INNOVATION ET ÉCOLOGIE DANS LES AFFAIRES SONT LES AFFAIRES La centrale hydro-électrique de la Siagne

Un témoignage de Thadée Natanson Dans une courte série d’articles de souvenirs sur Mirbeau et le théâtre, publiée dans les années trente par Le Figaro, Thadée Natanson, après avoir évoqué la représentation des Mauvais bergers et les relations de l’auteur avec Sarah Bernhardt, écrit :
Mirbeau conquis par le théâtre, s’éprit d’un autre sujet. L’idée lui vint de mettre en scène un directeur de journal, un des plus célèbres parmi les descendants de Girardin, ce Lalou qui longtemps dirigea La France. Le Lechat des Affaires est fait avec Lalou. Pour mieux dire, Lalou avait servi de point de départ au fameux Lechat. Mirbeau se saisissait de toute physionomie qui l’attirait. Mais il n’en prenait vraiment possession que quand il l’avait à son gré affinée ou dramatisée au point d’en faire vraiment sa chose, un personnage de Mirbeau. En 1900, Mirbeau passait, sa nouvelle pièce en tête, l’hiver à Nice. J’étais à Cannes. Mirbeau, plein de son Lechat, moi, absorbé par l’aménagement d’une puissante chute d’eau sur la Siagne, que Baudin, alors ministre des Travaux Publics, et Loucheur, entrepreneur à ses débuts, m’aidèrent à mettre sur pied et qui dessert encore le littoral. Mirbeau et moi ne nous voyions plus aussi souvent qu’à la Revue Blanche, où ce fut pendant des années quotidiennement, mais nous nous voyions très souvent encore. — Je ne suis pas trop mécontent – me dit un jour Mirbeau – de ce qui vient, mais il me faudrait absolument une affaire à mettre aux mains de mon Lechat et surtout qui soit bien de notre temps. Je lui répondis qu’il n’en pouvait trouver aucune qui fût plus du jour qu’une chute d’eau et à la taille de son bonhomme. Je n’eus aucune peine à le convaincre et il accepta joyeusement que je lui fisse une sorte de croquis de l’affaire qu’allait entreprendre son héros. Je le fis d’après nature. C’est ainsi que les noms des deux aigrefins de la pièce, Finck et Grugh, ceux de deux ingénieurs à qui j’avais eu affaire, sont restés dans la pièce. Naturellement, ces deux terribles coquins n’étaient que de très braves gens. Mirbeau ne s’en tint pas là. Il avait pour les amis qu’il aimait une adorable indulgence, mais qui n’était pas moins entière que la haine qu’il vouait à ses ennemis. Il fallut que je bâtisse réplique à réplique toutes les scènes d’affaires. La mort du fils et le drame de la fin ont été entièrement imaginés par lui et traités avec tout leur relief, mais il prit de mes mains et conserva les discussions que je m’étais amusé à mettre en scène. La centrale de la Siagne et la compagnie Énergie Électrique du Littoral Méditerranéen

Reprenons depuis l’origine l’histoire de la centrale électrique de la Siagne, témoin de l’avance prise par Nice dans l’équipement électrique au tournant du XXe siècle. Le maire de la ville avait lancé en 1884, sur le site du Piol, apprécié des tsars et de leur cour, une exposition universelle des arts et des techniques qui avait réuni les pavillons de treize pays étrangers et de plusieurs villes provençales. Un concours lancé pour l’éclairage à l’électricité du grand palais de l’exposition avait été gagné par Edison. Des funiculaires et ascenseurs étaient aussi en démonstration. En 1894, la Société du Gaz de Nice s’était transformée en Société du Gaz et de l’Électricité pour répandre l’éclairage public et les abonnements privés, et avait construit sa première centrale dans la ville même. Puis le flambeau passe aux mains de la Compagnie des Tramways de Nice et du Littoral qui, pour les besoins de la traction, construit une première usine hydroélectrique et fonde en juin 1900 la société Énergie Électrique du Littoral Méditerranéen (EELM), qui devient la première grande société française de production et de distribution d’électricité. Au cours des années suivantes EELM multiplie ses usines hydroélectriques et au charbon, tandis que le réseau des tramways se ramifie dans les départements des Alpes Maritimes et du Var.

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La centrale de la Siagne, en projet dès le début du siècle et mise en service en 1906, constitue, dans cette montée en puissance, un pas majeur par sa hardiesse technique et contractuelle. La Siagne, dont le bassin se répartit également entre les départements du Var et des Alpes Maritimes, rejoint la mer dans les faubourgs de Cannes par des gorges profondément entaillées. La construction d’un canal pour dériver des eaux et alimenter la ville avait donné lieu à un vif débat, tranché par Napoléon III, qui avait octroyé une concession en 1864. Thadée Natanson est donc aux premières loges depuis la propriété de son père, vingt-huit hectares à la Croix des Gardes, et sa villa avec vue plongeante sur la mer, pour imaginer une opération liée au développement du réseau de tramway. A-t-il pris les devants ou est-on allé le chercher ? Toujours est-il qu’il dépose en novembre 1900 une demande de licence pour un projet de production hydroélectrique; il engage avec les détenteurs, particuliers ou communes, de droits sur l’eau, souvent ancestraux, de délicates négociations ; s’étant assuré le soutien du ministre des Travaux Publics, il se comporte en promoteur par rapport aux deux compagnies concernées. Sa rencontre avec Louis Loucheur, polytechnicien né en 1872, cofondateur en 1896 d’une entreprise de travaux publics promotrice du béton, matériau révolutionnaire, est décisive. Pour l’époque, le projet de la Siagne est audacieux : l’eau est collectée à 600 mètres d’altitude sur le haut bassin de la rivière, transférée sur sept kilomètres par un canal jusqu’à l’aplomb de la centrale construite au fond des gorges, au nord-ouest du village historique de Saint-Cézaire. Deux conduites forcées débitant 3m3 /s alimentent, après une dénivellation de trois cents cinquante mètres, deux turbines d’une puissance de 5 MW chacune, ce qui est considérable pour l’époque. Le bâtiment de l’usine est de style moderne, avec de grands vitrages et sans les ornements moyenâgeux qui ornent les autres centrales construites avant les années 50. Le succès incite Loucheur à élargir le champ d’action de sa société à la filière complète depuis les centrales jusqu’à la distribution électrique, et à créer, en 1908, la Société Générale d’Entreprise (SGE), qui va rapidement étendre ses opérations dans le monde. La centrale de la Siagne fera, à la Libération, partie du patrimoine de EELM nationalisé. EDF complètera l’aménagement de la Siagne, en 1966, par la retenue et la centrale de Saint-Cassien, immédiatement à l’aval (puissance double avec une chute de 112 m. et un débit de 20m3/s), puis, en 1988 par l’usine de basse chute de Tanneron. La concession et d’autres délivrées dans la région autour de l’année 1900 sont venues aujourd’hui à échéance, et EDF a demandé leur reconduction. Le responsable d’EDF, chargé de gérer le secteur de production hydraulique, qui est très étendu, et de constituer les dossiers administratifs dans le cadre de la procédure d’enquête et de mise en concurrence, m’a indiqué qu’il avait retrouvé le nom de Thadée Natanson sur plusieurs actes. Contrairement au cas de la chute de la Siagne, il intervient, non comme détenteur des droits, mais comme conseiller ou mandataire d’EELM, chargé de négocier les droits sur l’eau. Ces actes passés avec les détenteurs des droits sont aujourd’hui encore la base juridique de l’exploitation et des arbitrages entre les usages. Ce responsable exprimait son admiration, non seulement pour l’ouvrage technique et esthétique de la Siagne, mais aussi pour la capacité du négociateur sur un sujet aussi sensible en Provence. Composition de Les affaires sont les affaires La présence de Thadée, Misia et leurs amis à la Croix des Gardes à la fin de l’année 1900 est attestée par deux tableaux et des photographies de Vuillard, de même qu’une lettre à Porto-Riche de Léon Blum, émerveillé par le lieu.. Les indications données par Thadée Natanson concordent parfaitement avec les informations biographiques sur Mirbeau réunies par Pierre Michel. L’écrivain avait en tête depuis quelques temps le personnage de Lechat. Il s’arrête à Cannes en décembre, commence à écrire sa pièce avant de s’installer à Nice pour l’achever. Dans une lettre envoyée de Cannes à Jules Claretie, il l’informe qu’il a écrit le premier acte et qu’un de ses amis en qui il a une grande confiance, Thadée sans aucun doute, l’a trouvé excellent.

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La pièce se déroule sur plusieurs plans : celui des entreprises de Lechat en matière journalistique, agronomique, industrielle, financière, voire politique, et celui de la vie familiale et domestique. Mirbeau voulait faire le portrait d’un entrepreneur moderne, sans scrupules mais innovateur et créatif. D’où son appel à son ami Natanson. L’article de Thadée Natanson révèle qu’il a non seulement proposé la production de l’électricité comme exemple d’industrie d’avenir, mais aussi fourni une scénographie détaillée de la tractation entre les deux aigrefins et Lechat.. Il était plein de son sujet et il n’y a aucune raison de mettre en doute qu’il a fourni les indications techniques (les ingénieurs insistent par deux fois sur la puissance de la centrale de 20 000 CV, soit un peu plus que des 12 MW de la vraie) et les termes juridiques de la négociation avec ses retournements. Mirbeau a réalisé la mise en forme littéraire et l’intégration dans l’intrigue générale. Ignorant l’industrie, il pouvait être rassuré comme il l’écrit le 1er février à Claretie :
La scène qui m’inquiétait est certainement la mieux venue. C’est une scène d’affaires où Lechat se montre de premier ordre, et un puissant coquin. La difficulté était de rendre dramatique, et plaisante au public, cette scène, car je voulais qu’elle reposât sur la réalité, et que les hommes d’affaires n’y trouvassent rien à redire.

Effectivement cet aspect de la pièce a été parfaitement reçu par les critiques. Le personnage d’Isidore Lechat Selon Thadée, le modèle de Lechat est Charles Lalou, député boulangiste, directeur des mines de Bruay et du journal La France, auquel Mirbeau avait autrefois collaboré. Pierre Michel avance aussi deux autres noms : Eugène Letellier, directeur du Journal, et un certain Mandel, administrateur délégué et commanditaire de la librairie Ollendorff. Trois dirigeants de la presse avec lesquels Mirbeau a eu des démêlés. Un trait original d’Isidore Lechat semble cependant mal convenir avec ces modèles :la référence au socialisme que Lechat jette à deux reprises à la tête de ses interlocuteurs :
ISIDORE. — À qui appartient-il aujourd’hui ce château royal ?...À un prince ? Non... À un duc ? Non…À un prolétaire…à un socialiste… GRUGGH ET PHINCK.— À Isidore Lechat. ISIDORE. — La revanche du peuple…Ah ! ah ! ah ! Vive le peuple !... (Acte I, scène 4)

LE MARQUIS DE PORCELLET. — Mais…monsieur… si je suis bien informé…vous vous présentez aux élections avec un programme socialiste…anticlérical… (Acte III scène 2)
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Mirbeau avait déjà attribué cet affichage à Théodule Lechat, première incarnation d’Isidore, et on pourrait penser qu’il l’a ajouté de lui-même comme signe de la modernité du personnage, encore que Mirbeau eût été bien plus anarchiste que socialiste. Mais un autre grand patron de presse, Alfred Edwards, ancien propriétaire, concepteur et directeur du Matin, affichait ostensiblement, en cette fin d’année 1900, des convictions socialistes, au point d’être désigné comme le millionnaire rouge. Après avoir pris en avril le contrôle du Soir avec une annonce vaguement socialiste, il avait surenchéri en septembre en remplaçant ce journal anodin par son invention, Le Petit Sou, placé sous l’égide des partis révolutionnaires et dirigé contre La Petite République, le journal de Jaurès, qui soutenait le gouvernement de Waldeck-Rousseau, son beau-frère qu’il détestait. Edwards n’avait pas hésité à adhérer au Parti Socialiste Révolutionnaire de Guesde et Vaillant. Citons Péguy :
Il est lamentable que le plus crapuleux des bandits bourgeois, M. Edwards, par la puissance de ses sales millions, fasse la loi dans la moitié du parti socialiste. Que M. Edwards ait ou n’ait pas

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quarante ou soixante millions, il est assez riche pour être indémolissable en régime capitaliste. Il pourra toujours payer la copie des journalistes. Il y aura toujours des journalistes qui lui apporteront de la copie pour son argent. Travaillons : La révolution sociale sera morale, ou elle ne sera pas. (Cahier de la quinzaine, avril 1901)

Avant le lancement du Petit Sou, Thadée Natanson, avec plusieurs des rédacteurs de la Revue Blanche, a collaboré au Soir, journal dans lequel il a d’ailleurs publié au mois d’août, en première page, un bel éloge du Journal d’une femme de chambre, mal accueilli par la presse. Mirbeau, qui autrefois avait été fort mal traité au Matin par Edwards, s’est trouvé en juin sur une estrade à côté d’Edwards, qui présidait une représentation de sa pièce L’Épidémie. Quelques jours après, il l’a invité à sa loge au cours d’une soirée de gala de la Ligue de droits de l’homme pour le présenter à Misia. En cet hiver 1901, Octave Mirbeau et Thadée ne pouvaient manquer de penser à lui. Un détail : comme pour la puissance de la centrale, la fortune que Lechat s’attribue (cinquante millions) est de l’ordre de grandeur de celle qu’Edwards laisse circuler dans l’opinion. On sait aussi pour quel motif Thadée oriente résolument le lecteur de son article vers un autre nom. Un cas exemplaire pour les thèmes de l’innovation et de l’écologie La crise mondiale, qui a sévi dans les années 1880, a pris fin vers 1895, pour faire place à une phase de croissance stimulée par des grappes d’innovations techniques : électricité, matériaux nouveaux comme le ciment et l’aluminium (cité par Lechat), automobile, bientôt cinéma et aviation… Au tournant du siècle, les perspective de la Belle Époque sont grandioses, et les projets politiques portent sur la solidarité, la rupture socialiste, les arbitrages internationaux pour assurer la paix. Mirbeau voulait faire de Lechat un entrepreneur créatif, ambitieux, un homme de l’avenir anticipant les progrès techniques. Or l’exemple, proposé par Thadée Natanson, d’une centrale hydroélectrique, parfaitement pertinent en 1900, le reste un siècle plus tard : l’unité de production de la Siagne est classée de puissance moyenne, et n’est plus aujourd’hui représentative de l’audace en technologie hydraulique et électrique, mais la combinaison des usages de l’eau et de la régulation des crues devient, dans une région saisonnièrement déficitaire en eau et avec la perspective du changement climatique, un défi de plus en plus exigeant, et EDF doit y appliquer le meilleur d’ellemême pour obtenir des compromis avec les diverses parties prenantes. La clé de l’avenir est dans l’optimisation des ressources incluant, autour de Saint-Cézaire, une zone de réserve écologique « Natura 2000 », comportant six milieux naturels, et aussi le tourisme, avec la pêche, le sentier de grande randonnée aux vues spectaculaires, qui passe au pied de la centrale de la Siagne, et la valorisation du patrimoine historique dont le syndicat d’initiative n’a pas manqué de s’emparer. D’ailleurs, l’agriculture constitue l’autre activité à laquelle Lechat applique son esprit novateur. Mirbeau est à l’aise dans ce domaine et en présente bien les dangers du progrès agronomique, justifié par la croissance des besoins alimentaires, qui risque de s’effectuer au prix d’une artificialisation de la nature entraînant de graves risques de destruction : là où Lechat parle d’engrais, on mentionnerait aujourd’hui les cultures hors sol, les pesticides et les OGM. Mirbeau a eu une remarquable prescience du mélange d’espoir et d’utopie, de fascination et d’horreur qu’inspirent les entreprises d’entrepreneurs comme Lechat, armés de technologies sans cesse plus performantes.. Thadée Natanson et Octave Mirbeau Il va de soi que, comme l’écrit Thadée Natanson, Octave Mirbeau n’a pas voulu stigmatiser le progrès, l’audace, le pouvoir créateur du capitalisme. Les deux escrocs qu’il met en scène ne représentent pas les ingénieurs. L’accident qui tue le fils de Lechat n’est pas la condamnation de l’automobile, ni de la vitesse. Sans doute s’est-il laissé contaminer par l’enthousiasme débordant et communicatif de son jeune compère. Malgré l’effondrement des espoirs de Lechat sur le plan 4

familial, la pièce a de ce fait un ton dynamique, presque jubilatoire, qui la distingue des noirs drames de Becque (Les Corbeaux) et d’Ibsen (Jean-Gabriel Borckman) auxquels on peut la comparer. La succès éclatant de la pièce le conduit, deux ans plus tard, à poursuivre leur collaboration sur un nouveau sujet : l’hypocrisie de certaines œuvres charitables et les malversations moralement scandaleuses qu’elles permettent de réaliser. Ce sera Le Foyer, dont il affine la scénographie, comme celle des Affaires, avec Thadée Natanson. En ce temps où l’on débat furieusement sur la laïcité, c’est une question politique essentielle sur laquelle tous deux sont en plein accord. Mais il n’y a plus de contrepartie aux perversités dénoncées, le ton est crépusculaire et on ne sent évidemment pas perfuser l’enthousiasme qui animait Thadée Natanson à Cannes ; la thèse est polémique et ne rencontre pas de consensus dans l’opinion des bien-pensants. La tentative de Claretie pour en empêcher la représentation aboutira à un procès, offrant en quelque sorte une occasion de collaboration prolongée. Contrairement aux Affaires, le personnage central ne correspond pas à des modèles fréquentés par Mirbeau ou Natanson. Il y a eu des scandales de détournement de la charité (par exemple Le Bon Pasteur à Nancy), qui avaient choqué Mirbeau, mais les personnages incriminés n’appartenaient pas au monde du romancier. Le baron Courtin est fabriqué de toutes pièces. Entre-temps, Mirbeau aura, par correspondance et par les échanges sur les corrections du texte, fait partager à Thadée Natanson l’aventure de La 628-E8, récit d’un voyage effectué avec quelques amis communs, qui lui permet de donner un coup de chapeau aux industriels de l’automobile et de faire l’éloge du mouvement. Thadée inspire le portrait de Weil-Sée, le Juif Errant ruiné par ses projets pharamineux. Thadée en effet, voulant tout embrasser, a connu bien des déboires. Pendant qu’il menait ses négociations en Provence et donnait un synopsis à Mirbeau, il était plongé jusqu’au cou dans la difficile direction des charbonnages de Transylvanie, il conservait la direction de la Revue Blanche, et, enfin, il s’efforçait de conserver, Misia, cible de multiples soupirants et totalement étrangère à ses entreprises. C’était une totale illusion d’espérer qu’en pleine crise de santé et de confiance, elle resterait à ses côtés. Dans ces conditions agitées, rien d’étonnant à ce qu’il n’ait pas tiré grand profit de l’opération de la Siagne, de sa collaboration avec EELM et la Compagnie des tramways de Nice et du Littoral. Celle-ci deviendra même, sous la plume de sa nièce, Annette Vaillant, porte-parole de l’opinion familiale, le symbole de ses utopies dérisoires et ruineuses. Ce en quoi elle se trompait, dans un domaine qui n’était pas le sien. En effet, un grand industriel saura lui faire confiance dans des circonstances dramatiques : Louis Loucheur avait été impressionné par le travail fait par Thadée dans le midi. Dix années plus tard, en décembre 1916, appelé par Albert Thomas, ministre de l'Armement et des Fabrications de guerre, à venir à ses côtés comme sous-secrétaire d’État à l’Artillerie et aux Munitions pour faire face à la grave crise que connaissait l'artillerie lourde, Loucheur décidera dans l’urgence de concentrer les moyens de production de production des munitions dans une grande usine située dans les environs de Lyon, et il chargera Thadée d’en prendre la direction. Mission dont celui-ci s’acquittera avec succès. Paul-Henri BOURRELIER

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