Avant que vienne ton nom
Le monde est en silence, ou bien c’est moi qui rêve,
Depuis que tu grandis, le temps semble en trêve.
Sous ma main, tu remues, secret petit tambour,
Et chaque battement annonce un grand amour.
La maison est plus douce, tout y semble en attente,
Comme si les objets murmuraient ta présence.
Les murs retiennent leur souffle, les horloges s’arrêtent,
Et chaque nuit est veille, et chaque jour, promesse.
Ton berceau est déjà là, encore vide et dormant,
Comme un vœu façonné dans le bois du printemps.
J’y dépose des songes, des baisers à l’avance,
Et mes mains y tissent des fils d’espérance.
Ton prénom flotte encore, doux et indécis,
Comme un mot qu’on devine, mais qu’on n’a pas écrit.
Mais je sais qu’il viendra au moment le plus juste,
Quand tes yeux me diront : "Je suis là, et j’existe."
Ton cœur bat dans le mien, j’en sens chaque écho,
Comme une fleur d’étoile au fond d’un coquillage clos.
Ton silence me parle, il raconte des îles,
Des plaines de lumière, des chemins invisibles.
Ton absence est présence, ton vide est plénitude,
Et j’habite l’attente avec gratitude.
Parfois, j’ai peur aussi, qu’un souffle s’égare,
Qu’un orage imprévu emporte l’espoir.
Mais j’écoute la vie, qui doucement t’enlace,
Et je sens que déjà, tu donnes à tout sa place.
Même l’air que je prends a changé de couleur,
Et mes pas dans la rue chantent ta petite lueur.
Il y a des nuits longues, de doutes et de veille,
Où je scrute la lune, où mon ventre s’éveille.
Je parle à l’invisible, je murmure des chansons,
Et parfois, tu réponds d’un léger frisson.
Les saisons passent lentes, autour de mon ventre,
Et chaque jour qui s’ajoute t’approche, te centre.
2
Comme un fruit qui mûrit dans l’ombre de la sève,
Tu prépares ton heure, ton cri, ton premier rêve.
On me dit d’être forte, de penser au bonheur,
Mais il n’est pas simple d’aimer sans douleur.
Je t’aime déjà tant que j’en perds les contours,
Et que mon propre nom fond dans ton jour.
Tes chaussons sont rangés, si petits, si fragiles,
Ils attendent tes pieds, ton pas minuscule.
Et la chambre respire comme une mer tranquille,
Où chaque chose chante : « Il arrive, il oscille. »
Quand viendra le moment, quand viendra la lumière,
Je saurai te tenir sans plus aucune prière.
Je te dirai : "Te voilà, mon tout, mon poème,
Le monde attendait toi pour se dire : je t’aime."