Jean-Louis WEISSBERG 1 PRÉSENCES À DISTANCE Déplacement virtuel et réseaux numériques : POURQUOI NOUS NE CROYONS PLUS LA TELEVISION

ÉDITIONS L'HARMATTAN 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris Tél 01 40 46 79 20 email : harmat@worldnetfr 304 pages Prix : 160 F

Présentation Ce livre propose une analyse des incidences culturelles de la cyber-informatique autour de la présence à distance, selon trois idées directrices - Tendance anthropologique fondamentale (indissolublement culturelle et technique), la Téléprésence voit augmenter son caractère incarné Désormais, c'est avec notre corps entier que nous communiquons à distance ou avec des environnements virtuels (jeux vidéo, par exemple) Au-delà de l'opposition entre présent et absent, se construisent de fines graduations qui incitent à repenser la relation aussi bien lointaine qu'immédiate - L'incarnation dans la présence à distance, alimente la crise de confiance envers la télévision, en particulier Téléprésents, nous exigeons désormais des images incarnées, vivantes : des moyens pour expérimenter l'actuel ou le passé- et non plus pour en reproduire de simples traces Les médias numériques offrent naturellement leurs services pour cette expérimentation directe de l'information modélisée Mus par un puissant attracteur technoculturel, nous substituons progressivement, à l'ancienne figure "cru parce que vu", la formule "cru parce que expérimentable" - Les incidences culturelles de la téléinformatique sont paradoxales Et les visions convenues (catastrophe du "temps réel" ou, à l'inverse, suprématie du savoir comme fondement du lien social) sont, au mieux, simplificatrices En effet les réseaux numériques fabriquent une forme de localisation Le temps différé se tisse à l'instantanéité La linéarité est vivifiée par l'hypermédiation et l'accélération nourrit le ralentissement de la communication Loin de dessiner un paysage univoque, la téléinformatique métisse anciennes et nouvelles logiques Ces trois questions offrent autant de vues sur le statut de l'interactivité informatique, les enjeux politiques de l'apprentissage des langages hypermédias, l'automatisation de la médiation sur Internet, ou encore certains aspects de l'art numérique en passant par une relecture de L'image-temps de Gilles Deleuze

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Jean-Louis Weissberg est Maître de conférences en Sciences de l'Information et de la Communication à l'Université Paris XIII. Il enseigne aussi en INFOCOM et au département HYPERMÉDIA de l'Université Paris VIII.

Table Introduction Chapitre I : Entre présence et absence A - Éléments pour une archéologie de la Réalité Virtuelle C - Les interfaces : la commutation homme/univers virtuel D - Le retour du corps E - Graduations de présence F - Simulation, restitution et illusion Chapitre II : La crise de confiance des massmedia et le principe d'expérimentation A - Du spectacte au spectacte B - La crise de confiance des massmedia C - La demande de participation traduite par le système télévisuel D - Vers l'expérimentation de l'information E - Une expérimentation véridique, sans mise en scène ? Chapitre III : L'auto-médiation sur Internet comme forme politique A - L'auto-médiation versus autonomisation B - L'auto-médiation versus automatisation C - L'auto-médiation, un concept paradoxal D - Scénographie de l'auto-médiation Chapitre IV : La téléinformatique comme technologie intellectuelle A - Technologies intellectuelles, activité scientifique, dynamiques sociales B - Réseaux, information, travail symbolique et travail "immatériel" C - Archive virtuelle, archive "spectrale" Chapitre V : Retour sur interactivité A - L'interactivité : quelques réévaluations B - Éloge des savoir-faire intermédiaires ou le home multimédia, un enjeu politique C - Récit interactif et moteur narratif Chapitre VI : Commentaires sur l'image actée, à partir de L'image-temps de Gilles Deleuze A - De Matière et mémoire au concept de cristal dans L'image-temps B - De L'image-temps aux concepts de l'image actée, versus de l'image virtuelle du miroir à l'avatar virtuel C - Image-temps et image-présence : l'hypothèse du "cristal présentiel" Chapitre VII : Les paradoxes de la téléinformatique A - Réseaux et présence à distance : une disparition de l'inscription territoriale ? B - Internet : l'évanouissement des intermédiaires dans l'espace public ? C - L'univers de l'hypermédiation : une éclipse de la séquentialité ?

D - La retraite de l'auteur et l'amour des génériques E - Panoptisme et réglage individuel des trajets F - Le régime temporel des télé-technologies : ralentir la communication Conclusion Index Bibliographie

T. et que la peinture étend cette bizarre possession à tous les aspects de l'Être. les vues pénétrantes de Toni Negri m'ont. Enfin. Du cubisme à l'art abstrait] . De plus. des êtres réels. puisque voir c'est avoir à distance. et que même notre pouvoir de nous imaginer ailleurs . "Il faut prendre à la lettre ce que nous enseigne la vision : que par elle nous touchons le soleil. à Paris.de viser librement. Je remercie aussi Claude Poizot pour son travail de correction de ce livre. nous sommes en même temps partout." Maurice Merleau-Ponty. où qu'ils soient. fait entrevoir de nouveaux horizons pour penser à la fois la dynamique propre des télétechnologies et leur efficacité dans les mutations sociales en cours. Frédéric Dajez et Patrick Delmas. Ma gratitude va aussi à mes collègues et amis de l'I. les étoiles. Pierre Barboza.U. mes yeux voient le soleil" [Robert Delaunay. qui doivent de quelque façon se faire visibles pour entrer en elle." "La peinture réveille."Je suis à Pétersbourg dans mon lit. porte à sa dernière puissance un délire qui est la vision même.À Rose REMERCIEMENTS J'adresse mes remerciements à Jean-Pierre Balpe dont les judicieux commentaires m'ont permis de clarifier certaines questions alors que cet ouvrage était encore dans une phase intermédiaire. ses travaux ont inspiré certaines de mes réflexions. Le cadre de travail élaboré en commun pour imaginer et mettre en place de nouvelles formations au multimédia a été une incitation permanente pour ouvrir de nouvelles directions de recherche et préciser mes analyses. ainsi qu'en témoigne l'un des chapitres de ce livre. je ne saurais oublier à quel point au cours de ces dernières années de réflexions communes. aussi près des lointains que des choses proches. remploie des moyens que nous tenons d'elle. latéralement. de Villetaneuse. emprunte encore à la vision. L'œil et l'esprit .

en effet. habitudes. consacré à une discussion du travail de Gilles Deleuze sur le cinéma.). Et c'est là qu'interviennent les technologies numériques.). parfaitement justifié . et surtout. et doit-on les différencier ? Je préfère. pouvant accueillir des voies de passages. notamment. secrète les appétits que les dispositifs viennent satisfaire. quelques logiques homogènes aux procédés actuels de déplacements des signes de la présence en les comparant à celles qui ont gouverné leurs prédécesseurs. souvenir). à nous expliquer sur cette notion de "forme culturelle" dans ses rapports à la technique en général et aux techniques particulières qui la sous-tendent.). comme on voudra) que le frayage s'opère. tente. ni d'une lecture généalogique. dispositifs. Transporter suppose alors de modéliser préalablement l'événement. On le conservera néanmoins pour marquer la spécificité des technologies dures face aux technologies mentales "molles" (imagination. etc. Et c'est au niveau le plus général. s'interpénètrent et se contraignent mutuellement. mais de manière à la fois plus distante et plus intime. Il ne s'agit. des rapports explicites avec la Téléprésence. audition. désirs collectifs. éléments indépendants avec lesquels nos sociétés devraient négocier comme avec une contrainte imposée de l'extérieur. Nous ne présupposons pas que la Téléprésence est appelée à se substituer aux rencontres charnelles dans les activités humaines. D'où le pluriel qui affecte le terme "présence". croyances. ici. usages sociaux et désirs collectifs. pour réelle qu'elle soit. geste. Dans l'étude de la présence technologique à distance. mémoire. conserver la notion de "forme culturelle" pour ne pas laisser entendre que la Téléprésence relève essentiellement de techniques. exige un transport de l'événement (article de presse. Nous aurons bien sûr. Nous explorons. ni d'une description fidèle du paysage technique et politique des télécommunications. enregistrement vidéo. la disponibilité des techniques de modélisation numérique) et le culturel (l'exigence d'expérimentation que personne n'exprime en propre et que tout le monde partage). l'ont déjà accompli). dès lors qu'il devient possible d'expérimenter l'événement par le truchement de son modèle. de relier les segments durs de circulation des signes (écriture. la culture (orientations. Notre monde. Quelles formes politiques pourront-elles bien correspondre à une situation où l'on peut être à la fois ici et ailleurs ? À ce commerce entre le technique (la maturation. etc. vision. non pas seulement pour transporter l'information mais pour la mettre en forme et la rendre ainsi expérimentable. numérisation) aux transferts et traitements propres à l'activité mentale (imagination. La crise de confiance qui taraude les massmedia dans leur fonction informative entretient. mais conçus dans leur dépendance aux "machines" intellectuelles et corporelles (langage. en effet. On est témoin par œil et oreille interposés quand on regarde un reportage sur ce même conflit. Et l'on voit bien que ces questions pourraient être prolongées dans le domaine politique puisque le système de la démocratie représentative repose sur la séparation entre représentants et représentés. Le chapitre VI. visions du monde. en parti- . etc. si on admet que la notion même de déplacement de présence l'inclut implicitement.la Téléprésence transforme l'exercice de la croyance telle qu'elle se concrétise aujourd'hui encore dans la télévision. le cœfficient corporel augmente dans ces transports. imprimerie. La Téléprésence agit comme une "forme culturelle" qui redéfinit la notion même de rencontre (comme d'autres. on est présent aussi. Ce serait. enregistrement.Introduction Pourquoi mettre Présences au pluriel dans le titre de ce livre ? Les "présences à distance" visent une région particulière. Ainsi -c'est l'une des propositions principales de ce livre. fantasme éveillé. la séparation entre elles. quel qu'en soit le vecteur. au plan épistémologique. par exemple. si l'on admet que la croyance. et non plus d'apprécier la transposition écrite ou la capture audiovisuelle pratiquée par autrui. Il s'agit bien d'un lieu de mixage où se négocient. la notion de "forme culturelle" vient apporter un cadre. On est présent par procuration en lisant un article de presse qui décrit un affrontement militaire. modes de travail. le terme "technologique" pourrait être supprimé. On pourrait aussi bien parler de "forme technoculturelle". la "culture" se constitue fondamentalement dans le technique. Nos investigations tentent. telles que la photographie ou la télédiffusion audiovisuelle. cependant. celle des déplacements fluides gérés par les technologies numériques. en revanche. Avec les vecteurs numériques. parce qu'elle affecte les conditions du déplacement de la présence. exprimant le développement de solutions intermédiaires entre l'absence et la présence strictes : les modalités de la présence à distance se multiplient.

S'ouvre dès lors la controverse sur l'ampleur et l'intensité possible de cette mission. remplaçant sur un plan imaginaire. Les techniques de simulation numérique les ont fait passer de l'état de fictions à celui de premières réalisations. de la tentative médiologique au concept de "technologie intellectuelle". Dans un premier chapitre. rapports auxquels il faudrait ajouter ceux que nous entretenons avec des objets intermédiaires. Archéologie de la Réalité Virtuelle. qui offre son sous-titre à ce livre. pour clore cette partie. le développement de nouvelles formes de présence à distance (réseaux. L'hypothèse centrale d'une augmentation tendancielle du caractère incarné du transport de la présence y est affirmée en regard de ce qu'offrent les technologies numériques. un rapport plus intime avec l'événement. propose de relier la crise actuelle des médias de masse à l'accentuation de l'incarnation de la communication. de déplacements identificatoires. Nous centrons notre enquête sur la commutation entre l'activité humaine et les univers virtuels. imprimerie. Les modalités de la croyance sont alors recomposées sous la pression de ces exigences de participation plus intime. On l'a dit. c'est-à-dire sur la notion d'interface. se construisent donc des graduations sans cesse plus fines qui incitent à repenser nos conceptions héritées. en effet. Entre la présence en face à face et l'absence. de l'écriture. radiodiffusion. mise en réseau constituent en effet la chimie de base de la Téléprésence. des techniques d'enregistrement avait déjà suscité une prémonition de leur dépassement. L'ordinaire de notre existence se tisse dans d'extraordinaires enchevêtrements de voyages imaginaires. en quelque sorte. téléphone.). Le deuxième chapitre. Nous tentons en particulier de montrer que loin d'éliminer le corps et les sensations physiques dans une supposée fuite en avant de l'abstraction. Dupliquer non seulement l'apparence de la réalité mais sa mise en disponibilité -c'est-à-dire le mode d'accès à cette réalité transposée-. relatives au partage commun de "l'ici et maintenant" et corrélativement à la séparation. Cependant. la Téléprésence les réinjecte au centre de l'expérience humaine. à la fin du siècle précédent. télévision. ces visions s'étaient asséchées avec la sédimentation de la radio et de la télévision. la présence[2]. à la Téléprésence. à la faveur de l'incontestable accélération du mouvement de Téléprésence. dans ces conditions. L'invention. modélisation. De ce mouvement. Cette question est d'une grande complexité dès qu'on refuse d'identifier présence corporelle et présence psychique et qu'on dissocie l'unité de lieu et de temps dans la multiplicité des espaces-temps mentaux[1]. Mais sans doute est-il temps de montrer comment s'articulent les différentes parties composant ce livre dans leurs rapports. de migrations incorporelles. Nous croiserons dans cette tentative des perspectives variées. Au . apprécier les craintes d'une possible confusion des registres "réels" et "virtuels" ? Peut-on imaginer des transactions à distance qui rendraient transparents les procédés relationnels au point de les effacer de la perception des acteurs ? Nous esquissons. supports numériques interactifs) permettent. Les formules reliant croyance et mise en forme visuelle du monde. ou des télétechnologies inspirent nos investigations. Certains travaux fondamentaux. Nous y sommes aidé par une série de recherches et d'acquis sur les déplacements des signes dans leurs rapports à la production matérielle et intellectuelle. on ne proposera pas une cartographie précise. La Téléprésence ne restitue pas à l'identique les performances que nous accomplissons habituellement. parfois indirects. une réponse à ces questions. Elle invente un autre milieu perceptif dans lequel se concrétisent notamment des mouvements relationnels entre objets et sujets humains. Numérisation. particulièrement sensibles dans le travail coopératif à distance. L'objectif est d'en approfondir certaines logiques. entrent en crise. Elle consiste à proposer quelques outils méthodologiques pour en saisir les enjeux.culier de concrétiser cette direction d'étude. Notre ambition est autre. inassouvies par la restitution inerte des prélèvements opérés par les divers systèmes de l'ère de la capture directe (photographie. qui ont assuré les beaux jours des techniques d'enregistrement. Comment. etc.). de l'histoire des techniques de représentations à la phénoménologie. Doit-on appréhender la réalité transposée comme une réalité en compétition globale avec notre monde empirique habituel ? Ce qui est en cause dans cette discussion concerne d'abord la notion de déplacement dans ses rapports à la présence. etc. telle pourrait être la définition de la Téléprésence. C'est dire la difficulté d'élaborer une réflexion sur les rapports entre présence corporelle et déplacement des signes de la présence. De les relire rétrospectivement. nous proposons une définition du mouvement actuel de Téléprésence dans ses relations aux formes antérieures de déplacement des signes de la présence (écriture. sur la naissance de l'outil. historiques et philosophiques. ce retour du corps dans l'expérience virtuelle s'accompagne d'une redéfinition de la kinesthésie.

Les programmes "génétiques" en sont un parfait exemple. D'abord en observant qu'un autre type de médiation émerge avec le développement du réseau mondial : l'automédiation. attirée par le développement. L'hypothèse développée affirme. Cette observation est de la plus haute importance pour reconnaître et développer les savoir. non seulement de par sa diffusion planétaire. un jeu vidéo ou un récit fictionnel. les moyens d'une expérimentation plus directe de l'information. D'où l'avènement d'un spectacte. succède l'épreuve d'une animation simulée de modèles. Est-ce à dire qu'il n'y aurait plus de mise en forme de l'information. etc. à la lumière de l'importance prise. Notre attention est. nous examinons l'évolution de la notion d'interface dans ses rapports à la posture interactive.contacts" ? D'où l'occasion d'avancer quelques hypothèses sur les nouvelles scénographies qui se construisent dans le contact à distance. à la faveur d'exemples d'usages d'Internet. grâce à la Téléprésence. de manière critique. mais surtout comme illustration de la sociologie constructiviste. dites interactives. distribution. etc. parfaitement avec le caractère stratégique de l'informatique et des réseaux numériques. affect). prolongeant les dynamiques vivantes auxquelles ils réfèrent. Nous les discutons en insistant sur la difficulté de séparer. à l'encontre des discours érigeant la télévision en pouvoir fascinant absolu. De même nous attacherons-nous à l'une des dimensions prometteuses de l'interactivité : l'animation autonome de scénarios évolutionnistes. succédant au spectacle. nos positions quant au statut des technologies intellectuelles en général. L'idée que les technologies intellectuelles sont les facteurs décisifs du dynamisme social global s'accorde. Qu'est-ce qu'être présent dans un tel cadre ? Comment thématiser les configurations. par les "télé. . que ce soit un musée formalisé. de solutions de continuité entre réception et production. pensée. de cette demande participative. fondée sur l'alliance de l'autonomisation et de l'automatisation de la médiation. apparemment. sous un angle particulier : la question de la médiation. laquelle privilégie les réseaux sociaux dans l'étude du fait techno-scientifique. Internet sera envisagé comme espace politique propre. de même que l'on constate les limites intrinsèques des réponses fournies à la quête de réalisme. sur un tout autre plan.). à la sphère du traitement des signes alimente les thèses convenues sur la société de l'information et du travail immatériels. alliance que l'espace Internet suscite et fortifie. avant d'aborder la question de l'efficacité culturelle de la Téléprésence. mais dans l'inscription interne à un cadre d'action. dont les "avatars virtuels" sont l'une des illustrations. sous trois éclairages différents. Quel sens donner à l'utopie Internet ? Et de quel type d'utopie s'agit-il ? Il nous a semblé nécessaire. Comment les principes démocratiques prônés dans le réseau sont-ils appliqués au gouvernement du réseau lui-même ? Enfin. Non pas dans la séparation géographique. valorisant les relations latérales ? On discutera. dans le travail symbolique lui-même. qu'un accès pur de toute médiation serait désormais possible ? La propension expérimentatrice trouve-t-elle son origine dans l'existence de technologies qui lui fournissent l'occasion de s'exprimer ? Peut-on relire d'anciennes analyses élaborées à propos de la photographie.prélèvement événementiel. Ensuite. Le chapitre III est spécifiquement consacré à Internet. et de la téléinformatique en particulier. réseaux.) des segments "mous" (idée. La suprématie souvent accordée depuis Marshall McLuhan. mais aussi les limites. la tendance à l'affaiblissement des médiations. ce nouveau média peut-il tenir les promesses qui le soutiennent ? Peut-on. que les massmedia ne souffrent pas d'un trop-plein de participation mais d'un déficit. On comprend la multiplication des tentatives d'intégration. Après avoir réexaminé. dans l'aire du multimédia. Poussé par une puissante vague visant à supprimer les intermédiaires traditionnels (édition. en effet. Le développement des scénographies interactives est l'un des cadres où s'expérimente une forme de présence.faire intermédiaires de l'hypermédiation. aujourd'hui. Internet serait. recherche d'information. certaines tentatives de formalisation du concept d'interactivité. la parabole de la mondialisation. dans le quatrième chapitre. les segments durs (machines. en particulier. de préciser. nous comparerons les deux grandes postures de la navigation interactive (CD-Rom et réseau) dans leurs rapports à l'idéal d'une autonomie revendiquée. Nous essayons d'en évaluer l'apport. par le système télévisuel. considérer Internet comme un modèle politique d'organisation sociale anti-hiérarchique. qui permettent d'intervenir pratiquement dans des scénographies narratives installées ? Telles sont les principales questions abordées dans le chapitre V. en quelque sorte. Cette délimitation réfère aux travaux de l'école épistémologique d'anthropologie des sciences et des techniques. et que progressivement se mettent en place.

plus que d'autres grandes vagues technologiques passées.redéfinit la vision. à une suppression galopante des intermédiaires. temps différé et temps réel. le savoir accumulé en matière d'inscription du spect-acteur dans le récit s'est concrétisé dans de nombreuses réalisations.apporte une réponse originale à cette interrogation. cependant. au caractère encore mal délimité du genre. Il s'agira enfin. de Maurice Merleau-Ponty. la télé-informatique engendre elle-même des tensions entre des logiques antagonistes : délocalisation et inscription locale. ni de manifestations de résistances. telle est. la direction qu'indiquent les défrichages fondateurs de Gilles Deleuze. à la différence de nombreuses analyses. autour de la question des enjeux culturels de la téléinformatique. [1] Dissocier lieu et temps : l'état de rêverie éveillée nous en donne l'expérience.Par ailleurs. ponctuée notamment par les écrits d'Henri Bergson. Une orientation très riche s'en dégage pour aborder les rapports technologie/perception dans la lignée des propositions de Walter Benjamin ou de Marshall McLuhan. Elle se heurte. nous tentons de montrer que. Celles-ci affrontent. à affirmer qu'il n'y a pas d'incidences culturelles unilatérales et globales repérables dès lors qu'on examine attentivement les différentes strates dans lesquelles les télé-technologies inscrivent leurs opérations. répondant à "l'image-cristal" de Gilles Deleuze. cette dissociation devient pa- . La direction bergsonienne exploitée par Gilles Deleuze pour rendre compte du cinéma d'après-guerre exprime les mouvements abstraits à l'œuvre dans la vision. et non pas le cinéma comme technologie en général. L'enquête phénoménologique ouvre une voie précieuse pour apprécier comment la liaison de l'action et de l'image -l'image actée. fantasmes et rêves déclinent toute la gamme des combinaisons possibles. comment la succession des choix dans une scénogaphie peut-elle orienter le déroulement futur d'une trajectoire ? La proposition d'une littérature génétique -en décalage avec l'interactivité. à propos du cinéma. mouvements relatifs à la temporalité. Cela dit. Elle tente de thématiser les déplacements de présence qui fondent certaines œuvres télé-technologiques. voire antagonistes. en effet. je crois. quelques questions communes. Nous faisons effectivement l'hypothèse que la télé-informatique diffuse plutôt une méta-culture. sur l'adjonction du son à l'image lors de la naissance du cinéma sonore. Il ne s'agit pas là essentiellement de gestion des survivances. il expérimente quelques hypothèses plus qu'il ne propose des résultats. Le chapitre VI a un statut particulier. et qu'un certain cinéma révèle distinctement. Une telle démarche est-elle concevable à propos de l'image actée ? Peut-on dégager des concepts spécifiques à cette expérience ? Notre proposition de "cristal présentiel". avec des réponses différenciées. Réinterprétant les situations héritées. Par exemple. les technologies conservent souvent les anciennes logiques en les hybridant aux nouvelles plutôt qu'elles ne les effacent totalement. Plus philosophique et d'une lecture moins facile. accélération et ralentissement. Dans ses formes extrêmes. Il m'est. on le verra. au déclin manifeste de l'auteur individuel ou encore à l'affaissement du panoptisme ? Sur ces différents plans. est une indication dans cette direction. séquentialité et hypertextualité. Gilles Deleuze analyse des films singuliers d'une période historique. Nous la discutons en montrant comment différents modes de construction de récits se rattachent implicitement à des conceptions de la vie. qu'une culture. La question de la perception est en effet au cœur de cette interrogation sur les enjeux de l'image actée. La place qu'accorde le philosophe à Bergson pour bâtir sa théorie de l'image-temps ne pouvait que m'inciter à m'engager dans cette direction. des logiques hétérogènes. d'en "faire la théorie comme pratique conceptuelle". Et ces manifestations semblent particulièrement virulentes dans l'univers des télétechnologies. Somme-nous vraiment confrontés à une déterritorialisation radicale. mais surtout. dans le dernier chapitre. Elle laisserait donc croître et se diversifier. L'hypothèse centrale consiste. à l'accélération absolue et à la conquête achevée de l'instantanéité. apparu que la tentative. ses remarques. à l'éclipse évidente de la linéarité. les logiques et les manifestations. sur la manière dont elle suscite et traduit une posture perceptive. être prolongées lorsque l'action se compose à l'image sonore dans l'image actée. peuvent. loin d'œuvrer dans un sens univoque. de reprendre de manière unifiée les principaux résultats obtenus auparavant. J'y ai poursuivi une direction d'analyse sur l'image simulée. les méthodes et les contenus. Souvenirs. hybriderait anciens et nouveaux principes. sous sa portée. par exemple. pouvait être mise à profit sur le terrain des images actées. disjoignant. et que les livres de Gilles Deleuze sur le cinéma sont venus revivifier. Poursuivre ces constructions conceptuelles en se tenant au plus près possible des propositions artistiques qui émergent. laquelle chez Maurice Merleau Ponty est explicitement une présence tactile à distance.

Paris. . resté près de l'étang. Dans une intervention orale au séminaire "Pratiques .Machines . en fait. à la côte tissée par Pénélope. [2] Toute une dimension mythologique et fantasmatique de la téléprésence symbolique pourrait ici être invoquée. et aux "objets transitionnels" chers à la psychanalyste Mélanie Klein.Département des Sciences politiques de l'Université Paris VIII. de la "téléprésence" divine incarnée dans un messager. le psychiatre Jean Oury éclairait la psychose en la décrivant comme un trouble de la présence : un patient qui parlait avec lui dans son bureau. à côté des canards. était. 1994).Utopie" (Université Européenne de la recherche .thologique.

de contacts corporels concrets ou potentiels et de manipulations conjointes d'objets. L'écriture manuscrite. modèle principal de la relation humaine. Le rêve et la machine [3] contribue à dégager une archéologie de la Réalité Virtuelle. Mais le mouvement qui augmente. nous préciserons les conditions de ce partage. et sa réception instantanée. selon lui.Chapitre I Entre présence et absence La Téléprésence moderne se caractérise par l'augmentation du cœfficient charnel dans la communication à distance. méconnaissent les dimensions proprement créatives des télé-technologies. té- . rappelant l'échange multipolaire des groupes rassemblés dans un même lieu et rompant avec le modèle pyramidal des massmedia. quelques jalons pour une archéologie de la Réalité Virtuelle. une communication collective. voilà les objectifs aussi vains (selon Jean Brun) qu'affirmés par la saga technicienne [5]. Ce qui est remarquable dans le développement de l'argumentation. Enfin. Après avoir posé. charge la relation d'une dimension visuelle incontournable. Nous prolongerons. Il est tissé de gestes. la télévirtualité immerge les partenaires dans le même espace virtuel. réaliser l'ubiquité. mais relationnel. ne la laissant transparaître qu'à travers la calligraphie. le perfectionnement des interfaces de communication et la naissance de nouveaux milieux de présence partagée. pour Jean Brun inspiré par la théorie chrétienne du salut [4].éléments pour une archéologie de la Réalité Virtuelle [2] L'essai pamphlétaire de Jean Brun. la proportion charnelle dans les canaux expressifs est très lisible. tout comme les motivations apparemment rationnelles des acteurs ne servent. c'est l'identification des traits essentiels de la tentative de déplacement sans fin des limites marquant l'existence humaine. selon l'auteur. approcher une transsubstantiation. en effet. tout en créditant la simulation numérique d'un pouvoir imitatif probablement démesuré. L'instantanéité de la transmission orale -sans la réactivité. se défaire à nouveau de ceux-ci pour toujours recommencer. Il ne s'agit plus de transmettre des informations mais de créer les conditions d'un partage mutuel d'un univers. L'expansion de l'imprimé réalise ce que l'invention de l'écriture annonçait. Le partage commun de "l'ici et maintenant".est atteinte grâce au télégraphe. Cette dimension "haptique" (du grec haptein. L'émission de l'image. tentative de dépassement -vouée à un échec dramatique. Sur les réseaux numériques s'expérimente. Se tenir à distance de soi. premier transport à distance du langage. se transpose ainsi dans l'espace et devient la référence de la communication à distance. Sa thèse centrale se résume ainsi : la science et la technique sont filles de l'activité onirique. ensuite. aujourd'hui. Elle ajoute le canal gestuel au canaux visuels et sonores et ouvre à l'échange kinesthésique. formalise à l'extrême la corporéité de l'auteur. A . et ceci dans deux directions. éventuellement anonyme. La Téléprésence n'a pas attendu les réseaux numériques pour se déployer. Avec le téléphone qui assimile les canaux vocaux et auditifs. tirant profit des ressources abstraites de la télévirtualité. "Le désir de l'homme de métamorphoser son temps et son espace pour aller habiter d'autres moi. on le sait. cette enquête en interrogeant les craintes d'un éventuel doublage virtuel de notre environnement . l'image sans pouvoir s'appuyer sur une interaction corporelle. toujours plus. une désincarnation voire une réincarnation. Les signes de la présence dans de telles situations s'incarnent. directe ou indirecte. le son. que d'alibis à cette tentative. ne se limite pas à l'échange de signes verbaux et non verbaux. pour la première fois. Ce partage. Tentative désespérée. toucher) lutte contre l'affadissement inévitable d'une communication contrainte à ne s'extérioriser que par le texte. L'enjeu n'est alors plus seulement communicationnel. la simultanéité de l'émission et de la réception épouse un peu plus le modèle de la communication en "face à face".des cadres spatiaux et temporels propres à l'humain. mais uniquement comme promesse abstraite : la formation de communautés de lecteurs éparpillés sur un territoire et réunis par les mêmes livres [1]. L'opérationalité des applications. dans le sillage de la Réalité Virtuelle. Le chapitre intitulé "Télé-présences et réalités virtuelles" concentre assez bien les enjeux de l'épopée technicienne considérée comme tentative de sortie de la condition humaine. craintes qui. dans une première partie.

non plus de l'apparence mais de la vie même. il y aurait à domicile des soirées César.. "le Destin va se cristalliser. les leçons. On peut noter l'inspiration organique de "l'idéoréalisme". Grâce à son émetteur de présence. D'Apollinaire à Saint-Pol-Roux Guillaume Apollinaire imagine un procédé d'enregistrement et de transmission d'existence.moigne de la détresse de celui qui voudrait s'arracher à lui-même afin de pouvoir tout savoir et pouvoir tout posséder" [6]. Dans le cadre du mouvement de la cybernétique. l'informatique commencera à concrétiser ces pressentiments. tout juste atteint.le cinéma en est aux Ombres de Platon. . Dante". pourquoi à la chambre noire ne succéderait pas une chambre blanche ?" Le cinéma s'emploiera "à capter le désir collectif et à en objectiver le motif" [12]. Paul Valéry en tirera immédiatement. Au XIXe siècle finissant. car le baron assassiné mourra autant de fois que ses doubles délocalisés."On surcréera les autres. Le cinéma sera organique" [11]. avec les premiers simulateurs numériques de pilotage d'avions. Ce qui est remarquable dans ces fictions. cinématographie). peuvent se transmettre. Le baron avait disposé dans huit cent quarante grandes villes des récepteurs de présence (et particulièrement sur les façades des synagogues. Il s'agit bien d'incarnation. irriguant d'autres projets de transport bien plus audacieux. et magistralement. huit cent quarante fois mal. on se surcréera soi-même" [13]. comme si la séparation de l'apparence et de la forme autorisait l'espoir d'extraire la forme elle-même par un procédé similaire [14]. puisqu'il souhaitait se faire passer pour le messie). Saint-Pol-Roux poursuit les mêmes desseins avec sa conception "idéoréaliste". La perspective de Saint-Pol-Roux est en fait assez éloignée d'une recréation artificielle. Jérusalem ou Melbourne. Tout cela finit mal. voire de réincarnation. sans qu'il soit nécessaire que rien relie l'ubiquiste aux corps qu'il projette" [8]. La dénonciation des transgressions qui en résultent s'accompagne d'une piquante revue d'essais littéraires préfigurant l'actualité des télé-transports et de la Téléprésence. il pouvait retrouver sa maîtresse tous les mercredis à Paris alors qu'il se trouvait à Chicago. C'est plutôt en radicalisant la photographie qu'il espère engendrer une "surcréation" tridimensionnelle. la prémonition rencontre la réalisation technique. Apollinaire décrit l'étrange appareil qu'utilise le baron d'Ormesan : "De même que la voix peut se transporter d'un point à un autre très éloigné. "Puisqu'on est parvenu à la photographie à distance. on s'attachera aussi à imaginer des formes de télé-déplacement de substance. dans son essai Cinéma vivant : ". Saint-Pol-Roux. On quitte alors le terrain de la fiction ou de l'extrapolation pour investir celui du projet scientifique. de la capture d'empreinte. L'essence de l'entreprise technologique réside précisément dans la tentative de vivre "plusieurs existences ayant pour auditorium des espaces multidimensionnels" [7] afin d'échapper à l'unicité de la localisation dans l'espace et à la linéarité du déroulement temporel. À propos du cinéma. et les propriétés de résistances par lesquelles les aveugles en acquièrent la notion. Son "idéoréalisateur" devrait pouvoir créer des "êtres-images" et les déplacer à distance sous forme d'"ondes carnifiées".. Ils s'inscrivent dans le cadre d'un rejet affirmé de l'écrit et d'une valorisation de l'oral que véhiculent les techniques d'enregistrement (phonographie. il doit sortir de la Caverne. phonographie et cinéma) féconde l'imaginaire littéraire et lui fait entrevoir de somptueuses perspectives. Dans Le toucher à distance. d'une synthèse. L'"idéoplastie" ouvrira le champ du transport spatio-temporel : "on invitera des célébrités chez soi. On soulignera aussi l'énergie révolutionnaire issue du "miracle" photographique. espérances tangibles d'une poursuite de la vague innovatrice vers toujours plus de réalisme dans la concrétisation des représentations. pourquoi n'atteindrait-on pas l'apparition de son original. Comme si l'horizon découvert autorisait tous les vagabondages visionnaires. Avec le développement de la diffusion radiophonique. c'est l'anticipation sur le stade. Le prisonnier doit se libérer" [9] et donc le cinéma actuel n'est que "le Cro-Magnon du cinéma futur" [10]. à notre table. de même l'apparence d'un corps. la naissance des techniques d'enregistrement (photographie. "dans nos meubles. va se corporiser. Quelques années plus tard.

qui est avancée. -la comparaison avec la chrysalide atteste qu'il s'agit toujours de mutation organique. eux. "Un soleil qui se couche sur la Pacifique. électricité) et des futurs réseaux informationnels.] l'idée selon laquelle on pourrait imaginer non seulement le voyage par train ou par avion. l'un des principaux créateurs du mouvement de la cybernétique.chronologies ne sont pas descriptibles. ou doublée" [19].que dispense en un lieu quelconque un objet ou un événement quelconque" [15]. et non une spéculation visionnaire. Dans Cybernétique et société. car pour la première fois c'est une argumentation scientifique. il désigne. Paul Valéry ne se situe plus. ce changement de registre mérite d'être souligné. Un tel projet se rapproche clairement de la synthèse numérique. Il demeure partiellement organisciste : on s'attache à la constitution d'une matière modélisée. si loin qu'elle doive être de sa réalisation" [20]. Leurs topo. il commence par abstraire la forme fondamentale du phénomène : "Sans doute ce ne seront d'abord que la reproduction et la transmission des œuvres qui se verront affectées. La conquête de l'ubiquité. effort) et n'envisagent pas le moins du monde de se lancer dans des projets de synthèse et de transport substantiel du vivant (aujourd'hui. mais aussi par télégraphe. ils en seraient. après la musique [16]. lui aussi anticipé la télévirtualité. gaz. son.sont. cette forme peut être transmise ou modifiée. Il s'agit là d'un tournant dans le projet de transfert de présence. sa définition informationnelle. énergétique. paru aux États-Unis en 1950. La construction même du célèbre article. actuellement tout au moins. Cela se fera" [17]. de le transmettre et de le reconstituer à distance par une sorte de synthétiseur de présence. celles qu'empruntent les ingénieurs de la Téléprésence. de la forme plus que celle d'un fragment matériel . Unité de lieu et de temps définissent la présence physique. Mais les espaces-temps mentaux -ce à travers quoi on est physiquement présent. "L'individualité du corps est celle de la flamme plus que celle de la pierre. cinquante ans auparavant. Norbert Wiener. comme Apollinaire. propose une argumentation visant à établir la possibilité théorique de l'enregistrement et de la transmission du vivant. Affirmant que l'obstacle technique n'est que provisoire. il ajoute que cette reconstitution totale d'un organisme vivant ne serait pas "plus radicale que celle subie effectivement par le papillon au cours de sa métamorphose" [21]. En cela. mais modèles qui se perpétuent. un Titien qui est à Madrid ne viennent pas encore se peindre sur le mur de notre chambre aussi fortement et trompeusement que nous y recevons une symphonie. Avant de décrire et d'analyser la télé-diffusion de la musique et du son. Mais l'évocation de la synthèse informationnelle rapproche le projet de la logique numérique et même de la Réalité Virtuelle.De Paul Valéry à Norbert Wiener Jean Brun aurait pu également solliciter Paul Valéry qui a. Observons que les voies imaginées par Wiener ne sont pas du tout. il s'interroge : "Je ne sais si jamais philosophe a rêvé d'une société pour la distribution de Réalité Sensible à domicile" [18]. de toute manière. le prochain milieu candidat à la télé-exportation : les images visuelles. On . recèle une vision prémonitoire. Indépendamment du degré de pertinence du propos. et encore [22]. Pressentant la continuité entre le développement des réseaux énergétiques (eau.. multiples. Les majuscules élèvent l'intuition au rang de concept. La présence à distance : un concept charnière La présence est une notion à la fois évidente et floue. Wiener ne décrit pas simplement le projet. repose sur une conception "immatérielle" du corps. les mêmes marquages typographiques qui affectent la Réalité Virtuelle lorsque les ingénieurs américains des années soixante-dix la baptisèrent et signifièrent ainsi l'invention d'un nouveau milieu de "Réalité Sensible". n'est pas absurde en soi. On saura transporter ou reconstituer en tout lieu le système de sensations (italique ajouté par le rédacteur). L'idée maîtresse. le système d'excitations. soutenu par une intelligence profonde du phénomène.et on l'expédie grâce à une transmission substantielle. Radicalisant encore son pressentiment. Ils œuvrent dans le champ de la synthèse de la présence perceptive (image. rejoignant.. [. il indique comment il faut le réaliser. L'idée générale est de remplacer un corps humain par son double informationnel. bien incapables). non-substance qui demeure. tactilité. bien entendu. conforme à l'esprit conquérant de la cybernétique. sur le terrain de la fiction littéraire mais sur celui de l'extrapolation socio-technique. -ou plus exactement. On n'est jamais là et à l'instant où l'on croit. La définition énergétique de la matière annonce sa définition informationnelle : "Nous ne sommes que les tourbillons d'un fleuve intarissable.

la production d'une représentation formelle de l'objet à déplacer pour qu'il puisse passer par le filtre d'un réseau numérique. moderne avant la lettre : image qui se donne comme telle appelant à être appréciée pour ses qualités sensibles et non pour sa signification).La Téléprésence. Il s'agit donc de préciser et d'illustrer ces quatre opérations.l'accroissement des caractères incarnés des représentants ainsi obtenus (ajout de l'image au son pour accéder à la visiophonie.à l'action à distance : la notion physique de champ de forces (gravitationnel.s'expatrie continuellement.l'impossibilité. Il prévoyait ainsi l'interdépendance entre la simulation informatique et l'expansion des réseaux numériques. . à partir d'eux. nous rencontrerons certaines de ces directions même si nous privilégions plutôt les traits socio.. Nous envisageons les relations entre les phases . Il s'agissait bien de reconstitution à l'identique. qui constituent aujourd'hui les deux cas d'emploi du terme "virtuel" [23]. . demeurait prisonnier d'une vision réaliste du doublage. de nouveaux mondes. B . Mais le cybernéticien. Pour élargir les fondements d'une archéologie de la Réalité Virtuelle. ces quelques références devraient être complétées par de plus amples investigations. relatives notamment : ..techniques de la Téléprésence. passage à la troisième dimension dans Internet. à distance.à de nouvelles modalités cognitives et actives (comme le multifenêtrage. . Dans notre enquête.au fétichisme : prendre la partie pour le tout est une forme de présence à distance opérant par mobilisation d'un objet partiel remplaçant la totalité (qu'il s'agisse de satisfaction sexuelle. une définition Wiener avait vu juste lorsqu'il préconisait de réaliser le doublage informationnel d'un corps pour. mais poursuite du mouvement pour s'en approcher. le télé-déplacer. hybride entre la multiplicité des espaces d'un bureau réel et la bidimensionalité de l'écran ou encore l'usage du regard pour se déplacer dans les espaces de Réalité Virtuelle). Or les réalisations actuelles démontrent que la virtualisation ne réplique pas des univers de référence. par exemple). incarnée et imagée (tradition chrétienne en n'oubliant pas la position jésuite.dans cette tentative mimétique déjouée. de faire coïncider le représentant et l'original. Notre investigation de la Téléprésence est fondée sur un mouvement en quatre temps qui explicite la notion de déplacement informationnel et caractérise ses phases : . -à la présence divine (vue comme présence à distance) dans ses différentes versions : prophétique et donc portée par le discours ou le texte (tradition juive). naissance d'un espace propice à la création de formes hybrides soumettant le double informationnel de l'objet source -rendu transportable. .à l'espace langagier : mise en commun entre des sujets s'opérant toujours par le détour abstrait d'un tiers symbolisant. ensuite. toutefois.) concrétise une projection. de la cause. surtout à l'état immobile. ajustement plus ou moins spontané des acteurs économiques sans qu'ils soient directement en contact. et rendant de ce fait illusoire tout espoir d'une communication im-médiate.à la notion de marché. elle invente. . électrique. magnétique. d'opération langagière ou de substitution maternelle grâce à un "objet transitionnel"). etc. . Ainsi exprime-t-elle sa puissance générative. tout comme ses prédécesseurs de l'avant-dernier siècle.

d'imitation et d'invention comme une manière d'analyser les réalisations et les projets en cours, de les soumettre à une même interrogation discriminante. Cette interrogation, relève, par ailleurs, d'une problématique beaucoup plus vaste, que nous ne ferons que suggérer, englobant le champ de la dynamique technique, comme mouvement de création en tant que telle : imitation, détournement, inflexion de la nature, par d'autres moyens que la nature, et donc création, de fait, d'un nouveau milieu naturel/artificiel [24]. Modéliser et transporter La première opération de la Téléprésence consiste à traduire numériquement les composantes appelées à être déplacées (voix, image, éventuellement efforts physiques) [25]. De même, les éléments de l'environnement sujets à interactions sont transcrits (espaces documentaires, lieux de travail comme dans la Bureautique virtuelle). Enfin, les interfaces spécifiques nécessaires sont installées pour animer ces univers (de la définition des zones sensibles dans l'écran aux organes de commandes gestuels tels que les souris et joysticks - jusqu'aux interfaces de Réalité Virtuelle comme les gants de données, casques d'immersion, etc.). Ce premier mouvement s'adosse à la simulation informatique qui affine sans cesse ses capacités à produire des modèles numériques fonctionnels des objets et systèmes qu'elle prend pour cible. Dans un deuxième temps, on transporte, via des réseaux adaptés, ces éléments modélisés. Une grande variété d'applications concrétise cette double opération qui, de l'enseignement à distance au télétravail en passant par le déplacement d'œuvres ou de musées et les facultés inédites de travail coopératif à distance, combine différents composants (textes et graphismes avec ou sans image de l'interlocuteur, réception des efforts physiques à distance, etc.). On ne fera pas ici la typologie de ces configurations, nous réservant par la suite d'approfondir certains exemples, en particulier dans le domaine de la Réalité Virtuelle, qui concentre le plus grand nombre de canaux perceptifs. Déplacement d'existence et déplacement de présence Simuler et déplacer, ces deux opérations recouvrent les deux cas d'emplois du terme "virtuel". Le premier, la modélisation numérique, désigne une variation d'existence. De la réalité de premier ordre, empirique, on passe à une réalité de deuxième ordre, construit selon les règles de la formalisation physico-mathématique. La deuxième acception du terme"virtuel" relève d'une variation de distance, et c'est là que prend place le transport par réseau. On parle d'entreprises, de casinos, ou de communautés virtuels pour désigner des institutions, ou des personnes, éloignées et qu'on ne peut atteindre qu'à travers le réseau. Et cet éloignement est le fruit de leur modélisation numérique préalable, condition pour qu'ils puissent se glisser dans les mailles du réseau. On entre en rapport effectif avec un ensemble de signes traduisant leur présence (textes, voix, images, etc.) dans une forme mue par des programmes informatiques. Cette animation automatique par programmes donne consistance à l'appellation "virtuel". Sinon, il s'agirait d'une simple télé-communication, comme avec le téléphone. (On peut parler, par exemple, de "casino virtuel" sur Internet parce qu'un modèle de casino fonctionne sur un serveur, à distance). Le "virtuel" de la simulation ne s'oppose pas au "virtuel" des réseaux, il le prépare. Ces accommodations numériques ne sont certes pas anodines et il ne faudrait pas laisser croire qu'elles se contentent de répliquer les phénomènes et les relations situés à leur source. Elles ne se limitent pas à filtrer la communication à distance. Elles sélectionnent, surtout, les matériaux qui se prêtent à une transmission (ainsi l'odorat, malgré les récentes recherches en cours, est couramment délaissé au profit de l'image plus valorisée culturellement et... facilement modélisable). La forme des entités déplacées, tels les "avatars virtuels", est strictement dépendante de ces sélections opérées. Tel "avatar" privilégiera la qualité graphique des costumes, un autre la qualité sonore, un autre encore la conformité photographique du visage. C'est dire si ces transpositions altèrent et redéfinissent les acteurs engagés ainsi que leurs relations.

C - Les interfaces : la commutation homme/univers virtuel Avec le développement des organes intuitifs de commande des ordinateurs, dans les années quatre-vingt, la notion d'interface a d'abord désigné les organes matériels de communication homme/machine (tels que le clavier, la souris ou les leviers de commande) ainsi que l'organisation dynamique des affichages à l'écran (multifenêtrages et menus déroulants). Dix ans plus tard, avec la vague du multimédia, la diffusion du CD-Rom et d'Internet, une autre signification s'y est adjointe, dès lors qu'il devenait possible d'activer directement les objets sur l'écran. La notion d'interface graphique est apparue, désignant à la fois les outils de navigation dans un programme multimédia ainsi que l'organisation logique de l'application, telle qu'elle apparaît sur l'écran. Nous réservant de reprendre plus avant cette dernière acception de la notion d'interface, nous centrerons, ici, notre analyse sur son versant externe, matérialisé par les équipements de commutation entre l'expression humaine et les univers virtuels, tels que : éditeurs partagés, affichage vidéo, visio et audio-casques, gants capteurs, costumes de données, senseurs, exo-squelettes, systèmes à retour d'efforts ou leviers de commandes multiusages. Espaces de travail partagés Le travail de groupe sur les mêmes sources numériques (architecture, dessin industriel, etc.) a rendu nécessaire la mise au point d' « éditeurs partagés » assurant la collectivisation de toute modification individuelle apportée au projet, ceci afin d'échapper à l'imbroglio résultant de la circulation simultanée (par disquette ou courrier électronique) de plusieurs versions d'un même travail. Manipuler des objets communs est une chose, échanger à propos de cette activité en est une autre. Comme l'explique Michel Beaudoin-Lafon, directeur du Laboratoire de Recherche Informatique à l'Université Paris-Sud : "En effet, le processus de production de l'objet est aussi important que le résultat de ce processus, particulièrement dans les tâches à couplage fort (nécessitant une très forte interaction entre les participants, comme dans le brainstorming). Par exemple, lorsque l'on fait un croquis pour expliquer une idée, on fait constamment référence à cette figure par des gestes. Il faut donc donner les moyens à chacun de percevoir les actions des autres et pas seulement le résultat de ces actions" [26]. Plusieurs systèmes prennent en compte cette dernière faculté en affichant sur les documents, les positions des pointeurs activés par les participants ou encore en délimitant, par des dégradés de couleurs, les zones que chacun affiche sur son écran, de telle manière que chacun puisse voir ce que regardent les autres. Le partage, à distance, d'espace de travail est aussi l'objectif visé par le système ClearBoard [27]. L'image vidéo de l'interlocuteur est superposée à la surface de travail sur l'écran de l'ordinateur, si bien que les deux personnes ont l'impression de travailler à modifier un plan, par exemple, en étant situées de part et d'autre d'une vitre transparente sur laquelle s'affiche ce plan. L'espace de travail se confond alors avec l'espace de communication. C'est l'une des concrétisations de la notion de mediaspace, espace commun de travail à distance sur des ressources multimédia, mobilisant principalement ordinateur, caméra vidéo et microphone, prolongeant des équipements habituels (courrier interne, téléphone, messagerie, etc.). Ces recherches ont mis en lumière la nécessité de respecter les échelles de disponibilité de chacun des participants à un médiaspace, en particulier lorsque tous partagent des locaux contigus (laboratoire, ensemble de bureaux d'un service, etc.). Dans ces conditions, autant les espaces communs (cafétéria, bibliothèque) sont toujours accessibles, autant les postes de travail personnels peuvent alors être protégés d'une incursion intempestive par de subtiles procédures qui vont de l'affichage d'une porte sur l'écran (ouverte, entrouverte -il faut alors frapper- ou fermée) au "coup d'œil" lancé vers l'écran d'un collègue pour le saluer brièvement ou vérifier qu'il est disponible. D'autres codes sociaux gouvernant l'établissement d'un contact, telle la graduation de l'approche permettant progressivement l'installation de la relation, se révèlent plus difficile à reproduire. Avec les écrans, les transitions sont difficiles à ménager : l'image apparaît soudainement. Des propositions sont à l'étude pour y remédier.

En tout état de cause, on peut déjà observer que le doublage des relations de proximité ordinaire par des dispositifs techniques, tout en tenant compte des contraintes sociales locales, les modifie en instaurant un double système de relation. Ces systèmes imprégnés des contraintes dues à la séparation physique, inventent de nouvelles mises en forme des espaces de travail ; c'est cela qui les distingue d'une simple télétransmission et qui rend indispensable une modélisation préalable du fonctionnement des interfaces élaborées. On retiendra, de plus, que les mediaspaces -a priori conçus pour donner la sensation d'un espace commun entre des équipes éloignées- sont aussi expérimentés dans des institutions à localisation unique. Réalité augmentée, réalité ajoutée, doublage virtuel des interfaces Toute invention d'interface est un nouveau circuit reliant réalité de premier ordre et réalité modélisée. Les exemples qui suivent indiquent différentes voies par lesquelles la commutation réel/virtuel s'établit. On ne saurait trop souligner l'importance de l'une de ces directions : l'alliage de l'objet matériel et de sa modélisation virtuelle. Le projet Karma, développé par une équipe de l'Université de Columbia (New-York) permet d'ajouter à la vision ordinaire d'un équipement, une vue synthétique tridimensionnelle permettant de faire fonctionner celui-ci. L'imprimante tombe-t-elle en panne ? Il suffit de mettre une paire de lunettes, forme simplifiée d'un casque de vision de Réalité Virtuelle. Le squelette fonctionnel apparaît. Il ne reste plus qu'à manœuvrer les boutons, leviers et autres manettes virtuelles permettant d'ouvrir un capot, faire glisser un tiroir, activer un mécanisme et en observer les conséquences ; le tout en simulation, bien entendu [28]. Ainsi, la Réalité Virtuelle surimpose à la vision ordinaire de l'objet une vue chirurgicale fonctionnelle, autorisant la manipulation simulée de l'objet. Les interfaces matérielles (organes de commandes de l'appareil) ont ainsi été doublés par leurs équivalents virtuels. Dans le même registre, d'autres recherches ont pour objectif la disparition du support d'affichage lui-même : plus d'écran à regarder ni de lunettes à porter. Dans la filiale européenne du P.A.R.C. de Xerox, installée à Cambridge (Grande-Bretagne), P. Wellner dirige un projet nommé Digital Desk qui élimine les interfaces habituelles (clavier, souris, etc.). Sur le bureau s'affichent directement les données issues d'un projecteur numérique en surplomb relié à un système élaboré de vision artificielle capable d'interpréter certains gestes et de reconnaître des données montrées du doigt sur le bureau, par exemple. Les activités médicales constituent aussi un important champ d'expérimentation pour ces interfaces plus naturelles. Ainsi, un institut allemand a conçu une table de consultation destinée à l'initiation à l'anatomie [29]. Plusieurs étudiants, équipés de lunettes à cristaux liquides, peuvent observer l'un d'entre eux, disposant d'un "gant de données", manipuler une image tridimensionnelle d'un corps humain projeté sur la table lumineuse. Squelette, système circulatoire, respiratoire, etc. peuvent être, tour à tour et simultanément, visionnés ou auscultés. Ici, l'écran individuel a été remplacé par un équipement permettant de collectiviser l'apprentissage. Réalité animée Les "réalités prolongées" assouplissent des objets qu'on plie selon nos quatre volontés, c'est-à-dire incorporent certaines dimensions subjectives humaines dans leur mode de manipulation. Dépositaires d'une réactivité, d'un réglage comportemental, ils s'ajustent à nos comportements et s'auto-définissent dans un rapport adaptatif. Les recherches sur les smart rooms et smart clothes élargissent ainsi la notion d'objets interactifs. Citons Alex Pentand, l'un des responsables de ce programme de recherche au Medialab du M.I.T. à Boston : "It is now possible to track people's motion, identify them by facial appareance, and recognize their actions in real time using only modest computational resources. By using this perceptual information we have been able to build smart rooms and smart clothes that have the potential to recognize people, understand their speech, allow them to control computer displays without wires or keyboards, communicate by sign language, and warn them they are about to make mistake" [30]. Au-delà de l'usage d'ordinateurs, de vastes perspectives sont ouvertes pour élaborer des objets sensibles, cartes de crédit qui reconnaissent leur propriétaire, sièges qui s'ajustent pour nous garder éveillés et à l'aise, chaussures qui savent où elles se trouvent. Transformer les objets qui nous entourent en assistants personnels, tel est l'objectif poursuivi.

Autre exemple. dont nous utilisons des versions simplifiées sur Internet. Ajoutons "de compétence". la nature de ses requêtes récentes. Car c'est la simplicité d'utilisation. sont utilisées. Dans cette approche. Ces outils symboliques. outils de vigilance ou de décision pour les contrôleurs aériens. à un programme de traiter une requête telle que : "Trouvez-moi les trois livres les plus intéressants sur les nouveaux projets d'interfaces". explique : "De fait. au centre des activités de l'Advanced Technology Group d'Apple visant à enrichir les interfaces graphiques -basées sur le multifenêtrage et les menus déroulants. nombre de techniques d'inscription (dessins d'architecture.. affichées dans un espace tridimensionnel. Le maître mot est celui de délégation. toute une symbolique spécifique s'élabore pour amplifier la portée cognitive des systèmes conçus. en particulier. etc.).. une fois définies les conditions initiales et l'objectif souhaité. On demande. Les ingénieurs qui circulent. dans la transposition virtuelle de la navette spatiale réalisée par la NASA. La mise au point de tels agents "intelligents". débris. dessin industriel. afin de doter des programmes de capacités à reconnaître et à interpréter les actions de l'opérateur dans le balayage de banques d'informations. Il s'agit de fournir à des agents autonomes certaines compétences limitées leur permettant de conduire une activité de manière autonome.. Comme l'explique Bertrand Duplat. au voisinage de cette navette visualisent ces écoulements aérodynamiques sous la forme d'êtres mathématiques répartis dans l'espace. par immersion virtuelle. etc. il faut ". plus que le recours systématique à l'immersion. Ces recherches sont à rapprocher de celles entreprises dans un autre cadre : l'intelligence artificielle distribuée.inventer des métaphores intuitives qui permettent une utilisation pragmatique de la réalité virtuelle. On installe une scénographie et un jeu d'acteurs qui. les articles qu'il écrit. dites de programmation multi-agents.. consultera les "abstracts" et autres listes de mots-clés dans les bases de données qu'il jugera les plus appropriées. .). responsable du Human Interface Group dans ce laboratoire d'Apple. enchaînent eux-mêmes les actions nécessaires pour résoudre le problème. nos ordinateurs savent déjà bien des choses sur nous : leurs disques durs contiennent les coordonnées de nos interlocuteurs. invisible. dans le domaine documentaire. Symbolique amplifiée Parallèlement aux dimensions strictement fonctionnelles. nos ressources et dépenses. Ils pourraient en apprendre encore plus dans notre courrier électronique" [31]. Ces méthodes. point n'est besoin d'un programme de résolution global. L'objectif est de maîtriser des systèmes d'informations complexes et de grande dimension (supervision de processus industriel. avant eux. de mieux comprendre le fonctionnement de systèmes complexes tels que la modélisation moléculaire (utilisé chez Glaxo) ou l'analyse de données financières. l'association de ces conduites pouvant aboutir à résoudre des problèmes (comme le jeu du pousse-pousse ou le Rubix's cube).popularisés par le bureau du Macintosh.) [33]. de l'air autour de la navette spatiale. en effet. par exemple. l'Institut Français du Pétrole utilise une interface de navigation permettant de circuler dans une base de données scientifiques tridimensionnelle. donnent forme à des mixages de représentation réalistes et d'espaces cognitifs. notre agenda. La mise au point de ce type d'outil peut ainsi faciliter l'analyse de systèmes à plusieurs paramètres. radicalisant ainsi ce qu'ont préparé. qui garantira le développement de ces nouvelles interfaces et donc des applications professionnelles de cette technologie" [32]. depuis plusieurs années.C'est ce même objectif que visent les "robots chercheurs". celui-ci parcourra un ensemble de banques de données. pour modéliser l'évolution d'une situation aussi complexe que la vie d'une fourmilière ou étudier la dynamique d'évolution de robots adaptatifs dont la morphologie évoluera en rapport avec l'accomplissement plus ou moins réussi de certaines tâches comme la recherche dans leur environnement et le transport de certains matériaux (minerai. L'interaction avec un modèle virtuel abstrait permet. Par exemple. Il faut pour cela que des programmes puissent avoir accès à nos habitudes et soient en mesure d'acquérir des informations sur nos centres d'intérêt sans que nous soyons obligés de leur faire subir un fastidieux apprentissage sur le modèle des systèmes experts actuels. directeur de Virtools. Eric Hulten. loin d'imiter la réalité empirique. est. Connaissant les centres d'intérêt du demandeur. etc. des flèches stylisées viennent figurer l'écoulement. ce qui est impossible avec tout autre moyen.

Ainsi. écran visuel portatif connecté à un DVD. le constructeur américain ACT Labs propose un volant sensible qui transmet les moindres cahots du bolide engagé dans l'épreuve. qu'il s'agit de prototypes nullement stabilisés sur le plan technique et dont la large diffusion est loin d'être garantie. En simulation de vol. En fait. flux opto-électro-magnétique. La liste est longue des trouvailles et autres ingénieux dispositifs qui assurent ces fonctions [37]. pour les courses d'automobile. Par exemple. c'est la direction générale prise vers le prolongement virtuel des objets quotidiens d'une part et la multi-sensorialité de l'autre. Une partie majeure du savoir-faire des ingénieurs s'investit dans l'invention et la mise au point d'interfaces destinées à assurer la conjonction entre les univers virtuels et notre corps. Nous en voulons pour preuve. les systèmes de Réalité Virtuelle qui jusqu'à présent demeuraient l'apanage de laboratoires scientifiques ou de lourds équipements de jeux d'arcades.permet de visiter. l'un des principaux vecteurs de diffusion de l'augmentation sensorielle. dans les jeux guerriers. Nous savons bien que les voies qui conduisent une innovation de laboratoire à un usage étendu sont impénétrables. Et en décembre 1998. mais auraient alors perdu la di- . capteur du déplacement longitudinal. provoque un recul variable selon qu'on actionne une arme à répétition ou un canon. Cette solution -la "patinette immobile".Mais ici la fonction représentative est augmentée d'une mission directement opérationnelle. semblent pouvoir se répandre dans les foyers. Avec la Réalité Virtuelle. etc. Mais notre recension n'a pas un objectif prospectif.). lorsque les chercheurs de l'Université de Caroline du Nord ont réalisé leur prototype de visite virtuelle d'un vaste espace architectural -en l'occurrence. Microsoft. Équipée de haut-parleurs. pour sa part. Les jeux vidéos sont. il y a peu encore. justifié. il propage les efforts selon les conditions de vol et le type d'avion utilisé et. Dès 1998. Dans la même perspective générale. situé à deux mètres de distance . laquelle se concrétisera selon des trames encore mal dessinées. avec des lunettes spéciales en guise d'écran d'affichage. la mise sur le marché des jeux vidéos. muni d'un guidon enregistrant les inflexions directionnelles. Des améliorations techniques notables (suppression des retards d'affichage des images lors des mouvements brusques. elle réagit aux différentes phases du jeu grâce à ses vibreurs disposés dans le dos et sous le siège. Sony annonçait la mise sur le marché de Glasstron. commercialise depuis décembre 1997. des espaces de très grande dimension (hall d'exposition d'aéroport. l'image est paraît-il de grande qualité et l'impression saisissante [36]. fluidité de l'imagerie informatique. IBM présentait un micro-ordinateur portable (moins de trois cents grammes) contrôlable à la voix. l'apanage de laboratoires ou de professionnels spécialisés [34]. Chaque projet d'envergure se doit d'inventer l'équipement de commutation approprié. dans un laboratoire de taille modeste. récréant à quelques centimètres des yeux l'impression d'une écran de plus de plus d'un mètre de large. Au delà de la maturation et de la sélection des systèmes qu'assure le champ des jeux vidéos ainsi que l'expansion des technologies mobiles (téléphonie évoluée. une société américaine mettait sur le marché The Intensor Tactile Chair. approche de certaines limites physiques des composants. un tout autre volet se découvre. postes légers de connexion à Internet. vitesse de commutation des états (avec le méga-hertz comme unité). Ils auraient pu se contenter d'un levier manuel de commande. mais orientation généralisable Nous avons décrit et commenté des recherches avancées qui donnent le sentiment.qui vibre si l'on roule sur une chaussée déformée et oppose une résistance croissante dans les virages si la vitesse augmente. chaise conçue pour les jeux vidéos. D . Recherches spécialisées. c'est le type de matérialité qui se modifie : miniaturisation. Déjà en Novembre 1998. par exemple) ainsi qu'une spectaculaire baisse des prix [35] laissent entrevoir l'ouverture des marchés grands publics. le dispositif SideWinder -manche à balai rétroactif contrôlé par repérage de position optique et muni de deux moteurs. un hall d'hôtel.) ce qui nous semble pouvoir être retenu.Le retour du corps On a souvent mis l'accent sur le versant "immatériel" des technologies du virtuel.ils ont imaginé un tapis roulant. par exemple. d'interfaces de " retour d'effort" qui étaient. évidemment. etc. rien de tout cela n'est vraiment immatériel. Elle indique une direction générale.

mension corporelle déambulatoire. hybridant nos sens aux expériences virtuelles. Équipés de systèmes à retour d'effort. qui retombe conformément aux lois de la résistance de l'air. enregistrement des mouvements oculaires. "implique le corps de manière discrète mais très profonde". sous l'impulsion de leur traduction numérique. l'adaptation ou le détournement de telles interfaces. ces appareillages ne pourront s'effacer totalement. On aura compris qu'il s'agit de souffler sur un capteur pour détacher les fleurs du pissenlit ou faire s'envoler la plume. L'extrême malléabilité des productions simulées (sons. Des applications à caractère fonctionnel. Le visiteur introduit. devient l'interface d'effeuillage de l'image numérique. caméras alimentant des réseaux neuronaux pour reconnaître la disposition des mains devant un écran. Avec La plume et le pissenlit d'Edmond Couchot et Michel Bret [39.) exige des interfaces matérielles. Le geste et le sens [40] Claude Cadoz. décalé d'une bouteille "de patience" de la tradition hongroise (exposée à coté). indispensable à la restitution des sensations éprouvées lors d'une visite d'un bâtiment. images. à titre d'exemple. privilégient l'invention. Tenir son œil au bout de sa main. métaphore de la vie corporelle s'il en est. exploitent les mêmes directions : saisir avec l'œil (tir des pilotes de chasse) ou commander à la voix. en fait. rappelle les trois fonctions principales du canal gestuel [41]. mouvement. avec sa main. Même s'ils s'allègent. lasers inscrivant directement l'image sur la pupille. Le globe est. Il n'est pas étonnant que les investigations artistiques de l'univers de la Réalité Virtuelle. La mise en correspondance généralisée avec les environnements simulés par la Réalité Virtuelle souligne l'importance des équipements de connexion. etc. Ce qui retient l'attention. qui revient au centre de ces recherches.] le souffle. etc. c'est la prise d'information directe sur le flux perceptif : capteurs bio-électriques destinés à enregistrer la contraction des muscles et à en déduire les trajectoires gestuelles. l'installation Handsight d'Agnes Hegedüs [38]. un capteur qui explore un univers virtuel. les activités perceptives. On doit ici faire mention d'une tendance des recherches actuelles visant à diminuer la lourdeur de ces interfaces : caméras analysant la position tridimensionnelle des mains. le canal gestuel possède aussi . L'intelligence sensible de nombre d'artistes s'investit ainsi dans la création de situations propices à induire une suspension du temps ou un trouble dans la situation spatiale. dans la communication dite "multi-modale". considéré comme sujet de la perception. efforts physiques. signalons que des logiciels de simulation permettant l'exploration sensible de la résistance d'objets tridimensionnels grâce à la souris sont déjà expérimentés. un globe oculaire dans un globe en Plexiglas vide et transparent. Plus on souhaitera affirmer le réalisme des interactions avec ces mondes (et ceci est une logique majeure). tel est le collage perceptif que nous propose l'artiste. Outre une mission sémiotique évidente (le geste accompagnant la parole afin de situer la nature du propos). Les déplacements manuels provoquent le calcul d'images affichées sur un grand écran. Citons. car ils organisent la commutation de nos actions perceptives avec les mondes virtuels. on ne peut plus visibles et palpables. D'où la vitalité des recherches en matière d'interfaces. inventent des modalités inédites de fréquentation d'univers virtuels. indiquant ainsi qu'un vaste mouvement d'échange et de combinaison des perceptions est aujourd'hui en cours. Bien que ne relevant pas directement de la Réalité Virtuelle. grâce aux interfaces conçues. C'est bien notre corps. dispositifs déterminant la direction du regard. Ces interventions ont souvent en commun d'échanger ou de combiner. recherches qui. la souris restitue les sensations de résistances lors de l'auscultation d'objets modélisés apparaissant à l'écran. perception tactile. Le souffle. dans une très intéressante étude sur la place des sensations physiques dans la communication avec l'ordinateur. dans le même mouvement. comme le dit Edmond Couchot. plus cette commutation occupera le centre de la scène virtuelle.

encore assez dégradée. la jonction entre l'univers informationnel et l'univers énergétique/mécanique. à son modèle) et la sauvegarde d'une réalité tenue en retrait.une direction extensive (d'une présence.la transmission plus ou moins dégradée des vecteurs de communication (comme la représentation des intervenants par un "avatar" schématique). où l'image est une médiation active dans l'accomplissement d'un acte : vengeance. E .une direction intensive. de la présence à distance non interventionniste. dans les réseaux actuels -téléphone. il est aussi énergétique. La fonction épistémique prend en charge la "perception tactiloproprio-kinesthésique".Graduations de présence Mobilisant nécessairement des interfaces. rappelle Claude Cadoz. les mouvements d'un corps. comme le geste. on le déforme. avec l'invention d'indicateurs abstraits de présence. de ce que la vue est une présence à distance qui respecte. "Il existe des situations communicationnelles où la dépense d'énergie est nécessaire" [43] comme la communication musicale. . stade magique des temps anciens (non totalement révolus). la texture. Elle permet d'apprécier des qualités telles que la température. Télétel. satisfaction d'un désir. Internet.des fonctions épistémiques et "ergotiques". son objet. Nouvel âge des représentations. Les notions d'interaction. Que sont ces indicateurs ? Il est bien connu que toute communication à distance nécessite des marqueurs spécifiques qui suppléent aux incertitudes nées de l'absence de contacts directs. La Réalité Virtuelle assure. jusqu'à l'affichage de la cartographie des échanges entre plusieurs participants). La spécificité du canal tactile est de modifier l'état de la source qui le stimule. au détriment du contact physique va de pair avec un certain puritanisme qui n'est plus de mise. aussi simplifiées soient-elles. la fonction ergotique du geste ne peut être séparée de sa fonction sémiotique. en revanche. Celles-ci étagent des niveaux de présence selon deux lignes non exclusives : . aussi. souffre de connotations négatives qui mêlent les interdits sexuels à cette dimension. travail en grec) tient à ce que le rapport à notre environnement n'est pas exclusivement informationnel. aide pour surmonter une épreuve. L'impossibilité d'imiter les relations ordinaires des humains entre eux et avec leur environnement matériel s'allie avec ces procédures abstraites pour donner forme à de nouveaux milieux où la présence ne se conjugue plus au singulier mais selon des graduations. de retour d'effort du virtuel vers le réel [42] illustrent notamment ce mouvement. La dimension "ergotique" (de "ergon". c'est précisément l'intégrité dont elles bénéficient lors de tout acte contemplatif. L'écriture mobilise ses codes graphi- . par définition. . de nouveaux modes de relation combinant : . -si l'on appelle ainsi une image chaînée avec des actes. peut être encore plus fondamentale. dans certaines activités. Elles découvrent. L'iconophilie contemporaine se soutiendrait donc. de manière emblématique. comme la danse. la forme. Si l'on serre un gobelet en plastique. Le primat du contemplatif. elle renoue avec l'interventionnisme de l'image. De même. L'image actée.et des procédures abstraites (comme le simple adressage automatique par liste de diffusion sur Internet. On semble ici aux antipodes d'une réflexion sur le statut des images si tant est que ce qui caractérise notre relation aux images optiques (aussi bien qu'à celles qui sont faites à la main). notamment lorsqu'elles revêtent un caractère collectif. les transpositions virtuelles échouent à rendre compte pleinement de la simplicité des interactions ordinaires. d'altération de l'objet.constitue un compromis ingénieux entre l'accès direct à l'objet (en fait. Il est vrai que le toucher.aux figures plus expressives promises par la Réalité Virtuelle en réseau [44]). relativisant ainsi la coupure que la cybernétique des années cinquante avait établie entre énergie et information. etc.

Les concepteurs parlent à la fois "d'ensemble de mécanismes fortuits" et de "conventions sociales classiques qui relèvent du <<monde réel>>". le fonctionnement -complexe. Le nimbus est "le lieu où un objet met à la disposition des autres objets un aspect de lui-même. jouiront en revanche d'un cœfficient de présence plus soutenu. l'aura est un sous-espace lié à l'objet qui augmente le potentiel d'interaction entre objets. Elle vise plutôt à montrer en quoi ce travail est exemplaire. équipés de systèmes de Réalité Virtuelle. monter sur une estrade pour se rendre plus facilement visible. Mais DIVE organise aussi les interactions entre des acteurs humains et des objets (livres.de cet espace coopératif de travail. Ces opérations rapportées au monde réel consisteraient. Ces derniers sont dotés de propriétés qualifiant leurs modalités d'interactions avec les usagers. Les autres dossiers dispersés. Fahlen.C. atténuer ou étendre certains champs. Par exemple. Or. ils apparaissent avec des corps schématisés surmontés d'une vignette photographique affichant leur visage). documents. . Nous pensons qu'un système qui correspond aux métaphores naturelles du monde réel sera facile et naturel à utiliser" [46]. tel un faisceau lumineux. Ils explicitent des mouvements abstraits. assez abstraits. À ce moment. et c'est cela qui est novateur. Des programmes particuliers peuvent transformer les sousespaces pour amplifier.S. dans le détail.) se fondent dans un décor vague. à utiliser un microphone pour amplifier la voix. met à profit l'ingénierie numérique pour intensifier la présence (capteurs corporels. pouvant être affiché par programmes informatiques. respect plus strict de la grammaire.ques et sémantiques pour diminuer la flottaison du sens (mise en page. Ainsi que le déclare. la position et l'orientation comme des mécanismes de traitement de l'information. L'objectif est de reconstituer un espace de travail commun pour des acteurs humains éloignés. sources audiovisuelles). par exemple. On le sait. développé au S. La Téléprésence. les réseaux actuels (Télétel. les autres objets (chaise. DIVE gère leur signalisation respective dans l'espace sous la forme d<<'avatars>> (dans la version actuelle. Les concepts. par des acteurs éloignés. Par exemple. Internet) sont encore faiblement incarnés. Le focus est le centre d'attention qui agit comme sélecteur d'informations. nimbus rayonne du <<je ne sais quoi>> qui émane de la star de cinéma -ce qui fait que chacun s'arrête et que tous portent attention sur elle" [47]. Ainsi en est-il de la notion de "centre d'intérêt". c'est l'image de ce dossier que nous projetons. quant à elle. mélanges de présences physiques et de traitements abstraits. qui gouvernent nos rapports à un environnement matériel et humain. dira-t-on dans le vocabulaire de DIVE. est un système multi-utilisateur de télévirtualité qui expérimente des mécanismes d'interaction pour des tâches effectuées. Lennart E. de couleur différentes.). protubérances visuelles. ordinateur. DIVE ou l'invention de marqueurs relationnels abstraits Le projet DIVE (Distributed Interactive Virtual Environment). C'est ce genre de rapports que les concepteurs de DIVE tentent de matérialiser dans l'espace commun. le phénomène le plus radical est encore d'un autre ordre : c'est la combinaison des deux lignes extensives et intensives. Il vise aussi bien à reconstituer un cadre de travail de bureau (muni des outils bureautiques) qu'un laboratoire de recherche. Par comparaison avec le monde réel. etc. Car il ne s'agit plus de restitution mais d'invention de marqueurs abstraits d'interaction (signes graphiques. Lorsque nous recherchons un dossier dans un bureau. Mais la tendance à l'augmentation s'affirme nettement [45]. retour d'effort) en inventant de nouveaux marqueurs. ou plus exactement mentaux.. s'adresser à quelqu'un nécessite d'intercepter son champ visuel -augmenter le potentiel d'interaction avec cette personne. l'un des responsable du projet : "Nous proposons un modèle d'interaction qui utilise la proximité dans l'espace. L'exemple du projet DIVE aidera à les situer. sur l'environnement.I. aboutissant à la création d'hybrides. ou d'horizon de recherche. l'identité ou l'activité. livres. accrochées aux "avatars"). Notre ambition n'est pas de décrire. et entre eux.. par exemple. en Suède. Des concepts-clés ont été forgés. en coopération. La communication téléphonique majore les caractères formels de l'échange et use abondamment de la redondance. Cela peut être une projection de qualité ou de propriété comme la présence. qui gouvernent DIVE restituent nos habitudes de fréquentation d'univers sociotopologiques.

les créateurs de DIVE ont défini des instruments. et. substituts. On voit s'ébaucher une démarche visant à objectiver. il ne faut pas l'oublier. en tous cas.). on ne peut traduire à l'identique nos activités perceptives (vision. une habitude d'usage ? Un passionnant champ de recherche s'ouvre aux "psychomécaniciens" des environnements communautaires afin de traduire la diversité de nos mouvements relationnels. où il s'agit de doubler la vie réelle. une envie. que pour faire coopérer des communautés à distance de manière régulière et fructueuse.des investissements psychologiques habituels. qui. On peut tirer quelques enseignements à caractère plus général de ce projet. Les relations d'usages. mais une graduation d'existence. synthétique (mue par les programmes informatiques) et humaine (alimentée par l'activité immédiate d'un sujet). Cela exige de prendre en compte les dimensions psychosociales des relations de travail [48]. d'intérêts. de même que la fréquence des rapports sont concrétisées. nécessairement rigides et peu malléables. Les spect-agents procèdent d'une co-construction. Ce néologisme désigne ce qui n'est ni un double.Plus les champs visuels sont interpénétrés. Les spect-agents L'ingénierie de simulation. Une sorte de couche relationnelle est projetée sur la scène matérialisant graphiquement les interactions à l'œuvre. dont la caractéristique essentielle consiste à être animée. à la source. en imaginant une ingénierie infographique socio-topologique. Le vocable spect-agent exprime l'alliance de la fluidité du spectre et du caractère actif du représentant lié à son origine humaine mais aussi aux automatismes qui l'animent (on a vu comment des "représentants" peuvent exprimer des fonctions abstraites de présence). due. par un agent humain. préhension. Cette couche abstraite traduit partiellement. représentants numériques. plus l'affinité est importante. On peut prédire un bel avenir à cette direction de recherche. doubles. ni une copie dégradée. Encore moins peut-on espérer restituer ce qui est le plus mobile et fugitif. formation ou relation libre) bien qu'un strict partage entre ces postures soit difficile à imaginer. . Mais elle les exprime à travers des jeux scénographiques agençant les propriétés modélisées des différents acteurs (objets et humains). Restituer les dimensions affectives dans la communication à distance est un objectif partagé par de nombreuses recherches. C'est donc une dénomination plus respectueuse de la spécificité de ces représentants que le terme "avatar" (signifiant "copie dégradée") fréquemment employé. Comment traduire un désir d'en savoir plus. Ils ont finalement inventé un nouveau milieu d'interaction sociale dont il serait absurde d'imaginer qu'il traduise la souplesse des interactions ordinaires d'une communauté en co-présence mais qui. Les acteurs -humains et non-humains. etc. On est donc conduit à densifier les fonctions de présence et à ne pas se contenter de les transporter. à imager métaphoriquement des mouvements subjectifs latents. En effet. des désormais célèbres "émotikons" sur Internet au modelage expressif des "avatars" des communautés virtuelles (comme dans l'expérience HABITAT au Japon). continue à interpréter et à ajuster les interactions à l'œuvre. dans sa quête de densification des relations à distance fait naître une génération d'avatars. pour ce faire d'inventer une générativité. Il se confirme. on ne saurait se limiter à convoyer des informations. spectres. pour une part. à la résistance qu'oppose le réel à sa duplication mimétique. Nous regroupons ces créatures sous le vocable de spect-agent. alors que d'ordinaire ces mouvements sont intégrés automatiquement dans notre perception spontanée de la situation. une aversion. bien sûr. mais qui offrent l'énorme avantage de se prêter au calcul par programme et de se surajouter ainsi à la perception spontanée.de ce monde virtuel possèdent un différentiel de présence qui traduit la nature et l'intensité des relations qui les unissent (ou les séparent). Les concepteurs auraient pu se contenter de dupliquer les conditions du travail coopératif. en revanche. Plutôt que de s'y essayer. car ici encore faute de reproduire on invente. pour ensuite cartographier les interactions à l'œuvre. et ce. Telles sont bien les limites et la portée de la Réalité Virtuelle. grâce à des traitements par programmes. nos états mentaux. crée des outils formels pour une cartographie dynamique relationnelle. Peut-être leur faudra-t-il spécifier les formes matérielles de ces mouvements selon le degré d'opérationalité souhaité (travail.

ces agents commencent à être déclinés. etc. etc. gestes. De même.). les troisièmes types de composants pour la synthèse en milieu virtuel sont les dimensions affectives. des assemblées d'agents humains et non humains (objets. Conçus en Réalité Virtuelle. la C.agressivité. Celle-ci associe librement les vecteurs perceptifs et effectifs de l'action humaine (déplacement par le regard. vision qui se poursuit en action comme dans le tir par viseur tête haute où repérer la cible sur la visière virtuelle permet de déclencher le tir par la voix).R. ainsi que des comportements à vocation imitatifs ou prédictifs (la simulation réaliste. la restitution formelle et empirique (imitation de l'apparence tridimensionnelle et simulation comportementale d'objet) avec la construction inédite d'un milieu cognitif et relationnel objectivé (inscription graphique des relations. F . De même.Ainsi. toujours disponible. attitudes. Le joueur les rencontrera et il devra comprendre. ces agents incarnent -au sens propre du terme.des actions humaines (comme le ferait la visioconférence. Ces applications et recherches combinent. pour être accessibles à distance. L'intelligence des dimensions socio-affectives deviendra alors un enjeu essentiel pour participer au jeu. apprentissage d'une langue. s'agira-t-il de permettre à "l'enseignant virtuel". relationnelles entre spect-agents d'une part. on retrouve très nettement les trois mouvements constitutifs de la dynamique inventive : la tentative d'imitation. par exemple. [51] sur Internet. dispositifs) analogues à notre niveau de réalité.. etc. restitution et illusion Produire.L. expérience à distance sur les mêmes objets. etc. Capables de répondre aux questions de l'élève. environnements.A. Aucun esprit occidental ne confond le portrait photographique d'une personne avec cette personne elle-même. diagnostic et intervention médicale. par exemple) et leurs spécificités comportementales (serviabilité. "l'enseignant virtuel" devient un véritable tuteur personnalisé. comme toutes les associations humaines. par exemple) mais ajoute la plasticité de la sphère non-humaine (modifications de l'environnement. le milieu virtuel.). les communautés virtuelles ainsi réunies sont. dans des projets tels que DIVE. scènes. Créatures anthropomorphes. D'une manière générale. et par.O. avec les moyens actuels de l'ingénierie numérique. déjà complexe.. On pourrait parler de greffes mêlant des génotypes différents. (intervention par "avatars" interposés). ni n'envisage d'adresser la parole à un acteur sur . Les deuxièmes sont constitués par des interactions ouvrant à ce qu'on pourrait appeler une perception synthétique. de manière simplifiée.) . les game designers ne jurent plus que par l'autonomie comportementale des acteurs virtuels injectés dans la scène. Enfin. matérialisant ainsi certains états mentaux (intention. et gagner. Les premiers types de composants sont des formes (agents humains. La communication médiatisée par des spect-agents transcrits -de manière souvent encore assez frustes. des émotions. une représentation formelle du monde pose tout simplement la question de son caractère prétendument illusoire. disposition affective comme les Kansei d'HABITAT [52]). la modélisation scientifique).vient donc s'ajouter à la scénographie. les premières réalisations de séquences de formation mobilisant des "enseignants virtuels" dits "intelligents". l'impossibilité intrinsèque d'un tel projet de duplication à l'identique et en dernier lieu. Un ingrédient original -des oxymores spectagents. L'un des objectifs consiste même à inverser le processus afin de faire apprendre à l'agent de nouvelles tâches en observant les gestes d'un instructeur humain. de la communication à distance. HABITAT au Japon [49] ou "Deuxième monde" en France [50]. promettent de renouveler les relations entre apprenants et systèmes informatiques. qui naissent dans. pragmatiquement. leurs caractères (recherche d'affection. de percevoir et de réagir aux comportements non-verbaux de l'élève (expressions du visage. objets. objets et dispositifs simulés de l'autre. par exemple). Signalons que dans le domaine des jeux vidéos. possédant une "intelligence" du domaine (dépannage d'un dispositif.. via Internet [53]. cognitives.des formateurs présents dans la scène et médiatisent les démarches cognitives. actuellement. La ductilité du milieu virtuel permet ces agencements qui allient plusieurs composants. invention de marqueur des qualités des rapports entre les acteurs et avec les objets).Simulation.). l'ouverture d'un espace de possibles dynamisé par la confrontation avec ces obstacles rédhibitoires. ceci pour s'en faire des alliés.M. dans une perspective d'apprentissage. sur plate-forme locale. et plus généralement dans les récents travaux utilisant le langage V.

pourrait miraculeusement effacer cette origine pour sembler ne provenir que de froides procédures (elles aussi absolument auto-engendrées. etc. celui de la tentative de se passer d'une référence à la réalité. plus instrumental avec l'invention des techniques d'enregistrement. L'image affaiblit son lien privilégié avec le passé. et penser cette distance comme un écart non moins important avec notre niveau habituel de réalité. de quoi peut-on faire le deuil avec une image de synthèse ?" [54] Le présupposé de cette question affirmative consiste à considérer qu'une image de synthèse serait. Pas plus d'automatisme dans les arrangements temporaires. Il y a lieu de douter de telles vues. La rose pourpre du Caire). production humaine. d'interroger le choix du dispositif. Si tant est que la simulation n'est pas effacement du réel mais seulement tentative. subrepticement. des points de vues. C'est ignorer le singulier commerce qu'entretiennent les réalisateurs d'image de synthèse avec leur production [55]. de négliger les moments de dépossession. serait la seule modalité où les scories du réel. la réalisation éventuelle de maquettes en dur. l'imaginaire du réalisateur. mais singulièrement malaisée. etc. coordonnées et parfois divergentes. car ainsi le grand partage entre réel et virtuel devient possible. de dissoudre la spécificité des images ainsi obtenues. le travail de programmation. paradoxalement. le deuil de l'invisible source . sa fonction de témoignage -témoignage mental. Croit-on à l'automatisation intégrale d'une telle production ? (Et encore. D'où viendrait ce statut d'exception de l'image informatique qui. Tout comme avec l'image enregistrée. la sélection des éclairages. cinématographique) est ce miroir de l'invisible qui nous aide à faire le deuil de nos morts. serait-elle automatisée. une extinction du référent ? Si on prend pour argent comptant la vocation substitutive du "virtuel". Affirmer sa réussite est un acte de foi aussi arbitraire que commode. Le mouvement d'imitation exacte de la réalité. par essence. de surprise. comme nous y invite une vulgate répandue. Il ne faudrait pas non plus sous-estimer l'automaticité partielle de la production (lancer une procédure de calcul d'une ombre. Mais le stade numérique (digitalisation de la réalité visuelle. les graduations de finitions possibles et la décision d'arrêt.pour devenir une forme de contact avec une néo-réalité numériquement modélisée. L'indicialité. à notre appréhension. Mais ici nul automatisme à l'œuvre dans le dessin des formes. etc. de nos ethnocides ou de nos crimes contre la nature. et aussi. Comment peut-on imaginer une telle activité où s'abîmerait. L'émergence du "virtuel" dans la culture visuelle contemporaine mêle deux évolutions simultanées. qui enregistre la réalité. travaillé par l'imaginaire dans le dessin et la peinture. trouve dans la numérisation un outil providentiel. la projetterait hors du cycle vivant et de l'altération qui en résulte. s'interrogeant sur les rapports respectifs qu'entretiennent la photographie et l'image de synthèse avec la mort. et s'offrir. Elle constitue alors une interface de manipulation d'objets virtuels. Il faut à la fois établir la différence radicale de l'imagerie informatique interactive avec les techniques d'enregistrement. réductible à la maîtrise technique. totalement réductible aux procédés logico-mathématiques qui la constituent. initié par le dessin perspectiviste et radicalisé par la photographie. de nos terreurs.) et surtout tenir pour négligeable l'usage de procédures programmatiques [56]. La gestation algorithmique tracerait une barrière définitive avec l'autre régime de l'image. ce serait bien. Mais pourquoi décider de supprimer les moments d'évaluation humaine et de choix. viennent s'inscrire.). s'imprimer sur le support. Par exemple. ses hésitations.l'écran dans une salle de cinéma. à l'abri de toute contagion référentielle. on est conduit à durcir la ligne qui sépare la simulation numérique de l'enregistrement indiciel. L'image de synthèse. ici aussi. des logiciels. avant même tout regard. et par là. indiciel. moments omniprésents dans une telle élaboration ? S'il faut invoquer un deuil impossible. (La suppression de cette impossibilité est précisément la trame du chef-d'œuvre de Woody Allen. telle qu'elle est. toute mise en forme langagière. ses évaluations intermédiaires. dont elle affiche des vues contrôlables. simulation de modèles idéels rendus ainsi visibles) manifeste une rupture avec le stade "indiciel" propre à l'enregistrement. qu'il conviendrait de remonter la chaîne des investissements. symétriquement. inhumaines ?). par miracle ou par décret. Maîtrise ? Peut-être. le choix des textures. on fait. pour autant. Chantal de Gournay se demande : "Car si l'image (photographique. animer une forme par un programme. ce qui échappe à toute formulation. Il ne s'agit pas. Le mode de production de l'image informatique.

on manquerait leur spécificité en leur assignant cet objectif. on ressent les "scories" dans le résultat final. dans la mise en image des modèles. décuplant les cheminements.]" [58]. Du souci d'imitation à l'invention d'un nouveau milieu perceptif Malgré les apparences. livré à l'appréciation de sensibilités humaines. mais de former son regard dans la vision d'autrui. la simulation informatique. on s'est mentalement fabriqué un plan. et par là une expérimentation potentielle de l'espace. un vecteur d'étude irremplaçable. La notion de dimension offre une entrée intéressante dans la thématique de l'imitation. On insiste. Elle devient alors machine à fabriquer d'autres machines intellectuelles et matérielles (de la géométrie descriptive au dessin industriel). sa réalisation. on ne sait où donner de la tête. interfaces) qui permettent de l'afficher. nous serons déçus. multipliant les actualisations. Mais pourquoi parle-t-on d' « illusion perspectiviste » ? Est-ce parce que la troisième dimension est figurée sur le tableau ou bien. engageant la construction d'ordres spécifiques de réalités plutôt que la substitution du niveau empirique. Enfin. celui d'abolir les limites. d'ausculter la réalité. Mais là encore. parfois à juste titre. des sentiments d'inquiétude devant ces conquêtes et aussi des déceptions face aux contraintes ressenties. La Réalité Virtuelle poursuit ce programme en le radicalisant puisqu'elle fonctionne selon les principes dyna- .. Comme le signale Louis Marin [59]. Assouplissant les repères. loin de se borner à étudier le comportement futur d'un système. Ces scories.] le monde virtuel de l'ordinateur. Mais bien souvent. présentant la profondeur sur la surface est au fondement de l'illusion. mais dont quelques heures plus tard et après moult déambulations. des personnages couchés sur la toile. la perspective invente un autre monde visuel. Oserait-on suggérer qu'ainsi s'investit l'espoir qu'ils détiendraient un tel pouvoir ? Le pouvoir faustien de nous placer hors d'atteinte de la ruine. on l'a vu. Comme dans une fête foraine. morphogénétiques. On les sent dans les méthodes et outils : lancer de rayon et autres artifices constructifs. Cette fameuse troisième dimension. ces scénographies intensifient la question. L'imagerie numérique joue avec la notion de limite. qu'une image de synthèse peut sombrer dans l'oubli ou le mystère d'une intangibilité pour peu qu'on ait laissé s'éteindre les lignées technologiques (ordinateurs.. ne peut ignorer à quel point elle métabolise "les scories du réel" qui l'assaillent de toutes parts et ceci à toutes les phases de sa constitution. parce que le tableau se rapproche de l'image visuelle ? "L'illusion" se situerait plus en référence à l'acte de vision qu'à son objet.. heureusement. est un monde placé hors d'atteinte de la mort [. Mais. en référence à une organisation "transcendantale" de la vision qui permet la formation d'une communauté d'observateurs. si toutefois c'était le cas. sur le versant abstrait de l'opération modélisatrice.et surtout. ce qui arrive plus souvent qu'on ne le croit. Qui se tient attentif au processus de création d'une "image de synthèse". se heurte à des obstacles permanents et surtout découvre des horizons inattendus. Résultat considérable. en trois dimensions. " [. régi par la logique de la simulation et du simulacre. Il est vrai que l'étude de phénomènes non visibles en tant que tels -comme le comportement d'équations mathématiques.des projets. on viserait une restitution. mais toujours en quête de recul des bornes. Croire en l'immanence des montages numériques. Tout en semblant viser une "construction légitime" de l'image respectant le fonctionnement de la vision. des mille décisions qui président à leurs naissances et qui demeureront opaques. aussi. de l'impossibilité de les terminer. comme l'affirme Chantal de Gournay. À première vue.. leur attribuer un surcroît de puissance. l'enjeu de la perspective n'est pas de donner l'illusion de la présence. plutôt. de la mort si. on les pressent dès le projet initial (toujours une idée accrochée au fil d'une histoire individuelle et collective). nous ne finissons pas d'éprouver les paradoxes croisés du désir de liberté. Ajoutons enfin. au plus près possible de la réalité. devient une manière d'éclairer. Ces méthodes matérialisent des théories expérimentales sur le fonctionnement de la réalité qu'il s'agisse de croissance de plantes ou de vagues croulant sur une plage. systèmes d'exploitation. ce n'est pas l'illusion du réel que visent les techniques de Téléprésence -elles en sont bien incapables. Toujours déçu.trouve. c'est les magnifier. et non pas de construire une néo-réalité à vocation substitutive [57]. la réalité.

à la fois constamment rappelé et oublié. On peut étendre cette conception au principe de la représentation. devienne la plaque tournante des entreprises du Web. par exemple. Lycos ou Nomade s'y installer aux côtés d'une myriade de petites entreprises du multimédia. "Double réalité" de l'image et métaprésence Platon définissait l'art comme mimesis. substituant progressivement le contact à distance à la co-présence hic et nunc. un nouveau milieu perceptif s'invente qui outrepasse cet objectif initial pour inaugurer d'autres configurations liant vision. carrefour des entreprises de la confection depuis longtemps. stricto sensu. Toute présence s'appuie sur un horizon de métaprésence combinant présence et oubli du lieu de la présence. S'il fallait tenir une comptabilité. permet le transport dans le récit selon des modes différents selon qu'il s'agit d'un livre. grâce au corps qu'une saisie oculaire est possible. Dans toutes les formes de présence à distance. elle serait extraordinairement complexe et des études récentes ont montré qu'évidemment. c'est la conviction fortement partagée que nous serions entrés dans une ère nouvelle (ou en tous cas que le processus serait bien engagé). Dans le réseau. les interfaces sont le véritable lieu de la transubstantialisation. Perspective. Nourrit par le projet d'imitation. sujet humain et dispositif scénographique. Bernard Miège a parfaitement raison de signaler qu'il ne peut s'agir d'une perspective quantitative où des relations in situ seraient systématiquement substituées par des contacts à distance. Il est significatif qu'un quartier central de Paris comme le Sentier. structurée par le recours permanent aux réseaux spécialisés. ce savoir/sensation est actif.). l'illusion et ses moyens. olfaction. de l'image animée... Il nous apparaît que cette perspective est. savoir et sensation mêlés de la mise en scène spectaculaire. On oublie trop souvent que tout l'intérêt de la Réalité Virtuelle réside dans un transfert de support : de la réalité vers le visio-casque. c'est-à-dire sur la combinaison des deux modalités de rapport et non pas leur prétendue équivalence. aliments indispensables pour prendre le pouls d'une situation [61].. présente toujours simultanément le contenu et le procédé. [. Plus généralement. caractérisé désormais par la prégnance des techniques de l'information et de la communication et corrélativement par la réduction des occasions de communiquer en face à face. cinéma et aujourd'hui image numérique relient. le Sentier est le quartier de Paris où s'échange le plus d'information. toucher. Nous rejoignons Bernard Miège lorsqu'il écrit : " [. le média tente de se faire oublier par toutes sortes de perfectionnement (adjonction du son. Nul étonnement à voir les moteurs de recherche Yahoo. engage à s'interroger sur les incidences de cette situation en regard des relations de visu. imitation qui a conscience d'elle-même. Notre vision s'effectue par le déplacement corporel dans l'épaisseur d'une durée et elle s'hybride aux autres acquisitions perceptives effectuées simultanément (audition. Réalité Virtuelle). Et. groupe de discussion sur Internet. Dans la même perspective. Avec le déplacement de la présence par réseau numérique. espace clivé. qui. Proche de la Bourse et des grandes agences de presse (dont l'A. que l'activité de salles de marché. d'un film ou d'un multimédia. évidemment. pour le dire sommairement. à chaque fois singulièrement. Expérience du dispositif qui.P. les groupes sociaux qui font le plus fréquemment usage de techniques de communication sont aussi ceux qui ont des relations sociales les plus denses. Marc Guillaume signale. etc. indémontrable.. Lokace. Même pour ce qui est des fonctions purement "mécaniques" -car la vision humaine est avant tout un acte mental -c'est.). photographie. L'hypothèse domiciliaire Affirmer la croissance de la Téléprésence n'implique nullement d'augurer une vie sociale totalement organisée par des télé-relations.] ce qui frappe dans les approches contemporaines. perception et connaissance. le constat du développement de la Téléprésence et l'intensité croissante des relations à distance. Trier et fabriquer de l'information dans le cyberespace déterritorialisé exige de fréquenter les mêmes cafés et restaurants.F.]" [60]. par exemple.. puis de l'immersion et de la synthèse des perceptions kinesthésiques). Les agents ne peuvent se passer des rumeurs. action. Mais.miques de la vision. échanges et confrontations . Une sorte d'arrière-fond de l'expérience du dispositif transactionnel (lecture. non directement perceptible. plus la médiation mime la . dans ce transfert. est néanmoins localisée dans les quartiers d'affaires.. il ne s'agit donc pas d'une immédiation. accommodation au dispositif artificiel [62]. téléphone. c'est-à-dire d'être physiquement aux côtés les uns des autres.

on comprend en quoi le langage (mettre des sons à la place des choses). On pourrait affirmer que. Le piège fonctionne à sa place. l'outillage (mettre des instruments à la place du corps) ou encore la figuration graphique (dessiner des formes à la place des animaux) sont des processus solidaires et qui expriment une proto-Téléprésence. Par l'animation. On peut certes considérer le piège comme un pur système opératoire. qui plus est. une libre exploration de l'espace puis un univers d'expérience physique.transparence. Là. au sens littéral (pro-gramme signifie "inscrit à l'avance") [65]. de l'assignation territoriale ainsi que de l'affectation temporelle. on dirait "qui secrète automatiquement". conserver la parole exigeait de la mémoriser. souvent en la liant à des séquences de gestes). tout au plus ajuster le vocabulaire à ce que les temps actuels développent de manière extrême. on peut y découvrir un principe d'analyse liant les étapes successives : chaque invention majeure tient la promesse de la précédente et annonce une promesse qu'elle ne peut tenir. pré-vu. Mais au delà de ces variations. Affirmer que l'hominisation est co-extensive à la Téléprésence n'est en rien céder à un effet de mode. le libère du contrôle de l'espace. Promesses de la Téléprésence Lorsqu'on porte un regard rétrospectif sur l'histoire des technologies de Téléprésence. Se tenir en contact passe toujours par une médiation. mais aussi anthropologue. la tendance à l'incarnation croissante pousse la photographie à se doter du mouvement et celle-ci à s'émanciper de l'enregistrement en devenant.) l'immersion dans l'image. C'est pourquoi la présence à distance n'est pas une réalisation de la présence. établit que le processus d'hominisation se caractérise par la domestication du temps et de l'espace grâce à la symbolisation. L'écriture étend la mémoire sociale que la phonation langagière tenait emprisonnée dans les capacités mnésiques individuelles (avant qu'on la note. elle-même chevillée à l'émergence de l'outil et du langage. la tendance déploie ses principes et "pousse le silex tenu à la main à acquérir un manche" [64]. s'originent. une donnée anthropologique On peut établir une analogie de principe entre le mouvement de naturalisation des représentations et la notion de "tendance technique" qu'élabore André Leroy-Gourhan [63]. l'imprimerie tient la promesse d'une inscription permanente que l'écriture manuscrite. Installer un piège engage le chasseur dans une pratique de substitution. on interposera toujours plus d'interfaces sophistiquées pour concrétiser cette transparence. qui à la fois engage -dans une perspective téléologique. L'image tridimensionnelle interactive réalise la promesse de la perspective et des techni- . etc. avec l'inscription dans un dispositif artificiel d'un projet formé à l'avance. Le piège suppose et secrète une symbolisation portant sur le sujet humain lui-même (remplacer le chasseur). puisque c'est l'énergie potentielle ou cinétique de l'animal qui permet son auto-capture. avec la simulation. plus la prégnance de sa fonction est massivement ressentie et plus ses logiciels et ses matériels deviennent complexes et substantiels. Rappelons que l'une des idées maîtresses qui orientent le travail du célèbre préhistorien. Par la multiplication à l'identique d'un original. Et si on recherche la transparence. Si l'on entend par symbolisation la capacité de faire valoir une chose pour une autre. cybernétique. La Téléprésence. le cinéma amplifie la saisie vivante du monde que la photographie maintenait figée. spatialisation du son. faiblement distribuée. comme mouvement universel traversant les cultures et les ethnies et que chacune d'elles interprète et développe à leur manière. La photographie concrétise l'exactitude de la prise de vue exprimée par la peinture réaliste et concrétise l'instant comme élément du mouvement. n'avait qu'esquissée. Le système artificiel de capture est un puissant instrument de Téléprésence. Chaque pas qui fait avancer ce projet éloigne alors d'autant la cible. Le rôle du piège du chasseur est à cet égard paradigmatique. tout en annonçant (grands écrans.les pratiques de contrôle du temps et de l'espace et les intériorise comme horizon de la conscience humaine. mais on laisse alors de côté l'essentiel. par exemple. de la même manière. C'est le premier dispositif automatique de l'humanité. les principes de la programmation.

de sites préhistorique ou. [5] On ne peut s'empêcher de penser que Jean Brun discrédite.ques d'enregistrement. p. cit. de notre temps. cit. qui parlant des livres les qualifient "d'instructeurs silencieux qui. cit. dans son discours de réception à l'Académie : "Les Gens de Lettres sont au milieu du public dispersé ce qu'étaient les orateurs de Rome et d'Athènes au milieu du peuple assemblé "(op. 69. par la technique. pour faire court. 226. les thèses de Jean Brun sur la signification du fait technique. ce que la Réalité Virtuelle en réseau laisse entrevoir. p. Tout au plus permet-il de questionner les développements actuels. 221. [11] Op. toute forme réalisée de Téléprésence. Le rêve et la machine. à distance. d'un libre parcours à l'intérieur de l'image. 62. automne 95. ici. . les développements futurs de la modélisation automatique d'objets. p. cit. L'Harmattan. La Table ronde. [10] Op. 224. Il faudra suivre. par exemple. op. [12] Op. des corps. p. Le réseau multimédia ne peut tenir la promesse de l'expérience corporelle partagée. la perspective circulaire antique pratiquait déjà l'immersion dans l'image. de manière richement illustrée. op. 118) ou encore Malesherbes. et non corruption. [8] Guillaume Apollinaire. Quelle promesse la Téléprésence actuelle ne peut-elle tenir ? Elle demeure. Paris. que je dénonce. La Découverte. p. 120).cité par Jean Brun.. Passera-t-on au stade de l'enregistrement automatique de modèle comportementaux de systèmes en évitant leur formalisation physico-mathématique ? La Téléprésence maintient une distance entre description informationnelle et existence concrète des objets qu'elle manipule et transporte. comme constitutifs. Pour rendre cette lecture rétrospective plus affinée. 96 . Paris. a contrario. Cinéma vivant. cit. (La révolution de l'imprimé dans l'Europe des premiers temps modernes. la thèse de la corruption. du monde humain. Il n'en demeure pas moins que le livre de Jean Brun nous intéresse parce qu'il présente et radicalise.. Ce travelling historique ne présente aucun caractère téléologique. cit. p. que nous nous situons dans une perspective assez différente de celle de cet auteur. par avance. Elle cite par exemple Isaac Joubert. Eisenstein analyse les effets de mise à distance provoqués par le livre imprimé. p. Cité par Jean Brun.de formes corporelles [66]). les espoirs d'un Norbert Wiener prophétisant l'analyse et la reconstruction moléculaire. 63. Elisabeth L. ici.. par ailleurs. Nous analysons plutôt la tentative de débordement. Disons. 58. 1992. [9] Saint-Pol Roux.. des cadres spatio-temporels hérités. p. il conviendrait d'y ajouter quelques boucles historiques : par exemple. cit. prisonnière de la modélisation préalable des univers d'interaction. professeur de médecine à Montpellier au XVI [e] siècle. in Terminal ndeg. les évangélistes et autres discoureurs publics virent leur public s'élargir du fait de la disponibilité d'annonces imprimées.. de scènes déjà engagée dans certains domaines (comme la capture tridimensionnelle automatique d'objets architecturaux. 1972. Ces limites sont-elles inamovibles ? On retrouve ici. si bien que toute surprise est déjà inscrite dans les formes de transpositions choisies qui déterminent les genres d'imprévisibilités possibles. bien avant les écrans panoramiques du cinéma.. portent plus loin que les cours publics" (op. 69/83. [6] Op. L'hérésiarque et cie. La simulation numérique matérialise la sortie hors de la représentation audiovisuelle vers l'expérimentation empirique de l'environnement. comme une aporie ? [1] Dans son remarquable travail sur l'imprimerie. Mais peut-être la formulation de la question sur les promesses de la Téléprésence véhicule-t-elle une métaphysique du redoublement à l'identique. Elle signale aussi.. pp. cit. p. "L'amphion faux messie ou histoires et aventures du baron d'Ormesan".. [7] Op. Paris.. [2] Cette amorce d'archéologie de la Réalité Virtuelle provient d'une partie d'un article déjà publié : L'augmentation tendancielle du taux de présence à distance. p.229. 1991). cit. que. [3] Jean Brun. Rougerie. baigné qu'il est par une Téléprésence divine autrement prometteuse. [4] Il n'entre pas dans nos objectifs de réfuter.

un groupe de musiciens dispersés aux quatre coins du monde. p.[13] Op. Le rêve et la machine. est ici incontournable.. [30] Alex Pentand. 130. Il leur faut utiliser un logiciel d'interconnexion musicale. in SVM MAC. (Il est maintenant possible de suivre les mouvements de quelqu'un. [18] Paul Valéry. 176. réseau à bande passante pourtant faible. p. Par exemple.. p. la perception et la mémoire. [25] Certaines activités se limitent à une phase de traduction/codification numérique pour rendre possible une télé-relation. coll. cit. près de Bonn. cit. Il montre à quel point. 10-18. p. NRF Gallimard. dans l'attention présente. timidement encore. cit. comprendre leur langage. Dans ce projet.T. [28] Voir l'interview de Steven Feiner. Ishii aux laboratoires de N. encore plus prospectives menées au Xerox Center de Palo Alto. 50. 118. p. de communiquer par signes. de l'identifier en reconnaissant son visage et de reconnaître ses actions. où nous verrons comment la notion de cristal actuel/virtuel s'appuie sur la théorie bergsonienne de la temporalité dans ses rapports à l'action. 1285. Spécial La Recherche. avril 1994.T. [17] Paul Valéry. 1284. [16] Nulle incitation romantique dans l'évocation de la nouvelle mobilité de la musique. [29] Ces travaux ont été réalisés par le département de "visualisation scientifique" du Supercomputer Center au German National Research Center for Computer Science. sur les "sensors". à propos de l'étude de Gilles Deleuze sur le cinéma. Mars 1996. Collecticiels et médiaspace au service de la communication formelle et informelle. 285. En utilisant cette information perceptive. Les habits neufs du travail en équipe. "Smart rooms. Monaco.. en temps réel. de les distinguer. [15] Paul Valéry. pp. simulation numérique interactive et déplacement informationnel étaient déjà condition l'un de l'autre.. Mais plutôt le sentiment que la disponibilité d'écoute conquise rapproche des conditions vivantes de la création du compositeur.126. [23] L'une des premières recherches pour la Réalité Virtuelle. mini-puces communiquantes . Bibliothèque de la Pléiade. et de les avertir lorsqu'ils sont sur le point de commettre des erreurs. op. peuvent jouer ensemble en se connectant à Internet. p. p. 128. [21] Op. tel que Distributed Real Groove Network. pp.. p. ndeg. Voir l'article de Michel Beaudoin-Lafon déjà cité. op. fut la télé-robotique spatiale basée sur le couplage des mouvements d'un opérateur au sol et de son exo-squelette virtuel dans l'espace. Paris. réalisée par la NASA à la fin des années soixante-dix. véhiculant des compositions réalisées sur un clavier aux normes Midi. cit. notamment dans Matière et mémoire. ndeg.. au Japon. 1962. In Œuvres II. en ne mobilisant que de modestes ressources informatiques. 212 cité par Jean Brun. cette voie. Paul Valéry écrira même que le travail de l'artiste musicien trouve dans l'enregistrement "la condition essentielle du rendement esthétique le plus haut". nous avons pu mettre au point des "chambres intelligentes" et des "vêtements intelligents" qui peuvent reconnaître des gens. [24] Le courant de recherche pratique et épistémologique autour de la "vie artificielle" porte aujourd'hui cette interrogation à un point critique. [14] Certains dispositifs actuels de numérisation automatique de formes tridimensionnelles par auscultation laser concrétisent. leur permettre de contrôler des affichages sur écran sans câbles ni claviers. 1286.. [20] Op. quelques années seulement après les premières expériences de diffusion radiophoniques. p. Cybernétique et société. in Actes d'Imagina. le souvenir et la perception se co-définissent sans qu'il soit possible. Rappelons que Paul Valéry écrit cet article en 1928. 231. L'image-Temps. [22] Le travail effectué par Henri Bergson. La conquête de l'ubiquité. Nous y reviendrons au chapitre VI. in L'ordinateur au doigt et à l'œil. 94. [26] Michel Beaudoin-Lafon. p. smart clothes". [27] Ce système a été développé par H. op. 50. 1286. cit. [19] Norbert Wiener. 1960. cit.) Sans doute peut-on rapprocher ces recherches de celles. à la limite. 21 au 23/02/1996.

une interface gérant des sources d'informations multiples et complexes. p. Mais seule la Réalité Virtuelle parvient à spatialiser réellement le son.dotées de capteurs. in La Recherche. le projet "Rutgers Portable Force Feedback Master" permet à un ordinateur de régler la pression dans des petits pistons à air comprimé afin d'exercer une force entre la paume et l'extrémité des quatre doigts. En fin le Laboratoire ACRŒ à Grenoble a développé plusieurs systèmes à finalité musicale dont le clavier rétroactif modulaire (CRM). [36 ]Ce dispositif est connectable à un micro-ordinateur ainsi qu'à une console Playstation. [46] Lennart E. in SVM MAC. le M.. Il s'agit. [40] Cette partie provient de notre article "Les images hybrides : virtualité et indicialité. sous la direction de Bernard Darras. p. Mars 1996. a développé depuis le début des années quatre-vingt. décembre 1998. 80. 265. L'Harmattan. [39] Installation présentée à l'Espace Landowski à Boulogne-Billancourt. ndeg. [31] L'ordinateur. en est un exemple frappant. ndeg. SaintDenis. p. 218. de diffuser l'informatique au cœur même de la matière pour que les objets s'adaptent d'eux. . pour diffuser. Des informations détaillées sont fournies sur ces recherches dans l'article précité. comme la télévision restitue le son de manière directionnelle. 50. Le téléphone. qui sera assurée par Philips et des industriels japonais. c'est-à-dire qui vise à imiter toujours au plus près la communication hic et nunc.R. La stéréophonie. à partir de haut-parleurs. [47] Lennart E. Actes d'Imagina 1994. Handsight a été présenté à Artifices 3. casque de Réalité Virtuelle qui s'adapte sur les principales consoles de jeux. [33] Avec le Dataland. Signalons aussi la Feedback Racer de Guillemot International. p.mêmes aux conditions ambiantes par des ajustements "intelligents" sans dépendre d'un ordinateur central. Fahlen. Citons le programme GROPE. in La recherche. en fait. in Image & média. "Réintroduire les sensations physiques". mai 1994. 17/20 Juin 1997.7. c'est-à-dire à calculer. Ndeg. p. Op cit. [42] Plusieurs laboratoires utilisent de tels systèmes. in La Recherche. la position relative de l'auditeur et des sources d'émission dans l'espace. op. comportant 14 boutons de contrôle et des capteurs qui repèrent la position des mains sur le volant et transmet les chocs côté gauche ou droit de la route ou encore les sensations de cisaillage provoquées par les joints métalliques lorsqu'on franchit un pont. 127. [44] La spatialisation du son est un bon exemple de ce mouvement extensif. à l'Université de Caroline du Nord : un bras articulé à six degrés de liberté permet de manipuler des objets virtuels sur un écran et de restituer les forces d'interaction entre les objets déplacés. MEI ndeg. et d'autres procédés comme le Dolby. 219. [38] Réalisé au Zentrum für Kunst und Medien de Karlsruhe (Allemagne). [43] Claude Cadoz. [37] On en trouvera une description détaillée sous la plume de Jean Segura. décembre 1994. dans chaque oreille.285.T. 499/503.L. [45] La possibilité de créer des espaces interactifs tridimensionnels sur Internet grâce aux applications V. spécial. délégateur zélé. A l'Université de Rutgers dans le New Jersey. La panoplie du virtuel. [34] Ces interfaces ont été présentées à Electronic Entertainment Exhibition. p. prévue pour l'an 2000.. qui pourraient se fondre dans les composants élémentaires d'un pont pour éviter qu'il ne s'effondre lors d'un tremblement de terre ou revêtir les ailes d'un avion d'une sorte de peau capable de stabiliser l'appareil en toute circonstance. INA. micro-machines et autres piézo-matériaux. À voir.I.. avril 1994. 82.M. 1998. ndeg. des sons modulés selon ces positions. 506. qui inscrira l'image directement sur la rétine grâce à un dispositif de projection holographique. cit. Elle travaille déjà à la prochaine génération de systèmes immersifs. [32] Franck Barnu. [35] La société californienne au nom évocateur de Retinal Displays prépare la commercialisation. d'un appareil léger et performant pour environ 800 dollars. Philips propose pour sa part Scuba. Fahlen. p. Paris. [41] Claude Cadoz. Programmer le virtuel.. Salon international du jeu vidéo à Atlanta (États-Unis). tels que des molécules par exemple. en temps réel. le dote d'un certain relief. Mai 1994.

La nouvelle productivité. L'Harmattan. Paris. Paris. l'importance des ajustements interindividuels et la croissance du travail intellectuel. 1991. Citons.16 de Futur antérieur. Paradigmes du travail. le très stimulant livre de Christian Marazzi sur le rôle directement productif du travail linguistique. 1993/2. à titre d'exemple. marquée par l'accentuation du caractère coopératif du travail. D'où le développement de recherches sur ces dimensions subjectives exigées et valorisées dans la nouvelle configuration productive post-fordiste. [49] L'expérience HABITAT . Philippe Zarafian. La place des chaussettes. L'éclat. 1997 ainsi que le Ndeg. L'Harmattan. Paris.[48] Cette prise en compte entre en résonance avec l'importance que de nombreux courants de la sociologie du travail attachent aujourd'hui au facteur subjectif dans les relations de travail.

Le diagnostic de Régis Debray est. définit l'une des visées essentielles du mouvement surréaliste. A . du live et de la "performance". comme une camisole enserrant le mouvement vital. qui souligne à quel point la question du contact direct. c'est de ne pas constituer. c'est-à-dire comment il corrompt le théorème central de cette période : "cru parce que vu". soit de toute autre manière. d'engagement en maintenant le destinataire séparé de l'émetteur. Elle serait un porte-parole trop peu fiable parce que travesti par l'idée que se font les responsables de leur propre mission. Nous verrons que la crise du spectacle n'est pas celle d'un trop. On lui fait grief de ne pas contenir une pluralité de point de vue. la vie et l'art a inspiré nombre de courants philosophiques et artistiques. mais les communions englobantes et charnelles du non-spectacle. Il s'agira d'abord de spécifier ce nouveau principe en regard de ceux qui le précèdent. Le règne du spectacle céderait alors sa place à celui du spectacte. Le passage du cinéma à la télévision. Fusionner le spectacle et la vie Le désir de fondre ensemble la vie et le spectacle. du toucher devient une dimension majeure de l'assurance réaliste. Se dégagera alors l'axe principal de ce chapitre`. En témoignent certaines analyses actuelles sur la photographie. supprimant la différence fondatrice entre le vu et le vécu"[1]. dans le Manifeste du surréalisme. Nous proposons d'inverser la perspective en montrant comment de nouveaux rapports à l'événement tentent de tenir les promesses que les massmedia ont murmurées sans pouvoir les assumer pleinement. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer. succèdent d'autres régimes temporels engageant le passage à l'ère du spectacte. Manipulation procédant moins d'un travers idéologique que d'une propension à mettre en scène l'information comme un spectacle envoûtant qui invite à une participation charnelle. La déception viendrait de son incapacité à tenir les promesses d'incarnation. Ce dont elle souffre. le fonctionnement . la vie et la littérature. Dans cette perspective. montrant comment les régimes d'expérimentation portés par les médias numériques tentent de combler ce passif. et notamment en le comparant au régime de croyance issu de l'enregistrement optique.plein de participation mais d'un déficit. Dans cette hypothèse. Mais dans une perspective quasiment symétrique de celle que Régis Debray dénonce dans la télévision. à nos yeux.m. soit par écrit. soit verbalement. Ce dont se rapproche évidemment un peu plus la représentation virtuelle dont l'interactivité constitutive implique nécessairement qu'elle soit expérimentable. emblématique d'analyses fréquemment produites. malgré tous ses efforts. d'un dispositif de projection domestique. Il s'ensuit qu'à l'instantanéité propre à la télédiffusion. la séparation représentation/réalité est toujours vécue comme un frein à l'augmentation de liberté. un "milieu de vie".Chapitre II La crise de confiance des massmedia et le principe d'expérimentation Un nouveau paradigme -l'expérimentation. n. et la représentation de l'autre.tend à fonder la croyance dans les régimes actuels de la communication.Du spectacle au spectacte On instruit assez souvent le procès de la fonction informative de la télévision en l'accusant d'un excès de subjectivité. André Breton. je veux dire du direct. ce qu'on nous offre comme dispositif projectif est bien trop plat. Nous préciserons ensuite comment il contribue à défaire les évidences qui fondaient nos régimes de vérités à l'heure de la télévision triomphante. le reproche fondamental que nous adresserions collectivement à la télévision. comme celle de Jacques Derrida en particulier. Qu'il s'agisse du mouvement surréaliste. marque précisément le moment où l'image cesse d'être un spectacle pour devenir un milieu de vie. ce n'est pas d'un excès d'intimisme mais plutôt d'un défaut de proximité. trop plein et insuffisamment malléable. "SURRÉALISME. du situationnisme ou encore des positions exprimées par Gilles Deleuze dans toute son œuvre. de l'œuvre en différé au document en temps réel. "Le problème aujourd'hui n'est nullement la distance spectaculaire. c'est précisément de ne pas réussir à faire suffisamment coïncider l'information et l'événement. et tout particulièrement la vie de la pensée d'une part. à cet égard. l'exprime clairement dans sa définition. Supprimer la distinction entre la vie. voire tous les points de vue possibles.

à la pénétrante mise en parallèle. est de s'appliquer au fonctionnement de la pensée.est clairement affirmé. aussi bien que de placer la vie sous l'égide de la pensée"[4]. La métaphysique négative de l'artifice. fait courir tout le long de son œuvre une ligne conductrice glorifiant la rencontre. le poème. On pourrait poursuivre la même discussion à propos du situationnisme et de son rejet du "spectacle". médiation corruptrice propre au capitalisme contemporain. ou encore description et nature. Habiliter les vertus d'une pensée directe. les institutions et techniques de communications contemporaines sont désignées comme responsables de la montée de l'individualisme et la réflexion politique qui accompagne leur essor est accusée de s'inspirer et de nourrir exclusivement une idéologie anarcho-libérale. Breton projette des rapports entre réalité et surréalité qui dépasseraient la problématique contenant/contenu. Le paradoxe consiste à rallier la vie par l'intermédiaire de son double (l'écriture. s'allier contre le contrôle étatique. Dans le chapitre 6. en l'absence de toute préoccupation esthétique ou morale"[2]. par exemple. Le mouvement de Téléprésence est donc dénoncé comme brisant les liens sociaux et séparant les collectifs. très éloignée des "associations libres" préconisées dans son essai. Dans La société du spectacle. écriture et pouvoir de la vie. entre la métaphysique situationniste de la séparation vie/spectacle et la logique feuerbachienne d'une essence humaine aliénée dans l'illusion religieuse[9]. de toute contrainte logique telle est la charge du Manifeste. pour l'inspirateur du mouvement. libre de toute mise en forme. à la toute-puissance du rêve. vue comme corruptrice du lien social. on voit bien effectivement les courants techno-libertaires et libéraux. favorables à la dérégulation. Breton les assigne à convoyer la tradition. Et quelques lignes plus loin : "le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d'associations négligées jusqu'à lui. repoussant toutes les tentatives de "soustraire la pensée de la vie. sans détour sémantique. bien sûr. Peirce[7]. un moyen pourquoi ne pas lui reconnaître une vie propre.réel de la pensée.. mais en tant que tel. le poids de la réalité. au jeu désintéressé de la pensée"[3]. se dressent évidemment la pesanteur des artifices de toutes sortes. extraire les concepts du cinéma pour rejoindre les personnages du film et aller vivre avec eux : le projet -d'inspiration explicitement nietzschéenne. Le premier manifeste se termine par cette phrase : "L'existence est ailleurs"[6].de la pensée. lui aussi. comme espace médian valant pour lui-même et participant du flux vital général ? Un risque de dispersion ? L'analyse de la présence à distance se confronte à la critique de la communication. Je renvoie. Viser la vie et non la vie des signes. Pour parvenir à cette autre "existence". Gilles Deleuze. Dans la défense des principes "autogestionnaires" d'Internet. ou le film) tout en affirmant la violence mortifère de ce détour. Ces médiations. nous retrouverons ce mouvement particulièrement sensible dans son travail sur le cinéma. non réductible à l'extinction de la séparation représenté/représentant. du média.] de l'automobile à la télévision. voire la fusion entre production conceptuelle et flux vital.. sur ce point. Ce point de vue est défendu. Sur ce chemin. la récitation intérieure du poème fait surgir immédiatement le sens par le jeu des motifs sonores et des analogies émotionnelles engendrées. en déniant le monde de la sémantique par l'intermédiaire de mots[8]. Mais s'émancipe-ton vraiment de la représentation dès lors qu'on s'impose pour ce faire une forme (un média). en l'absence de tout contrôle exercé par la raison. Dans cette perspective. tous les biens . à rejeter le langage et la communication et il s'exprime dans une forme syntaxique excellente. Dictée de la pensée. Or s'il y a un instrument. sans avoir à la représenter par le recours systématique aux significations déposées dans les règles grammaticales et les usages sociaux du langage. par Philippe Breton[10] qui convoque Guy Debord comme visionnaire de ce mouvement séparateur. deux chemins se dessinent : la poésie et la politique. la présence incontournable des instruments d'extériorisation de la pensée ainsi que les pressions contraignantes des techniques. s'oppose à la glorification d'une expression pure de tout intermédiaire ("l'enfance qui approche le plus de la vraie vie"[5]). Elle rend immédiatement présente la signification par les distorsions de la langue. Forme indicielle -au sens de Charles S. La politique transformera le monde et la poésie exprimera directement la pensée. Breton hésite. l'inspirateur du situationnisme conclut en effet : "[. comme on le sait. émotions et visions intérieures ? Qui plus est. proposée par Régis Debray. par lequel on fait jaillir affections. dont la seule forme digne d'intérêt. à exprimer l'ordre du monde.

etc. l'obstacle à l'expérience conjointe hic et nunc.définirait le régime médiatique actuellement dominant. Ainsi. Dans l'écriture multimédia. où la disjonction dans l'espace ne serait plus synonyme de séparation. imagées ou sonores. La numérisation des signes distingue notre époque comme étant la première où tous les types d'informations transitent par les mêmes codages (binaire). les deux mutations fondamentales qui caractérisent la vidéosphère seraient "la prolifération des images sans écrit. index. La gestion de la circulation dans ces inscriptions devient une question centrale. images numérisées. la vidéosphère. l'isolement s'assouplissent alors progressivement -sans disparaître totalement. La deuxième concerne la pertinence de l'idée selon laquelle la vidéosphère -dont les caractéristiques (pouvoir englobant de l'image télévisuelle. vidéosphère) n'est pas aussi évidente qu'il y paraît.s'élabore à partir d'un travail collectif et international de définition de normes. c'est-à-dire qui a trait aux langages. La séparation. aussi bien textuelles qu'illustratives. Il s'agit d'un saut où le technique renvoie au symbolique dans un sens fort du terme. "agents .). séquences sonores.sélectionnés par le système spectaculaire sont aussi des armes pour le renforcement constant des conditions d'isolement des foules solitaires". où les promesses d'une communion à distance commenceraient à se concrétiser. tels que les "moteurs". comme changement radical des pratiques de lecture et d'écriture.dans un continuum de liaisons sensibles avec l'éloigné . mais aussi la transformation de la représentation de l'écrit"[12]. enfin. notes. Les pratiques d'écriture et de lecture sont alors plongées dans des agencements d'une grande variété (dessins. cette activité radicalise les opérations d'organisation et de recherche des contenus déjà sédimenté dans la conception des textes (sommaires. gestion des balises sur le Web) et mobilise des instruments informatiques de recherches adaptés à ce nouveau milieu. par moments. celui où le lien à distance se combine au contact direct. l'enveloppe individuelle s'écarterait. liaisons qui diminuent. graphosphère. car elle montre que la tripartition proposée (logosphère. La controverse portant sur le nombre de médiasphères est intéressante. etc.) ont été rappelées plus haut. de l'environnement immédiat pour se mettre en prise directe avec le lointain. ce faisant. Elle crédite les réseaux d'une véritable puissance de substitution aux relations de proximité. réductible ni à la graphosphère. etc. en général. nous tenterons de montrer en quoi l'hypermédia constitue un régime médiatique à part entière.). partiellement. Elle explore une autre hypothèse où l'ère flamboyante de la séparation serait progressivement asséchée par cela même qui la nourrit. les mêmes équipements (ordinateur) et surtout les mêmes types de traitements (programmes informatiques). que ce type de critique de la séparation prend finalement à la lettre les mots d'ordre de ce qu'elle dénonce. de côté tout un pan des télé-relations . Elle laisse. ni à la vidéosphère. et parfois le fonde. et où. Modifications qui bouleversent l'unité même de ces activités en les mélangeant directement aux pratiques d'inscriptions. schémas. Nous ne ferons que l'évoquer. Nous aurons l'occasion de cerner plus en avant ces rapports inédits qui se tissent entre proche et lointain. La vidéosphère : une évidence discutable La discussion sur la crise de crédibilité dont souffre la télévision peut être utilement éclairée à partir d'une discussion des propositions de Régis Debray pour qui le petit écran symbolise le nouveau régime médiatique dominant. liens hypermédias. Cette grammatologie dessine notamment une carte des circulations possibles dans les corpus (arborescences. Une nouvelle "grammatologie du document hypermédia" -selon l'expression pertinente de Henri Hudrisier. Deux controverses polarisent la discussion des thèses du "médiologue". par exemple. Ajoutons. La première porte sur le nombre ainsi que sur le découpage des médiasphères. sur un support nouveau (l'écran) et selon des modes de contextualisation et de maniement sans précédent dans l'histoire longue des supports de l'écrit". Faut-il être sensible à la critique et suivre Guy Debord dans sa charge contre la corruption des solidarités ? Sommes-nous toujours dans la même période marquée conjointement par la consommation de masse et la montée de l'idéologie individualiste ? La perspective présentée ici s'écarte de ce schéma. Roger Chartier apporte des vues qui complexifient notablement les frontières[11] en distinguant deux régimes de la vidéosphère : celui où l'image se singularise sans co-présence du texte (cinéma et télévision) et celui "du texte donné à lire dans une nouvelle représentation (électronique). Ce détour par la critique de l'organisation des médiasphères intéresse notre enquête parce qu'il débouche précisément sur le statut de la numérisation du texte. (Et Philippe Breton d'acquiescer : "On peut ajouter sans peine Internet et les futures "autoroutes de l'information" à cette liste"). Sur ce point. tableaux. enfin.

de mise .. en fondateur de l'espace public ainsi que du lien social. paradoxalement. une nouvelle modalité de fréquentation des images. "Telle serait l'hallucination-limite de l'ère visuelle : confondre voir et savoir. en retour. où immobilisations. Le primat de l'immédiateté propre à la logique de "temps réel" des médias de flux (radio. Parallèlement de nouveaux régimes temporels d'appropriation s'annoncent. serait ainsi. hachée. Dans sa réponse aux critiques qui lui sont faites. régulier de l'imprimé qu'avec les ruptures (zapping). Dans ce nouvel état du texte. il n'est quasi exclusivement question que des techniques de traitement d'image (imagerie scientifique. place -à travers sa dénomination même. Elle marque. en institution-reine distribuant nos régimes de croyances et de vérité. la dénomination image actée à celle. régions que nous regroupons sous le vocable d'image actée. Cela justifiera qu'ultérieurement. D'autant que le texte numérisé peut s'accoupler à des messages sonores ou imagés dans une perspective multi. Dans ses travaux antérieurs. signifiant par là qu'elles s'enchaînent à partir d'actions accomplies par un sujet provoquant. l'auteur avait déjà crédité l'image d'un don qui se pare du costume de l'évidence. Le postulat implicite sur lequel est fondé toute l'analyse se construit sur la suprématie d'une vision devenue "ère du visuel" plaçant en position sommitale une modalité particulière de l'appareil médiatique : l'image vidéo et son vecteur institutionnel et technique central. circulation dans les réseaux. La lecture obéit à des inflexions temporelles évidentes. d'autres actions). le texte est. leur pertinence mais il ajoute une croyance : celle selon laquelle "le message sans code (l'image électronique). nous y reviendrons. où les respirations se règlent sur la matérialité de la mise en espace et des scénographies dynamiques du texte. en effet. Mis en mouvement par la numérisation.visage de la temporalité réglant les fonctionnements de l'espace public. et principalement la télévision. Régis Debray admet. relectures et flux rapides se succèdent. "La preuve par l'image annule les discours et les pouvoirs"[18]. la frontière avec les autres types de signes n'est plus aussi bien dessiné qu'à l'ère de l'imprimé.. fore et ratisse plus large que l'autre ("la transmission numérique des textes"). multimédias de visites virtuelles ou d'apprentissage. L'état séducteur[14]. Il ne s'agit pas ici de supposer que le rythme de la lecture individuelle s'accordait mécaniquement à la linéarité du texte sur support stable. la télévision. tracent des lignes de fuite qui contredisent celles qui s'originent dans la télévision. etc. en règle générale.. L'univers de l'action sur l'image est ainsi ignoré. définie comme "l'ère du visuel" dans le livre que Régis Debray consacre à l'image. l'éclair et l'éclairage"[13]. bizarrement. un livre entier. lesquelles n'instaurent pas. télévision) est considéré comme l'ultime -et dramatique. le "temps réel". La thèse défendue consacre le dispositif télévisuel en ordonnateur de la vérité. brisant le flux uniforme de la disposition régulière le long des pages d'un livre. en effet. plus en adéquation avec le temps continu. plus courante -et valide. télévision interactive. unimédia ou non"[17].l'audiovisuel moderne.intelligents" et autres logiciels d'indexation automatique.) où des pragmatiques inédites s'installent. L'hypothèse que nous mettons à l'épreuve.ou hypermédiatique. Mais la matrice séquentielle régulière qui ordonne l'inscription typographique forme néanmoins la structure objective principale du texte auquel toute lecture se confronte. les arrêts et finalement le ralentissement des flux propre à l'ordre numérique . Une virtuosphère ? La vidéosphère. toutes les régions (jeux vidéo. de fait. ralenti par une appropriation hésitante. Il est symptomatique que dans les pages où Régis Debray appréhende les enjeux de l'image numérique[16]. soit consacré au renversement de sujétion entre télévision et pouvoir politique. fondamentalement. médicale. bouleversant les modes antérieurs d'approche de l'image. Il ne vient pas à l'esprit du "médiologue" que l'ordre numérique véhicule une autre distribution temporelle chevillée aux règles de mise en œuvre des programmes informatiques.d'"image interactive". plus nettement l'existence d'un acte intentionnel comme fondement d'existence de ces images. Sont délaissées. Le régime médiasphèrique-roi de la vidéosphère. fruits d'une traduction d'un texte stable en discours intérieur fluctuant selon la subjectivité du lecteur.). Une image numérique satellitaire se regarde comme une photographie prise d'avion. Les modalités techno-culturelles qui dérivent de l'image numérique interactive. Considérant que la capture vidéographique supprime le travail d'élaboration. (Je préfère. serait-ce pour la contester. énonce que précisément le régime télévisuel connaît une crise de légitimité profonde qui interdit d'en faire l'attracteur principal de nos régimes de vérité comme de notre espace public[15].

elle conteste la possibilité de réunir sous un même vocable -vidéosphère.. qu'il est emblématique d'un état d'esprit "[. Elle porte d'abord sur l'idée que la télévision -média déclinant dans ses formes actuelles. etc. une fonction structurante de notre espace public. L'état de méfiance On se souvient de l'effondrement de l'émission La preuve par l'image sur France 2. tendant à certifier qu'avec l'informatique.. ce sont précisément les dynamiques actuelles qui. Et. On proposerait donc volontiers. malgré la sonorité disgracieuse. et mettons en perspective les premières réalisations qui prennent le relais des médias handicapés par leurs difficultés à assumer des missions expérientielles.] sans doute parce que la conscience est désormais solidement ancrée que les images de télévision ne sauraient constituer quelque preuve que ce soit"[21]. Nous soulignons tout particulièrement le défaut d'expérimentation qui transparaît dans les reproches adressés à tel ou tel projet. Comment conviendrait-il de nommer cette deuxième composante de notre "médiasphère" ? Dans la même livraison de la revue Le Débat consacrée à la médiologie. Elles le découvrent alors comme une construction sociale et altèrent sa supposée naturalité. Le terme de numérosphère vient à l'esprit. comme souvent. en révèle la contingence. On verra. Ce serait donc quasiment un fait naturel qui expliquerait le lien entre vérité et vision.La crise de confiance des massmédia Nous commenterons ici quelques faits et controverses qui sont autant d'indices assez explicites. en quoi une telle proposition est discutable. commentait ce tête-à-queue. Notre critique est donc double. à l'époque journaliste au Monde.les logiques contradictoires de la vision basée sur l'enregistrement indiciel avec celle de l'expérimentation basée sur celle du traitement par programme. une forme technique (et c'est bien ce à quoi s'intéresse la médiologie) dont la fantastique explosion est la conséquence directe de l'informatisation. l'inconvénient d'une telle proposition réside dans le message qu'elle véhicule.en forme. Mais sans l'ordinateur. est total.de la capture optique sur toute attitude réflexive. au cœur de la logo-graphosphère informatisée"[20]. La proposition est alléchante. Notre désaccord. ce code est un fardeau inutile. sur ce point. et donc la possibilité de traitements par programmes automatiques. de la crise qui affecte les massmedia. plus en avant. "programmosphère". tout comme celle d'automatisme. il affirme la naturalité de la puissance de l'enregistrement : "La vérité en vidéosphère est originelle. Mais le numérique n'est qu'un codage. Le codage numérique existait bel et bien avant l'invention de l'informatique. Alors virtuosphère ? Mais peut-être faut-il se résigner à ne pas inscrire la complexité du régime actuel de la communication dans une seule sphère. outre l'insuffisante spécificité du concept général de programme pour désigner l'informatique. ce n'est pas tant la victoire du code binaire. Ainsi la force de conviction du message visuel semble être fondé sur un critère quasi physique : le privilège de l'indicialité -peircienne. fissurant l'ancien pacte de croyance. mais la disponibilité généralisée de machines fiables capables d'exécuter des programmes automatiques.puisse continuer à assumer. ad vitam eternam. Elle possède l'avantage de souligner l'importance d'une codification désormais commune à tous les types de signes (manuscrit. Mais. images . sonore. Bien que la notion de programme soit bien antérieure à celle d'informatique. Ce qui est central à notre époque. Roger Laufer insiste sur les linéarités partagées de la télévision et de l'écrit. Il est d'ailleurs évoqué par Régis Debray lui-même accordant crédit aux remises en cause de Roger Laufer et amorçant ainsi la reconnaissance du nécessaire clivage interne à la vidéosphère entre les logiques du "temps réel" et celles du temps différé. en y opposant l'hypertexte dans lequel "commence à se développer aujourd'hui un mode d'organisation non linéaire de la pensée. imagé. Quelques fameux scandales (faux massacre de Timisoara.). B . on peut postuler qu'aujourd'hui une accélération définitive a été enclenchée par la délégation de traitements intellectuels à des programmes d'ordinateur. des logiques univoques de partage spatio-temporel sont à l'œuvre. En deuxième lieu. à juste titre. Daniel Schneidermann. non finale"[19]. caractéristique des régimes d'inscriptions antérieurs. un moyen. imprimé. retirée de l'antenne après que furent révélées les conditions douteuses de tournage d'un reportage censé saisir sur le vif un épisode de ventes d'armes dans les caves d'une cité de la banlieue parisienne. en expliquant.

mais qu'à l'inverse la tromperie est débusquée parce que règne désormais "l'état de méfiance". La vérité exige aujourd'hui de pouvoir la vérifier soi-même. Cent vingt mille visites . Même si l'aisance qu'offrent les technologies numériques nourrit la tentation d'en abuser. quiconque inscrit son visage sur l'écran familier. par exemple. répétons. Cette crise de confiance ne peut être mise sur le compte de l'existence des trucages. c'est parce que le pouvoir du roi est vacillant qu'on peut s'écrier "le roi est nu". il ne faut pas oublier. affirmait en octobre 1998. Mais là n'est pas l'essentiel. reporter phare de CNN. Ces déclarations jouxtent un article qui présente Newsblues -site Web impertinent. le passé chargé de la photographie et du cinéma. la culture contemporaine du montage photographique et cinématographique nous a rendus disponibles à toutes les distorsions visuelles et a peut-être rendu moins coupables les travestissements qui nous choquent aujourd'hui[22]. On retiendra l'hypothèse que la méfiance n'est pas le produit de la tromperie. Un cadavre encore tiède. les arrangements. interpréter le culte nostalgique que vouent régulièrement des émissions à l'histoire de la Télévision[24]. non pas l'objectivité de l'information. Instantanéité et véracité Christiane Amanpour. Les artifices.le. S'agitil d'y vénérer un agonisant ou déjà un disparu ? Si le chroniqueur du Monde constate que "La France ne croit plus ce qu'on lui montre" et que "quiconque prétend s'adresser à elle.) ont puissamment façonné cette conscience. les mises en scènes et mensonges audiovisuels ont toujours été. En revanche. dans la même perspective. On précisera cela ultérieurement. ni sur leur multiplication. bref la mise en scène de la vérité télévisuelle est désormais sous le feu du soupçon et le chroniqueur intitule précisément son propos : "L'état de méfiance". Voici ce que déclarait. sans toutefois pouvoir la déjouer. etc. Que "la preuve par l'image" devienne la preuve que l'image trompe. plus ou moins . l'ordinaire des pratiques de reportages[23]. que la baisse d'audience de la chaîne était due à la montée en puissance des sites d'informations en ligne sur Internet. comme dans toutes les formes d'enregistrement.mais plutôt sur l'incapacité des images enregistrées (ou transmises en direct. laquelle provient d'un prélèvement direct à la source de l'événement. Ce n'est évidemment qu'un régime particulier et actuel de vérité plus adéquat à nos attentes culturelles que la conformité indicielle. là n'est pas la différence essentielle) à offrir un instrument d'expérimentation. comme les courses d'hélicoptères [poursuites policières transmises en direct] et sur les sujets les plus faciles à couvrir : les meurtres. rongée par le trucage et la mise en scène. un symptôme. où les journalistes américains racontent pour la première fois à cette échelle et le plus souvent de manière anonyme. un flic et c'est dans la boîte. les tromperies.d'archives lors de la guerre du Golfe. nous signale qu'un ancien régime de légitimation décline sous la poussée de nouvelles exigences. à la différence du conte. Car. fausse interview de Fidel Castro..exutoire.il faudrait distinguer les périodes et les régimes politiques-.. accueil enthousiaste du plan Juppé sur la Sécurité sociale à l'automne de la même année. Le soupçon généralisé ne porte pas tellement sur la conformité des images enregistrées à leur référent -où s'apprécierait un défaut d'indicialité de la capture optique. Précisons que cette vérité "expérimentale" ne saurait posséder un caractère ultime. en tant que telle. Et les massmedia ont déjà perçu cette limite. De plus en plus de gens préfèrent regarder le câble et s'informer sur Internet"[26]. les turpitudes de leurs directions : sensationnel à tout-va. D'où l'affectation un tantinet masochiste avec laquelle ils se plaisent à souligner leurs propres erreurs d'appréciation : victoire programmée de Balladur à la présidentielle du printemps 1995. critique de télévision au Los Angeles Times : "Les infos à la télé n'ont jamais été aussi mauvaises [. Ici. en la matière. etc. malhonnêteté financière. est d'emblée suspect"[25]. c'est parce que le soupçon précède toute présentation purement audiovisuelle désormais trop affaiblie pour établir une référence solide.] les télévisions se ruent sur le spectaculaire. Howard Rosenberg. en décembre 1998. D'où le démontage en cours des anciens mécanismes qui assuraient. mais l'efficacité de la formule "cru parce que vu". L'enregistrement du mouvement (Lumière) engendre immédiatement l'illusion (Méliès). On pourrait. Elle constitue.

de pouvoir recevoir. plus de cent chaînes risque de transformer considérablement la notion de partage collectif de l'événement. Plus que la baisse d'audience. c'est-à-dire dans sa capacité à oblitérer tout questionnement sur ses effets de mise en scène. c'est la transformation de la réception qui doit être soulignée. La chaîne qui achète le document peut l'obtenir dans sa version standard. on regarde le "vingt-heures" aussi comme un spectacle. Désormais. mais sous un angle différent. Notons que cette situation. éprouver. par exemple[31]. Cette question de la valeur "cultuelle" de la télévision risque d'être fortement déplacée sous l'effet des profondes modifications du système de diffusion.dès le premier jour : cette expression publique est un signe évident de la crise de confiance. quasi instantanément. tendancielle. moins de possibilité de truquage (qui demande des machines et du temps)"[30]. Cette observation semble pérenniser la télévision dans sa fonction de principal instrument du lien social à distance.celle-ci ne sera plus garantie que par leur rapidité de transmission : plus bref le délai. pratiquée collectivement. Le sentiment commun du partage de la retransmission de l'événement tend à faire de la retransmission un événement en tant que tel. il n'est pas certain que la grande messe du vingt-heures attirera toujours autant de fidèles. Et cette attitude évaluatrice. Elle peut également solliciter l'A.véridique. Jeux Olympiques. ce procédé est utilisé aujourd'hui pour des publicités virtuelles lors de retransmissions sportives. il paraît être à l'abri des soupçons de montage ou de trucage. Entre l'enregistrement et la simulation Depuis mars 1998. en France. En France. De même a-t-on vu la localisation du bateau naufragé au milieu de l'Atlantique.. La persistance de telles télé-rencontres de masse nous interroge sur leur fonction. mais force est de constater que la valeur "cultuelle"[27] cède la place au décodage distancié. Or des traitements numériques d'images qui permettent d'hybrider. bref une pâte virtuelle. on a pu voir comment. lors de la course Vendée Globes 96. etc. On voit donc se construire une . c'est-à-dire de leur conformité au référent va être déplacée vers celle de leur "vraisemblance" et que ". Désormais pour croire. accident. des images optiques enregistrées avec des images totalement calculées sont d'ores et déjà en fonctionnement. Chaque jour une animation en images de synthèse 3D leur est soumise. des images de synthèses dynamiques dans des reportages de télévision . loin de renforcer les duperies médiatiques ouvre à une mise en doute généralisée de toute information rapportée. Parmi les premières images réalisées en 3D à titre de test. il va falloir faire notre deuil d'une confiance inébranlable dans la vérité "indicielle" et du sentiment d'authenticité qu'assurait la télétransmission instantanée. effective depuis des années aux États-Unis. n'a pas jusqu'à présent supprimé les quelques occasions où les téléspectateurs se trouvent rassemblés par dizaines de millions pour suivre simultanément des retransmissions à valeur fusionnelle[28] : super-bowl aux états-Unis. il va falloir mettre la main à la pâte. Ce qui ne veut pas dire -on s'en doute. Et ce tournant.P.. que l'on veut tester.. débat entre les candidats à l'élection présidentielle. exprimée cette fois de l'intérieur de l'appareil télévisuel. Ainsi. Observons que l'instantanéité d'un tel partage constitue encore un gage de confiance dans la véracité du reportage.. Bref. Régis Debray affirme-t-il que la question de l'authenticité des images. sport. ou bien dans une version "châssis d'image" qu'elle peut ensuite personnaliser. déjà sensible dans notre suspicion à l'égard des massmedia. relevant d'un événement particulier de la journée. participe aujourd'hui à la structuration de toute communauté. fait divers. Citons. Ces animations sont destinées à compléter des séquences tournées et peu compréhensibles (accident. attentat. serait-ce par télé-relation. à titre d'exemple le procédé Epsis mis au point par Matra qui permet d'incruster. Le partage simultané d'événements. Une pâte malléable. dans son étude sur "l'Histoire du regard en Occident"[29]. l'Agence France Presse propose un nouveau service d'information infographique tridimensionnelle destiné aux chaînes de télévision. tend à devenir la condition spectaculaire. notamment grâce à la numérisation. pour lui fournir la même scène. Instantané n'est plus synonyme de vérifiable. le skipper Bullimore se trouvait incarcéré sous la coque de son voilier retourné. Si un événement est télédiffusé instantanément à un vaste public. ductile. infalsifiable ou irresponsable. pour ce rendez-vous quotidien. par exemple) ou à clarifier des images confuses comme un départ de course automobile enfumé par les gaz d'échappement.F. en "temps réel". On peut s'en désoler où s'en réjouir. La perspective.

ont été calculés en tenant compte de la géométrie de la salle (qui existe encore à Jérusalem). S'il est possible de tirer des images enregistrées de leur torpeur. capturée. travellings). puisqu'il s'agit d'être plus près de l'événement . démontrant peutêtre ainsi sa maturité. formé par les trois cent soixante-dix heures de bandes du procès Eichmann. Ce régime est révolu. relancée dans l'actuel. qu'aujourd'hui. témoins. Le son est aussi retravaillé. Elle remonte l'entropie de la pente temporelle en recomposant à volonté les durées et les enchaînements déposés une fois pour toutes dans la succession des prises de vues. On creuse derrière l'enregistrement pour en extraire une autre actualisation. Ces documents inédits ont donné à Egyal Sivan et à Ronis Brauman (l'ex-Président de Médecins Sans Frontières) l'idée de se pencher sur la personnalité de l'ancien chef nazi à la lumière du livre-reportage sur le procès. pour faire coïncider. comme celle-ci révèle son référent réel. les réactions d'Eichmann aux témoignages. Des effets complexes (modifications d'éclairage et de texture) affectent les images. un film de deux heures est né qui mobilise des techniques de retraitement numériques originales[35]. Le matériau de base de la refonte numérique devient l'image enregistrée isolée.industrie de "l'arrangement". sur la pellicule. avocats et accusé sont réinsérés dans une maquette tridimensionnelle des lieux. paradoxalement renforcée par le fait que le résultat est un film : le numérique est. juges. Leur intention est de faire revivre le regard que portait la philosophe sur Eichmann. sculptée. Et la logique veut. par exemple. bandes que personne pour ainsi dire n'avait jamais revues[33]. La redéfinition de l'espace (et du regard) concerne la finitude de la capture optique dans ses rapports au temps. en réflexion. comme ces photographies d'enfants disparus que des logiciels font vieillir au fur et à mesure que le temps passe[36]. Ces images forment une sorte de banque de données à partir de laquelle de nouvelles prises ont été reconstituées (ce dont les spectateurs seront avertis dès le début du film). les fichiers numériques sources puissent être transmis par réseau à des fins de mise en scène directe par le téléspect-acteur à son domicile. lourd s'il en est. L'image enregistrée nous a habitués à sa stabilité qui renvoie elle-même à l'immuabilité apparente du passé. publié en 1963 par Hannah Arendt : Rapport sur la banalité du mal[34]. L'expert en est l'un des plus purs témoignages. dont on ne peut affirmer qu'il s'agit d'un trucage pur et simple. un rebond qui ramène à la forme filmique initiale. non pas fausse. Des changements virtuels de focales modifient les vues. Non pas un bourreau sanguinaire. Des images des témoins s'affichent. Il se vérifie que l'image numérique révèle (au sens photographique) l'image enregistrée. l'image numérique. (Pas d'interactivité dans ce cas . Tout travelling. D'où les distorsions qui découlent de ces opérations qui mixent capture optique et synthèse numérique. ici. Le film numérique L'expert[32] est en effet. à la faire exsuder ses constituants dissimulés. Le rêve ancestral consistant à obtenir d'une image plus qu'elle n'en exhibe de prime abord. mais compossible. À partir des centaines d'heures composant les archives. en gommant le temps de latence pris par la traduction. un principe d'expérimentabilité les domine. auparavant définitive. par exemple. c'est bien. Des mouvements virtuels de caméras (panoramiques. à Jérusalem . mais un citoyen ordinaire obéissant à un appareil de pouvoir. qu'à une phase ultérieure. Désormais. elle lui donne une profondeur de champ que celle-ci s'était vu confisquer par le caractère indélébile de la prise d'empreinte. Ce qui a été capturé n'est que l'un des possibles que sa mise en traitement numérique va libérer de son inscription. l'image vidéo. à la manière d'une fouille archéologique. soigneusement sélectionné et mis en scène certains effets signifiants illustrant leur thèse). Du "ça a été" on est passé au "ça pourrait être ça aussi". Les images d'archives ont été tournées par quatre caméras fixes. Mais la portée de cet étonnant travail va bien au delà de cette constatation. en l'occurrence. Les acteurs du procès. totalement bâti à partir d'un corpus. commence à se concrétiser. mise en série pour devenir un méta-film. en effet. La démonstration est. zoom ou effet optique étaient donc impossibles. Trouant les surfaces. sur la vitre blindée de la cage de verre qui séparait Eichmann du tribunal alors qu'elles n'apparaissent pas dans les bandes originales. les réalisateurs de L'expert ont. se tourne vers son passé immédiat. opérant alternativement. L'image de synthèse réinterprète ainsi l'image enregistrée. intermédiaire entre la prise de vue et la synthèse d'images. La trace du passé est. "L'expert" : l'éveil de l'image enregistrée Après s'être investi dans la fabrication d'un néo-réalité à vocation réaliste. beaucoup plus près que ne le permet la capture optique. tout film classi- .

une matrice d'où peuvent naître des séries. D'où l'exemple suivant de justice-fiction. inscrit une limite irréversible.en sont les derniers avatars. D'autre part. Le reality show est cardinal. un juré. nous prolongeons le diagnostic par un pronostic. un gendarme partie prenante de l'enquête. les acteurs du drame : parents et proches de l'accusé. elles sont perçues comme barrières infranchissables. D'une part. Déplacer les limites. de manière symptomatique. c'est une autre séquence temporelle qui s'ouvre. Puis le langage se délie dans les années 1960 et vers les années 1980. expert médecin légiste. aujourd'hui. flairant peut-être la chausse-trappe. dans le dossier de presse. mais en tant que métaphore de la recherche de réalisme. Mais ils ne peuvent l'étancher. comme l'explique Christoph Jörg[37]. Les "feuilletons documentaires" -docusoaps comme les nomment les réalisateurs anglais après les avoir importés de leurs homologues néerlandais. bornes déposées par les concepteurs du micro-monde simulé. après guerre. la réponse exacerbée à cette soif de réalisme et d'implication qu'une puissante vague culturelle fait déferler. L'émission débutait par une fiction réaliste reconstituant le cadre familial et social. La télévision aurait désormais tiré les leçons de son échec à proposer l'expérimentation de la réalité par les moyens du spectacle. mais cette fois avec le vrai supposé coupable. Les fictions réalistes sont. repérant les incohérences et les faiblesses du dossier pouvant conduire à réviser le procès. non pas comme genre télévisuel. Enfin. les fictions réelles commençaient à sentir le soufre. renonçait à la diffusion. semblait dangereux pour la chaîne. Mais l'échec n'est apparemment jamais considéré comme définitif. Régulièrement. tels qu'ils se figent dans la construction et la rhétorique de l'émission de télévision. Élargir ne signifie pas supprimer les limites. nous dit-il. Mais. débats en direct. non contradictoire. La disgrâce des reality shows creuse. qu'il s'agit de "construire des histoires au plus près de la vie". Faire jouer à l'infirmière ou à la vendeuse de grand magasin sa vie sociale réelle en la ponctuant d'intrigues ou de gags : ainsi se rejoignent la réalité "brute de décoffrage" avec "l'humour et l'émotion". En revanche. On l'a compris.La demande de participation traduite par le système télévisuel Des fictions réalistes toujours décevantes Les affaires judiciaires sont un filon inépuisable pour tenter de rapprocher le spectacle et la vie. Proposons une autre hypothèse. à un moment donné d'un parcours. sinon qu'ils renforcent le désir. Dans les micro-mondes simulés. aussi professionnelle soit-elle.). potentiellement. "le but de la scénarisation est d'immerger le téléspectateur dans le réel selon trois méthodes : filmer en direct. On débute. élargir l'espace du jeu avec le réel : tel serait le projet que les médias numériques promettent de concrétiser. Si j'ai poursuivi la visite du . chargé des docusoaps sur Arte. Mettre en cause le pouvoir judiciaire en le doublant par une reconstitution. on reconnaît la prise de parole du citoyen (micro-trottoir. faute de l'avoir satisfait. Agret avait été condamné pour un double meurtre dans les années soixante-dix. TF1.. reconstituer le fait comme il a eu lieu. elles deviennent le produit de l'action et de la perception et non plus leurs présupposés. celles-ci n'ont pas disparu. au grand désespoir du principal protagoniste et de Philippe Alphonsi. depuis sa naissance. Toute décision.que est. Ainsi Jean-Claude Soulages montre comment. puis acquitté. elles sont construites par l'interactant. ce déficit. de nouvelles réalisations viennent tenter de recoudre la vie et la fiction. et transformer un reportage en instrument destinée à modifier le cours de la justice. Si on revient en arrière. Bref. Mais là gardons-nous de tout emportement mécaniste. Nous ne sommes pas surpris de voir. les informations à la télévision sont sujettes à cette tension. en particulier dans une période fertile en démêlés juridiques. les avocats de la partie civile et de la défense. Il avait été ensuite gracié. en effet. inventeurs du genre. R. ou scénariser l'événement en suivant des personnages"[39]. avec le modèle spectaculaire des actualités cinématographiques. Je ne peux pas sortir du musée pour aller me promener dans la rue si les concepteurs ne l'ont pas "joué d'avance". L'animatrice s'appuyait sur la contre-enquête entreprise par l'équipe qui avait préparé l'émission. C . Sur le plateau. Ces limites relèvent d'une double définition. d'une ouverture sur le réel qui ne serait pas jouée d'avance"[38]. Comme le dit Gérard Leblanc : "Rien n'a absolument changé avec les reality shows. Ajoutons que s'il s'agit d'"immerger le téléspectateur". etc.. des moyens autrement plus efficaces que le petit écran se font jour.

loin d'assouvir le désir de participation et de rupture de la barrière représentationnelle. l'appétence pour un jeu ouvert avec le réel et n'aiguise encore plus le goût du franchissement de la barrière représentative. Avec FSN (Full Service Networks : "réseaux de services complets". voir le match en surplomb ou derrière les filets de l'équipe adverse. nom donné à l'expérimentation de télévision numérique d'Orlando). programmes éducatifs et connexion à Internet.deuxième étage de l'aile Richelieu au Louvre. En France. Il ne restait plus aux abonnés qu'à choisir le (ou les) thèmes : Bourse. puis collective). prolongement logique. de véritables services de télévision interactive[44] tels que vidéo à la demande (plus de cent films dès l'ouverture). Ces émissions étaient numérisées. j'ai perdu -peut-être définitivement. Symétriquement. On pénétrait dans les boutiques. son exploration interactive mordra sur les autres messages publicitaires qui lui succèdent. de l'expérience FSN montre que rien n'est encore vraiment stabilisé dans ce domaine). la généralisation de l'immersion pluri-sensorielle individuelle. Mais la maîtrise technique ne décide pas de tout. France Télécom étudie différents moyens d'acheminer de la vidéo de bonne qualité sur les écrans des ordinateurs. dans le cadre télévisuel. au contraire. Le marketing. si l'abonné le désirait. tourisme. les réactions des publics ainsi que la maturation d'autres solutions techniques[43] détermineront les rythmes de mise en service de ces innovations (L'abandon. centre de télé-achat virtuel. Shoppervision. L'opérateur national développe des canaux multimédias à grande vitesse et des accès rapides à Internet. L'un des services du FSN -TNX News Exchange. l'affichage de photographies ou d'informations en vidéotexte. progressivement. Sports-on-demand offrait. des chaînes interactives de jeu ou d'opérations bancaires et. la consultation de sites Web avec hauts débits via le satellite pour l'arrivée et téléphone pour le départ. Enfin. revoir des séquences passées. permettait d'effectuer une sélection thématique automatique en compilant un ensemble de sujets diffusés par les grandes chaînes de télévision ou les stations locales.conçu avec la rédaction de Time. arts. tout cela finissait par un bon de commande sur lequel la frappe d'un code d'identification réalisait l'achat et déclenchait la future livraison à domicile. Suivre tel joueur plutôt qu'un autre. etc. en effet si un spot est retenu. la convergence entre l'univers de la télévision et celui du multimédia en ligne est une orientation majeure que la plupart des industries de ces secteurs concrétisent à leur manière. les matches de la journée ou de la semaine ou. . déclencher un ralenti.. la télévision numérique offre un accès à des univers simulés simplifiés. à l'automne 1997 et après trois années d'expérimentation. exhibait ses galeries tridimensionnelles. Des modem-câbles sont proposés qui devraient permettre d'afficher des séquences vidéos sur Internet de qualité similaire à celle de la télévision. La chaîne NBC Sports envisageait d'offrir aux téléspectateurs l'équivalent d'une régie à domicile. En recul en Floride. ne renforce.l'accès à l'escalier vers le troisième étage. la publicité interactive s'apprête à offrir ses écrans sur les chaînes numériques câblées[45]. Très logiquement. Les premières armes de la télévision interactive La télévision interactive exprime la recherche. et en tous cas pour ce parcours. par exemple. d'un compromis entre émission collective et réception personnalisée. On peut faire l'hypothèse que l'assouplissement des bornes de la présentation. économie. compressées. comme le réglage du hors-champ[40] par le spectateur. les opérateurs de chaînes par satellite proposent. pour les autres. non sans illustrer immédiatement la contradiction fondamentale qui oppose média de flux et réception à la demande . Toujours sur FSN. on consultait des catalogues.. découpées par thèmes et stockées sur les batteries d'ordinateurs du centre informatique. expression plus nette encore de la formule spect-actrice en gestation. météo. Bosnie. télé-achat (six mille produits) puis. retour au réel oblige. Télévision et multimédia en ligne Quelles qu'en soient les formes. avec la Réalité Virtuelle. au grand dam des responsables des régies. la télévision interactive a refait surface à Hongkong où l'opérateur de téléphone Hongkong Telecom lançait. Mais. les entretiens avec sa vedette préférée.[42]. loin s'en faut. pour les uns. on manipulait des objets pour les observer sous toutes leurs coutures. sport par sport. Ainsi se révéleraient les fondements de la tendance à l'incarnation croissante des représentants (la prochaine étape étant. on a vu se profiler de nouveaux alliages entre émission et réception[41].

Depuis le mois de mars 1997. Cette évolution affecte aussi la radiodiffusion. la programmation. d'articles de presse ou d'extraits d'autres enregistrements. Il n'est pas jusqu'à l'existence d'une Web. des "making of" du film. et à diffusion permanente. dont il nous appartiendra d'évaluer. selon les thèmes retenus. une navigation pour visionner des interviews des acteurs. de même que des prises non retenues ou encore des fins différentes de la version connue. De nouveaux alliages temporels entre réception de flux et navigation interactive apparaissent. la possibilité de choisir un angle de prise de vue ou d'influer sur le déroulement d'une intrigue. dans la logique des médias de flux. Avec l'ajout de reportages sur les pilotes et les écuries. logiciels en promotion. par CNN (CNN Custom-News). voire des séquences non montées dans le film original. démultipliant la quantité d'information inscrite sur le disque[46]. sur le supplément multimédia. en 1997. suivre une course de Formule 1 sur CanalSatellite revient à sélectionner. Bref. On ne regarde plus la transmission de l'épreuve. Balayant ces gigantesques sources documentaires. totalement numérisée. la sélection possible des textes des chansons tout comme l'affichage des jaquettes des disques ou la sélection des reportages récemment diffusés transforment la station en chaîne multimédia. de la nouvelle station de Radio-France -Le Mouv'. etc. dès la conception du film. la chaîne affiche un journal personnalisé qu'il est encore possible d'affiner en indiquant quelques mots clés supplémentaires. Elle est aussi reliée aux principales agences de presse. ont pu télécharger des logiciels sur leur ordinateur (jeux. avec ses centres d'intérêt. Enfin. services sur le Web et opérateurs du téléphone des alliances mouvantes se trament. Des liens hypermédias permettent de parcourir la base de données. Il s'agit bien. Ce journal multimédia combine textes. exemple. Sous la pression des push technologies. Les abonnés à la chaîne C:.cam (caméra vidéo installée en permanence dans le studio) qui ne permette à l'auditeur-Internaute curieux de s'introduire à tout moment dans les locaux de la station. signalons que la nouvelle génération de supports numériques (DVD-Rom) incite des réalisateurs à inclure. avec la télécommande. La couche multimédia fait office de fenêtre approfondissant le sujet de l'émission. à l'inverse. on prélève -par un zapping permanent. "poussées" sur son écran. la nouvelle chaîne multimédia audiovisuelle éditée. en rapport. Un concert. Enfin. En octobre 1998. Dans la même perspective. ultérieurement. approfondit le Webcasting dans des proportions inégalées. un forum de discussion rassemble les auditeurs et les animateurs de la chaîne. six canaux diffusant simultanément la tête de la course. de devenir l'un des supports de télédiffusion. courtes vidéos et séquences sonores.un reportage personnel. La chaîne est bien sûr alimentée par l'énorme fond documentaire de CNN. des nouvelles fraîches. Ce support. et non des moindres. câblées ou par satellites. est accompagné. dernier.Alors que les réseaux télévisuels tentent de conquérir l'interactivité des réseaux numériques. la nature. chaîne multimédia à destination aussi bien . Apparaît une nouvelle forme de télévision à deux couches en quelque sorte. Ainsi. d'une discographie. par exemple. pousse déjà les éditeurs à offrir. Reuter annonçait le lancement de NewsBreaker.) et recevoir des véritables magazines multimédias en liaison avec les émissions vidéo diffusées sur la chaîne (science-fiction. comme dans la navigation classique. BD par exemple)[47].est d'emblée conçue pour être déclinée en ligne sur Internet. des chaînes multimédias spécialisées. entre chaînes de télévision. que seule la spécificité musicale marque comme station de radio. le zapping s'approche un peu plus de la navigation dans un hypermédia (CD-Rom ou Web). outre des films d'une très grande qualité visuelle et sonore. ceux-ci convoitent. Alors qu'il consulte son journal. apparaissent sur Internet. Outre l'écoute directe sur le site. à quelques grands titres de la presse quotidienne et à une quarantaine de magazines thématiques (des sciences et techniques à la chasse en passant par l'alpinisme et l'arboriculture). le pilotage (grâce à des caméras embarquées dans le cockpit) ou encore l'activité dans les stands. à des sites extérieurs. L'abonné commence par répondre à une centaine de questions portant sur ses domaines de prédilection et. de "pousser" l'information vers l'utilisateur et non de "tirer" celui-ci vers l'information. et donnent accès. constamment alimentée par les nouveaux reportages effectués. dans chacun de ces domaines. l'abonné voit défiler. diffusée jusqu'en 1998 sur CanalSatellite. L'interactivité est l'une des principales directions visées. il peut préciser jusqu'au détail ses préoccupations. en bas de page.

et il permet d'amener à la politique des gens qui ne s'y intéressaient pas par le passé.T. par exemple. Les tribunaux. les idées -anciennes. contacts et confrontation se déroulent sans déplacements physiques. Mais l'éclosion de multiples sites accueillant des forums de discussions transversales entre citoyens signe l'émergence d'autres modalités de participation[50]. L'Internet a créé un nouvel espace de débat politique. et notamment dans le domaine judiciaire. Certes. et précisément par ses modes internes de gouvernement[52]. Et. la discussion publique et les initiatives locales. tout le monde. où les formes même de la vie politique serait redéfinies par Internet. Parions que ceci ne saurait tarder. par exemple. ce goût renforcé pour une expérimentation directe des propositions."[51]. notamment sa valeur "cultuelle" (rassemblement autour d'événements phares assurant une participation sociale commune). Mais désormais l'argumentation dans la controverse politique se voit renforcée grâce aux médias qui facilitent les relations personnalisées. ont de plus en plus fréquemment recours à des simulations en images de synthèse tendant à démontrer. est terminée ? Rien n'est moins sûr. que le média télévision (comme la radio) est en redéfinition sous la pression des réseaux numériques. l'usage du réseau ne fait que translater. on voit se multiplier des extrapolations.. l'inanité d'une légitime . les jeux de gouvernement (dans la lignée de Sim City) et les jeux vidéo[53].M. peut les obtenir [les brochures. un conseiller spécial de Clinton tire de cette économie de mobilité.L. et permettront d'y insérer des informations élaborées par l'internaute lui-même. etc. la défense et l'illustration des programmes respectifs ont redoublé les classiques moyens de propagande. des abonnements à des bouquets de chaînes.de référendum gouvernemental électronique refont surface. La "pulsion" expérimentatrice s'exprime. des formes antérieures de propagande (spots télévisés. renforceront la liberté de mise en forme des pages reçues. Interroger les candidats et recevoir des réponses circonstanciées relève déjà d'une circulation d'information moins unilatéralement polarisée. tracts et lettres] sans aller à une réunion électorale ou passer au siège de la campagne. Trois sources d'activités peuvent venir donner chair à cette perspective : les simulations stratégiques militaires. Faut-il en conclure que l'ère des grands rassemblements qui font vibrer à l'unisson des milliers de supporters. Fortes de cette nouvelle démonstration. via les réseaux Intranet. aux états-Unis. pourfendre les idées adverses et convaincre les hésitants.M. D'ailleurs. des conclusions radieuses : "En plus. Nous n'avons pas encore d'exemples frappants de simulations de scénarios politiques proposées au grand public.) succédant à H. D'autant que les nouvelles générations de langage de conception de site (X. (Nous aurons l'occasion d'approfondir ces questions dans le chapitre suivant qui traite plus spécifiquement d'Internet comme modèle politique). probable. à terme. bien entendu dans d'autres sphères que l'information politique. que nous aurons l'occasion de retrouver pour en apprécier les formes temporelles inédites. qui proposent dans les dernières versions de leurs navigateurs. pour une part. Mais son unité technologique est en passe de se fractionner et ses modes d'usages en seront sans aucun doute redessinés[49]. qui formeront la clientèle principale des technologies push. ce sont les entreprises. Netscape et Microsoft[48] ne sont pas en reste. Ces évolutions. Baigné dans l'atmosphère éthérée du cyberespace. pour des liens moins hiérarchiques est sans doute l'une des principales raisons du succès d'Internet.). une extension progressive aux particuliers semble. Il n'est certes pas anodin.Vers l'expérimentation de l'information Balbutiements d'expérimentation politique Dans la dernière campagne présidentielle américaine. Cela ne signifie pas qu'il va être absorbé dans les réseaux numériques et perdre toutes ses spécificités. Sur les sites ouverts par les deux concurrents.des opérateurs de chaînes de télévision que des particuliers via Internet.. Même si. dans un premier temps tout au moins. c'est le moins que l'on puisse dire.L. de multiples observateurs ont souligné l'importance nouvelle d'Internet. où qu'il soit. que ces demandes d'information. Le média devient lui-même un terrain d'affrontement entre les militants qui créent des sites et rivalisent d'ingéniosité pour afficher leurs convictions.. D . montrent assez clairement. dans de multiples domaines de la vie sociale.

on le sait. de nombreux groupes de discussions ont vu le jour. et. des ingénieurs spécialisés en Intelligence Artificielle. On peut aussi écouter une ancienne bande audio où la femme du footballeur. Ils posent. S'y bousculent la foule. Et des prothèses encore plus proches des organes sexuels sont à l'étude. l'interroger et lui donner des ordres (dont on devine la teneur). CNN a édité. La modification interactive des paramètres de vision des scènes (vue subjective. on trouvait aussi les questionnaires que les jurés avaient dû remplir. Des concepteurs américains préparent d'autres jeux roses très interactifs. "L'affaire Simpson" Le traitement télévisuel des affaires judiciaires de mœurs exercent. le confirme. A coup de clic. l'expérimentation de l'information commence à investir les supports adaptés à ses logiques. Hors services privatifs. avait déjà été atteinte. Le développement d'une véritable industrie de la preuve expérimentale par reconstruction simulée -une cinquantaine d'entreprises s'y sont déjà spécialisées[54]est d'autant plus remarquable qu'elle est souvent sollicitée par les procureurs eux-mêmes. terrorisée. Sur America On Line. etc. appelle les urgences policières. Des conversations directes avec des experts leur étaient proposées. La reconstitution du procès relatif à "l'affaire Simpson" a considérablement accéléré le processus. conçus selon la logique des systèmes à retour d'efforts expérimentés dans les applications d'arrimage mo- . Deux clics sur le dossier "L'arrestation". conçoivent des interfaces adaptées : bracelets qui permettent de diriger les mouvements des belles virtuelles. préalablement à leur nomination. on chemine dans des vidéos montrant l'état sanglant des lieux découverts après le meurtre.défense invoquée par la Police alors que la victime. On pouvait aussi accéder à des banques de données juridiques ou participer à des groupes de discussions. les réponses des experts aux questions juridiques posées. épreuves érotiques Demeurons dans l'aire "sulfureuse" en élargissant le champ de l'épreuve interactive aux CD-Rom pornographiques. bien que de nature plus informative. Exploitant la dimension naturellement interactive de l'échange langagier. mais parfois ils jouent un rôle de premier plan. fin 1994. un CD-Rom édifiant[55].) assure une confrontation concrète des thèses opposant les parties. Une autre reconstitution virtuelle a prouvé qu'un accident de circulation ne pouvait qu'impliquer la responsabilité du conducteur. la police. des pièces du dossier telles qu'une photographie du visage tuméfié de la victime après l'une de ses confrontations musclées avec son mari. comme des sexes virtuels clonés à distance. Les CD-Rom érotiques deviennent une plate-forme d'essai pour des interfaces et des scénographies beaucoup plus "impliquantes" que la simple navigation dans des images ou des séquences vidéos. La création de sites Web ou l'édition de CD-Rom. mais le dynamisme du marché de "l'animation judiciaire" peut nous persuader que la démarche expérimentatrice est dans l'air du temps. Ces développements sont loin de convaincre systématiquement les jurys. bien entendu quantité de problèmes (notamment financiers et d'égalité face à la loi). spécialement autour de la fameuse question du supposé parti pris raciste des enquêteurs. par exemple. Des clips audio des moments forts du procès (témoignages. Sur ce terreau fertile. réquisitoires) étaient disponibles ainsi que. On constate que. à terre. un attrait considérable aux ÉtatsUnis. fatalement. et la controverse y a battu son plein. bagues fixées sur le doigt dirigeant une main modélisée qui parcourt l'image à volonté[56]. examinant. à la demande. plaidoiries. à l'occasion de grandes affaires judiciaires. Les abonnés à Compuserve pouvaient aller chercher directement les documents publics de l'affaire sur des bases de données : photos officielles. Le spect-acteur poursuit son exploration entrant dans les méandres de la procédure. ce marché est soumis à une pression innovatrice pour la mise au point d'interfaces idoines. dessins des médecins légistes incluant les traces de coups de poignard ainsi que le texte intégral des comptes rendus du procès. pour ce faire. et s'affiche la course poursuite sur les autoroutes de Los Angeles. portant sur la connaissance qu'ils avaient de l'affaire. déplacement de point de vue. l'autre grand service d'informations en ligne. ont adapté un logiciel pour converser librement avec une créature à l'écran.

faute de temps. ludique. pour le téléspectacteur qui passera d'un régime réglé sur le flux linéaire temporel à une proposition d'exploration en profondeur rejoignant celle qui s'impose avec les hypermédias (CD-Rom et sites Internet)..léculaire en Réalité Virtuelle. Ainsi Bernard Stiegler. par exemple. l'objectif n'est plus de produire des émissions mais des ressources documentaires déclinables dans plusieurs directions : films. des outils logiciels entre professionnels et amateurs avertis[59] est.. au delà de l'émission diffusée. etc. Le partage.) et qui distinguerait les modes de sollicitation fantasmatique dans leurs rapports aux différents types d'inscriptions et à leur mise en jeu fantasmatique.[58]. Mais sans doute aussi faut-il imaginer une redistribution plus collective du travail dans un tel cadre. Le cadre scénographique de l'image actée L'expérience interactive s'impose comme scénographie hors de l'aire strictement informative. érotique qui se répand aujourd'hui dans les domaines de l'information socio-politique et culturelle. Bref l'équivalent "audiovisuel" de la consultation de l'environnement documentaire dans la presse en ligne (dossiers. images de synthèse interactives. banque d'images. c'est le redéfinir : toute remémoration est aussi une interprétation actuelle). en organisant pour cela une navigation documentaire. Plus radicalement encore. échelonnée sur chacun de ces supports (contes. Aujourd'hui apparaissent des propositions qui signent une radicalisa- . par exemple. les composantes élémentaires de la culture de l'image actée. ici aussi. mais construire des scripts exploitant les ressources documentaires rassemblées. Dès la phase de production. source de remaniements profonds dans la structure des rapports auteurs/public et l'expérimentation de l'information trouverait. directeur du département Innovation à l'INA explique : "Si nous avons dix heures d'interview de Nathalie Sarraute. un large espace d'expansion. derrière telle séquence. Miser sur "l'auteur collectif" est peut-être. films. pourquoi ne pas les proposer aux téléspectateurs intéressés ? Une bonne partie pourrait être mise en ligne en accompagnement de l'émission de 45 minutes. communications téléphoniques. parviendra aussi bien à s'imprimer dans ce nouveau système de contraintes : un excellent auteur de films peut se révéler un piètre concepteur de CD-Rom. à la production "grise". La production "multisupport" Développée notamment par l'INA. à l'antenne. bandes dessinées. (On peut se demander. c'est-à-dire à l'ensemble des rushes. il est envisagé qu'à terme. Que le fantasme puisse être considéré comme une" technologie" érotique ne surprendra personne. dont une infime partie seulement est diffusée. par exemple). à terme. le public puisse avoir accès aux outils utilisés par les auteurs afin de fabriquer d'autres programmes hypermédias avec le stock de matériaux rassemblé par l'équipe initiatrice. Réalité Virtuelle en réseau). avec ces propositions. la production multisupport brise la finitude de l'émission de télévision. auprès de dizaines de millions d'adeptes. un sujet plus long est disponible. archives et images associées. Évidemment dispositions inédites. À terme. un raccourci trompeur. Lors de la présentation du programme sur une banque d'images. qui lui-même renvoie à un ensemble de documents"[57]. CD-Rom. Minitel rose. (Revivre le passé. etc. de ce point de vue. et. rapports. en effet. Le cybersex. Nul étonnement à ce que l'activité sexuelle soit l'objet de recherches visant la présence à distance. Mais faut-il conserver les guillemets à "technologie" ? On peut aussi appréhender le fantasme. si la "patte" d'un réalisateur. À cet égard. photographies. prolonge les formes antérieures de transports sexuels (contes. Il s'agit là d'une réorientation majeure pour les auteurs qui devront. Et c'est bien cette structure d'appropriation largement diffusée dans les champs narratif. un indicateur pourra signaler que. aussi. même inégal. publications qui "entourent" l'article publié dans le titre papier et devienne accessibles dans l'édition électronique). les jeux vidéos ont servis de plate-forme expérimentale diffusant. films. sur ce point. éducatif ou. grâce aux logiciels idoines disponibles. le téléspectateur pourra accéder. ainsi que le souvenir ou encore l'imagination comme des technologies de mise à distance et de transport qui empruntent les voies tressées du langage et du souvenir perceptif inscrit. On pourrait d'ailleurs construire une histoire des transports sexuels à distance. non plus sélectionner des matériaux pour servir un propos unique dans un format délimité (le fameux 52 minutes. tirant profit des compétences de chacun). récits littéraires.

braquage. De nouveaux véhicules peuvent aussi être fabriqués avec des caractéristiques techniques propres. Pod est. les créateurs de Pod vont concevoir les nouvelles versions du jeu en s'inspirant de l'imagination des adeptes du site. viendrait s'inscrire. d'un jeu vidéo à une expérimentation collective d'un cadre scénographique. l'information sera moins indicielle. Évitons de distiller l'illusion qu'avec ces formules d'expérimentation. ni moins. qui.Une expérimentation véridique. plus construite. Le processus informationnel sera l'aboutissement d'une épreuve publique de légitimité (au sens où la légitimité scientifique s'acquiert à travers la confrontation publique des hypothèses). au départ. on parviendrait à une présence directe -im-médiate. un jeu de course automobile d'un réalisme surprenant déployant l'arsenal du décorum des circuits (seize circuits évoquant les univers de Blade Runner. Mais l'innovation fondamentale réside ailleurs. l'émergence d'un point de vue.dans la vie réelle.tion de cette scénographie de l'interaction. articulé en rhétoriques cohérentes. c'est le cas de le dire. par touches successives. L'expérimentation virtuelle est aussi une médiation. sans mise en scène ? Le spectacte est-il à l'abri du soupçon ? Doit-on lui reconnaître une meilleure aptitude à convoyer la vérité grâce à son expérimentabilité ? Peut-on considérer que l'ingénierie interactive serait. leurs points aveugles ? La modélisation est. Ainsi. qu'elle ne recèlerait aucune mise en scène ? Non. l'idée . dans le domaine de l'ingénierie. Mais cette construction individuelle recèle des limites. la présence à distance demeure une scénographie. L'exemple du jeu Pod illustre parfaitement cette évolution. exactitude et similarité des représentants. expérimentateur en diable. sans travail de construction. Mad Max. et que la séparation entre l'information et l'événement serait abolie. l'interactivité se joue dans un théâtre. et dans le domaine social une épreuve herméneutique. Les voitures concurrentes sont dotées d'une "intelligence propre" de la course assez évoluée. où les participants sont à la fois acteurs de leur spectacle et spectateurs de leurs actes. Dissipons toute croyance en la possibilité d'une expression directe de la réalité. adhérence. par constitution. E . elle est tout simplement plus adéquate à l'esprit du temps. Nouveau régime de vérité et de légitimation "relativiste" Si elle devient plus charnelle. peut voir.). sur l'écran des ordinateurs. apparaît comme la mise à l'épreuve d'un ensemble d'a priori. bref. plus expérimentable. La maxime émergente "cru parce que expérimentable" pose des problèmes bien plus complexes. authenticité et réalisme des doubles. qui. Ces modèles sont-ils de fidèles représentants ? Où se situent leurs limites. que la preuve télévisuelle. Quels partis pris le CD Rom modélisant le procès Simpson aux États-Unis exprime-t-il ? Sur quelles ignorances est-il édifié ? Quelles interprétations juridiques sont-elles à sa source ? Ces questions affleurent obligatoirement dès lors que l'interrogation et les choix de circulation sont délégués à l'interactant.) et multipliant les degrés de réglage des engins (accélération. sans médiations. une épreuve opérationnelle. On renvoie au public le soin de choisir ses présupposés : un procès pour les Blancs. autant d'intérêt. fonctionne selon la formule "cru parce que vu" et. Fonction miroir de l'expérimentation : en cela elle n'est ni plus véridique. On n'expérimente que ce qui a été modélisé de manière pertinente. Curieux procès. etc. S'éloigner du circuit et visiter les paysages présente. plus véridique. elle. on est passé. de légitimitation. Mais ces formes obéissent à de nouvelles distributions de rôles ainsi qu'à des systèmes de valorisation inédits. précisément cru parce que tout le monde. un autre pour les Noirs. y compris les experts. L'événement est mis en maquettes. ce n'est pas qu'il serait plus "réaliste" que l'ancien mais qu'il est construit selon des procédures plus homogènes aux exigences de l'incarnation croissante et à l'espérance d'une élaboration individuelle d'un point de vue. bouclant le circuit. Et finalement. pour certains. etc. Ce qui diffère dans le nouveau régime de légitimation de la croyance. transparente. qu'elle approcherait de plus près l'événement qu'une narration ou un reportage filmé . permet aux "mordus" de concevoir de nouveaux circuits dans lesquels ils peuvent inviter des concurrents. par nature. Gardons-nous des mirages objectivistes qui assimileraient vérité et expérimentabilité. La formation d'une légitimité. Elle altère. Gagner la course n'est plus alors l'unique objectif. Un forum sur Internet.

d'une vérité unique et engendre, le plus naturellement du monde, la relativisation de toute démonstration, de tout jugement. Ce qui est essentiel, c'est le mouvement de consolidation réciproque entre progrès dans l'incarnation tangible des représentants et fondation culturelle de la vérité sur l'expérimentabilité. La figure du réalisme aurait ainsi changé de costume : d'une facture essentiellement liée à la capture visuelle, elle est en passe de se lier au test pratique. Et la représentation virtuelle numérique permet, à la différence du spectacle audiovisuel plat et plein, d'inclure dans le spectacte, une multiplicité de vues, éventuellement contradictoires. À charge pour le spectacteur de choisir, l'angle (ou les angles) d'éclairage qui lui convient. Transfert de source de légitimité, de l'émetteur vers le récepteur, telle serait la mission, ou le fantasme de la présentation virtuelle. Et l'on perçoit immédiatement certaines apories qui en découlent. Le récepteur peut-il devenir la seule source de légitimation des informations et de leurs mises en récits ? Évidemment pas. Le paradigme de l'expérimentation n'affirme pas l'extinction des foyers qui surplombent l'acteur individuel et irradient les normes sociales, foyers à travers lesquels l'expérience est à la fois vécue et construite. La référence au groupe n'a pas disparu dans ces jeux expérimentaux, elle s'est simplement assouplie, libérant des espaces de parcours singuliers. On ne saurait substituer une caricature à une autre en échangeant le modèle hétéronome des massmedia supposés conditionner le social avec celui de l'expérience, laquelle assurerait la parfaite autonomie d'une subjectivité individuelle. Il faut, en revanche, prendre la mesure de la mise en critique généralisée et du relativisme que le dispositif expérimentateur du spectacte véhicule et induit à la fois. Vouloir croire : la fonction "communautaire" vaccine-t-elle la télévision contre la crise de confiance ? Pour caractériser la crise du régime classique d'adhésion, j'ai surtout insisté sur l'affaiblissement du pacte visuel, le vacillement du régime de vérité fondé sur le "voir pour croire". Deux aspects de la question méritent une discussion : l'accompagnement langagier de l'image télévisuelle et surtout le sentiment communautaire, qu'on peut aussi appeler la valeur "cultuelle" de la télévision. En effet, l'image télévisuelle apparaît rarement isolément. Elle est mise en scène par un discours, un commentaire omniprésent qui cadre, définit, contextualise les images montrées. Le régime de croyance propre à la télévision serait donc non pas "croire ce qu'on voit" mais "croire ce que le commentaire fait voir ". C'est un fait universel, le cadrage langagier ne contraint pas mécaniquement la signification. Par ailleurs, lorsque le sujet est brûlant, le commentaire se heurte -et ceci, depuis toujours- aux horizons d'attente basés sur les convictions et engagements préalables des publics. Outre ces données générales, l'activité discursive est majorée dans le contexte actuel de la crise de confiance, dans la mesure où elle doit vaincre en permanence le sentiment partagé que "les médias nous trompent". D'où une surcharge souvent pénible, -un appareil de persuasion redondant- qui tente désespérément de rattraper le déficit d'adhésion et qui participe finalement à notre désaffection[60]. Venons-en maintenant à la valeur cultuelle de la télévision, soit encore sa fonction de lien social. Cette question ouvre à une discussion plus complexe. Le sentiment que des millions de personnes sont rassemblés dans une même vision à distance leste l'événement télévisuel d'un crédit incontestable. Croire c'est aussi faire partie d'une communauté, avant d'être un exercice intellectuel. L'adhésion procède d'un mouvement volontaire, ou plutôt nécessaire : "entrer dans l'orchestre" comme le dit Daniel Bougnoux. Appartenir à une communauté, serait-ce une communauté séparée comme celle des téléspectateurs, engage, selon de toutes autres modalités (l'intérêt, le maintien des liens,...), qu'une opération raisonnée dissèquant la validité d'une proposition. La dimension cultuelle, religieuse de la télévision, au sens propre du terme, la prémunirait-elle donc de l'altération "fiduciaire", au sens de la perte confiance dans la "monnaie" du visible ? Et la formule émergente "cru parce que expérimentable" demeure-t-elle valide dans ce contexte de l'adhésion engagée ? Je le pense, pour l'essentiel. S'il est vrai que la fonction communautaire assure pour une grande part la pérennité du modèle massmedia -et la réception simultanée a donc encore de beaux jours devant elle- cette fonction n'est pas à l'abri des transformations en cours. J'ai le sentiment que cette fonction communautaire joue plus sur la dimension narrative -le besoin que l'on nous raconte les mêmes histoires- que sur un plan informatif ou cognitif : croire les experts ou les

médiateurs patentés. C'est plutôt cette deuxième opération qui est taraudée par le désir d'expérimentation. Et la force de cette option, c'est qu'elle assure un compromis acceptable entre une participation intime -par l'entremise de modèles- et un risque limité, c'est-à-dire un engagement protégé par la distance. Mon hypothèse ne conclut d'ailleurs ni à la disparition future de la télévision, ni à celle du "grand public", mais à l'effritement de son pouvoir référentiel et persuasif au profit d'autres régimes de croyance appuyés sur les pragmatiques socio-techniques de l'expérimentation. Par ailleurs, la fonction cultuelle est à la source de controverses sur les rapports média de masse/espace public. En effet, au moment où se multiplient les signes annonciateurs d'une baisse de régime "fiduciaire" des massmedia, se font jour des évaluations quelque peu nostalgiques. Elles suggèrent que les massmedia, comme forme, sont peut-être inséparables de l'idée de démocratie (c'est le point de vue, par exemple, de Dominique Wolton[61]). Dans cette perspective, en ces temps de rigueur individualiste, le grand public serait plutôt une réserve de liens sociaux à protéger qu'une survivance totalitaire à dissiper. Comment en effet penser un espace public qui ne serait plus construit selon le modèle de la pyramide ? D'où viendraient les références communes à l'expérience, les normes réglant l'échange ? Ceux qui partent en guerre contre les formes diffractées de l'espace public -telles qu'Internet- défendent, je crois, une conception rigide et archaïque de l'espace public. Présupposant un lien consubstantiel entre média de masse et démocratie, ils restreignent la crise de la démocratie représentative à ses aspects régressifs (le Monicagate, par exemple), oubliant que même à travers cet épisode scabreux se manifeste une véritable recherche de rapports latéraux, non ou antiétatiques. Ils ramènent les modalités actuellement encore dominantes de la médiation, à des formes absolues et veillent jalousement sur le monopole professionnel dont ces formes jouissent encore et que certains usages d'Internet, notamment, menacent (ce qui -on s'en expliquera- ne signifie pas un épuisement de la médiation comme principe). Demeure la question des formes de l'espace public que dessineraient les scénographies hybrides mêlant simulation, réception directe, accès à des banques de données et échanges latéraux. Qu'induiront ces nouveaux cadres de réception/action ? Ils posent effectivement nombre de questions quant à la détermination de références communes dans l'échange social. Ne concluons pas trop vite à leur disparition, si tant est que ces références "transcendantes" qu'on croyait disparues ressurgissent souvent à travers le processus même qui les disperse. On doit même constater que ces processus sont inducteurs de relations spécifiques, y compris locales, à l'image des regroupements, associations, communautés nés de la fréquentation des réseaux. Ils sont aussi à l'origine de liens collectifs, comme l'automatisation de la médiation sur Internet, dont nous reparlerons. Ces processus définissent des normes communes, y compris morales, dans l'affrontement à l'État et aux groupes privés. Et l'on pourrait même aller jusqu'à considérer la présence à distance comme l'un de ces ciments collectifs. Ces nouvelles formes de lecture par navigation -qui s'opposent, par nature, aux logiques du l'instantanéité- enrichissent l'éventail des pratiques de communication. Elles réévaluent ce que signifie "s'approprier", rajeunissent la notion de durée. Et ce n'est pas la disponibilité technique de ces nouvelles formes de lectures qui, par contagion d'usages, transformerait le "grand public" des massmedia en enquêteurs attentifs, recoupant les sources et testant des interprétations. C'est plutôt l'inverse qu'il faut considérer : l'émergence de ces dispositifs expérimentaux comme indice d'une redistribution des normes de croyance. Et finalement, pour évaluer ces conclusions, il conviendrait de les appliquer récursivement à elles-mêmes. Ce qui revient à observer dans quelle mesure elles peuvent servir à nourrir de nouvelles expérimentations de l'information modélisée. La tendance à l'incarnation des représentants est-elle d'origine technologique ? La formulation de notre question sur les fondements techniques du mouvement d'incarnation laisse effectivement entendre qu'il serait possible d'autonomiser le facteur technologique dans l'ensemble des déterminations à

l'origine du phénomène. Laissons de côté, ici, une discussion sur la possibilité même d'isoler le technique du symbolique et admettons, sous réserve d'inventaire, cette hypothèse. Dans quelle mesure cette critique d'un déterminisme technologique pourrait-elle alors s'appliquer à notre hypothèse centrale postulant l'émergence d'un paradigme de l'expérimentabilité virtuelle comme nouveau régime de croyance ? Serait-ce un mouvement technique -la réflexivité des programmes informatiques et la numérisation de l'information- qui provoquerait la déstabilisation de notre régime visuel de croyance[62] ? Ou, dit autrement, la tendance à l'augmentation de l'incarnation des représentants puise-t-elle son énergie dans la sphère de l'innovation technologique ? Notons d'abord que la vocation expérimentatrice n'est pas né avec les technologies numériques interactives. Ce désir a sous-tendu toutes les technologies de représentation : dessin, perspective, photographie, cinéma muet, parlant, etc. On peut en effet considérer que l'appétit pour l'expérimentation est déjà manifeste dans la production de représentants analogiques. Cette tendance s'est adossée à un mouvement social et culturel, en Grèce antique avec l'émergence de l'apparence comme question éthique et pratique. Elle s'est renouvelée et accentuée lors de la Renaissance (imprimerie, perspective), et a été décuplée par la révolution industrielle (photographie, enregistrement). On peut en effet lire l'histoire des techniques de représentation, au moins depuis le XIXe siècle, comme une quête de modèles sans cesse plus proches de la réalité référentielle, et pour cette raison plus ductiles. L'invention de la photographie a joué un rôle majeur dans cette accélération. L'enregistrement est, à cet égard, une rupture essentielle. Mais on ne saurait comprendre les intentions profondes -explicites et muettesqui sont à la source de la photographie en ignorant la dimension proprement expérimentatrice de la perspective, de la lanterne magique ou encore de la géométrie descriptive, véritables technologies propices à inventer d'autres technologies, torpilles exploratrices lancées pour investir à la fois le monde et la perception humaine. La dimension représentative -imiter le monde- n'est que l'une des faces de ces exercices démiurgiques. L'autre réside dans leur fonction poïétique : l'émergence d'un univers inouï, totalement hétérogène à ce que l'expérience humaine avait conçu jusque-là. L'inscription visuelle permanente d'une co-présence passée dans la photographie en est un exemple type. La prise de vue photographique est d'emblée une prise de temps. Ce geste participe de l'auto-construction d'un rapport au temps, où le passé peut être re-présenté. Il constitue aussi une expérience sociale princeps de l'automatisme et, depuis la fin du XIXe siècle, de l'instantanéité de l'enregistrement. Ainsi le mouvement d'expérimentation dans la production de représentants possède des dimensions tout à la fois corporelles, mentales et axiologiques : blocs de gestes, d'attitudes corporelles, de dispositions d'esprit, d'épreuves perceptives et de systèmes de valeur. Ce serait donc plutôt une tendance techno-culturelle profonde, de nature anthropologique, qui serait à la source du mouvement d'incarnation croissante des représentants. "Techno-culturel" désigne ici une dynamique née, non pas directement dans la sphère de la production de biens matériels mais dans celle des activités scientificoartistiques (la photographie ne se rattache pas directement à la lignée des machines énergétiques, ni le cinéma). Nous avons déjà tenté, dans le 1er chapitre, de montrer dans quel complexe de déterminations -langagières, scientifiques, imaginaires- il convient de situer la notion de présence à distance. Cette tendance constituerait même, répétons-le, un fondement anthropologique, si on considère que le mouvement de substitution et de transport de la présence à distance se confond avec le processus d'hominisation lui-même. De nouvelles distanciations La forme télévisuelle borne les limites de la tentative de faire se rejoindre le spectacle et la vie. Impliquant ce que, par abus de langage, on nomme le "temps réel"[63] (quasi-coïncidence de l'émission et de la réception), elle interdit un retour sur le message autre que mental. Et l'on connaît la difficulté d'un tel exercice. Que la télévision tente de mettre fin à la séparation entre spectateur et spectacle, c'est une chose mais qu'elle y parvienne, c'en est une autre. Et on a vu les apories de cette tentative. Il est courant d'entendre et de lire que les images électroniques sont indicielles, fascinantes, séductrices, charnelles, obsédantes, aveuglantes, hallucinantes et qu'elles tiennent de ce fait une place déterminante dans notre système politico-médiatique. Or, selon notre hypothèse, les images électroniques de télévision ne sont pas trop charnelles, mais plutôt insuffisamment. D'où le

désenchantement qui commence à les assaillir. La forme moderne de spectacle que constitue la télévision incite à revisiter, sous l'éclairage de l'incarnation, des figures plus anciennes. Il est remarquable que dans la première livraison de la revue Les Cahiers de médiologie[64], intitulée : "La Querelle du spectacle", une proportion quasi majoritaire des articles prend, totalement ou partiellement, le théâtre comme référence du spectacle. Ce qui revient à considérer que la forme matricielle du spectacle est le spectacle vivant, plus précisément encore -car la danse ou le concert possèdent aussi cette qualité- le spectacle vivant parlant, la mise en scène des récits. La question de la séparation entre le spectacle et le spectateur est l'un des axes cardinaux des réflexions développées. De multiples exemples d'assauts livrés contre le clivage scène/salle, acteurs/spectateurs viennent illustrer la tendance à l'immersion dans le spectacle. Dans un article d'ouverture de la revue, Daniel Bougnoux[65] érige même la rampe, matérialisation de la séparation entre la scène et la salle, en symbole de la coupure sémiotique. Mettre la scène au milieu des spectateurs (Mnouchkine), faire le spectacle avec les spectateurs (Living Theater), transformer le spectacle en agitation politique (agitprop), les formules n'ont pas manqué qui participent de cette volonté d'abroger la loi qui cloisonne physiquement l'espace fictionnel (rappelons que ces assouplissements scénographiques sont déjà présents dans le théâtre grec classique avec l'installation des chœurs qui représentaient les spectateurs dans le spectacle et signifiaient ainsi l'existence d'un ailleurs du récit, lieu permettant son interprétation et sa critique). Glissons une hypothèse. Ce serait le mouvement d'incarnation croissante dans le transport de la présence à distance qui fonde ce recours nostalgique à la co-présence charnelle hic et nunc. Curieusement, ce n'est pas la télévision, forme spectaculaire massive, qui est prise comme archétype, ni le cinéma. Avec le spectacle vivant, l'idée d'une parenthèse insérée dans le flux quotidien, un moment inédit et non reproductible de communion -spectateurs/acteurs et spectateurs/spectateurs- s'impose comme définition du spectacle pur. L'enregistrement, entraînant la reproductibilité audio-visuelle à l'identique (cinéma, télévision) souille cette co-présence, ce souvenir d'un événement original et unique[66]. Prise d'empreinte d'un instant, par constitution, passé, l'enregistrement se situe à l'un des deux pôles opposés au spectacle vivant (l'autre est le spectacte). Photographie, toucher et co-présence La photographie a ceci de paradoxal que, dissociant la temporalité du partage de l'expérience, elle fonde néanmoins son "réalisme" sur une co-présence passée et constamment revivifiée. La nature de la certification réaliste propre à la photographie demande à être questionnée. Dans cette accréditation d'authenticité -la photographie comme inscription indubitable d'une co-présence passée- le contact et le toucher à distance jouent, on le verra un rôle central. Bernard Stiegler aborde ces questions dans La technique et le temps : "L'intentionnalité de la photographie est la Référence comme certitude que la chose photographiée a été"[67] et d'enchaîner sur Roland Barthes : "J'appelle 'référent photographique' non pas la chose facultativement réelle à quoi renvoie une image ou un signe, mais la chose nécessairement réelle qui a été placée devant l'objectif, faute de quoi il n'y aurait pas de photographie. La peinture, elle, peut feindre la réalité sans l'avoir vue"[68]. Nous décelons une hésitation dans cette certitude de réalisme. Et d'abord dans l'identification, qui semble aller de soi, entre réalité et réalité visuelle. La seule réalité dont peut se prévaloir le "référent photographique" est chevillée à la perception visuelle, c'est-à-dire au sentiment que voir équivaut à s'assurer de la réalité physique, tactile, sonore [...] de l'objet, même si on n'en fait pas l'expérience kinesthésique. La photographie engage une théorie prédictive qui opère par réduction phénoménologique de la sensorialité à la vision. Que cette équivalence fonctionne comme évidence en dit long sur le primat actuel de la vision sur tout autre vecteur perceptif. Roland Barthes : "dans la photographie, je ne puis jamais nier que la chose a été là. Il y a double position conjointe : de réalité et de passé"[69]. L'auto-conviction réaliste fonctionne, en fait, en parcourant une chaîne complexe d'accréditations successives. Au nombre desquelles il faut compter l'habitude que la vision d'un objet soit un gage de sa présence (habitude pourtant mise en défaut par les illusions optiques) ou l'accoutumance à ce qu'une photographie prise renvoie à une co-présence passée de l'objet, de l'image, du dispositif de capture et du sujet prenant le cliché, donc une

"la technologie moderne [. une dissociation spatiale peut provoquer un trouble temporel. puisse être un préalable à une rencontre ultérieure avec cette personne.. Et la liste des accréditations pourrait être allongée. Bernard Stiegler reprendra ce thème du toucher différé. On comprend alors l'effort conjoint de Bernard Stiegler et de son interlocuteur pour fonder le réalisme photographique sur la tactilité. Inversement. non. a réellement touché la surface qu'à son tour mon regard vient toucher"[70]. comme "source d'une vue possible"[74]. un toucher différé qui transforme la photographie en médiateur de l'effet de la lumière. Derrida précise d'abord que le spectre. illusoire ou non. Derrida souligne l'effet de réalité de la photographie en singularisant les cas où ce sont des visages qui nous adressent leur regard. entre un ici et un là-bas. il entendit la voix lointaine de sa grand-mère qui lui apparut déjà morte "[72]. "c'est toujours du visible [. appelée à disparaître. D'ailleurs..de la photographie : "D'un corps réel qui était là sont parties des radiations qui viennent me toucher. La chose d'autrefois. provoque une distorsion dans l'équivalence de l'ici et du maintenant. au même instant. Le "nécessairement réelle" provient d'un consensus basé sur l'expérience (ayant partie liée avec le phénomène indiciel. ne pouvait s'opérer qu'au prix d'une déliaison temporelle. la disjonction spatiale impliquant un dérèglement temporel. Enchaînant sur la présence essentielle de la mort dans tout acte d'enregistrement (capture ou lecture) -comme prémonition de notre présence actuelle. Être écartelé. La distance spatiale engendre une distance temporelle. que le toucher assure l'irremplaçabilité : donc la chose même dans son unicité"[76]. comme si la simultanéité dans la distance spatiale. moi qui suis ici. Comme le suggère Derrida. Jacques Derrida enchaîne une réponse qui constitue une voie d'entrée fondamentale sur la "spectralité" moderne. Inspiré par Lévinas. pour appuyer sa démonstration. qu'une substitution peut suppléer à tous les sens. ou en tout cas on a le sentiment.. la forme d'une distanciation : Proust entend son aïeule ici. Dans cet entretien. à la différence du revenant. sauf au toucher. rencontre différée du regard de l'autre. prenant. Il se refuse à l'intuition à laquelle il se donne. Peirce. la perspective peircienne de l'indice est omniprésente[77]. de transfert d'existence par prise d'empreinte) et sur la réduction de la réalité à sa perception visuelle. Ce que je touche.] bien qu'elle soit scientifique. Contact à distance de temps. mais un toucher sensible cependant[71]. décuple le pouvoir des fantômes"[78] . mais la voit plus tard. Peu importe la durée de la transmission. La "spectralité" de la photographie Dans un livre d'entretien ultérieur avec Jacques Derrida[73]. trouble que l'idée d'un contact matériel différé tente d'effacer. c'est un sentiment dont on a du mal à se défendre.mise en scène de l'acte de vision.. transfert photo-énergétique de la surface de l'image enregistrée. La dissociation temporelle engage un trouble spatial. par ses radiations immédiates (ses luminances). la confirmation que la vision d'une photographie de quelqu'un qu'on ne connaît pas. il n'est pas tangible (marqué par nous)"[75]. à distance de temps. Ce que je vois peut être remplacé. Barthes affirmera le caractère indiciel -toujours au sens de Charles S. d'ailleurs. ici.le philosophe affirmera clairement quelques pages plus loin : "On a l'impression.]. Le phénomène de "hantise" est donc constitué par la privation du toucher. Bernard Stiegler rappelle ce que Proust écrit à propos du téléphone : "usant de cet appareil pour la première fois. Le réalisme est adossé au toucher. par exemple. ou encore. déliant ainsi la vision de la tactilité.

La forme politique absolue qu'Internet promeut consiste à fonder directement la légitimité du pouvoir sur l'association de collectifs de base. "visant la réappropriation au profit des individus d'une puissance technique jusqu'à lors monopolisée par de grandes institutions bureaucratiques"[4]. Les hiérarchies socio-économiques émergent à nouveau. partage. alors. Mais cette défense des principes généreux qui ont présidé à l'émergence de la Toile. uniforme où. L'océan calme qui baigne les rives des modemS est en train de révéler quelques aspérités. Il y en. Actualisant. l'esprit d'Internet mérite d'être défendu et Pierre Lévy a raison de rappeler. ses fonctions purement commerciales. Internet symbolise incontestablement des dynamiques sociales qui assouplissent le modèle descendant du pou- . est vigoureusement combattue. Bien qu'il soit soumis à l'idéologie individualiste (seul et libre face à des millions de partenaires). que le réseau est le fruit d'un puissant mouvement social coopératif. né aux États-Unis dans les années soixante-dix. Le social y est conçu précisément comme un ajustement progressif. La recherche de la vérité. moraux) peuvent-ils fonder leurs rapports ? (La communauté scientifique. luxuriance de la navigation hypertextuelle. sans référence à une instance qui les dépasse. du scepticisme devant les vérités révélées (religieuses. pour les éditeurs de sites. Les espoirs de Norbert Wiener. ne risque-t-elle pas de faire retour par la fenêtre ? La rencontre sur un même terrain (l'échange déterritorialisé) procède déjà d'un consensus aveugle : le désir de construire une association alternative et non de se replier sur une existence en pure autarcie. des millions de personnes connectées. ici.concrétise l'idéal d'un fonctionnement social fondé sur la pure circulation et sur l'inexistence d'intérêts contradictoires. par une poussée ascendante. la réitérabilité. économiques. étatique ou privée. chassée par la porte. on rencontrerait. Le versant libertaire d'Internet doit-il être considéré comme une utopie malsaine ? Nullement. entre individus et collectifs censés être autonomes. dans une sorte de "village planétaire" bâti dans un tissu aux mailles aussi serrées que le réseau téléphonique mondial ? Il y a lieu d'en douter. se renouvellent ici. et à la pression libérale. L'immanence est donc déjà encadrée par ce désir implicite.à l'authenticité et aux normes morales qui permettent de parler un langage social commun. peuvent-ils exister comme collectifs sans une référence qui les dépasse et les fonde ? Sur quels principes (épistémologiques. sans résistances. avec Internet. Mais la transcendance. la "visibilité" des services offerts devient une qualité essentielle : pages d'accès chatoyantes. soigneusement designées. d'un mouvement brownien de contacts et contrats sociaux passés entre collectifs autonomes. dans Cyberculture. non sans conflits. d'un espace lisse. la diffusion du savoir ou le partage des connaissances n'ont aucun sens sans que soit reconnue préalablement une valeur -même locale et temporaire. Internet peut servir de parabole à des processus plus généraux[1]. par exemple. Une prolifération des flux d'informations permettrait la libre discussion et l'obtention de consensus. sur un terrain technologique. La distance permet un refroidissement des conflits : ils se traitent alors comme de purs enjeux intellectuels et non comme des contradictions sociales. morales) renforcent le sentiment qu'une nouvelle politique doit émerger. légitime que s'il est immanent et toute transcendance. ne saurait dispenser de trier les propositions.Chapitre III L'auto-médiationsur Internet comme forme politique L'usage public d'Internet -nous laissons de côté. une forme de pensée politique anarchiste. une conception pragmatique de la vérité scientifique basée notamment sur l'expérimentabilité. ni ignorer que le développement du réseau ne garantit pas mécaniquement la poursuite du projet initial d'une démocratie informationnelle. Par exemple. des collectifs autonomes. En outre. Les concepts de négociation et de contrat se substituent alors à ceux d'antagonisme social et de divergence d'intérêts[2]. dès lors qu'Internet devient une surface commerciale stratégique. la régularité des résultats obtenus). Mais il est truffé des contradictions sociales actuelles[3]. La montée du relativisme. une profonde convergence entre une philosophie politique édifiée autour du concept de réseau et le constructivisme sociologique. formulés dans Cybernétique et société. S'agit-il vraiment. par glissements diaphanes. le pouvoir n'est. en effet. Lequel consensus devient un mécanisme social idéal.

comme l'étude de types idéaux et non comme une analyse factuelle. sans pour autant succomber aux champs de sirènes des chantres de l'anarcho-libéralisme ? Autant. un plurimédia Mais avant de poursuivre. nous poursuivrons. Nous proposons de qualifier Internet de plurimédia.) et une production plus informelle (groupe de discussion. doit être comprise.d'engendrement et de contrôle social d'un réseau de communication. Internet étend la communication collective (groupe de discussion. On a souvent éclairé les convergences structurelles entre la forme pyramidale des massmedia et le fonctionnement ascendant de la démocratie représentative. mouvements qui s'expriment dans la substitution directe d'intermédiaires mais aussi. La déstabilisation de l'état fordiste et du type de régulation des conflits qui l'accompagnent nourrit une recherche d'autres formes de gestion des antagonismes. Bien qu'à réception interactive. Les uns comme l'autre sont actuellement déstabilisés. La pluralité des logiques éditoriales. directe de tous vers tous est-elle pour autant audible ? On verra à quel point un tel idéal est soumis à de vives contradictions. sous un autre angle. On suivra ces mouvements dont la synthèse donne corps au concept d'auto-médiation. le réseau des réseaux cumule dans un seul espace les trois principales relations médiatiques. autant on peut afficher sa sympathie pour de nouveaux rapports démocratiques anti-étatiques dont le mérite est de déplacer et d'affaiblir certaines formes de domination devenues insupportables. Ce n'est pas le lieu d'approfondir ces questions. quelque peu rigide dans cet énoncé. logique publicitaire de l'Audimat) du fonctionnement des massmedia[5]. de télévision.est au cœur de ces enjeux. formes que la culture des réseaux annoncerait. c'est inédit. . Internet. Internet est. forum). etc. L'expression publique. Dans un deuxième temps. développée par le courrier postal et le téléphone. Et la question des intermédiaires en est l'un des points cardinaux. sites personnels). des modes de traitement ainsi que des niveaux de légitimation de l'information ne sont pas les moindres des particularités du réseau. Comment ne pas jeter le bébé avec l'eau sale du bain. la description constructiviste du champ social est discutable. car. mais il continue d'inspirer massivement le développement du réseau. par certains aspects. La crise du modèle des massmedia est en profonde convergence avec la recherche -annoncée par la Citizen Band et les premières messageries télématiques. un système de communication de masse ne distingue pas. l'émetteur et le récepteur. tout juste d'en rappeler certains fondements. de radio. il convient de préciser le statut d'Internet en termes de relation médiatique. emblématique d'une tentative partiellement réussie -jusqu'à présent. etc. Cette dichotomie. La parenté des mouvements qui les ébranlent a maintes fois été soulignée. rechercher des informations sur Internet).d'autonomisation et d'automatisation de la médiation. dans son principe (et seulement dans son principe). rompant potentiellement. On doit remarquer la cœxistence. l'édition commerciale de sites se rapproche. l'interrogation sur l'éviction ou le déplacement des intermédiaires en comparant les deux grandes figures qui remettent en cause les formes usuelles de la médiation : le parcours interactif sur support local et la navigation sur réseau. documents en version intégrale. On parlera d'autonomisation lorsque l'acteur médiatise lui-même l'événement et construit ainsi directement l'espace de sa communication/diffusion.de médias construits par mouvements concentriques et contrôlés par les agents sociaux qui l'utilisent. Pour la première fois. se concrétise avec le courrier électronique. la séparation entre émission et réception. pour la première fois à cette échelle. dans l'évitement d'institutions par des relations horizontales. bien que moins explicitement. Ce sont ces mouvements que nous approchons par la notion paradoxale d'auto-médiation dans ses deux dimensions -en partie contradictoires. sur un même support. La communication d'individu à individu. de la modification de leur rôle ou de l'apparition de nouvelles fonctions médiatrices. on le verra.voir. Enfin. c'est-à-dire reconnaître les valeurs démocratiques qu'Internet représente et développe tout à la fois. (notoriété. à ce titre. d'une production issue du monde des médias (sites de titres de presse. On caractérisera l'automatisation de la médiation par l'usage direct de logiciels permettant d'accomplir directement une tâche (par exemple.) avec une offre d'information plus spécialisée (banque de données. Mais cette juxtaposition de ces trois grands types de communication n'épuise pas la spécificité d'Internet. Et la question des intermédiaires -qu'il s'agisse de leur disparition.

mise en vente. Des logiciels permettent à chacun de composer. à l'édition de l'ouvrage en aidant l'auteur à mieux exprimer sa pensée et en lui faisant bénéficier de son savoir-faire éditorial. il n'en reflète pas moins une part de vérité qui alimente les espoirs visant à contourner les médias établis. "le rôle du journaliste en tant qu'expert décline" et que le réseau confère à chacun "le même pouvoir communicationnel"[7]. je fais sa promotion. j'annonce sa parution. contenant ses répon- . souvent un <<facilitateur>> de discussion". Dans son article sur la presse face aux enjeux d'Internet. critique sur d'autres supports éditoriaux. des liens avec d'autres sites. Des services apparaissent. De plus. avant qu'il n'épouse sa forme définitive.L. le rôle de passeur s'affaiblit au profit de celui d'expert détenteur d'une connaissance en surplomb. en quelque sorte. De l'autre la médiation tend moins à s'exercer entre des informations et des personnes qu'entre les personnes elles-mêmes. Les lectures croisées y remédient. Son absence. il ajoute : "les faits et les informations circulent souvent sans médiation du journaliste. à tout moment. il devient le médiateur d'une ressource partagée"[9]. La profusion d'informations disponibles majorera l'importance du travail de tri. rédacteur en chef de l'hebdomadaire en ligne LMB Actu[8] : "Le journaliste ne peut plus se placer comme celui qui révèle des informations qui lui étaient réservées. Il participe. par exemple à de jeunes talents d'éditer leur première œuvre sur le réseau. responsable d'un standard téléphonique et metteur en scène de textes audiovisuels. Cylibris enchaîne d'ailleurs -par le biais de forums. Elle offre de plus en plus. des hypermédias dont les graphes deviennent vite très complexes : on devient à la fois imprimeur. C'est ce qui fait dire à Alain Simeray. Il questionne des spécialistes. par publication d'articles on line. Internet ne supprime donc pas la médiation journalistique.explique que. Je court-circuite ainsi des fonctions séparées : édition. assez facilement. Deux mouvements semblent donc affecter la médiation journalistique. Parfois. D'une part. La rupture avec le mode de consultation de la presse classique en sera encore approfondie. des adresses de banques de données consultables ainsi que des espaces de discussion. en ayant éventuellement recours à la communauté des Internautes intéressés par les mêmes sujets. comme Cylibris[6] qui proposent. de comparaison. j'anime un groupe de discussion sur son contenu. comme tout nouveau média.M. Ceux-ci peuvent. mais la transforme. À ce titre. parfois un explorateur. garantissant ainsi à sa publication une visibilité dans la communauté des chercheurs concernés. du regard des lecteurs. de recoupement des sources.avec une intervention directe des lecteurs encourageant ou critiquant les romans et nouvelles publiées.L'auto-médiation versus autonomisation L'autonomisation de la médiation s'exprime dans l'exercice direct d'une fonction sociale exigeant auparavant des savoir-faire spécialisés. donnant ainsi forme à une sorte de salon littéraire disséminé.) autoriseront le récepteur à modifier les pages et lui permettront d'y intégrer ses propres informations.L. (La fonction de l'éditeur classique ne se limite pas au rôle de filtre -parfois exagéré. l'auteur le soumet à la discussion. Un mouvement destiné à contourner le filtre des comités de lecture des revues prestigieuses se dessine. Même si ce diagnostic demande à être discuté plus finement. les nouveaux langages annoncés. C'est tantôt un agent qui dirige le trafic. Ajoutons que la presse en ligne tend à s'émanciper de la pure restitution numérique. des documents in extenso qu'on ne peut publier faute de place. dans la version classique. J'écris un livre. promotion. Affirmant que les fonctions de producteur et de consommateur d'informations tendent à se confondre. Internet commence aussi à modifier sérieusement les conditions de la publication scientifique. dans l'autoédition. vérifier par eux-mêmes certaines informations. etc.dans les procédures de sélection. distribution. bref tout ce qui constitue le savoir-faire d'un rédacteur. d'édition de documents sur Internet (de type X. mais en partie seulement). succédant à H. leur demande des commentaires.A . Giussi -cyberjournaliste ayant mis sur le Web le magazine L'Hebdo de Lausanne.M. B. je le distribue on line. amené à renoncer à une partie de son pouvoir traditionnel pour devenir animateur. Il peut ensuite enrichir son article par un dossier joint. n'est donc pas sans poser problèmes.T. en débusquer d'autres ou solliciter directement des experts. dans le contexte de l'édition électronique. outre le journal. Mais il fera ce travail sans pouvoir se mettre à l'abri. Internet élimine ou redistribue le rôle des intermédiaires traditionnels.

un site du syndicat américain AFL-CIO propose aux salariés de comparer leur feuille de paye avec celle des patrons de plusieurs centaines de grandes entreprises. la mise sur le Web des journaux n'a pas cannibalisé leur édition papier. Il ne faut donc pas pronostiquer mécaniquement la disparition des massmedia. la palette des initiatives est large. On s'accorde à constater que la médiatisation accomplie par des institutions spécialisées (presse. Jean. le résultat des simulations des effets de El Nino sur le climat actuel et futur du continent américain ainsi que des principales régions du globe. la vitesse de rétroaction entre l'auteur et ses lecteurs augmente considérablement . qu'à l'heure actuelle. employé même par ceux qui avaient ouvertement pris parti.) investissent des sommes importantes dans des programmes et moteurs de recherche offrant exhaustivité. Dans cette course-poursuite rien ne garantit le succès final des industries informationnelles.ses et les modifications effectuées. en fait. Dans le contexte de l'auto-médiation. qui ont annoncé et validé ce site. s'adressent à des . cette idée demande alors révision. bien sûr. télévision. etc. Par ailleurs. l'un d'entre eux a été créé et tenu seul par l'un des plaignants. Avec de faibles moyens -et une grande dépense d'énergie. c'est la tonalité qui était remarquable. parfois bien au contraire[11]. Quantité d'illustrations peuvent être invoquées. évoluant au gré des interventions successives. des étudiants. de compétence ou de temps. les témoignages tout aussi bien que des forums ou l'intervention de spécialistes . et l'on sait à quel point cette augmentation conditionne l'acuité de toute recherche (cette affirmation générale demandant. Mais parallèlement. incluant leur prime et autres émoluments adjacents. L'industrialisation de l'auto-médiation devient l'un des principaux enjeux socio-techniques d'Internet. parmi les sites qui ont couvert le procès Papon. chaînes de radio et télévision) se précipitent sur Internet ne saurait surprendre. etc.Marie Matisson. Là encore. ces derniers -notamment dans leur quête du scoop comme dans l'affaire Monica Lewinsky[12]-se voient concurrencés par la relative facilité avec laquelle il devient possible de diffuser largement l'information à toute échelle grâce au Web. En particulier. (où il se vérifie que le changement de média modifie les formes de validation de la connaissance scientifique)[10]. Cependant. la présentation des familles plaignantes. Ici. Il proposait la consultation du dossier d'accusation. Tout au plus peut-on considérer qu'il s'agit de moments particuliers dans un même processus. en l'occurrence. à être contextualisée finement au cas par cas). De la mise en ligne des titres de presse (changement de support à contenu invariant) à l'animation de sites ponctuels. Ici. on peut suivre quasiment en direct. Mais ce qui se profile remet en cause de manière bien plus profonde encore la structure de la médiation puisque le réseau permet aux acteurs d'un événement de devenir les producteurs et diffuseurs naturels de l'information qui concerne cet événement. en effet. sur le site d'un organisme de prévision météorologique[13]. et spécialement par l'ouverture de sites événementiels. une double évolution.on peut atteindre une audience sans commune mesure avec ce que coûterait une diffusion par les médias classiques. Ce qui en dit long sur les nouvelles possibilités éditoriales ouvertes par ce nouveau canal d'expression.). On voit se dessiner. chaînes d'information comme CNN. La notoriété du site Matisson était fondée dans une large mesure sur des médias traditionnels : ce sont des articles de presse. C'est leur propre fonction d'intermédiaire spécialisé dans le traitement de l'information qui se joue. participe de la construction de l'événement. les principaux acteurs de l'édition en ligne (grands quotidiens. Acteur engagé. Le on line devient une modalité idéale de service personnel. toutes propositions hors de portée des médias traditionnels et qu'à lui seul il offrait. en mal d'inspiration. C'est finalement un dossier "vivant" qu'il édite. rapidité et convivialité aux utilisateurs. Plus même que l'abondance de l'information. Notons cependant. il ne faut pas opposer mécaniquement médias de masse et édition de sites. Mais cette industrialisation porte dans ses flancs des outils facilitant l'expression directe des acteurs sociaux. Là. événement et médiatisation sont inséparables puisque ce sont les mêmes acteurs qui les portent. Par exemple. Jean-Marie Matisson ne s'encombrait pas du style impersonnel des médias de masse. Le devenir-médiateur de l'acteur L'empressement avec lequel des médias traditionnels (presse.

indépendants de l'industrie financière installée. Des dizaines de milliers de personnes transforment. Mais parce qu'avec deux logiciels gratuits disponibles sur le Web. Par exemple. L'affrontement des puissances établies devient un rapport social positif. plus souples et dont le fonctionnement est négocié entre les acteurs. les sociétés boursières. grâce à l'assistance de programmes spécialisés[16]. conscients du risque de perte de leur monopole. pour le coup.Unis. Un double-pouvoir alternatif aux logiques marchandes et hiérarchiques. des sites Web pour permettre aux épargnants de placer directement leurs fonds. La substitution du courtage financier par des instruments automatiques commence à concurrencer. Opération coûteuse (jusqu'à plusieurs centaines de milliers de dollars). Mais plus significative encore est l'activité moléculaire des milliers d'entre eux qui montent des sites spécialisés. Le visage public d'Internet s'y dessine et c'est ce qui alimente son dynamisme conquérant. Chaque artiste qui le souhaite peut alors distribuer directement sa production[18]. les ultra-libéraux prisent assez peu. leur ordinateur en juke-box. la culture (visite de musées). une introduction en Bourse. participer à la diffusion de titres musicaux gratuits sur le Web met en cause pratiquement un rapport marchand établi et on comprend d'où vient la formidable énergie sociale qui s'y investit : il s'agit bien d'une forme de militantisme que.Unis.sites spécialisés pour télécharger des devoirs prêts à l'emploi[14]. Chacun devient ainsi un agent effectif d'une mise en cause pratique des majors de l'industrie du disque. Bien entendu ce . lesquels étudient les différents moyens d'une riposte (notamment par la mise au point de robots de recherche spécialisés ainsi que par le tatouage numérique des titres). Il est désormais possible de réaliser directement. la télécopie ou le courrier. ouvrent. aux États. "Do it yourself" Le domaine musical est particulièrement exemplaire. n'importe quel amateur peut proposer à la ronde ses CD favoris. Le média incite à la création de services spécifiques. C'est un modèle d'organisation sociale à peine voilé qui se fait jour. via le Web. accélèrent aujourd'hui notablement de tels échanges). de celle du double-pouvoir des périodes révolutionnaires. elle devient économique et plus rapide sur le Web. eux aussi. Le combat contre toutes les formes de transcendance qui rassemble des courants ultra-libéraux et anarchistes trouve dans la suppression des intermédiaires un objectif majeur. Les activités boursières trouvent avec Internet un fantastique moyen d'effectuer directement des transactions en évitant les maisons de titres et de courtage[15]. en toute illégalité. formation) pour assumer plus directement leurs missions. tels que MP3[17]. ou encore qui affirme l'antagonisme et le supprime en instituant une alternative dans une logique proche. le coût d'une opération est en effet près de huit fois plus faible que par l'entremise d'un courtier utilisant le téléphone. le jeu d'argent (cybercasino) ou les enchères en temps réel. On peut parler d'une logique performative qui accomplit sa visée. Réalisée sur Internet aux États. offrent le téléchargement gratuit des logiciels nécessaires et améliorent régulièrement tous ces outils. mais plutôt d'imaginer des formes de rapports sociaux plus horizontaux. Évitement d'institutions Délaisser des institutions traditionnelles (justice. Non pas seulement parce qu'il se prête assez facilement à l'envoi de fichiers sur le Net (des formats de codages. substituant une ancienne domination. la banque. Il ne s'agit pas de substituer ces fonctions par des programmes automatiques. On pourrait multiplier les exemples et convoquer d'autres réalisations dans des activités aussi variées que la formation. de fait. toutes proportions gardées. c'est bien ce que visent explicitement les courants les plus radicaux du cybermonde et qu'instaurent. telle est l'une des dimensions du mouvement d'évitement des intermédiaires spécialisés. santé. Les enjeux sont multiples et sérieux (laissons ici de côté l'épineuse question des droits d'auteur). fastidieuse (des formulaires de plusieurs centaines de pages) et longue lorsqu'elle est réalisée par des institutions spécialisées. De grands opérateurs (ainsi que certains fonds de placement). L'éviction des anciens intermédiaires au profit d'un modèle fluide de rapports directs est l'un des messages centraux d'Internet (le vocable barbare de désintermédiation a même été forgé pour désigner ce phénomène). les dizaines de milliers d'adeptes de la version cyber du "Do it yourself".

la visioconférence permet d'ores et déjà de rassembler autour d'un patient des équipes médicales interdisciplinaires localisées dans plusieurs hôpitaux parisiens. suppose. Par exemple. il manifeste cependant un désir d'autosuffisance. avait déjà conçu un service nommé Health TV . cour virtuelle spécialisée dans les litiges relatifs au commerce électronique mais aussi au droit d'auteur ou au respect de la vie privée. voire contre. Autre exemple. Le secteur de la santé est lui aussi soumis à la même pression où se combinent télé-médecine et tendance à l'élimination des intermédiaires. le Cybertribunal. risquant d'entamer le crédit d'une entreprise commerçant sur le Net. à l'écart de. N'importe qui peut le saisir s'il s'estime victime. jouant la logique du certificat de bonne conduite. des juristes québécois ont ouvert en juin 1998. Leur saisie. Tenter de régler les conflits privés ou commerciaux en trouvant d'autres espaces neutres plus proches des justiciables que les institutions étatiques. Aux États-Unis. l'installation de capteurs sensoriels à domicile permettant l'auscultation à distance est envisagée. cette décision puisera sa force dans la publicité donnée à la condamnation. l'accord des parties. le Cybertribunal rendra un arrêt. certaines autorités médicales pensent à installer en ville des bornes multimédias afin de pratiquer des check-up et même une auto-délivrance de médicaments. Cybertribunal incite les entreprises à afficher un logo indiquant aux clients qu'elles s'engagent à faire appel à cette cour virtuelle en cas de différend. En fait. la justice se voit-elle contournée par des relations plus directes entre justiciables. Ainsi. dans le cadre de l'expérimentation du réseau FSN à Orlando. Ajoutons à cela un système de vidéoconférence pour se faire examiner à distance par un spécialiste et nous avons les premiers segments d'une offre d'équipements de télé-médecine que la réalité virtuelle en réseau et la télérobotique médicale viendront progressivement compléter. bien entendu. à l'hôpital Rothschild. d'un commerçant. les jurés disposent de forums de discussion et leurs votes sont sécurisés[19]. dans un premier temps. à Paris. Si. motivée par le souci d'éviter les longues et coûteuses démarches traditionnelles. par exemple. Dénuée de tout contenu légal. Radicalisant cette perspective.mouvement ne menace pas la légitimité de ces institutions en tant que telles . Time Warner. Sur des sites Web aux États-Unis. Plusieurs types de cours de justice "virtuelles" existent déjà sur le réseau. semble être la principale motivation qui anime aussi bien les initiateurs des cours virtuelles que ceux qui y recourent. l'État. les efforts du médiateur s'avèrent infructueux.

calendaire ou généalogique. Après quatre siècles. Ceci nous offrira l'opportunité d'évaluer.Le travail symbolique repose-t-il principalement sur les déterminations matérielles des outils qu'il mobilise ? . de datation et de catalogage[3]. Quelques millénaires après leur utilisation courante comme mémoire additionnelle à l'oralité. Jack Goody[1] a pu y détecter l'émergence d'une raison graphique. à rebours de la tradition philosophique réflexive. C'est. A .à. Enfin. est mesurée. Nous les aborderons dans la perspective de développements ultérieurs concernant notamment les enjeux culturels de la téléinformatique. d'authenticité. Prolongeant ces travaux. notamment). par ailleurs. Certains travaux vont même jusqu'à faire reposer la stabilisation de la Renaissance sur l'invention de l'imprimerie[4]. ont conditionné la naissance de la pensée réflexive.Chapitre IV La téléinformatique comme technologie intellectuelle Quel profit pouvons-nous faire du concept de technologie intellectuelle pour apprécier les enjeux du développement de la téléinformatique ? Cette question a partie liée avec deux autres interrogations plus générales : . plus largement les thèses de la nouvelle école épistémologique sur la nature du travail scientifique dans ses relations aux autres sphères de l'activité sociale (politique. Une longue lignée initiée notamment par Walter Benjamin et Marshall McLuhan a développé. nous commençons à comprendre assez clairement pourquoi une technologie bien matérielle comme l'imprimerie doit être qualifiée de technologie intellectuelle. On a. dynamiques sociales Les technologies intellectuelles. et la production industrielle par série est la descendante de la presse à imprimer. la philosophie ainsi que les mathématiques sont les enfants de l'écriture. un commentaire des travaux de Jacques Derrida à propos de l'archive clôturera ce chapitre : archive en général -modalité de mémorisation collective. c'est plus dans l'intention de mieux faire comprendre au lecteur les présupposés qui gouvernent nos analyses que pour en détailler les articulations. on le sait. elle a créé un nouvel espace intellectuel et fait naître des notions aussi inédites que celle d'auteur individuel. Plus que son contenu. permanente et réflexive. activité scientifique. cette méthodologie interroge l'activité symbolique à partir des instruments concrets avec lesquels elle opère. en industrialisant la mémorisation de l'écrit. auxquels il faudrait ajouter quantité d'autres déterminations comme les affrontements internes à l'équipe des inventeurs. cette enquête sur l'efficacité propre des supports et des moyens. Elle s'intéresse à la matérialité des truchements et se demande en quoi leur constitution physique les prédestine à ouvrir de nouveaux champs de connaissance ? Dans cette perspective.Les technologies intellectuelles fondent-elles les dynamiques sociales ? Notre ambition. laquelle est l'objet d'une pénétrante interrogation sur le dépassement de l'opposition présence/absence. quelques principes Les premiers usages de l'écriture avaient. l'invention de l'ordinateur mêle indissolublement une généalogie de recherches théoriques sur l'automatisme et une exigence stratégique militaire.dire comment. Si elle reprend quelques problèmes fondamentaux. déduisant les finalités à partir des déterminations concrètes des instruments et de la manière dont les acteurs les enrôlent dans leurs projets. dont Bruno Latour est l'un des meilleurs . prolongeant l'enquête du philosophe sur la spectralité. philosophique et scientifique mais aussi la formation des premières cités-États[2].Technologies intellectuelles. maintes fois souligné en quoi l'écriture et les opérations symboliques.et archive "virtuelle" en particulier. Ainsi. notamment sur les figures et les nombres. une vocation gestionnaire. un courant de l'épistémologie contemporaine. Précisons que notre démarche n'est pas démonstrative. spatialisée. face à ces questions complexes.

d'organiser la recherche. chaque année. les symbolisations à plus-value informationnelle. L'article comptait trois pages et s'attachait à décrire les méthodes utilisées. mouvements. Leur mobilisation grâce à des programmes automatiques. Les inscriptions infographiques se révèlent particulièrement propices à ces jeux de comparaisons et de modifications d'échelles. En France. Le généticien Jean-Louis Mandel rapporte qu'en octobre 1996. images. Dans cette perspective. à terme. via le réseau. Les simulations numériques opérant sur des modèles -véritables théories objectivées. Le réseau devient une gigantesque bibliothèque en expansion accueillant quotidiennement les millions de nouvelles lettres génétiques décryptées dans les laboratoires du monde entier par des programmes de séquençage automatiques. Aujourd'hui. se maintient. En cliquant sur ce code. il obtiendra une description détaillée dudit gène. etc. le numérique assure cette conversion entre quasiment tous les types d'information (textes. Il permet. Un lien le renverra. leurs transports. Inscrites dans une symbolique complexe. La cartographie. à une autre base de données qui décrit les maladies liées à une anomalie du gène en question. Celui-ci interroge. de bouleversements dans leur élaboration. son centre devra héberger un téraoctet (mille milliards de caractères) de données en ligne. le nombre de séquences accueillies. sons. quant à elle. les modalités d'inscription augmentant l'acquisition de connaissances : ceci constitue la visée des technologies intellectuelles opérant toujours par une modélisation à gain cognitif. Internet comme espace coopératif distribué On a coutume de considérer que le réseau facilite et accélère la communication entre chercheurs. ces cartes ont un volume tel qu'elles sont impubliables. la revue Science a publié la cartographie de seize mille gènes humains. les qualités des programmes permettant d'analyser et de corréler ces données feront la différence entre les différentes banques mondiales. l'un des directeurs d'Infobiogen estime qu'en l'an 2000. des dizaines de millions d'octets transitent sur Internet afin de mettre à jour ces banques. C'est ce qu'on peut une nouvelle fois vérifier en examinant comment l'usage d'Internet conditionne le décryptage du génome humain. Chaque nuit. l'identification et le classement d'un clone isolé par tel ou tel chercheur. en décuplant les informations préalablement déposées dans les modèles. Vaisseyx. G. n'était accessible que sur Internet. Et la fonction du réseau ne se limite pas à stocker l'information dans une gigantesque bibliothèque numérisée. Le volume phénoménal d'information rassemblé rendrait sa manipulation physique impossible : il s'agit finalement d'obtenir la séquence totale des . La portée essentielle du concept de "technologie intellectuelle" réside alors dans la potentialisation de la pensée qu'elle autorise. Tout ce travail serait doublement rendu impraticable s'il devait s'accomplir sur support imprimé. en effet. D'où la tendance à le définir comme moyen de communication en oubliant que toute transformation saillante dans les modalités de circulation des connaissances est porteuse.). le 9 à Londres. Mais. La célèbre banque Genbank voit doubler. dont le code d'identification s'affiche alors sur l'écran. La notion de "technologie intellectuelle" a ainsi été élevée au rang de principe ordonnateur de la pensée scientifique . Seul un support informatique peut les accueillir. l'Institut Pasteur ou des laboratoires du Généthon dupliquent des grandes banques de données sur leurs propres ordinateurs. permet.représentants en France. réalisée par une équipe internationale. porte son attention sur les procédures concrètes à travers lesquelles le fait scientifique se construit. nommé laboratoire. instantanément l'une des principales banques de données. De puissants logiciels compareront son clone aux millions déjà déchiffrés depuis des années et lui indiqueront que sa séquence est apparentée à tel gène. Des jeux inédits sur les inscriptions permettent d'augmenter les connaissances qu'elles rassemblent. afin de faciliter des interrogations locales par des logiciels maison. les techniques de prélèvements des faits en milieu naturel.de devoir sans cesse revenir au laboratoire pour faire des expériences. grâce à la mobilisation à distance de logiciels spécialisés. de les recombiner selon une variété inégalée de paramètres. ajoute-t-il. Trouver les formes de cartographie adéquates. éventuellement. et négocie sa reconnaissance. En France. Ces variations virtuelles permettent d'augmenter plus facilement le stock de connaissances acquises. laquelle est devenue ingénierie de conception et d'usage d'instruments de prélèvements. Sur le Web. de transports et de travail sur les données en milieu contrôlé. Certains sites sont spécialisés sur tel ou tel chromosome : le numéro 3 à San Antonio au Texas. leurs traductions en inscription et les traitements concrets de ces inscriptions ainsi extraites sont devenus le centre de l'étude de la production de la science. le nombre de serveurs dédiés à l'information génétique se multiplie.

la condition de la légitimation du labeur scientifique. et pas au nom d'une personne physique. Dans ses analyses sur la mécanisation du travail de remémoration. par exemple. Pour la concrétiser.. par exemple. le code source de ce logiciel de base a été progressivement pris à bras le corps par des centaines d'informaticiens de par le monde. Celui-ci assure bien l'intensification de cette fonction prothétique mémorielle. Diffusé libre de tout droit sur Internet.. comme d'autres logiciels libres[6]. L'alliance de la programmatique et de la mise en réseau qualifie ici le média Internet. De plus. attirent notre attention sur le fait que "refaire l'expérience" est une proposition abstraite. via le réseau. d'en améliorer les performances et d'échanger. traversée par la politique et orientant les politiques possibles. Comment ? En publiant non seulement ses résultats mais ses protocoles. Mais qu'en est-il . Si bien que ce programme est aujourd'hui moins gourmand en puissance et plus robuste que. comparaison. Parfaite illustration d'une "intelligence collective" chère à Pierre Lévy.trois milliards et demi de "bases" formant le message génétique de l'Homo sapiens sapiens. et les courants qui étudient la production sociale de la science. La consultation de ces informations obligerait les chercheurs à se déplacer vers les centres de stockages dont la mise à jour exigerait un temps de travail sidéral. jusqu'à présent. bref. Le tamisage méticuleux auquel a été soumis ce logiciel surpasse le travail d'équipes d'ingénieurs appointés. il faut disposer d'un laboratoire. sur le statut épistémologique de l'expérimentation virtuelle comme nouvelle pratique scientifique. La science expérimentale est donc nécessairement publique et "publicatrice". leurs résultats. Enfin. les tours de main assurant la solidité des bricolages montés. Question à suivre. étendant les chaînes de transfert et rapprochant comme jamais les acteurs engagés dans une même activité. Sans doute peut-on mettre l'accent. mais aussi des carnets d'adresse bien remplis listant les bonnes relations qui assureront la légitimité des projets expérimentaux. de telle manière que chacun puisse refaire l'expérience et se convaincre de la validité des résultats. on ne peut que se rendre à la démonstration. bien évidentes. Ne sauraient faire défaut. L'idéal d'objectivité scientifique L'idéal scientifique.les fichiers électroniques accédaient au statut de mémoires possédant leurs moyens propres de remémoration[5]. les produits standards de Microsoft. certes qualifiés mais en nombre limité et toujours soumis aux contraintes d'urgence. Il faut observer. les activités basiques de recherche. Oui. quant à elles. il est indispensable de convaincre des institutions pour débloquer les budgets . c'est que la Science parle de manière anonyme. Internet devient même parfois une technologie inédite de production distribuée. Linux. identification seraient tout bonnement impossibles à exécuter sur de tels supports. que. est profondément lié à Internet qui agit comme une force productive directe provoquant et organisant l'association coopérative de centaines d'acteurs. il faut faire de la politique. il est difficile de rapporter directement l'émergence de nouvelles théories scientifiques à l'usage de la téléinformatique.Bruno Latour. Au terme de l'empilement de ces conditions pratiques. générique. voire "publieuse" puisque c'est aujourd'hui comme jamais. Mais la cartographie du génome comme la coopération productive distribuée relèvent d'activités techniques ou technologiques. la science est une activité sociale. Utilisé. par le quart des sites de la Toile. De manière iconoclaste -c'est ce qui épice le propos et assure ses valeurs de vérité. Autant les mutations technologiques sont. juste retour des choses. bénéficier d'une ligne de crédits. pouvoir accéder aux banques de données mondiales. mais rien ne ressemble encore aux liens fondamentaux des mathématiques à l'écriture ou des sciences expérimentales à l'imprimerie. autant n'avons-nous peutêtre pas encore assez de recul pour évaluer les bouleversements épistémologiques à attendre de ces nouveaux canaux d'élaboration et de diffusion des savoirs techno-scientifiques. André Leroi-Gourhan rappelait qu'à la différence du fichier bibliographique -permettant déjà de recombiner des informations indépendamment de leur inscription dans des livres. en outre. qui n'ont eu de cesse que de le tester sous tous ses aspects. Le système d'exploitation Linux en est l'un des meilleurs exemples. cet exemple nous éclaire sur la constitution du réseau en technologie intellectuelle originale.

Sans doute est-ce salutaire de sauver la "matérialité" du travail scientifique et de mettre à jour les réseaux socio-techniques qui le rendent possible. et c'est l'un de ses bénéfices incontestables. l'anticipation créatrice d'ordre. Mais au terme de ces alliages humain/non humain. dans cette logique. Elle fonde la possibilité d'une anthropologie des sciences. Ou alors on l'envisage comme réponse paranoïaque au désir de contrôle et de pouvoir.ne se conçoit certes pas sans les techniques de traitement des inscriptions. La notion même de "chaînage humain/non-humain/humain" s'efface au profit d'une collusion asphyxiant à la fois objet et sujet. mais pas non plus sans le travail imaginaire. péniblement.le versant matériel/politique du travail scientifique. La tentative de domination fait signe aussi vers les forces physiques qu'il doit contrôler pour assurer l'inaltérabilité du vaccin et imposer les protocoles d'usages[10]. Elle concerne enfin. les scientifiques tentent d'assumer. nous appelle à prendre avec la plus grande méfiance le supposé "génie" de Pasteur[9]. D'où vient le projet d'expérience qui recomposera l'horizon d'une discipline ? Du hasard. Dans cette appréhension du concept de "technologie intellectuelle". de fait. Pasteur doit vaincre pour convaincre (littéralement : "vaincre ensemble") ainsi qu'aux forces logistiques qu'il doit mobiliser pour établir la double circulation. c'est le chercheur. "L'idée nouvelle" comme le "génie créateur" source d'une découverte constituent. pour autant. reconstruit a posteriori. etc. crée "naturellement". plus modestement. qui disparaît. ministres.) qu'il doit "enrôler" pour construire l'artefact "vaccin". par le montage de "boîtes noires" indéformables et l'effort pour circonvenir les centres de pouvoir tiennent lieu de motivations décisives des décisions prises. plusieurs figures. hygiénistes alliés. c'est le réseau associant les chaînages qui pense. Bruno Latour. et inversement. de méthodes systématiques. les dispositifs pratiques. Bruno Latour ne tord-il pas le bâton exagérément en sens inverse ? La science devient une activité purement mécanique d'asservissement à l'amélioration des rapports de forces où l'intentionnalité du chercheur a totalement disparu[11]. indissolublement instrumentale et institutionnelle. Il possède. ne recèle-t-elle pas une puissance créatrice incontestable tenant précisément aux contraintes protocolaires de réitération que. les forces humaines (collègues.de l'idéal d'objectivité ? Une protection. l'expérience de pensée. institutionnels et politiques par lesquels le chercheur parvient à enrôler une matière première "naturelle" dans ses montages expérimentaux. Il réfère aux forces sociales que. par exemple. D'où l'accent mis sur l'idée que la découverte résulte principalement d'agencements complexes où le hasard. Mais pourquoi radicaliser ainsi le propos au point d'évacuer la subjectivité des chercheurs et des équipes. comme agent différencié de son environnement. on pense la création. Mais en éclairant -contre l'abord spiritualiste et idéaliste. exhaustives ? Le "coup de génie" -ou. le surgissement ou l'émergence dans une perspective vitaliste -un esprit collectif. Le rapport de forces devient prédominant. dans son travail sur Pasteur. considérer la tentative d'objectivité comme une pure construction idéologique assurant la fiction de la séparation science/politique ? Cette tentative. une digue élevée garantissant le partage de la science et de la politique ? Faut-il. agencé aux autres collectifs et à la machinerie socio-technique. le désir de convaincre et l'appétit de pouvoir jouent un rôle majeur. même si ces règles de jeu ne peuvent être parfaitement satisfaites[7] ? La sociologie de la science et l'obsession du pouvoir Les études sociales de la science mettent au cœur du processus d'élaboration des connaissances scientifiques. des instruments ou des institutions) est cardinale pour définir la structure en réseaux des faits techno-scientifiques. Cette démarche. L'encerclement quasi militaire des concurrents. les contacts avec les collègues. du territoire vers le laboratoire. démontre le caractère profondément humain des sciences et des techniques[8]. un effet idéologique. quasi structuraliste. une idée organisatrice qui redistribue les acquis. Désormais. par exemple. Ainsi pourra-t-il construire de solides réseaux de diffusion et réussir à convaincre ses interlocuteurs de la pertinence des résultats obtenus. La "pensée" des chercheurs est ainsi constamment rapportée à ses conditions matérielles d'exercice. leurs diffé- . par production "buissonnante" comme la vie engendre l'inédit. La notion de chaînage humain/non humain (les non-humains sont des êtres "naturels".

Ce deuxième mouvement est délaissé dans la logique de la "construction sociale de la science". On ne la recherche plus dans une activité fondamentale (le travail). fugitive mais puissante. ou une équipe.humain ? C'est l'ensemble des rapports sociaux. déniée ? La liberté de mouvement interne du sujet. plus aucun espace[12]. La mise en cause légitime des miracles d'une "pensée" scientifique toute-puissante autorise-t-elle ce retournement ? Symétriquement. un espace libre où viennent se combiner des idées et des mouvements psychiques oubliant et commutant à la fois les technologies intellectuelles ? L'occultation provisoire des déterminations socio-techniques. est un être pris dans le mouvement d'extériorisation et d'intériorisation de la technique. le matériau social ultime et croit l'avoir trouvé dans la séquence relationnelle élémentaire du réseau. par principe. opère comme si chaque chaînon était indépendant des autres. ne pouvant. un moment privilégié dans la ronde sans fin des interactions qui assaillent. à mélanger les inscriptions de telle façon qu'il en résulte un gain cognitif décisif ? On peut se demander pour quelles raisons la dimension imaginaire et personnelle de l'activité scientifique (projets expérimentaux. aucune force générale. Cette quête pistant. Fusionner objet et sujet. ni d'intérêt repérable dans leurs genèses et leurs appropriations. ici. de proche en proche. dans cette perspective.) on imagine la dynamique interprétative portée par un tourbillon permanent. le social est toujours déjà présent dans la chaîne associant les humains et la technique. ne trouve. ou une forme originaire (la domination. C'est comme si on voulait définir le sens d'une phrase à partir de celui des mots qui la compose. et sa complexification croissante. Comment orienter un jugement de valeur à propos de tel ou tel projet si l'on se contente de tenir le livre de comptes des conflits d'intérêts et de pouvoir qu'il engendre ? S'il n'y a pas d'intentionnalité. du surgissement du nouveau. le fichage informatique aux côtés du traitement de texte et de l'ingénierie écologique ? La quête de l'atome relationnel La nouvelle épistémologie s'apparente au positivisme sociologique : trouver la matière première du lien social. la possibilité d'abstraire. on pourrait tout aussi bien montrer. comment les apprécier ? Tout se vaut : Hiroshima. etc. institutions et instruments techniques. importation de concepts. paradoxalement. leurs spécificités ? La suspension des chaînages. dans une perspective "fractale". pour asseoir la signification. délimité des objets (êtres naturels prélevés. fut-ce pour imaginer de nouveaux montages expérimentaux. instruments. toujours techniquement équipé. Question méthodologique complexe à laquelle nous n'apportons pas de réponse élaborée. etc. en déniant ou en ignorant le caractère formellement rigide. n'est-ce pas refuser la différence des modalités de manifestation de l'un et de l'autre ? Par ailleurs. que chaque séquence élémentaire condense les enjeux de l'ensemble des réseaux qu'elle dessert. que l'école des réseaux socio-techniques n'ignore pas d'ailleurs. les mailles du réseau.) est-elle. par exemple) mais en construisant méticuleusement l'écheveau des relations entre groupes humains. Quel est l'ailleurs de la chaîne humain/non. notamment selon des critères éthiques. Mais il nous semble que l'associationnisme intégral ne contribue pas plus à expliciter la complexité de ces jeux de renvois. et sous prétexte que les techno-sciences sont "civilisatrices ". ne recèle-t-elle pas d'une puissance heuristique indispensable ? Ne suppose-t-elle pas de dégager en soi. mêlant sujet et objet. La systématisation du concept de réseau vient. on s'évite le souci d'évaluer leurs usages. Le constructivisme associationniste recherche. l'isolement mental est une dimension. à l'expérience vécue en l'occurrence. On sait qu'une telle entreprise est une aporie. dans ce qu'on appelle communément la "réflexion" personnelle. mais qu'elle tente de circonscrire en faisant comme s'il était théoriquement possible d'en démêler l'écheveau. orientent et déstabilisent l'activité de connaissance. Car l'intériorisation est un métabolisme mystérieux. les autoroutes. à ce point. L'humain. Or. oblitérer la reconnaissance de l'espace subjectif. vérification. Symétriquement. fugitivement. Qu'est ce qui pousse un chercheur. . conditionner leur agencement. à faire telle comparaison. qu'il faut recourir à un ailleurs du langage.rences.

Les techniques de production. est centrale. de nombreux courants estiment que la fonction socialement structurante des technologies intellectuelles surpasse celle des technologies énergétiques/mécaniques. par conséquent. l'objectif n'est pas de résoudre à moindres frais d'anciens problèmes. tels que les mathématiques expérimentales ou la modélisation numérique de comportement d'objets. Depuis 1995. spécialement[14]. auxquels les équipements récents viendront offrir leur efficacité. Sans doute cela est-il vrai pour toutes les techniques. un nouveau stade dans l'histoire des automatismes a été franchi. ce mouvement prend une dimension particulière avec les technologies intellectuelles. Ces analyses ont eu un effet décapant et ont nourri une réflexion innovante dans plus d'un domaine.s'appuient. Dès lors. ont-ils partout et à toute époque. Très souvent. pour atteindre cet objectif opérationnel. ce ne sont pas des outils mais des milieux. mais d'en énoncer de nouveaux. l'une des plus conservatrices de Qom (la capitale religieuse de l'Iran) s'est équipée de batteries d'ordinateurs. Nous nous limiterons à résumer leurs lignes de forces. En effet. une compétition dans laquelle la performance (rapport entre input et output) tranche en faveur des systèmes techniques les plus récents. Cette idée est le présupposé explicite ou implicite. aujourd'hui un mouvement de balancier qui. Dans la mesure où ils conditionnent les formes de la mémoire sociale et constituent les technologies de la connaissance. L'exégèse assure donc un pouvoir irremplaçable. via les réseaux. une réflexion sur les enjeux culturels des technologies numériques. des mécanismes mixant des schèmes opératoires et des orientations psychologiques. d'y perdre le monopole de l'interprétation des textes (ce qu'il accomplissait avec peu de compétences. Elles instituent un nouveau milieu intellectuel et mental (mental désigne des dispositions plus générales qu'intellectuelles. Par exemple. Pourquoi ? Parce que. les systèmes symboliques et les technologies intellectuelles qui les mettent en œuvre seraient la source première de la dynamique des civilisations. qui a réussi à faire interdire la réception satellitaire. Poussant à l'extrême cette logique. par exemple. Si. les réseaux numériques aujourd'hui. implicitement ou explicitement. S'ouvrent alors de nouveaux champs à l'investigation scientifique. La fondation théologique Golpayeni. ne doit-on pas considérer que des technologies particulières s'imposent parce qu'elles sont utilisées par certains centres de pouvoir dans les affrontements qui les opposent à leurs concurrents ? L'exemple qui suit illustrera cette hypothèse. en effet. Or autant ces vues ont une vertu heuristique enrichissante dans l'aire épistémologique. dans ce nouveau milieu. plus que toute autre technologie. chi'ite et sunnite). Leurs mémoires rassemblent plus de deux mille volumes relatifs au fiqr (droit musulman. ne les marquent-ils pas aussi profondément ? Enfin. le centre s'est abonné à Internet. les mêmes enjeux ? Dans quelle mesure les systèmes sociopolitiques qui les accueillent et les développent. Elles suscitent. l'ordinateur ne se contente pas de calculer plus vite. On rappelle que la dimension juridique dans l'islam (ce qui est autorisé ou non dans la vie sociale) comme dans d'autres religions d'ailleurs. Comment expliquer que Qom. d'origine américaine[15]. et de transport des signes sont-elles les facteurs premiers qui rendent compte de leurs significations comme de leurs fonctions sociales ? L'écriture hier. de manière générale. ultérieurement. afin de poursuivre. Le haut clergé risque. autant leur généralisation au fonctionnement social pose d'épineux problèmes. Si tout un chacun. l'usage de ce concept est adossé à une conception générale du dynamisme social qui fait jouer à l'activité symbolique (traitement des signes) un rôle central. Il n'est pas dans notre intention d'analyser ici dans le détail ces hypothèses mais de rappeler que nombre d'analyses contemporaines -sur le phénomène de mondialisation. même s'il a été inventé pour cela. le reproche (fondé nous semble-t-il) de positivisme affleure. stade que nous nommons quasi réflexif[13]. semble-t-il).Les technologies intellectuelles fondent-elles les dynamiques sociales ? La discussion sur les technologies intellectuelles ne se limite pas au champ de l'activité scientifique. peut accéder directement au corpus consignant le fiqr. sur cette prépondérance. mais cette caractérisation vaut tout particulièrement les concernant. les dynamiques techniques sont cumulatives et engendrent. se précipite sur l'informatique documentaire en réseau ? Les affrontements qui opposent le "clergé politique" au haut clergé traditionnel sont à l'origine de cette initiative. ceux qui en ont le . À leur encontre. des "conceptions du monde"). à nouveau prend ses distances à l'égard d'un abord purement empirique du fonctionnement des médias. de même que la communication téléphonique mobile en Iran. de gestion. des prosélytes d'Internet.

chaîne informatique) devient le mode privilégié d'existence d'objets déformables. d'un média n'est pas une donnée aussi évidente qu'il y paraît.une technologie intellectuelle (les banques de données accessibles par réseaux) est l'agent essentiel d'une redistribution des rapports de force. L'ordinateur en est l'exemple type : système évolutif. Conformation physique d'un média et efficacité symbolique Les significations et fonctions d'un système symbolique sont-elles principalement déposées dans sa constitution physique. devenu à l'époque président de la République. sur quoi fonder une analyse "médiologique". rien n'oblige à choisir l'une de ces thèses contre l'autre. à terme. cherchait à mettre au pas le clergé chi'ite en l'assujettissant à l'État.monopole. Et pour ce faire. des intermédiaires spécialisés est une question assez fondamentale. que le clergé politique creuse sa propre tombe. par les technologies numériques. C'est. On comprend aisément pourquoi l'ouverture à Internet est favorisée par le gouvernement. L'enjeu est aussi très matériel : il s'agit de faire rentrer dans les caisses de l'État les sommes considérables récoltées par le clergé. par exemple ? Signalons. un affaiblissement du pouvoir des intermédiaires en général ? Ceci n'implique pas. Un chercheur iranien explique qu'en fait. mécaniquement. est-on sûr que cette initiative ne joue pas. lesquelles s'inventent avec l'évolution du système lui-même soumis à la pression des usages et des détournements. à devoir s'adapter à ce futur contexte. dit autrement. à terme. pliables. Où commence et où finit la matérialité d'un média ? Celle-ci n'est-elle pas aussi un enjeu de pouvoir et un effet culturel ? Ou. On entre dans un cercle vicieux. L'objectif était de faire émerger de nouvelles instances basées sur le moyen clergé et de concurrencer ainsi celles que contrôle le clergé traditionnel. si l'objet ne détermine plus fidèlement son usage. finalement. proposé par Gilbert Simondon (que reprend Bernard Stiegler dans La technique et le temps[16]). en effet. doit-on refermer un système symbolique sur sa constitution matérielle. c'est-à-dire en l'occurrence le haut clergé. Si la forme ne rend plus compte du projet. constitutivement paramétrables. voient leurs prérogatives vaciller. ici. sans approfondir. chaîne audiovisuelle. D'ailleurs. mais qu'il se contraint. indépendamment des fonctions sociales qu'il accomplit ? Toute une tradition de la sociologie des techniques s'est attachée à l'étude du mouvement inverse qui façonne les outils à travers leurs usages. dont on ne peut prévoir toutes les fonctions. cela n'engage-t-il pas. on privilégie alors la malléabilité des instruments dont l'usage transforme le programme de fonctionnement. Et cette logique est particulièrement sensible à notre époque où un nombre croissant d'objets et de dispositifs ne contiennent plus en propre leurs fonctions. Khamenei. Peut-être pourra-t-on lire dans trente ans que les réseaux ont joué un rôle fondamental dans la laïcisation de l'État iranien. Il serait assez imprudent. les ordinateurs participent au dessein du régime islamique qui est de prendre le pouvoir religieux aux grands ayatollahs. Ces affrontements peuvent être interprétés de deux manières : . il souhaitait affaiblir le contre-pouvoir religieux en favorisant le clergé intermédiaire. la mise en cause.une technologie intellectuelle est utilisée par l'un des camps pour asseoir son pouvoir. Après tout. l'un des caractères majeurs d'Internet dont nous avons déjà eu l'occasion d'apprécier l'ampleur et la portée. Par ailleurs. de certifier la première hypothèse. . définie comme relation qui . Le chaînage (chaîne du froid. contre ceux qui la mettent en œuvre ? Démocratiser l'accès aux textes consignant l'exégèse de l'Islam. mais les font émerger dans une mise en réseau avec d'autres systèmes. on peut aussi observer que la consistance matérielle d'un instrument. dans les procédés de fabrication et de diffusion ? Tout en maintenant la pertinence d'une telle interrogation sur les supports médiatiques et les réseaux d'expansion. On peut parfaitement considérer que l'usage de l'informatique documentaire recompose les rapports de force dans le clergé parce que l'un des protagonistes prend le risque de faire jouer cette force. que le concept de relation transductive. Plutôt que de considérer la forme concrète du média comme déterminant un usage. D'où la mise en place d'une machine de guerre pour substituer au "pouvoir des religieux conventionnels" celui des "religieux politiques".

la part symbolique dans les flux d'échanges.dans une dynamique d'émergence interne à des systèmes complexes où logiques techniques. on peut opposer qu'il n'y a pas lieu de chercher des causes premières -et encore moins unique.Réseaux.centré du territoire. alors que les mouvements d'extension des innovations sont incomparablement plus complexes[20]. La mise en cause du déterminisme technologique participe du même refus d'un simple renversement de causalité entre le technique et le social. qu'il est discutable de postuler que les télétechnologies marquent culturellement nos sociétés de manière univoque. liens hypermédias. autre manière de décrire la tendance à l'augmentation de l'incarnation dans la présence à distance.. une étude attentive montrerait une croissance conjointe des flux informationnels sur les inforoutes et matériels sur les grandes voies du commerce mondial. souvent brillantes et stimulantes.). en particulier. Cette objection dénie que les dimensions symboliques soient ciselées par l'ordre technique.un modèle théorique de ville décentralisée. Il est vain de rechercher un supposé facteur "immatériel". considèrent que les faits socio-techniques possèdent une vocation automatique à se généraliser en conservant leur pureté. par exemple. instantanéité. tout passe évidemment par des systèmes de signes (textes. images. On passe de l'affirmation d'un lien entre les techniques de déplacement matérielles (routes. Dans cette optique. information. On isole alors leurs caractéristiques techniques et on les transforme en principes d'organisation sociale[19]. sauf à les considérer comme de purs archaïsmes.. l'assomption des connaissances comme vecteur d'orientation décisif de nos sociétés. Avec ce type de déduction. En revanche notre attention doit se concentrer sur les mutations qui saisissent le transport des signes pour tenter de le rapprocher du transport des choses.. imprimerie. Or. le transport des signes devenant. l'urbanisation. Le mouvement dès lors s'auto-entretient : "l'immatériel" abreuve les réseaux et ceux-ci se gonflent en irriguant cette matière ductile à souhait. Les analyses médiologiques.. C'est au moins une leçon épistémologique qu'on peut retenir du connexionnisme moderne qui a permis de concevoir le phénomène d'émergence d'ordre comme produit de l'interaction coopérative d'agents autonomes. on ne comprend pas d'où viennent les forces qui amplifient. Ainsi la forme s'harmonise au contenu : le réseau vu comme espace élargi d'échanges symboliques -le multimédia. stratégique. c'est envoyer l'informa- .) et de signes (écriture. travail symbolique et travail "immatériel" L'information est-elle immatérielle ? Aujourd'hui. n'est pas le servant d'un système technique médiatique. épurée de ce qui résiste à un conditionnement numérique : la présence corporelle.. ruralisée où l'on croît reconnaître l'inspiration des contempteurs comme celle des adorateurs des réseaux numériques. permet de lever l'aporie qui se présente dès que l'on renverse les causalités habituelles pour y substituer une détermination par les conséquences[17]. Aucune théorie générale ne dispense de l'étude de configurations historiques particulières et ce qui vaut pour l'imprimerie ne se déplace pas automatiquement à la photographie ou à Internet. par exemple. comme jamais.constitue ses termes. télégraphe.. réseaux numériques) à une inversion de priorité.... par exemple. mais le façonne aussi. déterminant dans l'organisation des échanges (de signes et de choses).. chemin de fer. Expédier une machine. des propriétés de l'électricité -disponibilité. Face à ces vastes questions. fleuves. On voudrait discuter ici plus en avant la notion d'immatérialité de l'information. Elle plaide pour la prise en compte d'une pluralité de facteurs dans l'émergence d'un système technique[18]. graphiques. À cette problématique. lui seul. contentons-nous d'une remarque générale.) qui assurent le transport des marchandises-choses convoient indissolublement des agencements matériels et l'information qu'ils emprisonnent. sons. le politique. B . sociales et systèmes symboliques interfèrent. Les réseaux territoriaux classiques (routes. dans le dernier chapitre. McLuhan inférait déjà. l'idée générale de la suprématie des systèmes symboliques se renforce d'une série de partis pris qui se veulent de pures constatations telles que la croissance des transactions dites "immatérielles".. au point de sembler occuper tout l'espace public (et privé). maillage a. Or dans les réseaux numériques.accueille l'enveloppe du lien social. Nous verrons.

et surtout si l'on élargit l'éclairage aux dispositifs de transport de l'information. et donc d'un complexe de désirs. On oublie alors la matérialité des réseaux eux-mêmes pour ne retenir que l'encombrement matériel infime de l'information numérisée ou l'extrême rapidité de traitement des flux électromagnétiques et photoniques. Lorsqu'on couple l'information aux réseaux qui la produisent.). car sans les réseaux qui l'acheminent. et là. etc. de rapports de forces. Il faut mettre fin à l'idéalisation de la communication et donc. la conservent et la diffusent. Mais sa diffusion n'est pas pour autant "immatérielle". par "sublimation". et d'une quantité d'autres médiations dont la liste occuperait des pages entières ? Or l'information. L'information. définie comme différence produisant une autre différence (Bateson). On élimine les chaînages qui traduisent et conduisent les messages d'un point à un autre. Dans cette propagation. si l'on fait abstraction de la numérisation comme technologie intellectuelle. il convient de substituer -comme le font de nombreux courants de recherche. Pour être cru. la propagation de différence. dégradation) car ce n'est pas une chose. informer tout le monde que la Terre va être détruite dans vingt ans par une énorme collision avec un astéroïde géant. La supposée qualité immatérielle de l'information s'appuie aussi sur l'idée que l'information véhicule l'événement et donc le remplace dans une certaine mesure. c'est l'opération symbolique en tant que telle. combine une transmission (proposition sur le réseau) et une offre d'action (transfert effectif d'informations). À l'analyse de la communication comme forme supposée pure. par franchissement d'un saut. son transport sur une ligne du réseau. tout est matériel jusqu'à la sémiose (l'émergence du sens)[21] : l'image affichée sur l'écran. son affichage sur un autre écran. à chaque étape. altération. par le même mouvement. perte. détachée de ses rapports à l'action collective. Métaphore chimique : la mise en commun d'électrons. relève d'une vue assez idéaliste. vendre ce transport. Un réseau informatisé d'échanges de savoir. l'information demeure une promesse en attente de réalisation. on conçoit plus facilement que la nature relative de l'information -non pas une chose mais un rapport social par l'intermédiaire de choses. programmer dans un nouveau langage informatique.tion qu'elle encapsule dans ses rouages. pas de liaison. de l'ordinateur pour effectuer ces calculs et conduire les commutations sur le réseau. Dans cet exemple. par exemple. l'information ne se distingue pas de la matière. de l'information[22]. L'objectif devient alors. Qu'est ce que la transmission d'une image sur le Web. dits "covalents". transports. L'existence d'un milieu accueillant ce même conditionne. subjectif. La prise de la Bastille annoncée aux Indiens d'Amérique n'aurait eu aucun effet. Mais si le message peut représenter l'événement. sur Internet. Sans partage d'un même. c'est uniquement grâce à l'existence de réseaux de diffusion déjà engagés dans l'émergence de l'événement lui-même et qui construisent l'information afférente. L'affirmation de la suprématie de la connaissance dans les fonctionnements sociaux véhicule souvent une conception purement transactionnelle de la connaissance. Cette conception matérialiste de la relation suppose un entre-deux concrétisant l'union d'entités séparées. Le son émis qui atteint l'oreille déclenche des influx. s'il peut le déplacer jusqu'au cerveau des destinataires. réception de l'information. Je peux. se réalise comme rapport social grâce à la mise en commun d'un élément tiers qui assure le lien. c'est adresser un programme d'usage. installer. En revanche. d'intérêts. comme la communication. le media (réseau numérique) est approprié pour convoyer à la fois l'informa- . l'entretiennent. sans quoi le lien devient une opération totalement mystérieuse. provoque l'émergence du sens. c'est-à-dire le fait qu'il en soit affecté. de la ligne téléphonique pour la transporter. L'appropriation de l'information ne relève pas d'une logique de l'usage (unicité. son interprétation par un sujet. de l'institution France Télécom pour concevoir. alerte des circuits neuronaux. Relier ce qui est disjoint. à ce stade.l'examen des dispositifs de production. assure la liaison entre atomes. sa conversion numérique. Couper le message des réseaux potentiels de diffusions.n'empêche nullement qu'elle soit le fruit d'un travail personnel et institutionnel inséparablement matériel et subjectif. À ce stade. Cette deuxième opération peut avoir lieu éventuellement sur le réseau s'il s'agit d'apprentissage symbolique (étudier une langue. indissolublement technique et sémantique (donc affectif). on se laisse souvent aller à affirmer que les réseaux informationnels séparant l'information d'une matière qui la contiendrait. il faut d'une part que j'aie accès au média -et que celui-ci fonctionne. suppose ce partage d'un même.et de l'autre que je dispose d'une confiance reposant sur une longue chaîne d'accréditations préalables.convoient de l'information comme pure immatérialité. par exemple.

tion (l'offre de formation, la demande d'un apprentissage) et l'action d'apprentissage. Lorsque cet apprentissage s'effectue sur une matière symbolique (travail sur des signes), le réseau cumule donc les fonctions de communication et d'expérimentation. Mais s'il s'agit d'apprendre la poterie, ou la soudure à l'arc, l'information, même si elle se rapporte à l'action, s'en distingue nécessairement. De même, par exemple, s'il s'agit de prendre des décisions politiques dans une communauté territoriale. Il n'y a pas d'intelligence sans rapport entre transmission de connaissances et expérimentation en actes. Il est entendu qu'un échange d'informations (formule par laquelle la cybernétique des années quarante définit la communication[23]) est aussi une action, mais limitée au cadre formel du canal qui héberge la transmission. Information, subjectivité et permanence Y aurait-il donc un "autre" de l'information ? Ce serait tout simplement la part de l'expérience qui échappe à la formalisation, à la capture par un système de signes, ou plutôt qui ne se confond pas avec cette capture : résistances dans l'affrontement à la matière, perceptions, imprévisibilité des rapports sociaux, destin des subjectivités en relation dans des collectifs, etc. Même si l'univers de l'échange formel d'informations à distance accueille une part croissante de l'expérimentation collective, il ne la résume pas complètement. Il délaisse ce qui appelle le rapport physique, la co-présence des corps (même si cette co-présence se redéfinit aussi dans le développement de la présence à distance) ainsi que, aujourd'hui encore, de nombreux secteurs industriels œuvrant dans la transformation de la matière. Les segments qui relient information et action s'inscrivent de plus en plus dans des réseaux, mais ils ne se confondent pas avec cette inscription. La propension à projeter un doublage, par réseau virtuel, de la vie sociale élimine la multi-dimensionalité de l'activité collective. Elle la réduit à son versant informationnel et, bien souvent, détache ce versant du cadre pratique (institutionnel, relationnel, affectif) sans lequel cette activité s'asphyxierait. Il faut tout un système d'accompagnement relationnel plus ou moins direct (coup de téléphone, téléconférence... ou visite) pour que la relation par réseau ne s'assèche pas. Une autre conception de l'information est apparue, propulsée par le développement du cyberespace. L'information serait, en tant que telle, une subjectivité en acte. Et ses caractéristiques essentielles deviendraient la mutabilité, la malléabilité, l'obsolescence, l'hybridation. Bref, sa valeur s'accroîtrait au fur et à mesure qu'elle se rapprocherait d'une existence vivante[24]. Il y a une métaphysique de l'incorporation qui fait l'impasse sur les modes d'existence de la subjectivité, comme si celle-ci pouvait transfuser avec l'objet créé et éliminer la phase personnelle. Ce qui se déplace (ou qui déplace) c'est le média, pas le médiateur. Dans cette logique, l'information joue contre ses supports, contre tout ce qui fixe, retient, fige. Elle s'accomplirait dès lors qu'elle rejoindrait le mode d'être de l'affect. Message et messager sont alors reliés sans rupture de continuité, dans une logique qui n'est pas sans rappeler les réseaux pensants, tissés de chaînages humains/non humains, chers à Bruno Latour. L'univers du cyberespace révélerait le stade suprême d'existence déterritorialisée de l'information. Or nous verrons plus loin, que les questions de la permanence, de la séquentialité, des limites, de la sélection et du contexte s'y posent toujours. Finalement, on ne reconnaît pas l'immobilité, la permanence et la finitude formelle d'une proposition (artistique, philosophique, littéraire aussi bien que d'un mécanisme technique) comme source de puissance générative. Le passage où la vie humaine s'incarne dans l'inorganique n'est alors qu'une dégradation. À dissoudre ce moment dans le flux ininterrompu des échanges, à dénier son caractère spécifique de suspension du temps (l'objet comme fixation temporelle) pour ne porter l'attention que sur les processus herméneutiques qui progressivement écrivent, hors de l'objet, son avenir, on refuse à l'objet ou au message son genre spécifique : finitude formelle et infinitude herméneutique. Mais la deuxième serait mort-née sans la première. Par exemple, si le programme de jeu d'échecs (activité humaine extériorisée, encapsulée dans un programme) invente une nouvelle dimension de ce jeu (de nouvelles règles de compétition homme/machine, par exemple), c'est parce qu'il se matérialise dans un système inorganique, extérieur, indépendant et qui peut être mobilisé à souhait, égal à lui-même (ce qui ne peut être le cas pour un joueur humain). La multiplicité d'usages potentiels du même objet, permet le développement de son destin. De même, l'infinité des interprétations possibles du même message formel est à la source de l'intersubjectivité.

Le travail intellectuel est-il immatériel ? En quoi le travail intellectuel fonderait-il la diffusion d'une supposée culture de l'immatériel, et notamment du "travail immatériel" ? Affirmer le caractère instituant des instruments du travail intellectuel nécessite d'éviter un malentendu : ceux-ci reposent sur des facteurs bien matériels (stylet, papier, presse à imprimer, ordinateur, serveur de réseaux, etc.) et nécessitent un labeur. Le travail sur les signes est bien, pour partie, un travail matériel, de même que tout travail sur la matière est pour partie intellectuel. Seule la cible change : des signes à la place d'objets pesants. La définition axiomatique de la production informationnelle se dérobe toujours : une information doit s'inscrire sur une matière, sinon elle demeure pur acte de pensée. Et symétriquement, la production industrielle d'objets pesants, indéformables (automobiles, maisons, etc.) inclut toujours une dimension informationnelle. Cela dit, on doit différencier, sous cet angle, un roman et une poutrelle d'acier, par exemple. Une fois qu'est stabilisé un système de publication (pages, chapitres, sommaire, par exemple) en symbiose avec des modalités collectives de diffusion et d'appropriation, la portée littéraire du roman ne dépend pas mécaniquement du type de papier sur lequel il est imprimé. (Bien que la nature du papier, la typographie, le type de reliure ne soient pas non plus des éléments à négliger dans sa portée sémantique et dramatique. Mais admettons ici ce raccourci, discutable selon d'autres critères). La démonstration pourrait être encore plus convaincante à propos de la musique enregistrée (disque vinyle et CD). Une poutrelle, quant à elle, ne peut être appréhendée en dehors de son matériau et de sa forme propre, lesquels sont cœxtensifs à son existence comme poutrelle. Dans la production informationnelle, ce qui prime c'est le système de signes et non le type de support. Cette -relative- distinction entre forme et sens ne vaut précisément que pour les productions intellectuelles (textes, graphiques, images, hypermédias, etc.)[25]. La notion de travail "immatériel" trouve en revanche, une pertinence lorsqu'on la rapporte aux segments purement relationnels du travail collectif, au travail communicationnel dans ses dimensions interpersonnelles, non directement, médiatisé par des appareils techniques et institutionnels. Nous sommes ici en présence de deux positions radicalement opposées. La première, à la suite des travaux de l'école d'anthropologie sociale de la science, insiste sur l'impossibilité de différencier, dans une activité productive, subjectivités humaines d'une part et dispositifs techniques et cadres institutionnels, de l'autre. La deuxième position met l'accent, en revanche, sur le contenu relationnel, affectif, subjectif de cette activité dans le contexte du post-fordisme, sans toujours accorder la place qui lui revient aux réseaux socio-techniques. On le verra, l'invocation des réseaux numériques et de l'informatisation vaut alors, dans ce dernier contexte, assurance de l'immatérialité du travail et suprématie de la connaissance comme force productive. Il nous semble, qu'effectivement, on doit faire sa place à l'intersubjectivité dans le travail coopératif et ne pas le réduire à la mise en œuvre de procédures "matérielles", comme nous y conduit la logique des "réseaux pensants". Mais tout en reconnaissant l'autonomie non réductible du travail relationnel on ne saurait l'isoler, ni même peut-être l'appréhender, hors de son outillage pratique, c'est-à-dire techno-institutionnel. Les conditions contemporaines de ce travail communicationnel exigent, sans doute plus qu'auparavant, d'étudier simultanément ses versants techniquement médiatisés et ses versants informels. Travail en réseau et subjectivité productive Le développement des réseaux est couramment rapporté au caractère stratégique du travail intellectuel dans nos sociétés. De nombreux travaux ont défriché ces transformations en cours. Mais revenons d'abord sur cette question : le travail intellectuel -dont une partie croissante consiste en opérations sur les signes- peut-il être identifié à un travail "immatériel" ? On l'a vu, le travail sur les signes[26] met en œuvre des moyens, on ne peut plus matériels (imprimés, téléphone, enregistrements, ordinateurs, réseaux numériques, etc.). Ceux qui parlent de "travail immatériel" ne visent pas exactement cela. Ils désignent une activité de type réflexif, relationnel et affectif : l'intelligence dans ces dimensions imaginatives, créatrices, culturelles et relationnelles mise au service des nouvelles conditions productives (réactivité, anticipation, capacités d'adaptation, etc.). Dans cette perspective, le travail vivant serait devenu plus indépendant de la régulation fonctionnelle[27] déposée dans la machi-

nerie industrielle et mobiliserait, en revanche, plus nettement qu'auparavant des technologies mentales, symboliques et des comportements communicationnels. Dans cette perspective, des qualités proprement sociales, détenues en propre par les agents (intelligence des situations, compétences cognitives, capacités relationnelles, imagination) rendraient compte de leur productivité au sein d'organisations collectives à même de les faire fructifier[28] dans et en dehors du temps de travail (si tant est que cette séparation soit toujours pertinente). Par ailleurs, "l'immatérialisation" du travail est quasiment toujours rapportée à l'emploi intensif de la téléinformatique[29]. S'effectuant toujours plus en mobilisant des technologies intellectuelles numériques (traitement de texte, courrier électronique, logiciels de travail collectif, etc.), il tend à se concrétiser à s'inscrire dans des formes que l'informatique peut traiter, transporter, intensifier. Tout un pan de la communication informelle est traduit et mémorisé. Les numéros téléphoniques des destinataires des appels sont enregistrés par les autocommutateurs, le courrier électronique tend à se substituer aux conversations téléphoniques et s'archive automatiquement, etc. D'où ce paradoxe : plus le travail intellectuel devient stratégique, plus il se concrétise dans des dispositifs matériels et plus on l'appréhende comme travail immatériel. Ce paradoxe n'est peut-être qu'apparent, car si l'on examine le contenu de ce travail "communicationnel", on s'aperçoit qu'il suit une double logique de formalisation et d'invention. Cette voie de formalisation, on la repère dans toutes les activités (gestion, comptabilité, etc.) où des programmes informatiques viennent substituer, et souvent contrôler, le travail humain. Mais, dans les pores de ce travail et à sa périphérie, s'inventent des procédures communicationnelles inédites qui appellent, en permanence, des compléments humains informels. (On retrouve, ici encore, le mouvement aperçu au chapitre I, qui relie l'imitation imparfaite et l'invention cognitive). Observer une tendance à formaliser le travail communicationnel n'implique ni que la formalisation ne le capte totalement, ni que de nouvelles zones informelles n'apparaissent parallèlement. D'où l'hypothèse selon laquelle la matérialisation du travail intellectuel -fruit de sa technologisation- irait de pair avec le développement de procédures relationnelles humaines d'ajustement, de négociation, de conviction ou de séduction, procédures effectuées en proximité ou à distance, dans l'espace formel du travail (lieux et horaires) ou en dehors de ce cadre. Présence à distance, appartenance et relation de proximité On a vu -en particulier au chapitre I- à quel point se raffinent les dispositifs gérant le travail collectif et s'accroissent leurs capacités à exprimer les conditions sociales de la coopération. Soulignons une nouvelle fois que la mise à distance contraint à formaliser une part des relations sociales auparavant "naturelles" et que, parallèlement, elle invente de nouvelles modalités communicationnelles. La coopération à distance offre donc un cadre inédit à l'étude de l'intersubjectivité en situation d'éloignement. L'approche dite de "proxémique virtuelle"[30] -notamment à propos des espaces collectifs de travail- offre un cadre stimulant pour mieux observer comment le travail linguistique et relationnel se concrétise lorsqu'il s'effectue, justement, à distance et par le truchement de réseaux numériques. Nous avons ici en vue les travaux -tel que DIVE, déjà cité- qui mettent à profit l'ingénierie informatique pour concrétiser (et inventer) des fonctions abstraites de présence. Cette approche déploie une série de questions vives : comment se combinent les segments durs et les segments mous dans le travail relationnel, comment s'établit la coopération, comment se métabolisent les dimensions affectives dans le filtre des réseaux numériques ? La formalisation des transactions l'emporte-t-elle sur la spontanéité et l'invention de protocoles relationnels inédits ? Porter une attention particulière au fonctionnement des interfaces dispositifs et logiciels- autour de la synthèse des activités communicationnelles semble être aussi une direction prometteuse. Cette abstraction des fonctions de présence risque-t-elle de jouer à l'encontre des dimensions psychoaffectives ? Comment sont-elles contournées et complétées par des relations traditionnelles (rencontres, séminaires, par exemple) ? Ces aspects rendent concrète la mobilisation relationnelle et affective croissante qu'exige le travail intellectuel coopératif, dans le contexte du travail en réseau. Par ailleurs, ces questions relatives à l'univers du travail entrent en résonance avec des interrogations plus générales concernant les rapports entre l'échange à distance d'une part et l'engagement relationnel et institutionnel,

enregistrement (actualisation . On peut néanmoins penser que cette communication est d'autant plus chargée d'enjeux qu'elle est chevillée à une participation concrète. allant des plus faibles (contact aléatoire. Geste systémique. mais aussi temporel "synchronique". fonction miroir. En cela. de plus. Mais à quoi ? Auto-évaluation. elle balance l'éloge du réseau par l'insistance sur le travail herméneutique local. La communication exclusivement par réseau peut donner naissance à des appartenances fortes (idéal des "communautés virtuelles"). associative. le regroupement autour d'un centre d'intérêt (et donc le renouvellement régulier de l'échange). ou encore le doublage d'une relation sociale classique par une télé-relation virtuelle (comme avec le téléphone). l'occasion de poursuivre une réflexion sur la "spectralité" à l'heure des spectres numériques modernes. le déroulement et l'intensité de la communication en seront redéfinis. l'éventualité d'un contact de visu a-t-elle sur la communication à distance ? Si l'échange se déroule dans un même cadre institutionnel. dans la perspective d'une réflexion sur l'inscription. Ces graduations ne se situent pas totalement sur l'axe proximité/éloignement. Mal d'Archive[32] ? Le texte de la conférence du philosophe "déconstructionniste" représente une tentative inédite. engage l'énonciateur. c'est "consigner".) peut se recouper avec la présence collective à distance (c'est le cas des mediaspaces installés dans un même bâtiment). de manière générale. à la valorisation de la circulation au détriment de l'interprétation . à une expérimentation collective des effets de telle ou telle proposition. Quelles incidences. elle s'oppose à l'accélération de la rotation des inscriptions. sur Internet et d'autres réseaux. telles que la rencontre fortuite et (cas extrême) unique. dit Jacques Derrida. objectivité. de la mise à distance. On devrait pouvoir construire une graduation des intensités relationnelles. Cette approche offre. rétention vivante et consignation matérielle Archiver. La notion de communauté virtuelle regroupe des relations d'une grande hétérogénéité. de mise en rapport de la mémorisation vivante et des techniques "archivales" prolongeant. même anonyme. rendre accessible en un même lieu. Mais il est encore difficile d'énoncer des principes généraux sur la manière dont la communication collective à distance rejaillit sur le fonctionnement de collectifs à fort degré d'appartenance. Question politique. Il est donc difficile donc de qualifier.de l'autre. donc en un même temps. imprimerie (multiplication des sources. dans ses rapports aux techniques archivales. mettre en réserve en "rassemblant les signes"[33].). comparaison). "Nul pouvoir politique sans contrôle de l'archive. les incidences sont d'une grande variété. le livre fait apparaître que l'archivage. par exemple. un nouvel éclairage. à des jeux en réseaux. De même la garantie de réédition de l'acte de communication en modifie-t-il profondément la teneur. par exemple) aux plus fortes (combinaison de rapports de proximité et d'usage de réseaux locaux) en passant par toutes sortes d'engagements limités (participation à des groupes de discussion. dans ce contexte. qu'elle est productrice d'un dialogue intérieur. comment elle redistribue leurs activités cognitives et relationnelles et influe sur leur productivité[31]. etc. C . écrit Jacques Derrida. etc. solliciter le livre de Jacques Derrida. des schèmes opératoires. Finalement. bref. À quoi s'engage-t-on par un acte de communication à distance ? On sait que. On n'appartient pas de la même manière à un "groupe de discussion" et à un séminaire professionnel permanent. L'appartenance forte basée sur la proximité (professionnelle. C'est la notion de degré d'appartenance qui est ici décisive. la nature de la rétroaction dans un réseau. éducative. la fixation mémorielle. ajouterons-nous. observation des effets du message sur les autres personnes connectées.Archive virtuelle. en dehors même des situations à caractère performatives. Et on pourrait ajouter. Archive. Les relations entre le dire et le faire offrent. archive spectrale Pourquoi. contrôle de la transmission de la mémoire. justesse. auto-dialogue. mémoire objectivée). "coordonner en un seul corpus". est une condition de la "ré-flexion" proprement dite. sinon de la mémoire"[34]. à l'extérieur. produisant ainsi des modalités temporelles différenciées si tant est que chaque type d'archive est dépositaire d'une temporalité spécifique : écriture (mise à distance de soi. au culte de l'éphémère. n'importe quel énoncé lancé dans une messagerie. dans l'horizon freudien.

si tant est qu'archiver suppose de délaisser[41]. pour garder. dans ce nouveau cadre sa pertinence douloureuse[39]. non pas tellement contre le flux temporel et l'oubli mais contre le tri. ajoutons quelques observations à propos de l'obsession accumulatrice propre à nos sociétés.qui font partie de la mémoire objectivée) d'une part. Latéralement à ces considérations. dans le doute. Car tout système de signes. "Le moment sera venu d'accepter un grand remuement dans notre archive conceptuelle. de l'obsession patrimoniale qui transforme notre environnement en conservatoire du quotidien[40]. à ne pas trier. un "bloc magique". Une logique qui accouple la mémorisation et l'oubli comme condition de la mémoire (il faut trier. D'où le déploiement d'une tentative de relier mémorisation psychique et rétention prothétique. avait pensé à une machine-outil d'écriture. tout en respectant leur autonomie respective. prothèses techno-mnémoniques : graphies. Cette décision instaure une "technique archivale" singulière consistant. dessin. Logique de l'inconscient. gardons tout.c'est la mort et la finitude dans le psychisme"[36]. L'automatisation du prélèvement nous place dans une situation ambiguë de délégation de la décision de conservation à des automates. L'archive virtuelle apparaît comme archivage d'événements qui n'ont pas eu lieu (mais qui auraient pu survenir) ou qui en sont restés au stade de l'intention. et perdue d'avance. sélectionner.. La monstruosité des empilements qui en résulte oblige à sélectionner. presque. de ses milliers de banques de données et de ses moteurs de recherches. pour figurer le fonctionnement du psychisme. en déguise certaines et en efface d'autres permettant l'oubli et le refoulement. d'organisation. doit pouvoir être atteint par une énergie vivante. sa ressemblance avec l'appareil psychique. L'automatisation intégrale du prélèvement des traces (et non pas de la mémoire ou de l'archivage. Ainsi en va-t-il. depuis l'imprimerie. et. tables. qui lui exige un partage entre rétention et délaissement) permise par l'informatique apparaît alors comme le symptôme de cette menace qui pèse sur "l'avoir eu lieu" de l'événement. L'archive ne se contente pas de figer et de rendre disponible l'information ou l'histoire. sinon tout effacerait tout). L'enregistrement automatique du détail est le versant inquiet de la rotation accélérée de l'événement médiatique : accumulation contre obsolescence. de la consignation automatique. La machine -et donc la représentation. Ce qui mérite d'être conservé dépend toujours d'une projection dans l'avenir. etc. Jacques Derrida ne met pas en opposition la machine d'inscription (machine à conserver des traces matérielles. le paiement de carburant sur l'autoroute à la seconde près. Mais on voit bien l'aporie qui guette une propension à doubler la vie sociale par son enregistrement permanent. C'est pourquoi Jacques Derrida associe toujours l'archive et la "technique archivale"[38]. en tendance. outils de circulation index. etc. Tout le contraire. c'est-à-dire la mémorisation en tant que telle. inscrit des voies d'accès.du passé). Lutte sans fin. dans le sens aussi où le passé s'archive comme futur virtuel. L'archivage (comme la mémorisation individuelle) conjoint l'acte de conservation avec un programme de sélection. À l'heure d'Internet. de l'autre : "Loin que la machine soit une pure absence de spontanéité. modèle de l'appareil psychique qui enregistre et mémorise (c'est-à-dire retient tout en étant capable de recevoir). Freud. L'archive virtuelle Dans ce dessein d'une pensée conjointe de la rétention/traduction vivante avec l'inscription extériorisée. et d'y croiser une « logique de l'inconscient » avec une pensée du virtuel qui ne soit plus limitée par l'opposition philosophique traditionnelle de l'acte et de la puissance"[37]. et la question des critères conserve. aussi. Que veut dire Jacques Derrida ? Logique de l'inconscient : ce qui s'enregistre mais dissimule les traces du passage et rend ainsi certains contenus irrécupérables (comme des photographies dont on a même oublié qu'on les a prises). et. écriture. c'est-à-dire comme événement qui peut (mais pas nécessairement) parvenir à s'exprimer distinctement dans l'avenir. cet adage se vérifie. et l'appareil psychique. on ne peut plus clairement. D'où la course- . elle les conditionne : "L'archivation produit autant qu'elle enregistre l'événement"[35]. d'indexation. son existence et sa nécessité témoignent de la finitude ainsi suppléée de la spontanéité mnésique. il est remarquable que surgisse la thématique du virtuel accordée à celle de l'inconscient. Ces gigantesques empilements de micro-actions nous protégeraient contre l'incertitude de "l'avoir eu lieu". pour être consulté. Toute la question de l'archive se situe dans une tension entre la rétention vivante et l'inscription extérieure permanente. Tout conserver dans le détail : les indices d'un appel téléphonique dans un autocommutateur d'hôtel.

si on suit une logique qui interprète les technologies de représentation comme des tentatives d'objectivation de la vie psychique (la photographie comme parabole du souvenir de l'instant..). pratique (ce qui peut être aussi considéré comme un apaisement). comme une concrétisation technique de cette zone "fantomatique" virtuelle. nous oublions mais dont l'obsession de récolte nous rappelle l'angoissante (et épuisante) tentative de maîtrise qui anime nos sociétés. de méta-archive concevable. mais des "vérités du délire" issues d'un retour d'événements refoulés. ubiquité. à la suite de Freud. constituerait alors la forme actuelle de la "spectralité" instrumentale. On pourrait dire comme les "Réalités Virtuelles". depuis le futur de ce qu'elle porte dès son installation comme archive. (On emploie ici le terme programmatique -plutôt qu'informationnel. "Réalités Virtuelles" s'ajustant sur le modèle des "spectres". qui interprète la perception comme une mise en forme instable du monde. L'archive est toujours performative. Découvrir ou commenter l'archive c'est s'y inscrire. Et lorsque Merleau-Ponty qualifie la vision de délire ("voir c'est avoir à distance". Il n'y a pas de totalisation possible de l'archive. comme concept général. parle avec Gradiva. On se situe ici à la frontière entre les manifestations de la vie psychique (rêves. on pouvait en avoir besoin ? La conservation est une préfiguration.. et lui faire perdre "l'autorité absolue et méta-textuelle à laquelle elle pourrait prétendre"[42]. les "Réalités Virtuelles" jouent la satisfaction expérimentale. Hanold. ni visible ni invisible. par des méta-programmes. avec l'enregistrement systématique des traces. Course-poursuite vaine pour une raison essentielle qu'explicite Jacques Derrida. au sens fort.. indexant les précédents. laquelle est ensevelie depuis longtemps déjà).pour signifier qu'il s'agit d'une réalité modélisée par et dans un programme. . et collectivement. alors que l'hallucination vise la satisfaction primitive des pulsions par reconstitution imaginaire de l'objet manquant.poursuite qui oblige à surplomber les programmes de prélèvement. toujours ouverte. casques. capture visuelle du passé par la photographie. finalement. intermédiaire entre réalité et imaginaire. Séparation de l'apparence et du corps par le miroir. ses limites . transport de la voix et de l'image à distance : les correspondances entre technologie et activité magique sont indéniables.la structure de l'archive est spectrale. Et là. on ne saurait identifier une production hallucinatoire interne avec une sollicitation perceptive déposée sur des supports externes (écrans."[45].. etc. espaces dans lesquels s'originent aussi les projets technologiques. Jacques Derrida fait dériver cette qualité opérative des spectres vers l'archive : ". D'où le mécanisme de l'hallucination démonté par Freud : "la forme déformée. que finalement. de la "hantise". fantasmes éveillés. son "spectre de midi". avec une force de conviction intensifiée par la compensation. c'est l'augmenter.. sous forme numérique). écrit-il dans L'œil et l'esprit[46]) il actualise une perspective voisine. et en restant attachée au substitut déformé de la vérité refoulée"[44]. Mais l'automatisation du prélèvement signe aussi la protection contre la vengeance du futur : et si. Mais sans doute aussi. c'est "l'anticipation" d'un retour du prochain futur vers le présent actuel qui motive d'enregistrer tous les sédiments contemporains.. La "Réalité Virtuelle". L'archive "spectrale" Jacques Derrida. Sédiments. En effet. ce n'est pas seulement la technique archivale qui projette ses opérations dans le futur.. imagination. bien entendu. il n'y a pas. interfaces). la disponibilité supputée et l'utilité de l'archive : "La technique archivale a commandé ce qui dans le passé instituait et constituait quoi que ce fût comme anticipation de l'avenir"[43].parvient à la conscience.). de ce que Freud nomme "fantôme réel" pour désigner l'hallucination visuelle (l'archéologue.. dissociation corps/esprit. Bien sûr. le cinéma comme matérialisation du rêve éveillé.) et les croyances magiques (réincarnation. la "Réalité Virtuelle" pourrait être considérée comme une traduction objectivée des "spectres" et autres "revenants". peut-on les appréhender comme matérialisation. au sens de la signature programmatique d'une réalité. L'archive est donc interminable. Mais le lien vaut d'être testé dans une direction plus mobile. etc. Elle l'est a priori : ni présente. de la fantasmatique ordinaire qui double notre présence au monde . ni absente <<en chair et en os>>. toujours "à-venir" et depuis "l'à-venir".. La comparaison a. insiste sur la part de réalité des spectres. Ceux-ci ne sont pas de pures illusions. elle anticipe la permanence. certes rigide et pesante..

Apache (adopté par la moitié des sites pour distribuer les documents aux Internautes). Paris. selon les changements d'états qu'il provoque dans la machine. [3] Voir notamment Elisabeth L. L'innovation technique. John Von Neumann avait explicitement rapproché l'architecture préconisée des futurs calculateurs. 139/180. [7] Henri Atlan. naît dans et pour les premières cités-État. On retrouve la notion. [6] On peut citer The Gimp (logiciel de manipulation d'images). p. La raison graphique. médiées. 1979. à chaque instant. modifie lui-même l'ordre dans lequel il exécute ses différentes séquences. cit. dont Jack Goody a montré qu'elle sert d'abord à conserver des inscriptions gestionnaires (comptes. op. La Découverte. Le programme. généalogie). dans ses recherches fondatrices pour augmenter le niveau d'automatisme des calculateurs. En effet certaines instructions (dites de débranchement) ont pour effet exclusif d'inscrire dans un registre spécialisé une adresse différente de celle qui suit la dernière dans l'ordre séquentiel. rapports et moyens de transport qui lui assurent. M. 21. dans son livre A tort et à raison (Le Seuil. Ce premier élément de réflexivité s'articule à un deuxième. [13] La spécificité des programmes informatiques consiste à prendre en compte. à <<resserrer les boulons>> du réseau". p. [5] André Leroi-Gourhan. Albin Michel. de la réflexivité naturelle du cerveau humain. 11 [9] "Il y a en effet de quoi tomber à genoux d'admiration puisqu'on attribue à la <<pensée>> d'un homme la transformation rapide et complète d'une société".. 105. Gallimard. 1991.. La Découverte. notamment pp. Les microbes : guerre et paix. des supports. [10] Sur ce dernier aspect. Paris. masquées. [4] Voir l'ouvrage cité ci-dessus. Bruno Latour. La clef de Berlin. Le village se transforme en ville dans le même mouvement où la mémoire sociale qu'exige son gouvernement dépasse celle qu'un chef peut gérer avec son seul cerveau. à côté des dispositifs techniques et des institutions. d'enaction. Paris. Paris. cela n'existe pas. pp. [2] L'écriture. pour chaque époque son existence sociale" (Cours de médiologie générale. intéressantes. impôts. Rappelons que. 1991. Voir plus précisément le chapitre IX (La mémoire en expansion). Métailié. La prochaine instruction à exécuter n'est pas forcément celle qui suit dans la liste du programme. civilisatrices". 1995. Mais la liste s'allonge chaque mois. ou. Là aussi "la pensée" est réduite à ses outils matériels d'exercice. Cette pompeuse abstraction désigne pour le médiologue l'ensemble matériel. on l'a vu précédemment. et plus précisément dans la partie consacrée à la critique de l'anthropologie des sciences. rares. Bruno Latour. chère à Francisco Varela. à faire des coups. 226 et 228/230. troubles. Ce livre est pour nous une référence exemplaire qui démontre comment une technologie intellectuelle particulière -l'imprimerie-redéfinit l'exercice de la pensée.. [11] Dans L'innovation technique. pp. La révolution de l'imprimé. dans les processus de connaissance. 1993. Paris. 1984. [12] Dans le même ordre d'idées Régis Debray explique que "la pensée. 63/76. . dit autrement. éd. l'état dans lequel se trouve la machine afin d'exécuter l'opération suivante prescrite. 17). Patrice Flichy a parfaitement analysé cette dernière dimension : "Une autre critique que l'on peut faire aux recherches de Callon et Latour est d'éliminer la question de l'intentionnalité des acteurs. par exemple. Paris. Sendmail (gérant la commutation du courrier électronique) ou encore Star Office (ensemble bureautique). [8] Les sciences et les techniques sont : "fragiles. 1965. p. construction commune du milieu extérieur et de l'activité humaine appareillée. qu'un principe minimum de réflexivité -à mille lieux cependant des propriétés du cerveau. de Minuit. éd. Eisenstein. propre à l'exécution du programme. La Découverte. mêlées. 102/103. au profit d'une simple capacité tactique à saisir les opportunités. conscription. La notion de programme quasi-réflexif trouve ici sa base matérielle. p.a été introduit dans une machine. Bruno Latour. A. L'accès à un niveau supérieur d'automatisme ainsi obtenu est fondé sur le fait que le programme doit être chargé dans la mémoire centrale de l'ordinateur. 1986) avait précisé l'intérêt des contraintes spécifiques au "jeu de langage" scientifique. L'ordinateur rayonne sa puissance à partir de cette qualité fondamentale. la stratégie de la firme Netscape livrant le code source de son prochain navigateur pour échapper à l'étreinte de Microsoft s'inspire directement de l'exemple de Linux : on ne saurait admettre plus explicitement la supériorité des logiciels obtenus grâce à une telle méthodologie collective d'élaboration et de perfectionnement.[1] Voir en particulier. La mémoire et les rythmes. mais procède d'une interaction assumée entre le sujet connaissant et la réalité. La science n'est plus alors la connaissance d'une réalité ultime. Paris. p. techniquement déterminé. Il en résulte que ses propres instructions peuvent être traitées comme des données. Paris. Cette posture redonne une place spécifique à l'humain. Par ailleurs.

Dynamiques métropolitaines et enjeux socio-politiques. et ceci. Vaste question sur la nature de la subjectivité et le statut de l'esprit qu'on ne fait ici qu'effleurer. des marchandises (informationnelles ou non).-P. en revanche. la renaissance urbaine étant elle-même due selon G." (Qu'est ce que le virtuel ? . Dunod. p. laquelle s'est déplacée de la recherche de procédures logico-formelles. Ce niveau d'intégration est évidemment lié à l'expansion mondiale des logiques industrielles capitalistes d'où découlent les principes de rationalisation mondiale (recherche des meilleures localisations d'investissements). à l'examen des actes de langages socialement situés. l'impossibilité d'un modèle unique (économique. Paris. in Futur Antérieur. [16] Édité chez Galilée. cela paraît indubitable et toutes les analyses de la mondialisation soulignent le rôle majeur qu'y joue la téléinformatique (dans la financiarisation des économies. De même.. 129/134. importés. quasiment l'une de ses propriétés ontologiques. la réception étant elle-même conçue comme une phase d'un cycle global. Qu'il y ait accélération de ce processus. L'enaction est définie comme "l'avènement conjoint d'un monde et d'un esprit à partir de l'histoire des diverses actions qu'accomplit un être dans le monde". fille putative des télécommunications. Si le texte. le message ou l'œuvre fonctionnent comme un esprit. et des cultures à l'échelle mondiale est constitutive de nos sociétés. n° 23. Or. Paris. L'Harmattan.la socialisation coopératrice est en train de basculer d'une coopération réglée sur des bases fonctionnelles vers une communication intersubjective pour des raisons propres à l'efficience contemporaine du . [20] Par exemple. 21/12/95. spécialement). Si on ne peut qu'approuver cette affirmation pour ce qui est du moment de l'interprétation. p.cit). [26] La manipulation de symboles chère à Robert Reich (L'économie mondialisée.) [24] Ainsi Pierre Lévy écrit-il : "Le message est lui-même un agent affectif pour l'esprit de celui qui l'interprète. C'est le même type de conversion qui a été réalisée dans l'analyse du langage. La Découverte. été 1995. technique. [19] Exemple de déterminisme technologique : "le déclin de l'esclavage et le développement du salariat." Jean Duvignaud. refusant la logique représentationnelle du cognitivisme. et de circulation planétaire des flux financiers. que les qualités affectives. [23] Philippe Breton attire notre attention que le fait que pour Norbert Wiener et les premiers cybernéticiens. Duby à celle des campagnes. qui permet à l'animal de tirer des poids bien plus importants que ne le permettait le simple mors. in Alliages. Paris. 1995. 1995/3. traduits. p. [21] Que la sémiose comporte un substrat matériel (la circulation neuronale). Paris. L'inscription corporelle de l'esprit. culturel) qui rendrait compte de la multiplicité des causalités à la source du processus innovateur. on peut aussi comprendre. "Le virus informatique divise le clergé iranien". les innovations routières au XVIII[e] siècle n'ont pas transformé le "système urbain" mais sont venues "habiter l'ancien" et doter d'un contenu fonctionnel nouveau des distributions spatiales anciennes". de manière convaincante. semble congelée dans le message.[14] Il y a consensus pour considérer que la mondialisation. par exemple. [25] La relation entre forme et essence dans la production artistique pose d'autres problèmes que nous laissons. l'intégration des systèmes productifs. ici. 35 [18] Dans L'innovation technique (op. p. Paris. Patrice Flichy discute les principales théories de l'innovation technologique et montre. [15] Voir J. lieu et non-lieu du "moi". 1994. Mais ce niveau de description est inadéquat pour la définir. Perrin. de côté. p. 105).Desnouettes.. serait dû à l'invention du collier de cheval. Eleanor Rosh. c'est qu'ils sont déjà lus. 1993. François Ascher explique : "La résurrection des villes au XII[e] siècle n'a pas été le "résultat" de la renaissance routière mais plutôt sa cause.. 88. marchands et culturels. sont transférées au message en tant que tel. Mais on ne peut aborder la question de l'efficacité propre de la téléinformatique dans la mondialisation en supposant qu'elle en serait la cause. débouche sur le même type de proposition d'une co-détermination de l'objet et du sujet de la connaissance. n° 29. est un phénomène récent. [22] Ainsi la sociologie de la communication massmédiatique s'intéresse-t-elle de plus en plus à la réception plutôt qu'à l'émission. Paris. assimilés à une matière mentale et affective. voire de la mise au jour d'éventuels soubassements génétiques (Chomsky). on ne saurait le contester. pp. compris. 1987. 1993). L'émotion. 156. 12. Francisco Varela. en Europe tout au moins. [17] La théorie de la connaissance proposée par Francisco Varela autour du concept d'enaction. il n'y a pas d'autre réalité que celle constituée par les relations entre les phénomènes (Une histoire de l'informatique. sociologique. dans l'intériorisation du message. Evan Thompson. La Découverte. Libération. [27] Philippe Zarafian écrit à ce sujet : ". depuis la révolution industrielle au moins.. Le miroir. Le Seuil. résumé par Lefebvre.

cit.. Jacques Derrida..) [29] "Travail immatériel" devient parfois quasiment synonyme d'informatisation ou de "transmissible par réseau". Lettre de présentation du projet de recherche. Les archives de radiotélévision. qui fait produire l'ouvrier. la nouvelle machine qui commande le travail vivant. op. 81. comme des musées de même nom : difficultés d'une critériologie et obsession patrimoniale s'y conjuguent. [40] La mise en patrimoine permanente. rafraîchir l'information sans conserver . Au-delà de l'aspect strictement spatial. un exemple assez clair de mixage d'une obsession accumulatrice (rassemblement de la mémoire mondiale en ligne. pp. p. (Voir Francis Denel. Paris. cit. pour être tendanciellement toujours plus dans le travailleur même..les problématiques du design et de l'innovation face à la dématérialisation des processus productifs" (Giuseppe Cocco. des adresses. 34.Perméabilité du musée aux technologies numériques".. sans distance de temps. cit. B. [31] Un certain nombre de recherches en sociologie du travail et des organisations sont engagées sur ces questions. par exemple) commencent à en être maîtrisés. Toni Negri. in Futur antérieur. certains aspects (repérage automatique de changement de plans. op. notamment topographique. op.P. 36. n° 16. p. patrimoine et objet/sujet de recherche. 1998. 1993/2. dans son cerveau et dans son âme. cette notion s'élargit à la construction. in Futur antérieur. conservation automatique des paramètres des connexions. n° 16. perd sa caractéristique traditionnelle d'instrument de travail physiquement individualisable et situable. l'hégémonie croissante du travail immatériel".. cit." (Travail industriel. la dite technique archivale ne détermine plus. par exemple. Op. [32] Jacques Derrida. 14.Les nouvelles articulations territoriales de l'organisation industrielle. etc. aussi bien entre eux qu'avec les dispositifs qui les entourent. cit.) [28] Ainsi. Paris. p. [37] Jacques Derrida. Paris. Quant à l'indexation automatique de l'image -beaucoup plus complexe encore-. Université de Bourgogne. à cet égard. le travail diffus. in Rencontres Médias 1.. note 1 p. 15. Pompidou. p. cit. il rapproche directement "l'innovation technologique" dans la production des "phénomènes d'immatérialisation du travail à grande échelle" (La première crise du post-fordisme. Quelques lignes plus loin. 107. 1996). 107. [35] Jacques Derrida." (La place des chaussettes. p.) avec une certaine dévalorisation de la mémorisation (échanger puis oublier. op. [34] Jacques Derrida. Paradigmes du travail. pour qualifier le "travail immatériel". .travail coopératif. 1995. p. est l'un des problèmes majeurs de l'art contemporain. le seul moment de l'enregistrement conservateur. Christian Marazzi écrit-il : "Le nouveau capital fixe. 107/123. Centre G. 1993/2. Galilée. [36] Jacques Derrida. 11). [41] Internet offre. 30.I. L'éclat. selon la passionnante thèse de Corinne Welger-Barboza : "Le devenir documentaire du patrimoine artistique .. mais l'institution même de l'événement archivable". [38] ". d'occurrences de décors. . Rio de Janeiro. des relations sociales dans les environnements simulés. 1997. Elle développe des projets dans trois directions : " . [30] La "proxémique virtuelle" étudie la manière dont des acteurs situés dans des espaces virtuels façonnent les relations spatiales. et ne l'aura jamais fait. [33] Jacques Derrida. p. décrivant les difficultés de la gauche à affronter la "nouvelle phase de l'organisation du travail et de la société" exprime ainsi "l'évidence qui s'imposait" : "l'informatisation du social.. des chemins empruntés. C'est le cas notamment du programme de recherche international "Territoire et Communication dans le Post-Fordisme" débuté en 1997 qui rassemble des institutions universitaires brésiliennes et européennes (France. [39] La question du dépôt légal de l'audiovisuel pose des questions voisines. 1997. p. socialisations et liberté.) L'automatisation du prélèvement s'y concrétise dans la perspective de l'analyse documentaire. Italie et Allemagne). l'automation dans les usines.. Paradigmes du travail. op. L'INA expérimente déjà des programmes de reconnaissance et d'indexation automatique de la parole pour numériser les fonds sonores radiophoniques et télévisuels. l'émergence du multimédia et les nouvelles figures productives de l'industrie culturelle.les dimensions productives de la communication. Mal d'Archive.

Folio. etc.les anciennes versions. [44] Freud. Idées. 1906-1907. op. Paris. p. p. Gallimard. 1964.. p. 109. p. [43] Jacques Derrida. 132. op. NRF. cit. 137. cit. 225... .). cit. 27. p. [46] Maurice Merleau-Ponty.. Délire et rêves dans la <<Gradiva>> de Jensen. L'œil et l'esprit. cité par Derrida. [45] Jacques Derrida. Op. cit. 36/37. [42] Jacques Derrida. op. p.

Alliée à l'individualisation des usages des ordinateurs cette situation allait provoquer des bouleversements dans les schémas traditionnels de la communication. Il contraint. On y envisagera quelques réévaluations afin de renouveler le concept. renouvelant les formes de rapports homme/programme ("vie artificielle". Je suggère pourtant que nous ne rangions pas l'interactivité dans la remise des concepts obsolètes. On tentera. menus déroulants. d'abord. des jeux à la bureautique. Au delà de l'utilisation en tant que technologie éducative. de récepteur. lesquelles ont permis l'éclosion d'une grande variété d'activités sociales. les catégories classiques d'émetteur. revue et corrigée. renouvelant ainsi les séparations fondées sur la culture du livre. au deux sens du mot. Non pas qu'elle serait devenue inopérante. même si de nouveaux champs de recherche sont apparus. etc. Elle tentait de désigner une forme de communication entre programmes et sujets humains au moment où les concepteurs parvenaient à déposer dans les programmes des fragments d'autonomie comportementale. Enfin. Ces considérations forment le premier volet de ce chapitre.Chapitre V Retour sur interactivité L'interactivité est une catégorie propre à l'informatique des années quatre-vingt. en effet. En effet. campait le paysage. de nouvelles propositions sont apparues autour de la notion de "programmes génétiques". le récit interactif délivre cependant de précieuses indications sur les spécificités du régime de la communication interactive. On décrira comment la culture de l'interactivité -redistribuant les notions de message et de récepteur. une troisième partie concernera le récit interactif. ou encore entre l'interprétation et l'orga- . On en discutera sous trois éclairages. par exemple. On y prônera la nécessaire reconnaissance.entre l'usager et la machine. par ailleurs. l'interactivité est l'un des costumes possibles du concept "d'autonomie intermédiaire" propre à l'automatisme informatique : stabilité du moteur (le programme) et multiplicité des figures qu'il déploie et interprète. smarts technologies. Notre hypothèse sous-jacente est donc que l'interactivité comme forme générale. On s'appuiera sur l'analyse des logiques propres au multimédia qui transforment profondément déjà les postures lectorielles en les chargeant de nouvelles dimensions éditoriales. Région plus délimitée. Elle n'y est pas non plus totalement étrangère. l'interactivité est-elle un concept toujours pertinent ? Et sous quelles conditions ? Cette notion a mûri et ne se trouve plus couverte par la garantie de l'innovation communicationnelle. La notion d'interactivité s'accorde assez mal à ces nouveaux cadres narratifs ou scénographiques. Mais. En insérant un agent actif -le programme. que nous évoquerons plus avant) aucun concept n'est venu substituer son caractère général. D'où notre proposition d'un soutien systématique à un home multimédia personnel et collectif. Une deuxième partie s'attachera aux enjeux plus particulièrement éducatifs de l'interactivité. "agents intelligents". Aujourd'hui. des transactions bancaires à l'éducation. on montrera pourquoi et comment devrait s'imposer un objectif central consistant à favoriser le "devenir auteur" des générations montantes (et des autres aussi. entre l'activité d'écriture et le récit produit. En résultaient des scénographies de commerce inédites avec les ordinateurs. bien sûr). des logiques de la communication numérique et de l'hypermédiation dans une perspective éducative. Dans ce sens. est un concept toujours productif.favorise alors naturellement la production d'applications interactives. Un bouillonnement dans l'invention de nouvelles d'interfaces dites "intuitives" (souris. de message et de canal de communication entraient en mouvement et se bouclaient. à mettre à l'épreuve certaines épistémés majeures de la narration classique telles que les rapports entre l'auteur et les personnages. de resserrer la définition de l'interactivité dans ses rapports à la simulation de la présence humaine comprenant ses dimensions à la fois langagière et corporelle. mais elle souffre d'un excès d'usage lié à sa considérable extension pratique.) allant de pair avec le développement de la micro-informatique. L'essor de ce qu'il est convenu d'appeler le "multimédia" a considérablement accéléré et radicalisé ce mouvement. qui pourrait constituer l'objectif fondamental d'une politique éducative en harmonie avec la culture de l'interaction numérique.

Des œuvres "interactives" sont venues confirmer. comme l'explique Jean-Pierre Balpe. Ménagerie de Susan Amkraut et Michael Girard ou encore Tunnel sous l'Atlantique de Maurice Benayoun. On adresse alors un grief. "passibles" d'émotions esthétiques en partie communes ? La critique -voire le mépris. Je précise que dans mon esprit. une prétention à la maîtrise ? Depuis assez longtemps. tout comme les œuvres classiques. c'est son auto-constitution comme sujet actif par rapport à ce qu'on lui adresse"[47]. conception de la navigation hypermédiatique gouvernant les trajectoires dans l'espace du récit. de la "passibilité". La dimension gestuelle de la posture interactive apparaît alors comme synonyme de maîtrise. Être "passible" de l'œuvre d'art. Rien pourtant ne permet de fonder l'antinomie gestuelle/suspension possible de la signification. ici elles se font jour. par exemple.A User's Manual de Jeffrey Shaw. La notion d'interactivité est alors perçue comme incitation/valorisation de "l'activité" au détriment.dans la relation auteur/lecteur. Mais de manière peut-être plus essentielle encore. c'est qu'il ne se laisse pas décontenancer. les barrières traditionnelles qui enserrent les œuvres indéformables classiques) ? Je préfère retenir l'idée que interactivité apparaît comme une nou- . comme si la projection active dans une scène avait obligatoirement comme corollaire une abdication de la sensibilité. affirmait Jean-François Lyotard. puisqu'il accouple la fonction perceptive "spect" (regarder) à l'accomplissement de l'acte. par habitude. un renoncement à une exigence de confrontation et l'impossibilité d'une suspension du contrôle ("se laisser décontenancer"). par opposition à l'appréciation mentale. une position qui tranche radicalement avec l'interactivité.dans le champ de la communication instrumentale. ni programmation univoque) pour la reléguer -comme le fait Jean-François Lyotard. des théories fictionnelles de la vie qui se tiennent en arrière plan.de Jean-François Lyotard rejoint. des temporalités de sa réception. c'est au contraire. Il renvoie directement à la notion d'acte. le récit interactif révèle qu'à travers les questions de la séquentialité du récit. Place . on alléguait une communauté. qu'à travers ces œuvres et quelques autres. Sur l'autre versant. la notion d'acteur ne désigne pas ici les espaces de liberté dont jouit l'interprète. mais mobile. avant d'entrer dans le vif du sujet. Et le trait d'union est essentiel. une communauté "d'interactants" serait en train de se rassembler. il me semble nécessaire de délimiter plus précisément la signification du néologisme proposé de spect-acteur. le spect-acteur se trouve dans une situation inédite d'ouverture limitée : contraint. c'est-à-dire y être confronté comme membre d'une communauté. "une catastrophe des sens". On lui refuse alors son statut d'entre-deux (ni rencontre directe avec une subjectivité. on le verra. c'est. l'interactivité est critiquée comme illusion de réciprocité. un autre genre de réfutation qui prétend souligner l'impuissance de l'interactivité à se faire l'écho de l'infinie souplesse des comportements humains. au sens théâtral ou encore l'acteur dans une acception sociologique (l'acteur social). comme l'affirment ceux qui craignent le piège d'un affranchissement surveillé (et qui font mine de reprocher à l'interactivité ses limites alors qu'ils préfèrent. Alors que dans les récits linéaires ces théories s'expriment surtout dans la matière narrative. qu'elles pouvaient provoquer. implicite. le récepteur est l'un des paramètres du modèle global organisant le système interactif. Il est vrai que. ce sont toujours. Alors. C'est pourtant ce caractère d'entre-deux qu'il faut reconnaître et que je revendiquerais comme posture spécifique passionnante. nature des programmes qui organisent la production narrative et ancrent la posture du spectacteur). Mais cette restriction vaut surtout pour le concepteur. de surcroît. par divers éclairages.. redevable de l'opérationalité technique. selon l'expression imagée de Marc Le Bot[48]. liberté en cage ? Ouverture illusoire. à des installations en Réalité Virtuelle comme Handsight d'Agnès Hegedüs. Et pourquoi ne pas imaginer. Ce qui est visé aujourd'hui. (On pense. que celui qui reçoit ne reçoive pas. par exemple.. Enfin. quasiment au sens gestuel. de la présence du spect-acteur dans la narration ou de l'irruption d'un tiers -le programme. A . pour Jean-François Lyotard. à la situation interactive. dans la scénographie de l'interaction (design des interfaces. travaux dont il sera fait mention ultérieurement). par certains aspects. consistant à lui reprocher son incapacité à simuler pleinement les relations vivantes.nisation matérielle du support. Ainsi écrivait-il : "On ne demandait pas des "interventions" au regardeur quand on faisait de la peinture.L'interactivité : quelques réévaluations L'interactivité.

un combat de rue ou une compétition sportive ? La grande majorité des jeux vidéos. il résulte que les activités corporelles sont simplifiées. est-ce une bonne approche ? Épurons toute illusion quant à une possible simulation adéquate du sujet humain. déformées afin qu'elles puissent s'exprimer dans ces conditions.). est certainement la principale. compréhension partielle des énoncés. des activités corporelles telles qu'un déplacement dans l'espace. Ouvrir . etc. la notion "d'interactivité de commande". les visites de villes ou de musées. L'interactivité est alors considérée à la fois comme auto-communication et comme méta-communication. de menus ou de zones sensibles sur l'écran. intentionnalité. directement l'objet de l'interaction. parcours qu'on adresse à soi-même où le programme fonctionne comme un stimulateur de composition de rôle. afin de tirer partie de la malléabilité des univers numériques fictionnels et de leurs potentialités. une référence pas une présence susceptible d'être dupliquée à l'identique.). réinterprétées. désignant par là les situations où le langage n'est pas le vecteur principal -ni même obligatoire. Cette notion doit. dans le cadre d'un espace contrôlé par programme. bande dessinée. dans la situation interactive. histoire. par exemple. dans nombre de cas. Mais. en tant que telle. cependant. Ce désir est la condition spectatorielle actuelle -ce qui ne dévalue pas ses anciennes formes. si elle peut exprimer une assez grande variété de situations où l'interaction se déroule à travers l'activation d'interfaces. Dans une perspective complémentaire. qui n'ont pas de référent dans la confrontation avec d'autres supports (livre.et ceci aussi bien du point de vue du concepteur -qui vise une maîtrise en surplomb.de l'interaction. comme dans les visites de villes. on doit considérer que l'interactivité construit son spect-acteur. Certains signes de sa présence sont manifestes (réponse. intelligence parcellaire de la situation) mais pas l'intégralité de sa personne (réactivité. En effet. etc. est un horizon. en effet. Moyennant quelques rectifications. etc. Interactivité "de commande" ou "simulation corporelle" ? Dans cette perspective. ce cadre d'analyse[49] m'apparaît valide. Méta-communication : on actualise les programmes conçus par d'autres pour se fabriquer ses propres programmes d'écriture. Elle ne désigne pas avec une précision suffisante une grande diversité d'applications où l'activité corporelle est. L'interactivité matérialise alors des rapports au récit. être maniée avec une certaine prudence. de restituer. l'articulation centrale qui organisait l'analyse de l'interactivité comme "simulation de l'autre" séparait l'interactivité langagière (échanger du langage contre du langage) de ce que j'ai appelé "l'interactivité de commande". Même si la tentative de simulation de l'autre demeure une première ligne d'analyse valable. Or. "L'autre". de circulation dans les récits. elles sont aussi reconstruites. Simulation ne veut pas dire reproduction à l'identique. film. de musées ou la plupart des jeux vidéos. la spécificité de ces cadres d'actions résulte de la modélisation préalable des micromondes imaginés ainsi que de l'usage indispensable d'interfaces adaptées. Ne s'agit-il pas. Dès lors l'analyse de la confrontation interactive ne saurait se limiter aux références empiriques (simuler les compétences langagières et comportementales humaines). récit. au sens informatique du terme.velle condition de la réception et l'interpréter comme l'indice d'un désir collectif d'assouplissement des limites nous y reviendrons.que du récepteur. elle doit éviter une dérive mimétique. reposent sur de telles "simulations corporelles".mais exige qu'on la reconnaisse comme telle. pour le pire et le meilleur (qui nous intéresse principalement). dont leur "programmaticité". de consultation de banques d'informations. créativité. les univers virtuels basés sur la communication par avatars interposés. D'où l'analyse de la posture interactive comme relevant d'une double détermination. et éventuellement prolongées par des outils cognitifs puissants. n'est pas assez spécifique. une épreuve de pilotage d'engins. c'est-à-dire un mode singulier de commerce entre des subjectivités et des supports obéissant à des contraintes particulières. De cette double contrainte. Simuler l'autre. de la même manière que le livre construit son lecteur et un public de lecteur. de mise en scène d'espaces. Auto-communication : message. Il faut l'appréhender comme une catégorie de la communication.

films). afficher les actions passées. la principale caractéristique de l'image numérique actée. par exemple. Le corps est alors réduit à un ensemble de compétences limitées. . dans sa mise en mouvement par les spect-acteurs. on le rappelle. à l'intérieur des cadres d'actions simulés. La méthode ? S'identifier à la "tortue" afin d'imaginer. la qualité graphique des espaces tridimensionnels conçus dans ces jeux ainsi que le raffinement des interfaces augmentent le réalisme des déplacements dans les situations de découvertes -quasiment corporelles. en sortir . mais les environnements interactifs ont renouvelé l'approche des échanges entre le corporel et l'intellect. c'està-dire abstraire des régularités générales par l'auto-construction des connaissances en milieu favorable. c'est qu'elle est devenue sensorimotrice par l'effet de l'incorporation du geste. capteurs de position de la main ou du corps pour les jeux en Réalité Virtuelle. à la différence qu'il ne s'agit plus là seulement de perception mais aussi d'action.afin de se mouvoir dans les espaces virtuels mis en scène (ville. via réseaux. Déjà Seymour Papert promouvant l'environnement LOGO dans une stricte filiation piagétienne. toutes actions possibles dans ces univers.une fenêtre sur l'écran pour prendre connaissance de la position des adversaires. de ce modèle élaboré). visionner le panorama du champ de bataille. musée. Ce serait ces "sensations musculaires naissantes" qui régleraient notre présence dans ces univers. que Bergson invoque pour établir sa théorie de la perception. érigeait les échanges corps/intellect en articulation centrale de la formation à une posture d'épistémologue[50].). étant le déplacement de présence. Démarche inductive expérimentale.). le premier sens de "virtuel" : l'objet virtuel résulte d'une modélisation numérique et matérialise un déplacement d'existence.l'activité de programmation est un apprentissage au modelage de micro-mondes. dans une démarche à la fois analytique (réduire le complexe au simple. ou tête. Il est déplacé à distance par formalisation -c'est-à-dire simplification et amputation. Dans la philosophie éducative bâtie autour de LOGO -construire ses connaissances dans des milieux favorables à leur croissance. L'autre sens. On pourrait évoquer les fameux "schèmes moteurs" situés à la frontière du corporel et du mental. (C'est. Le déplacement de la souris. Un corps virtualisé face à des quasi-sujets La place du corps dans les démarches d'apprentissage n'est certes pas un thème inédit.l'exploration corporelle et la symbolisation. ses collaborateurs et les équipes éducatives conquises par cette démarche affirmaient l'actualité de la révolution éducative qu'ils appelaient de leurs vœux. une image bordée. Aujourd'hui.tout en alimentant la sophistication des univers sémantiques à explorer et à ordonner. proprement phénoménologique.ne manquera pas encore de prolonger. le cliquage ou le maniement des commandes à l'intérieur des scènes explorées apparaissent alors comme des mouvements corporels esquissés et accomplis dans le système de contraintes propre aux diverses scénographies. prolongeant celui-ci. Il s'agit de programmer les comportements souhaités d'un automate graphique. une géométrie à partir de son propre schéma corporel. Bâtir des programmes d'animation pour "apprendre à apprendre" : c'est bien en invoquant la puissance virtuelle et interactive inégalée du milieu informatique que Seymour Papert. combiner des agents procéduraux) pour que l'automate se comporte selon le projet anticipé. par une incarnation non strictement imaginaire (à la différence des autres régimes iconiques : dessins. c'est-à-dire selon son expérience singulière de l'espace. Le corps propre est à la fois réduit et retravaillé par les interfaces spécifiques à chaque application (joysticks manipulant jambes. C'est une image kinesthésique. l'inconnu au connu) et synthétique (fabriquer du complexe avec des séquences simples. Avancées que le développement en cours d'interfaces à retour d'effort -tel que le manche à balai rétroactif SideWinder de Microsoft décrit au chapitre I. mais dans la construction d'un micro-monde par création de programmes (LOGO) ou à travers la découverte des principes d'une quasi-vie artificielle (jeux d'aventure). Les jeux d'aventure confrontent -par une voie symétrique. On le sait. On rejoint ici la problématique de la présence du corps à distance. bras. pratiquement. de l'action. etc. Mais c'est un corps articulé à toute l'ingénierie des interfaces. photographie. lesquelles ordonnent ses réactions. où le corps propre sert de milieu d'expérience pour.. L'interactivité s'exprime alors non pas dans un échange avec un programme fermé. etc. terrain de sport..

qu'on se reconnaisse dans ces aventures et qu'on s'y risque . Les couches actuelles (Windows.ou induire. etc. ses coutumes. Alors que LOGO met en jeu un corps intellectualisé (il s'agit de trouver les règles abstraites permettant les déplacements corporels de la "tortue" afin d'accéder "naturellement" aux démarches d'apprentissages inductives et déductives). ici aussi. les programmes multimédias ont modifié. Et ce mouvement ne se dément pas aujourd'hui. de devenir épistémologue. les jeux d'aventure sont des milieux propices à l'induction. font appel à ce qu'on pourrait appeler un intellect corporéisé. plus vivante : une analogie -très. en effet. avec ce que cela comporte de résistances et de vertiges. l'interface tend à disparaître comme . Il s'agit bien. Ces jeux font dériver les conjectures de l'incubation psycho-corporelle dans un milieu virtuel fortement réaliste.L. Il faut imaginer des régularités dans ce qui paraît mystérieux et insaisissable. Dans les deux cas. de nouveaux langages en surplomb assurent.M. comprendre les effets de nos actions et s'approprier le sens des environnements qu'on modèle et qui nous modèlent. lorsqu'on découvre un pays étranger avec ses mœurs. bien sûr. bureau Macintosh. elle est devenue outil de manipulation posé à la surface du programme. sont de puissants moteurs cognitifs. que s'élabore finalement le travail "ethnologique". au cours de son histoire. incorpore sans cesse ce qui à l'étape antérieure se situait à l'extérieur. Par exemple. Par exemple. de manière normative. C'est par une immersion dans un monde aux formes visuelles et sonores particulièrement soignées et aux interactions comportementales précisément construites.. de manière quasiment transparente à l'utilisateur. Plus même. faire des hypothèses et vérifier leur consistance. l'informatique a constamment déplacé la frontière entre l'intérieur et l'extérieur selon un mécanisme qui. qu'on appelle désormais "graphique". sont des formes différentes de distanciations. Avec le développement des progiciels. etc. se popularise.T. On note. H.Avec les jeux d'aventure -Myst ou Riven sont parmi les meilleurs exemples-. Ainsi en est-il.. la notion d'interface. Anticiper -"programmer" veut bien dire étymologiquement "écrire à l'avance". une tendance très nette à ce que l'interface. à condition. Ils exigent de conceptualiser progressivement les interactions avec les univers virtuels scénarisés et de contextualiser les connaissances acquises (ce qui paraît anecdotique dans une phase du jeu peut se révéler décisif dans une autre). schématiquement. c'est l'inverse. ou du plaisir de dénouer des intrigues (jeux d'aventure). Or. ce qui ne saurait être érigé. Qu'il s'agisse de vérifier la pertinence de ses anticipations (LOGO). exprime directement les mondes qu'elle permet de découvrir. percevoir. s'agissant de l'exploration d'une photographie. L'interaction avec des quasi-sujets (l'automaticité des programmes qui animent la tortue LOGO ou la quasi-vie des mondes virtuels dans les jeux d'aventure) médiatisent souvent ces situations déstabilisantes. le pointeur prend la forme d'un viseur. alors que le langage de rédaction de pages Web. l'excitation de la découverte et la jubilation lièes à l'accroissement progressif des espaces de libertés. mais ici elles sont favorisées par une présence corporelle virtuelle. dans cette même direction. instrument de navigation. Interactivité et interface L'interface se définit comme un organe de communication entre l'homme et l'ordinateur.) poursuivent le mouvement enclenché dès l'invention par Türing du premier langage d'assemblage. mais d'induire les règles de fonctionnement de mondes inconnus à partir de leur fréquentation. en revanche. symbolisation des univers délimités et prescription de comportements pour l'interactant. en point de passage obligé vers les rivages de "l'épistémophilie".M. D'organes externes permettant l'interaction homme/ordinateur. Dans les deux cas (LOGO et les jeux d'aventure) la visée est épistémologique. : comprendre les règles de fonctionnement est le résultat des interactions.T. Ainsi que le signale Jean-Pierre Balpe[51]. L'induction. par exemple. la création du code H. voire épistémophiliques : induire les règles implicites pour sémantiser l'univers. à la fois moyen de sélection des commandes. il s'agit d'environnements qui incitent à une mise à distance de soi. mais de manière moins "scolaire". pas son préalable.simplifiée de la "vraie vie" où il n'y a pas de différence entre agir. la symbolisation des relations entre les acteurs humains et non-humains sont bien entendu des activités intellectuelles.L. Myst ou Riven. organisation générale des informations. Il ne s'agit plus de programmer des automates.

Elle précise la posture suggérée à destination de l'interactant et institue le cadre de référence du monde proposé à l'exploration[52] : type de décryptage souhaité (fiction. les objets sont devenus mobiles. . Les programmes multimédias accroissent le trouble de la finitude alors même que leur principe consiste à élargir le champ des possibles (mille images actualisables à partir d'un modèle.). leur origine comme leurs déroulements. invente ses interfaces graphiques et s'ingénie à proposer des modalités de circulation inédites. de voir reconnaître au spect-acteur ou au lect-acteur une présence dans les scénographies. mais que dissimule sa surface visible ? "Derrière chaque caverne. qu'ils soient à caractère narratif ou consultatif ? Or. L'interactant est alors appelé à adopter une disposition archéologique. de sortir de la culture de l'audiovisuel. alors que les deux premières dimensions référent à l'interactant. la troisième exploite les potentialités propres de certains programmes informatiques[54]. questionnant la surface qu'il sait gouverner l'accès aux mondes sous-jacents. etc. la déception est peut être salutaire. Comme dans le monde réel. Cliquer sur le bouton du poste. promettant un parcours sans fin. reportage. actifs. chaque site Internet. on pourrait soutenir que l'image actée engendre une forme d'iconoclasme par excès d'iconophilie. ils calculent des trajectoires dans des univers selon des programmes matérialisant les principes "vitaux" à l'œuvre dans ces mondes installés et réagissent selon les actions déjà entreprises. si l'image exprime ou déforme son référent. l'interface définit un mode de fréquentation de l'univers façonné. etc. Désir et déception Au fondement de l'image interactive gît le désir de faire reculer les limites imposées par l'enregistrement. les scénographies numériques approfondissent la déception de buter sur des limites. Le mode d'emploi devient un enjeu sémantique et dramatique (d'où certaines résistances du grand public à s'approprier ces propositions[53]). Il s'agirait de faire rendre à l'image plus que ce qu'elle ne peut apparemment accorder. Les jeux vidéo d'action excellent à éliminer toute enveloppe graphique et relient directement les organes de commandes aux acteurs eux-mêmes. chaque titre de CD-Rom. mais où se situent ses limites.ignorent un type d'interactivité qui ne se rapporte pas à l'activité humaine et qu'on pourrait qualifier d'automatique. jeux. produit éducatif. En effet. Un modèle à trois branches La dichotomie interactivité langagière/interactivité de commande ne permet pas d'appréhender l'une des dimensions possibles de cette relation. elle s'ouvre. En prolongeant ce propos. La présence de l'interactant dans la représentation en est majorée d'autant. il s'anime. sur une fenêtre. non pas que montre-t-elle. une caverne plus profonde". encore assez sommaire. Mais aussi. Ces deux branches -référant à la simulation de l'humain dans ses dimensions langagières et comportementales. Une nouvelle série de jeux. un peu comme s'il fallait reconstituer un livre à partir des lignes en vrac grâce à un vague manuel propre à chaque volume. alors. Outre ces fonctionnalités. elle se tourne. hiérarchies entre les personnages. déformables. glisser sur le bord inférieur d'une page. il émet de la musique. L'interface devient interne à l'événement . jouant probablement comme une réassurance face aux vertiges de l'affranchissement du parcours unique. découvrant que des frontières bornent toujours ces parcours. toute liberté nouvelle secrète des angoisses et des défenses. On ne se demande plus. Les programmes "génétiques" illustrent assez bien cette perspective. Tout en tenant compte des interventions de l'interactant. Sur une palette de contraintes et d'habitudes plus ou moins communes. Pour le spect-acteur il s'agit alors de s'approprier tout à la fois les significations et les codes pour les enchaîner . plus de barre de menus en haut de l'écran : ce sont les objets de la scène eux-mêmes qui deviennent sensibles. connotations repérables. passer en roll over sur un tableau. exploite cette nouvelle direction. on le sait. quelles investigations peuvent-elles s'y développer ? Bref. dont "Créature" est un premier exemple. D'où l'anxiété induite par la recherche endiablée d'une augmentation des degrés de libertés dans le déplacement interne aux corpus. Désir d'un accroissement des espaces de liberté.fonction séparée et à s'intégrer aux constituants de la scène. Dans cette perspective. des milliers de trajets envisageables dans une scène).

Une interactivité voilée Avec les nouvelles générations d'objets "intelligents" évoqués au chapitre un (smart rooms ou smart clothes. il s'agirait là moins d'une interactivité avec des "contenus" déjà constitués que d'une interactivité qui confronte à des logiciels-outils.Le générateur littéraire de Jean-Pierre Balpe -sur lequel nous reviendrons. Le processus peut alors être réédité à l'infini. nous scrutent. mais en y incluant l'activité propre du programme qui influe de manière déterminante sur les choix proposés. au sens darwinien du terme. Les visiteurs sélectionnent celles "qui seront amenées à survivre" lesquelles. Dieu est-il plat ?[55] peut être qualifiée d'interactive. d'un réglage comportemental les "objets intelligents" s'ajustent à nos comportements et s'auto-définissent dans un rapport adaptatif. par exemple). dans cette évolution artificielle. Ainsi l'installation de Maurice Benayoun. c'est la déambulation qui crée elle-même la topographie de l'exploration. Le spect-acteur. l'humain se sait épié et aidé par l'agent logiciel sans qu'il le sollicite volontairement. en manipulant une souris. avance dans un univers de briques qui se creuse au fur et à mesure de sa progression. mais surtout à provoquer naturellement une mise à distance de soi. avec Genetic Images[56]. apprennent nos habitudes. un modèle à trois branches incluant cette dimension de composition automatique. Le programme ne se contente pas de réagir aux actions de l'interactant. dans cet écheveau de règles et de contraintes. Karl Sims qualifie l'installation "d'interactive" et écrit : "Ainsi. À la notion d'interaction (entre un programme et un sujet humain). produirons des "descendantes" remplaçant les images éliminées. Dépositaires d'une réactivité. il est sans doute nécessaire de substituer à un modèle binaire (interactivité langagière/corporelle). Il s'agit de créer une vie "artificielle". car dans cette situation. et finalement agissent avant même qu'on ne leur demande. un enjeu politique "Devenir auteur" tel devrait être la devise inscrite au fronton du multimédia à vocation éducative. B . c'est-à-dire qui se veut non intentionnelle (mais qui. Conduire le passage à l'écriture. On retrouve des séquences de dialogues interactifs lors des phases d'initialisation (paramétrages) et d'échec (nouvelle programmation). Pour rendre compte de l'interactivité comme forme de communication homme/machine. afin qu'à travers cette extériorisation. Tout changement de direction provoque la création d'un nouveau couloir dans lequel il découvrira des représentations de Dieu. on le sait.Éloge des savoir-faire intermédiaires ou le home multimédia. On le verra. On rappelle d'abord que l'apprentissage de la lecture n'a de sens que conjointement à celui de l'écriture. cependant.se rapproche de cette voie. Les chemins ne sont pas déterminés a priori. Karl Sims. Il s'agirait là d'une interactivité voilée (du point de vue de l'interactant) . raffinent et finalement . les apprentis-auteurs explorent. ce sont les visiteurs qui déterminent interactivement <<l'aptitude>> des images à survivre"[57]. ces programmes substituent un rapport docile. On peut considérer que le visiteur collabore avec le programme pour déclencher un processus évolutif. l'esclave n'est remarqué par le maître que s'il défaille. Ces objets nous écoutent. par combinaisons et mutations algorithmiques.et pour cela lire les textes des autres comme les siens. au sens plein du terme : devenir auteur écrire. c'est. s'inspire directement de la "vie artificielle". La visée ne consiste pas seulement à permettre l'expression écrite de la pensée. il fabrique les choix de circulation selon les trajets déjà effectués.d'un moteur non intentionnel). non pas d'un commerce bilatéral mais d'une sorte de capacité réflexe déposée dans des logiciels. muet qui n'affirme explicitement son existence qu'autant qu'il échoue à satisfaire nos besoins. Rien de moins que transformer de jeunes enfants en auteurs. Une communication implicite prend la place d'un échange intentionnel explicite : une modalité d'une relation maître/esclave. En dehors de ces moments. L'ordinateur (un supercalculateur massivement parallèle de Thinking Machines) affiche une série de seize images sur des écrans vidéo. ne peut se passer de l'installation -nécessairement intentionnelle. se fait jour une autre modalité de la communication homme/machine. de même que le déplacement dans les images de certains mondes virtuels ou les générateurs d'images illustrant les principes de la "vie artificielle". l'une des missions essentielles de l'éducation.

symétriquement à la position d'auteur. Ayant affaibli la distinction entre lecture et écriture. stratégique. la navigation dans des contenus stables (CD-Rom ou sites Internet) où. s'agit-il alors toujours d'écriture ? Incontestablement. même si elle se confronte à la recherche de langages inédits. Une forme de cette tentative consiste à considérer. artiste ou professionnel. même si le lecteur peut modifier des liens ou ajouter des nœuds. Radicalisant ce qu'annonçait déjà l'écriture et l'imprimerie -l'utopie de la République des Lettres. en créant de nouveaux liens. peut être sera-t-il enclin à les emprunter (ou à s'en détourner).enfin.produisent. par exemple. De toute manière sa circulation en sera remaniée. qui stabiliserait une production intermédiaire entre réception et expression.. renforcer des chemins). elles aussi.la création en tant qu'auteur. ou de home multimédia présentées plus en avant. par exemple. même si leurs frontières sont mobiles : . de Pierre Lévy lorsque qu'il écrit : "Le navigateur peut se faire auteur de façon plus profonde qu'en parcourant un réseau préétabli : en participant à la structuration de l'hypertexte. Certains systèmes enregistrent les chemins de lecture et renforcent. L'invitation à la navigation hypertextuelle se conjugue pour nombre de commentateurs. par exemple. que les nouveaux systèmes symboliques numériques se doivent de prolonger. pour le lecteur suivant qui parcourra l'hypertexte transformé. tentent de circonscrire). on peut arguer du fait que l'écriture ne se confond pas . consiste effectivement à le réécrire intérieurement par une série d'aller retour entre prédiction de ce qui va suivre et réajustement du sens de ce qui précède (comme pour l'appropriation orale). L'argumentation se construit en commençant par souligner que toute lecture est une réécriture interne du texte lu. s'il est vrai que l'interactivité dans le contexte de l'hypermédiation fait émerger de nouvelles pratiques d'expression/réception (que. Nous concentrerons notre attention sur les deux dernières situations. avec effacement de la séparation entre lecture et écriture. . Si certains chemins sont soulignés. C'est le point de vue. que la navigation hypertextuelle -pour peu qu'elle puisse modifier le graphe de circulation (ajouter des nœuds. qui on le verra.ni écriture. une écriture.culturel singulier où commercent auteurs et récepteurs par programmes-outils interposés. proche de "réception" et "production"). si tant est que la première ne souffre pas de remise en cause fondamentale. le comprendre (étymologiquement. L'interactivité est considérée ici comme espace techno. je suggère de reconnaître et de consolider le statut intermédiaire entre ces positions : ni lecture -qui laisse inchangé le texte lu. possèdent tous leur légitimité propre. il me semble judicieux de situer trois types de fréquentation des programmes multimédias interactifs dans leurs rapports à la "réception/production". de ce fait. la situation de lecture doit être différenciée de l'activité d'écriture même si les supports numériques ouvrent à un concept de lectacture. leurs idées. où chacun est aussi bien lecteur qu'écrivain. Vers une lectacture La navigation interactive n'est pas une écriture. les significations du document seront. typique d'une activité à finalité clairement éditoriale. modifiées.. dont l'idéal consiste à demeurer inaltérée . par ré-flexion. Utopie démocratique. Lire un texte. ("Lecture" et "écriture" sont à considérer ici dans un sens élargi. les notions de lectacture. notions qui n'ont de sens historique que relativement à des supports stables. Pour aller à l'essentiel. on franchit un pas de plus en tentant de faire fusionner l'auteur et le lecteur. "prendre en soi").deviendrait. pour autant parler. ou affaiblissent les liens en fonction de la manière dont ils sont parcourus par la communauté des navigateurs"[58]. Mais avant de poursuivre cette réflexion. me semble-t-il. la production de type home multimédia. Mais peut-on. . d'écriture ? Bien sûr. Mais.l'interactivité informatique nous plonge dans un milieu encore plus favorable pour expérimenter des agencements inédits entre ces deux postures.

aujourd'hui. production d'agencements formels. et là c'est ce geste qui devient proprement une œuvre (les Cent mille milliards de poèmes de Queneau n'ont d'intérêt que par le dispositif imaginé pour les produire et non en tant que contenus). (Les jeux calligraphiques ou typographiques intentionnels peuvent. Mais dans ce cas. sans toutefois les condamner à fusionner. éloignés. c'est même cela que visaient les premières inscriptions). que si le dispositif de réagencement devient lui-même la composante essentielle d'une œuvre interrogeant ses différentes instanciations possibles et bousculant les coutumes lectorielles. alors qu'avec l'hypermédiation prennent consistance les pratiques croisées d'expression/réception iconiques. peut-on lui décerner le titre d'écriture ? À ce compte n'importe quelle succession de mots tirés au sort et alignés sur une page (ou un écran) peut déclencher une vague d'associations. Des home studio aux pratiques de copier/transforme/coller musicales (techno. Oui. sauf si le dispositif de tirage est pensé en tant que tel par l'auteur. ouvrir des champs d'expression sémantiques et esthétiques originaux). ne sauraient être isolées l'une de l'autre. Lire. du champ de l'écriture la production d'idées. une écriture. hypermédiature ? Le guichet pour déposer les néologismes est encore ouvert. sonores et linguistiques ? Comment qualifier cet acte d'expression/réception ? Spectacture. conservations. mais pas le compositeur. et dans une certaine mesure seulement. Une lectacture permise par des supports dynamiques augmenterait encore les proximités entre les deux pôles. il me semble que par de nombreux canaux. Indubitablement lecture et écriture. Mais comment éliminer. pôles que la lecture et l'écriture tenaient jusqu'à présent. c'est réécrire pour soi le texte. citations. dessinent d'autres perspectives. une activité en émergence On détecte une tendance malheureuse à analyser les nouvelles postures et les productions permises par la numérisation en les ramenant à des formes anciennes. la lecture hypertextuelle multiplie. augmente la lecture sur supports stables. et écrire. Une offre logicielle grand public accompagne et fortifie cette alliance : boîtes à outils de toute nature. mais surtout réduisent les pratiques d'expression/réception sur supports numériques à celles qui se sont sédimentées dans la culture de l'imprimé. marquage de circulations. en soi. eux aussi. éventuellement un virtuose. on tirerait profit de la définition de nouveaux concepts remplaçant celui d'écriture : balisage de chemins. De multiples développements (indexation de textes. d'arguments ou d'expressions d'états affectifs. logiciels de traitement d'image fournis avec les appareils photographiques numériques et décalqués des outils professionnels de type Photoshop. surtout lorsqu'on vise des textes argumentatifs ? Agencer différemment l'organisation physique d'un texte. Même les notions de coauteur ou de co producteur paraissent trop imprécises (elles réfèrent à la collaboration de plusieurs auteurs approximativement de même statut. Non. La lectacture. house music)[59] en passant par les mix des raves. formalisation de chemins de navigations. En fait. Le home multimédia. intermédiaires entre consultations. Par ailleurs. ces deux pôles s'agencent mutuellement dans des contextes toujours collectifs. le lecteur est devenu auteur). au sens musical du terme . l'alliance des technologies d'inscription numérique et d'usages sociaux plus répandus qu'on ne le croit. ce n'est pas. comme dans la production audiovisuelle. ni un poème. Un concept de lectacture est probablement à thématiser. etc. On pourrait alors envisager que cette lectacture puisse agir dans une zone intermédiaire entre la production et l'appropriation de sens. mobilisation de moteurs ou guides de recherche. juste un exercice automatique ou un test projectif . progiciels de design d'hypermédias. émissions de liens et création originale de contenus. et même si une instanciation suscite une modification interprétative pour un futur lecteur. c'est enchaîner sur des lectures. Mais la notion de lectacture n'est-elle pas trop fortement connotée par celle de "lecture". n'est générateur de productions sémantiques et de postures sensibles passionnantes. serait-ce à travers des négations trop rapidement posées (par exemple. logiciels d'échantillonnage musicaux. Or. le domaine musical offre un bon écho de ce qu'une réception/production mul- . Ce n'est pourtant ni un texte. rabattant exagérément le sens sur le langage écrit.) font plus ou moins signe dans cette direction.avec la production sémantique (on peut noter des listes de mots ou de nombres sans rechercher à transcrire la pensée. même sur supports stables. un enjeu politique Ceux qui considèrent que la lecture hypermédia s'identifie à une écriture simplifient par trop la question. par exemple). de sampling etc. On peut considérer que l'interactant devient en quelque sorte l'interprète de l'hypertexte ou de l'hypermédia. collages.

de les recomposer et d'y ajouter des informations personnelles. personnelle.augmentera l'initiative des Internautes. et ce n'est pas contradictoire. homme de lettres ou de sciences. rédaction de textes où il se vérifie que les savoirs de la lecture/écriture "classique" demeurent fondamentaux dans ces nouveaux espaces expressifs. la transformation de sources originales occupent une place considérable.. langages de conception de sites sur Internet. une part plus originale.M.M. -tel que X. version moderne de l'imprimerie à l'école). une éventuelle méprise. Et c'est bien ce que nombres d'expériences en France et dans le monde indiquent. le passage à la "home" exploitation dynamique des paysages d'informations est amorcé. afficher des sources documentaires ou lancer des applications. par exemple. Plus généralement.l'école doit prendre en charge le devenir-auteur multimédia des enfants. De la même manière. une manière naturelle de se déplacer sur le réseau : la mobilisation de tels automates devient une pratique de lecture/recherche "grand public". hier. (pour eXtensive Mark up Language). par ailleurs.L. l'emprunt non référencé.T. Levons. SCOL devrait permettre aux Internautes de créer assez facilement leurs propres mondes virtuels en trois dimensions et d'y déposer leur avatar en scannant une photo. par exemple.timédia est en passe de généraliser : un home multimédia élargi aux agencements conjoints des univers textuels. Le deuxième monde distribue à ses "habitants" des outils simples pour configurer. parallèlement les versions professionnelles se complexifient). Ce langage de conception d'espace tridimensionnel et interactif sur Internet -véritable prodige technique permettant le design personnel. dans sa version de 1998. étendant ainsi des savoir-faire d'organisation de connaissances aujourd'hui encore spécialisés. limité dans la version antérieure à un appartement type dont ils ne pouvaient que personnaliser la déco- . leur home page ainsi que leur domicile virtuel. comme Célestin Freinet avait pris en charge leur devenir auteur à travers la fabrication de journaux. Et l'on voit bien que ces dernières compétences sont majorées au fur et à mesure qu'on évolue vers les univers professionnels.est proposé dans plusieurs versions de complexité et de prix différents selon qu'il s'adresse au grand public ou à des professionnels. méta-langage permettant d'adapter les langages de conception selon la nature des sites. La mise au point. la citation. Bien entendu. design d'interfaces graphiques. on découvrira une nappe graduée d'activités où la recherche documentaire automatisée par moteurs et guides. chacun est conduit à utiliser des outils de complexités graduées pour des usages eux aussi gradués. par exemple. dans une perspective d'éducation et d'apprentissage. De multiples propositions s'amorcent pour cartographier et exploiter les gisements de données ainsi collectés[60]. demain. complète ces activités : établissement de chemins de navigation. notamment avec l'usage renouvelé de la pédagogie de projet autour d'Internet (réalisation coopérative de sites. graphiques. en trois dimensions. Mais. L'usage de robots chercheurs est.L. en revanche tout le monde sera plus ou moins conduit à se mouvoir dans le milieu de la téléinformatique. le collage. etc. du langage SCOL est un bon exemple d'usages échelonnés d'un même logiciel. traitement d'images photographiques. lieu de la créativité dans un sens plus traditionnel. Sur ce terrain aussi. ici. il s'agira non plus de "consulter" des sites mais de transformer les pages reçues. Si on décrit concrètement ce que signifie réaliser une home-page sur Internet ou un site collectif dans une classe. L'offre de logiciels-auteurs se renforce (maquettisme. les premières strates documentaires. etc. par la société Cryo. L'auteur-citoyen dans l'aire de la culture de l'écrit n'est pas obligatoirement un auteur au sens académique du terme (journaliste. l'auteur multimédia n'est pas appelé à maîtriser les savoir-faire spécialisés qui demeureront l'apanage de professionnels.) rendant de plus en plus transparent aux utilisateurs l'usage d'outils élaborés[61] (même si. Et si. L'évolution propre des langages du multimédia incite à prendre résolument l'orientation du home multimédia. gestion d'hyperdocuments. Le développement de nouvelles normes d'édition de documents appelées à succéder à H. et. De même. tout le monde n'était pas appelé à écrire dans un journal et à l'imprimer.. écrivain. Toutes les composantes des scènes conçues sont cliquables et peuvent renvoyer par liens à d'autres lieux.). de sélection et d'agencements sont d'une richesse heuristique considérable. d'espaces de communication. iconiques et sonores dans le contexte de la communication collective et de la documentation partiellement automatisée. Mais à des niveaux différenciés. Dans ce sens -celui du home multimédia.

par exemple. mais nous imaginons toutes sortes de strates. si l'on comprend que se construisent ici les formes et les outils expressifs de la démocratie. de surcroît. parmi les usages du réseau. les compétences exigées et développées à la fois par les outils de la "home production" enrichissent la problématique de l'interactivité.L. même si. savent bien que l'usage du réseau met en œuvre des compétences variées passant du simple "surfing" (l'équivalent de la lecture classique) à la maîtrise des téléchargements de logiciels et à l'exploitation de grandes masses d'informations acquises grâce aux robots et autres guides de recherches. Faire fructifier les savoir-faire intermédiaires du multimédia est un enjeu éducatif. Pour former des citoyens capables de déjouer les prétendus pièges des images numériques. une interactivité au carré.et autres plug'ins. comme se font écho aussi lecture et écriture et se couplent fondamentalement les activités de réception et d'expression dans les environnements mus par l'interactivité informatique[63].). ces deux pôles et donc aussi les zones intermédiaires maintiendront leurs spécificités. et ne sont peut-être pas appelées à se stabiliser.M. photos et liens hypermédias pour construire un site personnel sans rien connaître à la programmation. celles du multimédia évoluent rapidement.(de même que le langage engendre des images). l'hypermédiation est une propédeutique sémio-critique naturelle.ration. entre ces deux positions[64]. en somme. bien entendu. que nul n'est tenu de devenir rédacteur hypermédia et que la rédaction de textes linéaires sur papier n'est pas condamnée à quitter l'horizon éducatif. il est de la responsabilité . ceux qui tendent à la production d'hyperdocuments. Ces zones médianes forment le terrain fertile de projets individuels et collectifs formateurs. On voit se multiplier sur le réseau des offres d'outils "grand public" de création de sites proposant aux Internautes néophytes des formats préétablis qu'il s'agit de paramétrer et d'illustrer grâce à des banques d'images libres de droits[62]. et surtout en harmonie techno-culturelle avec le milieu du multimédia. objectif récurrent proclamé. Répétons-le.pour produire des programmes multimédias eux-mêmes à fréquentation interactive. réception de chaînes multimédias en continu.d'hyper-images. des pratiques de simples consultation et navigation soient appelées à devenir obsolètes ni que l'hypermédiation doive effacer les frontières entre les activités triviales et expertes d'édition multimédia. l'habileté et les motivations des usagers donneront forme à des réalisations de qualités différenciées. On s'apercevra alors que l'hypermédiation fait apparaître en pleine lumière ce que savent tous les professionnels de l'image. Même sans démarche volontariste. rien ne vaut tant que de développer leur réception/production. à la différence des technologies de l'écriture. de l'icône et du son. les pratiques du "home multimédia" se développeront nécessairement.R. En revanche. à savoir que toute image est bordée par du langage -souvent écrit. mais cela risque demain de devenir un faux dilemme. Nous ne supposons pas qu'au nom d'on ne sait quelle injonction normative. mais plus lentement et sans que soit mise en lumière leur valeur. langage de conception interactif tridimensionnel. Œuvrant naturellement dans les savoirs croisés de l'écriture. réception et production multimédias s'enchaînent -sans se confondre-. par tous ceux qu'inquiète une supposée domination -à démontrer. Ainsi se fait jour la nécessité d'une acclimatation raisonnée au milieu téléinformatique. mais plus fondamentalement politique. Tous les Internautes. tout à la fois maniement d'un ensemble corrélé d'outils de réception et d'outils de production. Il s'agit ici de mobiliser une interactivité -propre aux logiciels. dont les langages de requêtes se font sans cesse plus acérés et complexes. même si les frontières se déplacent avec l'évolution techno-culturelle. La seule manière de dégonfler la baudruche de la manipulation par les images consiste à faire de chacun des manipulateurs -au sens premier du terme. par ailleurs. Nous conjecturons que. dès lors que les savoirs de l'écriture s'hybrideront à ceux de l'hypermédiation. aujourd'hui déjà observables. L'usage documentaire dérivera alors fréquemment vers la production multimédia. donner un contenu concret à l'appel au décryptage des images. bien sûr.du règne iconique sur le scripturaire. Au terme de ces entrelacements. Là encore. On dira. c'est-à-dire leur mobilisation expressive. Il suffit d'agencer ces textes. Tendance fondamentale qui pousse à accroître. C'est aujourd'hui exact. Cette perspective pourrait. Les réglages et manipulations logiciels sur Internet dérivent parfois même vers des savoir-faire quasi-experts (chargement d'applications en V. ici et là. etc.

Soulignons que. La première. manifeste la subjectivité du (des) concepteur.Récit interactif et moteur narratif Le cadre narratif formel Nous nous proposons. On retrouve alors une confrontation à deux partenaires principaux : l'auteur et le lecteur. on ne saute jamais le même passage"). Ce sont les donnés (matériaux et modes de circulation) que l'interactant reçoit et qu'il ne peut négocier. Même dans ses dimensions de libre choix. interne. nous serions confrontés à deux modalités de l'altérité dans la scénographie interactive. d'analyser un genre d'application interactive particulier. quel qu'en soit le support. textes composés. chose négligeable. générateur sémantique. l'ordinaire de nos états mentaux dans les situations toujours couplées de circulation. On le définira par l'alliage de deux composants (rappelant celles de l'hypermédia) qui définissent le "cadre narratif formel". le programme et le spect-acteur. n'est-ce pas le contraire de l'altérité ? Oui. etc. C . La variété des supports. auto et métacommunication. qu'ici. externe. Si l'on suit ce schéma. autonomie et dépendance. dans le cadre préconçu des propositions déposées dans les programmes qui gèrent l'interactivité. C'est-à-dire à l'activité d'un spect-acteur qui. dans les récits à cadre formel fixe. collaboration certes non symétrique (l'activation d'un récit interactif. recherche d'ouverture telle que le cliquage exploratoire. des séquences moléculaires compactes. on détermine les chemins possibles qui relient ces événements moléculaires et que l'interactant actualise librement. producteur de scènes imaginaires. il s'agit donc d'un jeu à trois personnages : le concepteur. rappelons-le. alors. (Roland Barthes. dédoublé dans le récit. d'appropriation et d'interprétation des récits. Ce dont il ne peut s'agir ici. le deuxième type d'altérité. Ici. ils ne peuvent être découpés par les actions de l'interactant : séquences sonores. se prend comme sujet de questionnement. on retrouve alors. deuxième composant. loin s'en faut. il leur appartient de les systématiser. à la différence des supports formellement transparents (livre) ou à déroulement temporel fixe (film). c'est-à-dire au cheminement d'un sujet qui parcourt et s'approprie la narration. L'inachèvement du roman et "l'ouverture" d'Umberto Eco La manière dont Umberto Eco présente L'île du jour d'avant est symptomatique d'un questionnement général. se concrétise une collaboration formelle du lecteur avec l'auteur. la coproduction est uniquement de nature imaginaire. le récit. On pourrait dire que l'ouverture d'espace de libertés par le concepteur permet la confrontation du spect-acteur avec lui-même. ici. dans Le plaisir du texte : "Bonheur de Proust : d'une lecture à l'autre. cet arrière-fond se manifeste. Entre ces deux pôles (les deux modalités d'altérité). ensemble clos formé par ces deux constituants. Bref. elle porte sur la configuration même du récit (l'enchaînement des scènes par exemple). . la lectacture fait osciller liberté et contrainte. exprimée par les codes d'interaction (interruption. "L'autocommunication". ne saurait se confondre avec sa conception). dans cette activité d'interprétation.de ceux qui ont en charge les politiques éducatives de commencer par reconnaître. Situation plus classique. réponse à une proposition de débranchement) renvoie à l'auto-communication. cela n'est pas. Les événements insécables forment le premier matériau. Car se prendre comme sujet de questionnement (vais-je ouvrir cette porte?) est toujours négocié en référence à une intentionnalité déjà installée (celle du concepteur). au sens fort du terme. et ensuite. À cet instant. déclencheur d'association d'idées. Constitués par l'ensemble des segments inaltérables. si on la conçoit comme une auto-référence absolue. les pratiques du "home multimédia" comme condition actuelle de la citoyenneté . Cette appropriation transforme le cadre narratif en moteur herméneutique individuel ouvert. Le cadre narratif formel. laquelle se déploie dans l'ensemble du cadre narratif formel installé. représente le pôle opposé à l'actualisation. Avec le graphe de navigation. images chaînées dans un ordre toujours identique.

potentiellement. comme tout roman. On ne s'étonne pas que le doute flotte une fois le livre refermé . Les deux premiers sont volontaires. échangeant ainsi leurs positions respectives. s'exécute à l'insu de l'interactant. mais en outre. pressent l'accélération d'une ubiquité technologique que de multiples systèmes (télévirtualité. etc. D'où une mise en scène des paradoxes de l'ubiquité dans ses liens à l'uchronie. se confond.) incarnent aujourd'hui. un choix explicite se présente entre plusieurs prolongements. communication par avatars interposés. lui aussi. Le procédé. par exemple. de plus. roman inachevé. dans un récit séquentiel. anime deux créatures romanesques : le narrateur. l'écrivain revient sur l'absence de dénouement du roman. tel que Woody Allen le scénarise. l'archéologue. Le récit pourrait. Mais c'est un film. que "son auteur utilise un langage plus neutre". il disparaît du tournage d'un autre film. pénétrer dans le jardin des Plantes ou bien longer la Seine. Mais un tel talent obéit à d'autres réquisits qu'un récit linéaire. Le moteur narratif du film fonctionne à plein rendement tant que le conflit entre la fiction (continuer à faire l'acteur) et l'incarnation (franchir l'écran pour retrouver la spectatrice) ne se dénoue pas. Évoquant les langages dans lesquels s'expriment ses deux créatures. que toutes les fictions interactives. redouble ainsi la trame interne du roman : "un roman que le narrateur n'arrive pas à construire et auquel collabore le personnage"[67]. Le troisième. que ces propos soient tenus par l'auteur de L'œuvre ouverte. le romancier en vient à dire. Le sémiologue construit un mécanisme narratif qui semble lui échapper. marionnettiste muet. formellement inachevé. était clivé entre sa fonction d'acteur cinématographique et son rôle d'amoureux réel. tel que l'écrivain le décrit. de manière prémonitoire -en 1964. lequel est doublé. à l'intérieur d'un roman -et ce n'est pas le premier à utiliser le procédé. Même s'il figure l'interactivité mieux.les pages de . dans une certaine mesure. dans La rose pourpre du Caire. Il n'est certes pas anodin. S'exprimant donc à propos de son roman. par ce qu'Umberto Eco appelle "son protagoniste" ou "son personnage". avec la vie réelle : on peut quitter le récit et s'incarner. Dépassant la controverse récurrente entre le double et le faux.dans le récit. il quitte son incarnation réelle et pratiquement. Le film scénarise. parlant du protagoniste. Et le récit de l'interactivité. Le récit s'interrompt et on doit. il ne fait que la représenter et non la réaliser. Dans le premier type d'interruption. en laissant le récit se faire tout seul"[66]. Le romancier. Le deuxième type d'interruption exige l'exploration "aveugle" de la scène pour rechercher une zone active. diégétique. On y perdrait l'enchaînement temporel qui porte l'histoire.certains matériaux pour apprécier la future interactivité informatique étaient déjà rassemblés[65].induit par ce qu'on pourrait appeler une subjectivité interactive. La vie fictive. dans le récit. où. sans doute. lui aussi. donc si l'acteur sort du film. au sens où le moteur narratif installé continue à tourner dans l'esprit des lecteurs bien après que le livre est refermé[68]. Umberto Eco réédite. Si on clique sur un agenda dans la mallette ouverte -alors que rien ne signale que cet objet est "actif". parce qu'aucune réponse ne vient dénouer l'intrigue.ce que Woody Allen avait fait. "Cette fois. il souligne que sa structure est bien celle d'un moteur de construction du récit qui fonctionne à l'intérieur même de l'histoire. ici. ne pas se terminer. masqué. conçu un mécanisme interactif interne au récit filmique. soit d'avance disqualifié. "La rose pourpre du Caire" ou le récit séquentiel de l'interactivité Le réalisateur new-yorkais avait. et de ce fait ne cessait de franchir la barrière physique de l'écran. Une scénographie à trois acteurs principaux est installée. Le réalisme nécessaire du film interdit qu'un personnage soit simultanément à deux endroits. Trois modalités de circulation interactive dans les récits On peut distinguer trois types d'interruptions dans la trame d'un récit. au cinéma. c'est-à-dire le génie propre du metteur en scène. l'interactivité (entre la spectatrice et l'acteur dans l'écran) et. Son personnage principal. Cela n'implique pas qu'un autre type de talent fondé sur l'installation de moteur narratif et de cadre scénographique appelant le spect-acteur à s'inscrire -cette fois-ci formellement. ne pourrait pas être traduit en récit interactif. je n'avais pas de plan global ni de final : j'ai inventé chapitre par chapitre. c'est-à-dire un spectacle dont la durée est déposée une fois pour toute sur la pellicule.

Le début est une page quelconque générée à un moment T. les . est une forme d'insignifiance qui menace la narration interactive sous les espèces d'un destin opaque orientant le futur. Une sorte de méta-récit viendrait doubler le récit et gratifierait l'interactant d'une trace signifiante de son passage dans le réseau narratif. ni fin. donc une modification des chapitres et une redéfinition des séquences"[72].. Suggérons que l'enregistrement de ces marquages successifs pourrait se concrétiser dans la formation d'un "caractère". par ailleurs. aléatoire ou anecdotique aux yeux de l'interactant.est aveugle pour l'interactant[70].. si on retient l'idée d'une mémorisation signifiante du passage dans le réseau narratif. dans certains cas. c'est-à-dire des articulations de pages et de chapitres. Ce principe de production de texte interdit toute relecture (sauf à les imprimer. Elle oriente les choix ultérieurs proposés sans apparaître explicitement à ses yeux. (L'anecdote. il génère des pages dans ces chapitres. Mais la variable comportementale -dans Sale temps ainsi que...l'agenda s'affichent. les textes engendrés). ces pages concernant les mêmes thèmes que ceux des chapitres mais traités de façon différente . ce qui pervertit le principe littéraire) car chaque lecture nouvelle supprime des pages et les substitue par d'autres. passionnel. d'offrir à l'interactant l'accès à ce miroir comportemental. mais aussi sans relecture possible (sauf à fixer. Celui-ci est doublement inachevé : sans début ni fin. Jean-Pierre Balpe évite le "cadre narratif formel" en proposant le concept de "littérature générative".les mots. Il serait judicieux. ce thème pouvant concerner l'un ou l'autre des héros dont la présence est virtuelle dans l'ensemble de l'œuvre ou des textes non précisément attribués . c'est-à-dire qu'il ne puisse relier ce qui arrive à ses choix antérieurs. La littérature générative Les propositions de Jean-Pierre Balpe tentent d'échapper à une problématique restreinte de l'interactivité. comment éviter des typologies psychologiques réductrices et comment rendre compte de la complexité des déterminations qui président à des choix effectués ? La suggestion d'une trace signifiante qui s'inscrirait progressivement ne lève évidemment pas.on ne peut engendrer deux fois la même page. de manière totalement erratique). ces écueils. mécaniquement. particulièrement élaboré avec Le roman inachevé. Pages. Comme dans la vie. par impression. le générateur construit des séquences. Seule la sagacité des concepteurs peut les éviter et donner alors consistance à une histoire démultipliée en autant de variantes fertiles que de parcours singuliers. Enfin. Elle n'est peut-être pas la première lue. Mais. dans la quasi-totalité des récits interactifs. "Le générateur fonctionne sur trois articulations principales : d'une part. Les pages étant elles-mêmes composées automatiquement par le logiciel générateur -et non pas puisées dans une base de données déjà constituée. les différentes lectures accomplies par différents lecteurs ? C'est ce que Jean-Pierre Balpe nomme "le projet romanesque" (et qu'on pourrait nommer "cadre narratif non formel") : ". (Le CD-Rom Sale temps est construit selon cette dernière logique[69]). le programme peut recueillir des indices comportementaux qui infléchiront le déroulement futur du récit. jusqu'à présent. À nous de trouver la zone cliquable qui nous fournira des indications plus précises sur l'emploi du temps du possesseur du calepin.. à l'insu de l'interactant. d'autre part. Plus question d'offrir au lecteur un espace de choix dans un réseau de chemins déjà balisés. intuitif de son personnage et la suite de l'histoire traduira ce marquage.. les décisions prises expriment la subjectivité et conditionnent le déroulement ultérieur des événements. lorsqu'elle influe de manière décisive sur le cours du récit.puisque toute action du lecteur provoque la génération de nouvelles pages. chapitres et séquences sont toujours à lecture unique. mais plutôt de lui proposer des textes produits par un générateur littéraire[71]. l'histoire actualisée apparaisse incohérente. Méta-écriture et méta-lecture : un couple logique L'auto-génération littéraire altère radicalement l'idée de finitude du roman.. Le risque existe qu'en l'absence de tels renvois. Si le spectacteur a choisi de s'intéresser à Marguerite. il génère des chapitres sur un thème. afin qu'il puisse interpréter la chaîne des événements qu'il a "vécus". Qu'est ce qui rassemble. Ce roman n'a ni début.. une variable augmentera le cœfficient amoureux. néanmoins. enfin.

affirment. d'une tournure syntaxique préfigure et détermine l'ensemble de l'œuvre. insistent sur l'étrange alchimie qui transforme l'auteur en co-producteur du texte. mais qui assure une tension par l'incertitude de ce qui va advenir. chaque lecteur lira une histoire différente mais tous retrouveront ce monde"[73]. L'indétermination de la suite. est de nature "fractale". en revanche. Chaque mot "contiendrait" l'intégralité du texte de la même manière qu'un détail d'une fractale contient l'ensemble des formes dont il n'est qu'une infime partie. Quelques autres. les principes fondateurs. n'est-ce pas une position quelque peu paradoxale. dans le roman interactif classique. Queneau. Ainsi. affirmant et niant simultanément l'intérêt de la trame narrative ? Mais sans doute aussi le lecteur demeure-t-il un destinataire du système génératif. en effet. Ces incomplétudes. C'est un retour de manivelle logique. Nombre d'écrivains. Comment. il est question. Jean-Pierre Balpe sélectionne une certaine représentation de l'écriture et délaisse. à l'opposé de la littérature purement aléatoire. le programme textuel s'inscrit dans des horizons de sens déterminés. évite. et ceci pour trois raisons. si c'est nous qui prescrivons sa conduite ? Jean. Avec le générateur textuel. Comment se projeter dans un récit qui n'est ni le mien. Selon lui. bref se bricoler. le lecteur demeure à la fois le déclencheur indispensable et le destinataire explicitement souhaité. car dans le principe génératif. de manière originale. à la limite. Cette conception déterministe de l'écriture pose problème en ce qu'elle pourrait faire penser que l'auteur détient totalement son texte avant de l'écrire. Récit interactif et intensité dramatique Dans la posture interactive classique. fondamentalement.).avec la dynamique propre qu'il a installée. bien sûr. de fortes contraintes de consistance situationnelle : il s'agit bien de s'adresser à un lecteur culturellement déterminé. contribuent à la dramaturgie romanesque. Bref. être surpris par le comportement d'un personnage. une "théorie" du récit. sa lecture s'efforçant en permanence de le rattraper. le déclenchement d'une composition romanesque. conscient des difficultés. l'inscription du lectacteur fait problème. sans lecteur si le programme pouvait se déclencher seul : est-ce finalement la proposition ? Le désinvestissement du texte au profit d'un procédé génératif opaque. etc. qu'un dispositif de métaécriture (tel est bien le statut de la génération littéraire qui institue non pas une histoire mais une puissance de fabrication d'histoires) suscite une posture de méta-lecture. en effet. le texte pourrait s'engendrer sans déclencheur humain . Non pas intentionnellement. la littérature classique. tenter de repérer les invariants (et qu'on puisse les identifier ou pas. à la limite. avec ce qu'elle possède d'indécision et d'ouverture. la lecture nous confronte à une altérité. (En supposant que le texte linéaire est toujours pleinement maîtrisé par son auteur. en alliance -ou en confrontation. déposées par l'auteur du roman classique. la dimension auto-générative de la production littéraire classique). La générativité immédiate des textes est. puissance de formation d'une multiplicité de récits selon les choix de l'interactant. car la composition du récit dans une histoire classique repose sur une construction subjective. Jean-Pierre Balpe rejette l'interactivité en ce qu'elle risquerait de gommer la frontière entre auteur et lecteur. mais pratiquement néanmoins. peut-être. En amont. que chaque mot appelle nécessairement le suivant et que chaque phrase détermine celle qui lui succède. peu importe). on l'a vu. dadaïsme. d'inquiéter les habitudes littéraires du lecteur en s'inscrivant. avec son générateur textuel. le moment du choix. est bien au rendez-vous. à chaque reprise. finalement. au sens où le choix d'un mot.Pierre Balpe. fortement revendiquée par l'auteur. Enfin en aval.concepts correspondent au monde que j'ai voulu créer. dans une filiation notoire (Mallarmé. Mais ira-t-il au-delà de quelques pages dans un roman qu'il sait n'avoir pas de fin ? Une littérature de flux qui s'afficherait. Il s'ensuit que ce type de dispositif suscite ce qu'on pourrait appeler une méta-lecture : rechercher dans les séries de rééditions. qu'il qualifie. surréalisme. toujours averti de la disparition d'une intentionnalité directe. bien qu'étranger à l'interactivité. participe néanmoins d'une démarche où le lecteur provoque la formation du récit. tel Umberto Eco. telle est bien la marque que le récit nous échappe. d'anecdotique[74]. ni totalement celui d'un autre ? L'entre-deux dissout l'intensité dramatique. respectant. en revanche. et. lira les émissions textuelles comme des épreuves quasi anonymes avec pour seule ambition de détecter si la cohérence narrative. Le lecteur. . un principe alternatif à l'interactivité qui suppose d'écrire à l'avance un méta-récit.

d'un cadre sémantique.t. Resnais avait. des lucarnes dans la boîte noire. incontestable. etc. No smoking est.Avec la littérature générative. passé les premiers retours. en partie aléatoire. à la composition du roman et qui lui permettrait d'investir plus fortement le texte ? D'ouvrir.ne saurait laisser entendre que le lecteur deviendrait coauteur. une illustration de cette recherche de bifurcations -au sens de la théorie des catastrophes. sorte de matrice primitive où sont engendrés tous les récits. au point même de faire jouer tous les personnages par les deux mêmes acteurs. alors que la machinerie scénographique demeure prisonnière de ces répétitions[76]. lire un quotidien et non pas un magazine. Modalités narratives. auquel on demanderait de complexifier son dispositif. lui aussi. La perspective de Jean-Pierre Balpe est au fond assez différente : les modifications de détails n'engagent pas des bifurcations irréversibles puisque l'auteur du logiciel textuel affirme la primauté du projet romanesque. c'est-à-dire l'installation d'un univers sensible. Non.dans des comportements quotidiens.matérialise l'horizon romanesque de l'auteur. tout juste interprète. leur donne un air de famille et constitue le style propre du roman. elle existe. et s'il ne s'était pas marié avec elle. dans une certaine mesure. pour que le lect-acteur oriente les scénographies relationnelles déposées.peut alors échoir aux options de détails (prendre un taxi plutôt qu'un autobus. ce ne sont pas les modifications de détails qui altèrent cette matrice. suggérer à Jean-Pierre Balpe d'offrir au lecteur une machine générative symétrique -et non pas interactive. que celle revendiquée par Jean-Pierre Balpe lequel s'attache à inventer une figure véritablement "ouverte" de production littéraire échappant à la téléologie d'un récit orienté et construit pour sa fin. Les deux films de Resnais sont d'ailleurs construits sur des reprises de bifurcations. bref tout ce qui n'engage pas une détermination psychologique forte d'un personnage). Mais le choix. Mais Smoking.il ? En quoi consiste le monde que l'auteur a "voulu créer" ? Se réduit-il aux mots et concepts ? N'est-il pas profondément lové dans le moteur informatique démiurge créé ? En effet l'ensemble des contraintes relationnelles agissant sur les "acteurs" (mots. Et c'est probablement. Finalement entre le "cadre narratif" de l'interactivité et le "projet romanesque" du roman poiëtique. disparu du champ de l'intention. théorie des catastrophes et théorie de la vie Si la composition du récit n'est plus l'objet d'un choix de la part du lecteur. Le film d'Alain Resnais. phrases) et décrivant les scénarios licites reliant ses "acteurs" -ce en quoi consiste la programmation du générateur littéraire. son monde propre -ce qui relie entre elles toutes les générations de textes. comme un horizon opaque ? Peut-il lire cette composition en lui affectant un sens alors que l'unicité de la production a disparu au profit d'une émission. Même s'il n'y a pas présélection par l'auteur d'un paysage d'arborescences. Mais sans doute s'agirait-il alors d'une autre forme de littérature. les lieux. L'idée de bifurcation contient la possibilité de la réversibilité : "et s'il ne fumait pas.". Cette situation de partenariat -inégal. En revanche.qui lui donnerait la possibilité de participer. est-elle fondamentale ? Pourrait-on. no smoking. alors la facture de la narration. Quel type d'altérité -et. par exemple)[75]. incontestablement. No smoking admet comme présupposé que les trajectoires de nos vies obéissent aux logiques des systèmes catastrophiques. en quelque sorte. ne s'est-il pas logé dans celui du mécanisme aveugle de composition du récit ? Le lecteur ne ressent-il pas ce mécanisme génératif aveugle. dans une autre perspective. la réédition permanente de ces itérations qui surcharge le procédé. L'édition du texte s'enchaîne sans qu'aucune action explicite ne soit exigée de la part du lecteur. Mais comment . puisque la machine de lecture envisagée devrait nécessairement être conçue par l'auteur. délimité son cadre narratif. dans la situation de construction générative de textes. puisqu'elle les précède dans la conception du programme générateur. la différence. leur sensibilité aux conditions initiales devenant ici des choix de détails : smoking. je vis encore quarante ans.rencontre. le lecteur n'a plus à choisir entre des développements proposés ou à cliquer sur tel ou tel mot. Mais les différentes vies du couple apparaissaient comme un pur effet du hasard : pile je meurs. Smoking. d'ouvrir un espace d'itération en distribuant au lecteur une certaine autonomie dans le mode de production du texte (influer sur les caractères. les relations entre personnages. sa conception du monde romanesque légitime (ce que peuvent faire ou ne pas faire les acteurs humains et non humains dans le roman) est néanmoins décrite dans ces choix de contraintes relationnelles. par ailleurs. concepts. face.

Dans cette perspective. la "vie artificielle" offre. d'une part. La situation de lecture provoquée par ce programme qui produit ces rééditions de fragments s'approcherait ainsi de l'indétermination propre à la vraie vie . non plus. les structures invisibles de l'action collective). moins interventionniste. ni position de contrôle opérationnel de l'évolution artificiellement déclenchée. Il ne s'agit même plus de cognition. mais bien d'imiter le mouvement vital (ou certains de ses aspects) par d'autres moyens que la biologie. de supposer une capacité de prédiction de l'évolution du système ainsi engendré. je le connais. plus observatrice et accueillante à l'inédit. Il ne s'agit pas d'intervenir pour orienter. sans programmation intentionnelle directe. lesquels sont dotés de compétences simples. ces expériences permettent d'observer les dynamiques engendrées par les lois qui définissent ces univers. (Mais. le langage. ceux-ci coopèrent. de l'autre ? C'est sans doute cette difficile confrontation qui passionne le génér. D'où la dénomination de "vie artificielle". mais d'observation des conséquences du développement artificiel d'un processus mimant la vie. d'agents à la fois indépendants et en interaction. X dépend de la personne qui le lit. ce qui est la problématique commune des créateurs de moteurs génératifs. nul besoin d'invoquer un processus aveugle. des théories de la "vie artificielle". compléter les processus biologiques. Nulle obligation. installant le dispositif. Roman génératif et "vie artificielle" La démarche générative s'apparente quasi explicitement à la logique de la vie artificielle. Ni soumission à des processus "objectifs" extra-humains (l'évolution. de fait. cher aux structuralistes des années soixante. du moment. une position de compromis intéressante. Dans certaines conditions. etc. Pour situer la position du sujet humain dans le cadre de ces expériences. dans cet horizon de recherche. dans la conception classique du "cadre narratif formel". avec ses espaces d'ouverture et de contrainte ? Ou alors. Pour les tenants de cette conception exploratoire. outre ces visées éventuellement opérationnelles. On a perdu en chemin l'opérationalité et l'intentionnalité au profit d'une attitude expérimentale. mais on ne connaît pas la même chose de lui. ainsi que Jean-Pierre Balpe le laisse plutôt entendre. et chaque lecture de M. Ils stabilisent alors parfois des situations d'équilibre.X.est d'arriver à terme à un échange suffisant de paramètres pour que de nouveaux romans absolument originaux émergent de l'espace et vivent leur vie autonome"[78]. rappelons-le. "sans sujet ni objet". aléatoire et adaptative. c'est un peu l'image de la vie : vous connaissez M. mais ceci est une autre question[79]). la discussion ne porte donc plus sur les limites des modèles de simulation mais sur la possibilité d'expérimenter des phénomènes quasi génétiques. En effet. voire résolvent des problèmes. On rappelle que. c'est la vraie vie qui est recherchée comme modèle. Jean-Pierre Balpe propose l'analogie suivante : "Pour moi. les rapprochant par certains aspects. et toutes ces lectures dépendent du temps.est loin d'être évident. le déterminisme n'est pas rejeté. sur le modèle des insectes sociaux. le concepteur de l'environnement installe un univers peuplé d'acteurs. par exemple. "computationnels" ? Que ces expériences parviennent à simuler la vie dans toutes ses dimensions -notamment sexuelle. une vie reflétée par la métaphore des théories du chaos. à chaque fois originales parce que inclus dans des "univers mobiles". et la revendication de l'installation d'un projet romanesque.que. et ceci de manière non téléologique. et non imitative.concilier l'affirmation d'une imagination artificielle déposée dans le générateur de textes qui reproduirait l'indétermination et les variations des perceptions individuelles face aux mêmes sujets."[77]. légitimement. il est inconnaissa- . peut-on mimer la créativité intrinsèque du vivant par des moyens totalement synthétiques. Mais. programmant les compétences des acteurs. la nature de leur collaboration future. en revanche. pourquoi doit-elle s'accommoder des cadres contraignants -le projet romanesque. à propos des rééditions de passages identiques dans des suites. L'expérimentateur. La suggestion consistant à déléguer au lecteur une influence sur le générateur textuel matérialiserait ce compromis entre une "vie artificielle" du texte et ce que l'interactivité véhicule d'intentionnalité. "Le but -écrit JeanPierre Balpe.auteur. Jean-Pierre Balpe revendique en tant qu'espace fictionnel ? Ce serait donc une vraie vie supervisée ? Comme la nôtre. contraindre. Mais si. institue. dans une autre perspective plus "duplicatrice". Ce processus est le plus souvent basé sur l'interaction d'un nombre important d'acteurs autonomes. au sens d'un projet d'appréhension et de transformation. de la "vie artificielle". en regard de cet antagonisme classique.

il s'agit bien de faire passer la littérature du stade de la représentation de la vie à celui de sa modélisation . c'est-à-dire comme puissances de productions de familles. Paris. pp. sinon en lui injectant des principes vitaux ? Mais sans que la créature puisse s'échapper (cadre romanesque aidant) : d'où un jeu entre dépossession et maîtrise (et peut-être même maîtrise au carré). par exemple.. Comment être surpris par ce qu'on a façonné. "L'art ne communique rien à personne" in Art et communication. sans doute ne faut-il pas prendre à la lettre ces propositions. La réédition inépuisable d'épisodes jetant les personnages dans des configurations scénaristiques toujours originales sont un peu à l'image des "possibles" non actualisés. Nul étonnement à constater que ces conceptions de la vie forment l'arrière-plan de ces différents mécanismes d'écriture. L'inhumain.cette dimension insensée propre aux œuvres majeures. L'idée d'une continuité causale. des versions de nos biographies et de celles de nos proches. de ces théories fictionnelles[80]. les vues convoyées par la littérature générative. à l'image des flots textuels produits sans relâche par le programme romanesque rassemblant les mêmes personnages dans les mêmes lieux. Le roman génératif se trouve en harmonie avec un mouvement culturel profond qui pousse les auteurs et artistes de l'univers numérique. une fois pour toutes). ni lesquels. des développements fantasmatiques jaillissant en variantes innombrables des moindres situations quotidiennes ainsi que des libertés qu'on s'accorde pour "réécrire". avec les mêmes objets mais selon des occurrences et des modalités relationnelles toujours inédites. Mais ces exceptions ne sont-elles pas métabolisées par quelques logiques assez fortes qui nous font interpréter justement ces événements comme des exceptions. a des effets ultérieurs mais nous ne pouvons savoir quand. selon lui. et c'est à mes yeux l'essentiel. Paris. [48] Marc Le Bot invoquait -à l'encontre de l'art numérique relevant. . 127/128. 141/144. de la manière dont nous avons construit nos biographies avec les matériaux du bord ? Que penser des inclinaisons par lesquelles nous avons inscrit nos trajets dans la multiplicité des possibilités théoriques. La littérature générative s'inscrit dans une perspective démiurgique de jeux avec l'autonomie relative des créatures engendrées par les moteurs. Et.Pierre Balpe (dispositifs générateurs et fragments produits) sont de véritables œuvres littéraires. vue comme une trame symptomatique. La simulation de l'autre. de tribus. pp. non plus aménager une scène indéformable mais installer un micro-monde doté de lois comportementales où les acteurs peuvent vivre leurs vies (et pas forcément celle que l'auteur a envisagée pour eux. CNET. pp. in Réseaux n°33. Finalement. Explorant des espaces et des constructions fictionnels. de trames principales ou de structures psychologiques n'a alors plus de sens. approche de l'interactivité informatique. (tout aussi bien que les game designers des nouvelles générations de jeux vidéos[81]). [50] Voir Seymour Papert. Mais. Sous cet angle aussi. Paris.Ordinateur et apprentissage. 1981. ou de manière différente par le film de Resnais. Flammarion. les travaux de Jean. Galilée. Paris. [49] Voir notre article. à créer des œuvres directement comme méta-œuvres. 1986. s'il n'arrive pas au bon moment. dont on se plaît à penser qu'elle nous guette à tout moment au coin de la rue.) et par l'incitation qu'elles déploient à interroger la structure apparemment linéaire de nos histoires et de leurs rétentions mémorielles. éd. à la limite. Le jaillissement de l'esprit . Tout ce que nous faisons. par l'écart qu'ils manifestent avec la structure temporelle orientée de la vie (le temps qui passe. de ce qui est indéformable dans notre rapport au monde. Que je prenne ou pas le stylo sur mon bureau. la proposition générative alimente l'affirmation d'une ouverture à l'aventure. jusqu'au geste le plus insignifiant. de notre façon particulière de répéter les mêmes erreurs ? Sans même aller jusqu'à invoquer l'idée d'un gouvernail inconscient. sont anti-psychologiques au sens banal du terme. peut-être.. [47] Jean-François Lyotard. de l'idéologie communicationnelle. Voir. cela peut-il influer notablement sur la date de ma mort ? Jouons-nous notre avenir dans les hasards de la vie quotidienne ? Exceptionnellement. ces mécanismes d'écriture n'ont pas pour ambition de devenir des traités de psychologie.ble. de sociétés d'œuvres auto-matiques (littéralement : qui sont cause de leur propre mouvement). Osiris. janvier 1989. Parallèlement. 1988. nous émancipant de l'inertie des habitudes prises. 73/109. le lecteur. sans fin. où. ne percevra pas l'essentiel de ce qui se trame entre les personnages. Comment rendre compte de ces logiques.

Carnet 5. 1995. Nemo ne s'adresse pas au grand public. p. lequel bloque l'affichage des bandeaux publicitaires.A. conçu par la société Arkaos pour Jean. Cette catégorie visait des propositions fondées. conçu par la société Trivium.[51] Intervention orale aux Rencontres de l'Association des Auteurs du Multimédia. installation présentée à la Revue virtuelle. Notre option pour des "savoirs médians" ne recouvre pas exactement cette confrontation. lesquels comportements peuvent être puisés et combinés dans une bibliothèque étendue. [57] Karl Sims. programmation) vers les langages applicatifs et les pratiques généralisées du couper/coller/relier/créer. Centre Georges Pompidou. [52] Ces aspects ont été développés par Patrick Delmas lors d'une communication orale au séminaire du G. [65] On se rappelle qu'Umberto Eco avait proposé le concept "d'œuvre en mouvement" pour caractériser des "œuvres ouvertes" particulières. [63] Par exemple. Les touches du clavier commandent l'affichage d'images que l'on peut déformer en utilisant des effets spéciaux et dont on peut régler le rythme. L'Internaute construit ainsi un paysage graphique de données. sur "Interactivité et Simulation" (Centre Georges Pompidou. [60] Le logiciel Umap Web. des scènes en attachant des comportements à des objets. cet outil démocratise incontestablement l'image 3D. Voir aussi l'excellent commentaire que Pierre Lévy fait de la musique techno dans Cyberculture. dans les années soixante. soi dit en passant. non sans lorgner sur la surface publicitaire ainsi créée par la multiplication des sites hébergés. in Revue Virtuelle. Mais les "œuvres en mouvement" invitent. à l'écran.). [62] De tels services existent depuis des années aux États-Unis. Bien sûr. on peut animer directement et interactivement. Ce qui. 1998. visage ou monument). miroir explicite de ses inclinations. la querelle qui avait enflammé le milieu de l'informatique éducative dans les années quatre-vingt. [61] Parmi les récentes annonces. Bry sur Marne. Odile Jacob. en outre. Bernard Stiegler développe une argumentation similaire balançant la puissance des industries mondiales du "broadcast numérique" par le traitement local des images : la "house vidéo" qui devrait conduire à "un changement profond de l'attitude comportementale du consommateur". Saint. n'est pas du tout du goût des aficionados. nov. mars 1993. En France. à faire l'œuvre avec l'auteur. 1997. offre aux utilisateurs un environnement pour "jouer" de l'ordinateur sur sa musique. le CD-Rom Odyssey. la société Virtools propose aux designers de jeux vidéos un logiciel interactif 3D "temps réel" -Nemopermettant de s'affranchir de la programmation informatique. 4/03/93. car son interprétation/perception suppose une collaboration "axiologique et théorétique". p.R. 43. (Actes d'Imagina 98. 19 juin 1997. Qu'est que le virtuel ?. Images génétiques.. lesquels ont réagi en proposant un programme à intégrer aux pages Web. écrivait-il. Paris. Centre Georges Pompidou. Celui-ci produit une image tridimensionnelle à partir de quelques photographies d'un même objet (meuble.Denis. Strasbourg les 8/10 avril 1998.Michel Jarre.C. [54] Lors d'un séminaire à l'I. lippe Aigrain avait développé un point de vue voisin. mais tout porte à croire que des versions simplifiées permettront aux passionnés de fabriquer bientôt leurs propres jeux. [53] Frédéric Dajez a développé ces questions lors du "Salon de discussion multimédia de Paris XIII". 18 mai 1998.A. [59] Dans son introduction au catalogue d'Imagina 98. la société Multimania ainsi que le moteur de recherche Lycos proposent gratuitement ces instruments. p. tout en mettant l'accent sur la diffusion des outils intermédiaires de création qui déplacent les savoirs requis. cartographie les proximités entre les thèmes consultés au fur et à mesure de la navigation dans des pages Web. nous relevons le logiciel ingénieux mis au point par la société Realiz. Université Paris XIII. entre les partisans d'un large enseignement des principes de la programmation (ce qu'assumait LOGO. Dans le même ordre d'idées. Phi- . 168/172. sur des technologies opto-mécaniques (travaux picturaux de B. etc. pp. sous certains aspects seulement. novembre-décembre 1994. Avec Nemo.O.. INA.C. 5). Visant dans un premier temps des usages professionnels. UFR des Sciences de l'Éducation.R.M. Toute œuvre est ouverte. de l'informatique classique (algorithmique. Le logiciel Xpose LT commercialisé par Arkaos permettra à ses acquéreurs de "jouer" leurs propres images sur des musiques de leur choix [64] On retrouve. La Découverte. [55] Installation présentée à Artifices 3. Elle retient le côté "productif" des premiers.E. Ses concepteurs envisagent de l'associer aux logiciels de retouche livrés avec les appareils de photographie numérique. par exemple. et à titre d'exemple. Université Paris XIII. [58] Pierre Lévy. 20/02/1988). simulation. comme on joue d'un instrument. [56] Genetic Images. 6. notamment) et ceux qui optaient pour les usages pédagogiques de l'informatique (E.

Paris. de proposer des modèles réalistes.Aux frontières du virtuel.). mars 1997. Chacun des quatre actes possède quatre versions qui expriment quatre attitudes typiques face à la corruption (le sujet de la fiction). [66] Umberto Eco. Balzac. cit. signifiants. "Balzac interactif ou la virtualisation du sens" et Jocelyn Maixent. 29.. même si on peut aussi y lire. [71] Dans le roman Prière de meurtres. Fiche signalétique de Romans (Roman)..58. Les dimensions ludiques ou expérimentales des rapports avec les moteurs narratifs forment une strate autonome. [80] Il ne s'agit pas forcément. les quatre attitudes se traduisent par quatre scénarios. Jacky Chiffot et Gilles Armanetti. 71/100.R. n° 115. [67] Umberto Eco. II. in Littérature n°96. elle aussi. n°64. Langages en perspective. CD-Rom édité par Microfolies.aux individualistes mous considérant les infractions à la loi comme le fait d'individus malfaisants. p. Philippe Goujon. Saint-Denis. interview parue dans Le Monde. 16/02/1996. [68] La littérature "classique" recèle. 50/51. ce jeu démiurgique. Le public choisit. de somptueuses archéologies du récit interactif. dans le catalogue de l'exposition Artifices 4. il ne s'agira toujours pas d'interactivité. la générativité se combine à une certaine interactivité. Les propos de JeanPierre Balpe élargissent considérablement la notion d'interactivité mentionnée dans le titre de l'article. Des durs -définis comme rejetant "le système pourri". p.. par exemple. du côté des auteurs comme du public. si toutefois on définit l'interactivité par la circulation dans un méta-récit déjà constitué. par votes téléphoniques majoritaires. N. cit. Il sera cependant.interactive produite par Canal+. Il s'agit là d'une interactivité quelque peu brouillée (et sans doute volontairement). [78] Jean-Pierre Balpe. n° 10. La rose pourpre du Caire présente un puissant modèle de progression du récit : le personnage qui interagit avec la spectatrice du film augmente la complexité du récit par rétroaction sur son cours... 73. Le lecteur choisit une période dans la durée linéaire du récit. "Les limites de la vie artificielle <<forte>>". 1994. une appétence pour l'interaction s'exprimait déjà. certains tropismes dominants. intéressant d'observer ce que l'usage élargi du générateur induira quant à l'évolution future de la proposition. [76] Sur un plan strictement cinématographique. loc.E. mais son "atmosphère". dans la mesure où les effets du choix ne sont pas. in Raison Présente "Autour du chaos". ni de mettre obligatoirement en scène leurs "conceptions de monde". appétence que l'interactivité informatique viendra naturellement radicaliser dans la décennie suivante. non pas le déroulement du récit. de Fontenay/Saint. in La voix du regard . Voir Christèle Couleau. quatre éclairages subjectifs sur le même scénario général. la bifurcation comme modèle du choix révèle ses limites. La revue La voix du regard a publié deux passionnants articles décryptant les stratagèmes qui perturbent la linéarité de la narration chez Diderot. . [79] L'obstacle principal pour une telle simulation "totale" résulte de la réduction fonctionnaliste opérée par le programme de la vie artificielle "forte" qui identifie sa représentation "computationnelle" à la dynamique de la vie.. l'animation automatique de micro-mondes relationnels renforce souvent. est une sorte de balbutiement de ce que pourrait être le marquage d'un caractère. agit-prop). [73] Le nouveau roman sera interactif. 1995. Ici. interview dans Le Monde des livres. L'Affaire. énoncés d'une pluralité de lignes de poursuites possibles. Bien qu'à mon sens on ne puisse caractériser ces œuvres d'<<interactives>>. [74] Interview publiée dans Multimédia : l'écriture interactive. Mais le titre de l'article est un contresens commis par le journaliste. Un roman inachevé. Voir. comme dans toute fiction. [77] Op. ignorant alors l'infinie complexité de la matière vivante. pour les auteurs. 1996. E. [70] La fiction -faiblement. Bien plus qu'une simple bifurcation.Cloud. en tant que tels.S.N. p. du générateur littéraire. p. de Franck Dufour. Larousse. nov/déc 1995. électro-acoustiques (intervention à caractère combinatoire dans l'audition des œuvres musicales de Henri Pousseur) ou encore plus directement sociales (Living Theater. Kundera et les romans virtuels : le récit des mondes possibles". pp. [72] Jean-Pierre Balpe. en regard des fictions sur supports stables. [75] Avec le téléchargement prévu. Paris. pp. éd. [69] Les exemples qui suivent sont tirés du roman-photo interactif Sale temps. qu'on ne saurait réduire à des motivations sous-jacentes. ou Kundera (inclusion du lecteur auquel on soumet une multiplicité d'interprétations d'une situation donnée. En revanche. via Internet. p. "Diderot. mais le texte obtenu est à chaque fois différent. 25 et 26 février 1996.Munari). 59. Dossiers de l'audiovisuel.

puis-je faire de cet autre. etc. Comme dans la vraie vie ? . Le joueur devient un ethnonologue . contrainte et liberté. il se branche sur un monde qui vit indépendamment de sa présence. De plus. Le joueur doit comprendre les logiques comportementales qui animent ces agents : celui-ci deviendra-t-il un ennemi. la manière avec laquelle il les abordera les personnages influera sur leurs comportements. combinant. un allié. là encore.[81] Une société d'acteurs virtuels avec lesquels il va falloir nouer des relations si on veut atteindre un objectif : telle est la scénographie générale de ces jeux. à charge pour lui d'infléchir dans un sens favorable les opportunités qui se présentent.

ce travail de "phénoménologie appliquée". "Le cinéma lui-même est une nouvelle pratique des images et des signes. la dernière phrase du livre est un appel à "constituer les concepts du cinéma"[86]. encadrées par le travail fondateur de Husserl et développées notamment. en tentant de spécifier le régime perceptif singulier qu'engagent et qu'expriment les représentations contemporaines. par Maurice Merleau-Ponty dans un sens qui préfigurait la Téléprésence technique actuelle[88]. conscience réfléchie. Elles les traduisent. les mouvements abstraits latents à l'œuvre dans la perception en général.Chapitre VI Commentaires sur l'image actée. unicité relative. car la perception humaine est toujours informée et infléchie par les technologies qui la baignent[90].) des opérations corporelles et mentales. le philosophe adosse fortement sa construction aux travaux d'Henri Bergson. dans des travaux antérieurs[89]. à leur manière -c'est-à-dire sans les transcrire mécaniquement. Une observation fondamentale fait pressentir qu'une appropriation du dispositif analytique construit par Deleuze à propos du cinéma pourrait être fructueuse dans cette perspective. pour une part importante. Dans quelle mesure la démarche de Deleuze peut-elle nous aider à faire surgir ces concepts ? J'ai le sentiment qu'œuvre dans "L'image-temps" un mode de questionnement partiellement transférable à l'univers des images actées. en particulier. reproductibilité) et celles de l'objet (consistance. modalités dont j'ai tenté de montrer qu'elles constituent leur essence[82]. dont la philosophie doit faire la théorie comme pratique conceptuelle"[85] et. propriétés physiques. En synthétisant les perceptions "naturelles" et en inventant de nouveaux dispositifs perceptifs. j'avais tenté de mettre à profit les conceptions bergsoniennes pour montrer comment le stade virtuel de l'image réalise. En effet. connexes à celle-ci et peut-être plus essentielles. opérationalité. Contribuer à faire émerger les concepts propres de l'image actée. d'une autre manière. indépendance). faudra-t-il montrer en quoi le défrichage berg- . c'est-à-dire en abstrayant les concepts (tels que souvenir pur et inscrit. à la fois comme champ expérimental et comme validation de la conceptualisation proposée. les laboratoires de la Téléprésence. L'image-temps [84]m'intéresse en ce qu'elle rencontre cette problématique des rapports image-objet. images actées si on désigne ainsi les images numériques appelées à être chaînées avec et par des actes[83]. Celle-ci tente toujours de fonder ses interprétations en élucidant les phénomènes perceptifs concrets. sur la psychopathologie de l'aphasie. quant à la vision. prolonge et illustre la théorie bergsonienne de la constitution du temps. que je propose de dénommer. Rappelons que Bergson dans Matière et mémoire. Ces travaux sur les rapports entre mémoire et perception offrent un cadre privilégié pour développer une théorie des images actées virtuelles. de la mémoire et donc du temps chez Bergson. C'est la raison pour laquelle.les mouvements latents à l'œuvre dans la perception. J'ai fréquemment dénommé ces entités composites par le vocable image-objet en focalisant l'analyse sur les modalités dites interactives de leur fréquentation. franchissement de degrés qui amenuisent les distinctions entre les qualités de l'image (faible matérialité. telle pourrait être la visée de cet essai. elles les transforment tout aussi bien. Autonomisation veut dire ici. Deleuze ira même jusqu'à évoquer "le bergsonisme profond du cinéma en général"[87]. notions qui fondent la théorie de la perception. et ce faisant. poursuivent. à partir de L'image-temps de Gilles Deleuze L'univers des images numériques étend son emprise en accélérant le mouvement d'autonomisation de l'image. Deleuze aborde le cinéma avec le souci d'en faire une théorie philosophique. La mobilisation de ces analyses s'agence assez bien avec le souci de saisir la perception dans ses dimensions aussi bien expérimentales qu'abstraites. L'essentiel de l'appareillage conceptuel construit dans les deux tomes consacrés au cinéma.. Je souhaite y revenir. et dans la perception visuelle. Aussi. Cette direction s'éclaire si l'on admet que les technologies de perception actualisent. après la photographie et le cinéma. par un autre biais. s'appuie. j'avais déjà tenté d'exploiter ces conceptions de la vision pour analyser les nouveaux cadres de vision/action engendrés par l'informatique. conquête progressive de l'espace qui sépare l'image de l'objet. Elle suscite mon attention pour d'autres raisons.. de manière significative. Les concepts centraux d'<<image-mouvement>> et d'<<image-temps>> sont élaborés à partir des notions de prolongement sensori-moteurs exprimés (ou inhibés dans le cas de l'image-temps). mobilité. L'analyse bergsonienne de la perception dans ses rapports à la temporalité prolonge les théories phénoménologiques du temps. Dans cette perspective. et surtout en les forgeant dans une perspective descriptive et explicative.

quelques agencements typiques tels que la croissance des formes de vie commune mêlant l'ici et l'ailleurs. Le philosophe affirme que la répétition intérieure "a pour véritable effet de décomposer d'abord. dans toutes ses dimensions.De Matière et mémoire au concept de cristal dans L'image-temps L'une des idées maîtresses du schéma bergsonien de la perception. par exemple. La répétition intérieure du mouvement qu'on souhaite apprendre. Ce schéma conditionne la conception bergsonienne du souvenir. modèle la représentation finale. ou bien. exposé dans son ouvrage Matière et mémoire[92]. Les exemples abondent : depuis la deuxième guerre. L'intellect et le corporel se font alors singulièrement écho. à l'évidence. par derrière. de marques politiques saillantes caractérisant des périodes historiques). sensible sur ses deux faces. On retrouve. on peut figurer le système de la reconnaissance perceptive par une sorte de membrane. Les organes des sens impriment. comme celui de 2001. qui sépare le règne de l'image-mouvement de celui de l'image-temps. Cette notion de "schème moteur" éveillé par les "images" extérieures. De même peut-on invoquer la mutation des figures de l'automate. la cœxistence de logiques temporelles hétérogènes dans l'espace public. Comprendre une langue nouvelle. office d'analyseurs de l'état du monde contemporain ? Mon ambition. est fondée. Et les "saisissements musculaires" provoqués par les images extérieures. concerne la place et la fonction du corps. la pratique des concepts en général n'ayant aucun privilège sur les autres. se situe à la frontière du corporel et du mental. c'est-à-dire des "sensations musculaires naissantes"[93]. c'est accorder ce schème moteur aux images acoustiques fournies par l'oreille : "coordonner les tendances motrices de la voix aux impressions de l'oreille. comme nous le verrons dans le chapitre suivant. Mais les enjeux proprement politiques d'une telle transformation me semblent encore difficiles à thématiser. assurent selon Bergson. sur le développement massif de la présence à distance comme modalité d'organisation sociale. qu'il appelle "autres concepts" (mais s'agit-il vraiment de concepts ou bien. La place centrale du corps est spécialement affirmée lorsqu'on apprend un mouvement physique. On comprend ainsi parfaitement comment ce qui se tient du côté de l'idée. plutôt. La perception n'y est plus considérée comme centripète (de la perception à l'idée) mais centrifuge. Il se sert du cinéma comme d'un instrument d'observation qui révélerait l'état du monde et inversement. qui va suivre. par devant. l'image d'un objet réel. il repère l'émergence des "concepts" du cinéma dans une mise en rapport avec ces autres signes cliniques. Deleuze précise sa visée à la fin du livre. mais "sur les concepts que le cinéma suscite et qui sont eux-mêmes en rapport avec d'autres concepts correspondant à d'autres pratiques. par projection extérieure d'une image activement conçue. Les centres d'images internes manifestent. permet de donner à chaque mouvement élémentaire son autonomie et assure sa solidarité aux autres. la jointure entre ces instances. ce serait perfectionner l'accompagnement moteur"[94]. du dictateur omnipotent de Metropolis symbolisant la montée des régimes totalitaires dérive vers l'automate cybernétique des sociétés de contrôle et de surveillance distribuée. ici. La perception est une prédiction mobilisant la mémoire. prédiction qui vient chercher dans l'épreuve réelle son ajustement à l'objet : voir. de faire surgir les concepts du cinéma dans un regard qui embrasse simultanément le cinéma et la vie. l'influence d'un objet virtuel. Selon l'auteur de Matière et mémoire. de recomposer ensuite. et pourquoi diffé- . L'audition de la parole met en branle un "schème moteur ". analogue à l'objet et qui vient épouser sa forme. que cache cette formule ? Il s'agit. Est-il envisageable que les concepts de l'image actée puissent faire. en fait. Non pas faire une théorie "sur" le cinéma. A . qui.sonien est-il essentiel à cette entreprise. de l'objet virtuel. Mettre en rapport les concepts du cinéma avec d'autres concepts. par exemple. Et Deleuze privilégie les dimensions proprement politiques. dans le contexte social de la téléinformatique. La proposition de "cristal présentiel". est mesurée. un pas de danse par exemple. pas plus qu'un objet n'en a sur les autres"[91]. c'est revoir et prévoir. Les schèmes virtuels offrent alors leurs mouvements à la réception des impressions d'origines externes. et de parler ainsi à l'intelligence du corps"[95]. Elle va de l'idée à la perception. cette fonction primordiale du corps dans la compréhension auditive du langage. aussi. et par conséquent du temps. Mon intuition se limite à marquer.

les systèmes dérivés de cet objet. car coupés . dès que les situations ne se prolongent plus en action..] suppose véritablement. Le souvenir spontané est d'emblée parfait.on fait retour à l'objet et on en extrait quelques traits spécifiques. (c'est-à-dire une image inséparable de l'action qu'elle montre). une réflexion. celle où l'image cesse de se prolonger en mouvement et cristallise dans une image bi-face. identique ou semblable à l'objet et qui vient se mouler sur ses contours"[96]. Bergson s'intéressera tout particulièrement au circuit le plus intérieur qui se forme lorsque les cercles de la mémoire se rétrécissent. dans le cinéma d'après-guerre. échappant à l'application volontaire. Deleuze exploitera la coalescence entre souvenir et perception dans une autre direction. ajoute Bergson. "Nous en recréons le détail et la couleur en y projetant des souvenirs plus ou moins lointains"[97].. Dans la perception. tantôt des détails concomitants pouvant contribuer à l'éclaircir"[99]. ajoute Deleuze. Ceux-ci sont eux-mêmes inscrits dans notre corps comme sensations.] le souvenir ainsi réduit s'enchâsse si bien dans la perception présente qu'on ne saurait dire où la perception finit. Dans la perception attentive. et virtuellement données avec l'objet lui-même"[100]. situées derrière l'objet.action. en revanche. Ce qui préside à la reconnaissance attentive. actuelle/virtuelle : l'imagetemps. indifférents aux enjeux de la scène. De l'image-mouvement à l'image-temps : le cristal Exploitant l'héritage bergsonien dans sa tentative d'élaborer les concepts philosophiques du cinéma.. Les cercles représentant la dilatation progressive de la mémoire sont couplés aux cercles qui traduisent les détails immédiats de l'objet et. ensuite. La reconnaissance attentive prolonge le souvenir appris. affection. À ce moment "[. Les personnages sont alors suspendus. en revanche. Alors que l'image-souvenir spontanée est aussi fidèle que capricieuse. il s'inscrit et enregistre les éléments constitutifs de notre existence avec leurs marquages spatio-temporels. De même dans la reconnaissance automatique (ou habituelle) : la perception se prolonge en mouvements d'usages.. Mais. le corps fabrique une "esquisse" de l'objet et pour donner chair à cette esquisse. Ces souvenirs sont affaiblis en regard des inscriptions spontanées précisément situées dans le temps et l'espace. au sens étymologique du mot. confrontés à de "pures situations optiques et sonores"[103].tantôt les détails de l'objet lui-même. Le souvenir appris par répétition. en diffère considérablement. tend à devenir indépendant. Mais ils sont plus mobiles. parce que la continuité entre perception et mouvements naissants est alors brisée. Aux plus hautes couches de la mémoire se rapportent des couches plus profondes de la réalité. bien que la neurophysiologie de la vision soit à peu près invariante depuis des dizaines de milliers d'années. Et le philosophe dévoile le mouvement essentiel de ce type de reconnaissance : "[.. la mémoire perd sa mobilité fantaisiste et se règle sur le détail des mouvements corporels[102].rentes cultures visuelles ont pu et peuvent exister. différents cercles de la mémoire enveloppent le premier circuit fermé qui tient en tension "l'objet O lui-même avec l'image consécutive qui vient le couvrir"[98]. telle est la chaîne caractéristique de l'image-mouvement. nous sollicitons nos souvenirs. Des schèmes sensori-moteurs se sont accumulés que la vue de l'objet suffit à déclencher.] toute perception attentive [. Des "souvenirs diminués" se forment par extraction de ces épreuves rééditées. Dans son travail sur le cinéma. Ainsi se construit le schéma bergsonien de la perception attentive. comme un outil que l'on sait mobiliser. s'extériorise. Alors. apparaît. impersonnel et donc toujours disponible . Les cercles dérivées expriment des mouvements toujours plus vastes de productions intellectuelles. . ce qu'ils perdent en réactions. action. À ces cercles de la mémoire correspondent des "causes de profondeurs croissantes. où le souvenir commence"[101]. Leur abstraction les rend disponibles pour se mouler sur la perception présente. On renonce à prolonger notre perception -explique Bergson. quasiment considérée comme une image. s'éloignent de leur charge personnelle et originale pour devenir mobiles et abstraits. L'image-temps. Perception. figuré par deux séries de cercles symétriques formant des circuits. C'est toute la mémoire qui pénètre dans ces circuits et c'est elle qui "réfléchit sur l'objet un nombre croissant de choses suggérées. en revanche. Et Bergson en distingue deux types : les souvenirs appris et les souvenirs spontanés. c'est-à-dire la projection extérieure d'une image activement créée. Deleuze définit l'image-mouvement comme chevillée aux enchaînements sensori-moteurs. ils le gagnent en "voyance".. interdits de réaction. Entre perception et sensation la continuité est assurée.

est une réponse à la démarche de l'homme véridique. à s'hybrider à d'autres forces vitales[111]. L'image virtuelle absorbe toute l'actualité du personnage. dans un processus d'autonomisation où l'image s'approprie progressivement les qualités de l'objet).l'image actuelle coupée de son prolongement moteur. Mais d'où vient cette attirance à sublimer l'actuel dans le virtuel. comme un symbole du passage à "l'image-temps". le faussaire"[110]. entre l'objet actuel et son image virtuelle : l'image virtuelle ne cesse de devenir actuelle. il s'agit bien d'opérations spéculaires dans lesquelles les images sont strictement sous la dépendance ontologique de l'objet.des prolongements actifs. La "puissance du faux". Dans cette scène terminale du film d'Orson Welles. . Toutes ces hypothèses se tiennent.. mobiles et disponibles qui coalisent perception et souvenir. "L'actuel et le virtuel"[107]) : "Le souvenir est l'image virtuelle contemporaine de l'objet actuel. qui "juge la vie comme une maladie". Dans cette "image-cristal. l'augmentation de mobilité. à ne pas se recroqueviller dans une écorce. Cette inhibition de la perception prolongée en action est au fondement de l'émergence. Dans cette logique. de l'autre. des imagesmondes"[104]. N'oublions pas cependant que l'image spéculaire est dans un rapport de stricte contemporanéité avec l'objet. La rupture sensori-motrice d'une part et la problématique temporelle. à la manière de La dame de Shanghaï. un fondement "réel" : la mort. mais puissance du faux. On retrouve un thème cher à Deleuze (développé en particulier dans Logique du sens[109]) : le simulacre comme impossibilité de séparer le vrai du faux. volonté décisoire. l'engouffre. Le commentaire du film de Welles est dominé par l'idée de "puissance du faux" : "En élevant le faux à la puissance de la vie. D'abord. D'où aussi la réversibilité possible entre actuel et virtuel. d'intensité insupportable.. équivalents. Dans l'important commentaire de La dame de Shanghai. impose un seul et unique personnage. Pourtant le dénouement tragique de l'ultime scène aux miroirs remet en jeu une vérité. sont au cœur de l'analyse : ". Cet échange perpétuel du virtuel et de l'actuel définit un cristal"[108].. Briser un à un les miroirs. "une présupposition réciproque"[106]. et ne lui laisse plus à son tour qu'une virtualité. à partir de La dame de Shanghaï. composait de grands circuits. en tendance. comme dans un miroir qui s'empare du personnage. accroissement d'énergie dans la forme virtuelle et postulat d'une plus grande mobilité du virtuel. il est impossible d'assigner une place aux deux faces. elle entrait en communication avec ce qui pouvait apparaître comme des images-souvenirs. Deleuze affirme que "l'indiscernabilité constitue une illusion objective". sur le petit circuit intérieur"[105]. reconquérir l'actualité. et à de multiples reprises. par la prolifération virale des images toutes rapportées à un objet unique. Puis par la mise en abîme qui en résulte et l'impossibilité de distinguer la série d'images de l'objet qui lui donne naissance. l'actuel du virtuel. son 'image en miroir'. Puis l'actuel passe au virtuel et réciproquement. C'est Welles qui. en même temps que le personnage actuel n'est plus qu'une virtualité. de mutabilité. film considéré par le philosophe disparu. Le déchaînement multiplicateur efface temporairement cette dépendance. son double. à "absorber" le personnage dans son reflet spéculaire et à lui faire rejoindre ainsi son essence (laquelle consiste à être double : actuelle et virtuelle) ? Trouble de l'échange. images purement optiques et sonores. aux deux sens du terme. ou encore désir de faire se rejoindre la représentation et la réalité ? (On verra que la fusion tendancielle de l'image et de l'objet définit l'image actée. Aussi. réversibilité que Deleuze voit surgir à l'état pur dans La dame de Shanghaï et dont il fera une pierre de touche de son commentaire (sur lequel il reviendra dans son dernier texte. Ces forces se trouvent du côté de la cristallisation actuel/virtuel. dans le cinéma d'après-guerre. image et objet sont d'abord rendus. détachées des logiques immédiates de l'action. Le virtuel privé d'actuel devient un élément catastrophique. "Par delà le bien et le mal" s'élance la puissance créatrice. y a-t-il coalescence et scission. mais le dénouement tragique contracte cette durée par l'effondrement réciproque des adversaires. son autre face. même si dans la scène finale il nous est évidemment impossible de distinguer laquelle est l'objet. Et Deleuze fait l'éloge de la capacité à se transformer. des images-rêves. éteindre les apparences. alternative indécidable. Elles font signe vers les "souvenirs purs" bergsoniens abstraits. la vie se libérait des apparences autant que de la vérité : ni vrai ni faux. l'accroissement d'énergie s'opère en deux stades. Supprimer un à un les exemplaires virtuels assure la durée de la scène finale. vitale. ils absorbent toutes les intensités affectives et les convertissent en capacités de voyance et non plus en activités. de l'image-temps. c'est se brûler les yeux dans la mort. Mais cette image "trouve son véritable élément génétique quand l'image optique actuelle cristallise avec sa propre image virtuelle.. Le virtuel devient alors le complément naturel de l'actuel.

et complexe.. invisibles. qualifié de "siècle baroque". Mais faut-il opposer vérité et apparence ? Plutôt que de concevoir les projections multiples comme ce qui altère l'idée d'une vérité unique. le regard devient méta-regard (regard qui observe ses propres opérations pour deviner ce que dissimule la surface visible et comment y accéder). ne favorise que superficiellement le relativisme. "son devenir" et sa définition perceptuelle. c'est ce qui partage l'apparence de l'essence (dans la formule cartésienne classique). Offrir le réglage de l'observation et de l'activation du modèle au spect-acteur. Définir l'objet par l'ensemble des perceptions qu'acquiert un observateur situé à l'intérieur.. je ferai l'hypothèse que l'expérience des images actées.. (Précisons que lorsqu'on observe Waves par le truchement d'un film vidéo.] s'écroulaient"[112]. ellipses. c'est dépasser. En déduire une crise définitive de la vérité est discutable. La vérité ne se situe pas au pôle opposé à celui de l'apparence. l'opposition entre dispersion des références et centralité de l'espace d'observation. ces dimensions méta-scopiques s'assèchent et le regard se conforme alors à ses habitudes séculaires non-interventionnistes). un cadeau "de surcroît". s'exprime alors dans le passage audelà de l'apparence. Au contraire. tout y est simulé pour recréer l'apparence visible d'une mer parcourue par des vagues. Le cinéma de Welles redécouvre le mouvement perspectiviste et la perte de la notion de "centre". Cette vision ne dépasse qu'en apparence le conflit entre subjectivisme et matérialisme.. ou plus précisément dans la synthèse de l'apparence à partir de la morphogenèse de l'objet. elle-même. Le perspectivisme de Welles ne se définit plus alors "par la variation des points de vue extérieurs sur un objet supposé invariable (l'idéal du vrai serait conservé)".. "L'objet n'étant plus à la limite que la connexion de ses propres métamorphoses"[113]. qui se présentent comme "métamorphose d'une seule et même chose en devenir". L'idée de Godard selon laquelle les meilleurs films de fiction sont les documentaires sur leur propre tournage s'applique naturellement à l'univers de l'image actée puisque chaque scène contient explicitement ses logiques scénographiques . nous verrons plus en avant qu'on peut considérer que la "vérité" fait dériver l'apparence du modèle. pourquoi ne pas considérer la vérité. de manière inédite. explique-t-il. Elle en devient un bénéfice secondaire. Gilles Deleuze affirme : "Les perspectives ou projections. etc. ou plutôt une vérité expérimentale et non axiomatique. De multiples travaux de modélisation physico-mathématiques concrétisent cette exsudation de l'apparence à partir des modèles. surgit alors comme la preuve de la réussite de l'opération modélisatrice. qui offre la vision d'une plage en images de synthèse obtenues par modélisation physique du mouvement de la houle animant d'innombrables gouttes d'eau formant l'étendue maritime. où le simulacre est défini non pas comme une copie dégradée mais comme ce qui interdit de discerner la copie de l'original. ses projections s'éteindraient aussi. Si l'objet "unique" n'existait pas. . c'est cela qui n'est ni vérité ni apparence"[114]. des phénomènes d'écrêtage de l'écume à l'amortissement des ondulations. d'une scène.Crise de la vérité L'éloge des puissances du faux s'accompagne d'un joyeux constat de la relativité de toute référence stabilisée. logiques que le spect-acteur doit découvrir et pratiquer pour. comme multiple. Ce faisant. Définir l'objet comme l'ensemble de ses projections tend à confondre appréhension perceptive et manifestation objective. unique comme scène et multiple comme perspectives réglables. Dans la sphère des images actées. Michel Serres et ses considérations sur le XVIIe siècle. dans celle des simulations réalistes. De la conformation des fonds sousmarins à la vitesse du vent. La vérité visuelle. c'est le regard qui se redéfinit : non plus appréciation d'une surface mais recherche des dimensions cachées. Rejoignant des vues antérieures développées dans Logique du sens. composer le voir avec le mouvoir.] la vérité traversait une crise définitive" et "tous les centres [. c'est une conception qui assure à la fois la mutabilité de l'objet. D'où l'allusion à la géométrie projective : l'œil au sommet du cône donne des "projections". cercle. droites. le point de vue est constant mais intérieur aux objets. dans un sens.. La vérité. Sans prolonger cette controverse récurrente. L'image devenant méta-image (image qui contient et explicite ses principes de construction). et de manière plus restrictive. viennent à l'appui : "Y a-t-il un centre quelconque ou pas du tout ?" Et Deleuze d'ajouter : "[. Waves d'Alain Fournier[115] en est certainement l'un des premiers exemples aussi parlant. avec Welles.

tout au plus.. l'objet réel se réfléchit dans une image en miroir comme dans l'objet virtuel qui. une carte postale s'animaient. dans une relation avec une spectatrice. sur une gamme de combinaisons dans le temps beaucoup plus vaste que l'optique. dessinant ainsi une parabole de tous les mouvements qui affectent l'image numérique aujourd'hui. Et logiquement il rappelle avec insistance. simultanéité. miroir. suivant un double mouvement de libération et de capture"[122]. et à le capturer. une photo.). S'il doute de la réalité de ce voyage. on le sait. . la recomposition de l'espace perspectif : multiplicité de scènes. Un autre exemple me vient à l'esprit de ce qu'on pourrait appeler. de Tim Binkley[123]. Séparer l'image de son support pour la faire vivre. il s'agit plutôt de souvenirs et non pas d'images objectivées. clones) ? Ce genre d'images joue.est trompeuse. De même l'objet dont il est question chez Deleuze.en révélant le dédoublement spéculaire du regardeur qu'elles induisent. propulsé par les technologies numériques. "Actuel" est évidemment un terme temporel et non pas spatial (et c'est toute la portée des technologies de Téléprésence que de tendre à fusionner. reprise actuelle de modèles sédimentés par des expérimentations antérieures. à leur manière. cette fois. faire passer le présent et conserver le passé"[120]. versus de l'image virtuelle du miroir à l'avatar virtuel La ligne d'analyse de La dame de Shanghaï. Et il image le processus : "C'est comme si une image en miroir. actuelle et virtuelle"[121]. "Dans tous les cas. ces deux qualités). Deleuze revenant sur le statut de l'image et de l'objet virtuel. La référence de Deleuze à l'optique doit être discutée plus finement. à l'acteur du film de Woody Allen. parce qu'elle travaille les opérations temporelles de manière plus mobile (contemporanéité. c'est plus la perception actuelle qu'une entité matérielle indépendante (l'objet inorganique. tout au long de son livre. Et c'est bien ainsi que Deleuze le conçoit lorsqu'il énonce : "En termes bergsoniens.De L'image-temps aux concepts de l'image actée. que servir d'analogie pour appréhender la perception. dans l'ancien moule de l'image enregistrée. Toute son analyse de la virtualité repose en fait sur cette conception temporelle. Il s'agit du dispositif Watch yourself. voilà ce qui advient. de son côté et en même temps. On peut d'ailleurs noter qu'outre le miroir. Lorsque Deleuze parle d'images virtuelles. distribuant les valeurs vie/mort sur le couple virtuel/actuel s'harmonise parfaitement à l'opérateur instantané qu'est le miroir. enregistrement. enveloppe ou réfléchit le réel : il y a <<coalescence>> entre les deux. amorphe du sens commun). la découverte bergsonienne concernant la temporalisation. Ce concept d'<<objet>> nous fait quitter l'ordre optique qui ne peut. Mais l'analogie[119] avec les images virtuelles de l'optique -ou du numérique. fenêtre. les métaphores techniques qu'utilise Deleuze relèvent très souvent de milieux de type optique : cristal (et cristallisation comme mouvement de développement du cristal).. inscrit sur le papier la trace de sa visite furtive à la Vénus au miroir de Vélasquez en lui fournissant le témoignage irréfutable de sa présence dans le tableau. aujourd'hui. en complète autonomie. quant à elle. écrit : "Les images virtuelles ne sont pas plus séparables de l'objet actuel que celui-ci de celles-là. Il semble que Deleuze nous invite lui-même à dépasser le stade du miroir. film qui illustre parfaitement. mélanges d'animation actuelle et de modèles stockés comme dans le clonage virtuel[117]).B . Il y a formation d'une image biface. ce dispositif incorpore l'image du visiteur dans les ouvertures du tableau (fenêtres. un miroir numérique. L'effet est majoré par l'emprunt à des classiques de l'art pictural qui avaient déjà exploré. la distinction du virtuel et de l'actuel correspond à la scission la plus fondamentale du Temps. Son commentaire conviendrait à merveille à La rose pourpre du Caire. C'est pourquoi l'optique physique. Peut-on mobiliser ce couple virtuel /actuel en regard des dernières générations d'images et spécialement des créatures virtuelles (modèles simulés. eau vive (le flux vital). etc. Dans l'un de ses derniers articles publiés. une imprimante. Cette installation rend compte à merveille du sens profond des images actées -dont on rappelle qu'elles enchaînent pratiquement les visions aux actions. le stade acté de l'image. Les images virtuelles réagissent donc sur l'actuel"[118]. car il serait injuste de lui attribuer un usage naïf de l'optique physique. L'optique géométrique ignore la temporalité. transparence (vitre. spatiale par construction. avatars. prenaient de l'indépendance et passaient dans l'actuel. Véritable machine à transporter le spectateur. eau gelée)[116]. n'inclut pas "l'actuel" dans son vocabulaire et lui substitue les notions d'image et d'objet réels. quitte à ce que l'image actuelle revienne dans le miroir.

la vie ne cesse pas d'être mutilée.. alors cet ajustement est génétique. il en fait partie. faire coïncider la description et le paysage. de se prendre elle-même pour fin"[125]. Ici. Mais dénier l'espace propre de la représentation. "la vision est prise ou se fait au milieu des choses"[124]. quant à elles. ni pur objet. voilà une critique cinglante de la médiation. thème récurrent de la fenêtre présentant l'ailleurs de l'image dans le cadre même du tableau. ce lien. La métaphore du miroir incite à postuler une telle solidarité. outil. ne soit qu'un hasard dans son siècle. Par là s'affirme une propension à animer les récits de l'intérieur de la scène : pénétrer dans l'image. Par exemple. Il découle des liens structurels entre image et action. précisément. abaissée. devenir acteur du spectacle et spectateur de ses actes. Le contraire de la <<névrose>> où. personnalisée. de conversation. La présence du miroir dans le tableau (comme dans les fameuses Ménines). C'est ce qui nous passionne dans l'image actée. fait un bond unique. Ici.. et en particulier le philosophe. d'autonomie et qui le transforme en puissance quasi vivante. ce serait la sortie de l'écran. une certaine autosuffisance à coaliser l'actuel et le virtuel. Plus généralement. c'est. là où elle comprend qu'en jouant avec la vie et le devenir elle avait eu affaire à trop forte partie"[126]. Il s'en suit que l'autonomie revendiquée de l'écriture ou de l'image ne vaut plus pour elle-même. dans certains moments de flottement. affirmant ainsi un nouvel âge de l'image. le modèle de l'arbre que l'on fait croître par simulation contient. à concrétiser une forme de cristal (bien que le circuit court perception/souvenir se manifeste aussi. par construction. cinéma) qui maintiennent.actée. ou le film) tout en affirmant la vanité et l'agressivité mortifère de ce "moyen". c'est-à-dire doter les images de qualités décalquées de celles des objets. L'image-objet ou le virtuel dissocié de l'actuel L'échange virtuel/actuel. Les images-objets mues par la modélisation numérique peuvent. on peut faire jouer l'analogie avec cet échange virtuel/actuel afin de décrire le mouvement de l'image. Or. révéler le paysage à lui-même grâce à sa description. mouvement considéré comme processus d'autonomisation croissante de l'image. truchement. car elle sent que pour la première fois elle est arrivée au but. S'il s'agit bien d'image-objets existants comme telles dans un processus d'usage. C'est l'espace créatif propre de la médiation qui est alors dévalorisé. lorsqu'on négocie avec ces hybrides image-objets). la nature. à la doubler authentiquement. Devenir toujours plus vivant. de coopération. puisqu'alors. mais qui demeure caché pour le peintre. ni pure image et dont l'artificialité ajoute de nouvelles dimensions à nos compositions perceptives. le regard du visiteur qui est piégé. Dans ce cas. et c'est un bond de joie. qui ne saute jamais. mortifiée et l'écriture. se dispenser d'une telle exigence. Comme l'écrivait Merleau Ponty. parfois. plus. Ce qui fait discussion. affirmation qu'il faudrait compléter en ajoutant que ce programme va. mais comme instrument mobilisé pour rejoindre la vraie vie. de manière ironique. le paradoxe consiste à rejoindre la vie par le truchement de son soi-disant autre (l'écriture. tout comme la référence à toutes les techniques d'enregistrement (photographie. fait apparaître ce que voient les personnages dans le tableau. jusqu'à les doter d'une quasi-vie artificielle[127]. . et le retour futur. L'image-objet.incorporation de plans décalés. se compose un espace propre de vie qui ne saurait être appelé à fusionner avec un flux vital supposé premier et essentiel. Nietzsche vient à l'appui : "Il semble parfois que l'artiste. à travers les combinaisons qu'elle tire. l'ajustement des mouvements sensori-moteurs et de la perception optico-sonore se réalise de lui-même. à condition qu'on leur reconnaisse un niveau supérieur d'autonomie. Viser la vie et non la vie des signes (de l'écriture). tel est bien le programme de l'ingénierie informatique. s'il y a moyen. c'est une critique de l'opération médiatrice symétrique à celle consistant à souligner son incapacité à décrire fidèlement la réalité. Cette méfiance à l'égard d'une écriture qui viserait un espace propre d'existence est contradictoire à une motivation que Deleuze exprime distinctement à de multiples reprises : fusionner la représentation et la réalité pour donner naissance à un couple représentation/réalité qui acquiert ainsi un surplus d'énergie. ce surgissement d'un milieu médian. un ajustement sensori-moteur génétique Deleuze : "L'écriture a pour seule fin la vie. c'est le mouvement symétrique (l'image actuelle doit revenir dans le miroir pour remplacer l'image virtuelle qui s'est autonomisée) comme si une solidarité devait être maintenue à tout prix entre image actuelle et virtuelle. À son apparition. regarder le tableau à partir de son intériorité.

on peut caractériser l'image actée comme à la fois noématique et haptique (de haptein. entre la noèse-haptèse (le corps sensible de la phénoménologie : voyant parce que se voyant voir. la mobilité naturelle qui relie vision. En résumant à l'extrême. Les environnements virtuels. celle du "rayon visuel" émis par l'œil et qui va ausculter la réalité pour ramener à la rétine des informations vivantes sur le monde ainsi touché (au sens propre)[129]. Répudié. l'image actée est aussi soumise aux variations imaginaires -à la corrélation.d'un nouveau type. Elles sont devenues le lien sensible. Certains gestes et activités perceptives automatiques -pointant vers les images-souvenirs indéfinies et mobilisables.par lesquelles nous exerçons notre perception. par interfaces interposées : cette double détermination en constitue la singularité en regard de toutes les autres formes d'images. L'image-souvenir doublerait ainsi en surplomb l'image-action. Ce serait la course poursuite incessante entre l'image actuelle et l'objet en retrait (le modèle) qui manifesterait ce cristal qu'on peut nommer image-modèle. On dira que l'origine de ce cristal c'est ici le modèle mathématiques. Image-souvenir et Réalité Virtuelle L'image sensori-motrice. Dans le cadre de l'expérience de la "réduction phénoménologique" -la suspension. mais présent en surplomb et dont on "ressent" la présence à travers toutes ses actualisations. une double perception. interventionniste. non plus coalescence de l'actuel et du virtuel. ne serait-ce qu'à travers le rituel inaugural de l'ajustement des interfaces (casques. l'action prolongeant l'image. En radicalisant le propos. fonctionnant dans les deux sens. toujours perçu. comme une perception sublimée et indéterminée. Ces situations d'immersion engendrent. on dira que l'univers de l'image actée appelle naturellement la "réduction phénoménologique"). car ce qu'elle vise n'est plus un objet réel mais un modèle protéiforme. les décisions préalables des agronomes qui ont élaboré ce modèle. par l'optique physique. non totalement exprimable. jeux vidéo. D'une part. au sens de Deleuze (image prolongée par des actions). mais perception dans l'image actuelle d'une incomplétude renvoyant à une image-souvenir lancée à la recherche de l'objet. interprétative et d'une saisie physique. une application attentive.qu'on accomplit quotidiennement sans y penser sont ici accomplies avec la même facilité.). le caractère "artificiel" -techniquement produit. de l'autre. immergeant l'acteur. simultanément. l'image-souvenir. Et de l'autre. Invisible. En fait l'indécision qui en résulte laisse entendre qu'il pourrait s'agir d'un cristal -pour reprendre l'expression de Deleuze. Objet qu'elle ne peut atteindre. traduiraient. le "rayon visuel" s'est finalement concrétisé dans nos interfaces modernes. Décrire ce processus consiste à noter les enchaînements de gestes -réalisés grâce aux interfaces. Ces deux catégories de sensations agissent comme deux couches parallèles. qu'on ne peut appréhender par l'expérience et qui se tient en retrait. eux partiellement. On connaît la théorie antique de la vision. s'incarnerait assez bien dans les simulations interactives classiques (Conception Assistée par Ordinateur. audition et action est restituée.). . Le faire croître sur l'écran. c'est agir et actualiser ainsi le modèle qui va développer sa forme finale. L'image se poursuit alors en mouvements. à juste titre sur le plan scientifique.et d'actes de vision. véritable sas de passage vers l'immersion. Et c'est par elles que nous touchons et transformons les images actées.il s'agit bien de remonter de l'objet donné aux principes qui le constituent. dessiner les ombres que ses branches projetteront au sol. telle que la définit Deleuze. d'autres réclament une pensée de l'usage des interfaces. L'image actée relève donc à la fois d'une saisie imaginaire. la mise entre parenthèse du monde objectif. prendre. Les visions/auditions/préhensions d'objets dont les images flottent dans l'espace font signe vers un univers onirique fait d'actes et de sensations mémorisés (image-souvenir) mais qu'on mobilise pour identifier et animer ces objets-images (image-action). les uns étant causes des autres. d'une part et les figures numériques actives. etc. toucher en grec)[128]. On pourrait conclure qu'il ne s'agit là finalement que d'une image-mouvement. invisible comme la source réelle/virtuelle du visible et de l'expérimentable. (Noématique. en actions mais demeure une image frontale. l'écran étant brisé. qui sur l'écran.par principe. fait face à l'interactant. etc. le faire fructifier.de l'univers est. Mais on peut tout aussi bien considérer que c'est l'inverse qui se produit. car en suivant la conception imaginée par Husserl. comme dirait Merleau-Ponty). pour modeler la perception. en effet. gants.

perception des flux aérodynamiques simulés s'écoulant autour d'une navette spatiale modélisée). Au miroir. Le canal que ces appareillages imposent à la perception complexifie donc les mouvements décrits précédemment. S'engager dans un déplacement partiel de présence. dans les situations de transports (téléphone. la plus faible perception d'un écart de soi à soi. sur un autre soi-même. quant à elle. sensation du retour. le spect-agent. il est "rafraîchi". une vague en rouleau qui se déplace -et donc permet l'oubli. cher à Deleuze. etc. Cela reviendrait à postuler l'unicité phénoménale de la présence et par conséquent faire sienne une définition purement spatiale de la présence. et une part seulement.). La présence physique est dédoublée en présence actuelle (corporelle?) et image-objet de soi. perception de l'évasion. Concrétisant. Le cristal "présentiel" On se propose ici de faire jouer cette notion de cristal actuel/virtuel sur la thématique de la présence à distance. fait passer le présent et conserve le passé. En regard du sujet humain réel. la perception de l'instantanéité est. qui se tiennent en . la sensation que notre image se glisse dans les formes d'un avatar constitué par les moyens de l'informatique. déplacement d'espaces plutôt que déplacement dans l'espace. non plus seulement audiovisuel mais proprioceptif. une forme d'ubiquité réelle. car rien ne permet de supposer que. dans un réseau par exemple. Avec le retour d'effort du virtuel sur le réel. Lorsque l'ici télescope l'ailleurs. Elle s'adosse à l'opération temporelle qui définit le sentiment de présence : allerretour entre évasion hors de soi. construite. espace d'interaction sont organisés par des modèles abstraits. mais grâce à la médiation visuelle d'un spect-agent. l'opérateur se voit sous la forme d'une silhouette doublant ses mouvements. solidement articulé à la conception bergsonienne du temps fondée sur le dédoublement qui. par exemple). communication par réseau. pour la première fois. impalpables. Or la présence à distance est aussi un jeu avec le temps. Cette auto-perception s'opère à distance de soi-même. à chaque instant. Les sensations physiques sont perçues de manière corporelle. image de soi à distance. On définirait le cristal présentiel comme le plus petit circuit reliant présence et départ. rappelons-le. forme de présence du sujet. la composition chimique des rapports action/perception musculaire/interprétation se modifie. telle est l'originalité de ces déplacements. Se percevoir percevant. laquelle provoque une nouvelle évasion construite sur la perception du retour et tout ceci dans un mouvement perpétuel. Ce plus petit écart entre l'ici et l'ailleurs serait ce cristal où actuel résonnerait avec ici et virtuel avec ailleurs. le départ et le retour. conserver le passé).Image-temps et image-présence : l'hypothèse du cristal "présentiel" Le concept d'image-cristal est.en s'enroulant sur elle-même. c'est hybrider les vagabondages ordinaires du flux représentatif aux voyages outillés par les technologies. Une part seulement. doté d'une vie propre. de l'attention disponible. Il éprouve à même son corps. le sentiment de présence/absence à soi se moule totalement sur le dispositif. Le cristal temporel deviendrait ici le plus petit circuit de déplacement de présence. Immergé dans l'univers virtuel. les effets d'un déplacement dans les lignes de flux de l'écoulement aérodynamique.agent. le cristal présentiel s'illumine. sur des avatars virtuels. invisibles. instrument d'extraction de l'apparence à partir de la forme. comme dans les Téléprésences virtuelles où un exo-squelette situé dans l'espace interplanétaire double un opérateur à terre. qu'elle se déplace avec lui. Si le transport est physiquement instantané. reliant ainsi l'objet réel et son image virtuelle. par exemple.C . Cette perception se constitue dans les circuits reliant l'action et la réponse. on substitue l'appareillage de téléportation (transport instantané des signes de la présence à distance. Les dispositifs de transport canalisent ces mouvements en capturant à leur profit une part. Comme si le spect-agent percevait et nous transmettait instantanément cette perception : dédoublement réel de présence. ces expériences ouvrent au dédoublement spatial. D'où un dédoublement présentiel dans la problématique de la dissociation du temps (faire passer le présent. Altération des objets. que nous avons nommé spect. Ici le passé ne passe pas. Le "souvenir pur" bergsonien devient le modèle comportemental de la scène. le spect-agent réalise une augmentation motrice aussi bien que cognitive (déplacement par la vue ou la voix. et non pas reflet passif. écart manifesté dans et par un dispositif de transport. et ne nous appartient plus totalement.

disponible pour toutes sortes de voyages reliés à une grande variété d'autres souvenirs virtuels. mais pas de manière figurée comme au cinéma où seuls agissent les personnages incarnés sur l'écran. Elle rallie des éléments virtuels. nous le verrons) que le dispositif cinématographique et ses "images optiques et sonores pures" l'est au cristal temporel de Deleuze. la <<paramnésie>> (illusion de déjà-vu. Plutôt que l'image-souvenir ou la reconnaissance attentive. Les cercles concentriques qui joignent les niveaux croissants de virtualité aux profondeurs croissantes de l'objet (Bergson) s'expriment alors sur un mode non plus seulement temporel mais aussi spatial : déplacement dans l'espace et par conséquent dans le temps. dont il sera question plus loin). Le philosophe allemand affirme que les deux possibilités peuvent se concrétiser simultanément. Là. transport et cristal "présentiel" "Le présent c'est l'image actuelle. non totalement visible parce qu'incluant toutes ses actualisations possibles. c'est l'image virtuelle. mais on ne sait de quoi. désir et projet constamment revendiqués par Deleuze. Demain. la bataille peut avoir. notre attention sur le fait que l'échec de la reconnaissance attentive est souvent plus riche que son succès[132]. une réminiscence (on ne sait si l'événement s'est réellement déroulé. lieu. Le dispositif de transport est aussi essentiel au cristal présentiel (mais peut-être pas suffisant. On pourrait proposer une analogie -un peu forcée.[131] d'une part. par l'intervention humaine. "sentiments de déjà-vu". sur un plan esthétique. de passé non situé. aussi bien accolé qu'un rôle à l'acteur"[130]. Deleuze attire. silhouette de soi découpée selon la forme du costume-capteur qu'on a revêtu et qu'on découvre sur une surface réfléchissante ou encore reflet de soi-même surajouté à l'image virtuelle dans certains dispositifs en cours d'expérimentation. c'est nous-mêmes qui prolongeons la perception en action et l'action en perception. ou ne pas avoir.retrait. les troubles et les échecs de la reconnaissance constituent "le plus juste corrélat de l'image optiquesonore"[133]. la série d'images numériques avec leur modèle abstrait. Paradoxe.entre le mouvement qui relie les images-souvenirs aux images purement virtuelles qui "n'ont pas cessé de se conserver le long du temps". Deleuze se réfère à Leibniz et à sa notion de "compossibilité". l'image en miroir. "le prolongement sensori-moteur reste suspendu". et son passé contemporain. Avec les images numériques interactives. peut-on en trouver trace dans l'image actée ? Dans cette perspective. par ailleurs. c'est la reconnaissance temporelle qui échoue à se maintenir distinctement. forment l'espace des possibles et constituent la source des images actées. Cristal actuel/virtuel. C'est un souvenir. En effet lorsque cette reconnaissance ne parvient pas à rejoindre l'image-souvenir. ubiquité. Ce souvenir dédouble en permanence la perception actuelle et le souvenir immédiat virtuel (passé immédiatement accolé à la perception actuelle). Le souvenir d'un enchaînement précis se trouble et va rejoindre les autres impressions détachées de leur contexte. Si certains films rendent manifeste le cristal temporel. Cet échec coupe les amarres de la reconnaissance et la rend mobile. ces déplacements de présence. déjà-vécu) ne fait que rendre sensible cette évidence : il y a un souvenir du présent. compossibilité À propos de la crise de la vérité dans ses rapports au temps et donc aux bifurcations irréversibles du passé. Cette augmentation de liberté. L'exemple matriciel de cette situation cristalline serait la vision d'une image de soi dans une situation de Téléprésence virtuelle : partie de son propre corps qu'on aperçoit dans le casque de réalité virtuelle lorsqu'on baisse la tête. mais pas dans . il s'agit d'image-présence et non plus d'image-mouvement ou d'image-temps. et celui qui enchaîne. des environnements qui interprètent. contemporain du présent lui-même. comme Ménagerie. ici. (J'ai en vue. telles que certaines œuvres en Réalité Virtuelle. non plus dans un circuit (perception/action ou actuel/virtuel pour l'image-temps) mais dans un cycle (action/interprétation/perception/action). L'image-présence se prolonge en actions. certaines situations privilégiées de transports concrétisent le cristal présentiel. si on l'a rêvé ou encore si on l'a déjà imaginé). Cet événement s'est-il déroulé avant ou après celui-ci ? Ou en même temps ? La série temporelle peine à se dévider. peut-être. Selon Bergson. de l'autre.

et non pas. telle une ombre. simultanément. Le déroulement de l'action qui résulte d'une décision contient son autre. mais pas "compossibles". rééditer le choix et rentrer cette fois-ci dans le jardin. L'image muette peut "nous faire voir. et de l'intertitre qui est lu (seconde fonction de l'œil)". Gilles Deleuze insiste d'abord sur la naturalité de l'image purifiée de la présence langagière.alors il réintègre la pluralité des déroulements possibles comme formant l'unité de sa composition. dit-il. On peut préférer suivre la fille sur les quais de la Seine. rêvés ou imaginés. rappelant l'indiscernabilité souvent éprouvée dans la psychanalyse. D'où l'idée que l'intertitre langagier exprime une loi alors que l'image visuelle sauvegarde le naturel.. Les bifurcations qui spécifient les différentes versions -on décide de continuer la promenade sur les quais de la Seine plutôt que de pénétrer dans le jardin des Plantes. Dans certains exercices de narration interactive. Elle nous confronte à d'autres occurrences pouvant toujours doubler celle qui a été choisie. Ces deux mondes -dans l'un la bataille a lieu et dans l'autre. à une vie immédiate qui n'a pas besoin de langage. mais dans l'un des passés possibles. au même moment souhaiter rencontrer le détective devant la grande serre du jardin des Plantes.. Plusieurs développements d'un même germe. est incontestable. (On retrouve le thème "vital" récurrent. Avec le récit interactif.. mais aussi.le même monde. la tendance à établir le primat de la vie sur la médiation -langagière. c'était la langue universelle. non seulement il conserve le passé et fait passer le présent. dans une note. Et d'appeler Borges à son secours : "Vous arrivez chez moi. renvoie à "une nature physique innocente. Sextus ne va pas à Rome et cultive son jardin à Corinthe. bien sûr."[139]. celle qu'on a refusée.sont possibles... Si bien que le récit se densifie de ces bifurcations non suivies qui.ne sont plus compossibles. On pourra. comme cumul des affects provoqués par sa perception[137]. à la limite. s'accouple à la séquence observée. On l'attend d'emblée . mais de plus. "Ce que le parlant semblait perdre. Mais la perte d'énergie en regard des évocations à la Borges. inscrivent des déplacements d'existence. ajouterons-nous."[136]. d'une virtualité. vous êtes mon ennemi. Deleuze propose d'aller au delà de cette distinction des deux mondes et écrit : "Car rien ne nous empêchera d'affirmer que les incompossibles appartiennent au même monde"[134]. Elle . le cri des révoltés"[140]. puisqu'elles deviennent alternatives. de même que. Le moment de la décision inclut alors une réédition future possible de ce choix dans une reprise du récit. La "compossibilité" des versions du récit est une ubiquité du sens. Lequel met en jeu une autre forme de transport interne. mon ami. L'image sonore. à terme. pour certains contradictoires entre eux. la même."[135] ou de rappeler. L'adjonction de l'action à l'image sonore Le passage du film muet au film sonore on le sait. dans un autre. indirectement. dans un autre. L'existence spectrale dans cette autre séquence possible. il devient roi en Thrace. On pourrait dire qu'alors le temps se fractionne. ils font cœxister plusieurs récits. À moins d'en appeler à une autre conception du récit où celui-ci devient la somme de toutes les itérations effectuées cumulant des expériences actualisées dans les cheminements suivis et totalisant les transports mentaux ainsi provoqués. contradictoires.. constituent un récit fantôme et. ou parallèles. manifeste un déplacement de présence qui double et affecte la perception de la séquence préférée. dans ce casallant jusqu'à désavouer l'espace propre de celle-ci). laquelle soulignait le paradoxe de l'ubiquité. L'adjonction actuelle du geste à l'image de même que la mise en interaction du récit ne présentent-elles pas quelque analogie avec cette première amplification perceptive dont a été sujet le cinéma ? à propos de la sonorisation du cinéma. Les récits actés prolongent le genre. il est inscrit dans le fonctionnement du récit. indépendants. surcharge le présent d'un passé spectral "compossible". Mais avec une différence de taille. nous met en présence. le Théodicée.. Mais c'est une autre expérience. entre souvenir et reconstitution imaginaire. nous fait sentir l'action. et la toute-puissance du montage"[138] et : "L'image muette est composée de l'image vue. a bouleversé le cinéma. le paradoxe est dissout par le principe même du dispositif. prennent la forme de ces souvenirs dont on ne sait s'ils réfèrent à des événements réels. de Leibniz. non. La force corruptrice du sens commun contenue dans la proposition de Borges provenait précisément de la linéarité du texte. Si on postule une telle définition du récit interactif -qui ne fait que prolonger une définition classique du récit textuel ou filmique. et ses "futurs contingents" prenant forme d'une "pyramide de cristal" où "dans un appartement.. comme une séquence imaginée qui. L'image actée.

c'est à la fois très (trop ?) manifeste (on agit vraiment). serons-nous assaillis au coin de la rue si nous poursuivons ce chemin ? Cette quête s'exprime dans toute sa plénitude avec les premières expériences visuelles de communautés virtuelles et dans certaines recherches sur les déplacements virtuels dans les univers coopératifs de travail. on l'a remarqué. Avec le cinéma parlant. ces programmes assurent. colorée. sonde les zones prometteuses. et bien d'autres formes d'imagerie numérique nous ont déjà habitués à décrypter. Elle devient une sociologie interactionniste. non pas seulement au sens de la perception d'une profondeur de champ (ce qu'assurait déjà la perspective). les éléments qui peuvent être affectés par notre présence dans la scène. Une réalité s'annonce qui ne dévoile jamais totalement ses prolongements. L'attention sélective et toutes les opérations qui objectivent des mouvements subjectifs d'ordinaire latents sont graphiquement et dynamiquement inscrites.support de l'image actée opacifie toujours une réalité sous-jacente.. l'émission sonore n'est pas entendue dans les conditions naturelles. par exemple. Il transforme l'image visuelle. C'est donc un nouveau régime de perception de l'image qui s'instaure incluant la capacité à deviner quels sont. ou le sound surrounded. ou plutôt précise Deleuze. Elle ne se réduit pas. présentant et occultant simultanément les relations cachées entre les différentes phases du récit. non plus. car l'action dans l'image nous fait affronter le non visible. dissimuler le héros derrière ce mur. au percement de la surface."[142]. Elle s'épanouit comme prévision des mouvements légaux et illégaux dans la scène. (Remarquons que.que l'action sur l'image est perçue comme une nouvelle dimension de l'image. D'où l'importance et la récurrence des thèmes de la rumeur (qui passe entre les personnages et les constitue. Certes cette opacité est trouée à certains endroits. car elle n'est pas spatialisée. elle-même qui devient une composante de l'image (déjà sonore.révèle les dimensions abstraites de la perception. c'est l'interaction sociale. objet non identifié qui porte les acteurs là où elle les entraîne plus qu'ils ne l'alimentent. c'est l'interactionnisme qui devient un cinéma parlant. Il s'en suit que l'image visuelle. Agir dans l'image. l'interactionnisme devient une condition matérielle d'existence du média. par exemple. le cinéma ne le "représente" pas. plus qu'ils ne la propagent eux-mêmes) et de la conversation. Mais le son provient du centre de l'image visuelle. Avec l'image actée. qu'on se demandera toujours ce qu'ils sont devenus après qu'ils auront disparu de notre champ de vision ? Gilles Deleuze écrit : "Le son n'a pas d'image". la visualisation automatique de relations telles que l'affinité entre avatars et objets ou entre avatars eux-mêmes. L'écran -au sens littéral d'un masque. La poursuite des zones activables dans les mises en scène d'images actées (des jeux vidéo aux œuvres de l'art numérique) manifeste la présence muette d'êtres invisibles mais actifs : pouvonsnous faire croître l'arbre. "il fait voir en elle quelque chose qui n'apparaissait pas librement dans le muet". permet d'enchaîner sur d'autres scènes. Laquelle ? Si la sonorisation intègre à l'image "une nouvelle composante de l'image". là où précisément un cliquage. prolongeant la stéréophonie. Une vision chirurgicale se construit. L'œil au bout de la main caresse la surface à la recherche du moindre frémissement révélant une cavité. dégagée de cette naturalité première se met à exprimer les "interactions humaines"[143]. Cette interaction est guidée par les sujets réels qui règlent les mouvements de leurs avatars. À ce moment-là.. Mais elle est aussi prise en charge par des règles comportementales internes gouvernées par des programmes automatiques. Que peut-on en conjecturer ? Par exemple -en reconduisant ce que Deleuze dit de la sonorisation de l'image. la Réalité Virtuelle est la seule technique qui peut réellement spatialiser le son en le diffusant selon les mouvements relatifs des sources sonores virtuelles et du spect-acteur). interactive) dès qu'elle met en scène les relations entre les avatars présents dans l'univers virtuel. ce qu'autorise le multifenêtrage ainsi que toutes les formes d'affichage mixant la vision de la surface et de l'intérieur des objets . . opérations que la Conception Assistée par Ordinateur. Malgré toutes les tentatives pour s'en approcher. mais aussi terriblement incertain. espère (et craint peut-être aussi) une révélation. comme l'image projetée ou le son diffusé pour le cinéma. à chaque instant. Aurat-on suivi le vol d'oiseaux qui s'enfuient. dans un mouvement paradoxal. allant jusqu'à représenter visuellement des graduations d'intensités relationnelles[144]. il le "restitue"[141]. l'action sur l'image exprime le mouvement interne aux composantes de la scène. le sonore est entendu comme "une nouvelle dimension de l'image visuelle. leur vie propre. Dans l'expérience de Téléprésence virtuelle collective DIVE.

psychomécanique renvoie au cinéma comme "automate spirituel". envisageable. il devient processus. les images numériques actées lorsqu'il évoque le statut des images électroniques ? Ou n'a-t-il pas plutôt en ligne de mire les images vidéos. la question. Son champ de vision privilégie. on pourra toujours invoquer la scénarisation préalable de cette possibilité par le concepteur de la scène. car une fois de plus une épistémé s'articule sur une évocation d'une série précise de films. spécifique à cet univers. Ces prolongements ne sont pas effectifs de la même manière qu'avec des objets de première réalité. Sauf dans cette formule. et non pas effectivement. Vérifier cette effectivité est devenu la condition spect-actorielle. C'est la scénographie qui se charge d'automatisme et c'est l'image qui devient active. dans une voie suivie parallèlement par nombre d'artistes vidéastes. C'est dans cette voie qu'une analyse fructueuse des "nouvelles images" peut être poursuivie. l'espace de l'image s'ouvre. il le rapporte à "ses vertus automatiques ou psychomécaniques"[148]. d'échecs et d'ajustements. Il pose. en confrontation avec ce monde et doit trouver sa place par une série d'essais. certes encore balbutiante mais néanmoins palpable. tels que Le testament du docteur Mabuse. Ne plus les définir comme images mais comme intermédiaires entre image et objet. transformation de l'écran en surface opaque où l'information remplace la Nature). appelant de ses vœux une "autre volonté d'art"[145]. concernant les images électroniques. On passe de l'automate psychologique à l'automate réflexif (comme le sont les programmes informatiques). D'où l'idée suivante : le cinéma est un automate spirituel. dépositaire d'un savoir sur son monde. mais plus essentiellement. lui. des films à automates. sur un plan sémiotique. l'écran opaque. dans une coopération et non . Que cet art puisse se développer de manière autonome ou en prolongeant des aspects inédits de l'image-temps. Certes. et quel est le destinataire ? "[146]. Ou plutôt. l'interactant. selon lui. Alors que l'interactant entre. qualifier le régime de l'image actée ? Elle brise assez violemment ce mouvement de l'automatisme psychologique. du cinéma : où commencer et où finir un plan ? Question à laquelle l'image actée apporte. invitant à dépasser "l'inefficacité" dangereuse de l'information (sa toute-puissance fondée sur sa nullité) en posant la question "godardienne" : "quelle est sa source. et contient à la fois sa genèse et sa fin. Nous penchons pour cette dernière hypothèse. Quelle serait la psychomécanique propre à l'image actée ? Elle s'établirait dans les liens entre action effective sur l'image. par construction. Il ne s'en écarte que pour prendre en compte la matérialité de la surface d'inscription. Mais que signifie psychomécanique ? Que le cinéma est lui-même un automate technique qui déroule mécaniquement la pellicule et que l'enregistrement est une opération automatique ? Sans doute. perte du privilège de la verticalité. celui qui perçoit et agit l'image. qui contient ses propres principes génétiques qu'elle négocie avec le sujet qui l'agit.Louis Schefer est explicite.Sur les "nouvelles images" Dans la continuité de l'analyse des nouvelles figures de l'automate. à l'interactant. autonomie du visuel et du sonore. mi-imaginaire. il n'envisage pas la nécessité de faire prendre aux concepts propres aux "nouvelles images" une distance non seulement spatiale mais aussi axiomatique. non pas accidentellement mais essentiellement. pour lui. en effet. Rappelons que c'est encore Godard qui posait la question décisive. au sens de la constatation de l'effet des actes sur l'image). pour le pire et le meilleur. Malgré une ouverture finale plus riche. demeure ouverte. À ce moment. Comment. se voit reconnaître une place. le cadre formel de l'image (organisation de l'espace. Gilles Deleuze aborde les "nouvelles images" (électroniques et numériques). le cinéma comme "système des images et des signes prélinguistiques"[147]. elle l'inverse. ne lui apparaît pas distinctement. voire psychologique. mi-réel (réel. où d'interrompre. qu'on doit considérer comme psychomécanique. incluant une spécificité humaine d'imprévisibilité. Il n'en demeure pas moins que cette poursuite est toujours potentiellement. "Psychomécanique" de l'image actée Lorsque le philosophe tente de définir. alors. une question lumineuse. qui penserait à notre place et la référence à L'homme ordinaire du cinéma de Jean. L'automaticité passe dans l'image actée. Entre les deux. Ils naissent dans un espace intermédiaire. perception de cette action effective et prolongement sensori-moteur naissant. une réponse : en déléguant le choix de poursuivre. Je renforce le marquage. L'automatisme y est "devenu art spirituel"[149]. Et son analyse rencontre les automates. ou Métropolis. Le philosophe a-t-il en vue.

La difficulté consiste à devoir faire abstraction de la fonction narrative. Un exemple : "la narration cristalline" opposée à celle de l'image-mouvement.qui court. rappelle-t-on. diluant le pouvoir dans des réseaux que des décideurs régulent au lieu de le faire converger vers un chef suprême[152]. par exemple. informatiques et cybernétiques. quelque chose sortira du cristal. Deleuze sollicite. qui nous porte à sortir du théâtre et entrer "dans la vie". Et Deleuze étaye son analyse en renvoyant à une opération proprement cinématographique. la narrativité du cinéma). et celui de la description de certains films ou scènes. leur mouvement "peut tendre à zéro". rappelons-le. s'exprime dans l'émergence (et Deleuze cite aussi bien Alphaville de Godard que 2001 de Kubrick). Dans la narration "cristalline". pas de l'enregistrement visuel du mouvement ou des films en général.. Précisons. narrations de scènes de films. didactiques ainsi que la télévision. du ligotage du récit. les anomalies du mouvement deviennent essentielles. la vidéo. d'où la référence à Walter Benjamin. Dans La règle du jeu de Renoir. les images-mouvements sont rapportées aux automates d'horlogerie ou aux moteurs. avec lequel on fuit pour entrer dans une réalité décantée"[150]. etc.. par exemple. on le rappelle. celle où l'on ne dissimule pas qu'on raconte des histoires. de ce que les images transmettent comme récit et dont Deleuze fait un abondamment usage dans son analyse des opérations proprement cinématographiques.est problématique. plan de l'instrument théorique. Certaines indiquent assez clairement des directions. automates de régulation. requis comme traductions/exemples des mouvements théoriques. Celui du circuit actuel/virtuel (ou présent/passé ou encore perception/souvenir). des genres cinématographiques sont sollicités pour indiquer le passage à l'ère de l'image-temps. simultanément. tout au long du livre : le récit doit rejoindre la vie dans une indistinction libératrice. pour illustrer la nature du cinéma d'après guerre. catégorie dans laquelle il faudrait ajouter les films documentaires. pessimisme. Dans la même logique surgit le thème de la fuite. Le plan fixe est redécou- . Le recours aux états affectifs. nous nous trouvons. où les contenus sont métabolisés et viennent étayer les concepts. mais ne permettent pas de répondre clairement à la question : par quel genre d'histoires et de scénographies peuvent-elles nous affecter ? Indications pour une théorie de "l'image actée" D'où les obstacles qui se dressent si l'on veut mobiliser les concepts deleuziens dans l'univers des images actées. de la finitude de la fiction. L'exportation. nommée "organique"[153]. par construction. d'une "nouvelle race" d'automates. Ainsi. avec l'image actée dans une situation expérimentale où le vocabulaire et la syntaxe se cherchent encore. de traitement. Les personnages sont essentiellement "voyants". établit une correspondance entre la reproduction automatique (photographique et cinématographique) et l'automatisation des masses dans l'hitlérisme[151]. Tout se passe comme si le circuit servait à essayer des rôles jusqu'à ce qu'on ait trouvé le bon. c'est-à-dire où l'on se libère du corset des représentations. par exemple. pour faire court. bien entendu. un nouveau Réel en ressortira pardelà l'actuel et le virtuel. L'image-temps naît. de validation d'une thèse -et d'un désir. flux vital) s'ajoute aux autres couches pour étayer l'analyse. lequel. dans de multiples descriptions. L'indiscernabilité actuel/virtuel est exploitée ici pour recoller fiction et vraie vie. hors du champ cinématographique. Non pas qu'il n'existe des œuvres sur lesquelles étayer une analyse des concepts de l'image actée et de son rapport à la culture contemporaine. le philosophe fait sourdre le concept du film lui-même et l'utilise ensuite pour y entrer à nouveau : ". L'analyse du récit filmique sert alors de vérification. Parallèlement. mais ces œuvres sont encore rares et embryonnaires. celle de "l'image-temps".plus simplement une interprétation. Les limites de l'analogie avec le cinéma Pour faire émerger la notion d'image-cristal. de la "fêlure" du cristal par laquelle on "s'épanouit librement". à la différence de Gilles Deleuze avec le cinéma. on l'a vu. Thématique de l'expérimentation des rôles. Le cinéma n'en est qu'une région. Deleuze traite du cinéma. sentimentaux (violence. que c'est la forme séquentielle qui engendre. (Cette affirmation suscite. Le passage à la deuxième phase du cinéma. scientifiques. des travaux de Deleuze -ou d'autres discours sur des formes stabilisées comme la littérature. quantité de questions. plusieurs plans. les situations optiques et sonores pures ont fait place à des situations sensori-motrices.

de fonctionnalité. avec la présentation directe du temps évoquée par Deleuze. Ils modifient leur déplacement selon l'environnement et évitent d'entrer en collision entre eux ou avec l'utilisateur de l'environnement . l'apparition d'un acteur dans la scène. On devrait la retenir comme un véritable morceau d'anthologie. ils peuvent prévoir des prises sur le terrain. peut-être. parce que l'image numérique actée est construite à partir d'un principe d'opérativité. qui arrivent d'eux-mêmes) et les perturbations possibles fondées sur la présence d'un spect-acteur. Ménagerie[156] de Susan Amkraut et Michael Girard en est l'une des démonstrations artistiques parmi les plus convaincantes. par exemple lorsque s'ajustent des espaces libres de navigation avec des contraintes prescrites par le programme. "Ménagerie" ou l'ubiquité conquise L'irruption dans l'image.il s'agit d'un être objet de l'image. La collaboration entre le programme et le spect-acteur dans la construction du récit peut révéler ce genre de distorsions. d'un pouvoir de principe. délivrée du souci narratif. telles que la survenance d'une question qui lui est adressée. l'un des témoignages de la naissance de l'art virtuel (de la même manière que l'entrée dans la gare de La Ciotat a pu symboliser l'origine de l'expérience cinématographique). sans préoccupation d'utilité. de la coupe ou du plan fixe ? C'est dans la scénographie de l'expérience interactée qu'on doit les rechercher. On pourrait facilement poursuivre la liste des allers-retours entre "concepts" et films particuliers. qui me servira de conclusion. tout comme les faux raccords (Dreyer)[154]. donnant ainsi l'impression d'être en équilibre dynamique.. Plus que d'un "devenir" objet de l'image -formule qui pourrait convenir aux images enregistrées. il montre comment le temps apparaît directement dans "les pointes de présent désactualisées"[155] en s'appuyant sur la tendance à la disparition du montage au profit du plan-séquence. Quelles seraient donc les outils appropriés à l'analyse des cadres perceptifs et affectifs propres aux modèles numériques actés ? Où trouver l'équivalent du miroir. dans la recherche d'un élément de la scène dont l'activation va permettre de rompre l'immobilité présente. de telle manière que le temps soit suspendu. uniquement intéressée à son opérativité génétique.] En avançant ou en courant à des vitesses différentes. supportent ces messages muets qui conditionnent les enchaînements de l'aventure exploratoire. Tous ces antagonismes et ces désajustements (au sens où la cœxistence de l'image et de l'objet est un aussi une désarticulation) font parfois émerger. La conception de l'espace d'interaction participe aussi de ces mouvements temporels. une forme image pure qui tendrait à rejoindre celle qui apparaît dans l'espace magique. Des algorithmes de vol et de regroupement sont utilisés pour les modèles de flux des animaux en groupe. par exemple. pour la première fois peut-être. et des actes proprement cinématographiques tels que le montage ou le cadrage ? On fera l'hypothèse que c'est la forme même de ces images-objets qui concrétise le jeu de poursuite entre action. les animaux à quatre pattes réagissent à un champ gravitationnel simulé. tout au moins dans sa forme séquentielle. car la continuité narrative elle-même s'est évanouie. Cette œuvre. le changement d'échelle d'un élément ou l'accélération de l'action. des zones d'intemporalité. par exemple. ou indépendante de ce souci. moteur profond de multiples réalisations et signification essentielle du régime actuel des représentations. Instinctivement. cette possibilité de renvoi aux procédés narratifs (montage. illustre assez bien cette hypothèse. Voici comment les auteurs présentent ainsi leur œuvre : "[. résonnant. trouve sa pleine mesure avec la Réalité Virtuelle. une forme dotée de pouvoirs. comme. exprime et fait partager l'expérience d'une ubiquité réelle. les fantasmes. Une proposition artistique. sans concrétisation particulière. Une forme pure de cristal. plan fixe) disparaît. perception et souvenir. Les interfaces.vert. non pas alternativement. Génétique. notamment en programmant les mouvements corporels. La visibilité de l'image se révèle dans le rapport entre les mouvements propres du programme (les événements naturels. Quels seraient les équivalents du montage. mais simultanément (ce qui ne veut pas dire forcément pacifiquement). coupe. le rêve. Autre exemple : référant à Resnais ou Ozu. Tous les animaux gardent cependant un degré d'autonomie.. Avec l'image actée. l'image et objet cœxistent. Au-delà d'une indistinction image-objet.

étrange ballet aérien qui mène ces animaux vers d'autres portes par lesquelles ils disparaissent. Allers et retours permanents. modifications d'angles d'observations avec à chaque fois la perception des incidences de ces gestes. Centre Georges Pompidou. op. Bientôt d'autres les remplacent. L'expérience de l'image actée. La perception d'une quasi-vie installée dans la scène.ne conserve qu'un passé provisoire. loc. la dissociation impossible nous confronte au sentiment de suspension du temps. [85] Gilles Deleuze. [84] L'image-temps. fondée. on s'aperçoit que les animaux ressentent cette intrusion et s'écartent. synchronisées selon les mouvements relatifs de l'observateur et des personnages de l'environnement virtuel. Les émissions sonores émanent de sources spatialisées. [82] Je renvoie à des ouvrages déjà publiés tels que Les chemins du virtuel. spect-acteur et non pas témoin. s'enfuient ou accélèrent leur course. venant de l'arrière-monde virtuel. Des chiens l'un après l'autre. p. elle. Sitôt esquissé un déplacement dans l'espace. d'une situation où l'image virtuelle s'ajustant aux mouvements sensori-moteurs (c'est là une différence notable avec "l'image cristal" cinématographique. On est simultanément et effectivement présent dans la scène et hors de la scène. lorsque cet oubli survient. 1985. Elle devient aussi pragmatique. [83] On différencie ainsi l'image actée à la fois des images de synthèse calculées et affichées sur support stable (papier. Cavalcade volatile. p. toujours en passe d'être remplacé par d'autres investigations pratiques. Ce dédoublement devient alors une co-présence et non pas une présence alternative extérieur/intérieur. Le plus petit circuit temporel joignant départ et retour se relie alors avec le plus grand dédoublement entre présence corporelle externe et présence virtuelle interne au spectacte. [87] Gilles Deleuze. et des images enregistrées. Notre existence dans leur univers n'est plus fictive. Le souvenir immédiat du présent coagule avec le présent lui-même parce que ce présent à la forme d'une expérience corporelle. s'exprimant par la perception des effets concrets de nos propres déplacements. densifie encore l'ubiquité. 278. le franchissement continuel de la barrière représentative du spectacte annule la distance qui sépare la perception présente du souvenir. Fondu dans l'enchaînement de l'un avec l'autre. Cette pluri-présence spatiale se traduit par un trouble temporel qu'on peut rapprocher de la présentation directe du temps. Paris. l'horizontalité est à peine marquée par la ligne d'horizon et le spectacte commence. 1983. numérisées et traitées à des fins scientifiques ou esthétiques.virtuel"[157]. La durée de l'expérience (activer une interface n'est jamais un acte instantané) disparaît dans la perception continue de ses effets. L'image-mouvement. film. 366. Dis-Voir. On se situe aux deux pôles simultanément. Dès qu'on plonge son regard dans l'espace virtuel en collant nos yeux sur les lunettes du système BOOM[158]. Elle rend plus improbable l'oubli de soi caractéristique de toute présence dans un récit. etc. organisée par des mouvements psychologiques projectifs et imaginaires. Mais surtout s'inaugure ici un dédoublement de présence absolument inédit. et. Si bien que. transporté corporellement par le truchement des actions effectuées : zoom. des oiseaux en groupe font leur entrée en scène à travers des portes. Deleuze dirait peut-être l'échec de la reconnaissance. une curieuse impression de flottement nous saisit. cit.. L'extrême simplicité de la scénographie et le minimalisme figuratif favorisent puissamment cet effet de déplacement spatio-temporel. inclinaison.il cristallise d'autant plus fortement le trouble présentiel . sur leur dissociation) déstabilise d'autant plus les repères temporels : le départ vers l'environnement simulé et le retour au corps du spect-acteur ne rime plus avec avant et après. le temps -dont on se rappelle que Bergson affirmait que sa formule consistait à se dédoubler pour faire passer le présent et conserver le passé. 1988. L'espace est ténébreux. Les Éditions de Minuit. Les Éditions de Minuit. panorama. comme au cinéma. et c'est surtout affaire de sensibilité et d'intelligence scénographique -comme dans Ménagerie. à la différence de l'expérience cinématographique. la plage" in Paysages virtuels. Flammarion. cit. Paris. Paris. à la fois indépendante et sensible aux perturbations que provoque notre présence. . La dimension sonore accentue l'effet de présence. [86] Gilles Deleuze. Mais l'interface de réalité virtuelle va nous projeter dans le spectacle.). à ce moment. consomme naturellement la durée parce qu'elle entrelace la vision et l'action. 1989 ou "Sous les vagues.

Les Éditions de minuit. Champs. Paris. cit. Paris. 121. p. p. L'image-temps. de "l'hypothèse d'un cerveau où pourraient se déposer.. 365. [112] Gilles Deleuze. L'actuel et le virtuel. été 1992. [97] Henri Bergson. op. cit. op. 122. 93. le rejet. cit. cit. cit. p.. cit. P. par exemple. [102] L'expérience corporelle. op. op. 93. L'image-temps. comme de celle qui consiste à faire "des processus imaginatifs autant d'effets mécaniques de la perception présente " ou symétriquement. qui. [103] Gilles Deleuze. [89] Voir "Virtualités réelles : une phénoménologie appliquée". op. cit. n°16. cit. op. [106] Gilles Deleuze. p.. op. pp. cit. pp.. [98] Henri Bergson.. [105] Gilles Deleuze. cit. p. puisque voir c'est avoir à distance" (op. op. 35/46. 117.. sommeiller et se réveiller des états intellectuels" ( Henri Bergson.. [100] Henri Bergson.. 116. [99] Henri Bergson. loc. 179/186.. cit.. [94] Henri Bergson. mais aussi dans Le visible et l'invisible. cit. [92] Henri Bergson.. [91] Gilles Deleuze. est à la source du schéma bergsonien.. 70/71). cit. [96] Henri Bergson. p. L'image-temps. cit. op. [111] Voir pp. Logique du sens. 183/184..est à la source des travaux les plus stimulants de Walter Benjamin puis de Marshall McLuhan. pour ce philosophe. cit. p. 1964. p. Paris. in Chimères. 117). 1996 [108] Gilles Deleuze. p. [107] Gilles Deleuze. .un délire qui est la vision elle-même. L'image-temps. [109] Gilles Deleuze. [93] Henri Bergson. invente un cadre d'interprétation de la vision à la fois comme interaction des perceptions (et notamment avec le toucher) mais aussi comme présence à distance. Et aussi : "la peinture réveille. 1985. op. On comprend pourquoi j'ai placé ces citations en exergue de ce livre. cit. [90] Ce lien fondamental entre technologie et perception. p. op. Flammarion. p. op. L'œil et l'esprit. cit. op. 114. 115. L'image-temps.. 115. 187. Matière et mémoire. [95] Henri Bergson. Ainsi nous conseille-t-il de "prendre à la lettre ce que nous enseigne la vision : que par elle nous touchons le soleil. p.U. 1969. particulièrement dans L'œil et l'esprit. op. cit. les premiers. p. [101] Henri Bergson. 356.. les étoiles" (Maurice Merleau-Ponty. p. op. 112. p. cit.[88] Maurice Merleau-Ponty. aussi bien de l'idée d'une autonomie absolue de l'esprit. p. -et plus précisément cet effet retour des technologie sur la perception.. ont montré que les technologies ne sont pas simplement des instruments de production mais qu'elles façonnent nos sens. Op. non seulement de la perception mais aussi de l'imagination. p...F. 26/27). Gallimard. Rappelons... p. [110] Gilles Deleuze. 94. 189. actuelle et sédimentée. L'actuel et le virtuel in Dialogues.. [104] Gilles Deleuze. op.

in Dialogues. [123] Cette réalisation a été présentée au festival Vidéoformes à Clermont-Ferrand en 1994. que dans l'optique géométrique. ces perturbations de la linéarité sont fréquentes. la plage" in Paysages virtuels. [116]Voir les descriptions p. cit. l'être et l'apparence dans l'Optique de l'Antiquité.. 171. loc. [125] Gilles Deleuze. Champs. [137] Dans la littérature "classique" aussi. cit. [122] Gilles Deleuze. loc. (Borges. p. 19. mues par des programmes génétiques. [119] La note 5. les productions morphogénétiques de Karl Sims simulant "l'évolution darwinienne" de strates générationnelles d'images (installation présentée à la Revue virtuelle. Remarquons cependant. Les concepts fondamentaux sont "réel" et "virtuel" (et non pas actuel et virtuel). [117] Pour une discussion sur les modalités de mixage des images analogiques et numériques et sur les régimes temporels inédits qui en découlent. op. Claire Parnet. [134] Gilles Deleuze. cit. 130) [136] Gilles Deleuze. Champs. [120] Gilles Deleuze. Paris. virtuel derrière. p. [118] Gilles Deleuze. [115] Voir "Sous les vagues. On rappelle des exemples déjà cités. cit. Centre Georges Pompidou en mars 1993).. 92/93. cit. [130] Gilles Deleuze. L'actuel et le virtuel. des formes de "vie artificielle". op. [124] L'œil et l'esprit. Paris 1996. sous la direction de Bernard Darras. 75.. dans une perspective assez similaire. op.. [126] Nietzsche. cit. Je renvoie aux deux articles . [133] Gilles Deleuze. Dialogues. [135] Gilles Deleuze. loc. 184. Flammarion. cité par Gilles Deleuze. p. in Image & média. p. cit. Mais les commentaires qui les accompagnent ne souligne que rarement cette différence. [121] Gilles Deleuze. Flammarion. p. Gallimard. voir notre article "Images hybrides : virtualité et indicialité". 171. 1983. [127] Les exemples abondent d'œuvres dont la formule consiste à installer des cadres scénographiques où des créatures du calcul. p. 180. op. qui l'applique aux hypertextes. cit. [132] Gilles Deleuze. tels que la littérature génétique de Jean. Schopenhauer éducateur. cit. Champs. Certes ces œuvres explorent le plus souvent la situation morphogénétique elle-même sans être dupes de leur production. Flammarion. Éd. cit.. loc. p. par exemple. avec la coopération des spect-actants. cit. <<Le jardin aux sentiers qui bifurquent>>. p. L'image-mouvement. 188. p. L'Harmattan. in Dialogues. Paris 1996.[113] Gilles Deleuze. Paris 1996. [131] Gilles Deleuze. les notions d'objet et d'image sont définies en fonction de la perception visuelle humaine : là où les rayons convergent se trouve l'objet et il est réel si cette convergence se produit devant le miroir. [114] Gilles Deleuze. 12. p. note 5. loc.Pierre Balpe ou dans le domaine de l'image calculée. 1998.. p. p.. cit. 116. Fictions. [128] J'emprunte cette double caractérisation (noématique et haptique) à Jean Clément. op. op. de Minuit. L'actuel et le virtuel. 106. op. cit. 107. op. 1988. [129] Voir l'indispensable livre de Gérard Simon sur la question : Le regard. Paris. développent. p. Paris. 184 fait allusion aux notions d'objet et d'image virtuels de l'optique. Le Seuil. MEI n°7.

342. une condition. [141] Voir la note 5 p. ni primitive. Il se présente comme une paire de jumelles offrant une vision stéréoscopique interactive dans des environnements générés par ordinateur grâce à une optique grand angle et deux petits écrans cathodiques couplés dans les viseurs. op. cit. Centre Georges Pompidou. circulation dans les sites du Web). op. [151] Gilles Deleuze. [138] Gilles Deleuze. cit. p. p.. 170.. 1992." note 2. "Balzac interactif ou la virtualisation du sens" et de Jocelyn Maixent. ni même un langage. p. p..déjà cités au chapitre V de Christèle Couleau. [153] Gilles Deleuze. p. cit. p. [154] Deleuze mentionne aussi. 353. "Diderot. à propos de L'année dernière à Marienbad. [149] Gilles Deleuze. p. d'un surcodage conventionnel des comportements de nos avatars virtuels. qui est comme un présupposé. op. op. Des manettes et des boutons permettent d'orienter le point de vue. bien sur. cit.Aux frontières du virtuel. Ce qui nous intéresse ici.. [145] Gilles Deleuze. op.. ni universelle.. cit. décembre 1992. E. p.. cit.. [157] Revue Virtuelle.S. cit. [140] Gilles Deleuze. 114. 347. op. 292. cit.. cit. op. Mais ce risque n'est pas congénital. Carnet n°4. 163. op.à travers lequel le langage construit ses propres <<objets>>". 343. récits interactifs. cit. p. op. p. visite de musée par CD-Rom. loc. Kundera et les romans virtuels : le récit des mondes possibles" in La voix du regard . [152] Gilles Deleuze. Dans cette partie finale du livre. . ce n'est pas l'appréciation des qualités esthétiques ou dramatiques des scénographies d'images actées aujourd'hui proposées (jeux vidéo. d'effectuer des zooms et des panoramas. p. 343.N. 294. [144] Nous avons décrit le projet DIVE au Chapitre I en mettant en perspective des horizons inédits qu'il ouvre. 344.... [156] Œuvre en Réalité Virtuelle présentée notamment à la Revue Virtuelle. 346. op. le commentaire de Sylvette Baudrot : le film "est entièrement composé de faux raccords. [150] Gilles Deleuze.. n° 10.. p. op. de Fontenay/Saint-Cloud. 345. mais qu'il "met à jour une matière intelligible. 293. il affirme que le cinéma n'est pas une langue. cit. [147] Gilles Deleuze. p. cit. 168 [155] Gilles Deleuze.. p. loc. cit. op. [148] Gilles Deleuze.. p. [139] Gilles Deleuze. Le risque existe. [146] Gilles Deleuze. 294.. sur Balazs. [143] Gilles Deleuze. op. cit. cit. mars 1997. [142] Gilles Deleuze. Centre Georges Pompidou. [158] Le dispositif BOOM (pour Binocular Omni-Orientation Monitor) a été mis au point par la société américaine Fake Space Labs. Ce que nous visons c'est l'élaboration des concepts appropriés pour les apprécier.

Il n'y a pas de possibilité de "dés-alphabétisation" ni de "dé-numérisation". de la téléinformatique en particulier. du repérage. mais à des pratiques culturelles collectives. Mais revenons à la téléinformatique.monde. du résumé . représentations et pratiques qui structurent "l'être ensemble" d'une société. Nous espérons que la suite du propos contribuera à poursuivre une définition de la culture dans ses rapports aux télé. ou l'unicité de la logique. On trouve. d'ouvrir une nouvelle manière d'accomplir certaines activités et de résoudre des problèmes. en effet. à l'intériorisation d'horizons qui façonnent notre être au monde. Précisons qu'il s'agit là d'un tout autre débat que celui qui concerne le caractère occidental de la raison. "par méthode". à proprement parler. à la différence près qu'il ne saurait y avoir de décolonisation. On s'accorde ainsi à considérer que la diffusion du livre imprimé engendre une culture de l'organisation hiérarchique. dans plusieurs pays du Tiers.technologies procède précisément de cette observation. une technologie intellectuelle) ? Pour l'ethnométhodologie. de la spatialisation planaire. Principale technologie intellectuelle contemporaine. de la programmatique (organisation des activités sociales par programmes informatiques) inscrirait. a contrario. par méthode. Nous nous en tiendrons donc au sens commun qui considère la culture comme l'ensemble des connaissances. croyances. Mais c'est justement cette éviction. nous nous confrontons à la notion même de culture. Affirmer l'universalisme des télé. aujourd'hui. On en déduit donc une transformation directe des cadres perceptif et cognitif. Elle insiste. Si l'on considère que l'effet majeur d'une technologie intellectuelle inédite est d'instituer. Dans cette voie. par exemple. par exemple. elle ne peut -ni ne veut. la victoire du "temps réel" ou. Ce chapitre montrera en quoi. La nocivité ou la bienfaisance des différents personnages s'apprécient différemment selon les structures familiales dominantes[159]. Cette thèse a souvent été invoquée. et notamment technologiques. Une étude a montré. à leur monde affectif et construisent ainsi leur éco-système culturel et technique.elle. par exemple. La réflexion proposée se donne pour objectif d'examiner les incidences culturelles des technologies intellectuelles actuelles basées sur la programmatique (disponibilité et diffusion de programmes informatiques) et la Téléprésence. culture qui se fonde sur des programmes de mémorisation tels que catalogage. à leurs mythes. à l'incubation de paradigmes. que ce postulat d'efficacité unilatérale doit être discuté. elle transcenderait les cultures. Dallas.présupposer la manifestation "d'universaux".technologies. celle du calcul. comment la réception du même feuilleton. transformation qui s'imprimerait unilatéralement sur les visions du monde et dans les rapports sociaux.Chapitre VII Les paradoxes de la téléinformatique Une société de l'immatérialité et de la vitesse : cette apparente constatation m'apparaît être une hypothèse discutable. se moule selon des filtres locaux. à . alors on comprend que son extension est une conquête. Avec les technologies intellectuelles. nous renforcerions la doctrine de l'efficacité culturelle unilatérale (c'est-à-dire se déployant sans contradictions) des technologies intellectuelles en général et. méta-mémorisation par la réalisation d'index. non pas parce qu'elle serait porteuse d'une rationalité supérieure. l'assomption de la vitesse. Focalisant son attention sur la manière dont les acteurs construisent socialement leur réalité. toujours selon la thèse énoncée. une colonisation mentale. à propos de la télévision pour rendre compte des multiples modalités à travers lesquelles des récits identiques sont interprétés par des cultures locales. sur la manière dont les acteurs plient le matériel cognitif qui leur est offert à leurs jeux d'intérêts. (Mais la télévision est. De même la diffusion de l'hypermédiation. de la question de l'universalisme technique qui résout le problème avant de l'avoir posé. dont toute tentative de définition met en abîme les concepts qu'elle mobilise. Nous tenterons de montrer. Si nous nous arrêtions à cette affirmation. des conceptions du monde univoques sous les auspices de discours convenus annonçant la catastrophe d'un temps mondial. dans l'ethnométhodologie une approche qui tranche avec les logiques technocentristes. on dira. que nous regroupons sous le vocable de téléinformatique. la question du caractère structurant des technologies intellectuelles ne se pose pas . nous ne nous confrontons pas à une matière formelle ou axiomatique. mais parce qu'elle diffuse un milieu indissolublement matériel et intellectuel dans lequel se construisent à la fois les questions et les réponses. de fichiers documentaires.

On affirme donc que les réseaux numériques y substituent le règne du temps réel. en les prolongeant mécaniquement. on annonce que la culture du réseau provoquera sa disparition. pour reprendre le néologisme de Paul Virilio) orientent nombre d'activités relationnelles. cela. ne saurait être négligé. et non pas contre. Elles nous assurent à la fois de l'efficacité majeure des technologies intellectuelles dans le paysage culturel et de sa propension à s'imposer comme logique transcendant les diversités culturelles.Le régime temporel des télé-technologies : accélération et ralentissement. L'idée selon laquelle l'écriture et le livre organisent une temporalité de la différance (au sens où Jacques Derrida a constitué ce concept) fait désormais partie de notre héritage culturel. faire resurgir au cœur des conjectures actuelles d'anciens principes qu'on a pu croire obsolètes. Nous creusons l'hypothèse qu'avec ces technologies. manifestant une distorsion de la problématique des effets culturels. suivre les contradictions constitutives des nouveaux paysages culturels en émergence.interroge le rapport au territoire. par-delà la problématique des résistances. Les propositions qui tendent à nous persuader que nous sommes entrés dans une culture de l'immatériel.Le contexte de l'hypermédiation : une éclipse de la séquentialité ? . la suprématie du savoir comme nouvel espace anthropologique laissant entrevoir la fin de toute transcendance sous les horizons radieux d'un cyber-communisme. On découvre que l'auteur individuel est un sous-produit de la culture du livre. Nous souhaitons inquiéter ces considérations qui semblent faire consensus et attirer l'attention sur la difficulté de déduire des technologies intellectuelles contemporaines. Qu'à cela ne tienne. éducatives. La plupart des pensées du changement provoqué par la téléinformatique ne font que rééditer..La retraite de l'auteur ? . à des titres divers.l'inverse. mais une méta-culture avec des incidences contradictoires enclenchant des dynamiques moins lisibles qu'il n'y paraît de prime abord. un modèle culturel univoque. . Nous tenterons de faire apparaître ces incidences contradictoires. productives. telle est l'observation commune qui réunit les différents parcours proposés. relève plus d'une certitude de principe -ou au mieux de hâtives généralisations.Réseaux et présence à distance : une disparition de l'inscription territoriale ? Le transport de la présence à distance -l'un des principaux paradigmes qui justement orientent les cultures contemporaines et pour lesquels l'informatique crée simultanément l'offre et les moyens de la satisfaire. Ainsi procède la mécanique quasi mystique du bouleversement culturel adossée au constat de l'accélération techno-scientifique. Tisser le nouveau avec. les effets des bouleversements technologiques antérieurs. ou des logiques culturelles. Bref. (On aura reconnu les positions diamétralement opposées de Paul Virilio et de Pierre Lévy). imprégnées de cette tendance . A . se diffuse non pas une culture. Toutes les cultures modernes sont. Que la visée "dromologique" (logique de l'accélération. bien sûr. logistiques. de la vitesse et de l'instantanéité abondent. etc. l'ancien.Les réseaux : une disparition de l'inscription territoriale ? .que d'observations soucieuses de la pluralité des logiques en cours. Elles en appellent à des sentiments partagés qui reposent sur un jeu de renvois entre des évidences incontestables et leur surévaluation.Internet : l'évanouissement des intermédiaires dans l'espace public ? .La représentation de l'espace : réglage individuel des trajets et nouvelle formule panoptique. et cela selon six interrogations principales : . Mais que ces observations soient érigées en quasi-théorèmes qui régleraient le devenir de notre monde.

voire comme sa négation. dans les quartiers d'affaires des grandes villes. vérifiée par quelques observations[160] que des collectifs territoriaux trouvent dans Internet un moyen de renforcer leurs liens.G. La génération actuelle de réseaux (perfectionnement d'Internet dans la voie de la réalité virtuelle. a radicalisé cette tentative. on peut faire l'hypothèse. image télé. une pluralité de couches sémantiques permettant de commuter les . D'où l'idée que la localisation géographique. corps modélisés et transférés dans la téléprésence contemporaine.S.) participent d'une recomposition du rapport au territoire. matérialisée par la carte et le traitement d'information abstraites non spatiales (économiques. Ils croisent l'information cartographique avec l'analyse de données stratégiques (économiques. Le développement des systèmes cartographiques informatisés. l'exploration s'accomplit sans discontinuité. ceci en attendant la généralisation des calculs individualisés d'itinéraires à bord des véhicules. plein écran. Or l'appréciation de ce mouvement tend à considérer que le transfert des signes de la présence équivaut -ou équivaudra dans de brefs délais. Bref. stricto sensu.). on l'a vu. la territorialisation tendrait à devenir archaïque sous les feux croisés de la mondialisation et de l'efficacité croissante des télé-technologies. sur toute la planète. Lorsqu'on examine les premiers effets des réseaux comme Internet. Les communautés scientifiques. d'augmenter l'intensité et la fréquence de leurs rencontres de visu. Une attention plus mobile permet de faire l'hypothèse que. signalons à nouveau. par exemple). De la carte de France. écologiques. plus que toute autre activité. N'oublions pas que la carte traditionnelle concentre déjà en une seule figure.technique universelle fondamentale. niant par là même l'opération de transport qui deviendrait ainsi totalement transparente aux acteurs. C'est précisément l'intensification de l'alliage entre la topographie traditionnelle. Rappelons d'abord quelques attendus déjà discutés. L'informatique. etc. même si les déclinaisons locales prolifèrent. du repérage spatial et de la communication mobile permettent de conforter ces premières hypothèses. de l'ordinateur).et que les activités boursières. savoir où habitent les plus fidèles clients d'un supermarché. (Les premières expériences de calcul à distance précèdent même l'invention. on renforce donc souvent. qu'à Paris. outre la fonction de visualisation territoriale. Auxerre ou Avallon.). On doit considérer le mouvement d'augmentation tendancielle du cœfficient charnel dans le transport de la présence comme relevant de technologies intellectuelles. Mais. aux villes de Caen. l'exploration géographique ajoute une présentation de données thématiques. ou à des dispositifs de localisation de véhicules par satellites géostationnaires (comme le fameux G. Systèmes d'Information Géographique et spatialisation de l'information Les Systèmes d'Information Géographique (S. les réseaux ne font que l'accroître. éminemment consommatrices de réseaux.) permettent d'organiser et de visualiser l'évolution temporelle d'une situation : planifier l'intervention des Canadairs lors d'incendies.à la duplication de la présence. traiter les demandes d'itinéraires. sociologiques. et ceci. dialogue par avatar corporéisé. courrier. souvent à caractère commercial (connaître les ventes de journaux rues par rues. se localisent géographiquement. comme jamais aucun autre projet ne l'avait fait auparavant. étaient déjà reliées par d'autres canaux (documents postés. historiques) qui est remarquable. peut-être. voie télé-portée.I. avec les réseaux larges bandes et autres perfectionnements à venir.transmise. les Systèmes d'Information Géographique sont "géostratégiques". car il opère essentiellement sur et par des signes. À travers une localisation dans l'espace informationnel. l'importance de la localisation géographique. Par ailleurs. loin de dissoudre l'importance de la localisation. militaires. Le transfert de la présence opère bien entendu sur cette matière sémiotique : lettres acheminées. Par exemple. on en déduit que la croissance du transport de la présence se traduit par une déterritorialisation conçue comme mise entre parenthèses du territoire.P. par concentration et agrandissement de la zone choisie. etc.) concrétise cette orientation fondamentale. etc. En revanche. et paradoxalement. Faire de la présence à distance son métier exige et engendre des communautés fondées sur la proximité géographique . thématiques par nature. les communautés qui voient leurs liens les plus affectés par Internet sont des collectifs de proximité territoriale. les entreprises du Web se regroupent aujourd'hui dans le même quartier -le Sentier. colloques. Ces systèmes couplés à des capteurs de trafic[161].

. par exemple)..I. De cette inscription territoriale. ici. Mais au fait. Le territoire n'a donc pas disparu sous la poussée des réseaux informationnels. comme sur les cartes traditionnelles. logistiques en général.ou d'absence que sont les répondeurs/enregistreurs téléphoniques. mais surtout par leur capacité à automatiser cette extraction du surplus informationnel en multipliant les strates d'images d'un territoire. les appels commencent. L'activité scopique et la saisie de l'espace se trouvent redéfinies par ces appareillages. dépassant l'opposition présent/absent. lesquels luttent déjà contre la coupure temporelle du flux communicationnel[163]. à bas salaires et qui achètent leur quotidien tôt le matin ? L'exploitation numérique de la carte ne relève plus seulement de la spatialisation de l'information (un cercle étendu pour une grande ville.cheminements du regard. Le regard n'accomplit plus. quels types d'informations ne se prêtent-elles pas à une vision spatiale ? Assez peu échappent à cette injonction territoriale notamment dans les domaines commerciaux. Dominique . la perception directe des grandes tendances qui orientent un paysage de données.G. par une identification spatiale : "Je me trouve au Luxembourg. comme simple substrat. Mobilité et localisation Le développement de la communication mobile a pris le relais des simulateurs de présence. médiatiques. on espère qu'elle ajoute quelque chose aux informations produites : la saisie d'un détail moléculaire significatif. notamment dans l'univers professionnel. Mais ce qu'ajoute ce type de vision. qu'il se manifesterait.il me semble plus intéressant de mettre l'accent sur la reterritorialisation des informations. un trait large et bicolore pour une autoroute). un révélateur carto-sémantique. composent directement des paysages informationnels à plusieurs dimensions. Ainsi dans son étude sur les technologies mobiles. Ces recherches raffinent la notion de localisation. il déchiffre ces paysages et découvre un hybride territoire/espace informationnel abstrait. de faire travailler l'inscription pour qu'elle exsude plus de connaissances que celles qui y ont été déposées[162]. l'assignation territoriale. Elle s'exprime aujourd'hui à travers le traitement synthétique informatisé qui devient un organe de saisie et d'organisation géostratégique. sous un autre angle.G. Nous en proposerons quelques enjeux ultérieurement. Le succès remporté par ces systèmes de spatialisation informatique des informations s'explique non seulement par la possibilité de mobiliser dans une seule surface de vastes corpus cartographiques. l'équivalent d'un cheminement réel. en comparant par le calcul les différents parcours ou en fournissant au consultant des outils paramétrables d'interrogation. c'est la puissance de traitement informatique : par exemple. Radicalisant les calculs analogiques qu'autorisaient déjà les cartes imprimées (repérer l'importance de la proximité du littoral dans la répartition mondiale des grandes villes. les S. presque toujours. d'acquérir une plus-value informationnelle. dans quelles rues habitent les lecteurs d'un journal. La localisation ne perd pas sa puissance. Plutôt que de suivre cette voie -celle du recouvrement du territoire par la carte. comme certaines données commerciales apparaissant visuellement sous forme de zones colorées). c'est la question de la localisation qui nous retient. donc. comme l'indice d'une force qui pousse vers la spatialisation de l'information (et tout particulièrement pour la consultation d'informations qui n'ont pas d'attaches spécifiques avec le territoire.. Où a lieu un événement ? La réponse est rarement indifférente. et. D'ailleurs. d'interpréter la croissance des S. La cartographie du territoire réel et la localisation géographique se combinent à l'abstraction du traitement informationnel. pouvoir joindre quelqu'un en tout lieu et à tout moment augmente paradoxalement." Les premières études effectuées sur les technologies mobiles mettent l'accent sur le renforcement du contrôle spatial qu'elles induisent. car.. la manifestation de causes dissimulées que la vision spatiale révélerait. on pourrait penser que le territoire a été colonisé par l'univers informationnel. À l'heure des constellations satellitaires ceinturant la planète. nourriture de base alimentant l'espace informationnel qui tendrait à l'oblitérer. Dès lors. militaires.I. une forme de relevés topo-informationnels.

Le préfixe "télé" (à distance) indiquerait une liaison paradoxale -téléphonique. À propos des dispositifs de formation actuels qui intègrent les nouvelles techniques de communication. qu'on peut parler d'ubiquité à propos de la communication mobile. bien sûr. mobilisant éditeurs partagés. Les systèmes de positionnement satellitaire (tel G. mais intègrent les deux.maintenant et la pure télérelation. Plus radicalement encore et aux antipodes du "village global". Cependant. l'importance des formules mixtes associant communications à distance et rencontres collectives[166].Carré insiste sur deux figures de la mobilité : l'ubiquité et l'omniprésence : "Alors que l'ubiquité met l'accent sur la coïncidence entre déplacement et communication (l'utilisateur communique pendant son déplacement. dans son étude sur la formation à distance. D'ailleurs une description fine des rapports entre l'ici et l'ailleurs ne devrait que rarement opposer présence et absence. équipements vidéos des locaux. mais désigne au sens strict. comme ces victoires qui. non plus dans un espace strictement territorial.S. La communication à distance est ainsi préparée et ponctuée par des exercices collectifs en proximité. etc. Dans un cas comme dans l'autre il s'agit bien d'effacer les séparations pour créer un espace collectif unique muni. préparation d'une réunion par télé-relations. La tentative de rapprocher le lointain s'étend à la réorganisation du proche dans le même mouvement qui a rendu évident l'usage local de la communication à distance (courrier interne. Tout en pointant une incontestable relativisation de la localisation spatiale. ces systèmes n'opposent plus présence et distance. C'est par assimilation de la continuité temporelle du lien communicationnel à une pluri-localisation instantanée. la persistance d'une préoccupation territoriale. une fois remportées. Les étudiants. visiophonie. le réseau surplombe le territoire sans l'assujettir. Tout se passe comme si un processus d'hybridation était en train de se développer"[165].). De même. avec l'affichage de la localisation. le montre bien. on peut considérer qu'elle accroche les lieux de labeur aux épaules du travailleur nomade. Elle mériterait d'être attentive aux multiples strates qui jalonnent les liens entre participants à un même réseau : échange épistolaire entre chercheurs partageant les mêmes locaux. l'omniprésence au contraire occulte le déplacement et permet au télé-communicant de continuer ses activités communicantes quand il est dans d'autres lieux que son travail habituel"[164]. "Ubiquité" n'est pas synonyme de mobilité. Elle rend compte d'un des multiples agencements possibles entre le partage de l'ici. Par ailleurs. fax. utilisent. en groupe.et. La notion de glocalisation a justement été forgée pour désigner l'usage local d'un média "global". En ce sens. permettent aux vainqueurs de s'approprier les valeurs des vaincus. Il s'agit là d'un des nombreux exemples où présence et télé-relation se combinent[167]. Jacques Perriault. par exemple. téléphone pour se former à leur usage sur des études de cas. multipliant ainsi les localisations possibles. à plusieurs reprises et notamment à propos des réseaux d'échanges de savoir. télé-textuelle. l'expérimentation des mediaspaces (espace de travail commun entre des collectifs à distance.P.) le montrent bien. etc. qui s'émancipent de la géographie physique tout en assurant la localisation. télévisuelle. les techniques de communications telles que messageries. mais il la retravaillerait en mêlant uni-présence physique et pluri-présence médiatisée. etc. en présence d'un tuteur. réseau téléphonique et messagerie locaux.où l'importance de la situation spatiale est majorée parce qu'elle est niée. Entre proximité et éloignement Le réseau ne dissoudrait donc pas la notion de lieu. de fonctions séparatrices réglables (protection. Ce qui en dit long sur l'insistance avec laquelle l'affiliation au réseau persiste à situer.). disponibilité. L'affiliation au réseau vaut localisation dans un espace à la fois non géographique et territorial. précision ajoutée). ces notions d'ubiquité et d'omniprésence signalent. entre Internautes se rencontrant épisodiquement. en creux. le concept de "ville numérique" tend à . notamment) concerne tout autant des équipes séparées par l'Atlantique[168] que des communautés de travail occupant les bureaux d'un même laboratoire. mais dans un hybride territoire/réseau communicationnel. Le spécialiste de l'enseignement à distance souligne. même si "l'omniprésence" permet de s'affranchir de la localisation unique. il écrit : "Contrairement à ce qui a été fait dans le passé. combinant ainsi espace physique et espace informationnel. la carte géographique reprend ses droits. le partage simultané de plusieurs lieux.

mairies. Mgr Gaillot explique ce qu'il apprécie dans Internet:"[. Par ailleurs. Rutkowski. pour les novices. Tisser le réseau par coopération.. salle.. code de bonne conduite sur le réseau). institution de l'audiovisuel). de territoire qui sont redéfinis.) n'a sans doute pas qu'une valeur métaphorique. trafic local. de revues. On en est bien loin. La terminologie utilisée sur Internet (site. immanent ayant pour finalité son auto-développement. En témoigne la vogue des logiciels de personnalisation de l'information. sans passer par les pouvoirs. etc. Un exemple parmi cent autres : présentant le site Parthénia. contre l'état et ses tendances naturelles à l'inquisition. de journaux accessibles) a progressivement rendu impossible le projet initial d'une information transparente et d'une communication immédiate. privé. d'une volonté de se rendre "maître et possesseur" d'un appareil communicationnel. groupe de presse. au sens littéral "d'auto-commandement". salon. L'extension des fonds documentaires. Faire de chaque acteur aussi bien un récepteur qu'un émetteur : en ce sens le réseau des réseaux est bien une réaction au principe des massmedia. directeur exécutif de l'Internet Society en 1995[171]. Le caractère auto-gouverné (cybernétique[172]. sans passer par les hiérarchies". de ce fait. l'obligation de consulter les Frequently Asked Questions). dans la sphère de la communication interindividuelle et collective.. le rôle dévolu aux animateurs de ces groupes. Elle indique que le marquage de la nature de l'espace désigné (public. centré sur l'Internaute. en faire une construction collective. La croissance explosive du réseau (des milliers de banques de données. commerces. "La connectivité est sa propre récompense" affirme A. Cependant. le désir d'une communication transparente où les acteurs maîtrisent à la fois l'information et le média qui la fait circuler.] c'est le réseau horizontal qui se tisse. et plus fondamentalement. et non annihilés. B . ces logiciels recueillent les thématiques sélectionnées par l'abonné. l'objectif de suppression des intermédiaires se transforme. aussi bien qu'en opposition aux entreprises et institutions qui souhaitent privatiser la communication sociale. de localisation. Citons l'établissement de protocoles spécifiques de participation à des groupes de discussion (tel que. toutes ces dispositions. se jouer totalement des confrontations corporelles. presse locale. progressivement à partir des acteurs. Au terme de ces mixages. d'une communication immanente supprimant les intermédiaires spécialisés (éditeurs. etc. le nombre d'ordinateurs connectés et les facultés de navigations . dès sa prise main par les chercheurs américains dans les années soixante-dix. organiser sa croissance.)[169]. par les nouvelles mises en relation du proche et du lointain. ou encore les codes de comportements (comme la fameuse netétiquette. (Nommés aussi Webcasting. Connecter entre eux tous les ordinateurs du monde apparaît comme un projet social où se dessine la figure d'une transparence informationnelle.Internet : l'évanouissement des intermédiaires dans l'espace public ? L'une des sources où Internet puise son dynamisme est. intime) demeure une condition sociale de repérage des acteurs engagés dans l'échange à distance. météo locale. résonne avec la valorisation de l'individualisme dans la sphère communicationnelle. Rappelons les observations déjà mentionnées dans le chapitre III : ces contraintes sociales témoignent du surgissement de fonctions médiatrices suscitées par l'usage du réseau alors même qu'il s'agissait d'en affaiblir les pressions. on constate déjà l'émergence de procédures qui expriment les normes relationnelles élaborées par les collectifs sur le réseau. en création d'une nouvelle couche de mécanismes médiateurs automatisant la médiation. recherchent les informations et les assemblent en de véritables journaux parfaitement individualisés). rappelons-le affirment un modèle institutionnel ascendant. ce qui n'est plus vraiment son sens usuel) de cette médiation.. nous l'avons déjà mentionné dans le chapitre consacré à l'auto-médiation sur Internet. Il témoigne. dans une émission de télévision[170]. La présence cesserait totalement d'être territoriale si le transfert à distance devenait duplication de la présence et si la proximité pouvait.désigner un moteur de recherche sur Internet repérant les prestataires de services situés à proximité géographique du demandeur (syndicats d'initiative. de par son propre mouvement. ce sont les concepts de proximité.

. une fonction séparatrice singulière et prometteuse. Des instruments extérieurs -transcendants ?. de l'évaluation. et de la pertinence de l'information. la fonction médiatrice se renouvelle plus qu'elle ne disparaît. la séquentialité (ou la linéarité) comme une structure d'appropriation fondée sur la succession d'expression orales ou écrites. tirant profit des caractéristiques de l'informatique pour. Les robots-chercheurs symbolisent nettement. et ceci à l'encontre de ce que suggère la métaphore du surf souverain et opportuniste sur l'océan informationnel.. en position de survol. . fichiers documentaires. bousculée par l'hypermédiation (parcours chaîné de d'informations sur le Web par hyperliens.hypermédiatiques ont rendu encore plus nettement incontournables les questions de l'aisance de la recherche..l'inscription de la pensée dans ses rapports avec l'ingénierie numérique. et dans le langage. limpide avec des corpus d'informations. Cette auto-médiation a induit. C .la circulation hypermédiatique. ce qui n'est pas le moindre des enjeux. Si le projet initial consistait à promouvoir une relation directe de tous avec tous. . tout en s'inscrivant dans le cadre général d'une visée à l'élargissement des espaces d'autonomie individuels et collectifs. On peut d'ailleurs penser que la disponibilité de ces instruments va accroître l'importance des idées directrices qui forment l'horizon de sens de toute recherche d'informations. afin d'assurer la recherche et l'évaluation des informations acquises. L'auto-médiation -déjà contenue en germe dans les pratiques de consultations de corpus imprimés (index. radiophonique ou télévisuel. certes.). Séquentialité rime avec ordre univoque. Ces expressions relèvent d'une spatialisation (comme dans l'écriture alphabétique basée sur la ligne ou l'imprimé organisé en pages numérotées) ou d'une linéarité temporelle comme dans le flux cinématographique.L'univers de l'hypermédiation : une éclipse de la séquentialité ? On définira. de sons. de banques de données et en extraire les denrées recherchées.en donne un premier exemple et les conversations d'une réception mondaine. se doivent d'articuler -et non d'éliminer. sonder les milliers de sites. un autre. ici. surtout lorsque ces qualités se combinent à la puissance des outils de recherche issus de l'informatique documentaire. dans un mouvement itératif naturel.les mérites propres de la séquentialité avec ceux de l'hypermédiation. Nous envisagerons cette question sur trois axes : . continuité. linéarité.. etc. Mais elle dénature le projet d'une relation directe. consultation interactive de CD-Rom. Nous souhaitons montrer que la structure linéaire n'est peut-être pas si obsolète qu'on le dit souvent et que les modalités de fréquentation des corpus numérisés soulignent assez distinctement les qualités qu'elle véhicule. de figures.). un rapport social qui se distingue nettement des formes professionnelles classiques de la médiation (éditeur. accès par exploration systématique du support (comme sur une bande vidéo) et s'oppose à parallélisme. l'apparition d'une médiation automatisée.s'interposent désormais entre l'Internaute et l'immense marée informationnelle en crue permanente. On en déduira que les formes contemporaines d'organisation et de présentation des connaissances. simultanéité. presse.. autour de l'automédiation. La séquentialité s'oppose à la présentation parallèle d'un ensemble d'informations telle que la page d'un quotidien -contenant simultanément plusieurs articles de poids éditorial équivalent ou inégal. . L'accès direct s'est estompé au profit d'agencements plus complexes. Qu'il s'agisse donc de la sphère interpersonnelle (bilatérale et de groupe) ou bien de la communication automatisée. décuplant la puissance des dispositifs de circulation dans les corpus.).représente.la réception des récits interactifs. etc. Cette structure séquentielle serait. d'images contraintes par un support. ce qui se profile institue à nouveau. on l'a vu. accès direct (comme sur un disque numérique). à première vue. la mise en service de méta-robots qui sélectionnent les robots les plus adaptés à prendre en charge une requête.

selon toutes les combinaisons possibles[176]. dans le champ de la télévision. le lecteur pondérera les chemins suivis. la question de la contextualisation. contester la linéarité d'un récit. de toute circulation dans un ensemble de connaissance.une rythmique quasi-intégralement délocalisée. est bouleversée par l'instantanéité des télécommunications modernes. hétérogène à celle des produits de la culture de flux. On suivra ici Bernard Stiegler. y compris celle d'une émission de télévision opère aussi par tri. d'un point de vue.. rétention sélective. qui donne sens à la multitude des propositions qu'offre un hypermédia.. en rapport avec l'affirmation d'un regard. circulation hypermédiatique et décontextualisation Les gains cognitifs liés à l'exposition hypertextuelle de connaissances sont fréquemment rapportés à l'économie de contextualisation qu'elle permettrait. hypermédias conçus et décryptés selon des situations singulières. toute composante herméneutique à la réception des flux médiatiques sous prétexte que le destinataire ne peut plier le déroulement temporel du flux à son interprétation ? Négligeant le fait que toute réception. l'élection d'un chemin unique enchaînant des idées et constituant une démonstration. formellement. locales) possèdent une dynamique relocalisante. tendent à suspendre toute contextualité. œuvrant à l'encontre d'un couplage mécanique du récepteur avec l'industrie télévisuelle normalisée. etc. L'idée d'une décontextualisation totalement explicitée et que l'on pourrait s'approprier complètement rabat la question du contexte sur la pure matérialité de son inscription. Mais quel intérêt présente une activation continue des multiples liens qui rapprochent des thématiques dont les rapports. et dont nous avons tenté précédemment de situer les enjeux. retrouvant la nécessaire sélection. marqué par l'expérimentabilité. d'un ailleurs anonyme. en considérant que la réception de la connaissance hypermédiatique -qui consiste à métaboliser le traitement de l'information pour en s'en fabriquer de nouvelles connaissances. le contexte actuel de la crise de confiance. lui aussi. à raison. majore fortement cette activité.) réaliserait l'idéal encyclopédique d'une totalisation de la connaissance passée. Mais la circulation hypermédiatique par liens associatifs va probablement renforcer le caractère stratégique de l'énonciation séquentielle. intentionnel et non intentionnel."[175]) comme si la réception n'était pas aussi une activité dans laquelle est impliquée le tout de l'histoire d'un sujet et des communautés qui le constituent. Bernard Stiegler aborde. Bien sûr. Cette structure en deux temps. Et surtout. recontextualisante. La continuité référentielle découlerait des liens hypermédiatiques reliant chaque item à tous les autres sur la "toile". tyrannique et prescripteur. Mais doit-on dénier. Bernard Stiegler a tendance à projeter la délocalisation de l'émission sur le destinataire (". d'une explication. sites d'information de toute nature. édition électronique de revues scientifiques. de journaux. parce que le choix d'une succession. différant le moment de la réception. sans ici ni maintenant. La numérisation hypermédiatique peut. Ses analyses procèdent par comparaison avec des problèmes similaires engendrés par la pratique de l'écriture.. d'une circulation dans un ensemble d'informations. celle du grand "autre". au bout de trois ou quatre générations de sélection de liens. augmentée d'une actualisation quasi instantanée. par les réseaux de télécommunications. que les "idiotextes" en cours d'émergence (textes. va revêtir un caractère "luxueux". On sait que la décontextualisation provoquée par l'écriture entraîne une recontextualisation des interprétations par la lecture. Nombre d'analyses contemporaines[173] insistent sur la décontextualisation ainsi obtenue par omniprésence du contexte qui ne requerrait plus une délimitation ferme entre un énoncé et les références qui lui sont connexes. L'écriture hypertextuelle effacerait l'obligation de contextualiser l'information présentée parce que ce contexte serait toujours déjà présent dans les liens mobilisables. pondération. il laisse entendre. À la figure du grand tout. La mise en ligne par les réseaux numériques de la connaissance produite (banques et bases de données. plus ou moins volontaire. satellitaire. Elle ignore le volet subjectif..Séquentialité. L'industrialisation de la mémoire accomplit la décontextualisation généralisée"[174]. Bernard Stiegler oppose. impossible. Finalement. pour autant. hypertextes. deviennent opaques ? Suivre tous les liens est. totalement et librement offert des prosélytes du réseau. mais à partir des médias fondés sur le flux instantané : "Les objets temporels industriels (les produits des industries de programmes : radio et télévision principalement) dans la simultanéité et la mondialité de leur réception. qui est à la base de toute construction cognitive. bien sûr.relève d'un nouveau régime de construction de la croyance. . provenant. dont on s'est déjà expliqué.

être modifiées par les cheminements empruntés. Il est vrai qu'une lecture est aussi une recherche et que les orientations qui guident cette recherche peuvent. obligent d'ailleurs les concepteurs de sites à imaginer des procédés destinés à capter le consultant afin qu'il ne quitte pas le site en cliquant sur la première zone colorée venue. Une cartographie intensive des chemins de navigation Afin d'offrir des outils intellectuels synthétisant les explorations de grands corpus de connaissances. Au Medialab du M. ces chercheurs préconisent de transformer. Financial View Point pour la finance. pour conserver leur productivité intellectuelle. D'autres recherches. Leur capacité à augmenter des connaissances ne procède jamais par une libération des contraintes qui président à leur inscription. Exploitant des capacités humaines. Les écrire les unes après les autres -et l'ordre adopté n'est jamais le seul possible. sous cet angle.Ces affirmations reposent sur l'un des enseignements à forte teneur heuristique issus de la problématique des technologies intellectuelles. Pickett développe des programmes d'appréhension sensorielle de grands gisements de données. affiche. Ce texte. développé à l'Université de l'Illinois. C'est parce que Mendeleïev classe spatialement les éléments chimiques selon deux critères. la vue et le toucher (grâce à des interfaces à retour d'efforts qui permettent de ressentir physiquement des objets virtuels)[177]. Pour le lecteur. c'est dans un travail contraint indexé sur ces inscriptions que gît leur vertu d'accroissement cognitif. Chaque passage dans un site se réduit à une commutation vers un autre et "surfer" dans des sites et des banques de données devient assez rapidement compulsif ou ennuyeux. que le lecteur y gagnerait en compréhension des idées développées et de leur articulation. expressive en tant que telle. dans un environnement de réalité virtuelle. de nombreuses recherches portent sur la visualisation tridimensionnelle de "paysages de données". par "copier/coller" permet d'associer à une requête. pourrait fort bien être présenté sous forme d'ensembles d'énoncés reliés par des liens hypertextuels. WW Movie Map présente des informations organisées sous forme de "paysages de données" : Galaxy of News pour la presse. relatives au séquençage du génome. L'effort du rédacteur s'en serait trouvé notablement allégé. des propos présentés. des chercheurs ont mis au point une interface qui. à supprimer la possibilité de cliquer immédiatement sur un lien et à hiérarchiser les liens en ne donnant que les adresses électroniques non cliquables de certains sites jugés d'intérêts secondaires. La tentation permanente que représente la possibilité d'activer des liens hypertextuels.T. Le zapping hypermédiatique est une affection que les producteurs de sites doivent combattre comme leurs homologues à la télévision. L'idée centrale est d'appliquer à de grandes quantités d'informations brutes des procédures qui les organisent pour elles-mêmes et de constituer ainsi automatiquement des systèmes d'interprétation qui préparent la reconnaissance et l'exploration humaine. Geo Space pour la géographie. ces orientations doivent. est une figure imposée. par exemple. sinon préexister formellement. la concision de l'expression est dans un rapport direct avec la puissance d'élucidation obtenue. . et deux seulement. si tant est que l'intérêt d'une recherche dépend de la consistance des orientations qui y préside. La parade consiste. à Boston. du moins procéder d'une interrogation préalable et se construire dans l'exploration. Il n'est pas sûr. qu'il peut prévoir l'existence d'éléments non encore découverts. telles que celles qui nous permettent de reconnaître facilement une personne. La force des contraintes. des images de données avec lesquelles on peut interagir. des ensembles de données en visages afin qu'on puisse facilement les identifier et les regrouper en familles. visent à traduire en musiques spécifiques certaines séquences d'images d'acides aminés. par exemple. s'affranchir de ces contraintes de séquentialité au profit d'une circulation/vagabondage dans des ensembles corrélés d'informations n'est pas une garantie d'augmentation cognitive. en revanche. Le système CAVE. R. pour l'auteur comme pour le destinataire. La séquentialité. Toujours dans le Massachusetts. Sinon une lecture devient un vagabondage sans principe. bien sûr. par exemple.I. afin de la renouveler automatiquement. Bien au contraire. Mais. c'est une interface de visualisation du Web en réalité virtuelle qui est étudiée. mais à l'Institut de la visualisation et de la recherche sur la perception de l'Université Lowell. une portion du graphe de circulation dans des sites Web.transcrit un choix d'enchaînement ainsi que des pondérations qui expriment le sens. qu'il invite à parcourir en utilisant à la fois l'ouïe. À Montréal.

Comme contrainte. Elle se consulte par saisie globale. La question de la séquentialité est intimement liée à celle de la causalité : "après" sous-entend souvent "par conséquence". reconduit une forme de séquentialité sécrétée au cœur même de l'hypermédiation. ainsi. Se fait jour. y compris intellectuelles. Des cartographies d'ensembles d'informations feraient alors apparaître. d'exprimer les structures organisatrices d'un champ de connaissances dans un schéma qu'on peut saisir par le regard. cette tension disparaît et sa productivité avec elle. Prolongement de la bibliographie commentée. Sous cet angle. La carte. la nécessité de cataloguer les liens en précisant leur degré d'intérêt et surtout la nature de l'association dont ils sont porteurs. décrits. de compacter. La vogue récente des "anneaux" -groupements thématiques par affinité de sites dans lesquels on passe nécessairement d'un site à son successeur dans la chaîne bouclée[179].est sans doute aussi à verser au dossier de la résurgence de la linéarité. trop souvent ignorée dans l'enthousiasme hypermédiatique actuel. de nouveaux alliages entre linéarité et hypermédiation qui renforceront probablement les deux qualités. non pas des items massivement interconnectés. etc. la séquentialité qu'on a cru pouvoir chasser par la porte fait retour par la fenêtre. simultanée. notamment par l'ouverture de fenêtres associées au lien. Un site -ou une information. Bien entendu. Bien qu'épousant en apparence l'écoulement fléché de la temporalité. en est un témoignage. en effet être associé à un autre selon une multitude de relations (caractère exemplaire ou au contraire généralisation. apparemment. Par de multiples canaux. c'est aussi se construire des chemins. ce type de site devient. hiérarchisés et dont il a précisé les relations avec la thématique centrale. la linéarité n'est en rien "naturelle". Apparaissent. les colonnes vertébrales essentielles. sans substituer la deuxième à la première. l'autre du guidage linéaire. On découvre. Le caractère fondamental de la linéarité tient au rapport entre la structure temporellement fléchée de notre perception et la malléabilité temporelle de nos mises en scène mentales individuelles et collectives. dans le contexte de l'hypermédiation. sur la culture de l'imprimé. Ce marquage automatique ne sera vraiment exploité que si une orientation directrice préalable fonde le cheminement. d'une urgente nécessité. à nouveau. la trace inscrite n'aura d'autre fonction que de témoigner du papillonnage effectué.peut. Mais exploiter une carte. il ne faudrait pas penser cette question de la linéarité de manière régressive. en particulier. parallèle. Fondamentalement il s'agit de résumer. Et c'est précisément cette "artificialité" qui doit être exploitée comme contrainte heuristique. Si l'on prétend l'ignorer. elle assure une tension productive entre ces deux structures. dans le graphe ou la carte d'un ensemble hypermédia. cette linéarité est éminemment subjective. en la rabattant. les chemins structurants. des nationales et des chemins vicinaux reflétant la vision subjective des concepteurs. expriment aussi avantageusement la richesse de ces médias.de pouvoir graduer l'intensité du lien reliant une connaissance à une autre. comme en témoigne l'intense parallélisme de nos activités mentales. L'objectif consiste à faire sentir. sauf action volontaire visant à la conserver. Ces possibilités commencent à se concrétiser sur le Web[178]. par exemple. mais des autoroutes. Il serait très productif aussi -en conception de sites comme en navigation. des sites qu'il a sélectionnés. la pertinence d'un métaparcours séquentiel. L'inscription des chemins suivis de site en site par la mobilisation de liens hypermédiatiques. pour certains domaines. une image à une autre. y compris si cette exploration s'opère à travers une saisie multi-sensorielle et s'ouvre à une multi- . Certains langages hypertextuels le permettent. puisqu'elle inscrit la succession des choix propres à un parcours et disparaîtra ensuite. En effet. transformant celle-ci en horizon indépassable. par exemple). On devrait pouvoir tester différents systèmes de catalogage des liens hypertextuels. la linéarité est une force de rappel.). connexité faible ou forte. l'intérêt d'une ligne directrice se fait particulièrement jour dans le cadre des consultations "savantes" sur Internet. La "traçabilité". ainsi que l'on nomme cette mémorisation. S'y exprime le désir de pouvoir bénéficier d'une visite commentée par un spécialiste. etc. Celui qui consulte ces informations gagnerait à se voir préciser le type d'associativité mobilisé. par nostalgie. de facture plus simple. Sinon. à la différence d'autres supports (pages numérotées de livre ou bande vidéo. De la même manière.D'autres outils. est. puisqu'elle manifeste l'intérêt reconnu à conserver une trace de passage dans le foisonnement des sites parcourus. pratiquer des enchaînements de cause à effet.

cartographie dynamique.Roms. Par la suite. bref. aux exigences de causalités locales et générales tout en respectant la pluralité des inférences possibles.M. calcul de cartographie sémantique selon les requêtes composées. cartographie) ont ceci d'original qu'ils appellent une intervention ultérieure de l'utilisateur pour éliminer ou filtrer certains résultats ou encore ajouter facilement des documents sans remettre en cause l'analyse déjà effectuée. Les outils d'analyse automatiques mis au point dans ce cadre (indexation et génération de mots-clés. Alain Lelu assure qu'on ne saurait se contenter d'interfaces de navigation définie une fois pour toutes. de stockage et de transmission de la pensée ne semblent nullement délivrés des pesanteurs de l'extériorisation dont les phases orales ou scripturaires traduisent des violences spécifiques.) nourrit l'espoir d'une représentation des situations et de la résolution de problèmes qui nous émanciperaient des contraintes propres à la séquentialité. engrammation de spatialisations à plusieurs dimensions. méconnaît la nature de la pensée...T. de la possibilité de sélectionner certains sous-ensembles de documents et de termes en fonction de divers critères. Pierre Lévy."[180].."[182]. un véritable arsenal d'outils d'ergonomie cognitive. s'écrire ou. expertise assistée par ordinateur."[183]. et qu'il sera donc indispensable "que l'utilisateur final puisse maîtriser l'appel aux diverses ressources.plicité de séquences linéaires. Pourtant l'organisation et la présentation de connaissances dans des environnements multimédias nécessitent bel et bien l'appropriation d'ensemble de savoirs syntaxiques dont on peut citer quelques linéaments : nouvelle grammaire des hyperdocuments (comme les langages de programmation H. non-langagière. pas plus que l'ordinateur numérique n'a besoin de nombres. ou V. à partir des caractéristiques de l'électricité.L.R. et surtout pratique des programmes quasi réflexifs.. il en ira ainsi de l'appel à des outils d'indexation automatique ou assistés. à leur manière. des perspectives similaires : "La technologie électrique n'a pas besoin de mots. et sans verbalisation aucune. Dans le domaine de la recherche documentaire sur de vastes corpus.. s'hypertextualiser. sur Internet). Les outils cognitifs qui offrent des traductions cartographiques intensives par traitements automatiques répondent. à une échelle mondiale.M. Les technologies intellectuelles contemporaines initient d'autres types de violences. L'électricité ouvre la voie à une extension du processus même de la conscience. calculs statistiques de proximité. sans devoir l'interpréter[181].L. etc. scripturale de la pensée (quel que soit le degré de spécialisation de l'écriture). qu'il pourra paramétrer à sa guise . pour accéder à une phase idéographique post-langagière prétendant dépasser l'obstacle alphabético-centriste grâce aux possibilités ouvertes par l'automatisation de la gestion des inscriptions numériques. Les cadres actuels d'élaboration. contraintes à tisser du sens avec et contre ... Le mode de navigation est ainsi réglé par l'utilisateur qui peut combiner requêtes booléennes classiques. Une inscription directe. Viser le sens indépendamment de sa transcription... comme sur les CD. c'est pointer vers une idéalité intangible[184]. un au-delà du langage tel que le traitement de l'information soit partout distribué et partout coordonné. il écrira : "Le problème de l'intelligence collective est de découvrir ou d'inventer un au-delà de l'écriture. D'où le projet d'une transmission infra-langagière transcendant les cultures nées de l'écriture et promettant un paradis communicationnel sans codes ni règles. et productrices. etc.. destinés à compacter le corpus documentaire selon plusieurs modèles possibles. Ainsi souhaite-t-il éviter la littéralisation et la rationalisation des problèmes en leur substituant un décalque charnel de l'univers concerné qui le modéliserait automatiquement. par exemple. Le projet d'un saut par-dessus la phase langagière. Il insiste tout particulièrement sur le fait que la navigation à travers des corpus textuels étendus exige de cartographier ceuxci en offrant à la fois une vue d'ensemble ainsi que des cartes locales. . celle-ci se forme grâce aux pressions qu'elle subit pour s'extérioriser. métabolisant sans les renier celles des phases antérieures. Marshall McLuhan traçait déjà. En effet. théorise des propositions qui exploiteraient ces modalités cognitives. de la pensée ? L'utilisation des outils intellectuels contemporains (modélisation numérique.

l'auteur singulier disparaît au profit d'agencements collectifs qui seraient devenus la seule source productrice des connaissances[186]. des courants de l'épistémologie contemporaine ont mis en lumière l'importance de la mobilisation de réseaux sociaux dans l'élaboration des connaissances nouvelles (l'étude. même si elle en accueille l'influence. vœu que seule la multiplication à l'identique de l'imprimé viendra exaucer). des stratégies de prélèvements sur la "nature" et des systèmes techniques.si l'on conçoit que chacun des multiples parcours doit être porteur de significations ou d'émotions particulières. doit-on tenir pour argent comptant l'idée que les télé-technologies annihilent le sujet créateur sous sa forme personnelle ? Ces vues -qui font signe (de manière nostalgique ?) vers l'époque classique où l'auteur. par Bruno Latour. le découvreur devient un nœud singulier par lequel passent des groupes sociaux . sous l'angle de la conservation. n'a pas d'espace propre.La retraite de l'auteur et l'amour des génériques La culture des réseaux rend-elle obsolète le statut de l'auteur individuel ? On sait que la notion d'auteur individuel et le souci de l'attribution personnelle des œuvres (écrites ou picturales) prennent leur essor à l'ère de l'imprimerie[185]. Mais elle s'exprime plus difficilement que dans les formes séquentielles. et ceci pour des raisons fondamentales qui tiennent à ce que le récit séquentiel. de la découverte du vaccin par Pasteur est un modèle du genre). que dans cette perspective.). Une vue superficielle pourrait laisser croire. manifeste clairement une intentionnalité. au mieux un agent capable de potentialiser la rencontre de lignages hétérogènes. a contrario. qu'à travers les réseaux. mais la radicalise en réalisant les promesses qu'elle ne faisait que murmurer (le vœu d'une inscription définitive. Réactualisant une forme de pensée structuraliste (le locuteur prête ses lèvres au langage. D . C'est pour cette raison que la forme narrative linéaire ne s'effondrera pas sous la pression de l'hypermédiation.font de la création un processus d'émergence absolument collectif. il se réduit à une interface entre des réseaux. ici l'inventeur prête son cerveau et ses instruments aux réseaux socio-techniques). on ne le contestera évidemment pas. L'acteur lui-même perd son individualité anthropologique. Certes.l'instantanéité. Elle exprime le désir qu'on nous raconte des histoires et non pas qu'on se les raconte soimême en enchaînant des libres choix agencés par des machines narratives. Nous avons déjà discuté la validité de cette assertion. elle la radicalise. explicitant les choix subjectifs d'un montage textuel ou cinématographique arrêté. vu comme sujet individuel. avec et contre la simultanéité. la culture du livre ne dépasse pas celle de l'écriture. Mais la narration interactive n'a pas fait disparaître le récit séquentiel de l'horizon de nos désirs. ou hypermédiatique. De la même manière que. Linéarité et réception des récits interactifs L'interactivité transforme le spectateur en spect-acteur et autorise l'intervention sur le déroulement des récits. Dans la "sociologie de la science". élargissant cette démarche. La culture hypertextuelle. l'idée des grandes Idées fait place à l'étude des bricolages astucieux et des manipulations rusées qui permettent de contrôler et d'enrôler d'autres réseaux d'acteurs. Qu'il faille prendre la mesure du caractère culturellement et techniquement distribué de toute création (artistique. ne dépasse pas l'ère alphabétique. la subjectivité des concepteurs s'exprime dans les cadres narratifs interactifs. Et l'on pourrait ajouter : contre et avec la linéarité. scientifique. En revanche. ces courants s'en séparent cependant dans la mesure où ils n'ont pas recours à des structures universelles qui "surdétermineraient" les acteurs.et plus indirectement. un alliage humain/nonhumain mêlant des personnes. On a vu comment. Il devient un élément composite. une altérité constituée. etc. avec et contre l'hypertextualité. si le spect-acteur doit appréhender les qualités singulières des moteurs narratifs à la source des différentes propositions qu'il actualise. plus nettement même qu'à . un point de passage stratégique. l'auteur. On rappelle. le sujet individuel me semble devenir. À l'ère des réseaux et de la complexification des alliages numériques façonnant notre outillage intellectuel.

La planète numérisée offre chacun de ses continents à une descente (aux enfers ?) par un zoom continu (ou presque. par exemple. Les Systèmes d'Informations Géographiques mettent en œuvre les mêmes procédés. en continuité. c'est aller bien vite en besogne. nous montrerons que. de la production d'idées réorganisatrices originales.pour s'en convaincre.ainsi que le développement des logiques citationnelles (comptage du nombre de citations faites à un auteur dans les publications d'un domaine) abondent dans le même sens. Le dispositif T-Vision[187] se rapproche progressivement d'une carte régionale. Comment interpréter ces figures visuelles. personne ne doit être oublié (comme dans l'audiovisuel). Il ne s'agit pas seulement de l'hétérogénéité des échelles.l'époque de l'imprimerie triomphante ou de l'audiovisuel conquérant. valorisent le réglage des échelles de vision et confèrent un nouveau statut au détail. d'un quartier. On verra donc comment la fragmentation et l'individualisation autorisent le maintien d'un nouveau genre de point de vue panoptique global. nos représentations de l'espace sont en mutation. du plan local à la carte de France. enfin d'une vue aérienne (issue d'images satellitaires mapées sur ces cartes). Comme dans le film Les puissances de dix. Le contexte de l'hypermédiation devrait plutôt inciter à penser un concept d'auteur en collectif (et non d'auteur collectif) qui dépasse la dénégation de l'individualité au profit d'un renforcement parallèle des deux pôles. la disparition de l'auteur. sur ce terrain aussi. on l'accordera sans peine. et à un atterrissage qu'à la saisie d'un panorama. plus exactement. on circule. puis locale. c'est bien une hypertrophie de la signature qui se propage. des régimes inédits combinent unicité collective et définition subjective individuelle des représentations spatiales. dans laquelle on pénètre jusqu'à apercevoir des détails tels que des immeubles. on ne saurait trop le souligner. car les cartes qui correspondent aux différents niveaux de vision se raccordent avec un certain temps de latence). Échelles de vision et libres ballades urbaines Face à un écran géant. Parallèlement à la systématisation de la coopération productive. non plus sous l'angle des rapports entre territoire et inscription. notamment. grâce à une manette de commande. S'y expriment aussi des confrontations originales entre individualisation et collectivisation du regard.des relations entre ces corpus majore l'importance du moment de la synthèse individuelle. mais comme représentation de l'espace ? S'agit-il d'une abdication de tout dessein panoptique par prolifération des vues ? À moins que l'on y décèle une revanche d'un panoptisme d'auto-contrôle. À cela. du jugement subjectif personnel. depuis l'observation à partir d'un satellite jusqu'à la focalisation rapprochée. Que les maillages actuels des réseaux densifient ces chaînages comme jamais auparavant et qu'ils mobilisent l'automaticité des programmes informatiques à un degré inédit. La profusion des sources de production d'informations et la densification -hypermédiatique. L'effet de simulation réside ici dans l'irréalité d'un franchissement accéléré des échelles de vision. dès qu'un site sur le Web semble relever de la création artistique. plutôt qu'un évanouissement. sous les auspices d'une dissolution de toute expérience collective au profit d'une perception purement individuelle de l'espace. mues par de puissants mouvements inséparablement culturels et techniques qui. E . Après avoir décrit quelques propositions particulièrement exemplaires des nouvelles scènes spatiales en construction.Panoptisme et réglage individuel des trajets Corrélativement à l'expansion des technologies de l'image. De nouvelles formules de visibilité se découvrent. Par zooms ou agrandissements d'une rue. d'une ville. des carrefours et des rues. pour autant. Il n'est que de constater à quel point notre époque est amoureuse des génériques -et en particulier dans le multimédia. (Certains logiciels sur Internet s'attachent même à débusquer les renvois systématiques d'ascenseurs pour éviter que des légitimités s'établissent sur le dénombrement automatique des références). on tient la terre entière sous sa main. depuis l'espace. L'importance croissante de la signature des articles scientifiques -de la hiérarchie des signatures. Dans le moindre CD-Rom. la plongée dans l'image ressemble plus à un survol. Que ce moment soit pris et produit dans un chaînage techno-culturel. Mais diagnostiquer. les dispositifs optiques nous avaient déjà . transforment la cartographie.

À chaque carrefour. monuments. à partir d'un site. se redouble dans la forme cylindrique des lieux visités. elle devient un moteur pour relancer une quête que l'on sait sans fin. L'image projetée représente une série de cylindres (une dizaine en tout) sur lesquels des panoramas (numérisés à partir de photographies prises avec de très grands angles). à l'image de la métaphore de la "toile". nourrit parallèlement notre insatisfaction face à des promesses qui. deux boutons commandant les zooms dans les panoramas. Cet espace . Vision d'un espace paradoxal où l'intérieur contient l'extérieur et où l'extérieur s'affiche à l'intérieur. d'une densité aussi serrée qu'on voudra n'y suffirait pas plus. par leur surface externe ou interne. fenêtres d'informations sur les sites.Rom. eux-mêmes circulaires. nous font miroiter toujours plus de libertés. L'élision de la frontière entre ces deux types de saisie dessine un espace lisse et partout disponible. enserrant le globe dans ses mailles en constante densification. mais dans son cours même. le visiteur manipule une caméra-interface qui fait tourner la plate-forme motorisée. se dessinent les autres cylindres aperçus précédemment. selon notre choix. ce faisant. Lesquels sont parcourus. ne parviendra pas plus à capturer toutes les cours d'immeubles avec leurs recoins. Arrivé très près du cylindre. On comprend qu'il ne s'agit pas là d'une limitation de l'espace. reculant les limites. mais de l'impossibilité constitutive d'envisager l'explosion fractale des curiosités potentielles : curiosités qui se révèlent. en un infini planséquence qui nous amènerait. Ici. augmenter sans répit nos latitudes exploratoires. Sa rotation délimite une portion de l'écran circulaire. par exemple). L'exploration librement interactive de l'univers virtuel englobant prend la forme d'un franchissement permanent de la frontière entre intérieur et extérieur des cylindres. toujours en face de lui. ouvert à tous les trajets visuels. par zoom. Rotation d'un tour sur soimême pour découvrir le panorama. en revanche. on se ballade dans Paris . non pas en tant que projets préalables à l'exploration. Face au plan de la ville. Un système mondial omniprésent de Webcams. avec des fonctions de déplacement et de vision assez évoluées. derrière le paysage affiché. Une fois que toutes les données cartographiques et topographiques terrestres seront réunies et stockées dans la mémoire de la machine -ce qui est loin d'être le cas. zoom avant dans la direction indiquée par une flèche. avec les moyens de l'imagerie interactive. La frustration en est d'autant plus vive . le lissage est continu entre ce que le regard humain peut saisir (une rue. Mais est-il possible de s'engouffrer dans une ruelle entr'aperçue au détour d'une promenade.mémoire des supports ni de la quantité d'équipements de transmission télécommandés nécessaire. La caméra-interface permet de contrôler le déplacement. La scène cylindrique princeps (celle d'où le visiteur déclenche l'exploration). Et la génération des DVD.habitué. prenant comme modèle la libre déambulation dans un espace urbain.le mythe panoptique serat-il réalisé ? Le CD-Rom "Paris"[188] poursuit. se voulant approcher la vraie vie. l'artiste Jeffrey Shaw renouvelle. Placé sur une plate-forme. à l'échelle d'une ville le même type de projet. Car les capacités de stockage limitées du CD-Rom ne permettent pas d'emmagasiner toutes les rues de Paris. la visite se poursuit selon ses inclinations. le flâneur peut choisir sa direction. Mais en arrière-fond. etc. Faire reculer sans cesse les contraintes qui enserrent nos déplacements. "Place" ou l'intérieur et l'extérieur en court-circuit Avec Place-A User's Manual[189]. le genre "diorama" et imagine ainsi une nouvelle formule panoptique. une place) et ce qui exige un artifice technique (voir simultanément la rue et le plan de la ville ou contempler la terre depuis l'espace. tous les escaliers et tous les intérieurs d'appartements. découvrant le paysage sur la surface englobante du cylindre devenu enceinte. qu'on pourrait nommer le lieu réel de la visite. Un autre zoom et l'on franchit à nouveau la surface pour retrouver le paysage panoramique initial des cylindres. signalétique surimprimée par des flèches.). par exemple. le promeneur choisit son point de départ : le pont Neuf. Ici. au centre d'un cylindre. ou d'entrer dans l'échoppe. en tous points de l'espace visible. D'où la promesse de cette réalisation : un déplacement. là juste à droite ? Fameux désir de transcrire l'infinie profondeur de la réalité dans un média nécessairement fini. une rupture se produit et on se retrouve à l'intérieur du panorama circulaire. sont affichés[190]. Cette déambulation est assistée par les fonctions propres au visionnage numérique (déplacement sur plan. sorte de flânerie urbaine sur écran.

non pas dans le point de fuite de l'espace perspectiviste. sonogrammes d'un tir de fusil. bien sûr. enquête policière. criminologie scientifique. en creux. des trames. Si bien que le sentiment d'une réalité de complexité insondable. Une forme fractale -la partie contient bien le tout. visionneuse de diapositive. provoqué. La photographie apparaît alors comme une lucarne dont il est possible de déplacer les limites : repousser les bords. C'est. la contradiction entre narration et interactivité. simulation d'objets). Mixte de labyrinthe (où l'on revient sur ses pas sans s'en apercevoir). La scénographie d'ensemble combine astucieusement des plongées qu'on peut croire infinies dans des détails avec un retour régulier à l'image initiale. et le maintien d'un certain contrôle panoptique global. mais on s'aperçoit que des indices appartiennent à des familles de faits. en effet. analyse spectrale d'objets. les générations de formes sont de même complexité mais toutes différentes). mais des matériaux. l'année où la photographie fut inventée). si bien que naît le sentiment de découvrir à l'infini de nouveaux paysages d'un même lieu. Le regardeur acquiert des indices relatifs aux événements qui ont abouti à la vue de départ : séquences vidéo. l'explorateur raccorde certaines bribes et établit des chaînes associatives reliant événements. des instruments de visionnage (dénommés "machine de vision" tels que panoramas. mises en abîme dans ce qui n'est plus une visite mais une circulation où chaque paysage contient tous les autres. de l'autre. Fouille archéologique.s'en fabriquer une. puisque que la photographie centrale contient les moyens de sa propre dissection. photographies. Un sommaire et un instrument d'exploration tout à la fois. laquelle orienterait la succession des signes mis à jour. "18 h 39" ou le panoptisme en surplomb Le CD-Rom "18h39" propose de consulter "un instant photographique" présenté sous forme d'un quadrillage en seize pavés. il s'agit là d'un panoptisme original qui nous confirme qu'une image dissimule autant qu'elle révèle. à l'intérieur de l'image. On peut -on ne manque pas de. mobiles puisque certaines informations glanées au cours de l'exploration (films vidéo. Finitude des composants spatiaux et multiplicité des trajectoires. etc. (Même si ce n'est pas son objectif. les genres se mêlent pour tenter de comprendre ce qui s'est passé à 18 h 39 (1839 est. des associations pour s'en fabriquer autant qu'on veut. appliquée sur cette image symbolise assez bien l'alliance entre l'autonomie de chacune de ses parties d'une part. dans une même enceinte. Mais cette histoire n'existe pas. Il n'y a pas de trame narrative.courbe se dérobe au contrôle panoramique (indissolublement visuel et moteur). de figure paradoxale à la Escher. Le spectacteur s'aperçoit très vite que le photogramme de départ est.mais selon un schéma qui se reproduit à l'identique (alors que dans une fractale pure.est homogène à l'espace de la circulation hypermédiatique dans les réseaux. l'exploration rappelle la circulation hypermédiatique sans fin. Les limites temporelles sont. ce sentiment est tempéré par le rappel constant à une représentation centrale. vidéos. Cumulant tous les formes d'archives (fiches documentaires. changer de point de vue pour découvrir ce qui se cache derrière un personnage ou un meuble. Le viseur photographique (ou celui de l'arme de précision) sert de pointeur et on peut. mais parce que les notions de proximité et d'éloignement. l'œuvre de Jeffrey Shaw -parfaite réunion de monades leibniziennes. D'où l'idée qu'une histoire se tient en arrière plan. où les chemins liant des sites sont parcourus plusieurs fois à partir de sites différents. plus un sommaire multimédia qu'une surface opaque. rappelons-le. séquences vidéo. cartes. et qu'aucune n'a été conçue en particulier. faire fonctionner un objet. cette proposition résout de manière astucieuse. Mais. découvrir et actionner. d'avant et d'après sont confondues. en réalité. plans de situation. par la multiplication des niveaux d'analyses. à l'infini. Toutes sont valides et consistantes puisque c'est nous qui les imaginons. par exemple. de successions hiérarchisées de plans.). avec leurs incongruités éventuelles. Un panoptisme distribué Nous avons volontairement choisi des champs d'activités hétérogènes (œuvres artistiques et outils d'informations logistiques) pour questionner le statut de l'espace tel que les technologies numériques le modèlent et le . La grille matricielle en fil de fer. objets et personnages. en particulier. chacun d'eux se prêtant à des avancées possibles sur quatre niveaux de profondeurs[191]. par exemple) présentent des événements antérieurs. tout l'intérêt de la réalisation : montrer qu'un moteur narratif fonctionne toujours en nous). elles aussi. analyse d'empreintes digitales. Pas d'histoire. inversées. fiches signalétiques d'objets.

de régler les échelles de vision. en sachant qu'une portion seule de l'espace lui est visible . truffé d'instruments de navigation à l'image de la possible commande par tout un chacun. Il est vrai que T-Vision reste un prototype nullement appelé à s'installer dans nos foyers. sortes de viseurs démultipliés par lesquels chacun peut voir ce qu'un autre a décidé de lui montrer. Le panoptisme est logiquement sollicité dans une version inquisitrice classique. dans son article "Œil pour œil. au régional puis au mondial. Paul Virilio. Mais. d'une photographie satellitaire de n'importe quel point du globe avec une précision digne des services de renseignements militaires[192]. tout comme la perspective strictement individualiste. subjectifs. eux. s'apprêtent. affirmer que le nouveau panoptisme qui s'invente illustre parfaitement l'omniprésence du réglage individuel des parcours. "postes de contrôle de la perception du monde". Mais d'autres équipements. Mais comment comprendre ces diverses propositions ? Quel cadre d'analyse permet d'en révéler les mouvements princeps ? On se souvient que Foucault symbolisait la société de surveillance par le panoptisme. de la caméra. via Internet. On pourrait. Au tout visible. outre la localisation dynamique. le tout réglable. Ici. relèvent d'une exposition généralisée. interprète unilatéralement le développement des Webcams dans une perspective de contrôle généralisée. idéal d'un panoptisme réparti en autant de volontés assurant la diffusion d'un morceau infime du grand puzzle non-totalisable. ou le krach des images"[194]. la même ville mais qui se déforme selon les inclinations de chacun. ne semblent pas rendre compte des scénographies spatiales qui s'installent dans nos modernes fenêtres. une improbable saisie de toutes les images du monde où chacun met son regard à la disposition de tous. avec toutes sortes de focalisations spatiales. notamment de guidage routier. avec le "marché du regard" ouvrant au "panoptique de télésurveillance généralisée". Le panoptisme moderne est distribué. Elle devient un horizon abstrait : la même Terre. elle aussi. Les Webcams deviendraient "des régies vidéo des comportements". il faudrait postuler l'émergence d'une industrie du rassemblement des images de Webcams.n'a probablement pas fini de nous étonner L'œuvre de Jeffrey Shaw (Place) manifeste. Mais ce diagnostic présuppose qu'un œil unique est en position sommitale pour totaliser toutes les observations (et symétriquement qu'un corps unique produit toutes les exhibitions). surtout le centre panoptique est potentiellement démultiplié puisqu'il se confond avec la disponibilité du dispositif. La multiplication des Webcams fait signe vers une couverture instantanée complète des vues possibles sur la planète. chacun peut s'y exercer. pénétrable. En revanche. "Vu sans savoir qui voit" (et non plus seulement "voir sans être vu") pourrait en résumer le fonctionnement . celle.chercheurs visuels organisant l'affichage gradué des visions du local. correspondant à ses trajets. Mais ces lucarnes ouvertes à qui veut bien s'y glisser délivrent une vue fragmentée de l'espace. mais grâce aux décisions du regardeur. l'impossibilité d'un point de vue unique dès lors qu'au- . par l'Internaute. Et si l'on osait une prédiction socio-technique. Ce n'est plus l'œil du maître qui en est le siège. seul leur champ d'opération est maintenu commun (le globe. l'unicité de l'espace -que symbolisaient les cartes imprimées .n'est plus une donnée évidente. Mais alors pourquoi continuer à parler de "panoptisme" et ne pas y substituer la diffraction individuelle de l'observation ? Une telle interprétation ne rendrait pas compte d'un phénomène essentiel : l'obsession d'une saisie commune de l'espace. ils permettent. thématiques. Et. est le pendant visuel de la conversation multipolaire. Les trajets sont multiples. Les Webcams[193] sur Internet. aujourd'hui indépendantes.présentent. La dialectique diffraction/réunion -autre manière de nommer la question du mode de collectivisation de l'expérience sociale. différence fondamentale. à offrir largement leurs services. Lequel supposait un centre unique de vision. fait place un panoptisme collectif. Ètudiés selon les mêmes principes. de son rassemblement dans une même vue techniquement organisée. à partir d'un lieu unique et surplombant. conserve le contrôle des champs de vision. Et l'exhibitionniste. même s'il autorise la manipulation. Paris ou une zone géographique). éclatée qui s'alimente sans cesse sur le réseau. etc. finie. L'interprétation orwellienne (le contrôle absolu par un regard anonyme et omniprésent). monadologique. Or c'est bien à l'opposé du rassemblement des points de vues qu'œuvre la diffraction des télé-regards par Webcams interposés. lieu du pouvoir. le "tout visible" cher au projet panoptique est remplacé par une autre formule. Cet exercice "d'omni-diffusion". à l'aide de puissants robots. à première vue.

d'espacement. En fait. malgré l'accélération de l'acte communicationnel lui-même. pour ne citer que quelques activités phares de l'ère du traitement de l'information : toutes pratiques qui nécessitent une série de choix. on identifie la quasiinstantanéité du calcul informatique avec les conditions d'usage des programmes. l'instantanéité ne caractérise plus le paradigme temporel qui émerge à l'ère du traitement de l'infor- . tous les réseaux fonctionnels d'une commune mémorisés sur un même support : comment ne pas y déceler la marque d'une inquiétude. tous les sites d'une ville accessibles par les mêmes procédures.I. En caractérisant le régime temporel contemporain par ce concept de "temps réel". de réglages. à ralentir le régime social de la communication. l'adéquation est parfaite. par exemple). il exprime parfaitement le régime des télécommunications dès lors que la réception coïncide avec l'émission. impliquant le contrôle d'un espace devenu réversible. Avec l'installation massive des procédures informatiques. F . Ces fréquentations se déroulent dans une durée qui n'est plus programmée par un flux indépendant des acteurs. activation de jeux vidéo. l'obsession de la clôture de l'espace est évidente. de manipulation d'interfaces. Mise en œuvre de logiciels de traitement de texte. les doutes qu'on peut avoir sur ces diagnostics. télévision). le régime temporel dominant s'infléchit à nouveau en redécouvrant des modalités de différance. On fait trop souvent un usage décalé du concept de "temps réel". là aussi. sous la forme d'un compromis ingénieux maintenant le cadre collectif tout en organisant la dispersion des saisies et des trajets. à travers les recherches militaires d'automatisation de la couverture radar du territoire américain (le fameux programme SAGE). tout particulièrement. parfois de doute. avec la capture photographique de l'apparence.T. L'usage du concept de "temps réel" révèle. Bien qu'on y voyage librement et indéfiniment. poussant. n'érige-t-on pas trop rapidement -c'est le cas de le dire. la notion de "temps réel" s'est socialisée dans l'univers de l'informatique des années soixante-dix lorsque la mise en œuvre des programmes est devenue "conversationnelle". Or. celle d'une fuite des repères communs ? Mais aussi une réponse assez forte à cette inquiétude. de décision et finalement d'action.Le régime temporel des télé-technologies : ralentir la communication Lorsqu'on diagnostique.épouse une toute autre logique. comme Paul Virilio. mais qui dépend du jeu de l'interaction. navigation sur Internet. Dans la communication de flux (radio. La formalisation des savoirs dans des logiciels spécialisés a pour conséquence d'augmenter la longueur et la difficulté de leur mise en œuvre.la réception épouse l'écoulement linéaire de l'émission. (On pourrait d'ailleurs faire remonter la notion de temps réel au processus "indiciel" de la prise d'empreinte. Mûri. celle de la temporalité humaine de saisie. tout le monde a pu se convaincre que le perfectionnement des versions -rimant avec automatisation grandissante.cune position ne permet une véritable vision panoptique. quelques millièmes de secondes pour des dispositifs de sécurité dans les transports. Cette désignation qualifie des applications (machines et logiciels) dont le temps de traitement est compatible avec le phénomène à contrôler (quelques secondes pour une billetterie automatique. dès que les temps d'exposition eurent été réduits à la commutation de l'objectif). L'automatisation (dont Gilbert Simondon nous a appris qu'elle ne simplifie pas les processus auxquels elle s'applique mais les complexifie) accélère le traitement de l'information mais ralentit son appropriation. de sons et d'images). Sous les espèces de la fusion de l'intérieur et de l'extérieur. Du traitement de texte à l'usage d'un photocopieur.était dangereusement chronophage.la vitesse en ordonnateur de civilisation ? Ne néglige-t-on pas une composante essentielle de la programmatique. si le traitement interne s'effectue bien en "temps réel". l'assomption de l'instantanéité (l'arrivée précédant le départ) comme forme dominante régissant les espaces public et privé. Survivance de la logique de l'enregistrement et parfaite expression de la télédiffusion (de textes.. Sur un plan temporel -et non sémiotique ou affectif. on ne sort pas du paysage. modalités qui exigent une durée et non pas une simple affiliation à un flux. exploration interactive de CD-Rom. le traitement externe -qu'on nomme aussi interaction. d'attention propre au traitement de l'information. Tous les lieux de la Terre rassemblés dans une même base de données et liés continûment les uns aux autres. au cours des années cinquante dans les arcanes du M. de questionnement.

d'audition propres à l'exercice de l'interaction). les transports obligent le spect-acteur à se prendre comme objet de questionnement. imaginaires (si on fait abstraction du rapport mécanique. Faut-il en conclure que dans la sphère productive et commerciale la recherche de l'instantanéité orienterait fondamentalement les restructurations en cours. on l'a vu. on découvre une organisation temporelle où le moment de la décision. elle offre l'avantage de ne pas les opposer. La précession programmatique. ajournement des effets immédiats d'une diffusion de programmes dont il appartient à chacun d'actualiser les règles. et nous voilà prêt à signer toutes les thèses sur la prédominance de l'immédiateté. La planification de la machine militaire précède le déclenchement des opérations et le moment stratégique se déplace de l'actualité du champ de bataille vers l'antériorité de la programmation militaro-économique des systèmes automatiques qui. de l'action est préparé par un gigantesque compactage temporel. La toute-puissance du "temps réel". En effet. par certains aspects.). où encore à l'exploration de l'écran. on néglige peut-être l'essentiel : le temps passé à réaliser et à tester les programmes d'interventions automatiques. Ce faisant. véritables réserves. alors qu'elle déclinerait dans l'espace public organisé par les médias ? C'est une hypothèse plausible. Par opposition. Le nez collé sur les transactions boursières déclenchées automatiquement par un Program trading basé sur l'analyse instantanée des différences de cotations entre les Bourses de New-York et Chicago. en revanche. de vision. interconnexion mondiale des places boursières. Paul Virilio avait déjà attiré notre attention sur ces mécanismes à propos des stratégies militaires de la dissuasion. (Un programme aussi couramment utilisé que Word représente environ deux cents hommes-années de travail). variabilité des durées. On peut discuter cette vision d'une guerre d'automates pré-programmés (les plus récentes doctrines militaires américaines semblent. Tout en reconnaissant la spécificité des régimes de durée propres aux sphères médiatiques et productives. de données.d'absence à soi exprimée dans une invitation projective. Dans l'univers des récits interactifs. etc. la prédominance de l'immédiateté s'altèrent progressivement au profit de régimes qui renouent. si on prend un peu de recul face à la scène de l'instantanéité telle que les opérateurs tétanisés sur les marchés financiers nous en offrent un spectacle exemplaire. par exemple. disqualifient les capacités humaines de décision. organisation des entreprises en réseau.ou de prise de décision dans une série explicite d'enchaînements possibles. réactivité et programmation : une temporalité mise sous pression Nous n'ignorons pas qu'un pan entier des usages de la programmatique vise à augmenter la réactivité (c'est-àdire la vitesse de réaction) des acteurs et des systèmes engagés dans les mêmes activités (automatisation industrielle. à la décision. Mais elle recèle . est la condition du déchaînement instantané. Cette confrontation fait alterner les phases d'adhésion/pénétration dans le récit. Nous avons proposé de nommer "présentielle" cette confrontation locale. tout ceci ordonné par un moteur narratif organisant la pluralité des parcours possibles. Toutes ces postures provoquent une interpellation beaucoup plus nette qu'avec le récit audiovisuel et donnent une vigueur nouvelle à la durée locale. à la lecture où les dimensions de "présence" dans le récit sont quasiexclusivement interprétatives. qu'un diagnostic adéquat libère dans une fulgurance. tout le régime politico-militaire de "l'équilibre de la terreur" a reposé sur ces déplacements de primauté.mation et des connaissances. que l'on nomme habituellement "programme automatique". dont chacun imagine la quantité d'hommes-années qu'elle rassemble. aussi. avec ceux de la lecture/écriture et des logiques éditoriales : temps différé. On le sait. de calculs et de raisonnements formalisés. Une autre approche permet de rendre compte de cette apparente disjonction de formes temporelles dans ces champs sociaux. l'assignent au choix. sous pression. en assumant l'engagement. redonner une place importante à l'initiative sur le terrain). et de décrochage recherche aveugle par cliquages exploratoires. le transport imaginaire s'articule plus nettement avec les dimensions corporelles (enchaînements de gestes. par opposition à la culture du "temps réel" fondée sur une sollicitation -jamais totalement réalisée. automatique à la conformation matérielle du livre ou d'autres supports imprimés). Avec la posture interactive. Instantanéité.

installation des . (On pourrait affiner les distinctions en analysant plus précisément. que nous avons mise à jour plus haut. avec des traitements locaux sur supports opto-numériques (CD-Rom. leur apparition. il ne recèle plus la puissance irradiante qu'il possédait à l'ère de la télédiffusion triomphante. L'expérience débute par l'auto-composition d'un avatar : choix d'un visage. allant de pair avec la rationalisation de l'activité des véritables usines intellectuelles techno-scientifiques assurant ce travail. voire vingt ans. Le fonctionnement de cette programmation sous pression.déclenche une sorte de court-circuit où l'énergie accumulée se décharge en contractant à l'extrême la durée de l'opération. éventuellement d'un appartement. la temporalité différée propre à l'usage des robots chercheurs. mettent en réserve une temporalité sous pression. n'en est pas moins déclinante. temporalité qui procède de la logique de l'accumulation/décharge. L'une des résultantes de ce processus est l'augmentation des durées d'étude et de conception (dix ans ou plus pour les programmes militaires. Et enfin. modelage des espaces. ici aussi. de marketing. croît le caractère stratégique de la maîtrise des communications. sur les réseaux notamment. par exemple). Des formules d'hybridation absolument inédites. Ces durées considérables.incontestablement une part importante de vérité. car l'écriture télé-textuelle s'opère en deux temps : rédaction puis validation). Avec la conversation écrite -lorsque les partenaires sont connectés simultanément -il héberge une semi-instantanéité (semi-instantanéité. de production. on l'a vu. Ce passage en revue rapide des régimes temporels du réseau mondial ne constitue pas encore une typologie organisée. tout en demeurant notable. fait cœxister plusieurs régimes temporels. parler d'un ralentissement de la "communication" sous l'effet de l'augmentation de la charge de travail que représente la programmation de systèmes à complexité croissante. avec la crise de confiance qui affecte les massmedia et la croissance corrélative des principes d'expérimentabilité qui en prennent la relève. il abrite une temporalité du traitement différé s'étageant des formes classiques de lecture aux circulations hypermédiatiques les plus raffinées. Ainsi voit-on émerger une temporalité dissociée où la rapidité de la décision-action est en rapport avec l'immensité du temps passé à la préparer. hétérogènes à la séparation "temps réel"/"temps différé". par exemple. que l'automatisation de l'observation géographique. intégration industrielle des fonctions de conception.le système et réalise la capitalisation temporelle préalablement accumulée. du déroulement des missions aériennes et du dépouillement de l'information acquise confirme. l'idée que le modèle de l'émission/réception immédiate soit balayé par les formes programmatiques émergentes. d'un costume. vingt ou trente ans pour les institutions japonaises de programmation économiques. de commercialisation. par exemple. Le "temps réel". On pourrait. En revanche. De même. c'est-à-dire la prise de décision et l'action détend -au sens de la détente d'un volume gazeux. dix. aujourd'hui en attendant le DVD et autres "galettes" démultipliant les volumes d'informations stockées). en effet. Les mêmes principes sont à l'œuvre dans toutes les activités fondées sur la réactivité quasi instantanée des systèmes ou des organisations : commutations automatiques dans les réseaux de télécommunications. Temps réel et temps différé en confrontation La réévaluation que nous proposons n'implique pas que l'instantanéité soit appelée à disparaître de notre horizon et soit systématiquement remplacée par l'épaisseur temporelle d'un traitement. font. sa capacité à organiser la structure temporelle de l'espace public. Des applications sont aujourd'hui proposées qui mixent l'intervention instantanée convoyée par réseau. Le vocabulaire législatif suit la même logique d'accumulation lorsque les parlements votent régulièrement des lois de "programmation militaire" à cinq. programmes d'investissement boursier. lorsqu'il se matérialise dans l'action -à la différence du régime ralenti de la communication sociale dont nous avons fait état précédemment. Le Deuxième monde[196] illustre parfaitement ce type de mixage. Et cela n'est pas sans rapport. Le réseau peut accueillir l'émission de flux radiophonique ou télévisuel. Ce modèle est puissamment installé dans notre paysage et il ne s'évanouira pas dans un avenir prévisible. Internet. à propos de la programmation militaire ou industrielle). Notre espace public voit émerger. des formules de mixité des régimes temporels du "temps réel" et du "temps différé". Aujourd'hui. ou encore dispositifs de sécurité industrielle[195]. Loin de nous.

rendront encore plus complexe la consultation des sites. actualisé en permanence. Prolongeant cette forme d'usage. de costume. Elle se poursuit par la libre déambulation dans le centre de Paris. ces techniques combinent les outils de recherches (type moteurs) avec le téléchargement en continu d'informations.. on gouverne. On y rencontre d'autres avatars connectés au même moment sur Internet. où à tout moment la durée d'une exploration peut basculer dans l'instantanéité d'une confrontation avec un spect-agent éloigné. il s'y mélange.). les push technologies inaugurent une nouvelle forme médiatique. une .ameublements. ces logiciels permettent. de l'information audiovisuelle. une firme américaine met au point un projet de "CD-Rom infini" contenant mille cassettes vidéo. en effet. l'immédiateté d'une présence lointaine peut se figer et chuter vers l'exploration sédentaire. lieux visités. Ici. plus systématiquement que dans la vie ordinaire. Ces alliages temporels sont d'ailleurs loin d'être figés. L'expérience d'une interaction allie. À l'inverse. la diffusion électronique de l'écrit est sujette à un mouvement inverse. le télénaute pourra rechercher les biographies des acteurs ou des indications sur son tournage. Les fichiers transmis ne contiennent qu'une information limitée décrivant leur aspect physique et leur position géographique. la confrontation avec une présence instantanée. DirectTV (leader américain de la diffusion numérique par satellite) et Microsoft ont annoncé la mise sur le marché d'un ordinateur-récepteur mariant la réception télévisuelle et la navigation sur le Web.. L'univers maîtrisé de la scénographie interactive locale s'expose à l'irruption intempestive des spect.L. L'ordinateur qui réceptionne ces fichiers se charge de construire l'image affichée sur l'écran puisque le CD-Rom local contient déjà tous les matériaux nécessaires à cette reconstruction (formes de visages. Instantanéité de la réception. conclu en juillet 1997.. L'idée se fait jour d'une temporalité trouée. Mais ce faisant. transformant l'écran de l'ordinateur en récepteur de chaînes multimédias thématiques (météo. en soulignant la rupture qui s'ensuit avec le mode de réception habituel de la télévision. l'usager sélectionne des thèmes qui alimentent des moteurs de recherches lesquels lui ramèneront une information préalablement triée et parfois même évaluée[197].T. y ajouter des informations personnelles et s'y déplacer de manière intuitive[199]. dans certains contextes. Avec le Webcasting. la mise à jour directe de logiciels sur les disques durs des abonnés au service. l'apparition de chaînes multimédias distribuées sur Internet (Webcasting). L'utilisateur pourra. modifier la composition des pages qu'il reçoit. et dans lequel l'abonné peut faire son marché. Mais dans ces univers. Hypermédiation et réception de flux sur Internet Nous avons déjà évoqué. les dynamiser. momentanément isolé. costumes. On pourrait comparer cette temporalité à un modèle simplifié de notre existence quotidienne faite d'alternances (ou de combinaisons) de moments d'ouverture au monde et d'isolement. L'apparition de nouvelles normes d'édition de documents appelées à succéder à H. Mariant l'instantanéité de la télévision avec la navigation multimédia. dans une autre partie de ce travail. Dans une perspective voisine. etc. finances. en visionnant un film. par un accord. La version électronique du Wall Street Journal est réactualisée quatre à six fois par jour. Outre la diffusion de chaînes. le Webcasting redistribue les polarités temporelles en bousculant l'opposition classique entre l'instantanéité propre à la culture de flux et la temporisation de l'hypermédiation.). etc.[198]. sa présentation publique (choix de visage. convoyée par le réseau avec un travail sédentaire. Dans le on line l'écrit connaît une mise un mouvement qui le rapproche. La mixité des sources événementielles soustend une dialectique entre processus pré-programmé local et événement inattendu sur le réseau. Par exemple. par exemple. le "temps réel" ne se juxtapose pas au traitement différé. modélisé en trois dimensions de manière étonnamment réaliste.M. sports. Et il ne s'agit pas seulement des cours de la Bourse.agents branchés au même moment sur le site d'Internet. Ainsi. rapidité de la navigation et temps de réglage de la composition personnelle se combineront d'autant plus. etc. par exemple.) et l'on sélectionne sa disponibilité à l'interpellation (la possibilité de ne pas répondre est facilitée par la décorporéisation de l'avatar tiers). Alors que les flux de l'émission de la radio et de la télévision se diffractent dans leur mise en ligne.

sont commercialisés. une demande de regroupement de plus en plus forte " (Jacques Perriault. l'intégralité d'un site afin de permettre une consultation locale hors connexion[200]. organise aussi les relations locales des chercheurs anglais. et notamment l'article de J. localisant le véhicule. Les technologies mobiles. in Réseaux. 1996. 9. il propose un trajet optimisé et calcule sa durée.P. Paris. [165] Jacques Perriault. p. Plus généralement. [161] Depuis septembre 1997. Carminat intègre un récepteur G. [159] Voir la revue Réseaux. ce n'est pas le journal. . 1995) véritable hymne à la vie virtuelle. [162] Que la carte puisse être lue comme une préfiguration de l'hypermédiation. 227).S. ce n'est pas la télévision. les retravailler sur son ordinateur. dans son livre. [164] Dominique Carré. Il lui restera à aller chercher les tirages papiers dans son quartier. Mais rien n'est consolidé en la matière et les premiers enseignements de la presse électronique ne permettent pas d'affirmer avec certitude que le renouvellement des informations séduira plus les lecteurs que. Howard Rheingold mentionne notamment le rôle social du réseau WELL (pour Whole Earth Electronic Link).Alto en Californie. des collectifs locaux. AFETT/EUROCADRES. 54/59. ou instantanéité et temporisation. Dopo ze bip. la permanence de l'écrit s'allie à son rafraîchissement instantané. Ici. village virtuel en vogue dès les années 87. (Addison. 1997. voilà d'ailleurs la pénétrante suggestion de Françoise Agez dans son article. la haute définition à domicile. pp. on l'a vu. L'utilisateur peut accéder. voire même engendre. Dans sa version complète. fév. les cadrages ou assembler plusieurs images. c'est entre les deux" affirme M. deux services de guidages -Carminat Infotrafic et Skipper développés respectivement par Renault et Europe Grolier. mais plutôt les assembler en les insérant dans des configurations qui font cœxister (pacifiquement ?) leurs régimes spécifiques. "Le Web. Paris. nous constatons qu'un virage est pris. La communication du savoir à distance. virage qui confirme que les structures temporelles émergentes ne sauraient opposer séquentialité et hypermédiation. l'un des spécialistes mondiaux du design des journaux électroniques. n° 82/83.part significative des articles sont réécrits au fil de l'actualité. Bianchi. quels qu'en soient les modalités. Ville de SaintDenis.Wesley. toutes les informations sur le trafic (et la disponibilité des parkings). [163] Voir l'intéressant article de Pierre Alain Mercier. d'une autre manière. en particulier. [168] Le mediaspace d'Euro PARC en Angleterre couplé à celui de Xerox PARC à Palo. via Internet. aux vignettes composant sa pellicule. Autre témoignage des mixages en cours entre les logiques éditoriales (stock) et de consultations en ligne (flux) : l'abonnement à des services spécialisés téléchargeant à date fixe. [167] Certains usages d'Internet illustrent aussi. ces mixages de relations à distances et de déplacements géographiques. lequel redistribue les rapports spécifiques entre réception et navigation. 21/28.. 78. Nous ne prédisons pas le succès automatique de ces formules qui se confrontent à de solides ancrages. notamment en matière de réception télévisuelle[201]. SIC Université Paris-Nord. 1996. pp. Lab. Il y montre. [166] "Les institutions de formation à distance connaissent aujourd'hui. CNET. Les communautés virtuelles. Les feuilletons et la télévision populaire. Quelques observations sur les usages du répondeur téléphonique. en temps réel. op. "La carte comme modèle des hypermédias". mars/juin 1997.. bien sûr. depuis 1997. les rythmes et l'ampleur. Une nouvelle connexion. [160] Howard Rheingold. Garcia. in Catalogue d'Artifices 4. Mais. corriger les dominantes de couleurs. Collectant. L'Harmattan.. en attendant. n° 12. cit... CNET. fréquenté essentiellement par des Internautes habitant autour de la baie de San Francisco. L'horizontalité de la page imprimée se moule dans le flux de la diffusion temporelle. 1985. ces propositions techniques seront-elles favorablement accueillies. que les fonctions de protection (simuler l'absence) et de filtrage des répondeurs sont progressivement devenues essentielles. et sous quelles formes ? Tout est ouvert. p. multiplie les exemples où l'usage des réseaux consolide. d'accéder par Internet au fichier de la pellicule envoyée au laboratoire pour développement. Dallas. et il renvoie les images modifiées qui corrigeront automatiquement les fichiers haute définition détenus par le laboratoire. Un industriel des pellicules photos propose. p. Dallas et les séries télévisées. la recherche "motorisée" dans des banques de données. quels enjeux ?. par exemple.

On estimait. 109). La technique et le temps . Et Dieu créa l'Internet.La désorientation. etc. Éd. p. déjà cité au chapitre V. édite au fur et à mesure de la consultation de pages Web. in Rencontres Médias 1. scientifiques et juridiques" p.]". Paris. etc.I. [180] Alain Lelu. L'Harmattan. Paris. 125. en septembre 1998. [172] On pourrait postuler que la "cyberelation" combinant présence à distance et modélisation numérique (travail." L'intelligence collective. formation. Paris. Les paradoxes de l'Internet. [181] "L'exposition des connaissances perdra le caractère unidimensionnel. Le Virtuel.P. Ainsi écrit-il : "La structure en collecticiel permet en effet de faire une fantastique économie d'écriture. [184] Pour une critique plus détaillée de ces hypothèses. [177] Sur ces questions voir Sally Jane Norman. il y a au moins quatre manières de faire des livres : le scribe qui copie. qu'à l'ère du manuscrit. Les zones contenant des mots principaux y apparaissent grossies. . [173] Pierre Lévy est l'un de ceux qui ont thématisé. in Communication et lien social. causalité. Le Seuil. 34. p. La Découverte. 89/96. L'empire des sens. [170] La révolution Internet. [182] Pierre Lévy. Elle cite notamment saint Bonaventure. Ici. 69/80. cette idée de gain cognitif par disparition d'une concrétisation du contexte. in Terminal n°68. [174] Bernard Stiegler. le 19/11/96. 1996. 99. Ce ne seront plus seulement les mots. pp. le commentateur qui ajoute des explications.. à plus de 700 000 le nombre de sites fédérés en près de 50 000 "anneaux". Paris. Le contexte et les références sont toujours déjà là. L'Harmattan. Un simple clic suffit pour passer immédiatement au site suivant (et ainsi de suite jusqu'à revenir au départ). au fil du discours. supprimant ainsi les temps d'attente inévitables lors de l'activation des liens classiques. en utilisant des configurations spatiales d'objets concrets ou de symboles imaginaires [. 1997.. (La Découverte. à partir des sélections effectuées par l'utilisateur. [175] Op. Paris. jeux. Centre Georges Pompidou. in Le Monde de l'éducation. p. 1991) montre que la notion d'auteur est typiquement typographique. et enfin l'auteur qui cite d'autres textes (voir p. p.) mais topologiques". alors que ces deux dimensions ne sont pas de même ordre.[169] Voir Bernard Prince. Nouvelles technologies intellectuelles. 110. cit. p. voir notre article.. p. "Les nouvelles formes d'attribution de la qualité d'auteur et les droits de la propriété littéraire sapèrent les idées anciennes d'autorité collective non seulement en matière de composition des livres bibliques mais aussi de textes philosophiques. le compilateur qui croise différents écrits. [179] La circulation dans un "anneau" est une alternative au surfing ainsi qu'à l'usage souvent imprécis des moteurs de recherche. 276. lequel nous rappelle. 1994. absolument immanent. 1996. Paris. Paris.. mais des interactions de toutes natures entre des mots et des énoncés figurés. sur Arte. Paris. D'autres analyses suivent la même inspiration. hiérarchies de classes et de sous-classes. jouant le spatial contre le linéaire. dans La révolution de l'imprimé dans l'Europe des premiers temps modernes. [171] Cité par Christian Huitema.) définit en tant que tel l'idéal intangible d'un rapport social totalement auto-gouverné.. [178] Le logiciel Umap Web.. in Terminal.. animés. p. 98. Descartes et Cie et Cité des Sciences. Champ Vallon/INA. En effet les tenants et aboutissants d'un énoncé n'ont plus à être explicités par du discours puisqu'ils sont impliqués dans des liens hypertextuels. tous les sites concernent le même sujet. Seyssel. p. pensée et langage. Pour comprendre les média. L'intelligence collective. 102. p. Eyrolles.. d'une manière radicale. Paris. etc. Les interactions elles-mêmes ne seront pas seulement logiques (implication. été-automne 1997. Galilée.. relationnels. Interfaçages automatiques d'hypertextes. Ainsi Philippe Quéau affirme : "Les mondes virtuels permettent de fait d'exprimer des idées abstraites d'une manière entièrement nouvelle. Pierre Lévy. [185] Elisabeth L Eisenstein. 1994. p. qui donneront sa densité au savoir. avril 1997. n°74. 1992. 1993. La Découverte. 15 [183] Marshall McLuhan. 277 [176] L'écriture multimédia recherche toujours un équilibre -variable selon les genres et les auteurs. 46. 99. Métamorphoses de l'écriture. 1968. des cartes répertoriant les proximités entre thèmes ou concepts. B.entre libre exploration et axes directeurs structurants.. pp.

L. le tournage. Flammarion "Art & Essais". Cryo a préféré prendre son autonomie et s'attache plutôt. on obtiendra une photographie d'une précision de l'ordre de 3 mètres (les prochains succcesseurs d'Earlybird promettent de descendre à 1 mètre). une circulation financière.. yeux. homogène au symbolisme de l'arbre séphirotique de la tradition mystique juive (Cyberculture. film de Charlotte de Turckheim. via Internet. costumes. car continuellement rafraîchi par de nouvelles informations et nettoyé des nouvelles obsolètes. la perception d'aide sociale voire une Constitution et des codes de comportement moraux. Fabien Lagny et Bruno Piacenza. 26/27. aller dans les cabarets de jazz ou au cinéma. est à la source de la production d'un journal unique reflétant les goûts majoritaires des lecteurs. privilégiant. présenter le projet : "Le CD-Rom. la tectonique des flux discursifs. dans la rubrique culture. qui proposera une connexion à Internet. il ignore. I ).). de la messagerie visuelle et de l'agora. [192] On peut désormais mobiliser de chez soi. des Champs. par exemple. Il est même envisagé de pouvoir faire "naître" un enfant qui sera incarné par un nouvel avatar. le satellite Earlybird I. ma mère. L'expérience a été rééditée sur le tournage de Regarde mon père. [195] Par exemple. [188] Ce CD-Rom est édité par Hazan et 3e Vague. Le son. Tenant à la fois du jeu vidéo. par constitution. Érigé en vérité ultime d'un texte particulier. [191] Réalisation de Serge Bilous. mars 1998.). Centre Georges Pompidou. etc) sur un site Internet. Le monopole militaire du renseignement spatial est ainsi brisé. en revanche. un système de vote. par exemple. Saint-Denis..I. est l'un des logiciels de personnalisation les plus perfectionné. Paris. Par exemple. ce "deuxième monde" est appelé à se perfectionner constamment. à tout moment. (eXtensible Mark up Language). 24 mai 1996. pp. où l'on pouvait consulter le scénario in extenso mais aussi la feuille de service quotidienne. d'épistémés traverse les auteurs plus qu'elle ne les suscite. Moyennant quelques centaines de dollars. Le serveur actualise constamment sa base documentaire à partir de quotidiens californiens et des dépêches d'Associated Press. définie comme métalangage. (Question structurellement identique à celle du regard unilatéralement socio-technique porté par la nouvelle anthropologie des sciences sur l'activité scientifique). [190] Voir le commentaire kabalistique qu'apporte Pierre Lévy. [198] Ces langages déclineront la norme X. Paris 1997. afficher la dernière édition du journal. non sans légitimité. [197] Fishwrap. à Boston. [196] Laissons son promoteur Philippe Ulrich. Odile Jacob/Conseil de l'Europe. Une nouvelle forme de promotion ? [194] Article paru dans Le Monde diplomatique. la sécurité du métro VAL est assurée par un logiciel comportant quelque dix mille lignes de codes dans les équipements au sol et cinq mille dans la rame. Il permet à l'utilisateur de sélectionner des rubriques composant son journal (politique nationale. Mais le regard archival.T. Foucault se réduit-il à la "nappe discursive" structuraliste ? [187] T-Vision a été installé dans l'exposition Voyages virtuels. On peut. L'obsession du doublage va jusqu'à imaginer une monnaie. du jeu de rôle. intérieur privé. Seul Canal + continue le Deuxième monde. sur ce terrain. BPI. peau. 1997. novembre 1996. à diffuser SCOL (voir note 41). On pourra emprunter des sas pour déambuler dans d'autres métropoles (Berlin. a été coupé pour préserver l'intimité des rapports entre le réalisateur et les acteurs. les concerts avant les films et les critiques de livres. intensifié par l'informatique documentaire. Paris. dans son article. Elle permet- . Évoluer dans Paris. et à intervalle régulier. [189] L'installation a été montée à Artifices 4. 82/83). article par article. Substituer "l'ordre du discours" à l'irruption intempestive d'une pensée réorganisatrice relève d'un parti pris peu explicité. le logiciel détecte l'ordre dans lequel l'abonné lit les articles et affichera donc.. Il séjourne dans un appartement conforme à son style. sur la scénographie. p. 1997.. théâtre. basket-ball. L'activité bibliologique privilégie par nature la "transdiscursivité" où l'émergence de convergences. New York. contiendra un Paris contemporain entièrement redessiné.. Enfin. (Interview au supplément multimédia de Libération. Une fois connectés. les abonnés pourront se promener de l'île de la Cité à Notre-Dame. du film La Patinoire s'est accompagné de la création d'un site.M. co-fondateur de Cryo Interactive. cheveux. n'est pas le seul possible. etc. pp." Le visiteur compose son apparence grâce à une bibliothèque de formes : visage. à Franconville.Elysées aux quais en passant par la place de Grève. pp. Par ailleurs.[186] Yves Maignien. les images des trois Webcams installées. lancé depuis décembre 1997 par une société américaine. 4/8 octobre 1995 à Paris. 83/105) convoque à nouveau l'antienne foucaldienne de la disparition de l'auteur-sujet au profit de l'auteur-actualisateur de "nappes discursives". les dimensions subjectives singulières qu'il exprime. [193] Une Webcam diffuse en permanence l'image d'une scène (carrefour. en perpétuelle transformation.. dialoguer. mis au point au M. visiter les monuments."La bibliothèque de Michel Foucault" sur le projet de "Poste de Lecture Assistée par Ordinateur " à la BNF (in Rencontres Médias 1.

[201] À l'inverse. [199] Le logiciel SCOL. 14/10/97. avec une panoplie de fonctions connexes : contrôle des sites reliés. Toutes les composantes des scènes conçues sont cliquables et peuvent renvoyer par liens à d'autres lieux.. supplément multimédia. Scol. le magazine Les enfants du Web à destination des 8-12 ans. telle que la télécommande a profondément. des plans industriels. p. L'introduction de nouvelles normes enrichit le contenu d'Internet. p.. [200] Par exemple. afficher des sources documentaires ou lancer des applications. est téléchargé automatiquement chaque mois.. 34.. in Le Monde. 1 et 2/03/1998. apparemment mineure. moyennant un abonnement. une multitude de mondes indépendants. développé par la société Cryo devrait permettre aux Internautes de créer assez facilement leurs propres mondes virtuels en 3D et d' y déposer leur avatar en scannant une photo. par exemple. . par exemple.. et rapidement. bouleversé la réception de la télévision. in Le Monde. des représentations spatiales de molécules ou des parchemins antiques. on a vu comment une innovation. limitation de la durée de connexion. (Voir Michel Alberganti. Voir Yves Eudes. 29).tra aux concepteurs de pages de définir leurs propres langages de programmation selon qu'ils mettent en ligne des partitions musicales.

formulées. Ainsi. dans l'univers des médias désigne. en effet. De l'indétermination des télé-technologies On sait que toute culture est une méta-culture en ce que les contenus élaborés ne peuvent s'abstraire des chaînes matérielles. du statut du récit dans le contexte de l'hypermédiation. non pas à redéfinir l'ancien par négation. sans qu'on puisse pressentir une forme dominante qui révélerait la formule chimiquement pure de la temporalité des télé-technologiques. relativisation de la temporalité par l'obsolescence de la vectorisation passé/présent/futur au profit d'une temporalité de la simulation. de récit. par principe. livrer la formule ultime des enjeux de la programmatique. l'usage local d'un média global. à cet égard. d'archaïsmes. interrogeant. de ce fait. On fait ici l'hypothèse que les nouvelles technologies intellectuelles ont une efficacité paradoxale qui consiste. de résistances (toutes réactions qui se manifestent par ailleurs). L'exemple des communautés virtuelles est. de co-définition du local et du global). Et on pourrait allonger la liste des paradoxes repérables dans l'horizon des technologies numériques[202]. les incidences culturelles des technologies numériques sont donc souvent paradoxales. redéfinition. du régime temporel propre à la programmatique.Conclusion Une culture de la relativité élargie s'annonce. etc. Mais ces rapports entre matrices et contenus ne sont pas mécaniques. par exemple. Il n'y a pas lieu de s'étonner que de tels processus soient aussi à l'œuvre aujourd'hui. (L'originalité. ou encore relativisation du récit unique par l'injection du destinataire dans le moteur narratif. de la saisie de l'espace. Peut-on identifier des principes généraux qui permettraient d'appréhender le statut du nouveau milieu qu'érige la téléinformatique ? Quelques conjectures peuvent être. refus et détournement des propositions d'innovation. Il ne faut pas exclure. de durée. (La notion de glocalisation -qui. se modifient et se transmettent.côtoie celle du temps différé au cœur des applications les plus récentes qui allient l'usage local et le recours aux réseaux informatiques. locale. Nouveau milieu ne signifie pas effacement des anciens.résume assez bien ces rapports d'ajustement. Si. dans le cyberespace les oppositions frontales entre principes commerciaux et logiques d'espace public. voire contradictoires. La suppression des intermédiaires engendre l'apparition de mécanismes médiateurs. Jack Goody. mais par relativisation généralisée : relativisation de l'espace par la mise en proximité. l'apparition de contradictions fortes telles que. nombre d'études portant sur les conséquences intellectuelles de l'inscription du langage ménagent une zone d'indétermination bien éloignée de toutes les tentations réductionnistes. À propos de l'écriture. un nouveau rapport au territoire à travers -et non pas contre ou indifféremment à. est un effet de la multiplication à l'identique des imprimés et non pas son origine). expérimentale. Le ralentissement de la communication est l'autre face de l'augmentation des vitesses de computation. De tels effets paradoxaux pouvaient déjà être décelés avec les technologies intellectuelles classiques. Les télé-technologies revivifient les anciennes formes de présence. mais décrire l'un de ses mouvements majeurs. Elle ne prétend pas. l'unicité de l'œuvre écrite. On redécouvre la puissance de la linéarité grâce à la luxuriance de l'hypermédiation. La relativisation se traduit notamment par des formes inédites de cœxistence entre récentes et anciennes modalités. Elles inaugurent. La temporalité du "direct" -le temps réel. dans ces exemples.l'expérience d'un réseau trans-territorial. L'hypothèse de la relativisation généralisée ne s'identifie donc pas à celle de l'obtention de consensus. relativisation est synonyme de passage en position surplombante et d'inclusion des différences. entre propriété intellectuelle et domaine public ou encore entre intégration. Le réglage individuel des prises de vues donne naissance à une formule panoptique inédite. emblématique. matrices méta-culturelles par lesquelles ils se créent. mais reprise. en effet. Les processus de mixages temporels se complexifient. Une forme de saisie unifiée de l'espace. se fraye une voie à travers le maquis complexe des réglages individuels. à l'ombre et en résonance avec les mutations évoquées précédemment. Qu'il s'agisse de la suppression des intermédiaires dans l'espace public. dans La . par exemple. u-chronique. Une autre localisation est provoquée par la déterritorialisation. cela n'épuise pas les significations potentielles de ce processus. se conservent. non plus. par exemple. on le rappelle. Il ne s'agit pas là de survivances.

On sait qu'au XVIe siècle. perte de la séquentialité. consolider des cultures locales. Le même malaise nous saisit quand on essaie de caractériser une pensée propre aux réseaux en suggérant des notions telles que décontextualisation. Surplomber sans dominer Nous conjecturons que la culture programmatique et hypermédiatique accroît les traits méta-culturels de nos cultures et augmente leur réflexivité[207]. L'appréhension de la sphère des "outils". que le développement du courrier électronique "ne peut pas ne pas s'accompagner de transformations juridiques donc politiques"[206] de l'espace public. avait existé"[204]. il est vrai. dont la technologie est basée sur la parole. mais que cette homogénéisation des méthodes engendre. Parle-t-on des dimensions "pratiques". effets propres de la tendance à l'augmentation de la présence à distance. "rien n'est jamais indépendant de ce délai"[205]. C'est le travers auquel prête le flanc. Ces propositions méritent un examen plus soucieux de la préservation d'une certaine autonomie des processus cognitifs et des champs disciplinaires dans leur rapport aux technologies qu'ils mobilisent. Mais la psychanalyse ne s'insère pas directement dans cet espace. lorsque l'on tente de dessiner les traits saillants de la "culture informatique" et que l'on répond : culture du calcul. principalement. quant à sa nature. les fruits du travail intellectuel à partir de ses équipements : pratique coutumière. elle fait même de cet écart tendanciel l'un de ses fondements. dont la mise en œuvre produit d'autres machines d'écriture. l'émergence de la pratique et de la théorie psychanalytique. télévision) une multiplicité d'accomplissements singuliers ainsi que des affirmations identitaires différenciées. par l'ingénierie informatisée de la connaissance. les "technologies" des cures ne se distinguent pas fondamentalement de celles élaborées dans la Vienne d'avant guerre. de la combinatoire. l'accès aux corpus sont touchés par la téléinformatique. les conditions de production des livres.elle pas directement dans les cures. à sa vitesse de circulation dans l'Europe d'avant-guerre . La malléabilité de la téléinformatique pourrait. la technologie "courrier manuscrit" conditionne le fonctionnement de l'institution. par exemple. de la numérisation et de la programmatique. pourtant en général attentif à ces dangers. par exemple. Cette ingénierie s'apparente à une méta-machine.dans le passé la psychanalyse (pas plus que tant d'autres choses) n'aurait pas été ce qu'elle fut si le E mail. même si le fonctionnement des écoles`psychanalytiques. l'ingénierie informatique consiste essentiellement en la diffusion de machine de production de micro-mondes. "théoriques" de la psychanalyse. de création d'univers. Qui n'a jamais éprouvé un malaise. massmédia. directement. Mais ces collectifs ne sont que rarement tota- . lorsqu'il fait l'hypothèse que ".majorée. cette autonomie relative serait -c'est notre hypothèse. autant n'interfère.. l'instantanéité de ces transferts aurait modifié. on dira que les modes de repérage s'unifient sous les logiques de la délocalisation. Jacques Derrida. collectivisation. à juste titre. S'il est vrai que les "délais" conditionnent l'échange épistolaire. alors la psychanalyse l'aurait. tout en les faisant passer par l'orbite de la programmatique et de la Téléprésence.. En effet. Ceci n'empêche pas que naissent des collectifs déterritorialisés. les incidences de l'écriture sur les processus cognitifs. provoquera aussi une déperdition des langues littéraires non imprimées). qui relève d'une démarche réflexe. sans doute. plus qu'avec les anciennes technologies intellectuelles (imprimerie. Rien n'est évident en la matière et. que l'on sache. quelques lignes plus loin. par exemple. et non amoindrie. des langues vernaculaires se sont conservées et parfois même créées. grâce à l'essor de l'imprimerie (laquelle. de déplacements dans des récits. ni même peut-être.raison graphique. Pour faire image. Demeure l'idée générale et invérifiable que si le passé avait été différent. Et aujourd'hui. dans l'édification théorique freudienne. à l'heure d'Internet. il resterait à montrer comment précisément. Et Derrida d'insister sur les "raisons historiques et non accidentelles" qui ont relié l'institution psychanalytique à la forme courrier manuscrit. de déplacements de présence. L'ethnologue nous prévient donc d'un usage du concept de technologie intellectuelle qui déduirait. déduisant sans ambages. Une certaine unification procédurale se concrétiserait alors à travers une diversification des pratiques. une forme culturelle à partir d'un système technique.t. ou de la construction de ses institutions ? Autant. de la formalisation. des méthodes devrait respecter une certaine autonomie qui interdit d'en inférer directement des formes de pensée. aussi été. paradoxalement. Jacques Derrida souligne. notait immédiatement dans une parenthèse : "quoique à mon avis la nouvelle technique fournisse seulement des outils sans pour autant déterminer les résultats"[203].

etc. convergence technique/divergence ethnique). donc la peinture elle-même qui s'est dès lors attachée à rendre visible l'invisible (ce qui. J'ai le sentiment que la téléinformatique crée un milieu favorable à un désajustement entre traits culturels héri- . l'alliance de la programmatique et des réseaux convoyant la présence à distance aboutit à une configuration inédite. Cet exemple montre comment. point n'est besoin de localiser la tribalisation à l'extérieur de la sphère technique. fruit d'une transmission symbolique. Mais cela n'autorise pas à confondre un hypermédia avec un livre et à oublier sa puissance organisatrice. par effet retour. a influencé la vision ordinaire). tout en reconnaissant les contraintes inédites qui pèsent sur la première. Elle insiste. de l'art. déterritorialisation/localisation. non seulement se manifestent. trop rigides. mais que l'enregistrement tend à devenir numérique. Ce module linéaire s'accouplera. ni uniforme. On peut discerner. Si on oppose la mondialisation des objets et des signes à "une tribalisation des sujets et des valeurs"[210]. De même que toute formalisation procédurale engendre un ajustement par négociation entre les acteurs. Peut-être a-t-il raison de dissocier ainsi l'héritage culturel. durée. on conjecturera que ce couplage est un processus ni linéaire. Notre hypothèse concernant l'incidence des technologies intellectuelles contemporaines ne se limite pas à noter ces effets de réinterprétation. Il est vrai. Ce faisant une vie nouvelle s'ouvre à la linéarité. Elle affirme que ces agencements n'oblitèrent pas les anciennes organisations cognitives mais les revivifient dans de nouveaux costumes. sur les distorsions culturelles internes à l'aire technique. par exemple. etc. Notre culture. imprimerie. On s'accorde à considérer que l'image de synthèse ne se substituera pas aux techniques d'enregistrement. Il n'est peut-être pas indispensable de requérir un pôle intemporel de l'existence humaine (le relativisme de la culture. Régis Debray développe une analyse voisine. qu'une séquence de lecture d'un texte -ou d'une vidéodans un hypermédia reconduit la linéarité de la lecture d'un imprimé.lement émancipés de leurs attaches territoriales. la différenciation est la fille de la mondialisation télétechnologique. dans les nouveaux contextes installés par la téléinformatique. en pointant l'hétérogénéité des temporalités propres aux "aires de civilisation" et aux logiques techniques[208]. La diffusion mondiale accélérée de méta-conception du monde fondée sur ces environnements socio-techniques provoque finalement une crise de la problématique des effets culturels des technologies. de même la diffusion mondiale de la programmatique et de la Téléprésence n'est pas mécaniquement homogénéisante. en son sein même. ajustement indispensable pour injecter de la souplesse dans des mécanismes formalistes risquant de devenir. et plus précisément à l'aire télé-technologique. Tout comme le bricolage est le fils de l'algorithmisation et non une survivance anachronique. de la morale) pour contrebalancer un supposé universalisme technique réglé par la performativité. Dans ces effets en retour d'une technologie nouvelle sur celles qui la précèdent on sauvegarde la cœxistence des deux formes. se définit par un couplage entre l'équipement techno-intellectuel hérité et les nouvelles propositions émergentes. notamment) et formes de rapports sociaux (échange en face à face. sinon. différance) propres aux technologies classiques (écriture. photographie. On a coutume d'affirmer que la photographie n'a pas détruit le dessin à la main. Elle secrète une diversification qui est son double. comme les précédentes.). présence corporelle) au cœur des espaces cognitifs. Comme si le niveau d'efficience atteint par l'intensification cognitive avait pour résultat d'injecter les anciennes modalités intellectuelles (temps différé de la lecture/écriture. Aujourd'hui. à des débranchements volontaires bouleversant la structure ordonnée du livre. en revanche. L'idée à laquelle nous tentons de donner forme ne contredit pas formellement cette conception de l'hétérogénéité des temps techniques et culturels. sensibles et relationnels actuels. en effet. relativisme culturel/universalisme technique. Si l'on retient l'hypothèse de la longue durée chère à Bernard Miège[211]. Dans Transmettre. les mouvements qu'on repère d'ordinaire dans sa périphérie culturelle : vitesse/ralentissement. de la réception de la technique obéissant à la logique de la communication (bien que cette perspective risque d'engager une pensée de la technique dissociée de l'univers culturel : "deux régions de l'être irréductibles l'une à l'autre"[209] où l'on retrouve les fameuses dichotomies éthique/technique. mais qu'elle a contraint les peintres à redéfinir l'acte de vision (et aussi le mouvement). mais se renforcent certains traits (séquentialité.

Pour suivre Traiter de la Téléprésence.) et non de cultures concrètes (occidentale ou chinoise. par exemple). où les logiques de la téléinformatique envelopperaient celles de l'oralité. du statut de sujet d'investigation.le renforcement de certains traits antérieurs dans les nouveaux contextes : le numérique redonne vigueur au temps différé de la lecture/écriture. D'où l'idée de relativisation généralisée. Qui. Mais d'articuler plus finement cette tendance aux autres processus à l'œuvre. de l'écriture. L'hypothèse est plutôt que la singularité de la situation réside dans le couplage. du panoptisme et de l'individualisation de la saisie. . Ce sont donc des alliages inédits qui s'instaurent. séquence de flux insécable et libre navigation.conduisent à penser un concept de position surplombante sans domination.l'apparition de traits inédits : des outils automatiques ouvrent à de nouvelles pratiques de recherches. Ausculter notre société à l'aide de cet outil engendre mécaniquement une opération de sélection et un effet de loupe. etc. l'hybridation de ces deux mouvements. se déploie une percolation de la réception et de la production. Entendons-nous bien. nous avons maintes fois insisté sur la méfiance nécessaire face aux affirmations unilatérales pronostiquant une substitution des conditions habituelles de "l'être ensemble" par la Téléprésence. Par exemple. par exemple dans ce que j'ai appelé le "home multimédia". la vitesse de la communication sociale décroît. l'emporte ? Cette question n'a probablement pas de sens. Renforcer certains caractères temporels hérités d'anciennes technologies provoque de nouveaux agencements dans les environnements cognitifs et sensibles actuels. fragmentation et unicité de la perception spatiale. par exemple. l'exigence de linéarité se renforce. la malléabilité des technologies du virtuel accueillent.tés et émergents. Mais accueil ne signifie pas duplication.la translation apparemment inerte (comme ce qui s'est produit entre le CD et le disque vinyle et qui relève de la traduction/réinterprétation puisque la musique enregistrée coule maintenant dans le lit du fleuve numérique et nourrit donc le multimédia. instantanéité et différemment. mais parce que ces effets ne font pas système. . non pas parce qu'elles n'en auraient pas. En schématisant le propos on pourrait affirmer qu'aujourd'hui quatre phénomènes cœxistent : . la saisie panoptique. les anciennes logiques symboliques beaucoup plus respectueusement que la tradition écrite n'a accueilli la tradition orale ou que l'imprimerie n'a abrité le manuscrit. cette perspective ne saurait se confondre avec on ne sait trop quel paradoxe circulaire dans lequel les nouvelles conditions équivaudraient aux anciennes. à celui d'instrument d'observation. ou comme on l'a vu. l'accélération. en façonner une cartographie est un jalon indispensable pour comprendre les mouvements complexes qui animent notre techno-culture . de l'imprimerie.. par on ne sait trop quel mouvement de balancier. c'est aussi une aventure intellectuelle passionnante.et enfin. l'hybridation des traits inédits avec les anciens. Suivre ces chevauchements et rebroussements. par exemple. Il ne s'agit pas de tempérer l'importance de la tendance culturelle à la présence à distance. de la linéarité et de l'hypermédiation. ces observations -à propos de la temporalité. de l'apparition des traits inédits ou du renforcement des caractéristiques traditionnelles. Loin de tout fixisme. En fait. Mais certaines hypothèses et observations fragmentaires relevées dansce mémoire gagneraient à faire l'objet d'études de terrain plus systématiques afin de mieux comprendre comment les relations de proximité interagissent avec les nouveaux rapports à distance : . tend à la faire passer. comme de toute question à caractère général. entre linéarité et hypermédiation. Et je parle bien de traits culturels (la linéarité. Je poursuis l'idée -ou peut-être est-ce elle qui me poursuit. on le voit en particulier sur Internet). La souplesse. conjecture plus mobile qu'une supposée révolution de nos conditions expressives et cognitives. de l'enregistrement et des télécommunications sans les assujettir. etc. . tels que les alliages entre linéarité et hypermédiation.que la notion d'effet culturel des technologies numériques serait en crise.

pour un lieu donné et un seul. Mal d'Archive. et renouveler alors les approches. qu'une publication en flux sur le réseau constituerait une solution parfaitement satisfaisante : il faut savoir terminer un livre pour comprendre. 83. il est vrai. des relations assez inédites entre actualité. sont immédiatement réinvestis dans les pratiques sociales. Galilée. comme l'auteur de travaux majeurs sur l'invention de l'écriture comme technologie intellectuelle. loc. 34. [207]Dans son livre Les conséquences de la modernité (L'Harmattan. sur la séparation physique des représentants et des représentés. on pourrait se demander si Anthony Giddens n'accorde pas une trop grande importance à la conscience que se forment les acteurs des motivations de leurs comportements.. [202] Par exemple. quels en sont les points faibles. [204 ]Jacques Derrida.sur les formes d'exercice du pouvoir fondées. Paris. leur reprise par les acteurs sociaux. cit. L'objet et le sujet de la connaissance se conditionnant mutuellement. l'autre grand fondement de la modernité étant la dé-localisation. La manière dont les discours d'expertise informent les pratiques qu'ils visent. op.alors que le champ de l'hypermédiation s'enrichit sans cesse de nouvelles problématiques et réalisations obligeant à repenser certaines conclusions et à ouvrir de nouveaux chantiers interprétatifs. concrétisation qui ne se confond évidemment pas avec l'ancienne matière physique de l'expérimentation traditionnelle. Paris. Mais il n'a pas le sentiment. Odile Jacob. peuvent-elles masquer des conflits profonds d'intérêts lesquels se frayent toujours une voie pour polariser les terrains de confrontation ? Bref. Mais la Réalité Virtuelle a injecté le corps au centre du couplage homme/machine pour donner forme à un genre de déplacement de présence incomparablement plus charnel et engagé que les anciens dispositifs de simulation. en réalité. 1994). Les commentaires qui précèdent ne forment. Régis Debray. affiner les outils méthodologiques proposés . p. [208] "Un système technique traduit les cohérences qui se tissent. un système culturel assure. Il y montre. le mouvement de virtualisation basé sur la modélisation numérique pouvait laisser croire qu'il signait le triomphe de l'abstraction ainsi que la primauté de la vision.enseignement. Les Éditions de Minuit. travail coopératif. [206 ]Jacques Derrida. cit. . les transformant immédiatement. vérifier ou infirmer des conjectures. pour chaque époque donnée. Il serait quelque peu artificiel de leur faire jouer un rôle de clôture logique. discours et pratiques ? Cela étant. entre ses différents appareillages . De même. p. Tout en reconnaissant l'acuité de son analyse. ne tend-il pas à confondre exagérément perception. 143. [203] Jack Goody. Enregistrons-les donc comme une incitation à poursuivre l'enquête. cit. 1995. Il faudra.. comprendre quelles peuvent être les incidences de la situation de "multi-présence" -être à la fois ici et partiellement ailleurs. [210 ]Régis Debray. op. 35. cit. en particulier. dans le domaine politique. 43/60). à juste titre. comment les effets de connaissance des sciences sociales. 99/100. l'attention portée à la réflexivité met incontestablement en lumière un phénomène majeur qui qualifie profondément les principes de fonctionnement de l'Occident. la radicalisation de la simulation va de pair avec une concrétisation croissante dans l'élaboration des modèles (qui engage. Le rédacteur de ce livre ne peut d'ailleurs dissimuler sa frustration à encapsuler son propos dans un imprimé clos -facilités du traitement de texte aidant. ce travail appelle prolongements. pp. [205] Jacques Derrida. Anthony Giddens considère même que cette réflexivité croissante constitue l'un des traits dominants de notre époque (voir en particulier pp. Jack Goody est souvent cité. La Raison graphique. les cohérences qui se tissent entre les époques et les générations". Paris. chronologiquement.et en tous les points de l'espace . plus tard. 1997. D'où la subversion de l'idée de "raison". De même. [209] Régis Debray. Approfondir les enjeux de la Téléprésence. tout particulièrement. à la fin de sa rédaction. loc. etc. par exemple. p. de nombreuses questions à peine effleurées restent à approfondir. une conclusion de ce livre que parce qu'elles surgissent. Transmettre. non plus. au sens où elles en délivreraient la signification condensée. Paris. bref. l'idée d'un savoir stable apparaît comme dénuée de fondement. par exemple. jusqu'à présent. p. réalité et présence). 1979. mais qui ne relève pas non plus d'un univers éthéré et de pures abstractions logiques.

. Il attire. en effet notre attention sur la nécessité de ne pas céder à l'idéologie de l'explosion -qui se donne libre cours dans la quasi-totalité des analyses..[211] Sur cette question de la temporalité propre aux techniques de communication. Presse Universitaire de Grenoble. Table des matières . par définition inaccessible à notre regard actuel. Ainsi écrit-il : ". Ainsi. Bernard Miège suggère de prendre en compte la question de la "longue durée". avec les formes prises par la médiation sociale.pour envisager les transformations d'usages mais aussi de façonnages des objets communicationnels sur une longue période." Bernard Miège. 167. une fois encore s'impose à nous l'intérêt d'une approche par le temps long qui seul peut nous permettre d'inscrire les changements observés dans le cadre de mouvements de la société repérables. tout simplement parce qu'ils restent en "correspondance" avec l'évolution des pratiques sociales. et pour le cas qui nous intéresse présentement. 1997. p. La société conquise par la communication. Tome II : La communication entre l'industrie et l'espace public.Les usages sociaux des techniques connaissent rarement de brutales modifications.

59 Breton. Yves. 205. Henri. 174. 196 (note) Arseneault. 52 (note) B Balazs. Christiane. 237 André. 182 Benjamin. 69 Amkraut. Guillaume. 114 (note) Ascher. 72 Armanetti. 154 (note) Atlan. Pierre. 212. 72 Bret. 141. Michel. R. 24 Arendt. Michel. 94 Brauman. Françoise. Tim. 174. 29. 74 Aigrain. 219 Blair. 120 Boissier. 30n Benayoun. 145 (note) Aumont. 20. F. 22. Jean. 228 Bougnoux. François.. Hannah. 95.Index Les numéros renvoient aux pages de l'édition papier. Michel. Philippe. 178. 197. 277 (note) Allen. 210 (note). Sylvette. 239 (note) Bilous. 74 Amanpour. 198. Susan. Henri. Walter. Gregory. Franck. Rony. A. 23. 209 (note) Bergeron. Philippe. Tony. Michel. 96. 181 (note) Alberganti.. Édouard. A Agez. 266 (note) Binkley. 156 Baudrot.P. 135 Bergson. Jean-Louis. 82 (note) Brun. Serge. 24 (note) Bullimore. 201. 227. Honoré de. 195. 60 (note). Woody. 229 (note) Balladur. 17. 182. 17. Roland. Jean-Pierre. 38 Breton.. 235 (note) Beaudoin-Jafon. Béla. J. 194. André. 203. Daniel. 238 Bianchi. 45 (note). 209. 21. 61. 49 (note) Borges Jorge Luis. 208. 202. 22 (note). Jacques. 103 (note) Apollinaire. 228 (note) Barboza. 225.. 89. 219 Alphonsi. 244 (note) Agret. 68 Balpe. 47. J. P. 135 Barlow. 81 (note) Barnu. 200. 46 (note). Maurice. 211. 58.. 194 (note). 213 (note). 192 Bateson. 199. 71 C . Gilles. 34 (note) Barthes. 158 (note) Briançon. 97 (note) Barel. Philippe. 221 (note) Balzac. 174. 25 (note)..

154 (note) E Eco. 226. Sigmund. 165 (note) Cookson. Patrick. 64. 34 Duvignaud. Carl. 246 Castro. 130 Clément. Adolf. 234. 139. 165. Maurice Cornelis. 166. 230. 228 (note) Dousset. Guy. 233 (note). 60. Charlotte. 220. Georges. 208. 57. 215. 189 Freud. 194. 199 Eichmann. 121 (note) Dreyer. 42 (note) Feiner. Steven. 167. Francis. Jean. 72 Eisenstein. 39 Callon. 67 Charron. 231. 168. 70 (note). Clive. 214. Jacques. Lennart E. Franck. 62 Chiffot. 38. 228 (note) D Dajez. 82 (note). 283. 120 (note) Cocco. 31 (note) Flichy. Giuseppe. 140 (note). Michel. Gilles 12. Régis. 41. 38 Couleau. 218 (note) Debord. 222 (note) Clinton Bill. 232 (note). Célestin. 76 (note). 50 Deleuze. 180 (note) Denel. 235 Drudge. Edmond. Jacky(note) Clark. 59 (note). 241. 97. Dave.Cadoz. Denis. B. 213. 110 (note) Duby. 216. Umberto. 119 (note) de Turckheim. 153 (note) Foucault. 284 (note) de Certeau. 166. Patrice. 114 (note). Jean. Claude. Roger. 58. 17. 193. 282 (note) . Michel. 136 de Gournay. 223. Anthony. 224. Yves. 209. 238 Delmas. 55 (note) Couchot. 268 Fournier. 227. René. 70. 194 (note). 168 (note) Derrida... 216 Freinet. 278 Giddens. Jacques. Fédéric. Alain. 236. 219. 110. 169. 277 (note) F Fallen. 266 Eudes. 196 (note) Duplat. 65. 38 (note). 180 (note) Darras. 91 (note). 207. 19 (note). 229. 235. 127 Chartier. Bernard. 58. 281. 261 (note) Escher. 61 Debray. 194 (note). M. 47. 57. 98. 147 (note) Carré. 148 (note). 147 (note). Michel. 218. 96. Christèle. 60. Fidel. 217. 249 Garcia. Matt.. Jean-Marie. 169 G Gaillot. 262 (note). 81. 269 (note) Diderot. 282 Descartes. Dominique. 62. 154 (note) Dufour. Elisabeth L. 25 (note). 84 (note). 222. Bernard. Chantal.

228 (note) L Labbé. 174 Leblanc. 147 (note).. 110 Lionet. 134 (note). Monica. 249 (note) Husserl. A. Milan. Eric. H. 130. André. Jack.Girard. Alain. 258 Leroy-Gourhan. 185. 38. Agnes. Marc. 52 H Habermas.. 108 Godard. Louis. Michael. C. 234 Goody. 131. Gottfried Wilhelm. B. 105. Alain. 151 King. Jean-Luc. Jean-Michel. C. 117 (note) Kundera. Marc. 143 Lévy. 252 (note). 66 Le Bot. Isaac 19 (note) Juppé. 96 Lewinsky. Cristoph. Christian. 262 (note) Maixent. 115 (note) Lumière. 237 Giussi. 173. 203 (note) Granier-Deferre. 187 (note). 174 M Maignien. 141. Jocelyn.. 68 K Kasparov. Mélanie. 241. 67 Lyotard. C. 232. K. 174 Hudrisier. Edmund.. 63 Hulten. 140. 53. 281 Goujon. 144. 208.. Emmanuel. Fabien. 266 (note) Lanoue. 74 Joubert. 145. 174. 190 (note) Jörg. David. 265 (note) Lévinas. 228 (note) . Pierre. Bruno.. 217. Jürgen. Yves. 194 (note). 33 Huitema. Roger. 30 (note) J Jarre. 106 (note) Khamenei. Gary. 146. Jean-François. Henri. 154 (note) Leibniz. 13 (note) Kubrick. 75 Lefebvre-Desnouettes. 159 Laufer. 115 Latour. 121 (note) Lagny. Gérard. 68 (note) Klein. Stanley. 259. 234 Krumeich. 158 (note). 227 Lelu. 222 I Ishii. 131 Hegedüs. Philippe. 194n.. 111 (note) Guillaume.

284 Missika. Catherine. E. J. 193 (note) N Negri. 161 (note) Renoir. Seymour. 146. 259 (note) Queneau. 142 Mannoni. 59. Jean. 186. 32 Perriault. Charles S. Bruno. Hajime.Malaval. Georges. 51. Pierrre Alain. Philippe. Chrétien 19 (note) Mallarmé. 110 McLuhan. Raymond. Bernard. Louis. 243 (note) . Friedrich. 147. Mathieu. Howard. 255 (note) O O' Neil. Marshall. 220. Jean. 85 (note) Pousseur. 209 (note). 91 (note) Munari. 110 Parnet. 170. 17. 115 (note). 52 (note) Marazzi. 74 (note) Malesherbes. Alain. Octave. Jean-Marie.. Alex. 67 Mendeleïev.. 235 Rheingold. 50 Matisson. 235 P Papert. Louis. 44 (note) Norman. 127 (note) Oury. 247 Perrin. B. 192 Q Quéau. 222 Miège. Bernard. Dimitri Ivanovitch. 140. 162 (note) Marin.. 204. L. 96. 254 Mercier. 115 (note) Pasteur. Maurice. 118 (note) Parrish. 261 Peirce. 17.. 201. 259 Méliès. 13 (note) Ozu Yasujiro. 248 Proust. 151 (note) Piacenza. 154. Robert. 52 (note) Reich. Sally Jane. 162 (note) Nietzsche. 220 (note) Parody. 177 Papon.. Franck. 199 Mandel. Claire. Jean-Louis. Kamel. 220 Nonogaki. 233 Resnais. 199 R Regaya. 135. R.-P. 266 (note) Pickett. Jacques. Toni. Christian. Marcel.. 52 Poguszer. 246 (note) Merleau-Ponty. 255 Platon. 208. 16. 96 Pentland. 193 (note) Prince. 44 (note). 22. Jean-Louis. Stéphane. Henri. Maurice.

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