outils intellectuels synthétisant les explorations de grands corpus de connaissances. À Montréal. La séquentialité. Mais. Leur capacité à augmenter des connaissances ne procède jamais par une libération des contraintes qui président à leur inscription. qu'il invite à parcourir en utilisant à la fois l'ouïe. La parade consiste. Le zapping hypermédiatique est une affection que les producteurs de sites doivent combattre comme leurs homologues à la télévision. que le lecteur y gagnerait en compréhension des idées développées et de leur articulation.

de pouvoir graduer l'intensité du lien reliant une connaissance à une autre. les colonnes vertébrales essentielles. L'objectif consiste à faire sentir. puisqu'elle manifeste l'intérêt reconnu à conserver une trace de passage dans le foisonnement des sites parcourus. des nationales et des chemins vicinaux reflétant la vision subjective des concepteurs.peut. de compacter. à nouveau. hiérarchisés et dont il a précisé les relations avec la thématique centrale. la nécessité de cataloguer les liens en précisant leur degré d'intérêt et surtout la nature de l'association dont ils sont porteurs. la trace inscrite n'aura d'autre fonction que de témoigner du papillonnage effectué. les chemins structurants. une image à une autre. dans le contexte de l'hypermédiation. par nostalgie. Certains langages hypertextuels le permettent. En effet. transformant celle-ci en horizon indépassable. Celui qui consulte ces informations gagnerait à se voir préciser le type d'associativité mobilisé. Bien qu'épousant en apparence l'écoulement fléché de la temporalité. Apparaissent. d'une urgente nécessité. connexité faible ou forte. comme en témoigne l'intense parallélisme de nos activités mentales. non pas des items massivement interconnectés. cette linéarité est éminemment subjective. ainsi. Sinon. S'y exprime le désir de pouvoir bénéficier d'une visite commentée par un spécialiste. L'inscription des chemins suivis de site en site par la mobilisation de liens hypermédiatiques. sur la culture de l'imprimé. reconduit une forme de séquentialité sécrétée au cœur même de l'hypermédiation. pour certains domaines. par exemple. est. puisqu'elle inscrit la succession des choix propres à un parcours et disparaîtra ensuite. etc. l'intérêt d'une ligne directrice se fait particulièrement jour dans le cadre des consultations "savantes" sur Internet. la séquentialité qu'on a cru pouvoir chasser par la porte fait retour par la fenêtre. elle assure une tension productive entre ces deux structures. Si l'on prétend l'ignorer. en particulier. La question de la séquentialité est intimement liée à celle de la causalité : "après" sous-entend souvent "par conséquence". sans substituer la deuxième à la première. Fondamentalement il s'agit de résumer. la linéarité n'est en rien "naturelle". décrits. notamment par l'ouverture de fenêtres associées au lien. simultanée. Se fait jour. Mais exploiter une carte.D'autres outils. On devrait pouvoir tester différents systèmes de catalogage des liens hypertextuels. Un site -ou une information. cette tension disparaît et sa productivité avec elle. en effet être associé à un autre selon une multitude de relations (caractère exemplaire ou au contraire généralisation. dans le graphe ou la carte d'un ensemble hypermédia. parallèle. des sites qu'il a sélectionnés. ainsi que l'on nomme cette mémorisation. Elle se consulte par saisie globale. en est un témoignage. Sous cet angle. trop souvent ignorée dans l'enthousiasme hypermédiatique actuel. à la différence d'autres supports (pages numérotées de livre ou bande vidéo. Par de multiples canaux. sauf action volontaire visant à la conserver. apparemment. pratiquer des enchaînements de cause à effet. de facture plus simple. en la rabattant. La "traçabilité". expriment aussi avantageusement la richesse de ces médias. y compris intellectuelles. de nouveaux alliages entre linéarité et hypermédiation qui renforceront probablement les deux qualités.est sans doute aussi à verser au dossier de la résurgence de la linéarité. ce type de site devient. d'exprimer les structures organisatrices d'un champ de connaissances dans un schéma qu'on peut saisir par le regard. y compris si cette exploration s'opère à travers une saisie multi-sensorielle et s'ouvre à une multi- . etc. la linéarité est une force de rappel. la pertinence d'un métaparcours séquentiel. Des cartographies d'ensembles d'informations feraient alors apparaître. Il serait très productif aussi -en conception de sites comme en navigation. Le caractère fondamental de la linéarité tient au rapport entre la structure temporellement fléchée de notre perception et la malléabilité temporelle de nos mises en scène mentales individuelles et collectives. il ne faudrait pas penser cette question de la linéarité de manière régressive.). Prolongement de la bibliographie commentée. La carte. Et c'est précisément cette "artificialité" qui doit être exploitée comme contrainte heuristique. l'autre du guidage linéaire. par exemple). Ce marquage automatique ne sera vraiment exploité que si une orientation directrice préalable fonde le cheminement. Comme contrainte. Ces possibilités commencent à se concrétiser sur le Web[178]. On découvre. La vogue récente des "anneaux" -groupements thématiques par affinité de sites dans lesquels on passe nécessairement d'un site à son successeur dans la chaîne bouclée[179]. mais des autoroutes. De la même manière. Bien entendu. c'est aussi se construire des chemins.

Ainsi souhaite-t-il éviter la littéralisation et la rationalisation des problèmes en leur substituant un décalque charnel de l'univers concerné qui le modéliserait automatiquement. Il insiste tout particulièrement sur le fait que la navigation à travers des corpus textuels étendus exige de cartographier ceuxci en offrant à la fois une vue d'ensemble ainsi que des cartes locales. de la pensée ? L'utilisation des outils intellectuels contemporains (modélisation numérique..R. Marshall McLuhan traçait déjà. à leur manière. Dans le domaine de la recherche documentaire sur de vastes corpus.. pas plus que l'ordinateur numérique n'a besoin de nombres. . D'où le projet d'une transmission infra-langagière transcendant les cultures nées de l'écriture et promettant un paradis communicationnel sans codes ni règles. et productrices. cartographie dynamique. aux exigences de causalités locales et générales tout en respectant la pluralité des inférences possibles. cartographie) ont ceci d'original qu'ils appellent une intervention ultérieure de l'utilisateur pour éliminer ou filtrer certains résultats ou encore ajouter facilement des documents sans remettre en cause l'analyse déjà effectuée."[182]. métabolisant sans les renier celles des phases antérieures.. calculs statistiques de proximité. s'écrire ou. sur Internet). Pourtant l'organisation et la présentation de connaissances dans des environnements multimédias nécessitent bel et bien l'appropriation d'ensemble de savoirs syntaxiques dont on peut citer quelques linéaments : nouvelle grammaire des hyperdocuments (comme les langages de programmation H. il en ira ainsi de l'appel à des outils d'indexation automatique ou assistés.. théorise des propositions qui exploiteraient ces modalités cognitives. L'électricité ouvre la voie à une extension du processus même de la conscience.M. Les outils cognitifs qui offrent des traductions cartographiques intensives par traitements automatiques répondent. un véritable arsenal d'outils d'ergonomie cognitive. de la possibilité de sélectionner certains sous-ensembles de documents et de termes en fonction de divers critères. Une inscription directe. ou V.plicité de séquences linéaires. pour accéder à une phase idéographique post-langagière prétendant dépasser l'obstacle alphabético-centriste grâce aux possibilités ouvertes par l'automatisation de la gestion des inscriptions numériques.. En effet..Roms.L. et sans verbalisation aucune. à une échelle mondiale... Les outils d'analyse automatiques mis au point dans ce cadre (indexation et génération de mots-clés. un au-delà du langage tel que le traitement de l'information soit partout distribué et partout coordonné. Alain Lelu assure qu'on ne saurait se contenter d'interfaces de navigation définie une fois pour toutes. méconnaît la nature de la pensée."[183]. il écrira : "Le problème de l'intelligence collective est de découvrir ou d'inventer un au-delà de l'écriture.L. non-langagière. qu'il pourra paramétrer à sa guise . s'hypertextualiser. Par la suite. etc."[180]. Pierre Lévy. comme sur les CD.M. et qu'il sera donc indispensable "que l'utilisateur final puisse maîtriser l'appel aux diverses ressources.. bref. des perspectives similaires : "La technologie électrique n'a pas besoin de mots.) nourrit l'espoir d'une représentation des situations et de la résolution de problèmes qui nous émanciperaient des contraintes propres à la séquentialité. destinés à compacter le corpus documentaire selon plusieurs modèles possibles. à partir des caractéristiques de l'électricité.. celle-ci se forme grâce aux pressions qu'elle subit pour s'extérioriser. scripturale de la pensée (quel que soit le degré de spécialisation de l'écriture). Le mode de navigation est ainsi réglé par l'utilisateur qui peut combiner requêtes booléennes classiques. etc. par exemple. Les cadres actuels d'élaboration. Les technologies intellectuelles contemporaines initient d'autres types de violences. Viser le sens indépendamment de sa transcription. sans devoir l'interpréter[181]. c'est pointer vers une idéalité intangible[184]. calcul de cartographie sémantique selon les requêtes composées. contraintes à tisser du sens avec et contre . engrammation de spatialisations à plusieurs dimensions. Le projet d'un saut par-dessus la phase langagière.T. et surtout pratique des programmes quasi réflexifs. expertise assistée par ordinateur. de stockage et de transmission de la pensée ne semblent nullement délivrés des pesanteurs de l'extériorisation dont les phases orales ou scripturaires traduisent des violences spécifiques.

elle la radicalise. Certes. vu comme sujet individuel. des stratégies de prélèvements sur la "nature" et des systèmes techniques. Dans la "sociologie de la science". Linéarité et réception des récits interactifs L'interactivité transforme le spectateur en spect-acteur et autorise l'intervention sur le déroulement des récits. si le spect-acteur doit appréhender les qualités singulières des moteurs narratifs à la source des différentes propositions qu'il actualise. À l'ère des réseaux et de la complexification des alliages numériques façonnant notre outillage intellectuel. De la même manière que. C'est pour cette raison que la forme narrative linéaire ne s'effondrera pas sous la pression de l'hypermédiation. mais la radicalise en réalisant les promesses qu'elle ne faisait que murmurer (le vœu d'une inscription définitive. la culture du livre ne dépasse pas celle de l'écriture. une altérité constituée. l'auteur singulier disparaît au profit d'agencements collectifs qui seraient devenus la seule source productrice des connaissances[186]. Qu'il faille prendre la mesure du caractère culturellement et techniquement distribué de toute création (artistique. l'idée des grandes Idées fait place à l'étude des bricolages astucieux et des manipulations rusées qui permettent de contrôler et d'enrôler d'autres réseaux d'acteurs. il se réduit à une interface entre des réseaux. le découvreur devient un nœud singulier par lequel passent des groupes sociaux . avec et contre la simultanéité. que dans cette perspective. Mais elle s'exprime plus difficilement que dans les formes séquentielles. vœu que seule la multiplication à l'identique de l'imprimé viendra exaucer).font de la création un processus d'émergence absolument collectif. Elle exprime le désir qu'on nous raconte des histoires et non pas qu'on se les raconte soimême en enchaînant des libres choix agencés par des machines narratives. l'auteur. L'acteur lui-même perd son individualité anthropologique. le sujet individuel me semble devenir. ou hypermédiatique. On rappelle. En revanche.La retraite de l'auteur et l'amour des génériques La culture des réseaux rend-elle obsolète le statut de l'auteur individuel ? On sait que la notion d'auteur individuel et le souci de l'attribution personnelle des œuvres (écrites ou picturales) prennent leur essor à l'ère de l'imprimerie[185]. scientifique. n'a pas d'espace propre. ici l'inventeur prête son cerveau et ses instruments aux réseaux socio-techniques). Il devient un élément composite. des courants de l'épistémologie contemporaine ont mis en lumière l'importance de la mobilisation de réseaux sociaux dans l'élaboration des connaissances nouvelles (l'étude.l'instantanéité. avec et contre l'hypertextualité. et ceci pour des raisons fondamentales qui tiennent à ce que le récit séquentiel. Et l'on pourrait ajouter : contre et avec la linéarité. Nous avons déjà discuté la validité de cette assertion. doit-on tenir pour argent comptant l'idée que les télé-technologies annihilent le sujet créateur sous sa forme personnelle ? Ces vues -qui font signe (de manière nostalgique ?) vers l'époque classique où l'auteur. la subjectivité des concepteurs s'exprime dans les cadres narratifs interactifs. plus nettement même qu'à . un alliage humain/nonhumain mêlant des personnes. Mais la narration interactive n'a pas fait disparaître le récit séquentiel de l'horizon de nos désirs. a contrario.).et plus indirectement.si l'on conçoit que chacun des multiples parcours doit être porteur de significations ou d'émotions particulières. manifeste clairement une intentionnalité. de la découverte du vaccin par Pasteur est un modèle du genre). même si elle en accueille l'influence. ces courants s'en séparent cependant dans la mesure où ils n'ont pas recours à des structures universelles qui "surdétermineraient" les acteurs. Une vue superficielle pourrait laisser croire. La culture hypertextuelle. D . qu'à travers les réseaux. etc. Réactualisant une forme de pensée structuraliste (le locuteur prête ses lèvres au langage. au mieux un agent capable de potentialiser la rencontre de lignages hétérogènes. ne dépasse pas l'ère alphabétique. un point de passage stratégique. élargissant cette démarche. on ne le contestera évidemment pas. On a vu comment. explicitant les choix subjectifs d'un montage textuel ou cinématographique arrêté. par Bruno Latour. sous l'angle de la conservation.

notamment. d'un quartier. c'est aller bien vite en besogne.Panoptisme et réglage individuel des trajets Corrélativement à l'expansion des technologies de l'image. de la production d'idées réorganisatrices originales. Dans le moindre CD-Rom. Il ne s'agit pas seulement de l'hétérogénéité des échelles. On verra donc comment la fragmentation et l'individualisation autorisent le maintien d'un nouveau genre de point de vue panoptique global.ainsi que le développement des logiques citationnelles (comptage du nombre de citations faites à un auteur dans les publications d'un domaine) abondent dans le même sens. La planète numérisée offre chacun de ses continents à une descente (aux enfers ?) par un zoom continu (ou presque. Les Systèmes d'Informations Géographiques mettent en œuvre les mêmes procédés. Comme dans le film Les puissances de dix. les dispositifs optiques nous avaient déjà . c'est bien une hypertrophie de la signature qui se propage. Le dispositif T-Vision[187] se rapproche progressivement d'une carte régionale. pour autant. Après avoir décrit quelques propositions particulièrement exemplaires des nouvelles scènes spatiales en construction. mues par de puissants mouvements inséparablement culturels et techniques qui. De nouvelles formules de visibilité se découvrent. La profusion des sources de production d'informations et la densification -hypermédiatique. Échelles de vision et libres ballades urbaines Face à un écran géant. plutôt qu'un évanouissement. Que les maillages actuels des réseaux densifient ces chaînages comme jamais auparavant et qu'ils mobilisent l'automaticité des programmes informatiques à un degré inédit.l'époque de l'imprimerie triomphante ou de l'audiovisuel conquérant. Comment interpréter ces figures visuelles. E . dès qu'un site sur le Web semble relever de la création artistique. depuis l'espace. grâce à une manette de commande. valorisent le réglage des échelles de vision et confèrent un nouveau statut au détail. À cela. L'effet de simulation réside ici dans l'irréalité d'un franchissement accéléré des échelles de vision. Mais diagnostiquer. d'une ville. S'y expriment aussi des confrontations originales entre individualisation et collectivisation du regard. du plan local à la carte de France. nous montrerons que. enfin d'une vue aérienne (issue d'images satellitaires mapées sur ces cartes). des régimes inédits combinent unicité collective et définition subjective individuelle des représentations spatiales. Que ce moment soit pris et produit dans un chaînage techno-culturel. on circule. en continuité. depuis l'observation à partir d'un satellite jusqu'à la focalisation rapprochée.des relations entre ces corpus majore l'importance du moment de la synthèse individuelle. la plongée dans l'image ressemble plus à un survol. et à un atterrissage qu'à la saisie d'un panorama. Par zooms ou agrandissements d'une rue. on tient la terre entière sous sa main. la disparition de l'auteur. transforment la cartographie. nos représentations de l'espace sont en mutation. personne ne doit être oublié (comme dans l'audiovisuel). on ne saurait trop le souligner. plus exactement. par exemple. sur ce terrain aussi. puis locale. mais comme représentation de l'espace ? S'agit-il d'une abdication de tout dessein panoptique par prolifération des vues ? À moins que l'on y décèle une revanche d'un panoptisme d'auto-contrôle. sous les auspices d'une dissolution de toute expérience collective au profit d'une perception purement individuelle de l'espace. non plus sous l'angle des rapports entre territoire et inscription. Le contexte de l'hypermédiation devrait plutôt inciter à penser un concept d'auteur en collectif (et non d'auteur collectif) qui dépasse la dénégation de l'individualité au profit d'un renforcement parallèle des deux pôles.pour s'en convaincre. du jugement subjectif personnel. Parallèlement à la systématisation de la coopération productive. on l'accordera sans peine. dans laquelle on pénètre jusqu'à apercevoir des détails tels que des immeubles. car les cartes qui correspondent aux différents niveaux de vision se raccordent avec un certain temps de latence). L'importance croissante de la signature des articles scientifiques -de la hiérarchie des signatures. Il n'est que de constater à quel point notre époque est amoureuse des génériques -et en particulier dans le multimédia. (Certains logiciels sur Internet s'attachent même à débusquer les renvois systématiques d'ascenseurs pour éviter que des légitimités s'établissent sur le dénombrement automatique des références). des carrefours et des rues.

Un système mondial omniprésent de Webcams. enserrant le globe dans ses mailles en constante densification. avec les moyens de l'imagerie interactive. le promeneur choisit son point de départ : le pont Neuf. en tous points de l'espace visible. en revanche. se redouble dans la forme cylindrique des lieux visités. mais dans son cours même. L'image projetée représente une série de cylindres (une dizaine en tout) sur lesquels des panoramas (numérisés à partir de photographies prises avec de très grands angles). ce faisant. "Place" ou l'intérieur et l'extérieur en court-circuit Avec Place-A User's Manual[189]. signalétique surimprimée par des flèches. deux boutons commandant les zooms dans les panoramas.mémoire des supports ni de la quantité d'équipements de transmission télécommandés nécessaire. Une fois que toutes les données cartographiques et topographiques terrestres seront réunies et stockées dans la mémoire de la machine -ce qui est loin d'être le cas. à l'échelle d'une ville le même type de projet. nous font miroiter toujours plus de libertés. on se ballade dans Paris . derrière le paysage affiché. D'où la promesse de cette réalisation : un déplacement. à partir d'un site. mais de l'impossibilité constitutive d'envisager l'explosion fractale des curiosités potentielles : curiosités qui se révèlent.). l'artiste Jeffrey Shaw renouvelle. par exemple. le genre "diorama" et imagine ainsi une nouvelle formule panoptique. Car les capacités de stockage limitées du CD-Rom ne permettent pas d'emmagasiner toutes les rues de Paris. Vision d'un espace paradoxal où l'intérieur contient l'extérieur et où l'extérieur s'affiche à l'intérieur.habitué. non pas en tant que projets préalables à l'exploration. là juste à droite ? Fameux désir de transcrire l'infinie profondeur de la réalité dans un média nécessairement fini. L'exploration librement interactive de l'univers virtuel englobant prend la forme d'un franchissement permanent de la frontière entre intérieur et extérieur des cylindres. qu'on pourrait nommer le lieu réel de la visite. d'une densité aussi serrée qu'on voudra n'y suffirait pas plus. tous les escaliers et tous les intérieurs d'appartements. une place) et ce qui exige un artifice technique (voir simultanément la rue et le plan de la ville ou contempler la terre depuis l'espace. Faire reculer sans cesse les contraintes qui enserrent nos déplacements. fenêtres d'informations sur les sites. sont affichés[190]. Mais est-il possible de s'engouffrer dans une ruelle entr'aperçue au détour d'une promenade. reculant les limites. Arrivé très près du cylindre. Sa rotation délimite une portion de l'écran circulaire. toujours en face de lui. par leur surface externe ou interne. eux-mêmes circulaires. Face au plan de la ville. Et la génération des DVD. selon notre choix. zoom avant dans la direction indiquée par une flèche. monuments. au centre d'un cylindre. à l'image de la métaphore de la "toile". la visite se poursuit selon ses inclinations. se voulant approcher la vraie vie.le mythe panoptique serat-il réalisé ? Le CD-Rom "Paris"[188] poursuit. prenant comme modèle la libre déambulation dans un espace urbain. elle devient un moteur pour relancer une quête que l'on sait sans fin. ou d'entrer dans l'échoppe. ne parviendra pas plus à capturer toutes les cours d'immeubles avec leurs recoins. Ici. par exemple). se dessinent les autres cylindres aperçus précédemment. L'élision de la frontière entre ces deux types de saisie dessine un espace lisse et partout disponible. etc. avec des fonctions de déplacement et de vision assez évoluées.Rom. par zoom. le flâneur peut choisir sa direction. une rupture se produit et on se retrouve à l'intérieur du panorama circulaire. La caméra-interface permet de contrôler le déplacement. le lissage est continu entre ce que le regard humain peut saisir (une rue. Ici. Un autre zoom et l'on franchit à nouveau la surface pour retrouver le paysage panoramique initial des cylindres. La frustration en est d'autant plus vive . Rotation d'un tour sur soimême pour découvrir le panorama. On comprend qu'il ne s'agit pas là d'une limitation de l'espace. À chaque carrefour. Placé sur une plate-forme. Cette déambulation est assistée par les fonctions propres au visionnage numérique (déplacement sur plan. ouvert à tous les trajets visuels. sorte de flânerie urbaine sur écran. découvrant le paysage sur la surface englobante du cylindre devenu enceinte. nourrit parallèlement notre insatisfaction face à des promesses qui. Lesquels sont parcourus. Cet espace . augmenter sans répit nos latitudes exploratoires. le visiteur manipule une caméra-interface qui fait tourner la plate-forme motorisée. Mais en arrière-fond. en un infini planséquence qui nous amènerait. La scène cylindrique princeps (celle d'où le visiteur déclenche l'exploration).

Mixte de labyrinthe (où l'on revient sur ses pas sans s'en apercevoir). La grille matricielle en fil de fer. Le viseur photographique (ou celui de l'arme de précision) sert de pointeur et on peut. photographies.). Fouille archéologique. il s'agit là d'un panoptisme original qui nous confirme qu'une image dissimule autant qu'elle révèle. puisque que la photographie centrale contient les moyens de sa propre dissection.courbe se dérobe au contrôle panoramique (indissolublement visuel et moteur). laquelle orienterait la succession des signes mis à jour. La scénographie d'ensemble combine astucieusement des plongées qu'on peut croire infinies dans des détails avec un retour régulier à l'image initiale. en creux. inversées. séquences vidéo. d'avant et d'après sont confondues. Pas d'histoire. par la multiplication des niveaux d'analyses. Un panoptisme distribué Nous avons volontairement choisi des champs d'activités hétérogènes (œuvres artistiques et outils d'informations logistiques) pour questionner le statut de l'espace tel que les technologies numériques le modèlent et le . dans une même enceinte. Le spectacteur s'aperçoit très vite que le photogramme de départ est.est homogène à l'espace de la circulation hypermédiatique dans les réseaux. mais des matériaux. provoqué. objets et personnages. enquête policière. de successions hiérarchisées de plans. bien sûr. des associations pour s'en fabriquer autant qu'on veut. et le maintien d'un certain contrôle panoptique global. et qu'aucune n'a été conçue en particulier.mais selon un schéma qui se reproduit à l'identique (alors que dans une fractale pure. C'est. La photographie apparaît alors comme une lucarne dont il est possible de déplacer les limites : repousser les bords. visionneuse de diapositive. Mais. l'année où la photographie fut inventée). plus un sommaire multimédia qu'une surface opaque. où les chemins liant des sites sont parcourus plusieurs fois à partir de sites différents. "18 h 39" ou le panoptisme en surplomb Le CD-Rom "18h39" propose de consulter "un instant photographique" présenté sous forme d'un quadrillage en seize pavés. l'œuvre de Jeffrey Shaw -parfaite réunion de monades leibniziennes. analyse d'empreintes digitales. avec leurs incongruités éventuelles. etc. chacun d'eux se prêtant à des avancées possibles sur quatre niveaux de profondeurs[191]. des trames. Les limites temporelles sont. simulation d'objets). les genres se mêlent pour tenter de comprendre ce qui s'est passé à 18 h 39 (1839 est. à l'intérieur de l'image. Mais cette histoire n'existe pas. découvrir et actionner. si bien que naît le sentiment de découvrir à l'infini de nouveaux paysages d'un même lieu. vidéos. D'où l'idée qu'une histoire se tient en arrière plan. mises en abîme dans ce qui n'est plus une visite mais une circulation où chaque paysage contient tous les autres. l'explorateur raccorde certaines bribes et établit des chaînes associatives reliant événements. cartes. faire fonctionner un objet. de l'autre. à l'infini. Toutes sont valides et consistantes puisque c'est nous qui les imaginons. Une forme fractale -la partie contient bien le tout. Un sommaire et un instrument d'exploration tout à la fois. la contradiction entre narration et interactivité. Finitude des composants spatiaux et multiplicité des trajectoires. mobiles puisque certaines informations glanées au cours de l'exploration (films vidéo. Il n'y a pas de trame narrative. sonogrammes d'un tir de fusil. plans de situation. de figure paradoxale à la Escher. criminologie scientifique. changer de point de vue pour découvrir ce qui se cache derrière un personnage ou un meuble. tout l'intérêt de la réalisation : montrer qu'un moteur narratif fonctionne toujours en nous). ce sentiment est tempéré par le rappel constant à une représentation centrale. Si bien que le sentiment d'une réalité de complexité insondable. elles aussi. mais parce que les notions de proximité et d'éloignement. cette proposition résout de manière astucieuse. en effet. en particulier. par exemple. par exemple) présentent des événements antérieurs. mais on s'aperçoit que des indices appartiennent à des familles de faits. (Même si ce n'est pas son objectif. des instruments de visionnage (dénommés "machine de vision" tels que panoramas. l'exploration rappelle la circulation hypermédiatique sans fin. les générations de formes sont de même complexité mais toutes différentes). appliquée sur cette image symbolise assez bien l'alliance entre l'autonomie de chacune de ses parties d'une part. On peut -on ne manque pas de.s'en fabriquer une. Cumulant tous les formes d'archives (fiches documentaires. fiches signalétiques d'objets. en réalité. rappelons-le. analyse spectrale d'objets. non pas dans le point de fuite de l'espace perspectiviste. Le regardeur acquiert des indices relatifs aux événements qui ont abouti à la vue de départ : séquences vidéo.

à partir d'un lieu unique et surplombant. Et si l'on osait une prédiction socio-technique. le tout réglable. Ici. l'impossibilité d'un point de vue unique dès lors qu'au- . eux. Le panoptisme moderne est distribué. au régional puis au mondial. idéal d'un panoptisme réparti en autant de volontés assurant la diffusion d'un morceau infime du grand puzzle non-totalisable. via Internet. relèvent d'une exposition généralisée. aujourd'hui indépendantes. en sachant qu'une portion seule de l'espace lui est visible .présentent. elle aussi. correspondant à ses trajets. Ce n'est plus l'œil du maître qui en est le siège. ne semblent pas rendre compte des scénographies spatiales qui s'installent dans nos modernes fenêtres. Les Webcams[193] sur Internet. L'interprétation orwellienne (le contrôle absolu par un regard anonyme et omniprésent). Les Webcams deviendraient "des régies vidéo des comportements". de régler les échelles de vision. par l'Internaute. La multiplication des Webcams fait signe vers une couverture instantanée complète des vues possibles sur la planète. d'une photographie satellitaire de n'importe quel point du globe avec une précision digne des services de renseignements militaires[192]. surtout le centre panoptique est potentiellement démultiplié puisqu'il se confond avec la disponibilité du dispositif. de la caméra. seul leur champ d'opération est maintenu commun (le globe. Mais ces lucarnes ouvertes à qui veut bien s'y glisser délivrent une vue fragmentée de l'espace. Les trajets sont multiples. Au tout visible. s'apprêtent. Cet exercice "d'omni-diffusion". sortes de viseurs démultipliés par lesquels chacun peut voir ce qu'un autre a décidé de lui montrer. Elle devient un horizon abstrait : la même Terre. "Vu sans savoir qui voit" (et non plus seulement "voir sans être vu") pourrait en résumer le fonctionnement . à offrir largement leurs services. pénétrable. thématiques. Paris ou une zone géographique). Il est vrai que T-Vision reste un prototype nullement appelé à s'installer dans nos foyers. à l'aide de puissants robots. de son rassemblement dans une même vue techniquement organisée.n'a probablement pas fini de nous étonner L'œuvre de Jeffrey Shaw (Place) manifeste. même s'il autorise la manipulation. la même ville mais qui se déforme selon les inclinations de chacun. Ètudiés selon les mêmes principes. La dialectique diffraction/réunion -autre manière de nommer la question du mode de collectivisation de l'expérience sociale. mais grâce aux décisions du regardeur. Le panoptisme est logiquement sollicité dans une version inquisitrice classique. Mais comment comprendre ces diverses propositions ? Quel cadre d'analyse permet d'en révéler les mouvements princeps ? On se souvient que Foucault symbolisait la société de surveillance par le panoptisme. subjectifs. une improbable saisie de toutes les images du monde où chacun met son regard à la disposition de tous. fait place un panoptisme collectif. En revanche. l'unicité de l'espace -que symbolisaient les cartes imprimées .chercheurs visuels organisant l'affichage gradué des visions du local. truffé d'instruments de navigation à l'image de la possible commande par tout un chacun. Paul Virilio. avec toutes sortes de focalisations spatiales. finie. éclatée qui s'alimente sans cesse sur le réseau. "postes de contrôle de la perception du monde". Et. etc.n'est plus une donnée évidente. Mais d'autres équipements. Mais alors pourquoi continuer à parler de "panoptisme" et ne pas y substituer la diffraction individuelle de l'observation ? Une telle interprétation ne rendrait pas compte d'un phénomène essentiel : l'obsession d'une saisie commune de l'espace. conserve le contrôle des champs de vision. Et l'exhibitionniste. celle. Lequel supposait un centre unique de vision. chacun peut s'y exercer. lieu du pouvoir. le "tout visible" cher au projet panoptique est remplacé par une autre formule. Mais ce diagnostic présuppose qu'un œil unique est en position sommitale pour totaliser toutes les observations (et symétriquement qu'un corps unique produit toutes les exhibitions). interprète unilatéralement le développement des Webcams dans une perspective de contrôle généralisée. tout comme la perspective strictement individualiste. différence fondamentale. Or c'est bien à l'opposé du rassemblement des points de vues qu'œuvre la diffraction des télé-regards par Webcams interposés. à première vue. avec le "marché du regard" ouvrant au "panoptique de télésurveillance généralisée". outre la localisation dynamique. dans son article "Œil pour œil. notamment de guidage routier. Mais. affirmer que le nouveau panoptisme qui s'invente illustre parfaitement l'omniprésence du réglage individuel des parcours. est le pendant visuel de la conversation multipolaire. monadologique. il faudrait postuler l'émergence d'une industrie du rassemblement des images de Webcams. ils permettent. ou le krach des images"[194]. On pourrait.

Ces fréquentations se déroulent dans une durée qui n'est plus programmée par un flux indépendant des acteurs.T. tous les réseaux fonctionnels d'une commune mémorisés sur un même support : comment ne pas y déceler la marque d'une inquiétude. Tous les lieux de la Terre rassemblés dans une même base de données et liés continûment les uns aux autres. là aussi. navigation sur Internet. tout particulièrement. télévision). il exprime parfaitement le régime des télécommunications dès lors que la réception coïncide avec l'émission.la réception épouse l'écoulement linéaire de l'émission. avec la capture photographique de l'apparence. on identifie la quasiinstantanéité du calcul informatique avec les conditions d'usage des programmes. malgré l'accélération de l'acte communicationnel lui-même. le régime temporel dominant s'infléchit à nouveau en redécouvrant des modalités de différance. tout le monde a pu se convaincre que le perfectionnement des versions -rimant avec automatisation grandissante. l'instantanéité ne caractérise plus le paradigme temporel qui émerge à l'ère du traitement de l'infor- . d'attention propre au traitement de l'information. l'obsession de la clôture de l'espace est évidente. Mûri. En fait.I. l'adéquation est parfaite. Avec l'installation massive des procédures informatiques.épouse une toute autre logique. exploration interactive de CD-Rom. le traitement externe -qu'on nomme aussi interaction. poussant. Survivance de la logique de l'enregistrement et parfaite expression de la télédiffusion (de textes. de réglages. tous les sites d'une ville accessibles par les mêmes procédures. on ne sort pas du paysage. Sous les espèces de la fusion de l'intérieur et de l'extérieur. (On pourrait d'ailleurs faire remonter la notion de temps réel au processus "indiciel" de la prise d'empreinte. L'usage du concept de "temps réel" révèle. pour ne citer que quelques activités phares de l'ère du traitement de l'information : toutes pratiques qui nécessitent une série de choix.Le régime temporel des télé-technologies : ralentir la communication Lorsqu'on diagnostique. l'assomption de l'instantanéité (l'arrivée précédant le départ) comme forme dominante régissant les espaces public et privé. comme Paul Virilio. impliquant le contrôle d'un espace devenu réversible. Mise en œuvre de logiciels de traitement de texte. dès que les temps d'exposition eurent été réduits à la commutation de l'objectif). les doutes qu'on peut avoir sur ces diagnostics. au cours des années cinquante dans les arcanes du M. quelques millièmes de secondes pour des dispositifs de sécurité dans les transports. à ralentir le régime social de la communication. Dans la communication de flux (radio. d'espacement.était dangereusement chronophage. Sur un plan temporel -et non sémiotique ou affectif. de sons et d'images). n'érige-t-on pas trop rapidement -c'est le cas de le dire. On fait trop souvent un usage décalé du concept de "temps réel". Or. celle d'une fuite des repères communs ? Mais aussi une réponse assez forte à cette inquiétude. par exemple). La formalisation des savoirs dans des logiciels spécialisés a pour conséquence d'augmenter la longueur et la difficulté de leur mise en œuvre. de décision et finalement d'action. Du traitement de texte à l'usage d'un photocopieur.. si le traitement interne s'effectue bien en "temps réel". de manipulation d'interfaces. parfois de doute.cune position ne permet une véritable vision panoptique. sous la forme d'un compromis ingénieux maintenant le cadre collectif tout en organisant la dispersion des saisies et des trajets. Cette désignation qualifie des applications (machines et logiciels) dont le temps de traitement est compatible avec le phénomène à contrôler (quelques secondes pour une billetterie automatique. L'automatisation (dont Gilbert Simondon nous a appris qu'elle ne simplifie pas les processus auxquels elle s'applique mais les complexifie) accélère le traitement de l'information mais ralentit son appropriation. mais qui dépend du jeu de l'interaction. activation de jeux vidéo.la vitesse en ordonnateur de civilisation ? Ne néglige-t-on pas une composante essentielle de la programmatique. En caractérisant le régime temporel contemporain par ce concept de "temps réel". F . modalités qui exigent une durée et non pas une simple affiliation à un flux. à travers les recherches militaires d'automatisation de la couverture radar du territoire américain (le fameux programme SAGE). celle de la temporalité humaine de saisie. Bien qu'on y voyage librement et indéfiniment. de questionnement. la notion de "temps réel" s'est socialisée dans l'univers de l'informatique des années soixante-dix lorsque la mise en œuvre des programmes est devenue "conversationnelle".

de l'action est préparé par un gigantesque compactage temporel. par exemple. Mais elle recèle . et nous voilà prêt à signer toutes les thèses sur la prédominance de l'immédiateté. par certains aspects. Cette confrontation fait alterner les phases d'adhésion/pénétration dans le récit. on l'a vu. La précession programmatique. Tout en reconnaissant la spécificité des régimes de durée propres aux sphères médiatiques et productives. alors qu'elle déclinerait dans l'espace public organisé par les médias ? C'est une hypothèse plausible.mation et des connaissances. interconnexion mondiale des places boursières. par opposition à la culture du "temps réel" fondée sur une sollicitation -jamais totalement réalisée. Par opposition. automatique à la conformation matérielle du livre ou d'autres supports imprimés).). que l'on nomme habituellement "programme automatique". à la décision. l'assignent au choix. La planification de la machine militaire précède le déclenchement des opérations et le moment stratégique se déplace de l'actualité du champ de bataille vers l'antériorité de la programmation militaro-économique des systèmes automatiques qui. en revanche. imaginaires (si on fait abstraction du rapport mécanique. en assumant l'engagement. aussi. Une autre approche permet de rendre compte de cette apparente disjonction de formes temporelles dans ces champs sociaux. sous pression. disqualifient les capacités humaines de décision. organisation des entreprises en réseau. etc.d'absence à soi exprimée dans une invitation projective. si on prend un peu de recul face à la scène de l'instantanéité telle que les opérateurs tétanisés sur les marchés financiers nous en offrent un spectacle exemplaire. elle offre l'avantage de ne pas les opposer. Faut-il en conclure que dans la sphère productive et commerciale la recherche de l'instantanéité orienterait fondamentalement les restructurations en cours. dont chacun imagine la quantité d'hommes-années qu'elle rassemble. En effet. où encore à l'exploration de l'écran. d'audition propres à l'exercice de l'interaction). Paul Virilio avait déjà attiré notre attention sur ces mécanismes à propos des stratégies militaires de la dissuasion. Toutes ces postures provoquent une interpellation beaucoup plus nette qu'avec le récit audiovisuel et donnent une vigueur nouvelle à la durée locale. de données. et de décrochage recherche aveugle par cliquages exploratoires. ajournement des effets immédiats d'une diffusion de programmes dont il appartient à chacun d'actualiser les règles.ou de prise de décision dans une série explicite d'enchaînements possibles. Avec la posture interactive. redonner une place importante à l'initiative sur le terrain). variabilité des durées. on découvre une organisation temporelle où le moment de la décision. tout le régime politico-militaire de "l'équilibre de la terreur" a reposé sur ces déplacements de primauté. véritables réserves. de vision. la prédominance de l'immédiateté s'altèrent progressivement au profit de régimes qui renouent. Dans l'univers des récits interactifs. de calculs et de raisonnements formalisés. tout ceci ordonné par un moteur narratif organisant la pluralité des parcours possibles. Le nez collé sur les transactions boursières déclenchées automatiquement par un Program trading basé sur l'analyse instantanée des différences de cotations entre les Bourses de New-York et Chicago. Nous avons proposé de nommer "présentielle" cette confrontation locale. Instantanéité. On le sait. Ce faisant. on néglige peut-être l'essentiel : le temps passé à réaliser et à tester les programmes d'interventions automatiques. à la lecture où les dimensions de "présence" dans le récit sont quasiexclusivement interprétatives. (Un programme aussi couramment utilisé que Word représente environ deux cents hommes-années de travail). On peut discuter cette vision d'une guerre d'automates pré-programmés (les plus récentes doctrines militaires américaines semblent. est la condition du déchaînement instantané. le transport imaginaire s'articule plus nettement avec les dimensions corporelles (enchaînements de gestes. avec ceux de la lecture/écriture et des logiques éditoriales : temps différé. qu'un diagnostic adéquat libère dans une fulgurance. les transports obligent le spect-acteur à se prendre comme objet de questionnement. réactivité et programmation : une temporalité mise sous pression Nous n'ignorons pas qu'un pan entier des usages de la programmatique vise à augmenter la réactivité (c'est-àdire la vitesse de réaction) des acteurs et des systèmes engagés dans les mêmes activités (automatisation industrielle. La toute-puissance du "temps réel".

de marketing. programmes d'investissement boursier. en effet. de production. temporalité qui procède de la logique de l'accumulation/décharge. par exemple). Le réseau peut accueillir l'émission de flux radiophonique ou télévisuel. des formules de mixité des régimes temporels du "temps réel" et du "temps différé". sa capacité à organiser la structure temporelle de l'espace public. car l'écriture télé-textuelle s'opère en deux temps : rédaction puis validation). vingt ou trente ans pour les institutions japonaises de programmation économiques. ou encore dispositifs de sécurité industrielle[195]. Aujourd'hui. Le vocabulaire législatif suit la même logique d'accumulation lorsque les parlements votent régulièrement des lois de "programmation militaire" à cinq. lorsqu'il se matérialise dans l'action -à la différence du régime ralenti de la communication sociale dont nous avons fait état précédemment. par exemple. Le "temps réel". tout en demeurant notable. mettent en réserve une temporalité sous pression. allant de pair avec la rationalisation de l'activité des véritables usines intellectuelles techno-scientifiques assurant ce travail. Ce passage en revue rapide des régimes temporels du réseau mondial ne constitue pas encore une typologie organisée. à propos de la programmation militaire ou industrielle). Et cela n'est pas sans rapport. aujourd'hui en attendant le DVD et autres "galettes" démultipliant les volumes d'informations stockées). que nous avons mise à jour plus haut. d'un costume. ici aussi. avec la crise de confiance qui affecte les massmedia et la croissance corrélative des principes d'expérimentabilité qui en prennent la relève. Et enfin. Des applications sont aujourd'hui proposées qui mixent l'intervention instantanée convoyée par réseau. L'une des résultantes de ce processus est l'augmentation des durées d'étude et de conception (dix ans ou plus pour les programmes militaires. Loin de nous. par exemple. n'en est pas moins déclinante. avec des traitements locaux sur supports opto-numériques (CD-Rom. voire vingt ans. On pourrait. font. De même. il ne recèle plus la puissance irradiante qu'il possédait à l'ère de la télédiffusion triomphante. Internet. Le Deuxième monde[196] illustre parfaitement ce type de mixage. L'expérience débute par l'auto-composition d'un avatar : choix d'un visage. Ce modèle est puissamment installé dans notre paysage et il ne s'évanouira pas dans un avenir prévisible. éventuellement d'un appartement. Ces durées considérables. Les mêmes principes sont à l'œuvre dans toutes les activités fondées sur la réactivité quasi instantanée des systèmes ou des organisations : commutations automatiques dans les réseaux de télécommunications. Ainsi voit-on émerger une temporalité dissociée où la rapidité de la décision-action est en rapport avec l'immensité du temps passé à la préparer. modelage des espaces. croît le caractère stratégique de la maîtrise des communications. En revanche. Temps réel et temps différé en confrontation La réévaluation que nous proposons n'implique pas que l'instantanéité soit appelée à disparaître de notre horizon et soit systématiquement remplacée par l'épaisseur temporelle d'un traitement.le système et réalise la capitalisation temporelle préalablement accumulée. fait cœxister plusieurs régimes temporels. de commercialisation. Des formules d'hybridation absolument inédites.déclenche une sorte de court-circuit où l'énergie accumulée se décharge en contractant à l'extrême la durée de l'opération. la temporalité différée propre à l'usage des robots chercheurs. parler d'un ralentissement de la "communication" sous l'effet de l'augmentation de la charge de travail que représente la programmation de systèmes à complexité croissante. dix. Le fonctionnement de cette programmation sous pression. installation des . hétérogènes à la séparation "temps réel"/"temps différé". leur apparition. l'idée que le modèle de l'émission/réception immédiate soit balayé par les formes programmatiques émergentes. Avec la conversation écrite -lorsque les partenaires sont connectés simultanément -il héberge une semi-instantanéité (semi-instantanéité. sur les réseaux notamment. Notre espace public voit émerger. (On pourrait affiner les distinctions en analysant plus précisément. il abrite une temporalité du traitement différé s'étageant des formes classiques de lecture aux circulations hypermédiatiques les plus raffinées. que l'automatisation de l'observation géographique. du déroulement des missions aériennes et du dépouillement de l'information acquise confirme. c'est-à-dire la prise de décision et l'action détend -au sens de la détente d'un volume gazeux. on l'a vu. intégration industrielle des fonctions de conception.incontestablement une part importante de vérité.

modélisé en trois dimensions de manière étonnamment réaliste. y ajouter des informations personnelles et s'y déplacer de manière intuitive[199].agents branchés au même moment sur le site d'Internet. les dynamiser. La mixité des sources événementielles soustend une dialectique entre processus pré-programmé local et événement inattendu sur le réseau. L'apparition de nouvelles normes d'édition de documents appelées à succéder à H. conclu en juillet 1997. de l'information audiovisuelle. la mise à jour directe de logiciels sur les disques durs des abonnés au service. la confrontation avec une présence instantanée. actualisé en permanence. où à tout moment la durée d'une exploration peut basculer dans l'instantanéité d'une confrontation avec un spect-agent éloigné.ameublements. on gouverne. Outre la diffusion de chaînes. Elle se poursuit par la libre déambulation dans le centre de Paris. le "temps réel" ne se juxtapose pas au traitement différé. l'usager sélectionne des thèmes qui alimentent des moteurs de recherches lesquels lui ramèneront une information préalablement triée et parfois même évaluée[197]. convoyée par le réseau avec un travail sédentaire. en soulignant la rupture qui s'ensuit avec le mode de réception habituel de la télévision. L'idée se fait jour d'une temporalité trouée. etc. lieux visités. Ainsi. ces logiciels permettent.L. Mais ce faisant. de costume. l'immédiateté d'une présence lointaine peut se figer et chuter vers l'exploration sédentaire. en visionnant un film. par exemple. L'ordinateur qui réceptionne ces fichiers se charge de construire l'image affichée sur l'écran puisque le CD-Rom local contient déjà tous les matériaux nécessaires à cette reconstruction (formes de visages. Instantanéité de la réception. L'univers maîtrisé de la scénographie interactive locale s'expose à l'irruption intempestive des spect.). dans une autre partie de ce travail. l'apparition de chaînes multimédias distribuées sur Internet (Webcasting). une . etc. Par exemple. Et il ne s'agit pas seulement des cours de la Bourse. les push technologies inaugurent une nouvelle forme médiatique.[198]. sa présentation publique (choix de visage.M. L'utilisateur pourra.. rapidité de la navigation et temps de réglage de la composition personnelle se combineront d'autant plus. Ici. en effet. Dans une perspective voisine. On pourrait comparer cette temporalité à un modèle simplifié de notre existence quotidienne faite d'alternances (ou de combinaisons) de moments d'ouverture au monde et d'isolement. par exemple. Dans le on line l'écrit connaît une mise un mouvement qui le rapproche. On y rencontre d'autres avatars connectés au même moment sur Internet. Alors que les flux de l'émission de la radio et de la télévision se diffractent dans leur mise en ligne. il s'y mélange. costumes. La version électronique du Wall Street Journal est réactualisée quatre à six fois par jour. DirectTV (leader américain de la diffusion numérique par satellite) et Microsoft ont annoncé la mise sur le marché d'un ordinateur-récepteur mariant la réception télévisuelle et la navigation sur le Web. le télénaute pourra rechercher les biographies des acteurs ou des indications sur son tournage. une firme américaine met au point un projet de "CD-Rom infini" contenant mille cassettes vidéo. Avec le Webcasting.) et l'on sélectionne sa disponibilité à l'interpellation (la possibilité de ne pas répondre est facilitée par la décorporéisation de l'avatar tiers). Hypermédiation et réception de flux sur Internet Nous avons déjà évoqué.. la diffusion électronique de l'écrit est sujette à un mouvement inverse. et dans lequel l'abonné peut faire son marché. Les fichiers transmis ne contiennent qu'une information limitée décrivant leur aspect physique et leur position géographique. transformant l'écran de l'ordinateur en récepteur de chaînes multimédias thématiques (météo. À l'inverse. Mariant l'instantanéité de la télévision avec la navigation multimédia. par un accord.T. etc. Ces alliages temporels sont d'ailleurs loin d'être figés.. le Webcasting redistribue les polarités temporelles en bousculant l'opposition classique entre l'instantanéité propre à la culture de flux et la temporisation de l'hypermédiation. ces techniques combinent les outils de recherches (type moteurs) avec le téléchargement en continu d'informations. sports. rendront encore plus complexe la consultation des sites. L'expérience d'une interaction allie.). Mais dans ces univers. Prolongeant cette forme d'usage. momentanément isolé. modifier la composition des pages qu'il reçoit. plus systématiquement que dans la vie ordinaire. dans certains contextes. finances.

Bianchi. les cadrages ou assembler plusieurs images. 227). d'une autre manière. p. SIC Université Paris-Nord. [161] Depuis septembre 1997. Les feuilletons et la télévision populaire.. [162] Que la carte puisse être lue comme une préfiguration de l'hypermédiation. quels qu'en soient les modalités. lequel redistribue les rapports spécifiques entre réception et navigation. Quelques observations sur les usages du répondeur téléphonique. pp. in Réseaux. Les communautés virtuelles. L'horizontalité de la page imprimée se moule dans le flux de la diffusion temporelle. "La carte comme modèle des hypermédias".sont commercialisés. l'intégralité d'un site afin de permettre une consultation locale hors connexion[200]. mars/juin 1997. Mais rien n'est consolidé en la matière et les premiers enseignements de la presse électronique ne permettent pas d'affirmer avec certitude que le renouvellement des informations séduira plus les lecteurs que. la haute définition à domicile. [164] Dominique Carré. CNET. 1996. et il renvoie les images modifiées qui corrigeront automatiquement les fichiers haute définition détenus par le laboratoire. voilà d'ailleurs la pénétrante suggestion de Françoise Agez dans son article. Garcia. Carminat intègre un récepteur G. Collectant. [166] "Les institutions de formation à distance connaissent aujourd'hui. n° 12. Plus généralement.part significative des articles sont réécrits au fil de l'actualité. 54/59. ou instantanéité et temporisation.P. Paris.S. toutes les informations sur le trafic (et la disponibilité des parkings). (Addison. ces mixages de relations à distances et de déplacements géographiques.. la recherche "motorisée" dans des banques de données. il propose un trajet optimisé et calcule sa durée. [159] Voir la revue Réseaux. in Catalogue d'Artifices 4. 1985. Les technologies mobiles. 1996. Il y montre.. nous constatons qu'un virage est pris. et notamment l'article de J. . ces propositions techniques seront-elles favorablement accueillies. [165] Jacques Perriault. 21/28. [160] Howard Rheingold. Dopo ze bip. en attendant. par exemple. Nous ne prédisons pas le succès automatique de ces formules qui se confrontent à de solides ancrages. Un industriel des pellicules photos propose. Autre témoignage des mixages en cours entre les logiques éditoriales (stock) et de consultations en ligne (flux) : l'abonnement à des services spécialisés téléchargeant à date fixe. deux services de guidages -Carminat Infotrafic et Skipper développés respectivement par Renault et Europe Grolier. en temps réel. corriger les dominantes de couleurs. ce n'est pas le journal. fév. mais plutôt les assembler en les insérant dans des configurations qui font cœxister (pacifiquement ?) leurs régimes spécifiques. via Internet. bien sûr. aux vignettes composant sa pellicule. L'Harmattan. Paris. dans son livre. CNET. fréquenté essentiellement par des Internautes habitant autour de la baie de San Francisco. voire même engendre. la permanence de l'écrit s'allie à son rafraîchissement instantané. village virtuel en vogue dès les années 87. l'un des spécialistes mondiaux du design des journaux électroniques. [163] Voir l'intéressant article de Pierre Alain Mercier. [168] Le mediaspace d'Euro PARC en Angleterre couplé à celui de Xerox PARC à Palo. 9. 78. Une nouvelle connexion. multiplie les exemples où l'usage des réseaux consolide. Dallas. en particulier. 1997. d'accéder par Internet au fichier de la pellicule envoyée au laboratoire pour développement. une demande de regroupement de plus en plus forte " (Jacques Perriault. les retravailler sur son ordinateur. Il lui restera à aller chercher les tirages papiers dans son quartier. depuis 1997. Howard Rheingold mentionne notamment le rôle social du réseau WELL (pour Whole Earth Electronic Link). notamment en matière de réception télévisuelle[201]. Dallas et les séries télévisées. localisant le véhicule. [167] Certains usages d'Internet illustrent aussi. op. Dans sa version complète. et sous quelles formes ? Tout est ouvert. "Le Web. p. organise aussi les relations locales des chercheurs anglais. cit.. que les fonctions de protection (simuler l'absence) et de filtrage des répondeurs sont progressivement devenues essentielles. quels enjeux ?.Wesley. 1995) véritable hymne à la vie virtuelle. L'utilisateur peut accéder. c'est entre les deux" affirme M. Mais. pp.Alto en Californie. les rythmes et l'ampleur. Ville de SaintDenis. AFETT/EUROCADRES. on l'a vu. Ici. La communication du savoir à distance. ce n'est pas la télévision. p. virage qui confirme que les structures temporelles émergentes ne sauraient opposer séquentialité et hypermédiation. Lab. des collectifs locaux. n° 82/83..

p. etc. Paris.. supprimant ainsi les temps d'attente inévitables lors de l'activation des liens classiques. [171] Cité par Christian Huitema. édite au fur et à mesure de la consultation de pages Web.. En effet les tenants et aboutissants d'un énoncé n'ont plus à être explicités par du discours puisqu'ils sont impliqués dans des liens hypertextuels. Nouvelles technologies intellectuelles. 1994. [181] "L'exposition des connaissances perdra le caractère unidimensionnel. alors que ces deux dimensions ne sont pas de même ordre. Ce ne seront plus seulement les mots. p. Les interactions elles-mêmes ne seront pas seulement logiques (implication. Champ Vallon/INA. [184] Pour une critique plus détaillée de ces hypothèses.. p. 1991) montre que la notion d'auteur est typiquement typographique. Paris. La technique et le temps . 110. Paris. des cartes répertoriant les proximités entre thèmes ou concepts. 99.. L'intelligence collective. [182] Pierre Lévy. qui donneront sa densité au savoir. [174] Bernard Stiegler.. p. mais des interactions de toutes natures entre des mots et des énoncés figurés. sur Arte. Interfaçages automatiques d'hypertextes. il y a au moins quatre manières de faire des livres : le scribe qui copie. [177] Sur ces questions voir Sally Jane Norman. le commentateur qui ajoute des explications.) définit en tant que tel l'idéal intangible d'un rapport social totalement auto-gouverné. 99. B. in Communication et lien social. etc. L'Harmattan. causalité. 102. p. Un simple clic suffit pour passer immédiatement au site suivant (et ainsi de suite jusqu'à revenir au départ). Centre Georges Pompidou. in Terminal. 1996. avril 1997. le compilateur qui croise différents écrits. p.. [179] La circulation dans un "anneau" est une alternative au surfing ainsi qu'à l'usage souvent imprécis des moteurs de recherche. Paris." L'intelligence collective. lequel nous rappelle. jouant le spatial contre le linéaire. Seyssel. in Terminal n°68. cette idée de gain cognitif par disparition d'une concrétisation du contexte. 1968. à plus de 700 000 le nombre de sites fédérés en près de 50 000 "anneaux". Les paradoxes de l'Internet. 69/80..P. Ici. Éd. L'empire des sens. Paris. Le Seuil. 1996. n°74. D'autres analyses suivent la même inspiration. absolument immanent. 1993. et enfin l'auteur qui cite d'autres textes (voir p. Le Virtuel. 125. scientifiques et juridiques" p. 46. Les zones contenant des mots principaux y apparaissent grossies. à partir des sélections effectuées par l'utilisateur. Et Dieu créa l'Internet.) mais topologiques". Galilée. Paris. été-automne 1997. qu'à l'ère du manuscrit. p. animés. . dans La révolution de l'imprimé dans l'Europe des premiers temps modernes. déjà cité au chapitre V. 276. 98. 277 [176] L'écriture multimédia recherche toujours un équilibre -variable selon les genres et les auteurs.[169] Voir Bernard Prince. 34. (La Découverte. La Découverte. 109). Eyrolles. in Rencontres Médias 1. [185] Elisabeth L Eisenstein. Pierre Lévy.entre libre exploration et axes directeurs structurants. 89/96. "Les nouvelles formes d'attribution de la qualité d'auteur et les droits de la propriété littéraire sapèrent les idées anciennes d'autorité collective non seulement en matière de composition des livres bibliques mais aussi de textes philosophiques. voir notre article. etc. [173] Pierre Lévy est l'un de ceux qui ont thématisé. 1992. Descartes et Cie et Cité des Sciences.. [170] La révolution Internet. [178] Le logiciel Umap Web. Paris. relationnels. Ainsi écrit-il : "La structure en collecticiel permet en effet de faire une fantastique économie d'écriture. pp. L'Harmattan. jeux. Paris. le 19/11/96. [180] Alain Lelu. Paris. Métamorphoses de l'écriture. 1994. Pour comprendre les média.La désorientation. Elle cite notamment saint Bonaventure. 1997.I.]". au fil du discours. pensée et langage. en septembre 1998. On estimait. pp. Ainsi Philippe Quéau affirme : "Les mondes virtuels permettent de fait d'exprimer des idées abstraites d'une manière entièrement nouvelle. en utilisant des configurations spatiales d'objets concrets ou de symboles imaginaires [. in Le Monde de l'éducation. cit. La Découverte.. d'une manière radicale. hiérarchies de classes et de sous-classes. [172] On pourrait postuler que la "cyberelation" combinant présence à distance et modélisation numérique (travail. 15 [183] Marshall McLuhan. [175] Op. tous les sites concernent le même sujet. formation. Le contexte et les références sont toujours déjà là. p.. p. p.

L'obsession du doublage va jusqu'à imaginer une monnaie. mis au point au M. présenter le projet : "Le CD-Rom. etc. (eXtensible Mark up Language).. par constitution. 26/27. cheveux. intensifié par l'informatique documentaire. New York. Une fois connectés. BPI.. le tournage. Tenant à la fois du jeu vidéo. la tectonique des flux discursifs. sur ce terrain. Il séjourne dans un appartement conforme à son style. des Champs.I. [192] On peut désormais mobiliser de chez soi. intérieur privé. Érigé en vérité ultime d'un texte particulier. peau. en revanche.Elysées aux quais en passant par la place de Grève. co-fondateur de Cryo Interactive. définie comme métalangage. Une nouvelle forme de promotion ? [194] Article paru dans Le Monde diplomatique. Saint-Denis. article par article.. Elle permet- . les images des trois Webcams installées. le logiciel détecte l'ordre dans lequel l'abonné lit les articles et affichera donc. Par exemple. Paris. afficher la dernière édition du journal. les concerts avant les films et les critiques de livres. n'est pas le seul possible. dialoguer. à diffuser SCOL (voir note 41). novembre 1996."La bibliothèque de Michel Foucault" sur le projet de "Poste de Lecture Assistée par Ordinateur " à la BNF (in Rencontres Médias 1. film de Charlotte de Turckheim. aller dans les cabarets de jazz ou au cinéma. yeux. théâtre. de la messagerie visuelle et de l'agora. Le serveur actualise constamment sa base documentaire à partir de quotidiens californiens et des dépêches d'Associated Press. le satellite Earlybird I.T. à Boston.). I ). dans son article.M." Le visiteur compose son apparence grâce à une bibliothèque de formes : visage. un système de vote. et à intervalle régulier. basket-ball. L'activité bibliologique privilégie par nature la "transdiscursivité" où l'émergence de convergences. privilégiant. du jeu de rôle. etc) sur un site Internet. dans la rubrique culture.. Fabien Lagny et Bruno Piacenza. (Question structurellement identique à celle du regard unilatéralement socio-technique porté par la nouvelle anthropologie des sciences sur l'activité scientifique). on obtiendra une photographie d'une précision de l'ordre de 3 mètres (les prochains succcesseurs d'Earlybird promettent de descendre à 1 mètre). Seul Canal + continue le Deuxième monde. mars 1998. Mais le regard archival. homogène au symbolisme de l'arbre séphirotique de la tradition mystique juive (Cyberculture.). ma mère. par exemple. 24 mai 1996. [190] Voir le commentaire kabalistique qu'apporte Pierre Lévy.. [197] Fishwrap. car continuellement rafraîchi par de nouvelles informations et nettoyé des nouvelles obsolètes. les dimensions subjectives singulières qu'il exprime. 1997. du film La Patinoire s'est accompagné de la création d'un site. [195] Par exemple. L'expérience a été rééditée sur le tournage de Regarde mon père. où l'on pouvait consulter le scénario in extenso mais aussi la feuille de service quotidienne. Enfin. a été coupé pour préserver l'intimité des rapports entre le réalisateur et les acteurs. Il permet à l'utilisateur de sélectionner des rubriques composant son journal (politique nationale. est l'un des logiciels de personnalisation les plus perfectionné. Odile Jacob/Conseil de l'Europe. [198] Ces langages déclineront la norme X.[186] Yves Maignien. [196] Laissons son promoteur Philippe Ulrich. 82/83). sur la scénographie. ce "deuxième monde" est appelé à se perfectionner constamment. [189] L'installation a été montée à Artifices 4. Foucault se réduit-il à la "nappe discursive" structuraliste ? [187] T-Vision a été installé dans l'exposition Voyages virtuels. par exemple. à Franconville. costumes. visiter les monuments. en perpétuelle transformation. pp. Moyennant quelques centaines de dollars. d'épistémés traverse les auteurs plus qu'elle ne les suscite. Évoluer dans Paris. On pourra emprunter des sas pour déambuler dans d'autres métropoles (Berlin. contiendra un Paris contemporain entièrement redessiné. Le son. Par ailleurs. Centre Georges Pompidou. [188] Ce CD-Rom est édité par Hazan et 3e Vague. 4/8 octobre 1995 à Paris. pp. [193] Une Webcam diffuse en permanence l'image d'une scène (carrefour. (Interview au supplément multimédia de Libération. via Internet.. la perception d'aide sociale voire une Constitution et des codes de comportement moraux. p. est à la source de la production d'un journal unique reflétant les goûts majoritaires des lecteurs.L. Le monopole militaire du renseignement spatial est ainsi brisé. Paris. 1997. une circulation financière. à tout moment. lancé depuis décembre 1997 par une société américaine. Flammarion "Art & Essais". non sans légitimité. la sécurité du métro VAL est assurée par un logiciel comportant quelque dix mille lignes de codes dans les équipements au sol et cinq mille dans la rame. Il est même envisagé de pouvoir faire "naître" un enfant qui sera incarné par un nouvel avatar. On peut. pp. Cryo a préféré prendre son autonomie et s'attache plutôt. les abonnés pourront se promener de l'île de la Cité à Notre-Dame. Paris 1997. [191] Réalisation de Serge Bilous. il ignore. qui proposera une connexion à Internet. Substituer "l'ordre du discours" à l'irruption intempestive d'une pensée réorganisatrice relève d'un parti pris peu explicité. 83/105) convoque à nouveau l'antienne foucaldienne de la disparition de l'auteur-sujet au profit de l'auteur-actualisateur de "nappes discursives".

. (Voir Michel Alberganti. L'introduction de nouvelles normes enrichit le contenu d'Internet.. et rapidement. afficher des sources documentaires ou lancer des applications. [200] Par exemple.. apparemment mineure. développé par la société Cryo devrait permettre aux Internautes de créer assez facilement leurs propres mondes virtuels en 3D et d' y déposer leur avatar en scannant une photo. Scol. 29). telle que la télécommande a profondément. Voir Yves Eudes. [199] Le logiciel SCOL..tra aux concepteurs de pages de définir leurs propres langages de programmation selon qu'ils mettent en ligne des partitions musicales. in Le Monde. 14/10/97. une multitude de mondes indépendants. par exemple. est téléchargé automatiquement chaque mois. le magazine Les enfants du Web à destination des 8-12 ans. p. bouleversé la réception de la télévision. avec une panoplie de fonctions connexes : contrôle des sites reliés. 1 et 2/03/1998. 34. on a vu comment une innovation. des représentations spatiales de molécules ou des parchemins antiques. limitation de la durée de connexion.. des plans industriels. p. [201] À l'inverse. par exemple. Toutes les composantes des scènes conçues sont cliquables et peuvent renvoyer par liens à d'autres lieux. moyennant un abonnement. . in Le Monde. supplément multimédia.

un nouveau rapport au territoire à travers -et non pas contre ou indifféremment à. La relativisation se traduit notamment par des formes inédites de cœxistence entre récentes et anciennes modalités. Elle ne prétend pas. Il ne s'agit pas là de survivances. est un effet de la multiplication à l'identique des imprimés et non pas son origine). Mais ces rapports entre matrices et contenus ne sont pas mécaniques. non pas à redéfinir l'ancien par négation. dans l'univers des médias désigne. Une autre localisation est provoquée par la déterritorialisation. par exemple. Une forme de saisie unifiée de l'espace. relativisation est synonyme de passage en position surplombante et d'inclusion des différences. de la saisie de l'espace. locale. Le ralentissement de la communication est l'autre face de l'augmentation des vitesses de computation. de ce fait. formulées. Si. on le rappelle. se modifient et se transmettent. d'archaïsmes. se fraye une voie à travers le maquis complexe des réglages individuels. non plus. du statut du récit dans le contexte de l'hypermédiation. u-chronique. Ainsi. du régime temporel propre à la programmatique. Il ne faut pas exclure. Le réglage individuel des prises de vues donne naissance à une formule panoptique inédite. De l'indétermination des télé-technologies On sait que toute culture est une méta-culture en ce que les contenus élaborés ne peuvent s'abstraire des chaînes matérielles. redéfinition. l'unicité de l'œuvre écrite. de co-définition du local et du global). mais reprise. nombre d'études portant sur les conséquences intellectuelles de l'inscription du langage ménagent une zone d'indétermination bien éloignée de toutes les tentations réductionnistes. relativisation de la temporalité par l'obsolescence de la vectorisation passé/présent/futur au profit d'une temporalité de la simulation. cela n'épuise pas les significations potentielles de ce processus.résume assez bien ces rapports d'ajustement. sans qu'on puisse pressentir une forme dominante qui révélerait la formule chimiquement pure de la temporalité des télé-technologiques. par exemple. mais décrire l'un de ses mouvements majeurs. voire contradictoires. (L'originalité. emblématique. Il n'y a pas lieu de s'étonner que de tels processus soient aussi à l'œuvre aujourd'hui. ou encore relativisation du récit unique par l'injection du destinataire dans le moteur narratif. La temporalité du "direct" -le temps réel. livrer la formule ultime des enjeux de la programmatique. À propos de l'écriture. de résistances (toutes réactions qui se manifestent par ailleurs). se conservent.Conclusion Une culture de la relativité élargie s'annonce. matrices méta-culturelles par lesquelles ils se créent. Peut-on identifier des principes généraux qui permettraient d'appréhender le statut du nouveau milieu qu'érige la téléinformatique ? Quelques conjectures peuvent être. On redécouvre la puissance de la linéarité grâce à la luxuriance de l'hypermédiation. Et on pourrait allonger la liste des paradoxes repérables dans l'horizon des technologies numériques[202]. Les processus de mixages temporels se complexifient. à l'ombre et en résonance avec les mutations évoquées précédemment. en effet. les incidences culturelles des technologies numériques sont donc souvent paradoxales. entre propriété intellectuelle et domaine public ou encore entre intégration. La suppression des intermédiaires engendre l'apparition de mécanismes médiateurs. l'apparition de contradictions fortes telles que. On fait ici l'hypothèse que les nouvelles technologies intellectuelles ont une efficacité paradoxale qui consiste. en effet. Elles inaugurent. L'exemple des communautés virtuelles est. etc. de récit. Qu'il s'agisse de la suppression des intermédiaires dans l'espace public.l'expérience d'un réseau trans-territorial. dans La . par principe. par exemple. Nouveau milieu ne signifie pas effacement des anciens. Les télé-technologies revivifient les anciennes formes de présence. interrogeant. l'usage local d'un média global. de durée. refus et détournement des propositions d'innovation. dans ces exemples. Jack Goody. mais par relativisation généralisée : relativisation de l'espace par la mise en proximité. (La notion de glocalisation -qui. expérimentale. De tels effets paradoxaux pouvaient déjà être décelés avec les technologies intellectuelles classiques.côtoie celle du temps différé au cœur des applications les plus récentes qui allient l'usage local et le recours aux réseaux informatiques. dans le cyberespace les oppositions frontales entre principes commerciaux et logiques d'espace public. à cet égard. L'hypothèse de la relativisation généralisée ne s'identifie donc pas à celle de l'obtention de consensus.

Pour faire image.. on dira que les modes de repérage s'unifient sous les logiques de la délocalisation. alors la psychanalyse l'aurait. des méthodes devrait respecter une certaine autonomie qui interdit d'en inférer directement des formes de pensée. à juste titre. Rien n'est évident en la matière et. l'instantanéité de ces transferts aurait modifié. Le même malaise nous saisit quand on essaie de caractériser une pensée propre aux réseaux en suggérant des notions telles que décontextualisation.majorée. les conditions de production des livres. collectivisation. par exemple. "rien n'est jamais indépendant de ce délai"[205]. C'est le travers auquel prête le flanc. déduisant sans ambages. elle fait même de cet écart tendanciel l'un de ses fondements. et non amoindrie. il resterait à montrer comment précisément. dont la mise en œuvre produit d'autres machines d'écriture. que le développement du courrier électronique "ne peut pas ne pas s'accompagner de transformations juridiques donc politiques"[206] de l'espace public. Et Derrida d'insister sur les "raisons historiques et non accidentelles" qui ont relié l'institution psychanalytique à la forme courrier manuscrit. les "technologies" des cures ne se distinguent pas fondamentalement de celles élaborées dans la Vienne d'avant guerre. massmédia. lorsque l'on tente de dessiner les traits saillants de la "culture informatique" et que l'on répond : culture du calcul. Mais ces collectifs ne sont que rarement tota- . effets propres de la tendance à l'augmentation de la présence à distance. ou de la construction de ses institutions ? Autant. à l'heure d'Internet. principalement. aussi été. qui relève d'une démarche réflexe. dans l'édification théorique freudienne. par exemple. Jacques Derrida. il est vrai.raison graphique. dont la technologie est basée sur la parole. de création d'univers. avait existé"[204]. Surplomber sans dominer Nous conjecturons que la culture programmatique et hypermédiatique accroît les traits méta-culturels de nos cultures et augmente leur réflexivité[207]. télévision) une multiplicité d'accomplissements singuliers ainsi que des affirmations identitaires différenciées. Ceci n'empêche pas que naissent des collectifs déterritorialisés. sans doute. l'accès aux corpus sont touchés par la téléinformatique. "théoriques" de la psychanalyse. autant n'interfère. l'émergence de la pratique et de la théorie psychanalytique. de déplacements dans des récits. quant à sa nature. On sait qu'au XVIe siècle. Et aujourd'hui. de la formalisation. En effet. pourtant en général attentif à ces dangers. plus qu'avec les anciennes technologies intellectuelles (imprimerie. directement.t. lorsqu'il fait l'hypothèse que ". de la combinatoire. Mais la psychanalyse ne s'insère pas directement dans cet espace. L'appréhension de la sphère des "outils". perte de la séquentialité. paradoxalement. Cette ingénierie s'apparente à une méta-machine..dans le passé la psychanalyse (pas plus que tant d'autres choses) n'aurait pas été ce qu'elle fut si le E mail. quelques lignes plus loin. Demeure l'idée générale et invérifiable que si le passé avait été différent. consolider des cultures locales. même si le fonctionnement des écoles`psychanalytiques. par exemple. provoquera aussi une déperdition des langues littéraires non imprimées). Qui n'a jamais éprouvé un malaise. les fruits du travail intellectuel à partir de ses équipements : pratique coutumière. ni même peut-être. par l'ingénierie informatisée de la connaissance. L'ethnologue nous prévient donc d'un usage du concept de technologie intellectuelle qui déduirait. tout en les faisant passer par l'orbite de la programmatique et de la Téléprésence. de déplacements de présence. mais que cette homogénéisation des méthodes engendre. à sa vitesse de circulation dans l'Europe d'avant-guerre . une forme culturelle à partir d'un système technique. de la numérisation et de la programmatique. les incidences de l'écriture sur les processus cognitifs. Parle-t-on des dimensions "pratiques". des langues vernaculaires se sont conservées et parfois même créées. notait immédiatement dans une parenthèse : "quoique à mon avis la nouvelle technique fournisse seulement des outils sans pour autant déterminer les résultats"[203]. S'il est vrai que les "délais" conditionnent l'échange épistolaire. La malléabilité de la téléinformatique pourrait. cette autonomie relative serait -c'est notre hypothèse. que l'on sache. grâce à l'essor de l'imprimerie (laquelle. Ces propositions méritent un examen plus soucieux de la préservation d'une certaine autonomie des processus cognitifs et des champs disciplinaires dans leur rapport aux technologies qu'ils mobilisent. Une certaine unification procédurale se concrétiserait alors à travers une diversification des pratiques.elle pas directement dans les cures. la technologie "courrier manuscrit" conditionne le fonctionnement de l'institution. Jacques Derrida souligne. l'ingénierie informatique consiste essentiellement en la diffusion de machine de production de micro-mondes.

Ce faisant une vie nouvelle s'ouvre à la linéarité. La diffusion mondiale accélérée de méta-conception du monde fondée sur ces environnements socio-techniques provoque finalement une crise de la problématique des effets culturels des technologies. trop rigides. Elle insiste. on conjecturera que ce couplage est un processus ni linéaire. Il n'est peut-être pas indispensable de requérir un pôle intemporel de l'existence humaine (le relativisme de la culture. point n'est besoin de localiser la tribalisation à l'extérieur de la sphère technique. Mais cela n'autorise pas à confondre un hypermédia avec un livre et à oublier sa puissance organisatrice. de la morale) pour contrebalancer un supposé universalisme technique réglé par la performativité. comme les précédentes. On peut discerner. ajustement indispensable pour injecter de la souplesse dans des mécanismes formalistes risquant de devenir. mais que l'enregistrement tend à devenir numérique. ni uniforme. de la réception de la technique obéissant à la logique de la communication (bien que cette perspective risque d'engager une pensée de la technique dissociée de l'univers culturel : "deux régions de l'être irréductibles l'une à l'autre"[209] où l'on retrouve les fameuses dichotomies éthique/technique. fruit d'une transmission symbolique. Il est vrai. sur les distorsions culturelles internes à l'aire technique. la différenciation est la fille de la mondialisation télétechnologique. en son sein même. Si on oppose la mondialisation des objets et des signes à "une tribalisation des sujets et des valeurs"[210].). se définit par un couplage entre l'équipement techno-intellectuel hérité et les nouvelles propositions émergentes. On a coutume d'affirmer que la photographie n'a pas détruit le dessin à la main. à des débranchements volontaires bouleversant la structure ordonnée du livre. etc. Tout comme le bricolage est le fils de l'algorithmisation et non une survivance anachronique. Comme si le niveau d'efficience atteint par l'intensification cognitive avait pour résultat d'injecter les anciennes modalités intellectuelles (temps différé de la lecture/écriture.lement émancipés de leurs attaches territoriales. par effet retour. différance) propres aux technologies classiques (écriture. déterritorialisation/localisation. sensibles et relationnels actuels. par exemple. qu'une séquence de lecture d'un texte -ou d'une vidéodans un hypermédia reconduit la linéarité de la lecture d'un imprimé. L'idée à laquelle nous tentons de donner forme ne contredit pas formellement cette conception de l'hétérogénéité des temps techniques et culturels. Régis Debray développe une analyse voisine. Notre culture. Dans Transmettre. J'ai le sentiment que la téléinformatique crée un milieu favorable à un désajustement entre traits culturels héri- . l'alliance de la programmatique et des réseaux convoyant la présence à distance aboutit à une configuration inédite. Dans ces effets en retour d'une technologie nouvelle sur celles qui la précèdent on sauvegarde la cœxistence des deux formes. notamment) et formes de rapports sociaux (échange en face à face. etc. photographie. non seulement se manifestent. Si l'on retient l'hypothèse de la longue durée chère à Bernard Miège[211]. donc la peinture elle-même qui s'est dès lors attachée à rendre visible l'invisible (ce qui. mais qu'elle a contraint les peintres à redéfinir l'acte de vision (et aussi le mouvement). convergence technique/divergence ethnique). durée. de l'art. On s'accorde à considérer que l'image de synthèse ne se substituera pas aux techniques d'enregistrement. Notre hypothèse concernant l'incidence des technologies intellectuelles contemporaines ne se limite pas à noter ces effets de réinterprétation. Ce module linéaire s'accouplera. De même que toute formalisation procédurale engendre un ajustement par négociation entre les acteurs. imprimerie. en effet. a influencé la vision ordinaire). mais se renforcent certains traits (séquentialité. tout en reconnaissant les contraintes inédites qui pèsent sur la première. présence corporelle) au cœur des espaces cognitifs. en revanche. Cet exemple montre comment. Aujourd'hui. Elle secrète une diversification qui est son double. de même la diffusion mondiale de la programmatique et de la Téléprésence n'est pas mécaniquement homogénéisante. dans les nouveaux contextes installés par la téléinformatique. relativisme culturel/universalisme technique. Peut-être a-t-il raison de dissocier ainsi l'héritage culturel. Elle affirme que ces agencements n'oblitèrent pas les anciennes organisations cognitives mais les revivifient dans de nouveaux costumes. et plus précisément à l'aire télé-technologique. en pointant l'hétérogénéité des temporalités propres aux "aires de civilisation" et aux logiques techniques[208]. les mouvements qu'on repère d'ordinaire dans sa périphérie culturelle : vitesse/ralentissement. sinon.

séquence de flux insécable et libre navigation. . la malléabilité des technologies du virtuel accueillent. non pas parce qu'elles n'en auraient pas. Par exemple. Je poursuis l'idée -ou peut-être est-ce elle qui me poursuit. entre linéarité et hypermédiation.) et non de cultures concrètes (occidentale ou chinoise. du panoptisme et de l'individualisation de la saisie. ces observations -à propos de la temporalité. Et je parle bien de traits culturels (la linéarité.et enfin. les anciennes logiques symboliques beaucoup plus respectueusement que la tradition écrite n'a accueilli la tradition orale ou que l'imprimerie n'a abrité le manuscrit. Mais accueil ne signifie pas duplication. où les logiques de la téléinformatique envelopperaient celles de l'oralité. Suivre ces chevauchements et rebroussements.que la notion d'effet culturel des technologies numériques serait en crise. par exemple.conduisent à penser un concept de position surplombante sans domination. du statut de sujet d'investigation. cette perspective ne saurait se confondre avec on ne sait trop quel paradoxe circulaire dans lequel les nouvelles conditions équivaudraient aux anciennes. nous avons maintes fois insisté sur la méfiance nécessaire face aux affirmations unilatérales pronostiquant une substitution des conditions habituelles de "l'être ensemble" par la Téléprésence. La souplesse.. ou comme on l'a vu.l'apparition de traits inédits : des outils automatiques ouvrent à de nouvelles pratiques de recherches. En fait. . Il ne s'agit pas de tempérer l'importance de la tendance culturelle à la présence à distance. L'hypothèse est plutôt que la singularité de la situation réside dans le couplage. Renforcer certains caractères temporels hérités d'anciennes technologies provoque de nouveaux agencements dans les environnements cognitifs et sensibles actuels. en façonner une cartographie est un jalon indispensable pour comprendre les mouvements complexes qui animent notre techno-culture . . on le voit en particulier sur Internet). l'hybridation des traits inédits avec les anciens. tels que les alliages entre linéarité et hypermédiation. En schématisant le propos on pourrait affirmer qu'aujourd'hui quatre phénomènes cœxistent : . Pour suivre Traiter de la Téléprésence. de l'enregistrement et des télécommunications sans les assujettir. la vitesse de la communication sociale décroît.tés et émergents. de l'imprimerie.la translation apparemment inerte (comme ce qui s'est produit entre le CD et le disque vinyle et qui relève de la traduction/réinterprétation puisque la musique enregistrée coule maintenant dans le lit du fleuve numérique et nourrit donc le multimédia. Loin de tout fixisme. Mais d'articuler plus finement cette tendance aux autres processus à l'œuvre. Entendons-nous bien. etc. par exemple. Ce sont donc des alliages inédits qui s'instaurent. la saisie panoptique. l'exigence de linéarité se renforce. par exemple dans ce que j'ai appelé le "home multimédia". à celui d'instrument d'observation. se déploie une percolation de la réception et de la production. fragmentation et unicité de la perception spatiale. Qui. de l'apparition des traits inédits ou du renforcement des caractéristiques traditionnelles. de l'écriture. mais parce que ces effets ne font pas système. instantanéité et différemment. D'où l'idée de relativisation généralisée. conjecture plus mobile qu'une supposée révolution de nos conditions expressives et cognitives. par exemple). l'hybridation de ces deux mouvements. l'accélération. de la linéarité et de l'hypermédiation. etc. l'emporte ? Cette question n'a probablement pas de sens. Ausculter notre société à l'aide de cet outil engendre mécaniquement une opération de sélection et un effet de loupe. par on ne sait trop quel mouvement de balancier. c'est aussi une aventure intellectuelle passionnante. tend à la faire passer.le renforcement de certains traits antérieurs dans les nouveaux contextes : le numérique redonne vigueur au temps différé de la lecture/écriture. Mais certaines hypothèses et observations fragmentaires relevées dansce mémoire gagneraient à faire l'objet d'études de terrain plus systématiques afin de mieux comprendre comment les relations de proximité interagissent avec les nouveaux rapports à distance : . comme de toute question à caractère général.

pp. [203] Jack Goody.. ce travail appelle prolongements. à juste titre. p. comment les effets de connaissance des sciences sociales. 34. [205] Jacques Derrida. de nombreuses questions à peine effleurées restent à approfondir. Anthony Giddens considère même que cette réflexivité croissante constitue l'un des traits dominants de notre époque (voir en particulier pp. les transformant immédiatement. en particulier. Il faudra. . entre ses différents appareillages . comprendre quelles peuvent être les incidences de la situation de "multi-présence" -être à la fois ici et partiellement ailleurs. jusqu'à présent. plus tard. Paris. sur la séparation physique des représentants et des représentés. cit. peuvent-elles masquer des conflits profonds d'intérêts lesquels se frayent toujours une voie pour polariser les terrains de confrontation ? Bref. qu'une publication en flux sur le réseau constituerait une solution parfaitement satisfaisante : il faut savoir terminer un livre pour comprendre. et renouveler alors les approches. Le rédacteur de ce livre ne peut d'ailleurs dissimuler sa frustration à encapsuler son propos dans un imprimé clos -facilités du traitement de texte aidant. op. les cohérences qui se tissent entre les époques et les générations". 143. Paris. Enregistrons-les donc comme une incitation à poursuivre l'enquête. pour chaque époque donnée. tout particulièrement. De même. bref. p. Jack Goody est souvent cité.et en tous les points de l'espace . au sens où elles en délivreraient la signification condensée. [210 ]Régis Debray. 83. D'où la subversion de l'idée de "raison". 1979. vérifier ou infirmer des conjectures. [206 ]Jacques Derrida. Tout en reconnaissant l'acuité de son analyse. Il serait quelque peu artificiel de leur faire jouer un rôle de clôture logique. Paris. loc. travail coopératif.sur les formes d'exercice du pouvoir fondées. [209] Régis Debray. sont immédiatement réinvestis dans les pratiques sociales. Les Éditions de Minuit. non plus. en réalité. des relations assez inédites entre actualité. réalité et présence). comme l'auteur de travaux majeurs sur l'invention de l'écriture comme technologie intellectuelle. [202] Par exemple. 1995. concrétisation qui ne se confond évidemment pas avec l'ancienne matière physique de l'expérimentation traditionnelle. cit. [207]Dans son livre Les conséquences de la modernité (L'Harmattan. Odile Jacob. etc. La Raison graphique. chronologiquement. cit. par exemple. [204 ]Jacques Derrida. il est vrai. Galilée. [208] "Un système technique traduit les cohérences qui se tissent. dans le domaine politique. Mal d'Archive. l'autre grand fondement de la modernité étant la dé-localisation. 99/100. Approfondir les enjeux de la Téléprésence. Il y montre. 1994). cit. op. ne tend-il pas à confondre exagérément perception. l'attention portée à la réflexivité met incontestablement en lumière un phénomène majeur qui qualifie profondément les principes de fonctionnement de l'Occident. par exemple. loc. discours et pratiques ? Cela étant. De même.enseignement. un système culturel assure. mais qui ne relève pas non plus d'un univers éthéré et de pures abstractions logiques. p. le mouvement de virtualisation basé sur la modélisation numérique pouvait laisser croire qu'il signait le triomphe de l'abstraction ainsi que la primauté de la vision. Les commentaires qui précèdent ne forment. Paris. 1997. 43/60). p. la radicalisation de la simulation va de pair avec une concrétisation croissante dans l'élaboration des modèles (qui engage. l'idée d'un savoir stable apparaît comme dénuée de fondement. quels en sont les points faibles. 35. Régis Debray. une conclusion de ce livre que parce qu'elles surgissent. on pourrait se demander si Anthony Giddens n'accorde pas une trop grande importance à la conscience que se forment les acteurs des motivations de leurs comportements. Transmettre. L'objet et le sujet de la connaissance se conditionnant mutuellement.alors que le champ de l'hypermédiation s'enrichit sans cesse de nouvelles problématiques et réalisations obligeant à repenser certaines conclusions et à ouvrir de nouveaux chantiers interprétatifs. leur reprise par les acteurs sociaux. à la fin de sa rédaction. Mais il n'a pas le sentiment. La manière dont les discours d'expertise informent les pratiques qu'ils visent.. Mais la Réalité Virtuelle a injecté le corps au centre du couplage homme/machine pour donner forme à un genre de déplacement de présence incomparablement plus charnel et engagé que les anciens dispositifs de simulation. pour un lieu donné et un seul. affiner les outils méthodologiques proposés .

pour envisager les transformations d'usages mais aussi de façonnages des objets communicationnels sur une longue période. p. par définition inaccessible à notre regard actuel.Les usages sociaux des techniques connaissent rarement de brutales modifications.[211] Sur cette question de la temporalité propre aux techniques de communication. La société conquise par la communication. Ainsi. Bernard Miège suggère de prendre en compte la question de la "longue durée". Presse Universitaire de Grenoble. 167. et pour le cas qui nous intéresse présentement. Table des matières . en effet notre attention sur la nécessité de ne pas céder à l'idéologie de l'explosion -qui se donne libre cours dans la quasi-totalité des analyses. 1997.. tout simplement parce qu'ils restent en "correspondance" avec l'évolution des pratiques sociales. Ainsi écrit-il : ". Tome II : La communication entre l'industrie et l'espace public.." Bernard Miège. une fois encore s'impose à nous l'intérêt d'une approche par le temps long qui seul peut nous permettre d'inscrire les changements observés dans le cadre de mouvements de la société repérables. avec les formes prises par la médiation sociale. Il attire.

J. 228 Bougnoux. 192 Bateson. Serge. 49 (note) Borges Jorge Luis. 209. Hannah. Béla. 201. 198. 74 Aigrain. Philippe. 21. 208. Henri. 174.. 95. 52 (note) B Balazs. 182 Benjamin. 182. 45 (note). Roland.. Tony. Guillaume. 181 (note) Alberganti. Jean-Louis. 266 (note) Binkley. 46 (note). 174. 141. Jean-Pierre. 210 (note). 154 (note) Atlan. 59 Breton. 72 Bret. 25 (note).. Michel. A Agez. Françoise. 17. 17. 174. R. 97 (note) Barel. 74 Amanpour. Jacques. 81 (note) Barnu. 156 Baudrot. F. Michel. Sylvette. 178. 209 (note) Bergeron. Henri. 30n Benayoun. 69 Amkraut. 22. Pierre.Index Les numéros renvoient aux pages de l'édition papier. 20. 197. Franck. 82 (note) Brun. 94 Brauman. 196 (note) Arseneault. 199. 225. 277 (note) Allen. J. 24 (note) Bullimore. 23. 145 (note) Aumont.. 212. 103 (note) Apollinaire. 47. Honoré de. Woody. Daniel. 135 Barlow. 61. Rony. Édouard. 202. 114 (note) Ascher. 200. 235 (note) Beaudoin-Jafon. 96. 34 (note) Barthes. 68 Balpe. 238 Bianchi. 135 Bergson. 29. Susan. 120 Boissier. 60 (note). 203. Philippe. 158 (note) Briançon. 24 Arendt. 72 Armanetti. 219 Alphonsi. 58. 229 (note) Balladur. 221 (note) Balzac. François. 239 (note) Bilous.. 227. Yves. 211. Gilles. 205. 194 (note). 237 André. Gregory.. 71 C . 89. A. André. 38 Breton. Walter. Jean. 219 Blair. Philippe. 228 (note) Barboza. Michel. P.P. Maurice. 194. 244 (note) Agret. Christiane. Michel. 195. 22 (note). 213 (note). Tim.

216. 217. 213. 96. Adolf. 223. 38. Jean-Marie. 25 (note). 222 (note) Clinton Bill. 38 (note). 199 Eichmann. 234. Claude. 216 Freinet. 136 de Gournay. Michel. 38 Couleau. 64. 147 (note). 97. 154 (note) E Eco. 262 (note). Yves. Dominique. 58. 67 Charron. 58. 227. 284 (note) de Certeau. 193. 168. Patrick.Cadoz. 55 (note) Couchot. Chantal. 249 Garcia. Sigmund. 72 Eisenstein. 130 Clément. Denis. 127 Chartier. 196 (note) Duplat. 246 Castro. Edmond. Lennart E. 81. 180 (note) Denel. 91 (note). 50 Deleuze. Fédéric. 61 Debray. 110 (note) Duby. 153 (note) Foucault.. Clive. 57. 230. 189 Freud.. 194. 282 (note) . 34 Duvignaud. Franck. Anthony. 98. 235. 283. 219. 148 (note). Patrice. Jean. 228 (note) Dousset. Jacky(note) Clark. 235 Drudge. 232 (note). 194 (note). 207. 42 (note) Feiner. 114 (note). 282 Descartes. 166. Roger. 229. 167. 281. 169 G Gaillot. 168 (note) Derrida. 31 (note) Flichy. 231. 60. 214. Régis. 222. 218 (note) Debord. 119 (note) de Turckheim. Charlotte. 218. Umberto. 194 (note). 261 (note) Escher. 70. Bernard. 226. 19 (note). 41. 82 (note). 220. 147 (note) Carré. Michel. 139. 228 (note) D Dajez. 165 (note) Cookson. 180 (note) Darras. B. 209. 233 (note). 215. Christèle. 169. Dave. 277 (note) F Fallen. Francis. 62. Bernard. Georges. 47. 269 (note) Diderot. 165. Jacques. 84 (note). 110. 268 Fournier. René. 59 (note). Guy. 70 (note). Carl. 57. M. Jacques. Elisabeth L. Jean. Michel. 278 Giddens. 224. 62 Chiffot. 140 (note). 241. 236. Célestin. 65. 17. Gilles 12. Matt. 60. Steven. 121 (note) Dreyer. 39 Callon. 238 Delmas. 76 (note). 154 (note) Dufour. 208. Giuseppe.. Fidel. 266 Eudes. Alain. 166. Maurice Cornelis. 120 (note) Cocco.

194 (note). 141. 146. 145. Pierre. Marc. Fabien. C. 174 Leblanc. Cristoph. Louis. 203 (note) Granier-Deferre. 130. 108 Godard. Michael. 131 Hegedüs. Christian.. 53. 234 Goody. 106 (note) Khamenei. 66 Le Bot. 222 I Ishii. 144. 174 Hudrisier. 227 Lelu.. 134 (note). Jean-François. 115 Latour. 33 Huitema. 249 (note) Husserl. H. Alain. 281 Goujon. 38. 110 Lionet. A. 158 (note). 75 Lefebvre-Desnouettes.Girard. 252 (note).. Jocelyn. Marc. Henri. 217. 174. 147 (note). David. 151 King. Mélanie. Monica. 173. 228 (note) L Labbé. 185. Edmund. Jean-Luc. 96 Lewinsky. 117 (note) Kundera. 115 (note) Lumière. Eric. C. 74 Joubert. Milan. 190 (note) Jörg. André. Bruno. 259. B. 228 (note) . 68 K Kasparov. 187 (note). 105. Roger. 67 Lyotard. K. 232. 111 (note) Guillaume. Jürgen. Alain. 13 (note) Kubrick. Jack. 30 (note) J Jarre.. 241. 52 H Habermas. Philippe. Emmanuel.. 262 (note) Maixent. Gary. 234 Krumeich. C. Yves. 140. 143 Lévy. Isaac 19 (note) Juppé. 63 Hulten. Agnes. 237 Giussi. 131. 258 Leroy-Gourhan. 159 Laufer. 208. 154 (note) Leibniz. 194n. Gérard. Jean-Michel.. 121 (note) Lagny.. 265 (note) Lévinas. 266 (note) Lanoue. Stanley. 68 (note) Klein. 174 M Maignien. Gottfried Wilhelm.

Bernard. 233 Resnais. 32 Perriault. 162 (note) Marin. Jean-Louis.. Jean-Marie. 52 Poguszer. 91 (note) Munari. Louis. Friedrich. 246 (note) Merleau-Ponty. 259 (note) Queneau.-P. Georges. Henri. Charles S. Howard. Stéphane. 13 (note) Ozu Yasujiro. 247 Perrin. 17. 192 Q Quéau. 235 Rheingold. 209 (note). Mathieu. 110 McLuhan. 16. 50 Matisson. 146.. Kamel. L. Raymond. Maurice.Malaval. 199 Mandel. 115 (note) Pasteur. Catherine. 140. 85 (note) Pousseur. Christian.. Sally Jane. 177 Papon. 51. Robert.. 193 (note) N Negri. 255 (note) O O' Neil. 151 (note) Piacenza. Bernard. 254 Mercier. Pierrre Alain. 96 Pentland. Marcel. 44 (note). 222 Miège. 17. 52 (note) Reich. Bruno. 135. 255 Platon. Alain. 154. Jean. 147. E. Chrétien 19 (note) Mallarmé. Philippe. 266 (note) Pickett. J. 220 Nonogaki. Dimitri Ivanovitch. Franck. 74 (note) Malesherbes. 208. 261 Peirce. 59. Jean. Jean-Louis. 199 R Regaya. Hajime. Louis. Jacques. 44 (note) Norman. B. 204. 161 (note) Renoir. 96. Seymour. 127 (note) Oury. 110 Parnet. 118 (note) Parrish. Marshall. 67 Mendeleïev. 220 (note) Parody. Alex. Maurice. 186.. Claire. 193 (note) Prince. Toni. R. 201. 115 (note). 162 (note) Nietzsche. 235 P Papert. 220. 284 Missika. 170.. 243 (note) . 142 Mannoni. 22. 248 Proust. 52 (note) Marazzi. Octave. 259 Méliès.

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