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Faits et récits

La problématique abordée aujourd ’hui prend toute sa pertinence dans le cadre des retours
multiples (de l ’événement, du politique, du culturelle et in fine du récit) qui marque la fin de
la domination du paradigme des annales .
Nous nous étions quitté la dernière fois sur cette histoire des mentalités triomphantes qui en
annexant le champ de l ’anthropologie multipliait ses objets quasiment à l ’infini tout en restant
pour autant fidèle aux méthodes éprouvées de l ’histoire quantitativiste et sérielle .

1. la remise en cause des annales :redéfinir le fait historique

Le fait historique développé par les annales est d ’essence objectiviste (primauté accordée aux
déterminations sociales) en ce sens la principale critique qu ’essuie les annales est de
construire des faits sous l ’égide d ’une méthode à l ’apparence scientifique et ainsi de continuer
l ’action des historiens méthodiques .
Ces années voient émerger une nouvelle culture théorique des sciences sociales qui
s ’articulent sur le fait que les réalités sociales sont construites historiquement et ne sont pas
données ce qui réhabilitent la centralité de l ’action sous entendant ainsi l ’intentionnalité des
acteurs .L ’ensemble renvoyant à la dimension interprétative de l ’analyse historienne .
Attaqués sur leur abandon d ’une histoire globale, les annalistes en viennent dans un « tournant
critique » à reprendre la notion de représentation, outil permettant de déconstruire le fait
historique prenant en compte la relativité d ’une réalité passée en tenant compte des acteurs et
de leur conduite à l ’égard de la réalité sociale . Cette démarche est alors partie prenante de la
reconstruction d ’une histoire politique, sociale et culturelle dont les attendus portent vers une
nouvelle histoire globale aux contours encore floues

( contre l ’histoire en miette


Dès 1983 Hervé Coutau ( bégarie dénonce la nouvelle histoire comme étant surtout
l ’expression d ’une domination hégémonique sur les instance du pouvoir historien en France .
François dosse – « L ’histoire en miette » puis marcel gauchet « changement de paradigme en
science sociales » le débat 1988 appelle à histoire axée sur l ’événement, le retour du politique
et la réhabilitation de l ’acteur individuel
En 1979 remise en cause des annales et de ses fondements par André burguières et jacques
revel, cette remise ne cause est confirmée par Fernand Braudel lui(même en 1985 qui récuse
l ’abandon par ses successeurs de la notion d ’histoire totale . François furet en 198 1 prend
définitivement ses distances avec une « épistémologie de l ’émiettement » et remet en cause
l ’opposition entre histoire narrative et la nouvelle histoire des mentalités .
Quand furet, Leroy ladurie, Agulhon et Duby proclame leur attachement à une histoire
politique dans l ’histoire de France qu ’ils publient en 1987 c ’en est bien fini de la domination
du paradigme annaliste .
L ’enjeu est bien de sortir de l ’immobilité des concepts de strates, d ’instances, de niveaux pour
construire des concepts de mouvement en terme de configuration, de processus et
d ’interactions de façon à ce que l ’histoire redevienne la science du changement qu ’évoquait
marc Bloch

( le tournant critique (Bernard Lepetit 1988) :le poids des représentations


La relecture de l ’historiographie positiviste par marcel Gauchet participe à atténuer la fracture
proclamée par les annales en réhabilitant les historiens méthodiques .
Dans son article « Histoire et sciences sociales : un tournant critique ? » 1988 ernard Lepetit
,B
admet un problème et en appelle à de nouveaux paradigmes . Les échelles d ’analyse
(microhistoire) et l ’écriture de l ’histoire en remettant en cause essentiellement le
quantitativisme et la longue durée mais opposition sur le narratif l ’événement le politique et
la biographie . , , ,
Il admet cependant la primauté des acteurs à ce titre il admet l ’importance dans la
compréhension des faits de la manière dont les hommes les ont perçus ou reçus . Les
représentations des hommes du passé leur imaginaire sociale s ’inscrit dans les documents
, ,
étudiés par l ’historien et sont donc la matière dont s ’empare l ’historien du présent pour
comprendre la période . Contrairement aux mentalités qui visaient à décrire l ’homme moyen
du passé les représentations mettent évidence les complexités des phénomènes sociaux en
remettant en cause les classifications préétablies . De ce fait cette histoire remet en cause les
acquis des annales en refusant l ’histoire quantitative au profit d ’une histoire qualitative et en
fuyant la nomologie de l ’histoire .
Mais il ne saurait y avoir d ’histoire que de représentations car ces représentations se sont
constituées historiquement en ce sens elles ne sont pas innées et laissent donc des traces qui
sont autant de sources pour l ’historien . Carlo Ginzburg marque bien la nécessitée que
« l ’analyse des représentations ne peut faire abstraction « du principe de réalité » ce que
Ricœur nomme « l ’oubli du référent » .

g l ’avènement d ’une histoire politique et culturelle

« Pour une histoire politique » 1988 rené rémond eangfrançois sirinelli marque le retour du
,j
politique .L ’histoire politique comme « lieu de gestion de la société globale » utilise toutes les
temporalités et s ’intéresse à l ’événement . La notion de culture politique prise comme
« l ’ensemble des représentations qui soudent un groupe humain » rattache cette histoire
politique aux représentations qui envahissent l ’historiographie française . Dans ces remises en
question l ’histoire du politique reprend ses droits en s ’érigeant en histoire totale .
D ’autre part l ’intérêt général de la communauté historienne pour les ob ets symboliques qui
se traduit par, la v j
ogue de la notion de représentation qui touche tous les types d ’histoire
souligne le poids que prend l ’histoire culturelle dans les travaux historiens là encore au point
de s ’ériger en une histoire totale .

2 . le retour du récit

Le thème du récit devient à partir des années 70 un argument pour remettre en cause les
modèles scientistes en histoire . Paul Ricœur dans « temps et récit » remet en selle la question
du récit contre la suprématie de la nomologie en histoire . Le retour du récit s ’articule sur la
rupture avec l ’histoire globale des annalistes niant toute importance à l ’histoire dite
événementielle et à l ’acteur . Autrement dit c ’est bien le retour de l ’acteur et donc de
l ’événement comme révélateur qui amène les historiens à réevoquer le récit .Ce retour du récit
s ’appuie sur de nouvelles réflexions sur la narration et sur l ’écriture de l ’histoire .

g le retour de l ’acteur agissant dans l ’événement


L ’intervention des ouvrages d ’edouard p thomphson et de la micro histoire italienne rompt
avec le général pour se centrer sur l ’individu en étudiant notamment les stratégies
individuelles soulignant ainsi l ’action des agents individuels cette démarche se veut en
,
rupture avec les classifications (Alain Desrosières, Laurent Thévenot 1988) tout en marquant
l ’importance des représentations dans la construction des identités sociales . Ainsi l ’histoire
sociale devient l ’histoire des représentations sociales (Antoine Prost 1993) .
Dés la fin des années 70 retour en force des biographies qui sous entend le retour d ’une
histoire politique qui s ’oppose au paradigme économique et anthropologiques des annales .
C ’est bien une critique anti scientiste qui est ici formulée . Georges Duby dans « le dimanche
de Bouvines » prend en compte des récits qui rapportent l ’événement . Ce retour à l ’acteur
touche l ’ensemble des champs ouvert par l ’historiographie

œ les nouvelles exigences de la narration

Dés 1967 Roland Barthes s ’interroge sur les différences entre la narration des événements
passés et la narration imaginaire propre au roman alors que Foucault dans l ’archéologie du
savoir pose la question de l ’analyse du discours par les historiens . Paul Veyne enfonce le clou
en insistant dés l ’entrée de son livre d ’épistémologie « comment on écrit l ’histoire » sur le fait
que l ’histoire n ’est rien d ’autre qu ’un récit véridique . Cette volonté largement philosophique
pour un rapprochement entre histoire et littérature est mal acceptée par les historiens
traditionnellement éloignés des philosophes et opposés au rapprochement avec la littérature
qui ferait finalement de l ’histoire un art (augustin thierry) . Pourtant la notion d ’histoire
comme discours porté sur le passé finit par pénétrer la communauté historienne dans les
années 1990 avec l ’accueil de l ’ouvrage de Paul Ricœur « temps et récit »
Pour autant le tournant critique des annales s ’il rejette le positivisme plat garde ses distances
avec l ’histoire rhétorique . Pour Antoine Prost en revanche, le récit est une histoire à l ’intrigue
littéraire à ce titre l ’histoire raconte et en racontant elle explique . L ’explication est la manière
qu ’a le récit de s ’organiser en intrigue compréhensible . La narration – qui est un récit non
contemporain œ repose sur l ’argumentation et donc sur la preuve mais si la quantification
apparaît comme une preuve plus rigoureuse elle ne modifie pas la nature de l ’argumentation

3 . les questionnements sur la véracité du discours historien

Mais ces réflexions sur la narration ces abandons d ’une exigence scientifique illustré par
,
l ’abandon de la sérialité entraîne de remises en question notamment anglo saxonne sur la
capacité de l ’histoire a dire le vrai .

œ les critiques du linguistic turn :l ’histoire est littérature

Paul Ricœur dans « temps et récits » ( 1983œ 1985) annonce que l ’approche scientifique de
l ’histoire a été remise en cause dés les années 60 par les historiens angloœsaxons opposés à la
direction nomologique de l ’histoire annaliste . (Hayden white « métahistory the historical
imagination in nineteen century europe » 1973) . Pour eux L ’histoire est un artifice littéraire
,
et donc le récit historique n ’est qu ’une fiction verbale . Tout travail historique doit
nécessairement s ’appuyer sur le discours et les formes de l ’écriture de l ’histoire le récit
,
historique se suffit donc à luiœmême et l ’historien n ’a à se baser que sur les représentations
nées des textes étudiés seuls moyen d ’accéder au réel autrement dit l ’histoire n ’a un régime
, ,
de vérité qui ne dépasse pas celui du roman et doit travailler sur la critique du texte grâce à
l ’aide de la linguistique et la psychanalyse . Pour eux les représentations sont à étudier sans
lien avec les réalités sociales de référence . C ’est donc une remise en cause de la rupture entre
histoire et récit entre histoire et fiction base de l ’histoire science
Ces analyses rej, oignent dans une certaine mesure celles de Foucault « archéologie du savoir »
dans lequel l ’auteur dit qu ’il faut analyser l ’histoire comme discours mais également Paul
Veyne dans l ’histoire est un roman vrai elle est un récit véridique . C ’est une simple
,
description .

Í le maintien d ’une exigence de véracité

Le maintien d ’une exigence de véracité souligne l ’importance pour beaucoup d ’historiens de


rester liée aux sciences sociales c ’est ainsi que Roger Chartier prend ses distances avec
l ’article de marcel Gauchet « pour un changement de paradigmes en sciences sociales » en
l ’accusant de remettre en cause les liens entre l ’acteur et les contraintes sociales . De même
,
dans « Le tournant critique » des annales en 1988, Bernard Lepetit, moderniste, s ’accorde sur
l ’importance à apporter à l ’écriture de l ’histoire mais souligne le danger que l ’exigence de
démonstration ne soit perdue de vue .
Il y a donc des différences fondamentales entre littérature et histoire notamment l ’exigence de
vérité prouvée – il faut fournir des preuves – ce qui définit le travail de l ’historien au travers
de l ’argumentation, ainsi le passé est bien extérieur au discours à ce titre il ne peut être
appréhendée que par une démarche scientifique qu ’est la méthode historique . On transforme
l ’histoire en littérature quand on se dispense de la réflexion sur les méthodes l ’historien doit
,
assumer pleinement les exigences méthodologiques de sa prétention à un régime propre de
vérité à ce titre l ’historien dispose d ’un savoir vérifié (Antoine Prost)

Autour de ces remises en cause c ’est bien la nouvelle capacité des historiens à s ’interroger sur
les concepts qu ’ils utilisent qui semblent être le véritable renouveau de l ’historiographie
française actuelle .