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INTRODUCTION

INT. ECOLE - JOUR

Une classe d’ecole primaire, une vingtaine d’élèves de 10 ans approximativement et l'institutrice. Sur un mur, un drapeau argentin et un portrait où on peut lire: “Président D. F. Sarmiento, père de l’école”

INSTITUTRICE (Lissant un manuel scolaire) et en 1879, après des années de lute, se termine l'épopée de la conquête du désert. Nos soldats ont forgé avec courage la “patrie grande” .

L'institutrice ferme le livre, nous pouvons lire sur la première page: “Manual de historia Argentina”.

INSTITUTRICE Comme le dit le préambule de notre Constitution nationale, ils ont permis de “constituer l’union nationale, consolider la justice, consolider la paix intérieure,

promouvoir le bien-être général et assurer les bénéfices de la liberté pour nous, pour notre postérité, et pour tous les hommes du monde qui veuillent habiter le sol argentin…” Pour demain, colorier cette image de la page

31.

Elle montre sur le manuel, le dessin à colorier: une armée des années 1880 à cheval.

Un des élèves lève la main. L'institutrice lui donne la permission de parler.

TOMAS Ce n'est pas comme ça, l’Argentine ce n’est pas une terre pour tous les hommes du monde qui veuillent habiter le sol argentin .

INSTITUTRICE Mais comment tu peux dire une chose pareille?

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scène suite

TOMAS Cette guerre s'appelle “La Conquête du désert”. Dans le dessin il y a des soldats avec des armes et des chevaux . Mais si c’était un désert ça veut dire qu’il n’y avait personne. Pourquoi ils avaient besoin d’armes et des soldats pour conquérir un désert?

INSTITUTRICE Tomas, c’était un désert mais il y a eu une campagne militaire pour le conquérir, comme je viens de le lire. Ça a forgé l’esprit de la nation.

TOMAS Pour la guerre il faut deux camps. D’un côté étaient les soldats et de l’autre côté, il n y avait personne? Il y avait beaucoup de personnes.

INSTITUTRICE Tomas, je viens de lire et dire comment ça s’est passé. L’Histoire est comme ça, c’est écrit dans le manuel et c’est comme ça!

TOMAS Mais le manuel ment. Nous utilisons beaucoup de mots qui viennent des indiens et le manuel dit qu’il n’avait personne! D’où viennent ces mots, du vent?

INSTITUTRICE (très énervée) Il n’y avait personne, personne! C’était le désert! Tu te tais, tu commences à me fatiguer! Et de quels mots tu parles?

TOMAS En langue Mapuche le nom de la province de Neuquen veut dire “avoir de la force”. La central électrique le Chocon veut dire: “trempé d’eau’. Pour eux, homme blanc: Huinca , veut dire aussi “voleur de bétail”.

INSTITUTRICE D’où tu sors tout ça?

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scène suite

 

TOMAS De ma grande mère, elle me raconte des histoires des personnes qui habitaient dans le sud, de ceux qui parlaient avec les condors et les esprits des lacs. Les contes disent qu’il faut savoir écouter les pierres et les arbres dialoguant entre eux, qu’il faut savoir interpréter les signes qui se cachent dans le vent, ma grande mère dit que

INSTITUTRICE Ici c’est un cours d’histoire! Ça suffit comme ça, tu sors immédiatement de la classe. Dehors!

Tomas sort.

EXT. COUR ECOLE - JOUR

Tomas, seul dans la cour de l’école. Il est debout à côté d’une grande statue d’un militaire à cheval. Fondu avec le portrait que nous avons vu accroché au mur de la classe.

NARRATEUR (VOIX OFF) En 1886 le président argentin Domingo Faustino Sarmiento nous dit: “Réussirons- nous à exterminer les indiens? Sans pouvoir y remédier, je sens une invincible répugnance pour les sauvages d’Amérique. Cette canaille n’est plus que des dégoûtants indiens, j'ordonnerais de les pendre s’ils se présentaient maintenant. Ce ne sont que des indiens pleins de poux , leur extermination est providentielle, utile et grande! Il faut les exterminer sans pardonner, même les petits qui ont déjà une haine instinctive envers l’homme civilisé.”

L’image revient sur Tomas dans la cour, et se focalise sur une médaille qui montre un condor pendu à son cou.

Image de la médaille sur le cou d’un adulte. C’est Tomas 40 ans après. C’est le narrateur et la personne qui fera les entretiens.

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scène suite

TOMAS (VOIX OFF) Je suis sorti de la salle de classe. Dans la cour, à côté de la grande statue, seul, j’ai passé la journée à me demander si dans le manuel d'histoire il y avait d’autres mensonges comme celui-là.

EXT. RUE DE BUENOS AIRES - JOUR

La même statue que dans la cour de l’ecole mais plus grande, nous

pouvons lire: General Roca

une avenue, une route, l’entre d’un ville, d’autres statues. Tout a en commun le nom: Genral Roca.

Sur la voix off nous voyons défiler une rue,

TOMAS (VOIX OFF) Aujourd'hui, quarante ans plus tard, je me demande si “La conquête du désert” , cette guerre du gouvernement Argentin contre l'indien, avec le général Roca à sa tête, ses morts et déportés, sa démarcation entre civilisation et barbarie, continue à avoir la force de mythe fondateur de la nation. C'était nécessaire d’exterminer l’indien pour faire une nation? Je me demande si cette haine envers les populations originaires a la même couleur que la haine envers le campagnard et l’ouvrier, envers les immigrants et envers “l’autre” ? L’autreté comme entité ennemie, a été créé à ce moment ? Les idées hégémoniques d’aujourd'hui sont les mêmes que dans le passé et continuent encore à nous organiser? Les difficultés actuelles de notre société à donner une place à tout un chacun ont le même support idéologique que la conquête du désert?

PREMIÈRE PARTIE: L’HISTOIRE, LA GUERRE

TOMAS (VOIX OFF) Je reviens, quarante ans après, à la recherche des questions de mon passé. Où la haine a-t- elle commencée?

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scène suite

Extraits d’entretiens avec Osvaldo Bayer, journaliste et historien spécialiste de l’extermination des indiens et Claudia Briones, anthropologue directeur la faculté d'anthropologie de l’université de Rio Negro (Argentine). Ils racontent le peuplement indien en Argentine avant 1850 tant du point de vue historique que social.

TOMAS (VOIX OFF) En 1833 après la première offensive militaire organisé, après 6000 indiens tués, le général Rosas devant ses soldats dit:

"Vos lances ont dépeuplée le désert de ses fauves. Elles ont châtié les crimes et vengé les offenses de deux siècles. Les belles régions qui vont jusqu'à la cordillère des Andes et les côtes du fameux Magallanes ont été libérées pour nos enfants”.

Animation de cartes de l’Argentine montrant la répartition des différentes ethnies avant 1850.

Les images vont et viennent rapidement: des interviewés aux portraits d’époque des différentes ethnies, des paysages de terres vides de population, plaines désertiques, montagnes et lacs.

Extrait du discours du Général Roca (image de la statue de la cour de l’école) chargé de la conquête du désert et postérieur président de la république.

Suite des entretiens, images d’archive, animation de la carte et paysages des endroits évoqués développant la succession des événements entre 1833 et 1836: première vague de “conquête” en 1834 par le président Rosas: 6.000 tués, 7.500.000 hectares conquises.

Récits testimoniaux des indiens recueillis à l’époque.

Evolution de la situation entre 1836 et 1876. La “frontière intérieure” séparant la civilisation de la barbarie.

Entretiens, images d’archive, animation de la carte et paysages des endroits évoqués, développant la succession des événements entre 1876 et 1879: deuxième vague de “conquête” par le général Roca: 3.000 tués, 14.000 prisonniers, 41.000.000 hectares conquises.

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scène suite

TOMAS (VOIX OFF)

pour tous les hommes du monde qui

veuillent habiter le sol argentin…” la Constitution est la base des principes de la

nation. Mais sont-ils les mêmes principes que ceux que Roca évoque dans son discours?

précisément ”

avons enlevé ces races stériles qui occupaient ” Qui détermine la bonne ou la mauvaise “race”?

et “

à l’abri de ces principes, nous

DEUXIÈME PARTIE: LA RÉPARTITION

TOMAS (VOIX OFF) Pourquoi une guerre d’extermination et de déportation? “L’autre”, comme ennemi, était le même que dans les années 70’ pendant la dictature militaire? Ne sommes-nous pas tous dans le même bateau?

En 1881, 41.000.000 hectares de terre furent réparties entre 1.200 familles. Parmi elles, la famille Martinez de Hoz (ministre de l’économie pendant la dictature militaire des années 70) reçu 2.500.000 hectares

En 1920 elles n'étaient qu’une centaine de familles a détenir 41.000.000 hectares de terre. (La France comporte 55.100.000 hectares)

14.000 prisonniers furent déportés à pied sur plus de 1.000 Km au sud de l’Argentine vers le port patagonique de Carmen de Patagones, et de là, par bateau à l’île Martin Garcia, face à Buenos Aires où fut installé un camp de concentration.

TOMAS (VOIX OFF) Dans un extrait du journal de l’époque nous lisons: “ Les familles d’indiens arrivent à Buenos Aires. Le désespoir et les pleurs ne s'arrêtent pas. Les enfants sont arrachés aux mères pour être offerts en cadeau devant elles, malgré les cris, les hurlements et les supplications qu’à genoux et les bras au ciel crient les femmes indiennes.

Les femmes et enfants furent “donnés” aux familles aisées par la société de bienfaisance comme main d’oeuvre domestique.

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scène suite

Déplacement des hommes ver le nord-est de l’Argentine comme main d'oeuvre pour la canne à sucre et vers le nord-ouest pour la coupe de bois.

TÉMOIGNAGE D’ÉPOQUE:

De là-bas venaient beaucoup de soldats. Nous sommes parti, nous les femmes. Ma mère m’a laissée, ma tante m’a prise. J’ai pris le cheval para la queue et j’ai monté. C’est pour cela que je suis sauve. Beaucoup de soldats sont morts, ils sont très méchants. Nous avons galopé, galopé, même sans regarder en arrière. Ils ont tués beaucoup, énormément. Nous sommes parti à cheval, c’est pour cela que je suis sauve.

TROISIÈME PARTIE: LES POPULATIONS ORIGINAIRES

TOMAS (VOIX OFF) Aujourd'hui qu’est qui reste des populations originaires? Où sont-ils? Notre société les a-t- ils intégré? Sommes nous finalement un seul peuple? Où sont les Mapuches, les Tehuelches, les Ranqueles et tous les autres?

Entretiens et témoignages de la population actuelle Mapuche en Patagonie. Entretien avec les anthropologues travaillant avec ces populations? Entretien avec les associations.

TOMAS (VOIX OFF) Les voix d’aujourd’hui nous disent:

“J’écris, oui, j’écris parce qu’il est nécessaire de le faire. Moi, racine de cette terre. Je remplis de mots l'héritage des ancêtres ”

Images de la manifestation réclamant le déplacement de la statue équestre de Roca du centre ville de Bariloche (ville de la Patagonie)

TÉMOIGNAGE

A l'orée du feu, les grands pères remuent les tristes lèvres de l’hiver.

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scène suite

TÉMOIGNAGE (suite)

Et nous rappellent nos morts et disparus. Et nous apprennent le langage des oiseaux. Eux nous dissent: Nous sommes tous fils de la même Terre, de la même eau

Panorama des projets et démarches actuelles des populations originaires en Argentine pour améliorer leurs conditions de vie et tisser des réseaux inter-ethniques.

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