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FRANCE AMERIQUE LATINE Comité de Marseille N° 126 Maison des Associations 93, La Canebière 13001

FRANCE AMERIQUE LATINE Comité de Marseille N° 126 Maison des Associations 93, La Canebière 13001 Marseille

Réunions le premier vendredi du mois à 17h30

La lettre de FAL Marseille Mars 2012

Sommaire :

La rubrique de notre service civique en Equateur.

La présence des luttes latino américaines dans le FAME.

Pérou : le projet minier Conga divise toujours.

Quand les multinationales minières recolonisent l’Argentine….

Dette : « Nous avons sauvé les gens plutôt que les banques »

Lecture : FAL Marseille vous recommande…

En vente FAL Mag hors série. Transnationales en Amérique latine, halte au saccage !

Transnationales en Amérique latine, halte au saccage ! Site de l’association :
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Site de l’association : http://www.franceameriquelatine.org/ Site de FAL voyages : http://franceameriquelatine.fr/

Nouvelles d’Equateur

Depuis février, FAL Marseille encadre le service civique d’une jeune adhérente auprès de l’ONG Pachamama en Equateur. Elle nous enverra régulièrement des nouvelles de son travail.

L’ONG équatorienne Pachamama travaille pour la promotion d'un modèle de développement alternatif et innovant basé sur le « Bien Vivre », la reconnaissance et le respect des droits humains et des droits de la Nature, afin de générer les conditions nécessaires pour que les nationalités et les peuples originaires de l'Amazonie, ainsi que d'autres secteurs sociaux des pays de la région andine et amazonienne renforcent leurs processus d'auto-détermination et de défense de leur territoire et de leurs cultures. La fondation Pachamama est particulièrement impliquée dans le sud de l’Amazonie équatorienne, zone qui n’a pas encore été polluée par les dégâts de la révolution industrielle et qui est considérée comme un trésor de biodiversité biologique et culturel. Les objectifs de la fondation correspondent à une grande partie des préoccupations de notre association et des thèmes que le comité de Marseille développe dans ses activités locales telles que le soutien à l’initiative Yasuní en Equateur et l’information de la population marseillaise sur les droits des peuples originaires.

Voici une vidéo sur laquelle notre adhérente en service civique a travaillé :

Pana rapaka, nuestro territorio

Les dernières forêts primaires de l'Amazonie équatorienne menacées par l'élargissement de la frontière pétrolière

Depuis 2010, le Gouvernement National d'Equateur annonce un appel d'offres pour lautorisation dexploiter 21 nouveaux blocs pétroliers situés dans le centre-sud de l’Amazonie équatorienne. Cette onzième Ronde Pétrolière affecterait près de 3 millions d'hectares de forêt amazonienne dans les provinces de Napo, Pastaza, Morona Santiago et Zamora Chinchipe.

Jusqu'à maintenant, en Equateur, l'activité pétrolière était concentrée dans la zone nord de l'Amazonie, dans les provinces de Sucumbíos, Orellana et Napo, où l'industrie pétrolière a laissé un sévère impact environnemental, culturel et économique. Ces situations illustrent les mauvais exemples du « développement » à tout prix, très négatif pour les populations locales qui concentrent les indices les plus élevés de pauvreté et d'inattention de l'Etat, comme l'a signalé le président Rafael Correa lui-même, le 10 octobre 2011 en se basant sur une étude de l'Institut Equatorien de Statistiques et Recensement.

Les dépenses publiques croissantes et le discours à l'encontre des organismes multilatéraux traditionnels (Banque Mondiale, Fonds Monétaire International) ont conduit le gouvernement équatorien à chercher des financements auprès de nouveaux alliés, les gouvernements de Chine et de Corée du Sud par exemple.

Ces deux dernières années la Chine a accordé des prêts équivalents à 6 millions sept-cent mille dollars à l'Equateur selon le quotidien Hoy.

C'est ainsi que l'Equateur a établi une alliance financière avec la Chine, dont une grande partie est constituée de « paiements anticipés pour la vente de pétrole », et dont les gisements se trouvent dans le centre-sud de l'Amazonie équatorienne.

La tendance du gouvernement actuel à élargir la frontière extractive, est fondée économiquement et politiquement sur la base d'un scénario électoral proche, dans lesquels les bons, les subventions, et la construction d'infrastructures seront une plateforme fondamentale pour les fins électorales du gouvernement. C'est ainsi que serait affectée l'Amazonie centre-sud d'Equateur, une zone qui a su conserver plus de 80% de sa couverture végétale naturelle et hautement riche en biodiversité. Cette zone a réussi à garder sa condition naturelle quasiment intacte, grâce à la gestion traditionnelle de ces ressources naturelles par les sept nationalités indigènes qui habitent le territoire.

Carte de la 11ème Ronde Pétrolière et des territoires indigènes de l'Amazonie équatorienne. Dans le

Carte de la 11ème Ronde Pétrolière et des territoires indigènes de l'Amazonie équatorienne.

Dans le centre-sud de l'Amazonie équatorienne vivent 7 nationalités indigènes, leurs usage traditionnel des ressources naturelles leur a permis de préserver leur forêt native.

L’autorisation d’exploiter les 21 blocs pétroliers établis par le sous secrétariat des hydrocarbures affectera les territoires ancestraux Kichwa, Andoas, Shiwiar, Achuar, Shuar, Waorani et Sápara. Ces territoires indigènes qui représentent près de 3 millions d'hectares seront affectés à hauteur de 75.91%.

A travers les directions provinciales ouvertes dans les villes de Puyo (capitale de la province de Pastaza) et Macas (Capitale de la province de Morona Santiago) le Sous-secrétariat d'Hydrocarbures a bafoué les droits des nationalités amazoniennes en développant un processus de socialisation de la onzième ronde pétrolière auprès des communautés sans les consulter conformément au consentement libre, préalable et informé; menaçant ainsi les formes sociales d'organisation traditionnelle, le droit à l'auto-gouvernement, et à l'autodétermination des peuples indigènes, en pénétrant dans les communautés sans le consentement des autorités traditionnelles et en cherchant à fragmenter leur organisation interne.

Si cette activité continue, l'Etat mettra en grave péril la culture de sept nationalités indigènes, ce qui pourrait également impliquer un processus d'ethnocide et génocide.

Une situation déjà connue dans le nord de l'Amazonie équatorienne par es peuples Tetetes et Sansahuaris dans les années 1960 et 1970, en conséquence de l'activité pétrolière.

Les nationalités amazoniennes du centre-sud de l'Equateur se retrouvent ainsi face à une lutte forte, constante et définitive, afin d'impulser un pays plurinational dont les politiques publiques promeuvent le Buen Vivir ou Sumak Kawsay sur la base du simple exercice de leurs droits.

Auteur : Roberto Narvaez, Fondation Pachamama, Equateur. Traduction de Lucía Villaruel (FAL Marseille), en service civique en Equateur.

Forum Alternatif Mondial de l'Eau (FAME)

Forum Alternatif Mondial de l'Eau (FAME) Le comité marseillais de France Amérique Latine vous invite à

Le comité marseillais de France Amérique Latine vous invite à un

évènement citoyen international exceptionnel, organisé par un grand nombre d'associations, syndicats, partis politiques, avec des représentants de mouvements sociaux européens, latino américains, asiatiques,

africains

Marseille et dans la région entre le 9 et le 18 mars avec un point fort du 14 au 17 mars aux docks des suds. Il se tiendra pour faire un contrepoids citoyen au forum officiel et affirmer que l'accès à l'eau est un droit et pas une marchandise.

qui aura lieu à

- Le 9 et 10 mars 2012 se tiendra dans les locaux du Conseil Régional PACA, le séminaire Eau, Planète et Peuples, pour une citoyenneté mondiale, organisé par la Fondation France Libertés.

- Le 10 mars 2012 se tiendra à Martigues, la Rencontre Internationale des organismes de Gestion publique, de l’eau et l’assainissement organisée par le M.N.L.E.

- Le 13 mars 2012 se tiendra à Aubagne, un Forum des autorités politiques locales du monde sur les enjeux politiques de l’eau bien commun.

- Le cœur du Forum Alternatif Mondial de l’Eau se déroulera au Dock des Suds, rue Urbain V à

MARSEILLE du 14 au 17 mars 2012, avec une grande manifestation le samedi après-midi et un concert pour finir cette mobilisation par un moment festif.

Vous pourrez y rencontrer de nombreux invités latino américains représentant les luttes dynamiques des peuples de ce continent pour le droit à l’eau et les droits de l’eau. FAL a particulièrement participé à l’organisation des débats concernant les axes thématiques suivants:

- Le droit à l’eau

- Eau et Extractivisme : du Nord au Sud, un modèle, des luttes

Le droit à l’eau

Le d roit à l’eau La reconnaissance par l’ONU du droit à l’eau comme un droit

La reconnaissance par l’ONU du droit à l’eau comme un droit humain fondamental constitue une victoire éclatante, obtenue grâce aux différents mouvements qui l’ont porté partout dans le monde, depuis des années ; on songe par exemple à la guerre de l’eau à Cochabamba en Bolivie et à bien d’autres luttes. Ce droit comprend l’accès à une eau propre et non contaminée, la préservation de la ressource, l’information et la participation des citoyens aux mécanismes de décisions.

C’est un point s’appui pour ouvrir la voie à l’alternative de l’eau-bien commun face à l’eau-marchandise et rendre effectif ce droit partout, au-delà des déclarations d’intention.

Les cinq sessions du FAME regroupées sous le thème du droit à l’eau porteront en avant les témoignages et les revendications, les analyses et les stratégies, les expériences et les propositions des acteurs des mouvements sociaux. Il y sera question de l’état des luttes, et de la prise de conscience de l’eau comme bien commun face aux choix politiques et aux priorités économiques. La question du droit à l’eau sera aussi abordée sous des angles juridiques et législatifs pour construire des synergies autour de la mise en place d’instruments contraignants.

Les partages d’expériences autour des récentes grandes mobilisations populaires pour l’eau seront l’occasion d’échanger sur la stratégie du mouvement pour le droit à l’eau, catalyseur pour l’exigence de démocratie. Enfin, différents témoignages évoqueront les obstacles à la mise en place effective du droit à l’eau, et présenteront quelques exemples réussis de participation citoyenne à la gestion de l’eau.

Toutes les sessions se dérouleront au Cabaret rouge 4 en face des Docks, rue Urbain V à Marseille le 15 et le 16 mars

Toutes les sessions se dérouleront au Cabaret rouge 4 en face des Docks, rue Urbain V

Voici quelques exemples des témoignages présentés par nos invités latino-américains dans le cadre de l’axe thématique « Droit à l’eau »:

Le 15 mars:

Témoignages des luttes locales contre la spoliation de la ressource et pour la reconnaissance du droit à l’eau comme un droit humain fondamental. Face aux pratiques d’accaparement des ressources naturelles qui mettent en danger la ressource et privent les populations locales de l’accès à l’eau, en raréfiant ce bien vital, des luttes se développent partout dans le monde et contestent les logiques de privatisation et les modèles économiques imposés. Cette session s’ouvrira avec des témoignages sur la Marche pour la Défense de l’eau et de la vie qui s’est déroulée au Pérou en février 2012

Agua sí, Conga no va, Françoise Chambeu, franco-péruvienne, membre du Collectif « Conga no va »,

De l’eau pour les Guanacastecos ou pour les affaires ? Gad Amit, Confraternidad Guanacasteca, Costa Rica

L’eau, patrimoine de la terre et bien commun : défense des écosystèmes et du cycle intégral de l’eau On ne saurait défendre le droit à l’eau, sans avant tout comprendre que l’eau fait partie d’un tout et assumer les conséquences engendrées lorsqu’on brise son cycle. Aujourd’hui, face à des systèmes économiques qui instrumentalisent les ressources naturelles, nombreux sont ceux qui remettent en cause ces choix.…. Eau, vision et gestion démocratique dans la communauté de Andamarca Melanio Huamani Damián,

responsable de l’irrigation de la communauté de Andamarca, Pérou.

Biens communs, patrimoine et propriété de la terre : Conflits et droits d’usage Juan Camilo Mira, Biologiste

environnementaliste, coordinateur de l’Unité Technique de Corporación Ecofondo, Colombie

L'eau, bien commun et droit humain : vision étique et spirituelle Monseigneur LuisInfanti, Chili

Eau et délits : se doter d’outils juridiques pour défendre le droit à l’eau et pénaliser son usage irrationnel Bien que déplorés, les cas de contamination industrielle ne sont en règle générale jamais sanctionnés ni pris à leur juste mesure au regard des dommages irréversibles causés sur l’environnement et les modes de vie des communautés. Au cours de cette session, quelques cas de contaminations criminelles seront exposés par la voix de ceux qui sont contraints d’en assumer les conséquences sans l’avoir choisi ni provoqué, simplement parce qu’ils vivaient là. Les intervenants feront des propositions pour réglementer les usages des cours d’eau et pour établir des sanctions contraignantes contre les délits environnementaux…. Un cas d'injustice environnemental dans les communautés de El Salto Y Juanacatlán, Jalisco, Mexique

Graciela González de Encizo et Atahualpa Sofia Encizo González, Un salto de vida

Eau et délit : Caractérisation pénale de l’usage irrationnel de l’eau. Vers un Tribunal Pénal International »

Gustavo Gómez, Procureur général à la Cour fédérale de Tucuman, Argentine

Le 16 mars Ça s’écrit eau, ça se lit démocratie: mobilisations citoyennes et mouvements sociaux pour le droit à l’eau Face aux logiques de marchandisation des biens communs et de pillage des ressources naturelles, des mobilisations citoyennes pour défendre le droit à l’eau ont vu le jour un peu partout dans le monde. Dans certains cas, elles ont réussi à mettre en place des mécanismes démocratiques comme le référendum, dans d’autres cas, elles ont abouti à expulser directement les entreprises privées.Perspectives pour le droit humain à l’eau en Colombie : mouvement pour le référendum sur le droit à l’eau

Rafael Colmenares, Conseiller de l’organisation Culturagua et Secrétaire Exécutif du Forum National Environnemental, promoteur du référendum colombien pour le Droit à l’eau. La lutte pour l'eau au Sud de l'Equateur Carlos Pérez Guartambel, kichwa, président de la Fédération d’Organisations indigènes et paysannes de l’Azuay et de l’Union des systèmes communautaires de l’eau.

La dynamique politique du Droit à l’eau Quels sont les mécanismes de la confiscation de la gestion de l’eau par quelques-uns ? Et à l’inverse, quelles sont les voies de son appropriation citoyenne ?

Bibiana SALAZAR RESTREPO, avocate, corporation Penca de Sábila, Colombie

Participation et action depuis le Défenseur du peuple, Juan José Dutto, ex Defensor del Pueblo de Neuquén,

Virginia Cerf, Julieta Pineiro, Caja Roja, Argentine

Eau et Extractivisme : du Nord au Sud, un modèle, des luttes

Eau et Extractivisme : du Nord au Sud, un modèle, des luttes Mines, puits de pétrole

Mines, puits de pétrole et de gaz, plantations ou élevages industriels, barrages hydroélectriques géants…, tous les jours, de nouveaux territoires sont transformés en zones de sacrifice destinées à fournir matières premières et énergie. L’exploitation à grande échelle de la nature et de ses « ressources » s’accélère de façon exponentielle dans les pays du « Sud », enfermés dans ce « rôle » depuis l’époque des colonies. Bouleversements sociaux et transformations culturelles inévitables, altérations souvent irréversibles des écosystèmes, pollutions aux effets dévastateurs pour la santé, - les impacts des industries extractives sont connus et dénoncés.

Au Nord aussi, la prédation avance : la récente avalanche de projets d’exploitation d’hydrocarbures dans les pays occidentaux montre bien qu’aucun territoire n’est définitivement épargné. Partout, au Sud, comme au Nord, éclatent des conflits entre populations victimes ou menacées, entreprises et pouvoirs publics. Dans de nombreux endroits de la planète, s’organisent des résistances, se structurent des mobilisations et naissent des mouvements populaires qui s’opposent aux « mégaprojets » d’exploitation.

« L’eau vaut plus que l’or », - proclament les graffitis sur les murs des villes et villages d’Argentine, du Pérou, de Colombie… et d’ailleurs, « Boire ou conduire, il faut choisir », - scandent les militants anti-gaz de schiste français. L’eau, qui « n’a pas de prix », est, presque toujours, au centre de ces combats. Continuellement, l’accès à l’eau, sa disponibilité ou sa qualité se voient directement menacés.

Chaque industrie a son « livre noir». Les mines à ciel ouvert polluent les cours d’eau et les aquifères (produits toxiques et métaux lourds provenant de drainages acides), dégradent les zones de recharge hydrique, détériorent les glaciers et le permafrost. Des millions de litres d’eau sont utilisés quotidiennement pour les activités minières au détriment des besoins des populations. L’extraction d’hydrocarbures de schiste requiert aussi d’énormes quantités d’eau. L’exploitation pétrolière a un lourd passif : pollutions de l’eau douce et de l’eau de mer, accidentelles (marées noires) ou systématiques (delta du Niger, Amazonie équatorienne ou péruvienne…) qui provoquent de véritables tragédies environnementales, sanitaires et humaines. Les grands barrages hydroélectriques sont à l’origine de la disparition des poissons de nombreux fleuves, ce qui équivaut à la destruction des économies locales basées sur la pêche. La liste est longue…

Le terme « extractivisme » nous vient de l’Amérique hispanophone. Faisant référence, au départ, aux activités extractives au sens strict (mines et hydrocarbures), il est de plus en plus utilisé dans les milieux universitaires et militants pour désigner, par extension, l’accélération de toutes les activités d’exploitation des ressources naturelles à échelle industrielle et la place centrale de ces secteurs d’activité pour les économies exportatrices de matières premières. Enfin, « l’extractivisme » définit aussi l’une des caractéristiques essentielles du système économique et social dominant, qui ne peut assurer sa pérennité et sa reproduction sans l’extraction continue des « ressources naturelles ». La surexploitation de ces « ressources » fournit effectivement une base matérielle indispensable à nos économies de croissance et à nos sociétés de consommation. L’exploitation de la nature au meilleur prix et sans égard pour l’environnement ni pour les hommes, conditionne aussi la promesse du « développement » pour les régions et les pays condamnés à poursuivre cet horizon, toujours fuyant, mais tellement nécessaire pour continuer à garantir la prospérité des prospères. Pendant le FAME, représentants de communautés paysannes et indigènes, membres d’assemblées populaires et de collectifs citoyens, universitaires et associations de différents pays du monde se retrouveront autour des activités de l’axe thématique « eau et extractivisme » afin de partager expériences et idées, construire des stratégies pour contrer l’extractivisme et réaffirmer la centralité de l’eau comme source de vie et bien commun de l’humanité, tout en se posant la question des alternatives au modèle actuel de société. Ces réflexions pourront être poursuivies grâce aux articulations que le forum nous permettra de créer.

Voici quelques exemples des témoignages présentés par nos invités latino-américains dans le cadre de l’axe thématique « Eau et extractivisme »:

Or noir contre or bleu : résistances citoyennes face à l’avancée des transnationales pétrolières

15 mars, 10h-12h30 - Dock E - Dock des Suds, Rue Urbain V, Marseille

Avec l’épuisement des réserves conventionnelles d'hydrocarbures, la course à d'autres gisements, en particulier non conventionnels, est devenue mondiale, les compagnies pétrolières repoussant chaque jour la frontière du possible mais surtout de l’acceptable, au prix d'impacts toujours plus lourds pour les peuples et l'environnement. Comment les populations s’organisent pour résister face aux multinationales ? Les outils juridiques à leur disposition étant rares, quels peuvent être leurs moyens d’action ?

Guatemala, le cas Perenco Projection d’un extrait du documentaire de Grégory Lassalle (Collectif Guatemala)

Eau et industrie minière en Amérique latine : désastres écologiques, résistances sociales

15 mars, 13h-18h - Salle 3, Cabaret Rouge (Espace voisin du Dock des Suds), Marseille

Si l’histoire de l’exploitation des métaux pour l’exportation à grande échelle a débuté en Amérique dite « latine » avec la colonisation espagnole et portugaise, les dernières décennies ont été témoins d’une accélération fulgurante des projets miniers dans la région. Les mégaprojets miniers, menés en grande majorité par des corporations transnationales, vont invariablement de pair avec de graves impacts sociaux et environnementaux et mettent tout particulièrement en danger la qualité et la disponibilité de l’eau. L’expansion de la « méga-industrie minière » provoque de nombreux conflits et résistances de la part des communautés victimes ou menacées, souvent criminalisées et brutalement réprimées.

Clemente Ayala Vicente Institut Mallku pour le Développement Soutenable, Puno, Pérou Mourik Bueno de Mesquita, Centre d’Études Régionales Andines “Bartolomé de las Casas”, Cusco, Pérou Virginia Cerf, Caja Roja. Argentine/ Françoise Chambeu et Raquel Neyra, Collectif Conga No Va, Pérou/France Efraín Rufino Condori Ramos dirigeant du Comité de lutte de la province de Melgar et des communautés du fleuve Ramis, bassin du lac Titicaca, Pérou. Carlos González, Association écologiste INTI CHUTEH, qui se consacre à la préservation de l’eau dans la province de San Juan, Argentine Grégory Lassale Collectif Guatemala, France Carlos Pérez Guartambel, kichwa, président de la Fédération d’Organisations indigènes et paysannes de l’Azuay (FOA) et de l’Union des systèmes communautaires de l’eau (UNAGUA), Equateur. Lino Pizzolon, Observatoire de l’Eau – Université Nationale de la Patagonie SJB, Assemblée de Voisins Autoconvoqués Non à la Mine, Esquel, Argentine. Docteur Andrei N. Tchernitchin, Caimanes, Chili

Eau et barrages hydroélectriques

16 mars, 13h-15h30 - Salle 2, Cabaret Rouge (Espace voisin du Dock des Suds), Marseille

L’objectif de cette table ronde est de débattre de la relation entre l’eau et les barrages hydroélectriques à partir

de deux perspectives : la perspective militante des luttes locales contre les barrages et une vision plus générale, celle qui cherche à connaître les contextes politique et économique à l’intérieur desquels sont mis en place les projets de génération d’hydroélectricité.

Juan Pablo Orrego (Ecosistemas, Chili) Danilo Urrea (CENSAT Agua Viva, Colombie) Baltasar De La Cruz Consejo de la Juventud Maya, Garifuna y Xinca- Consejo de Comunidades indígenas del Territorio Ixil- Fundamaya (Guatemala)

Contrer l’extractivisme, défendre l’eau. Table ronde de synthèse

16 mars, 15h30-18h - Salle 2, Cabaret Rouge (Espace voisin du Dock des Suds), Marseille

Cette table ronde réunira les participants aux différentes activités de l’axe thématique « eau et extractivisme » pour un débat « intersectoriel », où les différents groupes pourront présenter leurs conclusions et entamer une réflexion commune sur les moyens d’action et l’intérêt des articulations. A partir du travail initié lors du FAME, la défense de l’eau sera-t-elle l’élément fédérateur pour construire des convergences concrètes et utiles entre des mouvements très divers?

Mourik Bueno de Mesquita (Centro Bartolomé de las Casas, Cusco, Pérou). Lino Pizzolon, (Observatorio del agua, Argentine) Antonio Gustavo Gómez (procureur général à la Cour fédérale de Tucuman, Argentine). Graciela González (un Salto de Vida, Mexique)

Pérou : Le projet minier Conga divise toujours. Des experts internationaux seront bientôt à Cajamarca

Des experts internationaux seront bientôt à Cajamarca Une résistance citoyenne dont il sera question pendant le

Une résistance citoyenne dont il sera question pendant le FAME.

Gregorio Santos, le président de la région péruvienne de Cajamarca, qui s’oppose à la mise en place du projet minier Conga, a laissé clairement entendre, il y a quelques jours, qu’il ne pourrait pas garantir la sécurité des experts étrangers dépêchés par le gouvernement. Ces derniers doivent évaluer l’impact environnemental lié à l’exploitation du sous-sol dans cette zone andine. Gregorio Santos, fervent opposant à l’extraction d’or et de cuivre qui doit être menée par l’entreprise Yanacocha , contrôlée par la compagnie nord- américaine Newmont Mining Corporation et la Compañia Peruana Buenaventura, a souligné qu’il n’a pas été consulté lors du choix des experts nommés par le gouvernement péruvien. Par conséquent, il ne souhaite pas les rencontrer lors de leur séjour et ne peut garantir leur sécurité.

Le projet minier Conga fortement remis en question par les communautés rurales pour les dommages environnementaux qu’il peut causer sur les réserves d’eau de la région, a été approuvé en octobre 2010 après la validation de l’Étude sur l’impact environnemental. Cependant, les locaux émettent des doutes concernant la conformité de cette Étude validée par le gouvernement du prédécesseur d’Ollanta Humala, le président Alan García. Selon eux, l’analyse ne s’est pas penchée sur les études hydrogéologiques susceptibles de garantir la préservation des ressources naturelles, un point sur lequel les trois experts devraient s’attarder.

Un projet minier gigantesque remis en question par les communautés de Cajamarca. Les fortes protestations menées depuis plusieurs mois dans la zone ont conduit le président Ollanta Humala, à suspendre le projet jusqu’à ce que des experts internationaux jugent de sa faisabilité. Le projet Conga, dont l’investissement est estimé à 4 800 millions de dollars, prévoit de drainer quatre lagunes d’altitude, deux d’entre elles pour extraire de l’or et les deux autres afin d’y déposer des déchets et autres résidus dans un délai de 19 ans. Pour compenser, l’entreprise prévoit la mise en place de quatre lacs artificiels de capacité supérieure. Beaucoup s’inquiètent des répercussions sur les réserves souterraines en eau et craignent la contamination des nappes phréatiques dans cette zone à l’écosystème vulnérable. De nombreux habitants de Cajamarca vivent essentiellement de leurs activités agricoles, piscicoles ou encore d’élevage. Ils avaient engagé en novembre dernier une grève de 11 jours qui avait totalement paralysé la région. Le gouvernement n’avait pas hésité dès lors à déclarer l’état d’exception dans quatre provinces touchées par le conflit social. Une mesure jugée extrême qui avait été source de polémique à travers le pays, et avait conduit à un remaniement ministériel.

Une expertise déjà controversée. Face aux menaces à peine voilées du président régional, Gregorio Santos, laissant entendre que les communautés courroucées pourraient s’en prendre à l’intégrité physique des experts, le premier ministre, Óscar Valdés, a aussitôt garanti la sécurité des scientifiques venus expertiser sur place. « Les experts vont bénéficier d’une protection assurée par l’État, et je suis convaincu que le peuple péruvien en fera tout autant. Ils vont réaliser un travail éminemment technique et nous devons leur faciliter la tâche afin qu’ils puissent lever les doutes qui assaillent Cajamarca concernant le projet Conga », a-t-il déclaré à la presse. Les experts en charge de l’étude sur l’impact environnemental de l’exploitation minière ne seront toutefois pas en mesure de déclarer le projet non viable. En effet, ils pourront uniquement apporter des solutions pour limiter les impacts négatifs sur l’écosystème de la zone, mais en aucun cas, invalider le projet. Le ministre de l’Environnement, Manuel Pulgar Vidal, a précisé que les experts « ne se livrent pas à une expertise pour déterminer si le projet doit avoir lieu ou non, mais bien pour adopter des mesures adéquates ». À la fin de leur expertise, les scientifiques présenteront un rapport détaillé à la présidence du Conseil des ministres. Cependant, les opposants estiment que les conclusions seront indubitablement en faveur de Conga : « le travail des experts est de justifier le», a affirmé le dirigeant du front de défense des intérêts de Cajamarca), Wilfredo Saavedra.

La marche nationale en défense de l’eau et de la vie. L’annonce de l’identité des experts intervient une dizaine de jours après qu’une marche nationale en défense de l’eau ait été menée par des milliers de personnes qui ont parcouru les kilomètres séparant Cajamarca de la capitale, Lima, où ils sont arrivés le 9 février dans le but de rejeter le projet minier Conga. Malgré la portée nationale, et même internationale, de cette marche pacifiste de 800 km pour l’eau, symbole de vie, le gouvernement a tenu à réitérer sa fermeté devant les protestataires en déclarant « que le Pérou resterait un pays attractif pour les investissements miniers », un moyen de tranquilliser les investisseurs étrangers en leur assurant que les autorités ne céderaient pas à la pression sociale. « Nous marcherons pacifiquement pour défendre notre eau, parce qu’ils veulent mutiler nos vies », avait déclaré de son côté Lourdes Huanca, dirigeante paysanne de Cajamarca, lors de la présentation de la marche à la presse.

Des tensions sociales qui mettent à l’épreuve le président Ollanta Humala Ce conflit social de grande ampleur intervient alors que le président Ollanta Humala se trouve en plein débat avec les communautés natives au sujet de la Loi de consultation préalable qui implique leur consultation avant qu’un projet puisse être mené sur leurs terres. Cette loi, qui a été promulguée en septembre 2011, soit 16 ans après que le Pérou ait ratifié la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail, divise encore les indigènes et les autorités concernant son mode d’application. La loi stipule que les communautés et l’Exécutif doivent trouver un terrain d’entente par le dialogue concernant les activités qui peuvent être développées sur leur territoire. Cependant dans le cas où les deux parties ne se mettraient pas d’accord, le gouvernement aurait alors l’ascendant sur la décision finale, ce que réfutent les natifs. Lors d’une conférence de presse, le président de l’Association interethnique de développement de la forêt péruvienne (Aidesep), Alberto Pizango, a affirmé « qu’il ne s’agissait pas pour l’État de prendre des décisions sans avoir obtenu le consentement des peuples indigènes quelles que soient les activités susceptibles d’être développées ». Les indigènes assurent que si le gouvernement ne modifie pas la loi sous un délai de 30 jours, ils présenteront une requête devant la Commission interaméricaine des droits de l’homme ou encore devant le Tribunal constitutionnel. À l’heure actuelle, le Pérou est engagé dans différents projets miniers dont les investissements sont estimés à 50 000 millions de dollars au cours de la prochaine décennie. Les communautés se sentent exclues, à juste titre, des retombées économiques liées à ces chantiers d’envergure sur leurs territoires et craignent que leur environnement ne soit entaché par des activités polluantes, ce qui est contraire au lien qui les unit avec la terre nourricière. Le Pérou est confronté actuellement à plus de 200 conflits sociaux liés au secteur minier ou encore énergétique. Un bras de fer qui oppose le président Humala aux communautés natives qui l’ont porté au pouvoir lors des élections présidentielles de juin 2011. Aline Timbert

Quand les multinationales minières recolonisent l’Argentine

Le boom minier en Amérique latine est à l’origine de nombreux conflits. Face à des mégaprojets qui déplacent des villages, polluent et assèchent les rivières, détruisent les forêts, des communautés locales résistent

Depuis quelques mois, la résistance des communautés face aux activités minières s’intensifie dans l’ouest de l’Argentine, principalement par des blocages sélectifs de camions allant aux mines. Les habitants de La Rioja sont mobilisés contre l’installation de l’entreprise canadienne Osisko, tandis que ceux de Catamarca s’opposent à la poursuite du projet de Minera Alumbrera, filiale du géant minier suisse Xstrata, après avoir souffert durant quinze ans des impacts sociaux et environnementaux de ses activités. Ces manifestations ont été durement réprimées à Tinogasta, Belén et Aimacha, faisant des dizaines de blessés La situation empire aussi à Andalgalá: depuis quelques jours, un groupe prominier bloque l’entrée de la ville, empêchant le passage de journalistes et de personnes venues soutenir l’assemblée locale, tandis que les maisons de plusieurs manifestants sont fouillées sans motif par la police.

manifestants sont fouillées sans motif par la police. « Des centaines de milliers d ’habitants de

« Des centaines de milliers d’habitants de toute la cordillère des Andes résistent, comme l’ont fait toutes les populations tout au long de l’histoire. Mais il y a encore des gens qui vivent dans d’autres régions du pays et qui ne comprennent pas la lutte de ces peuples qui ne veulent pas de l’exploitation minière. Ils n’en veulent pas. Non. Ils n’en veulent pas pour de nombreuses et sérieuses raisons, scientifiques et non scientifiques. Peut-être est-ce difficile à comprendre pour ceux qui ne vivent pas là. Pourquoi défendre à outrance une modernité périmée, qui arrive à contretemps, avec des promesses de progrès et de développement que personne ne croit ni ne peut soutenir ? … Pourquoi mépriser l’immense culture et les savoirs de villages ancestraux, habités par des Argentins qui ont pourtant les mêmes droits et le même statut que ceux qui vivent entassés à Buenos Aires ? Gioja, le gouverneur prominier de la province de San Juan, l’a dit très clairement il y a quelques jours quand il a exprimé sa propre pensée : « Les écologistes ne veulent pas que les pauvres aient accès au progrès. » La répression à Tinogasta, brutale, démesurée, oblige à s’arrêter. Les forces spéciales de la police, montant la garde devant des camions miniers remplis de poison et d’explosifs, ont tiré sur des habitants pacifiques, parmi lesquels des centaines de femmes et d’enfants.…

L’exploitation minière est un sacrifice en échange de rien

Les gouvernements signent des contrats avec des entreprises étrangères dans le dos des gens.

Ils le savent très bien, l’exploitation minière – d’aujourd’hui et celle d’hier aussi – est un

sacrifice. Un sacrifice en échange de rien, ou pire encore, en échange de perdre le bien le plus précieux que nous avons : l’eau, les glaciers, « ces réservoirs d’eau » ; c’est changer de mode de vie, c’est brader sa culture, anéantir

son identité. À ceux qui vivent loin de cette problématique, nous leur demandons : Pourquoi extraire de l’or ? Pourquoi faire exploser des montagnes entières …… Il est temps d’écouter le peuple et d’arrêter cette vague répressive qui nous ramène à des époques tristes de notre histoire…. ».

Carlos Ruiz, cinéaste, et membre des Assemblées citoyennes de La Rioja.

sont pas bêtes…

Mais les gens ne

Le documentaire Cielo Abierto, réalisé par Carlos Ruiz, raconte comment les populations locales se sont mobilisées contre la Barrick Gold et l’ont obligée à renoncer à son projet dans la province de La Rioja. Ces communautés résistent maintenant à l’arrivée d’une nouvelle entreprise canadienne, Osisko.

Version complète de cet article :

« Nous avons sauvé les gens plutôt que les banques »

L’ancien ministre de l’Economie argentin, Roberto Lavagna, a sorti son pays de la crise en 2002, en se passant des services du FMI. Il préconise la même solution pour la Grèce.

L’ancien ministre de l’Economie argentin Roberto Lavagna, 69 ans, est le principal artisan du redressement de l’Argentine engluée dans une terrible crise économique il y a dix ans. Lorsqu’il prend ses fonctions, en avril 2002, le peso vient d’être dévalué de 70%, le pays est en cessation de paiement, la dette privée s’élève à plus de 72 milliards d’euros, l’inflation annuelle flirte avec les 125% par an, le chômage explose, les petits épargnants sont ruinés et les troubles sociaux ont déjà fait plus de 30 morts dans le pays. Cet ancien ambassadeur auprès de l’Union européenne décide immédiatement de se passer de « l’aide » du Fonds monétaire international (FMI) et des marchés financiers. Quelques pistes à suivre pour la Grèce. Quelles sont les grandes similitudes entre la crise argentine de 2001-2002 et la crise grecque ? Au plan économique, tout est semblable. L’Argentine avait établi une parité fixe entre le peso et le dollar, la Grèce est ficelée à l’euro, perdant ainsi le contrôle de sa monnaie. Un taux de change fixe associant des pays à forte productivité et d’autres dont la compétitivité est beaucoup plus faible ne peut qu’engendrer une crise. La Grèce est déjà dans sa quatrième année de récession, l’Argentine l’était également. Le déficit fiscal, le déficit des comptes courants, la chute

vertigineuse du PIB, l’endettement, l’explosion du chômage

similaires. En revanche, la situation sociale de la Grèce est bien meilleure que celle de l’Argentine à l’époque. Au plan institutionnel, l’Argentine était par ailleurs un pays isolé alors que la Grèce fait partie de l’ensemble économique le plus puissant du monde. Comment avez-vous tiré l’Argentine du chaos ? Dès mon entrée en fonction, en avril 2002, j’ai décidé de changer radicalement notre manière de penser la sortie de crise. Le mois suivant, j’étais à Washington pour rencontrer les dirigeants du Fonds monétaire international et leur expliquer que nos rapports allaient s’en ressentir. Depuis le début du marasme économique, en 1998, nous avions déjà eu deux programmes du Fonds pour un total de 51 milliards d’euros. Les deux ont été des échecs retentissants et certaines voix s’élevaient pour demander une troisième tournée de quelque 17 milliards supplémentaires. Je n’ai pas voulu suivre cette voie et j’ai expliqué au Fonds que nous ne voulions plus de prêt et que nous sortirions seuls de la crise. La seule chose que j’ai demandée était un roll over partiel de toutes les échéances. Je me suis également engagé à payer les intérêts de la dette et une partie du capital. Mais pas tout et pas tout de suite. Cette position était tout simplement impensable pour le FMI car nous affichions notre volonté de fixer nous même notre propre politique économique. J’ai dû leur expliquer trois fois de suite ma position avant qu’ils finissent par comprendre. A partir de là nous avons arrêté de soutenir financièrement les banques alors que le FMI nous l’imposait, exigeant même que nous privatisions la Banque de la Nation. Mais comme nous étions sortis du jeu, le Fonds n’avait plus de moyen de pression sur l’Argentine !

toutes les grandes données macro-économiques sont

Vous avez donc œuvré contre le FMI et vos principaux créanciers ? Le sorties de crise se font en dehors des chemins tracés par le FMI. Cette institution propose toujours le même type de contrat d’ajustement fiscal qui consiste à diminuer l’argent qu’on donne aux gens - les salaires, les pensions, les aides publiques, mais également les grands travaux publics qui génèrent de l’emploi - pour consacrer l’argent économisé à payer les créanciers. C’est absurde. Après 4 ans de crise on ne peut pas continuer à prélever l’argent aux mêmes. Or c’est exactement ce qu’on veut imposer à la Grèce ! Tout diminuer pour donner aux banques. Le FMI s’est transformé en une institution chargée de protéger les seuls intérêts financiers. Quand on est dans une situation désespérée, comme l’était l’Argentine en 2001, il faut savoir changer la donne. Selon vous les plans d’austérité et de rigueur ne sont pas nécessaires : c’est pourtant ce qu’on impose à la Grèce

A tort car l’argent prêté risque de ne jamais être remboursé et le déficit fiscal grec est plus élevé aujourd’hui qu’avant la première injection d’argent frais. Ce sont les mêmes éternelles erreurs. C’est le secteur financier qui impose sa manière de voir les choses au monde entier. On préfère sauver les banques plutôt que les gens qui ont des crédits immobiliers à rembourser. La première chose qu’on a faite nous, c’est de rallonger les échéances pour les propriétaires endettés. Les fonctionnaires du FMI nous ont alors dit que nous violions les règles essentielles du capitalisme ! Ils oubliaient simplement que des gens ruinés ne consomment plus, ce qui obère une relance par la croissance. Au lieu de payer les banques, la Grèce devrait investir dans l’éducation, les sciences et la technologie, financer des infrastructures et récupérer ainsi une certaine productivité, ne serait-ce que dans les secteurs des services ou du tourisme. Vous devez avoir beaucoup d’ennemis chez les banquiers

Ils me détestent ! Ce qui ne les a pas empêchés de frapper à notre porte pour nous prêter de l’argent 48 heures exactement après que nous avons terminé la restructuration de notre dette en 2005 ! Or j’ai refusé ces offres intéressées en leur répondant que nous ne reviendrons pas sur le marché financier avant 2014 car nous n’en avons plus besoin. …. C’est un risque beaucoup trop grand d’augmenter à nouveau la dette. Le problème c’est que les banquiers eux-mêmes estiment qu’il est positif pour l’image d’un pays d’emprunter à l’international. Il est clair que si je vendais des tomates, je trouverai très bien qu’on en mange ! Eux ils vendent de l’argent…. Propos recueilli par Gérard Thomas, à Buenos Aires

Lecture :

FAL Marseille vous recommande… Etat des résistances dans le Sud :

Amérique Latine

Syllepse, collection

Alternatives Sud

Centre Tricontinental http://www.cetri.be/

Paris, 2012

Sud Centre Tricontinental http://www.cetri.be/ Paris, 2012 Continent de forte croissance économique, de démocraties

Continent de forte croissance économique, de démocraties fragiles et d’inégalités extrêmes, l’Amérique latine est aussi traversée d’une dynamique soutenue de rébellions et de contestations sociales, aux formes, aux identités et aux revendications renouvelées. Et pourtant, les mouvements sociaux de la région ont fort à faire aujourd’hui pour continuer à exister, à peser sur le politique. Menacée de dilution, de fragmentation ou de répression dans les pays où les gouvernements sont restés ou revenus dans les courants dominants du néolibéralisme et du « consensus de Washington » ; menacée d’instrumentalisation, de cooptation ou d’institutionnalisation dans ceux où les pouvoirs se sont attelés, peu ou prou, à récupérer en souveraineté et à redistribuer les dividendes des richesses exportées, la protestation émancipatrice offre un visage pluriel. Un double clivage prévaut d’ailleurs au sein de la « gauche sociale » latino-américaine. Celui de fond qui divise tenants et opposants du neo-desarrollismo, nationalisme populaire d’un côté, écosocialisme de l’autre. Et celui – plus stratégique – qui oppose les partisans d’un aboutissement politique des mobilisations aux apôtres de voies plus autonomistes, basistes ou localistes du changement social. Reste que, du Chili au Mexique, du Brésil au Venezuela, de l’Uruguay au Guatemala, de la Bolivie au Honduras et dans le reste de l’Amérique latine, les mouvements sociaux – paysans, urbains, indigènes, étudiants, etc. influent tant bien que mal sur la redéfinition de la participation démocratique et de la citoyenneté politique.

Les auteurs : Bernard Duterme qui coordonne l’ouvrage est directeur du CETRI (Louvainla- Neuve, Belgique) Les autres auteurs sont des universitaires, des journalistes et des activistes pour la plupart latino-américains :

Janette Habel, universitaire et journaliste au Monde diplomatique ; Pablo Stefanoni, co- auteur de « Nous serons des millions, directeur de l’édition bolivienne du Monde diplomatique ; Edgardo Lander, Raúl Zibechi, Maristella Svampa, Marco A. Gandasegui, Franklin Ramirez, Marielle Palau, Ramon Pajuelo Teves, Simona Violeta Yagenova, Sindy Mora Solano, Domingo Matias, Mauricio Archila, Marcelo Kunrath da Silva, Fernando De la Cuadra.

Note de lecture : Cet ouvrage collectif, qui s’appuie essentiellement sur les travaux de chercheurs du sous-continent, s’emploie à identifier la nature des mouvements sociaux, déterminés à jouer, « entre autonomie et coopération », de leur « (contre-)pouvoir d’influence »pour faire face au piège de l’« instrumentalisation, de la cooptation, ou de l’institutionnalisation ». Les différentes contributions mettent également au jour la contradiction qui s’intensifie entre les stratégies de développement économique des pouvoirs publics (basées sur l’exploitation des ressources naturelles) et l’opposition qu’elles suscitent au sein de certains mouvements indigènes, écologistes, syndicaux ou paysans. Peu à peu, une nouvelle carte régionale des conflits sociaux et environnementaux apparaît. Elle révèle que la contestation du modèle de développement constitue une réaction à la « primarisation » le renforcement de la part du secteur primaire dans la production globale des richesses des économies latino-américaines dans le cadre de leur intégration à la mondialisation. Christophe Ventura Le Monde Diplomatique

Le nouveau FAL MAG est arrivé

Toutes les informations et les sommaires des numéros parus : www.franceameriquelatine.org.

Abonnements + adhésion à l’association : 40 / étudiants et chômeurs : 25 €. Abonnement sans adhésion : 27 €/ Prix au numéro : 4€.

Pour commander ce numéro ou l’un des anciens numéros : 40ans@franceameriquelatine.fr Merci de faire parvenir par courrier un chèque à l'ordre de FAL :

France Amérique Latine - 37 Boulevard Saint Jacques - 75014 Paris France.

- 37 Boulevard Saint Jacques - 75014 Paris – France. Du Mexique à l'Argentine, du Venezuela

Du Mexique à l'Argentine, du Venezuela à l'Uruguay, une menace se répand sur l'Amérique latine. Les entreprises transnationales des États-Unis, du Canada et d'Europe, ont déposé des requêtes de plusieurs millions de dollars contre ces États devant le CIRDI (Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements), organisme transnational dépendant de la Banque Mondiale. Motif de ces requêtes : les pays d'accueil des investissements étrangers n'auraient pas respecté les contrats assurant à ces transnationales des profits exorbitants et l'exploitation des ressources naturelles (gaz, pétrole, eau, minéraux, etc.). Ces requêtes vont de pair avec la signature d'accords de libre-échange et/ou de traités bilatéraux d'investissement qui se sont multipliés ces dernières années entre les pays d'Amérique Latine/ Caraïbe, les États-Unis et l'Union Européenne. Face à cette offensive du pouvoir transnational, il faut dénoncer les violations des droits humain et social par ces transnationales, avec la complicité de l'UE, de Washington et dans de nombreux cas, des gouvernements latino-américains. Il est urgent de lutter contre ce pouvoir.

Que font ces entreprises transnationales en Amérique latine ? A partir de divers éclairages, ce FAL Mag hors-série tente de répondre à cette question.

SOMMAIRE

Traité de Libre échange entre l'Union

L'ir-responsabilité sociale corporative de Gas

L'initiative Yasuní-ITT en Equateur : actualités

Européenne

et la Colombie.

Natural Fenosa au Nicaragua, en Colombie et au

Enrique Daza

Guatemala.

Atteintes aux droits des agriculteurs au Brésil : entreprises transnationales, transgéniques et contamination génétique. Fernando Gallardo Vieira Prioste

Jesús Carrión Rabasco

d'un projet révolutionnaire. Lucia Villaruel

Dans le Haut São Francisco au Brésil :

la monoculture de la canne à sucre dévaste la savane Maria-Luisa Mendonça

Mobilisations G8-G20 à Nice. Nils Solari